Vous êtes sur la page 1sur 3

___

• SANTÉ

Au Malawi, l’épidémie de Covid-19 entraîne une vague de


suicides
Entre janvier et août, le phénomène a augmenté de 57 % par rapport à l’an dernier, conséquence
de la détresse économique et psychologique engendrée par la pandémie.

Le Monde avec AFP • Publié aujourd’hui à 10h21

Dans un marché de Lilongwe, le 18 mai 2020. AMOS GUMULIRA / AFP

Réveillé en pleine nuit par un cri de douleur. Dans cette banlieue tranquille de Lilongwe, capitale du
Malawi, Paul Kaonga s’habille en catastrophe et fonce vers la maison voisine pour proposer son aide.
La famille, secouée de sanglots, raconte que Kondwani Botha, 31 ans et père d’une petite lle de 2 ans,
s’est tué avec de la mort-aux-rats. Il peinait à sauver son entreprise de construction après s’être
endetté pendant l’épidémie liée au coronavirus. « Il était plombé de problèmes nanciers et faisait de
son mieux. Tout le monde aux obsèques s’accordait à dire qu’il aurait dû tenir bon, parce que la crise
nous touche tous », raconte à l’AFP le pasteur Kaonga en revenant de l’enterrement.

C’est le troisième suicide dans son quartier en deux semaines. Quelques jours plus tard, un autre
voisin, criblé de dettes, se donnait la mort. Pour Paul Kaonga, la crise économique, aggravée par la
pandémie, est la véritable faucheuse. « Les gens font appel à des usuriers pour s’en sortir et payer leurs
employés, dit-il. Et avant de pouvoir dire ouf, ils doivent plus d’argent qu’ils ne peuvent rembourser. »

Lire aussi | Au temps du coronavirus, la souris dans les assiettes pour conjurer la faim au Malawi

Le Malawi a officiellement recensé plus de 5 900 cas de Covid-19, dont 185 décès. C’était déjà un des
pays les plus pauvres de la planète quand la pandémie a frappé le continent, fragilisant encore son
économie. La moitié de ses 19 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté et 1,1 million de
Malawites sont tombés sous ce seuil rien que cette année, selon l’Institut international de recherche
sur la politique alimentaire (Ifpri). La plupart des gens, dans ce pays enclavé d’Afrique australe, vivent
du commerce informel et de petits boulots qui nécessitent de se déplacer. Le coronavirus a entravé
« la manière habituelle de faire des a aires », explique l’économiste Betchani Tchereni, évaluant à près
de 3 millions le nombre de Malawites qui ont perdu une part de leurs revenus cette année.

Lame de fond

Cela s’est traduit par un nombre croissant de suicides, selon la police. Entre janvier et août, ils ont
augmenté de 57 % par rapport à l’an dernier. Des hommes en grande majorité. Disputes familiales,
maladies chroniques, dépression et dettes vertigineuses sont les principaux facteurs, souligne auprès
de l’AFP le porte-parole de la police, Peter Kalaya. « En tant que policiers, ça nous trouble. Nous avons
réagi en faisant connaître les recours possibles pour faire face à un stress important », dit-il.
Notamment en sensibilisant les policiers sur ce thème.

Médecins et soignants s’alarment aussi de cette lame de fond dépressive. La psychologue Beatrice
Chiphwanya, qui a un cabinet privé à Blantyre, la capitale économique, s’a ole du nombre de patients
qu’elle a aidé à chasser des idées noires cette année, en lien évident avec les conséquences de la
pandémie. « Angoisses, incertitudes sur plusieurs fronts… J’ai reçu plus de gens envahis de pensées
suicidaires. Malheureusement au Malawi, peu ont accès aux consultations de psys. Ce n’est pas
abordable et beaucoup trop passent à l’acte », con e-t-elle.

Restez informés — Recevez l’essentiel de l’actualité africaine sur


WhatsApp avec Le Monde Afrique

Rejoignez-nous !

Les structures publiques pour la santé mentale manquent de personnel et de fonds pour soigner
correctement ceux qui en auraient besoin, une tendance accentuée avec l’épidémie. Le personnel en
psychiatrie des hôpitaux publics est souvent « prêté » aux services débordés, maternité et pédiatrie en
tête, reconnaît une responsable du ministère de la santé, Immaculate Chamangwana.

Le coronavirus a aggravé les sou rances des personnes psychologiquement fragiles, qui font l’objet
de discriminations ou de stigmatisation, souligne Gerald Namwaza, chercheur pour l’ONG
MentalCare : « Au Malawi, et sans doute plus largement en Afrique, on se moque souvent d’eux, on les
marginalise. Ces personnes sont vulnérables. Alors quand on leur demande en plus de s’isoler en raison
de l’épidémie, le risque de suicide augmente : c’est la double punition. »

Le Monde avec AFP

Services
CODES PROMOS avec Global Savings Group

Yves Rocher : la livraison offerte dès 15€

Fnac : envoi offert dès 25€

Made.com : -15€ grâce à la newsletter

SFR : -20% sur les forfaits fibre + mobile

La Redoute : -20% pour les adhérents Premium

Pierre et Vacances : -30% de promotion

Europcar : 25% de promotion

Tous les codes promos

Vous aimerez peut-être aussi