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COURS DE PEDOLOGIE

1
SOURCES DOCUMENTAIRES
ABIOL B., BRETHES A., PONGE J.F., TOUTAIN F. &
BRUN J.J., 1995. L'humus sous toutes ses formes.
ENGREF, Nancy, 63 p.

AFNOR. 2000 - Qualité des sols. 2 volumes, AFNOR, réf.


321 31 41

ASSA A. 1977 : Relation sol-plante Université d'Abidjan

BAIZE D. ET GIRARD M.C. (1995) - Référentiel


pédologique. INRA.

BAIZE D., B. JABIOL, 1995 – Guide pour la description des


sols. INRA Editions 2
SOURCES DOCUMENTAIRES
BEAUCHAMP J. ,1989 - Sédimentologie. CRDP Grenoble.

BEAUCHAMP J.,2003- Propriétés des sols

BONNEAU M. et SOUCHIER B.,1979 - Pédologie.


Constituants et propriétés du sol. Masson, Paris.

BOULAINE j. 1979. Pédologie Générale INA PARIS

BOYER J. 1982. Les sols ferrallitiques Tome x : facteurs de


fertilité et utilisation des sols ORS TOM PARIS 384 pages

DUCHAUFOUR P., 1977 - Pédologie. Pédogénèse et


classification. Masson, Paris.
3
SOURCES DOCUMENTAIRES
BAIZE, D.; JABIOL, B. - 1995.- Guide pour la description des
sols/ INRA.-(Techniques et pratiques).
DANIEL N., 2008. L’épuisement de la terre- l’enjeu du
xxième siècle , Ed. Odile Jacob, 235 p.

DUCHAUFOUR P. (1992) - Pédologie. Masson, Paris.

DUCHAUFOUR, P.; BLUM W.E.H 1997.- Abrégé de


pédologie : sol, végétation, environnement Masson, 297 p.

DOUCET R., 2006. Le climat et les sols agricoles, Ed. Berger,


La Science agricole, 443 p.

4.
ENCYCLOPEDIE UNIVERSELLE, Edition 1990.
GIRARD M.C., WALTER C., REMY
J.C.,BERTHELINJ.,MOREL J.L., 2005.
Sols Et Environnement- Cours, Exercices
et Etudes de cas. DUNOD, Paris, 816p.

GAUTRONNEAU Y. 2003 – Le profil


cultural.
www.isara.fr/fr/profilcultural/default.htm

5
SOURCES DOCUMENTAIRES
LEVEQUE A. 1979. Le Milieu Naturel de la Côte d'Ivoire
ORS TOM
MOREL R. (1996) - Les sols cultivés. Technique et
Documentation, Lavoisier, 373 p.

RUELLAN, A., DOSSO, M.- FOUCHER.1993.- Regards


sur le sol. Aupelf.

TAHAR G., 2004, Clés du Sol. Centre de Publication


Universitaire,366 p.

USDA 1993 – Manuel américain de description des sols :


Soil survey Manual.
http://soils.usda.gov/technical/manual 6
INTRODUCTION
Peu de pays s'offrent le luxe de rassembler les
connaissances de base sur leur climat et leurs sols en
relation avec la spécificité de leurs productions agricoles et
sous une forme pédagogique facilitant le développement
d'une relève de haut niveau.

Rien n'est plus complexe que le vivant et rien n'est plus


difficile que d'anticiper des résultats à partir de facteurs
d'influence aussi multiformes que variés.

7
INTRODUCTION
Pour faire comprendre les échanges nutritives entre les
sols et les plantes,
j’entraine le lecteur dans une visite approfondie des
facteurs de formation des sols et de leur classification,

de la reconnaissance de leur texture et de leur structure,


des notions de biologie et de chimie des sols,

de la description minutieuse du comportement de l'eau


dans les sols, bref de tous les aspects qui concourent à
donner aux sols leur fertilité.
8
INTRODUCTION
Tout comme il existe une histoire de planète terre, il ya
une histoire du sol qui accompagne l’émergence de la
vie et son développement.

A l’heure même où l’opinion publique se sensibilise à la


dégradation de l’environnement, peu de voix
scientifiques et politiques s’élèvent pour parler de la
préservation du Sol

9
INTRODUCTION
Nombre de chercheurs et d’hommes politiques se voulant à
La pointe du progrès, se détournent du devenir du sol au
profit d’engouements plus à la mode.

Mais la réalité est que nous perdons chaque année 0,5% de


notre capital-sol en soustrayant plusieurs milliers
d’hectares, par accroissement de nos cités et de nos
routes, par nos pollutions, par salinisation, par érosion.

10
INTRODUCTION
Et cela sans espoir de retour de ces sols. Comme
souvent le progrès immédiat a fait passé au second
plan les implications sur le sol, sa composition, sa
structure profonde, les nappes qui y circulent.

11
INTRODUCTION
Les écosystèmes qu’on observe aujourd'hui
géographiquement adjacents, sont superposés lorsqu'on
se déplace dans le temps.

Dans ces écosystèmes naturels, le sol est le lieu d'ancrage


de toute vie végétale, le garde-manger aussi bien des
bactéries que des végétaux supérieurs, le réservoir des
nappes d’eau.

12
INTRODUCTION
La marqueterie d'écosystèmes emboîtés fonctionne
comme un vaste système d'ordre supérieur qu'on
appelle la « couverture pédologique »(du mot grec
pédon, le sol) ou «le manteau d’altération». Chaque
écosystème interagit

13
INTRODUCTION
avec ses voisins et ainsi de suite, faisant de
la couverture pédologique un métasystème
caractérisé par des mécanisme biologiques
variant de quelques secondes à des
millions d’année. « biogéo-chimique » en
ce que l’activité de la vie animale et
végétale (microscopique et macroscopique)
s’ajoute à celles des processus chimiques

14
INTRODUCTION
Cette gigantesque symbiose fonctionne en
continu. Les échanges d‘eau et d’éléments
chimiques étant régulés notamment par les
minéraux de toute petite taille qui constitue
l’essentiel du corps du sol. Une poussière de
minéraux qu’on appelle les « argiles » dont
l’ubiquité dans la couverture pédologique
permet, lorsqu’on les décortique, de saisir la
genèse et le fonctionnement de ce vaste
ensemble naturel. 15
INTRODUCTION
Mais l’échelle de ce temps de perturbation
apportée par le développement humain n’est
pas celle que les phénomène géologiques ont
imposée au système sol-végétation au cours
des centaines de millions d’années
précédentes. L’essor de l’humanité apparaît
comme une nouvelle contrainte, notamment sur
la composante cardinale de ce système, le sol.
Sans le sol, la vie végétale serait réduite à sa
plus simple expression, des mouches et des
16
lichens
INTRODUCTION

Les sols de nos champs, de nos pâturages,


de nos forêts et de nos jardins sont de
plus en plus sollicités, maltraités, amendés
en dépit du bon sens, retournés, grattés et
érodés, négligés. Ils s’épuisent plus vite
qu’ils ne se reconstituent.

17
INTRODUCTION

L’étude scientifique à mener est celle des


interactions biophysico-chimiques entre
minéraux du sol et eau de percolation, entre
racines et solutions. Le sol est à la fois un
buvard et un filtre. Il prend, il stocke et restitue
sélectivement aux nappes d'eau, aux
sédiments, aux plantes.

18
INTRODUCTION

Le sol c’est la terre fertile, fragile. On ne saurait la


sauvegarder si on la soumet des dégradations
rapides dont la durée se mesure " en dizaines
d’années alors que le sol ne se régénère que
sur des échelles de temps de plusieurs
millénaires.

19
INTRODUCTION
Approcher la genèse des sols mettant en
lumière quelques exemples représentatifs de
toute la couverture pédologique. Mais aussi
souligner le rôle du sol comme formation
géologique de la surface dans l’histoire
proche de notre planète où l’homme a fait
récemment irruption

20
INTRODUCTION

La pointe du progrès, se détournent du devenir du sol au


profit d’engouements plus à la mode. Mais la réalité
est que nous perdons chaque année 0,5% de notre
capital-sol en soustrayant plusieurs milliers d’hectares,
par accroissement de nos cités et de nos routes, par
nos pollutions, par salinisation, par érosion. Et cela
sans espoir de retour de ces sols. Comme souvent le
progrès immédiat a fait passé au second plan les
implications sur le sol, sa composition, sa structure
profonde, les nappes qui y circulent…
21
INTRODUCTION
Tout comme il existe une histoire de planète
terre, il ya une histoire du sol qui
accompagne l’émergence de la vie et son
développement.
A l’heure même où l’opinion publique se
sensibilise à la dégradation de
l’environnement, peu de voix scientifiques
et politiques s’élèvent pour parler de la
préservation du Sol
22
INTRODUCTION
En tombant en pluie, elle pénètre les moindre
fissures et craquelures des roches ignées et
métamorphiques qui affleurent partout à la
surface de la terre. Elle interagit avec les
minéraux qui les constituent et les dissout
en individualisant tous leurs éléments
chimiques.

23
PREMIERE PARTIE

DES CONSIDERATIONS
GENERALES

24
CHAPITRE I: DE L’INTERET
DE LA PEDOLOGIE

INTRODUCTION

25
INTRODUCTION
Qu’est-ce que la pédologie?

La pédologie est la Science du sol qui se préoccupe de


l'étude de l'origine, des constituants, des propriétés et de
la classification des sols.

26
INTRODUCTION

27
INTRODUCTION

28
Une discipline à l’interface des Sciences de la Terre et de
l’Univers (enveloppes externes) Sciences de la Vie.

Aujourd’hui : une volonté d’intégration pour mieux étudier les


systèmes continentaux : opportunité scientifique tournée vers
la gestion environnementale.

une discipline clé du prochain siècle, pour une gestion


patrimoniale des sols, au cœur des ressources naturelles
continentales ;

une discipline dynamisée grâce aux enjeux pour l’alimentation


humaine et l’environnement, par la recherche associée ;

une discipline carrefour qui doit être attractive pour les étudiants,
les enseignants et les chercheurs si on y veille.
29
Les grands domaines proposées pour les
universités et grandes écoles (+ intérêt pour
les sols)

Géosciences et génie civil (+++)

– Sciences de la vie et de la santé (++)


– Agronomie, agro-alimentaire, bioprocédés et forêts (+++)
– Sciences de la matière et des matériaux (+)
–Chimie (+)
– Mécanique, énergie, procédé et produits (+)
– Informatique, automatique, électronique et
mathématiques (+)
– Et divers domaines des Sciences Humaines (+)
30
Dans le cadre Licence-Master-Doctorat, ouvert sur le
Monde, en insistant sur les filières transversales, comme
les sciences environnementales, qui intègrent le mieux
la science des sols.

La pédologie présente diverses facettes complémentaires

31
32
CHAPITRE I I: DOMAINE(S) D’APPLICATION, INTERET(S) ET
USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE
La pédologie s’applique dans des contextes divers

33
CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE

Les types de dégradation qui menacent le sol :

sont-elles de nature différente dans les pays en voie de


développement et dans les pays industrialisés ?

Ces dégradations sont-elles irréversibles, autrement dit le


sol est-il une ressource renouvelable ?

Enfin, comment conserver les sols existants et comment


réhabiliter les sols détruits ou pollués ?

Est-ce possible, autrement dit a-t-on des raisons d'être


optimiste malgré l'état jugé alarmant de ces sols ? 34
CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE

Mais, peut-on alors dire que tous les sols ne sont pas
équivalents et aussi fertiles les uns que les autres, et
quelle est la proportion de sol fertile, dans le sens où elle
peut être utilisée par l'homme pour la production
alimentaire ?

Les estimations varient.

Il y a environ cent vingt millions de km2 (le quart de la


surface du globe) de sols "exploitables" (où l'on peut
faire de l'élevage ou de la foresterie), mais les sols
réellement "cultivables" font environ soixante millions de
km2. 35
CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE
Quelques exemples de dégradation des terres suite à des
mauvaises pratiques et des mauvaises gestions

36
CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE

Le ruissellement entraîne une diminution des réserves


hydriques.

Moins d'eau est synonyme de moins de végétation et par


conséquent de moins d'humus.

La diminution des humus dans les sols a des


conséquences sur leur structure qui, si elle est
dégradée, aura moins de capacités pour retenir l'eau et
à s'opposer au ruissellement.

37
CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE

38
CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE

Le ruissellement entraîne les couches superficielles du sol


les plus riches en humus, en argiles et en bases
échangeables.

La structure du sol est rapidement dégradée dans un sens


favorable à une augmentation de la sensibilité à
l'érosion.

39
CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE

40
CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE

Dans un bon sol, il y a pratiquement 50% de vide dans


lequel vont circuler l'eau et l'air.

C'est ce milieu complexe, organisé, structuré en petits


agrégats, qui va être colonisé par les racines des
plantes.

Une des premières fonctions du sol, c'est d'être un milieu


favorable pour le développement des plantes qui
intéressent l'homme.

Mais il y a aussi d'autres fonctions. 41


CHAPITRE I : DOMAINE(S) D’APPLICATION,
INTERET(S) ET USAGE(S) DE LA PEDOLOGIE

En particulier une fonction épuratrice : le sol est capable , par


le support physique qu'il constitue, par la circulation des
fluides, par la présence d'organismes vivants, de
transformer toute une série de produits qu'on lui apporte,
notamment des produits dont on veut se débarrasser.

Il y a aussi une fonction de support, une fonction de stockage


: c'est une sorte de garde-manger qui restitue l'eau ou les
minéraux au fur et à mesure des besoins de la plante.

Alors on peut parler de dégradation des sols à partir du


moment où l'une de ces fonctions est altérée.
42
Qu'est-ce que le sol ?
Le sol est une formation de surface, à propriétés
essentiellement dynamiques, souvent différencié en
couches distinctes, à constituant minéraux et/ou
organiques généralement meubles, résultant de la
transformation d'une roche-mère sous l'influence de
divers processus physiques, chimiques et biologiques et
différant de cette roche-mère par certains caractères
morphologiques, physiques, chimiques et biologiques.

43
 Le sol : une ressource aux multiples fonctions

 Une ressource naturelle

Le sol est la couche la plus externe, marquée par les êtres


vivants, de la croûte terrestre.

Il est le siège d’un échange intense de matière et d’énergie


entre l’air, l’eau et les roches.

Il est plus approprié de parler " des sols " et non " du sol ",
sachant qu'il s'agit en réalité de systèmes écologiques
complexes dont les aptitudes et les propriétés résultent
des échanges physiques, chimiques et biologiques entre
la fraction minérale et la fraction vivante.

44
La partie minérale du sol peut être considérée comme une
ressource non renouvelable dans la mesure où il faut au
moins de 1000 à 10000 ans pour former un sol.

Il suffit de quelques jours pour l'entraîner par érosion, sous


des climats agressifs.

La structure et les qualités agronomiques d’un sol étant le


fruit de cette longue construction dans laquelle l’histoire
agricole a sa place, chaque sol constitue un patrimoine
et un objet de développement durable.

Le potentiel biologique d'un sol constitue une fraction


renouvelable de cette ressource.

45
Elle inclut la matière organique, la faune, la flore, la
rhizosphère.

Son non-renouvellement ou sa dégradation entraînent une


modification, une perte partielle ou totale de ses
potentialités.

 Un bien individuel mais de portée universelle

La sensibilisation croissante de la communauté


internationale à la nécessité de protéger le sol comme
ressource, a engendré progressivement des initiatives
internationales.
46
 Des fonctions essentielles
Le sol remplit des fonctions indispensables à la vie
végétale, animale et humaine sur terre :

 Fonctions économiques :
- Le sol est le lieu de la production agricole et sylvicole;
- Il est une source de matières premières : argile, sable,
gravier,....
- Il sert de support aux constructions humaines :
bâtiments, infrastructures de transports…

47
 Fonctions écologiques

- Le sol est un puits pour le carbone : c’est un site majeur de


stockage du carbone provenant du CO2 atmosphérique.

- Il est une source potentielle d’émissions de gaz à effet de serre


(CO2, CH4, N2O) qui varient en fonction des écosystèmes (forêts,
zones humides, agrosystèmes,..).

- Par conséquent, le sol contribue pour une part à la régulation des


cycles naturels de l'eau, de l'air, des substances minérales et
organiques.

- C'est un maillon déterminant dans le flux incessant de l'énergie et


de la matière au sein de l'écosystème.

- Le sol est une source d'énergie et d'éléments nutritifs pour


l'ensemble de la diversité des organismes terrestres y compris
l'homme.

