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INTRODUCTION
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Au Mali, la justice administrative se résumait pendant long temps à


l’existence de la seule Section Administrative de la Cour Suprême sous l’empire
de la loi N°61-55/AN-RM du 15 Mai 1961 portant organisation judiciaire au
Mali dont le chapitre I était consacré à la Cour Suprême et de la loi N°65-2/AN-
RM du 13 Mai 1965 portant réorganisation de ladite Cour.

Une réforme significative fut introduite par la loi N°88-39/AN-RM


du 8 Février 1988 portant réorganisation judiciaire dont l’article 1er prévoyait
des Tribunaux Administratifs parmi les Cours et Tribunaux chargés de rendre la
justice en République du Mali.

Il a fallu attendre la loi N°94-006 du 18 Mars 1994 fixant


l’organisation et les modalités de fonctionnement des Tribunaux Administratifs
pour voir ces juridictions créer dans le ressort judiciaire des Cours d’Appel de
Kayes, Bamako et Mopti.

Au total, trois (3) Tribunaux Administratifs et la Section


Administrative de la Cour Suprême (qui est juge d’appel de droit commun de
toutes les décisions rendues en premier ressort par les Tribunaux Administratifs,
conformément à l’article 41 de la loi N°96-071 du 16 Décembre 1996 portant loi
organique fixant l’organisation, les règles de fonctionnement de la Cour
Suprême et la procédure suivie devant elle) se partagent l’ensemble du territoire
malien, soit en moyenne un Tribunal pour près de 400.000 km² et 3.000.000
d’habitants.

La création des Tribunaux Administratifs est consécutive à


l’avènement d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste dans notre pays à
partir des années 9O.

Il importe à l’époque, à l’instar de la Section Administrative de la


Cour Suprême, d’organiser un mécanisme de contrôle de la légalité ouvrant des
voies de droit aux administrés et permettant de sanctionner les illégalités
commises par les autorités administratives.

Ainsi, des textes sur l’organisation, le fonctionnement et la statut des


membres des Tribunaux Administratifs ont été adoptés. Il s’agit de :
- la loi N°94-006 du 18 Mars 1994 portant organisation et
fonctionnement des Tribunaux Administratifs.
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- la loi N°94-007 du 18 Mars 1994 portant statut des Juges


Administratifs.

Le statut des Juges Administratifs tel qu’adopté en 1994 pour


permettre le démarrage effectif des trois Tribunaux Administratifs n’a pas résisté
à l’épreuve du temps. Par la loi N°02-054 du 16 Décembre 2002 portant statut
de la Magistrature, il a été institué un corps unifié des Magistrats de l’ordre
judiciaire et de l’ordre administratif.

La présente étude portera donc sur la loi N°02-054 du 16 Décembre


2002 relative au statut des Magistrats administratifs en République du Mali.

La première partie de l’étude portera sur le recrutement et la formation


des Magistrats administratifs, la deuxième partie sur le déroulement de leur c
arrière et la cessation de fonction, la troisième partie traitera des droits, garanties
et devoirs des Magistrats administratifs.

I / - LE RECRUTEMENT ET LA FORMATION DES


MAGISTRATS ADMINISTRATIFS

A – Nature de la Population de Recrutement

La loi N°94-006 du 18 Mars 1994 portant organisation et


fonctionnement des Tribunaux Administratifs dispose en son article 4 que :
« …Le Président, les Juges Administratifs et le Commissaire du Gouvernement
sont choisis parmi les personnes ayant une formation de droit public et une
compétence établie en matière administrative ».

En application de cette disposition et pour permettre un démarrage


effectif des Tribunaux Administratifs, les deux premiers recrutements d’une
quinzaine de Juges Administratifs ont eu lieu en 1992 et 1995 en tenant compte
et de la formation et de l’expérience en matière administrative des postulants. La
presque totalité des candidats retenus étaient des Administrateurs Civils, sortant
de l’ENA du Mali, ayant au moins dix (10) ans d’expérience dans
l’Administration territoriale ou dans les services centraux. L’âge moyen des plus
jeunes était de 40 ans environ contre 50 voir 55 ans pour les plus âgés.

