Vous êtes sur la page 1sur 216

BIBLIOTHÈQUE DE L’ANTIQUITÉ TARDIVE

23
BIBLIOTHÈQUE DE L’ANTIQUITÉ TARDIVE
P U B L I É E PA R L’ A S S O C I AT I O N P O U R L’ A N T I QU I T É TA R D I V E

c/o Bibliothèque d’Histoire des Religions


Maison de la Recherche de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV)
28, rue Serpente 75006 Paris (France)

Cette collection sans périodicité régulière, éditée par Brepols Publishers, est conçue comme la série de suppléments à la
revue Antiquité Tardive publiée depuis 1993 par l’Association chez le même éditeur. Elle est composée de monographies,
de volumes de Mélanges ou de Scripta Varia sélectionnés soit par l’Association avec l’accord de l’éditeur soit par l’éditeur
avec l’agrément de l’Association dans le domaine de compétence de l’Association : histoire, archéologie, littérature et
philologie du IVe au VIIIe siècle (de Dioclétien à Charlemagne). Un conseil scienti¿que procède à la sélection et supervise
la préparation quand elle est assurée par l’Association, sous la responsabilité du Conseil d’Administration dont voici la
composition actuelle :

Président : F. Baratte, professeur d’archéologie de l’Antiquité tardive, Université Paris-Sorbonne.


Vice-présidente : G. Cantino Wataghin, professoressa di Archeologia Cristiana e Medievale, Università del Piemonte
Orientale, Vercelli.
Secrétaire : Th. Rechniewski <thierry.rechniewski@wanadoo.fr>.
Trésorier : M. Heijmans, ingénieur de recherches au CNRS, Centre Camille Jullian (Aix-en-Provence) <heijmans@
wanadoo.fr>.
Membres : J.-P. Caillet, professeur d’histoire de l’art du Moyen Âge, Université Paris Ouest-Nanterre ; J.-M. Carrié,
directeur d’études, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris ; J. Dresken-Weilan, Priv. Doz., Université de
Göttingen ; A. S. Esmonde Cleary, professor, Department of Archeology, University or Birmingham ; N. Gauthier,
professeur émérite d’histoire romaine, Université de Tours ; H. Hellenkemper, Direktor, Römisch-Germanisches
Museum, Köln ; G. Ripoll, profesora titular de arqueologia, Universitat de Barcelona ; J. Terrier, archéologue
cantonal, Genève.
BIBLIOTHÈQUE DE L’ANTIQUITÉ TARDIVE
23

DES DOMUS ECCLESIAE


AUX PALAIS ÉPISCOPAUX
ACTES DU COLLOQUE TENU À AUTUN
DU 26 AU 28 NOVEMBRE 2009

sous la direction de
Sylvie BALCON-BERRY, François BARATTE,
Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON
© 2012, Brepols Publishers n.v., Turnhout, Belgium
All rights reserved. No parts of this publication may be reproduced,
stored in a retrieval system, or transmitted, in any form or by any means,
electronic, mechanical, photocopying, recording, or otherwise,
without the prior permission of the publisher.

D/2012/0095/106
ISBN 978-2-503-54402-1
Printed on acid free paper.
REMERCIEMENTS

Le colloque d’Autun consacré aux domus ecclesiae à l’origine des palais épiscopaux et les actes que nous
publions ont béné¿cié du concours de diverses personnes et institutions que nous souhaitons vivement
remercier :

À Autun :
- M. Rémy Rebeyrotte, maire d’Autun, président de la Communauté de communes de l’Autunois, vice-
président du Conseil général de Saône-et-Loire et Mme Nicole Maglica, adjoint chargé de la Culture,
pour leur soutien ;
- Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun, Mâcon et Chalon, qui a permis la tenue de cette manifestation
dans l’auditorium Saint-Rhétice de l’évêché ;
- M. André Strasberg, conservateur au Musée Rolin, secrétaire perpétuel de la Société Eduenne,
et le père Pierre Calimé, pour leur accueil.

À Paris :
- L’Université Paris-Sorbonne (Paris IV) ;
- Le Centre André-Chastel (UMR 8150) dirigé par Dany Sandron
ainsi que Catherine Limousin, Clélia Simon et Véronique Soulay ;
- Le Centre Antiquité classique et tardive (UMR 8167, Orient et Occident)
dirigé par François Baratte ;
- À l’Université Paris-Ouest, l’équipe THEMAM (composante de l’UMR 7041)
dirigée par Hervé Inglebert.
LISTE DES AUTEURS

Sylvie BALCON-BERRY, université Paris-Sorbonne/Centre André-Chastel


Catherine BARRA, Inrap, UMR 7299
François BARATTE, université Paris-Sorbonne/Centre Lenain de Tillemont (UMR 8167)
Walter BERRY, UMR 6298 ARTeHIS (université de Bourgogne)
Brigitte BOISSAVIT-CAMUS, université Paris-Ouest, Nanterre la Défense, UMR 7041-THEMAM
Charles BONNET, membre de l’Institut
Jean-Pierre CAILLET, université Paris-Ouest, Nanterre La Défense, UMR 7041-THEMAM
Pascale CHEVALIER, université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand (UMR 6298 ARTeHIS Dijon)
Yves ESQUIEU, université Aix-Marseille
Sveva GAI, LWL-Archäologie für Westfalen
Jean GUYON, directeur de recherche au CNRS, Centre Camille Jullian
Paolo LIVERANI, università di Firenze
Ivan MATEJÿIý, université de Rijeka
Alain de MONTJOYE, service du Patrimoine culturel de l’Isère
Françoise PAONE, Inrap, UMR 7299
Jean-François REYNAUD, professeur honoraire des universités
Clementina RIZZARDI università di Bologna
Dany SANDRON, université Paris-Sorbonne/Centre André-Chastel
Christian SAPIN, directeur de recherche au CNRS, UMR 6298 ARTeHIS Dijon
TABLE DES MATIÈRES

Remerciements 5

Liste des auteurs 6

Table des matières 7

Préfaces
M. Rémy REBEYROTTE, maire d’Autun 8
Mgr Benoît RIVIÈRE, évêque d’Autun 9

Introduction
Sylvie BALCON-BERRY, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET ET Dany SANDRON 11

Jean-François REYNAUD, AUX ORIGINES DU PALAIS ÉPISCOPAL DE LYON 15

WALTER BERRY, THE DOMUS ECCLESIAE OF REIMS: THE STATE OF THE QUESTION
IN THE LIGHT OF RECENT RESEARCH 29

SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY, AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 43

ALAIN DE MONTJOYE, GRENOBLE : DU PREMIER COMPLEXE CATHÉDRAL


À LA RÉSIDENCE ÉPISCOPALE (IVe-XIIIe SIÈCLES) 63

BRIGITTE BOISSAVIT-CAMUS, LA DOMUS ECCLESIAE DE POITIERS 73

YVES ESQUIEU, LES RÉSIDENCES DE L’ÉVÊQUE DE VIVIERS (ve-xve SIÈCLES) 89

CATHERINE BARRA ET FRANÇOISE PAONE, MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ


TARDIVE ET SON DÉPLACEMENT AU MOYEN ÂGE, CONTRIBUTIONS DE L’ARCHÉOLOGIE (1995-2010) 99

CHARLES BONNET, LES RÉSIDENCES ÉPISCOPALES DE GENÈVE AUX PREMIERS TEMPS CHRÉTIENS 115

PAOLO LIVERANI, L’EPISCOPIO LATERANENSE DALLE ORIGINI ALL’ALTO MEDIOEVO 119

CLEMENTINA RIZZARDI, LE RESIDENZE DEI VESCOVI DI RAVENNA DAL TARDOANTICO ALL’ALTOMEDIOEVO 133

JEAN-PIERRE CAILLET, LE CAS DE CARIÿIN GRAD (SERBIE) ET LE PROBLÈME DE L’IDENTIFICATION DE CERTAINS


“PALAIS ÉPISCOPAUX” DE L’ANTIQUITÉ TARDIVE 147

IVAN MATEJÿIý ET PASCALE CHEVALIER, L’EPISCOPIUM DE POREÿ 163

FRANÇOIS BARATTE, LES DOMUS ECCCLESIAE : LE CAS DE L’AFRIQUE ROMAINE, VANDALE ET BYZANTINE 173

SVEVA GAI, LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL ET LES CARACTÈRES
TOPOGRAPHIQUES ET ARCHITECTURAUX DU SIÈGE ÉPISCOPAL DE PADERBORN (WESTPHALIE) 185

Conclusion
Jean GUYON ET Christian SAPIN 209
Préfaces

Les fouilles archéologiques menées à l’emplacement du cloître de l’ancienne cathédrale Saint-Nazaire


d’Autun ont révélé l’existence d’un grand bâtiment plusieurs fois remanié, assimilé à l’ancienne résidence
des évêques et des clercs – la domus ecclesiae – pour ses phases comprises entre les IVe-Ve siècles et la ¿n
du VIIIe siècle. Cette découverte a suscité la tenue à Autun d’un colloque destiné à faire le point, à l’échelle
européenne et bien au-delà, sur nos connaissances de l’environnement des cathédrales des origines et la
formation des palais épiscopaux.

Dès le début des recherches consacrées au complexe cathédral d’Autun, la municipalité a soutenu cette
opération d’envergure qui a notamment permis de montrer l’installation progressive du cloître des chanoines
à l’emplacement de l’aile occidentale de l’ancienne demeure épiscopale, et ses transformations entre la ¿n du
VIIIe siècle et le XVIe siècle.

La Ville d’Autun se réjouit de la publication des actes de cette rencontre qui a donné l’opportunité de
confronter le cas d’Autun à des sites prestigieux, tels Ravenne, Genève ou encore Lyon, pour ne citer qu’eux,
à travers les contributions de nombreux chercheurs de renom.

Rémy Rebeyrotte
Maire d’Autun,
Conseiller général de Saône-et-Loire,
Président de la Communauté de communes de l’Autunois
En croisant les données de fouille, l’étude des textes, et l’analyse du bâti actuel, on a pu montrer que le palais
épiscopal d’Autun, fruit de remaniements successifs, est l’héritier direct de la domus ecclesiae des origines
qui s’était implantée dans la ville haute, à l’est de la cathédrale primitive et à l’abri de l’enceinte réduite de
l’Antiquité tardive.

Cette continuité exceptionnelle, attestée par l’archéologie, trouve un écho très actuel puisque plus de quinze
siècles après la constitution du premier complexe épiscopal, ce site accueille aujourd’hui encore le siège de
l’évêché, c’est-à-dire la maison épiscopale, les services de la curie diocésaine ainsi que des locaux ouverts à
des manifestations publiques.

Beaucoup se réjouiront de la publication des actes de la rencontre d’Autun qui montrent l’importance de ce site.

Monseigneur Benoît Rivière,


Évêque d’Autun, Chalon-sur-Saône et Mâcon
11

Introduction

SYLVIE BALCON-BERRY,
FRANÇOIS BARATTE,
JEAN-PIERRE CAILLET,
DANY SANDRON

DES DOMUS ECCLESIAE AUX PALAIS ÉPISCOPAUX :


HISTORIOGRAPHIE ET PERSPECTIVES LIMINAIRES

Au cours des dernières décennies, plusieurs spécialis- à la perception d’un véritable pôle multifonctionnel dans
tes de la ¿n de l’Antiquité aussi bien que du Moyen Âge l’espace urbain. L’opportunité de ce type d’approche de-
ont focalisé leur attention sur les ensembles cathédraux vait ici sans doute être rappelée d’emblée dans la mesure
considérés en tant que véritables complexes : c’est-à-dire, où, en établissant le cadre général dans lequel s’inscrit la
ne se résumant pas à leurs seules composantes ecclésiale présente enquête, cela confère leur vraie dimension aux
et baptismale, mais incluant également des espaces de enjeux de cette dernière.
« représentation » et d’habitat à l’usage de l’évêque et, En rapport immédiat avec la suprême dignité de son
éventuellement, des membres de sa suite. À cet égard, on affectataire, la domus ecclesiae paléochrétienne, devenue
renverra tout particulièrement aux actes du XIe congrès in- « palais épiscopal » dans la terminologie médiévale la plus
ternational d’archéologie chrétienne1, ainsi qu’aux quinze courante, apparaît tout naturellement comme l’une des
volumes de la série consacrée à la topographie chrétienne composantes majeures de cet organisme. À ce titre, elle n’a
des cités de la Gaule pré-carolingienne2 ; et, pour les siè- pas manqué de susciter déjà quelques études particulières,
cles plus tardifs, en élargissant alors la perspective aux qu’il convient également de remémorer. Pour ce qui a trait
quartiers canoniaux, à l’investigation personnelle d’Yves à l’époque paléochrétienne d’abord, et dans une perspective
Esquieu en régions rhodanienne et méditerranéenne3, puis synthétique, c’est un article de Wolfgang Müller-Wiener
à l’entreprise coordonnée par Jean-Charles Picard pour dans Felix Ravenna6 (repris sans changement notable dans
tout le territoire français4. Par ailleurs, on accordera sa jus- les actes du congrès de 1986 mentionné ci-dessus7) qui a
te place à l’ambitieux essai d’Alain Erlande-Brandenburg, constitué, pour plus d’un quart de siècle, la référence ma-
qui s’attachait à brasser ces divers aspects en jetant un pont jeure. L’auteur avait abordé ce sujet consécutivement aux
entre Antiquité tardive et Moyen Âge5. Tout cela a débou- fouilles de la Deutsche Forschungsgesellschaft à Milet8 ;
ché sur une vision beaucoup plus satisfaisante revenant, là en effet, à proximité de la basilique Saint-Michel déjà
au-delà de la simple caractérisation des unités cultuelles, connue antérieurement comme l’une des deux églises prin-
cipales de la cité, un groupe de bâtiments mis au jour en
1978-1980 se voyait interprété comme la résidence épisco-
pale ; et, au-delà de ce cas, W. Müller-Wiener évoquait tour
1 N. Duval (éd.), Actes du XIe congrès international d’archéo-
logie chrétienne. Lyon, Vienne, Grenoble, Genève et Aoste (21-
28 septembre 1986), Rome, 1989.
2 N. Gauthier et J.-Ch. Picard puis B. Beaujard et F. Prévôt 6 W. Müller-Wiener, « RiÀessioni sulle caratteristiche dei pa-
(éd.), Topographie chrétienne des cités de la Gaule des origi- lazzi episcopali », dans Felix Ravenna, 4e sér., fasc. 1/2, 1983,
nes au milieu du VIIIe siècle, Paris, 1986-2007. p. 103-145.
3 Y. Esquieu, Autour de nos cathédrales. Quartiers canoniaux 7 Id., « Bischofsresidenzen des 4.-7. Jhs. im östlichen Mittel-
du sillon rhodanien et du littoral méditerranéen, Paris, 1992. meerraum », dans N. Duval (éd.), Actes du XIe congrès… (ci-
4 J.-Ch. Picard (dir.), Les chanoines dans la ville. Recherches sur dessus n. 1), I, p. 650-709.
la topographie des quartiers canoniaux en France, Paris, 1994. 8 Istanbuler Mitteilungen, XXVII-XXVIII, 1977-1978, p. 93-
5 A. Erlande-Brandenburg, La cathédrale, Paris, 1989. 125 ; XXIX, 1979, p. 163-173 ; XXX, 1980, p. 23-30.
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 11-13.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101285
12 SYLVIE BALCON, FRANÇOIS BARATTE, JEAN-PIERRE CAILLET ET DANY SANDRON

à tour un certain nombre de constructions également identi- restituer l’état originel dans presque toutes les composan-
¿ées comme telles dans l’Illyricum, l’Orient méditerranéen tes de l’élévation14 ; de celui de Genève, qui a béné¿cié
et l’Afrique du nord ; cela a¿n d’établir les bases d’une ty- d’une fouille des plus minutieuses de la part de Charles
pologie de ces ensembles – ou, du moins, d’en dégager les Bonnet15 ; et aussi sans doute du cas de CariĀin Grad dans
principaux caractères morphologiques. N. Duval n’avait pas la mesure où Bernard Bavant, Noël Duval et Jean-Pierre
manqué, dès la session du congrès de 1986, d’émettre des Caillet ont eu lieu d’y poser, bien plus qu’ailleurs, le pro-
réserves à l’égard de ces propositions9. L’année suivante, blème crucial de l’identi¿cation du bâtiment à l’usage de
Jean-Pierre Caillet développait ses propres objections dans l’évêque16.
une communication à un colloque tenu à Lebane (Serbie) Si l’on en vient au volet médiéval de ce panorama
mais demeuré inédit ; ce texte vient seulement de paraître, historiographique, quelques entreprises assez récentes se
sans changement, dans le volume consacré aux fouilles de recommandent à l’immédiate attention ; chacune d’elles
l’acropole de CariĀin Grad10. Précisément, le volume en est relative à une aire géographique bien spéci¿que, pour
question marque aujourd’hui une nouvelle étape décisive laquelle elle développe une vision véritablement synthéti-
avec, outre l’article que nous venons de mentionner, une que. Il s’agit, pour le Nord de la France, de la thèse d’École
synthèse d’Alexandra Chavarría et Y.A. Marano sur les cas des Chartes de Thierry Crépin-Leblond, centrée sur deux
italiens évoqués lors d’une réunion à Mantoue en 200411, et archidiocèses d’importance majeure dans le cadre de l’État
de nouvelles observations de Noël Duval sur le panorama capétien lors de la phase décisive de sa structuration17.
méditerranéen12. Pour les régions du Nord-Ouest et de l’Ouest de la France,
Sinon, c’est dans le cadre de monographies de sites puis pour l’Italie normande et dans un cadre chronolo-
que ces domus ecclesiae ont fait l’objet de présentations gique sensiblement du même ordre, on dispose de deux
plus ou moins détaillées. Nous n’en dresserons pas la substantiels articles d’Annie Renoux18. Pour l’ensemble
liste ici, d’autant plus qu’un certain nombre de ces cas
seront réenvisagés dans les pages qui suivent (ou que
la bibliographie afférente s’en trouve dans les dernières 14 I. MatejĀiþ, « The Episcopal palace at PoreĀ : Results of
approches synthétiques dont nous venons de faire état). Recent Exploration and restoration », dans Hortus Artium
Mais il apparaît indispensable de faire aussitôt mention de Medievalium, 1, 1995, p. 84-89 ; voir aussi, au sujet de ce
même complexe, E. Russo, « Una riÀessione sull’episcopio di
quelques exemples qui, à divers titres, s’offrent désormais Parenzo », dans Bizantinoslavica, 2000, p. 179-195.
comme d’incontournables repères : il s’agit de l’episco- 15 Voir en particulier Ch. Bonnet, « Les salles de réception du grou-
pium de Ravenne, pour lequel on dispose d’une documen- pe épiscopal de Genève », dans Rivista di archeologia cristiana,
tation textuelle absolument exceptionnelle exploitée par 65, 1989, p. 71-86, ainsi que J.-Ch. Picard, « La fonction des salles
Clementina Rizzardi13 ; de celui de PoreĀ, dont une récente de réception dans le groupe épiscopal de Genève », ibid., p. 87-
restauration sous la direction d’Ivan MatejĀiþ a permis de 104. On trouvera des compléments bibliographiques dans la no-
tice même de Charles Bonnet, ci-après dans le présent volume
16 Voir les remarques de B. Bavant dans B. Bavant, V. Kondiþ et J.-
9 N. Duval (éd.), Actes du XIe congrès… (ci-dessus n. 1), I, M. Spieser (éd.), CariĀin Grad II, Belgrade-Rome, 1990, p. 123-
discussion p. 709. 160, puis dans B. Bavant et V. Ivaniševiþ (éd.), Francuska-srpska
saradnja u oblasti arheologije (Coopération franco-serbe en
10 « Remarques sur la problématique des palais épiscopaux à la archéologie), Belgrade, 2008, p. 62-65 ; N. Duval, « L’urbanisme
¿n de l’Antiquité », dans N. Duval et V. Popoviþ (éd.), CariĀin de CariĀin Grad, une ville arti¿cielle et ses bâtiments d’apparat :
Grad III. L’acropole et ses monuments, Rome-Belgrade, 2010, une spéci¿cité locale ou une étape décisive dans la typologie des
p. 508-523. La substance en est reprise, avec certaines mises à principia militaires », dans Antiquité tardive, 4, 1996, notamment
jours et adjonctions, dans l’article consacré à ce même site dans p. 335-337 ; J.-P. Caillet, « The Problematic of Late Antique
le présent volume. Episcopal Palaces », dans V.V. Pischoulina (éd.), Architecture
11 « Nuove ricerche sui complessi episcopali in Italia », ibid., and Archaeology : Problems of Preservation of a Heritage,
p. 524-545 (incluant d’ailleurs le cas aujourd’hui croate de 1st International Conference, Rostov-na-Donu, 2008, Rostov,
PoreĀ/Parenzo, pour lequel nous renvoyons ci-après aux 2008, p. 192-196, ainsi que « Remarques sur la problématique
récentes études de première main) ; les actes proprement dits du des « palais épiscopaux » à la ¿n de l’Antiquité », dans CariĀin
convegno auquel font là référence A. Chavarria et Y.A. Marano Grad III (ci-dessus n. 10), p. 508-510 – et surtout désormais,
(Le origini della diocesi di Mantova e le sedi episcopali ibid., p. 451-508 (J.-P. Caillet, ý. Vasiþ, V. Popoviþ et alii, « Le
dell’Italia settentrionale nell’Alto Medioevo) n’ont, à notre complexe IV, appelé couramment palais épiscopal », publication
connaissance, pas été publiés. exhaustive de l’ensemble en question).
12 « La problématique du palais épiscopal. Observations et 17 La thèse elle-même est à ce jour inédite ; pour un résumé,
conclusions », ibid., p. 545-555. T. Crépin-Leblond, « Recherches sur les palais épiscopaux en
13 C. Rizzardi, « Note sull’antico episcopio di Ravenna : forma- France du Nord au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècles) d’après
zione e sviluppo », dans N. Duval (éd.), Actes du XIe congrès… divers exemples des provinces ecclésiastiques de Reims et de
(ci-dessus n. 1), I, p. 711-732 ; Ead., “Le sale di rappresentanza Sens », dans École nationale des Chartes. Positions des thèses,
dell’episcopio di Ravenna nell’ambito dell’edilizia religiosa oc- 1987, p. 63-69.
cidentale ed orientale dal tardoantico all’alto medioevo”, dans J.- 18 A. Renoux, « Palais épiscopaux des diocèses de Normandie,
P. Caillet et M. Sot (éd.), L’audience. Rituels et cadres spatiaux du Mans et d’Angers (XIe-XIIIe siècle) : état de la question »,
dans l’Antiquité et le Haut Moyen Âge, Paris, 2007, p. 221-239. dans Les évêques normands au XIe siècle. Actes du colloque de
DES DOMUS ECCLESIAE AUX PALAIS ÉPISCOPAUX : HISTORIOGRAPHIE ET PERSPECTIVES LIMINAIRES 13

de l’Italie en dernier lieu, on doit se référer à l’ouvrage et Franck Gabayet - sur celui de Grenoble27, que l’on a pu
de Maureen C. Miller, dans lequel se trouvent d’ailleurs cerner assez bien pour le Moyen Âge central et tardif, du
également pris en compte les principaux exemples paléo- moins. Ajoutons qu’une rapide présentation globale de ces
chrétiens, mais qui offre surtout un caractère pionnier pour exemples, ainsi que de plusieurs autres, s’est opportuné-
la réÀexion qui s’y trouve développée sur le devenir de ment trouvée rassemblée dans un volume qu’a consacré
ces derniers, ainsi que sur la con¿guration des nouveaux Annie Renoux aux palais de France et de Belgique28 ; on y
ensembles aux siècles postérieurs - et en ménageant alors trouve d’ailleurs aussi deux rapides synthèses sur les cas du
une très large part à l’interprétation historique19. Nord de la France par Thierry Crépin-Leblond29, et sur ceux
Comme pour l’Antiquité tardive, on dispose naturelle- du Sud par Yves Esquieu et Henri Pradalier30.
ment aussi d’études monographiques de complexes plus
ou moins tardifs. Dans le cadre de l’Italie, c’est évidem- Après cet indispensable panorama historiographique, il
ment l’exemple du Latran, bien servi par la documentation nous faut évidemment justi¿er le choix du site d’Autun
textuelle et graphique, qui a été privilégié : cela par Paolo pour la tenue du présent colloque, et donc brièvement rap-
Liverani20 (qui y reviendra ici même) puis par Manfred peler les données du contexte local. Les dernières campa-
Lüchterhandt21. Mais c’est pour la France que les investiga- gnes de fouille réalisées en 2001-2003 au sud-est de l’an-
tions d’importance ont été les plus nombreuses ; on signa- cienne cathédrale Saint-Nazaire avaient révélé les vestiges
lera surtout ici celles d’Yves Esquieu pour Viviers22 et Henri d’un grand bâtiment aménagé au cours du IVe siècle. Le
Pradalier pour Albi23, sites pour lesquels on béné¿ciait du fait que cette bâtisse ait subi de façon continue des restruc-
bon état actuel des élévations ; celles de Michel Fixot, Jean turations jusqu’au IXe siècle, époque de l’intégration de
Guyon, Jean-Pierre Pelletier et Lucien Rivet pour Aix-en- son aile occidentale au cloître des chanoines, sa proximité
Provence24, et de Paul-Albert Février (puis Michel Fixot et avec Saint-Nazaire, église principale du complexe épisco-
Lucien Rivet là aussi) pour Fréjus25 ont également livré des pal primitif, outre son ampleur, avaient conduit à l’identi-
éléments de réÀexion appréciables, en dépit de la quasi-dis- ¿er à l’ecclesiae domus mentionnée à la ¿n du VIIe siècle
parition des structures anciennes ; il en va de même pour dans la Passion de saint Léger. L’apparente continuité avec
celles respectivement menées par Fançois-Régis Cottin le palais épiscopal situé immédiatement à l’est, à l’abri de
puis Jean-François Reynaud sur le complexe de Lyon26 et l’enceinte réduite, dans sa con¿guration actuelle, consti-
Alain de Montjoye - associé ensuite à François Baucheron tuait un autre argument en faveur de cette hypothèse.
Les recherches entreprises par la suite ont cependant
montré, pour la France, une certaine méconnaissance
de ces structures destinées à abriter la vie des premiers
Cerisy-la-Salle, Caen, 1995, p. 173-204 ; puis « Palais princiers,
royaux et épiscopaux normanno-angevins (Xe-XIIIe siècle) : évêques et des clercs, tant en ce qui concerne leur orga-
approche comparative », dans E. Cuozzo et J.-M. Martin (dir.), nisation, la fonction de leurs multiples espaces que leur
Cavalieri alla conquista del Sud. Studi sull’Italia normanna in emplacement par rapport aux édi¿ces de culte et autres
memoria di Robert-Léon Ménager, Rome-Bari, 1998, p. 23-56. composantes du groupe épiscopal dans ses toutes premiè-
19 M.C. Miller, The Bishop’s Palace. Architecture and Authority res manifestations. Par là même, le lien entre ces instal-
in Medieval Italy, Ithaca (N.Y.)-Londres, 2000. lations très mal connues et le palais épiscopal du Moyen
20 P. Liverani, « Dalle aedes Laterani al Patriarchio Lateranense », Âge central n’était pas clairement établi.
dans Rivista di archeologia cristiana, 75, 1999, p. 521-549. La rencontre ainsi organisée à Autun ¿n novembre
21 M. Luchterhandt, « Papstliche Palastbau und hö¿sches 2009, au sein même de l’évêché, a donc eu pour but de
Zeremoniell unter Leo III », dans M. Wemhoff et C. Stiegemann
(éd.), 799. Kunst und Kultur der Karolingerzeit. Karl der
tenter de mieux connaître ces domus ecclesiae à travers
Grosse und Papst Leo III. in Paderborn, III, Mayence, 1999, l’examen comparatif de sites français et étrangers, ainsi
p. 109-122. que leurs transformations au gré des mutations du groupe
22 Voir essentiellement la notice d’Y. Esquieu dans l’ouvrage cathédral. La confrontation de données souvent inédites
d’A. Renoux cit. infra (n. 28), p. 174-176. sur les complexes paléochrétiens et haut-médiévaux, ainsi
23 H. Pradalier, « Le palais de la Berbie », dans Congrès archéo- que la production du témoignage des palais épiscopaux des
logique de France. Albigeois, Paris, 1982, p. 122-141. XIIe-XIIIe siècles aujourd’hui les plus représentatifs, se ré-
24 M. Fixot, J. Guyon, J.-P. Pelletier et L. Rivet, « Des abords véleront, nous l’espérons, particulièrement fructueuses.
du forum au palais archiépiscopal, étude du centre monumen-
tal d’Aix-en-Provence », dans Bulletin monumental, 144-III,
1986, p. 195-290.
27 F. Baucheron, F. Gabayet, A. de Montjoye (et alii), Autour
25 P.-A. Février, Fréjus, le groupe épiscopal, Paris, 1981 ; P.-A. du groupe épiscopal de Grenoble : deux mille ans d’histoire,
Février, M. Fixot et L. Rivet, Au cœur d’une ville épiscopale, Lyon, 1998.
Fréjus, Fréjus, 1988.
28 A. Renoux (dir.), Palais médiévaux (France-Belgique). 25 ans
26 F.-R. Cottin, « Le palais archiépiscopal de ses origines à la Ré- d’archéologie, Le Mans, 1994, p. 119-176.
volution », dans Le palais Saint-Jean [catalogue d’exposition]
Lyon, 1992, p. 41-57 ; notice de J.-F. Reynaud dans l’ouvrage 29 Ibid., p. 115, 118.
d’A. Renoux cit. infra (n. 28), p. 162-163. 30 Ibid., p. 116-117.
15

JEAN-FRANÇOIS REYNAUD
Professeur honoraire des universités

THE ORIGINS OF THE EPISCOPAL PALACE IN LYON: THE DOMUS ECCLESIAE


The city of the “primate” of Gaul has retained various memories of the bishop’s palace: written sources
from all periods, a rich post-XVth century iconographic documentation (etchings, paintings) and structural
remains, though unfortunately not previous to the XIth century. This has the advantage of having survived in
elevation and older parts can be traced, whereas the domus ecclesiae disappeared long ago.

Lyon’s episcopal palace is one of the least well known and to date no archaeological study of it has been
conducted. There has never been any synthetic study of the domus ecclesiae. Several written documents from
Late Antiquity refer to it: the ecclesia domus where bishop Nizier appears after his death, the aedi¿cium
domus ecclesiasticae, repaired by his successor Priscus. At the time of bishop Patiens the grain stores were
large enough to save locals from a famine in the years 460-470. Later the domus episcopales were repaired
by Leidrade. One had been nearly destroyed, the other was enlarged to welcome Charlemagne; it was ¿tted
with a solarium or terrace but it cannot be located. The hospitale sancti Romani (south of the palace) is ¿rst
mentioned in the Bref de l’Eglise de Lyon.

A broad de¿nition of the episcopal district will be adopted and to acquire a more accurate idea of it we shall
compare it to Aix-en-Provence, Autun, Poitiers, Valence, Geneva and Barcelona. In Lyon as in those towns,
the archaeological evidence abounds for the IVth-VIth centuries: this includes discoveries north of the cathe-
dral (a large room with radiant heating), in the square A. Max (dwellings and possibly still public baths), in
the rues Tramassac and Carriès (remains of important buildings) and at the Manécanterie site (a Late Antique
building and a large arch datable to ca. 800).

In the square A. Max as well as in the rues Tramassac and Carriès, the same evolution can be noted. In the
IVth century the newly built areas follow the urban pattern of existing Antique tradition; in the Vth century, to
the west and south, a restructuring of the district occurs, the cause of which remains obscure, the south being
the more populated; in the VIth century a new development is common to both locations: on the one hand the
public baths are deserted, and on the other a new and larger building is erected; in the VIIth century, the buil-
dings are partially deserted, though mainly in the south; in the Carolingian era, the sparse occupation at the
west was maintained, with new types of dwellings having smaller rooms; a decline and perhaps partial neglect
can be clearly seen at the south in contrast to the well-kept buildings around the cathedral (as known from
work on the site of the Manécanterie).

Archaeology allows us to envisage the evolution of a district which came into the hands of the Church
between the IVth and Vth centuries, or in the late Vth and early VIth. In Lyon archaeologists draw attention to
the succession of restructurations and cautiously speak of the inÀuence of the Church. To give weight to this
hypothesis, the encroachment of the Church and the bishop’s growing power can be ascertained between the
middle of the Vth century and the third part of the VIth. From the above excavations it can be deduced that the
episcopal district inside the Late Antique walls probably circumscribed the episcopal group on three sides as
at Geneva and the size of the domus more or less matched the future extension of the walls by the cathedral
canons. To conclude, between the Vth and the IXth centuries we pass from a spatial organisation inherited from
the High Empire to new spaces centred on ecclesiastical buildings.

For the Carolingian era, nothing is known of the division of space between the canons and the bishop, nor of
the nature of the remains still in place (at the Manécanterie). In the XIth century the bishop had a prestigious
residence built along the Saône, a dwelling as well as a place of power (an aula between two towers) remains
of which are still standing. In the XVth century, a new building which encroached on the river bank had a more
residential aspect. It will be renovated in the XVIIIth century.

Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 15-27.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101286
16 JEAN-FRANÇOIS REYNAUD

Fig. 1. L’environnement de la cathédrale (Antiquité tardive) (Premiers temps chrétiens en Gaule méridionale ; antiquité tardive et haut
Moyen Âge, IIIe -VIIIe siècles, 1986, ¿g. 87, p. 58).
AUX ORIGINES DU PALAIS ÉPISCOPAL DE LYON 17

AUX ORIGINES DU PALAIS ÉPISCOPAL DE LYON

La ville du primat des Gaules garde encore quelques souvenirs du palais de l’évêque : des textes pour toutes
les époques, des images postérieures au XVe siècle (gravures, peintures) et quelques vestiges, malheureuse-
ment rien avant le XIe siècle. Le palais épiscopal conservé en élévation laisse deviner quelques parties ancien-
nes alors que la domus ecclesiae a depuis longtemps disparu. Le palais épiscopal de Lyon reste très mal connu :
un article de F.-R. Cottin s’attarde plus sur les phases du XIe au XVe siècle alors qu’aucune étude archéologique
du palais épiscopal n’a été effectuée à ce jour1. Quant à la domus ecclesiae, elle n’a jamais été l’objet d’une
étude synthétique et l’on devra se poser la question de sa nature monumentale ou non, de son emplacement et
de son extension, voire de l’existence d’un véritable quartier épiscopal dès l’Antiquité tardive (¿g. 1).

LA DOMUS ECCLESIAE en croit une tradition du XVIIe siècle qui situe celle de
Patiens au nord de Sainte-Croix3, à l’ouest si l’on en croit
Les textes 1 l’Obituaire car la maison du doyenné aurait remplacé
l’« aulam veteram »4 au sud, comme le palais épiscopal
Les textes de l’Antiquité tardive mentionnent l’ecclesia qui lui succède.
domus où apparaît Nizier après sa mort au cours d’un grand Avant de continuer, posons-nous la question de ce que
incendie (Grégoire de Tours V.P. 9, p. 123) 2. L’aedi¿cium l’on entend par domus ecclesiae (ou episcopium) : s’il
domus ecclesiasticae est réparé par Priscus, son successeur. s’agit uniquement de la camera de l’évêque, on en ignore
(HF, IV, 36, p. 169). On sait aussi que les réserves de grains tout, mis à part les rares mentions textuelles. Si l’on suit
étaient assez importantes pour approvisionner des convois N. Duval dans Naissance des Arts chrétiens, il s’agit d’un
destinés à stopper la famine qui sévissait en Provence à « complexe d’édi¿ces aménagé près de la cathédrale où
l’époque de Patiens dans les années 460-70. Mais le xeno- vivaient avec l’évêque le clergé et le personnel attaché au
dochium fondé par Childebert au concile d’Orléans en 549 siège principal de la communauté de la cité »5. On peut
n’était pas sous l’autorité de l’évêque. donc envisager entre le IVe et le IXe siècle un cadre assez
À l’époque carolingienne, les domus episcopales sont large autour de la cathédrale comprenant des vestiges par-
réparées par Leidrade (Epistulae carolini aevi, MGH, II, fois monumentaux, des bâtiments d’habitation et de ser-
p. 542-543). L’une est presque ruinée (jam pene destructa), vices : la camera de l’évêque et sa chapelle, les salles de
l’autre a été agrandie pour accueillir Charlemagne, elle est réception secretarium ou salutatorium, une salle à man-
pourvue d’un solarium ou terrasse domum cum solario de ger ou mensa, des bains, des salles de services comme les
novo aedi¿cavi et duplicavi (Lettre à Charlemagne, 809- greniers à blé, des fours, un hospice ou xenodochium. On
812). L’hospitale sancti Romani (au sud du palais) est peut aussi s’appuyer sur les quatre chantiers de fouilles
mentionné pour la première fois dans le Bref de l’Église menés à une distance de moins de 100 m de l’ecclesia :
de Lyon. au nord de la cathédrale (site des églises)6, au sud (place
La domus ecclesiae ayant depuis longtemps disparu,
on ignore son emplacement : au nord des églises si l’on
3 A. Sachet, Le pardon annuel de la Saint-Jean et de la Saint-
Pierre à Saint-Jean de Lyon (1392-1790), Lyon, 1914-1918,
1 F.-R. Cottin, Le palais archiépiscopal de ses origines à la t.1, p. 47, n° 3.
Révolution, in Le palais Saint-Jean, Urbanisme, Ameublement,
Collections, Lyon, 1992, (Les dossiers des Archives Municipa- 4 M.-C. Guigue, Obituarium Lugdunensis ecclesiae. Nécrologe
les), 4, p. 41-59. des personnages illustres et des bienfaiteurs de l’église métro-
politaine de Lyon du IX eau XV esiècle, Lyon, 1897, p. 82.
2 J.-F. Reynaud, Lugdunum christianum, Paris, 1998, DAF,
n° 69, p. 25-27 et P.-A. Février, J.-Ch. Picard, Ch. Piétri, J.- 5 N. Duval, « La domus ecclesiae. Les dépendances non cultuelles
F Reynaud, Lyon, in Topographie chrétienne des cités de la de l’ecclesia », Naissance des arts chrétiens, Paris, Imprimerie
Gaule, des origines au milieu du VIIIe siècle, Paris, 1986, IV, Nationale, 1991, p. 64.
p. 15-35. 6 J.-F. Reynaud, op. cit., p. 44-86.
18 JEAN-FRANÇOIS REYNAUD

Fig. 2. Salle chauffée nord (IV-Ve siècle) (Reynaud, 1998, p. 60).


AUX ORIGINES DU PALAIS ÉPISCOPAL DE LYON 19

A. Max)7, la Manécanterie8, à l’ouest à l’emplacement des


maisons canoniales, rue Tramassac et Carriès 9. Le tout
examiné à la lumière des fouilles de Genève et de Valence
et en tenant compte du fait qu’aux Ve-VIIe siècles, il n’est
pas possible de parler d’un quartier épiscopal fermé par
une clôture comme en Afrique du nord (Timgad, Cuicul,
Sbeitla)10 (voir la communication de F. Baratte). Ce n’est
qu’au XIIe siècle que le quartier, devenu aussi canonial,
est englobé dans une enceinte dont nous connaissons le
tracé. Il est aussi intéressant de constater que la justice
de l’évêque s’étend sur un territoire équivalent11. On peut
toutefois admettre que la prise de possession du quartier
par l’évêque est antérieure au XIIe siècle. Les comparai-
sons avec Genève vont dans ce sens : au XIIe siècle, le
quartier épiscopal de Lyon fait 4 ha, à l’époque paléochré-
tienne celui de Genève en fait presque 2, avec une exten-
sion maximum possible à l’angle nord-est de la ville entre
le cardo et le decumanus. En¿n l’hypothèse de bâtiments
monumentaux qui, situés à moins de 100 m de la cathé-
drale Saint-Jean, auraient fait partie de la domus ecclesiae
avait déjà séduit les archéologues qui ont travaillé dans le
quartier comme F. Villedieu et C. Arlaud 12.

Examinons l’apport de quarante ans d’archéologie dans


ce secteur.
Les fouilles
Dans l’environnement de la cathédrale, un certain nom-
bre de constructions monumentales auraient pu appartenir
à la domus ecclesiae.
-Au nord, une grande salle chauffée a pu être reconstituée
(mur de 17 m de long et conduits rayonnants en double Y,
sans doute successifs dans le temps) soit une salle d’envi-
ron 14/23 m (¿g. 2)13. Il s’agirait d’une salle de réception
plus grande que celle de Genève (9,40/5,50 m) et dotée du
même système de chauffage. Malheureusement il n’en reste
que peu de choses et en tout cas pas de mosaïques. Elle est
antérieure à l’église Sainte-Croix qui lui succède à l’époque Fig. 3. Fouilles de la place A. Max (VIe siècle) (Villedieu, 1990,
mérovingienne et pourrait dater du Ve siècle. pl. IX).
-Au sud, place A. Max a été mis au jour un habitat du
IIIe au IXe (¿g. 3)14 et des thermes du IIIe siècle auxquels
succède un nouveau complexe ¿n IVe - début Ve siècle. Il 10/8,50 m, soit l’équivalent du balnéaire sud de Valence et
s’agit encore de thermes dont les dimensions suggèrent l’ensemble des bains 23/13,50 m. Ils sont utilisés pendant
qu’ils sont encore publics, mais la plus grande salle fait tout le Ve siècle avec tendance à la réduction des espaces.
À l’ouest, un bâtiment est arasé pour installer une cour à
péristyle. Les bains ne sont abandonnés qu’à la ¿n Ve -
7 F. Villedieu, Lyon, Saint-Jean, les fouilles de l’avenue Adolphe- VIe siècle15. Au VIe siècle, un nouvel édi¿ce pourvu d’une
Max, Lyon, 1990, DARA, 3.
cour à péristyle se construit à la place du balnéaire, et
8 M. Vialettes, « Le bâtiment de la “Vieille Manécanterie” de la peut-être l’église Saint-Romain, chapelle du xenodochium.
cathédrale Saint-Jean », Bulletin monumental, 1, 1995, p. 47-63.
Puis, les techniques de construction deviennent plus som-
9 C. Arlaud, J. Burnouf, J.-P. Bravard et al, Lyon, Saint-Jean ;
les fouilles de l’îlot Tramasac, Lyon, 1994, DARA, n° 10.
maires, on utilise les murs anciens, on construit sur pilo-
tis et on utilise parfois des mortiers à l’argile16, mais des
10 Voir l’article de F. Baratte dans le présent ouvrage.
11 A. Sachet, op. cit., t. 2, p. 542.
12 F. Villedieu et C. Arlaud, op. cit. p. 111 et 88.
13 J-F Reynaud, op. cit. p. 63-78. 15 F. Villedieu, op. cit., p. 110.
14 F. Villedieu, op. cit., p. 110-115. 16 F. Villedieu, op. cit., p. 112-113.
20 JEAN-FRANÇOIS REYNAUD

Fig. 4. Fouilles rues Carriès et Tramassac, Période 5 première Fig. 5. Fouilles rues Carriès et Tramassac, Période 11-12, époque
moitié du VIe siècle (Arlaud, Burnouf, 1994, p. 44). carolingienne, (Arlaud, Burnouf, 1994, p. 49).
AUX ORIGINES DU PALAIS ÉPISCOPAL DE LYON 21

Fig. 6. Manécanterie (mur sud), IXe siècle (Picard, 1974, p. 273).

fosses et des foyers attestent une continuité d’occupation, à être habité mais l’habitat devient précaire, les nouvelles
« les bâtiments restent en usage ; ils pourraient n’avoir constructions sont plus rudimentaires, l’appareil est irré-
subi que des remaniements et de rares adjonctions »17. À gulier ou en arêtes de poisson, les murs liés à la terre et
l’époque carolingienne, les vestiges sont plus détruits et les sols en terre battue. À l’époque carolingienne (période
plus rares, mais des fosses, des foyers attestent une conti- 11-12) sont connus deux murs, avec un sol en terre battue,
nuité d’occupation. une cour dallée, au centre un sol en mortier blanc, à l’ouest
-Rues Tramassac et Carriès (¿g. 4, 5)18. Le quartier est la voie est décalée vers la colline.
longé par une voie dallée qui est repérée de la ¿n du IIIe au -La « vieille Manécanterie » (¿g. 6). Le mur sud de
IXe siècle avec des rehaussements successifs. À la deuxiè- la Manécanterie est remarquable par un grand arc à
me moitié du Ve siècle (période 4) se distingue le long de claveaux de briques et pierres alternées. Une fouille à
la voie un mur puissant (1 m de large, petit appareil soi- l’intérieur de l’édi¿ce a repéré un habitat de l’Antiquité
gné, mortier blanc très dur), vestige d’une construction tardive mais sur une toute petite surface et a montré que,
monumentale ; un dépotoir de boucher ou d’équarrisseur placé en extérieur face à ce mur, on se trouvait à l’origine
s’étendait plus à l’est (majorité d’os de bœuf) ; d’autres à l’intérieur d’un édi¿ce qui a été modi¿é plusieurs fois
murs de même type sont signalés rue Carriès. Dans la en élévation comme le montrent les multiples ouvertures
première moitié du VIe siècle (période 5), ces édi¿ces des parties hautes. L’arc d’un type proche de la porte de
sont détruits et leur succède un autre grand bâtiment qui l’église Sainte-Croix par ses claveaux de briques alternés
s’installe au-dessus du dépotoir. Il en subsiste trois murs a été daté par analyses archéomagnétiques sur les briques
dont l’un est conservé sur toute sa longueur (8,50 m). De des environs de l’an 800 19.
la ¿n du VIe siècle, restent les vestiges d’un bâtiment, un
mur de soutènement, un sol en mortier de tuileau sur un
radier de galets dans un site partiellement abandonné (pé-
riode 8). Du VIIe à la ¿n du XIe siècle, le secteur continue

17 F. Villedieu, op. cit., p. 115.


18 C. Arlaud, J. Burnouf, J.-P. Bravard, op. cit., p. 88. 19 M. Vialettes, op. cit., p. 47-63.
22 JEAN-FRANÇOIS REYNAUD

LE PALAIS ÉPISCOPAL -Le palais du XVe siècle

-Le palais des XI-XIIe siècles L’histoire se poursuit avec Charles de Bourbon qui
abandonna le château de Pierre Scize et s’installa près de
L’histoire commence avec Humbert, archevêque mort sa cathédrale où il édi¿a en 1466 une aile nouvelle sur la
en 1076 qui le ¿t construire et forti¿er (et domum episco- Saône construite par le « maître masson de Molins Vozy de
palem cum turribus aedi¿cavit)20. Saint-Martin » (¿g. 9). Le plan dressé par F. Régis Cottin à
Les dessins, gravures ou documents anciens sont ex- partir des textes, de l’iconographie et des vestiges distin-
plicites et montrent avec clarté les deux tours (¿g. 7). Une gue bien l’aile ancienne et l’aile nouvelle. Une étude du
visite sur place permet de constater que l’aula a perdu toute plan et des constructions suggère que ces transformations
ancienneté (reconstruction avant 1563), que la tour nord est ont été amorcées avant le XVe siècle. La chapelle de l’évê-
à peu près intacte mais plus basse qu’à l’origine et que la que se trouvait à la jonction entre le palais et la cathédrale.
tour sud est englobée dans un ensemble plus vaste et doté Les vestiges en place n’ont malheureusement jamais été
postérieurement d’une tourelle d’escalier en vis. On peut étudiés alors que l’on repère des portes à arc en accolade
donc bien, avec F.-R Cottin, reconstituer un palais compor- à l’intérieur et que des fenêtres à meneaux ont été cachées
tant une aula encadrée de deux tours élevées (¿g. 8) 21. par les nouvelles fenêtres de SoufÀot.
Fait majeur à souligner, de même que la cathédrale
s’étend vers l’est en gagnant sur les berges de la Saône, le
palais englobe désormais une ancienne ruelle construite à
l’emplacement des remparts, ou contre eux, et comporte
en bordure de Saône une aile totalement neuve, tout en
conservant et modi¿ant l’aile ancienne (¿g. 8, 9).
L’enluminure et le dessin du XVIe siècle indiquent bien
la qualité de la construction et du décor (petite tourelle en
encorbellement « agarite, tourrion », puis terrasse, cham-
bre à parer et chambre de l’évêque), la forteresse est de-
venue un palais.

Fig. 7. Le palais épiscopal au XIXe siècle (Atlas historique du


Grand Lyon, p. 50).

Fig. 8. Plan du palais épiscopal au XIe siècle par F.-R. Cottin


(Atlas historique du Grand Lyon, p. 50). En rouge : XIe siècle ;
en jaune foncé : XII-XIVe siècles ; en jaune clair : XVe siècle.

20 J.-Ch. Picard, Les chanoines dans la ville. Recherches sur la


topographie des quartiers canoniaux en France, Paris, 1994,
p. 271. Fig. 9. Ms. de Pierre Sala « Complainte au dieu d’amour »
21 F.-R. Cottin, op. cit., p. 59 (Vienne, Nationalbibliothek, codex 2618, fol.1 v° environ 1523).
AUX ORIGINES DU PALAIS ÉPISCOPAL DE LYON 23

Fig. 10. T. Loyer, Élévation de la façade sur la Saône du Palais archiépiscopal, vers 1760, Lyon, (AM, fonds Morand, 3S MO 14).

-Le palais des XVII-XVIIIe siècles À Aix-en-Provence, des bâtiments proches du baptis-
tère, dont des bains, mais aussi plus éloignés (moins de
Au milieu du XVIIe siècle, le cardinal Camille de 100 m) auraient pu faire partie de la résidence épiscopale
Neuville fait construire la galerie du bord de l’eau en direc- aux V-VIe siècles, soit un peu plus tard qu’à Poitiers en
tion du pont de bois (détruite en 1792) (¿g. 10). Au milieu raison du transfert de l’ecclesia22.
du XVIIIe siècle, le cardinal de Tencin commande à SoufÀot À Autun entre la cathédrale et le rempart, une demeure
un corps de bâtiment au fond de la cour de l’archevêché restructurée au IVe siècle, pourrait être assimilée à une
et en 1766-1779, SoufÀot, Morand et Loyer mettent l’aile aula ; à proximité, d’autres constructions monumentales
des bords de Saône au goût du jour. Les aménagements pourraient être reliées à la domus ecclesiae dont on peut en
consistent surtout en des transformations du décor : fenê- partie suivre l’évolution jusqu’au IXe siècle 23.
tres, corniches, cour et des aménagements intérieurs. En¿n, À Poitiers des fouilles de sauvetage ont mis au jour un
une reconstruction d’ensemble concerne la partie sud-ouest habitat gallo-romain et des voies secondaires24. Ces mai-
des bâtiments canoniaux appelés la nouvelle Manécanterie sons sont transformées ou détruites dans la première moitié
(l’ancienne Manécanterie n’est pas touchée). du IVe siècle puis reconstruites au moment de la construc-
tion de l’ecclesia, dès la deuxième moitié du IVe siècle,
mais en gardant les mêmes orientations ; le changement
LES GRANDES ÉTAPES : d’orientation a lieu un plus tard aux VIe -VIIIe siècles et les
DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL bâtiments sont alors d’assez grande taille et de qualité. Il y
a donc reconstruction précoce de l’habitat près du groupe
-l’Antiquité tardive épiscopal.
À Valence au sud-est de la cathédrale, le secteur
On peut supposer que l’on était à l’intérieur de l’en- construit au cours du IVe siècle est restructuré au Ve siècle
ceinte réduite dont le tracé peut maintenant se suivre au
sud tel qu’il peut être reconstitué après la fouille du parc
Saint-Georges (elle devait ensuite escalader la colline 22 M. Fixot, J. Guyon, J. -P. Pelletier, L. Rivet, « Les abords
comme à Vienne pour s’appuyer sur un point fort). du forum au palais épiscopal -Etude de topographie Aixoise »,
Pour avoir une idée plus précise de l’aspect de ce quar- Bulletin monumental, 144, 1986, p. 195-290.
tier épiscopal, on peut faire appel à des comparaisons avec 23 Voir la contribution de S. Balcon-Berry et W. Berry.
Aix, Autun, Poitiers, Valence, Genève et Barcelone. 24 voir la contribution de B. Boissavit-Camus.
24 JEAN-FRANÇOIS REYNAUD

Fig. 11. Le complexe épiscopal de Valence (De mémoires de palais, 2006, p. 94).

autour d’une cour intérieure préexistante ; deux ensembles entourent le groupe épiscopal de Genève, sont construi-
thermaux ont été mis au jour au nord de la cour près de tes à partir du milieu du IVe siècle. C’est au Ve siècle que
la cathédrale et au sud : assez complets, ils comportent l’extension du quartier épiscopal est la plus grande, que
des salles chauffées et des bains ou plutôt des baignoires. la densité et la qualité des édi¿ces est la plus forte, à l’est
Pour Franck Gabayet au IVe siècle, la « nature des vesti- entre les églises et le rempart, au nord comme au sud où
ges ne suf¿t pas à en déterminer la fonction », alors qu’au une salle de réception de 11 m de long est complètement
Ve siècle, le complexe architectural rénové appartiendrait remaniée au début du Ve siècle avec un sol de tuileau qui
au secteur résidentiel de l’évêque 25 (¿g. 11). aux VI-VIIe siècles est couvert d’une chape d’argile27. Le
À Genève, l’extension du quartier, la typologie des sal- quartier épiscopal occupait donc bien tout le quart nord-
les et la chronologie sont connues avec une certaine préci-
sion (¿g. 12)26. Les salles chauffées et de grande taille qui
Genève », Rivista di Archeologia christiana, 1-2, LXV, p. 71-
86 et Ch. Bonnet, Les fouilles de l’ancien groupe épiscopal de
25 F. Gabayet, « Un complexe épiscopal sous la place des Or- Genève (1976-1993), Cahiers d’archéologie genevoise, I, 1993,
meaux », De mémoires de palais. Archéologie et histoire du p. 21 et 26-27. Voir aussi sa contribution au sein du présent
groupe cathédral de Valence, Guilherand-Granges, 2006, ouvrage.
p. 84-110 et ¿g. 5, p. 90. 27 Ch. Bonnet, Chronique des découvertes archéologiques dans
26 Ch. Bonnet, « Les salles de réception du groupe épiscopal de le canton de Genève in Genava, XLII, 1994, 35-36.
AUX ORIGINES DU PALAIS ÉPISCOPAL DE LYON 25

Fig. 12. Le quartier épiscopal de Genève (Genava, 1994, p. 33).

est de la ville entre le cardo et le decumanus. qu’il s’étendait très tôt (IV-Ve siècles) au nord du baptis-
À Barcelone, les recherches de Ch. Bonnet et de tère (salle de réception) mais peut-être aussi au sud ou à
J. Beltram ont mis en évidence pour le Ve siècle une l’ouest. Comme la grande salle septentrionale sera rempla-
grande salle de réception accolée au baptistère et des élé- cée par l’église Sainte-Croix aux VI-VIIe siècles, on peut
ments d’un palais épiscopal. Dans la deuxième moitié du penser à un déplacement ou plutôt à une réorganisation de
VIe siècle, le palais épiscopal, mieux connu par l’archéolo- l’espace. Au sud, F. Villedieu tente l’hypothèse d’un lien
gie, est reconstruit et comporte plusieurs salles encadrant avec l’Église dès la régularisation du tissu urbain à la ¿n
une aula centrale, des bains sont signalés plus loin ainsi IVe -début Ve siècle « projet plus vaste de restructuration
qu’un possible palais comtal 28. du quartier, autour de son nouveau centre religieux… les
Si l’on suppose à Lyon, un quartier épiscopal au moins thermes peuvent-ils dès cette époque avoir fait partie de la
aussi important que celui de Genève, on peut envisager domus ecclesiae… les informations recueillies sur le ter-
rain n’apportent pas une réponse claire… toutefois, les si-
gnes d’une continuité… permettent de ne pas écarter cette
direction de recherche »29. Le problème est complexe, on
28 Ch. Bonnet, J. Beltram de Heredia Bercero, The origins and evo-
lution of the episcopal buildings in Barcino: from early Christian se trouve assez loin des églises et les thermes sont-ils au
times to the Visigotic period in J. Beltram de Heredia Bercero,
From Barcino to Barcinona (1st to 7th centuries). The archeologi-
cal remains of Placa del Rei in Barcelona, Barcelona, 2002. 29 F. Villedieu, op. cit., p. 111
26 JEAN-FRANÇOIS REYNAUD

IVe siècle de caractère public alors qu’ils constituent un


ensemble de taille moyenne ou la plus grande salle fait
10/8,50 m, soit l’équivalent du balnéaire sud de Valence
(voir ¿g. 12) et l’ensemble des bains 23/13,50 m ? Et sur-
tout à quel moment les bâtiments sont-ils susceptibles
d’être accaparés par l’Église ? On n’a pas de réponse et
l’on peut aussi se demander si ces bains pouvaient avoir
une fonction dans la domus ecclesiae. Des bains tardifs
et proches d’une cathédrale sont connus à Cimiez 30 ; à
Valence F. Gabayet se réfère à A. Bouet pour les intégrer à
la domus ecclesiae 31 (¿g. 12) ; ce dernier considère en ef-
fet que les rares bains nouveaux du Ve siècle sont de petite
taille et tous liés à un édi¿ce religieux mais il ne dispose
que de trois exemples dont Loupian et Montferrand et seul
l’exemple d’Aix est lié à une domus ecclesiae.
À l’ouest, rues Tramassac et Carriès, les archéologues
utilisent des termes comme « installations de structures pa-
latiales »32 et supposent des bâtiments de service associés
au groupe épiscopal et des édi¿ces « importants mais trop
lacunaires » : en effet le mur de 1 m de large est conservé
sur 2,50 m de longueur (mais il pouvait s’étendre en de- Fig. 13. Plan du quartier canonial de Lyon au XIIe siècle (Picard,
hors de la limite de fouilles). Ils insistent aussi sur la qua- 1994, p. 274).
lité de la construction et sur la présence de sols en mortier
de tuileau. Là encore, on peut hésiter entre une intégration
dès le Ve siècle ou seulement au VIe siècle si l’on consi-
dère que le grand bâtiment de cette époque se maintient
jusqu’au IXe siècle. Bien sûr, la dimension réduite des ves-
tiges retrouvés ne plaide pas en faveur de bâtiments très
importants mais là comme place A. Max, on peut noter la
qualité de l’étude du matériel et la ¿abilité des datations.
On reste donc dans l’incertitude, mais la période située
entre la ¿n du IVe-début Ve siècle et la ¿n du Ve -milieu
VIe siècle, dont la grande époque burgonde, pourrait bien
correspondre à l’extension de l’emprise épiscopale surtout
si l’on envisage à cette époque l’installation de la petite
église Saint-Romain (xenodochium) (malheureusement en
limite de chantier et non étudiée avec précision).

-L’époque carolingienne

À l’époque carolingienne, l’occupation est plus lâche à


l’ouest mais la construction se maintient avec d’autres ty-
Fig. 14. Plan du quartier canonial de Lyon au XVe siècle (Picard,
pes d’habitations, des salles plus petites, des bâtiments de 1994, p. 280 et Sachet I, p. 215).
service ; au sud, le déclin de la construction est plus net
avec peut-être un abandon partiel contrastant avec les belles groupe épiscopal ainsi qu’une domus destinée à abriter
constructions regroupées autour de la cathédrale (mais on l’empereur. Le pan de mur percé d’un arc monumental au
ignore tout du palais épiscopal). Nous l’avons vu, Leidrade sud de la Manécanterie ne permet pas de reconstituer le plan
reconstruit la plupart des églises de Lyon, dont celles du de l’édi¿ce sauf à supposer que l’on est en présence d’une
grande aula d’axe nord-sud différente de celle qui ¿gure à
cet emplacement sur le dessin de l’Anonyme Fabriczy et du
30 F. Benoit, Cimiez, la ville antique, monuments, histoire, Paris, plan Scénographique et qui était encore visible au milieu du
1977, p. 143. XVIe siècle, avec fonction d’auditoire de justice. Il pour-
31 F. Gabayet, op. cit., p. 104-105 et A. Bouet, Les thermes rait aussi s’agir d’un bâtiment canonial, Leidrade ayant fait
publics et privés en Narbonnaise, 2003, École Française de construire un « claustrum » pour les clercs « dans lequel ils
Rome, 320, p. 342-344.
32 C. Arlaud, J. Burnouf, J.-P. Bravard, op. cit., p. 88.
AUX ORIGINES DU PALAIS ÉPISCOPAL DE LYON 27

demeurent tous dans une même maison »33, mais on ignore


-faute de fouilles- si un cloître à galerie a été construit à
cette époque associé à des bâtiments de la vie commune.
Remarquons que l’orientation de la Manécanterie est la
même que celle du futur cloître.
Au XIe siècle, on distingue l’habitat épiscopal et les bâ-
timents canoniaux regroupés sans doute autour du cloître
dont l’orientation diffère sensiblement de celui de la cathé-
drale (comme le palais ?). Au XIIe siècle, se construit l’en-
ceinte du claustrum et l’ecclesia des années 1180 s’agrandit
vers l’ouest aux dépens des berges de la Saône 34 (¿g. 13).
Sur ce plan, on constate que le palais aurait anticipé ce dé-
placement. On pense à un palais forti¿é à une époque où
l’enceinte du Bas-Empire ne devait plus être ef¿cace et où
l’enceinte canoniale de même que le château de Pierre-Scize
n’étaient pas encore construits. Au XVe siècle, la nouvelle
aile se déplace à nouveau vers la rivière (¿g. 14)
Pour l’aula encadrée par deux tours, une comparaison
est possible avec les palais royaux d’Oviedo plus anciens
(aula et tours) et surtout avec les palais épiscopaux des Fig. 15. Le palais épiscopal de Valence : noyau primitif (XIIe siècle)
XI-XIIe siècles. À Oviedo, pour le palais d’Alphonse II le (De mémoires de palais, 2006, p. 212).
Chaste, une salle centrale était encadrée de deux tours35 ; à
Zurich, on passe d’une grande aula carolingienne accom-
pagnée d’une camera à une salle encadrée de deux pièces les archéologues sont restés prudents mais ont insisté sur
ou peut-être d’une tour au nord (XIe siècle)36 ; à Valence les restructurations successives. Pour aller dans le même
au XIIe siècle (¿g. 15), I. Parron a reconstitué une salle sens, on peut rattacher l’emprise grandissante de l’Église
défendue par une tour37. On serait bien en présence d’une au pouvoir toujours accru de l’évêque, entre le milieu du
construction dont la typologie est héritée de l’époque ca- Ve siècle avec Eucher puis Patiens qui correspond aussi
rolingienne mais transformée dans un but défensif pour avec le royaume burgonde qui se termine vers 530 ; période
devenir à la fois lieu de pouvoir et résidence. L’édi¿ce faste marquée par de nombreuses constructions d’églises,
est facile à protéger du côté de la rivière et nettement qui continue ou reprend avec Nizier, mort en 573. De ces
distinct des bâtiments canoniaux dont fait alors partie la fouilles, on peut peut-être déduire que le quartier épiscopal,
Manécanterie reconstruite au XIIe siècle. situé à l’intérieur de l’enceinte du Bas-Empire entourait le
On connaît de nombreux exemples d’aulae dominées groupe épiscopal de trois côtés, comme à Genève et l’on
par une ou deux tours : à Viviers (tour, aula, camera) pour peut supposer que l’étendue de la domus correspondait dès
les XII-XIIIe siècles, à Bourg-Saint-Andéol (aula, tour) l’Antiquité tardive à peu près à l’extension de la justice des
avant 1308, à Paris (tour de Maurice de Sully), à Beauvais, chanoines, puis à celle de l’enceinte canoniale.
contre le rempart romain tardif au milieu du XIIe siècle. En conclusion et pour rester prudent, on peut envisager
que c’est entre le Ve et le IXe siècle que l’on passe d’une
L’archéologie du sous-sol et du bâti permet donc de organisation spatiale héritée de l’Antiquité à de nouveaux
pressentir l’évolution d’un quartier qui entre progressive- espaces peut-être plus centrés sur les édi¿ces de culte, sans
ment dans le giron de l’Église, sans doute assez tôt entre connaître vraiment pour l’époque carolingienne l’impact
la ¿n du IVe et le VIe siècle avec peut-être un maximum de la réforme canoniale. À partir du XIe siècle, le quartier
au VIe siècle. Il s’agit d’hypothèses mais elles concordent canonial se construit à côté du palais épiscopal dominé par
avec l’évolution de sites de Genève, Valence, Aix. À Lyon, deux tours ; il est bientôt délimité par une enceinte de la
¿n du XIIe siècle et le palais épiscopal s’étend vers l’est en
gagnant sur la berge de la Saône, pour s’agrandir en une
33 J.-Ch. Picard, op. cit., p. 271-272. véritable résidence princière.
34 J- Ch. Picard, op. cit., p. 271-276.
35 X. Barral i Altet, Haut Moyen-Âge. De l’Antiquité tardive à
l’an mil, Cologne, 1997, p. 174.
36 R. Kaiser, « Vom Früh-zum Hochmittelalter », in R. Sablonier
(dir.), Geschichte des Kantons Zürich. Frühzeit bis Spätmittelalter,
Zürich, 1995, vol.1, p. 153-155.
37 I. Parron-Kontis, « Le palais épiscopal au Moyen-Âge » De
mémoires de palais, op. cit., p. 211-212.
29

WALTER BERRY
Chercheur associé, ARTeHIST (UMR 6298, Université de Bourgogne)

THE DOMUS ECCLESIAE OF REIMS:


THE STATE OF THE QUESTION IN THE LIGHT OF RECENT RESEARCH

The domus ecclesiae in the cathedral group at Reims--traditionally thought to have occupied the site of the
archiepiscopal residence at Reims, the Palais du Tau, on the south Àank of the present cathedral and to have
been in use from the early Vth century--long ¿gured in discussions of the events around the Baptism of Clovis,
effectively clouding the proper early history of the supposed residence itself. Though some issues remain un-
decided, careful reexamination of the written sources--primarily the direct testimony Gregory of Tours and ar-
chival documents cited by Flodoard--provides suf¿cient information to verify its location south of the primitive
cathedral as well as to determine some basic elements of its internal organization. Indices accumulated since
the XVIIth century in this sector, and excavation in the XIXth and early XXth centuries had demonstrated the
existence of substantial Roman period remains. But recent archaeological investigation has now veri¿ed Late
Antique and Early Medieval occupation phases and structures contemporary with the early written sources.
The presence has also been con¿rmed of a substantial arcaded building of Carolingian date on the site. Ap-
parently originally of two stories, this has survived largely intact incorporated within the Late Medieval north
wing of the present archbishop’s palace, of which it was almost certainly the immediate predecessor. Observed
in the 1920s, an adjoining structure may be the tower-like archive building with a lower chapel erected by
archbishop Ebbo in the 820s, replaced by the present Palatine Chapel in the XIIIth century.

“Autant de problèmes demeurés honored argument for continuity included the belief that
généralement sans solution” the bishops had established themselves in the praetorium
(abbé Jean LeÀon)1. of the High Empire, the so-called “palais du gouverneur”,
often considered to have served as an imperial residence
The cathedral group of Reims offers one of the best- in the IVth century3. However, from the XVIIIth century,
known examples in Gaul of the dif¿culty of tracing the
connection between an early domus ecclesiae known from
the written sources and its Medieval counterpart. Among 1998. See also, T. Crepin-Leblond, “Recherches sur les palais
the city’s native historians there was a long-held conviction épiscopaux en France du Nord au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècles)
that the existing archiepiscopal palace, the Palais de Tau d’après divers exemples des provinces ecclésiastiques de Reims
(Fig. 1), occupied the site of what had been the bishop’s et Sens”, École nationale des chartres, Positions des thèses,
residence since at least the beginning of the Vth century, 1987, pp. 63-69, et Palais médiévaux (France-Belgique), 25 ans
d’archéologie, A. Renoux, éd. pp. 115-118 and 168.
when by tradition the ¿rst church on the site was built by
3 This position is exempli¿ed by L. Demaison, “Le lieu du
bishop Nicasius (Saint Nicaise)2. A corollary of this time-
baptême de Clovis”, Travaux de l’Académie nationale de
Reims, 97, 1894-1895, pp. 269-294, esp. 273-276, but the logic
behind the argument is most clearly articulated by C. Loriquet,
“La mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims :
1 Histoire de l’Eglise de Reims du Ier au Ve siècle, Reims, 1941, étude sur les mosaïques et sur les jeux de l’amphithéâtre”,
p. 58, referring to the problem of the praetorium. Travaux de l’Académie impériale de Reims, 32, 1860, p. 116 :
2 For the Palais du Tau, see H. Jadart, Le palais archiépiscopal « On sait que la construction de la cathédrale de Reims, où nous
de Reims au point de vue de l’art et de l’histoire du XIIIe au la voyons aujourd’hui, ne remonte pas au-delà de saint Nicaise.
XXe siècle, Reims, 1908, brought up to date by I. Frossart, Le Il est probable que l’emplacement choisi par le saint évêque
Palais du Tau, Rennes, 1990, and P. Demouy, Reims, Le palais du était, dans l’origine, attenant à un palais… Que ce palais ait
Tau et le trésor de Notre-Dame, Itinéraires du Patrimoine, Paris, été la résidence d’un gouverneur romain, ou le siège du sénat
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 29-41.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101287
30 WALTER BERRY

ter royal palace from both the praetorium and the bishop’s
residence 6. The multiplication of hypotheses generated
heated scholarly debate in the decades before and after the
fourteenth centenary of the baptism of the Frankish king in
1896 7. Was the “logis of Clovis” to be situated on the site
of the Palais du Tau, at the Porte Basée, or elsewhere ? Was
the king baptized at the cathedral or at another church in
the city : the Saints-Apôtres, Saint-Pierre-le-Vieil or even
Saint-Martin ? 8 And if it was at the cathedral, could the
baptistery be localized from textual references ? 9 Critical
re-examination of the different theses between the two
world wars eliminated the more questionable propositions,
but a consensus could not be attained 10. Recent research
has further narrowed the possibilities yet has not arrived at
an unquali¿ed resolution of the problem 11.
The historiographical aspect of this long debate is itself
of great interest, but in the context of the table-ronde, it is
more pertinent to put aside the hypotheses and rhetoric of
the abundant secondary literature and to concentrate ins-
Fig. 1. Plan Demortain. The cathedral group at the time of the tead on what the earlier written sources relate concerning
coronation of Louis XV (1722). the domus ecclesiae. In the following, the texts will be
approached not from the point of view of Clovis’ baptism,
this idea came to be questioned as historians sought to si- which has somewhat obscured their value, but as much
tuate the various locations mentioned in the accounts of the as possible on their own terms. In addition, early written
baptism of Clovis as furnished by Gregory of Tours and evidence for the domus will be placed in the particular
Hincmar.4 This involved in particular attempts to ¿t details context of Reims in IVth and Vth centuries prior to turning
drawn in particular from Hincmar’s narrative into what to the archaeological remains uncovered on the site of the
was known--or imagined--of the city’s Late Antique topo- Palais de Tau since the late XVIIth century.
graphy5. The resulting divergent interpretations led over
time to the disassociation of the presumed imperial and la-
6 Summarized by C. Brühl, Palatium und Civitas, vol. 1, Gallien,
Cologne, 1975, pp. 63-68.
rémois, la concentration dans les mains de l’évêque des pouvoirs 7 A summary of the various arguments prior to 1914 is found in
municipaux et de l’autorité administrative, rend toute naturelle, H. Leclercq, “Baptême et sépulture de Clovis”, DACL III, col.
à cette époque, la transformation en résidence épiscopale d’un 2037-2074.
palais autrefois occupé par la plus haute magistrature ».
8 For references, see H. Leclercq, DACL, III, col. 2052-2069,
4 Gregory of Tours, Libri historiarum X, II, 31 (MGH, SRM, and the criticism of J. LeÀon, op. cit., 1941, pp. 219-223, and
I, pp. 92-93), and Hincmar, Vita Remigii (MGH, SRM, III, G. Tessier, Le Baptême de Clovis 25 décembre 496 (?), Paris,
pp. 294-297). Hincmar’s description is taken up in large part 1964, pp. 96-104.
by Flodoard, Historia Remensis Ecclesiae [hereafter HER], I,
13 (MGH, SS. XIII, p. 424). See M. Sot, Un historien et son 9 Accepting abbé L.-V. Tourneur’s hypothetical limits of the
Eglise, Flodoard de Reims, Paris, 1993, pp. 379-386, and Id., Vth century church in “La cathédrale de Reims”, Travaux de
“Ecrire et réécrire l’histoire de Clovis : de Grégoire de Tours à l’Académie nationale de Reims 29, 1860, pp. 56-57, writers dis-
Hincmar” in Clovis, histoire et mémoire, M. Rouche, éd., Paris, puted over the interpretation of a pair of Xth century texts (the
1997, vol. 2, pp. 157-173, as well as C. Carozzi, “Clovis, de continuation of the Annales de Flodoard [MGH, SS, III, p. 407]
Grégoire de tours aux Grandes Chroniques de France : nais- and Richer’s Historiae [MGH, SS, III, p. 613]) recording the de-
sance d’une mémoire ambiguë” in Faire mémoire. Souvenir et struction by archbishop Adalberon of an arcuatum opus in 976
Commémoration au Moyen Âge, C. Carozzi and H. Taviani- at the west end of the Carolingian cathedral. Interpreted as an
Carozzi éds., Aix-en-Provence, 1999, pp. 41-62. IXth century massif occidental by one group of scholars, it was
seen as the Vth century atrium (with the baptistery) by another.
5 Complicating the situation was the fact that although the details Though the ¿rst position was eventually shown to be correct, the
added by Hincmar might seem simply a clever embellishment second proposition had important repercussions for the Baptism
of Gregory’s terse account, it has often been assumed that he of Clovis debate before the First World War and on the conduct
drew in some degree on local tradition preserved in the liturgy. of Henri Deneux’s excavation of the cathedral in the 1920s ; see
The existence of an VIIIth century sacramentary preserving S. Balcon and W. Berry, “Le massif occidental de la cathédrale
the memory of various traditional elements was proposed by de Reims” in Avant-nefs & espaces d’accueil dans l’église entre
F. Baix, “Les sources liturgiques de la Vita Remigii d’Hincmar” le IV e et le XIIe siècle, C. Sapin, dir., Paris, 2002, pp. 108-126.
in Miscellanea Historica in honorem Alberti de Meyer, Louvain,
1946, pp. 211-227. Widely accepted, this has been challenged 10 For references, see H. Leclercq, DACL, XV, “Reims”, col.
by M.-C. Isaïa, Remi de Reims, Mémoire d’un saint Histoire 2231-2233 (written in 1938).
d’une Église, Paris, 2010, pp. 383-385, and 457, n. 4. 11 See the discussion of the praetorium in section 3, below.
THE DOMUS ECCLESIAE OF REIMS: THE STATE OF THE QUESTION IN THE LIGHT OF RECENT RESEARCH 31

1. EVIDENCE FOR THE BISHOP’S RESIDENCE IN THE EARLIER cating the modesty of the establishment : “Rien à Reims
WRITTEN SOURCES ne permettait de mener grand train, la table modeste et
les mœurs humbles étaient sans doute assorties à la pau-
The ¿rst explicit reference to a domus ecclesiae associa- vreté de la vaisselle, loin de l’image fantastique du grand
ted with the cathedral is made by Gregory of Tours in the évêque mérovingien proche de la cour” 19. Isaïa concludes
570s 12, but two earlier texts may imply its existence from that this air of restraint coupled with the notable modesty
at least the middle of the Vth century. The ¿rst of these is of Remigius suggests the residence may have been the
the so-called “Short Testament” of bishop Remigius (Saint setting for a semi-ascetic communal life shared with the
Remi) datable to about 530 13. In this he bequeaths to his cathedral clergy, perhaps somewhat along the lines of es-
successor colored hangings used to decorate on festive tablished by Caesarius at Arles 20. The clerical hierarchy in
days “the doors of the dining chamber, cellar and kitchen” the testament includes priests, deacons, sub-deacons, rea-
(stragula columbina duo, vela tria, quae sunt ad ostia ders, doorkeepers and juniores, apparently young clerics
diebus festis triclinii, cellae et culinae) 14. The context of or those in training 21. However, little direct information
this passage seems to make clear that these rooms belong is given for who may have resided in company with the
to the episcopal residence and implies likewise that this bishop, other than the archdeacon Ursus “of long service”
formed part of the cathedral group 15. The decoration of and the priest Agricola, the bishop’s young nephew, who
these spaces also appears to indicate their public charac- had lived for most of his life with his uncle. Isaïa reasons
ter 16. A recent attentive reading by Marie-Céline Isaïa wi- that the functioning of the residence would require “un
dens the perception of the bishop’s residence in the time personnel quali¿é, sans être nombreux” 22. In this regard,
of Remigius on several points17. She notes the serving she suggests the presence of women in the residence, ci-
utensils described among the bequests were worthy of a ting for instance the domestic production of woven gar-
privileged but not necessarily aristocratic table 18, indi- ments such as those bequeathed to Ursus 23, and proposes
that management of the domus may have been in the hands
of a certain Remigia, given pride of place among the bis-
12 See notes 29 and 30, below. hop’s female bene¿ciaries 24.
13 This was inserted by Hincmar in his Vita Remigii ; the edi- The second text of interest is the mid-Vth century
tion used here is that of M. Rouche, op. cit., 1996, pp. 498-505 testament of Bennadius, the immediate predecessor of
(cited as “Testamentum” below). For its reliability, see A.H.M. Remigius. Summarized by Flodoard, this contains the ear-
Jones, P. Gerson and J.A. Crook, “The authenticity of the tes- liest reference in a contemporary source to the cathedral
tamentum Sancti Remigii”, Revue belge de philologie et d’his-
toire 35, n° 2 (1957) pp. 356-373, as well as M. Sot, op. cit.,
1993, pp. 751-753, and M. Rouche, op. cit., 1996, pp. 505-511.
For the bene¿ces, see M. Sot, op. cit., 1993, pp. 405-407, and qu’un certain lustre était donné aux repas des grandes occa-
M.-C. Isaïa, op. cit., 2010, p. 116ff and table p. 118. sions” (116), recalling the use of banners to decorate the streets
and churches described by Gregory of Tours at the time of the
14 “Testamentum”, p. 499, lines 40-45. baptism of Clovis (see n. 36, below). It must be noted in this
15 Donations cited in this section of the text (ibid, pp. 449-500, connection that literary sources show the walls of the triclinia
lines 40-81) are all associated with the episcopal group, includ- of episcopal residences could be highly decorated even in the
ing the baptistery, the cathedral church and its clergy, as well as North of Gaul (N. Duval, “L’ecclesia, espace de la commun-
the distribution of alms at the church door. auté chrétienne dans la cité”, in Naissance des arts chrétiens,
16 And thus access from the street as well as from the church ? Atlas des monuments paléochrétiens de la France, Paris 1991,
The triclinium may have been the setting for banquets such as pp. 50-69, p. 66, citing the example of Metz).
that offered to the priests and deacons at Laon (ibid, p. 501, 19 Ibid., p. 117. For the social role of the Late Antique silver table
lines 147-149) ; if so, the chamber must have been of large service, see N. Hudson, “Changing Places : The Archaeology
size. A miracle cited in the so-called Vita Brevis of Remigius of the Roman Convivium”, American Journal of Archaeology,
(second half of the VIIIth century) and repeated in Hincmar’s 114, 2010, pp. 690-692.
Vita Remigii relates an episode in which the bishop was din- 20 Ibid., pp. 112-119 and 127-129. For the program imposed at
ing with a small group separately in another part of the domus, Arles by Caesarius (469/470-542), see W. Klingshirn, Caesarius
(M.-C. Isaïa, op. cit., 2010, p. 120). Can one see here perhaps a of Arles, The Making of a Christian Community in Late Antique
smaller, private triclinium and a partition of private and public Gaul, Cambridge, 1994, pp. 88-93. If such a regime at Reims
spaces within the residence ? The functions of spaces within did not exclude women from the domus (see below), it would
Late Roman elite dwellings were, however, eminently change- have been much milder than that in force at Arles.
able ; see, for example, Sarah Scott, Art and Society in Fourth-
Century Britain, Villa Mosaics in Context, Oxford Univer- 21 “Testamentum”, pp. 499-500, lines 64-77.
sity School of Archaeology, Monograph n° 53, Oxford, 2000, 22 M.-C. Isaïa, op. cit., 2010, p. 119. For example, Vasantis, the
pp. 167-170. cook, who is mentioned among the slaves receiving manumis-
17 M.-C. Isaïa accepts (op. cit., 2010, pp. 116-122) the dining sion (“Testamentum”, p. 503, lines 203-204).
hall, kitchen and cellier as belonging to the bishop’s resi- 23 Ibid., pp. 503-504, lines 241-247.
dence. 24 Ibid., p. 502, lines 158-161. One wonders what role the dea-
18 Ibid., pp. 116-117, with comparisons. She ¿nds the hang- coness Hilaria, Remigius’s “daughter”, might have played (ibid.,
ings mentioned “sans ostentation” but showing “néanmoins p. 502, lines 163-177).
32 WALTER BERRY

church and (most likely) its baptistery 25. From the close Gregory cured Siggo’s deafness using relics of Saint-
resemblance of the hierarchy of personnel and others in Martin he carried with him, Siggo was called to see the
the list of bene¿ciaries to those in the “Short Testament” bishop in his residence. This passage marks the ¿rst ins-
of Remigius, one can deduce that the major institutions of tance in which this is referred to directly, being termed do-
the Church of Reims were fully-established by the mid- mus ecclesiae 30. In Gregory’s vocabulary, sacrarium has
Vth century 26. The life of such a Christian community a certain elasticity and can denote an annex, sacristy or
at that time is very likely to have been centered already treasury 31, as well as a reliquary chapel 32 or an oratory 33.
on the cathedral group, within which the bishop would in Noël Duval believes that at Reims this should be unders-
most cases have been resident. Thus, although a bishop’s tood as “un endroit attenant à l’église ou qui en fait partie,
residence is not mentioned in the testament per se, its exis- où l’on peut attendre avant d’entrer dans l’édi¿ce” 34. If
tence can be presumed. A possible hint of this is the fact the function of the sacrarium is ambiguous and its rela-
that Barnabas, predecessor of Bennadius, bequeathed in tion to the cathedral rather vague, its close proximity to
his testament a silver vase to his successor, “to do with as the bishop’s residence seems unequivocal from Gregory’s
he wished, even for personal use” 27. In effect, Bennadius description 35.
appears to have kept the vessel during his tenure, though
reserving it for “the ornamentation of the church”, ultima-
tely donating it to the cathedral in his testament. As to the SRM, I, pp. 636-637), which is repeated in part by Flodoard,
state of the cathedral group at the time of Bennadius, the HRE, II, 2 (MGH, SS, XIII, p. 448); see M. Sot, 1993, pp. 420-
426. See also the comments of F. Jubaru, “Clovis a-t-il été bap-
testament is ambiguous, for though he left “solidos viginti tisé à Reims”, Études religieuses, historiques et littéraires, 67,
ad eiusdem ecclesiae reparationem, cum agellis et silvis” 1896, pp. 313-314. The incident may have taken place around
it is not clear for what this was intended (repairs, new or 575. An unclear allusion by Fortunatus (Carmina, III, 15)--
continued construction ?) 28. ecclesia crevit te monitore domus--could indicate an enlarge-
A third source is the De Virtutibus sancti Martini of ment of the residence under bishop Egidius (as interpreted by
P. Demouy, F. Pomarède, et R. Laslier, Reims, panorama mon-
Gregory of Tours, where he recounts how on a Sunday umental et architectural des orignes à 1914, Strasbourg, 1985,
morning he went to the cathedral (ecclesia) to see the bis- p. 103) or possibly to the addition by him of an upper Àoor (To-
hop Egidius (573-590) and waited for him in the sacrario pographie chrétienne, XIV, p. 38). M. Vieillard-Troïekouroff,
domo ecclesiae Remensis in company with Siggo, referen- Les monuments religieux de la Gaule d’après les œuvres de
dary successively to kings Sigibert and Chilperic 29. After Grégoire de Tours, Paris, 1976, p. 233, places the composition
of the poem certainly before the disgrace of Egidius in 590.
30 N. Duval remarks (op. cit., 1991, p. 64) that Gregory em-
ployed the term domus ecclesiae in the singular, as at Reims,
25 Flodoard, HRE, 1, 9 (MGH, SS. XIII, p. 420), stating that the to denote the episcopal residence associated with a cathedral,
document was written in the bishop’s own hand (Bennagius no- and in the plural to signal a demure consisting of two or more
men in testamento suo, propria ipsus manu). On its authentic- properties.
ity, see M. Sot, op. cit., 1993, pp. 376 and 637. Mentioned with 31 M. Vieillard-Troïekouroff, op. cit., 1976, p. 233. N. Duval
the cathedral (ecclesia) is a baptismal font in which the bishop observes that Gregory uses this term (which he ¿nds “énigma-
had baptized his nephew (quem in sacro fonte, sub gratiae sem- tique”) in connection with several cathedrals, but also at Sainte-
piternae traditione). Croix at Poitiers and Sainte-Geneviève at Paris (op. cit., 1991,
26 It is more complete and lists besides the priests and deacons in p. 62). Note that N. Duval does not discuss the sacrarium as
pride of place “diverse schools of clerics” (diversis clericorum part of the bishop’s residence but as part of the ecclesia in its
scholis), sub-deacons, readers, doorkeepers, exorcists, female larger sense.
religious, widows, the poor and prisoners. One perceives the 32 N. Duval (ibid.) signals the case of Sainte-Croix at Poitiers,
existence of services, such as the matricula, probably installed “où il semble que c’est dans le sacrarium que l’on conservait,
in proximity to the cathedral for the bene¿t of the disfavored. derrière l’abside si l’identi¿cation est bonne, la relique de la
See P. Demouy, Genèse d’une cathédrale, Les archevêques de Croix ”. See Y. Labande-Mailfert, “Poitiers, Abbaye Sainte-
Reims et leur Eglise aux XI e et XII e siècles, Langres, 2005, Croix”, Les premiers monuments chrétiens de la France, Paris,
pp. 64-67. 1996, vol. 2, pp. 286-287.
27 As paraphrased by M. Sot (op. cit., 1993, p. 376), Barnabus 33 To these examples can be added the cathedral of Lyon, where
“avait par testament légué à son successeur un vase d’argent the sacrarium was also a place of prayer ; J.-F. Reynaud,
pour en faire ce qu’il voudrait, y compris s’en servir à son usa- Lugdunum christianum, DAF 69, Paris, 1998, p. 45.
ge personnel. Mais Bennadius l’a réservé à l’embellissement 34 N. Duval, op. cit., 1991, p. 62.
de l’église cathédrale.” Could this infer that Barnabas passed
the vase on to his successor for use in the domus, bringing to 35 One wonders if the sacrarium was not in fact situated between
mind the utensils associated with service at table in the resi- the cathedral and the bishop’s residence, or in front of both, as
dence listed in the “Short Testament” of Remigius? it seems to have provided access to both. In addition, it could
also be asked if on entering the domus, Siggo, given his rank,
28 Topographie chrétienne, XIV, 2006, p. 34, suggests “repairs” would not have been received by Egidius in an audience cham-
while M.-C. Isaïa (op. cit., 2010, p. 132) evokes instead the ber, adding by inference a salutatorium or secretarium to the
completion of work begun by Nicasius. There is no indication residence. See J.-C. Picard, “La fonction des salles de réception
in what way Remigius used these resources. dans le groupe épiscopal de Genève”, Rivista di archéologia
29 Gregory of Tours, De Virtutibus sancti Martini, III, 17 (MGH, Cristiana, 65, 1989, pp. 87-104, and B. Polci, “Some Aspects
THE DOMUS ECCLESIAE OF REIMS: THE STATE OF THE QUESTION IN THE LIGHT OF RECENT RESEARCH 33