48
- Il est un réservoir immense de la biodiversité
microbienne et faunistique répartie entre les formes
libres des microorganismes présents dans les différentes
structures des sols et les formes liées aux systèmes
racinaires, aux animaux du sol et aux autres
microorganismes comme par exemple les champignons.

- Le sol est un milieu structuré offrant une diversité


d'habitats. Les micro- et macro-habitats du sol sont le
cadre d'activités et de refuges de nombreux organismes
vivants.

- Les sols ont un rôle dans la prévention de catastrophes


par inondation ou coulées de boues : importance de la
qualité d’absorption des sols.

49
- Les sols constituent un passage obligé intervenant
directement dans les modifications de la qualité de l'eau.

L'essentiel des eaux de pluie circulent dans des aquifères


superficiels et dans les sols avant de venir gonfler les
rivières essentiellement par un mode de circulation
diffus.

50
 Fonctions biologiques
Le sol est un réacteur biogéochimique qui assure des
fonctions de transformation, d’accumulation et de
transfert.
- Sol transformateur : dégradation de la matière organique
et autres substances, à l’aide d’organismes vivants.

- Sol réservoir : stockage et accumulation d’éléments en


fonction de leur solubilité.

- Sol échangeur / filtre : voie de passage vers d’autres


compartiments des écosystèmes.

51
 Un milieu exceptionnel d’expression de la biodiversité

Il est important d'insister sur le rôle fondamental de la vie dans les


sols, joué par la rhizosphère, les micro-organismes et la faune du
sol.

Sans micro-organismes telluriques, il n’y aurait pas de


décomposition organique (minéralisation, solubilisation, et
immobilisation) pas d’assimilations optimales par les racines, pas
de défenses naturelles de restauration des fonctions disparues
sous l'action d'une pollution et d'une contamination.

Les micro-organismes du sol, bactéries et champignons, se


nourrissent de la matière organique du sol. Ce faisant, ils libèrent
des éléments minéraux (nitrate, phosphate...) qu'absorbent les
plantes et ils participent à la synthèse des acides humiques.

Ces derniers vont alimenter des pools de matière organique de plus


en plus résistants dont le temps moyen de résidence dans le sol
peut atteindre plusieurs siècles.
52
Les macro-organismes créent des conditions qui stimulent
l'activité microbienne : les racines dans leur rhizosphère
; les vers de terre dans leur drilosphère ; certains
vertébrés fouisseurs, les multiples arthropodes
saprophages et les racines superficielles dans les
premiers centimètres du sol.

Toutes ces interactions impliquent des échanges de gaz


avec l’atmosphère terrestre (oxygène, gaz carbonique,
méthane, gaz azotés, ..)

D’autre part, l’eau (fraction hydrique essentielle) qui circule


en permanence entre tous les compartiments du sol, est
le substrat de vie indispensable à tous les
microorganismes bénéfiques ou pathogènes, elle est
assimilée par les plantes à travers leur système racinaire
ou ingurgitée par les animaux directement ou
indirectement lorsqu’ils se nourrissent.
53
Elle est le vecteur principal de la communication chimique
entre les organismes édaphiques c’est à dire présents dans
les sols ou y puisant leur énergie.

Elle est le support de particules en suspension et le moyen de


stockage plus ou moins long de molécules solubilisées, de
complexes chimiques qu’ils soient nutritifs ou toxiques,
assimilables ou non par les racines, la faune du sol, les
microorganismes.

Il n’est donc pas possible de bien en comprendre le cycle


sans une connaissance approfondie et intégrée de sa place
et ses fonctions dans chacun des compartiments du sol.

54
 Pourquoi étudier le sol ?

Le sol, composante essentielle de tous les écosystèmes


terrestres, est reconnu pour être à l’origine des 2/3 de la
production primaire exploitée par l'humanité pour sa nourriture,
son habitation, son énergie.

Les sols assurent également une part importante du cycle de


l'eau tant des points de vue hydraulique que biologique.

Il est un réservoir immense, probablement le plus important, de la


biodiversité microbienne dont l'exploration à grande échelle ne
fait que commencer.

L'exploration des fonctions microbiennes s’est fortement accrue


depuis le début du siècle et plus récemment grâce aux
techniques de la biologie moléculaire.

55
Nous voyons aujourd’hui émerger des applications
concrètes en matière de fixation de l’azote, ou la lutte
contre les pathogènes, grâce à l’essor des
biotechnologies.

La réussite de cette révolution biotechnologique demande


une approche intégrée du sol pris comme une entité
fonctionnelle à l’interface entre le vivant et le minéral.

La science des sols intègre de plus en plus l'action des


organismes vivants à son champ d'activité. Les rôles
irremplaçables de la racine, des bactéries, des
champignons et des animaux dans la formation,
l'évolution et le fonctionnement des sols sont de mieux
en mieux connus.

56
 Comment se forme le sol ?

Schématiquement, la formation d'un sol peut se


décomposer en trois phases qui se chevauchent, plus ou
moins, dans le temps:

- ALTERATION = décomposition de la roche-mère;

- HUMIFICATION = introduction de matières organiques


(humus);

- DIFFERENCIATION = migrations et accumulation de


certains éléments.
57
Le déroulement de ces phénomènes est plus ou moins
rapide, plus ou moins complet, sous l'influence de divers
facteurs (facteurs pédogénétiques): En un endroit
donné, le sol est la résultante de l'action combinée des
facteurs pédogénétiques: climat, roche-mère,
géomorphologie, organismes vivants, temps.

58
Processus de formation d’un sol
59
EVOLUTION DES AGROECOSYSTEMES

INTRODUCTION

En effet, le pire ennemi de l'humanité est sans doute les


sauts d'humeurs du climat qui réduisent la fertilité des sols,
affectent les rendements ou détruisent les récoltes,
acculant périodiquement des populations entières à la
disette, à la famine et aux pillages.

60
EVOLUTION DES AGROECOSYSTEMES
AGROECOSYSTEMES

Il est donc question ici de l'écosystème sol-plantes ou système


agraire.

En fait, un écosystème est en équilibre quand l'énergie produite


chaque année par la photosynthèse est égale à celle détruite par la
respiration et la décomposition de la matière organique du sol.

À l'opposé, l'écosystème , cultivé se solde par une perte énergétique


si on n'intervient pas pour le renouveler, car les récoltes entraînent
la perte de matière organique, d'eau, de minéraux, d'azote et de gaz
carbonique dans l'air et dans l'eau du sol.
61
AGROECOSYSTEMES

Or, contrairement à l'écosystème naturel, l'agroécosystème est


tributaire de l'intervention humaine.

Par le travail du sol ou l'ajout de substances nutritives, l'agriculteur


compense la perte d'énergie causée par la récolte ou par d'autres
facteurs.

Son but est d'augmenter le rendement de l'écosystème et la


productivité de son travail.

62
AGROECOSYSTEMES

AGROECOSYSTEME MODERNE

Depuis la première révolution industrielle, vers le milieu du X1Xe


siècle, l'agriculture n'a cessé d'intégrer le mouvement industriel.

Si l'énergie directe du soleil alimente encore l'écosystème naturel,


l'énergie fossile non renouvelable issue du long processus géologique
de transformation de la biomasse en carbures (charbon) et
hydrocarbures (pétrole, gaz naturel) vient en augmenter la
productivité.

63
AGROECOSYSTEMES

AGROECOSYSTEME MODERNE

Constatons les résultats de cette énergie ajoutée par rapport à un


couvert végétal naturel (écosystème) dont le facteur de conversion
moyen de l'énergie radiante du soleil est de 0,1%.

Les facteurs de conversion annuels des agroécosystèmes


produisent, par les récoltes, de 2 à 5 fois plus de biomasse utile que
l'écosystème naturel, soit 0,2 % pour les céréales, 0,4 % pour les
pommes de terre et 0,5 % pour le maïs.

64
AGROECOSYSTEMES

AGROECOSYSTEME MODERNE

Parmi les agroécosystèmes, celui du maïs est l'un des plus productifs.
Avant tout, son métabolisme en C4 lui permet d'assurer la
photosynthèse quand les stomates ne sont que partiellement
ouverts.

Par ailleurs, si la culture d'hybrides en a fait une espèce vigoureuse


et très améliorée, les apports d'énergie jouent un rôle important
dans cette productivité exceptionnelle.

Ceux-ci peuvent avoir différentes formes: engrais minéraux,


pesticides, semences de qualité, machinerie, électricité, carburant,
heures de travail et calories (joules) pour le séchage de la récolte.
65
AGROECOSYSTEMES

AGROECOSYSTEME MODERNE

L'azote, par exemple, joue un rôle biochimique très important parce


qu'il est un constituant des protéines.

Toutefois, il coûte son poids en pétrole, ce qui en fait l'élément le


plus énergivore.

La production d'un kilogramme d'azote sous la forme de nitrate


d'ammoniaque (34 %) ou d'urée (45 %) nécessite deux litres de
pétrole.

66
AGROECOSYSTEMES

DEBATS ACTUELS

Depuis la mondialisation, les principaux débats qui marquent le


développement de l'agriculture moderne sont communs à tous les
pays industrialisés et à tous les pays en développement.

Ce sont la dégradation des sols, la question du rendement versus


la pollution, les mesures antipollution, la faible productivité des
pays du Tiers-Monde, les plantes transgéniques et la question
de l'eau.

67
AGROECOSYSTEMES

DEBATS ACTUELS

Dégradation des sols

L'agriculture moderne impose des techniques culturales qui visent à


l'accroissement de la productivité, mais ces techniques marquent la
structure des sols de leur empreinte: l'affaiblissement du taux
d'humus épuise la capacité de production de la couche arable et les
rendements.

Au banc des accusés:


-les opérations du sol en périodes défavorables, souvent en
sols trop humides;
-la machinerie lourde qui entraîne le compactage ;
68
AGROECOSYSTEMES

DEBATS ACTUELS

Dégradation des sols

-la monoculture intensive qui cause une diminution de l'humus;

-la jachère ou labour d'été et les parcelles laissées à nu en hiver, qui


exposent le sol au martèlement des gouttes de pluie, ce qui dégrade
la structure, érode les sols et lessive les éléments fertilisantl04s ;

-les nombreux passages qui dessèchent et pulvérisent les sols lors de


la préparation du sol pour les semis.

69
AGROECOSYSTEMES

DEBATS ACTUELS

Dégradation des sols

Après le zonage agricole, la seconde priorité en agriculture doit


impérativement être la conservation des sols par l'entretien de leur
fertilité et la lutte contre l'érosion, car c'est une ressource non
renouvelable à court et à moyen terme.

70
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Rendement et pollution
Lorsque le rendement énergétique diminue (12 pour 1 contre 4 pour
1), la production augmente beaucoup, mais à quel prix? Or, le prix à
payer n'est pas strictement monétaire; bien qu'indirectement, il
touche aussi l'environnement et particulièrement les sols agricoles.

Le problème n'est pas simple. L'agriculture moderne, de type


industriel, a un impact négatif dans l'agroécosystème lui-même,
notamment en situation de productivité très élevée, à cause des
excès (surfertilisation).

Or, l'agriculture préindustrielle est peu productive et a un effet


appauvrissant sur le système sol-plantes.
71
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Rendement et pollution

La solution pour augmenter l'efficacité énergétique d'une culture


intensive de maïs consiste à remplacer les fertilisants minéraux
(surtout l'azote) par un engrais naturel, ce qui, de surcroît, améliore
la structure du sol et procure une protection contre l'érosion.

Pour atteindre le même résultat, il faudrait, dans un système avec


rotation et tous les deux ans, épandre 25 tonnes à l'hectare de
fumier de vache à teneur de 5,5 kg / t d'azote.

72
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Rendement et pollution

Même en calculant le coût énergétique de la manipulation d'une telle


quantité de fumier, l'énergie totale dépensée est trois fois moindre.

Malheureusement, la disponibilité ou la rentabilité d'une telle


quantité de fumier est irréalisable pour la très grande majorité des
exploitants dans les pays industrialisés.

73
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Rendement et pollution

Dans l'agriculture industrielle caractérisée par la monoculture, la


fertilité est plutôt dictée par la rentabilité financière du système;
l'énergie supplémentaire est apportée de l'extérieur et les autres
éléments du système (maladies, drainage, insectes, mauvaises
herbes) sont maîtrisés.

Le sol joue surtout un rôle de support pour les plantes. La


productivité d'un agroécosystème est toujours supérieure à celle d'un
écosystème naturel, et c'est normal, car c'est le but poursuivi.

Ce n'est toutefois pas le cas de son rendement énergétique.

74
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Mesures anti-pollution
Quoique au détriment de la durabilité, la surfertilisation assure que la
culture ne manque pas des éléments majeurs si déterminants dans la
production de hauts rendements.

On connaît la décision des pays industrialisés de réduire la pollution


de l'environnement causée, entre autres, par les abus d'engrais
minéraux et d'épandages de fumiers de ferme.

Une baisse de rendement des récoltes en découlera sans doute. Dans


certains cas, les moyens de remplacement pour la fertilisation vont
tarder à produire leurs effets et ne seront pas aussi efficaces.

75
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Mesures anti-pollution

Or, cette assurance a un coût; celui d'abord de la majoration réelle


des prix des fertilisants plus celui, beaucoup plus inquiétant, de la
pollution de l'environnement et de la dégradation des sols.

76
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Problématique du Tiers-Monde
La faible productivité et le sous-développement économique
affectent grandement le développement agricole des pays sous-
développés.

Avec son tracteur, sa machinerie moderne et ses engrais, l'agriculteur


d'un pays industrialisé offre une production des centaines de fois
supérieure à celle d'un paysan du Tiers-Monde dont l'ou tillage est
dérisoire.

77
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Pénurie de l’eau
En regard de la croissance de la population mondiale, la question de
l'eau s'ajoute à la diminution des terres agricoles pour détériorer la
situation de la production alimentaire.

La plus grande inquiétude vient du problème de disponibilité, de


qualité et de partage de l'eau douce.

Cette situation risque de faire obstacle aux moyens mis en œuvre


pour augmenter la productivité des sols arables, y compris les
nouvelles technologies de l'agriculture de précision et les plantes
transgéniques, disponibles par ailleurs dans les pays en voie de
développement.

78
AGROECOSYSTEMES
DEBATS ACTUELS
Pénurie de l’eau
La question de l'eau est si cruciale qu'elle est déjà à l'origine de
nombreuses guerres.

L'eau est souvent l'enjeu des guerres en Afrique ou au Proche-Orient.

Au Nigeria, une guerre de l'eau fait rage depuis quelques années.

À la fin des années 1960, Israël et la Jordanie se sont affrontés à


propos de l'utilisation et du partage de l'eau du Jourdain et de
l'importance stratégique d'une nappe phréatique, sur les hauteurs du
Golan.

79
CHAPITRE III: ORIGINE ET
CLASSIFICATION DES SOLS
Introduction
La qualité agricole d'un sol dépend d'une multitude de facteurs.

Par exemple, le fait qu'un sol favorise l'absorption des oligo-


éléments par les plantes peut dépendre tout aussi bien de sa
capacité de rétention d'eau, de son degré d'acidité que de sa teneur
en micro-organismes.

Or, les propriétés physiques, biologiques et chimiques des sols sont


directement liées à leur texture et à leur structure.

80
Introduction

Comme ces dernières sont le résultat de leur formation et de leur


évolution, on traitera d'abord de l'origine des sols et on précisera la
composition et la classification des sols canadiens et québécois de
ce point de vue.

On traitera également à fond de tous les éléments de la texture et


de la structure des sols en établissant les liens avec l'appréciation
de leur potentiel agricole et en présentant les divers classements
auxquels ils ont donné lieu.

81
2.1. ORIGINE DES SOLS
les roches issues de la solidification du gaz primitif forment,
lorsqu'elles se désagrègent, la charpente des sols que l'on connaît
aujourd'hui.

Il existe trois catégories de roches primitives:

-les roches éruptives ou ignées, venues des profondeurs de


l'écorce ;

-les roches métamorphiques ou cristallophylliennes, qui sont


des roches modifiées profondément par l'action thermique et
mécanique des déplacements de la croûte terrestre;

-les roches sédimentaires ou détritiques, qui dérivent de


roches préexistantes, désagrégées, altérées et déposées en couches
au cours des âges. 82
2.1. ORIGINE DES SOLS

Les roches éruptives sont intéressantes au point de vue de


l'exploitation minière.