Les recrutements effectués de 1999 à nos jours portent sur cinq (5)
promotions totalisant un effectif de 36 Juges Administratifs dont 12 auditeurs de
justice.
A la différence des premières promotions de 1992 et 1995, les cinq
dernières se composent essentiellement de jeunes sortants de nos écoles
supérieures, âgés de 25 à 30 ans environ. Ils sont tous titulaires d’une maîtrise
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ou en droit public ou en droit privé. Contrairement donc à leurs aînés, les


exigences de formation en droit public et de compétence établie en matière
administrative n’ont pas prévalu à leur recrutement. Le critère d’expérience en
matière administrative a été sacrifié au profit de la politique de l’emploi des
jeunes diplômés qui reste une préoccupation croissante dans nos pays en
développement. Or, cette préoccupation de nos Gouvernements, bien que fondée
et légitime, se heurte à certaines mentalités selon lesquelles il n’est guère
concevable, ni possible, de confier le contrôle juridictionnel de l’Administration
à des Juges n’ayant pas avec elle des relations privilégiées. Les défenseurs de
cette opinion estiment que chaque Juge doit être, d’une façon ou d’une autre,
immergé dans la société qu’il est chargé de réguler, faute de quoi sa justice,
désincarnée, ne répondra ni aux attentes, ni aux contraintes de cette société. Pour
ou contre cette opinion, le Magistrat administratif doit être, de par sa formation
et son recrutement, connaisseur du monde qu’il juge. Il ne peut en être
autrement quand on sait que le Juge Administratif a pour mission de rechercher
l’équilibre idéal entre la liberté des administrés et les nécessités de l’ordre public
au sens le plus large. La recherche de cet équilibre ne peut être obtenue que par
des Magistrats rompus à ce métier et formés à l’exercer.

Enfin, il y a lieu de noter que sur un effectif total de cinquante (50)


Magistrats Administratifs seuls deux (2) sont du genre féminin. Aussi, malgré
cette infime représentation des femmes dans ce corps, on peut conclure qu’au
Mali la population de recrutement des Magistrats Administratifs est hétérogène.

B – Modalités de Recrutement

Le recrutement des Auditeurs de justice administrative se fait en


fonction des emplois organiquement prévus et budgétairement autorisés.

Après une formation professionnelle de deux ans (formation théorique


par un enseignement approprié et des stages dans les juridictions), les Auditeurs
sont nommés Magistrats Administratifs par Décret du Président de la
République en réunion du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Le recrutement des Auditeurs se fait ou par voie de concours ou sur
titre :
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1°/ - Le Recrutement par Voie de Concours

Les candidats à l’auditorat autorisés à concourir après enquête de


moralité doivent remplir les conditions suivantes :

A – être titulaire d’une maîtrise en droit privé ou public ou d’un


diplôme réglementairement considéré comme étant de même spécialité et d’un
niveau au moins équivalent ;

B – être de nationalité malienne ;

C – jouir de leurs droits civiques ;

D – se trouver en position régulière au regard des lois sur le


recrutement de l’Armée ;

E – remplir les conditions d’aptitude physique nécessaires pour


l’exercice des fonctions de Magistrat ;

F- être âgés de 21 s au moins et de 40 ans au plus. Cette limite peut


être modulée en considération des services administratifs ou militaires
obligatoires antérieurement accomplis sans toutefois dépasser 45 ans.

Le concours est ouvert uniquement aux candidats remplissant les


conditions ci – dessus énumérées.

Un arrêté du Ministre chargé de la Justice fixe l’organisation et le


programme du concours.

Les candidats déclarés admis au concours sont nommés Auditeurs de


justice par arrêté du même Ministre. Après leur nomination, ils sont mis en
formation professionnelle pendant deux ans. Cette formation est assurée au sein
de l’Institut National de Formation Judiciaire par un enseignement approprié et
des stages.

A l’issue de leur formation et après une enquête de moralité diligentée


par le Conseil Supérieur de la Magistrature, les Auditeurs reconnus aptes aux
fonctions judiciaires sont nommés par Décret du Président de la République.

2°/ Le recrutement sur Titre


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Les candidats qui sont nommé directement Auditeurs de justice s’ils


font la demande et dans la proportion de 5 % des places disponibles sont :

- les Avocats et les Notaires régulièrement inscrits au tableau de leur


ordre et ayant effectivement exercé depuis 15 ans au moins ;

- les Docteurs en droit privé ou public.

Ces candidats, nommés sur titre, doivent également remplir les


conditions légales suivantes :

a) – être de nationalité malienne ;

b) – jouir de leurs droits civiques ;

c) – se trouver en position régulière au regard des lois sur le


recrutement de l’Armée ;

d)- remplir les conditions d’aptitude physique nécessaires pour


l’exercice des fonctions de Magistrat ;

e) – être âgés de 21 ans au moins et 40 ans au plus. Cette limite


peut être modulée en considération des services administratifs ou militaires
obligatoires antérieurement accomplis sans toutefois dépasser 45 ans.