A rereading Gregory’s narration of the baptism of that the residence in this structured form may already have
Clovis seems to provide further indication of the imme- existed by the middle of the Vth century, and with it a tra-
diacy of episcopal residence and cathedral 36. The spatial dition of symbolically handing down serving vessels from
and temporal information encoded in the text implies a one bishop to the next.
lapse of time during which the bishop waited for news
from Clovis at the cathedral, i.e., most probably in the do-
mus, and only when positive word arrived did he arrange 2. THE CHURCH OF THE SAINTS-APÔTRES AND THE QUESTION
for the decoration of the city center in preparation for the OF A IVTH CENTURY CATHEDRAL INTRA-MUROS
arrival of Clovis and his men, and have the baptistery (ap-
parently not far away) made ready 37. The former church of the Saints-Apôtres--rededicated
Two ¿nal pieces of information are found in Hincmar’s in the mid-VIIth century to Saint-Symphorian--was situa-
Vita Remigii (composed ca. 880), where there is mention ted 150 m east of the present cathedral 41. Based on a re-
not only the well-known chapel dedicated to Saint Peter mark of Flodoard 42, this was long considered to have been
(over which so much ink has been spilled) 38, but also to the city’s second cathedral, replacing the suburban church
an “oratory” in which bishop Remigius was accustomed of Saint-Sixte early in the IVth century 43. Realization that
to pray 39. Apparently situated to the east of the Vth cen- the traditional identi¿cation of the latter as the ¿rst seat of
tury church, the latter was assimilated with the crypt of the bishop was no longer tenable 44 and aware that most
the Carolingian cathedral. However, in its original form it primitive cathedrals were established intra muros, wri-
may possibly have been functioned as a “private” chapel ters since the mid-1970s have been led to acknowledge
associated with the domus, perhaps like the oratorium in the Saints-Apôtres as the ¿rst cathedral, being succeeded
the bishop’s residence at Paris in the time of Saint Germain ca. 400 by that built by Nicasius 45. As compelling as this
(556-576) 40. thesis may be, critical examination of the relevant texts
raises a number of strong objections. There is not space
Taken together, the early written sources seem to locate here to develop the question fully, but in effect the two
the domus ecclesia clearly in the immediate proximity of primary sources for the Saint-Apôtres as cathedral are
the present cathedral in the VIth century and signal the both suf¿ciently late and unreliable as to leave the ques-
inclusion of a triclinium, kitchen, storeroom and “treasu- tion of a pre-Vth century cathedral intra muros at Reims
ry” to which can be possibly added a reception chamber, in abeyance 46.
smaller dining area, and one or two chapels. There is also
reason to believe, as the testament of Bennadius suggests,
41 Two much later sources aside (see below), the Saints-Apôtres
is ¿rst mentioned ca. 630 in the testament of Sonnatius as ba-
of the Transformation of the Roman Domus between Late silicam, quae dicitur ad Apostolos (Flodoard HRE, II, 5 [MGH,
Antiquity and the Early Middle Ages”, in Theory and Practice SS, XIII, p. 454]), then two decades later in the testament of
in Late Antique Archaeology, L. Lavan and W. Bowden, eds. Lando, which signals the change of dedication, basilicam Sanc-
(Late Antique Archaeology, vol. 1), Leiden, 2003, pp. 80-89. ti Symphoriani quae vocatur ad Apostolos (HRE, II, 6 [MGH,
36 Libri historiarum X, II, 31 (MGH, SRM, I, 1, pp. 92-93). SS, XIII, p. 455]). These are considered authentic by M. Sot,
Though the events took place well before Gregory’s time, he op. cit., 1993, pp. 430 and 438. The church was destroyed at
may repeat local tradition or possibly paraphrase a lost written the Revolution. For the site and recent excavation, see Carte
account nearer the event (E. James, The Franks, Oxford, 1988, Archéologique de la Gaule, 51/2, Paris, 2010 [hereafter, CAG
pp. 121-123). In this well-known passage, Gregory relates how 51/2], pp. 174-176 and ¿g. 171.
Remigius met Clovis in secret and managed to convert him. The 42 Flodoard, HRE, I, 6 (MGH, SS XIII, p. 417), drawing on the
king believed his followers would not do the same, but he went Passio sancti Nicasii (see below).
to attempt to convince them. Later, on hearing that Clovis’s 43 For instance, Charles Cerf placed the ceremony in a baptis-
troops (who perhaps were encamped outside the walls) would tery still in use at the “old cathedral” of the Saints-Apôtres
accept baptism, Remigius sent to have the font made ready. (L. Demaison, op. cit., 1896, p. 286, with criticism). The rel-
It seems that only then were the public spaces and churches evant older literature is summarized in Leclercq, DACL, 15,
decorated, following which the protagonists assembled at the “Reims”, col. 2246-2248.
baptistery.
44 J. LeÀon, op. cit., 1941, pp. 122-123.
37 In another instance, Gregory’s account of the movements at
Reims of the fugitives Leo and Attalus in the early 520s (Libri 45 For example, C. Brühl, op. cit., 1975, 1, p. 62, M. Sot, op.
historiarum X, II, 27 [MGH, SRM, I, 1, p. 72]) may indicate cit., 1993, p. 673, and most recently, R. Neiss and S. Sindonino,
that the domus was not to be found on the north side of the Civitas Remi, Reims et son enceinte au IV e siècle, Collection
church ; see M. Vieillard Troïekouroff, op. cit., 1976, p. 233. archéologique urbaine à Reims n° 6, Bulletin de la Société ar-
chéologique champenoise, 97, 2004, p. 103.
38 See M. Sot, op. cit., 1993, pp. 385 and 676, as well as the
remarks of J. LeÀon, op. cit., 1941, pp. 220-223. 46 The ¿rst of the late sources is a passage in the “Long
Testament” of Remigius (died ca. 533), found in Flodoard, HRE,
39 MGH, SRM, III, p. 295 ; this is repeated by Flodoard, Historia I, 18 [MGH, SS, XIII, p. 430]. Yet this has been shown to be an
Remensis Ecclesiae, I, 14 (MGH, SS, XIII, p. 425). XIth century interpolation (Jones, Grierson and Crouy, op. cit.,
40 M. Vieillard-Troïekouroff, op. cit., 1976, p. 205. 1957). The Passio sancti Nicasii provides a second line of evi-
34 WALTER BERRY

Whatever the case, the apparent secondary place in probably located on the site of the Palais du Tau, yet he did
time of the cathedral attributed to Nicasius implies that the not equate it with the praetorium. Rather, he ventured to
bishop’s residence associated with it would also have been situate that below the XIXth century Palais de Justice (to
the second in the city. This carries certain implications, for the northwest of the cathedral) on a site adjacent to a gate
as the new cathedral was installed on the site of a public in the Late Antique city wall where Hincmar founded the
building, and as the vestiges below the Palais du Tau are Hôtel Dieu in the IXth century 51. Consequently, although
no doubt part of the same complex, it must be expected Brühl managed to clear much of the deadwood from the
that the “new” domus occupied a pre-existing structure 47. discussion, he was unable to resolve in a completely sa-
tisfactory manner the two central issues, the praetorium’s
location and its relationship to domus ecclesiae 52.
3. THE PRAETORIUM/PALATIUM PROBLEM Discoveries made since the publication of Brühl’s stu-
dy must be taken into account in evaluating his hypothesis
As remarked above, writers drawing on the ambigui- today. Excavation on the site of the Trésor northwest of
ties of the written sources – in particular Hincmar’s Vita the present cathedral in 1984 revealed an east-west street
Remigii – developed ingenious but largely ahistorical ar- of Late Antique date 53, which, if Brühl’s proposition were
guments for the location of the supposed palace and other correct, would have separated the praetorium from the
edi¿ces in the city imagined to be associated with Clovis’s baths and the future episcopal group. Instances are known
baptism. While the less secure of these hypotheses had been of bishop’s residences separated from a cathedral church
criticized by modern historians, it was left to Carlrichard in this manner, for example at Aix-en-Provence 54. But this
Brühl to carry out an exhaustive re-examination of the seems to be contrary to the impression given by the writ-
question, the results of which he published in 1975 48. ten sources, especially Gregory of Tours’ description of
Building on the premise that there never had been a sepa- his visit to Egidius, in which the residence and the church
rate imperial palace at Reims, he proposed that the prae- appear to have been contiguous. In effect, the spatial divi-
torium had served this purpose when emperors chanced to sion implied by the street would be consistent with Brühl’s
reside in the city and further that it continued to ful¿ll a belief that the domus ecclesiae is not to be identi¿ed with
like function during the punctual sojourns of Merovingian the “palais du gouverneur.”
and Carolingian sovereigns, until eventually supplanted in More importantly, work in the 1990s on the north side of
this role by the abbey of Saint-Remi 49. As to the location the present cathedral revealed the existence of two (or pos-
of the praetorium, he convincingly disposed of the exis- sibly three) large adjoining structures, oriented east-west,
ting theories, including the Porte Basée 50. In doing so he belonging to the reconstruction of the bath complex of the
accepted that the Vth century domus ecclesiae was most ¿rst quarter of the IVth century, if not the end of the IIIrd 55.
The function of these rooms remains uncertain, but one is

dence, but this was composed only around the end of the IXth
or the beginning of the Xth century ; for this and Flodoard’s use 51 Ibid., pp. 67-69. For the establishment of the hospital, see
of the source, see especially the insightful comments of M. Sot, Flodoard, HER, III, 10 [MGH, SS. XIII, p. 484].
op. cit., 1993, pp. 372-373. This is not to say that there was not 52 See, for example, the criticism of R. Neiss and S. Sindonino,
a primitive cathedral intra-muros but to stress that the designa- op. cit., 2004, p. 103.
tion of the Saints-Apôtres as such remains without proof. In
any case an association between it and the early IVth century 53 Conducted by F. Berthelot, CAG 51/2, p. 177.
bishop Imbetausius is pure speculation ; see L. Demaison, “Les 54 For Aix, see R. Guild, J. Guyon and. Rivet, “Aix-en-Provence,
cathédrales de Reims antérieures au XIIIe siècle”, Bulletin mo- Groupe épiscopal Saint-Sauveur-Sainte-Marie”, Les premiers
numental, 85, 1926, p. 72, and J. LeÀon, op. cit., 1941, p. 134. monuments chrétiens de la France, Paris, 1995, vol. 1, pp. 109-
47 See the remarks of Gisella Cantino Wataghin, “Christian To- 118.
pography in the Late Antique Town”, in Theory and Practice in 55 Built in petit appareil with bands of brick, parts of these struc-
Late Antique Archeology, L. Lavan and W. Bowden, eds. (Late tures remained in elevation into the Carolingian period. The ¿rst,
Antique Archaeology, vol. 1), 2003, pp. 224-256 (esp. 226- on the south, uncovered in the 1920s along the cathedral’s north
245). The possibility of structural continuity--the adaptation of aisle, was at least 32 m long, of uncertain width and unheated.
an existing suite of rooms and spaces--is discussed below. The second, adjoining this on the north and ¿tted with a hypo-
48 C. Brühl, op. cit., 1975, 1, esp. pp. 62-69 ; see also his more caust, was perhaps of similar length and 7 m wide. The dimen-
general remarks in “Problems of the continuity of Roman civi- sions of a third chamber north of this and also heated are uncer-
tates in Gaul, as illustrated by the interrelation of cathedral and tain. The north exterior wall of the latter may have been located
palatium”, in The rebirth of towns in the west AD 700-1050, during the 1984 Trésor excavation (see above), facing onto the
R. Hodges and B. Hobley, eds., CBA Research Report 68, Lon- Late Antique street. Though usually dated to the IVth century
don, 1988, pp. 43-46. (based in part on a lost inscription, CIL XIII, 1, 2, no. 3255), a
date for the rebuilding of the baths under the Tetrarchy cannot be
49 Ibid., p. 63. This premise could need quali¿cation if the as- excluded. Note the apparent presence (residence?) of the entou-
sessment of the function of the IVth century bath complex were rage of Maximian in the city in 291 (S. Corcoran, The Empire
to be altered (discussed below). of the Tetrarchs, Imperial Pronouncements and Government AD
50 Ibid., pp. 64-68 284-324, rev. ed., Oxford, 2000, pp. 16 and 79).
THE DOMUS ECCLESIAE OF REIMS: THE STATE OF THE QUESTION IN THE LIGHT OF RECENT RESEARCH 35

reminded of the presumed frigidarium and tepidarium of


the contemporary “Thermes de Constantin” at Arles 56. Like
Arles, the large scale of the project at Reims was exceptio-
nal at a time when many baths in Gaul were being reduced
in size or going out of use altogether 57. But if Reims can be
considered as belonging to Yegul’s Constantinian “small
imperial type” of bath remains to be seen 58. The dilemma
is whether the new baths at Reims could have been part of
a larger complex including the residence of the governor
of the newly created province of Belgica Secunda (i.e., the
praetorium, also rebuilt or moved ?) together with a recep-
tion chamber that could have served as an imperial aula
during the sojourns of Julian and Valentinian 59. Whereas
this new evidence could be taken to support Brühl’s pro-
position, it might equally suggest the location of the gover-
nor’s residence was not below the Palais du Justice, but on
the site of the cathedral group.

4. THE ARCHAEOLOGICAL EVIDENCE FOR THE DOMUS

Chance discoveries on the site of the Palais du Tau be-


fore the First World War had long demonstrated the pre-
sence of Roman period structures south of the High Gothic
cathedral. In particular, work in 1845 along the exterior of
the palace’s north wing brought to light part of a suite of Fig. 2. Plan of the vestiges discovered on the site of the north
rooms, one of which was paved in mosaic (Fig. 2) 60. Other pavilion of the Palais du Tau. Ink and watercolor of 845 by
Ernest Brunette. Médiathèque du Patrimoine, Paris, cat. no. 1848.
remains, including mosaics and a hypocaust, had already (Photo S. Balcon-Berry).
been uncovered during the restructuring of the west façade
of the north wing by Robert de Cotte in 1688-1692 61. These

56 M.-P. Rothé and M. Heijmans, Arles, Crau, Camargue, Carte


Archéologique de la Gaule 13/5, Paris, 2008, pp. 372-387.
57 M. Heijmans, “La place des monuments publics du Haut-
Empire dans les villes de la Gaule méridionale durant l’An-
tiquité tardive (IVe-VIe siècle)”, Gallia 63, 2006, pp. 25-41,
where he emphasizes the exceptionality of the baths at Arles at
the time (p. 35).
58 F. Yegül, Baths and bathing in classical antiquity, Cambridge,
1995, p. 323. Much smaller than the Kaisarthermen at Trier,
the spaces at Reims are roughly comparable to those at Arles,
where the frigidarium measured ca. 40 m in length (M.-P. Rothé
and M. Heijmans, op. cit., 2008, p. 373).
59 Cf. Trier, where the baths formed part of the imperial palace,
but also Arles, where a basilican aula palatina was later
added adjacent to the baths, perhaps ca. 400 (M.-P. Rothé and
M. Heijmans, op. cit., 2008, p. 380).
60 The walls are said to have been decorated with painted plaster ;
the mosaic has been dated to the IInd century (H. Stern, Recueil
général des mosaïques de la Gaule, I, 1, Paris, 1957, p. 21). For
further refs. see CAG 51/2, pp. 183-184. Discovery came when Fig. 3. Location of excavated remains on the site of the north
a wide drain and retaining wall were installed to either side of pavilion of the Palais du Tau. (Detail from a plan of the cathedral
the grand staircase of the Salle Basse, which was thoroughly group, ABF, s.d. with additions by the author).
remodeled at this time (see below). For the previous state, see
the 1754 elevation drawings in P. Demouy, “Le Palais du Tau”,
in Reims, collection “La grâce d’une cathédrale”, Strasbourg,
2010, p. 300.
61 “On trouva à cinq ou six pieds de profondeur, en creusant des
36 WALTER BERRY

discoveries supported the belief that the archiepiscopal re-


sidence occupied the site of the “palais du gouverneur”,
a conviction that spurred the architect Henri Deneux to
conduct limited excavations there between 1923 and 1925
(Fig. 3). Unfortunately knowledge of the results at present
must be gleaned from examination of a handful of excava-
tion photographs (see below).
The most recent archaeological intervention took place
in 1996 prior to the transformation of part of the lower
level of the palace into exhibition space 62. This concerned
the so-called Salle Basse in the palace north wing (below
the celebrated Salle du Tau), remodeled at the very end
of the XVth century,63 and a portion of the much-alte-
red XIIIth century central range south of this (Fig. 4) 64.
Constrained by time and funding, work was carried out on Fig. 4. Location of the sondages of 1996 in the Salle Basse
and central range. (F. Moiret, AFAN, with modi¿cations by the
a very limited scale. The objective was restricted to deter- author).
mining the state of the archaeological levels south of the
zone excavated in 1923/1924, and, if possible, to establish
a relative chronology for the pre-XVth century construc- Work in the Salle Basse. The test units in the Salle Basse
tion phases. To this end, ¿ve small (1x1 m) test units were uncovered de¿nitely pre-Late Medieval features only in
dug in the south half of the Salle Basse, plus a somewhat sondages 3 and 7. These included a 10 m long section of
larger trench in its southwest corner (sondage 7). A single north-south wall (Wall 8012) preserved to a height of 1 m.
test pit (sondage 6) was opened in the south range and Differences in revetment indicated a succession of three
later considerably enlarged 65. separate rooms along its west side, resembling the disposi-
tion of spaces recorded in 1845 and in all likelihood com-
prising a continuation of that building to the south. East of
Wall 8012 in sondage 7, a portion of what seems to have
been a highly decorated chamber was brought to light. Its
Àoor had been robbed out, but a revetment of large limes-
fondations, un pavé de mosaïque, et dans le voisinage, nous tone plaques remained in place on the two excavated wall
dit-on, ‘des fourneaux souterrains’, c’est-à-dire les restes d’un faces and the demolition ¿ll contained a large quantity of
hypocauste” (L. Demaison, op. cit., 1894-1895, p. 274). The
discovery may have been made below the monumental horse- fragments of opus sectile and some applied architectural
shoe stairway to the Salle du Tau constructed in 1691, thus just moldings 66. Though probably workshop waste, part of it
south of the vestiges found in 1845 and likely to have been part may have originated from the ornament of the room it-
of the same ensemble. See CAG 51/2, p. 183, for other refs. self 67. Coins found with the lapidary fragments provide a
62 The 1992-1998 study of the cathedral group was carried terminus post quem of ca. 270, which can probably be ex-
out at the initiative of the Ministry of Culture and the City tended to the demolition of the surrounding rooms. At this
of Reims. Overall management was by the late J.-M. Musso
(Architecte en Chef des Monuments historiques), with R. Neiss point direct stratigraphic evidence retrieved in the Salle
(SRA Champagne-Ardenne) responsable scienti¿que and the Basse comes to an end, as all subsequent occupation layers
writer as responsable d’opération (AFAN). Work at the Palais were lost when the Àoor level was lowered in 1498.
du Tau in 1996 was conducted by F. Moiret (AFAN) and by Signi¿cantly, a parallel episode of demolition accompa-
other members of the cathedral team. A watching brief allowed nied by an overall rise in ground level also occurred in the
recording of a trench dug across the Cour d’Honneur the same
year. neighboring bath complex below and north of the cathedral
63 Work began in 1498. There is evidence that the space was
already partially vaulted the next year, when the monumental
¿replace on the Àoor above was paid for ; see H. Jadart, op. cit., 66 Floor level was the same as to the west of Wall 8012 (83.18
1908, pp. 11-13. From the 1930s to 1996, this space had served NGF). The limestone revetment belonged to a second state
as a dépôt lapidaire (see I. Frossard, op. cit., 1990, ¿g. p. 4). of the room, as its preparatory mortar was laid over an older,
64 This part of the building may belong to a construction cam- much-worn original facing in mortier de tuileau. More than
paign contemporary with the rebuilding of the cathedral after 450 fragments were recovered here in a cubic meter of soil.
1210. It was severely damaged in September 1914 and was These included both Àoor and wall decoration. See W. Berry,
subsequently heavily restored. “Mobilier lapidaire gallo-romain du site du Palais du Tau à
65 Features were also recorded during the mechanical digging Reims”, in Les roches décoratives dans l’architecture antique
of trenches along the walls of both spaces for the installation et du Haut Moyen Âge, P. Chardron-Picault, et al., eds., Paris,
of heating and electric cables (indicated on Fig. 4 by dashed 2004, pp. 200-202, and ¿g. 7.
lines). This allowed the expansion of work especially in the 67 The contemporary ¿ll excavated along the south side of Wall
area of sondage 6 at the south. 8012 contained no such material.
THE DOMUS ECCLESIAE OF REIMS: THE STATE OF THE QUESTION IN THE LIGHT OF RECENT RESEARCH 37

after ca. 270 68. A particular characteristic of this was that, as


in the Salle Basse, existing walls were not robbed out but ra-
zed to just below the planned new Àoor level, the intermedia-
te spaces being ¿lled with demolition debris from which all
usable building stone had been extracted. This was prepara-
tory to the comprehensive program of reconstruction realized
at the end of the IIIrd or in the ¿rst part of the IVth century.
The sole surviving feature possibly contemporary with
this phase observed in 1996 in the Salle Basse was Wall
8010 in sondage 3, found incorporated within a section of
the present façade that had escaped destruction in 1845 69.
Constructed posterior to the post-270 demolition phase and
after a signi¿cant rise in ground level, its masonry resembles
that of the Late Antique structures excavated to the north.
It is quite possible that this is identical with the major wall
laid out across the suite of rooms disclosed in 1845 70. In ad-
dition, there is reason to believe that it may have remained Fig. 5. Henri Deneux’s excavation in the northern half of the
in elevation until the Carolingian period (see below). Salle Basse, viewed from the northwest (Médiathèque du Patri-
moine, Paris, Photo MH 78 288).
Evidence from the photos of Henri Deneux. Initial exa-
mination of the photographs of the 1923/1924 excavation the masonry of which would appear to be post-Roman--
in the northern half of the Salle Basse showed that Deneux’s imply a second phase involving a complete change in plan
workmen encountered elements apparently corresponding following the suppression of the “colonnaded structure”
to the structures unearthed in 1845 and other features of and a further rise in ground level 72. A ¿nal (?) phase is in-
possibly later date (Fig. 5). During the intervention of dicated by a trench-laid north-south foundation visible at
1996, three test trenches (1, 2 and 5 on Fig. 4) were dug the east. Of this only the lowest part escaped demolition in
along the presumed south edge of Deneux’s excavation the XVth century, signifying that ground level had again
to facilitate a more detailed analysis of the photos. This been raised signi¿cantly prior to its construction 73.
con¿rmed that the approximate Àoor level of the structu- Taken together from the available evidence, it can be
res uncovered in 1845 and 1996 had indeed been attained seen that the building existing before ca. 270 was repla-
by Deneux, and also veri¿ed the existence of several later ced by a structure of different plan, apparently late in
phases, which, as will be seen, can be bracketed between the IIIrd or in the IVth century (the “colonnade” phase).
the IVth and IXth centuries. The ¿rst of these included a Though there is no proof, this part of the older complex
colonnaded structure located below the north end of the could have been taken over without major structural al-
Salle Basse 71. Other foundations visible on the photos-- teration to accommodate the domus ecclesiae in the early
Vth century. This structure was subsequently restructured
or rebuilt at least twice before the VIIIth or IXth century,
68 This was preceded by generalized damage by ¿re. One notes each building phase including a considerable augmenta-
in this regard that the mosaic discovered in 1845 west of the tion in ground level, a sequence that mirrors that in the
Salle Basse was found below a destruction layer consisting of a northern part of the site.
“charge de charbon, de tuiles et de briques calcinées par le feu”
(N. Brunette, Notice sur les antiquités de Reims, les découver-
tes récemment faites et les mesures adoptées pour la conserva-
tion des anciens monuments de la ville, Reims, 1861, p. 21). chapel is provided by photo MH 2089 P, which also indicates
69 Oriented north-south, 0,85 m west of Wall 8012. It was found that the footing of the colonnade was of remploi. Note that col-
to have been destroyed farther to the south in sondage 7, no umn bases and drums were also discovered at the west in 1845
doubt in 1845. (N. Brunette, op. cit., 1861, p. 21). How the colonnade might
70 The east side of the mosaic is said to have been cut off by “le have functioned with eastern “Mur Antique” on plan the 1845
mur de la grande salle” (C. Loriquet, op. cit., 1860, p. 117). plan (Fig. 1) is not clear.
The continuation of Wall 8010 is possibly shown on the 1845 72 A lighter (interior?) wall oriented north-south can be dis-
plan (labeled “Mur Antique”), where it extends as far as north cerned crossing over the destruction interface of the “colon-
as the XIIIth century transept. naded structure”, possibly joining east-west walls to the north
71 This can be seen to lie above a stone drain at the approxi- and south. Two distinct varieties of stonework in this feature
mate level of the Àoors existing in the IIIrd century (see also suggest phases of subsequent rebuilding.
Photos MH 70 518-520 and 70 512). It is not clear if the col- 73 Once again, see Photos MH 70 519 and 70 511. The width of the
onnade, which was oriented east-west, belonged to an interior foundation implies it carried a major wall. Foundations of this type
space or surrounded a courtyard. Evidence that this extended are a characteristic of Carolingian construction practice on the cathe-
east as far as the emplacement of the XIIIth century palatine dral site ; see S. Balcon and W. Berry, op. cit., 2002, pp. 117-120.
38 WALTER BERRY

Excavation in the central range in 1996. Because of its vaulting system had been applied 78. These elements had
different history, occupations layers of Late Roman and long been visible--they were noted in plan in 1845 (Fig. 2)
perhaps Early Medieval date did survive in the palace’s and remarked again in the 1920s, when Deneux made
central range 74. Mechanical trenching in the vicinity of at least two sondages into the masonry--but their signi-
sondage 6 disclosed a pair of north-south walls closely ¿cance escaped the full attention of scholars 79. As now
resembling those of the High Empire in the Salle Basse known, the structure can be seen to have consisted of two
(Fig. 4). On the east, Wall 8094 seems a continuation of parallel arcades carried on large rectangular piers (ave-
Wall 8012, with which it was aligned. The second wall, rage width 1,8 m) built with reused grand appareil, the
8087, much less well preserved, lay 5,5 m to the west 75. arches preserved today (¿ve on the east, two on the west)
The extant levels were conserved in a small area on the measuring 4 m in height with a span of 3 m (Fig. 6) 80.
west side of Wall 8094, the upper courses of which belong The piers can be seen in several places to rest on a substruc-
to a second phase, laid out on a slightly shifted axis. The ture composed of diverse remploi 81. In most areas, however,
construction trench for the latter cut through ¿ve layers the foundations are masked by a rubble revetment giving
associated with the older wall. Of these, the earliest two the lower part of the walls their current peculiar aspect 82.
were of clay (the ¿rst showing evidence of burning), the Within the Salle Basse the arcades originally com-
next two of beaten earth high in organic content (inclu- prised seven piers carrying either seven or eight arches,
ding carbonized traces of a wooden Àoor ?), and the last de¿ning a hall-like space nearly 12 m wide internally and
a hardened earthen surface lying over compacted ¿ll. It at least 31 m long (Fig. 7). No evidence that the building
is the last that was in use prior to the reconstruction of continued farther south was found in 1996, but it almost
Wall 8094. The layer associated with the second state of certainly extended an additional two or more bays to the
the wall was truncated by a XIIIth century (?) demolition north 83. In addition, photos taken during the restoration of
interface, which, as in the Salle Basse, removed any addi-
tional part of the older stratigraphic record. As these featu-
res were only observed in section, dating remains relative. 78 Before the installation of the planned exhibition, these fea-
tures were recorded by photogrammetry, but due to a lack of
However, there is reason to believe that the oldest surface funding work on the images was not completed.
probably belongs to the later IIIrd or the IVth century 76,
79 E.g., Louis Demaison’s submission that “Remanié et rebâti
thus possibly pushing the succeeding levels and the rebuil- plusieurs fois… le palais n’a plus rien d’antérieur au XIIIe siè-
ding of Wall 8094 into the Vth century or later. Despite cle” (La Cathédrale de Reims, Petites monographies des grands
the absence of a precise chronology, these features can be édi¿ces de la France, 3rd ed., Asnières, s.d. [second half of the
seen to demonstrate continued activity here after the IVth 1920s ?], p. 67). This masonry is apparent in a pre-1845 litho-
century, as in the Salle Basse. If they should be connec- graph of the Salle Basse by Sauvette (P. Demouy, F. Pomarède,
et R. Laslier, op. cit., 1985, ¿g. 106), and its presence was
ted with the domus, the character of the Àoors themselves noted, for example, by T. Crepin-Leblond in A. Renoux, éd.,
would seem to point to the use of this space as a service op. cit., 1987, p. 168. The Deneux sondages are recorded on
or storage area 77. photographs MH 78 289 and 2098 P.
80 Floor level may have been around 85.40 m NGF, 2.2 m above
The “Bâtiment à arcades.” Also in 1996 an examina- the level of the IIIrd century Àoors ; thus potentially 1.5 m of
tion of the standing walls of the Salle Basse con¿rmed the stratigraphy was lost during the XVth century installation of
the Salle Basse. Comparison can be made with Carolingian
presence of parts of a much older structure incorporated imperial architecture, such as the north portals of the aula re-
at the east and west against which the late XVth century gia at Ingelheim (H. Grewe, “Die Königspfalz zu Ingelheim
am Rhein”, in 799 Kunst und Kultur der Karolingerzeit,
C. Stiegemann and M. Wemhoff, eds., exhibition catalogue,
Mainz, 1999, 3 vol., 1, pp. 142-151, ¿g. 5), but a possible
74 The XIIIth century (?) demolition interface here was 10 cm source of inspiration may have been the nearby Roman period
higher than that in the Salle Basse. crytoporticus in the forum (CAG 51/2, pp. 152-159).
75 This was located more than a meter west of the rooms found 81 Note that Late Antique Wall 8010 was later incorporated
in 1845, implying that the buildings of this period extended within the foundations of the western arcade. The eastern ar-
well out into the present palace’s Cour d’Honneur. Structural cade may rest in part on a similar earlier wall, the eastern “Mur
remains of the IVth century were also found below the Gothic Antique” on the 1845 plan (Fig. 1).
transept to the northwest. 82 This was apparently applied subsequent to the lowering of
76 At 83.98 NGF, the ¿rst of the layers here lies well above the the Àoor level in 1498. Interpretation in the northern half of the
level of the pre-270 Àoors in the Salle Basse and was laid out room is complicated by further reworking in 1845 prior to the
over a homogenous demolition ¿ll dumped in against the paint- installation of the wainscoting of new sacristy (MH 55 810).
ed face of Wall 8094, as seen in the case of the ¿ll burying Wall 83 Structural remains conserved in elevation in the cathedral’s
8012 in sondage 3. modern heating system 6 m north of the Salle Basse would ap-
77 The culina and cella mentioned in the testament of Remigius pear to form the north terminal wall of the arcaded building in
(see n. 14, above) come to mind, or an undercroft if the main its XIIth century state (as suggested by mortar type and mason-
chambers had been moved to an upper Àoor, as Fortunatus may ry technique), i.e., after having been shortened when the cathe-
imply (see n. 29). dral choir was rebuilt on a much larger scale under archbishop
THE DOMUS ECCLESIAE OF REIMS: THE STATE OF THE QUESTION IN THE LIGHT OF RECENT RESEARCH 39

the war-damaged palace suggest that the arcaded building


possibly included a second story 84.
It has often been assumed that the primitive domus was
reconstructed by archbishop Ebbo (816-835) concurrently
with the cathedral, but Flodoard lists this neither among
that prelate’s many accomplishments nor those of his suc-
cessors. Indeed the ¿rst documented mention of what must
be the Carolingian archiepiscopal residence comes when
Seulfus (922-925) is said to have carried out renovations
to its apartments 85. Could the residence have been rebuilt
before 816, coinciding perhaps with the formal elevation
of Reims as an archiepiscopal see after 772 ? 86 It must be
remarked that the character of the stonework in the arca-
ded building has no exact parallel in the known parts of
the IXth century cathedral, though similar large blocks of
remploi were employed in what may have been an VIIIth
century crypt below and east of the IXth century apse 87.
In this regard, it is interesting to note that Flodoard does
attribute to Ebbo the construction of a possibly tower-like
building of two stories, the upper level serving as an archi-
ve, the lower as a vaulted chapel consecrated to Peter and
Fig. 6. Vestiges of the Carolingian “Arcaded Building” (third other saints 88. This is clearly the predecessor of the XIIIth
bay from the north) incorporated in the east wall of the Salle century palatine chapel--also on two levels, the inferior
Basse (Photo S. Balcon-Berry). dedicated to Peter--located immediately northeast of the
Salle Basse 89. Henri Deneux disclosed remains here, part

Samson after ca. 1150 ; see H. Reinhardt, La cathédrale de


Reims, Paris, 1963, pp. 51-60, and A. Villes, “La cathédrale de
Samson XIIe siècle”, in Reims, Collection “La grâce d’une ca-
thédrale”, Strasbourg, 2010, pp. 44-48. At the same time, other
more fragmentary remains indicate that the arcaded building
had originally continued farther north an undermined distance
on an axis just north of the Carolingian transept.
84 Portions appear to remain integrated in the walls of the Salle du
Tau ; as possibly visible on Photos MH 78 285 and 70 513-516.
85 This included the execution of wall paintings : Domum epis-
copalem cameris reparans, picturis excoluit (Flodoard, HRE,
IV, 19 [MGH, SS, XIII, p. 578]). The masonry seen in the Salle
Basse would have been very archaic by the early tenth century,
and any connection can be ruled out with the next documented
work under archbishop Gervasius in the middle of the XIth
century (H. Jadart, op. cit., 1908, p. 5).
86 M. Sot, op. cit., 1993, pp. 464-465.
87 W. Berry, “Le groupe cathédral primitif, VIe-XIIe siècles”,
in Reims, Collection “La grâce d’une cathédrale”, Strasbourg,
Fig. 7. Simpli¿ed plan of the visible remains of the Carolingian 2010, p. 38.
“Arcaded Building” (in blue) in the Salle Basse, with known ear-
lier features shown in red. The double blue lines extending to the 88 Archivum ecclesiae tutissimis aedi¿ciis cum cripta in honore
north correspond to the “Antique” walls indicated on the plan of sanct Petri omniumque apostolorium, martyrum, confessorum,
1845 (Fig. 2) (Detail from a plan of the cathedral group, ABF, ac virginum dedicata… opere decenti construxit (Flodoard,
s.d. with additions by the author). HRE, II, 19 [MGH, SS, XIII, p. 469]).
89 H. Reinhardt, op. cit., 1963, p. 26, identi¿es this structure with
the palatine chapel, noting that its lower level, « dont les murs
épais englobent peut-être des restes carolingiens, se trouve men-
tionné dans les livres liturgiques du XIIe siècle sous le nom de
chapelle inférieure de l’archevêque, c’est-à-dire l’oratoire de
saint Pierre ». Drawing on the same XIIth century ordo, Robert
Branner observed that “the chapel must therefore also have
had two stories in the twelfth century” in “The North Transept
40 WALTER BERRY

of which apparently belongs to the “crypt” of Ebbo’s ar- 5. IN SEARCH OF A CONCLUSION


chive building (Fig. 8). Could this have been an addition
to an existing, recently rebuilt residence ? The weight of the evidence from the written sources
Questions concerning the possibility of aisles at the reviewed above appears to locate the Reims domus eccle-
ground level of the arcaded building as well as access to siae with some certainty in the immediate proximity of
the upper story remain open. It certainly formed part of the cathedral in the VIth century, while the testament of
the palatium Tau at the time of the sacre of Louis VII in Bennadius strongly suggests that this had already been the
1138 90, but its later structural history down to the XVth case a century earlier. In addition, if tradition has long pla-
century remains to be elucidated 91. ced the bishop’s residence speci¿cally below the Palais
du Tau without formal proof, a serious case can now be
made archaeologically for the continuous occupation of
that sector from the IVth into the VIIIth or IXth centuries.
And the replacement of these structures by the Carolingian
“Bâtiment à arcades” lends further circumstantial support
to the premise that the earlier buildings belonged to the
primitive domus. The documents, with their mention of a
triclinium, kitchen, storeroom and treasury--and the pos-
sibility of a reception chamber, smaller dining area, and
one or two chapels--imply the existence of a substantial
complex. At the same time, the foregoing discussion of
the archaeological discoveries also demonstrates not only
how little is still known but also that only a very general
connection can be made between the parts of the residence
enumerated in the sources and the excavated remains.
On sites of episcopal groups excavated in extensu, such
Fig. 8. The arched feature discovered by Henri Deneux between as Djemila, Hippo Regius or Geneva, one is struck by the
the Salle Basse and the Palatine Chapel (Médiathèque du Patri- complexity of such urban Christian establishments, with
moine, Paris, Photo MH 70 507). their proliferation of secondary structures and spaces or-
biting around the cathedral church 92. Drawing on literary
sources, a general model can be constructed of a “typical”
domus ecclesiae characterizing the relation of the various
parts, public and private, cultic and administrative, of
which it was composed (Fig. 9). Conversely, archaeologi-
cal experience shows that no replicated architectural pro-
totypes seem to have existed. In her précis of the state of
the question, Maureen Miller emphasizes the plurality of
solutions and the apparent lack of a standard type, secon-
ding and underscoring Duval’s criticism of scholars’ mis-
guided search for the latter 93. She also calls attention to the
and the ¿rst West Facades of Reims Cathedral”, Zeitschrift
für Kunstgeschichte 24, 1961, p. 224, n. 123. Previously real problem of nomenclature, between text and excavated
L. Demaison (op. cit., 1894-1895, pp. 275-276) had reasoned remains 94. Overall, it seems that local factors coalesced
that Hincmar, writing in the Vita Remigii of a chapel dedicated to shape the form of individual residences to such a point
to Peter next to the chamber occupied by Clovis (oratorium that each case appears to be the product of unique cir-
beatissimi apostolorum principis Petri, cubiculo regia contigu-
cumstances. For this reason, a model based on documen-
um), had in mind the con¿guration of the residence of his own
day. Applying this to what we now know of the site, Hincmar tary sources, though useful in the abstract, is ineffective
would ostensibly have seen Clovis as lodged in the arcaded
building (presumably on the upper Àoor), meeting Remigius in
the crypt of the adjoining archive structure. For such chapels on
two levels, see I. Hacker-Sück, “La Sainte-Chapelle de Paris et 92 For the ¿rst two, see N. Duval, op. cit., 1991, p. 65 ; for Geneva,
les chapelles palatines du moyen âge en France”, Cahiers ar- Charles Bonnet in this volume.
chéologiques 13, 1972, pp. 215-257. 93 L. M. Miller, op. cit., 2000, p. 38, n. 53, citing major recent
90 C. Brühl, op. cit., 1975, 1, p. 65, nn. 114-115. studies on the subject. N. Duval’s critique is found in “Existe-
91 For the developmental complexity of such structures, cf. the t-il une ‘structure palatiale’ propre à l’antiquité tardive”, in
aula at Paderborn, S. Gai, “Die Pfalz Karls des Grossen in Le Système palatial en Orient, en Grèce et à Rome, Actes du
Paderborn, Ihre Entwicklung von 777 bis zum Ende des 10. Colloque de Strasbourg, juin 1985, E. Lévy, ed, Strasbourg,
Jahrhunderts”, in C. Stiegemann and M. Wemhoff, op. cit., 1987, pp. 463-490.
1999, vol.1, pp. 183-196. 94 L. M. Miller, op. cit., 2000, pp. 38-40.
THE DOMUS ECCLESIAE OF REIMS: THE STATE OF THE QUESTION IN THE LIGHT OF RECENT RESEARCH 41

for site analysis and too generalized to be of use in testing foundations ? Are the lessened quality of the post-IVth
excavated structural remains in any detail 95. Equally appa- century stonework seen in the Deneux photos and the
rent in the case of Reims is the lack of concrete parallels beaten earth Àoors observed in the central range signs
for the architectural disposition of the Late Antique domus of declining conditions, or are they indications of chan-
ecclesiae in Northern Gaul 96. Further, it must be kept in ging function, perhaps after the transfer of the presti-
mind that at Reims the bishop’s residence may have been gious of¿cial and residential spaces to an upper Àoor
installed in a public building taken over ad hoc,97 raising early in the Merovingian period ?100 Could the memory
other problems for interpretation, as structural adaptation of Clovis and Remigius have led to the conservation of
may have been minimal and new functionalities being si- some part of the late Vth century state residence, e.g.,
gni¿ed by decorative programs now lost 98. the “Oratory of Saint Remi” ? And could Ebbo’s archive
structure plausibly be interpreted as a forti¿cation, indi-
As to the longer term issue of the development of cative of the transformation of the Late Antique domus
the early domus into an archiepiscopal palace, there are into a Medieval aristocratic residence ? Answers to these
more new questions than answers 99. Did the IVth century questions can only come from further work on the site
building below the Salle Basse survive in large enough coupled with a better archaeological understanding of
part to inÀuence the plan of the “Bâtiment à arcades” high status Late Antique and Early Medieval domestic
as suggested by the incorporation of older walls in its architecture at Reims.

95 As an example of the dif¿culties of interpretation even on a


well-excavated large open area site, see F. Gabayet, “Valence,
place des Ormeaux, le secteur résidentiel du quartier épisco-
pal paléochrétien”, in Les premiers temps chrétiens dans le
territoire de la France actuelle, D. Paris-Poulain, S. Nardi
Combescure and D. Istria, eds., (Coll. Archéologie et Culture),
Rennes, 2009, pp. 121-133.
96 The situation has changed little since N. Duval’s negative re-
marks on the subject twenty years ago (op. cit., 1991, p. 68).
Despite its geographical near proximity, Geneva might not
serve as an appropriate example for bishoprics in the North of
Gaul any more than Aix-en-Provence or Fréjus.
97 This may have been true of the original cathedral as well, which
was not necessarily a specially built basilican structure but an
aula ecclesiae adapted from a portion of the baths. There, as
with the domus, the choice of building types may still have been
largely fortuitous, with internal arrangement and decoration more
important than architectural form ; see L. M. White, The Social
Origins of Christian Architecture, Harvard Theological Studies
42, 2 vols., Valley Forge, 1990-1997, vol. 1, pp. 102-139. For a
recent critique of work on the Late Antique domus in general,
see K. Bowes, Houses and Society in the Later Roman Empire,
Duckworth Debates in Archaeology, London, 2010, pp. 19-33. Fig. 9. Generalized model of the domus ecclesiae. The distinc-
98 L. M. Millar, op. cit., 2000, pp. 44-47. In addition at Reims tion of public and private space within the residence was prob-
there is the unresolved question of the prior use of this ensem- ably Àuid, as barriers between the parts were permeable.
ble of rooms and spaces within the larger IVth century com-
plex, and how that may have inÀuenced its adaptation : was
it an integral component of the baths, an annex or a separate
building (for instance, the praetorium) ?
99 L. M. Millar argues (op. cit., 2000, pp. 38-53) this question
must be approached within the context of the changing role of
the bishop within his city and the shifting aspect of the urban
spaces around the cathedral group, as well as against the mir-
ror of developments in secular aristocratic architecture. This is
dif¿cult at Reims as the character of Early Medieval domestic
architecture remains imperfectly known. Thus one seems con- 100 See L. Polci, op. cit., 2003, pp. 89-106, for the common
strained to continue to depend on textual analysis and better- transfer of the reception area to an upper Àoor. If correct, this
known though perhaps inappropriate archaeological parallels could place Reims among those sites where the domus evolved
from elsewhere to construct an image of the early history of from the complex disposition of Late Antiquity to the simpli¿ed
the bishop’s residence. Accordingly, it appears that it is still too type of the Early Middle Ages, characterized by L.M. Miller as
early to attempt to trace the social history of the domus eccle- “two-story rectangular buildings attached to towers” (op. cit.,
siae in Northern Gaul on the basis of archaeological evidence. 2003, p. 55).
43

SYLVIE BALCON-BERRY
Université Paris-Sorbonne (Paris IV) / Centre André-Chastel
WALTER BERRY
Chercheur associé, ARTeHIST (UMR 6298, Université de Bourgogne)

AUTUN: FROM DOMUS ECCLESIAE TO EPISCOPAL PALACE

The ¿nal excavation campaigns carried out in 2001-2004 in the eastern zone of the canons’ cloister south
of the former cathedral of Saint-Nazaire at Autun produced important evidence for the site’s oldest phases of
occupation. Among these one can emphasize the installation of a large structure altered periodically between
IVth and the end of VIIIth century. Besides these successive alterations, the scale of the ensemble, since it ex-
tended to the east against the reduced enclosure of Late Antiquity (the “castrum”), to the south and probably
to the north, towards Saint-Nazaire, led to the identi¿cation of these vestiges as those of the domus ecclesiae.

The new archaeological evidence as well as older observations made during work carried out punctually in
the gardens of the present bishop’s palace make it possible to propose hypotheses concerning the appearance
of the residence as well as its transformations. One can identify in particular a signi¿cant restructuring in-
cluding the redistribution of spaces around a porticoed court that could belong to the end of the VIth century,
epoch of the bishop Syagrius, adviser to the queen Brunehaut, whose actions as a builder are proven by his
having had the walls of his cathedral revetted in gold mosaic. Another important renovation could belong to
the later VIIth century, in the time of Saint Leger, a great bishop-builder, who in particular rebuilt the atrium
of the cathedral of Saint-Nazaire in addition to strengthening the walls of the castrum. Moreover, the domus
ecclesiae is mentioned in his Passio.

At the end of VIIIth century or the beginning of IXth, the western wing of the domus ecclesiae was yielded
to the clerics newly organized as a chapter to make place for the ¿rst building intended to accommodate their
common life. By the middle of IXth century a cloister was constructed with galleries providing access to the
refectory, storeroom, dormitory and probably later a chapter house, as archaeology has demonstrated. From
this time, the bishop’s residence was de¿nitively relocated along the forti¿cations of the castrum.

Other important modi¿cations will be made to this in the XIIth to XIVth centuries and again in the XVth,
while the XVIIth and XVIIIth centuries will concentrate on giving a pretence of unity to the buildings, in parti-
cular concerning the eastern wing, the most visible part of the ensemble, of very classic design.

Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 43-62.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101288
44 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL

Le constat assez négatif dressé en 1991 par Noël Duval giques sont abondantes, même si leur analyse est parfois
pour montrer les carences de la recherche archéologique délicate. On verra aussi que très tôt les évêques eurent à
en ce qui concerne l’organisation des premiers comple- cœur de bien marquer la présence de leur demeure dans
xes épiscopaux, et notamment les domus ecclesiae, est le paysage monumental.
en grande partie toujours d’actualité 1. Le cas d’Autun
fait toutefois ¿gure de contre-exemple, car c’est l’envi-
ronnement de Saint-Nazaire, la cathédrale des origines, LES SOURCES ET LEURS INTERPRÉTATIONS
qui, pour l’heure, a pu être étudié avec le plus d’attention
(¿g. 1) 2. Les recherches entreprises ces dernières années On suppose que c’est pour orner le vestibule de la rési-
dans la zone orientale du cloître installé à l’époque ca- dence épiscopale qu’à la ¿n du VIe siècle, Venance Fortunat
rolingienne au sud de Saint-Nazaire, ont en effet ouvert adressa un poème acrostiche à Syagrius, évêque d’Autun,
de nombreuses perspectives sur les aménagements anté- pour le remercier d’avoir sauvé de l’esclavage le ¿ls d’un
rieurs. L’implantation du complexe claustral aurait ainsi de ses concitoyens 3. Mais c’est à la ¿n du VIIe siècle qu’il
été largement conditionnée par une vaste demeure que est clairement fait mention d’une ecclesiae domus dans la
l’on propose d’assimiler à la domus ecclesiae et dont on Passion de saint Léger 4. Pour cette période, et celle qui
perçoit clairement le développement entre le IVe siècle précède, l’ecclesiae domus devait correspondre à un com-
et la ¿n du VIIIe siècle. Dans le même temps, d’autres plexe monumental abritant la vie de l’évêque et des clercs
données, anciennes et récentes, issues de travaux réalisés qui lui étaient attachés, avec en outre des structures d’ac-
dans les actuels jardins de l’évêché, montrent l’extension cueil pour les plus démunis 5.
de cette demeure vers l’est, jusqu’à l’enceinte réduite, Sur un plan schématique datant des années 1830, l’abbé
puis son recentrage sur cette zone orientale, comme c’est Devoucoux place cette résidence au sud de Saint-Nazaire 6,
encore le cas aujourd’hui. Dans cette présentation, on in- arguant du fait que dans la Passion de saint Léger le roi
sistera sur les phases les plus anciennes de la supposée Childéric II dut traverser la cathédrale et le baptistère,
domus ecclesiae, pour lesquelles les données archéolo- qu’il situe sur ce document au sud du chœur de l’ancien-

3 Venance Fortunat, « Carmina, V, 6 », Poèmes, éd. et trad.


1 N. Duval, « La domus ecclesiae. Les dépendances non cultuelles par M. Reydellet, Paris, Les Belles Lettres, 1998, t. 2, p. 33.
de l’ecclesia », Naissance des arts chrétiens, Paris, Imprimerie M. Vieillard-Troïekouroff, Les monuments religieux de la Gau-
Nationale, 1991, p. 64 ; voir aussi du même auteur, « L’évêque et la le d’après les œuvres de Grégoire de Tours, Paris, 1976, p. 42 ;
cathédrale en Afrique du nord », Actes du XIe Congrès international Ch. Piétri et J.-Ch. Picard, « Autun », Topographie chrétienne
d’archéologie chrétienne, Lyon, Vienne, Grenoble, Genève et Aoste des cités de la Gaule des origines au milieu du VIIIe siècle, IV,
(21-28 septembre 1986), t. I, Rome, École Française de Rome, Province ecclésiastique de Lyon (Lugdunensis Prima), Paris,
1989, p. 358 et 397. Cette réÀexion va dans le sens de l’assertion De Boccard, 1986, p. 42 ; J.-Ch. Picard, « Restitution du poème
de Thierry Crépin-Leblond qui, récemment encore, af¿rmait que “¿guré” et acrostiche de Fortunat », Autun- Augustodunum, ca-
« La disposition et l’extension de la demeure de l’évêque, que l’on pitale des Eduens, Autun, 1987, p. 357. À noter que P. Riché,
ne saurait encore quali¿er de palais (le mot le plus généralement « La ville d’Autun et la ¿n de la civilisation antique », Sept siè-
employé par les textes est celui de domus), restent à peu près incon- cles de civilisation gallo-romaine vus d’Autun, Autun, Société
nues pour l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge » ; T. Crépin- Eduenne des Lettres, Sciences et Arts, 1985, p. 147-148, pro-
Leblond, « Les palais épiscopaux », 20 siècles en cathédrales, Paris, pose d’y voir le décor peint du vestibule de la cathédrale.
Monum’, Éditions du patrimoine, 2001, p. 375. Toutefois outre Aix-
en-Provence (M. Fixot, J. Guyon, J.-P. Pelletier et L. Rivet, « Des 4 Passio S. Leudegarii, éd. Krusch, p. 514-516 citée dans Ch. Piétri
abords du forum au palais archiépiscopal. Étude du centre monu- et J.-Ch. Picard, « Autun », op. cit., n. 3, p. 42.
mental d’Aix-en-Provence », Bulletin monumental, t. 144, 1986, 5 Pour un aperçu de l’organisation de ces bâtiments qui, dans
p. 195-290), on doit mentionner de récents travaux archéologiques l’Antiquité tardive, comportaient entre autres une salle à man-
de grande ampleur qui ont permis par exemple à Marseille (voir la ger, une salle de réception ou d’audience, une bibliothèque, par-
contribution de C. Barra et F. Paone dans le présent ouvrage) ou à fois un oratoire, et bien entendu des chambres, voir N. Duval,
Valence (F. Gabayet, « Valence, place des Ormeaux. Le secteur ré- « La domus ecclesiae. Les dépendances non cultuelles de l’ec-
sidentiel du quartier épiscopal paléochrétien », Les premiers temps clesia », op. cit., n. 1. p. 63- 68.
chrétiens dans le territoire de la France actuelle, Hagiographie, 6 Bibliothèque de la Société Eduenne, Fonds Devoucoux, série
épigraphie et archéologie, D. Paris-Poulain, D. Istria et S. Nardi K2, carnet 12 : « Dans le VIIe siècle, il existait près de l’égli-
Combescure, dir., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009, se Saint-Nazaire un vaste bâtiment dit domus ecclesiae par
p. 119-135) de mettre en évidence des bâtiments probablement liés l’auteur anonyme de la Vie de S. Léger. C’est là que S. Léger
aux résidences épiscopales primitives et aux quartiers attenants. reçut le roi Childéric II ». De même dans le carnet 11 : « La mai-
2 L’étude archéologique comprenant fouille et analyse des élé- son de l’église (domus ecclesiae) est indiquée dans la Vie de
vations a été initiée en 1983 par Christian Sapin. Elle a été S. Léger. Le roi Childebert traverse pour s’y rendre l’église et
dirigée par Christian Sapin, Walter Berry puis Sylvie Balcon- le baptistère ». À noter que J.- G. Bulliot, dans ses Notes histo-
Berry. Les recherches se sont poursuivies jusqu’en 2004 avec riques, M. 73, Bibliothèque de la Société Eduenne, fol. 9, tient
depuis la préparation de la publication de synthèse. à peu près les mêmes propos.
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 45

3
2
4 Evêché
9
1
Emplacement
de Saint-Nazaire
5

Saint-Lazare
Cloître 6

Quartier canonial

0 50 100 m

Tracé de l’enceinte du Ier siècle


Tracé de l’enceinte réduite en partie hypothétique
1 et 2. Tours du castrum probablement polygonales.
3. Emplacement probable de la porte du castrum .
4. Emplacement probable d’une tour polygonale du castrum.
5. Tour polygonale du castrum découverte au XIXe siècle.
6. Tour du Ier siècle.
7. Porte de Breuil. Fig. 1. Plan de la ville haute d’Autun avec les encein-
8. Emplacement de la porte Matheron. tes et la désignation des espaces (fond de plan numé-
9. Poternes hypothétiques. risé, Ville d’Autun 2001 ; DAO S. Balcon-Berry).
46 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

Fig. 2. Vue cavalière de Pierre de Saint-Julien-de-Balleure, His- Fig. 3. Plan de Devoucoux montrant la cathédrale Saint-Nazaire
toire des Bourgongnons, 1581 (Autun, Bibliothèque de la Société et la domus ecclesiae à l’époque de saint Léger (Bibliothèque de
Eduenne, Réserve, in. fol°, AR8 ; cl. et DAO S. Balcon-Berry). la Société Eduenne, Fonds Devoucoux, série K2, carnet 11 ; cl.
S. Balcon-Berry).

ne cathédrale, pour accéder à l’ecclesiae domus (¿g. 3). En les intégrant dans leur contexte historique et archéolo-
Il donne à cette dernière la forme d’un préau à galeries, gique, les travaux de Berthollet ont été remis en perspective
prélude au cloître canonial qui occupera effectivement cet en 1994 par Noëlle DeÀou et Christian Sapin dans la publi-
espace à partir du IXe siècle. cation sur les Palais médiévaux dirigée par Annie Renoux 8.
Mais c’est surtout l’abbé Berthollet qui, dans sa syn- C’est en prenant appui sur ces données et celles issues des ré-
thèse sur l’évêché parue en 1947, tente de restituer la centes opérations archéologiques menées à l’est du cloître des
domus ecclesiae des Ve-VIIIe siècles à partir de vestiges chanoines que nous proposons les interprétations suivantes.
mis au jour au cours de divers travaux7. Un plan associé
à son texte permet de prendre connaissance des disposi-
tions globales qu’il lui donne, notamment son extension LES PREMIERS AMÉNAGEMENTS DE LA DOMUS ECCLESIAE
au sud-est de Saint-Nazaire et contre l’enceinte réduite (IVE-VIIIE SIÈCLES)
qu’il date des IVe-Ve siècles (¿g. 4). Berthollet s’attarde
aussi sur les phases les plus récentes de l’évêché, mon-
trant, à partir du XIIIe siècle, sa transformation en vé- - L’édifice préexistant et ses transformations
ritable « forteresse », symbolisant la puissance de l’évê-
que, aspect toujours bien perceptible sur la vue cavalière C’est en effet essentiellement dans la zone orientale du
publiée en 1581 par Pierre de Saint-Julien-de-Balleure futur cloître que les informations archéologiques touchant les
(¿g. 2) mais en grande partie effacé depuis les transfor-
mations des XVIIe-XVIIIe siècles.
8 N. DeÀou et C. Sapin, « Autun (Saône-et-Loire). Palais épisco-
pal », Palais médiévaux (France-Belgique), 25 ans d’archéolo-
7 J. Berthollet, « La ‘maison de l’Église », L’évêché d’Autun, gie, A. Renoux (dir.), Publications de l’Université du Maine,
Autun, Notre-Dame des Anges, 1947, p. 27-38. Le Mans, 1994, p. 132-134.
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 47

Fig. 4. Plan de l’évêché du Ve au XIIe siècle selon l’abbé Jean Berthollet (J. Berthollet, L’évêché d’Autun, 1947, p. 28).

phases les plus anciennes du site ont été recueillies (¿g. 1). par un couloir jonché de tegulae retournées. Plus à l’ouest,
Elles montrent qu’au cours du IVe siècle, une demeure bien se déployait un espace comportant des constructions légères
attestée au IIIe siècle, elle-même remplaçant des structures jusqu’à un mur de terrasse établi dès le Ier siècle pour faci-
à vocation artisanale datées des Ier-IIe siècles, est totalement liter l’occupation du site à Àanc de colline. Les dimensions
restructurée après un incendie 9 pour faire place à un vaste imposantes de la salle au mortier de tuileau conduisent à l’as-
complexe monumental. Au nord-ouest, ce dernier remploie similer à une sorte d’aula pour les audiences ou les récep-
une cour dallée et s’agrémente d’une grande salle au sol com- tions, ce que con¿rmeraient, au sud-ouest, des traces d’usure
posé de mortier de tuileau de très belle facture. Reconnue correspondant peut-être à l’emplacement d’un siège, celui de
sur une surface de plus de 6 m sur 6, 50 m, elle s’étendait à l’évêque 11. C’est également en raison de la qualité et de la
l’origine bien au-delà, au nord et à l’est, vers l’actuel palais
épiscopal (¿g. 5 et 6) 10. Au sud, cette salle était en revanche
limitée par une paroi, vestiges d’un solin de pierre d’un mur 11 Merci à Charles Bonnet d’avoir attiré notre attention sur
monté en pisés ou torchis, tandis qu’à l’ouest elle était longée ces traces d’usure. Des salles de réception, liées notamment à
la résidence primitive de l’évêque et comprenant un sol com-
posé de mortier de tuileau, ont été identi¿ées à Genève ; outre
sa contribution dans le présent ouvrage, voir Ch. Bonnet, « Les
salles de réception du groupe épiscopal de Genève », Rivista di
9 Daté notamment par une monnaie découverte dans les niveaux Archeologia Cristiana, t. 65, 1989, p. 71-86 et J.-Ch. Picard,
de restructuration ayant suivi l’incendie. « La fonction des salles de réception dans le groupe épiscopal
10 Ses dimensions initiales devaient excéder les 10 m x 10 m, de Genève », Rivista di Archeologia Cristiana, t. 65, 1989, p. 87-
ce qui serait plus important que les salles des demeures gallo- 104. Sur les salles de réception des domus ecclesiae, voir aussi
romaines les plus luxueuses trouvées à Autun ; voir notamment N. Duval, « La domus ecclesiae. Les dépendances non cultuelles
M. Blanchard-Lemée, A. Olivier et A. Rebourg, « Deux mai- de l’ecclesia », op. cit., n. 1 p. 66-67 et C. Rizzardi, « Le sale di
sons à pavements d’Augustodunum (Saône-et-Loire) », Gallia, rappresentanza dell’episcopio di Ravenna nell’ambito dell’edili-
t. 44, fasc. 1, 1986, p. 121-149. zia religiosa occidentale ed orientale dal tardoantico all’alto me-
48 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

X
XX
O
OO

OO
O
XX
X

D
X
XX
O
OO

C B
A
E
OO
O
XX
X

F
H
X
XX
O
OO

OO
O
XX
X

?
X
XX
O
OO

OO
X

O OO
XX

XX
X

O OO
XX
O

X XX
X
OO

O OO
XX
O

X XX
X
OO

O OO
XX
O

X XX

X
OO

O OO

XX
O

X XX
OO

O
X XX

OO
X

0 5 10 20 m

existant

restitué
ÉTAT 03
sols existants
fin IIIe - Ve siècle
sols restitués

hypothétique

états antérieurs réutilisés

Fig. 5. Plan du site du cloître de Saint-Nazaire montrant les premiers aménagements de la domus ecclesiae (X. D’Aire, S. Balcon-Berry
et W. Berry). A. mur de terrasse établi dans l’Antiquité ; B. salle au sol composé de mortier de tuileau ; C. couloir carrelé ; D. espace
dallé ; E. limite occidentale de la demeure ; F, G et H. vestiges lacunaires reconnus au sud.
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 49

N O

F
K

A D
C

E
B L

G H
M

0 5 10 20 m

Hypothèses de restitution de la résidence épiscopale d’Autun aux IVe-Ve siècles


A. Mur de soutènement antique
B. Espace non construit
C. Espace dallé
D. Couloir carrelé
E. Salle au sol constitué de mortier de tuileau
F. Emprise hypothétique de la catbédrale Saint-Nazaire
G, H. Découvertes anciennes de sols en mortier de tuileau, de dallages, de colonnes et de chapiteaux (IVe-Ve siècles)
I, J, K. Découvertes récentes d’hypocaustes, de sols ainsi que de structures en mortier de tuileau (Haut-Empire ?)
L. Enceinte réduite
M. Porterne et voie hypothétiques associées à l’enceinte réduite
N. Voies hypothétiques du Haut-Empire
O. Poterne hypothétique

Fig. 6. Hypothèses de restitution de la domus ecclesiae d’Autun aux IVe-Ve siècles (S. Balcon-Berry).
50 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

taille importante de cette salle bordée d’un couloir et d’une était bien le cas, cette demeure s’étendait donc vers l’est et
cour que l’on propose d’assimiler ces éléments à la résiden- le sud, outre son prolongement vers le nord envisagé plus
ce épiscopale primitive, la domus ecclesiae. Des fragments haut. Son déploiement a probablement été favorisé par la
d’opus sectile, parfois retaillés après remploi, montrent que le présence de l’enceinte réduite de l’Antiquité tardive égre-
bâtiment comportait d’autres salles richement ornées. née de tours polygonales (¿g. 1 et 6) 16, le développement
Au nord, cette demeure s’étendait vraisemblablement des premiers complexes épiscopaux à l’ombre de murailles
vers la cathédrale Saint-Nazaire dont on ne connaît rien obéissant à un schéma très commun.
aux IVe-Ve siècles, aucune fouille n’ayant été entreprise à Si la présence de chrétiens est vraisemblable à Autun
son emplacement. Sa mention dans les sources remonte dans le courant du IIIe siècle 17, leur organisation en com-
à la ¿n du VIe siècle, quand le puissant évêque Syagrius, munauté chapeautée par un évêque relève au mieux du
conseiller de la reine Brunehaut, la fait décorer d’une mo- début du IVe siècle, époque de saint Rhétice – ou Reticius
saïque à fond d’or 12. C’est probablement aussi au VIe siècle – premier prélat historiquement bien attesté 18. À la tête de
que cette église reçoit le vocable du saint milanais 13. l’Église naissante d’une cité importante ayant conservé
D’autres vestiges situés plus à l’est, dans les actuels tout son prestige, Rhétice a marqué l’Histoire : il combattit
jardins de l’évêché (¿g. 6), se raccordent peut-être à cette activement les hérésies, ce qui lui valut le privilège d’être
première phase de la supposée domus ecclesiae, même si appelé à Rome par Constantin pour participer au concile
leur contexte de découverte, ou l’ancienneté des mentions de 313, avant de siéger au concile d’Arles un an plus tard ;
qui, de surcroît, ne sont pas toujours précisément localisées, il contribua par ses écrits au rayonnement spirituel de sa
invitent à les interpréter avec prudence. Dans la moitié nord cité 19. Ses successeurs immédiats qui vont progressivement
de ce jardin, comme dans la zone orientale du cloître, on asseoir leur pouvoir, auront à cœur de le matérialiser sur le
a pu observer une occupation assez dense, avec vestiges plan monumental, comme on l’a déjà signalé 20. C’est pro-
d’habitat des environs du IIIe siècle se substituant à des ac- bablement à ces prélats de la seconde moitié du IVe siècle
tivités manufacturières relevant du Haut-Empire 14. Dans la et du Ve siècle qu’il faut attribuer la création de la domus
partie méridionale du jardin actuel, aux environs du futur ecclesiae dont on pense avoir trouvé des vestiges.
réfectoire, et donc immédiatement au sud et à l’est de la
supposée salle de réception que l’on a récemment identi-
¿ée, une certaine cohérence semble se faire jour. Les érudits K2, carnet 4, folio 16, découverte du 22 juillet 1842 ; Bibliothèque
du XIXe siècle rapportent en effet la découverte de sols en de la Société Eduenne, Fonds Devoucoux, série K2, carnet 4,
mortier de tuileau présentant une forte pente dans le sens folio 79, découverte du 17 mai 1842, qui d’ailleurs évoque la
domus ecclesiae ; voir aussi « Notes de M. de Fontenay », dans
ouest-est, comme celui de la supposée aula de la demeu- Notes manuscrites de Roidot-Déléage et Roidot-Errard, pochette
re épiscopale primitive. De plus, ces sols étaient associés Augustodunum, Bibliothèque de la Société Eduenne, série K10.
à des colonnes et des chapiteaux, information importante 16 S. Balcon-Berry, « L’enceinte réduite d’Autun », L’antiquité
qui tendrait à montrer le caractère monumental de ces vesti- tardive dans l’Est de la Gaule I, M. Kasprzyk et G. Kuhnle dir.,
ges que l’on propose de relier à la domus ecclesiae 15. Si tel Revue archéologique de l’Est, 30e supplément, 2011, p. 19-40.
17 La date de la fameuse inscription chrétienne de Pectorios dé-
couverte en 1839 non loin de Saint-Pierre-l’Estrier et de Saint-
Étienne, édi¿ces situés extra-muros, oscille entre le IIe-IIIe siècle
dioevo », L’audience. Rituels et cadres spatiaux dans l’Antiquité et le IVe siècle ; N. Gauthier, « Autun et les débuts du christia-
et le haut Moyen Âge, J.-P. Caillet et M. Sot dir., Paris, Picard, nisme en Gaule », Sept siècles de civilisation gallo-romaine vus
2007, p. 221-239. d’Autun, Société Eduenne des Lettres, Sciences et Arts, Autun,
12 Ch. Piétri et J.-Ch. Picard, « Autun », op. cit., n. 3, p. 42 et 1985, p. 102-106 ; J. Décréaux, « L’inscription de Pectorios »,
C. Sapin, Bourgogne préromane, Paris, Picard, 1986, p. 29. Autun-Augustodunum, capitale des Eduens, Autun, 1987, p. 359-
13 J. Décréaux, « Le culte de saint Nazaire dans les martyrolo- 362. En se référant au caractère érudit de l’inscription, ce dernier
ges francs et autunois », Mémoires de la Société Eduenne, LIV, auteur suggère que Pectorios, chrétien d’Alexandrie installé à
fasc. 1, 1979, p. 33-42 ; C. Sapin, Bourgogne préromane, op. Autun, était peut-être clerc sous l’évêque Cassien, son compa-
cit, n. 12, p. 29. triote. C’est aussi à la première moitié du IVe siècle que sem-
blent remonter les premières tombes chrétiennes sur le site de
14 S. Balcon-Berry, « La ville haute d’Autun dans l’Antiquité », Saint-Pierre-l’Estrier ; C. Sapin, « Saint-Pierre-l’Estrier », Autun-
Bulletin archéologique du CTHS, n° 34, 2009, p. 9-33. Les ves- Augustodunum, capitale des Eduens, Autun, 1987, p. 367.
tiges d’habitat mis au jour dans la moitié nord des jardins de
l’évêché comprennent des sols en mortier de tuileau, des élé- 18 S. Mouginot, « Rhétice d’Autun († ~334) », Société Eduenne
ments d’hypocaustes, voire des restes de bassins (?) ; Y. Labaune, des Lettres, Sciences et Arts, t. LVII, fasc. 2, 2003-2004, p. 67-84.
A. Tisserand, avec la coll. de S. Balcon, Jardins de l’Évêché. 19 J.-Ch. Picard, « Autun, la ville au Bas-Empire et au haut
Travaux de réhabilitation des réseaux, Rapport de surveillance Moyen Âge », Autun-Augustodunum, capitale des Eduens,
archéologique, Ville d’Autun, novembre 2008. Il n’a pas été pos- Autun, 1987, p. 340.
sible de les dater avec précision, mais ils semblent obéir à une 20 J.-Ch. Picard, « Les évêques bâtisseurs », Naissance des
orientation légèrement différente de celle imposée au complexe arts chrétiens, Paris, Imprimerie Nationale, 1991, p. 44-49 ;
monumental chrétien après l’érection de l’enceinte réduite, et R. Haensch, « Le ¿nancement de la construction des églises
donc relever de phases antérieures. pendant l’Antiquité tardive et l’évergétisme antique », Antiquité
15 Bibliothèque de la Société Eduenne, Fonds Devoucoux, série tardive, t. 14, 2006, p. 47-58.
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 51

- Les transformations des Ve-VIIIe siècles épiscopaux des Ve-IXe siècles, accompagnant le transfert
à l’étage des salles de réception 23.
L’importance de la domus ecclesiae se traduit aussi À l’ouest, l’espace n’était pas bâti et correspondait sans
par les nombreuses phases de restructurations dont elle ¿t doute à un jardin, comme l’indique le développement de
l’objet entre le Ve siècle et la ¿n du VIIIe siècle. Il en va de niveaux sédimentaires d’apparence homogène, les fameu-
même de son extension qui, avec celles d’autres bâtiments ses « terres noires » (¿g. 10.I, I) 24. Une zone de stockage
– notamment l’église, ou plus probablement, les églises et avec notamment des silos prenait place au sud-ouest de la
le baptistère – témoigne de l’appropriation par l’Église de demeure.
la partie orientale de la ville haute d’Autun, selon un phé- Par la suite, l’ensemble fut rééquilibré autour d’un por-
nomène de « conquête » de l’espace bien mis en exergue tique monté sur semelle d’argile accueillant des massifs
par exemple à Genève 21. maçonnés cubiques, qui se développe autour d’une cour
À l’instar de ce que l’on observe pour l’habitat en mi- traversée par une canalisation en bois, comme on a pu
lieu urbain ou rural 22, la domus ecclesiae va subir une l’observer dans la zone orientale du futur cloître (¿g. 10.
succession de modi¿cations parfois dif¿ciles à dater en II, C et D). L’angle sud-est de ce portique a été repéré en
raison des perturbations plus récentes (¿g. 10). Après un 1945 dans les jardins de l’évêché (¿g. 4 et 7) 25.
cloisonnement du couloir carrelé, on compte parmi les Une partie de ces transformations sont peut-être liées à
transformations majeures des Ve-VIe siècles, la mise en l’évêque Syagrius (560-600) qui a profondément marqué
place de murs en pierres sèches orientés est-ouest après la seconde moitié du VIe siècle et dont l’action édilitaire
remblaiement venu couvrir les sols antérieurs composés a déjà été mentionnée en ce qui concerne la cathédrale
de tegulae et de mortier de tuileau (¿g. 10.I, C). En rai- Saint-Nazaire. Ce prélat de renom s’est notamment dis-
son de l’absence de mortier pour ces solins, de même tingué par l’aide accordée à Augustin de Cantorbéry dans
que leur faible épaisseur, il devait s’agir de murs de re- l’évangélisation des Anglo-saxons, ce qui lui valut le haut
fend avec élévations là encore en torchis ou pisés. On ne privilège de recevoir le pallium de Grégoire le Grand et
connaît pas la nature du sol associé à ces murs nouvelle- éleva Autun au rang de deuxième cité de la province ec-
ment créés : fruit d’un exhaussement par rapport à ceux clésiastique de Lyon 26.
de la phase précédente, il a été détruit par un décaisse- On est par ailleurs tenté de mettre au crédit de l’évêque
ment. Bien qu’il soit dif¿cile d’en être assuré en raison Léger (663-678) la dernière restauration d’envergure que
des nombreuses perturbations qui ont touché l’espace au l’on situe dans la seconde moitié du VIIe siècle (¿g. 10.
cours de phases postérieures, ces murs de refend étaient III). La domus ecclesiae est en effet citée dans sa Passion,
peut-être contemporains de supports maçonnés corres- et ce prélat à la forte personnalité, connu notamment pour
pondant à des sortes de dés (¿g. 10.I, G et F). Recevant le conÀit qui l’opposa au maire du Palais Ebroïn, aurait
des poteaux, ils servaient vraisemblablement de relais aussi reconstruit l’atrium de Saint-Nazaire et renforcé
pour porter des plafonds, les salles rectangulaires mon- l’enceinte réduite, ce que nous évoquerons.
trant des dimensions assez imposantes. Ils permettent De cette ultime phase de la domus ecclesiae, il subsiste
d’envisager l’existence d’un niveau supérieur qui par- des élévations, ce qui est tout à fait exceptionnel (¿g. 11).
ticiperait au phénomène de « surélévation » des palais Avec les vestiges de l’atrium de Saint-Nazaire 27, Autun

23 B. Polci, op. cit, n. 22, p. 90-91.


21 B. Beaujard, « L’évêque dans la cité en Gaule aux Ve et 24 Sur cette question des « terres noires », voir en dernier lieu
VIe siècles », La ¿n de la cité antique et le début de la cité mé- L. Verslype et R. Brulet éd., Terres noires. Dark Earth. Actes
diévale. De la ¿n du IIIe siècle à l’avènement de Charlemagne, de la table-ronde internationale tenue à Louvain-la-Neuve, les
Études réunies par C. Lepelley, Bari, Edipuglia, 1996, p. 143 ; 09 et 10 novembre 2001, Louvain-la-Neuve, 2004.
B. Beaujard, « Conclusion. Esquisse d’un bilan », Les pre-
miers temps chrétiens dans le territoire de la France actuelle, 25 J. Berthollet, L’évêché d’Autun, op. cit., n. 7, p. 42. Selon
Hagiographie, épigraphie et archéologie, D. Paris-Poulain, lui, sa datation oscillerait entre le Ve-VIe siècle et le XIe siècle.
D. Istria et S. Nardi Combescure, dir., Rennes, Presses Nos observations tendent à montrer qu’il serait antérieur au
Universitaires de Rennes, 2009, p. 252. VIIIe siècle.
22 M. Heijmans, « Les habitations urbaines en Gaule méridio- 26 D. Grivot, Autun, Lyon, Lescuyer, 1967, p. 49-50 ; P. Riché,
nale durant l’Antiquité tardive », Gallia, n° 63, 2006, p. 47- « La ville d’Autun et la ¿n de la civilisation antique », op. cit,
57 ; C. Balmelle, Les demeures aristocratiques d’Aquitaine. n 3, p. 147 ; R. Mathisen, « Syagrius of Autun, Virgilus of Arles,
Société et culture de l’Antiquité tardive dans le Sud-Ouest de and Gregory of Rome : factionalism, forgery, and local autho-
la Gaule, Ausonius, Institut de Recherche sur l’Antiquité et le rity at the end of the sixth Century », L’Église et la Mission au
Moyen Âge (CNRS-UMR 5607), Aquitana, Fédération inter- VIe siècle. La mission d’Augustin de Cantorbéry et les Églises
régionale d’Archéologie, Bordeaux-Paris, 2001, p. 118-120 ; de Gaule sous l’impulsion de Grégoire le Grand, Actes du
B. Polci, « Some aspects of the Transformation of the Roman colloque d’Arles de 1998, présentés par C. De Dreuille, Paris,
Domus between late Antiquity and the Early Middle Ages », Éditions du Cerf, 2000, p. 260-290.
Theory and Practice in Late Antiquity, L. Lavan et W. Bowden 27 Ch. Piétri et J.-Ch. Picard, « Autun », op. cit., n. 3, p. 42. Sur
ed., Brill, Leiden, Boston, 2003, p. 79-109. les vestiges supposés de l’atrium voir C. Sapin, « Le groupe
52 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

L K J

A G

B C
E
D

0 5 10 20 m

Hypothèses de restitution de la résidence épiscopale d’Autun aux VIIe-VIIIe siècles


A. Mur de soutènement antique
B. Sépultures d’enfants dans espace ouvert
C. Sépulture d’adulte dans salle
D. Salle dont la paroi orientale est en élévation avec porte
E. Portique dont des vestiges ont été identifiés récemment et par Berthollet
F, G. Bâtiments identifiés par Berthollet
H. Mur de l’enceinte réduite des IVe-Ve siècles avec poterne hypothétique
I. Tour de Saint-Léger
J. Tour nord
K. Emprise hypothétique de la cathédrale Saint-Nazaire
L. Atrium

Fig. 7. Hypothèses de restitution de la résidence épiscopale d’Autun aux VIIe-VIIIe siècles (S. Balcon-Berry).
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 53

L K J

M
G
A

C
D
E F

0 5 10 20 m

Hypothèses de restitution de la résidence épiscopale d’Autun aux IXe-Xe siècles et du cloître canonial
A. Mur de soutènement antique
B. Cloître
C. Salle capitulaire
D, E, F, G. Bâtiments de la résidence épiscopale identifiés par Berthollet
H. Mur de l’enceinte réduite des IVe-Ve siècles avec poterne hypothétique
I. Tour de Saint-Léger
J. Tour nord
K. Emprise hypothétique de la cathédrale Saint-Nazaire
L. Atrium
M. Maçonnerie correspondant à une reprise de la nef de Saint-Nazaire au IXe siècle ou peu avant

Fig. 8. Hypothèses de restitution de la résidence épiscopale et du cloître canonial aux IXe-Xe siècles (S. Balcon-Berry).
54 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

peut donc s’enorgueillir de posséder d’imposantes maçon- nent plusieurs fragments de verre plat coloré ou incolore,
neries de l’époque mérovingienne. Le mur de la domus vestiges de vitraux, ce qui témoigne là encore de l’impor-
ecclesiae, conservé sur plus de deux mètres de haut, est tance du lieu 31.
implanté nord-sud (¿g. 7). Il abrite dans sa partie méridio- On peut ainsi reconstituer une aile occidentale com-
nale une ample ouverture composée de pierres monolithes prenant une succession de trois grandes salles implan-
posées en délit - des orthostates (¿g. 11). Immédiatement tées nord-sud bornant à l’ouest la cour à portiques, avec
à l’ouest de cette porte, il subsiste un seuil en place, asso- probablement des développements au nord au contact de
cié à des fragments d’un dallage en calcaire (¿g. 9 et 10. Saint-Nazaire, ainsi qu’au sud et à l’est (¿g. 7). En effet,
III). Dans l’alignement de la porte, ont été reconnus les à l’époque concernée, la demeure épiscopale s’étendait
vestiges de structures maçonnées orientées nord-sud cor- vraisemblablement déjà vers l’est, contre l’enceinte ré-
respondant soit à des barrières d’un aménagement liturgi- duite et à l’est du grand portique quadrangulaire présenté
que 28 soit à des fondations de banquettes (¿g. 10.III, D). plus haut (¿g. 7, E), comme le propose l’abbé Berthollet
Dans tous les cas, le traitement accordé à cette salle traduit (¿g. 4). Prenant appui contre l’enceinte réduite, ces bâti-
une fonction bien particulière : il pourrait s’agir d’une cha- ments orientaux constituent en grande partie le socle de
pelle. Un autre dallage très lacunaire a été repéré à l’ouest, l’actuel palais épiscopal (¿g. 7, F et G).
le long de la demeure, au contact du mur interprété comme Cette hypothèse semble d’autant plus probable que
sa limite occidentale depuis le IIIe siècle (¿g. 10.III, F). parallèlement, la muraille de l’Antiquité tardive est elle
Au sud de la porte à orthostates, l’élévation du VIIe siècle aussi amplement remaniée à hauteur de la résidence épis-
se poursuit, associée à un mur perpendiculaire orienté est- copale, comme le montrent des élévations datées des VIIe-
ouest, doté lui aussi d’au moins une ouverture, intégrée IXe siècles (¿g. 7, J) 32. Il s’agit des parois d’une tour rec-
au IXe siècle dans le réfectoire du cloître (¿g. 10.III, C). Il tangulaire montée en partie sur l’enceinte de l’Antiquité
existait donc une salle méridionale. De même, au nord de tardive, mais se développant à l’extérieur de l’emprise de
l’ouverture à orthostates, la paroi formait la limite orien- cette dernière (¿g. 12 et 13). Identi¿ée au XIXe siècle par
tale d’une autre salle qui abritait une sépulture privilégiée l’abbé Devoucoux (¿g. 3) puis au début du XXe siècle par
antérieure au VIIIe siècle (¿g. 9 et ¿g. 10.III). Il est impor- Charles Boëll (¿g. 12), elle vient de faire l’objet de re-
tant de souligner l’existence à cet endroit, mais aussi dans cherches nouvelles 33. Elle est constituée de gros blocs de
l’espace ouvert situé immédiatement à l’ouest au sein des remplois provenant du démantèlement d’un ample bâti-
« terres noires » 29, de même que dans l’atrium de Saint- ment antique situé peut-être dans les environs immédiats.
Nazaire, d’inhumations intra-muros pour ces périodes Cette tour comportait au moins deux niveaux d’élévation
hautes où elles sont généralement bannies du monde des et communiquait par une porte haute avec le bâtiment
vivants (¿g. 10.II et 10.III) 30. C’est probablement de ces oriental construit à l’intérieur de l’enceinte et qui faisait
phases comprises entre le Ve et le VIIIe siècle que provien- partie du complexe épiscopal. Cette porte de facture as-
sez archaïque est conservée (¿g. 13) 34. La structure rec-
tangulaire remplaçait une tour polygonale appartenant à
épiscopal », Autun-Augustodunum, capitale des Eduens, Autun, la forti¿cation de l’Antiquité tardive dont des vestiges
1987, p. 353 et A. Rebourg, « Cathédrale Saint-Nazaire », ont par ailleurs été reconnus dans les caves. Le phéno-
Autun, 71/1, Carte archéologique de la Gaule, Paris, Académie mène se retrouve plus au sud, avec l’aménagement de la
des inscriptions et Belles-Lettres, 1993, p. 83-84.
tour dite de Saint-Léger, appellation ancienne qui laisse
28 De type solea, comme Charles Bonnet a pu le mettre en évi-
envisager une fondation remontant peut-être à l’époque
dence à Genève ; Ch. Bonnet, « Les aménagements liturgiques
des trois cathédrales », Les fouilles de l’ancien groupe épisco- du fameux prélat (¿g. 12) 35. L’abbé Berthollet qui a pu
pal de Genève (1976-1993), Cahiers d’archéologie genevoise
I, 1993, p. 38-39. Une telle structure a récemment été reconnue
à Arles ; M. Heijmans, « L’église paléochrétienne de l’enclos 31 S. Balcon-Berry, « Vitraux antérieurs au XIIe siècle en
Saint-Césaire à Arles (Bouches-du-Rhône). Nouvelles fouilles, Bourgogne », Vitrail, verre et archéologie entre V e et XIIe siècle,
nouvelles questions », Les premiers temps chrétiens dans le ter- S. Balcon-Berry, F. Perrot et C. Sapin dir., Paris, éditions du
ritoire de la France actuelle, Hagiographie, épigraphie et ar- CTHS, 2009, p. 213-220
chéologie, D. Paris-Poulain, D. Istria et S. Nardi Combescure,
dir., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009, p. 97. 32 Aucune fouille récente n’ayant été entreprise au sein de
l’évêché, il est dif¿cile de dater cette élévation avec plus de
29 Il s’agit de sépultures d’enfants, probablement des oblats, précision. Elle est toutefois clairement postérieure à l’enceinte
datées des VIe-VIIIe siècles. de l’Antiquité tardive et rappelle dans son mode de construc-
30 G. Cantino-Wataghin, « Christian Topography in the Late tion les maçonneries des VIIIe-IXe siècles rencontrées sur le
Antique Town », Theory and Practice in Late Antiquity, L. Lavan site du cloître de Saint-Nazaire.
et W. Bowden ed., Brill, Leiden, Boston, 2003, p. 245-246, 33 S. Balcon-Berry, « L’enceinte réduite d’Autun », op. cit,
évoquant la tombe privilégiée du Ve siècle trouvée par Charles n. 16.
Bonnet dans l’église nord de Genève. On doit par ailleurs préci-
ser que saint Léger ¿t transférer les reliques de saint Symphorien 34 N. DeÀou et C. Sapin, « Autun (Saône-et-Loire). Palais épis-
dans la ville comme le rappelle P. Riché, « La ville d’Autun et la copal », op. cit., n. 8, p. 132.
¿n de la civilisation antique », op. cit., n 3, p. 149. 35 Les sources laissent d’ailleurs entendre que ce personnage
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 55

0781 0784

361,00 361,10

0813
1422
0784
0784 360,93

1438
0821 1704
1710
1268
2226
360,85
2057 1268
360,70
360,70

2111 2077
1
1446
Sep. 2110 360,80
2076 11445

0848
360,95
1466
360,90
360,90
1482
0840
360,85
1687

vers 362 NGF


Vers 362
2241

2233
360,82
08
360,82
2080
2025
2025 2028
2028

1983
361,35
361,35
361,295
361,295
2090
2030
2029

0 1m

Fig. 9. Plan des vestiges de la résidence épiscopale d’Autun du VIIe siècle découverts dans la zone orientale du futur cloître (X. d’Aire,
W. Berry et S. Balcon-Berry).
56 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

en étudier les maçonneries (¿g. 4), indique que son mur LE PALAIS ÉPISCOPAL DES IXE-XIVE SIÈCLES
sud est bien antérieur aux autres remontant au XIIIe siècle,
époque de sa transformation en tour « maîtresse » dotée - La réorganisation du IXe siècle
de créneaux 36. Ces tours monumentales toujours bien
visibles sur la vue de 1581 de Saint-Julien-de-Balleure La règle de saint Chrodegang, à la ¿n du VIIIe siècle, et
(¿g. 2), distinguaient fortement le palais épiscopal dans le plus encore celle d’Aix-la-Chapelle 41, à l’origine de l’or-
paysage urbain et jouaient un rôle clairement ostentatoire. ganisation de communautés de chanoines, en 816, eurent
Par ailleurs, à l’ouest de Saint-Nazaire, a été reconnue en à Autun des répercussions rapides se traduisant selon toute
fouille une enceinte de terre et de bois dont l’aménage- vraisemblance par la concession aux chanoines de la zone
ment correspond à l’époque mérovingienne 37. Le climat occidentale de la domus ecclesiae restructurée pour ac-
d’insécurité des VIIe-IXe siècles, à l’époque de saint Léger cueillir leur vie commune (¿g. 8, C) 42.
notamment et par la suite avec les assauts supposés des La moitié nord de cet espace est alors très remaniée
Sarrasins et la menace normande, peut expliquer le renfor- par l’aménagement, dans le prolongement de l’élévation
cement de l’aspect défensif, bien qu’en partie symbolique, du VIIe siècle conservée, d’une structure en bois apparem-
de la résidence de l’évêque que l’on accentuera encore au ment à deux niveaux remplaçant les élévations en pisés
XIIIe siècle. Cette mise en défense des résidences épisco- ou torchis montées sur solin de pierres sèches. Cet édi-
pales se perçoit clairement en Italie aux Xe-XIe siècles 38 ¿ce a été reconnu à travers la présence de grands trous de
de même qu’à Lyon 39, mais le cas d’Autun relèverait de poteaux alignés selon toute vraisemblance selon un axe
phases plus anciennes 40. nord-sud. Sa datation est à situer à la ¿n du VIIIe ou au tout
début du IXe siècle, c’est-à-dire après les sépultures men-
tionnées (VIe-VIIIe siècles) et l’élévation mérovingienne
conservée, mais avant la construction en pierre du cloître
au milieu IXe siècle (¿g. 9). L’ampleur du bâtiment et le
fait qu’il devait comporter un étage pourraient s’accorder
eut l’initiative de la reconstruction des murailles de l’Antiquité
avec l’hypothèse d’une structure spécialement conçue
tardive et non du Haut-Empire comme l’attesteraient les res- pour la vie canoniale, la première de ce type, une « maison
tructurations apportées à la résidence épiscopale. Ainsi, selon commune » 43. Ce bâtiment peut être attribué à l’époque de
l’abbé Devoucoux, Bibliothèque de la Société Eduenne, série l’évêque Modoin (815 à 840) qui dota ses clercs de biens,
K2, carnet 11, « Les anciens titres de l’évêché appelant la tour contribuant ainsi à leur émancipation 44. Modoin était un
n° 8 la tour de Saint-Léger il faut supposer que les murs du
château existaient dès le VIIe siècle et cette tour est peut-être
proche du pouvoir impérial 45, ce qui pourrait expliquer
une des réparations faites par cet évêque comme il est dit dans son empressement à faire appliquer la règle d’Aix-la-
sa vie ». Chapelle et donc à élever pour ses chanoines une « maison
36 J. Berthollet, L’évêché d’Autun, op. cit., n. 7, p. 36. L’auteur
ne donne pas de précisions sur l’aspect de cette paroi, se conten-
tant de dire qu’elle abritait « une ancienne ouverture, couverte
d’un linteau droit ». Mais de gros blocs de remploi constituent 41 J.-Ch. Picard, « Les origines des quartiers canoniaux », Les
la base de ce mur, comme on peut le voir dans la cave adja- chanoines dans la ville. Recherches sur la topographie des
cente, au sud. En revanche, dans la zone orientale de l’actuel quartiers canoniaux en France, J.-Ch. Picard dir., Paris, De
évêché, Berthollet reconnaît, sans préciser exactement leur em- Boccard, 1994, p. 15-25.
placement, d’autres maçonneries composées de gros blocs de 42 Sur les chanoines d’Autun on peut à présent consulter
remploi exempts de mortier, ce qui était apparemment le cas J. Madignier, Les chanoines du chapitre cathédral d’Autun du
des parties inférieures de la tour rectangulaire (J. Berthollet, XI e à la ¿n du XIV e siècle, Langres, 2011.
L’évêché d’Autun, op. cit., n. 7, p. 44).
43 Il pourrait ainsi s’agir de la « maison commune » comme celle
37 S. Balcon-Berry, « L’enceinte réduite d’Autun », op. cit, étudiée par R. Guild à Aix ; Y. Esquieu, « De la “maison commu-
n. 16. ne” au cloître à galeries », Autour de nos cathédrales. Quartiers
38 M. C. Miller, The Bishop’s Palace. Architecture and Authority canoniaux du sillon rhodanien et du littoral méditerranéen,
in Medieval Italy, Cornell University Press, Ithaca et Londres, Paris, CNRS éditions, 1992, p. 152-154 ; Y. Esquieu, « Les bâti-
2000, chapitre 2. ments de la vie commune des chanoines », Les chanoines dans
39 C. Arlaud, J. Burnouf, Y. Esquieu, J.-F. Reynaud et M. Vialettes, la ville. Recherches sur la topographie des quartiers canoniaux
« Lyon », Les chanoines dans la ville. Recherches sur la topo- en France, J.-Ch. Picard dir., Paris, De Boccard, 1994, p. 41. Le
graphie des quartiers canoniaux en France, J.-Ch. Picard dir., même auteur pense que la « manécanterie » du groupe épiscopal
Paris, De Boccard, 1994, p. 271 ; voir aussi, dans le présent et canonial de Lyon pourrait avoir servi de « maison commune »
ouvrage, le texte de J.-F. Reynaud. au XIe siècle, pour ensuite devenir le réfectoire.
40 Ce phénomène d’enveloppement de l’enceinte est assez 44 N. DeÀou, J.-Ch. Picard et C. Sapin, « Autun », Les chanoi-
comparable à celui observé à Grenoble pour l’extension du pa- nes dans la ville. Recherches sur la topographie des quartiers
lais épiscopal à partir du XIIIe siècle ; F. Baucheron, F. Gabayet canoniaux en France, J.-Ch. Picard dir., Paris, De Boccard,
et A. de Montjoye, Autour du quartier épiscopal de Grenoble. 1994, p. 163-166.
Deux millénaires d’histoire, DARA, Lyon, 1998. Voir aussi 45 P. Riché, « Introduction », Charlemagne ou l’éveil de l’Europe,
l’article de A. de Montjoye dans le présent ouvrage. catalogue d’exposition, Ville d’Autun, Musée Rolin, 1999, p. 6.
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 57
XXX

XXX
OOO

OOO
I C
F
XXX

XXX
OOO

OOO
G
B
A J A C
E F G
?
D
XXX

XXX
OOO

OOO
D E
? ?