Les roches métamorphiques présentent un intérêt commercial, car


elles peuvent servir à la fabrication de la brique et peuvent renfermer
du bitume ou du pétrole (schistes).

Les roches sédimentaires, qui dérivent des deux premières catégories,


sont des roches stratifiées qui, à leur tour, deviennent les matériaux
formateurs des sols, les plus importants en quantité et en qualité pour
l'agriculture.

83
2. ORIGINE DES SOLS

On appelle terrain l'ensemble des roches ou des sédiments qui se


forment au cours d'une même période géologique.

Ainsi, suivant leur mode d'origine, les terrains sont soit éruptifs, soit
métamorphiques, ou sédimentaires.

Des roches cristallines, comme le granite, et des matériaux


volcaniques, comme de la lave solidifiée, forment les terrains éruptifs.

Ceux-ci sont riches en minéraux exploitables. Cependant, au point de


vue agricole, le sol arable qui en résulte est peu profond et pauvre en
minéraux assimilables.

Dans le monde entier, les roches éruptives forment la fondation de


l'écorce terrestre.
84
2.1. ORIGINE DES SOLS
Les roches modifiées par les pressions et les températures élevées, et
souvent par les plissements de l'écorce terrestre, forment les terrains
métamorphiques.

Elles paraissent le plus souvent feuilletées, laminées et rubanées, tels


les schistes (tufs) et les ardoises.

Parmi les roches métamorphiques, on trouve le gneiss, le quartzite,


les schistes et les calcaires cristallins.
Les terrains sédimentaires résultent du transport et du dépôt de
roches éruptives et métamorphiques désagrégées ou décomposées.
On les reconnaît à leur composition; ce sont les terrains siliceux,
argileux, calcaires et organiques.

Ils jouissent tous d'un intérêt agricole capital et d'une importance


économique considérable 85
2.1. ORIGINE DES SOLS

2.1.1. Minéralogie des sols

Les roches qui forment les sols sont constituées de minéraux, La


minéralogie, qui étudie les éléments constitutifs des roches,
renseigne sur la composition et les propriétés des minéraux.

Bon nombre de minéraux servent à la production industrielle d'un


élément particulier, tels le fer, l'aluminium, l'uranium, etc.

Ces éléments sont appelés plus volontiers des minerais.

Ce qui résulte de l'altération des roches, c'est-à-dire les argiles, les


limons, les sables, les graviers, les cailloux, les grès, etc., est
transporté, remanié, puis déposé dans des sols différents, eux-
mêmes soumis à une évolution; ils sont tous constitués de minéraux.
86
2.1.1. Minéralogie des sols

Parmi les minéraux qui forment les sols, les plus importants sont les
feldspaths, les ferromagnésiens et quartz.

Les feldspaths sont à la base du kaolin, principal constituant de


l'argile; les ferromagnésiens, à la base des limons et des argiles
maigres; le quartz, à la base du sable.

Les feldspaths se rencontrent dans les roches éruptives comme le


granite et le gneiss.

C'est la désagrégation mécanique de ces derniers qui produit les


feldspaths, lesquels subissent à leur tour une lente mais constante
altération chimique.
87
2.1.1. Minéralogie des sols

Il en résulte un résidu insoluble doté de propriétés physico-


chimiques remarquables, le kaolin.

Le kaolin, qui doit son origine aux feldspaths, est l'élément essentiel
des argiles et des glaises.

Il a la propriété de retenir les principes solubles, notamment les


principes nutritifs pour la plante apportés au sol par les engrais
naturels ou artificiels.

Il est à noter, cependant, qu'un sol contenant plus de 40 % d'argile


est difficile à cultiver et manque souvent de perméabilité.

Les ferromagnésiens sont des minéraux riches en fer.


88
2.1.1. Minéralogie des sols

Ils s'altèrent au contact de l'oxygène atmosphérique et produisent la


limonite.

La présence de cette dernière colore les argiles maigres et les limons


que les cultivateurs désignent sous le nom de terres jaunes.

Le quartz est de la silice presque pure. Désagrégé, il forme des


dépôts de sable qui peuvent être remaniés par le vent: ce sont les
dunes, connues aussi sous le nom de sables mouvants ou éoliens.

89
2.1. ORIGINE DES SOLS

2.1.2. Formation et évolution des sols


Traditionnellement, on nomme sol la mince couche de terre dans
laquelle les plantes fixent leurs racines et puisent une partie de leur
nourriture.
Le sol n'est pas un milieu stable.

Il naît, il évolue, il atteint un état d'équilibre, ou bien il se dégrade.


C'est donc un milieu dynamique.
Il est aussi très complexe et très hétérogène.
En fait, le sol comprend trois composantes: solide liquide et
gazeuse. Les minéraux et la matière organique forment la partie
solide.
Exception faite organiques, les minéraux prédominent toujours.
L’eau et l'air occupent les espaces laissés entre les particules solides
de sol. 90
2.1.2. Formation et évolution des sols

Selon la nature du sol, la proportion de chacun d'eux s'en trouve


affectée.
Par exemple, si la quantité d'eau augmente, celle de l'air diminue, et
vice versa.
Trois agents contribuent à la formation des sols.

Selon l'importance de l'un ou de l'autre de ces agents, la nature même


du sol varie plus ou moins (composition, caractère, couleur), ainsi que
son épaisseur. Ce sont:
-l'altération des divers types de roches;

- les forces climatiques et d'autres agents physiques;

-les activités des organismes animaux et végétaux vivant dans le


sol ou à sa surface, et leur décomposition après leur mort.
91
2.1.2. Formation et évolution des sols

Les principales forces qui agissent sur la désagrégation et l'altération


des roches sont d'abord d'ordre physique, puis d'ordre chimique et
biologique, et elles se combinent entre elles.

C'est ainsi que l'on distingue trois processus distincts dans la


formation et l'évolution d'un sol:

- La désagrégation mécanique et chimique des roches et


l’altération chimique de leurs constituants minéraux, sous l’action des
agents climatiques et organiques;

-l'accumulation des résidus végétaux et leurs transformations


qui donnent naissance à l'humus;

92
2.1.2. Formation et évolution des sols

-les migrations, à l'intérieur du sol, d'éléments dissous et de


particules en suspension dans l'eau.

Ces trois processus s'opèrent simultanément, mais l'un ou l'autre


prédomine, selon l'âge du sol, dans l'ordre indiqué.

Parmi les facteurs qui contribuent à la formation mécanique des sols,


la désagrégation par l'érosion, le gel et le dégel de la roche mère,
suivie de l'action chimique de l'eau, de l'oxygène et du gaz
carbonique, confèrent généralement au sol qui en résulte son
caractère décisif.

93
2.1.2. Formation et évolution des sols

Ainsi, une roche calcaire produira un sol à caractère argileux avec


une réaction alcaline.
La désagrégation du grès ou du granite donnera, au contraire, un
sol à caractère sableux et à réaction plus ou moins acide.

Une fois la roche mère altérée et désagrégée, les matériaux


originels se transforment en sols par le processus d'éluviation.

Le terme éluviation désigne les déplacements des matériaux du


sol.

En effet, les composés du sol peuvent passer en solution ou en


suspension dans l'eau du sol et, sous l'action de l'écoulement,
être entraînés vers le bas.
94
2.1.2. Formation et évolution des sols

Soit par gravité, soit par réactions chimiques, de nombreux éléments


du sol sont déposés en strates ou simplement délavés et perdus dans
l'eau de drainage.

La matière organique joue un rôle essentiel dans la formation des


sols.
Les végétaux, de leur vivant et au moment de leur décomposition,
produisent des acides organiques capables de dissoudre des
minéraux insolubles dans l'eau.

D'autres acides organiques forment des complexes avec des


minéraux de fer et d'aluminium très peu solubles qui précipitent dans
les sols très acides.
95
2.1.2. Formation et évolution des sols

Enfin, des anions sont libérés lors de la décomposition de la matière


organique.

Comme ils, sont le plus souvent très mobile et délavés, Ils entraînent
avec eux autant de cations, généralement des bases.

Voici un exemple d’évolution d’un sol en climat tempéré, comme dans


le sud du Québec.

Une roche mise à nu est d’abord colonisé par une végétation


d’espèces pionnières: lichens, mousses et herbes.
96
2.1.2. Formation et évolution des sols

On assiste ensuite à une évolution parallèle du sol et de la


végétation; puis la roche mère transformée en sol jeune est
progressivement colonisée par des arbustes.

Enfin, l’évolution terminée montre un sol en équilibre avec la


végétation.

Cet équilibre naturel entre sol et la végétation à pour nom Climax.

Dans les régions tempérées, comme au Québec, le climax est le plus


souvent une forêt.

Il faut compter des milliers d’années pour atteindre le climax.


97
2.1.3. Profil des sols

La classification des sols s’appuie sur la formation et l’évolution des


sols, elles-mêmes dépendantes des caractères de la roche mère, de
l’accumulation et de la décomposition de la matière organique, du
régime d’eau et du climat en général.

Or, lors de la formation des sols au cours des siècles, il se dépose des
couches minérales disposées horizontalement par suite du processus
d’éluviation, et ces strates ou horizons distincts sont facilement
observables.

Il s’effectue des déplacements d’un horizon à un autre par suite par


suite du processus d’illuviation, c’est-à-dire une accumulation due à
la migration d’éléments provenant d’un autre horizon.

98
2.1.3. Profil des sols

Par conséquent, l’examen des profils des sols renseigne sur la


formation et l’évolution des sols et devient un outil indispensable à
la classification moderne des sols.

Horizons

Le plus souvent, on divise le sol en trois horizons que l'on désigne par
les lettres A, B et C.

- L'horizon A est un horizon de surface. Il contient de la


matière organique, mais il est souvent appauvri en colloïdes (argile),
en fer et en chaux par lessivage.

Les sols cultivés n'ont pas d'horizon A différencié.


99
2.1.3. Profil des sols

Horizons
- L'horizon B diffère de l'horizon A par sa structure
généralement plus compacte et par l'absence de matière organique.
Il diffère du matériau originel par son altération plus profonde. Il est
riche en colloïdes, notamment en argile et en fer, mais il l'est moins
en humus.

- L'horizon C constitue la roche mère ou matériau originel


peu altéré, le plus souvent de type agglomérat.
Certains sols n'ont pas d'horizon B. Certains sols temporairement
gorgés d'eau développent aussi un horizon G. Egalement nommé
horizon à gley, l'horizon G, de couleur grise ou bleu verdâtre et
parsemé de taches rouille, se développe à la limite supérieure d'une
nappe d'eau permanente; il est le plus souvent interposé dans
l'horizon B, moins souvent dans le A. 100
2.1.3. Profil des sols

Etude du profil d’un sol


Pour étudier le profil d'un sol, on creuse d'abord une tranchée d'au
moins 1 m de profondeur et on observe la coupe du sol.

On y trouve des couches superposées d'épaisseur, de couleur, de


texture et de structure distinctes ; ce sont les horizons. la section
verticale de l’ensemble de ces horizons forme le profil d'un sol.

La méthode utilisée consiste à observer et à décrire les différents


horizons aussi minutieusement que possible et à les comparer.

Cette comparaison renseigne le spécialiste sur l'évolution du sol,


surtout après analyse en laboratoire d'échantillons prélevés au
niveau de chaque Horizon.
101
2.1.3. Profil des sols
Etude du profil d’un sol

Les propriétés des jeunes sols et des sols peu évolués sont très
proches de celles de la roche mère.

Certes, cette dernière peut jouer un rôle déterminant dans le


processus d'évolution d'un sol; c'est, cependant, le climat et surtout
la richesse en calcium et en magnésium du sol qui influencent
considérablement son profil.

Notons que le calcium et le magnésium sont deux minéraux qui


peuvent ou provenir de la roche mère, ou avoir ajoutés au sol (Figure
2.1).

102
Zone
d’éluviation

Zone
d’illuviation

Matériaux
originels

Figure 2.1:

103
2.1.3. Profil des sols
Etude du profil d’un sol

lorsqu'un sol contient du calcium et du magnésium, la matière


organique en présence de ces minéraux est rapidement transformée
en humus.

l'humus freine le lessivage, favorise la vie biologique, influence


grandement le taux de saturation du complexe absorbant, donc la
richesse du sol, et retarde l'altération des roches à cause de la
neutralisation des acides.

Le profil d'un tel sol est de type AC.

104
2.1.3. Profil des sols
Etude du profil d’un sol

Dans un sol où la roche mère est acide ou pauvre en calcium et en


magnésium, la matière organique se décompose et se transforme
lentement en humus; il en résulte un important lessivage.

le profil d'un tel sol est de type ABC.

Un profil de sol hypothétique est montré à la figure 2.1.

105
2.1.3. Profil des sols

Migration des Substances

Ainsi, la formation des horizons n'est possible que s'il y a dissolution


et migration de diverses substances.

La dissolution fournit les éléments nutritifs aux plantes, et la


migration les accumule dans certains horizons en tant qu'éléments
de réserve ou les entraîne dans les eaux de drainage (pertes).

la migration est soit descendante, dans les climats humides comme


au Québec, soit ascendante, dans les climats plus secs ou lorsque la
nappe d'eau est élevée.

106
2.1.3. Profil des sols

Migration des Substances


les composés migrants sont nombreux. Ce sont:

-les cations Ca++, Mg++, Na+ et K+ ;

-le fer, sous forme d'hydroxydes (ciment des sables)


ou de complexes colloïdaux (avec alumine, humus et argile) ;

-l'humus, sous forme de complexes ferro ou ferrihumiques, en


milieu acide, et de complexes argilohumiques, en milieu moins acide
ou alcalin ;

-les carbonates, sous forme de bicarbonates;


- l'argile;
-les phosphates, mais en très petites quantités. 107
2.1.3. Profil des sols

Migration des Substances


La migration des différents composés, dans le profil du sol, est
influencée par les facteurs suivants:

- Les précipitations

- la porosité de la roche mère ,

-la réaction du sol (pH) ;

- la nappe phréatique

-la présence de couches imperméables;

- le relief;
108
-les animaux fouisseurs.
2.1.3. Profil des sols

Caractéristiques du sols de surface


Le sol de surface, mieux connu du praticien paysagiste et du
producteur agricole sous le nom de topsoil, correspond à l’horizon A;
le sous-sol correspond à l’horizon B.

En sol cultivé, on donne au sol de surface le nom de terre arable, ou


couche Ap, ou horizon Ap.

Ce sol correspond à la terre remuée par les instruments aratoires (de


10 à 25 cm) et modifiée par la décomposition de la matière
organique.

En terrain non cultivé, le sol de surface s’identifie à cette couche de


couleur plus ou moins foncée due à la présence de matière
organique, l’humus. 109
2.1.3. Profil des sols
Caractéristiques du sols de surface
En règle générale, on peut dire que l'horizon A est de couleur plus
foncée que les horizons inférieurs, en raison de sa teneur élevée en
humus.

Les matières vivantes y abondent: bactéries, algues et champignons


côtoient protozoaires, nématodes, insectes et autres petits animaux.

Parce qu'elle est en surface, l'eau de pluie délave d'abord les


éléments fertilisants contenus dans l'horizon A qui s'infiltrent dans les
horizons inférieurs.

De plus, l'humus qui caractérise l'horizon A acidifie légèrement l'eau


du sol et augmente son pouvoir dissolvant, ce qui ajoute au lessivage
de certains sols.
110
2.1.3. Profil des sols
Caractéristiques du sols de surface

Il se perd beaucoup de chaux de cette façon, de sorte qu'un horizon


de surface reposant sur un matériau originel alcalin est souvent
acide.

cette eau ne s'évapore pas; elle s'infiltre en profondeur dans le sol,


entraînant avec elle les substances solubles et les particules en
suspension.

Généralement, le sol de surface est très mince sur les pentes, alors
qu'il est souvent enfoui ou complètement détruit sur les terrains en
construction.
111
2.1.3. Profil des sols

Caractéristiques du sous-sol

Le sous-sol, lorsqu'il est de composition semblable à celle de l'horizon


A, est toujours plus compact que le sol de surface.

Il est normalement collant lorsqu'il est humide.

En effet, il renferme souvent beaucoup d'argile dont une bonne partie


provient du lessivage du sol de surface.

Dans les sols cultivés, le sous-sol est normalement plus pâle que
l'horizon A, étant donné qu'il n'y a pas d'humus.

II est parfois rouge, lorsque de l'oxyde de fer s'y est accumulé.