C – Nature et contenu de la formation :

La formation des Auditeurs de justice est assurée à l’Institut


National de Formation Judiciaire sur une période de deux années.

L’Institut National de Formation Judiciaire est un établissement


public à caractère scientifique, technologique et culturel, placé sous la tutelle du
Ministère de la Justice et chargé de la formation initiale et continue des acteurs
de la justice parmi lesquels les Magistrats. De ns jours, différentes promotions
de Juges Administratifs ont subi leur formation initiale au sein de cette structure.

Le programme de formation initiale des Magistrats Administratifs


bien que suivi par le Comité Scientifique de l’Institut n’a pas encore été
formellement élaboré ; ce qui constitue une lacune que cet établissement de
formation se propose de corriger. Il s’agit de concevoir un programme de
formation pratique et adopté aux exigences professionnelles des futurs
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Magistrats, lequel programme devra faire l’objet d’une validation scientifique


avant son adoption.

Pour l’heure, l’Institut de plus en plus se démarque des


enseignements inadaptés et ponctuels ayant peu d’impacts lisibles sur la
formation des Magistrats.

Ainsi, former l’apprenant par le biais de la formation initiale et


soutenir l’apprenant dans la production par la formation continue constituent à
ce jour les deux leviers sur lesquels s’appuie l’Institut pour dispenser une
formation de qualité adaptée aux acteurs et à leur environnement.

Cette formation qui complète celle de l’Université est un ensemble


d’enseignements devant doter les futurs Juge des connaissances et aptitudes
fondamentales nécessaires à l’exercice de leurs fonctions au sein des
juridictions ;

C’est la raison pour laquelle cette formation n’est pas une formation
académique, mais celle d’un établissement spécialisé, dispensée par des
praticiens dont la plupart sont des hauts Magistrats de notre pays.

Le choix du contenu de la formation tien compte nécessairement de


cet aspect relation formation – emploi. Le programme de formation initiale des
Auditeurs de justice administrative s’étale sur huit (8) mois. Il est axé autour des
matières suivantes :

1. Le droit administratif

La formation des Auditeurs de justice administrative en droit


administratif vise essentiellement un certain nombre d’objectifs axés sur
l’impératif de doter le futur Juge de l’administration de tous les moyens
(techniques, sociologiques et psychologiques) lui permettant de trancher les
litiges qui lui sont soumis. Les cours de droit administratif s’articulent autour
des points suivants :

- La présentation, l’objet et le contenu du droit administratif en


introduction.

- Le cadre de l’action administrative (Administration Centrale,


Administration Territoriale, Administration Décentralisée) ;
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- Les formes de l’action administrative (Principe de légalité, Actes


administratifs unilatéraux, Contrats administratifs, Service public) ;

- Le contrôle de l’action administrative (Contrôle interne, Contrôle


externe ou juridictionnel) ;

- La responsabilité administrative ;

- Le domaine public ;

- L’expropriation pour cause d’utilité publique ;

- Les travaux publics.

2. Le droit fiscal

Les Tribunaux Administratifs étant compétents pour connaître « des


demandes en décharge ou en réduction, présentées en matière fiscale par les
contribuables dans les conditions fixées par le règlement financier », il importe
donc d’initier les Auditeurs de justice administrative au droit fiscal mais aussi à
son contentieux, celui – ci étant réparti entre les ordre judiciaire et administratif.

Les cours de droit fiscal comprennent entre autres les sous – thèmes
suivants :

- La notion de prélèvement fiscal ;

- L’émission et le recouvrement ;

- Le contentieux fiscal.

3. Le contentieux administratif

Les cours dispensés dans cette matière ont pour but d’acquérir en
phase de formation initiale des connaissances théoriques sur le contentieux
administratif.

Le programme de formation en la matière se déroule très souvent


autour des sous – thèmes suivants :

- L’objet du contentieux administratif ;


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- Les limites du contentieux administratif ;

- Les caractères du contentieux administratif ;

- L’organisation de la juridiction administrative ;

- Les types de recours ;

- Le recours pour excès de pouvoir ;

- Le plein contentieux ;

4 La procédure administrative contentieuse

Les cours dispensés dans cette matière sont d’une importance


capitale pour les Auditeurs. Ils contiennent entre autres les sous - thèmes
suivants :

- L’originalité de la procédure (Caractères généraux, règles écrites


et règles générales de procédure…)

- L’instruction ;

- Les incidents ;

- L’audience ;

- Le Commissaire du Gouvernement ;

- Les voies de recours.