H H
X X

? ?
XXX

XXX
OOO

OOO
OOO OOO
XXX

XXX
OOO OOO
XXX XXX
XXX

XXX
OOO OOO
OOO

OOO
XXX XXX
XXX

XXX
OOO OOO
OOO

OOO
XXX XXX
XXX

XXX
OOO OOO
OOO

OOO
XXX XXX

XXX

XXX
OOO OOO
OOO

OOO
XXX XXX

OOO

OOO
XXX XXX

0 5 10 20 m 0 5 10 20 m

existant existant

restitué ÉTAT 05 restitué


VIe-VIIe siècles
ÉTAT 04 terres noires existantes canalisation

hypothétique sépultures
Ve-VIe siècles
silos - fosses

sol hypothétique II états antérieurs réutilisés

I états antérieurs réutilisés


XXX
OOO
XXX
OOO

G
A E
F ?
XXX
OOO

? D

H
X

?
XXX

C
OOO

B
OOO
XXX

OOO
XXX
XXX

OOO
OOO

XXX
XXX

OOO
OOO

XXX
XXX

OOO
OOO

XXX
XXX

OOO
OOO

XXX
OOO

XXX

0 5 10 20 m

existant
a priori pas de restitué
restitué
dans l'etat 06
ÉTAT 06
sols restitués
VIIe-VIIIe siècles
hypothétique

sépultures
Fig. 10. Les phases de transformation de la résidence épiscopale
d’Autun entre le Ve et le VIIIe siècle à partir des vestiges décou-
III états antérieurs réeutilisés

verts dans la zone orientale du futur cloître (X. d’Aire, W. Berry


et S. Balcon-Berry).
58 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

SUD NORD
1733 1732 1505 1729 1727 1723 1501 1500 1499 1498 1497 1496 1495 1493
1713
1502 1721 1734 1720 1494 1717 1716

363 NGF
1712
1726 1722 1715
1728 1724 1714

362 NGF

1504 1730

1735
361 NGF
1579
1466 1268
1751 1580 1503 1725 1711 1481 1719 1718

0 0,4 0,8 1,2 1,6 2 4m

1702 1703 1705 1466 1477 1710 1604


N

0 5m

Fig. 11. Elévation mérovingienne du mur à ouverture à orthostates (X. D’Aire, W. Berry et S. Balcon-Berry).

commune ». Ceci eut certainement des répercussions sur l’élévation mérovingienne qui comportait la porte aux or-
la résidence épiscopale qui amputée de sa zone occiden- thostates (¿g. 8, C). Dans un premier temps, cette galerie
tale fut redéployée vers l’est où les constructions s’inten- dotée en partie de banquettes remplit peut-être la fonction
si¿èrent comme l’a montré l’abbé Berthollet, avec selon de salle capitulaire, puisque nous n’avons aucune trace
lui un grand remaniement au XIe siècle 46. Dès avant cette d’un édi¿ce spéci¿que de ce type 48. Toutefois, l’existence
date, l’ancien portique notamment fut détruit pour faire de cette dernière est envisageable au milieu du IXe siècle,
place à des bâtiments alignés avec ceux adossés à l’en- époque de la construction d’un arc à joints rubanés dans le
ceinte réduite (¿g. 8, D, E et F). prolongement septentrional du mur du VIIe siècle. On peut
Dans la seconde moitié du IXe siècle, les évêques en effet conjecturer que cet élément particulièrement soi-
Jonas et Augier accordent aux chanoines des revenus plus gné ouvrait sur cette salle destinée à la tenue du chapitre et
confortables et font élever un cloître à galeries desservant remplaçait la porte mérovingienne murée. Immédiatement
divers bâtiments (dortoir, réfectoire, cuisines, cellier) ré- à l’est de cette supposée salle capitulaire, la présence d’un
vélés par l’archéologie (¿g. 8, B) 47. L’ancienne « maison mur isolant le domaine des chanoines de celui de l’évêque
commune » fait place à la galerie orientale remployant peut être envisagée, même si rien ne permet pour l’heure
de l’attester.
La mense canoniale constituée au plus tard en 920 signe
46 J. Berthollet, L’évêché d’Autun, op. cit., n. 7, p. 43. Le fait la complète indépendance des chanoines par rapport à l’évê-
que l’évêché ait accueilli trois conciles au XIe siècle pourrait
expliquer pourquoi cet auteur date de ce siècle une profonde
transformation de la bâtisse.
47 N. DeÀou, J.-Ch. Picard et C. Sapin, « Autun », op. cit., n. 44, 48 La galerie orientale a peut-être servi d’espace de réunion
p. 165 ; S. Balcon, W. Berry et C. Sapin, « Architecture and pour les assemblées capitulaires comme c’est le cas à Metz
Sculpture at Autun around the Millenium », The White Mantle of au XIIe siècle ; C. Sapin, « Le problème du cloître à galeries
Churches. Architecture, Liturgy, and Art around the Millennium, dans l’architecture canoniale », Les chanoines dans la ville.
N. Hiscock éd., (International Medieval Research 10 : Art and Recherches sur la topographie des quartiers canoniaux en
History Subseries 2), Brepols, Turnhout, 2003, p. 199-205. France, J.-Ch. Picard dir., Paris, De Boccard, 1994, p. 33.
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 59

que ; les chanoines peuvent alors battre monnaie. On sait Elle remplaça selon toute vraisemblance une aula plus
qu’au XIIe siècle ils ont sous leur juridiction la moitié orien- ancienne. Il faudrait entreprendre une étude plus appro-
tale de la ville haute - le Cloître - à l’exclusion de la rési- fondie pour s’assurer qu’il en est de même de la tour
dence épiscopale. Ils développent leurs maisons canoniales de Saint-Léger que Gauthier aurait, selon Berthollet,
formant un quartier autonome au sud du cloître et de l’évê- couronné de créneaux (¿g. 12) 53. Sur la question de
ché (¿g. 1). Si à la ¿n du XIe siècle les chanoines suivent la chronologie, il faut signaler que la fenêtre à linteau
toujours la règle les enjoignant à vivre en communauté, en évidé de trilobes, visible sur sa face orientale, remonte
utilisant par exemple le dortoir 49, la situation semble avoir certainement à la seconde moitié du XIIIe siècle et non
changé à la ¿n du XIIe siècle, époque du développement du à la ¿n du XIIe siècle comme l’af¿rme Berthollet 54.
quartier canonial cerné d’un mur destiné notamment à l’iso- Signe ostensible du pouvoir épiscopal profondément
ler de l’afÀux des ¿dèles se rendant à Saint-Lazare 50. ancré dans le paysage monumental, cette tour consti-
Plusieurs grands conciles tenus à Autun à la ¿n du XIe tuait un élément essentiel du palais aux côtés de la
et au début du XIIe siècle ont conduit l’abbé Berthollet chapelle et de la salle de l’Of¿cialité qui s’élevaient
à envisager l’existence au sein du palais épiscopal d’au immédiatement à l’ouest 55. Au XIIIe siècle, le domaine
moins une grande salle de réception liée aux appartements de l’évêque s’étend au sud-ouest où prend place une
de l’évêque qui se développeraient perpendiculairement à porte carrée également crénelée marquant l’entrée prin-
la tour de Saint-Léger, et des espaces pour l’accueil des cipale de l’évêché. De la même époque, on conserve
hôtes le long du rempart de l’Antiquité tardive plusieurs par ailleurs une magni¿que cave au sud-ouest de la tour
fois remanié (¿g. 4) 51. Pour l’heure, ces hypothèses ne de Saint-Léger (¿g. 12), outre les vestiges d’une fenê-
peuvent être véri¿ées. tre à remplages associés à un enduit à faux joints que
Berthollet attribue à une chapelle placée à l’est de la
-Les aménagements des XIIe-XIVe siècles salle de l’Of¿cialité, en partie haute 56.
Au XIVe siècle, voire avant, on détruisit le bâtiment
Les phases des XIIe-XVe siècles de la demeure épisco- épiscopal élevé contre la tour nord rectangulaire fondée
pale qui s’étendait alors entre le cloître, la cathédrale Saint- entre le VIIe et le IXe siècle pour faire place à une passerel-
Nazaire et l’enceinte réduite, ont été étudiées il y a plus de le permettant le passage direct entre la demeure de l’évê-
60 ans par l’abbé Berthollet à la faveur d’une restauration que et la cathédrale dont le chevet en partie reconstruit
du bâtiment. Bien qu’on doive à cet érudit des observations
souvent très pertinentes, une nouvelle lecture de l’édi¿ce
prenant appui sur les méthodes de l’archéologie du bâti
avec plan détaillé et relevés de certaines maçonneries p. 53. Des relevés du XIXe siècle conservés au Musée Rolin
montrent le petit appareil soigné de ce bâtiment ; Musée Rolin,
serait à même de démêler l’écheveau d’une construction dépôt des Monuments Historiques, fonds du bureau de chantier,
constamment remaniée. En effet, face aux chanoines de série L, n° 1, Évêché. Sur ces documents, voir B. Serexhe, « La
plus en plus puissants à partir du Xe siècle, l’évêque tend mémoire de la cathédrale d’Autun. Une documentation com-
à se retrancher dans son domaine. Il cherche à asseoir son plète sur les travaux de restauration déposée au Musée Rolin »,
autorité en faisant profondément modi¿er sa résidence. Mémoires de la Société Eduenne, tome LV, fasc. 1, 1987-1990,
p. 35-36. B. Serexhe a réalisé l’inventaire de cette inestimable
Berthollet attribue à l’évêque Gauthier (1189-1223) de documentation qui concerne les travaux exécutés non seule-
nombreuses transformations constituant aujourd’hui en- ment à la cathédrale entre 1840 et 1910, mais aussi à l’évêché.
core l’ossature du palais épiscopal, après leur intégration 53 La tour nord rectangulaire, bâtie aux VIIe-IXe siècles, est
dans les réaménagements des XVIIe-XVIIIe siècles. La peut-être aussi surélevée au XIIIe siècle comme semble l’at-
salle de l’Of¿cialité, avec sa porte en plein cintre surmon- tester les reprises observées au sommet de sa face occidentale
tée d’un larmier et le petit appareil soigné caractérisant (¿g. 13) ainsi que la vue de Pierre Saint-Julien-de-Balleure
(¿g. 2). Sur ce document, elle semble légèrement plus petite
ses maçonneries relève probablement de son épiscopat 52. que celle de Saint-Léger.
54 Elle ressemble fortement aux fenêtres du milieu et de la
¿n du XIIIe siècle des maisons de Cluny ; P. Garrigou-Grand-
49 N. DeÀou, J.-Ch. Picard et C. Sapin, « Autun », op. cit., n. 44, champ, M. Jones, G. Meirion-Jones et J.-D. Salvèque, La ville
p. 166. de Cluny et ses maisons, XI e-XV e siècles, Paris, 1977, notam-
50 N. DeÀou, J.-Ch. Picard et C. Sapin, « Autun », op. cit., n. 44, ment ¿g. 222 et 223 p. 205.
p. 166-168. Sur ce quartier canonial, son mur d’enceinte et sa 55 T. Crépin-Leblond, « Les palais épiscopaux en France du
porte, voir aussi A. Béguin, Espace urbain et habitat dans Nord », Palais médiévaux, (France-Belgique), 25 ans d’ar-
la ville haute d’Autun (vers 1400-1550), Thèse de doctorat, chéologie, A. Renoux (dir.), Publications de l’Université du
Université Paris-Sorbonne (Paris IV), 2009, vol.1, p. 71, vol. Maine, Le Mans, 1994, p. 118. Sur cet aspect, voir aussi dans
II, ill. 95 et vol. IV, Inv. 105, ¿g. 29 à 31. le présent ouvrage le texte d’Yves Esquieu sur Viviers.
51 J. Berthollet, L’évêché d’Autun, op. cit., n. 7, p. 46-48. 56 J. Berthollet, L’évêché d’Autun, op. cit., n. 7, p. 61, commen-
52 Le plus ancien of¿cial connu à Autun est cité dans une tant une photographie de Charles Boëll. Voir le fonds Boëll,
charte de 1224. Cette charge aurait cependant été instituée un Bibliothèque de la Société Eduenne, série M. 53, L’ancien pa-
peu auparavant ; J. Berthollet, L’évêché d’Autun, op. cit., n. 7, lais épiscopal d’Autun, pour le cliché original.
60 SYLVIE BALCON-BERRY ET WALTER BERRY

Elévation occidentale
de la tour nord
(Haut Moyen Age)

Tour de Saint-Léger
Tour nord

Fig. 12. Plan des caves et photographies de l’évêché par Charles Boëll (Bibliothèque municipale d’Autun, G 31 ;
cl. S. Balcon-Berry et W. Berry).
AUTUN : DE LA DOMUS ECCLESIAE AU PALAIS ÉPISCOPAL 61

Nord Sud

Larmier

364.45 NGF 364.45 NGF

Porte gothique
Porte du haut Moyen Age

0 10 20 30 40 50 100m

0 1m

Fig. 13. Elévation occidentale de la tour nord de l’évêché (DAO S. Balcon-Berry).


62

empiétait fortement sur le jardin de l’évêché. Cette passe- profondément d’aspect au cours du IVe siècle, indice pro-
relle visible sur la vue de Saint-Julien-de-Balleure de 1581 bable d’une nouvelle fonction, sa transformation en do-
(¿g. 2), est mentionnée dans une charte de 1348, car elle mus ecclesiae. De manière assez exceptionnelle, il a été
fait l’objet d’un conÀit entre l’évêque et les chanoines 57. possible de suivre l’évolution de cette demeure et son
La chapelle aménagée à l’est de la salle de l’Of¿cialité, déploiement vers l’est, sur le site de l’actuelle résidence
aurait également été modi¿ée comme semble l’attester épiscopale. Une continuité entre les phases les plus an-
une porte surmontée d’un arc brisé conservée au nord de ciennes et des aménagements plus récents a pu être mise
la tour de Saint-Léger. Ces éléments des XIIIe-XIVe siè- en évidence, ainsi que la concession par l’évêque de l’aile
cles témoigneraient de la volonté de l’évêque de lancer occidentale de l’ancienne domus ecclesiae pour la créa-
un grand programme de reconstruction contemporain de tion, dès la ¿n du VIIIe siècle ou le début du IXe siècle,
la réfection de la cathédrale Saint-Nazaire. Les reprises du premier bâtiment destiné à abriter la vie commune des
des XVIIe et XVIIIe siècles ont profondément modi¿é chanoines. En découle la nette séparation entre leur do-
l’aspect de cette demeure épiscopale, lui donnant un sem- maine et celui de l’évêque, clairement matérialisée sur le
blant d’unité, surtout en ce qui concerne l’aile nord-est plan monumental.
(¿g. 12) 58. Au vu de ces résultats, il serait intéressant de fouiller
l’ancienne cathédrale Saint-Nazaire pour mieux saisir
CONCLUSION l’articulation entre ses phases les plus anciennes et la do-
mus ecclesiae des origines, mais également de poursuivre
À Autun, la mention au VIIe siècle d’une ecclesiae do- l’exploration de la zone orientale du cloître où d’autres
mus au sein du complexe cathédral a donc récemment pris vestiges fort anciens doivent être conservés, ceci dans le
corps grâce à l’archéologie. L’étude de la zone orientale cadre d’un aménagement du site qu’on espère prochain.
du cloître des chanoines aménagé au IXe siècle, ainsi que Parallèlement, une étude plus approfondie du palais épis-
des observations ponctuelles, anciennes et récentes, me- copal permettrait de préciser l’enchaînement des nom-
nées à l’emplacement de l’évêché situé immédiatement à breuses reprises qui affectèrent le bâtiment à partir du
l’est, ont montré qu’une vaste bâtisse préexistante change XIIe siècle.

57 Archives départementales de Saône-et-Loire, 2G 368, accord


entre l’évêque et le chapitre au sujet d’une porte conduisant de
l’évêché à l’église Saint-Nazaire.
58 À cette occasion, les niveaux archéologiques ont été forte-
ment perturbés, entraînant des hiatus dans la chronologie rela-
tive comme on a pu le noter lors de la récente surveillance de la
réfection des réseaux de canalisation ; Y. Labaune, A. Tisserand
avec la coll. de S. Balcon, Jardins de l’évêché. op. cit., n. 14.
63

ALAIN DE MONTJOYE
Conservateur du patrimoine
Service du Patrimoine culturel de l’Isère

GRENOBLE : FROM THE FIRST CATHEDRAL COMPLEX


TO THE EPISCOPAL RESIDENCE (IVth-XIIIth CENTURIES)

The episcopal complex of Grenoble, partially revealed by the excavations between 1989 and 1996, was
founded most likely in the ¿nal quarter of the IVth century, in the interior of the city wall (late IIIrd century)
and built against one of the monumental gates opening through it. Thus public and religious authority were
closely involved and interwoven right from the start in the architectural setting. If it is possible to sketch out
the organization of the ¿rst cathedral group at Grenoble and to trace some aspects of its evolution, one must
renounce any attempt to represent what was the residential component and focus of ceremonial display: the
domus ecclesiae.

Between the period of abandonment and destruction of the buildings of Late Antiquity and the Early Middle
Ages about the year 1000 and the beginning of the XIIIth century, epoch of the rebuilding of the churches of the
cathedral group and the bishop’s palace--such as they are in great part preserved today or archaeology makes
possible to reconstruct--nothing is known of the episcopal residence. However, one is led to suppose the pres-
ence of a place of communal life for the bishop and canons of the chapter to the south of the present cathedral
where, as of the second half of the XIIth century, there existed a canonical cloister.

GRENOBLE : DU PREMIER COMPLEXE CATHÉDRAL


À LA RÉSIDENCE ÉPISCOPALE (IVe-XIIIe SIÈCLES)

Les fouilles conduites sur le site du complexe cathé- Baucheron et moi-même, je devrai me borner à un résumé
dral de Grenoble se sont achevées il y a près d’une quin- synthétique des données publiées, centré sur la problémati-
zaine d’années et leurs résultats ont été publiés dès 19981. que qui nous réunit aujourd’hui et assorti de quelques com-
Depuis, nulle nouvelle découverte n’est venue compléter mentaires dont j’espère qu’ils ne trahiront pas la pensée des
le dossier des données ainsi réunies. principaux inventeurs du site. Au surplus, n’ayant pas accès
À l’époque, deux équipes se sont activées sur le site. C’est aux archives de la fouille de l’AFAN, la documentation dont
à celle, dépendant pour lors de l’AFAN, dirigée par François j’illustrerai mon propos sera, pour une part disproportion-
Baucheron2, qu’il revient d’avoir découvert et étudié la plus née, issue des fouilles que j’ai moi-même conduites, dans
grande part des vestiges intéressant la Basse Antiquité et la les seules limites de l’ancien palais épiscopal (propriété du
première période chrétienne. À défaut de la présentation Département de l’Isère) et dans quelques espaces exigus
que nous avions espéré pouvoir faire en commun, François ayant permis l’accès aux dépôts de l’Antiquité tardive.
Grenoble, primitivement Cularo, fut une aggloméra-
tion suf¿samment importante dans l’Antiquité pour être
pourvue, à la ¿n du IIIe siècle, d’une puissante enceinte
1 F. Baucheron, F. Gabayet, A. de Montjoye – Autour du groupe enserrant une super¿cie d’environ 9 ha. La critique la plus
épiscopal de Grenoble ; deux millénaires d’histoire (Documents
d’Archéologie en Rhône-Alpes, n° 16), Lyon, Ministère de la récente3 voit dans cet ouvrage, qui reçut la double dédi-
Culture, D.R.A.C., 1998
2 Aujourd’hui responsable d’opérations au sein de l’INRAP,
François Baucheron n’a pu, en raison de trop lourdes charges 3 B. Rémi, avec la collaboration de J.-P. Jospin – Grenoble à
de travail et d’une invitation à lui parvenue trop tardivement, se l’époque gallo-romaine, d’après les inscriptions (La Pierre et
rendre à cette rencontre. l’Ecrit), PUG, musée Dauphinois, 2002, p. 33.
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 63-71.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101289
64 ALAIN DE MONTJOYE

cace impériale de Maximien et Dioclétien (285-293), une poterne qui, dès l’origine, Àanquait à l’est le passage prin-
preuve de l’érection de Cularo, dès cette époque, au rang cipal de la porte Viennoise, a été annexé pour ménager
de chef-lieu de cité. Mais c’est au temps de l’empereur une entrée directe dans les deux bâtiments. La question
Gratien, qui prit la ville sous sa protection et lui donna son se pose, dès lors de l’autorité – civile ou religieuse – qui a
nom – Gratianopolis –, qu’apparaît pour la première fois pris l’initiative de cette annexion d’une partie de l’espace
un évêque, Domnin, présent au concile réuni à Aquilée en public. Dans leurs états successifs, les sols de ces deux
381. Il est fortement probable que ce personnage, comme premiers bâtiments, construits sur radiers de petits moel-
l’indiquent d’ailleurs toutes les listes épiscopales médié- lons posés sur chant, sont revêtus de mortier de tuileau.
vales, fut le premier titulaire du siège grenoblois : le conci- La construction du baptistère a entraîné un agrandis-
le de Valence, où siégèrent en 374 une vingtaine de prélats sement du bâtiment ouest, au milieu duquel il s’insère,
du sud-est de la Gaule, ne fait pas mention de Grenoble. dont la façade orientale est déplacée de deux mètres. Dans
À l’encontre d’une historiographie trompeuse remon- cette nouvelle con¿guration, les accès aux bâtiments de-
tant au Moyen Âge4, et ce, dès avant les fouilles commen- puis le débouché de la poterne sont obturés. C’est donc,
cées en 1989, la plupart des auteurs s’entendaient déjà pour à rebours de ce à quoi l’on se serait attendu, alors que la
considérer que l’actuelle cathédrale occupe un emplace- vocation spéci¿quement chrétienne de l’ensemble est avé-
ment qui dès l’origine était le sien, dans un coude pronon- rée, qu’est rétabli un cheminement au statut peu douteux
cé du rempart antique et à immédiate proximité d’une des de voie publique (¿g. 1, B).
deux portes monumentales qui s’y ouvraient, la porte dite L’ensemble monumental qui, avec des agrandissements
Viennoise. La morphologie de l’ensemble monumental qui transformations, embellissements, adaptations à l’évolu-
nous est parvenu, caractérisé par la juxtaposition de deux tion des pratiques rituelles, s’est apparemment maintenu
églises5, Notre-Dame (actuelle cathédrale) et Saint-Hugues pendant tout le haut Moyen Âge, peut, dans certaines de
(primitivement Saint-Vincent, abritant la fonction parois- ses grandes lignes, être restitué (¿g. 2) : une grande cour
siale depuis le XIIIe siècle au moins), a même conduit à pavée, fermée sur ses trois côtés nord, ouest et sud par
supposer l’existence d’un premier complexe chrétien, du des bâtiments bordés de portiques. L’aile qui limite à
type « cathédrale double » selon la dé¿nition jadis proposée l’ouest cette cour ou atrium est tout entière occupée par
par Jean Hubert. L’antiquité du site a été pleinement con¿r- le baptistère et ses annexes, placées de part et d’autre et
mée, après quelques semaines de fouille, par la découverte, communicant avec celui-ci au moyen de larges portes.
en avant de la façade de l’actuelle cathédrale, d’un baptis- Le baptistère lui-même, probablement dans le courant du
tère des premiers temps chrétiens. VIe siècle, a pris une forme tétraconque. L’aile sud suppo-
Datable des toutes dernières années du IVe siècle ou, sée, hors emprise des fouilles, est proposée en symétrie
plus probablement, du début du Ve, ce baptistère n’est pas de celle du nord. L’atrium fermé ainsi composé précédait
le plus ancien bâtiment de l’ensemble monumental partiel- deux églises, pour l’emplacement, la forme et les dimen-
lement apparu dans l’emprise des fouilles. Dans son état sions approximatives desquelles plusieurs observations
premier (¿g. 1, A), cet ensemble se présente sous la forme ponctuelles ont été mises à pro¿t. Le caractère plausible
de deux bâtiments oblongs disposés en L, l’un adossé à la de cette restitution n’est pas contredit par la comparaison
courtine antique, l’autre en bordure de la voie dont la porte avec ce que l’on connaît des groupes épiscopaux voisins
Viennoise commandait l’accès. La question se pose tou- de Lyon et de Genève.
jours de savoir si ces bâtiments appartiennent dès l’origine Tenter de placer dans la composition monumentale que
à un ensemble ecclésial, leur datation par le mobilier as- nous venons d’évoquer les fonctions d’apparat, de rési-
socié inclinant plutôt vers le milieu du IVe siècle que vers dence, d’administration, d’accueil, d’usages domestiques
la ¿n de celui-ci. Au cours de cette première période, qui qui sont celles de la domus ecclesiae, étroitement liées aux
précède la construction du baptistère, les deux bâtiments édi¿ces du culte, nous paraît on ne peut plus hasardeux.
connaissent même quelques modi¿cations : le bâtiment Les deux ailes nord et sud, si elles avaient les mêmes di-
adossé au rempart, de plan trapézoïdal du fait d’une orien- mensions – environ 25 m de longueur sur un peu moins de
tation de son mur de façade sensiblement divergente de 5 m de largeur – paraissent médiocrement adaptées à l’ac-
celle du rempart, voit son plan ramené à une forme stric- cueil d’un tel programme. Sans exclure qu’elles aient pu
tement rectangulaire par la construction d’un mur nord en assumer une part, observons qu’avec les sols de mortier
qui génère un réduit exigu entre bâtiment et courtine ; des de tuileau, certes convenablement réalisés, tels qu’ils ap-
aménagements intérieurs sont réalisés dans l’autre. Il est paraissent bien conservés dans l’aile nord (¿g. 3), on est
à noter qu’au cours de cette période le passage piéton ou bien éloigné du pavement mosaïqué de la salle de récep-
tion identi¿ée à Genève.
À une période du haut Moyen Âge que l’étude archéolo-
4 Nous en avons donné un résumé dans : F. Baucheron, A. de gique n’a pas permis de préciser, l’ensemble bâti à l’ouest
Montjoye – Le groupe cathédral de Grenoble (Isère) : essai de des églises connaît une série de transformations qui témoi-
restitution, in Antiquité Tardive, 4, (1996), p. 95-100. gnent d’une complète désorganisation des espaces et d’un
5 Un cas tout à fait comparable est celui d’Aix-en-Provence. abandon progressif à la ruine. En¿n, sur l’emplacement du
GRENOBLE : DU PREMIER COMPLEXE CATHÉDRAL À LA RÉSIDENCE ÉPISCOPALE (IVe-XIIIe SIÈCLES) 65

Fig. 1. Bâtiments de l’Antiquité tardive ; A : IVe siècle, phases 1 et 2 ; B : début du Ve siècle (DAO P.-Y. Carron d’après L. Pingrieux).
66 ALAIN DE MONTJOYE

Fig. 2. Le groupe épiscopal du haut Moyen Âge ; essai de restitution


(DAO P.-Y. Carron d’après L. Pingrieux).

Fig. 3. États successifs des sols de mortier de tuileau du bâtiment 2, IVe siècle (Cliché de l’auteur).
GRENOBLE : DU PREMIER COMPLEXE CATHÉDRAL À LA RÉSIDENCE ÉPISCOPALE (IVe-XIIIe SIÈCLES) 67

baptistère disparu, viennent s’installer, dans le courant du


XIe siècle (si l’on en juge par la typologie des coffres), les
premières tombes d’un cimetière paroissial qui restera en
fonction jusqu’à la ¿n du XVIIe siècle.
Entre l’abandon des premières constructions chrétien-
nes et les réalisations du Moyen Âge classique, il existe
un hiatus dans la documentation fournie par l’archéologie.
C’est vers les années 1140, probablement, qu’ont été en-
tièrement reconstruites les églises (des vestiges substan-
tiels de cette période subsistent en élévation dans les deux
actuels édi¿ces), mais c’est le XIIIe siècle qui a donné à
l’ensemble cathédral l’essentiel de la physionomie qu’il a
gardée jusqu’à la ¿n de l’Ancien Régime (¿g. 4). L’aspect
que l’on connaît aujourd’hui est celui qu’ont apporté de
lourdes transformations à la ¿n du XIXe siècle, transfor-
mations qui avaient été précédées d’autres, non moins ra-
dicales, au début du même siècle.
C’est seulement, en effet, en 1803 que furent abattues
l’antique porte Viennoise et, avec elle, une masse considé-
rable de bâtiments qui s’y appuyait. Les quelques données
qui ont pu être réunies concernant ces bâtiments disparus
tendent à montrer que pour une part au moins, ceux-ci ont
été mis en place dès le XIIIe siècle. Fig. 4. L’ensemble cathédral à la ¿n de l’Ancien Régime ;
C’est le cas, notamment, de ceux qui étaient adossés à la plan conservé aux Archives Départementales de l’Isère, 1Fi 970
face interne du rempart antique. Détruits ou profondément (Cliché AD 38, numérisation D. Vinçon).
transformés dans les années 1675-1680, ils sont connus
surtout grâce au relevé qu’en ¿t, en 1673-1674, le peintre
grenoblois Toussaint Largeot pour servir à l’instruction
d’un procès intenté par l’évêque. Il s’agit d’un plan assorti
de dessins de façades lesquels, pour l’un de ces corps de
bâtiments (¿g. 5, bât. E 6), montrent, au 2e étage des élé-
vations ouest et sud, des baies géminées bien typées qu’il
serait déraisonnable de dater après la ¿n du XIIIe siècle
(Fig. 6). Quoique leurs emplacements aient été épargnés
par le creusement des fosses d’inhumation (la limite ouest
du cimetière paraît avoir toujours été à bonne distance du
rempart antique), les fouilles n’ont rien retrouvé de ces
bâtiments du XIIIe siècle.
Elles ont, en revanche, mis en évidence des dépôts
datables du XIIe siècle. Les plus anciens montraient les
traces laissées par des installations artisanales, observées
disséminées sur une large surface, tant sous les bâtiments
de l’ancien évêché que sous la place Notre-Dame (¿g. 8).
Il s’agit de petites fosses d’interprétation incertaine (d,
e, g, h, i, j), au fond durci, paraissant avoir subi l’action
du feu et comme imprégné d’oxyde métallique (¿g. 7), et
d’un système d’alandier, témoin probable de la fabrication
d’une cloche (¿g. 8, k). Nulle trace de bâtiment, nul effet
de sol : ces installations métallurgiques ont, de toute évi-
dence, fonctionné à ciel ouvert.
Il n’en va plus de même, un peu plus tard dans le
XIIe siècle, puisqu’au même endroit plusieurs recharges
portent deux niveaux successifs de sols de terre battue, à la
surface lisse et noircie, qui postulent l’existence d’un es- Fig. 5. L’ensemble cathédral vers la ¿n du XIIIe siècle ; essai de
pace couvert. Ces sols, traversés de fosses, semés de plu- restitution (DAO P.-Y. Carron d’après L. Pingrieux).
68 ALAIN DE MONTJOYE

Fig. 6. Les élévations ouest et sud du bâtiment E6, dessinées en 1673 par Toussaint Largeot (Cliché Y. Bobin, numérisation D. Vinçon).

Fig. 7. Vestige d’installation artisanale, v. 1100 (Cliché de l’auteur).

Fig. 8. Installations artisanales à l’ouest des églises, v. 1100 ;


plan (DAO P.-Y. Carron d’après L. Pingrieux).
GRENOBLE : DU PREMIER COMPLEXE CATHÉDRAL À LA RÉSIDENCE ÉPISCOPALE (IVe-XIIIe SIÈCLES) 69

Fig. 9. L’aile nord du palais épiscopal, essai de restitution ; A : début du XIIIe siècle, B : ¿n du XIIIe siècle (DAO P.-Y. Carron d’après
L. Pingrieux).
70 ALAIN DE MONTJOYE

sieurs foyers, traduisent une occupation spéci¿quement A


domestique. Malheureusement, en l’absence de vestiges
de murs, on ne sait rien de la forme et des dimensions du
bâtiment, assez grand, qui abritait celle-ci. Tout au plus,
peut-on noter que rien n’en a été retrouvé dans l’espace
fouillé sous la place Notre-Dame. Maigre butin pour tenter
de se représenter la résidence épiscopale du XIIe siècle.
Pour les parties situées à l’extérieur de l’enceinte an-
tique, exception faite de celles détruites au début du
XIXe siècle, le palais épiscopal du XIIIe siècle nous est
désormais assez bien connu (¿g. 9). C’est dans la pre-
mière décennie probablement, au plus tard dans la se-
conde, qu’une aile de ce palais est bâtie en appui contre
la face externe du rempart gallo-romain, parallèlement à
l’église Saint-Hugues. L’examen archéologique des éléva-
tions conservées a montré que ce bâtiment et la recons-
truction en grande partie de l’église Saint-Hugues ont été
réalisés simultanément. Seule la fouille pouvait démon- B
trer si le franchissement du vieux mur est une innovation
du XIIIe siècle ou, au contraire, s’il y avait eu des précé-
dents.
Il est apparu que le fossé antique, qui longeait à peu de
distance le rempart, n’a été achevé de combler que vers
les années 1100. Sur le remblai, les premiers aménage-
ments prirent la forme d’un petit bâtiment fait de parois
légères sur poutres sablières, de 8,50 m de longueur et
5 m de largeur, prolongé par un auvent et précédé d’un
petit fossé dont la fonction était probablement de drainer
le terrain (¿g. 10). Un foyer à même le sol de terre bat-
tue, que n’accompagnait aucun système d’évacuation des
fumées, occupait le centre de la pièce principale. Rien
qui évoque la demeure du personnage le plus important Fig. 10. Un bâtiment sur poutres sablières ; A : relevé en plan ;
de la cité ! D’autres installations d’un genre comparable, B : proposition de restitution (dessins de P.-Y. Carron, d’après
plus sommaires encore, dépendances domestiques plus L. Pingrieux pour le plan).
qu’habitations proprement dites, ont succédé à ce pre-
mier bâtiment, avant que, plus à l’est, ne s’élève une ché-
tive construction sur solins maçonnés, au sol de mortier
de tuileau, qui semble pouvoir être datée du tout début du
XIIIe siècle (¿g. 11).
La preuve est donc faite qu’avant le XIIIe siècle, l’en-
semble des bâtiments composant le complexe cathédral
était tout entier contenu dans les limites imposées par l’en-
ceinte du IIIe siècle. Ce constat fait, il faut bien admettre
que la localisation de la première domus ecclesiae, non
plus que celle de la résidence épiscopale du XIIe siècle ne
peuvent être données aujourd’hui avec la moindre assu-
rance. Notre sentiment est qu’elles pourraient avoir trouvé
place plutôt au sud de l’ensemble où, dès le XIIe siècle au
moins, a dû exister un cloître des chanoines6 (¿g. 12). Aux
temps les plus anciens, les évêques et le clergé attaché à la
desserte des églises cathédrales ont certainement partagé

6 Reconstruit au XIIIe siècle, en même temps que la cathédra-


le, ce cloître a perduré, non sans transformations, jusqu’à la Fig. 11. Un bâtiment au sol de mortier de tuileau, v. 1200 (DAO
Révolution. P.-Y. Carron d’après L. Pingrieux).
GRENOBLE : DU PREMIER COMPLEXE CATHÉDRAL À LA RÉSIDENCE ÉPISCOPALE (IVe-XIIIe SIÈCLES) 71

Fig. 12. L’ensemble des bâtiments du complexe cathédral dans leur environnement urbain, à la ¿n de l’Ancien Régime. Archives Dé-
partementales de l’Isère, 1Fi 252 (Cliché AD 38, numérisation D. Vinçon) En hachures est indiquée l’aire probable d’extension vers le
sud de la primitive domus ecclesiae.

les mêmes espaces dont une grande partie devait s’étendre


au sud. C’est probablement pour mettre ¿n à une cohabi-
tation, dont on connaît bien les conÀits qu’elle a générés
dans la plupart des quartiers épiscopaux, et a¿n de donner
une ampleur et un éclat jamais vus à son palais, qu’un évê-
que, au début du XIIIe siècle, s’est résolu à sauter le mur.
Je terminerai par une observation : fait très remarquable
dans la recomposition du XIIIe siècle, des liens étroits ont
été prévus dès l’origine entre l’église Saint-Hugues rebâ-
tie et la nouvelle aile de la résidence épiscopale, certains
volumes s’imbriquant, créant ainsi des liaisons visuelles,
sonores et surtout spatiales, au moyen de cheminements
ingénieusement conçus dans les volumes du 1er étage
(¿g. 13). À défaut de continuité topographique, ces dis-
positifs témoignent probablement de continuités d’usages
et de fonctions.

Fig. 13. Imbrications et liaisons de l’aile nord du palais épiscopal


et de l’église Saint-Hugues (dessin de P.-Y. Carron).
73

Brigitte BOISSAVIT-CAMUS
Université Paris-Ouest, Nanterre la Défense, UMR 7041-THEMAM

THE DOMUS ECCLESIAE OF POITIERS


The domus ecclesiae of Poitiers is mentioned by Gregory of Tours at the end of the VIth century. If the writ-
ten sources offer some evidence concerning the clerical community surrounding the bishop before the institu-
tion of the canonical chapter in the course of the IXth century, these say nothing concerning the location and
organization of the architectural setting. Excavations carried out since the 1980s and research undertaken as
part of a doctoral dissertation relating to the episcopal quarter enabled us to return to this question.
The situation of the domus ecclesiae is not known for Late Antiquity, even if several hypotheses can be en-
visioned. It can, on the other hand, be re-established for the Merovingian and Carolingian periods northwest
of the baptistery of Saint-Jean close to the early cathedral.
On the Espace Pierre Mendès France site, three buildings succeeded effectively one another more-or-less in
the same location, their existence encroaching gradually on the neighboring Late Antique urban fabric (streets
and dwellings) until coming to constitute an important sector that will remain in episcopal hands until the end
of the XVIIIth century.
The surface occupied by these three buildings increased over time, passing from a minimum of 60m2 (build-
ing 1, datable of the VIth century) to more than 124m2 (building 2, undoubtedly built in VIIth century) to exceed
¿nally 264m2 (building 3, erected at the earliest in the course of the VIIIth century). The plans also became
progressively more complex. The ¿rst building presents only a simple rectangular chamber still oriented like
the surrounding earlier Antique buildings. The two others, now oriented like the cathedral and the baptistery,
associated a large chamber with various annexes, the presence of probable staircases indicating that they led
to an upper level. The large room of the ¿nal ensemble was covered with a mortar Àoor of great quality.
Faunal analysis of ¿nds from an area of culinary preparation associated with the second building, with
hearths, an oven and smoke rooms, discloses a nutritional regime close to that of the elites, but with an impor-
tant consumption of poultry that evokes the religious environment.
The Carolingian building was demolished during the course of the XIIth century, and the palace was after-
wards established south of the present cathedral, where it remained until the Revolution. This new site could be
due to a displacement carried out in order to bring the episcopal residence closer to the cathedral, which had
been rebuilt during the XIth century, undoubtedly on the site of the nave of the Gothic cathedral. This transfer
could be the work of Gilbert of Porrée, if one interprets in this sense certain passages in the necrologies writ-
ten at his death in 1154, where it is mentioned that the bishop built for his successors an admirable residence
surrounded by high walls.
The archaeological and architectural vestiges make it possible to establish a close connection between the
domus ecclesiae and the cathedral from the beginning of the Early Middle Ages and to reconstruct a disposi-
tion of spaces different from that of the dwellings of Late Antiquity. The buildings were placed away from the
principal street, but appear largely open toward the early cathedral and the open area that preceded it at the
west. From the XIIth century, this no longer seems to be the case because the rooms of the palace were ar-
ranged around a courtyard and enclosed by walls.
Separation of the bishop and his clergy could have accompanied the formation of the episcopal chapter, for in the
texts, the canonica appears well individualized between the Xth century and the middle of the XIIth; some archaeo-
logical evidnece, like the construction of a large wall east of the Carolingian building (building 3) could be related
to this, but the indices still remain very thin, and this question will have to be enlarged by further research.
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 73-87.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101290
75

LA DOMUS ECCLESIAE DE POITIERS

Lorsqu’advint la Révolution française, le palais épiscopal


de Poitiers, reconstruit en 1712-1713, était situé au nord d’un
vaste îlot, qui s’étendait au sud de la cathédrale, sur 4 600 m2
environ. L’enclos était limité à l’ouest par la rue Paschal-le-
Coq et à l’est par l’impasse Saint-Jean où donnaient l’église
paroissiale Saint-Hilaire-entre-Eglises, le prieuré Saint-
Martin et l’ancien baptistère Saint-Jean, distant de la cathé-
drale gothique d’une centaine de mètres (¿g. 1).
Au XIXe siècle, l’îlot connut plusieurs affectations
publiques et fut amputé par le percement de la rue Jean-
Jaurès. Depuis 1986, des fouilles préventives et de nou-
velles recherches sur le baptistère Saint-Jean ont renou-
velé la documentation archéologique ; elles ont permis de
reprendre l’étude du groupe épiscopal et d’en restituer les
principales transformations1. C’est dans ce cadre que le
dossier de la domus ecclesiae a été revu.
Outre l’hétérogénéité des sources et l’éclatement des
lieux documentés, classiques en archéologie urbaine,
l’absence claire de dé¿nition sur ce qu’est une domus
ecclesiae est un obstacle supplémentaire. Car quelles
composantes intégrer ? Comment distinguer et localiser
des institutions qui ont évolué au cours des siècles, dans
des bâtiments maintes fois remaniés ? On délaissera ici la
présentation de la cathédrale, du baptistère et de l’enclos
canonial situé, à partir du XIIe siècle, au nord du chœur
de la cathédrale.
Fig. 1. Le groupe épiscopal de Poitiers, 1154-XVIIe siècle
(B. Boissavit-Camus 2001, ¿g. 218).
LES SOURCES TEXTUELLES

Le clergé Le clergé épiscopal (IVe-VIIIe siècles)2

Dans le cours du IXe siècle, le chapitre devint une Au temps d’Hilaire (350/352 - 367/368), Martin refusa
institution propre, prenant la suite du clergé qui entou- la charge de diacre proposée par Hilaire, lui préférant celle
rait l’évêque et administrait le diocèse. Aussi distingue- d’exorciste3. Un clergé devait donc exister, même si on
rai-je une première période, entre les IVe et VIIIe siècles, n’en connaît ni l’ampleur ni l’organisation. Si l’existence
pendant laquelle l’organisation du clergé épiscopal nous d’un ou de plusieurs lieux servant à l’administration et à
échappe en grande partie, d’une seconde, entre les IXe et
XIIe siècles, où le chapitre est attesté.

2 B. Boissavit-Camus 2001, p. 276-280.


1 B. Boissavit-Camus 2001. 3 Sulpice Sévère, Vita S. Martini, 5, 2.
76 BRIGITTE BOISSAVIT-CAMUS

l’accueil des ¿dèles est probable, cela n’implique pas pour les années 1150-1160, lors de la construction du chœur de
autant une vie commune des clercs, avec des bâtiments qui la cathédrale gothique9.
leur soient réservés. Cela n’implique pas non plus que ces
divers bâtiments étaient situés là où résidait l’évêque ni Emplacements de la domus ecclesiae
qu’ils se distinguaient de l’architecture civile.
Aux VIe et VIIe siècles, on perçoit un clergé hiérar- L’expression domus ecclesiae se trouve pour la premiè-
chisé. Fortunat fut ainsi d’abord diacre, puis prêtre de la re fois dans Grégoire de Tours, à propos d’un incendie sur-
cathédrale, soumis à l’autorité de l’évêque Marovée, avant venu dans une maison mitoyenne en 591, sous l’épiscopat
d’accéder lui-même à l’épiscopat vers 600. Citons encore de Platon10. Le bâtiment n’était donc pas isolé, à moins
Léger qui, au VIIe siècle, devint, sous l’épiscopat de son qu’il ne s’agisse d’une invention de l’auteur pour exalter
oncle Didon (av. 629-ap. 669), archidiacre de la cathé- saint Martin : l’évêque arrête l’incendie en exhibant un re-
drale, avant de devenir abbé de Saint-Maixent puis évê- liquaire contenant de la poussière du tombeau de Martin.
que d’Autun. On ne sait pas dans quelle mesure les clercs Jusqu’en 1111, année où un règlement aurait été conclu
formaient déjà une communauté, et les textes n’apportent in camera episcopalis11, les textes ne mentionnent plus la
aucun indice sur l’organisation des lieux. résidence épiscopale.
Les principales informations sont ensuite tirées des né-
Le chapitre canonial (IXe-XVIIIe siècles)4 crologes et épitaphes de Gilbert de la Porrée (1142-1154),
rédigées en particulier par le doyen Laurent : le prélat a
Au IXe siècle, le chapitre qui existait peut-être dès 848, agrandi et reconstruit les bâtiments du chapitre, il a ac-
apparaît avec certitude dans un acte du 9 mai 862. Son quis des terrains et peut-être reconstruit un nouveau palais
existence est con¿rmée par un privilège du pape Jean VIII épiscopal. « Il embellit de manière convenable l’enclos
du 30 août 878, où le pontife con¿rme à l’évêque Hecfroi des chanoines – on l’appelle canonica – en augmentant
(av. 876-900) et à ses successeurs, « le pouvoir de gérer son étendue et en le clôturant. Pour ses successeurs, il
librement les biens de leur église avec le consentement construisit d’admirables demeures bordées de murs hauts
des chanoines selon l’antique coutume »5. Le chapitre fut et étendus qui enfermaient la vaste étendue de terre qu’il
ensuite désigné comme la Congrégation de Saint-Pierre, avait acquise, si bien que les visiteurs, ne pouvant traver-
suivi de la mention de Poitiers, de seniores ecclesiae ou ser ce lieu sans admiration, y voient un ouvrage digne
de apostolorum principis6. À partir de 1150, le chapitre d’un roi, ne manquent pas d’appeler la bénédiction sur son
est mentionné comme capitulum, puis capitulum eccle- âme et n’hésitent pas à dire que cette maison du Seigneur
siae cathedralis7. En 1290-1294, de nouveaux statuts ¿- a été construite avec solidité.12 ». « Les maisons et les murs
xèrent le nombre des chanoines à 24, l’évêque compris, de clôture, édiÀces semblables à une Cité nouvelle, à une
avec une obligation de résidence à 6 mois. Des documents cité fortiÀée [allusion aux Psaumes 22, 8 et Isaïe 26, 1], à
du XIIIe siècle mentionnent aussi des chanoines de Saint- une seconde Sion, comment il les Àt élever, ces œuvres le
Sixte, car ils étaient affectés à l’autel de saint Sixte8. Cette disent d’elles-mêmes, elles parlent.13 »
particularité pourrait être héritée d’un accord passé avec
un autre chapitre existant dans la première moitié du
XIIe siècle et dont les bâtiments ont dû être englobés dans 9 B. Boissavit-Camus 2001, p. 145-167.
10 Grégoire de Tours, Virt. S. Martini, IV, 32, p. 208.
4 B. Boissavit-Camus 2001, p. 321-326. 11 Gallia Christiana, II, col. 333 de l’éd. 1720 ; R. Crozet 1961-
1962, p. 366 et n. 18.
5 sed liceat ipsius ecclesiae Hecfrido episcopo, suisque succes-
soribus, illa quae sui antecessores legitimo tramite canonicae 12 [Nouvelle trad. franç. G. Pon, E. Carpentier, Gilbert de la
auctoritatis habuerunt, sub nostra tuitione habere, et ut pos- Porrée, annexe n° 2 : Le rouleau des morts, 7 et 8, à paraître]
sederunt possedere, et ut ordinaverunt suo arbitrio ordinare, Canonicorum que ita dicitur canonicam multum ampliando
cum consulto consensuque suae ecclesiae canonicorum, ut ipsamque claudendo decenter ornavit. 8. Successoribus suis
prisca consuetudi dignoscitur, sine vestrorumque obstaculo domos mirabiles magnorum et amplissimorum circumductione
et omnium hactenus talia praesumantium, Pat. Lat., 126, col. murorum, multa latitudine terra intra claustra adquisita mira-
796-797 ; Chartes poitevines 1989, D022, p. 118. biliter clausas, in tantum extruxit ut videntes eas absque admi-
ratione non transeant, opus regium appellent, animam ipsius
6 Diplôme de Charles le Chauve de 862, Recueil… Charles le absque benedictione non reliquant, domumque illam domini
Chauve II, chartes de 898, de 905 Chartes… Nouaillé, p. 43-44, ¿rmiter edi¿catam dicere non dubitent (Dom Jean Leclercq
Cartulaire… Saint-Cyprien, n° 238, p. 155-156, n° 239, p. 156- éd., « L’éloge funèbre de Gilbert de La Porrée », dans Archives
157 ; Chartes poitevines 1989, D005, p. 83, D039, p. 146, Char- d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge, 1952, p. 183-
tes poitevines 1995, E007, p. 14-15, E010, p. 21-22. 185 ; Nouvelle édition et trad. anglaise par N. M. Häring,
7 1155 Dom Fonteneau, II, p. 23 ; 1290-1291, Dom Fonteneau « Epitaphs and Necrologies on Bishop Gilbert of Poitiers »,
II, p. 51-57 et bulle de Nicolas IV, Dom Fonteneau, II, p. 59- dans Archives d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge,
60. Capitulum ecclesiae cathedralis Cartulaire… évêché de 1969, p. 80).
Poitiers, p. 16, 18, 29, 36, 56, 60, 106, 118, 127. 13 [Nouvelle trad. franç. G. Pon, E. Carpentier, Gilbert de la
8 AD 86 : G 182 ; L. Vallière 2008, p. 17. Porrée, annexes I Oraison funèbre ou Planctus de Laurent,
LA DOMUS ECCLESIAE DE POITIERS 77

D’autres textes mentionnent des activités et des édi¿ces L’émergence du chapitre dans le troisième quart du
associés au complexe épiscopal ou précisent la fonction IXe siècle a-t-elle été accompagnée de la construction
de certains lieux. Un xenodochium et une chapelle Saint- ou de l’attribution de bâtiments propres aux chanoines ?
Luc furent fondés par Ansoald au VIIe siècle14, et une Dans une charte datée de 1081, le comte de Poitou, Guy-
production monétaire est attestée sous ce même évêque15. Geoffoy Guillaume, cède au chapitre ses droits sur la foire
L’existence d’une bibliothèque est plausible à partir du au lard22 « devant la porte de Saint-Pierre, et à l’arcum et
IXe siècle16 ; l’auteur du Planctus signale que Gilbert de la tout alentour devant le chapitre de Saint-Pierre »23. L’acte
Porrée a donné à la bibliothèque de la cathédrale de nom- suggère que, vers la ¿n du XIIe siècle, les possessions
breux ouvrages précieux17. Une école épiscopale existait des chanoines étaient entourées d’une clôture ; or, dans
peut-être dès l’éducation de Léger au VIIe siècle18, plus sa notice nécrologique de Gilbert de la Porrée, le doyen
sûrement entre le XIe et le XIVe siècle19. Les documents Laurent loue l’évêque pour avoir agrandi la propriété ca-
de la ¿n du Moyen Âge et de l’époque moderne signalent noniale et avoir entouré les nouvelles maisons d’un mur
aussi des lieux de l’administration et des réserves, comme de clôture, ce qui suppose qu’il n’y en avait pas aupara-
une grange à dîme, une salle au trésor, peut-être une salle vant ou que l’évêque a construit une nouvelle clôture. Le
de torture et une prison, des cours, des jardins et d’autres texte de 1081 suggère, nous semble-t-il, que, dans l’es-
dépendances. Ces lieux peuvent être localisés au sud de la prit du rédacteur, monasterium des chanoines et palais de
nef de la cathédrale gothique20. l’évêque étaient alors bien différenciés, même si l’on ne
L’existence d’une chapelle épiscopale est moins évi- peut dire à quelle réalité physique ils renvoient. Un cloître
dente, car celle-ci n’est mentionnée qu’à partir de la ¿n pourrait avoir existé en raison de l’utilisation, à plusieurs
du XVe siècle. Sa titulature pourrait avoir été multiple : au reprises entre le Xe et le milieu du XIIe siècle, du terme
début du XVIIIe siècle, la nouvelle chapelle est consacrée canonica dans un contexte qui permet cette éventualité24.
à Hilaire et Martin et un autel est dédié à Martial. Cette Ajoutons à ce dossier que le baptistère Saint-Jean était
fonction a aussi été évoquée pour les petits édi¿ces bor- dirigé, en 1096, par un abbé, sans doute un chanoine de
dant l’impasse Saint-Jean, dont on connaît mal l’histoire la cathédrale, et qu’il resta dans la possession du chapi-
avant la ¿n du XIIe siècle21. tre, même après la création au XIIIe ou XIVe siècle de la
paroisse Saint-Jean : les chanoines y tenaient leur synode
et nommaient le desservant de la cure. En¿n, au sud de
l’enclos épiscopal, se trouvait le doyenné Saint-Pierre,
dont le plus ancien des bâtiments est daté du XVe siècle.
doyen du chapitre de Poitiers, 18, à paraître] Quomodo edi- Cette situation pourrait avoir été héritée d’une topogra-
¿cavit domos, circumduxit muros velud edi¿cans nobis civita-
tem novam, civitatem munitam, urbem fortitudinis nostre, Sion, phie ancienne, qui localiserait le monasterium de 1081
ipsa se opera indicant, ipsa loquuntur. (Besly éd., Evesques de au sud de la nef de la cathédrale actuelle, vers l’impasse
Poictiers avec les Preuves, Paris, 1647, p. 103-108. Nouvelle Saint-Jean (¿g. 15) ; on ne peut, non plus, exclure que
édition et trad. anglaise par N. M. Häring, « Epitaphs and l’emplacement même de la canonica ait varié entre le IXe
Necrologies on Bishop Gilbert of Poitiers », op. cit., p. 70-71). le XIIe siècle, en fonction de l’emplacement de la cathé-
14 Tardif, Les chartes poitevines, p. 28-30 ; Chartes poitevines, drale et de la domus ecclesiae.
1002-A003, p. 4-5.
Tous ces textes éclairent quelques moments particu-
15 Beaunémil, ms. 547, p. 122, Prou 1892, p. 244-248, J. La- liers, mais informent peu de la réalité et des transfor-
faurie 1980-1981, p. 347 et du même auteur, Monnaies émises
par des établissements ecclésiastiques en Gaule aux Ve-VIIIe mations de la domus ecclesiae de Poitiers. Ils laissent
siècles, p. 14, 20 [synthèse inédite de 26 p., faite pour l’équipe en suspens de nombreuses questions sur la localisation,
de la Topographie chrétienne des cités de la Gaule, 1 notice sur l’organisation spatiale, les fonctions, les con¿gurations
Poitiers]. architecturales ou encore la chronologie. La connais-
16 R. Crozet 1946-1948, p. 75-76 et n. 571. sance des realia doit donc requérir d’autres sources.
17 Verum super hec omnia illud non omittendum est quod ines- L’architecture et l’archéologie permettent-elles d’aller
timabilem divinorum voluminum multitudinem… in ecclesie plus loin ?
bibliotecham velud magnum et preciosum thesaurum gratuito
munere collocavit. (Besly éd., Evesques de Poictiers avec les
Preuves, Paris, 1647, p. 103-108. Nouvelle édition et trad. an-
glaise par N. M. Häring, « Epitaphs and Necrologies on Bishop
Gilbert of Poitiers », op. cit., p. 70-71. G. Pon, E. Carpentier,
Gilbert de la Porrée, annexes I Oraison funèbre ou Planctus de
Laurent, doyen du chapitre de Poitiers, 16-17, à paraître).
22 La foire au lard s’est tenue jusqu’à la Révolution sur le parvis
18 J.-C. Poulin 1977, p. 192. de Saint-Pierre ; R. Favreau 1978, p. 49, n. 195.
19 R. Favreau 1978, p. 130-132, 199, R. Labande dir. 1976, 23 « ante portam sancti Petri et ad arcum et circumcirca pe-
p. 124. nes Sancti Petri monasterium », Dom Fonteneau, XIX, p. 55 ;
20 B. Boissavit-Camus 2001, p. 282-283. R. Favreau 1978, p. 134, n. 608.
21 B. Boissavit-Camus 2001, p. 285-286 et suivantes. 24 B. Boissavit-Camus 2001, p. 326-335.
78 BRIGITTE BOISSAVIT-CAMUS

Les sources matérielles a été remplacé au plus tôt au IVe siècle, par un nouvel
édi¿ce doté d’une grande salle de 24 m2. Plusieurs fois
Les deux îlots situés entre la cathédrale actuelle et le reconstruit, il aurait été utilisé jusqu’au VIe siècle. On a
Musée Sainte-Croix conservent quelques vestiges architec- proposé d’y voir l’emplacement de la domus ecclesiae27.
turaux (¿g. 2), dont l’étude approfondie reste à faire mais Légèrement plus à l’est, un second bâtiment très arasé a
qui peut être complétée par certaines sources archivistiques été reconnu à une cote similaire, mais aucune donnée ne
(textes et documents iconographiques) des XVIIe-XIXe siè- permet de le dater ni d’en restituer le plan28.
cles25. La nouveauté vient surtout des fouilles réalisées dans
le secteur depuis le milieu des années 1980. Nous allons La domus ecclesiae entre le Ve et le XIIe siècles29
tenter d’en rendre compte de façon chronologique.
D’importants vestiges ont été découverts lors de la
fouille préventive réalisée de 1984 à 1986, à l’emplace-
ment de l’Espace Pierre-Mendès-France30 et du souterrain
qui le relie au Musée Sainte-Croix31. Ces terrains avaient
été urbanisés dès le Ier siècle de notre ère, avec l’installa-
tion d’une insula bordée à l’ouest par une importante voie
cardinale, dont la rue Paschal-le-Coq a repris le tracé. Trois
rues internes, désaxées par rapport à la rue principale, sé-
paraient trois îlots32. À une date imprécise, entre 360 et v.
38033, une cathédrale fut aménagée dans un nouvel îlot en-
globant plusieurs maisons (¿g. 3). Sa façade occidentale,
parallèle à la rue cardinale, était distante de cette dernière
de 30 m, tandis que sa façade septentrionale, assise sur les
murs bordiers de domus arasées, longeait le côté sud de la
rue 4, retrouvée sous l’Espace Pierre Mendès-France. Au
Ve ou au VIe siècle, une place a ensuite été aménagée entre
Fig. 2. Musée, 1 place de la Cathédrale, maçonneries de l’évêché
médiéval et moderne (cl. B. Boissavit-Camus). la cathédrale et la rue principale (¿g. 4). On ne sait pas
quand la cathédrale a été déplacée à son emplacement ac-
tuel, à une centaine de mètres au nord ; mais ce transfert a
La domus ecclesiae aux IVe et Ve siècles eu lieu au plus tard lors de la construction de la cathédrale
romane par le comte-duc Guillaume V, avant 1024-1025.
Plusieurs bâtiments tardo-antiques d’une certaine am- En l’état de nos connaissances, un déplacement remontant
pleur ont été reconnus autour du baptistère, sans que l’on à l’époque carolingienne ne peut toutefois être écarté.
puisse établir une relation sûre avec une domus ecclesiae. À Entre le Ve et le VIIe siècle, le parcellaire antique a pro-
l’emplacement de Saint-Jean, une domus du Haut-Empire a gressivement disparu au nord de la cathédrale, au pro¿t
été agrandie entre le IIIe siècle et la 1re moitié du IVe siècle. d’une vaste propriété que nous avons interprétée comme la
Réorganisée dans le dernier tiers du IVe siècle autour d’un propriété épiscopale. La fouille a révélé trois édi¿ces succes-
bassin, elle fut en partie transformée en une première salle sifs, ayant chacun connu plusieurs états. Le dernier édi¿ce a
baptismale à l’extrême ¿n du IVe siècle au mieux (¿g. 3). été volontairement détruit au XIIe siècle, pour en récupérer
La présence d’une assez grande salle (K) au nord et l’utili- les matériaux. Une cour ou un jardin existait ensuite à cet
sation possible, mais non prouvée, de certaines pièces de la emplacement jusqu’à la ¿n de la période moderne, même
domus posent la question de la con¿guration et de la fonc- si cette emprise a été en partie occupée au nord-est par des
tion des lieux pour les deux phases précédant la construc- constructions médiévales et modernes et au nord-ouest, le
tion du baptistère actuel : fonction baptismale ou fonction
baptismale et administrative à la fois, voire résidentielle.
La construction du premier état du baptistère actuel, dans
le courant du Ve siècle, exclut ensuite toute possibilité d’un 27 N. Le Masne de Chermont 1990.
espace résidentiel ou administratif à cet emplacement26. 28 A. Ollivier 1989.
Au sud-est du baptistère, deux autres bâtiments tardo- 29 B. Boissavit-Camus 2001, en particulier p. 294-320.
antiques ont été repérés à l’emplacement de la Clinique 30 La fouille a été conduite en 1984-1985 par B. Camus, N. Le
des Hospitalières. Un bâtiment de la période augustéenne Masne de Chermont et P. Mornais, et poursuivie en 1986 sous
la direction de N. Le Masne de Chermont, cf. N. Le Masne de
Chermont 1987.
31 La fouille a été dirigée par N. Le Masne de Chermont en 1988.
25 B. Boissavit-Camus 2001, p. 286-293. 32 N. Le Masne de Chermont 1987.
26 B. Boissavit-Camus 2004, p. 34-37, et 2009, p. 301-305. 33 B. Boissavit-Camus 2001, p. 177, n. 744.
LA DOMUS ECCLESIAE DE POITIERS 79

des restes de faune étaient associés à au moins un foyer,


aménagé contre le mur nord.
Ce bâtiment fut ensuite agrandi vers le sud (état 2), en
empiétant sur la rue 4. Le nouveau bâtiment, rectangulaire,
s’étendait sur plus de 60 m2 (12 m minimum x 5 m de l.)
le long de la rue 3. Le sol (¿g. 5) était un cailloutis damé
et noirci par les cendres, dont la surface irrégulière gardait
quelques traces d’aménagements (poteaux, foyers). Lors de
la construction du bâtiment 2, ce bâtiment fut partiellement
abattu (état 3, ¿g. 6). Un nouveau sol d’argile et de mortier
fut étalé sur toute sa surface et au-delà, vers l’est. Son mur
occidental a été en partie reconstruit au nord, parce qu’il
constituait une limite que l’on souhaitait conserver. L’endroit,
désormais à ciel ouvert, communiquait avec la cour.
Fig. 3. Le groupe épiscopal de Poitiers ¿n IVe-Ve siècle
(B. Boissavit-Camus 2001, ¿g. 211).

Fig. 4. Le groupe épiscopal de Poitiers VIe-VIIe siècle Espace-


Pierre Mendès-France, bâtiment 1, état 2 (B. Boissavit-Camus
2001, ¿g. 214).

long de la rue Paschal-le-Coq, par un grand bâtiment34.


Au nord de la rue 4, le parcellaire antique fut maintenu au Fig. 5. Poitiers, Espace-Pierre Mendès-France : sols extérieurs
IVe siècle, et, aux Ve et/ou VIe siècles, un terrain clos en friche de l’espace culinaire de la domus ecclesiae, VIIe-VIIIe siècle
fut utilisé à des ¿ns funéraires. Cette parcelle servit ensuite (cl. B. Boissavit-Camus).
de cour aux trois édi¿ces du haut Moyen Âge, mais jusqu’au
XIIe siècle, elle resta limitée au nord-ouest par une rue anti-
que (rue 2) transformée en impasse vers le VIIe siècle.

Le bâtiment 1 (fig. 4)

Le premier sol de la cour était en relation avec un petit


bâtiment triangulaire (bâtiment 1, état 1). Construit dans
l’angle sud-est de la parcelle, il ouvrait sur le carrefour.
Sa fonction semble liée à la préparation culinaire : des sols
brûlés en surface et des remblais très cendreux contenant

34 Il est peu probable qu’il s’agisse de la chantrerie Saint-Pierre,


car le toisé de 1691 la situe à l’angle sud-est des rues Sainte-Croix
et de l’Abbé-de-la-Mauvinière, à l’est de la cathédrale, dans la pa- Fig. 6. Le groupe épiscopal de Poitiers VIIe-VIIIe siècle
roisse de Saint-Austrégésile ; F. Eygun, 1947, p. 24, n° 24. (B. Boissavit-Camus 2001, ¿g. 215).
80 BRIGITTE BOISSAVIT-CAMUS

Une zone de préparation culinaire (fig. 7)

Cette dernière transformation du bâtiment 1 est liée à


une intense activité culinaire, destinée à desservir le bâ-
timent 2. Trois types de structures de combustion ont été
reconnus : des foyers, un four maçonné et des fumoirs. Les
foyers étaient de simples fosses, au fond tapissé de petites
soles en argile (¿g. 8) ; une partie des cendres avait été
étalée alentour. Tous ces foyers n’ont pas fonctionné en
continu et ont servi plusieurs fois avant d’être abandon-
nés. Le four, installé à l’emplacement d’un foyer antérieur,
était maçonné et semi-enterré, sa voûte reposant sur deux
murets. Ses abords ont été régulièrement nettoyés. Son
utilisation correspondait à la dernière séquence d’occupa-
tion de l’activité culinaire (¿g. 9). Fig. 7. La domus ecclesiae de Poitiers VIIe-VIIIe siècle, bâti-
Cinq fumoirs ont aussi été découverts, dont trois à ment 1, état 3, et bâtiment 2 (B. Boissavit-Camus 2001, ¿g. 171).
proximité des foyers. Un quatrième avait été creusé dans
l’ancienne rue 3 qui n’existait donc plus. Le plus éloigné
était situé à l’ouest, non loin de la voie cardinale toujours
en usage ; son adossement contre le parement d’un mur
antique indiquerait que les ruines de la maison gallo-ro-
maine (B) n’étaient pas entièrement arasées. Ces fumoirs
ont tous été bâtis selon la même technique (¿g. 10) : puits
carrés d’1 m de côté et 1,20 m de profondeur. Les parois
réfractaires étaient montées dans une gangue d’argile,
avec des tuiles et des briques récupérées, liées à l’argile
et disposées en opus spicatum. Un mortier recouvrait les
parements, mais il a brûlé parfois si profondément qu’il
avait presque entièrement disparu au moment de la fouille.
Le fond, en mortier, était très dégradé et recouvert d’une
épaisse couche de bois brûlé. Aucun prélèvement n’a été
Fig. 8. Poitiers, Espace-Pierre Mendès-France : sols extérieurs
effectué dans les couches de bois brûlés pour une datation de l’espace culinaire de la domus ecclesiae, VIIe-VIIIe siècle
de 14C ou une étude anthracologique. (cl. B. Boissavit-Camus).
Les fumoirs situés dans la zone culinaire ont été creu-
sés dans le sol d’argile et de mortier posé lors de la der-
nière transformation du bâtiment 1 ; leur comblement était
recouvert par un niveau d’occupation également présent
sur ce sol. Plusieurs remblais et niveaux de circulation les
séparaient en revanche de la construction du bâtiment 3.
Cette chronologie relative suggère que leur construction
date du dernier état du bâtiment 1, mais qu’ils ont été
abandonnés avant la destruction du bâtiment 2. L’activité
culinaire avait, peut-être, été déplacée, les fumoirs situés
à l’ouest et d’autres foyers reconnus dans la cour ayant
pu leur succéder. Dans cette zone culinaire, de nombreux
restes d’animaux ont été recueillis. Leur étude montre une
alimentation variée et de qualité, destinée sans doute à la
table de l’évêque ; on observe quelques différences avec
Fig. 9. Poitiers, Espace-Pierre Mendès-France : foyer VIIe-
les contextes aristocratiques, comme la consommation de VIIIe siècle (cl. B. Boissavit-Camus).
poules, de poissons et de coquillages, qui pourrait être liée
au contexte religieux35.

35 V. Labonne 2009. Nous remercions G. Pon qui nous a si-


gnalé que, d’après sa Vita rédigée au IXe siècle, saint Junien de
Mairé, qui vécut au VIe siècle, aurait promu la consommation
de poule (G. Pon, E. Carpentier, Vita S. Juniani, à paraître).
LA DOMUS ECCLESIAE DE POITIERS 81

Fig. 10. Poitiers, Espace-Pierre Mendès-France : four VIIe-VIIIe siècle (cl. B. Boissavit-Camus).

Le bâtiment 2 (fig. 7 à 11) calier à volée droite desservant un étage : la fondation du


mur sud, large de 96 cm et peu fondée, était montée avec
Le deuxième édi¿ce s’étendait sur les domus gallo-ro- des matériaux de récupération (petit appareil et briques de
maines A et B et au-dessus de la voie 3. Ses limites n’ont suspensura) liés par un mortier orangé similaire à la se-
pas été repérées à l’ouest et au nord, mais la propriété de- melle du mur de la salle nord.
vait border la voie cardinale, même si le bâtiment pouvait Les fondations des murs de la salle nord, larges d’1,30 m
être en retrait36. L’orientation désormais cohérente avec la à 1,50 m, remployaient des blocs d’architecture antique et
cathédrale et le baptistère différait de celle du bâtiment 1 des blocs de calcaire à peine équarris. La largeur des se-
qui respectait encore le parcellaire antique. Au nord/nord- melles évoque une élévation assez importante. Une reprise
est, l’ancien parcellaire n’avait toutefois pas complète- de l’angle sud-est suggère que l’édi¿ce a été remanié.
ment disparu, et la rue 2 fut transformée en impasse. Un mur, peu fondé, probablement percé d’une porte,
Bien qu’en lambeaux, murs et sols dessinaient le plan fermait la propriété du côté de l’impasse. La reconstruc-
d’un édi¿ce plutôt rectangulaire, d’une emprise minimale tion partielle du mur ouest du bâtiment 1 ménageait un
de 124 m2 (8,70 m (NE/SO) x 14,30 m (NO/SE). Au nord, petit espace trapézoïdal de plus de 9 m2 (3,30 m environ
une salle (A), de plus de 85,80 m2 (6 m x 14,30 m mini- (NE/SO) x 2 à 3,50 m), entre le bâtiment 2 et la zone cu-
mum), contenait une plaque foyère – reste de cheminée ?). linaire. Cet espace permettait de circuler d’un secteur à
Elle était Àanquée au sud d’un petit espace (B), d’environ l’autre et protégeait le bâtiment principal des nuisances
1 m de large. Plus qu’un portique, un appentis ouvert au des activités culinaires.
sud37 ou un couloir longeant la salle, il pourrait s’agir, au La construction de ce deuxième édi¿ce pourrait remon-
vu des caractéristiques architecturales, d’une cage d’es- ter au VIIe siècle. Sa destruction, causée par la construc-
tion du bâtiment 3, est datée par le mobilier d’une petite
fosse-cendrier creusée dans l’espace culinaire avec des cé-
36 Une partie de ses fondations ayant été réutilisées dans le bâ- ramiques datables de la seconde moitié du VIIe siècle ou
timent suivant, il n’y a pas aucune raison qu’elles n’aient pas du VIIIe siècle. Ce bâtiment, très arasé, fut en partie repris
été conservées, si elles avaient existé jusqu’à la rue. lors de la construction du nouveau bâtiment (¿g. 11).
37 N. Le Masne de Chermont 1987, p. 172, 173.
82 BRIGITTE BOISSAVIT-CAMUS

Fig. 11. Poitiers, Espace-Pierre Mendès-France : mur du bâtiment 2, VIIe-VIIIe siècle, repris par le bâtiment 3 (cl. N. Le Masne de
Chermont).

Le bâtiment 3 (fig. 12 à 17)

Les deux premiers bâtiments ont été entièrement rasés


pour la construction du bâtiment 3 (état 1). Ce nouvel édi¿ce
conservait l’orientation du bâtiment 2, dont plusieurs murs
furent réutilisés en fondation. Son emprise, légèrement déca-
lée vers le sud par rapport aux précédents bâtiments, était plus
étendue vers l’est et couvrait une super¿cie au sol de 264 m2
minimum (plus de 24 m de long, NO/SE, x 11 m de large
hors œuvre). Aucune trace n’en a été repérée, à une quinzaine
de mètres au sud, sur le tracé du souterrain construit entre le
Musée et l’Espace Pierre-Mendès-France, mais on ne peut
exclure, faute d’investigations, un plan en équerre avec, au
sud-ouest, une aile plus étroite longeant la rue cardinale. À
l’est, la construction d’un mur nord-sud à environ 5 m de dis- Fig. 12. Le groupe épiscopal de Poitiers VIIIe siècle-1018 ?
tance suggère que la propriété fut redélimitée de ce côté. Bâtiment 3, état 1 (B. Boissavit-Camus 2001, ¿g. 216).
En l’état des données, le plan permet d’individualiser
quatre espaces (¿g. 12 et 13). Au sud, une grande salle
(A), de plus de 140 m2 au sol dans l’œuvre (plus de 5 m
NO/SE x 24 m NE/SO), était revêtue d’un sol épais d’ex- Au nord-est, se trouvait un deuxième espace (B), de
cellente qualité, qui égalisait le terrain. Un solide béton de 41 m2 dans l’œuvre (11,40 m x 3,60 m). L’absence de sol
chaux blanche recouvrait un radier de graviers, liés tan- construit suggère une petite cour. Deux portes bouchées
tôt avec de l’argile rouge tantôt avec du mortier de chaux indiquaient qu’elle communiquait à l’origine avec la cour
maigre ; à la base, se trouvait un hérisson de pierres cal- du nord-est et avec la grande salle A, une lacune visible
caires. L’hypothèse d’une salle de réception peut être en- dans le mur nord de cette salle pouvant se rapporter à une
visagée en raison des dimensions et du soin apporté à la grande porte de 5,10 m de large (arche, double porte ?).
construction. La prolongation du mur nord de cette salle Du côté de la rue, les deux murs les plus au nord s’in-
en direction de la rue cardinale suggère que son pignon terrompaient brutalement par de gros blocs. N. Le Masne
occidental pouvait longer la rue. de Chermont pense, avec raison, qu’il pouvait y avoir là
LA DOMUS ECCLESIAE DE POITIERS 83

Fig. 13. La domus ecclesiae carolingienne de Poitiers. Bâtiment 3


état 2 (B. Boissavit-Camus 2001, ¿g. 172).

Fig. 15. Le groupe épiscopal de Poitiers 1018-1154


(B. Boissavit-Camus 2001, ¿g. 217).

Cet édi¿ce a été remanié (état 2, ¿g. 15). Les portes de


l’espace B furent fermées : on boucha la grande ouverture
entre la salle A et la cour B par une maçonnerie peu fon-
dée qui faisait un retour à l’intérieur de la grande salle, la
subdivisant en deux parties inégales (A/A’). Cette maçon-
nerie n’ayant pas été vue dans une coupe réalisée plus au
sud, les deux parties de la salle devaient communiquer par
une grande arcade. Dans la salle A’, on posa un nouveau
sol, un cailloutis lié au mortier de chaux blanche. Les sols
Fig. 14. Poitiers, Espace-Pierre Mendès-France : bâtiment 3, de des salles A et A’ étaient recouverts d’une couche noire de
droite à gauche : espaces A, D et C en cours de fouilles et vus de 10 cm d’épaisseur, qui pourrait résulter d’un incendie ou,
l’ouest, 1985 (cl. M. Fabioux). vu l’absence ailleurs de traces d’incendie, de la décompo-
sition d’un plancher. Ces travaux pourraient être liés à un
renforcement de la structure du bâtiment, car deux contre-
une double porte menant à des passages distincts38 ; leur forts extérieurs ont aussi été ajoutés, l’un contre l’angle
position montre qu’elle était en retrait de la rue. La « porte nord-est et l’autre, toujours à l’est, à la jonction des es-
nord » ouvrait sur un passage (C) mesurant 10,20 m sur paces B et A’ ; plusieurs raisons pourraient les expliquer :
1,20 m de large et débouchant dans l’espace (B) où le sol problème survenu dans la superstructure, ajout d’un nou-
était de même nature. Le second passage (D), plus étroit vel étage ou extension de l’étage au-dessus de l’espace B.
avec une largeur de 1 m seulement, longeait la grande La construction de cet imposant bâtiment succède au
salle ; il ne possédait pas, non plus, de sol construit. Ces comblement de la fosse-cendrier déjà mentionnée, conte-
caractéristiques n’évoquent pas une entrée privilégiée mo- nant des céramiques des VIIe-VIIIe siècles. Quelques tes-
numentale, mais plutôt la présence d’une cage d’escalier sons de céramique à engobe de couleur ocre ont été retrou-
(D) desservant un étage, sans doute bordée au nord par vés dans le comblement des tranchées de construction de
une entrée cavalière ou de service (C). La largeur générale l’état 1, mais aucun tesson de céramique peinte ou à gla-
des murs de la salle sud et le soin apporté à leurs fonda- çure dont la production est pourtant bien attestée à Poitiers
tions rendent par ailleurs probable l’existence d’un étage, aux Xe et XIe siècles39. Cet argument bien qu’ad ignoran-
au moins au-dessus de la salle A. tiam, serait l’indice d’un édi¿ce carolingien construit en-

38 N. Le Masne de Chermont 1987, p. 174. 39 B. Véquaud 2010, p. 270.


84 BRIGITTE BOISSAVIT-CAMUS

tre le milieu du VIIIe siècle et la ¿n du IXe siècle. On ne peut guère en dépasser l’idée, cette relation topographique
peut pas dater les transformations de l’état 2, mais leur suggère que les façades avaient pris de l’importance. Le
terminus ante quem est donné par la démolition de l’édi- bâtiment 3 apparaît comme un moment charnière dans le
¿ce, datée du XIIe siècle par la céramique recueillie dans développement du groupe épiscopal, entre un ensemble
le comblement des tranchées de récupération des murs. encore axé vers le sud (cathédrale primitive) lors de sa
construction et un ensemble qui se retourne vers le nord
Les murs du bâtiment 3 (cathédrale romane) au moment de sa destruction.
Les trois bâtiments ont tous été remaniés. À l’exception
La profondeur des fondations permet de distinguer les cloi- du bâtiment 1 (état 1), leur architecture différait nettement
sons internes reposant sur les murs arasés, des murs porteurs des habitations gallo-romaines antérieures, privilégiant, au
ancrés dans de profondes tranchées d’où les constructions an- rez-de-chaussée, une salle sans doute unique et de grandes
térieures avaient été éradiquées. La plupart des tranchées de dimensions. À partir du bâtiment 2, cette grande salle fut as-
fondation étaient étroites et furent comblées au fur et à mesure sociée à des espaces de circulation. Les dessertes ne jouaient
du montage de la maçonnerie. Ces fondations en blocage, pas seulement un rôle pour la redistribution intérieure, com-
constituées de matériaux hétéroclites récupérés et pourvues, me c’était le cas des cours ou des patios des maisons gallo-
à la base, de gros blocs plus ou moins liés avec du mortier, romaines, mais reliaient désormais les espaces intérieurs à
étaient destinées à niveler, à assainir et à supporter une lourde des espaces extérieurs de nature diverse, privés et publics.
charge. Le mortier de chaux maigre avait une teinte variant de La densité du bâti s’en est trouvée modi¿ée, tout comme
l’ocre jaune à l’orangé. Pour les murs porteurs, la largeur des le rapport à la rue. Alors que dans les derniers états des ha-
fondations variait entre 1 m et 1,12 m (¿g. 16). L’une des faces bitations antiques, l’utilisation des pièces était de plus en
était parfois grossièrement parementée et les gros éléments y plus plurifonctionnelle, on a ici l’impression d’un processus
étaient plus fréquents, surtout dans les angles. La largeur des inverse, avec une spécialisation des espaces. Apparaissent
autres fondations était plus faible, entre 0,60 et 0,95 m. ainsi des lieux nettement domestiques et des salles à carac-
Un joint de lit assez épais et débordant séparait les fon- tère plus collectif ou public, même si les grandes salles res-
dations des élévations. Parementées en petit appareil irré- tent dif¿ciles à interpréter en l’absence d’aménagements ou
gulier, les parois mêlaient éléments allongés et cubiques de mobiliers signi¿catifs.
et éléments plus gros, de taille moyenne. Les parements La grande question concerne bien sûr l’appartenance de
extérieurs avaient été enduits d’un mortier beurré, d’une ces édi¿ces au groupe épiscopal. Une première conclusion
composition proche, à l’œil nu, de celle du mortier des s’impose : ces bâtiments ont un caractère collectif. L’analyse
joints de lit. Les chaînages d’angle étaient assez mal agen- archéozoologique indique une alimentation destinée à des
cés. L’élévation des murs porteurs mesurait entre 0,80 m élites, même s’il y a des variantes par rapport à ce que l’on
et 0,95 m d’épaisseur, les autres de 0,70 à 0,80 m. connaît pour les milieux aristocratiques. Si le bâtiment 2 fut
Les contreforts de l’état 2 reposaient sur une fondation ma- la résidence de l’évêque, la zone culinaire pourrait corres-
çonnée en blocage, composée d’éléments récupérés liés par un pondre aux cuisines, l’intensité des traces pouvant trahir la
mortier terreux et de chaux maigre ocre jaune. Les autres ma- nécessité de nourrir un personnel assez nombreux.
çonneries de l’état 2 ne présentaient pas de caractéristiques dif- Les grandes salles pourraient-elles correspondre à des
férentes de l’état 1, si ce n’est qu’elles étaient moins fondées. salles publiques, de type aula ? L’ampleur de la super¿cie,
la qualité de l’architecture surtout pour le bâtiment carolin-
Conclusion pour la domus ecclesiae des VIe-XIIe siècles gien 3 et la séparation des fonctions domestiques des autres
(fig. 17) fonctions sembleraient aller dans ce sens, de même que la
présence d’une cheminée dans la grande salle du bâtiment
La disparition du parcellaire et des rues antiques qui 2 ou encore la découverte, dans les remblais, d’un fragment
commença après l’affectation de la cour du nord-est à un de plaque sculptée provenant d’un décor monumental40.
usage funéraire fut très progressive. Lorsque le bâtiment L’identi¿cation avec la domus ecclesiae, pour au moins
2 fut construit, il est quasi certain que tout le site relevait les deux derniers bâtiments, pourrait en¿n être renforcée
d’une même propriété, à l’exception peut-être de l’im- par leur localisation aux abords de la cathédrale tardo-anti-
passe nord. C’est à ce moment que l’orientation du bâti que. L’interprétation est plus incertaine pour le bâtiment 1,
a changé pour se caler sur la rue cardinale et les édi¿ces mais l’appropriation de la rue 4 suggère qu’il appartenait à
cultuels du groupe épiscopal. la propriété épiscopale au moins dès son deuxième état. Il
À partir du bâtiment 1 (état 2), les édi¿ces semblent est frappant de voir que ces trois édi¿ces, qui se succèdent
construits par rapport à ceux disposés à l’ouest et au sud, quasiment au même endroit, furent de plus en plus grands,
c’est-à-dire vers la rue principale et surtout en direction
de la cathédrale et de la place située en avant ; la présence
d’une entrée sur la rue pour le bâtiment 3 n’excluant pas 40 Plaque publiée dans Romains et Barbares entre Loire et
que la façade principale ait été côté sud. Même si l’on ne Gironde, IVe-Xe siècles, catalogue de l’exposition du Musée
Sainte-Croix 6 oct.-28 février 1990, Poitiers, 1989.
LA DOMUS ECCLESIAE DE POITIERS 85

Fig. 16. Poitiers, Espace-Pierre Mendès-France : mur nord du bâtiment 3 (cl. P. Mornais).