112
2.1.3. Profil des sols

Caractéristiques du sous-sol

Celui-ci peut cimenter les particules argileuses du sous-sol en une


masse dure nommée couche indurée.

Lorsque cela se produit, les racines se heurtent à un sous-sol


impénétrable et doivent lutter contre les difficultés de drainage que
cela implique.

L'évolution d'un sol commence par un horizon B qui s'épaissit et


devient plus compact. La composition et l'aspect de cet horizon
peuvent se modifier si les substances qui y sont entraînées
changent au cours de la formation du sol.

113
2.1.3. Profil des sols

Caractéristique de la base géologique

Les horizons A et B reposent sur une substance minérale d'origine


géologique qui leur a donné naissance, c'est-àdire des sols résiduels,
ou qui n'a aucune relation avec eux, donc des sols transportés.

Cette substance, c'est-à-dire la roche mère ou le matériau originel,


forme l'horizon C.

L'horizon C joue un rôle prépondérant lorsque le sol est jeune et peu


évolué, mais son influence s'atténue généralement quand ce sol
atteint son équilibre (climax).

Il est à noter que certaines roches mères calcaires impriment au sol


une évolution particulière.
114
2.1.3. Profil des sols

Caractéristique de la base géologique

En général, une teneur élevée en chaux diminue les lessivages, car


les composés organiques sont toujours moins solubles dans une
telle condition.

Dans d'autres types de sols, les horizons C imperméables, tels les


schistes et les argiles, freinent les lessivages.

De même, les sols qui reposent sur du granite sont moins lessivés
que ceux qui reposent sur du grès ou du quartz (sables quartzeux).

115
2.2. IMPACT DES GLACIATIONS
Les glaciations du Quaternaire ont une durée moyenne de 100 000
ans, chacune séparée par une très longue période interglaciaire que
caractérise un très fort retrait des glaciers, accompagné d'un lent
réchauffement marqué du climat.

En Amérique, la dernière glaciation, celle du Wisconsin, couvrait 97


% de tout le Canada et, aux États-Unis, seulement une partie de la
NouvelleAngleterre et une autre, petite, au sud des Grands Lacs.

Elle a commencé lentement il y a 100 ka et atteint sa progression


maximale vers le sud il y a entre 25 et 15 ka, selon les endroits.

116
2.2. IMPACT DES GLACIATIONS

La région de Montréal était recouverte par un glacier d'une


épaisseur de trois à quatre kilomètres, et l'eau des océans était de
70 à 90 m sous le niveau actuel.

Puis les glaciers ont fondu rapidement presque à leur position


actuelle, il y a la ka ; une longue période de climat froid s'en est
suivi dans la région auparavant recouverte de glace.

117
2.2. IMPACT DES GLACIATIONS

La fonte rapide des glaciers a laissé, entre Montréal et Québec, une


vaste étendue d'eau appelée mer de Champlain qui, en se retirant, a
donné la vallée du Saint-Laurent.

Le retrait des glaciers a laissé derrière lui le paysage actuel:

- un terrain érodé vallonné mais assez nivelé, puisque


la moitié du territoire québécois se situe entre 300 et 600 mètres
d'altitude et très peu au-dessus de 600 mètres (7 %) ;

- des dizaines de milliers de lacs, sans compter les Grands Lacs


d'Amérique qui étaient en formation sous le poids des glaciations
précédentes;
118
2.2. IMPACT DES GLACIATIONS

- d'importants dépôts de gravier et de sable (carrières).

La dernière glaciation a donc grandement influencé l'origine et la


distribution des sols au Québec partout où les glaciers étaient
présents.
On reconnaît trois régions géologiques au Québec. Le Bouclier
canadien, qui couvre tout le nord de la province, soit 80 % de sa
superficie, est un vaste plateau parsemé de lacs et de rivières.

Le Bouclier est couvert de vastes forêts de conifères au sud, mais est


dénudé au nord, où la forêt est remplacée par de grandes aires
parsemées d'affleurements rocheux et couvertes de marécages
(toundra). Ces forêts de conifères sont maintenant exploitées pour la
pulpe.
119
2.2. IMPACT DES GLACIATIONS

La moitié de la partie sud du Bouclier canadien est occupée par les


Laurentides, vaste plateau couvert de forêts boréales, très courues
par les plaisanciers et les vacanciers; on y trouve 5 % du territoire en
sol arable, le plus souvent près du fleuve Saint-Laurent.

L'autre région, plus au sud, la vallée et les basses terres du Saint-


Laurent comprennent une série de terrasses en pente douce vers le
fleuve. Le terrain est peu élevé, à 150 mètres au-dessus de la mer en
moyenne, et le sol est fertile.

Quatre-vingt-dix pourcents de la population du Québec occupent ce


territoire coincé entre le Bouclier canadien et l'autre région
géologique, celle des Appalaches.
120
2.2. IMPACT DES GLACIATIONS

La région appalachienne, caractérisée par une section d'une vieille


chaîne de petites montagnes qui s'étire de Terre-Neuve à l'état de
l'Alabama aux États-Unis, présente un terrain vallonné parsemé ici et
là de petites plaines et de plateaux couverts de sol arable.

Riche en lacs et en forêts mixtes, cette région, dont les Cantonsde-


l'Est et une partie des Bois-Francs forment le cœur, est coincée plus
au sud entre le lac Champlain et la ville de Québec.

121
2.3. CLASSIFICATION DES SOLS

Il existe plusieurs méthodes de classification des sols.

Les classifications modernes s'appuient sur les caractères des sols et


chaque groupe est défini par un ensemble de caractères et de
propriétés traduisant le mécanisme de son évolution.

C'est ainsi que l'on distingue la classification des sols selon les
matériaux originels, la classification canadienne, qui s'appuie sur les
profils des sols, et la classification selon le potentiel agricole.

Il existe aussi des systèmes de classement fondés uniquement sur la


texture et la structure des sols; ils seront donnés dans les sections
appropriées .

122
2.3. CLASSIFICATION DES SOLS

2.3.1. Classification selon les matériaux originels

La classification des sols reposant sur les matériaux originels tient


compte de leur origine géologique et de l'agent de transport.

Elle distingue donc les sols résiduels, qui sont des sols minéraux restés
sur place, des sols transportés, qui sont charriés par l'eau, les glaciers
en mouvement, le vent et la force de gravité (tableau 3.1).

À ces classes de sols s'ajoute celle des sols organiques provenant de


résidus organiques décomposés sur place.

123
2.3. CLASSIFICATION DES SOLS

2.3.1. Classification selon les matériaux originels

La classification comporte donc huit classes et sous-classes de sols:

- les sols résiduels,

- les sols marins, lacustres ou alluviaux, - les sols glaciaires,

- les sols éoliens,

- les sols colluviaux,

- les sols organiques.

124
3.1: Classification des matériaux originels des sols

125
2.3.1. Classification selon les matériaux originels
Sols résiduels

Les sols résiduels sont les dépôts qui reposent sur le conglomérat,
c'est-à-dire sur la roche formée de blocs agglutinés par un ciment
naturel, et qui sont restés au même endroit.

Ils sont formés de la poussière de la roche mère accumulée sur place.


Les sols qui dérivent de la désagrégation des schistes (tufs) sont plus
fertiles et possèdent de meilleurs caractères physiques que les sables
ordinaires.

126
2.3.1. Classification selon les matériaux originels

Sols marins, lacustres ou alluviaux

Les sols marins et lacustres proviennent des matériaux déposés dans


l'eau salée, dans le premier cas, et douce, dans l'autre cas, puis laissés
à sec par une baisse du niveau d'eau ou par un soulèvement de terrain.

Par exemple, la Floride est un dépôt marin. Les alluvions sont des
dépôts ou sédiments de matériaux au sein des eaux d'un cours d'eau
récent, par exemple un delta.

127
2.3.1. Classification selon les matériaux originels
Sols glaciaires
Il y a plusieurs milliers d'années, les glaciers recouvraient tout le Canada et
s'étendaient jusqu'au sud des Grands Lacs; la fin de la dernière période glaciaire
remonte à 14 000 ans.

Les glaciers avancent, stationnent ou reculent et déposent sur leur passage des
débris rocheux appelés moraines. Ces débris de diverses natures sont, toutefois,
caractéristiques.

En effet, les moraines sont généralement faites de terre et de pierres de toutes


sortes: amas de graviers, cailloux de toutes dimensions, argiles à blocaux ou tills,
gros blocs rocheux erratiques, etc.

Ils sont transportés par les glaciers et déposés pêle-mêle ou remaniés par les eaux.

Les sols glaciaires sont donc principalement constitués d'argiles et de sables


stratifiés.
128
Sols glaciaires

Les moraines sont à l'origine de sols grossiers, peu profonds, pauvres


en principes nutritifs et souvent à surface accidentée.

Sans être impropres à l'agriculture, les sols morainiques sont difficiles


à cultiver pour des diverses raisons.

Comme il existe plusieurs types de moraines, on peut distinguer trois


catégories de terrains morainiques, au point de vue agricole: la
moraine frontale ou terminale, la moraine de fond et la moraine
frontale remaniée.

129
Sols glaciaires

Moraine frontale ou terminale


La moraine frontale ou terminale est constituée de dépôts qui ont été
laissés à l'extrémité inférieure du glacier.

Le terrain formé d'une telle moraine comprend des éléments grossiers


formés de cailloux, de graviers et de gros fragments de roches; c'est ce
qui reste de la moraine frontale ou terminale après que l'eau de fonte
du glacier a transporté plus loin les éléments à texture plus fine.

La topographie d'un tel terrain est le plus souvent accidentée. Les sols
qui en résultent se prêtent mal à l'agriculture et conviennent mieux à
la végétation forestière.

130
Sols glaciaires
Moraine de fond
La moraine de fond a été déposée par le glacier en fusion pendant de nombreuses
années successives.

Beaucoup de débris qui étaient jusqu'alors retenus dans la glace se sont détachés du
glacier et, à la fonte de cette glace, ils se sont déposés sur place.

Le terrain formé d'une moraine de fond est constitué d'éléments rocheux de toutes
dimensions et de forme anguleuse, associés à des argiles à blocaux (blocs arrondis et
striés) ou tills parce que la moraine de fond n'a pas été remaniée par les eaux de
ruissellement.

Les moraines formées d'argiles à blocaux ont donné des sols très fertiles mais qui, le
plus souvent, se prêtent mal à la culture, car ils occupent le fond des vallées où le
drainage se fait difficilement.

Ils conviennent toutefois bien aux prairies et aux pâturages quand le drainage est
satisfaisant.
131
Sols glaciaires
Moraine frontale remaniée
La moraine frontale est constituée de roches sédimentaires qui ont été laissées au
passage du glacier.

À l'extrémité sud du glacier, la fonte est plus rapide; les éléments fins, les sables et
les argiles sont alors remaniés par l'eau.

Sous l'énorme poids du glacier, la croûte terrestre s'est affaissée et les eaux de la
mer ont submergé cette dépression qui correspond à ce qu'on a appelé la mer de
Champlain.

L'eau de fonte du glacier, plus abondante pendant cette période de réchauffement,


ainsi que l'eau des rivières glaciaires et l'eau de la mer ont remanié et stratifié les
dépôts glaciaires qui ont été charriés dans cette dépression de la vallée très agrandie
du fleuve Saint-Laurent, devenue une immense plaine.
132
2.3.1. Classification selon les matériaux originels
Sols éoliens

Les sols éoliens sont des dépôts formés par le vent et constitués de
sables, de limons, ou des deux à la fois.

Les dunes sont essentiellement constituées de sables fins.

Transportés par le vent, ces dépôts peuvent couvrir de vastes


étendues.

133
2.3.1. Classification selon les matériaux originels
Sols colluviaux
Les colluvions sont des dépôts de matériaux hétérogènes en mélange qui, sous
l'action de la force de gravité, ont été entraînés le long d'une pente vers la base.

On trouve donc des sols colluviaux au bas des pentes et sur le pourtour des collines
où l'eau de ruissellement a accumulé des sédiments.

Ce sont, en fait, des alluvions locales qui ne couvrent que de petites surfaces.
Les sols colluviaux contiennent des proportions variables de sable fin, de limon et
d'argile.

Ils sont généralement inclinés en pente douce, et de fertilité variable.

Quand ils sont principalement constitués de sable, ils se prêtent bien à la culture des
fruits; quand c'est la portion limoneuse ou argileuse qui domine, ils conviennent
plutôt aux cultures sarclées.

134
2.3.1. Classification selon les matériaux originels

Sols organiques
Les sols organiques diffèrent des sols étudiés jusqu'ici, qualifiés de sols
minéraux.

Ils contiennent une grande quantité de matière organique


décomposée et proviennent généralement de tourbières.

Une tourbière consiste en un dépôt de tourbe qui se forme sur place.


Les tourbières sont souvent exploitées pour leur tourbe qu'on utilise
comme amendement, mais elles sont souvent ceinturées d'une bande
de sol organique qui présente un intérêt agricole.

Les tourbières drainées et dans un état de décomposition plus avancé


sont exploitées pour certaines cultures.
135
Sols organiques
Les tourbières prennent naissance dans des marécages ou des lacs peu
profonds.

Il faut une eau peu profonde, limpide, sans cesse renouvelée, mais
lentement, sur un fond plutôt imperméable.

Dans ces conditions, les mousses, les carex, les joncs, les prèles et les
gr aminées s'accumulent progressivement.

La succession de la végétation procédant sans cesse de bas en haut, la


base du tapis végétal se décompose sous l'eau, à l'abri de l'air.

Le climat étant froid, la décomposition est incomplète et le terreau


s'accumule sur une épaisseur de moins de 0,3 à 6 m et davantage.

Une tourbière produit de 0,30 à 1,20 m de tourbe par siècle. 136


Sols organiques
Si l'eau d'origine était riche en éléments nutritifs et que le climat était
chaud et humide, la tourbe est constituée d'une association de plantes
herbacées et ligneuses.

Si, au contraire, l'eau d'origine était pauvre en substances nutritives et


que le climat était froid et humide, la tourbe est à base de sphaignes,
plus ou moins mélangées d'hypnes, de carex, de linaigrettes et
d'autres plantes hydrophiles.

Dans les conditions intermédiaires, on trouve les tourbières mixtes qui


renferment des mousses, des plantes herbacées et ligneuses, y
compris des conifères.

137
Sols organiques

les vieilles tourbières, celles qui sont au dernier stade de formation,


sont plus ou moins couvertes d'arbrisseaux avec, ça et là, quelques
arbres qui aiment les sols très humides.

Lorsqu'elles sont défrichées et assainies, ces tourbières deviennent des


terres noires cultivables.

138
139
CHAPITRE IV: MORPHOLOGIE DES
SOLS
Introduction

Le sol n'est pas formé d'espèces, mais c'est un milieu organisé qui
se modifie progressivement dans l'espace et dans le temps.

Cette organisation du sol se traduit dans une morphologie qui évolue


depuis la surface du sol jusqu’en profondeur, d’un point à l’autre
de l’espace géographique ou encore selon les saisons et les
années.

Observer la morphologie du sol permet de :


- reconnaître les traits majeurs d’un sol et en déduire des
comportements, en matière de fertilité des sols, de risque de
transferts rapides des polluants ou encore de sensibilité des sols à
des dégradations physiques et chimiques ;

- échantillonner à bon escient pour des analyses physico-


140
chimiques ou biologiques détaillées.
 Les niveaux d’organisation

Les constituants des sols sont organisés les uns par rapport
aux autres depuis l’échelle moléculaire jusqu’à celle des
paysages.

Quatre niveaux d’organisation sont accessibles à


l’observation directe sur le terrain (Ruellan et Dosso,
1993) :

- l’agrégat (de quelques mm à quelques dm) : ensemble


cohérent de particules élémentaires;

141
- l’assemblage : association d’agrégats

Figure 2.1:Agrégat élémentaire et ensemble d’agrégats


constituant un assemblage

142
-l’horizon (de quelques cm à quelques mètres) : couches
de sol reconnues homogènes sur le plan morphologique

Figure 2.2: Limites horizontales d’un sol développé sur


schiste
143
- la couverture pédologique : ensemble tridimensionnel d’horizons

Figure 2.3 : Couverture pédologique développé sur


falum calcaire
144
 Les critères morphologiques
 1er critère morphologique : la couleur
 Les variations de couleur

La couleur d’un volume de sol est déterminée par référence à


un code international de couleur : la charte Munsell
(Munsell Soil Color Chart).