5. La technique de rédaction du jugement

La technique de rédaction du jugement ne s’apprend qu’à l’Institut


et au cours des stages. Les cours dispensés en la matière se résument
généralement autour des sous – rhème suivants :

* La catégorisation et la définition des concepts en introduction ;


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* Les techniques de raisonnement du Juge ;

* La motivation du jugement ;

* La présentation de la décision ;

* Le style.

Au cours de la deuxième année à l’Institut National de Formation


Judiciaire, la formation professionnelle des Auditeurs de justice est parachevée
par des stages dans les juridictions administratives. Là, les Auditeurs participent
sous la responsabilité de leurs aînés à l’activité juridictionnelle.

Toutefois, ils ne peuvent recevoir délégation de pouvoir ou de


signature. Ils peuvent siéger en surnombre et participer avec voix consultative
aux délibérations des juridictions administratives statuant en toute matière.

II/ - LE DEROULEMENT DE CARRIERE DES


MAGISTRATS ADMINISTRATIFS

A l’exception de quelques détachements ou mises à disposition


d’autres services publics, le déroulement normal de la carrière des Magistrats
Administratifs se fait au sein des Tribunaux Administratifs et de la Section
Administrative de la Cour Suprême.

La hiérarchie du corps se présente comme suit :

1. Section Administrative de la Cour Suprême

- Président de Section ;

- Président de Chambre ;

- Conseillers ;

- Commissaires du Gouvernement ;

Sur la base du mérite et de la valeur professionnelle constatés par


notation et avancement, les Magistrats administratifs gravissent au cours de leur
carrière les différents postes dans la hiérarchie de leurs corps.
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A/ - Notation et Evaluation

Il est procédé chaque année à la notation des Magistrats


Administratifs.

La notation reflète, à l’exclusion de toute autre considération, le


comportement, le travail et la compétence du Magistrat au cours de l’année de
référence.

En l’absence d’un décret d’application, la notation de l’ensemble des


Magistrats est fixée au 30 Juin de chaque année.

La période de référence de la notation débute le premier Juillet de


l’année précédente et se termine à la date du 30 Juin sus – indiqué.

Quelle que soit la date à laquelle il procède effectivement à la notation,


le notateur ne peut prendre en compte que les seuls évènements survenus et le
comportement du Magistrat au cours de cette période.

Les autorités investies du pouvoir de notation dans les juridictions


administratives sont les Présidents des Tribunaux Administratifs et le Président
de la Section Administrative de la Cour Suprême.

Les bulletins de notation sont établis en trois exemplaires dont un


exemplaire destiné au Magistrat noté.

L’évaluation de chaque Magistrat est faite sur la base d’un modèle de


bulletin se présentant comme suit :

Appréciations analytiques
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RUBRIQUES NOTES CHIFFREES


A – Comportement

- Dévouement au service……….. (3)

- Ponctualité et assiduité………... (2)

- Tenue et présentation…………. (1)

Total A……………………………………. 6 Points

B – Qualifications Professionnelles

- Connaissances juridiques……….(6)

- Qualités de rédaction…………....(5)

- Puissance de travail……………. (4)

Total B…………………………………… 15 Points

C – Qualités morales

- Force de caractère………………. (3)

- Discrétion et réserve……………. (3)

- Intégrité…………………………. (3)

Total C……………………………………. 9 Points

Total Général…………………………… 30 Points

Les notes sont réparties entre :


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- La note Passable……………………….. 1 à 10 Points

- La note Bon……………………………. 11 à 20 Points

- La note Très Bon………………………. 21 à 30 Points.

Les notes « exceptionnel » et « médiocre » sont supprimées. Après


attribution des notes, le notateur transmet, par la voie hiérarchique, les bulletins
de notation à l’autorité habilitée à procéder à la pondération.

L’autorité de pondération est le Président de la Cour Suprême pour


ce qui concerne les Magistrats Administratifs de la Section Administrative et le
Président de ladite Section pour ce qui concerne les Magistrats des Tribunaux
Administratifs.