Fig. 17. Poitiers, Espace-Pierre Mendès-France : vue générale du site avant la seconde campagne, à l’arrière-plan des maisons antiques,
bâtiment 3 carolingien (cl. N. Le Masne de Chermont).
86 BRIGITTE BOISSAVIT-CAMUS

au fur et à mesure que la propriété épiscopale s’agrandis- sez imposant, vu ses larges fondations maçonnées de 1,50 m
sait. Le grand mur de clôture retrouvé à l’est du bâtiment et le contrebutement de l’angle nord-ouest par un contrefort
3 pourrait témoigner d’un partage de propriété, peut-être (socle maçonné de 3,25 m x 2,25 m). Situé légèrement plus
entre l’évêque et les chanoines, si le premier enclos cano- à l’ouest que la façade de l’évêché du XVIIIe siècle, cet édi-
nial était bien situé à l’est. ¿ce ne peut être identi¿é avec aucun des bâtiments présents
sur les plans modernes. Il pourrait s’agir d’une tour ou d’un
Le palais épiscopal aux XIIe-XVIIIe siècles bâtiment démoli en 1757-1758. Il fut remplacé par un simple
mur de clôture ou de terrasse et, semble-t-il, par des latrines.
Le bâtiment 3 fut détruit vers les XIIe-XIIIe siècles, peut-
être lors de la construction d’un nouveau palais épiscopal
par Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers entre 1142 et CONCLUSION
1154 (¿g. 1 et 15). La documentation situe en effet les
constructions postérieures près de la nef de la cathédrale Deux relations topographiques principales se dégagent
gothique, et permet aussi de restituer, pour la période al- durant le premier Moyen Âge à propos de la domus ec-
lant du XIIe à la ¿n du XVIIIe siècle, un complexe disposé clesiae de Poitiers : l’une la relie à la constitution de la
autour d’une cour, ouverte au nord vers le parvis de la ca- propriété ecclésiastique et l’autre aux édi¿ces cultuels du
thédrale actuelle, et Àanqué, à l’est, d’une aile ou d’une sé- groupe épiscopal. L’étude de la documentation poitevine
rie de bâtiments longeant la nef de la cathédrale gothique. invite à proposer trois implantations au moins pour la ré-
Si la cathédrale romane avait été reconstruite à cet emplace- sidence de l’évêque et/ou de son personnel, dont seules
ment, Gilbert de la Porrée a pu souhaiter en rapprocher son les deux dernières semblent assurées. Le choix des lieux
palais41 ; la construction d’un nouvel enclos des chanoines s’éclaire si on les replace dans l’histoire du groupe épisco-
au nord de la cathédrale par Gilbert de la Porrée s’explique- pal, la proximité de la résidence épiscopale avec la cathé-
rait alors par le fait que l’évêque avait récupéré, au moins drale apparaissant comme une préoccupation dès les VIe-
en partie, l’emplacement de la canonica carolingienne pour VIIe siècles. Les sources semblent ensuite converger pour
y construire sa nouvelle résidence. Mais il s’agit là d’une une séparation entre la canonica et la résidence de l’évêque
reconstitution qui reste à démontrer. à la période carolingienne, mais il faudrait pouvoir con¿r-
À l’emplacement de l’édi¿ce carolingien s’étendit en- mer la fonction et la date de construction, entre le IXe et le
suite un espace ouvert où furent creusées des fosses-dépo- XIIe siècle, du grand mur situé à l’est du bâtiment 3.
toirs aux XIIIe et XIVe siècles. L’une d’elles contenait des L’organisation spatiale et fonctionnelle, l’architecture
restes de faune qui témoignent encore d’une alimentation de certains bâtiments, ont pu être abordées grâce à l’ar-
de qualité42. La cour nord-est, pavée vers le XIVe siècle, chéologie ; les données sont en revanche insuf¿santes pour
semble avoir gardé une fonction domestique (formation de relier ces transformations successives à des acteurs connus
terres noires en partie liée à des rejets de foyers) mais n’était par les textes et pour identi¿er la fonction précise des sal-
plus délimitée par des murs, et l’on peut considérer que le les. La question de la chapelle épiscopale ou celle de l’en-
parcellaire antique, presque disparu, n’était alors plus une clos canonial restent en suspens, même si une localisation
contrainte. Deux nouveaux édi¿ces y furent construits. au sud de la nef de la cathédrale gothique et à l’ouest de
Le bâtiment 4 mesurait plus de 20 m2 (4,50 m x 4,50 m) l’impasse Saint-Jean est possible pour ce dernier.
et s’étendait hors de la fouille, vers le palais épiscopal. La réorganisation du XIIe siècle pourrait reÀéter des
L’absence d’une description approfondie ne permet guère changements de mentalité. Les lieux qui jusque-là étaient
de le comparer aux constructions antérieures. L’un de ses accessibles aux ¿dèles ou du moins ouverts sur la ville,
murs a été considéré comme moderne mais les données et ce malgré une monumentalisation du bâtiment 3, appa-
stratigraphiques contredisant cette attribution chronologi- raissent désormais fermés et organisés autour d’une cour,
que, il faut plutôt le placer à la ¿n du Moyen Âge. « à l’abri de hauts murs », ce qui marque l’isolement de
Ce bâtiment a été reconstruit ou modi¿é avant d’être rem- l’évêque de la ville et de sa population.
placé par un nouveau bâtiment (bâtiment 5) plus grand et Pour le haut Moyen Âge, si l’on peut repérer un en-
qui possédait une salle nord-sud de plus de 24 m2 (entre 6 semble de fonctions permanentes (oratoire, salle de récep-
et 18 m de long x 4 m de large) ; des restes de sol en mortier tion…), il faut encore s’interroger sur la nécessaire distinc-
blanc suggèrent qu’il s’étendait vers l’est. Il devait être as- tion entre la résidence de l’évêque, celle de son clergé et
les locaux administratifs. On ne sait pas non plus comment
les contemporains percevaient leurs réalités architecturale
41 The Letters and Poems of Fulbert of Chartres, éd. et trad. et topographique, d’autant que celles-ci ne devaient pas
F. Behrends, Oxford, 1973, 107, p. 190-191 ; lettre d’Isambert répondre à un modèle précis et qu’elles ont pu évoluer au
1er à Arnaud archevêque de Bordeaux, Dom Bouquet, Recueil gré des prélats et des clercs. Pour Poitiers, en l’absence de
des historiens des Gaules et de la France, X, p. 500. B. Boissa- nouvelles données, ces questions restent très problémati-
vit-Camus 2005, p. 367. ques jusqu’à la période carolingienne, voire au-delà.
42 A. Creuzieux 2008.
LA DOMUS ECCLESIAE DE POITIERS 87

BIBLIOGRAPHIE

- Y. Blomme, « La construction de la cathédrale de - B. Fillon, Deux chantiers cathédraux du premier go-


Poitiers », Bulletin monumental, 152 – I, 1994, p. 7-64. thique de l’Ouest : la nef de Saint-Maurice d’Angers et le
- B. Boissavit-Camus, « Poitiers », dans L. Maurin et coll., chœur de Saint-Pierre de Poitiers, 5 vol., Poitiers, 1999,
Province ecclésiastique de Bordeaux (Aquitania secunda), vol. II, p. 274-291 (thèse de doctorat de l’Université de
Paris, 1998, p. 65-92 (Topographie chrétienne des cités de la Poitiers).
Gaule : province ecclésiastique de Bordeaux, X). - V. Labonne, La place de l’animal dans le groupe épis-
- B. Boissavit-Camus, Le quartier épiscopal de copal de Poitiers (Vienne) aux VIe-VIIIe siècles : étude ar-
Poitiers : essai de topographie historique d’un secteur ur- chéozoologique du secteur 7 de l’Espace Pierre Mendès-
bain, IVe-XIIe siècle, Tours, 4 vol., 2001 (thèse de doctorat France, Paris, 2009, 138 p. (Université de Nanterre,
d’histoire de l’Université de Tours). mémoire de master 2).
- B. Boissavit-Camus, “Della città del vescovo alla cit- - E.-R. Labande dir., Histoire du Poitou, du Limousin
tà del duca : l’esempio di Poitiers fra IV e XII secolo”, et des Pays Charentais, Vendée, Aunis, Saintonge,
dans A. Quintavalle éd., Medioevo, Immagini e ideologie, Angoumois. Toulouse, 1976, 477 p.
Atti del V congresso internazionale di studi, Parma, 23-27 - N. Le Masne de Chermont, Poitiers - Quartier du
septembre 2002, Milan, 2005, p. 364-370. baptistère Saint-Jean, pré-rapport de sauvetage urgent,
- B. Boissavit-Camus, N. Le Masne de Chermont, Poitiers, 1985-1986, n. p., 14 ¿g.
P. Mornais, Poitiers : quartier du baptistère, rapport de - N. Le Masne de Chermont, « Les fouilles de l’ancien
sauvetage programmé. Poitiers, 1985, 22 p., XXVII pl. évêché de Poitiers », Aquitania, 5, 1987, p. 149 - 175.
(rapport de fouilles). - N. Le Masne de Chermont, « Poitiers, ‘Espace
- B. Boissavit-Camus et al. Poitiers, Baptistère Saint- Devenir : fouilles de l’ancien évêché » ; « La nécropole
Jean. Rapports de Poitiers, 1995 à 2002, (8 rapports de de l’Espace-Mendès-France », Romains et Barbares entre
fouilles programmées). Loire et Gironde, IVe - Xe siècles, catalogue de l’exposition
- A. Creuzieux, Étude archéozoologique de l’Espace du Musée Sainte-Croix 6 oct.-28 février 1990. Poitiers,
Pierre Mendès-France à Poitiers : le groupe épiscopal 1989, p. 49-51 et p. 101.
au milieu du XIIe siècle. Paris, 2008, 96 p. (Université de - G. Pon, E. Carpentier, Vita S. Juniani, à paraître.
Paris 1, mémoire de master 2). - J.-C. Poulain, « Saint Léger d’Autun et ses premiers
- R. Crozet, « Recherche sur la cathédrale et les évêques biographes (¿n VIIe-milieu IXe siècle) », BSAO, 4e sér.,
de Poitiers des origines au commencement du XIIIe siècle », XIV, 1977, p. 167-200.
BSAO, 4e sér., VI, 1961-1962, p. 361-374. - B. Véquaud, « La céramique du haut Moyen Âge en
- R. Crozet, « Les ateliers de copistes », BSAO, 3e sér., Poitou-Charentes : état des connaissances (VIe-Xe siècles) »,
XIV, 1946-1948, p. 75-76. Wisigoths et Francs autour de la bataille de Vouillé (507),
- F. Eygun, La topographie de Poitiers et ses paroisses Actes des XXVIIIe journées internationales d’archéologie
au XVIIe siècle, le Toisé de 1691 et le dénombrement du ¿ef mérovingienne, Vouillé et Poitiers, 28-30 septembre 2007,
d’Anguitard de 1674, Poitiers, 1947, 365 p. (AHP ; LIV). L. Bourgeois, dir., Saint-Germain-en-Laye, 2010, p. 263-
- R. Favreau, La ville de Poitiers à la ¿n du Moyen Âge : 278 (Mémoires de l’AFAM, XXII).
une capitale régionale, Poitiers, 2 vol. (MSAO ; XIV, XV - L. Vallière, Diocèse de Poitiers. Turnhout, 2008, 439 p.
années 1977-1978). (Fasti ecclesiae Gallicanae ; X).
89

YVES ESQUIEU
Université Aix-Marseille

THE RESIDENCES OF THE BISHOP OF VIVIERS,


FROM THE Vth TO THE XVth CENTURIES

The history of the bishop’s residence at Vivarais presents two particularities. First, from the end of the Vth
century, the seat of the diocese was transferred from its place of origin, Alba Helviorum, the capital of the Helvii,
to its present site at Viviers on the banks of the Rhône. Second, the bishop’s residence was later effectively
relocated to a point somewhat distant from the diocese center, Bourg-Saint-Andéol, a small town situated some
¿fteen kilometers away.

The excavations conducted at Viviers brought to light structures of the Early Middle Ages associated with
the initial episcopal establishment in the city, but of which the function remains uncertain. On the other hand,
the Medieval bishop’s palace (XIIth-XIIIth century) is now well-known, consisting of a structure of common
type linking a tower with an aula. The same schema has recently come to be recognized for the same epoch
at Bourg-Saint-Andéol, although the habitual residence of the bishop there is attested only from the 1370s.
Bishop Claude de Tournon certainly effected profound transformations in the palace in the XVIth century, but
contrary to what is usually af¿rmed, he did not initiate construction of the building. It is only after 1730 that
the episcopal residence returned to Viviers.

LES RÉSIDENCES DE L’ÉVÊQUE DE VIVIERS (Ve-XVe SIÈCLES)

L’histoire de la résidence de l’évêque en Vivarais pré- sous l’impulsion du propriétaire du bâtiment sont plus ré-
sente deux particularités : d’abord le déplacement du siège centes et sont encore partiellement inédites. Elles concer-
de l’évêché depuis son lieu d’origine, la capitale de la cité nent un édi¿ce qui était jusque-là jugé comme une création
des Helviens, Alba Helviorum, jusqu’à l’endroit où il se de l’évêque Claude de Tournon au XVIe siècle alors que
trouve actuellement, à Viviers en bordure du Rhône, plus l’observation la plus élémentaire montre la complexité du
tard le déplacement de la résidence effective de l’évêque monument et des formes de baies ou d’aménagements bien
assez loin de sa cathédrale, à Bourg-Saint-Andéol, localité antérieures à cette époque. Si ce palais est bien documenté
située à une quinzaine de kilomètres du siège. pour l’époque moderne, si l’évolution de sa construction
Si les fouilles réalisées sur le site d’Alba vers la ¿n des commence à être bien établie, se pose encore la question
années 1960 ont permis de reconnaître un ensemble mo- de la date d’installation des évêques en ce lieu.
numental que l’on peut estimer correspondre au groupe
cathédral, la résidence même de l’évêque ne nous est pas
connue sur ce site. Les fouilles menées à Viviers permettent L’IMPLANTATION PALÉOCHRÉTIENNE DU SIÈGE
en revanche quelque hypothèse sur la première installation
épiscopale dans cette localité et le palais épiscopal médié- En préambule d’un cartulaire compilé par l’évêque
val a pu être mis en évidence par les études que j’ai menées Thomas II vers 950 et connu par une copie du XVIIe siècle,
dans les années 1980 et a déjà fait l’objet d’une publica- la Charta vetus, ¿gure la liste des évêques de Viviers, liste
tion1. Les découvertes effectuées à Bourg-Saint-Andéol divisée en deux parties en raison du transfert du siège.

1 Y. Esquieu, « La cathédrale de Viviers et les bâtiments du p. 144-147 ; idem dans Viviers : peintures murales de l’antiquité
cloître. XIIe-XIIIe siècles », Bulletin monumental, t. 141 1983, à nos jours, Viviers, 1985, p. 36-39.
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 89-97.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101291
90 YVES ESQUIEU

Nous savons ainsi que cinq évêques ont siégé à Alba. comme premiers évêques de Viviers mais on a pu faire de
Les opinions ont varié sur la date de la fondation de cette Promotus un adjectif et non un nom propre. R. Lauxerois
Église. Après les travaux de Roger Lauxerois2 et Paul- fait cependant de lui le premier évêque à avoir siégé à
Albert Février3, on serait tenté de la situer vers la ¿n du Viviers. Lucianus, lui aurait succédé, selon la Charta ve-
IVe siècle. tus, sous le règne d’Alaric (484-507) ; une épitaphe qui
Il y a tout lieu de penser que le site de Saint-Pierre à est en remploi dans une église de Saint-Thomé, localité à
Alba, à la rencontre des routes actuelles Viviers-Aubenas mi-chemin entre Alba et Viviers, lui a été attribuée et place
et Le Teil-Alba correspond à la première implantation sa mort en 487, indiquant que son épiscopat a duré sept
épiscopale du Vivarais. Le site est éloigné de l’actuelle ans. Pour R. Lauxerois, l’évêque concerné par cette épi-
agglomération, de l’autre côté de la rivière d’Escoutay, un taphe n’est pas clairement indiqué et il l’attribue plutôt à
petit afÀuent du Rhône. Il correspond à l’extrémité ouest Promotus. La localisation de sa sépulture entre le premier
de la ville gallo-romaine. Les fouilles ont permis la mise siège et le nouveau serait ainsi symbolique. C’est donc
au jour, sous les ruines d’une église romane abandonnée autour de 475 qu’aurait eu lieu le transfert5.
au moment des guerres de Religion, de deux églises au Il conviendra de laisser de côté une hypothétique ins-
chevet carré, avec entrées latérales de part et d’autre d’un tallation intermédiaire à Mélas, dans les environs du Teil,
couloir dallé qui les sépare. L’église sud réutilise pour une avant l’installation à Viviers, hypothèse avancée autrefois
grande part des murs d’un édi¿ce plus ancien, peut-être en raison de la présence sur ce site d’un baptistère que l’on
un monument public en relation avec un siège de corpora- estimait paléochrétien. Le premier à avoir avancé l’idée
tions. Les dalles du couloir elles-mêmes sont des remplois qu’Auxonius, dernier évêque d’Alba, serait venu s’instal-
antiques. L’édi¿ce sud, mieux conservé, présente une nef ler à Mélas est l’abbé Constant en 18566. Cette assertion
assez courte, peut-être divisée en trois vaisseaux, sur la- dénuée de toute preuve a été ampli¿ée en 1862 par M. de
quelle se greffe un chevet au sol dallé. Ce sol, à un niveau Saint-Andéol, pseudo-archéologue qui eut néanmoins
plus élevé que celui de la nef, se prolonge dans l’emprise son heure de gloire parmi les érudits du Vivarais : « Les
de celle-ci par une estrade complétant le presbyterium de traditions de l’église de Viviers nous enseignent que le
l’église. Un chancel devait en marquer la limite ; en pro- clergé d’Alba, dont l’évêque saint Avole avait péri sous
viennent différents fragments sculptés en méplat qui ont le fer des barbares, se réfugia à Mélas où saint Mamert,
été retrouvés dans les déblais : éléments de piliers et de évêque de Vienne, vint sacrer l’évêque Auxone qui, sur
plaques4. l’avis de son clergé, transféra, vers l’an 430, le siège épis-
On manque d’éléments pour dater précisément cet en- copal à Viviers »7. Si les autres historiens de l’Ardèche,
semble. Il apparaît que l’on doive le situer dans le Ve siècle, tels Albin Mazon et Jean Régné, déclarèrent invraisembla-
au moment de la création du siège épiscopal. ble que Mélas fut un temps cathédrale, cette idée farfelue
La fouille s’est limitée à l’emprise de ces deux églises a été néanmoins encore véhiculée au XXe siècle par des
et aucune autre construction périphérique n’a pu être repé- historiens de plus haute volée : Émile Mâle puis Henri-
rée à proximité qui aurait pu relever de la résidence même Paul Eydoux. Dans son ouvrage publié en 1964, l’abbé
de l’évêque. Pierre Arnaud a mis ¿n à cette gloire épiscopale usurpée
L’abandon du site d’Alba et le transfert du chef-lieu de de l’église de Mélas8. Seule la présence du « baptistère »
la cité à Viviers à un moment que les historiens ont situé à avait donné naissance à ces supputations. Or, outre le fait
des époques variées ont entraîné le déplacement du siège que la fonction de baptistère n’est nullement assurée pour
épiscopal au même endroit. Le doute subsiste sur le nom cet édi¿ce, on connaît bien aujourd’hui l’existence de bap-
de l’évêque qui a opéré le transfert. Le texte de la Charta tistères ruraux hors de sites épiscopaux et, de toute façon,
vetus n’est pas clair à ce propos. Est-ce Auxonius, dernier le baptistère en question date du XIe siècle seulement.
évêque d’Alba ? Le document cite Promotus et Lucianus

L’ÉVÊQUE À VIVIERS
2 R. Lauxerois, Le Bas-Vivarais à l’époque romaine. Recher-
ches sur la cité d’Alba, Paris, 1983, p. 223-236. Les fouilles menées au nord de la cathédrale, ont per-
3 P.-A. Février, « Alba-Viviers » dans N. Gauthier, J.-C. Picard mis de mettre au jour, sous les restes de l’ancien cloître
(dir.), Topographie chrétienne des cités de la Gaule des origines canonial du Moyen Âge, un portique antique avec des res-
au milieu du VIIIe siècle, III, Provinces ecclésiastiques de tes de mosaïque, construction ensuite transformée pour un
Vienne et d’Arles, Paris, 1986, p. 55-60.
4 Y. Esquieu, « Alba : groupe épiscopal Saint-Pierre » dans N. Duval
(dir.), Les premiers monuments chrétiens de la France, I, Sud-
Est et Corse, Paris, 1995, p. 205-210 ; R. Lauxerois, P. André, 5 R. Lauxerois, op. cit., p. 231-234.
G. Jourdan, avec la collaboration de J.-C. Béal, Y. Esquieu, M.- 6 Annuaire de l’Ardèche, 1856.
C. Bailly-Maître, Alba, de la cité gallo-romaine au village, Paris,
1985, p. 61-65 ; J. Dupraz, C. Fraisse, Carte archéologique de la 7 Une cathédrale du Ve siècle : Saint-Étienne de Mélas, 1862.
Gaule. L’Ardèche. 07, Paris, 2001, p. 176-178. 8 P. Arnaud, Mélas et ses alentours, Le Teil, 1964, p. 37-41.
LES RÉSIDENCES DE L’ÉVÊQUE DE VIVIERS (Ve-XVe SIÈCLES) 91

usage non déterminé puis remplacée par une petite église à


abside polygonale, et des murs d’autres constructions da-
tables du Haut Moyen Âge sans que l’on puisse être plus
précis (¿g. 1). Par ailleurs, un sondage d’urgence effec-
tué par l’INRAP à l’automne 2009 au sud de la cathédrale
cette fois a entraîné la découverte de deux murs formant
l’angle d’un bâtiment, sans doute datable de la ¿n de l’An-
tiquité. Certaines de ces constructions ont-elles pu appar-
tenir à la demeure épiscopale, la cathédrale primitive de
Viviers se trouvant sans doute sous l’actuelle ? Le lieu de
culte découvert au nord est de petites dimensions, il pour-
rait convenir à une chapelle épiscopale, à moins qu’il ne
s’agisse d’un sanctuaire secondaire du groupe cathédral.
Le bâtiment rectangulaire qui lui est parallèle et séparé de
lui par un espace de circulation aurait pu aussi appartenir à
la résidence épiscopale, à moins qu’il s’agisse aussi d’une
annexe du groupe cathédral9. Nous ne pourrons pas dépas-
ser, pour ces hautes époques, le stade de l’hypothèse.
En revanche, la localisation du palais médiéval est
connue avec certitude. Tout près de la cathédrale, au sud-
ouest de celle-ci, au cœur d’un ensemble profondément
remanié, on peut restituer le couple tour-aula, très habi-
tuel à l’architecture palatiale de cette époque (¿g. 2). La Fig. 1. Viviers. Plan des structures du haut Moyen Âge décou-
tour carrée mesure 10,50 m de côté (dans œuvre) ; elle vertes au nord de la cathédrale.

Fig. 2. Viviers. Palais épiscopal médiéval vu de l’ouest (Cl. Y. Esquieu).

9 Y. Esquieu (dir.), Viviers, cité épiscopale. Études archéologi-


ques, Lyon, 1988, DARA, p. 31-33.
92 YVES ESQUIEU

était subdivisée en trois niveaux au-dessus d’un étage de Le cellier (in cellario), la cave (in crotono) et une dépense
soubassement, mis en communication par un escalier en (in despensa) devaient occuper l’étage de soubassement
vis installé dans une tour carrée accolée en hors-d’œu- sous voûte. L’emplacement de la cuisine (in coquina) et de
vre (¿g. 3). On accède à cet escalier depuis l’intérieur de la bouteillerie (in bottalaria) est plus aléatoire, peut-être
la pièce du rez-de-chaussée par une porte à arc en plein dans l’étage de soubassement ou à proximité de la salle.
cintre fortement surélevée par rapport au niveau du sol et Le même texte mentionne un « cloître » (in claustro) qui
suivie d’un étroit vestibule voûté d’un berceau transver- doit correspondre au « portique » cité par un acte de 132312
sal. Depuis le dehors, on pénétrait dans le palais par deux qui le situe « derrière la chambre épiscopale sur le jardin »
portes en plein cintre ouvertes directement sur la pièce du (in portico dietro cameram episcopalem supra ortem).
rez-de-chaussée. Le bâtiment rectangulaire est accolé du Ce portique, dont il ne reste aucune trace en raison d’une
côté nord ; on en ignore la longueur car il a été l’objet d’un construction du XIXe siècle à cet endroit, ne pouvait que
violent incendie peu avant la Révolution et son extrémité s’adosser à la tour du côté sud.
nord a été détruite. En raison de la topographie, la tour et
le bâtiment adjacent reposent sur un étage de soubasse-
ment voûté, avec un accès du côté ouest constitué par une
porte à arc surbaissé timbrée d’un écu bûché
Nous avons pu mettre au jour, au rez-de-chaussée de la
tour, un décor consistant en une frise peinte qui occupait
le haut des murs (¿g. 3-4). Il s’agit des armes de l’évêque
de Viviers : d’or à l’aigle impérial alternativement de sable
et d’une couleur indéterminée. Les écus se détachent sur
un fond rouge semé de Àeurs au pochoir. La frise est com-
plétée par des bandes de besants noirs sur fond jaune et de
motifs végétaux stylisés. Cette frise est visible sur le mur
est et partiellement sur le mur ouest, les extrémités et la to-
talité de la frise sur les deux autres parois étant cachées par
une voûte ultérieure. L’évêché de Viviers, dépendant aupa-
ravant de l’Empire, ayant été rattaché en 1308 au royaume
de France par Philippe le Bel, les armes impériales ont été
remplacées par celles du roi de France à ce moment, ce qui
nous donne un terminus ante quem pour la datation de ces
peintures10. Les mêmes motifs ornementaux se retrouvent
à la tour Ferrande de Pernes-les-Fontaines, peintures pos-
térieures à 1268, peut-être même à 1285.
Un document plus tardif permet d’établir la fonction
des différents espaces. Il s’agit de l’inventaire des meu-
bles du palais effectué le 24 juin 1382, à la mort de l’évê-
que Bernard d’Aigrefeuille11. La tour abritait la « cham-
bre épiscopale » (in camera episcopali), la « chambre de
la tour au-dessus de la chambre épiscopale » (in camera
turris supra cameram episcopalem) et la « prison supé-
rieure » (in carcere superiori). La pièce intermédiaire ser-
vait de dépôt d’archives comme l’indique la présence de
plusieurs coffres et caisses emplis de papiers ou scellés ;
il s’y trouvait aussi deux mitres et un étendard peint de Fig. 3. Viviers. Palais épiscopal médiéval. Maquette (réalisation
lys. Dans le bâtiment adjacent devaient prendre place la Isabelle Di Marco).
« grande salle » (in magna aula), la chapelle (capella), une
« chambre derrière la chapelle » (camera retro capellam).

10 P. Babey, Le pouvoir temporel de l’évêque au Moyen Âge,


814-1452, Lyon, 1956, p. 126-135 ; J.-L. Issartel, « Dernière
étape du rattachement du Vivarais à la France : le traité de
1308 », Mémoire d’Ardèche et temps présent, 99 (15 août
2008), p. 27-34.
11 Arch. dép. Ardèche, 2E 7641, f° 7-7 v°. 12 Arch. dép. Ardèche, 2E 7629, f° 22 v°.
LES RÉSIDENCES DE L’ÉVÊQUE DE VIVIERS (Ve-XVe SIÈCLES) 93

Fig. 4. Viviers. Palais épiscopal médiéval. Frise peinte de la chambre épiscopale (Cl. Y. Esquieu).

L’INSTALLATION DES ÉVÊQUES À BOURG-SAINT-ANDÉOL des dimensions plus réduites. Ce premier état du palais
de Bourg peut remonter à la ¿n du XIIe siècle ou au siècle
La présence d’une résidence épiscopale à Bourg-Saint- suivant.
Andéol est une réalité bien connue même si son existence Le noyau primitif s’est trouvé assez vite prolongé vers
au Moyen Âge n’est mise en évidence que depuis peu. le sud par l’adjonction d’un logis rectangulaire long de
Le palais a été érigé en haut du rocher qui domi- 13 m et large de 6,50 m, bâti en petit et moyen appareil as-
ne le Rhône, entre l’église Saint-Michel (détruite à la sez réguliers, dépourvu de toute baie contemporaine de la
Révolution) et une poterne de l’enceinte urbaine. construction (¿g. 6). Ce logis abrite une salle basse voûtée
Le noyau primitif est bien lisible aujourd’hui, du côté d’un berceau et une salle haute. Dans la première moitié
ouest, depuis que cette façade a été décrépie (¿g. 7)13. On du XVe siècle peut-être, un autre corps de logis rectangu-
le distingue au cœur d’adjonctions diverses, bien délimité laire, long de 10 m, s’est accolé à la tour, du côté nord
par ses chaînages d’angles. Il s’agit d’une tour de 8 x 6 m cette fois, contigu à elle par son grand côté. Son appareil
(dimensions extérieures). S’est adossé au sud de cette tour est plus irrégulier. Il comporte une salle basse voûtée en
un logis rectangulaire de 13,50 x 6 m. Les deux construc- berceau et sans doute deux autres niveaux. Le deuxième
tions sont bâties en moellons réguliers, bien assisés. Au est éclairé, du côté ouest, par une demi-croisée. La camera
premier étage de la tour subsistent les traces d’une baie jouxtant l’aula primitive fut surélevée de deux niveaux,
encadrée de colonnettes. C’est dans le bâtiment rectan- celui du dessus éclairé par une baie tréÀée.
gulaire que se trouvaient à l’étage l’aula, longue de 8 m, L’existence de parties médiévales formellement ana-
puis une camera. Cette structure, tour accolée à l’aula, logues à celles du palais de Viviers et peut-être contem-
reprenait celle du palais épiscopal de Viviers, mais avec poraines pose la question de la date de l’installation des
évêques dans ce palais.
Henri Courteault cite un acte du 1er juillet 1306 passé
13 La description que nous donnons ici de cet édi¿ce est faite à Bourg in curti hospitii episcopalis, un autre de 1316
d’après la seule étude publiée dans un bulletin interne d’asso- in stari episcopi quod inhabitat ; le logis épiscopal était
ciation, due à H.-F. Orband dans Les chroniques du palais, 3
(février 2007) et 4 (mai 2008).
94 YVES ESQUIEU

donc inhabité à ce moment14. Un acte de 1331 est passé au


Bourg, prope barrium dicti loci coram domuscula fortali-
cii domini episcopi15.
La présence de l’évêque au Bourg semble donc bien
établie dans le premier tiers du XIVe siècle. Pourtant des
travaux importants ont été réalisés au palais de Viviers
vers le même moment : le plus évident aujourd’hui est le
voûtement de la chambre du rez-de-chaussée de la tour
au moyen d’un berceau qui cache une partie de la frise
d’aigles germaniques ornant le haut des murs de la pièce
et qui se prolonge à l’extérieur, contre la façade ouest,
par un arc en plein cintre reliant les deux contreforts an-
térieurs (¿g. 2). Cette voûte et les murs de la pièce sont
couverts de peintures murales avec des motifs géométri-
ques au milieu desquels ¿gurent les armes de la famille de
Poitiers-Valentinois (d’azur à six besants d’or, 3, 2 et 1, au
chef d’or). Ces armes ¿gurent encore, sculptées cette fois,
sur le portail d’une construction ajoutée à la tour (¿g. 5)
et étaient plus nombreuses autrefois si l’on en croît une
mention du chroniqueur Jacques de Banne au XVIIe siècle
qui rapporte qu’une citerne « fut bastie par un evesque de
la maison de Poitiers et encore une partie de la ditte eves-
che apert par ses armes »16. Cette famille a donné à Viviers
trois évêques et un administrateur aux XIVe et XVe siècles. Fig. 5. Viviers. Palais épiscopal médiéval. Porte avec armoiries
de la famille de Poitiers (Cl. Y. Esquieu).
Les transformations du palais doivent pouvoir être at-
tribuées au premier d’entre eux, Louis de Poitiers, ¿ls
d’Aymar IV comte de Valentinois. (1306-1318) qui, vers
1311, se préoccupait d’agrandir sa maison épiscopale en
annexant la maison d’un hebdomadier de la cathédrale17.

14 H. Courtault, Le Bourg-Saint-Andéol. Essai sur la constitu-


tion et l’état social d’une ville du Midi de la France au Moyen
Âge, Paris, 1909, cité par H. Orband.
15 Arch. dép. Ardèche, 51 J 62, n° 19, cité par P.-Y. Laffont,
Atlas des châteaux du Vivarais, DARA 25, Lyon, 2004. p. 66.
16 Archives évêché Viviers, Mémoires des antiquités de l’église
cathédrale de Viviers… par M. Jacques de Bane, chanoine
d’icelle, manuscrit, p. 31.
17 Accord connu par une copie du chanoine Cluzel au
XVIIIe siècle (archives évêché de Viviers, Mémoire servant
pour l’histoire de notre église cathédrale Saint-Vincent de
Viviers, manuscrit, f° 33 v°-34) : Unde reverendus in Christo
pater dominus Ludovicus de Pictavia bonae memoriae volens
domum episcopalem ampliare (…) ordinaverunt quod hospi-
tium hebdomadarii domui episcopali contiguum ipsi domino
episcopo (…) remanere. Les armes peintes à la voûte de la
chambre épiscopale sont sans brisure. Tel n’est pas le cas de
l’écu sculpté à droite du portail gothique contigu à la tour
primitive : les armes de Poitiers-Valentinois sont ici accom-
pagnées d’une « bande » ou « citice » brochant le tout. Selon
Hervé-François Orband qui a bien voulu nous communiquer
une note sur les armes de la famille de Poitiers, il était d’usage
« au sein des lignages chevaleresques et seigneuriaux que cha-
que membre intègre un signe distinctif, « brisure » ou « meu-
ble » particulier se surajoutant aux armes originelles. L’écu
qui arbore ici une « bande » ou « cotice » (dont l’émail était le
plus souvent de gueules) désignerait volontiers le cadet d’une Fig. 6. Bourg-Saint-Andéol. Plan schématique de l’évolution du
famille, en l’occurrence Louis de Poitiers, pour le distinguer palais des évêques (Dessin Y. Esquieu d’après plan H.-F. Orband).
LES RÉSIDENCES DE L’ÉVÊQUE DE VIVIERS (Ve-XVe SIÈCLES) 95

Fig. 7. Bourg-Saint-Andéol. Palais des évêques, façade ouest : parties primitives du palais (Cl. Y. Esquieu).
96 YVES ESQUIEU

Les autres, Charles-Olivier, Philippe-Guillaume et La résidence continue des évêques à Bourg est donc établie
Guillaume-Olivier, ont en effet occupé le siège trop tar- à partir des années 1370 et elle va durer jusqu’en 1730. Reste
divement, à partir de 1385, pour avoir pu être concernés à envisager les usages de cette construction auparavant.
par ces travaux. Les évêques disposaient habituellement d’un nombre
Par ailleurs, vers la même époque, des actes sont encore variable de résidences forti¿ées (castrum ou turris) ou non
passés dans le palais épiscopal de Viviers : surtout, a eu lieu, (domus) sur le territoire de leur diocèse : l’archevêque de
les 10 et 11 novembre 1321, l’assemblée des habitants apud Narbonne disposait au XIVe siècle de 18 châteaux mais
mansum episcopali destinée à fonder les institutions com- l’évêque de Carcassonne d’un seulement. Celui de Viviers
munales ; l’évêque ne semble pas présent à cette assemblée possédait, outre le château de Bourg, ceux de Largentière
dont on dit seulement qu’il l’a autorisée. En revanche, dix et de Saint-Victor, près du Teil. Ces châteaux servaient à
jours plus tard, il reçoit les représentants de la communau- marquer le territoire, à gérer les seigneuries dépendant de
té devant la porte de son château de Saint-Victor, près du l’évêché, l’évêque y recevait le serment de ses vassaux.
Teil18. En outre, l’of¿cial Bernard Peyre accorde un bail à Ce fut certainement le rôle de la forti¿cation, d’abord mo-
cens in hospicio episcopali en 132619. Un acte y est encore deste, puis du palais de Bourg qui devait symboliser le
passé en 1323, d’autres en 135420 puis en 136821. pouvoir épiscopal sur cette ville. L’évêque résidait le plus
Une dizaine d’années plus tard, la situation est différen- souvent dans l’un de ses châteaux plutôt que dans le palais
te. En 1378, une transaction entre l’évêque et le chapitre est épiscopal de son siège. L’archevêque de Narbonne signait
passée in camera episcopali mais à Bourg-Saint-Andéol22. habituellement ses actes en son palais de Capestang et non
La même année, le chapitre prête pour deux ans à l’évêque dans celui de Narbonne. Cette habitude prise par les évê-
des maisons dont celui-ci a besoin au Bourg, près de la mai- ques de ne pas résider dans le palais lié à leur cathédrale
son épiscopale ; on peut imaginer que ce prêt limité dans le vient certainement de la volonté de s’éloigner du chapitre
temps correspond à un besoin de logement lié à des travaux canonial dont la juridiction était établie sur le quartier de
en cours dans le palais voisin23. L’inventaire des meubles la cathédrale. Les conÀits entre les juridictions de l’évêque
du palais épiscopal de Viviers le 24 juin 1382, consécutif et du chapitre n’ont pas manqué çà et là et les solutions
à la mort de l’évêque Bernard d’Aigrefeuille déjà cité plus plus ou moins étranges adoptées par exemple pour faire
haut, montre bien une demeure à l’état d’abandon24. Dans pénétrer les prisonniers de la juridiction épiscopale dans
la grande salle, on inventorie des bancs ¿xés au mur, un la prison de celle-ci à Vienne ou Lyon25 sont là pour nous
vieil escabeau, trois portes anciennes qui, citées comme montrer la complexité des relations. L’évêque de Viviers
meubles semblent démontées, et un matelas. La cuisine est dut d’abord utiliser le palais de Bourg comme résidence
meublée d’un dressoir qui paraît vide et la seule vaisselle passagère en alternance avec celle de Viviers, avant le
citée pour cette pièce est un mortier de pierre. Dans la cave transfert plus durable de sa demeure qui apparaît ainsi un
il n’y a rien, les quatre tonneaux signalés dans le cellier sont peu tardivement si l’on se réfère aux cas parallèles avé-
vides. Aucune literie n’est mentionnée dans les chambres. rés pour d’autres sièges épiscopaux bien mis en évidence
Il est clair qu’alors l’évêque ne réside plus en son palais de ailleurs par les études de T. Crépin-Leblond.
Viviers. Il est vrai que Bernard d’Aigrefeuille avait surtout Les observations effectuées par H.-F. Orband sur le
¿xé sa résidence à Avignon, auprès de la cour ponti¿cale. palais de Bourg à l’occasion de travaux de restauration
Il faut attribuer aux évêques de la famille de Poitiers qui ne semblent pas ¿xer de campagne de construction dans
lui ont succédé des travaux d’aménagement à Bourg-Saint- les années 1370, ni même dans la décennie suivante,
Andéol dont une cheminée de la cuisine marquée de leurs ce que l’examen des textes paraît cependant suggérer.
armoiries offre le témoignage. L’interprétation du blason ¿gurant sur l’une des chemi-
nées de la nouvelle cuisine peut-elle aider à comprendre la
chronologie ? Selon H.-F. Orband26, ce blason ajoute aux
de son frère aîné Aimar V, ¿ls premier du comte Aimar IV qui, armes des Poitiers-Valentinois « une crosse épiscopale pas-
logiquement, portait les mêmes armes que son père ». sant en pal derrière l’écu ». Mais lequel des trois Poitiers-
18 Arch. municipales, Viviers, AA 3, n° 6. Cité par J. Régné, Valentinois qui ont administré le diocèse entre 1385 et 1454
Histoire du Vivarais, II, p. 486-487 ; idem, « Catalogue des ac- l’a-t-il fait sculpter ? Une grosse campagne, visant notam-
tes de la ville de Viviers antérieurement au XVIe siècle », Revue ment à élever la nouvelle cuisine et, tout à côté, la grande
du Vivarais, n° 26, 1919, p. 199-201. aula, dite « salle des États », au sud-est de l’ensemble, se
19 Arch. dép. Ardèche, 2E 7627, f° 13 v°. situerait, si l’on se réfère à des critères stylistiques, vers
20 Arch. dép. Ardèche, 2E 7629, f° 22 v° et 2E 7678, f° 35-36. 1450, sous l’épiscopat de Guillaume-Olivier de Poitiers
21 Arch. municipales, Viviers, AA 2, n° 5. Il s’agit d’une tran-
saction passée entre l’évêque et les habitants de Viviers concer-
nant les péages du Teil, de Viviers et de Bourg.
25 Y. Esquieu, Autour de nos cathédrales. Quartiers canoniaux
22 Arch. dép. Ardèche, G 18. du Sillon rhodanien et littoral méditerranéen, Paris, 1992,
23 Arch. dép. Ardèche, 2E 7638, f° 16 v°-17. p. 137-138.
24 Arch. dép. Ardèche, 2E 7641, f° 7-7 v°. 26 Communication à l’auteur.
LES RÉSIDENCES DE L’ÉVÊQUE DE VIVIERS (Ve-XVe SIÈCLES) 97

(évêque de 1442 à 1454)27. H.-F. Orband propose d’attri- CONCLUSION


buer à cet évêque le blason de la cuisine. Il écarte Charles-
Olivier qui ne fut qu’administrateur du diocèse et pendant C’est donc toute une série de résidences épiscopales
quelques mois seulement (1385-1386). L’épiscopat de qu’il faut envisager pour ce diocèse depuis la fondation
Philippe-Guillaume de Poitiers (administrateur du diocèse du siège. Il faut même y ajouter le transfert récent de
à partir de 1389, puis évêque de 1398 à 1406) semblerait cette résidence dans un autre hôtel vivarois dû aussi à J.-
mieux convenir : aucun argument convainquant ne permet B. Franque, plus modeste que le précédent.
de l’écarter et de ne pas lui attribuer ces travaux. Si la fouille d’Alba ne nous a pas livré la domus epis-
Le palais de Bourg a subi de profondes transformations copalis primitive du Vivarais en raison de son extension
sous l’impulsion de l’évêque Claude de Tournon qui fut trop limitée, celle de Viviers nous offre une hypothèse,
par ailleurs un grand constructeur puisque l’on doit à son malheureusement trop peu étayée, pour les résidences
épiscopat le chevet de la cathédrale de Viviers, le château antérieures au XIIe siècle. Le palais des XIIe-XIVe siè-
de Donzère, celui du Bosquet à Saint-Marcel-d’Ardèche. cles est, quant à lui, bien connu maintenant. L’existence
Les dates de 1532-1536 pour ces travaux nous ont été révé- du palais de Bourg-Saint-Andéol avant le XVIe siècle est
lées par une belle inscription récemment mise au jour sur la bien mise en évidence aujourd’hui. Les palais de Viviers
façade ouest du bâtiment28. En dehors du style de ce texte et de Bourg, dans leur état premier, juxtaposant turris
et de la belle graphie antiquisante de l’inscription, aucu- et aula sont tout-à-fait apparentés ; ce schéma est par-
ne trace de l’esprit de la Renaissance n’apparaît dans ces faitement habituel pour les palais de cette époque. La
transformations qui n’ont pas enlevé à l’édi¿ce son allure présence d’une tour à caractère symbolique et utilitaire,
médiévale. D’où une homogénéité relative qui a sans doute devenue ensuite résidence épiscopale, changement de
trompé ceux qui ont parlé jusqu’à présent de ce palais. statut qui s’est accompagné d’accroissements monumen-
D’importants travaux ont eu lieu encore au XVIIe siècle taux successifs bien mis en évidence par H.-F. Orband,
sous l’épiscopat de Louis de La Baume de Suze. Pendant ce correspond à une situation qui est attestée d’une façon
temps, le palais de Viviers abritait depuis 1650 un séminaire très générale à partir du XIIIe siècle. Ces constatations
tenu par les prêtres de Saint-Sulpice. La résidence épisco- permettent d’évoquer plus concrètement ce qu’a été le
pale n’a regagné Viviers qu’après 1730, hors les murs de la cadre de la vie et le symbole de l’af¿rmation du pou-
ville, dans un hôtel de type parisien entre cour et jardin bâti voir des évêques de Viviers durant les derniers siècles du
par l’architecte avignonnais Jean-Baptiste Franque29. Moyen Âge.

27 H.-F. Orband dans Les chroniques du palais, n° 5, 2009, p. 9-13.


28 H.-F. Orband dans Les chroniques du palais, n° 2, 2005,
p. 10-11.
29 M. Barber, « L’œuvre de J.-B. Franque à Viviers », Revue du
Vivarais, 35 (1928), p. 156-160 ; Ardèche. Canton de Viviers.
Inventaire topographique, Paris, 1989, p. 298.
99

CATHERINE BARRA
Chargée d’opération et de recherche, Inrap, UMR 7299
FRANÇOISE PAONE
Ingénieur d’études, Inrap, UMR 7299 1

MARSEILLES, THE BISHOP’S MANSION DURING LATE ANTIQUITY


AND ITS REMOVAL AT THE MIDDLE AGES,
READ THROUGH ARCHAEOLOGICAL RESEARCH (1995-2010)

Contractual archaeological operations conducted over the last ¿fteen years in the area of La Major, the
present cathedral of Marseilles, led to the discovery under the Romanesque church of the remains of the Early
Christian cathedral built during the Vth century and revealed peripheral buildings belonging to the domus ec-
clesiae, including a residential structure near the baptistery of a luxurious nature, attributable to an episcopal
dwelling. The whole of the discovered buildings are within the network of blocks delimited by streets laid out
in the VIth century BC by Greeks from Phocaea, the founders of the city. The bishop’s residence, organized in
two wings, consists of at least ¿fteen rooms, including a thermal ensemble, a courtyard, several corridors, and
a prestigious hall with a mosaic pavement. This 25 m² hall situated in the west wing was adorned with a central
picture of confronted birds and cantharus, surrounded by a frame of decorated medallions. A courtyard formed
the junction between the two wings. The oriental wing housed three to four thermal rooms. One, heated, was
built on a hypocaust. A network of drains ran through the unit. South of this residence, several other houses
were discovered (seven listed). Some of them seem to be living quarters, with domestic areas, and rooms, the
quality of the Àoors of which (concrete, mortar), bears witness to a high standard of living. All of these, which
belonged to the Vth century and continued in use until the VIIth, could have belonged to the domus ecclesiae.
Boundaries of the bishop’s district are dif¿cult to determine for this early period. During the Early Medieval
period, buildings in this area were destroyed, except for places of worship, and it is not known exactly where
the bishop lived during this time of crisis. From the XIIth century, when the cathedral chapter reoccupyed the
area, established a cemetery and constructed new residential buildings, the bishop settled upon the hill located
to the north-east, his new palace adjoining the cathedral via a new street created for this use. It was not until
the XVIIth century that a new bishop’s palace appeared near the cathedral.

MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE


ET SON DÉPLACEMENT AU MOYEN ÂGE,
CONTRIBUTIONS DE L’ARCHÉOLOGIE (1995-2010)

La ville antique de Marseille (fig. 1) s’est développée dernière évoluant jusqu’à atteindre son extension maximale
sur la rive nord de la calanque du Lacydon, jalonnée de plu- à l’époque hellénistique, où elle circonscrit une surface es-
sieurs hauteurs, butte St Laurent, butte des Moulins, butte timée à une cinquantaine d’hectares. La ville ne s’est que
de la Roquette, butte des Carmes. Établie par les Grecs de tardivement libérée de cette emprise, et ces aménagements
Phocée au VIe siècle av. J.-C., la cité, quadrillée de réseaux originels ont connu une longévité telle que plusieurs rues
viaires orthogonaux2 dé¿nissant l’emplacement d’îlots d’ha- actuelles suivent les mêmes axes, de même que les orienta-
bitations3, a été rapidement pourvue d’une enceinte, cette tions générales du bâti ont souvent été conservées.
À l’intérieur de l’enceinte, le secteur de la ville choisi pour
l’implantation du groupe épiscopal (¿g. 1 et 2) se situe en
1 Nous remercions Jean Guyon pour sa relecture attentive. bordure occidentale (et maritime) de la cité, constituée ici
2 Ils sont dessinés selon des axes différents suivant la topogra- de falaises de plusieurs mètres de haut. Il s’inscrit dans un
phie des secteurs espace limité au nord par l’anse de l’Ourse, et au sud par un
3 M. Moliner 2001, Tréziny 2001.
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 99-114.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101292
100 CATHERINE BARRA ET FRANÇOISE PAONE

réseau viaire antique


opération archéologique

corne du port

thalweg

ANSE DE L’OURSE

1 Butte
des Carmes
4 2

3
5 Butte
de la Roquette

6
7
Butte
8 des Moulins
3

Butte
Saint-Laurent

LACYDON

1 - Rue Rouge 5 - Vieille Major


2 - Esplanade 6 - Four-du-Chapitre N
3 - Tunnel 7 - Av. Vaudoyer
4 - Cathédrale 8 - Îlot 55 0 100 200 m

DAO Chr. Voyez/Inrap (d’aprés M. Bouiron/M. Moliner/N. Weydert)

Fig. 1. Marseille : les limites de la ville à l’Antiquité tardive et les opérations archéologiques à proximité de la Major (DAO C. Voyez,
d’après M. Bouiron/M. Moliner/N. Weydert).

vallon bien marqué ouvrant sur la mer. Piémont occidental de vergure modi¿ant la physionomie de l’endroit : mise en
la butte des Moulins, l’endroit est formé de terrasses succes- place d’un grand collecteur dans le vallon ; comblement
sives, modelées dans le substrat stampien, dont la plus vaste de ce dernier et établissement d’une esplanade dallée do-
servira de terrain de construction aux édi¿ces religieux. minée sur la rive gauche par un édi¿ce monumental.
Les îlots déjà lotis situés plus au nord connaissent di-
Sans revenir sur la longue histoire antique de la cité verses reconstructions, domus, bâtiment artisanal (mou-
marseillaise, il faut évoquer, après les siècles d’indépen- lin), boutique (auberge), jusqu’au IIIe siècle ap. J.-C., où
dance de la prospère colonie grecque, son entrée dans la l’on observe une déprise de l’occupation de cette partie de
romanité, et les années Àorissantes à partir de la pério- la ville. À la ¿n du IVe siècle, se concrétisent les prémisses
de augustéenne, avec, dans le quartier où sera plus tard de la reconquête de ces zones désertées, destinées alors à
construite la cathédrale, une campagne de travaux d’en- accueillir le groupe cathédral.
MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE… 101

Localisation du transect
nord-sud

Tracé restitué d’après les données


géotechniques (sous la mairie de quartier)

Dérasement du XIXe s.
(création de la rue Robert Schuman)

Îlot A Îlot B Îlot C Îlots D/E Îlot F

Voie I Voie II Voie III Voie III

Mur de Chapelle Thalweg/vallon


soutènement des Pénitents de la rue du
du XIXe s. et thalweg Four de chapitre
F Thalweg
NG
m
Nord ,70 Sud
11

10 m NGF
Marnes Niveau Ve s.
Poudingues Poudingues
Grès Marnes
5 m NGF Poudingues
Marnes
F
NG
0m
0 m NGF Mer 3,6
1m
12,5 m

Fig. 2. Transect nord-sud révélant la topographie initiale du secteur (DAO N. Weydert, Inrap).

Ce quartier de la cathédrale est maintenant, avec le sec- planade Major, mitoyenne à celle du Tunnel (¿g. 3) a per-
teur de la rive nord du port, l’un des mieux documenté de mis de compléter le plan du quartier cathédral et notamment
la ville grâce aux nombreuses découvertes archéologiques, de localiser, nous le pensons, la résidence de l’évêque8.
initiées au milieu du XIXe siècle lors de la construction de
la Nouvelle Major, et durant laquelle le baptistère paléo-
chrétien avait été totalement exhumé4. En 1994, lors de LE COMPLEXE DU VE AU VIIIE SIÈCLE.
sondages à l’intérieur de la cathédrale romane, avaient été
dégagés plusieurs sols de mosaïques, qui, mis en corréla- Le premier évêque marseillais attesté, Oresius, était
tion avec les découvertes précédentes, con¿rmaient que la présent en 314 au Concile d’Arles9. Mais, cet évêché
cathédrale paléochrétienne se trouvait sous l’édi¿ce médié- révèle une « Église », qui, plutôt qu’un édi¿ce de pierre,
val5. La fouille réalisée en 2000-2001 sur le tracé linéaire recouvre davantage un groupe de croyants autour d’une
du Tunnel de la Major6, longeant à l’est, sur une bande de hiérarchie constituée.
350 m pour 10 m de large, le groupe épiscopal marseillais, a C’est dans un contexte urbain encore empreint de son
mis au jour des vestiges d’édi¿ces, de voiries et d’ouvrages héritage antique, que ce secteur de la ville accueille au
d’art depuis le VIe siècle av. J.C. jusqu’au XXe siècle, dé- début du Ve siècle, le premier groupe épiscopal reconnu
couvrant l’occupation de cette partie de la ville et apportant par l’archéologie. Cette période coïncide avec l’épiscopat
de nouvelles réponses7 aux hypothèses précédemment émi- de Proculus (381- 428), primat de Narbonnaise seconde au
ses sur le découpage parcellaire précoce de la cité. En 2008, concile de Turin en 398. L’édi¿cation des bâtiments com-
une nouvelle opération préventive à l’emplacement de l’Es- posant le groupe cathédral primitif peut donc être attribuée
à Proculus, qui traduit dans ce lieu sa volonté d’af¿rmer le
poids de l’Église de Marseille à travers la monumentalité
4 F. Roustan 1905.
des édi¿ces de culte, l’étendue du complexe, mais égale-
ment le choix d’un site remarquable depuis la mer.
5 F. Paone et al. 1999.
6 C. Barra et al. 2004. Fouille AFAN ; responsables : F. Conche,
O. Maufras, M. Guillaume.
7 Pour l’Antiquité tardive, ont participé à l’analyse des vesti- 8 F. Paone, P. Mellinand, F. Parent dir. 2011. Pour le chantier
ges et à la rédaction du rapport, dont les données présentées de l’Esplanade Major, les auteurs principaux de l’étude des
ici sont en partie issues : L. Ben-Chaba, S. Bien, J.-L. Blaison, vestiges ATHMA sont E. Frangin, P. Mellinand, F. Moroldo et
C. Chappuis, S. Fournier, R. Gaday, M. Guillaume, X. Milland, Fl. Parent.
K. Monteil, S. Puech, N. Valour, et C. Voyez. 9 Concilia Galliae a. 314 -a. 506, p. 14.
102 CATHERINE BARRA ET FRANÇOISE PAONE

Fig. 3. La fouille du tunnel de la Major en 2000 à gauche (cl. Th. Maziers, Inrap) et à droite celle de l’Esplanade (cl. Altivue) : on aper-
çoit la cathédrale romane amputée à l’ouest par la cathédrale du XIXe siècle.

Les édifices religieux : baptistère et cathédrale de mosaïques polychromes, dont des éléments de bordure
identiques ornaient l’une des salles attribuée à la résidence
Des deux composantes majeures de l’ensemble paléo- ecclésiale.
chrétien (¿g. 4), le baptistère est le mieux documenté grâ-
ce aux relevés et écrits de F. Roustan10. Localisé en lisière Autour de ces lieux de culte se répartissent, au sein
de la falaise, cet édi¿ce adopte un plan centré dans lequel de certains îlots antiques modi¿és, les divers bâtiments
est organisé un espace intérieur octogonal accueillant la identi¿és comme pouvant appartenir à la domus ecclesiae
piscine baptismale. Ses imposantes dimensions – 25 m (¿g. 5).
de côté, soit 625 m2 - en font l’un des plus monumentaux
baptistères d’Occident. Il est impossible de dire si le bap- L’îlot A : la demeure de l’évêque
tistère communiquait avec l’ecclesia primitive située 7 m
plus au sud. Il a été proposé de restituer l’emprise de cette Placé au nord-est de la cathédrale, un vaste ensemble
dernière sur environ 60 m de long pour 25 m de large, en est bordé au sud par une rue (voie I) menant au baptistère.
la faisant s’étendre jusqu’au bord de falaise, sa façade Ce bâtiment, dont la construction se prolonge entre le dé-
pouvant s’aligner sur celle du baptistère. Mais il s’agit but et le milieu du Ve siècle, se compose d’au moins deux
là d’hypothèses11, car les indices lui étant rattachés sont ailes organisées autour d’une cour fermée au sud par un
ténus et consistent en quelques maçonneries et panneaux espace couvert (¿g. 6).
L’ensemble comporte une quinzaine de pièces parmi
lesquelles une salle de prestige pourvue d’une mosaïque
polychrome, des espaces thermaux, plusieurs couloirs et
10 F. Roustan 1905. une cour. Le plan de la maison est totalement imprégné
11 F. Paone et M. Bouiron 2001.
MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE… 103

N
Baptistère
3

MER

6
3

4 5

Sarcophages

Vestiges de la cathédrale
Mosaïques de l'Antiquité tardive
Vieille Major (Moyen-Âge)
Vieille Major (conservée)
Prévôté (Moyen-Âge ?)
0 5 10 m
M. Bouiron

Voie V

Fig. 4. Vestiges du baptistère et de la cathédrale du Ve siècle (DAO M. Bouiron, ville de Nice, cl. C. Hussy, SRA. PACA).
104 CATHERINE BARRA ET FRANÇOISE PAONE

L’une des pièces (¿g. 7) revêt un soin particulier : son


sol se compose d’une mosaïque polychrome dont le trai-
tement chromatique et stylistique est proche de fragments
trouvés à l’emplacement de la cathédrale primitive. Ainsi
Anse de l’Ourse
une bordure de peltes affrontées et nœud de Salomon est
identique dans les deux espaces. Cette pièce de 25 m2 est
ornée d’un pavement rectangulaire formé d’un panneau
central ¿gurant des oiseaux affrontés et des canthares
dans les angles, l’ensemble est entouré d’une bordure de
médaillons avec des décors de sparteries ou de Àeuron12.
Ses dimensions restreintes (5,80 m x 4,30 m) excluent d’y
Îlot A
voir une pièce de réception, mais la qualité du revêtement
comme la richesse du répertoire en font cependant un es-
pace de qualité relevant peut-être d’un usage privé, telle
N

Voie I une chambre (le cubiculum de l’évêque) ou une biblio-


thèque. À l’est de cette salle, un étroit couloir de 1,10 m
pourvu d’un sol de tuileau permet la communication entre
les espaces nord et le prolongement méridional de l’aile
Îlot B dont les murs de contour maintiennent l’emplacement de
réaménagements du Haut-Empire.
Une nouvelle salle en partie dégagée, s’étend sur au
moins 24 m2 et communique avec une étroite alcôve de
Voie II
10 m2 pourvue d’un petit foyer et également accessible
Voie V

depuis la cour. Cette pièce est équipée d’une latrine ou


Îlot C
d’un évier dont ne demeure qu’un conduit d’évacuation
Voie III
Îlot E en tuiles qui traverse les espaces sud pour se déverser
dans la voie I. Le mauvais état de conservation des sols
Îlot D
ainsi que la superposition de niveaux du VIIIe siècle sur
Voie VI

certaines séquences du Ve siècle conduisent à penser que


les niveaux observés peuvent peut-être correspondre à des
Îlot F Voie IV couches de préparation destinées à supporter un dallage.
Ce dernier aurait disparu lors de l’apport du dernier sol de
circulation daté du VIIIe siècle qui, compact et homogène,
0 50 100 m s’étend dans l’ensemble des pièces méridionales.
Les pièces méridionales bâties après la mise en place
Fig. 5. Implantation des bâtiments dans la trame viaire issue de d’un radier de nivellement du terrain se caractérisent par
l’Antiquité (DAO C. Voyez, Inrap).
leur extrême étroitesse (2 m de large) et l’absence d’amé-
nagement particulier nous permettant d’identi¿er leur usa-
des constructions sous-jacentes et notamment de celui ge. Cependant l’un des espaces est doté d’une succession
d’une domus augustéenne. Il intègre également des espa- de brasié13 et d’argile qui semble former le socle d’une
ces du Haut-Empire auparavant implantés sur une terrasse construction. La circulation entre ces salles s’effectue
supérieure. grâce à des portes étroites placées en en¿lade.

- L’aile occidentale - La cour et son espace méridional


Les pièces les plus septentrionales de cette aile cor- La transition entre les deux corps de bâtiment se fait par
respondent aux salles du Haut-Empire réaménagées lors l’intermédiaire d’une cour intérieure bordée au sud par une
de la mise en place d’un caniveau d’évacuation qui de- salle étroite qui longe la voie (¿g. 6). Cet espace ouvert,
vait vraisemblablement former un coude à l’ouest. Mal- qui reprend en partie l’emprise de la cour d’une domus
heureusement, l’absence de sols ne permet pas de dater antique, se prolonge au nord sur l’ancienne terrasse supé-
précisément ces travaux. En revanche, les espaces méri-
dionaux appartiennent à une même phase de construction
caractérisée par des murs maçonnés en petit appareil réglé 12 V. Blanc-Bijon et F. Paone 2011.
de moellons de calcaire dur, rose et blanc et réemployant 13 Mot d’origine provençale, le brasié est le terme qui désigne
des fragments de terrazzo et de béton de tuileau ; les pare- la poussière et les déchets de petite dimension issus de la taille
ments conservent des traces ténues d’enduit. de la pierre, ici le calcaire rose de la Couronne qui donne sa
couleur au brasié.
MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE… 105

4
4

3
2

Voie II

Seuil de porte

Caniveau
Pillettes

Sol
Sol de tuileau
0 5 10 m
Sol de mosaïque
DAO J. Isnard, M.Taras-Thomas,Chr. Voyez/Inrap

1 3

Fig. 6. Vestiges de la domus ecclesiae aux Ve-VIIIe siècles (DAO J. Isnard, cl. Ph. Mellinand (1 et 2), T. Maziers (3 et 4), Inrap).
106 CATHERINE BARRA ET FRANÇOISE PAONE

rieure pour atteindre une longueur minimum de 12 m sur Ce complexe, dont l’étendue dépasse malheureusement
une largeur de 5 m. Elle est bordée, semble-t-il, à l’est par les emprises de fouilles, correspond selon toute vraisem-
un portique ou une galerie dont ne demeure que le styloba- blance à une partie de la demeure épiscopale qui pouvait
te et elle est équipée à la ¿n du Ve siècle d’aménagements s’étendre au nord jusqu’à la falaise de l’Ourse proche. La
hydrauliques. Placée à la jonction de deux caniveaux, une découverte au XIXe siècle au nord du baptistère d’un en-
structure circulaire d’un diamètre estimé à 1,60 m corres- semble de pièces dont les mosaïques à motifs géométri-
pond vraisemblablement au soubassement d’un bassin. ques noir et blanc sont datées stylistiquement du IIe-IIIe
Sur un premier sol en brasié compact perçu sur l’ensemble siècle nous amènent à nous interroger sur la possible réu-
de la cour, sont accumulés plusieurs apports de terre, dont tilisation de ces espaces durant l’Antiquité tardive. Mais si
les plus récents datant des VIe - VIIe siècles, sont riches en tel est le cas, une probable restructuration du plan pourrait
coquilles Saint-Jacques et huîtres. alors avoir été réalisée conformément à ce qui a été ob-
servé dans les fouilles mitoyennes.
- L’aile orientale
L’aile orientale accueille des pièces à vocation thermale Îlot B
établies directement sur les structures antérieures qui sem- Les constructions localisées à proximité de la cathédrale
blent fonctionnellement liées et sont séparées de la cour sont mal documentées, la remontée du substratum n’ayant
par un étroit espace assurant leur desserte. L’hypothèse pas favorisé la conservation des vestiges dans les parties
émise par les fouilleurs qu’il pourrait s’agir d’un portique centrale et méridionale de cette zone. Néanmoins, directe-
se justi¿e par la mise en œuvre distincte des murs, une ment au sud de la voie I, une construction, dont la partition
colonnade pouvant être supportée par le mur ouest moins en trois salles se calquait sur celle du Haut-Empire, est
bien appareillé et non maçonné formant un stylobate. Éta- équipée dès l’origine d’une canalisation et pourvue d’au
bli dans le second tiers du Ve siècle, l’ensemble thermal se moins deux fosses dont l’une, dévolue au stockage, d’une
compose d’au moins trois espaces, peut-être quatre dans envergure de 3,30 m pour 1 m de profondeur, occupe la
un second temps. En limite de rue, la salle chaude d’au largeur de l’une des pièces, ce qui sous-entend qu’elle de-
moins 30 m2 est pourvue d’un hypocauste supportant une vait être recouverte d’un plancher. À l’ouest, dans l’espace
suspensura très partiellement conservée qui scelle une ca- contigu à la cathédrale, deux pièces quali¿ées d’utilitai-
nalisation placée le long du mur occidental et se déverse res ont été mises au jour en association avec un silo ri-
dans le collecteur de la voie. Ce caniveau prend son origine che en mobilier de la seconde moitié du VI-VIIe siècle, et
d’une pièce de service dotée d’un sol de carreaux de terre d’autres structures en creux dont il est dif¿cile d’identi¿er
cuite, et ouverte au sud sur un conduit de chauffe. De ce la fonction et la datation. Si ce n’est par leur proximité
praefurnium totalement disparu ne demeure que son étroit avec la domus, il semble dif¿cile d’avoir l’assurance que
emplacement de 80 cm laissé entre la pièce de service et la ces vestiges correspondent aux communs de la résidence
salle chauffée. Une quatrième pièce est associée, d’après de l’évêque. Mais, lorsque sept siècles plus tard, l’impor-
les fouilleurs, à ce petit balnéaire lors d’une seconde étape tant cimetière sera établi autour de l’ensemble cathédral,
de construction datée du VIe siècle. Située au nord de la il reprendra l’emprise des îlots A et B, et par là même cou-
pièce de service, cette salle est équipée d’un support de ré- vrira l’étendue supposée de la maison épiscopale.
servoir Àanqué d’un caniveau qui se déverse dans la cour
vers un collecteur, ce qui nous conduit à penser que cette L’étendue du quartier épiscopal
pièce n’était pas nécessairement liée aux autres espaces.
Ces éléments sont à mettre en parallèle avec les autres Plus au sud, d’autres bâtiments sont édi¿és durant tout
espaces thermaux fréquemment intégrés dans les groupes le Ve siècle. Ils attestent d’une intense activité constructive
épiscopaux, et à laquelle une fonction sanitaire mais aussi générée par l’implantation du nouveau pôle religieux. Il
liturgique peut être associée. est dif¿cile de déterminer si ces édi¿ces relèvent d’une
fonction d’accueil, d’administration, ou bien s’il s’agit de
La domus de l’évêque est utilisée jusqu’au VIIIe siè- logements des clercs ou de notables tout aussi concevables
cle ou IXe siècle14, époque où elle est totalement détruite dans ce quartier épiscopal. Mais il apparaît clairement que
comme l’indique la puissante couche de démolition qui la qualité et l’ampleur de ces constructions résultent aussi
la scelle. du contexte monumental dans lequel ils se situent.

Îlot C
14 Fl. Parent qui a étudié le mobilier souligne que les cérami- Sur le versant nord du grand vallon colmaté dans lequel
ques en pâte grise issues de « ces contextes contiennent diffé-
la voie III est progressivement aménagée, un vaste édi¿ce
rents éléments de formes où cohabitent tradition de l’Antiquité
tardive et nouveautés du haut Moyen Âge ». Mais la présence s’implante dans les jardins établis au IVe siècle sur les rui-
de céramiques tardives associées à ces contextes nous incite à nes d’un bâtiment du IIIe siècle dont il réutilise certains
proposer une destruction de cet ensemble dans le courant du murs. Le bâtiment, qui se développe progressivement vers
VIIIe siècle.
MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE… 107

l’ouest et vers le sud dans la première moitié du Ve siècle, d’accès depuis la voie VI dessert plusieurs salles. Au sud,
et connaît des modi¿cations au début du VIe siècle, couvre une autre pièce, possédant également une ouverture vers
une importante surface ; il est composé de plusieurs pièces l’extérieur, paraît dans un premier temps couverte d’un sol
dont six ont été reconnues (¿g. 8 : plan phase Ve-VIe siè- de béton. Entièrement détruit à la ¿n du Ve siècle, les frag-
cle). Les sols, damés, sont refaits plusieurs fois, certains ments de ce dernier sont réutilisés pour l’édi¿cation d’un
se composent de brasié de calcaire rose, d’autres de terre aménagement à l’intérieur même de cette pièce, tandis que
battue, dont l’un a reçu dans un premier temps un foyer. de vastes fosses sont creusées dans cet espace transformé.
Dans la pièce nord, un escalier est restituable, permet- Au VIe siècle, il est à nouveau modi¿é, divisé en deux piè-
tant l’accès vers la rue située en contre-haut (voie II), mais ces ; l’une d’elles reçoit alors une banquette, et est revêtue
également vers de probables étages. La partie méridionale d’un probable sol de tuileau. La maison est agrandie vers
de l’édi¿ce comporte une pièce longue et étroite (cou- le sud, par l’adjonction d’une nouvelle pièce revêtue d’un
loir ?), et le long de la façade sud, constituée d’un mur sol de même nature.
massif comprenant le réemploi d’un bloc sculpté dans la L’hypothèse d’une habitation prestigieuse semble la
fondation (¿g. 9), un auvent ou un portique ayant pu sup- plus légitime, quoique d’autres usages ne soient pas à ex-
porter un étage en surplomb ou un balcon (maenianum) clure. La présence de sols de tuileau dans chaque espace
repose sur trois piliers. est suf¿samment remarquable pour être signalée.
Dans le courant du VIe siècle, après une période d’oc-
cupation qui s’est étendue sur plus d’un siècle, ce bâti- Îlot F
ment est démantelé méthodiquement. Le rehaussement Dans l’îlot situé en piémont de la butte Saint-Laurent,
du terrain qui est alors effectué permet d’effacer le dé- en bordure de l’axe (voie V) reliant la colline à la cathé-
nivelé entre l’ancienne maison et la voie II, libérant ainsi drale, et intégrant dans son plan une succession de ter-
un espace de 160 m2 destiné à accueillir deux nouvelles rasses imbriquées, deux ensembles (¿g. 11) construits au
constructions. La réédi¿cation accompagnée de l’agran- nord et à l’est d’une vaste cour et desservis par une ruelle
dissement du premier bâtiment comporte au minimum une ou galerie orientée est-ouest connaissent une évolution
pièce supplémentaire (¿g. 8 : plan phase VIe-VIIe siècle). comprise entre le Ve et le VIIe siècle
La pièce nord est réalisée après la pièce centrale, toutes Dans le bâtiment situé entre cette galerie et le nord de
deux sont pourvues de sols de terre battue. Il semble que la cour, cinq pièces identi¿ées pour un premier état (début
la partie méridionale du premier bâtiment, inchangée, ait Ve siècle) se caractérisent par un dénivelé de 20 à 50 cm
pu être intégrée dans le nouvel édi¿ce. entre les différents sols, la plupart en terre battue. Au nord,
parallèle à la galerie, une pièce étroite (2,50 m de large)
D’un second bâtiment construit sur l’espace de la voie pourvue d’une banquette maçonnée, borde deux salles :
II, seule la façade occidentale a été observée dans l’empri- l’une, de 40 m² environ, au sol de terre battue couvert d’un
se des fouilles. Aucun niveau de sol n’était préservé pour niveau charbonneux, la seconde, plus petite et en forme de
cette période à l’intérieur de l’unique pièce entrevue. L, au sol de brasié rose régulièrement refait. À l’est, deux
petites pièces dont l’une pourvue de poteaux et d’un amé-
Îlots D et E nagement maçonné, correspondent probablement à des
Après la récupération du bâtiment monumental antique espaces de service. Dans la seconde moitié du Ve siècle,
qui surplombait au sud le grand vallon progressivement une restructuration importante est réalisée, avec la créa-
effacé du paysage, on assiste à la construction de deux tion d’une grande pièce regroupant au moins trois espa-
bâtiments (¿g. 10), réutilisant en partie les fondations ces, peut-être davantage. La banquette est récupérée, les
antérieures, séparés par une ruelle remise en usage (voie cloisons démontées, et un sol de brasié est mis en place.
VI), dont on peut penser qu’elle avait persisté au sud sous L’espace de service dans la partie orientale est rehaussé et
forme d’impasse. pourvu d’un sol de terre battue, à la même altitude que la
À l’ouest de la ruelle, s’installe un bâtiment dont deux nouvelle pièce.
pièces sont attestées, l’une d’elles étant couverte d’un bé- La cour méridionale, d’une super¿cie de 130 m², com-
ton de tuileau qui s’étend peut-être vers l’ouest. prend un puits de 3 m de diamètre, détruit dans le courant
De l’autre côté de la voie VI, un nouvel édi¿ce, dont du VIe siècle lors d’une importante phase de transformation
la limite orientale n’a pas été observée, est constitué d’au du bâtiment. Une aile orientale, de plus de 8 x 11 m, est
moins cinq espaces. Ce bâtiment se caractérise par la taille bâtie sur l’emprise d’une partie de l’ancienne cour. Ses sols
importante de ses pièces ainsi que par la qualité de ses successifs, construits ou en terre, intègrent des matériaux
aménagements et de ses sols. On dénombre trois pièces de construction parmi lesquels des éléments de marbre, des
revêtues de sols de béton de tuileau rouge, dont deux de tesselles de mosaïque et des enduits peints issus d’espaces
plus de 30 m². Dans la plus grande, un puits (ou latrine ?) richement ornés. Le nouveau revêtement de la cour en mor-
de section carrée ainsi qu’un bassin semi-circulaire ados- tier blanc indique que cette dernière a pu être couverte. Elle
sé au mur de façade nord étaient aménagés. Un couloir communique avec les ailes nord et est par l’intermédiaire
108 CATHERINE BARRA ET FRANÇOISE PAONE

0 2m

DAO J. Isnard/Inrap

Fig. 7. La pièce à mosaïque de la résidence épiscopale (DAO J. Isnard, cl. S. Mathie, Inrap).
MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE… 109

Voie II

escalier

?
Voie VI

?
Voie VI
?
?

Phase Ve-VIe s.
?

0 5 10 m
DAO M. Taras-Thomas/Chr. Voyez/Inrap

Voie III

sol de terre battue

sol de brasier

caniveau

Phase VIe-VIIe s.

Fig. 8. Évolution des bâtiments dans l’îlot C du Ve au VIIe siècle (DAO M. Taras-Thomas, C. Voyez, Inrap).
110 CATHERINE BARRA ET FRANÇOISE PAONE

1ère moitié Ve s.
Ve s.

Voie V ?

puits

foyer

Phase Ve s.
Fig. 9. Les constructions réutilisent des mœllons et éléments archi-
0 5 10 m
tecturaux issus de la démolition d’édi¿ces antiques (cl. Fr. Parent).

sol de brasié/mortier
sol de terre battue
sol chaulée
sol de béton/tuileau VIe s.
VI-VIIe s.

Voie III

Voie V ?
sol de tuileau

sol de terre battue


caniveau

Voie VI

Phase VIe-VIIe s.
Ve-VIIe s. 0 5 10 m

0 5 10 m

Fig. 10. Bâtiments antique tardif des îlots D et E (DAO M. Taras- Fig. 11. Évolution des bâtiments dans l’îlot F du Ve au VIIe siècle.
Thomas, C. Voyez, Inrap). (DAO M. Taras-Thomas, C. Voyez, Inrap).
MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE… 111

d’un escalier dont il subsiste le négatif et qui permettait de Il est peu probable que le quartier cathédral ait été dé-
rattraper le dénivelé de 1 m entre ces espaces. limité dès le Ve s par une clôture, et cet état s’est prolongé
Au nord de la galerie, deux pièces édi¿ées au début jusqu’à ce que l’évêque Babon, en conÀit avec les patrices
Ve, et qui perdurent jusqu’au VIIIe siècle, ont été recon- qui gouvernent la ville, décide de construire une enceinte,
nues. Le sol de la salle ouest possède un revêtement de le castrum Babonis. La forti¿cation qu’il fait construire
terre battue chauffée jusqu’à en être rubé¿ée, et couverte entourait la butte Saint-Laurent. Elle fonctionne conjoin-
de charbons indiquant qu’il s’agit sans doute d’un espace tement avec une seconde enceinte réduite ceinturant le
fonctionnel, domestique (cuisine…) ou artisanal. bourg de la Major et la colline des Moulins (¿g. 13). Les
Alors que le bâtiment sud est détruit, au VIIe siècle, la récentes recherches de M. Bouiron montrent que l’épis-
galerie est encore en service, associée de fait au seul bâ- copat de Babon, traditionnellement attribué au IXe siècle,
timent encore debout. Les sols des trois espaces reconnus serait en fait à situer au troisième quart du VIIe siècle16.
changent de statut. Ils sont couverts de bétons susceptibles L’étendue de la zone protégée dé¿nissait ainsi le territoire
d’avoir reçu des revêtements de mosaïque, dont l’un est ecclésiastique (episcopatus). Cette enceinte, mentionnée
par la suite remplacé par un sol de mortier blanc. très tardivement dans les textes (en 1220), ne semble pas
avoir empêché la destruction totale des bâtiments compo-
Les limites du quartier épiscopal sant le quartier de la Major. La résidence de l’évêque est
totalement dérasée entre le VIIIe siècle et la ¿n du IXe siè-
Si la localisation de la maison de l’évêque peut être pro- cle, comme l’essentiel des maisons du secteur. Il est sé-
posée, l’étendue du groupe épiscopal de l’Antiquité tardi- duisant d’attribuer cette désertion généralisée à d’autres
ve reste dif¿cile à cerner malgré les multiples découvertes secteurs de la ville aux troubles causés par les invasions
archéologiques (¿g. 12). Les indices d’un espace funé- sarrasines, ou lors du saccage de la ville par les troupes
raire le long de la rue menant au sud de la cathédrale sont de Charles Martel en 739, mais d’autres facteurs peuvent
signalés sur un plan de F. Roustan, qui mentionne, sans être envisagés.
pour autant les décrire, deux alignements de sarcophages
en calcaire rose ainsi que des fragments de colonnes en
granit correspondant semble-t-il à un portique. D’autres
éléments de sarcophages attribués à l’Antiquité tardive ou
au haut Moyen Âge ont été mis au jour aux environs de la
Vieille Major15.

Fig. 12. Restitution en volumétrie des vestiges de l’Antiquité tardive mis au jour depuis le début du
XXe siècle (DAO C. Voyez, Inrap).

15 M.-P. Rothé 2001, p. 463-464. 16 M. Bouiron 2009a, p. 24-29.


112 CATHERINE BARRA ET FRANÇOISE PAONE

Marseille (VIIIe-Xe s.)


Lieux de culte
Fortification
Routes

Palais
Porte ? comtal ?

BOURG DE habitat ?

Baptistère LA MAJOR ? ROQUEBARBE

Palais
épiscopal ?

habitat ?
Cathédrale

habitat ?
VILLE
COMTALE ?

Porte ?

CHATEAU-BABON
Port ?

0 50 100 m
M. Bouiron

Fig. 13. Marseille au VIIIe-Xe siècles (DAO M. Bouiron/Ville de Nice).

DEVENIR MÉDIÉVAL ET MODERNE DU GROUPE CATHÉDRAL ¿n, la méconnaissance du lieu de résidence du prélat est
ET DU SIÈGE DE L’ÉVÊCHÉ peut-être à mettre en relation avec les vacances ponctuel-
les du siège épiscopal entre la seconde moitié du IXe siècle
Au-delà du IXe siècle, l’archéologie, comme les sour- et le premier quart du Xe siècle.
ces écrites, nous fournissent bien peu d’indices sur le de- Les édi¿ces de culte sont néanmoins toujours entrete-
venir du siège épiscopal durant plusieurs siècles. Nous ne nus et, à partir du IXe siècle, des travaux sont réalisés à
sommes plus en mesure de savoir où se trouvait la maison l’intérieur de la cathédrale mais ont, semble-t-il, davan-
de l’évêque, mais il est possible qu’elle soit qu’elle de- tage concerné les espaces liturgiques18. Ils sont suivis deux
meurée à proximité de la cathédrale et du baptistère qui siècles plus tard de nouvelles transformations initiées par
semblent avoir moins souffert des destructions du haut le prélat Pons II.
Moyen Âge.
Un seul indice archéologique, bien ténu il est vrai, at- Au cours du XIIe siècle, la cathédrale est totalement re-
teste de l’édi¿cation sur les niveaux de démolition sous- bâtie, son emprise réduite permet l’implantation à l’ouest,
jacents d’un pilier en grand appareil de calcaire blanc. Cette le long de la falaise, des bâtiments de la prévôté. Un cime-
structure de qualité établie au pied de la butte Saint-Lau- tière se développe depuis l’anse de l’Ourse jusqu’au sud
rent (îlot F), pourrait être, d’après les fouilleurs, associée de l’église (¿g. 14), son emprise reprenant ainsi partielle-
à une reconstruction monumentale. La découverte, plus au ment l’emplacement de l’ancienne domus ecclesiae. En¿n
nord (îlot C), d’un important four à chaux est un second les logements des chanoines sont répartis dans le quartier,
indice à verser au dossier de la reconstruction ponctuelle et la maison du chapitre est attestée le long de la voie III.
de bâtiments dans le quartier (à moins qu’il ne soit en lien Ainsi, une nouvelle con¿guration du quartier se dessine,
avec des travaux de la cathédrale au IXe siècle) Durant ces dont est rapidement exclu l’évêque, qui, en conÀit avec les
temps troublés, l’évêque a pu installer sa demeure dans vicomtes puis avec le Chapitre, décide de s’installer sur la
le castrum Babonis, dans un périmètre relativement pro- butte des Carmes. Une nouvelle rue est cependant percée
che de la cathédrale. On pourrait toutefois aussi évoquer a¿n de relier le quartier cathédral placé sous le contrôle
la possibilité d’un repli sur Saint-Victor, puisqu’il s’y était prévôtal à la ville épiscopale. La date du transfert de la
réfugié pendant l’épisode de peste de la ¿n du VIe s17. En-

18 Plusieurs éléments de chancel d’époque carolingienne ont


17 Grégoire de Tours, Historia francorum, IX, 22. été retrouvés au cours des différentes fouilles.
MARSEILLE : LA DEMEURE ÉPISCOPALE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE… 113

résidence épiscopale demeure imprécise : celui-ci sem- Anse de

ble effectif depuis 1110-1115, quoique la mention d’une l'Ourse

nouvelle domus episcopalis n’apparaisse qu’en 1152. Le Rempart


nouveau palais, accolé à l’église Saint-Cannat, est agrandi de la ville

ou reconstruit durant la première moitié du XIIIe siècle


(1240) pour accueillir la curie. Les actes qui y sont alors
rédigés, donnent quelques informations sur certains espa-
Église
ces composant cette demeure : elle est pourvue d’un porti- Saint-
Jean
que et d’une aula19. Une seconde pièce dite « salle verte »
complète l’ensemble qui intègre également un caractère Baptistère
défensif symbolisé par une tour où se situait la camera de (jusqu'au XIIe s.)
jardins au XIXe
Place
Voie I
l’évêque20. Autour de cette demeure, il n’est pas à exclure
que la nouvelle forti¿cation édi¿ée à partir de 1164 en en-
serrant le promontoire de Roquebarbe (buttes des Carmes) Campanile

intégrait dans ses murs une partie de l’ancienne enceinte Prévôté Cathédrale
(bâtiment Sancta Beata Maria
vicomtale du IXe siècle. Le palais, auquel est ajoutée une et jardins)

autre tour (la tour de Rostagnier) entre 1337 et 1351, ne


résiste pas au siège du connétable de Bourbon et est dé-
moli en 1524. Durant plus d’un siècle, nous dit l’érudit
Place
C. Bousquet « nos prélats furent obligés, (…) d’être loca- de l'église majeure
Voie ?

taires et d’habiter dans des maisons d’autrui. »21


Cadastre 1820
En 1647, Monseigneur Étienne de Puget fait construire Bâti médiéval restitué

près de la cathédrale romane de la Vieille Major un nou- Limites supposées du

e
cimetière

n
l'Aumô
0 5 10 20 m
veau palais (¿g. 15), renouant ainsi avec la vocation pri- Dessin M. Bouiron/ville de Nice,
O. Maufras/Inrap
Voie III / Ru
e du Four
du Chapîtr
mitive de ce quartier. Ce vaste édi¿ce, composé de trois e

Rue de
Voie V ?
corps de bâtiments répartis autour d’une cour, accueille
aujourd’hui un autre pouvoir, celui de la force publique, Fig. 14. Emprise du cimetière entre le Xe et le XIIe siècle (DAO
alors que l’évêché s’est physiquement rapproché de l’ab- M. Bouiron/Ville de Nice, O. Maufras/Inrap).
baye de Saint Victor.