Chaque couleur est repérée dans un système de trois


variables :
- la teinte (hue) correspondant à une même planche du code
Munsell ;
- la clarté (value) ;
- la pureté (chroma).

145
Figure 2.4 : Extrait de la charte Munsell
146
Comme la couleur des sols change en fonction de leur état
d’humidité, il faut la décrire aux états sec et humide ou
systématiquement à l’état humide, si besoin en réhumectant
l’échantillon.

Les variations de couleur au sein des sols peuvent être


graduelles ou progressives que ce soit verticalement ou
latéralement.

147
Au sein d’un même horizon, la couleur peut être homogène,
mais il peut également exister des volumes de couleurs
différentes, qu’il faut repérer dans le code Munsell et en
décrire l’abondance relative, la forme, le contraste et leurs
relations avec les agrégats, la porosité ou des constituants
spécifiques.

148
 La signification des couleurs
Les couleurs des sols traduisent soit la présence de
constituants particuliers, soit résultent de différents
mécanismes physico-chimiques ou biologiques.

On peut de ce fait proposer les interprétations suivantes de la


couleur :

 Couleur brun-noir
Elle traduit généralement la présence de matière organique,
éventuellement la présence de manganèse (MnO2) quand
elle est présente par taches.

149
Au sein d’un même contexte pédologique, l’abondance de la matière
organique est corrélée à une couleur de plus en plus sombre.

Il est néanmoins risqué de quantifier la teneur en matière organique d’un


sol à partir de la seule observation de sa couleur.

150
 Les couleurs vives associées aux formes du fer
Le fer colore fortement le sol dans une couleur différente selon
son état :

rouge sang = hématite (oxydes ferriques : Fe2O3) : peut


se former sous des climats à saison sèche marquée

151
beige = goethite (hydroxydes ferriques : FeO(OH)

152
bleu-grisâtre = présence de fer ferreux
Cette couleur traduit d’existence d’un milieu engorgé par l’eau dont le
potentiel rédox baisse progressivement sous l’action des processus de
respiration des microorganismes du sol, jusqu’à permettre la réduction
du fer ferrique en fer ferreux.

On peut ainsi distinguer :


un horizon de couleur bleu-grisâtre homogène ->horizon réductique (gley) :
la réduction est permanente ;

153
un horizon bariolé présentant une association de zones
grises et de zones rouilles -> horizon rédoxique
(pseudogley) : alternance de périodes de réduction et
d’oxydation

154
LA TEXTURE ET LA STRUCTURE DES SOLS
Introduction
Les sols arables sont composés de trois éléments de base: les
particules minérales, le calcaire et l'humus.

Ces éléments, suivant leur proportion, confèrent à chaque sol un


caractère physique particulier.

Les deux plus importantes propriétés physiques d'un sol dépendent


de sa texture, déterminée par la grosseur des particules, et de sa
structure.

Au point de vue agricole, la structure d'un sol est tout aussi


importante que sa texture.

155
Introduction

Par le terme structure, on réfère à l'agrégation ou à l'assemblage des


particules de sol.

Or, si les particules minérales sont déterminantes pour la texture d'un


sol, la teneur en humus en améliore la structure et le pouvoir
absorbant proportionnellement à la quantité présente.

Par ailleurs, le calcaire transformé en carbonate de chaux améliore la


structure des sols argileux et, en présence d'humus, favorise la
cohésion des sols
sablonneux.

156
LA TEXTURE ET LA STRUCTURE DES SOLS

 LA TEXTURE
Par texture, on entend la dimension des particules d'un sol, ou mieux,
les proportions en poids centésimal des différentes particules d'un
même sol.

La texture d'un sol exerce une grande influence sur les autres
propriétés physiques de ce sol, de même que sur ses propriétés
chimiques et son adaptation économique aux différentes cultures.

Aussi est-il important de bien la connaître pour pouvoir déterminer le


traitement qui convient à ce sol et y implanter les cultures qui peuvent
le mieux y réussir.

157
 LA TEXTURE
 Fractions du sol
On détermine la composition élémentaire d'un sol par l'analyse
mécanique ou granulométrique.

Les systèmes américain et canadien reconnaissent sept classes de


particules; ce sont, en fait, les particules minérales de moins de 2,0
mm, dont les noms et les limites de taille sont indiqués dans le
tableau 1

Dans la pratique, on partage tous les sols minéraux arables en trois


grandes fractions minérales selon la grosseur de leurs particules:

-le sable, dont les particules grossières sont le principal


constituant des sols légers;
-le limon, dont les particules moyennes prédominent
dans les sols francs ou loams ; 158
Tableau 1: Sept classes de particules de sols

Classes de sols Diamètres des particules


Sable très grossier de 2,0 à 1,0 mm
Sable grossier de 1,0 à 0,5 mm
Sable moyen de 0,5 à 0,25 mm
Sable fin de 0,25 à 0,10 mm
Sable très fin de 0,10 à 0,05 mm
Limon de 0,05 à 0,002 mm
Argile moins de 0,002 mm

159
 Fractions du sol

- l'argile, dont les particules fines caractérisent les sols lourds.

Il est à noter que, dans le cas présent, les qualificatifs léger et lourd
n'impliquent pas une idée de poids mais plutôt de cohésion et de
résistance.

Un sol léger ne pèse pas moins qu'un sol lourd ; néanmoins les travaux
de culture y sont plus aisés, parce qu'il s'ameublit plus facilement.

160
 Fractions du sol
Sables

Les sables sont rudes et abrasifs au toucher; leurs particules grossières


ne s'agglomèrent guère, même lorsqu'elles sont humides.

Ils contiennent des cailloux, des gros graviers et des graviers fins.

161
 Fractions du sol
Limons

Les limons secs ont un aspect poudreux; lorsqu'ils sont humides, ils
sont onctueux au toucher, rappelant un peu la douceur du talc.

On trouve souvent des minéraux ferrugineux mêlés aux limons,


particulièrement dans les sols limono-argileux.

De diamètres intermédiaires entre ceux des sables très fins et ceux des
argiles, les particules de limon s'entassent en laissant entre elles de
plus petits espaces que chez les sables.

Les mouvements de l'air et de l'eau s'en trouvent retardés.

162
Limons

Les sols hautement limoneux restent donc humides longtemps et


s'égouttent difficilement, parce que les particules de limon y sont
suffisamment fines pour permettre le colmatage des pores grossiers et
diminuer d'autant l'aération et la perméabilité.

En outre, il est difficile d'améliorer les limons; en effet, ni les chaulages,


ni les gels, ni les dégels ne les granulent, parce que ces particules
intermédiaires ne sont pas dotées de propriétés colloïdales qui
améliorent la structure.

La texture d'un sol très riche en limon est donc souvent très
défavorable.

Seules de fortes applications de matière organique uniformément


mélangée donnent des résultats valables.
163
 Fractions du sol
Argiles

Les argiles sont très douces au toucher et très collantes lorsqu'elles


sont humides.

Elles se fendillent en séchant, mais gonflent et bouchent les espaces


entre les particules quand l'eau les mouille; alors apparaissent des
flaques d'eau à la surface du sol.

164
0

Sable

Figure 1: Triangle de texture


165
 LA TEXTURE

Classes de texture des sols

En groupant les particules du sol en trois fractions (sable, limon et


argile), il devient possible de représenter graphiquement un sol par un
seul point dans un triangle constitué de ces trois données, appelé
triangle de textures.

La position de ce point renseigne immédiatement sur la caractéristique


dominante du sol (figure 1).

Ce système établit les pourcentages en poids d'argile, de


sable et de limon des différents sols et permet de subdiviser les sols
légers, francs et lourds en classes de texture (tableau 2).

166
Tableau 2: Répartition des classes de texture de sols

Sols légers Sols francs ou loams Sols lourds


Sables loam sableux argile sableuse
(S) (LS) (AS)
Sables loameux loam argile limoneuse
(SL) (L) (Ali)
loam limoneux argile
(Lli) (A)
limon argile lourde
(Li) (Alo)
loam sablo-argileux
(LSA)
loam argileux
(LA)
loam limono-argileux
(LLiA)

167
Classes de texture des sols

On obtient ainsi 13 classes de texture de sols présentant chacune des


propriétés particulières.

La figure 2 montre la composition de quelques-unes d'entre elles.


Les différents groupes de particules ne perdent pas leurs propriétés
lorsqu'ils sont mélangés ensemble.

Au contraire, chacun apporte les siennes aux sols qu'il compose.

Cependant, il faut à un sol beaucoup moins d'argile pour qu'il prenne


les caractères d'un sol argileux qu'il ne lui faut de sable pour
manifester les caractères d'un sol sableux
168
Figure 2: Composition de quelques classes de texture de sols
169
Classes de texture des sols

Remarquons enfin qu'à ces classes de texture, il faut ajouter les sols
graveleux, dont la dimension des particules est supérieure à 2 mm et
que l'on présente généralement parmi les sols légers, ainsi que les sols
organiques, dont la texture et les propriétés particulières ne
dépendent pas de la grosseur de ses particules.

170
 LA TEXTURE
 Sols légers
Les sols légers contiennent au moins 70 % de sable, mais ils doivent
aussi contenir moins de 20 % d'argile et moins de 20 % de limon.

Leur texture est grossière, ce qui les rend en général bien aérés et
perméables.

Ces sols peuvent être travaillés peu de temps après une pluie, la
destruction des mauvaises herbes s'en trouve grandement facilitée.

On obtient ainsi de merveilleux résultats, à condition d'ajouter


suffisamment d'argile et de mélanger complètement les deux sols.

Bien entendu, comme on vient de le dire, on peut corriger ce défaut


par l'enrichissement des sols en matière organique
171
 Sols légers
En résumé, on peut dire que les sols légers ont besoin d'être souvent
fertilisés et arrosés, car ils sont, de nature, peu fertiles et leur capacité
de rétention d'eau est faible; cependant, ils se réchauffent rapidement
au printemps et peuvent être travaillés aussitôt après une pluie.

Ils conviennent donc parfaitement à la culture des légumes de primeur


et sont très intéressants pour l'établissement des pépinières et pour
les cultures fruitières.

La présence naturelle de certaines plantes peut renseigner sur la


nature d'un sol.

Par exemple, certaines fougères, la violette des champs (Viola


arvensis) et la danthonie à épi laissent supposer que le sol est léger et
pauvre parfois.
172
 Sols légers
Sables et sables loameux

Les sables et les sables loameux contiennent au moins 70 % de sable


et généralement plus de 80 %.

Très souvent, ils contiennent un fort pourcentage de sables grossiers


et très grossiers et parfois même des cailloux et de gros graviers
fragmentés, mais tout cela dans une proportion de moins de 40 %.

Bien pourvus en humus et en particules fines, ces sols conviennent


aux cultures fruitières et légumières, parfois à certaines cultures
spéciales.

173
 Sols légers
Sols graveleux

Les classes de texture de sols ne comprennent pas les graviers, qui


sont des fragments rocheux grossiers de diamètres compris entre 2 et
75 mm. Tous les sols légers qui contiennent au moins 40 % de graviers
sont considérés comme des sols graveleux.

Ils peuvent même contenir de gros graviers fragmentés.

Pour que les sols graveleux soient intéressants au point de vue


agricole, il leur faut un minimum de cohésion, propriété conférée par
l'humus et les particules fines; sinon, ils ne sont bons que pour la
fabrication du béton.

S'ils conviennent à l'agriculture, les cultures fruitières et légumières


sont alors tout indiquées. 174
 LA TEXTURE

Les sols francs ou loams


 Loams sableux et loams sablo-graveleux

 Loams et loams limoneux

Loams lourds

Les loams lourds contiennent 20 % et plus d'argile, ou plus de 50 %


d'argile et de limon, mais jamais plus de 40 % d'argile et toujours
moins de 47 % de limon.

Ceux qui contiennent moins de 20 % de limon et plus de 45 % de


sable sont appelés loams sablo-argileux.

Ceux qui contiennent de 15 à 53 % de limon et de 20 à 45 %


de sable sont des loams argileux. 175
 LA TEXTURE
 Sols lourds

Une texture fine caractérise les sols lourds.


Les propriétés de ces sols sont diamétralement opposées à celles des
sols légers.

Ils sont, en effet, mal aérés, très peu perméables, lents à réchauffer et
difficiles à travailler. Ils retiennent donc beaucoup d'eau, mais aussi
beaucoup d'éléments fertilisants par suite d'une propriété nouvelle
qu'acquiert la particule dont le diamètre est inférieur à 0,002 mm,
comme dans l'argile.

Nommées colloïdes, ces particules retiennent les éléments fertilisants


et deviennent un réservoir de nourriture pour les plantes, tout comme
l'humus.
Les sols lourds sont aussi connus sous le nom de terres fortes.
176
 LA TEXTURE
 Sols lourds

Sols argileux

Les sols qui contiennent plus de 40 % d'argile et plus de 50 % de


particules fines et moyennes sont des sols argileux; s'ils ne
contiennent pas plus de 35 % d'argile, on les qualifie d'argilo-sableux.

Difficiles à ameublir convenablement et à drainer, lents à égoutter et à


réchauffer, les sols argileux sont capricieux; ils forment des mottes
dures s'ils sont travaillés alors qu'ils sont trop humides et ils sont
impossibles à cultiver s'ils sont trop secs.

Il est donc important de choisir le moment propice pour effectuer des


travaux d'ameublissement dans des sols argileux, à savoir lorsqu'ils ne
sont ni trop humides ni trop secs.
177
Sols argileux

Si les plantes s'installent plus difficilement dans les sols argileux, elles
peuvent, par contre, y trouver de l'eau longtemps après que les sols
légers et francs sont à sec.

De plus, les sols argileux regorgent d'éléments fertilisants, notamment


la potasse, de sorte qu'ils produisent d'excellentes récoltes.

Souvent, il est nécessaire d'aider au drainage de ces sols par la pose de


drains souterrains, tout comme il s'avère des plus rentables
d'améliorer leur structure en y incorporant, au besoin, de la chaux et
de la matière organique, de préférence du fumier frais.

Un bon égouttement de surface et des labours profonds sont


également nécessaires.

178
Sols argileux

Les sols argileux ont besoin, en effet, d'être ameublis, afin que l'eau et
l'air se partagent convenablement les espaces entre les particules.

Comme ils ont tendance à faire des mottes, il est préférable de les
labourer à l'automne afin d'en exposer une plus grande surface aux
gels et aux dégels successifs de l'automne et du printemps, ce qui en
améliore la structure.

Les sols argileux ne sont pas forcément acides; toutefois, s'ils le sont
ou le deviennent, il faut beaucoup de chaux pour corriger cette
situation. L'argile qui contient plus de 45 % de grosses particules
donne un sol argilosableux ou siliceux.

179
Sols argileux

Les sols argileux proprement dits renferment du sable, du limon et de


l'argile dont les proportions respectives ne dépassent pas 50 %.

Ce sont des argiles moyennes ou intermédiaires.

Si un sol contient 40 % ou plus de limon et plus de 40 % d'argile, il est


considéré comme un sol argilo-limoneux.

S'il renferme plus de 60 % d'argile, il est appelé argile lourde.

180
 Sols lourds
 Propriétés des argiles et des sables

Les sols légers, parce qu'ils se réchauffent et se refroidissent


rapidement, sont des sols chauds alors que les sols lourds sont
considérés comme des sols froids parce qu'ils le font lentement.

Ce phénomène dépend de leur capacité de rétention d'eau. En effet,


une terre sèche se réchauffe quatre à cinq fois plus vite que l'eau.

Aussi, les sols légers, plus pauvres en eau que les sols lourds, se
réchauffent-ils ou se refroidissent-ils d'autant plus rapidement qu'ils
renferment moins d'eau.

181
 Propriétés des argiles et des sables

On le constate, les sols prennent les caractéristiques des particules


minérales dominantes qui les composent quand leur quantité relative
est suffisante.

Le tableau 3 indique les propriétés des argiles et des sables.

Le limon est ici considéré comme un sable très fin.

182
Tableau 3: Propriétés des argiles et des sables

Propriétés Argiles Sables


Valeur nutritive riche pauvre
Réchauffement lent rapide
Rétention d’eau forte faible
Drainage difficile facile
Perméabilité faible excessive
Aération mauvaise excellente
Adhérence très forte nulle
Plasticité très grande nulle

183
 LA TEXTURE

 Sols organiques

Les sols minéraux sont constitués de plus de 85 % de poussières


minérales et de 1 à 15 % de débris organiques en décomposition.

mais de nombreux sols contiennent plus de 30 % de matière


organique, parfois plus de 80 %.