Les Magistrats Administratifs qui, à la date de la notation, se


trouvent en position d’activité, détachement ou sous les drapeaux font
obligatoirement l’objet d’une notation. Ceux qui, à la même date sont en
disponibilité ou suspendus de fonction sont exclus de la notation.

B/ - Règles d’avancement

Les Magistrats Administratifs connaissent trois types


d’avancements : l’avancement d’échelon, l’avancement de grade et
l’avancement au titre de la formation.

Les avancements d’échelon, de groupe et de grade se font suivant le


tableau ci – après :

GRADE GROUPE ECHELON INDICE


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Magistrats de Grade
Exceptionnel Echelon Unique 1.100

1er Groupe 2è échelon 950


1er échelon 890
Magistrat de 1er Grade
2è Groupe 3è échelon 830
2è échelon 810
1er échelon 760

3è échelon 690
er
1 Groupe 2è échelon 650
Magistrat de 2è Grade 1er échelon 610

4è échelon 590
2è Groupe 3è échelon 555
2è échelon 520
1er échelon 485

Auditeur de justice Echelon unique 350

L’avancement d’échelon consiste en l’accession au sein du grade, à


un échelon indiciaire supérieur à l’échelon atteint ; il se traduit par une
augmentation des traitements correspondant à la différence entre les deux
indices.

L’avancement d’échelon est automatique en fonction de


l’ancienneté. Le temps exigé pour accéder à l’échelon supérieur est de deux ans.

L’avancement d’échelon se fait par arrêté du Ministre chargé de la


Justice et prend effet à partir du 1er Janvier.

L’avancement de grade est essentiellement commandé par le mérite


professionnel. Il s’effectue de façon continue, de grade à grade à l’intérieur du
corps. Il ne peut avoir lieu qu’au profit des Magistrats Administratifs inscrits au
tableau d’avancement.

Sont inscrits au tableau, les Magistrats ayant au moins atteint le


dernier échelon de leur grade, soit en vertu des avancements d’échelon
antérieurs, soit en vertu du mouvement d’avancement en cours.
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Pour être inscrit au tableau d’avancement, le Magistrat doit lors de la


dernière notation, avoir fait l’objet d’une appréciation au moins égale à la
moyenne. Les Magistrats inscrits au tableau sont départagés et classés en ordre
utile par application des critères suivants :

- la valeur de la dernière notation, les Magistrats Administratifs de


même mérite étant départagés par la valeur de la pénultième et, au besoin de
l’antépénultième notation.

- à l’égalité de mérite, par la plus grande ancienneté respectivement


dans l’échelon, le grade et le corps ;

A égalité d’ancienneté, par le plus grand âge.

Le tableau d’avancement est soumis pour contrôle de sa régularité à


une commission dite commission d’avancement présidée par le Premier
Président de la Cour Suprême et comprenant le Directeur National de
l’Administration de la Justice, le Procureur Général près la Cour Suprême, deux
Magistrats de 1er grade et trois Magistrats de 2è grade élus par le suffrage de
leurs pairs au bulletin secret pour trois ans. Les avancements de grade
s’effectuent dans l’ordre du tableau d’avancement et à concurrence des vacances
de grade.

Le nombre maximum des titulaires de chaque grade par rapport à


l’effectif total réel du corps, est fixé par décret du Président de la République.

Les mouvements d’avancement de grade sont annuels et prennent


er
effet le 1 Janvier. Ils sont constatés par décret du Président de la République
sur proposition de la commission d’avancement.

S’agissant de l’avancement au titre de la formation, tout diplôme


sanctionnant une formation complémentaire reçue en cours de carrière donne
lieu à une bonification d’échelon.

L’avancement au titre de la formation dispense son bénéficiaire de


l’inscription au tableau d’avancement. Il est constaté par arrêté du Ministre
chargé de la Justice lorsqu’il ne donne pas lieu à un changement de grade,
auquel cas il fait l’objet d’un décret du Président de la République.

C/ -Mobilité géographique et fonctionnelle en cours de carrière


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En principe, les Magistrats Administratifs exercent leurs fonctions au


sein des Tribunaux Administratifs et de la Section Administrative de la Cour
Suprême. Seuls trois Tribunaux Administratifs se partagent l’ensemble du
territoire malien à savoir celui de Kayes, celui de Bamako et celui de Mopti. La
mobilité géographique des Magistrats Administratifs est très réduite au Mali
puisqu’elle se limite à ces trois juridictions.