19 Gallia Christiana Novissima, t. II, Marseille, GCNN, n° 250


(20 août 1230) : Actum Massalie, in porticu ante aulam episco-
palem.
20 Pour plus d’informations, nous renvoyons aux articles de Fig. 15. Le groupe épiscopal et son nouvel évêché près de la ca-
M. Bouiron 2001, p. 260-261 et M. Bouiron 2009b, p. 48. thédrale. Plan Pieron 1785 (AD78 ¿ 105).
21 C. Bousquet 1857, p. 152-153.
114

Sources : A. Hartmann-Vimich, « L’architecture médiévale à


Marseille », dans Marseille. Trames et paysages urbains
J.-H. Albanès et U. Chevalier éd., Gallia Christiana de Gyptis au Roi René, Actes du colloque de Marseille,
Novissima, t. II, Marseille, Valence, 1899. 1999, M. Bouiron et H. Treziny éd., Édisud, Aix-en-
Grégoire de Tours, Historia francorum, éd. B. Krusch, Provence, 2001, p. 147-156 (Études Massaliètes 7).
W. Levison, dans MGH SRM, I, 1, Hanovre, 1937-1951. M. Moliner, « Orientations urbaines dans Marseille
Ch. Munier éd., Concilia Galliae a. 314 -a. 506, Corpus antique », dans Marseille. Trames et paysages urbains de
christianorum. Series latina, t. 148, 1963. Gyptis au Roi René, Actes du colloque de Marseille, 1999,
M. Bouiron et H. Treziny éd., Édisud, Aix-en-Provence,
Orientation bibliographique 2001, p. 101-120 (Études Massaliètes 7).
F. Paone, I. Villemeur, E. Bertomeu, A. Richier, La
C. Barra, M. Guillaume, O. Maufras, B. Vasselin, cathédrale de la Vieille Major, Marseille (Bouches-
C. Voyez, Les fouilles archéologiques du tunnel de la du-Rhône). DFS de sauvetage archéologique, Aix-en-
Major à Marseille (Bouches-du-Rhône), DFS de fouille Provence, SRA Paca, 1999.
préventive, SRA Paca, 2004. F. Paone et M. Bouiron, « Le groupe épiscopal de
C. Barra, S. Bien, J.-L. Blaison, R. Gaday, C. Gaita, Marseille : nouvelles données », dans Marseille. Trames
L.-F. Gantes, M. Guillaume, S. Lang, R. Lisfranc, et paysages urbains de Gyptis au Roi René. Actes du
O. Maufras, D. Michel, R. Pelle, M.-P. Rothe, B. Vasselin, colloque de Marseille 1999, M. Bouiron et H. Treziny
C. Voyez, N. Weydert, « Tunnel de la Major » notice 83 éd., Édisud, Aix-en-Provence, 2001, p. 225-234 (Études
dans M.-P. Rothé et H. Tréziny dir., Marseille et ses alen- Massaliètes 7).
tours, 13/3, Carte Archéologique de la Gaule, Paris, 2005, F. Paone et M.-P. Rothé, « La Vieille Major », notice
p. 428-453. 84, dans M.-P. Rothé et H. Tréziny dir., Marseille et ses
X. Barral I Altet et D. Drocourt, « Le baptistère palé- alentours, 13/3, Carte Archéologique de la Gaule, Paris,
ochrétien de Marseille », dans Archéologia, n° 73, 1974, 2005, p. 453-463.
p. 9-12. F. Paone, P. Mellinand et F. Parent dir., Marseille (13)
V. Blanc-Bijon et F. Paone, « Les mosaïques paléo- Esplanade de la Major : évolution du site de l’époque
chrétiennes du groupe épiscopal de Marseille », dans Y. grecque à nos jours. Rapport de fouille préventive. Nîmes,
Codou et M. Heijmans coord. Histoire et archéologie de Inrap PACA, 2011.
la Provence antique et médiévale. Hommages offerts à T. Pécout (coord), L’évêque et le chapitre de la Major,
J. Guyon. Provence historique. Tome LXI. Fasc. 243-244. Marseille au Moyen Âge entre Provence et Méditerranée.
Janvier-juin 2011, p. 135-156. Les horizons d’une ville portuaire, Faenza 2009, p. 167-
M. Bouiron, « Histoire et topographie des monu- 177.
ments de Marseille médiévale », dans Marseille. Trames M.-P. Rothé, « Aux environs de la Major », notice 86,
et paysages urbains de Gyptis au Roi René, Actes du dans M.-P. Rothé et H. Tréziny dir., Marseille et ses alen-
colloque de Marseille, 1999, M. Bouiron et H. Treziny tours, 13/3, Carte Archéologique de la Gaule, Paris, 2005,
éd., Édisud, Aix-en-Provence, 2001, p. 255-276 (Études p. 463-464.
Massaliètes 7). F. Roustan, La Major et le premier baptistère de
M. Bouiron, « De l’Antiquité tardive ou Moyen Âge », Marseille, Marseille, 1905 (reproduction anastatique
dans T. Pécout coord., Marseille au Moyen Âge entre Marcel Petit, Raphèle-lès-Arles, 1994)
Provence et Méditerranée. Les horizons d’une ville por- H. Tréziny, Trames et orientations dans la ville antique :
tuaire, Faenza, 2009a, p. 13-43. lots et îlots, dans Marseille. Trames et paysages urbains de
M. Bouiron, « L’évolution topographique de Marseille », Gyptis au Roi René, Actes du colloque de Marseille, 1999,
dans T. Pécout coord., Marseille au Moyen Âge entre M. Bouiron et H. Treziny éd., Édisud, Aix-en-Provence,
Provence et Méditerranée. Les horizons d’une ville por- 2001, p. 137-145 (Études Massaliètes 7).
tuaire, Faenza, 2009b, p. 46-54.
C. Bousquet, La Major, cathédrale de Marseille, Paris,
1857.
J. Guyon, « Marseille, baptistère Saint-Jean », dans Les
premiers monuments chrétiens de la France. 1 Sud-Est et
Corse, Paris, Picard, 1995, p. 142-146.
J. Guyon, « Les cimetières de l’Antiquité tardive », dans
Marseille. Trames et paysages urbains de Gyptis au Roi
René, Actes du colloque de Marseille, 1999, M. Bouiron
et H. Treziny éd., Édisud, Aix-en-Provence, 2001, p. 355-
364 (Études Massaliètes 7).
115

CHARLES BONNET
Membre de l’Institut

THE EPISCOPAL RESIDENCES OF GENEVA IN THE EARLY CHRISTIAN PERIOD

The essential evidence furnished by the excavation of the episcopal group at Geneva demonstrates the exist-
ence from the IVth century of the original bishop’s residence between the group’s two churches, the baptistery
and the Late Antique city wall. This ensemble comprises numerous rooms with quite distinct functions - private
spaces, reception or audience spaces, an oratory, zones for storage of foodstuffs - reÀecting the responsibilities
which fell to the bishops assisted by the clergy, and connected by intermediary courtyards and passageways.
Research revealed in addition the remains of an extensive reorganization of this residence attributable to the
VIth century.

LES RÉSIDENCES ÉPISCOPALES DE GENÈVE AUX PREMIERS TEMPS CHRÉTIENS

Les résultats archéologiques obtenus dans le groupe accessibles depuis les cathédrales, sont plutôt à associer à
épiscopal de Genève permettent d’émettre quelques hypo- la sphère publique dans la mesure où elles pouvaient ac-
thèses à propos de l’organisation de la domus ecclesiae et cueillir des visiteurs venant de l’extérieur.
de ses annexes. Une première résidence (Ed 4) est attestée
à l’est dès le IVe siècle. Au cours du VIe siècle, une se- Mis à part les résidences, plusieurs vestiges de l’habitat
conde résidence (Ed 8) est édi¿ée dans le même quartier. des clercs sont à mentionner. Ainsi, le long de la cathé-
Les deux bâtiments seront occupés de manière simultanée drale nord, a été identi¿ée une série de cellules à deux
durant une partie du haut Moyen Âge, l’un étant peut-être étages (Ed 3) donnant directement sur le sanctuaire. Non
destiné à un évêque âgé ou quelque autre dignitaire d’im- loin en direction est, une ancienne domus du Haut-Empire
portance. Si nous ne sommes pas en mesure de préciser (B 17) est encore occupée durant l’Antiquité tardive et
la fonction des multiples annexes qui entourent les deux des extensions sont créées jusqu’à l’époque carolingienne
habitations, plusieurs ensembles architecturaux paraissent dans les parcelles septentrionales. De l’autre côté, vers le
pouvoir être distingués, ce qui pourrait correspondre aux centre de la ville, une domus (B 26) habitée durant plu-
différentes missions dont l’évêque a la charge. sieurs siècles est probablement rattachée à la cathédrale
sud après la christianisation. Nous sommes mal renseignés
La topographie du groupe épiscopal délimite clairement sur le secteur nord-est du site archéologique, mais on peut
l’espace réservé aux bâtiments de culte à l’ouest, où deux supposer que se développait là un quartier également des-
cathédrales et un baptistère se dressent autour d’un atrium. tiné à l’habitat des ecclésiastiques. C’est dans cette pente
Derrière les chevets jusqu’à l’enceinte du Bas-Empire que s’implantera l’évêché du Moyen Âge avec un accès
s’étend un vaste terrain qui, dès l’origine, paraît avoir été vers la ville basse et son port.
utilisé par l’évêque. Il comprend, outre la résidence, des
lieux de culte, peut-être prévus pour son usage privé et La première résidence de l’évêque (Ed 4) est bâtie se-
pour un culte de reliques, ainsi qu’une vaste salle (B 25), lon l’orientation du mur d’enceinte de la ville, qui lui est
située exactement dans l’axe du baptistère. Occupant un antérieur de quelques décennies. L’édi¿ce, de plan rectan-
emplacement particulièrement privilégié, celle-ci doit cer- gulaire, mesure environ 17 m de longueur par plus de 9 m
tainement aussi être mise en relation avec l’évêque. Là de largeur. Une paroi intérieure dé¿nit une pièce au nord
pouvaient se traiter les questions liées aux travaux comme de 4,50 m et une autre, plus grande, chauffée par conduits
à la gestion du groupe épiscopal, alors que d’autres salles, rayonnants, pouvant servir à des réunions. La construction

Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 115-118.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101293
116 CHARLES BONNET

40 W 30 W 20 W 10 W 0 10 E 30 E 40 E 50 E 60 E

40 N

B17

30 N
Ed3

20 N

Ed2
CN

10 N

B25 0
Ed7
Bpt3

Ed1
10 S

Ed4
Ed8
CS
20 S

Ed6

30 S

B26
Ed5

40 S

0 5 10 20 m 50 S

Fig. 1. Le groupe épiscopal de Genève au VIe siècle.

s’inscrit encore dans la tradition antique avec des assises Genève. Ils ont pu être datés de la ¿n du IVe siècle grâce
régulières liées à l’aide d’un mortier à la chaux de bonne au matériel archéologique inventorié, composé surtout
qualité. Comme on a pu l’observer au nord-ouest, les an- de petits bronzes et de tessons de céramiques sigillées
gles extérieurs étaient étayés avec des blocs de calcaire de tardives. Les canaux sont abandonnés vraisemblable-
remploi, posés en carreaux et boutisses. Un retrait des fon- ment à la ¿n du Ve siècle, ou peu après 500, à la suite des
dations marque le niveau du sol intérieur constitué d’une guerres fratricides entre les rois burgondes Gondebaud et
forte épaisseur de mortier à tuileau, entièrement restauré Godegisèle. D’épaisses couches de cendre et de charbon
au moins une fois. Sur l’un des petits côtés de la pièce de bois témoignent de ces conÀits. Plus tard, d’impor-
nord est préservé le négatif d’une rampe d’escaliers me- tantes restaurations sont engagées au cours desquelles la
nant à l’étage, qui formait sans doute la partie privée de salle de réception est partagée en deux. Nous avons pu
l’habitation. Le bâtiment étant situé sur un point élevé, observer que la fondation de la paroi de séparation re-
l’évêque jouissait ainsi d’une vue étendue, allant bien au- pose sur les couches de destruction.
delà de l’enceinte forti¿ée.
Au nord de la résidence, plusieurs structures en place
Les systèmes de chauffage à conduits sont très répan- paraissent démontrer qu’un secteur artisanal et des locaux
dus au cours du Bas-Empire et plusieurs exemples sont de service sont établis en communication directe avec
conservés dans les bâtiments du groupe épiscopal de l’habitation. Des greniers en bois permettent de stocker
LES RÉSIDENCES ÉPISCOPALES DE GENÈVE AUX PREMIERS TEMPS CHRÉTIENS 117

d’importantes réserves de céréales, à côté de modes- L’aménagement au VIe siècle d’une seconde résidence
tes maisons en torchis, bientôt remplacées par d’autres (Ed 8) est l’occasion d’un meilleur regroupement de ces
constructions plus spacieuses. Aux VIe - VIIe siècles, des différents lieux de décision. Son architecture, plus massi-
bâtiments sont adossés au corps principal de la résidence ve, n’est plus dans la tradition antique : les fondations sont
et l’on peut en déduire que d’autres ecclésiastiques vi- profondément ancrées dans le sol et les maçonneries, assez
vent à côté de l’évêque. Les fouilles ont également révélé irrégulières, sont liées avec un mortier plus friable, bien
les traces de routes menant vers l’église de la Madeleine moins homogène. L’édi¿ce à abside outrepassée (Ed 1) est
et vers la ville basse. Il existait ainsi du côté du lac une agrandi du côté ouest et intégré à la nouvelle habitation.
circulation entre l’espace réservé à l’évêque et le port, Du côté sud s’étend une vaste salle de réception de plus de
ce qui facilitait l’acheminement de marchandises ou de 12 m de largeur par environ 10 m, au sol constitué d’une
matériaux. épaisse couche de terre argileuse battue. Le plan général
La salle principale de l’aile B 25 marque le centre est tributaire de la situation antérieure marquée par deux
du groupe épiscopal ; située juste derrière le baptistère, orientations, dont une légèrement divergente, issues de la
monument à grande valeur symbolique, maintes fois re- topographie de la colline et du tracé de l’enceinte de la vil-
construit ou restauré, elle favorise le passage vers les le. Un double escalier conduit à l’étage mis à disposition
édi¿ces les plus prestigieux. Les annexes qui la Àan- de l’évêque, soulignant les relations étroites avec la salle
quent de chaque côté pouvaient être occupées par des centrale (B 25), tout en permettant aux visiteurs pénétrant
clercs au service de l’évêque. Ce dernier pouvait aisé- dans le groupe épiscopal depuis la porte orientale de la
ment y accéder en traversant une cour protégée par une cité d’être reçu dans les appartements privés du prélat. Il y
clôture et donnant accès à un édi¿ce à abside outre- avait donc, dans l’axe de la salle de réception, une entrée
passée (Ed 1), ainsi qu’à des pièces de service, dont basse, surmontée d’une entrée à l’étage, une superposi-
plusieurs étaient chauffées. Si cet ensemble est claire- tion qui a sans doute conduit à monumentaliser la façade
ment associé au baptistère, son organisation interne, sa occidentale. Depuis la salle de réception, on pouvait éga-
proximité avec la résidence et les liaisons qu’il permet lement atteindre l’église méridionale (Ed 5), devenue un
entre les édi¿ces principaux le désignent aussi comme emplacement fréquenté tant par les religieux que par les
un centre de décision, dans lequel interviennent certai- ¿dèles du quartier.
nement des clercs.
On relèvera encore que, par étapes, la partie axiale de
Dès la construction de la première résidence épiscopale l’espace épiscopal est remodelée pour faire place à une
est fondé au sud un oratoire (Ed 5) qui offre au prélat un nouvelle cathédrale orientale qui deviendra le lieu de culte
lieu de prières à la fois isolé et facile d’accès. Ses modes- principal. La salle axiale et ses annexes (B 25) sont aban-
tes dimensions con¿rment qu’il était réservé à un nombre données au VIIe siècle déjà, alors que les résidences de
restreint de personnes. Il faut relever que ce monument l’évêque sont maintenues jusqu’au IXe siècle. La réforme
participe à la christianisation d’un temple païen puisque carolingienne paraît ainsi provoquer un changement com-
son abside est installée dans la cella du sanctuaire, directe- plet de l’organisation urbaine puisqu’un nouveau centre
ment sur le sol antique. Au Ve siècle, un caveau funéraire, ecclésiastique se constitue au nord-est. Dans un premier
ou peut-être un reliquaire, est disposé au milieu de la nef, temps, des allées couvertes mènent de la troisième cathé-
auquel sont bientôt associées des installations liturgiques drale vers des bâtiments communautaires, sans doute as-
qui délimitent le presbyterium et le cheminement des ¿- sortis d’une autre habitation pour l’évêque, puis la cathé-
dèles. Plus tard, une extension occidentale augmentera les drale nord sera détruite pour faire place au cloître roman.
capacités d’accueil.
Ces différents états qui marquent le développement
Ce bref aperçu suf¿t à démontrer l’existence de plu- architectural de la domus ecclesia mettent bien en évi-
sieurs secteurs, liés les uns aux autres, que ce soit par dence le rôle prépondérant tenu par l’évêque, comme la
des passages, des cours ou des locaux annexes, et qui diversité des acteurs concernés par les responsabilités
ont sans doute chacun leur spéci¿cité. L’habitat n’est de qui lui incombent. La complexité du chantier dont il as-
loin pas la seule vocation de la domus ecclesiae. Siège sume la mise en œuvre tient non seulement à sa taille,
du pouvoir ecclésiastique, elle comporte des lieux de mais aussi à la variabilité de ses paramètres qui peut ré-
réunion ou d’audience nécessaires à l’accomplissement sulter aussi bien de motifs économiques, administratifs
de toutes les fonctions liées à la charge de l’évêque, sans ou politiques que de l’évolution de la liturgie décidée au
compter les locaux de service. Les décisions portant sur gré des conciles. L’architecture des édi¿ces de culte, les
les transformations ou les restaurations des bâtiments embellissements dont ils font l’objet, les changements
comme sur l’administration ecclésiastique se discutaient opérés dans la distribution des annexes qui les entourent
sans doute plutôt dans les pièces proches de la résidence sont ainsi le reÀet d’une époque qui voit le triomphe du
plutôt que dans les salles jouxtant les sanctuaires. christianisme orthodoxe.
118

Bibliographie sommaire

Charles Bonnet, « Les salles de réception du groupe


épiscopal de Genève », Rivista di archeologia cristiana,
65, 1989, p. 71-86.

Charles Bonnet, « Les fouilles de l’ancien groupe épis-


copal de Genève (1976-1993) », Cahier d’archéologie ge-
nevoise, I, 1993.

Charles Bonnet, en collaboration avec Alain Peillex,


avec des contributions de Matthieu Demierre, Matthieu
Poux et Matteo Campagnolo, Les fouilles de la cathédrale
Saint-Pierre de Genève. Le centre urbain de la protohis-
toire jusqu’au début de la christianisation, Mémoires et
documents de la société d’histoire et d’archéologie de
Genève, 64, Genève 2009.

Charles Bonnet, en collaboration avec Alain Peillex,


avec des contributions de Matteo Campagnolo, Guido
Faccani et Isabelle Plan, Les fouilles de la cathédrale
Saint-Pierre de Genève. Les édi¿ces chrétiens et le groupe
épiscopal, Mémoires et documents de la société d’histoire
et d’archéologie de Genève, 65, Genève, 2012.

Jean-Charles Picard, « La fonction des salles de récep-


tion dans le groupe épiscopal de Genève », Rivista di ar-
cheologia cristiana, 65, 1989, p. 87-104
119

PAOLO LIVERANI
Università di Firenze

THE EPISCOPIUM OF THE LATERAN FROM ITS ORIGINS


TO THE EARLY MIDDLE AGES

The destruction during the papacy of Sixtus V (1585-1590) of the larger part of the Late-Antique and Medie-
val bishop’s palace in the Lateran is mainly responsible for our dif¿culties in the comprehension and recons-
truction of this important structure.

Its ¿rst mention in the sources dates to the age of pope Damasus I (366-384), but it probably goes back to a
point in the ¿rst half of the IV century. In that period the seat of the Roman bishop was named aedes Laterani
(or domus Lateranensis) from an older owner, the consul of 197 A.D., T. Sextius Lateranus. The position of
these aedes probably coincides with the remains of the Medieval Patriarchium, which ¿gures on several plans
drawn prior to its demolition. Its only surviving part is the Sancta Sanctorum Chapel (now included in the
Scala Santa Sanctuary). Excavations in the area revealed various remains of the High Empire and, above all,
a wall decorated with a sixth century fresco representing a church father (the so-called “Saint Augustine”)
discovered in 1900 below the foundations of the Chapel. This structure could be part of the Church archive
(scrinium).

A series of problems arise in comparing the written sources (mainly the Liber Ponti¿calis) with the recons-
truction derived from the available plans. Some elements are clearly identi¿able (the Chapels of the Sancta
Sanctorum and of St. Sylvester, the Triclinium of pope Leo III, the Hall of the Councils and the Macrona – a
long passage connecting the main halls with the cathedral). More dif¿cult is the identi¿cation of the domus
Iulia, probably an independent structure to the south of the bishop’s palace mentioned in the VIIth century or
of some more basilicae (reception halls) like the basilica Vigilii – maybe a predecessor of the Triclinium of
Leo III – or the basilica Theodori. Some interesting observations derive from the overlapping of the plan of the
Patriarchium – as reconstructed by the most recent research – with the archaeological plan of the area. The
development of the episcopal complex can be seen to have grown from the original nucleus near the Sancta
Sanctorum to the south, with the building of the Triclinium of Leo and maybe already that of the basilica Vigi-
lii. These buildings necessitated a high terrace, due to the slope of the hill, and probably the reorganization of
the road system between the city centre and the porta Asinaria. This terrace survived for a long time after the
XVIth century and appears in some graphic and painted documents of the XVIIth century and the beginning
of the XVIIIth. Hopefully some of these questions can be solved with targeted excavations in the open area in
front of the Lateran Basilica, where part of the Triclinium once stood.

L’EPISCOPIO LATERANENSE DALLE ORIGINI ALL’ALTO MEDIOEVO

Le conoscenze relative all’episcopio lateranense sono che ha risparmiato solo il nucleo di strutture inglobato
molto inferiori a quanto sarebbe auspicabile in conside- nel santuario della Scala Santa.1
razione della sua importanza storica. Come è noto ciò è
dovuto in buona parte alla distruzione del nucleo paleo-
cristiano e medievale compiuta da Sisto V per ricostrui- 1 Cito solo la bibliogra¿a essenziale: G. Rohault de Fleury,
re l’attuale Palazzo Apostolico Lateranense, distruzione Le Latran au Moyen Âge, Paris 1877 ; Ph. Lauer, Le Palais
de Latran. Étude historique et archéologique, Paris 1911 ;
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 119-131.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101294
120 PAOLO LIVERANI

Tenterò dapprima una sintesi dei risultati raggiunti ¿no- sede in due caserme, di cui la più grande e meglio nota era
ra dalla ricerca archeologica sulla fase tardoantica (¿g. 1) costituita dai Castra nova, costruiti da Settimio Severo sul
e, in seguito, cercherò di sovrapporvi quanto conosciamo limite della città, a contatto con la linea che sarebbe sta-
della situazione tardo-medioevale, principalmente su base ta ripresa dalle mura di Aureliano. I Castra vennero rasi
documentale. È necessario cominciare con qualche preci- al suolo e, sopra di essi, l’imperatore costruì la basilica
sazione topogra¿ca e cronologica, in quanto per¿no la data dedicata al Salvatore. L’area della caserma era più vasta
di origine e l’esatta collocazione dell’episcopio lateranen- di quanto normalmente si ritiene. Già Colini,3 identi¿cava
se sono soggette a discussioni, che hanno portato a teorie il limite nord con un lungo muro perfettamente orientato
divergenti. Dico subito che va abbandonata l’ipotesi – che con le altre strutture note, muro che fu visto correre paral-
pure ha avuto una certa fortuna – di riconoscere l’episcopio lelo alla facciata settentrionale del Palazzo Ponti¿cio La-
nelle strutture scavate a ovest della basilica di S. Giovanni teranense. In aggiunta si può dire che l’asse della basilica
in Laterano, sotto la sede dell’Istituto Nazionale di Previ- Lateranense cade esattamente a metà tra questo muro e la
denza Sociale (INPS). Questa attribuzione era nata dalla linea delle Mura Aureliane, dunque a metà della larghez-
pretesa lettura di iscrizioni dipinte sulle pareti affrescate, za dei Castra così ricostruita, che copre un rettangolo di
iscrizioni che parlerebbero di personaggi della famiglia circa 120 metri per 210.4 Dobbiamo considerare inoltre il
costantiniana, ma in realtà illeggibili o inesistenti. Le strut- triangolo compreso tra le sostruzioni dei Castra a est e la
ture in questione sono pertinenti piuttosto a una domus di via Tuscolana a ovest: in esso si trova il Battistero – che
alto livello, distrutta nel corso del V secolo,2 ed è molto più gli studi di Olof Brand attribuiscono, credo correttamente,
logico cercare l’episcopio nell’area dove sappiamo sorse a età costantiniana5 – e la cd. Casa a pianta trapezoida-
quello medioevale, cioè a nord-est della basilica. le,6 verosimilmente da interpretare come un piccolo ma-
A questo ¿ne è interessante cercare di delimitare l’area cellum. Quest’ultima struttura viene messa fuori uso dal-
della proprietà ecclesiastica in Laterano (¿g. 2). Costanti- l’abside della basilica, che sporge rispetto alla sostruzione
no – dopo la battaglia di Ponte Milvio, dovette sciogliere occidentale dei Castra. Potremmo aggiungere ancora – in
gli Equites Singulares, i cavalieri scelti che costituivano forma più dubitativa – l’area del quadriportico davanti alla
la guardia del corpo di Massenzio. Questi avevano la loro basilica, sul quale la documentazione è solo letteraria,7
raggiungendo così una super¿cie di quasi quattro ettari.
Dobbiamo in¿ne aggiungere l’elemento che più ci inte-
M. Luchterhand, Päpstliche Palastbau und hö¿sches Zeremoniell ressa in questo convegno: l’area dell’episcopio. Riprendia-
unter Leo III., in 799. Kunst und Kultur der Karolingerzeit. mo quindi in maniera sintetica l’esame delle fonti ad esso
Karl der Große und Papst Leo III. in Paderborn (Beiträge
zum Katalog der Ausstellung, Paderborn 1999), Mainz 1999,
pp. 109-122. L. Donadono, La Scala Santa a San Giovanni in
Laterano, Roma 2000; M. D’Onofrio, Il Patriarchio nascosto,
in Mélanges d’Archéologie et d’Histoire de l’École Française 3 A.M. Colini, Storia e topogra¿a del Celio nell’antichità, Atti
de Rome, Antiquité 116, 2004, pp. 141-160. della Ponti¿cia Accademia Romana di Archeologia, Memorie
2 Il complesso è stato edito preliminarmente da V. Santa Maria 7, 1944, p. 357, tav. XXIV.
Scrinari, Per la storia e la topogra¿a del Laterano, in Bollettino 4 Per questa ricostruzione e per le considerazioni immediata-
d’Arte 50, 1965, pp. 38-44; Ead., in Atti della Ponti¿cia mente seguenti cf. P. Liverani, in Cristianesimo nella storia,
Accademia Romana d’Archeologia. Rendiconti 38, 1965-1966, 29.1, gennaio 2008, pp. 6-7.
pp. 8-9; Ead., Egregiae Lateranorum aedes (ed. uff. stampa 5 La pubblicazione degli scavi del battistero è di G. Pelliccioni,
INPS, Roma 1967) ; Ead., Nuove testimonianze per la Domus Le nuove scoperte sulle origini del Battistero Lateranense, Atti
Faustae, in Atti della Ponti¿cia Accademia Romana d’Archeo- della Ponti¿cia Accademia Romana di Archeologia, Memorie
logia. Rendiconti 43, 1970-1971, pp. 207-222 e – in maniera 12,1, 1973, ma è di assai dif¿cile utilizzo; fondamentali le os-
più completa – in Ead., Il Laterano imperiale I. Dalle «aedes servazioni e la profonda revisione di O. Brandt, Il Battistero
Laterani» alla «Domus Faustae», Città del Vaticano 1991, ma lateranense da Costantino a Ilaro. Un riesame degli scavi, in
senza tenere conto delle radicali contestazioni di M. Guarducci, Opuscula Romana 22-23, 1997-1998, pp. 7-65. Cf. anche Id.,
Nuove testimonianze per la “Domus Faustae”?, in Archeologia Ipotesi sulla struttura del Battistero Lateranense tra Costantino
Classica 24, 1972, pp. 386-392 e di altre contestazioni minori e Sisto III, in F. Guidobaldi e A. Guiglia Guidobaldi (a cura di),
(H. Mielsch, in Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Ecclesiae Urbis (Atti del Congresso Internazionale di Studi sulle
Instituts. Römische Abteilung 85, 1978, pp. 175-179 ; Id., in chiese di Roma. IV-X secolo), Città del Vaticano 2002, II, pp.
Aufstieg und Niedergang der Römischen Welt II 2.2, Berlin - New 923-932 e soprattutto O. Brandt-F. Guidobaldi, Il Battistero late-
York 1981, p. 204 ; M. De Vos, in Bullettino della Commissione ranense nuove interpretazioni delle fasi strutturali, in Rivista di
Archeologica Comunale di Roma 81, 1968-1969, p. 170 e nota Archeologia Cristiana 84, 2008, pp. 189-282. Si può sospettare
119 ; H. Joyce, The Decoration of Walls, Ceilings, and Floors in che le terme – apparentemente isolate e non integrate in una do-
Italy in the Second and Third Centuries A.D., Roma 1981, p. 31 mus – fossero pure di proprietà imperiale e servissero i Castra.
; P. Bruun, in Numismatica e antichità classiche. Quaderni tici-
nesi 10, 1981, pp. 359-363). Vedi inoltre le mie osservazioni cri- 6 L’edizione di queste strutture è in Pelliccioni, cit. alla nota
tiche : P. Liverani, Note di topogra¿a lateranense: le strutture di precedente; per l’interpretazione come macellum Liverani, loc.
via Amba Aradam. A proposito di una recente pubblicazione, in cit. a nota 4.
Bullettino della Commissione Archeologica Comunale di Roma 7 Lib. Pont. 97.70, 98.82; S. de Blaauw, Cultus et Decor, Città
95, 1993, pp. 143-152. del Vaticano 1994, I, pp. 169-170. Cf. anche infra nota 55.
L’EPISCOPIO LATERANENSE DALLE ORIGINI ALL’ALTO MEDIOEVO 121

Fig. 1. Carta archeologica del Laterano.

relative:8 procederemo a ritroso dalle notizie più tarde e più l’importanza di questa residenza, in quanto la stessa basi-
chiare per risalire a quelle più antiche che hanno bisogno lica – a partire dall’epoca di papa Damaso e per tutto il V
di qualche discussione. Nel 501 si tenne a Roma il sinodo secolo – viene de¿nita Basilica o Ecclesia Lateranensis11 e
indetto da Teodorico a seguito delle accuse mosse contro dunque prende il nome proprio da questa domus. Risalendo
papa Simmaco. Negli atti resta un accenno a disposizioni ancora nel tempo possiamo riconoscerla in quella donata
(non meglio speci¿cate) date dal re goto ai vescovi de arca a L. Sextius Lateranus dall’imperatore Settimio Severo,12
vero vel de domo Lateranensi,9 cioè «riguardo all’ammini- ricordata anche dalla Historia Augusta,13 e collocabile in
strazione o alla domus Lateranensis». Dal contesto è abba- questa parte del Celio grazie a una serie di ¿stole in piombo
stanza evidente che Teodorico si riferisce all’amministra- con il nome di questo personaggio.14
zione ponti¿cia e alla sede del vescovo romano. Un secolo
prima, Prudenzio parla delle aedes Laterani come del luogo
ove veniva somministrato «il segno del crisma regale»:10 11 Basilica lateranensis: Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum
anche in questo caso non possiamo interpretare queste ae- Latinorum 35, Ep. 1.6 (ca. 368); Ep. 29.6 (23 marzo 419); Ep.
des altrimenti che come la sede del ponte¿ce. È indubbia 32.3 e 5 (29 marzo 419); Actus Silvestri: B. Mombritius, Sanctua-
rium seu vitae sanctorum, Parisiis 1910 (II ed.), II, p. 513, r. 40
(lateranensis basilicae fabrica). Ecclesia lateranensis: Corpus
Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum 35, Ep. 14.4 (29 dicem-
8 Per un’analisi più approfondita P. Liverani, Dalle Aedes Laterani bre 418) ; Ep. 17.2 (6/7 gennaio 419); Ep. 31.6 (26 marzo 419).
al Patriarchio lateranense, in Rivista di Archeologia Cristiana 75, 12 Ps.-Aur. Vict., Epit. 20.6.
1999, pp. 521-549 ; Id., in Mélanges d’Archéologie et d’Histoire 13 SHA, Aur. 1.7 ; la datazione di questa fonte andrebbe rialzata al
de l’École Française de Rome, Antiquité 116, 2004, pp. 20-29. 361-386 secondo A. Cameron, The Last Pagans of Rome, Oxford,
9 Monumenta Germaniae Historica (d’ora in poi MGH), 2011, pp. 743-782 (ringrazio l’autore che ha avuto la liberalità di
Auctores Antiquissimi 12, p. 426. far circolare alcuni capitoli in anticipo sulla pubblicazione).
10 Prud., c. Symm. 1.585. 14 CIL XV 7536 ; V. Santa Maria Scrinari, Il Laterano impe-
122 PAOLO LIVERANI

Fig. 2. Dettaglio della carta precedente con l’area dei Castra Nova Equitum Singularium e della Basilica lateranense.
L’EPISCOPIO LATERANENSE DALLE ORIGINI ALL’ALTO MEDIOEVO 123

A questo punto possiamo considerare due testi proble- tre il secondo doveva essere assai meno conosciuto. La
matici: il primo è l’allusione un po’ sibillina di S. Giro- sua domus, però, aveva mantenuto il nome con valenza
lamo15 alla «basilica un giorno di quel Laterano ucciso topogra¿ca.
dal gladio di Cesare». Girolamo intende evidentemente Possiamo trarre ancora un corollario da questa discus-
Plautius Lateranus, implicato nella congiura dei Pisoni e sione: sembra dif¿cile accettare che la basilica principale
giustiziato da Nerone, ma tale allusione pone una serie di di Roma venisse de¿nita Lateranensis in relazione a una
problemi e di anacronismi: è assai dif¿cile, infatti, istituire casa privata, benché di alto livello, mentre la denomina-
un rapporto tra la basilica – che certamente il nostro autore zione è molto più comprensibile se tale domus era quella
conosce come costantiniana – e le aedes Lateranorum di che ospitava il ponte¿ce. Se è giusto un simile ragiona-
Plautius – scomparse quasi tre secoli e mezzo prima dei mento possiamo pensare che la sede episcopale coincides-
suoi tempi. Tuttavia nella stessa terminologia impiegata se con le aedes Laterani già all’epoca di Damaso, quando
– basilica Laterani – Girolamo mostra la sua dipendenza la basilica è chiamata per la prima volta in questo modo.
dalla toponomastica a lui contemporanea, che faceva rife- Resta la seconda fonte a cui ho accennato prima: il
rimento alle aedes Laterani (genitivo singolare), da iden- passo di Optatus Milevitanus che – verso il 365 – nar-
ti¿care come si è visto con la residenza già appartenuta a ra la controversia donatista e il sinodo riunitosi nel 313
Sextius, mentre l’unica attestazione dell’antica residenza in domum Faustae in Laterano.17 La Fausta in questione
di Plautius parla di aedes Lateranorum (con il genitivo è stata identi¿cata da molti con la moglie di Costantino,
plurale perché casa di famiglia). Tale anacronismo si risol- ma ciò è poco verosimile: Fausta lasciò Roma bimba di
ve se correggiamo Girolamo, pensando che questi abbia cinque o sei anni e non vi fece più ritorno.18 È assai dif¿-
confuso i due Laterani: Plautius infatti era noto ancora nel cile, dunque, che una domus fosse intitolata al suo nome;
IV secolo grazie alla sua menzione nelle Satire di Giove- più facile è pensare, invece, a una privata di fede cristiana
nale, che all’epoca erano una specie di best seller,16 men- e di nobile famiglia. Poiché il cognome Faustus ricorre
con notevole frequenza tra gli Anicii, una delle più potenti
famiglie romane di quest’epoca e una delle prime della
nobiltà ad avere abbracciato il cristianesimo, è ipotesi
riale II. Dagli “horti Domitiae” alla Cappella cristiana, Città
del Vaticano 1995, p. 158, ¿g. 185-186, tav. XX. A. Marinucci, ragionevole che si tratti di una Anicia Fausta, purtroppo
ibid., pp. 332-333, C 5-6, per la collocazione sul terreno non altrimenti attestata.19 Resterebbe da chiarire la spe-
Liverani, Dalle Aedes Laterani, cit. a nota 8, p. 529 ; Id., in ci¿cazione «in Laterano», che costituisce un unicum, il
Mélanges 2004, cit. nota 8, p. 21 nota 14. toponimo Lateranum infatti compare per la prima volta in
15 Hier., Ep. 77.4. una cronaca dei primi anni del XII secolo.20 Nel IV secolo
16 Iuven. 10.15-18; Schol. in Iuven. 10. 15.2. Sulla grande for-
tuna di Giovenale in questo periodo cfr. Amm. 28.4.14 ; A.D.E.
Cameron, Literary allusions in the Historia Augusta, in Hermes
92, 1964, pp. 363-377. Più speci¿camente per le attestazioni secolo, una domus di I secolo, che – per di più – sappiamo essere
in Gerolamo cf. N. Adkin, Juvenal and Jerome, in Classical stata con¿scata dall’imperatore e che dunque, verosimilmente,
Philology 89, 1994, pp. 69-72 ; Id., Jerome, Seneca, Juvenal, aveva ricevuto una diversa destinazione e cambiato nome, men-
in Revue belge d’archéologie et d’histoire de l’art 78, 2000, pp. tre è del tutto naturale che lo scrittore di IV secolo attualizzi il
119-128, specie pp. 124-128. D. Manacorda, Il Laterano e la suo riferimento per farsi comprendere dai lettori contemporanei.
produzione ceramica a Roma: aspetti del paesaggio urbano, in F. Consalvi, Il Celio Orientale. Contributi alla carta archeologi-
A. Leone, D. Palombi, S. Walker (a cura di), Res Bene Gestae. ca di Roma Tav. VI settore H, Roma 2009, pp. 84-91 riesamina
Ricerche di storia urbana su Roma antica in onore di Eva tutta la questione e cerca di salvare il rapporto tra le aedes di
Margareta Steinby, Roma 2007, pp. 195-204 non accetta tale Plautius e quelle di Sextius Lateranus, nonché il valore topo-
correzione e anzi considera equivalenti o indistinguibili le due gra¿co della lettera di Girolamo, accettando la possibilità che si
dizioni aedes Lateranorum (in Giovenale, riferita alla domus di tratti del primo nucleo del patriarchio, ma colloca l’abitazione
Plautius) e aedes Laterani (in tutte le altre fonti, riferita a mio pa- nell’area più tardi occupata dal Palazzo Apostolico di Sisto V: la
rere solo alla domus di Sextius). Tale distinzione – tuttavia – era sua ricostruzione però non mi sembra porti elementi nuovi, tali
già stata proposta da Colini, Storia e topogra¿a, cit. a nota 3, pp. da riconsiderare la posizione già da me espressa. Per comple-
372-373, che pure rimaneva possibilista sull’identi¿cazione del- tezza segnalo M. Romano, Zeitschrift für Kunstgeschichte 59.3,
le due domus. Manacorda aggiunge inoltre una serie di ipotesi a 1996, pp. 349-352, non molto chiaro e sostanzialmente legato a
catena, ciascuna fondata sulla precedente, che non riguardano di- una visione tradizionale della topogra¿a lateranense.
rettamente il tema qui discusso. Osservo solo che, secondo que- 17 Opt. Mil., 1.23. Sintesi della discussione in P. Liverani,
sto autore, l’argomento principale per uni¿care le due dizioni sa- Domus Faustae, in Lexicon Topographicum Urbis Romae II,
rebbe il passo dell’Historia Augusta (Aur. 1.7) in cui la posizione Roma 1995, pp. 97-99.
della casa di Annio Vero è collocata nelle vicinanze delle aedes 18 E. Nash, Convenerunt in domum Faustae in Laterano. S. Optati
Laterani: non potrebbero essere le aedes di Sextius perché altri- Milevitani I 23, in Römische Quartalschrift 71, 1976, pp. 1-21.
menti avremmo un anacronismo, in quanto verrebbe indicato un
riferimento topogra¿co dell’epoca della Historia Augusta (il IV 19 Ciò non stupisce poiché in età tarda la visibilità pubblica
secolo), invece che dell’epoca di cui si parla. Non riesco tuttavia delle donne è assai scarsa se paragonata alla prima e media età
a seguire tale ragionamento, che mi sembra piuttosto dimostrare imperiale.
il contrario: non è possibile che l’autore tardo utilizzi anacroni- 20 Lupus Protospatarius, Chronicon a. 1046 (MGH, Scriptores
sticamente, come riferimento topogra¿co per una situazione di II V, p. 59 = Patr. Lat. 155, c. 135 B): hoc anno venit Conus, rex
124 PAOLO LIVERANI

invece non è possibile intendere il termine in altro modo A poca distanza, sotto il pavimento dell’Oratorio del
che come una deformazione di aedes Laterani. In sintesi: Ss.mo Sacramento sede dell’Arciconfraternita omonima,
la domus – pur mantenendo il suo nome storico – all’inizio è ancora accessibile un ambiente di sostruzione (¿gg. 3,
del IV sec. sarebbe passata in proprietà a una Fausta, che 4) che conserva una volta affrescata con motivi geome-
l’avrebbe messa a disposizione dei padri sinodali. Deci- trici e vegetali databili a età adrianea.27 Scavi condotti
dere invece quando e attraverso quali canali la domus sia durante l’erezione del convento dei Padri Passionisti a
passata nella proprietà ponti¿cia è un esercizio di specu- metà dell’800 hanno rinvenuto materiali differenti, per
lazione altamente ipotetica e in fondo non molto utile. In lo più di età imperiale e non riferibili all’episcopio. Cito
conclusione le fonti ci portano a ritenere che il vescovo di solo il pavimento di un grande mosaico policromo di età
Roma stabilì la sua sede in una ricca domus privata nella costantiniana pertinente a un ambiente termale,28 che si
prima metà del IV secolo e che questa era adiacente alla trova ora inserito nel pavimento della Sala di Costantino
basilica del Salvatore. È naturale a questo punto pensare in Vaticano, ma di cui è ignoto il punto preciso di scavo.
che tale domus abbia costituito il nucleo su cui si è svilup- Immediatamente a sud dell’Oratorio, tra questo e il pa-
pato il complesso episcopale romano medioevale, chiama- lazzo Lateranense, (¿gg. 1, 2) la Sovraintendenza Comu-
to Lateranis – con toponimo indeclinabile – a partire da nale ha scavato nel 1958 resti di un ambiente con pareti in
Papa Vigilio (537-555) nel VI sec.,21 oppure – in alternati- opera mista e con il pavimento costituito da un mosaico
va – episcopium lateranense a partire da papa Severino22 policromo rovinato dal fuoco; un ulteriore ambiente più a
(640) nel VII e patriarchium lateranense a partire da papa ovest, con pareti nella medesima tecnica muraria origina-
Zaccaria23 (741-752) nell’VIII secolo. riamente rivestite di marmo, era pavimentato con un ¿ne
Affrontiamo ora la questione dal punto di vista archeo- mosaico policromo raf¿gurante un labirinto in una cornice
logico. Purtroppo in quest’area abbiamo pochi elementi: a cinta merlata della metà del I sec. a.C.29 A parte le mura-
innanzitutto si devono citare gli scavi del Lauer,24 (¿g. 3) ture tarde e l’affresco del S. Agostino, dunque, i resti ¿no-
che all’inizio del secolo scorso, praticò un cunicolo nel ra elencati sono tutt’al più riferibili, alle aedes Laterani o
blocco di cementizio che costituisce il basamento della a fasi ancora più antiche.30
Cappella del Sancta Sanctorum, intercettando una serie I dati letterari e archeologici raccolti ¿nora sono relati-
di murature tardoantiche e – su una di esse – l’affresco vamente modesti. È il momento di passare a considerare
di un padre della chiesa, verosimilmente risalente al VI le strutture del Patriarchio nella sua ultima fase, per vede-
secolo e solitamente interpretato in maniera alquanto ipo- re di guadagnare qualche ulteriore elemento procedendo
tetica come S. Agostino.25 Per la tematica dell’affresco questa volta a ritroso nel tempo.
si è proposto di collocare in questi ambienti lo scrinium Disponiamo di un fondamentale studio di Manfred
lateranense, cioè la biblioteca e l’archivio episcopale.26 Luchterhand31 che, basandosi sulle fonti medioevali e so-

Alemannorum, Romam, eo quod erant ibi tres papae, Silvester 27 B. Bertani, I sotterranei della sede dell’Arciconfraternita la-
in ecclesia sancti Petri, in Laterano Gregorius, et Benedictus in teranense del Ss. Sacramento, Alma Roma, XXVII.3-4, maggio
Tusculano; a. 1083: (MGH, SS V, p. 61 = Patr. Lat. 155, c. 140 - agosto 1986, pp. 79-96 ; L. Donadono, In margine alle celebra-
A)… trans Tyberim in qua apostolorum principis eminet templum zioni sistine. La Scala Santa (1586-1853): nuove acquisizioni,
(…). (…) ad debellandum Gregorium papam qui in Laterano ac in in Roma moderna e contemporanea 2.1, Roma 1994, pp. 254-
Coelio monte se continebat. Potremmo ricordare per completezza 255 nota 23 ; P. Liverani, Discoveries at the Scala Santa: the
l’attestazione del 723 di S. Bonifacio Lateranam introductus (Vita excavations of 1852-1854, in I. Bignamini (a cura di), Archives
S. Bonifatii, MGH, SS II, p. 343), che possiamo attribuire a scarsa & Excavations. Essays on the History of Archaeological
dimestichezza con la toponomastica romana da parte del redattore, Excavations in Rome and Southern Italy from the Renaissance
poiché dal VI secolo il complesso episcopale lateranense è de¿- to the Nineteenth Century (British School at Rome, April 19,
nito piuttosto con il termine indeclinabile Lateranis (P. Liverani, 1997), Archaeological Monographs of the British School at
Lateranis, in Lexicon Topographicum Urbis Romae V, Roma 1999, Rome, London 2004, pp. 203-220 ; D’Onofrio, Il Patriarchio
p. 272). Troviamo anche un Castellum Lateranum nel contesto leg- nascosto, cit. a nota 1 ; Consalvi, Il Celio Orientale, cit. a nota
gendario della apocrifa Vindicta Salvatoris 27 (cod. Cantabrig.), 16, p. 80, 109, n. 35.
risalente al IX-X secolo. 28 K.E. Werner, Die Sammlung antiker Mosaiken in den
21 Lib. Pont. 61.4. Vatikanischen Museen, Città del Vaticano 1998, pp. 262-267.
22 Lib. Pont. 73.1. 29 M. Nota Santi, in Archeologia Laziale, 1, 1978, pp. 3-4,
¿g. 4, tav. I.2; K.E. Werner, Mosaiken aus Rom. Polychrome
23 Lib. Pont. 93.18. Mosaikpavimente und Emblemata aus Rom und Umgebung,
24 P. Lauer, Les Fouilles du Sancta Sanctorum au Latran, in (Diss. Würzburg 1994), pp. 68-69, K 21.
Mélanges de l’École Française de Rome 20, 1900, pp. 251-287. 30 Secondo lo Ps.-Aur. Vict., Epit. 20.6 le aedes donate a Sextius
25 F. Bisconti, L’affresco del S. Agostino, in Mélanges d’Ar- Lateranus da Settimio Severo erano preesistenti e si chiamava-
chéologie et d’Histoire de l’École Française de Rome, Anti- no aedes Parthorum, forse perché erano servite come alloggio
quité 116, 2004, pp. 51-78. per importanti ostaggi di questa popolazione.
26 Lauer, Les Fouilles cit. a nota 24, pp. 283-286; Luchterhand, 31 Luchterhand, op. cit. a nota 1. Più recentemente è appar-
op. cit. a nota 1, p. 113. so anche il volume di A. Ippoliti, Il Palazzo Apostolico del
L’EPISCOPIO LATERANENSE DALLE ORIGINI ALL’ALTO MEDIOEVO 125

Fig. 3. Scavi Lauer sotto il Sancta Sanctorum e ambiente sotto l’Oratorio del Santissimo Sacramento
(rielaborazione da Lauer 1900).

prattutto su alcune vedute e piante, ha ricostruito l’aspetto sostenitori, arrivato per primo invase la parte più interna
del complesso prima delle demolizioni sistine (¿g. 5). Pur- del Patriarchio, Pasquale, invece, occupò quella esterna
troppo trattandosi solo di una versione preliminare, pub- – a partire dall’oratorio di S. Silvestro – e la basilica del-
blicata nel catalogo di una mostra, tale studio manca del la domus Iulia – che prospetta sul campus».32 Il passo di
corredo di note che avrebbe giusti¿cato alcune speci¿che solito viene letto diversamente ossia – facendo violenza
scelte. Meritano dunque un’ulteriore analisi almeno alcuni alla sintassi latina – come se la parte esterna del Patriar-
punti nodali dell’episcopio medioevale, che possono for- chio si estendesse dall’oratorio di S. Silvestro alla basilica
nirci indicazioni sulle suddivisioni di massima di spazi e della domus Iulia. Inoltre si tende a trascurare l’accenno
funzioni e sulle dinamiche di lungo periodo. alla domus – che fa pensare a un organismo autonomo dal
Alcuni elementi risultano subito chiari: sono infatti fa- Patriarchio – e a parlare piuttosto di una basilica Iulia,
cilmente riconoscibili le cappelle del Sancta Sanctorum considerata parte del complesso episcopale, identi¿cando-
e di S. Silvestro, l’aula triconca e quella dei concili – en- la con strutture di nome simile citate sia in fonti anteriori
trambe risalenti a Leone III – nonché il grande corridoio che posteriori.33
de¿nito Macrona.
Avendo chiaro questa sorta di canovaccio, si può affron-
tare una fonte estremamente importante, ma interpretata in
maniera inesatta. Alludo a un passo del Liber Ponti¿ca- 32 Lib. Pont. 86.2: quidem Theodorus archipresbiter, cum po-
lis, che narra i disordini del 687, successivi alla morte di pulo qui ei favebat, praeveniens interiorem partem patriarchii
papa Conone e scatenati dalla lotta per la sua successione. tenuit: Paschalis, vero, exteriorem partem — ab oratorio sanc-
ti Silvestri — et basilicam domus Iuliae — quae super campum
In quest’occasione «l’archipresbitero Teodoro, con i suoi respicit — occupavit. Per completezza aggiungerò che nessuno
dei due contendenti riuscirà a ottenere la successione che inve-
ce andrà a Sergio I.
Laterano, Monumenta Sanctae Sedis 4, Roma 2008, con l’edi- 33 Ph. Lauer, Le Palais de Latran. Étude historique et archéologi-
zione di tutte le fonti e i conti relativi alle demolizioni e alla que, Paris 1911, pp. 38-39 ; L. Duchesne, Le “Liber Ponti¿calis”,
costruzione della nuova fabbrica sistina. I, Paris 1886, p. 228 nota 4, p. 282 nota 5, p. 300 nota 3 ; G.
126 PAOLO LIVERANI

Fig. 4. Sezione N-S del complesso del Sancta Sanctorum (rielaborazione da D’Onofrio 2004).

Fig. 5. Pianta ricostruttiva del palazzo ponti¿cio lateranense (da Luchterhand 1999).
L’EPISCOPIO LATERANENSE DALLE ORIGINI ALL’ALTO MEDIOEVO 127

Andiamo con ordine: innanzitutto è chiaro che nel VII Anche l’acclamazione delle icone dell’imperatore Foca
secolo c’è una divisione (¿gg. 5-6) tra la parte interna e e dell’imperatrice Leonzia nel 603 sarebbe avvenuta in
quella esterna dell’episcopio e che il con¿ne è costituito una basilica Iulii, tuttavia il codice migliore delle lettere di
dall’oratorio di S. Silvestro (¿g. 5, L), che fortunatamen- Gregorio Magno riporta in basilica Vigilii, che è lectio dif-
te possiamo collocare in pianta essendo riconoscibile sia ¿cilior e preferibile.41 Dello stesso avvenimento tratta più
sulle planimetrie del Fontana e del Contini,34 che nei conti tardi Giovanni Diacono,42 che parla anch’egli della basili-
del Fontana per le demolizioni.35 Leggendo con attenzio- ca Iulii (dunque in ogni caso non della basilica Iulia), tut-
ne il brano in questione è però chiarissimo che oratorio tavia dal confronto dei testi è chiaro che questo passo non
e domus sono posti in parallelo come entità indipenden- può essere considerato una fonte indipendente, in quanto
ti e che la domus non fa parte del Patriarchio anche se è riprende l’essenziale da Gregorio Magno,43 aggiungendo
ad esso adiacente. Inoltre – ultima sottolineatura – non si di suo un fraintendimento: l’oratorio di S. Cesareo,44 che
parla della basilica Iulia, ma piuttosto dell’aula di rappre- l’appendice alle lettere di Gregorio de¿nisce semplice-
sentanza di una domus con questo nome. Dunque anche mente in Palatio, viene collocato invece lateranensi pala-
l’identi¿cazione proposta con l’edi¿cio a torre all’angolo tio, cioè nel palazzo ponti¿cio lateranense. Ciò è dovuto a
della Macrona36 (¿g. 5, M) non ha fondamento. uno slittamento semantico e toponomastico: ¿no all’VIII
Già altrove ho analizzato le altre fonti che sono state secolo a Roma il Palatium era solo quello imperiale e
riferite a questa fantomatica basilica Iulia37 e dunque rias- – salvo speci¿cazioni diverse – era quello del Palatino, ma
sumerò qui solo l’essenziale, completando alcune osser- a partire dal IX secolo un simile titolo è esteso anche alla
vazioni che avevo mancato di sviluppare in precedenza. Si residenza ponti¿cia in Laterano.45 Dunque Giovanni Dia-
è voluto riconoscere38 una basilica Iulia lateranense nelle cono interpreta il testo di partenza alla luce della termino-
notizie relative all’ordinazione dei papi Bonifacio I e II e logia a lui contemporanea ma dipende verosimilmente da
dei rispettivi antipapi Eulalio e Dioscoro39 nel 418 e nel una versione delle lettere di Gregorio Magno in cui era già
530. Tuttavia, tenendo conto degli usi terminologici e del avvenuta la corruzione Vigilii - Iulii.
ruolo che avevano le diverse basiliche ponti¿cie, dobbia- In¿ne si è voluta riconoscere ancora una volta la ba-
mo ritenere che queste indicazioni siano da riferire piutto- silica Iulia in un paio di citazioni dell’Ordo II di Cencio
sto alla basilica Iulii iuxta forum Traiani (probabilmente
l’attuale basilica dei Ss. Apostoli), che aveva uno status
assai superiore a quello delle cappelle del Patriarchio e
che dunque poteva in qualche modo essere contrapposta
siastici di Roma da Silvestro a Silverio, Leuven-Paris-Dudley
alla basilica Costantiniana del Salvatore.40 [MA] 2004, pp. 17-44).
41 Greg. M., Epist., App. VIII: Corpus Christianorum 140A,
p. 1101 (= MGH, Epist. II.3, p. 365) : venit autem icona su-
prascriptorum Focae et Leontiae Augustorum Romae septimo
De Spirito, Basilica Iulii/Iulia, Lexocon Ttopographicum Urbis Kalendarum Maiarum, et acclamatum est eis in Lateranis, in
Romae II, Roma 1995, pp. 179-180, con ulteriore bibliogra¿a ; basilica Iulii ab omni clero vel senatu: «Exaudi Christe! Focae
C. Meckseper, Zur Doppelgeschossigkeit der beiden Triklinien Augusto et Leontiae Augustae vita!» Tunc iussit ipsam iconam
Leos III. im Lateranpalast zu Rom, in Schloß Tirol: Saalbauten domnus beatissimus et apostolicus Gregorius papa reponi eum
und Burgen des 12. Jahrhunderts im Mitteleuropa (Forschungen in oratorio sancti Cesarii intra Palatio. Il codice migliore con la
zu Burgen und Schlössern 4), München 1998, pp. 119-128; lectio «in basilica Vigilii», che qui si preferisce, è il Cassinensis
Luchterhand, Päpstliche Palastbau, cit. a nota 1, p. 113. 71, su cui si fonda normalmente la ricostruzione del testo.
34 Pianta del Fontana: Luchterhand, Päpstliche Palastbau, cit. 42 Jo. Diac., Vita Gr. M. IV.20 (PL 75.c. 185B) : Igitur septi-
a nota 1, ¿g. 2 ; Pianta del Contini in G. Severano, Memorie mo kalendarum Maiarum, indictione sexta, imago Phocae et
sacre delle sette chiese di Roma, Roma 1630, vol. I, di fronte a Leontiae, augustorum, cum eorumdem favorabilibus litteris
p. 560. Su Contini cf. F. P. Fiore, Francesco e Giovan Battista Romam delata est. Et postquam a clero et senatu acclama-
Contini, in Ricerche di Storia dell’Arte, 1-2, pp. 197-210. tum est eis in basilica Julii, jussu Gregorii in oratorio sancti
35 Per questi ultimi cfr. Ippoliti Il Palazzo Apostolico, cit. a nota Caesarii Lateranensi palatio constituto reponitu. Il IV volume
31, tav. riassuntiva a p. 41, n. 7. dell’opera si data all’875.
36 Luchterhand, Päpstliche Palastbau, cit. a nota 1, pp. 113, 43 La dipendenza dalla Lettere di Gregorio è chiara, come è noto
120. il fatto che le avesse consultate non in originale, ma nella rac-
colta in due volumi realizzata sotto Adriano I : W. Wattenbach
37 Cf. Liverani, in Rivista di Archeologia Cristiana 75, 1999, - W. Levison, Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelalter,
pp. 535-538; Id., in Mélanges 2004, cit. nota 8, pp. 33-34. Vorzeit und Karolinger, Weimar 1952, p. 468.
38 Cf. nota 33. 44 A. Trinci, S. Caesareus, oratorium, in Lexicon Topographicum
39 Lib. Pont. 44.1 ; 57.1. Urbis Romae II, Roma 1995, p. 213.
40 H. Geertman, Forze centrifughe e centripete nella Roma cri- 45 La prima occorrenza è nel Regesto farfense all’anno 813
stiana: il Laterano, la basilica Iulia e la basilica Liberiana, (Reg. Farf. II, n. 199) : cf. P. Liverani, Dal palatium imperiale
Atti della Ponti¿cia Accademia Romana d’Archeologia. al palatium ponti¿cio, in Rome AD 300-800. Power and Symbol
Rendiconti 59, 1986-1987, pp. 63-91 (ristampato in Id., Hic – Image and reality, in Acta ad archaeologiam et artium histo-
Fecit Basilicam. Studi sul Liber Ponti¿calis e gli edi¿ci eccle- riam pertinentia 17, 2003, pp. 145-165.
128 PAOLO LIVERANI

Camerario46 (1195-1198), dove il cerimoniale ponti¿cio antica basilica fosse adiacente alle stanze di abitazione del
per l’accoglienza dell’imperatore prevede che l’imperatri- papa. Se proviamo a ragionare sulla pianta del Fontana,
ce si intrattenga nella camera imperatricis Iuliae. Questa potremmo pensare che tali ambienti fossero sopravvissuti
ricostruzione non giusti¿ca però i grandi salti cronologi- in qualche maniera nella Casa dei Penitenzieri, che si ad-
ci della documentazione, né spiega la connessione con dossava alla parte posteriore del Triclinio Leoniano (¿g. 5,
un’imperatrice, che dif¿cilmente potrà essere identi¿cata Q-P).
con qualche personaggio dell’evo antico. La seconda basilica è quella di papa Teodoro (642-649)
In sintesi abbiamo menzione di una domus Iulia di VII della metà del VII secolo, davanti alla quale, un secolo più
secolo di dif¿cile identi¿cazione, in base al testo appena tardi, papa Zaccaria (741-752) costruì un triclinio.51 Per
discusso del Liber Ponti¿calis: essa deve essere adiacente questo motivo, in epoca successiva, la basilica di Teodoro
alla parte esterna del Patriarchio e affacciarsi sulla piazza prende anche il nome di Zaccaria52 o di Panetaria dal por-
lateranense, dunque la posizione più verosimile è quella di tico antistante. Il portico doveva trovarsi subito a est delle
fronte all’oratorio di S. Silvestro oltre la linea degli archi scale d’accesso al palazzo e dunque la basilica o sorgeva
dell’acquedotto claudio-neroniano. In quest’area conoscia- nell’area a ovest di quella occupata dal Triclinio Leoniano
mo la domus dei Pompeii e forse di Annio Vero.47 Se si – ma in tal caso non ne sarebbe sopravvissuto nulla nel-
dovesse azzardare qualche ipotesi si potrebbe tutt’al più ri- la situazione documentata dal Fontana – oppure dovremo
cordare che i Pompeii erano imparentati con quel ramo de- cercarla negli ambienti di più ridotte dimensioni al termi-
gli Iulii di cui l’esponente più noto era Sextus Iulius Fron- ne orientale della Macrona, dunque in un’area adiacente
tinus.48 Si tratta tuttavia di una traccia estremamente labile, a quella in cui, già per altra via, venivano riconosciuti in-
su cui sarà bene non fare eccessivo af¿damento, visto che terventi di questo papa: si pensi in particolare al portico
dovremmo risalire a un periodo anteriore di più di cinque immediatamente a ovest del Sancta Sanctorum.
secoli, senza alcun passaggio intermedio documentabile. Tento di trarre qualche conclusione: in base alle fonti
Si potrebbe discutere ulteriormente della situazione di letterarie e gra¿che e alle scarse evidenze archeologiche
altre parti del Patriarchio, con particolare attenzione alle disponibili possiamo ritenere che la sede del vescovo ro-
aule di udienza de¿nite basiliche, recuperando il signi¿- mano si collochi presso la basilica del Salvatore già verso
cato civile più antico del termine latino, ma ci si limiterà la metà del IV secolo, forse ¿n dalla costruzione della ba-
a pochi accenni essenziali a partire dalla più antica: la ba- silica ad opera di Costantino, utilizzando una ricca domus,
silica di Papa Vigilio – già citata – fondata verso la metà dono di una famiglia privata, nota come aedes Laterani da
del VI secolo. È dif¿cile collocarla in pianta poiché non un suo precedente proprietario. L’espansione di questo nu-
possediamo indicazioni topogra¿che: si è pensato potesse cleo originario sembrerebbe fosse avvenuta verso sud, in
occupare lo spazio utilizzato successivamente da Leone direzione del quadriportico della basilica (¿g. 7), sul quale
III per il suo triclinium maius, il triconco (¿g. 5, E) che purtroppo abbiamo solo documentazione letteraria.53
aveva funzioni paragonabili a quella dell’aula di Vigilio.49 Tale espansione dovette ricorrere necessariamente a
A sostegno di questa ipotesi si può osservare che l’ulti- opere di terrazzamento o di sostruzione non indifferenti
ma menzione della basilica Vigilii risale al predecessore poiché da questo lato il Celio scende in direzione della
di Leone III, Adriano I,50 e che sappiamo come tale più linea delle Mura Aureliane. A conferma di ciò si potrebbe
citare la scoperta, avvenuta nel 1936, di un muro lungo
una cinquantina di metri costruito contro terra a nord e con
46 R. Elze, Ordines coronationis imperialis. Die Ordines für die una cortina in opera mista nella faccia a sud, dunque data-
Weihe und die Krönung des Kaisers und der Kaiserin, MGH bile tra la tarda età Àavia e quella adrianea (¿gg. 1, 2, 7).
Fontes iuris germanici antiqui IX, Hannover 1960, p. 47 : Sul suo lato meridionale si appoggiavano una serie di ar-
Imperatrix vero deducitur usque ad cameram Iulie imper-
atricis (…) imperator [redeat] ad cameram Iuliae. Cfr. anche chi in laterizio che sembra avessero funzione di contraf-
P. Fabre, L. Duchesne, Le Liber Censuum de l’Église romane, forte e che coprivano forse un passaggio parallelo al muro
I, Paris 1905, p. 6* e nota 3. stesso.54 Tale muro marca un salto di quota e – sovrappo-
47 Liverani, in Mélanges 2004, cit. nota 8, pp. 29-33. La proposta
di collegarla alla menzione di una domus Iulia nota dalla passio
S. Eusebii (Acta Sanctorum, Aug. V, 115; G. De Spirito, Lexicon
Topographicum Urbis Romae II [1995], pp. 179-180) non regge 51 Lib. Pont. 93.18.
poiché questa è piuttosto da collocare presso S. Giorgio al Velabro. 52 Benedetto Canonico, Ordo Romanus 22, 41, 48 (ed. Fabre-
48 Liverani, in Mélanges 2004, cit. nota 8, pp. 29-30. Duchesne II, pp. 146, 151, 53; aa. 1140-3); Gesta pauperis
49 Meckseper, Zur Doppelgeschossigkeit, cit. a nota 33, p. 126; scholaris Albini 27 (ibid. p. 130) ; Cencio Camerario, OR XII,
Luchterhand, Päpstliche Palastbau, cit. a nota 1, p. 117. 27 (ibid. I, p. 295; a. 1192).
50 MGH, Epist. V, 50: lettera di Adriano I a Carlo Magno del 53 Cf. nota 7 : il quadriportico è citato nei restauri di Adriano I (772-
791. Quando nel IX secolo ne parla Giovanni Diacono Vita Gr. 795: Lib. Pont. 97.70) e Leone III (795-816: Lib. Pont. 98.82).
M. IV.20 (Patr. Lat. 75, p. 97) la de¿nisce basilica quondam 54 Colini, Storia e topogra¿a, cit. a nota 3, p. 362, ¿g. 302-303,
doctissimi pape Vigilii, suggerendo che avesse cambiato aspet- tav. XIX.24; Consalvi, Il Celio Orientale, cit. a nota 16, pp. 78,
to e intitolazione. 108 n 32.
L’EPISCOPIO LATERANENSE DALLE ORIGINI ALL’ALTO MEDIOEVO 129

Fig. 6. Assonometria ricostruttiva del palazzo ponti¿cio lateranense (rielaborazione da Luchterhand 1999).

nendo la pianta del Fontana alla carta archeologica (¿g. 7) riproduzione fotogra¿ca,56 a una veduta di Filippo Juvarra
– risulta attraversare il Triclinio Leoniano a metà circa conservata alla Biblioteca Nazionale di Torino,57 nonché
dell’aula.55 Dobbiamo dunque considerare questo come li- a un dipinto a olio di Paolo Anesi (¿g. 8) del Museo Dio-
mite meridionale del nucleo originario attribuibile alle ae- cesano di Milano.58 Tutte mostrano come il Patriarchio
des Laterani: il superamento di tale ostacolo e verosimil-
mente la ristrutturazione dell’importante percorso viario
in direzione della Porta Asinaria avvenne certamente con 56 D’Onofrio, Il Patriarchio nascosto, cit. a nota 1, p. 149, ¿g. 6
la costruzione del Triclinio Leoniano, piu dif¿cilmente ri- (Foto Biblioteca Hertziana U.Fi. CI 361b).
sale già alla costruzione della basilica Vigili poiché tale 57 Ibid. nota 12: Biblioteca Nazionale di Torino, Ris. 59.1 f.
percoso ancora compare nel terzo dell’VIII sec. nell’ VIII 19 (ex 15) ; deve datarsi al 1705 per confronto con altri schiz-
itinario di Einsiedeln. Analoghe considerazioni nascono zi progettuali relativi alla facciata della basilica cfr. Millon,
dall’esame delle poche testimonianze gra¿che e pittoriche Henry A. [et al.], Filippo Juvarra, drawings from the Roman
period, 1704-1714, I, Roma 1984, p. 325.
che raf¿gurano il Laterano nel XVII sec. e al principio del
58 Ippoliti Il Palazzo Apostolico, cit. a nota 31, p. 63 ¿g. 38 ;
XVIII vedendolo da est: penso a un disegno del paesaggi-
manca al catalogo di A. Busiri Vici, Trittico paesistico roma-
sta olandese Johann Glauber, oggi perduto ma noto da una no del ‘700: Paolo Anesi, Paolo Monaldi, Alessio De Marchis,
Roma 1976. Un’interessante veduta mai considerata negli studi
sulla basilica è quella di un anonimo cinquecentesco raf¿gurante
il lato settentrionale della basilica visto attraverso le arcuazio-
ni parzialmente demolite dell’acquedotto claudio-neroniano :
55 Non si può fare a meno di osservare il fatto che non si sia C. Echinger-Maurach, in The Burlington magazine, 145, n. 1202,
registrato in occasione di quello scavo alcun resto relativo 2003, p. 338, ¿g. 2; Ead., Michelangelos Grabmal für Papst
alle fasi tarde: non è chiaro se ciò sia dovuto a trascuratezza Julius II., München 2009, pp. 64 e 141 ; Ead. in M. Mussolin
o a un abbassamento del terreno durante le trasformazioni dal (a cura di), Michelangelo architetto a Roma (cat. della mostra,
XVI sec. in poi che abbia cancellato le fasi medioevali. Roma 6 ott. 2009-7 febbr. 2010), Milano 2009, p. 107, ¿g. 21.
130 PAOLO LIVERANI

Fig. 7. Carta archeologica del Laterano con sovrapposizione delle strutture medioevali del Patriarchio.
L’EPISCOPIO LATERANENSE DALLE ORIGINI ALL’ALTO MEDIOEVO 131

sorgesse su di un terrazzamento, che marcava verso est


un forte salto di quota, e fosse sostenuto da una poderosa
muratura in parte continua e in parte – in corrispondenza
del Sancta Sanctorum – articolata su archi.59
In chiusura si può solo auspicare che qualche indagine
mirata venga a chiarire almeno alcuni punti di questa intri-
cata, ma importantissima vicenda. In linea di principio una
simile veri¿ca non dovrebbe essere eccessivamente dif¿-
coltosa, se si pensa che una metà del Triclinio Leoniano
si dovrebbe trovare sotto i giardini antistanti la basilica, o
comunque in area pedonale, e lo stesso può dirsi per l’Ora-
torio di S. Silvestro, di fronte alla Scala Santa.

Fig. 8. Paolo Anesi (Roma, 1697-1773), Veduta della Basilica di San Giovanni in Laterano (per gentile concessione del Museo
Diocesano di Milano).

59 Ci si potrebbe chiedere se una tale diversità non sia da at-


tribuire a epoche differenti, e in particolare se non si debbano
interpretare le arcuazioni come pertinenti a strutture di epoca
romana.
133

CLEMENTINA RIZZARDI
Università di Bologna

THE RESIDENCES OF THE BISHOPS OF RAVENNA IN LATE ANTIQUITY


AND THE EARLY MIDDLE AGES

Both the darkness surrounding the early centuries of Christianity in Ravenna and the lack of suitable ar-
cheological excavations have precluded the identi¿cation of particular domus ecclesiae or domus episcopi
previous to the Catholic Early Christian episcopal complex erected by Bishop Ursus (Vth century), which coin-
cided with the transfer of the imperial capital to Ravenna (402). An important episcopal palace was to develop
there - known to us through historical and archeological sources and some monumental evidence - that reÀects
the most splendid phases of Ravenna’s churches, which endeavored to copy imperial palaces or at least those
of the highest civil of¿cials. Because it was continuously extended by a series of rooms built at various times,
without a precise plan, the process of its development and embellishment can be determined, reaching a peak
between the mid-Vth and mid-VIth centuries.

Therefore, the Catholic bishop’s palace as founded by Ursus was ¿rst located behind the apse of the cathe-
dral and probably extended along its south side. Equipped with a secretarium or salutatorium, it must have had
a simple dining hall, decorated with the image of the Savior as well as a far more important triclinium built at
the time of Bishop Neon (451-473), remembered as domus quinque accubita in the Liber Ponti¿calis Ecclesiae
Ravennatis (IXth century) and used by the bishop and the clergy during solemn occasions. Having ¿ve apses
where there must have been dining couches, preciously decorated in mosaics with scenes of the Old and New
Testaments, it was probably inspired by the great triclinia in the imperial Palace of Constantinople and was
equaled only by the most important Bishop’s palaces of the time.

The bishop’s palace in Ravenna was then extended at the time of Bishop Peter II (493-519) with the addition
of a building called Tricoli, intended to house the clergy and a private oratory, preciously decorated in mo-
saics, which constitutes the only example an Early Christian archbishop’s chapel still intact today.

The Catholic episcopal complex must also have had baths, as shown by archeological excavations, an
archive, which was destroyed by a ¿re (late VIIth-early VIIIth century), and also a Vivarium (VIIIth century)
whose remains survive and can be seen from the garden of the archbishop’s palace. A domus nova or Valeriana
must have been built in the IXth century, at the time of Bishop Valerius.

Ravenna’s complex history, which in a certain period witnessed the co-existence of Orthodox and Arian Chris-
tians, especially during the reign of Theodoeric (493-526), justi¿ed not just the presence of a Catholic episcopal
complex, but also an Arian one, smaller in size, but similarly formed by a cathedral, baptistery and bishop’s
palace. The latter, now no longer extant, must have been similar to the Catholic one, since it had a balneum and
an oratory. Other Arian episcopal palaces are cited in the Liber Ponti¿calis Ecclesiae Ravennatis: one located
alongside the extramural basilicas of sancti Eusebii and beati Georgii and another connected to Sant’Apollinare
Nuovo, originally the palatine basilica of Theodoric who had it built and dedicated it to Christ.

Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 133-145.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101295
135

LE RESIDENZE DEI VESCOVI DI RAVENNA DAL TARDOANTICO


ALL’ALTOMEDIOEVO

Ripercorrere la storia delle residenze episcopali di 1. E’ indubbio che l’Episcopio princeps per antonoma-
Ravenna dalle origini sino all’altomedioevo- e cioè di sia si debba considerare quello della Cattedrale Cattolica,
un processo formativo ed evolutivo che si sviluppa attra- fondata dal vescovo Ursus, come riferisce il Liber
verso vari secoli- signi¿ca indagare dapprima nelle oscure Ponti¿calis Ecclesiae Ravennatis (IX sec.), molto proba-
pieghe della storia dell’antico Cristianesimo di tale area, bilmente fra la ¿ne del IV e l’inizio del V secolo, in conco-
considerando fonti epigra¿che, storico-letterarie e testi- mitanza con il trasferimento della capitale a Ravenna :
monianze archeologiche, alla ricerca di una eventuale do- Iste(Ursus) primus hic initiavit templum construere Dei,
mus ecclesiae o domus episcopi ; signi¿ca poi mettere a ut plebes christianorum, quae in singulis teguriis vagabat
fuoco problematiche eterogenee e fra di loro strettamente in unum ovile piissimus collegeret pastor. E ancora, sem-
connesse, quali il ruolo vescovile e tipologie architettoni- pre a proposito di Ursus :”Habitabat autem sanctissimus
che sorte in connessione ad esigenze liturgico-abitative- vir infra Episcopium, qui est positus iuxta Fossa Amnis,
autocelebrative ; signi¿ca anche considerare la realtà sto- qua[=quae] egreditur de loco qui vocatur Organaria,
rico-politica di Ravenna, in cui dopo il trasferimento della emanans sub pontem [ponte]Pistorum, mira magnitudine
Capitale da Milano (402) al tempo dell’Imperatore Onorio et tota edi¿cali madicho[aedi¿ciis mecanicis] constructa,
e dopo l’età di Galla Placidia (425-450), seguì il regno ubi nunc destructum stabulum esse videtur”. 2
di Teoderico (493-526), di religione ariana e quindi il pe- Da tale notizia non viene tuttavia attribuita a Urso “san-
riodo di Giustiniano (427-465), che ripristinò la religione tissimo uomo” la fondazione dell’Episcopio in cui abitava,
ortodossa. percu alcuni studiosi hanno ritenu che esso preesistesse
La complessità della storia di Ravenna, che vede per alla cattedrale Ursiana, dedicata all’Anastasis Domini.3
un certo periodo coesistere ortodossi e ariani, giusti¿ca la
presenza in essa non solo di un complesso episcopale cat-
tolico costituito da Cattedrale, Battistero ed Episcopio, ma 2 LP.HE.23, Vita Ursi, p. 288 ss. ; CP.TR, p. 65 ss. ; LP.MD.,
in seguito alla dominazione gota, anche di un complesso pp. 169-170 ; F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des
episcopale ariano, ugualmente dotato di Episcopio e inol- spätantiken Abendlandes, Kommentar, II, 1. Teil, Wiesbaden,
1974, pp. 193-208.
tre di altre residenze ariane, al di fuori e dentro la città,
3 Particolarmente controversa è la datazione dell’anti-
menzionate dal Liber Ponti¿calis Ecclesiae Ravennatis di ca Cattedrale di Ravenna, collegata dal Liber Ponti¿calis
A. Agnello (metà IX secolo)1. Ecclesiae Ravennatis al vescovo Ursus, di cui non risulta
Tutto ciò rende molto complesso e sfaccettato il dis- chiara la data di morte, per una controversa interpretazione
corso della residenza o, meglio, delle residenze episcopali delle fonti storiche : ritenuta il 13 aprile del 396, giorno di
di Ravenna, per cui vorrei qui considerare alcuni punti Pasqua, dallo Stein, dal Deichmann, dalla Miller e dal Russo
(S. Stein, Beiträge zur Geschichte von Ravenna zur spätrömi-
principali : il problema della esistenza o meno di domus
scher und byzantinischer Zeit, in Klio, XVI, 1-2, 1919, pp. 40-
ecclesiae precedenti la Cattedrale e l’Episcopio catto- 71 ; F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken
lico ; l’Episcopio della Cattedrale cattolica, antica basi- Abendlandes, Kommentar, II, 1. Teil, cit., p. 194 ; M.C. Miller,
lica Ursiana, nelle sue peculiarità e nel suo sviluppo ; gli “The developement of the Archiepiscopal Residence in
Episcopi ariani. Ravenna, 300-1300”, Felix Ravenna, 141-144, 1991-1992, ma
1997, p. 149 ; E. Russo, “L’architettura di Ravenna paleocri-
stiana”, C. Rizzardi (éd.), Venezia e Bisanzio. Aspetti della cul-
tura artistica bizantina da Ravenna a Venezia (V-XIV secolo),
1 O. Holder Egger (éd.), Agnellus, Liber Ponti¿calis eccle- Venezia, 2005, p. 90) ; oppure inserita entro il primo quarto del
siae Ravennatis. MGH (Scriptores Rerum Langobardicarum V secolo dal Testi Rasponi, dal Bovini e dall’Orioli (CP.TR.,
et Italicarum saec. VI-IX), Hannoverae, 1878, pp. 265-391 p. 69, nota 9 ; G. Bovini, Edi¿ci di culto d’età preteodoricia-
(=LP.HE) ; A. Testi Rasponi (éd.), Agnellus, Codex Ponti¿calis na, Bologna, 1969, p. 2 ; G. Orioli, “La data della dedicazione
Ecclesiae Ravennatis (Rerum Italicarum Scriptores), 2, 3, della Basilica metropolitana dell’Anastasis”, Ravenna Studi e
Bologna, 1924 (=CP.TR) ; D. Mauskopf Deliyannis (éd), Ricerche, IV, 2, 1997, pp. 191-196). Attendibile mi pare l’ipo-
Agnelli Ravennatis, Liber Ponti¿calis ecclesiae ravenna- tesi fatta dall’Orioli secondo cui la consacrazione della chiesa
tis, (Corpus Christianorum. Continuatio Mediaevalis, 199), dovette avvenire il 13 aprile dell’anno 407 (G. Orioli, op. cit.,
Turhout, 2006, p. 396 (= LP.MD). pp. 195-196).
136 CLEMENTINA RIZZARDI

Purtroppo nulla ci è possibile sapere di tale precedente Anche i recenti controlli archeologici effettuati nell’area
edi¿cio, di cui non possediamo dati storici o archeologici della basilica di San Severo in Classe non sono riusciti ad
ed il cui primo nucleo si colloca in quella penombra che individuare, nell’ambito della sottostante villa suburbana
avvolge le origini cristiane di Ravenna. romana, sviluppatasi tra II e VI secolo, tracce di quella ec-
Smentita e quindi tramontata l’ipotesi di una aposto- clesia domestica in cui doveva of¿ciare il vescovo Severo
licità della chiesa ravennate, basata su una leggendaria (342-343) che qui doveva anche abitare. 8
Passio Sancti Apollinaris tendente a far risalire al tempo
dell’apostolo Pietro l’arrivo di Apollinare a Ravenna e
quindi la diffusione del Cristianesimo4, a lungo gli stu- 2. Il nostro studio sulla più antica residenza vesco-
diosi, soprattutto locali, si sono sforzati di attribuire al vile si deve quindi concentrare su quella posta accanto
II-III secolo l’origine della chiesa ravennate : tutto ciò alla Cattedrale cattolica di cui, anche se non è possibile
era stato affermato anche sulla base di testimonianze ar- scoprire la fase o le fasi precedenti la fondazione della
cheologiche- specie epigra¿che- forzatamente datate ad Cattedrale da parte del Vescovo Ursus, è tuttavia possi-
età precostantiniana : come conseguenza Ravenna veniva bile seguirne il processo di sviluppo e di abbellimento,
indicata anche come il primo grande centro di diffusione che raggiunge l’apice fra la metà del V e la metà del
del Cristianesimo nell’Italia settentrionale5. VI secolo : in tale periodo il potere vicariale fu tras-
A sostegno di tale ipotesi e nel tentativo di confermare formato in giurisdizione metropolitica e ben presto da
una grande antichità del Cristianesimo ravennate, si è an- parte della chiesa di Ravenna fu conteso il primato ad
che cercato di trovare tracce materiali di domus ecclesiae e importanti ed antiche sedi ecclesiastiche quali Roma e
oratori nell’ambito di strutture preesistenti importanti edi- Milano ed estesa la giurisdizione sui territori dell’Italia
¿ci di culto, come ad es. all’interno della Domus scoperta settentrionale già appartenenti alle diocesi di Milano e
recentemente in via d’Azeglio, dove un pavimento musivo di Aquileia9.
decorato da un elegante pastore ¿ancheggiato da due pe- L’Episcopio ravennate, riÀettendo la grande impor-
core (IV-V secolo), ha fatto pensare ad un antichissimo tanza della stessa chiesa e paragonabile ai più signi¿-
edi¿cio cristiano decorato dalla ¿gura del buon pastore6. cativi dell’Oriente e del Nord-Africa, dovette essere
Tutto ciò sembra tuttavia essere stato smentito da re- di grande prestigio, costituito da una serie di edi¿ci di
centi studi che, attraverso una revisione critica della più abitazione e di aule di rappresentanza, dotato di terme,
antica documentazione epigra¿ca ravennate, giungono alla come è possibile dedurre da fonti storiche, dalle scarse
conclusione che non vi sono, allo stato attuale delle ricer- testimonianze monumentali superstiti e dagli scavi ar-
che, testimonianze anteriori alla ¿ne IV-inizio V secolo, es- cheologici (1980-81)10. E’ attraverso questi dati antichi
cludendo quindi tassativamente “l’ipotesi di una cristianità
classense-ravennate già presente in età precostantiniana ”7.
Sembra quindi cadere automaticamente anche l’ipotesi 8 A. Augenti, “Le chiese e il contesto : Ravenna da città roma-
na a capitale tardoantica”, Antichità Altoadriatiche, 66, 2008,
di un oratorio cristiano/domus ecclesiae nell’ambito della
p. 107.
domus di Via d’Azeglio.
9 M. Mazzotti, “La provincia ecclesiastica ravennate attraverso
i secoli”, Atti dei Convegni di Cesena e di Ravenna, I (1966-
1967), Cesena, 1969, pp. 15-26 ; V. Zangara, “Una predicazio-
4 F. W. Deichmann, “Zur ältesten Geschichte des Christentums in ne alla presenza dei principi : la chiesa di Ravenna nella prima
Ravenna”, Rivista di Archeologia Cristiana, 42, 1966, pp. 167- metà del sec. V”, AnTard, 8, 2000, in partic. pp. 303-304. Circa
175 ; F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken il rapporto fra autorità vescovile ed edilizia religiosa, epigra-
Abendlandes, Kommentar, II, 2.Teil, Wiesbaden 1976, p. 356 ; F. W. ¿a e decorazione musiva cf. J.-P. Caillet, “L’af¿rmation de
Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken Abendlandes, l’autorité de l’évêque dans les sanctuaires paléochrétiens du
Kommentar, II, 3. Teil, Stuttgart, 1989, pp. 165-188. Haut Adriatique : de l’inscription à l’image”, ƋƝƈƌ, ƈƧƦƬà,
2003, pp. 21-30 ; J.-P. Caillet, “L’evergetismo ecclesiastico”,
5 G. B. De Rossi, “Il primitivo cimitero cristiano di Ravenna R. Farioli, C. Rizzardi, P. Porta, A. Augenti, I. Baldini Lippolis
presso S. Apollinare in Classe”, Bollettino di Archeologia (éd.), Ideologia e cultura artistica tra Adriatico e Mediterraneo,
Cristiana, s. III, 4, pp. 98-132. op. cit., pp. 13-24.
6 M. G. Maioli, “La strati¿cazione urbana di Via d’Azeglio”, 10 C. Rizzardi, “Note sull’Episcopio di Ravenna : formazione e
G. Montevecchi (éd.), Viaggio nei siti archeologici della pro- sviluppo”, Actes du XIe Congrès International d’Archéologie
vincia di Ravenna, Ravenna, 2003, p. 18 ; G. Montevecchi (éd.), Chrétienne (21-28 sept.1986), Roma, 1989, pp. 711-731 ; M. C.
Archeologia urbana a Ravenna. La “Domus” dei tappeti di Pietra. Miller, “The developement of the Archiepiscopal Residence in
Il complesso archeologico di Via d’Azeglio, Ravenna, 2004, p. 50. Ravenna, 300-1300”, Felix Ravenna, 141-144, 1991-1992, ma
7 C. Carletti, “Epigra¿a episcopale di Ravenna nei secoli V e VI. 1997, pp. 145-173. Circa le strutture episcopali dei primi seco-
Note preliminari”, R. Farioli, C. Rizzardi, P. Porta, A. Augenti, li cf. : I. Baldini Lippolis, “Osservazioni sulla tipologia delle
I. Baldini Lippolis (éd.), Ideologia e cultura artistica tra prime residenze episcopali in Italia”, R. M. Bonacasa Carra e
Adriatico e Mediterraneo orientale (IV-X secolo). Il ruolo E. Vitale (éd.), La Cristianizzazione in Italia fra Tardoantico e
dell’autorità ecclesiastica alla luce di nuovi scavi e ricerche Altomedioevo (Atti del IX Congresso Nazionale di Archeologia
(Atti del Convegno Internazionale, Bologna-Ravenna, 26-29 Cristiana- Agrigento, 20-25 novembre 2004), Palermo, 2007,
novembre 2007), Bologna, 2009, p. 333. vol. I, pp. 227-257.
LE RESIDENZE DEI VESCOVI DI RAVENNA DAL TARDOANTICO ALL’ALTOMEDIOEVO 137

Fig. 1. Ravenna, Cattedrale cattolica, battistero ed Episcopio in relazione alla topogra¿a della città antica (Rizzardi).

e recenti che noi possiamo ipotizzarne l’ubicazione e se-


guirne il processo di sviluppo e di abbellimento, dovuto
alla committenza dei vescovi succedutisi nel tempo ;
esso dovette essere costituito da una serie di edi¿ci e
cortili costruiti in vari periodi, senza un piano ben pres-
tabilito, che riÀette tuttavia le fasi di maggior splendore
della chiesa ravennate, sempre più desiderosa di emu-
lare le residenze imperiali o almeno quelle degli alti fu-
nzionari del potere civile.
L’Episcopio quindi, abitato da Ursus, sviluppato dap-
prima dietro l’abside della cattedrale, dovette poi presumi-
bilmente estendersi lungo il lato sud (¿g. 1 et 2).
Esso dovette essere provvisto di un secretarium o salu-
tatorium, in cui il vescovo indossava il pallium, che non
dovette essere utilizzato per riunioni conciliari (¿g. 3),
come si riscontra in numerosi casi (es. a Roma, Aquileia, Fig. 2. Ravenna, Planimetria raf¿gurante le strutture dell’Episco-
Arles, Ginevra, ecc.)11. Un salutatorium dovette essere ri- pio in relazione all’antica e alla nuova Cattedrale cattolica
cavato inoltre accanto al lato sud della basilica di S. Elia (disegno Gardella, BCR, n. 33).