Ce sont les sols organiques, humifères, ou terres noires. La matière


organique de ces sols est très décomposée.

Les tchernozioms, dite terres noires d'Ukraine ou terres à blé, sont des
terres humifères dont la teneur en humus augmente jusqu'à 15 %,
même en profondeur.
184
 Sols organiques

Dans la pratique, seuls les sols contenant plus de 30 % de matière


organique sont considérés comme organiques; ceux qui en
contiennent de 15 à 30 % appartiennent au groupe de sols
humifères.

Dans les grandes étendues de sols organiques, la teneur en matière


organique dépasse généralement 80 %.

185
 Sols organiques
Propriétés physiques des sols organiques

À cause de leur forte teneur en humus, les sols organiques sont brun
foncé ou noirs d'où le nom terres noires.

De texture grossière, ils sont légers et faciles à ameublir; légers dans le


sens qu'on donne habituellement aux sols légers, mais aussi en terme
de poids par unité de volume.

Leur poids varie de 570 000 à 1 150 000 kg / ha contre une moyenne
de 2500000 kg/ha pour les sols minéraux.

Dans les deux cas, on considère une épaisseur de 18 cm de sol.

186
Propriétés physiques des sols organiques

Même si les sols organiques ne contiennent guère de colloïdes


minéraux (argiles), du fait des propriétés de la matière organique qui
les compose, ils peuvent facilement retenir de deux à trois fois et
demie leur poids sec en eau.

En général, les sols minéraux retiennent entre le dixième et la moitié


de leur poids sec en eau.

Le drainage et le chaulage s'imposent donc pour l'amélioration des


sols organiques

187
 Sols organiques
Affaissement des sols

L'affaissement est un phénomène inévitable de dégradation des sols


organiques en culture.

De nombreux facteurs sont en cause: l'oxydation biologique de la


matière organique, la hauteur de la nappe phréatique, les érosions
éolienne et hydrique, et la diminution de la porosité.

L'affaissement peut être rapide et atteindre de trois à cinq centimètres


certaines années; sans mesure de protection, il est d'environ 30 cm
par décennie.

188
 Sols organiques
Lutte contre l’affaissement

L'affaissement des terres noires est donc un phénomène important


aux causes multiples et indépendantes dont la culture intensive
accélère le processus.

Une fois que le sous-sol minéral se trouve trop près de la couche


organique à la suite de l' affaissement, il y aura éventuellement un
mélange des deux types de sols: la qualité de la terre est alors très
diminuée, la productivité réduite, et sa vocation compromise à court
terme.

Aussi, un succès assuré passe par la lutte sur tous les fronts en même
temps.

189
Lutte contre l’affaissement

– Inhibition enzymatique

Une première mesure simple et efficace est, pour les terres


nouvellement mises en culture, l'épandage de cuivre, sous forme de
sulfate à raison de 50 kg/ha, ou 20 kg/ha de Cu, ce qui a pour effet de
réduire de moitié l'activité des enzymes responsables de l'oxydation
biologique, donc de la décomposition de la matière organique, la
principale cause de l'affaissement.

C'est le travail très souvent excessif des terres noires et leur drainage,
quoique essentiel, qui permettent à l'air de pénétrer et d'accélérer
l'oxydation ou décomposition par les bactéries aérobies de la matière
organique de ces sols déjà peu compacts.

190
Lutte contre l’affaissement

– Hauteur de la nappe d’eau


Légers et ouverts, les sols organiques ont tendance à se dessécher
profondément par évaporation, en période prolongée de sécheresse,
ce qui contribue à leur affaissement.

De plus, l' ascension capillaire de l'eau est lente dans les terres noires,
au maximum 30 cm la première heure, puis plus lentement par la
suite, et le plus souvent, de seulement quelques centimètres à l'heure.

La vitesse tend même à diminuer avec les années d'exploitation, à


cause de l'inévitable diminution de la perméabilité.

Il existe deux méthodes pour maintenir la hauteur de la nappe d'eau:


l'aspersion et le drainage.
191
– Hauteur de la nappe d’eau

On peut procéder par irrigation des surfaces par aspersion, une


méthode satisfaisante mais qui exige une capitalisation élevée et des
frais importants de maind' œuvre et d'entretien.

D'autre part, les sols organiques contiennent souvent de l'eau en


excès, particulièrement au printemps.

Le drainage s'impose donc, car cette eau printanière est non


seulement responsable de la lenteur du réchauffement des sols, mais
aussi de leur difficulté à être travaillés, en plus d'être peu favorable au
phénomène de la nitrification.

192
– Hauteur de la nappe d’eau
L'idéal, c'est l'installation d'un drainage souterrain; le coût initial est
élevé, mais ce système est très économique à l'usage, en plus de
l'avantage considérable de pouvoir refouler l'eau au moyen de
connexions appropriées dans les drains souterrains pour une irrigation
souterraine.

C'est aussi la façon la plus simple et la plus efficace de maintenir la


nappe d'eau à la hauteur désirée, soit le plus haut possible, sans
toutefois nuire au développement des racines des cultures, tout en
réduisant au minimum l'affaissement du sol.

Finis les incessants déplacements de tuyaux, leur obstacle à la


circulation et à leur encombrement sur la ferme, finis également le
creusage et l'entretien des fossés et des ponceaux, et les pertes de
terres cultivables.
193
– Hauteur de la nappe d’eau
On ne saurait trop insister, avant d'entreprendre le drainage
souterrain d'une terre noire, de l'importance de consulter des experts
d'expérience.

Les sols organiques ne se comportent pas ,comme les sols minéraux; il


ne faut pas trop les drainer, entre autres particularités.

Il est très important d'ajuster, de maintenir et de surveiller le niveau


de la nappe d'eau en rapport avec la tolérance des cultures; il est, en
outre, prudent de l'abaisser durant une saison où les précipitations
sont plus abondantes que la moyenne.

Il faut savoir qu'une nappe phréatique trop haute affecte le


développement des racines et peut compromettre la récolte; les
dommages se font sentir rapidement, en deux ou trois jours.
194
– Hauteur de la nappe d’eau
Une technologie permet maintenant d'adapter un système aux
collecteurs du drainage souterrain qui maîtrise la hauteur de la nappe
d'eau en mettant en réserve dans le sol les surplus d'eau du
printemps: les chambres de régulation de drainage.

L'eau mise en réserve réajuste la nappe d'eau quand le manque d'eau


se fait sentir lors des sécheresses; mieux encore, le système enlève
automatiquement l'excédent d'eau lors de pluies abondantes.

Les hauteurs de la nappe d'eau recherchées pour les principales


cultures de terres organiques au Québec, exprimées en centimètres
de la surface du sol sont les suivantes:
195
– Hauteur de la nappe d’eau

Cultures Hauteurs (cm)

Carotte 75 à 90
Laitue, oignon, épinard 60 à 75
Pomme de terre, chou-fleur,
brocoli et chou 50 à 60
Céleri 40 à 50
Radis et persil 30 à 40

196
– Hauteur de la nappe d’eau

Enfin, quelques inconvénients surviennent quand la nappe d'eau est


plus haute que 60 cm : circulation plus difficile de la machinerie
agricole lourde, difficulté accrue de la lutte contre les mauvaises
herbes, minéralisation retardée de l'azote et du phosphore
organiques, disponibilité à la baisse du potassium.

197
Lutte contre l’affaissement

– Lutte contre les érosions éolienne et hydrique

Les terres organiques sont très susceptibles aux vents, surtout avant les
semis et l'établissement des cultures et aussi après les récoltes,
particulièrement en temps de sécheresse.

À ces moments critiques, les tempêtes de vent peuvent soulever des


tonnes de sol, les transporter sur des kilomètres et voiler
complètement le ciel.

Outre les pertes de sol parfois importantes (1 à 4 cm), les vents qui
remplissent les fossés peuvent détruire des semis, les ensevelir, casser
des plants, causer des brûlures foliaires, notamment sur le pourtour
des feuilles et polluer l'environnement.
198
– Lutte contre les érosions éolienne et hydrique

La lutte contre l'érosion éolienne des terres organiques est la même


que celle pratiquée dans les sols minéraux.
Contentons-nous ici de les énumérer: l'installation de brise-vents,

l'humification de la surface du sol (surtout par irrigation souterraine),


la mise en place de cultures intercalaires ou compagnes (à la volée),
habituellement de l'orge, la culture sur billons (buttes) et la pratique
du travail réduit du sol.

Le recours aux plantes couvre-sol pour la période hivernale est très


efficace contre l'érosion éolienne et hydrique au printemps.

199
– Lutte contre les érosions éolienne et hydrique

Ces mesures pour combattre l'érosion éolienne combattent aussi


l'érosion hydrique.

Comme pour les sols minéraux, il faut éviter de laisser les sols nus
durant la morte-saison.

Il est très recommandé de semer un couvre-sol après les cultures


hâtives: on choisit des plantes non rustiques comme l'orge et le radis
fourrager parce qu'ils ne nuisent pas au semis du printemps suivant.

En revanche, on opte pour des plantes rustiques pour couvrir et


stabiliser une bande de sol le long des fossés et toute autre surface
non cultivée.
200
– Lutte contre les érosions éolienne et hydrique

On obtient un meilleur résultat avec un mélange de graminées vivaces


et résistantes (ray-grass vivace, pâturins des prés, mil ou fléole, et
fétuques) et de trèfles.

Les bandes tampons autour des champs et le long des fossés doivent
avoir une largeur d'au moins trois mètres et de préférence cinq mètres
pour une efficacité certaine.

Les incendies de terres noires sont une autre cause encore trop
fréquente de la dégradation de cette ressource naturelle très limitée.
La prévention est de mise en tout temps.

201
 Sols organiques

 Critères d’un bon sol organique

Une terre qui contient plus de 1,5 % d'azote, 0,7 roc de phosphore, au
moins 0,16 0 de potassium et 3 % de chaux (CaO) est considérée
comme une bonne terre noire.

De plus, elle doit contenir au moins 65 % de matière organique, être


fine et aussi noire que possible.

Pour qu'il puisse être utilisé à des fins de culture, un bon sol
organique doit avoir au moins 1,23 m d'épaisseur, sans être
entrecoupé de couches de sol minéral, et pouvoir être drainé.

202
 Critères d’un bon sol organique

On peut remédier économiquement aux déficiences chimiques des


sols organiques par l'application d'engrais riches en potassium et en
phosphore et par des chaulages pour amender les terres trop acides.

II est à noter, toutefois, que les plantes qui vivent avec peine dans un
sol minéral dont le pH est de 5,3 croissent normalement dans un sol
organique ayant le même taux d'acidité.

203
 Cultures propres aux sols organiques

Seules les plantes avides d'azote poussent particulièrement bien dans


les terres noires: céleri, chou, laitue, carotte, chou-fleur, brocoli,
épinard, oignon, poireau, persil.

D'autres plantes, tels la pomme de terre, la menthe poivrée et la


canneberge (atoca), les plantes fourragères et les céréales, y compris
le maïs, y parviennent aussi, mais moyennant une fertilisation
appropriée.

À l'état pur, les terres noires ne conviennent ni aux gazons ni aux


plantes cultivées pour leurs fleurs; à défaut de mieux, elles peuvent
servir à faire croître les plantes vertes d'intérieur.

Froides au printemps, les terres noires se prêtent mal aux cultures très
sensibles au gel comme les tomates, les poivrons et les concombres.
204
 Principaux usages de la tourbe et de la terre noire

De nos jours, la demande pour la tourbe est très forte.

On en trouve sur le marché sous deux formes: la tourbe sèche de


sphaignes et la tourbe séchée et moulue, mieux connue sous
l'appellation anglaise peat moss.

Incorrectement appelée mousse de tourbe, la véritable tourbe de


sphaignes est purement composée de matière organique.

Les fleuristes, les jardiniers-fleuristes et les pépiniéristes en font usage


pour la confection de couronnes de fleurs ou de paniers de plantes
suspendues.

205
 Principaux usages de la tourbe et de la terre noire

La tourbe séchée et moulue, qui est employée surtout pour amender


les sols minéraux ou pour préparer les milieux artificiels de
croissance, contient au moins 65 % de matière organique.

Les principaux consommateurs de ce produit sont les jardiniers de


serres, les personnes chargées de l'entretien des terrains de golf et les
paysagistes.

On l'utilise aussi comme litière pour absorber le purin des animaux et


ses odeurs.

On confectionne aussi toutes sortes de contenants à l'aide de la


tourbe, notamment des pots de tourbe, des contenants Jiffy et des
caissettes à plantes annuelles.
206
 Principaux usages de la tourbe et de la terre noire

Les terres noires, comme les tourbes, constituent d'excellents


amendements pour les terres minérales trop compactes ou trop
ouvertes, mais leur qualité est très variable.

À l'analyse, il n'est pas rare de découvrir qu'elles ne contiennent que


de 25 à 65 % de matière organique fortement décomposée, et le plus
souvent mélangée avec beaucoup d'argile et de sable.

Les paysagistes en utilisent beaucoup lors de la préparation de terrains


qu'ils veulent transformer en pelouses.

207
 Principaux usages de la tourbe et de la terre noire

À moins de connaître le pourcentage de matière organique qu'elles


contiennent et qui devrait être d'au moins 65 %, il vaut mieux
employer de la tourbe séchée et moulue.

En effet, les terres noires sont souvent des sources d'ennuis, car elles
peuvent contenir de nombreuses graines de mauvaises herbes et être
très acides.

Appliquée en surface et non incorporée au sol, la terre noire n'est pas


un bon support pour la pelouse.

208
 LA TEXTURE

 Identification des classes de texture de sols


On constate que la texture d'un sol renseigne considérablement sur les propriétés
de celui-ci.

En sachant identifier empiriquement la classe de texture d'un sol, il devient facile


d'analyser ses propriétés, d'en prévoir les comportements ou d'apporter les
correctifs appropriés.

Évidemment, il est possible de faire analyser un sol afin de connaître sa texture;


mais il est aussi possible, avec un peu de connaissances et de pratique, d'arriver à
en déterminer les pourcentages relatifs de sable, de limon et d'argile.

Il suffit de prendre un peu de sol et de le frotter entre ses doigts.

On peut alors se guider sur les caractéristiques d'identification clinique fournies au


tableau 4; il résume les caractéristiques cliniques des principales classes de texture
de sols.
209
Tableau 4: Identification clinique des classes de textures de sols
Classes de sols Apparences Caractéristiques
D’identification

Loams sableux Grains de sables visibles à l’œil nu; sol S’il est sec, une poignée de ce sol
(Sol franc sbleux) rugueux s’il est frotté entre l’index et le ne se fait pas facilement; s’il est
pouce. humide, celle-ci peut-être maniée
avec soin sans se défaire.

S’il est sec, une poignée de ce sol


Loams (sol franc) Sol moins rude au toucher que les sols peut être maniée avec soin sans
sableux, mais le sable y est toujours se défaire; s’il est humide, celle-ci
discernable. peut être maniée facilement.

S’il est sec, une poignée de ce sol


Loam limoneux (sol Sol onctueux au toucher, rappelant la peut être maniée délicatement
franc limoneux) douceur du talc; présence notable de sable sans se défaire; s’il est humide,
et de mottes facilement brisables. celle-ci peut être très facilement
maniée sans se défaire. Lorsqu’on
frotte le sol entre ses mains, il ne
roule pas en rubans, mais il est
onctueux au toucher. 210
Tableau 4: Identification clinique des classes de textures de sols

Classes de sols Apparences Caractéristiques


D’identification

Loam argileux (sol franc argileux) Sol très doux au toucher; Lorsqu’il est sec, ce sol prend en
présence de mottes dures et masse dure; une poignée de ce
traces de sable. sol, s’il est humide, peut être
facilement maniée sans se briser
en miettes; ce sol ne roule pas en
rubans entre les mains.

Sol argileux Abondance de mottes très Lorsqu’il est sec, ce sol prend en
dures et difficiles à pulvériser; une masse très dure et se
toutes les particules sont très fendille; s’il est humide, une
fines. poignée de ce sol forme une
boule collante; si on le frotte
entre ses mains, il roule en longs
rubans flexibles.

211
 STRUCTURE DES SOLS

La structure d'un sol est très importante puisqu'elle agit directement


sur le rapport sol-air-eau.

Par conséquent, elle influence grandement la croissance et le


rendement des plantes.