Il n’est pas rare de rencontrer le même Magistrat occuper


successivement dans la même juridiction les fonctions de Juge rapporteur et de
Commissaire du Gouvernement ou même de Président. La durée moyenne de
séjour d’un Magistrat dans une des trois juridictions administratives varie de
cinq (5) à sept (7) ans, voire dix (10) ans pour certains. Toutes les nominations
ou affectations à l’intérieur ou entre les Tribunaux Administratifs sont faite par
décret du Président de la République en réunion du Conseil Supérieur de la
Magistrature. Seuls les Magistrats Administratifs de grade exceptionnel peuvent
être nommés en qualité de membres de la Section Administrative de la Cour
Suprême.

Toutefois, lorsque les Magistrats susceptibles d’être nommés à cette


fonction sont en nombre insuffisant, ils sont complétés par ceux du 1er grade.
Présentement à la Section Administrative de la Cour Suprême sur un effectif
total de huit (8) Conseillers, trois (3) sont Magistrats Administratifs de grade
exceptionnel et trois (3) du 1er grade. Dans les Tribunaux Administratifs, tous les
Présidents sont au moins du 1er grade tandis que les Commissaires du
Gouvernement sont nommés parmi les Magistrats étant au moins du 2ème grade
1er groupe 3ème échelon. De ce constat, on peut en conclure que la mobilité
fonctionnelle des Juges Administratifs au sein d’un Tribunal ou d’un Tribunal à
la Section Administrative de la Cour Suprême, est fonction du grade.

Aussi, en raison de leur inamovibilité, les Juges Administratifs ne


peuvent avant trois ans recevoir une affectation nouvelle, même par voie
d’avancement, sans leur consentement préalable et après avis du Conseil
Supérieur de la Magistrature.

Cependant, lorsque les nécessités du service l’exigent, les Magistrats


Administratifs peuvent être déplacés par l’autorité de nomination, sur l’avis
conforme et motivé du Conseil Supérieur de la Magistrature.

III/ - DROITS – GARANTIES ET DEVOIRS DES MAGISTRATS


ADMINISTRATIFS
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A l’instar de la plupart des Pays d’Afrique francophones, le Mali a


élaboré dès le départ un système constitutionnel à l’image du régime
parlementaire français. Cependant, le rôle joué par le pouvoir judiciaire dans
l’équilibre des pouvoirs a considérablement varié en fonction des différents
régimes politiques maliens.

Ainsi, sous les première et deuxième Républiques, la Justice par


essence dérangeante n’a jamais été la priorité des dirigeants. Mais depuis la mise
en place d’un régime démocratique à partir de 1991, la Justice a retrouvé le
qualificatif de pouvoir à côté du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. Ainsi,
d’importants droits et garanties mais aussi de devoirs ont été
constitutionnellement ou statutairement reconnus tant aux Magistrats de l’ordre
judiciaire qu’aux Magistrats de l’ordre administratifs.

A. Sources des droits et garanties

Au Mali, la Constitution du 25 Février 1992 en son Titre VII a érigé la


Justice en pouvoir judiciaire, à côté du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif.

L’article 81 pose le principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire


en ces termes « le pouvoir judiciaire est indépendant des pouvoirs exécutif et
législatif. Il s’exerce par la Cour Suprême et autres Cours et Tribunaux ».

La Constitution ne s’est pas limitée à instituer seulement


l’indépendance du pouvoir judiciaire. Elle a aussi dégagé une règle générale
consacrant cette indépendance, celle de l’inamovibilité des Juges du siège.

Aux termes de l’article 82, alinéa 2 on peut lire que les Magistrats du
siège sont inamovibles.

La même règle est énoncée à l’article 3 de la loi n°02-054 du 16


Décembre 2002 portant Statut de la Magistrature et par l’article 17 de la loi
organique n°03-033/AN-RM du 7 Octobre 2003 fixant l’organisation, la
composition, les attributions et le fonctionnement du Conseil Supérieur de la
Magistrature qui précise que ledit Conseil veille à l’application du plan de
carrière des magistrats et donne son avis sur toute question concernant
l’indépendance de la Magistrature.

Au-delà de ces questions, la loi N°02-054 du 16 Décembre 2002


portant Statut de la Magistrature en sa Section 1 traite des droits et privilèges
accordés aux Magistrats.
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C’est dire qu’au Mali, les sources des droits et garanties des Magistrats
Administratifs sont à la fois constitutionnelles et législatives.