11 LP.HE, vita Felicis, p. 149 ; circa l’uso e la funzione di tali


ambienti e sale di rappresentanza : J.-Ch. Picard, “Les sal-
les de réception du groupe épiscopal de Genève”, Rivista di
Archeologia Cristiana, LXV, 1-2, Città del Vaticano-Roma,
1989, pp. 71-75.
138 CLEMENTINA RIZZARDI

sala da pranzo fatta costruire al tempo del vescovo Neone


(451-473), ricordata come domus que vocatur quinque ac-
cubita dal Liber Ponti¿calis Ecclesiae Ravennatis14 e usata
dal vescovo e dal clero nelle solenni occasioni. Dotata di
cinque absidi, in cui dovevano essere presenti divani per
le mense, preziosamente decorata di scene relative all’An-
tico e al Nuovo Testamento (¿g. 4 et 5), essa doveva in-
serirsi, da un punto di vista architettonico, sulla scia delle
importanti sale tricliniari presenti a Costantinopoli sia nel
Palazzo imperiale, dotato di una sala con ben 19 absidi, sia
nel Palazzo di Antioco, dove si sono rinvenuti parecchie
sale di ricevimento, fra cui una a sette nicchie.15 Tale tipo-
logia, vero e proprio status symbol, espressione di potere e
ricchezza, documentata largamente anche nelle residenze
episcopali del Vicino Oriente e dell’Africa settentrionale,
dove tuttavia si diffonde la più semplice tipologia a tri-
conco (es. Bosra, Aphrodisias, Side, Ippona ecc.), troverà
poi ulteriore sviluppo a Roma, in età altomedievale, nel
Patriarchio Lateranense, arricchito oltre che di sale tricli-
niari, anche di preziosi oratori16.
Particolarmente ricca doveva essere inoltre la decora-
zione che rivestiva l’interno, costituita da marmi (lapidibus
diversis) nel pavimento e da mosaici nelle pareti, disposti
Fig. 3. Ravenna, Cattedrale cattolica, battistero ed Episcopio : sui lati lunghi e corti dell’aula e provvisti di tituli esege-
ipotesi di ubicazione di alcuni ambienti (Rizzardi) tici, come desumiamo dal Liber Ponti¿calis Ecclesiae
1.Pianta dell’attuale Cattedrale di Ravenna (sec. XVII) Ravennatis.17 Si tratta di scene musive inserite in un vero
2.Battistero della Cattedrale cattolica e proprio ciclo ¿gurato, rappresentanti la creazione del
3.Pianta dell’antica Cattedrale, basilica Ursiana (in. sec. V)
4.Domus Quinque accubita mondo e il peccato originale (parete corta d’entrata a est) ;
5.Secretarium-salutatorium il diluvio universale e il ringraziamento al Creatore (parete
6.Mensa verso al chiesa) ; la moltiplicazione dei pani e dei pesci e
7.Cappella Arcivescovile (oratorio di S. Andrea). la refezione alla turbe (parete sul ¿ume) ; le storie di Pietro
(fronte e abside ovest) (¿g. 6).
a Grado (571-586) ; il più prestigioso a noi pervenuto si A Roma ci riporta quindi la storia Petri Apostoli, forse
può considerare tuttavia quello della basilica Eufrasiana per riconoscimento uf¿ciale, da parte del vescovo ravenna-
di Parenzo, che recenti scavi e studi hanno permesso di te, del primato di Roma attraverso l’esaltazione di Pietro.
comprendere e considerare in tutta la sua importanza12. La residenza episcopale ravennate venne poi ulterior-
Nella residenza episcopale di Ravenna particolare ri- mente ingrandita tra la ¿ne del V e l’inizio del VI secolo,
lievo dovettero avere gli ambienti adibiti al pranzo : una al tempo del vescovo Pietro II (493-526) con l’aggiunta
mensa, e cioè una più modesta sala da pranzo, di tipolo-
gia non ben precisabile, ma decorata da un’immagine del
Salvatore, come riferisce il Liber Ponti¿calis Ecclesiae
Ravennatis, doveva trovarsi dietro l’abside13 14 LP.HE., p. 292. Su tale sala cf. in particolare : C. Rizzardi,
“Le sale di rappresentanza dell’Episcopio di Ravenna nell’am-
Ma senz’altro l’ambiente più importante dell’antico bito dell’edilizia religiosa occidentale ed orientale dal tardoan-
Episcopio, di grande rappresentanza, dovette essere una tico all’alto medioevo”, J.-P. Caillet et M. Sot (éd.), L’Audience
Rituels et Cadres spatiaux dans l’Antiquité et le haut Moyen
Âge, Paris, 2007, pp. 221-239 (ivi bibliogra¿a precedente).
12 Per tali ambienti cfr. L. Bertacchi, “Contributo allo studio dei 15 C. Rizzardi, “Le sale di rappresentanza dell’Episcopio di
Palazzi episcopali paleocristiani : i casi di Aquilea, Parenzo e Ravenna”, op. cit, p. 228.
Salona”, Aquileia Nostra, LVI, 1985, pp. 361-412 ; J. MatejĀiþ, 16 W. Müller Wiener, “RiÀessioni sulle caratteristiche dei
“The Episcopal Palace at PoreĀ : Results of recent Exploration Palazzi episcopali”, Felix Ravenna, 4, fasc.1-2, 1983, pp. 103-
and Restoration”, Hortus Artium Medievalium, I, 1995, pp. 84- 145 ; M. C. Miller, Bishop’s Palace Architecture and Authority
89. in Medieval Italy, Ithaca, 2000. Per l’origine e la diffusione del
13 “Et dum sedent ad mensam post tribunalem ecclesiae su- triclinio in ambito residenziale cf. I Baldini Lippolis, La domus
per vivarium, elevatis sursum manibus, respiciens ad vultum tardoantica. Forme e rappresentazioni dello spazio domestico
Salvatoris dicens, gratis tibi ago, domine Yhesu Christe et nelle città del Mediterraneo, Imola, 2001.
tibi, beate Apolenaris, quia exaudistis me”: LP.HE., 163, Vita 17 LP.HE., 29, Vita Neonis, p. 292 ; CP.TR., p. 78 ss. ; LP.MD,
Johannis (VI), p. 383 ; LP.MD, 163, 94-107, pp. 341-342. pp. 175-176.
LE RESIDENZE DEI VESCOVI DI RAVENNA DAL TARDOANTICO ALL’ALTOMEDIOEVO 139

Fig. 4. Ravenna, Episcopio : triclinio a cinque absidi, ipotesi ricostruttiva dell’interno


(elaborazione gra¿ca B. Vernia).

Fig. 5. Ravenna, Episcopio della Cattedrale cattolica, ipotesi ricostruttiva dell’interno Fig. 6. Ravenna, Episcopio : triclinio a cin-
(Rizzardi). que absidi, ipotetica pianta e distribuzione
delle scene (Rizzardi).
140 CLEMENTINA RIZZARDI

di un edi¿cio detto Tricoli, destinato ad alloggiare il clero


ravennate e continuato dai suoi successori (Aureliano,
Ecclesio, Ursicino, Vittore e Massimiano)18.
Lo stesso vescovo Pietro II fu poi il committente di
uno degli edi¿ci più piccoli e preziosi dell’Episcopio, un
oratorio privato dei vescovi cattolici (attuale Cappella
Arcivescovile), originariamente intitolato a Cristo e quin-
di a S. Andrea19.
Di pianta cruciforme, è preceduto da un piccolo vesti-
bolo rettangolare decorato da marmi nella parte inferiore e
da mosaici nella parte superiore. In esso si trova anche una
signi¿cativa iscrizione in esametri latini che esalta la luce,
Cristo e il vescovo committente Pietro e che così inizia :
aut lux hic nata est aut capta hic libera regnat (¿g. 7 e
8). Sulla porta d’ingresso, in una lunetta, domina il Cristo
guerriero e nella volta a botte un grazioso reticolato di
bianchi gigli e rosette costituisce rombi che includono uc-
celli di varie specie.
Nel complesso tutto il programma decorativo tende alla
glori¿cazione di Cristo (¿g. 9), il cui monogramma e il cui
volto sono raf¿gurati varie volte all’interno e la cui ¿gura
vittoriosa compare nel vestibolo sulla porta d’ingresso.
Anche le immagini dei Martiri, degli Apostoli e degli
Evangelisti sottolineano ulteriormente questo concetto di
glori¿cazione, esaltato al sommo grado dagli angeli che,
simili a vittorie alate, sorreggono il monogramma cristo-
logico posto alla sommità della volta a crociera. Di parti-
colare interesse, da un punto di vista iconogra¿co, è la ¿-
gura del Cristo guerriero (¿g. 10) -unico esempio attestato
nell’arte paleocristiana- che è di derivazione imperiale e
si ricollega ad un affresco purtroppo scomparso del vesti-
bolo del palazzo imperiale di Costantinopoli dove, secon-
do la descrizione di Eusebio, l’Imperatore Costantino era
raf¿gurato nell’atto di tra¿ggere un serpente, simbolo del
nemico vinto. In tale cappella arcivescovile tuttavia, l’im-
magine di Cristo che calpesta il leone e il serpente (Salmo Fig. 7. Ravenna, Cappella Arcivescovile : pianta (elaboraz.
91,13), può essere considerata non solo come affermazio- da Grossmann).
ne generica della vittoria di Cristo sulle forze del male, ma
in particolare di vittoria degli ortodossi sugli eretici di re-

18 “Iterum fundavit domum infra episcopium Ravennatis se-


dis, quae dicitur tricolli, eo quod tria colla contineat ; quae
aedi¿ciar nimis ingeniosa inferius structa est” : LP.HE., 50,
vita Petri, p. 312 ; CP.TR., pp. 148-150 ; LP.MD, p. 214 ; F. W.
Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken Abendlandes,
Kommentar, II, 1.Teil, cit., pp. 197-198.
19 LP.HE., 50, Vita Petri, p. 313 ; CP.TR. p. 149 ; LP.MD.,
pp. 214-215 ; R. Farioli, Ravenna romana e bizantina, Ravenna,
1977, pp. 74-81 ; F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des
spätantiken Abendlandes, Kommentar, II, 1. Teil, cit., pp. 198-204 ;
C. Rizzardi, Ravenna. Otto Monumenti Patrimonio dell’Umanità.
L’iscrizione di Ravenna nella World Heritage List dell’Unesco,
Ravenna, 2009, pp. 50-55. Oratori privati sono documentati an-
che all’interno degli Episcopi di Parigi, Tours, Nantes, Verdun,
per cui cfr. : F. Monfrin, “La cristianizzazione dello spazio e del Fig. 8. Ravenna, Cappella Arcivescovile : vestibolo e sua deco-
tempo”, L. Pietri (éd.), Storia del Cristianesimo, III, Le chiese razione.
d’Oriente e d’Occidente, 432-610, Roma, 2002, p. 892.
LE RESIDENZE DEI VESCOVI DI RAVENNA DAL TARDOANTICO ALL’ALTOMEDIOEVO 141

Fig. 9. Ravenna, Cappella Arcivescovile : decorazione dell’interno.


142 CLEMENTINA RIZZARDI

lizzare tali ambienti, rinnovati dal vescovo Vittore (536/37-


544/45), secondo il Liber Ponti¿calis Ecclesiae Ravennatis
e quindi preesistenti a tale vescovo : “Refecitque (Victor)
balneum iuxta domum ecclesiae, haerens parietibus muri
episcopii ubi residebat, quod usque hodie miri¿ce lavat
et praeciosissimis marmoribus pariete iunxit et diversas
¿guras tessellis aureis variasque composuit…”.21
Dotati di vasche con resti di intonaci e di rivestimenti
marmorei e provvisti di impianto i riscaldamento, essi dove-
vano conferire all’Episcopio ravennate una particolare im-
portanza, accomunandolo a quello delle sedi più illustri.22
Anche in età altomedievale l’insigne Episcopio raven-
nate continuò ad ingrandirsi e a prosperare con l’aggiunta
di edi¿ci e con il restauro di altri : al tempo del vescovo
Felice (708-724) fu costruita infatti dietro, una casa per il
clero e fu rinnovato il salutatorium.23
Dalle fonti letterarie vengono inoltre ricordati un
Archivus e cioè un Archivio della chiesa ravennate, che
fu distrutto al tempo del vescovo Damiano (692-708)24 da
un incendio e le cui conseguenze furono catastro¿che, dal
momento che la perdita di tanti documenti ivi conservati
ha creato molte lacune nella storia religiosa ravennate ed
inoltre un Vivarium (VIII sec.)25, di cui sopravvivono alcu-
ni resti visibili dal giardino dell’Arcivescovado (¿g. 12).
Nel IX secolo poi, al tempo del vescovo Valerio, con
il materiale proveniente dalla demolizione degli Episcopi
ariani di S. Eusebio e di S. Giorgio, fu costruita la domus
nova o Valeriana, dal nome del fondatore. 26
Fig. 10. Ravenna, Cappella Arcivescovile : lunetta del vestibolo
raf¿gurante il Christus militans.
21 LP.HE., 66, Vita Victoris, pp. 324-325 ; CP. TR., p. 183 ; LP.
ligione ariana, come si evince dalle parole di alcuni Padri MD., pp. 236-237 ; G. Bermond Montanari, “Ravenna 1980.
della chiesa (Ilario, De Trinitate, 3, 4 ; 8, 53 in P.L. 2,7 7). Lo scavo della Banca Popolare. Relazione preliminare”, Felix
In quest’ottica, un chiaro riferimento antiariano assumono Ravenna, 1984-1985, (CXXVII-CXXX), pp. 21-36.
anche le parole scritte sul libro aperto ; “Ego sum via ve- 22 Bagni situati presso l’Episcopio sono attestati a Salona, a
ritas et vita” (Giov. 14, 6), che ribadiscono fermamente il Roma, a Efeso, a Gerasa, a Salamina, presso la basilica di
Epifanio, a Sbeitla, a Djémila, a Cimiez in Provenza ecc :
dogma ortodosso della natura umana e divina di Cristo e F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken
quindi la consustanzialità fra Padre e Figlio, negata dagli Abendlandes, Kommentar, II, 1. Teil, op. cit, p. 205. Per un
Ariani.20 Con la fusione quindi del passo tratto dal Vangelo ampio panorama degli Episcopi del vicino Oriente e del nord
di Giovanni e dei versi del Salmo 91,13 si rafforza quindi Africa cfr. : W. Müller Wiener, “Bischofsresidenzen im östli-
sensibilmente il concetto di lotta contro la religione ariana chen Mittelmeer-raum”, Actes du XI Congrès International
d’Archéologie Chrétienne (Collection de l’École Française de
che il clero cattolico ravennate dovette condurre in modo Roma, 123), Roma, 1989, vol. I, pp. 668-696.
abbastanza prudente, ma con grande decisione durante il 23 LP.HE., 149, Vita Felicis, p. 374 ; LP.MD., p. 327 ; F. W.
regno dei Goti che aveva portato ad un inevitabile predo- Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken Abendlandes,
mino dell’arianesimo. Kommentar, II, 1.Teil, op. cit., pp. 207-208.
Terme e bagni relativi a tale complesso episcopale, 24 LP.HE., 134, v.359, Vita Damiani, pp. 365-366 : LP.MD.,
sono poi venuti alla luce in occasione di scavi archeologici p. 311 : “Eo tempore (Damiani episcopi) archivus ecclesiae
effettuati nel 1980 (¿g.11a-b) che hanno permesso di loca- istius ab igne concrematus est et ibidem multa monumenta
Àamma cunsumpsit et multa a malignis hominibus rapta sunt et
absconsa. Tunc congregatis omnibus sacerdotibus sedit cum eis
pontifex praedictus in propina deditque anathemata maledictio-
nis ut quicumque ex praedictis haberent monumentis et non red-
20 Tali parole, negli Scritti di alcuni Padri della chiesa (es. Atanasio derent, illi anatema esset, et quicumque redderet, innocens esse
e Gregorio di Nissa) assumono un chiaro riferimento antiariano. a culpa” ; F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätan-
Circa tali problematiche cfr. in particolare : C. Rizzardi, “L’arte tiken Abendlandes, Kommentar, II, 1.Teil, op. cit., p. 206.
dei Goti a Ravenna : motivi ideologici, aspetti iconogra¿ci e for-
mali nella decorazione musiva”, XXXVI Corso di Cultura sul- 25 Vedi nota 13.
l’Arte Ravennate e Bizantina, Ravenna, 1989, pp. 371-373. 26 “Et praedicta episcopia usque ad nostra tempora perman-
LE RESIDENZE DEI VESCOVI DI RAVENNA DAL TARDOANTICO ALL’ALTOMEDIOEVO 143

Fig. 11. Ravenna, Episcopio cattolico : a) Terme e bagni del clero, pianta ; b) particolare di una vasca (da Bermond Montanari).

Fig. 12. Ravenna, Torre Salustra e vivarium (da Deichmann).


144 CLEMENTINA RIZZARDI

Fig. 13. Ravenna, pianta della città antica e ubicazione degli Episcopi degli ortodossi e degli
ariani (Rizzardi).
1.Episcopio della Cattedrale Cattolica
2.Episcopi ariani della basilica di S. Eusebio e di S. Giorgio
3.Episcopio della Cattedrale Ariana
4.Episcopio ariano di S. Apollinare Nuovo.

3. Per completare il discorso e il quadro delle residenze che le rispettive chiese erano molto vicine e che in essi
episcopali di Ravenna (¿g. 13) ritengo sia opportuno ac- abitò Massimiano, furono distrutti nel IX secolo al tem-
cennare ai vari episcopi ariani citati dal Liber Ponti¿calis po del vescovo Valeriano, per costruire la Casa Nova o
Ecclesiae Ravennatis : uno di essi si trovava accanto alla Valeriana.30
basilica extramuranea sancti Eusebii, situata al di fuori della Le due chiese furono poi riconsacrate al culto ortodos-
porta di S. Vittore presso il Campo Coriandro, nei pressi del so, così come tutti gli edi¿ci ariani, al tempo del vescovo
Mausoleo di Teoderico, fatta innalzare nel 518 dal vescovo Agnello (557-570) come riferisce il Liber Ponti¿calis
ariano Unimondo ; un altro accanto alla chiesa beati Georgii, Ecclesiae Ravennatis, che offre poi più estese notizie circa
posta sempre presso il Campo Coriandro e vicina all’altra27. l’Episcopio della Cattedrale Ariana, riconsacrata al culto
Essi dovettero essere controllati dai Cattolici almeno ortodosso con il nome di S. Teodoro : Infra urbem vero
a partire dal 546, dal momento che apprendiamo, sempre Ravennam (reconciliavit beatissimus Agnellus) eclesiam
dal Liber Ponti¿calis, che in essi fu costretto ad abitare il sancti Theodori non longe a domo Drocdonis, qua domus
Vescovo Massimiano -inviato a Ravenna da Giustiniano una cum balneo et sancti Apollenaris monasterio, quod in
contro la volontà del clero locale- in attesa di poter entrare superiora domus structum, episcopium.31
in città e di prendere posto nell’Episcopio della Cattedrale Non restano tracce evidenti di tale residenza, che doveva
cattolica28. Tali Episcopi, che potrebbero anche essere uno quindi presentare af¿nità con quella cattolica, forse presa a
solo, come ha suggerito il Deichmann29, dal momento modello, dal momento che l’edi¿cio era dotato di un bal-
neum, che doveva servire al clero ariano e, nel piano supe-
riore, di un monasterium o oratorio dedicato a S. Apollinare.
serunt, paeneque annos XXVI demolita sunt, subente Valerio
Esso doveva presumibilmente svilupparsi lungo il lato sud,
presule, ex quibus domum quae nunc Nova atque potius Vale- come sembrano indicare resti individuati attraverso scavi
riana nuncupator construi iussit” : LP.HE.c.70, vv.40-50, Vita
Maximiani, p. 326 ; LP.MD., pp. 239-240 ; R. Benericetti, Il
Ponti¿cale di Ravenna. Studio critico, Faenza, 1994, p. 88. Abendlandes, Kommentar, II, 1.Teil, cit., p. 243.
27 LP.HE., c.70, Vita Maximiani, p. 326 ; LP.MD., p. 239. 30 Vedi nota 26.
28 LP.HE., 70,2 6, Vita Maximiani, p. 326 ; CP.TR., 187ss. ; 31 LP.HE., XXVII, 86, Vita Agnelli, p. 334 ; CP.TR., 216 ss ;
LP.MD., p. 240. LP.MD., p. 253 ; F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des
29 F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken spätantiken Abendlandes, Kommentar, II, 1.Teil, cit., p. 243.
LE RESIDENZE DEI VESCOVI DI RAVENNA DAL TARDOANTICO ALL’ALTOMEDIOEVO 145

archeologici ottocenteschi32. Non è comunque appurabile se A Ravenna quindi l’oscurità dei primi secoli del
l’intitolazione a S. Apollinare citata, si riferisca all’età teo- Cristianesimo o la mancanza di adeguati scavi archeo-
dericiana oppure alla riconsacrazione giustinianea. logici non permette di identi¿care particolari domus
Un altro Episcopio ariano viene inoltre ricordato da ecclesiae o domus episcopi al di fuori o al di sotto del
A. Agnello all’interno della città, accanto a S. Apollinare complesso episcopale paleocristiano ; la residenza epis-
Nuovo, basilica palatina di Teoderico e da lui fatta innal- copale principale, a noi nota attraverso fonti storiche,
zare e dedicare in nomine Domini nostri Yesu Christi33. archeologiche e testimonianze monumentali, si afferma
Potremmo chiederci a questo punto se i vescovi ariani dopo il trasferimento della corte imperiale a Ravenna
dovettero avere a disposizione per la loro residenza diversi (402), in conseguenza di una importante situazione po-
Episcopi, fuori e dentro la città, oppure se tali Episcopi, litico-religiosa, per cui essa si adegua al sempre mag-
citati dal protostorico Agnello, dovettero essere costruiti gior prestigio ottenuto dal vescovo, acquisendo spazi e
in tempi diversi, in concomitanza con situazioni storico- ambienti destinati a funzioni speci¿che e differenziate ;
politiche diverse. essi sono spesso di rappresentanza, adatti a forme ce-
Non facile è rispondere a tale interrogativo, ma è pos- rimoniali derivate da quelle delle gerarchie imperiali,
sibile supporre che l’Episcopio o gli Episcopi posti fuori trovando paralleli solo nei più signi¿cativi centri urbani
delle mura, nel campo Coriandro, dovettero appartenere del tempo. La coesistenza poi di Ortodossi e Ariani, di-
ad una fase più antica, forse collegata al regno di Odoacre, venuta signi¿cativa al tempo di Odoacre, ma ancor più
durante il quale la residenza episcopale ariana dovette te- di Teoderico, richiederà non solo diversi¿cati edi¿ci
nersi, per prudenza o per costrizione, al di fuori delle mura di culto, ma anche diverse residenze vescovili. Tutto
della città ; solo durante il regno di Teoderico (493-526), ciò rende particolarmente complessa la realtà religiosa
con il consolidamento della politica e della fede ariana, e architettonica di Ravenna, che si inserisce, come ab-
dovette rendersi possibile la costruzione di un comples- biamo visto, in quella koinè culturale-artistica tardoan-
so episcopale, dotato di un adeguato Episcopio, proprio tica che interessa tutta l’area mediterranea, presentan-
all’interno della città.34 do tuttavia segni evidenti di una ben precisa identità.

32 M. Mazzotti, La “Anastasis Gothorum” di Ravenna e il suo


battistero, in Felix Ravenna, LXXIII, 1957, pp. 30-31 ; F. W.
Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken Abendlan-
des, Kommentar, II, 1.Teil, op. cit., p. 251.
33 “Et postquam consecravit (Agnellus) in ipsius confesso-
ris episcopio ibidem epulatus est” : LP.HE., 86, Vita Agnelli,
p. 334 ; CP.TR., p. 218 ; LP.MD., pp. 70-71. Su tale edi¿cio cfr.
F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken Abend-
landes, Kommentar, II, 1. Teil, op. cit., pp. 127-180 ; R. Farioli,
Ravenna romana e bizantina, op. cit., pp. 91-127 ; C. Rizzardi,
Ravenna. Otto Monumenti Patrimonio dell’Umanità, op. cit.,
pp. 40-49.
34 F. W. Deichmann, Ravenna Hauptstadt des spätantiken
Abendlandes, Kommentar, II, 1. Teil, op. cit., p. 231.
147

JEAN-PIERRE CAILLET
Université Paris-Ouest, Nanterre La Défense (UMR 7041 CNRS)

THE CASE OF CARIÿIN GRAD (SERBIA) AND THE PROBLEM OF THE IDENTI-
FICATION OF CERTAIN “EPISCOPAL PALACES” OF LATE ANTIQUITY

One has generally considered the ensemble of constructions in the northern part of the acropolis of CariĀin
Grad (Serbia) as one of the most assured examples of an “episcopal palace” of the end of Antiquity. The
present communication has the aim of stressing that this identi¿cation, if it cannot be rejected in its entirety,
remains rather problematic. Indeed, on one hand, the unitary character of the complex in question, and the
complementarity of functions which one had wished to recognize there, is by no means proven. In the second
place, another architectural unit on this same acropolis is found in still more immediate proximity to the ca-
thedral, and presents a con¿guration completely susceptible of having corresponded to an episcopal audience
hall. Lastly, the interpretation of these various buildings should not be considered independently of the histori-
cal data which one has about this site, which most probably coincides with the Iustiniana Prima founded by the
emperor Justinien near his birthplace and in a strategic position of ¿rst importance in the middle of Illyricum:
this would have thus required the establishment of residential ensembles - and of reception - for, at the same
time, a bishop, a civil governor and perhaps a military commander of high rank.

Starting from these uncertainties that hence emerge in connection with what until now had been thought a
real “textbook example”, one is led next to a critical re-examination of the proposals formulated in the years
1980s by Wolfgang Müller-Wiener for the complexes attested for a whole series of more or less contemporary
sites on the Mediterranean perimeter. This reveals that in some cases the identi¿cation of the “cathedral” ad-
joining these buildings is of quite doubtful validity; for others, the architectural units concerned seem to have
been in closer relation to the agora than with the cathedral; for still others, one can cannot in fact emphasize
any room as having the character of an audience chamber; ¿nally, for others, the elements of the supposed
“episcopal palace” do not differ from what one ¿nds in an average urban villa.

The last of these observations turns out clearly to be the one that is no doubt the most compatible with the
identi¿cation of a domus ecclesiae. It continues to be true that one must almost certainly concentrate on dis-
tinguishing better between what concerns the emblematic functions of the bishop and what constitutes those
spaces of ordinary habitation (both in general undoubtedly articulating themselves very narrowly, though
perhaps not always); and it also is essential to maintain a prudent reserve in cases – in fact the majority at
present - where the insuf¿cient extent of excavation leaves open the possibility of the later discovery of other
structures liable to the same interpretation in some other sector proximate to the cathedral.

Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 147-162.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101296
149

LE CAS DE CARIÿIN GRAD (SERBIE)


ET LE PROBLÈME DE L’IDENTIFICATION DE CERTAINS
“PALAIS ÉPISCOPAUX” DE L’ANTIQUITÉ TARDIVE

RÉSUMÉ lais épiscopal » supposé ne diffèrent en rien de ce que l’on


a dans une quelconque villa urbaine.
On a généralement considéré l’ensemble des construc- Le dernier de ces constats s’avère sans doute, évidem-
tions de la partie nord de l’acropole de CariĀin Grad ment, celui qui demeure tout de même le plus compatible
(Serbie) comme l’un des exemples les plus assurés de avec la reconnaissance d’une domus ecclesiae. Il reste
« palais épiscopal » de la ¿n de l’Antiquité. La présente que l’on doit probablement s’attacher à mieux discerner
communication a pour objet de souligner que cette iden- ce qui relève des fonctions de représentation de l’évêque
ti¿cation, si elle ne peut être absolument rejetée, demeure et ce qui constitue ses espaces de simple habitat (les deux
assez problématique. D’une part en effet, le caractère s’articulant sans doute très étroitement le plus souvent,
unitaire du complexe en question, et la complémentarité mais peut-être pas toujours) ; et il s’impose également de
de fonctions qu’on avait voulu y reconnaître, ne sont nul- s’en tenir à une prudente réserve dans les cas - ¿nalement
lement prouvés. En second lieu, une autre unité architec- les plus nombreux, à ce jour - où l’extension insuf¿sante
turale de cette même acropole se trouve à proximité plus de la fouille laisse subsister l’éventualité de la découverte
immédiate encore de la cathédrale, et présente une con¿- de structures passibles d’une même interprétation dans un
guration tout à fait susceptible d’avoir correspondu à une autre secteur des abords de la cathédrale.
salle d’audience de l’évêque. En¿n, l’interprétation de ces
divers bâtiments ne saurait s’envisager indépendamment
des données historiques dont on dispose au sujet de ce A. CARIÿIN GRAD
site, qui très probablement coïncide avec la Iustiniana
Prima fondée par l’empereur Justinien vers son lieu de Le complexe faisant, entre une rue axiale ouest-est et la
naissance et en position stratégique de première impor- courtine du rempart, vis-à-vis à la cathédrale dans le sec-
tance au cœur de l’Illyricum : il y avait ainsi nécessité là teur nord de l’acropole de CariĀin Grad1 (¿g. 1, 2) s’offre
d’implanter des ensembles résidentiels - et de réception - sans doute à point nommé pour aborder le problème - plus
pour, à la fois, un évêque, un gouverneur civil et peut-être délicat qu’il n’apparaît au premier regard, souvent - de
un commandant militaire de haut rang. l’identi¿cation des bâtiments à l’usage de l’évêque au sein
Partant des incertitudes qui, donc, surgissent à propos d’un tel ensemble. Cela en dépit de la présentation qui en
de ce qui passait pourtant comme un véritable « cas d’éco- a été faite par M. Müller-Wiener dans le cadre d’une série
le », on se livrera ensuite au réexamen critique des pro- (sur laquelle nous reviendrons d’ailleurs dans la seconde
positions formulées dans les années 1980 par Wolfgang partie de cet article) où il apparaissait comme l’un des
Müller-Wiener pour les complexes attestés sur toute une exemples les plus assurés de ces « palais épiscopaux »2.
série de sites plus ou moins contemporains du pourtour
méditerranéen, et à celles - toutes récentes - d’Alexandra
Chavarria et Y.A. Marano pour deux de ceux d’Italie ré- 1 Nous renvoyons, pour le détail de cet ensemble, à J.-P. Caillet,
cemment fouillés. Il en ressort que pour certains d’entre ý. Vasiþ, V. Popoviþ et alii, « Le complexe IV, appelé couram-
eux, l’identi¿cation de la cathédrale dans le sanctuaire ment palais épiscopal », dans N. Duval et V. Popoviþ (éd.),
jouxtant ces bâtiments est très sujette à caution ; pour CariĀin Grad III, Rome-Belgrade, 2010, p. 451-508. Le pré-
sent texte constitue la version mise à jour (avec compléments
d’autres, les unités architecturales concernées semblent bibliographiques et adjonctions) de ce que nous avions rédigé
avoir été en relation avec l’agora plus qu’avec la ca- pour un colloque tenu à Lebane (Serbie) en 1987, mais qui n’a
thédrale ; pour d’autres encore, on n’a mis en évidence ¿nalement été publié que dans le volume CariĀin Grad III en
aucune salle ayant vraiment le caractère d’un espace question, p. 508-523.
d’audience ; pour d’autres en¿n, les agencements du « pa- 2 W. Müller-Wiener, « RiÀessioni sulle caratteristiche dei pa-
lazzi episcopali », dans Felix Ravenna, 4e sér., fasc. 1/2, 1983,
150 JEAN-PIERRE CAILLET

Fig. 1. CariĀin Grad, plan des édi¿ces de l’acropole (d’ap. ý. Vasiþ).


LE CAS DE CARIÿIN GRAD (SERBIE) ET LE PROBLÈME DE L’IDENTIFICATION DE CERTAINS “PALAIS ÉPISCOPAUX”… 151

Nous ferons rapidement, en premier lieu, le point sur cet ensemble, mal documenté dans les rapports précités,
l’historiographie. Consécutivement aux premiers dé- dans un état de dégradation fort avancé - et dont les res-
gagements de la zone en question à partir de 1912, les taurations plus récentes, avec remontage partiel des murs
rapports de l’entre-deux-guerres, en particulier ceux de sur les fondations déchaussées, découragent aujourd’hui
F. Mesesnel3 et de V. Petkovic4 envisageaient déjà pour toute nouvelle investigation proprement archéologique. Il
ce complexe considéré comme tripartite l’hypothèse qui importe cependant de souligner, d’emblée, que la sépara-
devait être largement privilégiée par la suite : le corps cen- tion initialement constatée des trois corps de bâtiment, à
tral y aurait correspondu à la salle d’audience de l’évêque, laquelle on faisait correspondre les trois types de fonction
avec ses annexes ; le corps occidental, à des pièces d’ha- évoqués ci-dessus, ne s’est pas avérée si absolue : en effet,
bitation pour le clergé ou pour les hôtes ; le corps orien- une étroite liaison entre le « corps médian » (¿g. 1, n° 6 ;
tal, à des ateliers. Cette interprétation devait être reprise ¿g. 2, VII a-c) et le « corps oriental » (¿g. 1, n° 7 ; ¿g. 2,
telle quelle par R.F. Hoddinott dans sa synthèse sur l’ar- XV-XVI) s’avère induite par l’intermédiaire de la cage
chitecture protobyzantine de ces régions5 ; puis, dans son d’escalier comprise entre eux (¿g. 1, n° 10 ; ¿g. 2, XIV).
acception globale du moins, dans la plupart des manuels La salle principale du « corps médian » (¿g. 1, n° 6 ;
de publication postérieure (ainsi ceux de C. Mango6 et de ¿g. 2, VII a-c) est celle qui, de longue date, a retenu l’at-
R. Krautheimer7). Entre-temps cependant, et tout en n’ex- tention. Sa position privilégiée perpendiculairement à la
cluant pas la précédente conjecture, Ž. Boskoviþ avait rue de l’acropole, son ampleur (environ 25 x 20 m hors
songé à la résidence d’un fonctionnaire civil8. V. Kondiþ et tout), sa terminaison en exèdre quadrangulaire, les traces
V. Popoviþ, quant à eux, remarquaient que l’identi¿cation d’un riche décor (attesté par quelques restes de peintures
d’un palais épiscopal ne reposait sur aucun parallèle déci- et de mosaïques murales), ainsi que la présence de plu-
sif, mais demeurait la plus vraisemblable en raison de la sieurs rangées de petits blocs de pierre alors considérés
proximité de la cathédrale et de l’absence, sur l’acropole, comme éléments d’un hypocauste, ont incité à y recon-
d’un autre groupe de constructions ayant pu répondre aux naître l’audientia episcopalis. En fait, les restes de décor
besoins d’un siège épiscopal9. C’est d’ailleurs la position à en question semblent avoir été d’importance très réduite,
laquelle s’est tenu, récemment encore, B. Bavant10. et les pierres alignées au sol ne sauraient avoir constitué
des pilettes d’hypocauste (aucune trace de foyer n’a été
Les dernières fouilles, menées autour de 1980 sous la relevée, et les hypocaustes véritables par ailleurs attestés
direction de N. Duval et V. Popoviþ (et dans lesquelles dans les thermes de la ville présentent, suivant l’usage,
nous avons eu personnellement la responsabilité de ce des pilettes de briques) : s’agirait-il d’éléments destinés
secteur)11, n’ont pu résoudre tous les problèmes posés par à surhausser le sol en créant un vide sanitaire pour lut-
ter contre l’humidité (on tiendra compte, à ce propos,
du climat souvent peu clément sur le site) ? ou plutôt, ne
conviendrait-il pas de reconnaître là des éléments d’appui
p. 103-145 ; puis “Bischofsresidenzen des 4.-7. Jhs. im östli-
pour poteaux au soutien d’un couvrement de fortune, dans
chen Mittelmeerraum”, dans N. Duval (éd.), Actes du XIe con-
grès international d’archéologie chrétienne. Lyon, Vienne, un état tardif ? Évidemment, ces incertitudes ne suf¿sent
Grenoble, Genève et Aoste (21-28 septembre 1986), Rome, pas à exclure l’identi¿cation d’une salle d’apparat, à exè-
1989, I, p. 650-709. dre carrée quelque peu insolite pour une époque à laquelle
3 Rapport publié dans la revue Starinar, 3e série, XIII, 1938, les tracés en hémicycle tendent à se généraliser, mais cor-
p. 181-184. respondant à un parti également attesté dans deux autres
4 Ibid., XIV, 1939, p. 143-144, ainsi que plus tard, par le même édi¿ces de la ville (voir ci-après). Ajoutons que la cage
auteur, « Les fouilles de Tsaritchin Grad », dans Cahiers archéo- d’escalier (¿g. 1, n° 10 ; ¿g. 2, XIV) dans l’angle sud-
logiques, III, 1948, p. 44.
ouest de ce corps de bâtiment suppose l’existence d’un
5 R.F. Hoddinott, Early Byzantine Churches in Macedonia and étage, et donc un développement assez considérable tant
Southern Serbia, Londres, 1963, p. 204-206.
en élévation qu’en étendue.
6 C. Mango, Architecture byzantine, éd. franç., Paris, 1981, p. 37.
Quant au « corps occidental » (¿g. 1, nos 5, 10 ; ¿g. 2,
7 R. Krautheimer (et Sl. ýurĀiþ), Early Christian and Byzantine I-VI) la destination précise n’en est guère déterminable :
Architecture, 4e éd. revue, Yale-New Haven-Londres, 1986,
p. 262. aucun sol d’origine n’y était conservé en 1980, et les « ban-
8 Starinar, nouv. série, XV-XVI, 1964-1965, p. 50.
quettes » ou « canaux » alors mis en évidence dans certai-
nes de ses pièces ne correspondent apparemment qu’à des
9 V. Kondiþ et V. Popoviþ, CariĀin Grad, site forti¿é dans l’Il-
lyricum byzantin, Belgrade, 1977, p. 40 et 317-318. Les deux réaménagements tardifs. Une fonction économique dès la
auteurs évoquaient aussi la découverte d’un sceau de Maurice première phase pourrait certes être envisagée, mais à ti-
Tibère dans l’aire de ce complexe. tre purement conjectural. D’autre part, la reconnaissance
10 Voir ses remarques dans B. Bavant et V. Ivaniševiþ (éd.), d’une autre souche d’escalier (vers l’ouest ; ¿g. 2, I) im-
Francuska-srpska saradnja u oblasti arheologije (Coopération pose ici également la restitution d’un étage, mais on ne
franco-serbe en archéologie), Belgrade, 2008, p. 63. dispose d’aucune donnée sur son agencement.
11 Voir la publication mentionnée ci-dessus, n. 1.
152 JEAN-PIERRE CAILLET

L’incertitude est aussi grande pour le « corps oriental »


(¿g. 1, n° 7 ; ¿g. 2, XV-XVI) : les restes d’installation « ar-
tisanales » signalés là par les rapports anciens ne doivent
témoigner que d’une réutilisation plus ou moins tardive
des deux pièces (en relation, sans doute, avec le bouchage
de plusieurs portes) ; quant aux éléments de plomb fondu
retrouvés dans cette zone - comme ailleurs sur l’acropole
-, ils proviennent plutôt des toitures incendiées que d’ate-
liers de fonte de métal.

Fig. 2. CariĀin Grad, plan du complexe nord de l’acropole


(d’ap. ý. Vasiþ).

La récente révision, ainsi qu’il apparaît, ne permet donc


pas d’étayer l’hypothèse d’un episcopium de manière dé-
cisive. Mais en outre, il convient de prendre en compte les
résultats des réinvestigations menées parallèlement dans
d’autres groupes de constructions du site. Il s’agit d’une
part d’un complexe voisin de la porte sud de la ville haute,
également pourvu d’une grande pièce à exèdre axiale car-
rée (¿g. 3, n° 24), et que le fouilleur B. Bavant a considéré,
en raison de la proximité immédiate du rempart, comme
la possible résidence d’un gouverneur militaire - dont la
présence ici a toutefois été mise en doute par N. Duval12.
D’autre part - et surtout -, le corps de bâtiment occupant la
zone sud-ouest de l’acropole (¿g. 1, n° 2) présente lui aussi
le même type de grande salle à exèdre carrée, qu’accostent
plusieurs annexes : on avait autrefois reconnu là le lieu de
la collation de l’onction post-baptismale (consignatorium),
mais sans véritable argumentation ; en fait, la très étroite
dépendance de cet ensemble à l’égard de la cathédrale et

12 B. Bavant [V. Kondiþ et J.-M. Spieser], CariĀin Grad II, Fig. 3. CariĀin Grad, plan d’ensemble de la ville
Belgrade-Rome, 1990, p. 123-160 ; N. Duval, « L’urbanisme de haute (d’ap. B. Bavant).
CariĀin Grad, une ville arti¿cielle et ses bâtiments d’apparat : une
spéci¿cité locale ou une étape décisive dans la typologie des prin-
cipia militaires », dans Antiquité tardive, 4, 1996, p. 335-337.
LE CAS DE CARIÿIN GRAD (SERBIE) ET LE PROBLÈME DE L’IDENTIFICATION DE CERTAINS “PALAIS ÉPISCOPAUX”… 153

de son baptistère - il n’en est séparé par aucune rue - pour- Mantoue, dont la chronologie jusqu’ici admise a été com-
rait aussi bien le quali¿er comme propre à l’accomplisse- plètement bouleversée17. Il s’agit de véri¿er, pour chacun
ment des fonctions représentatives (audientia) de l’évêque. de ces exemples, la réelle ¿abilité de la reconnaissance
Qu’en serait-il, alors, des bâtiments nord de l’acropole ? d’un « palais épiscopal » – ou, dans le dernier cas, de son
On se trouverait éventuellement ramené à l’hypothèse de implantation dès l’Antiquité tardive. Bien entendu, nous
la résidence d’un fonctionnaire civil, déjà émise par Ž. ne nous attarderons pas à la description de chacun de ces
Boskoviþ ainsi que nous le signalions plus haut. complexes : la reproduction de leur plan suf¿ra à en rappe-
Il s’avère là également indispensable d’intégrer l’apport ler les grandes lignes ; et nous nous en tiendrons, en com-
de la documentation textuelle relative à ce site. Rappelons mentaire, à ce qui nous semble susceptible de remettre en
en effet que CariĀin Grad coïncide très vraisemblablement cause l’interprétation communément acceptée.
avec la Iustiniana Prima que mentionne en 535 la Novelle
XI, ville nouvelle fondée par l’empereur Justinien à proxi- a. Salone18 (fig. 4).
mité de son lieu de naissance, et établie par lui comme siè-
ge d’un archevêché ainsi que - en projet du moins - comme La ruine des bâtiments situés au nord-est du groupe
résidence du Praefectus per Illyricum, en rapport avec une cathédral - bâtiments qui ne relèvent d’ailleurs pas d’une
position stratégique d’intérêt majeur dans le cadre de cette seule phase - ne facilite guère la détermination de leurs
région13. En conséquence, il serait bien possible de loca- nature et fonction. Quant à la disposition à l’étage (dont un
liser l’audientia episcopalis dans le bâtiment (quali¿é de escalier a suggéré l’existence), elle ne peut évidemment
consignatorium) au sud de la cathédrale (¿g. 1, n° 2), et la pas être reconstituée. Aussi, et comme le soulignait déjà
salle de représentation du gouverneur civil dans le « corps W. Müller-Wiener lui-même, l’absence de pièce dont l’am-
médian » du complexe nord de l’acropole (¿g. 1, n° 6 ; pleur et le plan aient pu correspondre à une salle d’audien-
¿g. 2, VII a-c) (au lieu du prétendu « palais épiscopal ») ; ce pose problème ; et l’hypothèse parfois émise suivant
cela dans la conception première en tout cas - une installa- laquelle la pièce E du plan Dyggve (ici reproduit) aurait
tion de l’évêque dans ce même complexe nord ayant évi- pu remplir cette fonction apparaît purement gratuite.
demment pu intervenir après, si la préfecture d’Illyricum
n’avait ¿nalement pas été déplacée de Thessalonique14 ; b. Stobi19 (fig. 5).
mais on peut encore envisager, dans ce cas, la présence
d’un fonctionnaire civil de moindre rang (N. Duval son- Le complexe partiellement dégagé au nord de la ca-
geait alors au vicaire de Dacie15). Nous verrons de plus, thédrale présente bien deux pièces à abside évoquant un
in ¿ne, ce que peut encore amener à conjecturer le témoi- dispositif d’apparat double, mais ce type d’agencement
gnage d’une lettre de Basile de Césarée. peut parfaitement se retrouver dans une villa urbaine de
caractère privé (d’ailleurs, presque toutes les résidences
connues à ce jour dans la cité offrent de telles salles à hé-
B. QUELQUES AUTRES CAS PROBLÉMATIQUES micycle axial). En outre, une localisation de l’episcopium
au sud de la basilique - zone pour l’essentiel non encore
Nous allons à présent reprendre tour à tour, en débutant fouillée - ne doit pas être exclue.
par l’Illyricum pour poursuivre par l’Asie Mineure puis la
Syrie-Palestine et achever avec l’Afrique, la plupart des
cas retenus - avec celui de CariĀin Grad - par W. Müller-
17 Nous ne ferons pas ici état d’autres sites italiens pour les-
Wiener dans ses articles mentionnés ci-dessus16 ; nous y quels – en dépit de propositions formulées d’assez longue date
ajouterons, en conséquence de la toute récente synthèse souvent, et fréquemment réitérées – l’identi¿cation et/ou la lo-
produite par A. Chavarria et Y.A. Marano quant à des calisation d’un palais épiscopal demeurent plus qu’hypothéti-
ensembles italiens récemment fouillés, le site de Grado ques. Pour la présentation critique de ces cas, voir aujourd’hui
A. Chavarria et Y.A. Marano, « Nuove ricerche sui complessi
en Haut-Adriatique, pour lequel une identi¿cation du
episcopali in Italia », dans N. Duval et V. Popoviþ (éd.), CariĀin
même ordre a récemment été aussi envisagée, et celui de Grad III (cit. ci-dessus n. 1), p. 524-545, et N. Duval, « La pro-
blématique du palais épiscopal. Observations et conclusions »,
ibid., notamment p. 545, 551-552.
13 Voir V. Kondiþ et V. Popoviþ, CariĀin Grad… (cit. ci-dessus 18 Voir notamment Forschungen in Salona, I, Vienne, 1917, p. 100-
n. 5), p. 302-303 ; G. Dagron, « Les villes dans l’Illyricum pro- 106 (W. Gerber), puis E. Dyggve, History of Salonitan
tobyzantin », dans Villes et peuplement dans l’Illyricum protoby- Christianity, Oslo, 1951, p. 29-30. Pour ce site comme pour les
zantin (Actes du colloque de l’École française de Rome, 12-14 suivants, nous ne renvoyons ici qu’à la bibliographie fondamen-
mai 1982), Rome, 1984, p. 3-4. tale pour la compréhension du problème ; W. Müller-Wiener (cit.
ci-dessus n. 2) fournit les références complémentaires.
14 Ibid., p. 4 n. 13.
19 J. Wiseman (éd.), Studies in the Antiquities of Stobi, I, Belgrade,
15 N. Duval, « L’urbanisme de CariĀin Grad… » (cit. ci-dessus 1963, p. 233-268 ; Id., associé à Ž. Mano-Zisi, rapports dans
n.12), p. 337. Journal of Field Archaeology, I, 1974, p. 117-148 ; III, 1976,
16 Ci-dessus n. 2. p. 269-302 ; V, 1978, p. 391-429.
154 JEAN-PIERRE CAILLET

Fig. 4. Salone, plan du groupe épiscopal et des bâtiments adjacents (d’ap. E. Dyggve).

Fig. 5. Stobi, plan de la cathédrale et des bâtiments adjacents (d’ap. J. Wiseman et W. Müller-Wiener).
LE CAS DE CARIÿIN GRAD (SERBIE) ET LE PROBLÈME DE L’IDENTIFICATION DE CERTAINS “PALAIS ÉPISCOPAUX”… 155

c. Philippes20 (fig. 6). Quant au site de Saint-Jean, il ne semble pas absolu-


ment assuré que le siège épiscopal y ait plus tard été trans-
Les trois groupes de constructions respectivement dispo- planté ; l’éventuelle identi¿cation du secretum (chambre
sés au nord-ouest, au nord et au nord-est de l’église n’appa- du trésor) de l’évêque et même l’adjonction du baptistère
raissent pas vraiment liés organiquement ; du moins, la com- monumental lors de la reconstruction justinienne ne suf¿-
plémentarité de leurs fonctions reste à démontrer. Là aussi sent pas à établir l’érection en cathédrale de ce martyrium
d’ailleurs, on relève l’absence de salle d’apparat de plan bien hors-les-murs23 ; il ne s’impose alors nullement d’inter-
caractérisé. En outre, on ne saurait trop extrapoler de la pré- préter les bâtiments voisins (au nord) comme un nouvel
sence d’une rue à portiques au nord-ouest, et d’une entrée episcopium.
« en sigma » au sud-ouest : une telle monumentalisation, en
rapport évident avec l’atrium de l’église mais pas particu- e. Priène24 (fig. 8).
lièrement avec les constructions adjacentes, ne témoigne
que de l’application de principes d’urbanisme très courants, L’église, de dimensions très moyennes (30 x 15 m en-
à l’époque. En¿n, a-t-on bien affaire ici à une cathédrale ? viron), n’est peut-être pas la cathédrale ; l’éventuel bap-
Certes, l’ancienneté de la fondation - par un évêque présent tistère, en tout cas, n’a pas été retrouvé. Quant aux bâti-
au concile de Sardique en 343, pour la phase initiale - et la ments annexes vers le sud, qui occupent eux-mêmes une
présence d’un baptistère monumental plaident en ce sens, aire relativement réduite (quadrilatère d’environ 35 m de
mais aucune de ces données n’est absolument décisive21. côté), ils ne présentaient plus que des fondations relevant
de plusieurs phases ; la restitution possible d’un péristy-
d. Éphèse22 (fig. 7). le autour duquel s’organiseraient diverses petites pièces
n’implique guère la reconnaissance automatique d’une
L’investigation redéveloppée après 1984 à l’est de la résidence épiscopale.
basilique considérée comme cathédrale (Sainte-Marie) a
mis en évidence ce que l’on a alors interprété comme un f. Milet25 (fig. 9).
bâtiment résidentiel d’apparat. Un lien organique avec la
cathédrale supposée ne manque certes pas d’être suggéré La fouille du site demeure partielle : peut-on vraiment
par le plan ; mais ce lien découle surtout du fait que ce être assuré que l’église Saint-Michel - fût-elle d’ampleur
bâtiment s’est inséré dans les structures d’époque païenne non négligeable, et pourvue d’un baptistère - ait joué le
préexistantes - et il ne s’ensuit donc pas du tout que le lien rôle de cathédrale ? Par ailleurs, l’interprétation de l’uni-
en question ait été d’ordre fonctionnel. té principale de la zone adjacente au nord comme salle
d’apparat s’avère plausible, certes, mais soulève quelques
problèmes compte tenu de l’époque (vers 600) : en effet,
20 Rapports de fouille de S. Pelekanidis dans To Ergon… ainsi au plan rectangulaire se substitue généralement le plan à
que dans Praktika tis en Athinais Archaiologikis Hetaireias,
abside ou en triconque, dès le Bas-Empire.
1958 à 1979 ; voir aussi D. Pallas, Le monuments paléochré-
tiens de Grèce découverts de 1959 à 1973, Rome, 1977, p. 110-
119. g. Aphrodisias26 (fig. 10).
21 Rappelons que la présence d’une inscription épiscopale n’en-
traîne pas l’identi¿cation d’une cathédrale : voir ainsi les exem- Ici également, l’identi¿cation de la cathédrale ne nous
ples de Tipasa pour l’Afrique (CIL, VIII, 20905 = E. Diehl, apparaît que conjecturale : l’existence d’un baptistère
ILCV, 1103 pour l’église dite « d’Alexandre », et Y. Duval, Loca
sanctorum Africae, I, Rome, 1982, n° 170, p. 358-362 pour
Sainte-Salsa) et de Gerasa pour l’Orient (M. Piccirillo, Chiese e
mosaici della Giodania settentrionale, Jérusalemem, 1981, p. 38 23 Pour le problème de l’implantation d’un baptistère dans un
pour l’œuvre de l’évêque Paul dans l’église dite « de Procope »). lieu de pèlerinage (Tébessa, en Afrique), voir notamment les
Quant à l’existence d’un baptistère, elle n’est pas davantage remarques de P.-A. Février dans J. et J.-Ch. Balty av. la collab.
déterminante : deux des sites réenvisagés ici même - Stobi et de N. Koning (éd.), Apamée de Syrie. Bilan des recherches ar-
Éphèse - présentent plus d’un dispositif baptismal, et le phéno- chéologiques 1969-1971, Bruxelles, 1972, p. 234.
mène est maintenant bien attesté tant en Orient qu’en Occident.
24 Th. Wiegand et H. Schrader, Priene. Ergebnisse der
22 C. Foss, Ephesus after Antiquity : A Late Antique, Byzantine Ausgrabungen und Untersuchungen 1896-1898, Berlin, 1904,
and Turkish City, Cambridge, 1979, p. 52-53, 91 ; rapport de p. 475-486 ; rapport de W. Müller-Wiener dans Istanbuler
M. Büyyükolanci dans Istanbuler Mitteilungen, XXXII, 1982, Mitteilungen, XI, 1961, p. 46-56.
p. 326-257 (édi¿ces au nord de Saint-Jean) ; R. Pillinger, « Die
christlichen Denkmäler von Ephesos », dans Mitteilungen 25 Rapports de W. Müller-Wiener dans Istanbuler Mitteilungen,
zur christlichen Archäologie, II, 1996, p. 46-47. Pour les XXVII-XXVIII, 1977-1978, p. 93-125 ; XXIX, 1979, p. 169-
bâtiments à l’est de Sainte-Marie, voir encore, en tout der- 173 ; XXX, 1980, p. 23-30.
nier lieu, N. Duval, « La problématique du palais épiscopal. 26 Rapports de K.T. Erim dans Türk Arkeoloji Dergisi, XIII/2,
Observations et conclusions », dans CariĀin Grad III (cit. ci- 1964, p. 89 sq. ; XIV, 1965, p. 139 sq. ; XV/1, 1966, p. 62 ;
dessus n. 1), p. 551, avec des remarques plutôt dubitatives à XV/2, 1966, p. 57 sq. ; XVI/1, 1967, p. 68 sq. ; XVIII/2, 1969,
l’encontre d’une récente proposition de G. Koch. p. 103 ; XX/1, 1973, p. 80.
156 JEAN-PIERRE CAILLET

Fig. 6. Philippes, plan de la basilique octogonale et des bâtiments adjacents


(d’ap. S. Pelekanidis et W. Müller-Wiener).

Fig. 7. Éphèse, plan de l’église Sainte-Marie et des bâtiments adjacents (d’ap. W. Müller-Wiener).

Fig. 8. Priène, plan de l’église et des bâtiments adjacents (d’ap. W. Müller-Wiener).


LE CAS DE CARIÿIN GRAD (SERBIE) ET LE PROBLÈME DE L’IDENTIFICATION DE CERTAINS “PALAIS ÉPISCOPAUX”… 157

Fig. 9. Milet, plan de l’église Saint-Michel et des bâtiments adjacents (d’ap. W. Müller-Wiener).

- condition nécessaire, sinon suf¿sante - n’a pas en-


core été établie par les fouilles (très incomplètes, aux
abords de l’église). D’autre part, on reconnaît bien un
ensemble résidentiel, avec notamment un péristyle et
deux salles d’apparat (un triconque et une pièce à ab-
side), mais l’utilisation des autres bâtiments telle qu’on
l’a envisagée - locaux d’habitation au sud, bureaux à
l’ouest - ne repose en fait sur aucune donnée tangi-
ble. De plus, aucun lien organique avec l’église (au
nord) n’est assuré en l’état actuel du dégagement : au
contraire, la relation principale de cet ensemble s’ef-
fectue avec ce qui semble avoir correspondu à l’agora
(au sud). D’ailleurs, le complexe a aussi été attribué
au gouverneur, plutôt qu’à l’évêque27 ; il apparaît bien
dif¿cile de trancher (si toutefois, au reste, l’une de ces
hypothèses devait réellement s’imposer).

Fig. 10. Aphrodisias, plan de l’église et des bâtiments adjacents


(d’ap. K. Erim et W. Müller-Wiener).

27 R. Cormack, « The Classical tradition in the Byzantine


Provincial City : the Evidence for Thessaloniki and
Aphrodisias », dans M. Mullet et R. Scott (éd.), Byzantium
and the Classical Tradition. University of Birmingham,
13th Symposium for Byzantine Studies, 1979, Birmingham,
1981, p. 103-118. :
158 JEAN-PIERRE CAILLET

h. Sidé28 (fig. 11).

L’identi¿cation de la cathédrale découle évidemment


de l’ampleur de l’édi¿ce et de sa liaison avec un baptistère
monumental mais, à défaut d’une exploration plus com-
plète du site, ne saurait là non plus être tenue pour abso-
lument certaine. Quant à l’hypothèse de martyria au Àanc
sud de l’église et surtout, plus loin, d’une chapelle à l’usa-
ge privé de l’évêque, aucune reconnaissance de disposi-
tif liturgique ne permet de l’étayer. Comme l’a en outre
d’ailleurs relevé W. Müller-Wiener, le plan de l’ensemble
n’offre guère, indépendamment du triconque voisin, les
caractères d’un complexe résidentiel bien dé¿ni.

i. Apamée29 (fig. 12).

L’érection en cathédrale de l’église quadrilobée du quar-


tier oriental ne peut être envisagée qu’à partir du deuxième
quart du VIe siècle et, malgré l’attestation d’inscriptions
nommant un évêque Paul30, reste là aussi à con¿rmer par
les résultats d’une investigation plus complète de la ville.
Aux abords du complexe en question, on a par ailleurs
dégagé des bâtiments sur l’aire de deux insulae : les diver-
ses pièces s’y organisent en fonction d’une série de petites
cours et de passages, sans que l’on puisse déterminer leur
destination. C’est dans le secteur nord-ouest que l’on a
proposé de localiser la résidence épiscopale proprement
dite, mais l’absence de véritable dispositif d’apparat y
pose alors problème. Quant à la séparation des groupes de
bâtiments, relevée par W. Müller-Wiener pour la rappro-
cher du cas de Philippes, elle n’apparaît pas très nette (et
n’entraînerait d’ailleurs nullement, là non plus, la recon- Fig. 11. Sidé, plan de l’église et des bâtiments adjacents
naissance d’un episcopium). (d’ap. A.M. Mansel et W. Müller-Wiener).

28 A.M. Mansel, Die Ruinen von Side, Berlin, 1963, p. 163-


172 ; Id., Side. 1947-1966 yillari kazilari ve arastirmanarinin
somiclari (Türk Tarih Kurumu Yayinlarindan, V seri, n° 33),
Ankara, 1978, p. 267-284 ; Id., notice dans Archäologischer
Anzeiger, XC, 1975, p. 50-57. Aussi, en dernier lieu, les remar-
ques également très dubitatives de N. Duval, « La probléma-
tique du palais épiscopal. Observations et conclusions », dans
Cariþin Grad III (cit. ci-dessus n. 1), p. 551.
29 Voir notamment le rapport de J.-Ch. Balty dans J. et J.-Ch. Balty
av. la collab. de N. Koning (éd.), Apamée de Syrie. Bilan des
recherches archéologiques 1969-1971, Bruxelles, 1972,
p. 187-205 (et discussion p. 206-207) ; Id., Guide d’Apamée,
Bruxelles, 1985, p. 105-115. Fig. 12. Apamée, plan de l’église du quartier oriental et des bâti-
30 Voir nos remarques à ce sujet ci-dessus n. 20. ments adjacents (d’ap. J.-Ch. Balty et W. Müller-Wiener).
LE CAS DE CARIÿIN GRAD (SERBIE) ET LE PROBLÈME DE L’IDENTIFICATION DE CERTAINS “PALAIS ÉPISCOPAUX”… 159

j. Bosra31 (fig. 13).

L’identi¿cation comme cathédrale du tétraconque dé-


dié aux saints Serge, Bacchus et Léonce (¿g. 12, n° 45) ne
constituait en fait qu’une hypothèse. Elle devient d’autant
moins crédible que les recherches postérieures ont mis en
évidence, plus au sud, une autre église de plan centré aux
dimensions bien supérieures (¿g. 12, n° 2) - et avec un bap-
tistère à proximité32. Le supposé « palais de Trajan », non
loin de là, s’est donc vu désormais envisagé comme possible
résidence épiscopale, de préférence aux bâtiments ancien-
nement dégagés à l’est du premier tétraconque. Cependant,
la prudence reste aussi de rigueur à ce dernier égard…

k. Djemila33 (fig. 14).

Ici comme à Philippes (voir ci-dessus), la monumenta-


lisation du quartier par une rue à portiques ne correspond
qu’à un parti d’urbanisme courant, à la ¿n de l’Antiquité. Fig. 13. Bosra, plan général de la ville (d’ap. E. Will).
Des locaux d’habitation ou de service semblent bien attes-
tés à proximité, comme en témoigne l’organisation autour
de petits péristyles, au sud-ouest. Mais indépendamment
encore d’une probable chapelle (devant la grande basili-
que) sans doute en liaison avec le baptistère, les autres
constructions ne fournissent guère d’indice pour l’inter-
prétation de l’ensemble. Quant aux thermes à l’ouest de
la petite basilique, P.-A. Février a fait observer qu’il n’ap-
paraissait pas absolument prouvé qu’ils fussent en usage à
l’époque à laquelle on édi¿a le baptistère.

31 Voir notamment W.E. Kleinbauer, « The Origins and Functions


of the Aisled Tetraconch Churches in Syria and Northern Meso-
potamia », dans Dumbarton Oaks Papers, XXVII, 1973, p. 107-
108 (interprétation du premier tétraconque comme cathédrale), Fig. 14. Djemila, plan du groupe épiscopal et des bâtiments adja-
puis J.-M. Dentzer, « Les sondages de l’arc nabatéen et l’urbanis- cents (d’ap. J. Christern et W. Müller-Wiener).
me de Bosra », dans Comptes rendus des séances de l’Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres, 1986, p. 76-83 (découverte du
nouveau tétraconque) ; E. Will, « Les villes de la Syrie à l’époque
hellénistique et romaine », dans J.-M. Dentzer et W. Orthmann
(éd.), Archéologie et histoire de la Syrie, II, La Syrie de l’épo-
que achéménide à l’avènement de l’Islam, Saarbrücken, 1989,
p. 237-239 ; P. Piraud-Fournet, « Le « palais de Trajan » à Bosra.
Présentation et hypothèses d’identi¿cation », dans Syria, 80,
2003, p. 5-40 ; Ead., « Le palais dit de Trajan », dans J. Dentzer-
Feydy, M. Vallerin, Th. Fournet, R. et A. Mukdad (éd.), Bosra,
aux portes de l’Arabie, Beyrouth, 2007, p. 147-154 ; aussi, P.-
M. Blanc et P. Piraud-Fournet, « La grande église à plan centré
du quartier est de Bosra », dans M. Al-Maqdissi, J.-M. Dentzer,
Fr. Braemer, J. Dentzer-Feydy et M. Vallerin (éd.), Hauran V.
Culture du Hauran. Déterminisme géographique et communau-
tés humaines, à paraître (Beyrouth).
32 C’est à François Baratte que nous devons cette dernière infor-
mation, dont nous le remercions.
33 Voir notamment P. Monceaux, Cuicul chrétien (Atti della Pont.
Acc. Romana di Archeologia. Memorie, I, 1), Rome, 1923, puis
P.-A. Février, « Notes sur le développement urbain en Afrique
du Nord », dans Cahiers archéologiques, XIV, 1964, p. 14-19, et
I. Gui, N. Duval et J.-P. Caillet, Basiliques chrétiennes d’Afrique du Fig. 15. Hippone, plan de l’église du « quartier chrétien » et des
Nord, I, Inventaire de l’Algérie, Paris, 1992, p. 92-93, n° 27, 1-4. bâtiments adjacents (d’ap. E. Marec et W. Müller-Wiener).
160 JEAN-PIERRE CAILLET

l. Hippone34 (fig. 15).

L’église, peut-être effectivement cathédrale, se trouve


en partie surimposée à une maison préexistante. Non loin,
on observe un triconque ouvrant sur un espace hypètre de
plan irrégulier, lequel donne par ailleurs sur une exèdre en
hémicycle. De très nombreuses autres pièces de moindre
importance s’agglutinent dans ce quartier, mais il pour-
rait parfaitement s’agir de constructions indépendantes les
unes des autres par leur destination : plusieurs « groupes »
de bâtiments, en fait, ont pu y être distingués, ce qui - pour
le moins - remet en cause l’interprétation de l’ensemble
comme un véritable complexe.

m. Grado35 (fig. 16-18).

Dans le cadre du complexe cathédral de l’évêque Élie


(en date de 579) (¿g. 16), il faut considérer ici, d’une
part, l’annexe quadrangulaire principale vers l’extrémité
orientale du collatéral sud ; la présence sur le pavement
de mosaïque (¿g. 17) d’un monogramme de l’évêque en-
touré des inscriptions de plusieurs clercs et titulaires de
charges administratives a généralement amené à situer là
- et de manière certes plausible - le salutatorium ou salle
d’audience. On a d’autre part voulu interpréter les struc-
tures dégagées un peu plus au sud-ouest (¿g. 18) comme
d’autres unités de la résidence du prélat. Mais le lien orga- Fig. 16. Grado, plan de la cathédrale Sainte-Euphémie et de ses
nique entre celles-ci et la salle d’audience supposée n’a, à annexes (d’ap. L. Bertacchi).
l’heure actuelle, pas été véritablement établi.

34 E. Marec, Monuments chrétiens d’Hippone, Paris, 1950,


p. 23-181, et plusieurs comptes rendus critiques de cet ouvra-
ge (N. Duval dans Cahiers de Tunisie, 1958, p. 183-184 ; H.-
I. Marrou dans Revue des études augustiniennes, 1960, p. 109-
154 [repris dans Patristique et humanisme, 1976, p. 183-235] ;
J. Lassus dans Akten des VI. internationalen Kongresses für
christliche Achäologie, 1962 [1965], p. 587-591 ; P.-A. Février
dans Corsi Ravenna, 1972, p. 145-150 ; J. Lassus, N. Duval et
P.-A. Février dans J. et J.-Ch. Balty av. la collab. de N. Koning
(éd.), Apamée de Syrie. Bilan des recherches archéologiques
1969-1971, Bruxelles, 1972, p. 223-224) ; I. Gui, N. Duval et
J.-P. Caillet, Basiliques chrétiennes… (cit. ci-dessus n. 32),
p. 346-349, n° 123.
35 Voir notamment L. Bertacchi, « Architettura e mosaico »,
dans Da Aquileia a Venezia (ouvrage collectif), Milan, 1980,
p. 274-290 ; P. Lopreato, “Lo scavo dell’episcopio di Grado”,
dans Aquileia e le Venezie nell’alto medioevo (Antichità
Altoadriatiche, XXXII), Udine, 1988, p. 325-333 ; J.-P. Caillet,
L’évergétisme monumental chrétien en Italie et à ses marges,
Rome, 1993, p. 220-221, 246-250 (nos 38-47), 255 ; Cl. Rizzardi,
“Le sale di rappresentanza dell’episcopio di Ravenna nell’am-
bito dell’edilizia religiosa occidentale ed orientale dal tar-
doantico all’alto medioevo”, dans J.-P. Caillet et M. Sot (éd.),
L’audience. Rituels et cadres spatiaux dans l’Antiquité et le
haut Moyen Âge, Paris, 2007, p. 266 ; [A. Chavarria et] Y.A.
Marano, « Nuove ricerche sui complessi episcopali in Italia »,
dans N. Duval et V. Popoviþ (éd.), CariĀin Grad III (cit. ci-des- Fig. 17. Grado, annexe du collatéral sud de la cathédrale (saluta-
sus n. 1), p. 530-532. torium ?), pavement de mosaïque.
LE CAS DE CARIÿIN GRAD (SERBIE) ET LE PROBLÈME DE L’IDENTIFICATION DE CERTAINS “PALAIS ÉPISCOPAUX”… 161

n. Mantoue36 (fig. 19).

Contrairement aux précédents, ce cas ne nous retiendra


pas principalement ici pour des problèmes de localisation
ou d’identi¿cation, mais pour la récente remise en cause
d’une datation de structures jusqu’alors attribuées à la ¿n
de l’Antiquité. L’aire excavée dans les années 1980, au
nord du baptistère de la cathédrale, est extrêmement ré-
duite (quelque 100 m2 seulement). Les résultats produits
par G. P. Brogiolo ont cependant permis de rejeter l’inter-
prétation traditionnelle suivant laquelle, en fonction de la
présence d’une mosaïque considérée comme du Ve siècle
à l’est du baptistère, les composantes précédemment re-
connues du complexe épiscopal auraient été établies dès
cette époque ; mais en fait, le contexte archéologique ré-
cemment révélé contraint à abaisser l’érection du baptis-
tère en question – et avec lui celle des autres unités de
l’ensemble cathédral – au plein VIIe siècle. Pour autant,
G. P. Brogiolo ne repousse pas l’éventualité de l’existen-
ce d’un complexe de même nature bien antérieurement,
dans cette zone ; mais la démonstration doit encore en être
faite ; par contrecoup, ce sont les problèmes cruciaux de
la première implantation réellement monumentale et – le
cas échéant – d’une continuité d’implantation sur le même
emplacement qui se trouvent ainsi posés…
Fig. 18. Grado, plan de la fouille au sud-sud-ouest de la cathé-
drale Sainte-Euphémie (d’ap. P. Lopreato). Que conclure de ce panorama ? Il s’avère qu’une très
large incertitude, en dé¿nitive, subsiste dans la plupart
des cas. Relevons d’abord que les dégagements autour
des principaux édi¿ces cultuels - ou considérés comme
tels sur des sites dont l’exploration n’a souvent été, en
fait, que très partielle - s’avèrent parfois assez sommai-
res et que les interprétations n’y tiennent pas toujours
suf¿samment compte de l’imbrication de différents états.
L’établissement de relations privilégiées entre l’église et
plusieurs des constructions adjacentes devrait alors y faire
l’objet d’une sérieuse véri¿cation sur le terrain.
Puisque, d’autre part, la notion de résidence épiscopale
implique la présence d’au moins une salle d’apparat en
rapport avec le rang et les fonctions de représentation de
l’évêque, plusieurs exemples ne satisfont guère - en l’état
actuel des fouilles, s’entend - à une condition essentielle
pour l’identi¿cation de ce type d’ensemble ; et quant aux
exemples en revanche pourvus d’un tel dispositif, rappe-
lons qu’il ne s’agit en aucune manière - pas plus que pour
l’agencement autour d’un péristyle, ou l’existence de ther-
mes - d’un caractère seulement propre à un episcopium.
La complexité de l’organisation - même avec d’éventuels
regroupements en plusieurs corps de bâtiments aux fonc-
tions complémentaires - et l’étendue de l’aire occupée

36 Voir notamment G.P. Brogiolo (dir.), Gli scavi al battistero


Fig. 19. Mantoue, plan du quartier cathédral di Mantova (1984-1987), Mantoue, 2004, et la notice d’A.
(d’ap. G. P. Brogiolo) : cf. notamment le baptistère octogonal (1) Chavarria [et Y.A. Marano] dans l’article cité ci-dessus (n. 35),
et les aires plus ou moins récemment fouillées (2, en grisé). p. 524-526.
162

n’apparaissent pas davantage spéci¿ques : ce ne sont là à l’apport des textes. Ceux-ci ont déjà été largement mis
que des traits communs à nombre de résidences urbaines, à pro¿t par D.I. Pallas38, ou se sont à l’occasion vus in-
que l’exploration archéologique révèle sur bien des sites voquer dans des discussions sur certains groupes épisco-
tout autour de la Méditerranée37. paux39. Adjoignons-y pour terminer le témoignage d’un
En¿n, la reconnaissance d’un episcopium dépend évi- extrait de la lettre XCIV adressée par Basile de Césarée
demment de la proximité immédiate de la cathédrale. Or, à Élie, gouverneur de la Cappadoce, en 37240 : il en res-
l’identi¿cation de celle-ci ne nous semble assurée que sort que la demeure - prééminente - de l’évêque - et cel-
dans certains cas, parmi ceux réenvisagés ci-dessus. Pour les - rationnellement organisées - des autres membres du
tous les autres, l’hypothèse d’une cathédrale apparaît, au clergé entourent la cathédrale, laquelle accapare l’essen-
mieux, simplement plausible ; les risques d’interprétation tiel du caractère somptuaire ; il apparaît par ailleurs que les
abusive des constructions voisines y sont donc, indépen- fonctionnaires civils ont pu disposer de ces installations
damment même des autres restrictions que nous venons de conjointement aux clercs ; il s’y ajoute un certain nom-
formuler, assez considérables : l’exemple de Bosra, où la bre de bâtiments propres à l’exercice d’un évergétisme
précédente identi¿cation d’une cathédrale a été remise en (accueil des étrangers et des hôtes de passage avec leur
cause par une découverte plus récente, nous apparaît à cet suite, soins à prodiguer aux malades) qu’assume large-
égard hautement signi¿catif. ment l’Église dès le IVe siècle ; en¿n, on prévoit toute une
Les positions que nous présentons, systématiquement suite d’ateliers et de dispositifs d’ordre économique pro-
hypercritiques, pourront en ce sens être jugées excessives. pres à assurer l’existence de la communauté. Il s’agit bien,
Pourtant, une réappréciation délibérément négative nous on le voit, de la conception d’un ensemble ne se démar-
semble se justi¿er dans la mesure où les dernières appro- quant guère des résidences aristocratiques urbaines ; seule
ches entérinaient trop volontiers, au contraire, des identi- la part importante des installations charitables y met une
¿cations souvent très conjecturales. Nous n’écartons pas note spéci¿que, mais les bâtiments destinés à cet usage ne
l’éventualité, au demeurant, que certains des ensembles se distinguent pas aisément au point de vue architectural.
ici repris en compte - et cette liste n’est évidemment pas En tout cas, il convient d’observer que rien encore, dans
exhaustive - se soient réellement trouvés inclus dans des un tel programme, n’implique la dénomination de « pa-
quartiers épiscopaux ; mais toute démarche visant, malgré lais » traditionnelle dans la terminologie française ; on se
le manque de données vraiment concrètes, à en dégager voit donc ramené, à cet égard, à une problématique com-
une vue synthétique s’avère encore prématurée (voire mune à celle de certains prétendus « palais » impériaux et
dangereuse). de grands administrateurs41 : ce ne sont, en effet, que des
En cet état de relative carence de la documentation ar- répliques de ces derniers que constituent les mieux carac-
chéologique, on doit donc principalement s’en remettre térisés des complexes de notre série.

38 D.I. Pallas, « Episkopeion », dans Reallexikon für Byzantinische


Kunst, II, 1971, col. 335-371.
39 Voir par exemple P.-A. Février dans Apamée de Syrie. Bilan des
recherches archéologiques 1969-1971, Bruxelles, 1972, p. 235
(allusion à des écrits d’Augustin, ainsi qu’à d’autres sources re-
latives à Césaire d’Arles), et J.-Ch. Picard, « Les fonctions des
37 À ce sujet, voir déjà les remarques de N. Duval dans J. Balty salles de réception dans le groupe épiscopal de Genève », dans
(éd.), Apamée de Syrie. Bilan des recherches archéologiques Rivista di archeologia cristiana, LXV/1-2, 1989, p. 87-104.
1973-1979, Bruxelles, 1984, p. 456-457 ; et, bien entendu, nous
renvoyons de nouveau aux observations méthodologiques gé- 40 Éd. Y. Courtonne, Paris, 1957, p. 205-206.
nérales dernièrement formulées par le même auteur, « La pro- 41 Voir à ce propos encore les remarques de N. Duval dans
blématique du palais épiscopal. Observations et conclusions », J. Balty (éd.), Apamée… (cit. ci-dessus n. 35) ; Id., discussion
dans N. Duval et V. Popoviþ (éd.), CariĀin Grad III (cit. ci-des- du rapport de W. Müller-Wiener dans Actes du XIe congrès…
sus n. 1), p. 545-555. (cit. ci-dessus n. 2), p. 709.
163

IVAN MATEJÿIý
Université de Rijeka, Croatie
PASCALE CHEVALIER
Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand (UMR 6298 ARTeHIS Dijon)

THE EPISCOPIUM OF POREÿ

The so-called “Euphrasian” basilica at PoreĀ, Colonia Iulia Parentium of the Roman period, is a cathedral
of the mid-VIth century belonging to a complex classi¿ed as an UNESCO World Heritage Site since 1997,
which includes an exceptionally well-preserved Proto- Byzantine episcopium.
Local tradition and older historiography long supposed that the houses razed in the IVth century to leave
room to the ¿rst state of the cathedral had sheltered an oratory and constituted a domus ecclesiae predating
the Peace of the Church (313) associated with the ¿rst bishop of the town, Maurus, who came in the VIth cen-
tury to be considered a martyr of the IIIrd. In fact, the present edi¿ce succeeded in two phases the ¿rst state of
the building, built in the last third of IVth century close to the city wall, in an insula located at the angle of a
decumanus and cardo leading to the northern city gate. The double cathedral at that time includes two simple
parallel rooms paved with mosaic without apses, annexes, a baptistery and at the west a vestibule with an
exedra installed on the Roman cardo appropriated by the Church.
In the Vth century, a basilica without an apse but equipped with a freestanding synthronon is built to the
south partly over the former decumanus (this will later be the site of the “Euphrasian” basilica). A courtyard
precedes it, with, on axis with the church at the west, an octagonal baptistery surrounded by a corridor with
canted corners. Not long afterward a basilica of the same type is built Àanking it on the north: one ¿nds for this
phase, termed “Pre-Euphrasian”, the system of double cathedral that will subsist in the following phase, with
a long vestibule on the emplacement of the former cardo. The nature of the episcopium of this phase remains
unknown.
Of Eastern origin, Euphrasius arrived on the episcopal throne of Parentium with the help of the reconquest
of the area by the emperor Justinian in the mid-VIth century. He built the episcopal palace, then rebuilt - pre-
serving the dimensions of the nave - the “Pre-Euphrasian” south basilica, which he linked by a porticoed
atrium to the preexistent octagonal baptistery. Finally he erected at the east a triconch memorial to shelter the
relics of its sainted predecessor, Maurus. The wooden-roofed, three-vessel nave of his basilica dedicated to
the Mother of God terminates in a triple apse. The decorative elements are carved in marble from the imperial
quarries of Marmara and the intrados of the northern colonnade are ornamented in stucco; splendid VIth cen-
tury polychrome decoration unfolds at the east: synthronon and cathedra of marble from Proconnesus, opus
sectile, and gold wall mosaics.
A single-storied, wooden-roofed edi¿ce of basilican plan terminating in three exedras oriented to the north,
including the magni¿cent aula episcopalis, this episcopium (biskupija/episcopio) - in traditional local termi-
nology – does not appear in texts contemporary with its construction or of the Early Middle Ages, which are
practically non-existent. The disposition of the various spaces on the ground Àoor, as on the Àoor above, that
of the small southern courtyard, the staircase and the many means of accesses, but also the architectural cha-
racteristics and the carved or stucco decoration, make it possible to reÀect on the multiple and varied functions
of the building and of its relationship to the remainder of the episcopal complex, or even with the city.
The episcopal palace, where the bishops of Parentium/Parenzo/PoreĀ resided without interruption until
1992, has since then been studied and transformed into a museum of religious art; one can visit it at the same
time as the vestiges of the preceding cathedrals, in the northwest of the complex. The now restored aula epis-
copalis is sometimes used to accommodate scienti¿c and cultural meetings.

Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 163-172.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101297
164

Fig. 1. Le réseau urbain orthogonal romain de PoreĀ avec le module du parcellaire et la position des trois églises paléochrétiennes.
À l’emplacement de la cathédrale est ¿gurée l’ecclesia primitive du IVe siècle.
165

L’EPISCOPIUM DE POREÿ

La petite cité romaine de Parentium s’est établie en créer un passage vers la porte et le port septentrional qui
Istrie, sur un promontoire maritime court et étroit, orienté le contourne par l’ouest. En outre, dans ce premier état,
est/ouest, où l’urbanisme antique est toujours bien lisible, la façade sud du complexe donne sur le decumanus nord
tant pour ce qui est de la voirie, d’une partie des forti¿ca- qui sera franchi, comme le cardo, dans le développement
tions que de quelques bâtiments conservés en élévation. du Ve siècle (¿g. 2, au centre), celui-ci empiétant désor-
La matrice viaire orthogonale y apparaît clairement avec mais sur la surface de quatre insulae autour de l’ancien
une rue principale (Via decumana/dekumanska) suivant carrefour que formaient ces deux rues ; les deux insulae
encore le tracé du decumanus maximus jusqu’à la place situées au nord du decumanus ont une forme irrégulière
Marafor qui occupe l’emplacement du forum carré. La déterminée par le tracé côtier, celle du nord-est affectant
largeur interne de ce dernier fournit le module de la cen- même celle d’un triangle qui limite de fait les possibilités
turiation parentine. À la suite de plusieurs chercheurs1, il d’expansion dans cette direction (¿g. 1).
est à présent possible de reconstituer le système régulier La cathédrale n’était pas le seul lieu de culte intra mu-
des insulae rectangulaires déterminées par les voies se- ros à Parentium (¿g. 1). Les vestiges de l’église Saint-
condaires, notamment un cardo mineur qui desservait le Thomas ont été découverts à la ¿n du XIXe siècle3 puis
port septentrional de la ville (¿g. 1). Cette rue constituera remis au jour et présentés au public en 1998-2002, paral-
l’axe ordonnateur du complexe épiscopal dès la ¿n du lèlement au même decumanus nord dans l’insula elle aussi
IVe siècle puisque sa bordure orientale longera à l’ouest triangulaire du nord-ouest de la ville. Son type architectu-
la façade du premier état de construction. Le vestibule de ral simple à chevet rectiligne et son pavement de mosaï-
l’église à trois salles rectangulaires parallèles du IVe siècle que la rapprochent de la première cathédrale du IVe siècle
recouvre par ailleurs l’emprise de ce cardo sur la largeur ainsi que de sa phase pré-euphrasienne du Ve siècle. La pe-
des deux salles principales2 (¿g. 2, en bas), obligeant à tite église Saint-Blaise à nef unique et abside inscrite dans
le massif rectangulaire du chevet, qui s’élevait jusqu’en
1910 à l’angle du decumanus maximus et du cardo menant
à la porte nord, date probablement de la ¿n du VIe siècle4.
1 Voir en premier lieu M. Prelog, PoreĀ, grad i spomenici,
Beograd, 1957, p. 39-40, plans des ¿g. 6 p. 4 et ¿g. 70 p. 70. La cathédrale est aujourd’hui quali¿ée d’Eufrazijana/
Cette proposition a été précisée par Radovan Ivaniševiþ, en Eufrasiana (euphrasienne) du nom de l’évêque Euphrasius
particulier autour de la cathédrale (R. Ivaniševiþ, « Odnos an- qui occupe le siège épiscopal parentin autour du milieu
tiknog i srednjovjekovnog rastera PoreĀa », in Peristil, 6-7,
1963, p. 5-12) puis partiellement corrigée par Giuseppe Cuscito
(Parenzo dalle origini all’età di Giustiniano, Padova, 1976
p. 31) dont les conclusions ont été con¿rmées par les fouilles 3 C. Gregorutti, « Iscrizioni romane e cristiane scoperte negli
de Marin Baldini (cf. son plan restitué de la ville dans le résu- anni 1885 e 1886 », in Atti e Memorie della Società Istriana di
mé de son master : M. Baldini, « Parentium – Topogra¿a antica archeologia e storia patria, II/2, 1886, p. 208-212.
[Topogra¿a dalle origini all’epoca paleobizantina] », in Atti del 4 La bibliographie hésite entre une datation tardoantique ou mé-
Centro di Ricerche Storiche, Rovigno, 24, 1997, p. 99-101 et diévale (A. Šonje, Crkvena arhitektura zapadne Istre, Zagreb-
¿g. 3 p. 102). Pour l’emplacement réel du decumanus nord et Pazin, 1982, p. 160 ; M. Baldini, op. cit., p. 198), mais la mor-
du cardo desservant la porte nord par rapport à l’implantation phologie de l’édi¿ce à abside inscrite dans le massif du chevet
des deux premières phases de la cathédrale, on se reportera à plat comme celle des collatéraux de la basilique euphrasienne,
I. MatejĀiþ, « Aspetto e datazione dei primi edi¿ci cristiani di sa petite cour occidentale, son niveau stratigraphique et son
Parenzo », in S. Piussi (éd.), Cromazio di Aquileia (388-408) al mobilier liturgique sont des indices forts pour la période pro-
crocevia di genti e religione, Catalogue d’exposition – Udine, tobyzantine : son dallage intérieur était situé à la même cote
6 novembre 2008-8 mars 2009, Milano, 2008, p. 420-427. que les rues antiques et deux longues plaques de son chancel
2 P. Chevalier et I. MatejĀiþ, « D’un cardo au “narthex” de la ca- en calcaire sont aujourd’hui exposées dans l’atrium de la ca-
thédrale : contribution au développement du groupe épiscopal thédrale (I. MatejĀiþ, « Assetto urbano dell’antica Parentium e
de PoreĀ », in Mélanges d’Antiquité tardive. Studiola in hono- ubicazione degli edi¿ci sacri », in A. Augenti, C. Bertelli (éd.),
rem Noël Duval, Bibliothèque de l’Antiquité Tardive 5, 2004, Felix Ravenna, La croce, la spada, la vela: l’Altoadriatico fra
p. 149-164. Pour une description et une restitution de l’état pri- V e VI secolo, Catalogue d’exposition – Ravenna, 10 mars-7
mitif de la cathédrale, voir I. MatejĀiþ, op. cit. octobre 2007, Milano, 2007, p. 75-76).
166 IVAN MATEJÿIý ET PASCALE CHEVALIER

du VIe siècle, à la faveur de la reconquête justinienne


de la région. L’état précédent du complexe, du Ve siècle,
est de ce fait dit « pré-euphrasien » (¿g. 2, au centre)5.
Contrairement à ce qu’annonce l’inscription apologéti-
que courant à la base de la conque absidale de la basilique
euphrasienne, c’est avec les édi¿ces préexistants que com-
pose Euphrasius dans une vaste campagne de construction
(¿g. 2, en haut), remodelant en quelques décennies l’égli-
se double, dotant la basilique sud reconstruite d’un atrium
qui remplace une simple cour ouvrant sur un baptistère
octogonal, englobé alors (après démontage d’un déam-
bulatoire polygonal) au centre du portique occidental du
péristyle, élevant à l’est une petite memoria triconque, et
édi¿ant en¿n – mais sans doute pas dans cet ordre chrono-
logique – l’episcopium au nord d’une cour qui le sépare de
l’atrium, contre la muraille et la porte septentrionale de la
ville. La basilique méridionale qui réutilise les murs ouest,
nord et sud de la phase antérieure est un des points forts
de la refonte ambitieuse des lieux par Euphrasius. Celui-ci
– outre l’inscription déjà citée et celle à son nom gravée
sur la face avant du socle de l’autel – s’y fait représen-
ter en pied dans le cul-de-four absidal et fait apposer son
monogramme sculpté en méplat sur le linteau de la porte
centrale, sur tous les tailloirs des colonnades de la nef, et
même en opus sectile au-dessus de la cathèdre épiscopale
qui marque le synthronon dans l’axe de l’édi¿ce. Le che-
vet à triple abside, une abside à six pans coupés au centre
Àanquée de deux absides latérales inscrites, est complè-
tement nouveau, comme les grandes arcades reçues par
des colonnes en marbre importées des carrières impériales
de Proconnèse. On retrouve ce matériau prestigieux dans
l’ensemble également neuf du mobilier liturgique : ambon,
Fig. 2. Plan schématique des trois phases principales de dévelop- pergola, revêtement du synthronon, cathèdre, autel. Le
pement de la cathédrale de PoreĀ. La trame grise marque le tracé décor intérieur est fastueux : mosaïque pariétale6 ¿gurée
des rues antiques.
De bas en haut :
dans les conques absidales, où trône au centre une Vierge
1. Ecclesia primitive du IVe siècle ; Theotokos en gloire entourée d’archanges, de saints, de
2. Groupe épiscopal pré-euphrasien au Ve siècle ; l’évêque bâtisseur et de l’archidiacre qui a pu assurer le
3. Groupe épiscopal euphrasien au milieu du VIe siècle. suivi logistique du chantier ; opus sectile à la base de l’ab-

5 Sur cette phase du groupe épiscopal que nous ne décrirons pas


de manière précise, voir P. Chevalier et I. MatejĀiþ, « Nouvelle
interprétation du complexe épiscopal “pré-euphrasien” de
PoreĀ », in Antiquité Tardive 6, 1998, p. 355-365. Les recher-
ches effectuées ces dernières années sous l’ancienne sacristie
au nord-est de la basilique euphrasienne sud, nous conduisent
toutefois à restituer – contrairement à ce que présentait cet
article – un chevet certes plat mais non parfaitement rectili-
gne comme pour l’église parallèle au sud : la dernière travée à
l’est du synthronon libre concernait le seul vaisseau central, la
muraille urbaine empêchant l’extension du collatéral septen-
trional. Les vestiges parfaitement symétriques de l’extrémité
du bas-côté sud ont été mis au jour en 2008, achevant ainsi
de dé¿nir la forme des espaces orientaux de la basilique pré-
euphrasienne nord. Ce plan était inédit jusqu’ici.
6 A. Terry et H. Maguire, Dynamic Splendor. The Wall Mosaics in
the Cathedral of Euphrasius at PoreĀ, Pennsylvania University
Press, 2007.
L’EPISCOPIUM DE POREÿ 167

side sous d’autres scènes de la vie de Marie ; stuc rehaussé conséquent pendant une fourchette chronologique de près
de couleur dans les intrados des grandes arcades, ceux des de 1450 ans, ce lieu était le siège des évêques de PoreĀ ;
trois baies de la façade, ou en corniche entre opus sectile c’est là qu’ils accomplissaient toutes leurs fonctions of-
et opus tesselatum dans l’abside principale ; pavement de ¿cielles et, dès le Moyen Âge, qu’ils résidaient. Un nou-
mosaïque ; huisseries en marbre ; etc. La qualité des élé- veau palais épiscopal plus habitable selon les critères ac-
ments conservés place la basilique euphrasienne au rang tuels a été construit à l’ouest dans les jardins de l’évêché
des édi¿ces les plus fameux de l’époque justinienne, de en 1994 ; cette nouvelle donne permettait de renouveler
Ravenne ou de Constantinople. Euphrasius érige aussi la les investigations et observations archéologiques tant en
memoria, appelée traditionnellement cella trichora, avec sous-sol qu’en élévation et d’entamer une série de restau-
son vestibule ovale, à l’est d’une petite cour qui l’isole rations et de reconstructions ambitieuses que nous avons
des chevets des deux basiliques au-delà desquels elle se déjà eu l’occasion d’évoquer11.
dresse encore, comme l’ont attesté les toutes dernières Il s’agit d’une construction rationnelle, extrêmement
recherches. Si cette chapelle est bien conçue comme une simple en substance, typique de l’architecture tardoanti-
memoria destinée aux reliques de saint Maur, comme le que, une structure architectonique facilement compréhen-
supposent certains chercheurs, elle participe avec l’ins- sible, presque entièrement préservée dans un évêché assez
cription de l’abside à une réécriture délibérée de l’his- peu modi¿é au bas Moyen Âge et à l’époque moderne12.
toire ancienne du siège parentin, dont le premier évêque À l’origine, le bâtiment, charpenté, ne comportait qu’un
confesseur Maur est désormais considéré comme martyr. étage occupé en majeure partie par une salle de représen-
Il se peut toutefois qu’Euphrasius l’ait prévue comme une tation. Celle-ci était notablement plus haute que les pièces
sorte de mausolée, ce dont témoignerait le fait que cette qui la Àanquaient à l’ouest et à l’est, de façon à autoriser
construction ne soit pas directement liée aux églises, mais un éclairement de type basilical, avec une claire-voie si-
isolée. tuée au-dessus des appentis latéraux. Les Àancs de la salle
Cependant c’est l’episcopium, le dernier bâtiment en- centrale étaient bordés par deux pièces annexes, tandis
visagé dans notre rapide description du complexe euphra- qu’un portique en assurait l’accès sur la façade sud. Du
sien (¿g. 2, en haut), qui constitue ici la partie la plus si- côté opposé, au nord, les espaces se terminaient chacun
gni¿cative de l’ensemble, étant en fait l’unique exemple par une abside semi-circulaire saillante, voûtée originelle-
de ce type de construction paléochrétienne qui soit par- ment en cul-de-four. La salle principale, à l’étage, présen-
venu jusqu’à nous, conservé dans ses élévations. Plusieurs tait à la corde de son abside un tribèlon mettant en œuvre
chercheurs se sont intéressés « à distance » à l’episcopium marbre, enduit peint et stuc. Le plan du rez-de-chaussée,
de PoreĀ7, après les restaurations de Dagobert Frey8 en qui sert de substruction, reprend de manière plus grossière
1913-1914 et des sondages très limités menés au rez-de- les éléments de l’étage, exception faite du portique sud-est
chaussée par Gabriel Millet9 en 1901 puis par Ante Šonje auquel nous reviendrons.
dans les années 198010. Le bâtiment demeurait toutefois En 1989 a débuté un ample programme de restauration
jusqu’à 1989 le moins connu du complexe paléochrétien. et conservation à long terme qui s’était donné pour objec-
En effet, à la différence de l’église, de l’atrium, du bap- tif de restaurer les parties les plus importantes de l’epis-
tistère, de la cella trichora et de la zone archéologique, copium et de restituer à l’édi¿ce le plus possible de son
il n’était accessible ni aux chercheurs ni aux visiteurs.
Depuis sa construction et jusqu’aux années récentes, par

11 I. MatejĀiþ, « The episcopal palace at PoreĀ – result of recent


exploration and restoration », in Hortus Artium Medievalium
7 Par exemple, L. Bertacchi, « Contributo allo studio dei palazzo 1, Zagreb-Motovun, 1995, p. 84-88 ; Id., « Episcopio della
episopali paleocristiani: i casi di Aquileia, Parenzo e Salona », Eufrasiana di Parenzo », in Bulletin de l’Association pour l’An-
in Aquileia Nostra 56, 1985, p. 361-412 ; et, en dernier lieu, tiquité Tardive 11, 2002, p. 67-72 ; Id., Gradevni razvoj kate-
M. C. Miller, The Bishop’s Palace. Architecture and Authority drale u PoreĀu, Thèse de doctorat, Université de Zagreb, 2007,
in Medieval Italy, Ithaca-London, 2000, p. 36-37. en particulier p. 88-97 et ¿g. 72-111. Et dernièrement, E. Russo,
« Il complesso eufrasiano di Parenzo », in A.C. Quintavalle
8 D. Frey, « Neue Untersuchungen und Grabungen in Parenzo », (éd.), Mediovo: la chiesa e il palazzo (Atti del Convegno inter-
in Mitteilungen der k. k. Zentral-Kommission für DenkmalpÀe- nazionale di studi. Parma, 2005), Milano, 2007, p. 65-86.
ge 13, Wien, 1914, p. 198-212. Sur les fouilles menées à cette
occasion par Dagobert Frey et Joseph Wiesinger en juillet-août 12 Après l’adjonction de l’aile baroque au nord-ouest et les su-
puis septembre-novembre 1913, cf. A. Terry, F. Gilmore Eaves, rélévations latérales, on avait établi au milieu du XIXe siècle
Retrieving a record : A century of Archeology at PoreĀ (1847- un plancher à mi-hauteur de la grande salle pour créer un étage
1947), Zagreb-Motovun, 2001, p. p. 96-102. auquel on accédait par un escalier installé dans l’abside princi-
pale. Une chapelle et une cage d’escalier avaient été ajoutées
9 A. Terry, F. Gilmore Eaves, op. cit., p. 88 et 95, ¿g. 52 p. 90, au sud-ouest dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dans les
signalent trois tranchées au rez-de-chaussée et dans la petite années 1910, suivant les recommandations de D. Frey, la partie
cour (cortiletto) de l’episcopium. haute de l’arc central du tribèlon fut rouverte et l’escalier dans
10 A. Šonje, « Biskupski dvor graāevinskog sklopa Eufrazijeve l’abside reconstruit, de manière à rendre la structure originelle
bazilike u PoreĀu », in Peristil 25, Zagreb, 1982, p. 5-32. du palais quelque peu plus lisible.
168 IVAN MATEJÿIý ET PASCALE CHEVALIER

Fig. 3. Episcopium de la cathédrale euphrasienne. Dans la colonne de gauche sont ¿gurés les relevés architecturaux du bâtiment avant
restauration ; dans celle de droite les dessins de restitution idéale de l’état originel. De haut en bas : plan du rez-de-chaussée ; plan de
l’étage ; coupe longitudinale ; coupe transversale.
L’EPISCOPIUM DE POREÿ 169

aspect et de ses espaces originels. Le chantier de restau-


ration s’est déroulé parallèlement aux recherches menées
dans le bâtiment de 1990 à 2000. Chacune des phases de
documentation et d’observation, la cinquantaine de son-
dages archéologiques internes et externes, l’examen des
élévations et, pour ¿nir, le démantèlement des structures
massives les plus récentes et la désobstruction de portes,
de fenêtres et des arcs du tribèlon, ont fourni de multiples
informations qui ont contribué à une meilleure interpré-
tation de l’ensemble (¿g. 3). Le niveau originel du sol de
l’étage était ainsi par exemple situé 21 cm plus haut que
le plancher de 1914 qui a été maintenu en place, celui de
l’abside de la salle centrale était surélevé de 18 cm par un
degré situé à la corde. Ceci a été déduit de l’analyse de
l’emplacement coté des consoles d’origine, des supports
des poutres au rez-de-chaussée, de la position des vestiges
du seuil de la porte ouest de l’étage et de ceux d’un bour-
relet dans l’abside. Ces éléments qui peuvent paraître tri-
viaux montrent qu’il a été possible d’expliquer et de pro-
poser la restitution des moindres détails de la construction
primitive. On a aussi pu résoudre des questions regardant
le rez-de-chaussée de l’édi¿ce, notamment celle d’une fe-
nêtre et d’une fente de lumière qui, bien que situées dans
le bâtiment, avaient l’aspect de baies donnant sur l’exté-
rieur. On comprend à présent que la zone orientale du rez- Fig. 4. La salle centrale de l’episcopium après restauration ;
de-chaussée constituait en fait un portique semi-ouvert à vue vers le nord.
travers lequel on atteignait la porte septentrionale de la vil-
le, en contournant le vestibule de la basilique nord qui re-
couvre un segment de l’ancien cardo. Ce passage sous les
annexes orientales de l’étage noble était contrôlé depuis
l’intérieur de l’episcopium par la fenêtre et la fente de lu-
mière. Une autre découverte importante est sans nul doute
l’identi¿cation de la position – à l’extrémité occidentale
du portique d’accès sud – et de la forme de la cage d’esca-
lier qui assurait la liaison vers l’étage. Au pied de cet es-
calier, s’ouvrait un portail solennel Àanqué d’une paire de
colonnes, dont l’une est conservée, emmurée dans le mas-
sif maçonné qui a réduit le passage au Moyen Âge (voir le
dessin reconstituant la coupe longitudinale, ¿g. 3).
Un autre des éléments attestés par l’archéologie du bâti
est la ligne sommitale des anciennes toitures latérales en
appentis. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, on avait rajouté
un niveau ou deux au-dessus des pièces Àanquant la salle
centrale, en démolissant les couvertures de tuiles, cassées Fig. 5. La salle centrale de l’episcopium après restauration ;
au droit des parements où subsistent, prises dans les ma- vue vers le sud.
çonneries, des rangées de tegulae et imbrices, sous les
fenêtres hautes. La restauration de la toiture du côté orien-
tal a été ainsi justi¿ée, rendant à cette face de l’édi¿ce sa
forme et son éclairage basilical.
À l’intérieur, il a été possible de reconstituer l’intégralité
de la salle centrale (¿g. 4 et 5), dont le corps sous plafond
était un cube parfait de 9,40 m de côté, sans l’abside. La
moitié des onze fenêtres hautes ont été rouvertes, à l’est et
au nord ; l’arc triomphal triple a été partiellement restauré
à l’identique ; les portes ouvrant sur les pièces latérales
170 IVAN MATEJÿIý ET PASCALE CHEVALIER

ont en revanche été laissées dans leur état de 1500, consé- ¿gurant des colombes affrontées à une croix. Le prélat s’y
cutif aux travaux de l’évêque Tasso. Au sud, un portique présente donc comme dans un écrin ouvert sur l’aula, qui
remplace depuis 1699 le portique d’origine dont la cou- arbore tous les caractères d’une salle du trône et tous les
verture était implantée plus haut et où des peintures gothi- éléments d’organisation spatiale et symbolique prévus par
ques avaient recouvert l’enduit primitif monochrome, un le cérémonial. Les analogies signi¿catives d’un tel dispo-
mortier de chaux jaunâtre très chargé de paille, que l’on sitif spatial, décoratif et symbolique sont nombreuses, à
retrouve dans toutes les pièces de l’étage. À l’extérieur, commencer par le prothyron du péristyle dans le palais de
on a pu recouvrer l’aspect primitif général de la façade Dioclétien à Split ou, mieux encore, la représentation du
orientale et celui des parties hautes de l’abside centrale palatium de Théodoric à Ravenne, tous deux dotés d’un
qui avait été forti¿ée au bas Moyen Âge. Comme sur les tribèlon. De tels espaces absidés à point focal unique dé-
gouttereaux de la basilique euphrasienne, les lésènes de rivent des formes des principia puis des aulae des rési-
l’abside étaient couronnées par une arcature aveugle qui dences des gouverneurs de l’Antiquité tardive, et ils trou-
a été rétablie au niveau de l’arc préservé contre l’épau- vent leurs héritiers au haut Moyen Âge dans les Tronhalle
lement nord-ouest. Les vestiges de l’abside latérale est, carolingiennes, inspirées entre autres mais pas seulement
arasés au niveau de l’étage, ont été fouillés et partielle- par l’aula du pape Léon III (795-816). Géographiquement
ment restaurés. Nous y avons découvert en 1998 sous les plus proches et plus similaires, tant en terme de chrono-
remblais qui l’avaient comblés, une cinquantaine de frag- logie que de typologie, avec une grande salle à abside,
ments de stucs aux motifs Àoraux (guirlandes de laurier, citons les palais épiscopaux de la pleine époque justinien-
feuilles de vigne, etc.) et géométriques (éléments de mo- ne de Stobi (¿g. 6/10) et CariĀin Grad-Justiniana Prima
dénature, de corniches à ovuli et dentelures…)13. Ils indi- (¿g. 6/9) (milieu du VIe siècle)14, auxquels nous ajoute-
quent que les absides latérales de l’étage étaient décorées rons après d’autres l’extraordinaire palais maritime de
de stucs rehaussés de couleur jaune et rouge comme ceux PolaĀe sur l’île de Mljet (¿g. 6/2), généralement attribué
qui sont préservés in situ sur l’intrados de l’arc central du au comes Pierus, un of¿cier d’Odoacre, mais qui pourrait
tribèlon de la salle principale, où le décor découvert en être en rapport avec la présence de la classis ravennatis
1910 et publié par Dagobert Frey en 1914 consiste en un dans la baie de Mljet, au milieu du VIe siècle, même si on
large rinceau de vigne sinueux peuplé d’oiseaux, encadré ne peut exclure une construction au Ve siècle. Dans son
par une ¿le d’ovuli. Nous soulignons ce fait, car il a une récent ouvrage, richement documenté, Slobodan ÿurĀiþ
incidence sur les fonctions primitives de ces espaces, qui offre pour la période allant du IVe au VIe siècle une im-
selon toute vraisemblance ne servaient pas au logement de pressionnante série d’exemples de salles représentatives
l’évêque et de ses proches. On ignore en outre le genre de typologiquement proches15. En¿n, Jasna JeliĀiþ a fort heu-
motifs qui pouvaient souligner l’extrados de l’arc triom- reusement reconnu une aula episcopalis dans le fantaisiste
phal triple ainsi que les intrados des quatre baies cintrées « oratoire E » d’Ejnar Dyggve à Salone16, sans toutefois
qui éclairent l’abside centrale et des fenêtres d’axe sup- refouiller le site (¿g. 6/8). Ces comparaisons attestent que
posées des absides latérales, comme on le voit encore sur l’episcopium parentin répond à la typologie architectu-
celles percées dans la façade occidentale de la basilique rale du palatium – rien que de plus normal puisqu’il était
euphrasienne. d’abord destiné aux fonctions of¿cielles. Comme le faisait
L’aspect caractéristique des espaces essentiels restitués remarquer très justement Noël Duval, les palais épiscopaux
de l’episcopium, et tout particulièrement celui de la salle de l’Antiquité tardive ne différaient guère des grandes ré-
centrale de l’étage, pose la question de sa ou ses fonctions. sidences aristocratiques contemporaines. Contrairement à
Richement éclairée, l’aula était certainement conçue et or- d’autres sites où ces éléments sont seuls documentés, le
née pour jouer le rôle de salle de représentation pour les bâtiment conservé à PoreĀ ne comprend pas nécessaire-
audientiae episcopalis. Ce cadre très iconographique – un ment les composantes domestiques et économiques, le lo-
véritable fastigium soulignant la qualité et la manifesta- gement, le triclinium et les bains de l’évêque, les magasins
tion exceptionnelle d’un personnage d’autorité – réclame de stockage, etc., qui peuvent s’être trouvés à proximité
la présence de l’évêque, placé au centre de l’abside lé- ou pour une part au rez-de-chaussée. En revanche, il est
gèrement surélevée, au-delà de l’arc central du tribèlon incontournable pour ce qui est des composantes auliques
orné de stucs et de sculptures – chapiteaux et corbeaux et représentatives.

13 I. MatejĀiþ, « Croatie, PoreĀ, Basilique euphrasienne », in Le 14 Voir le texte de Jean-Pierre Caillet dans ce même volume.
stuc. Visage oublié de l’art médiéval, Catalogue d’exposition
Poitiers, 16 avril 2004-16 janvier 2005, Paris-Poitiers, 2005, 15 S. ÿurĀiþ, Architecture in the Balkans from Diocletian
p. 132-133 ; Id., « Breve nota e novità sulle decorazioni a stucco to Süleyman the Magni¿cent, New Haven-London, Yale
del periodo paleocristiano in Istria », in C. Sapin (éd.), Stucs & dé- University Press, 2010, ¿g. 4, 21, 25, 26, 57, 84, 96, 97, 111,
cors de la ¿n de l’Antiquité au Moyen Âge – (Ve-XIIe siècle), Actes 127, 136, 137, 138, 139 et 218.
du Colloque de Poitiers (16-19 septembre 2004), Bibliothèque 16 J. JeliĀiþ, « Salonitanski kulturni krug Justinijanova doba »,
de l’Antiquité Tardive, 10, p. 125-129. in Prilozi povijesti umjetnosti u Dalmaciji, 34, 1994, p. 28-29.
L’EPISCOPIUM DE POREÿ 171

Fig. 6. Choix d’édi¿ces présentant des salles de cérémonie/réception typologiquement proches, datés de l’Antiquité tardive. 1. Epis-
copium de PoreĀ, plan du 1er étage et restitution idéale ; 2. Palais de PolaĀe sur l’île de Mljet (Croatie), plan au sol et restitution idéale ;
3. “Palais de Théodoric” à Ravenne ; 4. Arbitus (Razgrad, Bulgarie), of¿cial residence ; 5. Thessalonique, villa urbana ; 6. Louloudies
(Grèce), groupe épiscopal ; 7. Romuliana (Gamzigrad, Serbie), villa impérial ; 8. Salona, groupe épiscopal ; 9. Justiniana Prima (CariĀin
grad, Serbie), groupe épiscopal ; 10. Stobi (Macédoine), groupe épiscopal.
172

Les sources écrites, réunies dans l’article essentiel de méridional, passant sous l’arc diaphragme orné d’un chrisme
Jean-Charles Picard17, permettent de déduire le nom par le- sculpté, entre dans le vestibule commun au deux basiliques et
quel on désignait dans l’Antiquité tardive et au haut Moyen choisit une des deux églises de la cathédrale double20. La porte
Âge l’aula de l’étage à PoreĀ : il s’agit du salutatorium ou du de la basilique nord, héritée du complexe pré-euphrasien, est
secretarium – ces deux termes étant pratiquement synony- située en vis-à-vis exact de la porte orientale de l’episcopium,
mes à la ¿n du VIe siècle. Ceci désigne l’espace où l’évêque que jouxte son vestibule. Ce serait logiquement la « basilica
reçoit clergé, hôtes et ¿dèles, au cours de cérémonies extra-li- minore » dédiée à la psalmodie et à la prière quotidienne de
turgiques. S’y déroulent logiquement les synodes diocésains, l’évêque, ce dont témoignent nous semble-t-il les adaptations
les réunions de prêtres et diacres, mais ces salles représentent puis transformations antérieures à l’an Mil. Un autel et une
aussi le lieu de l’audientia episcopalis dans les occasions où tombe privilégiée sous arcosolium sont aménagés derrière le
l’évêque entouré de ses clercs, assure les fonctions judiciaires synthronon libre au VIIIe siècle, avant de disparaître à la fa-
du magistrat, se fondant sur les droits que lui confère l’empe- veur d’une forte surélévation du sol dans une phase toujours
reur dans ce domaine. On sait bien que l’évêque de la période préromane où les colonnades sont murées, réduisant l’espace
tardoantique se voit investi de plus en plus de rôles tempo- au seul vaisseau central, terminé par trois absidioles de mêmes
rels. Il n’est guère dif¿cile d’imaginer l’évêque Euphrasius, dimensions. La basilique sud plus proche de la ville constitue
agent et symbole évident de la reconquête justinienne, trô- sans nul doute le lieu de culte de la communauté urbaine et
nant dignement sous le tribèlon, dispensant ses instructions diocésaine, destinée aux messes dominicales et à celles des
à l’administration du diocèse et de la cité, selon les principes grandes fêtes de l’année liturgique. L’évêque et le clergé peu-
ordonnés par la Pragmatica sanctio de Justinien18. vent aussi atteindre l’église sud en traversant l’église nord et
Nous tenons toutefois à insister sur un autre point. Les les annexes orientales qui les reliaient au niveau des sanctuai-
recherches menées depuis 1992 nous autorisent à proposer res, tant à l’époque d’Euphrasius qu’au haut Moyen Âge.
une nouvelle restitution plus complète du complexe refondu Reste à évoquer pour terminer le problème de la data-
sous l’épiscopat d’Euphrasius, autour du milieu du VIe siècle tion précise de l’episcopium. La solution la plus séduisante,
(¿g. 2, en haut). Nous pouvons ainsi avancer plusieurs hypo- retenue par la plupart des chercheurs, est évidemment qu’il
thèses quant au rôle de l’episcopium dans le contexte de l’or- remonte à l’épiscopat d’Euphrasius qui en aurait été le bâtis-
ganisation liturgique de la cathédrale. La salle cérémonielle seur, c’est-à-dire au milieu du VIe siècle. Un certain nombre
de l’étage est probablement l’endroit où l’évêque revêtait ses d’éléments plaident en ce sens, ainsi que sa similitude avec
ornements liturgiques avant de se rendre en procession vers l’église Sainte-Agnès de Muntajana, aux environs de PoreĀ,
l’église, où il allait célébrer messes et of¿ces. Une lettre de que l’on date de cette période. Les différences de techniques
Grégoire le Grand à l’archevêque de Ravenne évoque cela en de construction notées entre l’episcopium et l’adaptation
595 ; le pape intime à Marinianus l’ordre de ne pas endosser euphrasienne de la basilique sud sont minimes. Elles indi-
le pallium alors qu’il reçoit les ¿dèles dans le segretarium quent toutefois que les deux bâtiments ne sont pas strictement
ecclesiae, mais de différer cet acte jusqu’au moment où il se contemporains et qu’ils n’ont pas été construits par les mê-
dirige vers l’église pour célébrer, et ensuite de toujours retirer mes équipes. Le hiatus chronologique ne doit pas nécessaire-
le pallium dans le fameux segretarium19. Il est clair d’après ment être très important et les deux chantiers de construction
ce document que l’aula sert de salle d’audience mais aussi se sont probablement succédé à peu d’intervalle. Le relatif
de lieu ou le prélat se prépare pour la liturgie. Nous pouvons bon état des gouttereaux de la basilique pré-euphrasienne
proposer de retracer l’itinéraire emprunté par la procession sud et la conservation en l’état de la basilique nord, peuvent
présidée par l’évêque parentin qui quitte la grande salle de conduire à supposer qu’à son arrivée à Parentium, Euphrasius
l’étage par la porte et le portique sud, descend l’escalier a commencé par édi¿er l’episcopium qui manquait encore au
sud-ouest vers le rez-de-chaussée où il traversait le portique groupe épiscopal ou qui ne satisfaisait pas ses exigences et ses
ambitions – mais ce n’est là que pure conjecture21.

17 J.-C. Picard, « La fonction des salles de réception dans le


groupe épiscopal de Genève », in Rivista di archeologia cristia- 20 Sur la complexité de la question de la basilique géminée,
na, 1989-I-II, p. 87-104. On consultera aussi l’étude fondamen- des églises composites et des groupes d’églises, voir le nu-
tale de Mgr Victor Saxer (V. Saxer, « Domus ecclesiae – kfgkn méro thématique de la revue Antiquité Tardive, en particulier
odn Lggh¡mf_n in den frühchristlichen literarischen Texten », l’introduction de N. Duval, J.-P. Caillet, « La recherche sur les
in Römische Quartalschrift für christliche Altertumskunde und « églises doubles » depuis 1936 : historique et problématique »,
Kirchengeschichte 83, 1988, p. 167-179). in Antiquité Tardive, 4, 1996, p. 122-137.
18 Publiée le 13 août 554 à la ¿n de la guerre des Goths par 21 Eugenio Russo discute longuement de la date de construc-
Justinien à la demande du Pape Vigile (pro petitione Vigilii, tion de l’episcopium (E. Russo, « Lettura del complesso eufra-
pragmatica sanctio) pour signi¿er le retour de l’Italie – et siano di Parenzo (con particolare attenzione al suo episcopio) »,
donc de la X Regio en voie de devenir Venetia et Histria – sous Bisantinistica. Rivista di Studi Bizantini e Slavi, 8, 2006, p. 19-
la domination directe de l’empire, la Pragmatica sanctio se 60). Pour lui, il est édi¿é dans la continuité du chantier d’Euphra-
trouve dans la Novelle 155 du Code justinien. sius renouvelant le complexe, mais ce serait la dernière interven-
19 Cf. J.-C. Picard, op. cit., p. 94. tion de cette grande campagne de construction (ibid., p. 35).
173

FRANÇOIS BARATTE
Université Paris-Sorbonne,
Centre Lenain de Tillemont (UMR 8167)

THE DOMUS ECCCLESIAE: THE CASE OF ROMAN, VANDAL AND BYZANTINE


NORTH AFRICA

The number of bishoprics known and of the churches discovered in North Africa might lead one to expect
that evidence for the domus ecclesiae there is abundant. It is nonetheless not the case. Yet the texts, from the
beginning of the IVth century, offer some important information, which concerns in particular, the Acts of the
martyrs of Abthugni or the of¿cial report of the search carried out at Cirta in of¿ces of the “domus” in which
the Christians met, a document examined in-depth by Yvette Duval.

Archaeology on its side is nearly bereft of information, which is explained to a degree by the lacunae of
the too often partial excavations and by dif¿culties of interpretation. Four cases, however, were discussed in
detail formerly: that of the episcopal group of Sbeitla, one of best known, which attracted the attention of Noël
Duval; that of Hippo, often discussed at the same time for its identi¿cation (nothing permits recognizing there
the cathedral of Saint Augustine, as E. Marec wished) and for that of its various components; the “Western
Monastery” at Timgad, of a great interest, but which requires detailed re-examination; and ¿nally, the most
famous, the “Christian district” of Cuicul, but the layout of which also presents great uncertainties.

To these four sites recent research makes possible the addition of others, newly excavated, whose publica-
tion should renew the dossier in part. This concerns in particular the episcopal group of Aradi (Sidi Jdidi),
of which the history has been meticulously reconstructed and that represents a essential contribution to the
knowledge of the domus ecclesiae in North Africa.

LES DOMUS ECCCLESIAE : LE CAS DE L’AFRIQUE ROMAINE, VANDALE


ET BYZANTINE

On connaît bien la situation de l’Afrique du nord, ca- Leur territoire en revanche est de moindre étendue, par-
ractérisée, pour l’époque antique, par des évêchés très fois modeste, comme certaines des cités qui les abritent.
nombreux, beaucoup plus que dans d’autres régions, la Les évêques sont connus en grand nombre par les textes
Gaule ou le Proche-Orient par exemple, dès le IIIe siècle1. comme par les inscriptions : il suf¿t de renvoyer à la cor-
respondance de saint Cyprien et aux Sententiae de 256,
qui permettent de connaître 130 évêques environ2, ou aux
1 Ce n’est pas le lieu ici de reprendre la totalité des travaux Actes du synode tenu à Carthage en 4113, qui font état
sur ce thème, mais nous renverrons notamment à Y. Duval, de 286 évêques catholiques présents ou représentés et de
« Densité et répartition des évêchés dans les provinces africai-
285 donatistes. Plus généralement, la Prosopographie de
nes au temps de Cyprien », MEFRA, 96, 1984, p. 493-521, et à
N. Duval, qui a traité ce dossier à plusieurs reprises du point de l’Afrique chrétienne4 permet de prendre une bonne idée de
vue archéologique en particulier, notamment : « L’évêque et la
cathédrale en Afrique du Nord », dans Actes du XIe congrès in-
ternational d’archéologie chrétienne, CEFR 123, Rome, 1989, Kunst, II, 1971, col. 335-371.
p. 345-399. La question des palais épiscopaux a été traitée pour 2 Pour la bibliographie concernant ces textes, on se reportera à
l’Orient par W. Müller-Wiener, « Bischofsresidenzen des 4.-7. Y. Duval, op. cit., p. 493, n. 2.
Jhs im östlichen Mittelmeer-Raum », dans ACIAC, XI, p. 651-
709. Id., RiÁessioni sulle caratteristiche dei palazzi episcopali, 3 S. Lancel (éd.), Actes de la Conférence de Carthage en 411,
Felix Ravenna, 4e s., 1983, p. 103-145. Plus généralement, D. I. IV, Paris, 1991.
Pallas, s.v. Episkopeion, dans Reallexikon zur byzantinischen 4 A. Mandouze, Prosopographie de l’Afrique chrétienne (303-
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 173-183.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101298
174 FRANÇOIS BARATTE

l’épiscopat africain au cours des siècles, au moins jusqu’en s’agit d’une part des Acta purgationis Felicis, procès-ver-
533. L’archéologie vient con¿rmer ces observations : plu- bal de l’enquête menée en 315 à l’encontre de l’évêque
sieurs centaines d’églises sont d’ores et déjà attestées, les Felix d’Abthugni, en Proconsulaire, à propos de son com-
découvertes sont permanentes, et beaucoup sont probable- portement lors de la persécution de 30310, et d’autre part
ment des cathédrales. On ne reviendra pas ici sur les rai- des pièces du procès de Silvanus de Cirta, les Gesta apud
sons de cette multiplication des évêchés, mais on voit bien Zenophilum11 : l’évêque était accusé notamment d’avoir
qu’on pourrait espérer des résultats positifs d’une enquête été un traditor lors des mêmes événements. Dans ce der-
sur les résidences épiscopales5, d’autant plus que le déve- nier dossier, le procès-verbal de la perquisition effectuée
loppement d’Églises antagonistes, catholiques et donatistes par le curateur de la cité, Munatius Felix, dans le lieu où se
notamment, entraînant la création de hiérarchies parallèles réunissaient les chrétiens – domus in qua christiani conve-
qui impliquent à leur tour la présence dans de nombreux niebant – est particulièrement précieux. Il évoque en effet
sièges de deux évêques, l’un catholique, l’autre donatiste, de manière relativement précise la nature et la disposition
apparaît comme un élément encore plus favorable. des espaces dans lesquels se déroule l’opération de police
Toutefois, les travaux de Jean Lassus, en particulier son en présence de l’évêque et de son clergé. Le point contro-
rapport au congrès international d’archéologie chrétienne versé est évidemment la signi¿cation à donner au terme
de Ravenne en 19626, ceux de Paul-Albert Février et de « domus », pris par beaucoup de commentateurs au pied
Noël Duval, en dernier lieu son rapport au 11e congrès in- de la lettre : il s’agirait à Cirta, en 303, d’un bel exemple
ternational d’archéologie chrétienne de Lyon, en 1986, ont de domus ecclesiae, c’est-à-dire de demeure privée mise
montré qu’il n’en était rien7. La documentation potentielle, à la disposition de la communauté chrétienne par un par-
on ne l’oubliera pas, s’arrête au milieu du VIIe siècle, avec ticulier, analogue en cela à la « maison des chrétiens » de
la conquête arabe, même si on doit noter qu’on ignore à Doura Europos, en Syrie12. Y. Duval, qui avait repris na-
peu près tout de la situation des églises après cette date guère en détail l’ensemble du dossier13, a souligné les sens
et qu’on sait bien qu’à l’époque médiévale encore, jus- multiples du mot, qui pouvait désigner aussi bien pour les
qu’aux Almohades, il existe quelques évêchés en Afrique : contemporains une église qu’une « maison » à proprement
à Mahdia, par exemple, d’où le dernier évêque se réfugie parler ; l’indication que l’évêque Paul reçoit le magistrat
en Sicile dans la seconde moitié du XIIe siècle, on possède entouré de ses prêtres assis comme lui alors que les autres
même quelques informations sur le trésor de la cathédrale, clercs restaient debout (la cathedra devient alors le sym-
rapatrié à Palerme au moment de la chute de la ville en bole de la fonction épiscopale) la confortait dans cette hy-
1160 et dont les archives de la Chapelle palatine conser- pothèse, et la conduisait à écarter l’idée qu’il puisse s’agir
vent l’inventaire8. Mais sur l’établissement immobilier de d’une maison privée. C’est en tout cas le lieu de l’assem-
ces derniers évêchés d’Afrique, on ne sait rien. On n’en blée, qu’environnent des salles qui renferment le trésor de
sait guère plus cependant en ce qui concerne les domus l’Église, vases précieux, lustres, lampes et candélabres,
ecclesiae tout au long des quatre siècles concernés par les des vêtements et des chaussures en quantité, et des den-
textes et par les découvertes matérielles : les recherches rées contenues dans des dolia et des orcae, peut-être des
de terrain, jusqu’à une date récente et trop souvent encore jarres plus petites14. Le texte ne précise pas la nature de
aujourd’hui, se sont limitées, pour des raisons diverses, au
dégagement et à l’étude de l’église seule, sans prendre en
compte son environnement, même immédiat9. 10 Acta purgationis Felicis episcopi Autumnitani, Corpus Op-
On notera toutefois que l’Afrique a fourni quelques-uns tati, CSEL 26, éd. Ziwsa 1893, p. 197-204.
des documents les plus anciens à ce sujet, certes discutés 11 Gesta apud Zenophilum consularem, Corpus Optati, CSEL
dans le détail, mais riches néanmoins d’informations. Il 26, éd. Ziwsa, 1893, p. 185-197. Le texte a été revu récemment
par Y. Duval, qui a apporté un certain nombre d’amendements
à l’édition de Ziwsa : Y. Duval, Chrétiens d’Afrique à l’aube
533), Paris, 1982. La Prosopographie, on peut le souligner, de la paix constantinienne. Les premiers échos de la grande
arrête ses listes en 533 et laisse donc de côté les évêques by- persécution, Coll. des Etudes Augustiniennes, série Antiquité,
zantins. 164, Paris, 2000.
5 N. Duval, op. cit., p. 347 : « c’est un minimum de 600 cathé- 12 C. H. Kraeling, The Excavations at Dura-Europos, Final
drales qu’on devrait pouvoir trouver en Afrique ». Report VIII, Part II, The Christian Building, New Haven, 1967.
Si l’édiÀce a bien le plan habituel des maisons de Doura, on ne
6 J. Lassus, « Les édiÀces du culte autour de la basilique », dans sait rien, toutefois, de son statut réel.
Atti del VI congresso internazionale di archeologia cristiana,
Ravenna, 1962, Città del Vaticano, 1965, p. 581-610. 13 Y. Duval, Chrétiens d’Afrique à l’aube de la paix constanti-
nienne. Les premiers échos de la grande persécution, Coll. des
7 Cf. n. 1. Études Augustiniennes, série Antiquité, 164, Paris, 2000, en
8 H. Bresc, « Le royaume normand d’Afrique et l’archevêché particulier dans la troisième partie, « L’installation matérielle
de Mahdiyya », in M. Balard-A. Ducellier (dir.), Le partage du des églises africaines au début du IVe siècle », p. 347-423.
monde. Échanges et colonisation dans la Méditerranée médié- 14 S’agissant des denrées alimentaires, auxquelles fait égale-
vale, Byzantina Sorbonensia 17, Paris 1998, p. 347-366. ment allusion Felix d’Abthugni, on songera au cas particulier
9 N. Duval, op. cit., p. 350, sur ce dernier point. de la « chapelle » du prêtre Alexandre, à Bulla Regia, un édiÀce
LES DOMUS ECCCLESIAE : LE CAS DE L’AFRIQUE ROMAINE, VANDALE ET BYZANTINE 175

ces salles. Il mentionne en revanche des « bibliothecae » Carthage : conciles de 421 et de 535 dans celui de la basili-
garnies d’armoires vides au moment de la perquisition ca Fausti18, et, à plusieurs reprises, dans celui de la basilica
et dont l’une (à moins qu’on ne doive considérer que le restitua (ou Restitutae)19 ; c’est encore dans le secretarium
pluriel n’est qu’une déformation graphique de la forme de la basilique de la Paix, à la cathédrale d’Hippone, que
du singulier15) contient également un coffre, ainsi qu’un se tient, le 8 octobre 393, un concile général de l’Église
triclinium : toutes salles qui peuvent appartenir aussi bien d’Afrique. À Hippone toujours, saint Augustin mentionne
à une demeure privée16 qu’aux installations propres à la explicitement (Sermon 352, 2) la demeure de l’évêque
communauté chrétienne, les bibliothèques étant aména- dans laquelle il souhaite accueillir les hôtes de passage, et
gées pour les lecteurs, nombreux, et l’évêque, et le tricli- où il établira à cet effet, à partir de 397, un monastère de
nium servant aux repas communautaires. Rien n’est dit par clercs qui rassemble le clergé de la ville. On connaît aussi
contre de manière explicite d’éventuelles pièces d’habita- les démêlées d’Augustin avec Julianus, un jeune clarissime
tion, en particulier pour l’évêque, ce qui conduit Y. Duval propriétaire d’une maison qui jouxtait une église de la ville
à la conclusion qu’on ne trouve pas ici, à proprement par- et que l’évêque voulait acquérir pour sa communauté en
ler, une domus episcopi. On a là néanmoins, quel que soit 408/409 (Ep. 99) ; mais rien n’indique que l’église en ques-
l’endroit où loge par ailleurs Paul, un véritable complexe tion était la cathédrale et que la maison devait faire partie
autour de l’église épiscopale. À Abthugni, le lieu de réu- de résidence épiscopale. Au total, rien de bien précis.
nion de prières et de réunion des chrétiens, appelé ailleurs L’archéologie pour sa part apporte d’autres informa-
dans le même texte « basilica », est clairement distingué tions, en apparence plus abondantes, mais qui restent au
de la domus episcopi, qui cependant, c’est l’analyse d’Y. fond tout aussi vagues. En effet, il n’est pas rare que les
Duval, appartient sans doute au même ensemble17. Quelle fouilles, si restreintes qu’elles aient été, aient mis en évi-
qu’ait été la situation exacte, à Cirta comme à Abthugni, dence autour des églises des constructions parfois d’une
on voit bien se dessiner déjà la con¿guration qui tendra à certaine ampleur, qui pourraient avoir un rapport direct
se formaliser plus tard de la demeure de l’évêque accom- avec elles. Encore convient-il, dans la perspective d’une
pagnée de salles pour son usage domestique, liée ou non réÀexion sur la domus episcopi, de savoir s’il s’agit bien
à l’église elle-même entourée des espaces nécessaires au de cathédrales : N. Duval a justement souligné dans son
bon déroulement de la liturgie et à l’accomplissement de rapport au XIe Congrès international d’archéologie chré-
toutes les fonctions, notamment caritatives. tienne la dif¿culté d’une telle identi¿cation en Afrique. En
Mais à l’exception de ces deux dossiers, et quelles que outre, dans les quelques cas reconnus avec une relative
soient les dif¿cultés d’interprétation qu’ils présentent, les certitude, il est rare que l’on puisse comprendre l’organi-
textes ne sont guère prodigues en détail sur la résidence sation des annexes et en identi¿er la fonction. On prendra
épiscopale et sur les annexes de l’église : tout au plus ici quelques exemples. Celui d’Ammaedara/Haïdra, tout
trouve-t-on de brèves mentions sur telle ou telle réunion d’abord. La basilique dite de Melleus, du nom d’un évê-
d’évêques dans le secretarium de certaines basiliques de que byzantin qui y est enseveli après avoir opéré la dépose
de reliques de saint Cyprien, (« église I ») est considérée
comme la cathédrale, en dépit de l’absence de baptistère ;
il s’agit de la plus grande église de la ville, et deux évê-
apparenté aussi aux « monuments à auges », dont deux salles ques y sont ensevelis, Melleus, et un de ses prédécesseurs,
annexes contenaient au moment de la fouille par le Dr Carton
des récipients encore remplis de fruits divers, parmi lesquels Victorinus, « évêque des Vandales », donc un arien20. On
des olives, et de la vaisselle de bronze et de terre cuite dispo- peut noter en passant qu’une autre église, l’église VII, ré-
sée sur des étagères effondrées. Malheureusement ce bâtiment cemment découverte, est également en rapport elle aussi
d’un exceptionnel intérêt, aujourd’hui en très mauvais état, n’a avec deux évêques, dont l’un est enseveli sur le parvis de
pas bénéÀcié au moment de sa découverte d’une publication la basilique21. Autour de la basilique de Melleus diverses
attentive. L. Carton, « L’église du prêtre Alexander découverte
à Bulla Regia en 1914 », CRAI, 1915, p. 116-130 et p. 191-208 ;
salles ont été dégagées ; toutes sont de modestes dimen-
id., Les lignes d’auges des églises et des autres monuments de sions, et aucun secteur ne semble correspondre à une ré-
l’Afrique ancienne, Recueil de la Société archéologique de sidence ni se prêter réellement aux fonctions envisagées
Constantine, 1915, p. 81-91 ; le dossier est repris à plusieurs re- pour une domus ecclesiae.
prises par N. Duval, en particulier dans N. et Y. Duval, Fausses
basiliques (et faux martyrs) : quelques bâtiments « à auges »
d’Afrique, MEFRA, 84, 1972, en particulier p. 706-712.
15 Sur ce point particulier, Y. Duval, Chrétiens d’Afrique, 18 L. Ennabli, Carthage, une métropole chrétienne du IVe à la
p. 358. Àn du VIIe siècle, Études d’Antiquités africaines, Paris, 1997,
p. 28.
16 C’est l’hypothèse adoptée par exemple, après d’autres, par
L. M. White, Building Gods’s House in the Roman World: 19 Ibid., p. 30.
Architectural Adaptation among Pagans, Jews and Christians, 20 N. Duval (dir.), Recherches archéologiques à Haïdra, II. La
Baltimore, 1990, p. 126. Elle est fermement écartée par Y. basilique dite de Melléus, Rome, 1981, notamment p. 207.
Duval. 21 F. Baratte, F. Bejaoui, Z. Ben Abdallah (dir.), Recherches ar-
17 Y. Duval, Chrétiens d’Afrique, p. 356. chéologiques à Haïdra, III, Rome, 2009.
176 FRANÇOIS BARATTE

À Timgad, l’église dite « du nord », souvent identi¿ée à but du XXe siècle24, elles ont été réétudiées de manières
la cathédrale catholique, est elle aussi entourée d’annexes approfondies par N. Duval, qui en a analysé les carac-
nombreuses (qui lui ont valu la dénomination de « monas- téristiques et reconstitué le développement, publiant ses
tère »), mais qui n’ont livré aucun indice sur leur usage22. conclusions en 1971 accompagnées d’une spectaculaire
À Tipasa, où la cathédrale est, cette fois-ci, identi¿ée avec restitution de G. Hallier25 (¿g. 2-3).
certitude, les annexes sont nombreuses en plus du bap- L’église dite de Bellator (église I) constitue vraisembla-
tistère (¿g. 1), mais incomplètement conservées en raison blement la première cathédrale de Sufetula, complétée par
de l’effondrement de la falaise, et de nouveau leur fonc- un baptistère installé dans un bâtiment indépendant, trans-
tion précise est inconnue, même si on peut reconnaître la formé en chapelle au moment (probablement le VIe siècle)
présence de petits thermes et si J. Lassus a pensé pouvoir où est édi¿ée une plus vaste cathédrale (église II) qui
identi¿er une grande salle à abside mitoyenne de la cathé- remplace la première, la communauté des ¿dèles s’étant
drale avec le consignatorium23. sans doute agrandie de manière signi¿cative. Un nouveau
En dé¿nitive, quatre cas retiennent généralement l’at- baptistère est aménagé au sud dans le prolongement de
tention : ceux d’Hippone, du groupe épiscopal de Cuicul, l’une des absides de l’église. La totalité du quartier n’a
de l’église dite du monastère de l’ouest (que l’on a pro- pas été dégagée, mais on observe deux points importants :
posé d’identi¿er avec la « cathédrale donatiste ») à Timgad les deux églises font partie un moment donné d’un unique
et de l’ensemble constitué par les églises I et II de Sbeitla. complexe, dont l’unité est manifestée par un mur d’en-
Ces deux dernières églises sont d’un particulier intérêt. ceinte qui n’est percé que de rares accès, notamment une
Fouillées, pour la première d’entre elles au moins, au dé- petite porte au sud, monumentalisée vers l’extérieur par

Fig. 1. Tipasa, les annexes nord de la cathédrale (d’après Lassus, MEFR 47, 1930, p. 225).

22 A. Ballu, Les ruines de Timgad, antique Thamugadi : sept


années de découvertes (1903-1910), Paris, 1911, p. 136-
140 ; I. Gui, N. Duval, J.-P. Caillet, Basiliques chrétiennes
d’Afrique du Nord. I. Inventaire de l’Algérie, Paris, 1992,
n° 98, 2, p. 265-267, pl. 127,3. 24 A. Merlin, Forum et églises de Sufetula, Notes et Documents V,
23 S. Lancel, Guide de Tipasa, Alger, 1971, p. 40-43 ; J. Lassus, Paris, 1912.
dans ACIAC, VI, 1962, p. 585-587 et 597-598 ; Basiliques 25 N. Duval, Recherches archéologiques à Sbeitla, I. Les basi-
chrétiennes d’Afrique du Nord. I. Inventaire de l’Algérie, n° 9, liques de Sbeitla à deux sanctuaires opposés (basiliques I, II et
1, p. 21-24, pl. 28,2. IV), Paris, 1971, en particulier p. 291-298.
LES DOMUS ECCCLESIAE : LE CAS DE L’AFRIQUE ROMAINE, VANDALE ET BYZANTINE 177

Fig. 2. Sbeitla, le groupe épiscopal (églises I et II) (d’après Duval, Églises, ¿g. 334, plan G. Hallier).

deux colonnes qui l’encadrent (dont seules les bases ont probable domus ecclesiae27 : on ne peut donc être assuré
été retrouvées). Elle ouvre sur une sorte de petite voie inté- qu’ils appartenaient à l’ensemble épiscopal. En dépit du
rieure qui dessert les édi¿ces chrétiens en séparant l’église Àou qui entoure l’utilisation des espaces, on doit souligner
II de la chapelle de Jucundus (le baptistère primitif) et de que leur allure est bien loin de celle d’une résidence un
l’église I. La seconde observation, la plus importante pour tant soit peu représentative, dont à Sufetula même l’édi¿ce
notre propos, porte sur les bâtiments qui accompagnent dit des Saisons offre pour la ¿n de l’Antiquité un exemple
les églises. À l’ouest du complexe en effet, la fouille a caractéristique28.
mis en évidence l’existence d’une série de bâtiments, Le cas d’Hippone a été longuement débattu depuis la
deux au moins, desservis par une cour toute en longueur, fouille d’Erwan Marec et l’interprétation qu’il en a don-
et dont l’un devait posséder un étage. La fonction précise née en 195829. Il s’agit d’un vaste îlot, qu’il avait dési-
des pièces est dif¿cile à déterminer, mais on peut suppo- gné comme le « quartier chrétien », à l’histoire complexe,
ser qu’elles abritaient les divers locaux indispensables au qui comporte autour d’une basilique et de son baptistère
bon fonctionnement du groupe cathédral. Il faut voir là, plusieurs ensembles d’habitation et un secteur artisanal,
très vraisemblablement, l’episcopium, qui regrouperait à une teinturerie peut-être (¿g. 4). E. Marec avait reconnu
la fois les bâtiments de service et la résidence de l’évêque
et du clergé26. On note en outre qu’un petit groupe thermal
se dresse immédiatement au nord, mais sans communica- 27 Ibid., p. 304-309.
tion directe, dans les secteurs dégagés en tout cas, avec la 28 N. Duval-F. Baratte, Les ruines de Sufetula Sbeïtla, Tunis,
1973, p. 65-70.
29 E. Marec, Monuments chrétiens d’Hippone ville épiscopale
26 Ibid., p. 299-303. de saint Augustin, Paris, 1958.
178 FRANÇOIS BARATTE

Fig. 3. Sbeitla, le groupe épiscopal (d’après Duval, Églises, ¿g. 335, restitution G. Hallier).
LES DOMUS ECCCLESIAE : LE CAS DE L’AFRIQUE ROMAINE, VANDALE ET BYZANTINE 179

dans l’église la « basilique de la Paix » de saint Augustin, les dif¿cultés posées par la fouille de Marec d’une part,
identi¿ant tous les éléments de ce secteur en fonction des d’autre part par l’état actuel des lieux, a réexaminé notam-
quelques indications qu’il avait pu trouver chez l’évêque. ment la question des circulations dans l’îlot31. Con¿rmant
Il évoquait notamment, pour interpréter certains des amé- les conclusions de ses prédécesseurs, il aboutit même à
nagements, les démêlés de l’évêque avec Alypius, pro- une critique plus radicale encore de la situation, considé-
priétaire d’une maison que l’évêque aurait voulu acquérir rant que l’ensemble auquel appartient la salle tréÀée n’en-
pour la communauté. Ces interprétations avaient immé- tretient aucun rapport avec la basilique. À celle-ci ne se
diatement été mises en doute par H.-I. Marrou, puis par rattacherait en dé¿nitive que le secteur situé à l’est, autour
J. Lassus, P.-A. Février et N. Duval qui avaient souligné du baptistère et de ses annexes et d’un ensemble à carac-
que les espaces consacrés à l’habitation et à l’artisanat tère plus résidentiel ordonné autour d’un petit péristyle.
étaient sans aucun doute en grande partie autonomes30. La C’est cette partie de l’îlot, qui se superpose d’ailleurs à
question des rapports avec la basilique se pose en particu- des maisons plus anciennes dont les mosaïques ont été en
lier pour l’ensemble situé à l’ouest auquel appartenait une partie récupérées, qui pourrait constituer la domus eccle-
grande salle tréÀée donnant sur une cour à portiques, elle- siae, sans qu’on puisse aller plus loin dans l’identi¿cation
même partiellement envahie, dans un second temps, par des espaces (¿g. 5). On conviendra avec B. Bizot que le
des espaces voués à l’artisanat. Loin d’être une chapelle groupe épiscopal – si groupe épiscopal il y a bien – reste
comme Marec l’avait proposé, le triconque correspondait modeste par son ampleur32. Il y a quand même bien là,
certainement à la salle de réception d’une grande maison. même si c’est avec une importance bien moindre que ce
Récemment, le dossier a été revu en détail sur place par qu’avait envisagé E. Marec, combinaison de plusieurs es-
B. Bizot, dans le cadre d’un projet de coopération faisant paces à ¿nalités différentes, liturgiques pour les uns (basi-
intervenir le Service régional de l’archéologie de la région lique et baptistère), plus matérielles pour d’autres (la mai-
Provence-Alpes-Côte d’Azur. B. Bizot, tout en soulignant son), ce qui correspond bien à ce que l’on peut attendre
d’un groupe épiscopal et de la domus ecclesiae qui en fait
partie. Même sans rapport avéré avec saint Augustin, le
cas d’Hippone est tout à fait intéressant.
À Timgad, le complexe désigné comme le « monastère »
de l’ouest en raison de son ampleur et de sa complexité a
aussi été identi¿é à la cathédrale donatiste parce qu’on y
a retrouvé une inscription en mosaïque mentionnant un

Fig. 4. Hippone, « l’Îlot chrétien », plan schématique, Fig. 5. Hippone, restitution du groupe épiscopal, d’après Marec,
(d’après P.-A. Février, XIX. Corso di cultura, ¿g. 2, p. 146). Monuments chrétiens, Àg. 19 (restitution R. Naz).

31 B. Bizot, « La basilique et ses abords », dans X. Delestre


(dir.), Hippone, Aix-en-Provence, 2005, p. 193-215, en parti-
30 Dans une série de comptes-rendus de l’ouvrage de Marec, culier p. 213-215.
ou en reprenant l’examen du secteur : N. Duval, « Les monu- 32 Sur l’interprétation de la basilique, on signalera que J.-
ments chrétiens d’Hippone d’après E. Marec », Karthago, 9, P. Laporte est revenu récemment à plusieurs reprises sur cette
1958, p. 273-276 ; H.-I. Marrou, Patristique et Humanisme, question, notamment dans une note d’information à l’Académie
1976, p. 183-235 ; J. Lassus, dans ACIAC, VI, 1962, p. 587- des inscriptions et belles-lettres le 29 janvier 2010, en attirant
591 ; P.-A. Février, XIX. corso di cultura sull’arte ravennate e l’attention sur l’existence d’au moins une autre basilique chré-
bizantina, Ravenne, 1972, p. 145-150 ; Basiliques chrétiennes tienne à Hippone, qui a livré en particulier une série d’inscrip-
d’Afrique du Nord. I. Inventaire de l’Algérie, n° 123, p. 346-349 tions funéraires très signi¿catives : J.-P. Laporte, L’emplacement
(« L’identiÀcation précise de l’édiÀce est impossible »), pl. 180. de la basilique de la Paix à Hippone, CRAI, 2010, p. 73-92.
180 FRANÇOIS BARATTE

personnage du nom d’Optat33 (haec iubente sacerdote d’une grande salle toute en longueur, terminée par une ab-
Dei Optato perfeci), dans lequel on a voulu voir l’évêque side, presque mitoyenne de la précédente. En façade, le plan
donatiste du même nom34, violemment attaqué par saint est particulièrement Àou. L’aile est en revanche est organi-
Augustin à la ¿n du IVe siècle, qui l’accuse d’avoir eu par- sée de part et d’autre d’une grande voie nord-sud, partiel-
tie liée avec le comte Gildon dans la révolte de ce dernier lement doublée, un peu plus à l’est, par une autre voie de
contre Honorius35 et d’avoir été particulièrement brutal à circulation et recoupée par plusieurs ruelles transversales
l’égard des catholiques. Mais l’identi¿cation reste de l’or- qui dessinent ainsi de véritables Îlots. On voit se dessiner
dre de l’hypothèse, et peut être discutée. quelques ensembles qui paraissent autonomes, mais dont la
Il s’agit d’un vaste ensemble de constructions, de 170 m fonction cependant n’est pas claire. Certains évidemment
sur 110 (pas loin de 2 ha), contenu à l’intérieur d’une dou- pourraient avoir eu un usage artisanal, d’autres avoir servi
ble enceinte qui dessine un rectangle irrégulier et que d’entrepôts. Quelques-uns aussi pourraient avoir servi d’ha-
bordent des petites pièces interprétées par Albert Ballu bitation. C’est le cas, plus particulièrement, pour un groupe
comme des cellules monastiques36 (¿g. 6). L’élément cen- de salles relativement modestes par leurs dimensions, situé
tral, qui représente sans doute le noyau autour duquel tout dans l’angle formé par la grande et la petite églises, qui s’or-
s’organisait, est une église à trois nefs, caractérisée par la ganise autour d’une cour à portiques dallée en son centre38.
présence dans la nef centrale d’une très intéressante ins- Le décor est relativement soigné. Plusieurs pièces sont ainsi
tallation, une tombe privilégiée avec dispositif de libation, mosaïquées39. C’est là où se trouve l’inscription mention-
qui reste anonyme37. Par la suite une autre église, plus mo- née précédemment qui précise que « des travaux » (haec)
deste, se greffe sur celle-ci, orientée perpendiculairement ont été achevés sur l’ordre de l’évêque Optat40. On a donc
à elle, et à l’intérieur de laquelle on aménage, sans doute identi¿é sans grandes discussions cet évêque et celui connu
à l’époque byzantine, une toute petite chapelle. La grande par ailleurs. En tout état de cause, rien ne permet d’assurer,
église est précédée d’un atrium, sur lequel ouvre un bap- à lire le texte épigraphique, qu’il s’agisse bien de la rési-
tistère plusieurs fois remanié. dence épiscopale. Mais, néanmoins, il semble bien que l’on
De très nombreuses annexes entourent les églises, sur tienne là un ensemble lié à l’église, dans une même enceinte
tous les côtés sauf vers le nord-ouest. La publication de et au sein duquel on rencontre des espaces aux fonctions
Ballu et le plan schématique qui l’accompagne en 1911 diverses : à usage d’habitation comme à usage économique
sont malheureusement insuf¿sants pour comprendre com- ou artisanal. Mais la nature exacte de ce vaste complexe
ment s’agençaient dans le détail ces espaces et comment demanderait à être précisée.
ils fonctionnaient. Des pièces de dimensions très diverses, Le « quartier chrétien » de Cuicul au sud-est de la ville,
ouvrant sur des espaces dégagés (des cours ?) occupent le étudiée de nouveau par J. Lassus41, est particulièrement im-
terrain derrière l’église. Parmi elles, J. Lassus a reconnu une posant (¿g. 7). Occupant une position privilégiée, telle que
salle à trois exèdres rectangulaires qu’il identi¿e à une salle les églises se détachaient sur le rebord oriental du plateau,
à manger de réception : hypothèse très séduisante, mais il est lui aussi enclos à l’intérieur d’une enceinte qui ouvrait
qu’il faudrait pouvoir contrôler sur le terrain, le plan pu- sur l’extérieur par deux entrées. La première, au sud-ouest,
blié par A. Ballu montrant une disposition complexe pour était particulièrement monumentale, constituée par une
l’exèdre dans l’axe principal. On note encore l’existence porte en hémicycle qui donnait accès à une voie à colon-

33 E. Albertini, « Un témoignage épigraphique sur l’évêque do-


natiste Optat de Thamugadi », CRAI, 1939, p. 100-103 ; H. I. 38 Le plan de Ballu est particulièrement insufÀsant sur ce
Marrou, Sur une inscription concernant Optat de Timgad, point.
Bulletin d’archéologie algérienne, I, 1962-1965, p. 207-226 ;
S. Germain, Mosaïques romaines de Timgad, Aix-en-Provence, 39 Voir le plan schématique dans Germain, Mosaïques romaines
1969, n° 191, p. 126-127. de Timgad, Àg. 17, p. 122.
34 Prosopographie de l’Afrique chrétienne, s.v. Optatus 2, 40 Germain, op. cit., n° 191
p. 797-801, en particulier, pour l’inscription, p. 799-800. 41 J. Lassus, « Les édiÀces du culte. Autour de la basilique »,
35 Prosopographie de l’Afrique chrétienne, s. v. Gildo 1, p. 539. dans ACIAC, VI, 1962, p. 597-601 ; cet ensemble a également
fait l’objet de remarques dans J. Lassus, P.-A. Février, N. Duval,
36 A. Ballu, Les ruines de Timgad, III, Paris, 1911, p. 31-46 ; « Groupes épiscopaux de Syrie et d’Afrique du Nord », dans
P. Monceau, Timgad chrétien, Paris, 1911, p. 29-36. J. Lassus, Apamée de Syrie. Actes du colloque 1972, Bruxelles, 1972,
dans ACIAC VI, 1962, p. 581-610, passim ; id., Visite à Timgad, p. 215-251. Voir également P. Monceaux, « Découverte d’un
Alger, 1969, p. 95-98 ; Basiliques chrétiennes d’Afrique du Nord. groupe d’édiÀces chrétiens à Djemila », CRAI, 1922, p. 386-
I. Inventaire de l’Algérie, n° 98, 7, p. 274-278, pl. 131 et 132, 2 ; 391 ; id., dans Atti Pont. Accad. di Arch., Memorie, I, 1, 1923,
cette notice revient, p. 275-276, sur l’identité d’Optatus, mais p. 93-94 ; P.-A. Février, Djemila, Alger, 1968, p. 74-83. Le
aussi sur la question des rapports entre l’église et la « maison groupe épiscopal de Djemila est repris à la fois dans le rapport
d’Optat ». de N. Duval, ACIAC, XI, 1986, p. 385-386 et passim, et dans
37 Sur cette tombe, voir notamment N. Duval, La basilique de celui de W. Müller-Wiener, dans ACIAC, XI, 1986, p. 694-695 ;
Melléus, op. cit., p. 187-190. Marrou (op. cit. n. 30) avait sup- Basiliques chrétiennes d’Afrique du Nord. I. Inventaire de l’Al-
posé que la tombe pouvait être celle d’Optat lui-même. gérie, n° 27, 1-3, p. 92-99, pl. 69, 2 et 70, 2.
LES DOMUS ECCCLESIAE : LE CAS DE L’AFRIQUE ROMAINE, VANDALE ET BYZANTINE 181

Fig. 6. Timgad, « monastère de l’ouest » (d’après Ballu, Timgad III).


182 FRANÇOIS BARATTE

Fig. 7. Cuicul, « quartier chrétien » (d’après Ballu, BCTH 1917, pl. XXXIII).

Fig. 8. Announa, basilique nord. Les pièces au sud ne paraissent pas avoir de rapport direct avec
l’église (d’après Gsell-Joly, Announa, pl. XX).
LES DOMUS ECCCLESIAE : LE CAS DE L’AFRIQUE ROMAINE, VANDALE ET BYZANTINE 183

nes42. Une seconde, un peu plus modeste, mais néanmoins fait l’objet que d’investigations très partielles, mais qui
précédée d’un portail à colonnes, ouvrait immédiatement pourraient être en rapport avec l’église. Ces pièces en tout
au sud du complexe baptismal. Ce dernier, bien distinct cas ont dans leur dernier état une fonction clairement arti-
des deux églises dont le séparait une voie de circulation, sanale : on y a retrouvé un grand broyeur pour les olives,
comportait un petit groupe thermal et diverses salles. La monté sur un tronçon de colonne.
partie sud-ouest du quartier était occupée par un ensemble Mais le cas le plus intéressant, l’un des plus riches parce
compliqué de pièces. L’une d’entre elles, la plus grande, est que particulièrement bien étudié, et dont la publication est
dotée d’une abside monumentale ; elle a été interprétée par en cours, est celui du groupe épiscopal de Sidi Jdidi, une
J. Lassus comme le catechumenaeum ; pour d’autres en re- petite agglomération de Byzacène qui vient de faire l’objet
vanche, comme W. Müller-Wiener, il s’agit d’une chapelle. de recherches approfondies sous la direction d’A. Ben Abed
Mais ici encore les plans sont trop insatisfaisants pour que et M. Fixot. Le complexe, qui comprend deux églises sépa-
l’on soit en mesure de trancher. Tous ces espaces s’organi- rées par un îlot de constructions, a connu une histoire com-
saient en fonction d’un corridor transversal et d’une petite pliquée, abandonné à l’époque vandale et en partie détruit
cour à péristyle qui communiquait avec la voie d’entrée à avant de connaître une restauration partielle (une seule des
portiques. On pourrait y voir avec W. Müller-Wiener la ré- églises est reconstruite) à l’époque byzantine. On observe
sidence épiscopale, tout en observant qu’à l’extrémité sud que les annexes sont nombreuses, y compris dans l’îlot mé-
du quartier, au-delà d’un autre péristyle sur lequel débouche dian et qu’elles abritent manifestement des structures arti-
cette voie, s’étend une nouvelle série de pièces disposées en sanales : un four à pain et un broyeur à olives notamment.
fonction d’une cour assez vaste et qui devaient également S’il peut y avoir des espaces à usage d’habitation, beaucoup
jouer un rôle au sein du palais épiscopal. paraissent en rapport toutefois avec des activités agricoles46.
D’autres cas, moins spectaculaires, laissent cependant Mais on est là en présence d’un groupe épiscopal assuré
entrevoir une organisation analogue, toutes proportions (aux deux églises s’ajoute un baptistère, qui a connu lui
gardées : il pourrait en être ainsi pour la basilique nord aussi plusieurs états) dont on devrait pouvoir saisir avec une
d’Announa, qui présente sur son Àanc sud une série de relative clarté l’environnement lorsqu’il sera publié.
pièces, à vrai dire peu compréhensibles et sur les rapports Les conclusions que l’on peut tirer de la documentation
desquelles avec l’église on doit s’interroger (¿g. 8), puis- existante, ancienne ou récente, sont donc pour l’instant
qu’aucune communication n’a pu être mise en évidence en- plutôt décevantes, comme l’avait déjà souligné N. Duval
tre les deux ensembles43. Les fouilles récentes, de surcroît, dans son rapport au XIe congrès international d’archéolo-
pourraient apporter quelques compléments : à Haïdra, la gie chrétienne, dans la mesure où celle-ci reste la plupart
basilique VII, déjà citée44, est desservie par une ruelle qui du temps trop imprécise. Plusieurs ensembles permettent
la longe au nord depuis le cardo qui passe derrière l’ab- toutefois d’entrevoir de manière concrète l’existence d’une
side de l’église, puis débouche à l’ouest sur le parvis en domus ecclesiae, sans pouvoir aller bien loin dans l’identi-
façade de l’église. Cette petite voie, dont l’existence doit ¿cation des espaces et dans l’analyse du fonctionnement.
être antérieure à l’époque byzantine et à la construction Quelles que soient les incertitudes des plans publiés, on
de l’église, semble avoir été dotée, à un moment donné, ne voit apparaître nulle part d’ensemble résidentiel d’une
d’une entrée monumentalisée du côté du cardo, deux co- ampleur signi¿cative. Mais ils attestent au moins, sans
lonnes supportant un fronton remployé, richement sculpté ambiguïté, en même temps que les textes, que se dévelop-
de rinceaux, qui, en même temps, la privatise, et par voie paient bien autour des cathédrales des complexes d’une
de conséquence l’accès à l’église elle-même : on retrouve certaine importance qui réunissaient à la fois la résidence
là, d’une certaine manière, le même processus que dans de l’évêque et les salles indispensables à la vie de la com-
le groupe épiscopal de Sbeitla, où la petite voie qui des- munauté et aux œuvres de charité, y compris des lieux de
sert et sépare les deux églises paraît être une ancienne rue, stockage, de fabrication (de pain ou d’huile) et de distri-
privatisée elle aussi un moment donné45. Or le côté nord bution. Des recherches de terrain plus attentives au fonc-
de la rue est bordé de salles qui, dans l’immédiat, n’ont tionnement des ensembles (et non plus des monuments
isolés) devraient permettre, à l’avenir, de reconnaître en
plus grand nombre et de mieux comprendre l’organisation
de ces domus ecclesiae en Afrique.
42 P.-A. Février, Djemila, p. 74, a émis des réserves sur la res-
tauration de cette rue à colonnes.
43 St. Gsell-C.-A. Joly, Announa, p. 95-99, pl. XX ; N. Duval,
op. cit., dans ACIAC, XI, p. 354 et passim ; Basiliques chré-
tiennes d’Afrique du Nord. I. Inventaire de l’Algérie, n° 121,2,
p. 341-342 et pl. 170, 3 et 174, 1-2. 46 On peut se reporter au rapport provisoire fourni par les
fouilleurs : Sidi Jdidi (Tunisie), MEFRA, 119, 2007, p. 326-
44 Cf. n. 21. 330, Àg. 86 (plan du groupe épiscopal au Ve siècle) ainsi qu’à
45 N. Duval, Églises africaines, I, p. 130-131. La porte qui mar- la récente publication de A. Ben Abed-Ben Khader, M. Fixot,
quait le débouché de cette ruelle vers l’extérieur paraît avoir été S. Roucole, Sidi Jdidi II. Le groupe épiscopal (CEFR 451),
condamnée dans l’état le plus tardif. Rome, 2011.
185

SVEVA GAI
Docteur en archéologie, LWL-Archäologie für Westfalen

THE EPISCOPAL PALACES IN WESTERN SAXONY AROUND THE YEAR 1000


AND THE TOPOGRAPHICAL AND ARCHITECTURAL CHARACTERISTICS
OF THE EPISCOPAL SEE OF PADERBORN (WESTPHALIA)

The process of formation of the episcopal palaces of the Saxon dioceses, in an area located at the margins
of the empire, can only be placed very late, i.e. after the Christianization of the region started at the beginning
of IXth century after the conquest implemented by Charlemagne during the Saxon Wars.

Our knowledge of this period in the region’s history has increased greatly over the last decades thanks to
numerous archaeological research projects conducted in several churches, habitation sites and seigniorial
residences, but also thanks to the reopening and completion of older work, which has produced new results.

The present contribution analyzes and compares the four episcopal sees of modern Westphalia: Paderborn,
Minden, Münster and Osnabrück, leaving aside the dioceses situated outside the current regional limits.

The four examined sites present a similar historical development according to a consistent scheme: the
foundation of the dioceses is documented here from the time of Charlemagne, in a narrow chronological range
between the end of VIIIth century and the very beginning of the IXth, and within urban political and admi-
nistrative units, i.e. having a leading role in the organization of the territory, according to the ecclesiastical
provisions rati¿ed by the council of Frankfurt in 794, which allowed the foundation of only one bishopric in
each of the civitates.

It is ¿rst of all the written sources that enable us to advance hypotheses regarding the development of these
sites between the beginning of the Carolingian age and XIth century, while recent archaeological research
offers a different response to the questions that arise.

If on the one hand the archaeological remains for the towns of Minden, Osnabrück and Münster do not
allow decisive interpretations for the extension and development of the episcopal residences, the site of Pader-
born offers to the contrary archaeological as well as historical evidence on the position of the bishop’s palace
founded in XIth century.

The Ottonian era corresponds to a period of intense municipal activity in the studied area, during which
the bishops played an essential part in the evolution of their cities in often linking the topographical sites of
monuments in a rather precise overall symbolic plan. The evolution of the site of Paderborn is thus entirely
typical: if the foundation of the bishopric at the beginning of IXth century originated, as in the case of the other
sites, from the will of the king, in the XIth century it was rather the bishops who, because of their seigniorial
function, determined the topographic development of the episcopal centers.

Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 185-208.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101299
187

LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL


ET LES CARACTÈRES TOPOGRAPHIQUES ET ARCHITECTURAUX
DU SIÈGE ÉPISCOPAL DE PADERBORN (WESTPHALIE)

L’examen d’une des régions les plus septentrionales Balzer2. Ses nombreux articles écrits à partir des années
de l’empire romano-germanique à l’époque carolingienne 1970 dé¿nissent avec précision le contexte de l’histoire
et ottonienne, la Saxe, permet d’attirer l’attention sur une du peuplement et de la diffusion du christianisme dans les
aire géographique marquée par des prémisses historiques territoires que l’on examine ici.
différentes de celles qui caractérisent le développement L’aire géographique de la Saxe occupe la région de
des territoires de la Gaule. Romanisée, cette dernière entra l’ancienne Westphalie, autour des villes de Münster et
dans l’aire d’inÀuence de la Méditerranée et ¿t par ailleurs d’Osnabrück, depuis les régions orientales du bassin de la
l’objet d’une christianisation précoce alors que dans les Ruhr jusqu’aux limites frisonnes et aux provinces d’Ove-
territoires de l’Europe centrale et septentrionale la diffu- rijssel et de Drenthe aux Pays-Bas ; la région d’Engern que
sion de la religion chrétienne résulta au contraire d’une constitue la partie orientale de la Westphalie traversée par
intense œuvre missionnaire, menée à terme bien plus tar- la Weser, de Hannoversch Münden en passant par Minden
divement. et Göttingen jusqu’à Hanovre et à la région de l’actuel
La Saxe, et en particulier sa partie occidentale corres- Holstein ; en¿n la région d’Ostfalen, qui comprend les
pondant à l’actuelle Westphalie, fut annexée à l’empire territoires autour des sites de Magdebourg, Brunswick,
chrétien après la conquête opérée par Charlemagne lors Hildesheim et Halberstadt, entre la montagne du Harz
des guerres saxonnes, qui s’étalèrent sur une période de à l’ouest et l’Elbe à l’est. Dans la présente contribution
plus de trente ans (772-804). Nos connaissances sur l’his- nous nous concentrerons sur les quatre sièges épiscopaux
toire de la région à cette époque ont beaucoup progressé de la Westphalie actuelle, Paderborn, Minden, Münster et
au cours des dernières décennies grâce aux recherches Osnabrück3, en laissant de côté les sites épiscopaux situés
archéologiques menées sur de nombreux sites ecclésiaux en dehors des limites régionales actuelles, c’est-à-dire les
résidentiels et palatiaux, mais aussi à la faveur de la re-
prise et de l’aboutissement d’anciens travaux porteurs de
nouveaux résultats1. Parmi ceux qui ont étudié de manière 2 Parmi les œuvres les plus signi¿catives, cf. Manfred BALZER,
approfondie l’histoire de cette région aux marges de l’Em- Paderborn als karolingischer Pfalzort, in Deutsche Königspfalzen.
pire, il faut rappeler en particulier l’historien Manfred Beiträge zu ihrer archäologischen und historischen Erforschung,
vol. 3, Veröffentlichung des Max Plank- Instituts für Geschichte
11/3, Göttingen, 1979, p. 9-85 ; Manfred BALZER, Paderborn.
1 Un regard d’ensemble est offert par Frank WILSCHEWSKI, Die ka- Zentralort der Karolinger im Sachsen des späten 8. und frühen
rolingischen Bischofssitze des sächsischen Stammesgebietes (bis 9. Jahrhunderts, in 799. Kunst und Kultur der Karolingerzeit.
1200), Petersberg, 2007. Ce travail se fondant sur une étude des Karl der Große und Papst Leo III. in Paderborn, catalogue
publications, certaines de ces observations sont déjà dépassées d’exposition Paderborn, Mainz, 1999, vol. 1, p. 116-123 ;
par de nouveau résultats qui sont parus depuis. Parmi les travaux Manfred BALZER, Paderborn im frühen Mittelalter (776-1050) :
portés à terme au cours de ces dernières années, résultats de tra- Sächsische Siedlung – Karolingische Pfalzort – ottonisch-sali-
vaux conduits sur la documentation ancienne, il faut rappeler en sche Bischofsstadt, in J. Jarnut (dir.), Paderborn. Geschichte der
particulier : Sveva GAI & Birgit MECKE, « Est locus insignis… » Stadt in ihrer Region, vol. 1, Das Mittelalter. Bischofsherrschaft
Die Pfalz Karls des Großen in Paderborn und ihre bauliche und Stadtgemeinde, Paderborn, 1999, p. 2-118 ; Manfred BALZER,
Entwicklung bis zum Jahre 1002, DenkmalpÀege und Forschung Siedlungs- und Besitzvoraussetzungen für die Gründung von
in Westfalen 40.2, 2 vol., Mainz, 2004 ; Alexandra PESCH, Bischofssitzen im westlichen Sachsen, in Westfalen 84, 2006,
Das Domkloster. Archäologische und historische Forschung p. 159-194 ; Manfred BALZER, Westfälische Bischöfe des 10. und
zu Liudgers honestum monasterium in pago Sudergoe. Die 11. Jahrhunderts als Bauherren und Architekten, in J. Jarnut &
Ausgrabungen 1936-1981 am Horsteberg in Münster, Der M. Wemhoff (dir.), BischöÀiches Bauen im 11. Jahrhundert,
Dom zu Münster, DenkmalpÀege und Forschung in Westfalen MittelalterStudien 18, Munich, 2009, p. 109-136.
26, vol. 4, Mainz, 2005 ; Martin KROKER, Die Domburg. 3 Il faut souligner qu’Osnabrück se trouve aujourd’hui dans le
Archäologische Ergebnisse zur Geschichte der Domimmunität Land de Niedersachsen (Basse Saxe), mais de par sa position
vom 8.-18. Jahrhundert, Der Dom zu Münster, DenkmalpÀege géographique appartient au groupe des évêchés que l’on traite
und Forschung in Westfalen 26, 3 vol., Mainz, 2007. ici.
188 SVEVA GAI

deux archevêchés de Brème et de Magdebourg avec les Le site de Münster est marqué par l’action du moine
évêchés de Verden, Hildesheim et Halberstadt qui furent Liudger dont la biographie nous apprend7 qu’il commen-
bien sûr l’objet d’un même développement historique ça une intense activité missionnaire dans un lieu appelé
mais n’entrent pas dans le cadre proposé ici. Mimigernaeford, l’ancienne Münster, jusqu’à ce que l’ar-
chevêque de Cologne qui avait autorité sur le site l’obli-
gea à devenir évêque en 8058. Münster fut donc d’abord
LA FONDATION DES ÉVÊCHÉS un centre de mission. Ce n’est qu’avec la consécration de
Liudger que le site devint évêché.
Les quatre sites examinés, tous inscrits dans les limi- Pour l’institution des évêchés de Minden et Osnabrück
tes politiques de l’actuelle Westphalie, suivent un déve- la chronologie est plus mouvante. À Minden, le premier
loppement historique analogue selon un schéma constant : évêque est identi¿é avec un certain Erkanbert, qui résida
la fondation des diocèses est assignée par les sources à dans la ville même dès le début de son épiscopat, dans les
l’époque de Charlemagne, dans une étroite fourchette années 7909. Minden, dérivé du nom d’un cours d’eau, est
chronologique située entre la ¿n du VIIIe et le tout début mentionné pour la première fois en 798, comme lieu d’une
du IXe siècle (¿g. 1)4. séance capitulaire10. Les débuts de l’œuvre missionnaire à
Parmi eux, Paderborn acquit une fonction privilégiée. Il Osnabrück restent en revanche dans l’obscurité. La fon-
s’agit en effet du premier centre de pouvoir carolingien en dation de l’évêché doit être antérieure à 803, date d’une
Saxe avec un rôle en priorité militaire pendant les guerres charte émise par Charlemagne qui mentionne Wiho, le
de conquête, établi dès le dernier quart du VIIIe siècle5. premier évêque de Osnabrück 11. La fondation de l’évêché
La fondation d’un important palais royal et d’une grande qui se forma à partir des terres de mission de la périphérie
église à la ¿n du VIIIe siècle, avant la christianisation de du centre majeur (Visbek, Meppen, Ibbenbüren et Bünde)
la région, en fait une base religieuse de premier plan. Le se situe donc autour de l’an 800.
siège épiscopal y fut institué en 806 avec pour premier
évêque Hathumar6, suffragant de Mayence.
7 Vita sancti Liudgeri auctore Altfrido, ed. Wilhelm Diekamp,
dans Die Geschichtsquellen des Bistums Münster, vol. 4, Die
4 À propos de la fondation des évêchés en Saxe, on pourra Vitae sancti Liudgeri, Münster, 1881, I, 23.
consulter les ouvrages suivants : Klemens HONSELMANN, Die
Bistumsgründungen in Sachsen unter Karl dem Großen, mit 8 Sur la date de fondation de l’évêché et la consécration de
einem Ausblick auf spätere Bistumsgründungen und einem Liudger par l’archevêque de Cologne, cf. Alois SCHRÖER,
Exkurs zur Übernahme der christlichen Zeitrechnung im früh- Das Datum der Bischofsweihe Liudgers von Münster, in
mittelalterlichen Sachsen, in Archiv für Diplomatik 30, 1984, Historisches Jahrbuch, 76, 1957, p. 106-117, nouv. éd. dans
p. 1-50 ; Rudolf SCHIEFFER, Papsttum und Bistumsgründung im Walther Lammers (éd), Die Eingliederung der Sachsen in das
Frankenreich, in Rosalius Josephus Castello Lara (éd.), Studia Frankenreich (Wege der Forschung 185), Darmstadt, 1970,
in honorem eminentissimi cardinalis Alphonsi M. Stickler, p. 347-364 ; Nikolaus GUSSONE, Die Bischofsweihe Liudgers
Studia et Textus Historiae Iuris Canonici 7, Rome, 1992, p. 517- am 30. März 805 in Köln, in 805, Liudger wird Bischof. Spuren
528 ; Rudolf SCHIEFFER, Karl der Große und die Einsetzung der eines Heiligen zwischen York, Rom und Münster, Catalogue
Bischöfe im Frankenreich, in Deutsches Archiv für Erforschung d’exposition Münster, Mayence, 2005, p. 121-129.
des Mittelalters 63, 2007, p. 453-467 ; Peter JOHANEK, Der 9 Sur la fondation du diocèse de Minden, cf. Eckhard FREISE,
Ausbau der sächsischen Kirchenorganisation, in 799. Kunst und Die Sachsenmission Karls des Großen und die Anfänge des
Kultur der Karolingerzeit, op. cit., vol. 3, p. 494-506. Bistums Minden, in An Weser und Wiehen. Beiträge zur Ge-
5 BALZER 1999 ; Sveva GAI, Die karolingische Pfalzanlage. schichte und Kultur einer Landschaft. Festschrift für Wilhelm
Von der Dokumentation zur Rekonstruktion, in Deutsche Brepohl, V. Hans Nordsiek (éd.), Mindener Beiträge 20, Min-
Königspfalzen. Beiträge zu ihrer historischen und archäolo- den, 1983, p. 57-100.
gischen Forschung. « Splendor palatii », Neue Forschungen 10 Hans NORDSIEK, Karl der Große in Minden. Untersuchungen
zu Paderborn und anderen Pfalzen der Karolingerzeit, zu den schriftlichen Ersterwähnungen Mindens im Jahre 798,
Veröffentlichungen des Max-Planck-Instituts für Geschichte, in Mitteilungen des Mindener Geschichtsvereins, 69, 1997,
11/5, Göttingen, 2001, p. 71-100 ; Sveva GAI, Nouvelles don- p. 11-55 ; nouv. éd. dans Hans NORDSIEK, Vom Heerlager zur
nées sur le palais de Charlemagne et de ses successeurs à Hansestadt. Untersuchungen zu Mindener Geschichte 798-
Paderborn (Allemagne), in « Aux marches du palais ». Qu’est- 1648, Minden, 1998, p. 11-55.
ce qu’un palais médiéval ? Actes du VIIe Congrès internatio- 11 Thomas VOGTHERR, Osnabrück im frühen und hohen
nal d´Archéologie Médiévale, Le Mans-Mayenne, 9-11 sept. Mittelalter, in Geschichte der Stadt Osnabrück, G. Steinwascher
1999, Le Mans, 2001, p. 201-212 ; Sveva GAI, Die karolingis- (dir.), Belm, 2006, p. 61-86 ; Wolfgang Seegrün, Die Anfänge
che Pfalzanlage in Paderborn (776-1002). Vom militärischen des Bistums Osnabrück im Lichte neuerer Forschungen, in
Stützpunkt bis zum Bischofsitz, in Sulzbach und das Land zwi- Osnabrücker Mitteilungen 85, 1979, p. 25-48. Les informa-
schen Naab und Vils im frühen Mittelalter vor 1000 Jahren, tions qu’on a pu recueillir à partir des investigations archéo-
Kolloquiumsbeiträge Sulzbach-Rosenberg (13-14 juin 2002), logiques conduites sur le site au cours de ces trente dernières
Sulzbach-Rosenberg, 2003, p. 135-154. années sont plus riches que les données historiques fort rares.
6 Hans Jürgen Brandt & Karl Hengst, Das Bistum Paderborn Wolfgang SCHLÜTER, Die Siedlungsgeschichte vom frühen
im Mittelalter. Geschichte des Erzbistums Paderborn, vol. 1, Mittelalter bis zum Beginn des Spätmittelalters, in Geschichte
Paderborn, 2002. der Stadt Osnabrück, op. cit., p. 15-60.
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 189

Fig. 1. Carte des quatre diocèses de Saxe occidentale. État au XIe siècle (d’après Für Königtum und Himmelreich.
1000 Jahre Bischof Meinwerk von Paderborn, 2009, p. 203, réélaboré par S. Müller).
190 SVEVA GAI

Fig. 2. Osnabrück, plan de la ville entre le VIIIe et le XIe siècle (d’après Schlüter 1999, p. 397).
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 191

Du point de vue ecclésiastique, des conditions bien pré- l’archevêché de Cologne, la région de Münster à l’œuvre
cises étaient requises pour la fondation des diocèses dans du moine frison Ludger d’abord et ensuite, après la fon-
cette région où le christianisme n’avait aucune tradition. dation du siège épiscopal, à l’archevêché de Cologne, tout
Suivant le concile de Serdica édicté en 34212, l’élection d’un comme le Sauerland, la région montagneuse du Sud de la
évêque ne pouvait avoir lieu que dans un centre épiscopal ; Westphalie. Les quatre évêchés fondés à la ¿n du VIIIe ou
ces centres épiscopaux de diocèses ne pouvaient être éta- au début du IXe siècle exerçaient initialement leur pouvoir
blis que dans des civitates, c’est-à-dire des unités politiques spirituel sur un territoire modeste. Leur nucleus était re-
et administratives urbaines, occupant une position clé dans présenté par la cathédrale et le monastère, entourés d’un
l’organisation du territoire. Seules les civitates pouvaient enclos plus ou moins forti¿é, qu’on appelle « Domburg »,
accueillir le lieu de résidence d’un évêque et le centre de et ils différaient des lieux de résidence de la population.
l’administration religieuse du territoire : aut si qua talis et L’évêque était entouré d’un groupe de clercs chargés
tam populosa est quae mereatur habere episcopum13. de l’administration de l’évêché ou de services pastoraux
Comme il n’y avait pas de civitates en Saxe, il fallait à l’égard de la population du diocèse. Les religieux vi-
donc adapter les règles à une situation particulière, ce vaient tous sur la base d’une vita communis, partageant
qui fut rati¿é lors du concile de Francfort en 79414, juste des bâtiments à usage commun selon les règles de la vie
avant la fondation des évêchés qui nous intéressent. Au monastique. Toutefois, dans le courant du XIe siècle, dans
sein du clergé de Paderborn, l’auteur de la Translatio tous les diocèses, la vita communis disparaît comme en
Sancti Liborii, relatant à la ¿n du IXe siècle la fondation témoigne la destruction dans la topographie des domaines
de l’évêché, explique qu’en l’absence de villes dans les- de compétence des évêques et des chapitres canoniaux.
quelles – selon les anciennes dispositions – on pouvait C’est clairement perceptible à Osnabrück (¿g. 2) où l’on
fonder des diocèses, Charlemagne choisit des lieux qui, distingue désormais l’immunité du chapitre de la cathé-
par leurs conditions naturelles et grâce à la présence d’un drale (terminus claustri) de celle de l’évêque (terminus
nombre suf¿sant d’habitants, pouvaient bien s’adapter à atrii), avec en parallèle la séparation des biens fonciers de
cette fonction15. On choisit donc soit des centres de fon- l’évêque et du chapitre16. À Paderborn (¿g. 3), la division
dation militaire d’une certaine importance (c’est le cas de est très nette entre le cloître, siège du chapitre, situé au
Paderborn) soit des sites qui, en raison de leur position nord de la cathédrale, et la zone au sud-ouest de la cathé-
géographique et d’une population suf¿sante, pouvaient drale où l’évêque construit son palais.
être érigés en sièges épiscopaux. Dès la conquête de la On observe donc un changement au début du XIe siècle
Saxe au cours du VIIIe siècle, Charlemagne se préoccupa sous Henri II quand la sacralité des rapports Roi-évêque
d’organiser ces nouveaux territoires. Il implanta sur plu- devient un élément constitutif de la politique impériale,
sieurs sites aux marges de l’Empire de véritables centres les évêques acquérant un rôle fondamental auprès du Roi
de missions qui devinrent le noyau de futurs sièges épis- en tant que guides spirituels.
copaux rattachés aux évêchés préexistants : Paderborn et À partir du XIe siècle, les évêchés deviennent des lieux
son territoire furent reliés au diocèse de Mayence, la ré- de séjour privilégiés des rois qui depuis au moins l’épo-
gion de la Weser supérieure à celui de Fulda, Minden à que carolingienne gouvernaient de manière itinérante. Si à
l’époque carolingienne ce sont plutôt les palais royaux qui
assurent cette fonction d’hébergement (Gastung), par la
12 Concilium Serdicense c. 4, Cuthbert Hamilton Turner (éd.),
suite ce sont plutôt les complexes épiscopaux qui se prêtent
in Ecclesiae Occidentalis Monumenta Juris Antiquissimi I, 2, au servitium regis, et accueillent le souverain. Ils devaient
Oxford 1913, p. 459f. donc répondre aux conditions imposées par l’énorme dé-
13 Concilium Serdicense. BALZER 2006, p. 160, note 10. pense nécessaire pour l’hébergement du roi et de son es-
14 Capitolare Francofurtense c.22, Albert Werminghoff (éd.), corte pendant des périodes plus ou moins longues.
in Monumenta Germaniae Historica Concilia 2, 1, Hannover/
Leipzig, 1908, p. 168 : Quod non oporteat in villolis nec in vi- L’examen des sources écrites a permis depuis long-
cis episcopos ordinare. temps d’échafauder diverses hypothèses sur le développe-
15 quia civitates, in quibus more antiquo sedes episcopales con- ment de ces sites entre le début de l’époque carolingienne
stituerentur ; illi paenitus provinciae deerant, loca tamen ad hoc,
et le XIe siècle. Depuis peu, les recherches archéologiques
quae et naturali quadam excellentia et populi frequentia prae
ceteris oportuna videbantur, cf. Translatio sancti Liborii, Georg offrent une réponse différente aux questions qui se posent.
Heinrich Pertz (éd.), MGH SS 4, Hannover 1841, p. 150. Le Mais les fouilles sont ponctuelles, liées au hasard, et tou-
passage est cité d’après Volker DE VRY, Liborius, Brückenbauer chent souvent des espaces qui ne sont pas nécessairement
Europas. Die mittelalterlichen Viten und Translationsberichte, au centre des intérêts et des questionnements principaux.
Paderborn, 1997, c. 2, p. 189. Cette œuvre correspond à la narra-
tion du transfert des reliques de saint Liboire de la ville du Mans
jusqu’à Paderborn, en 836. Cet événement, ainsi que la trans-
lation d’autres corps de saints à la même époque dans d’autres 16 Wolfgang SCHLÜTER, Osnabrück in karolingisch-ottonischer
localités de notre région, renseigne sur les liens qui existaient Zeit, in 799. Kunst und Kultur der Karolingerzeit, op. cit.,
entre la Gaule et cette province lointaine de l’Empire. vol. 3, p. 394-400, en particulier p. 396.
192 SVEVA GAI

Fig. 3. Paderborn, plan de la ville au XIe siècle (conception : S. Spiong ; réalisation : O. Heilmann).
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 193

Les sources écrites sont précieuses à Paderborn, puisque pour laisser place au nouvel édi¿ce selon les sources de
nous disposons d’une biographie de l’évêque Meinwerk17, la ¿n du XIIIe et du début du XIVe siècle. Les travaux
même si sa rédaction est plus tardive et d’une série de archéologiques ont révélé au nord-ouest de la cathédrale
sources documentaires nous renseignant sur l’histoire du plus ancienne les fondations d’un grand bâtiment qui, en
site dès le règne de Charlemagne. raison de ses dimensions, avait sans doute une fonction
Pour Osnabrück, nous possédons la vita de l’évê- représentative. L’épaisseur des murs fait penser à un édi-
que Benno II (1068-1088)18, attesté comme architecte et ¿ce à au moins deux niveaux. Des deux côtés nord-est et
constructeur. Ce personnage était un ¿dèle du roi Henri IV nord-ouest se trouvaient de grandes fondations carrées que
qui joua à côté de l’empereur un rôle tout à fait particulier l’on peut interpréter comme les substructions de tourelles
pendant la Querelle des investitures. Les sources docu- d’escalier. Ce bâtiment, ou mieux ce complexe d’édi¿ces,
mentaires sont en revanche plus clairsemées. dont la fonction reste pour le moment à dé¿nir, faisait sans
Pour Münster, la vita Liudgeri fournit beaucoup d’in- doute partie de la résidence de l’évêque. Au complexe des
formations sur l’activité du moine, mais elle reste muette bâtiments épiscopaux appartenaient aussi les deux sépul-
sur la fondation de l’évêché. tures monumentales dégagées directement à l’est de la
Aucune source narrative n’est conservée pour Minden. fondation de la tour nord-occidentale.
Nos connaissances sur les palais épiscopaux, notam-
ment sur leur chronologie, sont, dans l’ensemble, très Münster
limitées, à l’exception de Paderborn où des recherches
archéologiques approfondies ont considérablement aug- L’arrivée du moine et missionnaire Liudger dans l’an-
menté nos connaissances. cienne Mimigernaford et la fondation du premier monas-
tère qui s’ensuivit en 792 marquèrent le début de l’existen-
ce du site de Münster (nom dérivé du mot monasterium)
LES TÉMOIGNAGES ARCHÉOLOGIQUES comme centre de mission et comme futur siège épiscopal20
(¿g. 4 et 5).
Osnabrück Aucun témoignage archéologique de l’époque de
Liudger n’a pu être reconnu au sein des bâtiments claus-
Les sources documentaires attestent la présence d’une traux21. Avec la fondation du diocèse, en 805, la commu-
résidence épiscopale aux XIIIe-XIVe siècles à Osnabrück nauté des moines et le chapitre de la cathédrale se séparent.
(¿g. 2). On suppose que dès la ¿n du IXe siècle, donc bien C’est probablement à cette époque que l’on construit les
avant l’interruption de la vita communis, une demeure premiers édi¿ces d’un cloître pour les chanoines séparés
épiscopale existait sur le côté nord de la cathédrale, entre du monastère. La fondation d’un véritable palais épisco-
celle-ci et la chapelle Saint-Paul, située dans l’aire dévolue pal, isolé des bâtiments destinés aux chanoines, semble
plus tard au chapitre19. Ce palais fut détruit au XIe siècle cependant avoir eu lieu seulement à une période quelque
peu postérieure, vers la ¿n du IXe siècle, quand l’évêque
abandonne le monastère et la vita communis22.
17 Vita Meinwerci episcopi Patherbrunnensis, in MGH SS rer. Au cours des fouilles conduites à plusieurs reprises
Germ. 59, Franz Tenckhoff (éd.), Hannover, 1921 (nouvelle dans les années 1950 et 1980 (¿g. 5), on a pu identi¿er
édition : Hannover, 1983) ; traduction : Klaus TERSTESSE, Das la fondation de différents murs sous le cloître actuel et
Leben des Bischofs Meinwerk von Paderborn. Erste deutsche
dans l’aire du cimetière des chanoines, qui appartenaient
Übersetzung der von Franz Tenckhoff 1921 herausgegebene
Vita Meinwerci, Paderborn 2001. Sur cette source, voir en-
core Guido BERNDT, Das Leben Bischof Meinwerks. Anlass
und Überlieferung der Vita Meinwerci, in Für Königtum und
Himmelreich. 1000 Jahre Bischof Meinwerk von Paderborn, rend des frühen und hohen Mittelalters, in Friedrich-Wilhelm
catalogue d’exposition Paderborn 2009, Regensburg, 2009, Wulf & Wolfgang Schlüter, Archäologische Denkmale in der
p. 246-253 et la récente nouvelle publication de la biographie Kreisfreien Stadt und im Landkreis Osnabrück, Materialhefte
de Meinwerk : Guido BERNDT (éd.), Vita Meinwerci episcopi zur Ur- und Frühgeschichte Niedersachsens, vol. 2, Hanovre,
Paderbrunnensis. Text, Übersetzung, Kommentar, Mittelalter- 2000, p. 74-87, ¿g. 1-2.
Studien, Paderborn, 2009. 20 Sur l’évolution du site de Mimigenarford, du centre saxon
18 Vita Bennonis II. Episcopi Osnabrugensis auctore Norberto à l’évêché carolingien, voir Otfried ELLGER, Mimigernaford.
abbate Iburgensi, Harry Breslau (éd.), MGH SS 30,2, Hannover, Von der sächsischen Siedlung zum karolingischen Bischofssitz
1934, p. 869-892 (nouv. éd. : Stuttgart-New York, 1964) ; tra- Münster, in 799- Kunst und Kultur der Karolingerzeit, op. cit.,
duction : Hatto KALLFELZ, Das Leben Bischof Bennos II. von p. 386-393.
Osnabrück, in Rudolf Buchner (éd.), Ausgewählte Quellen zur 21 Cf. PESCH 2005 ; KROKER 2007.
deutschen Geschichte des Mittelalters 22, Darmstadt, 1973, 22 Ces informations se fondent sur des sources d’archives, étu-
p. 363-441. diées et commentées dans les ouvrages d’Alois Schröer. Voir
19 Wolfgang SCHLÜTER, Osnabrück in karolingisch-ottonischer en particulier Alois SCHRÖER (éd.), Monasterium. Festschrift
Zeit, in 799. Kunst und Kultur der Karolingerzeit, op. cit., vol. 3, zum siebenhundertjährigen Weihegedächtnis des Paulus-Do-
p. 394-400 ; Wolfgang SCHLÜTER, Die Stadt Osnabrück wäh- mes zu Münster, Münster 1966.
194 SVEVA GAI

Fig. 4. Münster, plan des découvertes archéologiques au nord de la cathédrale (d’après Pesch 2005, p. 41).
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 195

Fig. 5. Münster, plan des fouilles de la cathédrale (d’après Pesch 2005, p. 48).

probablement à la zone occidentale de ce complexe de Minden


bâtiments. Aucune reconstitution ne peut être d’ailleurs
con¿rmée. Le mur qui court au nord du transept occidental Aucune information archéologique n’existe en revan-
de la cathédrale a été interprété, sur la base de la présence che sur les édi¿ces épiscopaux du siège de Minden. On
des niveaux de mortier correspondant au sol de fréquenta- a d’ailleurs observé que le site de Minden a connu un
tion de cet édi¿ce, comme le côté sud d’un grand bâtiment fort dynamisme architectural sous les épiscopats à partir
appartenant au complexe épiscopal. D’autres murs en fon- de la reconstruction de la cathédrale en 952. Cette phase
dations ont été identi¿és sous la cathédrale, datée de l’épo- d’expansion, commencée sous l’évêque Ebergis, s’acheva
que gothique. Leur interprétation ne laisse place à aucune sous son successeur Helmward, elle s’accompagna à la
hypothèse assurée. Celle d’une structure mise au jour dans ¿n du Xe siècle du déplacement du cloître des religieuses
l’aile occidentale du cloître actuel comme fondation d’une bénédictines – le monastère de Sainte-Marie – dans les
tour est encore plus problématique (¿g. 4). Les murs re- limites de la ville épiscopale, et de la fondation de l’église
trouvés ne permettent pas de restitution plausible du plan collégiale Saint-Martin sous l’évêque Sigebert entre 1022
du palais épiscopal, mais ils témoignent d’une activité de et 103623. Il s’agissait du développement topographique
construction en pierre assez précoce dans l’espace que
les sources identi¿ent comme lieu de la résidence épis-
copale. 23 Manfred BALZER, Westfälische Bischöfe des 10. und 11.
Jahrhunderts als Bauherren und Architekten, in BischöÀiches
Bauen im 11. Jahrhundert, Jörg Jarnut & Matthias Wemhoff (éd.),
MittelalterStudien 18, München 2009, p. 109-136, ici p. 111-116.
196 SVEVA GAI

et architectural de l’évêché de Minden opéré par le pou- véritables travaux programmés sur une période de plus de
voir spirituel. Les recherches archéologiques conduites 15 ans et constituèrent à l’époque un événement sensa-
autour de la cathédrale (¿g. 6) ont permis d’identi¿er un tionnel dans la recherche archéologique, qui en était en-
mur d’enceinte d’à peu près 2 m d’épaisseur, qui entou- core à ses débuts.
rait vers l’an mil le « Domburg », l’aire de l’immunité Les fouilles ont permis de mettre au jour les restes du
épiscopale, en la séparant de la ville. Sur le côté nord- palais carolingien fondé par Charlemagne en 77626. Pour la
ouest de la cathédrale on a découvert un grand bâtiment, période qui va du dernier quart du VIIIe siècle à l’an Mil,
mesurant 21,50 x 9 m, divisé en deux pièces : une grande on a pu y reconnaître les vestiges de l’aula et de ses an-
salle de représentation et une pièce plus petite à côté. La nexes (le palais royal) ainsi que d’un édi¿ce de culte (la
salle plus grande présentait aussi un aménagement pour chapelle palatine). Celle-ci est placée dans sa fondation
le chauffage. Sur le côté sud-ouest se trouvait encore un primitive au nord d’une église plus grande, l’église palati-
grand édi¿ce à caractère profane d’aspect monumental, de ne de la deuxième phase, qui deviendra ensuite cathédrale.
7 m de largeur pour 14 m de longueur, de fonction incon- Ce lieu, aux sources de la Pader, est choisi d’emblée pour
nue. On considère qu’il est possible de voir, au moins dans être un centre militaire forti¿é, jouant un rôle clé au cours
la pièce plus vaste du palais nord-ouest, ce qui reste de des phases de conquêtes de la Saxe. Ce caractère tout à fait
l’ancienne résidence épiscopale, mais sans aucun élément particulier lui donne dès l’origine une fonction de défense
pour le prouver. L’emplacement du palais épiscopal, relié des territoires conquis et lui offre la possibilité de résister à
au côté nord du massif occidental, ne peut pas être anté- plusieurs insurrections saxonnes. À une période de grande
rieur à la ¿n du XIIIe siècle24. Il est constitué d’une pièce Àoraison, liée aux règnes de Charlemagne puis de Louis
principale, de son agrandissement septentrional et, à partir le Pieux, pendant et après la conclusion des combats, suc-
du XVIe siècle, de l’édi¿ce dit « vieille cancellerie », qui cède une période moins signi¿cative pour les souverains,
s’y rajoute. pendant laquelle le diocèse se consolide et les évêques af-
¿rment leur pouvoir. Les attestations de séjour des souve-
Paderborn rains cessent dans la seconde moitié du IXe siècle.
L’évolution architecturale du complexe semble parti-
Dirigeons maintenant nos regards plus en détail sur le culièrement liée aux bâtiments constitutifs de l’église. Au
site de Paderborn, car les informations se fondent, dans cours du temps, l’ensemble entre progressivement dans un
ce cas, sur une étude directe et approfondie des travaux état de complète dépendance à l’égard de ces structures
archéologiques conduits dans les années 1960-1970. En ecclésiastiques.
effet, l’archéologue Wilhelm Winkelmann initia pendant Parmi les découvertes des phases plus anciennes, aucu-
l’après-guerre une campagne de recherche très étendue ne structure n’a pu être interprétée comme un espace des-
dans la grande aire s’étendant au nord de la cathédrale, tiné à l’évêque. Puisqu’à cette époque la séparation entre
site de deux palais royaux entre le VIIIe et le XIIe siècle évêque et chapitre n’est pas encore attestée, on suppose
(¿g. 7)25. Ces investigations s’étalèrent sous la forme de qu’il résidait avec les chanoines dans le monastère et qu’il
partageait avec eux les bâtiments situés autour du cloître.
Au début du XIe siècle, à l’apogée de l’Empire, quand
24 Pour un résumé sur la situation topographique du site de rois et évêques sont profondément unis et complémentai-
Minden, voir Elke TREUDE, Minden im frühen Mittelalter, in res dans leurs fonctions, Paderborn traverse une nouvelle
799- Kunst und Kultur der Karolingerzeit, op. cit., p. 380-385. période de splendeur.
25 Wilhelm WINKELMANN, Beiträge zur Frühgeschichte L’époque ottonienne et salienne est caractérisée par
Westfalens. Gesammelte Aufsätze von W. Winkelmann, une période d’intense activité édilitaire. C’est précisément
Veröffentlichungen der Altertumskommission für Westfalen
dans les décennies à la charnière du Xe et du XIe siècle que
8, Münster, 1990. En particulier cf. les articles suivants :
W. WINKELMANN, Der Schauplatz, in Karolus Magnus et
Leo Papa. Ein Paderborner Epos vom Jahre 799. (Studien
und Quellen zur westfälischen Geschichte 8), Paderborn,
1966, p. 101-107 ; W. WINKELMANN, Die Königspfalz und die ischer Geschichte, in Kaiserpfalz Paderborn, éd. par le vicariat
Bischofspfalz des 11. und 12. Jahrhunderts in Paderborn, in archiépiscopal de Paderborn en collaboration avec le chapit-
Frühmittelalterliche Studien 4, 1970, p. 398-415 ; réimprimé re métropolitain, Salzkotten, 1978, p. 34-45. Les résultats des
dans Beiträge zur Frühgeschichte Westfalens, Gesammelte travaux d’étude du matériel archéologique des phases carolin-
Aufsätze, Münster, 1990, p. 93-105 ; W. WINKELMANN, Die giennes du site sont publiés dans l’ouvrage déjà cité : GAI &
Frühgeschichte im Paderborner Land, in Führer zu vor- und MECKE, 2004.
frühgeschichtlichen Denkmälern 20 : Paderborner HochÀäche 26 Les sources offrent toute une série de dates bien précises
-Paderborn-Büren-Salzkotten, Mainz, 1971, p. 87-112 ; auxquelles il a été possible de relier les découvertes archéolo-
W. WINKELMANN, Est locus insignis, quo patra et lippa Àuentant. giques. Voir en particulier les textes des annales (MGH SS 1), le
Über die Ausgrabungen in den karolingischen und ottonischen texte littéraire de la Translatio Sancti Liborii (MGH SS 4) et la
Königspfalzen in Paderborn, in Château Gaillard. Etudes de chronique de Thietmar de Merseburg (Robert Holtzmann [éd.],
castellologie médiévale V, Colloque de Hindsgavl 1970, Caen, Die Chronik des Bischofs Thietmar von Merseburg, MGH SS
1972, p. 203-216 ; W. WINKELMANN, Im Schnittpunkt europä- rer. Germ. n.s. 9, édition de 1935 réimprimée, Munich, 1980).
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 197

Fig. 6. Minden, plan de la ville entre le VIIIe et le Xe siècle (d’après Treude 1999, p. 381, réélaboré par S. Müller).

les évêques ont l’initiative de la fondation de nouveaux Avec l’évêque Meinwerk, condisciple et ¿dèle du roi
monastères et églises collégiales non plus isolés en plein Henri II, Paderborn connaît donc une période active de
« désert », mais implantés à l’intérieur même des cités constructions qui marque aujourd’hui encore la topogra-
épiscopales. Les évêques dessinent alors une nouvelle to- phie du centre-ville28. Tout d’abord, Meinwerk fait ériger
pographie sacrale des villes, en intégrant les fondations
dans un plan d’ensemble symbolique précis27.
intentions symboliques, selon un dessein bien dé¿ni, qui pose
le rapport entre les églises à partir des signes de croix que cel-
27 Sur ce sujet voir Manfred BALZER, Westfälische Bischöfe des les-ci marquaient dans le plan des villes.
10. und 11. Jahrhunderts als Bauherren und Architekten, op. 28 La publication ¿nale des travaux sur les phases du XIe siècle est
cit., p. 109-136. Dans plusieurs cas, l’emplacement des églises en cours de préparation. On trouve des informations générales sur
à l’intérieur de la topographie urbaine semble répondre à des les résultats de cette étude dans les articles suivants : Sveva GAI,
198 SVEVA GAI

Fig. 7. Paderborn, plan des fouilles au nord de la cathédrale (conception : S. Gai ; réalisation : O. Heilmann).
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 199

dans le centre forti¿é – le « Domburg » – une nouvelle ca- entre autres, aux quatre angles de l’aula du palais royal,
thédrale à l’emplacement de la précédente (¿g. 8). Cette au nord de la cathédrale, et à ceux de la chapelle palatine
phase s’accompagne de la construction d’un nouvel éta- Saint-Barthélemy construite par Meinwerk, qui constitue
blissement royal placé plus au nord près du mur d’en- aujourd’hui l’un des bâtiments les plus importants et les
ceinte, d’une restructuration du monastère des chanoines mieux conservés de cette époque (¿g. 11). Cette chapelle
à l’est, et surtout de l’édi¿cation d’un palais épiscopal avait une fonction spéci¿que dans le cadre de cérémonies
au sud-ouest de l’église. Ce complexe, érigé au début du relatives au couronnement impérial - « unter der Krone
XIe siècle, survit jusqu’au XIIIe siècle. C’est donc à cette gehen » -, qui se déroulaient pendant les fêtes religieuses
époque que nous avons les premiers témoignages archéo- (Pâques, Noël et Pentecôte), lors du séjour du roi dans ce
logiques de la construction d’une véritable résidence pour lieu de résidence.
les évêques. L’extension complète du palais vers l’ouest n’est pas
Les ruines de l’ancien palais épiscopal bombardé en documentée. Des sondages réalisés avant ces travaux,
1945 occupaient encore cet emplacement, jusqu’au mi- dans les années 1950 (rue Saint-Michel et dans le jardin
lieu des années 1970. La municipalité y plani¿a alors la du palais Fürstenberg), avaient mis au jour des segments
construction d’un nouvel établissement destiné à abriter de murs dont l’identi¿cation restait incertaine. Les fouilles
le musée de l’archevêché et imposa la conduite d’une plus récentes ont permis d’interpréter les tronçons de mur
campagne de fouilles de sauvetage effectuée dans des anciennement dégagés par les sondages et de les relier
délais très courts. Les résultats en ont pâti, avec un man- en plan les uns aux autres. Cela a permis de voir que le
que de précision et d’attention porté aux données essen- bâtiment s’étendait à l’ouest jusqu’au mur d’enceinte
tielles, une documentation très lacunaire et la perte d’une de la forti¿cation carolingienne, restaurée à l’époque de
grande quantité d’informations. Toutefois il a été possi- Meinwerk, en gardant la même direction et qu’il atteignait
ble de relever un plan assez précis de la distribution des ainsi une longueur d’environ 60 m. Par ses dimensions,
bâtiments. l’édi¿ce peut être comparé à l’aula royale que l’évêque
Au sud-ouest de la cathédrale, précisément à l’ouest et Meinwerk ¿t rebâtir au nord de la cathédrale, vers les
au sud de la tour d’escalier méridionale de l’église, les sources de la Pader. Il répond donc très bien aux fonctions
fouilles ont dégagé la partie orientale d’un grand édi- requises de représentation.
¿ce (¿g. 8), dont le mur est s’étendait sur une longueur Les murs dégagés s’élèvent jusqu’à un mètre au-des-
de 13,20 m. Les murs septentrional et méridional étaient sus du ressaut de fondation ; ils appartiennent au premier
conservés sur une longueur de plus de 20 m. La datation édi¿ce fondé au début du XIe siècle. Le bloc de pierre an-
de ces murs est assurée par la présence, aux angles, de gulaire qui se trouve à l’angle nord-est ne semble pas être
blocs angulaires en pierre arénaire (¿g. 9 et 10), formant à sa place d’origine, ce qui laisse envisager des travaux de
une base à pro¿l vertical puis oblique, à laquelle se su- restauration, ou plutôt des reprises, à présent très dif¿ciles
perpose une grande pierre cubique, maçonnée, présen- à préciser, vu les lacunes de la documentation.
tant les mêmes traces de taille. Ce type de bloc d’angle Aucun niveau de fréquentation relatif aux phases les
est caractéristique d’autres bâtiments attribués à l’évêque plus anciennes n’a pu être identi¿é à l’intérieur du bâti-
Meinwerk29. Le même type de pierre taillée a été retrouvé, ment. On se demande s’il y avait dans le palais des pave-
ments comparables à ceux retrouvés dans d’autres églises
et chapelles construites par Meinwerk (¿g. 12)30. Le type
de pavements en opus sectile constitue un autre aspect
Zu Rekonstruktion und Zeitstellung der spätottonischen Pfalz in caractéristique de l’architecture de cet évêque : tous les
Paderborn, in Deutsche Königspfalzen. Beiträge zu ihrer histori-
schen und archäologischen Forschung. Zentren herrschaftlicher fragments mis au jour (surtout pendant les fouilles de la
Repräsentation im Hochmittelalter. Geschichte, Architektur und cathédrale et de la chapelle située au sein du cloître des
Zeremoniell, Veröffentlichungen des Max-Planck-Instituts für chanoines) présentent des décors géométriques, réali-
Geschichte, 11/7, Göttingen, 2007, p. 121-150 ; Sveva GAI, Zur sés en très ¿nes dalles de pierre calcaire et d’ardoise, un
Bautätigkeit Bischof Meinwerks von Paderborn (1009-1036). Die opus sectile proche d’autres exemples contemporains en
ottonisch-salische Pfalzanlage, Actes du congrès BischöÀiches
Bauen im 11. und 12. Jahrhundert – Paderborn, Mai 2005, Allemagne31. Une parenté étroite peut être établie avec
MittelalterStudien des IEMANs, Munich, 2009, p. 153-171 ; en
dernier lieu Sveva GAI & Sven SPIONG, Großbaustelle Paderborn.
Der Bischofssitz im frühen 11. Jahrhundert, in Für Königtum 30 Les fragments les plus importants par leurs dimensions et la
und Himmelreich. 1000 Jahre Bischof Meinwerk von Paderborn, variété des solutions décoratives ont été retrouvés pendant les
op. cit., p. 238-243. fouilles de la cathédrale. Cf. Uwe Lobbedey, Die Ausgrabungen
29 Une étude sur les bâtiments de Meinwerk, aux résultats im Dom zu Paderborn 1978/80 und 1983, DenkmalpÀege und
toujours valables, a été conduite par Gabriele MIETKE, Die Forschung in Westfalen, 4 vol., Habelt, Bonn, 1986, en parti-
Bautätigkeit Bischof Meinwerks von Paderborn, Paderborner culier vol. 1, p. 56-58. Voir aussi le pavement retrouvé dans la
theologische Studien, Paderborn 1991. L’auteur examine, entre chapelle du cloître des chanoines, Gai & Mecke 2004, vol. 1,
autres, la forme et la fonction de cet élément caractéristique de p. 509-514.
l’architecture de Meinwerk. 31 Pour une vision d’ensemble de ce type de pavement, cf.
200 SVEVA GAI

Fig. 8. Paderborn, plan du « Domburg » à l’époque de l’évêque Meinwerk (début du XIe siècle)
(conception : S. Gai ; réalisation : O. Heilmann).

le morceau de pavement retrouvé dans la cathédrale de Entre ce bâtiment et la tourelle sud de la cathédrale on a
Magdebourg, combinant hexagones et carrés en pierre cal- dégagé d’autres maçonneries dont les fondations recoupent
caire et en ardoise et qui date de la même période32. les murs carolingiens plus anciens (¿g. 8). Le premier seg-
ment de mur suit une direction nord/sud sur 12 m de longueur.
Avant de toucher le grand édi¿ce rectangulaire, le mur vire à
angle droit vers l’est sur 6,50 m, et repart de là encore une fois
Hiltrud KIER, Der mittelalterliche Schmuckfußboden, unter be-
sonderer Berücksichtigung des Rheinlandes, Düsseldorf, 1970. vers le sud, presque parallèlement au côté oriental de l’aula
Voir aussi le morceau de pavement provenant de la cathédrale épiscopale, puis il est recoupé par une structure carrée, pro-
de Minden : Roland PIEPER, Stadt Minden, Altstat 1. Der Dom- bablement des latrines de la ¿n du Moyen Âge. Les données
bezirk, 2 vol., Roland Pieper & Anna Beatriz Chadour-Samp- stratigraphiques, presque inexistantes, ne permettent pas de
son (dir.), Bau- und Kunstdenkmäler von Westfalen, 50.II.1.1- dater ces vestiges que l’on pourrait tout à fait situer dans la
2, Essen, 1998-2000, p. 476-477.
première moitié du XIe siècle. Il est effectivement bien possi-
32 Ernst SCHUBERT, Der ottonische Dom in Magdeburg. Die
ble que les salles délimitées par ces murs aient fait partie du
Umbauten der ersten Hälfte des 11. Jahrhunderts nach den li-
terarischen Quellen, in Zeitschrift für Archäologie 16, 1982, palais épiscopal et de ses annexes, car elles suivent parfaite-
p. 211-220 ; Ernst SCHUBERT, Der Magdeburger Dom, Leipzig, ment l’orientation du grand édi¿ce, ou bien qu’elles soient
1984 ; Rainer Kuhn, Die ottonische Kirche am Magdeburger
Domplatz. Baubefunde und stratigraphischen Verhältnisse
der Grabungsergebnisse 2001-2003, in Rainer Kuhn, Heiko
Brandl, Leonhard Helten, Franz Jäger, Aufgedeckt, Ein neu- Magdeburger Dom. In : Rainer Kuhn et al., Aufgedeckt II.
er ottonischer Kirchenbau am Magdeburger Domplatz. Arch. Forschungsgrabungen am Magdeburger Dom 2006-2009,
Sachsen-Anhalt, Sonderband 3, Harald Meller und Wolfgang Archäologie in Sachsen-Anhalt, Sonderband 13, Harald Meller,
Schenkluhn (dir.), Halle [Saale], 2005, p. 9-49, cfr. p. 32, Wolfgang Schenkluhn & Boje Schmuhl (dir.), 2009, p. 31-86,
Fig. 46 et 47 ; Rainer Kuhn, Die Vorgängerbauten unter dem cf. p. 53, Fig. 34 et p. 69.
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 201

Fig. 9. Paderborn, palais épiscopal vu du nord-ouest


(photo LWL).

Fig. 10. Paderborn, palais épiscopal vu du sud-est


(photo LWL).

Fig. 12. Paderborn, vestiges du pavement du XIe siècle,


Fig. 11. Paderborn, chapelle Saint-Barthélèmy ; à noter les pier- provenant de la cathédrale de l’évêque Meinwerk
res d’angle (photo LWL). (photo LWL-Archäologie für Westfalen).
202 SVEVA GAI

postérieures mais en connexion avec l’édi¿ce encore existant. ri pavimento veteris pallacii supra portam. Par ailleurs, à
Heureusement nous disposons pour cette époque d’une l’époque de la rédaction de ce document, la chapelle avait
source écrite assez détaillée, la vita Meinwerci, biographie déjà disparu à la suite d’un incendie (per incendium tota-
de l’évêque, que Honselmann suppose avoir été écrite à peu liter dissipata). La localisation de cette chapelle dans une
près 150 ans après sa mort par Conrad, abbé du monastère position surélevée pourrait être con¿rmée par l’absence de
bénédictin d’Abdinghof (entre 1142 et 1173)33. Cette source structures de fondations parmi les murs identi¿és, et donc
contient, à côté de formules d’usage, une description assez par l’absence de toutes traces au niveau du sol.
détaillée des bâtiments. En utilisant les anecdotes qui abon- La partie représentative du palais qui s’offrait à la vue
dent on peut en tirer des informations signi¿catives sur des s’ouvrait sur le côté sud vers l’extérieur du bourg. Du côté
détails architecturaux et topographiques. On nous apprend méridional s’effectuait aussi l’accès à la cathédrale par les
aussi que l’évêque ¿t ériger un palais épiscopal, une domum ¿dèles. De cette manière, les deux édi¿ces, palais épisco-
episcopalem ex novo, donc à partir de ses fondations. Le pa- pal au sud et palais royal au nord, encadraient une grande
lais nommé par la source a été identi¿é lors des découvertes place entourée par des murs de forti¿cation attestés par
archéologiques comme le grand bâtiment déjà décrit au sud- l’archéologie, là où les bâtiments mêmes ne suf¿saient pas
ouest de la cathédrale. La présence de deux pierres angulaires, à préserver le caractère enclos du bourg. Cet espace cen-
dont une au moins est encore en place, s’insère bien parmi les tral s’adaptait bien à la célébration de cérémonies repré-
constructions du début XIe siècle liées à cet évêque. sentatives de la cour, du roi et de l’Église (¿g. 13).
Cette source mentionne encore la présence d’une domus L’archéologie n’offre pas non plus de preuves suf¿san-
superior aestivalis, donc d’un premier étage, et d’une domus tes pour témoigner de la présence d’édi¿ces de service
hiemalis que l’on a interprétée comme un rez-de-chaussée. annexés au palais de représentation. Un faible indice est
La source cite également la présence d’une loge (lobium), offert par un angle de mur situé au nord-ouest de l’ensem-
c’est-à-dire d’une sorte de galerie ouverte au premier étage, ble, qui autorise la restitution d’un grand bâtiment rectan-
d’où l’évêque, stans in lobio domus episcopalis, dirigeait gulaire. Ces restes peuvent être datés grâce à leur position
son regard vers l’extérieur. Le palais épiscopal était doté stratigraphique du début du XIe siècle. On pourrait les in-
de deux chapelles, dont l’une était située in transitu, ce qui terpréter comme le marstabulum (les écuries).
permet d’avancer l’hypothèse qu’elle se trouvait au premier La vita Meinwerci dans sa description de la topographie du
étage, au-dessus d’un passage traversant le palais et qui, de- monastère d’Abdinghof situé à l’ouest du bourg-cathédral et
puis le sud, menait à l’intérieur du bourg forti¿é, autrement des limites de son immunité, précise le tracé droit de la route
dit à l’intérieur de l’immunité ecclésiastique. Pour l’autre vers la cité jusqu’à la cuisine de l’évêque : a via publica, qua
chapelle, la vita Meinwerci donne aussi la dédicace et la in urbem iter est rectum, usque in coquinam episcopi. On
positionne devant l’église « una super columnas facta in peut donc suggérer, à titre d’hypothèse, que les cuisines se
honore sanctorum Primi et Feliciani ante ecclesiam princi- trouvaient du côté occidental, le long du mur d’enceinte et
palem ». À titre d’hypothèse, on pense pouvoir placer cette détachées du palais pour des raisons de sécurité.
chapelle à côté de l’angle sud-ouest de la cathédrale, près de Une reprise des recherches archéologiques a été pro-
l’entrée méridionale de l’église réservée aux ¿dèles. grammée dans le courant de l’année 2009, dans le cadre
Une autre source importante pour le palais épiscopal des célébrations pour le millénaire du sacre épiscopal de
est un contrat de 133634 par lequel l’évêque Bernhard de Meinwerk. La présence à l’emplacement du palais épisco-
Paderborn offre au chapitre, pour la construction des mai- pal des puissantes fondations du Musée - ErzbischöÀiches
sons canoniales, le terrain situé entre la cathédrale et l’im- Diözesanmuseum - qui ont tout détruit, et de structures en
munité du monastère d’Abdinghof, con¿nant directement béton, a hélas interdit de conduire de nouvelles fouilles.
à l’ouest avec le bourg forti¿é autour de la cathédrale. Il Le musée englobe toutefois au niveau des caves une série
s’agit de l’emplacement du palais épiscopal, qui à cette épo- de pièces très anciennes, mises au jour pendant les fouilles,
que était en ruine et qui, désaffecté par les évêques, avait aujourd’hui utilisées comme « chambre du trésor » (¿g. 14).
perdu ses fonctions. Dans cette source, la deuxième chapel- Sur ces salles, on ne dispose d’aucune documentation dé-
le (celle de Primus et Félicien) n’est plus mentionnée – sans taillée réalisée pendant la fouille ou lors de la construction
doute n’était-elle plus visible – tandis que pour l’autre on du nouvel édi¿ce. On peut poser toute une série de ques-
rappelle la titulature aux onze mille vierges, in honore sanc- tions sur les dispositions architecturales, sans qu’il soit
tarum undecim milium virginum. Elle est située in superio- possible d’y apporter des réponses certaines.
Il s’agit très probablement de réfections qui se sont dé-
roulées postérieurement à l’utilisation de l’édi¿ce comme
33 Karl HONSELMANN, Der Autor der Vita Meinwerci, vermut- palais épiscopal. On sait par les sources qu’après son aban-
lich Abt Konrad von Abdinghof, in Westfälische Zeitschrift 114, don, dans le courant du XIVe siècle, les structures laissent la
1964, p. 349-352. place à des édi¿ces d’habitation destinés au clergé, en englo-
34 Ch. SPANCKEN, Eine für die ältere Topographie der Stadt bant les éléments préexistants, comme c’est le cas aussi pour
Paderborn wichtige Urkunde, in Zeitschrift für vaterländische les murs du palais royal, du côté septentrional. Les deux
Geschichte und Alterthumskunde Westfalens 56, 1898, p. 176-180.
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 203

Fig. 13. Paderborn, restitution en 3D du « Domburg » de Paderborn au XIe siècle (LWL-Archäologie für Westfalen. Conception : S. Gai ;
réalisation : Archimedix – Möckl, Munzel GbR).

chambres présentent deux niveaux de sols différents : plus peut sans doute exclure que le palais épiscopal ait été réalisé,
profond dans la première chambre (¿g. 14), il remonte sui- dans le même délai, avec un déploiement de forces et des
vant une petite rampe (réalisée lors de l’édi¿cation du musée moyens supérieurs par rapport au palais royal, en adoptant
pour l’accès aux handicapés) et donne accès à la deuxième des solutions architectoniques plus avancées. Les niveaux
salle (¿g. 15). Celle-ci, de dimensions plus petites, présente reconstruits dans les deux pièces, ainsi que leurs voûtes,
une voûte très basse. Vu leur niveau, les encastrements de traduisent donc la situation des édi¿ces plus tardifs, qui ne
poutres conservés dans les parois de la première chambre furent édi¿és sur les fondations du palais de Meinwerk qu’à
semblent plutôt devoir être mis en relation avec un niveau de partir du XIVe ou du XVe siècle.
plancher non conservé, plus bas que le sol actuel. La pierre Il n’est pas possible de répondre de manière concrète
d’angle visible sur la paroi extérieure de la plus grande piè- et satisfaisante à toutes ces interrogations posées par les
ce, à côté de l’escalier qui mène aux caves, marque l’angle données aujourd’hui encore visibles. Pour ce faire, des re-
externe sud-est du palais. La position de ce bloc mouluré cherches sur le bâti ainsi que des sondages archéologiques
souligne le niveau du sol à l’extérieur du palais, dont la cote ciblés seraient indispensables.
devrait correspondre au niveau du début du XIe siècle attesté
par les fouilles, en tenant compte de la pente vers le nord qui À partir de l’époque carolingienne l’apparition d’édi-
caractérise la topographie de cet espace. Le sol des deux piè- ¿ces en pierre dans la région concernée marque le début
ces se trouve donc à un niveau beaucoup plus bas qu’à l’ori- d’une nouvelle phase : l’architecture, jusque-là caractéri-
gine. Une comparaison avec l’architecture de l’aula royale, sée par des constructions en bois, subit de profonds chan-
contemporaine du palais épiscopal, pousse à considérer, pour gements. Mais, encore au XIe siècle, à côté des églises,
ce dernier, un parti architectural analogue, c’est-à-dire un seuls les palais représentatifs du pouvoir vont être édi¿és
premier étage surélevé et un rez-de-chaussée à demi enterré, en pierre : les résidences impériales et – à partir du mo-
constituant le niveau des caves et des pièces de service. On ment où les évêques établissent leur pouvoir – les rési-
204 SVEVA GAI

dences épiscopales. Nous en avons la preuve à Paderborn proprement dite dans le sens plus moderne de ce terme.
où les témoignages de la présence d’une importante car-
rière pour extraire les pierres nécessaires à la construc-
tion des bâtiments du XIe siècle ont été dégagés par les
fouilles archéologiques35. Le choix des lieux de fondation
des évêchés ne dépend pas directement des dispositions
ecclésiastiques, il est plutôt lié aux caractères géographi-
ques et morphologiques du territoire : absence de grands
habitats, présence de sites très dispersés, à vocation agri-
cole, très peu de regroupements de population considérés
comme des villages ou des centres habités. On adapte
les intentions à la situation existante. Pour la localisation
concrète des nouveaux sièges épiscopaux, on choisit des
lieux déserts, offrant d’énormes possibilités de dévelop-
pement. Un élément nouveau est constitué par le choix
des lieux qui présentaient, du point de vue de la situation
naturelle et géographique, des conditions optimales pour
le déploiement de ces nouveaux centres, c’est-à-dire la
proximité immédiate de sources d’eau et d’importantes
voies de transmission et de connexion commerciales.
La fondation des diocèses est liée à la volonté du roi, qui
rend disponibles ses possessions territoriales indispensables
à leur réalisation. Toutefois, l’emplacement des diocèses
dans des sites forti¿és ne révèle pas un intérêt primordial.
Parmi ces quatre sites, seul Paderborn se présente d’emblée Fig. 14. Paderborn, première salle de la chambre du trésor à l’in-
comme un centre forti¿é, le seul pour lequel il est possible térieur du Musée diocésain (Photo S. Gai).
de con¿rmer l’existence d’une enceinte à partir d’une épo-
que aussi ancienne. Il s’agit pourtant d’un cas isolé, justi¿é
par le fait que Paderborn naquit comme palais royal à fonc-
tion militaire et stratégique. Les autres sièges épiscopaux ne
sont pas aménagés dans des sites déjà forti¿és et ils ne reçoi-
vent une enceinte qu’à partir de la ¿n du IXe ou du début du
Xe siècle, à la suite des incursions normandes et hongroises.
Au-delà des fonctions initiales purement religieuses, ces si-
tes deviennent progressivement des centres économiques et
d’échange, c’est le premier pas vers leur transformation en
villes. Ce sont ces changements et ces développements pu-
rement matériels qui engendrent, dès le début du XIe siècle,
une activité de construction très intense, mais les évêques
dirigent et déterminent toute activité constructive.
Le terme civitas signi¿e donc encore, et cela jusqu’au
XIIe siècle, bourg, site forti¿é autour de la cathédrale. C’est
dans un deuxième temps que les sources attestent l’emploi Fig. 15. Paderborn, deuxième salle, surélevée, avec l’accès sur la
du mot urbs, signi¿ant la forti¿cation autour de la cathé- droite (Photo S. Gai).
drale et autour des maisons épiscopales, lieu de l’immunité
ecclésiastique, tandis que civitas en vient à dé¿nir la ville

35 Andrea BULLA, Ausgewählte Kleinfunde aus Paderborn –


Ausgrabungen 2005/2008 „Kötterhagen/Grube“, in Archäologie
als Quelle der Stadtgeschichte, Martin Kroker & Sven Spiong
(ed.), MittelalterStudien, vol. 23, München, 2009, p. 77-87,
¿g. 2 ; Andrea BULLA, Marianne MOSER, Sven SPIONG, Die
archäologische Ausgrabung am Kötterhagen in Paderborn,
Heimatkundliche Schriftenreihe 38, (éd. Volksbank Paderborn-
Höxter-Detmold), Paderborn, 2007, en particulier ¿g. p. 2 ;
¿g. 6 p. 10 ; ¿g. 7 p. 11 ; ¿g. 8 p. 12.
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 205

SOURCES ÉCRITES – ottonisch-salische Bischofsstadt, in : J. JARNUT (dir.),


Paderborn. Geschichte der Stadt in ihrer Region, vol.1 :
Capitolare Francofurtense c.22, Albert Werminghoff Das Mittelalter. Bischofsherrschaft und Stadtgemeinde,
(éd.), in Monumenta Germaniae Historica Concilia 2, 1, Paderborn, 1999, p. 2-118.
Hanovre/Leipzig 1908, p. 168.
BALZER 2006
Concilium Serdicense c. 4, ed. Cuthbert Hamilton Tur- Manfred BALZER, Siedlungs- und Besitzvoraussetzungen
ner (éd.), in Ecclesiae Occidentalis Monumenta Iuris An- für die Gründung von Bischofssitzen im westlichen
tiquissimi I, 2, Oxford 1913, p. 459f. Sachsen, in Westfalen 84, 2006, p. 159-194.

Translatio sancti Liborii, Georg Heinrich Pertz (éd.), BALZER 2009


MGH SS 4. Manfred BALZER, Westfälische Bischöfe des 10. und
11. Jahrhunderts als Bauherren und Architekten, in
Thietmar de Merseburg BischöÀiches Bauen im 11. Jahrhundert, Jörg Jarnut &
Robert Holtzmann (éd.), Die Chronik des Bischofs Matthias Wemhoff (éd.), MittelalterStudien 18, Munich,
Thietmar von Merseburg, MGH SS rer. Germ. n.s. 9, édi- 2009, p. 109-136.
tion de 1935 réimprimée, Munich, 1980.
BERNDT 2009
Vita Bennonis Guido BERNDT, Das Leben Bischof Meinwerks. Anlass
Vita Bennonis II. Episcopi Osnabrugensis auctore und Überlieferung der Vita Meinwerci, in Für Königtum
Norberto abbate Iburgensi, Harry Breslau (éd.), MGH SS und Himmelreich. 1000 Jahre Bischof Meinwerk von
30,2, Hannover 1934, p. 869-892 (nouvelle édition : Stutt- Paderborn, catalogue d’exposition, Paderborn, 2009,
gart/New York, 1964). Regensburg 2009, p. 246-253.

Vita sancti Liudgeri BERNDT 2009a


Vita sancti Liudgeri auctore Altfrido, ed. Wilhelm Guido BERNDT (éd.), Vita Meinwerci episcopi Pader-
Diekamp, dans : Die Geschichtsquellen des Bistums brunnensis. Text, Übersetzung, Kommentar. Mittelalter-
Münster, vol. 4, Die Vitae sancti Liudgeri, Münster, Studien, Paderbon, 2009.
1881, I, 23.
BRANDT/HENGST 2002
Vita Meinwerci Hans Jürgen BRANDT & Karl HENGST, Das Bistum
Vita Meinwerci episcopi Patherbrunnensis, in MGH Paderborn in Mittelalter. Geschichte des Erzbistums
SS rer. Germ. 59, Franz Tenckhoff (éd.). Hannover 1921 Paderborn, vol.1, Paderborn, 2002.
(nouvelle édition : Hanovre, 1983).
BULLA 2009
Andrea BULLA, Ausgewählte Kleinfunde aus Paderborn
BIBLIOGRAPHIE – Ausgrabungen 2005/2008 Kötterhagen/Grube, in Ar-
chäologie als Quelle der Stadtgeschichte, Martin Kroker
BALZER 1979 & Sven Spiong (éd.), MittelalterStudien, vol. 23, Munich,
Manfred BALZER, Paderborn als karolingischer 2009, p. 77-87, ¿g. 2.
Pfalzort, in Deutsche Königspfalzen. Beiträge zu ihrer
archäologischen und historischen Erforschung, vol. 3. BULLA et al. 2007
Veröffentlichung des Max Plank- Instituts für Geschichte Andrea BULLA, Marianne MOSER, Sven SPIONG, Die ar-
11/3. Göttingen, 1979, p. 9-85. chäologische Ausgrabung am Kötterhagen in Paderborn.
Heimatkundliche Schriftenreihe 38, (éd. Volksbank Pader-
BALZER 1999 born-Höxter-Detmold), Paderborn, 2007.
Manfred BALZER, Paderborn. Zentralort der Karolinger
im Sachsen des späten 8. und frühen 9. Jahrhunderts, in DE VRY 1997
799. Kunst und Kultur der Karolingerzeit. Karl der Große Volker DE VRY, Liborius, Brückenbauer Europas.
und Papst Leo III. in Paderborn, catalogue d’exposition Die mittelalterlichen Viten und Translationsberichte,
Paderborn, vol. 1, Mainz, 1999, p. 116-123. Paderborn, 1997.

BALZER 1999a ELLGER 1999


Manfred BALZER, Paderborn im frühen Mittelalter Otfried ELLGER, Mimigernaford. Von der sächsischen
(776-1050) : Sächsische Siedlung – Karolingische Pfalzort Siedlung zum karolingischen Bischofssitz Münster, in 799-
206 SVEVA GAI

Kunst und Kultur der Karolingerzeit. Karl der Große und GAI/MECKE 2004
Papst Leo der III. in Paderborn, catalogue d’exposition Sveva GAI & Birgit MECKE, « Est locus insignis… » Die
Paderborn, 1999, Mainz, 1999, p. 386-393. Pfalz Karls des Großen in Paderborn und ihre bauliche
Entwicklung bis zum Jahre 1002, DenkmalpÀege und
FREISE 1983 Forschung in Westfalen 40.2, 2 vol., Mainz, 2004.
Eckhard FREISE, Die Sachsenmission Karls des Großen
und die Anfänge des Bistums Minden, in An Weser und GAI/SPIONG 2009
Wiehen. Beiträge zur Geschichte und Kultur einer Sveva GAI & Sven SPIONG, Großbaustelle Paderborn.
Landschaft. Festschrift für Wilhelm Brepohl, V. Hans Der Bischofssitz im frühen 11. Jahrhundert, in „Für Kö-
Nordsiek (éd.), Mindener Beiträge 20. Minden, 1983, nigtum und Himmelreich. 1000 Jahre Bischof Meinwerk
p. 57-100. von Paderborn, catalogue d’exposition Paderborn 2009,
Regensburg, 2009.p. 238-243.
GAI 2001
Sveva GAI, Die karolingische Pfalzanlage. Von GUSSONE 2005
der Dokumentation zur Rekonstruktion, in Deutsche Nikolaus GUSSONE, Die Bischofsweihe Liudgers am 30.
Königspfalzen. Beiträge zu ihrer historischen und ar- März 805 in Köln, in 805, Liudger wird Bischof. Spuren
chäologischen Forschung. « Splendor palatii », Neue eines Heiligen zwischen York, Rom und Münster, Catalo-
Forschungen zu Paderborn und anderen Pfalzen der gue d’exposition Münster, Mainz, 2005, p. 121-129.
Karolingerzeit, Veröffentlichungen des Max-Planck-
Instituts für Geschichte, 11/5, Göttingen, p. 71-100. HONSELMANN 1964
Klemens HONSELMANN, Der Autor der Vita Meinwerci,
GAI 2001a vermutlich Abt Konrad von Abdinghof, in Westfälische
Sveva GAI, Nouvelles données sur le palais de Zeitschrift 114, 1964, p. 349-352.
Charlemagne et de ses successeurs à Paderborn
(Allemagne), in : « Aux marches du palais » Qu´est-ce- HONSELMANN 1984
qu´un palais médiéval ?, Actes du VIIe Congrès interna- Klemens HONSELMANN, Die Bistumsgründungen in
tional d´Archéologie Médiévale, Le Mans-Mayenne 9-11 Sachsen unter Karl dem Großen, mit einem Ausblick auf
sept. 1999, Publication du LHAM, Université du Maine, spätere Bistumsgründungen und einem Exkurs zur Über-
2001, p. 201-212. nahme der christlichen Zeitrechnung im frühmittelalterli-
chen Sachsen, in Archiv für Diplomatik 30, 1984, p. 1-50.
GAI 2003
Sveva GAI, Die karolingische Pfalzanlage in KALLFELZ 1973
Paderborn (776-1002). Vom militärischen Stützpunkt Hatto KALLFELZ, Das Leben Bischof Bennos II. von Os-
bis zum Bischofsitz, in Sulzbach und das Land zwischen nabrück, in Rudolf Buchner (éd.), Ausgewählte Quellen
Naab und Vils im frühen Mittelalter vor 1000 Jahre, zur deutschen Geschichte des Mittelalters 22, Darmstadt,
Kolloquiumsbeiträge Sulzbach-Rosenberg (13-14 juin 1973, p. 363-441.
2002), Sulzbach-Rosenberg, 2003, p. 135-154.
KIER 1970
GAI 2007 Hiltrud KIER, Der mittelalterliche Schmuckfußboden,
Sveva GAI, Zu Rekonstruktion und Zeitstellung unter besonderer Berücksichtigung des Rheinlandes, Düs-
der spätottonischen Pfalz in Paderborn, in Deutsche seldorf, 1970.
Königspfalzen. Beiträge zu ihrer historischen und
archäologischen Forschung. Zentren herrschaftli- KROKER 2007
cher Repräsentation im Hochmittelalter. Geschichte, Martin KROKER, Die Domburg. Archäologische Erge-
Architektur und Zeremoniell. Veröffentlichungen des bnisse zur Geschichte der Domimmunität vom 8. – 18.
Max-Planck-Instituts für Geschichte, 11/7. Göttingen, Jahrhundert, Der Dom zu Münster, DenkmalpÀege und
2007, p. 121-150. Forschung in Westfalen 26, 3 vol., Mainz, 2007.

GAI 2009 KUHN 2005


Sveva GAI, Zur Bautätigkeit Bischof Meinwerks Rainer KUHN, Die ottonische Kirche am Magdeburger
von Paderborn (1009-1036). Die ottonisch-salische Domplatz. Baubefunde und stratigraphischen Verhältnis-
Pfalzanlage, Actes du congrès BischöÀiches Bauen se der Grabungsergebnisse 2001-2003, in Rainer Kuhn,
im 11. und 12. Jahrhundert – Paderborn, Mai 2005, Heiko Brandl, Leonhard Helten, Franz Jäger, Aufgedeckt,
MittelalterStudien des IEMANs, Munich, 2009, p. 153- Ein neuer ottonischer Kirchenbau am Magdeburger Dom-
171. platz, Archäologie in Sachsen-Anhalt, Sonderband 3, Ha-
LES PALAIS ÉPISCOPAUX EN SAXE OCCIDENTALE AUTOUR DE L’AN MIL… 207

rald Meller & Wolfgang Schenkluhn (dir.), Halle (Saale), SCHIEFFER 2007
2005, p. 9-49. Rudolf SCHIEFFER, Karl der Große und die Einsetzung
der Bischöfe im Frankenreich, in Deutsches Archiv für Er-
KUHN 2009 forschung des Mittelalters 63, 2007, p. 453-467.
Rainer KUHN, Die Vorgängerbauten unter dem
Magdeburger Dom, in Rainer Kuhn et al., Aufgedeckt II. SCHLÜTER 1999
Forschungsgrabungen am Magdeburger Dom 2006-2009, Wolfgang SCHLÜTER, Osnabrück in karolingisch-otto-
Archäologie in Sachsen-Anhalt, Sonderband 13, Harald nischer Zeit, in 799. Kunst und Kultur der Karolingerzeit.
Meller, Wolfgang Schenkluhn & Boje Schmuhl (dir.), 2009, Karl der Große und Papst Leo III. in Paderborn, catalogue
p. 31-86. d’exposition, Paderborn, vol. 3, Mainz, 1999, p. 394-400.

JOHANEK 1999 SCHLÜTER 2000


Peter JOHANEK, Der Ausbau der sächsischen Kirchenor- Wolfgang SCHLÜTER, Die Stadt Osnabrück während
ganisation in 799. Kunst und Kulur der Karolingerzeit. des frühen und hohen Mittelalters, in Friedrich-Wilhelm
Karl der Große und Papst Leo III. in Paderborn, catalo- Wulf/Wolfgang Schlüter, Archäologische Denkmale in
gue d’exposition, Paderborn, vol. 2, Mainz, 1999, p. 494- der Kreisfreien Stadt und im Landkreis Osnabrück, Ma-
506. terialhefte zur Ur- und Frühgeschichte Niedersachsens,
vol. 2, Hanovre, 2000, p. 74-87, ¿g. 1-2.
LOBBEDEY 1986
Uwe LOBBEDEY, Die Ausgrabungen im Dom zu Pader- SCHLÜTER 2006
born 1978/1980 und 1983. DenkmlapÀege und Forschung Wolfgang SCHLÜTER, Die Siedlungsgeschichte vom
in Westfalen, 4 vol., Habelt, Bonn, 1986. frühen Mittelalter bis zum Beginn des Spätmittelalters, in
Geschichte der Stadt Osnabrück, G. Steinwascher (dir.),
MIETKE 1991 Belm, 2006, p. 15-60.
Gabriele MIETKE, Die Bautätigkeit Bischof Meinwerks
von Paderborn, Paderborner theologische Studien, SCHRÖER 1966
Paderborn, 1991. Alois SCHRÖER (éd.), Monasterium. Festschrift zum sie-
benhundertjährigen Weihegedächtnis des Paulus-Domes
NORDSIEK 1997 zu Münster ; Münster, 1966.
Hans NORDSIEK, Karl der Große in Minden. Untersu-
chungen zu den schriftlichen Ersterwähnungen Mindens SCHRÖER 1970
im Jahre 798, in Mitteilungen des Mindener Geschichts- Alois SCHRÖER, Das Datum der Bischofsweihe Liudgers
vereins, 69, 1997, p. 11-55 ; nouv. éd. dans Hans Nordsiek, von Münster, in Historisches Jahrbuch 76, 1957, p. 106-
Vom Heerlager zur Hansestadt. Untersuchungen zu Min- 117, nouv. éd. dans Walther Lammers (éd), Die Eingliede-
dener Geschichte 798-1648, Minden, 1998, p. 11-55. rung der Sachesen in das Frankenreich (Wege der Fors-
chung 185), Darmstadt, 1970, p. 347-364.
PESCH 2007
Alexandra PESCH, Das Domkloster. Archäologische und SCHUBERT 1982
historische Forschung zu Liudgers honestum monasterium Ernst SCHUBERT, Der ottonische Dom in Magdeburg.
in pago Sudergoe. Die Ausgrabungen 1936-1981 am Hors- Die Umbauten der ersten Hälfte des 11. Jahrhunderts
teberg in Münster, Der Dom zu Münster, DenkmalpÀege nach den literarischen Quellen, in Zeitschrift für Archäo-
und Forschung in Westfalen 26, vol. 4, Mainz, 2005. logie, 16, 1982, p. 211-220.

PIEPER 1998-2000 SCHUBERT 1984


Roland Pieper, Stadt Minden. Altstat 1. Der Dombezirk, Ernst SCHUBERT, Der Magdeburger Dom, Leipzig,
2 volumes, Roland Pieper & Anna Beatriz Chadour- 1984.
Sampson (dir.). Bau- und Kunstdenkmäler von Westfalen,
50.II.1.1-2, Essen, 1998-2000. SEEGRÜN 1979
Wolfgang SEEGRÜN, Die Anfänge des Bistums Osna-
SCHIEFFER 1992 brück im Lichte neuerer Forschungen, in Osnabrücker
Rudolf SCHIEFFER, Papsttum und Bistumsgründung im Mitteilungen 85, 1979, p. 25-48.
Frankenreich, in. Rosalius Josephus Castello Lara (éd.),
Studia in honorem eminentissimi cardinalis Alphonsi SPANCKEN 1898
M. Stickler, Studia et Textus Historiae Iuris Canonici 7, Ch. SPANCKEN, Eine für die ältere Topographie der
Rome, 1992, p. 517-528. Stadt Paderborn wichtige Urkunde, in Zeitschrift für va-
208

terländische Geschichte und Alterthumskunde Westfalens WINKELMANN 1970


56, 1898, p. 176-180. Wilhelm WINKELMANN, Die Königspfalz und die Bischofspfalz
des 11. und 12. Jahrhunderts in Paderborn, in : Frühmittelalter-
TERSTESSE 2001 liche Studien 4, 1970, p. 398-415.
Klaus TERSTESSE, Das Leben des Bischofs Meinwerk von Pa-
derborn. Erste deutsche Übersetzung der von Franz Tenckhoff WINKELMANN 1971
1921 herausgegebene Vita Meinwerci, Paderborn, 2001. Wilhelm WINKELMANN, Die Frühgeschichte im Paderborner
Land, in Führer zu vor- und frühgeschichtlichen Denkmälern
TREUDE 1999 20 : Paderborner HochÀäche -Paderborn-Büren-Salzkotten,
Elke TREUDE, Minden im frühen Mittelalter, in 799- Kunst Mainz, 1971, p. 87-112.
und Kultur der Karolingerzeit. Karl der Große und Papst Leo
der III. in Paderborn, catalogue d’exposition, Paderborn, 1999, WINKELMANN 1972
Mainz, 1999, p. 380-385. Wilhelm WINKELMANN, Est locus insignis, quo patra et lippa
Àuentant. Über die Ausgrabungen in den karolingischen und
VOGTHERR 2006 ottonischen Königspfalzen in Paderborn, in Château Gaillard.
Thomas VOGTHERR, Osnabrück im frühen und hohen Mittelal- Études de castellologie médiévale V. Colloque de Hindsgavl
ter, in Geschichte der Stadt Osnabrück, G. Steinwascher (dir.), 1970, Caen, 1972, p. 203-216.
Belm, 2006, p. 61-86.
WINKELMANN 1978
WILSCHEWSKI Wilhelm WINKELMANN, Im Schnittpunkt europäischer Ges-
Frank WILSCHEWSKI, Die karolingischen Bischofssitze des chichte, in Kaiserpfalz Paderborn, éd. par le vicariat archiépis-
sächsischen Stammesgebietes (bis 1200), Petersberg, 2007. copal de Paderporn en collaboration avec le chapitre métropoli-
tain, Salzkotten, 1978, p. 34-45.
WINKELMANN 1966
Wilhelm WINKELMANN, Der Schauplatz, in Karolus Magnus WINKELMANN 1990
et Leo Papa. Ein Paderborner Epos vom Jahre 799. (Studien Wilhelm Winkelmann, Beiträge zur Frühgeschichte Westfa-
und Quellen zur westfälischen Geschichte 8), Paderborn, 1966, lens. Gesammelte Aufsätze von W. Winkelmann. Veröffentlichun-
p. 101-107. gen der Altertumskommission für Westfalen 8, Münster, 1990.
209

Conclusions

JEAN GUYON,
CHRISTIAN SAPIN

Au terme de journées aussi riches, à la fois des sur Lérins auquel Y. Codou et M. Lauwers ont présidé à
communications de nos collègues et des débats auxquels Nice et dans l’île même en 20064. C’est de la même veine
elles ont donné lieu, le premier sentiment n’est pas que notre table ronde a participé, ce qui permet d’augurer
seulement la satisfaction, mais l’étonnement : comment se que la publication de ses actes recevra le même accueil
fait-il que le sujet dont nous nous sommes entretenus n’ait favorable que celle de ces rencontres.
pas fait l’objet plus tôt d’une rencontre au sein de notre Pour autant, ce n’en est pas ¿ni de ce dialogue entre
petit monde ? La réponse vient de nos débats mêmes : c’est médiévistes et antiquisants qui a tissé la trame de nos
qu’il n’est pas d’un abord si facile, tant les données en sont échanges car, comme ce fut déjà le cas à Lérins, les
souvent incertaines ou problématiques. En traiter était un organisateurs de notre table ronde ont souhaité qu’il
pari ; on ne peut donc que féliciter les organisateurs de soit poursuivi jusqu’au terme de notre rencontre. Pour
notre table ronde d’avoir osé relever le dé¿ et, plus encore, en présenter ce que l’on appelle communément des
d’avoir choisi pour ce faire de considérer le phénomène « conclusions », ils ont en effet demandé à Christian Sapin
sous le signe de la longue durée. Ce qui impliquait non de porter le regard sur ce que nos débats nous ont appris
seulement de réunir des archéologues médiévistes et du palais épiscopal médiéval et à moi-même de le tourner
antiquisants mais aussi de les convier à confronter l’apport vers ce qu’ils nous ont laissé entrevoir des domus ecclesiae
de leur expérience à celui des sources textuelles, donc de de l’Antiquité tardive. « Ce que nous avons appris » dans
conjuguer archéologie et histoire. un cas, « ce que l’on entrevoit » dans l’autre : les termes
L’initiative était bienvenue de nous convoquer à cet que je viens d’employer ne sont pas neutres. Ils trahissent
exercice doublement interdisciplinaire dont la fécondité une pointe d’envie pour le sort qui est échu à mon collègue
n’est plus à démontrer. Il répond en effet à un usage qui et ami car la tâche qui m’incombe est autrement ardue que
s’est heureusement répandu dans notre milieu depuis la sienne.
une bonne dizaine d’années. À ne retenir que quelques
rencontres auxquelles certains d’entre nous ont eu la
chance de participer, songer ainsi au colloque tenu en LES DOMUS ECCLESIAE DE L’ANTIQUITÉ TARDIVE
1999 sur Marseille, trames et paysage urbain de Gyptis
au roi René1 ; à celui organisé la même année à Auxerre En vérité, user du terme de « conclusion » à l’issue d’un
par Christian Sapin sur les Avant-nefs et espaces d’accueil colloque m’a toujours semblé étrange : comme s’il était
dans l’Église2 ; au colloque sur Saint-Victor réuni en 2004 possible de mettre un point ¿nal à des débats quand la
à Marseille à l’initiative de M. Fixot3 ou encore à celui recherche ne progresse que sur le mode inchoatif ! Mais la
chose vaut particulièrement à propos de ceux qui touchent
aux domus ecclesiae. Tant d’interrogations demeurent
1 M. Bouiron, H. Tréziny et alii éd., Marseille, trames et pay- en effet à l’issue de nos travaux qui ont été prodigues en
sage urbain de Gyptis au roi René, Actes du Colloque inter-
national d’archéologie, Marseille, 3-5 novembre 1999, Études
massaliètes, 7, Aix-en-Provence, 2001.
2 C. Sapin dir., Avant nefs et espaces d’accueil dans l’église en- quité tardive, 13, Turnhout, 2009.
tre le IVe et le XIIe siècle, Actes du Colloque international du 4 Y. Codou, M. Lauwers éd., Lérins, une île sainte de l’Antiquité
CNRS d’Auxerre, 17-20 juin 1999, Paris, 2002. au Moyen Âge, Actes du colloque international organisé par
3 M. Fixot, J.-P. Pelletier dir., Saint-Victor de Marseille – Études le CEPAM (Université de Nice - Sophia Antipolis — CNRS),
archéologiques et historiques, Actes du Colloque Saint-Victor Marseille, 21-23 juillet 2006, Collection d’études médiévales,
de Marseille, 18-20 novembre 2004, Bibliothèque de l’Anti- 9, Turnhout, 2010.
Des domus ecclesiae aux palais épiscopaux. éd. par Sylvie BALCON, François BARATTE, Jean-Pierre CAILLET et Dany SANDRON, Turnhout 2012,
(Bibliothèque de l’Antiquité Tardive, 23), pp. 209-215.
© FHG DOI 10.1484/M.BAT-EB.1.101300
210 JEAN GUYON ET CHRISTIAN SAPIN

appels à la prudence dans l’interprétation des données, à Angoulême ou Marseille. Passons sur la première
quand ils n’ont pas conclu à un constat de quasi-carence attestation, qui est pour louer l’évêque du lieu Maracharius
de la documentation, comme les communications de d’avoir « élevé et agencé avec beaucoup de vigilance des
F. Baratte sur l’Africa ou de J.-P. Caillet sur CariĀin Grad églises et des maisons pour ces églises »6 car elle ne fait
et d’autres episcopia du monde méditerranéen ! que con¿rmer ce que les statistiques de la Topographie
Mais, autant le souligner d’emblée, ces éléments aussi chrétienne laissaient déjà entrevoir : dès l’Antiquité,
sont à porter au crédit de notre rencontre. Quand elle l’érection d’une domus était un accompagnement
n’aurait servi qu’à cela – passer au crible la documentation quasiment obligé de toute fondation d’un édi¿ce de culte.
et faire à l’occasion table rase d’hypothèses douteuses Autre est le cas de Marseille où Grégoire de Tours peint des
qui encombrent les mémoires tout autant que les clercs mettant à pro¿t l’arrestation de l’évêque Théodore
bibliographies – elle n’aurait pas été inutile. Car cette par son irréconciliable adversaire, le patrice Dynamius,
œuvre critique dont on sait bien qu’elle est toujours à pour se ruer au pillage des « maisons de l’Église » : « ils
remettre sur le métier constitue un préalable indispensable inventorient les vases sacrés, ouvrent les coffres, pillent
à toute recherche. Il est heureux que nous ayons pu la voir les magasins, (…) fouillent les cachettes »7. Trésor, dépôt
appliquée à un domaine dont l’étude constitue un sujet d’archives, entrepôts, telles sont donc ces demeures au
« incontournable », comme dit le jargon d’aujourd’hui, total – ou tout à la fois, comment savoir ? Leur multiplicité
pour quiconque s’intéresse à l’histoire ancienne de l’Église paraît en tout cas trahir des acquisitions faites au ¿l du
ou à l’archéologie chrétienne. temps en fonction des opportunités foncières8, de sorte
qu’il est vraisemblable qu’au sein du décor urbain, elles
L’histoire d’abord, car les termes de domus ecclesiae ne se distinguaient en rien des demeures voisines.
reviennent fréquemment dans les textes dont les historiens À quoi s’opposent trait pour trait des créations ex
de l’Antiquité font leur pâture. À preuve l’index que l’on novo comme celle que nous fait connaître, un bon demi-
trouvera sous peu dans le tome XVI de la Topographie siècle plus tard, la Vita de Didier de Cahors. Elle loue
chrétienne des cités de la Gaule5. L’ouvrage étant encore en effet l’évêque d’avoir édi¿é « près de l’église-mère
en préparation, le dépouillement ne concerne pour deux demeures jumelles, toutes deux doubles (à étage ?),
l’instant qu’une soixantaine de villes sur la bonne centaine portées par des arcades, orientées diversement par leurs
de cités épiscopales que comptaient les Gaules, mais les fenêtres, contiguës par l’escalier, distinctes par leur
indications qu’il livre sont éclairantes. Dans près de 30 % position, bien faites pour être ensemble, associées par
de ces villes, les sources antiques mentionnent une domus les oratoires, ornées de pilastres et renforcées de pierres
ecclesiae ou une domus ecclesiastica et la proportion de taille, construites avec une admirable élévation et une
atteindrait presque 40 % si l’on prenait également en admirable disposition. Il les éleva sur le Àeuve Lot et
compte les domus dépourvues de ces quali¿cations mais prépara ainsi un remarquable et extraordinaire ensemble
que le contexte désigne sans ambiguïté comme résidence pour lui-même et ses successeurs. »9 De fait, comme en
de l’évêque.
Ces pourcentages peuvent paraître relativement
modestes, mais il n’en est rien si on les compare à ceux des
attestations de la cathédrale, l’ecclesia, que les sources ne 6 Grégoire de Tours, Historia Francorum, V, 36, éd. B. Krusch
et W. Levison, MGH, SRM, I, 1 (1951), p. 242, multum uigilan-
mentionnent que dans deux tiers des villes environ. Même ter uel ecclesias uel ecclesiae domos erigens et componens.
si l’achèvement de l’enquête peut conduire à corriger
7 Ibid., VI, 11, p. 280, Massiliensis clerici, gaudio magno repleti
ces évaluations, ce ne sera sans doute que de façon assez (…) domos ecclesiae adprehendunt, ministeria describunt, re-
marginale. On devra en déduire que dans le paysage mental gisturia reserant, prumptuaria expoliant et 282, clerici iterum
des hommes de l’Antiquité tardive comme dans leurs Massiliensis domus ecclesiae reserant, archana rimantur et
centres d’intérêt, la domus ecclesia occupait une place alia discribunt, alia suis domibus inferunt.
presque aussi importante que l’église épiscopale, symbole 8 Comme le cas s’est véri¿é fréquemment : ainsi à Clermont où
de l’Église locale en ce qu’elle était le lieu habituel de la petite résidence épiscopale originelle fut transformée en salle
d’audience (salutatorium) après l’entrée dans le patrimoine ec-
rassemblement des ¿dèles autour de leur évêque. clésiastique d’une vaste demeure – peut-être celle de Sidoine
Le mot existait donc et était fréquemment employé ; Apollinaire – qui ¿t dès lors of¿ce de palais épiscopal. Voir sur
savoir quelles réalités il recouvrait est une autre affaire. ce point TCCG, VI, 1989, p. 33 [F. Prévot].
D’autant qu’il apparaît quelquefois au pluriel, comme 9 Vita S. Desiderii (BHL 2143), 16, éd. B. Krusch, MGH, SRM,
IV, 1, p. 574, porro industria sua edi¿cauit et prope matrem ec-
clesiam domus geminas, utrasque duplas, arcubus libratas, fe-
nestris obliquas, scalis contiguas, conpendio congruas, socias
5 N. Gauthier, J.-Ch. Picard dir., puis N. Gauthier, B. Beaujard, oratoriis, ornatas antis quadrisque munitas, mirae magnitudi-
F. Prévot dir., Topographie chrétienne des cités de la Gaule nis miraeque dispositionis conpactas, quam super Oltis Àuuii
des origines au milieu du VIIIe siècle [citée désormais TCCG], extruens, praecipuum adque eximium post futuris conpendium
Paris, 1986 -… : 15 volumes parus qui couvrent l’ensemble des praeparauit. La traduction est celle de F. Prévot dans TCCG,
Gaules. VI, 1989, p. 62.
CONCLUSIONS 211

témoigne une anecdote rapportée d’autre part par la Vita10, visées de leurs auteurs peuvent être différentes selon les
l’une de ces maisons était sa résidence que le texte invite cas. Le propos des biographes de Césaire était d’exalter
à situer au chevet de la cathédrale qui domine le Lot, soit la vie monacale menée par leur héros jusque dans ses
à l’emplacement du palais épiscopal médiéval détruit par fonctions d’évêque tandis que celui du biographe de Didier
un incendie en 135011. est de célébrer sa grandeur au travers du « remarquable
Il est évidemment regrettable pour nous que l’auteur et extraordinaire » ensemble architectural – praecipuum
ne dise mot des affectations de ces deux édi¿ces autres adque eximium conpendium – qu’il avait légué à ses
que la résidence épiscopale et les oratoires qui lui étaient successeurs. À la différence de celle de Césaire, sa
attachés. Pour d’autres villes, il est heureusement des demeure était digne du notable qu’il entendait rester et nul
documents plus diserts comme la Vita de Césaire d’Arles. doute, même si cela n’est pas dit, qu’il y menait un train
L’un de ses auteurs nous apprend ainsi qu’il avait résidé de vie en conséquence. Tout comme Audoveus d’Angers
dans une cella située au rez-de-chaussée de la demeure à la génération précédente, dont la résidence adossée
épiscopale12 dans laquelle le saint évêque, qui avait lui- à la muraille antique n’avait rien à envier pour le point
même ses appartements à l’étage13, menait avec ses clercs de vue à celle de Didier en surplomb sur le Lot ; il y ¿t
une vie monastique jusque pour les repas accompagnés aménager – peut-être au-dessus d’une tour – un solarium
de lectures14 ; aussi l’accès en était-il interdit aux femmes, où il donnait des dîners suf¿samment arrosés pour qu’un
fussent-elles des religieuses ou de proches parentes15. Tout soir un de ses diacres, pris de boisson, ait trébuché dans
cela sans préjudice d’autres demeures dans la mouvance l’escalier d’accès et se soit écrasé au pied de l’enceinte
de la domus comme cette cella située « dans l’atrium de non sans avoir manqué de peu d’entraîner l’évêque dans
Saint-Étienne, à droite en entrant », que Césaire affecte sa chute18.
dans son testament au sous-diacre proviseur du monastère Inutile d’insister ; c’en est assez avec ces quelques
de femmes Saint-Jean tout proche16. Ou encore cette « très exemples pris un peu au hasard qui visaient seulement à
spacieuse maison » qu’il avait fait aménager pour les illustrer la variété de ce que sont dans les textes gaulois les
malades auprès de cette même cathédrale Saint-Étienne domus épiscopales de l’Antiquité tardive dont P. Liverani
a¿n que de leur lit, « ils puissent entendre l’of¿ce sans être et Cl. Rizzardi nous ont fourni, pour Rome et pour
gênés par le bruit comme à la basilique »17. Ravenne, des exemples autrement complexes et d’une tout
C’est dire combien les domus et leurs fonctions autre ampleur. Je me bornerai seulement à relever que dans
apparaissent diverses dans les textes. Cela d’autant que les les deux dernières résidences que j’ai évoquées, à Auxerre
et Cahors, sont déjà bien perceptibles les principales
caractéristiques que nous retrouverons d’ici peu pour les
10 Ibid., 18, p. 576, die quadam, dum uir beatus in unam ex palais médiévaux avec Christian Sapin.
aedibus quas super ipsam amnis ripam extruerat cumsederet,
etc.
Mais comment ne s’en tenir qu’aux textes quand
11 Voir sur ce point la notice « Cahors » de F. Prévot dans TCCG,
VI, 1989, p. 62. l’archéologie fournit, à propos de ces mêmes demeures
12 Vita S. Caesarii (BHL 1508-1509), II, 6, éd. B. Krusch,
de type aristocratique, un exemple de choix que nous
MGH, SRM, III, p. 485, cum de cella inferiore ubi manebam avons vu illustrer de belle manière dans la communication
foris egressus fuissem, etc. d’I. MatejĀiþ et P. Chevalier sur l’episcopium de PoreĀ ?
13 C’est à l’étage en effet qu’il reçoit des collègues dans l’épi- Cela parce que la récente construction dans cette ville d’une
scopat avant de descendre avec eux dans la cathédrale pour le nouvelle résidence épiscopale, plus adaptée aux usages
lucernaire : ibid., II, 16, p. 490, factum est ut quodam tempore du monde moderne, a permis de restaurer et, partant, de
quattuor aut quinque episcopi ei ad occursum uenirent, cum documenter très précisément le palais épiscopal antique
quibus ad lucenarium ad basilicam sancti Stephani descendit.
dont il apparaît qu’il est resté en usage pendant près d’un
14 Ibid., I, 62, p. 483, ad prandium uero et ad cenam mensae
suae sine cessatione cotidie legebatur, ut uterque interior exte- millénaire et demi sans que les transformations apportées
riorque homo satiatus refectione duplici laetatur. au ¿l du temps aient substantiellement affecté son
15 Ibid., mulieres tamen intra domum ecclesiae non ad salutan- ordonnance générale. Du coup, il est donné d’y véri¿er de
dum, non qualibet causa, nec religiosae nec propinquae ancil-
lae, nullo omnino feminarum introeundi habuit licentiam.
16 Césaire d’Arles, Œuvres monastiques I, éd. A. de Voguë et 18 Grégoire de Tours, Historia Francorum, X, 14, éd. citée,
J. Courreau, Sources chrétiennes 345, Paris, 1988, p. 386, hoc p. 500, factum est autem ut aedi¿carit super muros urbis so-
etiam precor, quatenus cellam, quam bonae memoriae Augustus larium, de quo, caenae epolo perfuncto, discendens manum
subdiaconus in atrio sancti Stephani euntibus parte dextra ha- super diaconum sustentabat, qui in tantum erat crapulatus a
buit, prouisoribus monasterii propter custodientiam illorum uino, ut uix uel ¿ngere gressum ualeret, puerumque qui praei-
famam domnus episcopus perpetuo dignetur iure concedre. bat cum lumine, nescio quid commotus, pugno ceruicem ferit.
17 Vita S. Caesarii, I, 20, éd. citée, p. 464, in¿rmis uero adprime Quo inpulso, cum se continere non potuisset, cum ipso impetu
consuluit subuenitque, eis et spatiosissimam deputauit domum, de muro praecipitatus, sudariumque episcopi, quod balteo de-
in qua sine strepitu aliquo basilicae opus sanctum possint pendebat, adripiens ; cum quo paene dilapsus fuerat, nisi pedes
audire. episcopi abba uelociter amplectisset.
212