Elle agit sur l'aération du sol, joue un rôle dans la résistance à


l'érosion, intervient dans le lessivage et la disponibilité des éléments
minéraux et favorise la perméabilité, qui améliore l'absorption de
l'eau et réduit le ruissellement.

La qualité de la structure d'un sol dépend beaucoup de sa stabilité,


donc de sa résistance aux agents de dégradation, elle-même
dépendante de la taille et de la forme des unités structurales.
212
 STRUCTURE DES SOLS

Formation des agrégats

Les éléments de structure sont soit grossiers ou à particules


grossières (sables, limons et débris d'organismes), soit fins ou à
particules fines (colloïdes).

Ce sont les particules colloïdales qui sont les éléments les plus
importants de la structure des sols, car elles peuvent être floculées
ou dispersées, ce qui est déterminant dans la formation des
agrégats.

En effet, la formation des agrégats du sol résulte de deux processus:


la floculation des colloïdes et la cimentation entre elles des
particules floculées (figure 3).
213
Figure 3: Agglomération des particules de sol 214
Formation des agrégats
La floculation est le phénomène qui réunit en flocons irréguliers les
particules colloïdales en dispersion.

Ainsi, un sol peut être floculé ou dispersé.

La structure d'un sol est donc liée à l'état des colloïdes présents dans
ce sol.

On dit que les colloïdes sont floculés lorsqu'ils sont sous forme
d'agrégats élémentaires plus ou moins stables, et dispersés lorsqu'ils
sont isolés.

Les agrégats élémentaires de la microstructure peuvent être, à leur


tour, assemblés en unités structurales plus grandes formant la
macrostructure, et nommées grumeaux ou granules.
215
Formation des agrégats

La floculation constitue la base de l'agrégation.

Il existe plusieurs théories de la floculation; la théorie la plus acceptée


repose sur les charges électriques et la propriété d'adsorption des
colloïdes.

On sait que des molécules d'eau sont capables de se fixer sur les
colloïdes (eau de constitution), de même que les cations (adsorption),
surtout ceux de calcium.

Étant donné qu'elles sont binaires (un pôle positif et un pôle négatif),
ces molécules d'eau sont capables de s'orienter, ce qui permet
d'établir des liens entre les colloïdes.

216
Formation des agrégats

D'autre part, quand l'eau s'évapore du sol, on sait que le nombre de


molécules d'eau fixées aux colloïdes augmente en même temps que
les liens d'adsorption deviennent plus courts et plus forts; il Y a, par
conséquent, un rapprochement des particules colloïdales.

Ces dernières sont souvent attachées à de petites particules primaires


qui sont alors entraînées dans le microflocon en formation (figure 4).

Quand l'eau diminue davantage dans le sol, tous les éléments du


flocon sont cimentés par les colloïdes déshydratés.

La floculation donne des agrégats stables et permanents, jusqu'à ce


que la réhydratation des colloïdes affaiblisse les liens entre tous ces
éléments structuraux.
217
Formation des agrégats
Les micro granules ou agrégats élémentaires sont souvent assemblés
en grumeaux.
Dans ce cas, c'est surtout la cimentation qui joue le rôle principal.

Ce rôle est tenu par les colloïdes d'argile floculés, bien sûr, mais aussi
par l'humus et les oxydes de fer et d'aluminium colloïdaux.

Les agrégats cimentés avec de l'humus sont plus grands et plus stables
que les autres.

L'humus est un colloïde formé d'acides humiques; en présence de


calcium, c'est le ciment le plus efficace.

La structure des sols varie beaucoup suivant le processus de formation


des agrégats et la nature des particules primaires présentes dans les
sols. 218
 STRUCTURE DES SOLS

Classification structurale des sols


On dit que la structure d'un sol est particulaire ou dispersée lorsque,
dans ce sol, les particules agissent individuellement, c'est-à-dire
séparées les unes des autres.

Il est rare de trouver une telle structure ailleurs que dans les sols très
sablonneux ou de texture très grossière.

Le plus souvent, un certain pourcentage des particules est dispersé


dans certains types de sols. C'est le cas de l'argile, par exemple, dont
une partie est dispersée dans un sol compact.

219
Classification structurale des sols

Quand les particules de sol forment des agrégats qui agissent comme
des particules, on obtient une structure en grumeaux.

Ces derniers sont des particules secondaires parfois très petites, qui
adhèrent entre elles en grand nombre ou avec d'autres particules
primaires grossières; le tout est cimenté par différents ciments
colloïdaux suivant le type de sol.

On constate que, dans l'étude de la structure, on doit tenir compte du


processus d'agrégation, de la forme et de la dimension des éléments
structuraux (grumeaux, granules ou mottes), y compris leur répartition
dans les horizons.

220
Classification structurale des sols

On peut, en suivant ce principe, grouper les différentes structures de


sols en trois types:

-la structure particulaire,

-la structure construite,

-la structure fragmentée.

221
Classification structurale des sols
Structure particulaire
La structure particulaire n'a pas d'unité de structure.
Les colloïdes sont dispersés; les grains, c'est-à-dire les particules
primaires, sont isolés, quelle que soit leur taille. Il existe deux sous-
types de structure particulaire : meuble et massif.

On dit d'une structure qu'elle est meuble quand les particules qui la
composent sont grosses. C'est le cas des horizons sableux, qui sont
pauvres en argile et en humus.

On dit, par contre, qu'elle est massive ou continue quand les


particules sont fines.

Toute la couche de sol forme alors une masse cohérente, un bloc


unique. C'est le cas des sols compacts.
222
Structure particulaire

Il est parfois difficile de distinguer le sous-type meuble du sous-type


massif, notamment quand la cohésion de ce dernier est faible et qu'il
existe une légère cohésion dans le premier.

Une simple expérience peut aider à les distinguer.

Elle consiste à essayer de rompre un morceau de sol sec entre ses


doigts. Si la pression l'effrite aisément, il s'agit d'un sol à structure
particulaire meuble, légèrement cohérente.

Lorsqu'il est sec, un morceau de sol à structure particulaire massive ne


se rompt pas facilement; lorsqu'il est humide, par contre, cette même
structure s'effondre.

Cette dernière est fréquente dans les sols à texture argilo-limoneuse,


notamment dans l'horizon B et l'horizon C altérés. 223
Classification structurale des sols
Structure construite

La structure construite varie suivant la taille des agrégats.

Elle résulte d'agrégats formés de colloïdes floculés en grumeaux


arrondis, cimentés avec de l'humus, ou construits par l'activité
biologique, notamment par des sécrétions de vers de terre et de
micro-organismes.

C'est la structure par excellence et elle possède une remarquable


stabilité.

Elle est fréquente dans les sols calcaires, riches en humus, ou dans
tous les sols à bonne activité biologique.
224
Classification structurale des sols

 Structure fragmentée

La structure fragmentée est caractéristique des sols cultivés,


notamment dans la couche labourée.

Elle provient de la fragmentation d'une masse argilo-limoneuse en


grumeaux de grosseurs variables, mais de forme angulaire.

On connaît deux sous-types principaux de structure fragmentée:


angulaire et granulaire; on dit aussi grumeleux.

Le sous-type angulaire contient de gros grumeaux angulaires


compacts, donc de faible porosité. 225
 Structure fragmentée

Ces grumeaux dont la taille varie de 5 à 50 mm sont à faces


rectangulaires et unies.

Le sous-type angulaire est fréquent dans les sous-sols argileux, surtout


dans l'horizon B qui a accumulé beaucoup d'argile provenant de
l'horizon A ; cette situation est courante dans les sols bien drainés,
souvent pauvres en calcium et à activité biologique réduite.

Quant au sous-type granulaire, il contient des sphéroïdes, petits


grumeaux presque sphériques dont la taille varie de 1 à la mm.

Cette structure granulaire fragmentée résulte de l'émiettement de


mottes par le travail mécanique du sol. C'est une excellente structure,
commune dans les sols de surface à texture fine et moyenne, riches en
matière organique.
226
 Structure fragmentée

les sols des prairies et des jardins sont deux bons endroits où l'on peut
observer une structure granulaire.

la structure fragmentée granulaire ressemble à la structure construite;


elle est, toutefois, moins stable que cette dernière.

Il existe trois autres types de structures. la structure feuilletée, ou


lamellaire, est courante dans les sols limoneux en surface ou présente
dans tous les horizons.

la structure prismatique ou colonnaire, provoquée par les


dessiccations estivales, est fréquente dans les sous-sols argileux. la
structure polyédrique, cubique ou nuciforme, est visible en
profondeur dans les sols lourds des régions humides ou obtenue à la
suite du labour d'une terre trop humide.
227
 Structure fragmentée

le tableau 5 compare les caractéristiques de ces différents types et


sous-types de structure de sols, selon qu'ils sont en forme de plaque,
de prisme, de bloc ou de sphéroïde.

Les agrégats secondaires, appelés peds, sont visibles à l'œil nu.

Les facteurs qui influencent la taille et la forme des agrégats agissent


surtout dans la couche arable, qui est habituellement constituée d'un
mélange d'agrégats granulaires et d'unités structurales en forme de
bloc dans les sols cultivés.

le sous-sol, au contraire, montre une structure angulaire composée


d'unités plus grosses, plus dures et plus compactes.
228
229
 Structure fragmentée

La structure en plaque est souvent causée par le labour dans les loams
et les sols argileux; souvent, la structure en bloc au-dessus de la
semelle de labour est très serrée, de même que la structure en prisme
sous la semelle.

Les racines pénètrent avec difficulté dans ces 5015 compactés.

Dans les sols sableux, il peut se développer une semelle de


pulvérisation très compacte, plus près de la surface, qui nuit au
développement des racines.

230
 Structure fragmentée

Très souvent, dans les sols cultivés, la structure de la couche labourée


ou de la couche A est un mélange de structures granuleuse et en bloc;
les espaces entre les gros blocs sont remplis de petits blocs serrés.

En effet, il se forme souvent une croûte en surface et une couche


granuleuse, mais très dense, de quelques centimètres d'épaisseur qui
couvre la structure en bloc.

Cette mauvaise structure est commune dans les loams limoneux.

Enfin, il faut savoir que les sols cultivés sans labour ne règlent pas tous
les problèmes de structure.
231
 STRUCTURE DES SOLS
 Critères d’appréciation de la structure

Dans la pratique, les profanes n'utilisent guère, telle quelle, cette


classification structurale des sols, exception faite de la structure
granulaire.

On la traduit habituellement en des termes plus simples qui n'ont pas


toujours une signification bien précise.

On emploie, par exemple, les expressions compact, ouvert, cohérent,


plastique, granuleux, friable, meuble, tenace, perméable et
imperméable.
232
 Critères d’appréciation de la structure

En général, on devine le sens de ces expressions.

Il importe toutefois de définir six termes couramment utilisés


lorsqu'on parle de structure, car ils permettent de comprendre les
propriétés structurales des sols: cohésion, adhérence, plasticité,
densité, porosité et perméabilité.

233
 Critères d’appréciation de la structure
 Cohésion

La cohésion du sol est, bien sûr, la résistance à la rupture ; c'est la


propriété qui permet aux éléments de rester associés les uns aux
autres.

Elle dépend de la teneur en colloïdes minéraux du sol et augmente


avec la diminution de l'humidité du sol.

La cohésion s’oppose à l'ameublissement du sol ou à la mobilité des


éléments les uns par rapport aux autres.

Pour apprécier la cohésion, on mesure la résistance du sol à la


pénétration verticale d'une pointe métallique; on peut aussi tout
simplement comparer ce sol avec un sol idéal, parfaitement meuble,
par exemple une très bonne terre à jardin. 234
 Critères d’appréciation de la structure

 Adhérence

L'adhérence ou adhésivité est l'aptitude que présente un sol, pour un


certain degré d'humidité, à adhérer ou à coller aux objets, notamment
aux instruments aratoires.

Elle augmente avec l'humidité jusqu'à un maximum au delà duquel elle


a tendance à diminuer.

Les sols adhésifs sont riches en argiles et leur structure est abîmée s'ils
sont travaillés quand ils sont trop humides, c'est-à-dire très collants.

235
 Critères d’appréciation de la structure

 Plasticité

La plasticité est l'aptitude d'un corps à se déformer sans se rompre


sous l'action d'une contrainte et à conserver ses déformations après
la suppression de la contrainte qui les a provoquées.

Quand l'humidité est élevée, les sols argileux deviennent plastiques.


Les argiles à poterie sont plastiques.

236
 Critères d’appréciation de la structure

Densité
Il est essentiel de déterminer d'abord la densité d'un sol pour
connaître sa porosité et, par conséquent, sa perméabilité.

Le sol a deux densités: une densité apparente et une densité réelle.

La densité apparente est le poids de sol sec par unité de volume brut
(en place).

Le volume brut est calculé sur un échantillon prélevé sans tassement


avant son séchage à l'étuve (105°C) jusqu'à son poids constant.

Cette mesure tient compte des espaces existant entre les particules
de sol et varie avec la texture et la structure (compacité) du sol.
237
Densité

La densité réelle est le poids réel des éléments constitutifs d'un même
sol, après élimination de la porosité.

Cette mesure tient uniquement compte des constituants solides du


sol ; elle est plus ou moins constante, soit environ 2,66 g/ cm3, sauf
pour les sols riches en calcaire et les sols organiques ou très riches en
matière organique.

Exprimée en tonne par mètre cube, la densité apparente des sols


varie de 1,10 à 1,30, pour les sols très lourds contenant de 50 à 60 %
d'argile, de 1,30 à 1,50, pour les limons contenant de 25 à 50 %
d'argile, de 1,50 à 1,70, pour les limons sableux contenant de 15 à 25
% d'argile et de 1,70 à 1,80, pour les sols très sableux contenant de 3
à 10 % d'argile.
238
Densité

La densité apparente des sols québécois se situe en moyenne entre


1,2 t/m3 pour les sols lourds et 1,4 t/m3 pour les sols légers.

La densité apparente peut atteindre plus de 1,9t/m3 dans les sols très
compacts, donc peu poreux; de tels sols ne donnent jamais de
rendements satisfaisants.

La densité apparente moyenne des sols organiques cultivés est 0,30 g/


cm3 ; au Québec, elle varie de 0,16 à0,45 g/ cm3.

239
Densité

Dans le tableau 6, on donne un exemple de calcul de densité. En fait,


ce tableau constitue aussi une représentation schématique de la
densité apparente et de la densité réelle des particules du sol.

Dans ce cas particulier, la densité apparente est à moitié moins élevée


que la densité réelle des particules, et le pourcentage des espaces des
pores est de 50 %.

240
241
 Critères d’appréciation de la structure
 Porosité

La porosité d'un sol est une propriété physique découlant de la


structure.

On peut l'exprimer en pourcentage par unité de volume du sol occupé


par l'air, Dans un sol sec, tous les espaces ou pores sont remplis d'air,
alors que l'air et l'eau se partagent les pores dans un sol humide, Les
particules grossières des sols légers forment de grands espaces entre
elles, mais les pores de gros volume dépendent directement de la
structure dans les sols à particules fines.

242
 Porosité

Il existe des pores de petit volume, les micropores, et des pores de


gros volume, les macropores, Le volume total de tous les pores
exprime la porosité totale, La porosité totale comprend donc le
volume des macropores, que l'on détermine en mesurant le volume
d'eau qui s'écoule librement d'un sol préalablement saturé: c'est la
macroporosité ou porosité d'aération.

Elle comprend, de plus, tous les petits volumes des micropores qui
sont remplis d'eau retenue par capillarité; c'est la microporosité ou
porosité capillaire.

243
 Porosité

S’il est improprement cultivé, un sol à texture moyenne ou fine perd


rapidement de sa porosité totale, surtout à cause de la réduction de
sa porosité d'aération.

On considère comme idéal un sol dont la porosité d'aération est aussi


importante en volume que sa porosité capillaire.

Dans cet état, les échanges gazeux entre l'atmosphère et le sol


procèdent normalement, c'est-à-dire que le bioxyde de carbone du
sol n'atteint pas de concentrations toxiques et que le taux d'oxygène
permet aux racines de respirer librement.
244
 Porosité

En ajoutant la fraction minérale et organique (solide) d'un sol franc à


la fraction eau et air que celui-ci peut contenir, une fois que l'eau libre
s'est retirée, on trouve la composition volumétrique indiquée à la
figure 6.

Si l'on calculait les volumes suivant la méthode des classes de texture


de sols, ce loam contiendrait près de deux fois plus de sable, de limon
et d'argile.