B. Nature et étendue des droits et garanties

Les droits et garanties des Magistrats Administratifs sont pour la


plupart énumérés ou dans la Constitution du 25 Février 1992 ou dans la loi du
16 Décembre 2002 portant Statut de la Magistrature.

C’est ainsi que la règle de l’inamovibilité des Juges consacrée et par la


Constitution et par la loi portant Statut de la Magistrature n’a d’autre but que
d’assurer l’indépendance des Magistrats vis-à-vis du pouvoir exécutif. Cette
indépendance se confirme sous une autre dimension relative au système de
nomination. En effet, aux termes de l’article 28 de la loi N°O2-054 du 16
Décembre 2002 portant Statut de la Magistrature, toutes les nominations aux
fonctions judiciaires sont faites par décret du Président de la République en
réunion du Conseil Supérieur de la Magistrature.

En ce qui concerne les Magistrats du siège, tout comme les Magistrats


Administratifs l’article 3 alinéa 1 précise que sauf faute disciplinaire, ils ne
peuvent avant trois ans recevoir une affectation nouvelle, même par voie
d’avancement, sans leur consentement préalable et après avis du Conseil
Supérieur de la Magistrature.

Et l’alinéa 4 de conclure que les Magistrats ne peuvent être révoqués


qu’après décision du Conseil Supérieur de la Magistrature. Or, la composition
du Conseil Supérieur de la Magistrature est telle que la majorité des membres
étant des Magistrats élus (13 Magistrats membres élus contre 8 membres de
droit sous la présidence du Président de la République) qu’elle constitue une
garantie pour les Magistrats.

La recherche de l’indépendance des magistrats se manifeste également


dans les dispositions textuelles qui interdisent aux Administrateurs d’empiéter
sur certaines attributions des Juges. Il en est ainsi de l’article 83 de la loi N°01-
079 du 20 Août 2001 portant Code Pénal qui stipule que : « seront punis des
mêmes peines les Ministres, les Maires et autres Administrateurs qui
s’ingéreront illégalement dans la connaissance des droits et intérêts privés du
ressort des Tribunaux ».
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Quant à l’article 5 du Cde de Déontologie annexé à la loi N°02-054 du


16 Décembre 2002 portant Statut de la Magistrature, il dispose que : « le
Magistrat a l’obligation de défendre son indépendance. Toutes pressions, quelle
que soit leur provenance, tendant à influencer sa décision de justice doivent être
fermement repoussées ».

Tout ceci pour dire combien le droit positif malien vise à assurer
l’indépendance des Magistrats en les mettant à l’abri de toutes instructions ou
pressions venant aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.

Les Juges doivent également être indépendants afin qu’ils puissent


prendre leurs décisions sans succomber aux interventions ni aux sollicitations.
Dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions, ils ont droit à la protection de
l’Etat.

Ainsi, l’article 4 de la loi N°02-054 du 16 Décembre 2002 portant


Statut de la Magistrature dispose « qu’indépendamment des règles fixées par le
Code Pénal et les lois spéciales, les magistrats sont protégés contre les menaces
et attaques de quelque ordre que ce soit dont ils peuvent faire l’objet dans
l’exercice ou à l’occasion de leurs fonctions.

L’Etat doit réparer le préjudice qui en résulte dans tous les cas non
prévus par la législation des pensions. Cette réparation s’étend à la famille et aux
biens du Magistrat.

Il est prévu dans le même texte un régime de sécurité sociale couvrant


notamment les risques de maladie, de maternité et de décès au profit des
Magistrats. Mais les modalités de mise en œuvre de ce régime de sécurité
sociale attendent encre d’être déterminées par décret pris en Conseil des
Ministres.

Par ailleurs, pur justifier de leur identité, leur qualité et de leur


fonction, tous les Magistrats tant administratifs que judiciaires sont dotés de
macaron et de carte d’identité professionnelle. Ils ont également tous, droit au
logement d’astreinte. A défaut, une indemnité compensatoire leur est allouée.

Au total, nous retiendrons que depuis l’avènement de la démocratie au


Mali, il existe chez les gouvernants une réelle volonté de mettre les Juges à
l’abri de la tentation et des pressions et d’accorder à la Justice toute sa place et
toute la considération à la mesure de son rôle de pilier de l’Etat de droit.
19

C. La déontologie du Juge Administratif

Au Mali, la déontologie du Juge Administratif est la même que celle du


Juge Judiciaire.

En ce qui concerne l’indépendance de la Magistrature, le Code de


Déontologie en son article 3 dispose que le Magistrat doit respecter
l’indépendance de la Magistrature et favoriser l’application de mesures et de
garanties visant à préserver et à accroître cette indépendance.

Par ailleurs, il doit promouvoir et développer en toute circonstance des


normes élevées de conduite et éviter tout comportement susceptible d’ébranler la
confiance du public en la primauté du droit et en l’indépendance de la
Magistrature. Il doit ferment repousser toutes pressions tendant à influencer sa
décision de justice.

S’agissant de ses devoirs, le Magistrat doit cultiver une image


d’intégrité, d’impartialité et avoir une conduite qui lui vaut respect et
considération.

Il doit se montrer impartial aussi bien dans la décision qu’il est appelé à
prendre que tout le long du processus décisionnel. Il doit traiter avec courtoisie
tous ceux qui sont devant le Tribunal et conduire les débats avec fermeté et
célérité.

S’agissant toujours des devoirs du Magistrat, l’article 15 du Code de


Déontologie dispose que « le Magistrat doit se récuser chaque fois que :

- il s’estime incapable de juger en toute impartialité ;

- il soupçonne l’existence d’un conflit entre son intérêt personnel ou


celui de ses proches parents ou amis et l’exercice de sa fonction.

Enfin, le Magistrat ne siège dans aucune cause où, pour des motifs
raisonnables, son impartialité risquerait d’être mise en doute.

En ce qui concerne les incompatibilités et interdictions, le Magistrat


Administratif ne peut accomplir aucune fonction publique ou privée, rémunérée
ou non qui ne soit pleinement compatible avec ses devoirs et son Statut.
20

L’exercice des fonctions de Magistrat Administratif est incompatible


avec l’exercice d’un mandat électif à l’Assemblée Nationale ou au niveau d’une
Collectivité décentralisée.

Toute activité ou toute délibération politique est interdite aux


Magistrats. Le Code de Déontologie en son article 20 dispose que le Magistrat
doit en particulier s’abstenir :

- d’adhérer aux Partis Politiques et de procéder à la collecte de fonds


politiques.

- de participer aux réunions politiques et à des activités de


financement politique ;

- de contribuer aux partis ou aux campagnes politiques ;

- de participer publiquement à des débats politiques, sauf sur des


questions concernant directement le fonctionnement des Tribunaux,
l’indépendance de la Magistrature ou des éléments fondamentaux de
l’Administration de la Justice.

- de signer des pétitions visant à influencer une décision politique.

Avant de conclure sur ce chapitre, il y a lieu de rappeler que le Code de


Déontologie dont les points essentiels viennent d’être présentés, constitue un
ensemble de règles qui régissent l’activité et le comportement des Magistrats
Administratifs dans notre Pays.

Tout manquement par un Juge Administratif aux devoirs de son Etat, à


l’honneur, à la délicatesse ou à la dignité, constitue une faute disciplinaire
sanctionnée conformément aux dispositions du Statut de la Magistrature.
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CONCLUSION
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Il est un fait établi désormais qu’au Mali les Magistrats de l’ordre


judiciaire et ceux de l’ordre administrative forment un corps unifié de
magistrates, régis par le même Statut.

Ce regroupement formel laisse toutefois subsister chaque ordre dans


son autonomie et dans sa mission ; toutes choses garantissant un dualisme
juridictionnel dans notre Pays. Cependant, les dangers qu’il faut craindre de
cette unification résident dans l’unification des recrutements, des formations et
même du déroulement des carrières. La similitude des outils de judiciaire ne doit
pas faire illusion et emporter avec elle la spécificité de notre métier. Certes, le
contrôle de l’Administration est un métier spécialisé qui exige formation
spécifique et habitude intellectuelles particulières.

Le Magistrat Administratif a à faire à deux sociétés qui s’opposent, la


société civile dont il est issu et la société administrative ou société du pouvoir
qui est une société « fermée » qui ne se laisse pas déchiffrer spontanément. Il ne
peut donc accomplir correctement sa mission qu’en étant à l’écoute de cette
dernière, pour la connaître mieux. La spécificité du métier exige du Juge
Administratif d’être à l’écoute des deux sociétés entre lesquelles il arbitre car,
comme on le dit, on ne peut bien juger qu’une société qu’on connaît.

Donc pour conclure, le Statut unifié des Magistrats du Mali gagnerait à


être modifié pour tenir compte de certaines spécificités propres aux Juges
Administratifs notamment en matière de recrutement, de formation et du
déroulement de la carrière./.