245
PARTICULES
SOLIDES

Figure

246
 Porosité

Un manque de porosité et un excès d'eau, même temporaires,


peuvent, à certains niveaux, créer un milieu réducteur.

Les matières organiques dégagent alors une odeur d'ensilage ou de


pourriture suivant le degré de réduction atteint.

On peut aussi apercevoir une zone d'un bleu verdâtre, à cause de la


présence de fer soluble, quand le milieu est réducteur, Des taches
rouille de fer oxydé, résultant de la précipitation du fer en milieu
devenu oxydant une fois que l'eau s'est retirée du sol, sont un autre
signe d'accumulation d'eau.

247
 Porosité

Si ces précipitations ferriques s'agglomèrent en une couche solide,


alors apparaît un horizon à gley.

Ces couches plus ou moins continues et durcies, très nuisibles au


développement normal des racines, indiquent que pendant une
partie de l'année le milieu devient réducteur, en général à cause d'un
excès d'eau.

L'horizon à gley apparaît dans l'horizon B ou le remplace.

248
 Porosité
Il semble que les sols qui ont la meilleure structure sont ceux qui sont
constitués d'agrégats dont le diamètre varie de 1,3 à 10 mm.

Ces agrégats poreux, dans un sol normalement égoutté, retiennent


l'eau dans leurs espaces internes (micropores) alors que les espaces
entre les agrégats (macropores) sont remplis d'air.

Lors d'une forte pluie, un sol de bonne structure boit rapidement


l'eau en la laissant pénétrer aisément dans ces macropores, réduisant
d'autant le ruissellement de surface et les dangers d'érosion.

Évidemment, un sol superficiel bien structuré, reposant sur un sous-


sol de mottes, ne vaut pas un sol profond bien structuré jusqu'à la
nappe d'eau ou jusqu'au matériau originel. 249
 Critères d’appréciation de la structure
 Perméabilité
La perméabilité à l'eau et à l'air est la principale qualité d'un sol possédant une
bonne structure.

Or, la perméabilité est fonction de la double porosité du sol, c'est-à-dire celle de la


motte ou du grumeau et celle entre les mottes.

C'est la porosité entre les mottes qui renseigne sur la compacité du sol.
On peut dire que les structures en grumeaux sont assez résistantes au lessivage;
leur perméabilité est élevée et relativement stable.

Les sols à structure dispersée, pauvres en colloïdes, sont très sensibles au lessivage
et leur perméabilité est moyenne.

Par contre, les sols qui sont riches en colloïdes sont assez résistants au lessivage et
leur perméabilité est faible, par suite du gonflement des colloïdes en présence
d'eau. Enfin, les sols à structure parti cula ire de type massif sont asphyxiants, en
raison du manque d'air. 250
 Critères d’appréciation de la structure
 Observation de la structure

Il existe une méthode simplifiée d'apprécier la structure d'un sol; cependant, si la


structure est mauvaise, la méthode n'en révèle pas la cause.

Il s'agit de prélever, dans un endroit non fraîchement remué, une pelletée de sol
qu'on laisse tomber sur une surface dure.

Un sol bien structuré se brise en une multitude de petits agrégats poreux et


arrondis.

Un sol de mauvaise structure présente, au contraire, de grosses mottes angulaires à


faces unies. L'échantillon de sol utilisé doit être légèrement humide.
251
 Observation de la structure

Pour apprécier la structure d'un sol, on doit aussi observer son profil: à environ 0,60
m de profondeur, dans les sols destinés aux cultures légumières, et jusqu'à 1,50 m
de profondeur, dans les sols à verger.

Lorsqu'on observe le profil d'un sol, le moindre indice peut renseigner sur sa
structure.

Par exemple, les racines sont très sensibles aux conditions physiques du sol; elles
contournent les mottes dures, s'aplatissent dans les fissures ou prennent une forme
de tire-bouchon au contact de petites cavités à parois dures.

252
 Observation de la structure

Une très forte concentration de radicelles à un même niveau indique généralement


un arrêt de leur pénétration en profondeur.

Elle laisse supposer un milieu ou une structure défavorable à ce niveau.

Dans les terres cultivées, cela peut être causé par la semelle du labour ou un horizon
à gley.

Le tableau 7 résume les principales caractéristiques d'un sol suivant que sa structure
est bonne ou mauvaise.

La figure 7 montre une bonne et une mauvaise structures de sols.

253
 Observation de la structure

254
 Observation de la structure

255
 Dégradation de la structure des sols

Tout ce qui affecte négativement la structure des sols contribue à leur dégradation,
c'est-à-dire à l'épuisement de la capacité de production de leur couche arable.

Les facteurs de dégradation sont nombreux.

En effet, l'agriculture moderne impose des techniques culturales qui visent à


l'accroissement de la productivité, mais ce, aux dépens de la structure des sols.

256
 Dégradation de la structure des sols

Les opérations du sol en périodes défavorables mènent à la destruction des agrégats.

L'intensification des cultures (rotation des cultures très courte ou inexistante) et la


spécialisation de l'agriculture (monoculture de plantes annuelles) exigent un travail
excessif du sol et conduisent à des pertes de matière organique.

L'utilisation de machinerie lourde a pour effet de compacter le sol.

La fertilisation inadéquate ou la culture prolongée sans apport d'engrais chimiques


appauvrissent le sol alors que la jachère entraîne l'érosion, des pertes de matière
organique et le bris des agrégats.

257
 Dégradation de la structure des sols

D'autres facteurs peuvent également jouer: l'acidification du sol, la diminution de la


fumure organique et certaines activités des micro-organismes en milieu réducteur.

Jusqu'à maintenant, l'impact négatif de la dégradation des sols a été masqué par les
avantages bénéfiques que procure l'utilisation des engrais chimiques, des pesticides
et des cultivars modernes à hauts rendements.

Pourtant, après le zonage agricole, la seconde priorité en agriculture doit être la


conservation des sols, car le sol constitue une ressource non renouvelable à court et
à moyen terme. s
258
 Dégradation de la structure des sols

Il importe donc de comprendre les principaux mécanismes de destruction de la


structure des sols.

Ce sont:

-le choc des gouttes d'eau;

-l'éclatement des agrégats par l'eau; - la dispersion des colloïdes;

-le tassement des particules par suite de l'écrasement des agrégats plastiques;

-la destruction mécanique des agrégats, par pulvérisation et compression.


259
 Dégradation de la structure des sols

 Choc des gouttes d’eau

Le principal ennemi de let structure des sols exposés est la pluie.

Les gouttes de pluie martèlent les agrégats du sol et les brisent en particules
individuelles; les plus fines sont entraînées, tandis que les ciments colloïdaux sont
réhydratés et tendent à se disperser.

Quand l'eau se retire du sol, il en résulte une croûte dure, plus ou moins épaisse et
imperméable, qui recouvre le sol.

C'est le phénomène de la battance. Il est à craindre davantage dans les sols


limoneux.

260
 Dégradation de la structure des sols

 Eclatement des agrégats

La mouillabilité des terres sèches consiste en la rapidité avec laquelle celles-ci


peuvent absorber de l'eau; c'est un autre phénomène, plus important encore que le
précédent, qui explique la démolition de la structure des sols.

En effet, l'eau qui pénètre dans un sol sec comprime l'air emprisonné dans ses pores.

Quand la pression dépasse les forces de cohésion qui retiennent ensemble les
éléments structuraux de l'agrégat, ce dernier éclate.

Or, la physico-chimie révèle que les pressions les plus fortes se développent dans les
terres les plus lourdes et qu'elles sont d'autant plus fortes que le taux de matière
organique est plus bas.
261
 Dégradation de la structure des sols

 Dispersion des colloïdes

L'eau, lorsqu'elle est abondante, peut aussi disperser les particules qui passent en
suspension dans ce milieu.

Les sols à grande capacité de rétention d'eau, tels les sols lourds, sont plus sujets à
ce phénomène.

Évidemment, lorsque cela se produit, la cohésion se trouve grandement diminuée et


le dépôt des éléments très fins sur les pores qui ont résisté au travail de l'eau
entrave la perméabilité du sol affecté.

C'est ainsi que la compression par circulation, le piétinement ou le travail d'un tel sol
imbibé d'eau contribuent à en détruire la cohésion et, par conséquent, la structure.

Comme la quantité d'eau et de particules fines est plus grande dans les sols argileux
que dans les autres sols, on comprend maintenant pourquoi les sols les plus lourds
sont les plus affectés.
262
 Dégradation de la structure des sols

 Tassement du sol

Le sol se tasse naturellement sous son propre poids et sous l'action de la pluie;
néanmoins, la forme de tassement la plus dommageable qui se produit en
agriculture est généralement celle causée par les passages répétés des machines
agricoles de plus en plus lourdes: on l'appelle compactage.

Le compactage augmente la densité apparente du sol et résulte de l'écrasement des


agrégats.

Les sols secs résistent bien aux pressions externes, parce que les forces d'attraction
entre les colloïdes sont très élevées; gorgés d'eau, ces sols subissent peu de
tassement par les roues du tracteur, qui dérapent et s'enfoncent au lieu de
comprimer les agrégats.
263
 Tassement du sol
Ce sont les sols plastiques, par conséquent très humides, qui sont les plus sensibles
au compactage, le film d'eau autour des colloïdes diminuant considérablement la
force d'attraction entre les particules.

Les risques de compactage augmentent donc avec le pourcentage d'humidité du sol;


ils sont très élevés quand 80 % des pores du sol sont saturés d'eau.

Les loams y sont aussi très sujets.

Si les sols grossiers sont insensibles au compactage, ce dernier affecte au moins 21%
des autres terres en monoculture.

Il s'exerce soit en profondeur, et il faut alors plusieurs années pour retrouver la


structure initiale, soit près de la surface, et il retarde alors l'émergence des
plantules, favorise l'érosion et l'apparition de mares d'eau en surface.

Tout cela rend le sol difficile à travailler, notamment pour réussir un bon lit de
semence. 264
 Tassement du sol

Certains sols sableux, sous la pression de la charrue et le poids des machines


agricoles lourdes, développent une semelle ou une strate dite de pulvérisation qui
nuit au développement des racines.

D'après certains observateurs, les traces de pneus des nombreux passages des
machines agricoles au cours d'une année peuvent couvrir jusqu'à 90% de la surface
d'un sol cultivé, lorsque aucune précaution n'est prise.

On peut déceler le compactage dans la couche de travail du sol par la présence


d'ornières ou de traces profondes de pneus lors de la récolte ou du semis le
printemps suivant.

265
 Tassement du sol

À l'observation de la culture, les indices peuvent se révéler par une croissance lente
et variable, ou encore, par un motif de croissance inégale visible correspondant à
l'emplacement des roues ou, enfin, par une maturité inégale de la culture.

Parmi les indices chez les racines des plantes observées lorsqu'elles sont déterrées
avec précaution à l'aide d'une pelle, et qui peuvent trahir la présence de compactage
dans la couche travaillée du sol, il y a le système radiculaire réduit, la concentration
des racines en surface des mottes de terre, ou encore, des racines qui se dirigent
d'un même côté; une observation plus minutieuse va révéler des racines courtes, aux
bouts aplatis ou déformés.

Notons que la réduction système radiculaire peut aussi être causée par un mauvais
drainage, surtout si la saison est humide.

266
 Tassement du sol
Enfin, on peut aussi sonder le terrain avec une sonde tubulaire et comparer les
pressions nécessaires à exercer, jusqu'à une profondeur de sa à 60 cm, entre les
endroits soupçonnés de compactage et les sols non compactés, le long d'une
clôture, par exemple.

Il faut insérer la sonde lentement et régulièrement. On vérifie et compare ensuite


les racines des plantes dans les deux endroits sondés.

Il est possible de corriger le compactage de surface en pratiquant une rotation qui


inclut des plantes légumineuses et des céréales à paille pour au moins deux ans, en
variant la profondeur de labour et en comptant sur le
gel et le dégel de la nature.

267
 Tassement du sol
La correction du problème de compactage en profondeur relève de la nature, mais la
nature agit très lentement: alternance gel-dégel et cycle humiditésécheresse.

Dans les cas de compactages inacceptables, on peut procéder au sous-solage, après


avoir déterminé la profondeur et l'importance de la zone indurée, en conditions de
sol sèches.

Il y a risque d'aggraver le problème si ces précautions ne sont pas respectées.

Évidemment, la prévention est la meilleure garantie contre le compactage.

En premier lieu, il faut éviter les travaux et la circulation dans les champs en
conditions humides.

D'autres mesures s'imposent aussi.


268
 Tassement du sol

D'abord, limiter la circulation dans les champs, même pour le travail du sol et,
surtout, éviter la grosse machinerie pour les petits travaux; utiliser les chemins de
ferme et s'abstenir en tout temps d'utiliser des raccourcis pour passer à travers les
champs.

Enfin, il faut limiter les charges en-deçà de cinq tonnes par essieu, utiliser les pneus
radiaux à grands diamètres en maintenant la pression au minimum requis par le
fabricant et, finalement, privilégier les tracteurs à quatre roues motrices, car les
poids y sont mieux répartis.

269
 Tassement du sol
Les circonstances forcent parfois à contrevenir aux règles de l'art.

Certaines cultures, par exemple les légumes de conserverie rendus à maturité (pois,
haricots, tomates, maïs sucré), doivent être récoltés sans délai sous peine de pertes
importantes, peu importe les conditions du sol.

Trop souvent aussi, on doit moissonner le maïs-grains dans des conditions propices
au compactage des sols.

À retenir, enfin, que le travail excessif dans la préparation d'un lit de semence rend
compact le sol sous la couche ameublie, et d'autant plus que le sol est trop humide à
cette profondeur.

270
 Dégradation de la structure des sols
 Destruction mécanique des agrégats

Les instruments à disques ou animés, tels les rotoculteurs, détruisent la structure


des sols trop secs ou la pulvérisent en fines poussières.

Ils sont toujours à déconseiller dans les sols lourds, parce que la pluie cimente les
fines particules en une croûte dure.

Le travail des sols trop humides, collants et plastiques détruit la structure de ces
sols; celle-ci devient alors massive et imperméable.

Quand vient le temps de décider si l'on peut travailler le sol sans risquer d'en
dégrader la structure, l'expérience reste encore le meilleur guide.

271
 Stabilité de la structure
La stabilité structurale est la résistance de la structure d'un sol aux agents de
dégradation.

Il convient ici de distinguer la structure d'un sol, état physique momentané de ce sol,
et sa stabilité structurale, propriété qui a un sens dynamique.

Un sol, par exemple, peut présenter une excellente structure aussitôt après avoir été
préparé mécaniquement en vue d'être cultivé, mais le plus souvent cet état est
instable; il suffit de quelques pluies pour qu'il retrouve sa compacité première.

Ailleurs, une vieille prairie malmenée, tassée, où l'eau et l'air circulent avec peine,
retrouvera une structure convenable et durable à la suite d'un travail
d'ameublissement approprié, car un tel sol a généralement une bonne stabilité
structurale.

272
 Stabilité de la structure
En fait, tous les facteurs qui améliorent la cohésion augmentent la stabilité de la
structure.

Comme la cohésion résulte surtout de l'effet de la cimentation provoquée par la


déshydratation et la dessiccation des gels colloïdaux, elle augmente avec la présence
de l'humus et de l'argile.

La cohésion protège donc les agrégats secs contre l'éclatement causé par la pression
de l'eau qui les mouille.

Il y a un facteur qui diminue la mouillabilité des agrégats.

C'est la matière organique, ou plus précisément la portion d'humus qu'elle


renferme, qui a cet effet antimouillant, surtout lorsqu'elle est coagulée par des ions
de calcium.
273
 Stabilité de la structure
Pour toutes ces raisons, l'humus calcique est le ciment qui stabilise le mieux la
structure d'un sol.

Les agrégats argileux coagulés par le calcium sont aussi très stables et, tout comme
les agrégats riches en humus, ils se fragmentent en agrégats plus petits au contact
de l'eau, au lieu de dissocier les éléments fins des éléments grossiers.

La stabilité de la structure du sol est directement influencée par la proportion de la


matière organique, ou taux d'humus.

La matière organique agit en plus sur la porosité, qu'elle améliore.

Les effets recherchés sont nombreux: meilleure infiltration de l'eau, meilleur


drainage, diminution de l'encroûtement, du compactage et de l'érosion et, enfin,
plus grande capacité de rétention d'eau utile et d'éléments nutritifs.
274
 Structure des différentes catégories de sols
Les sols légers sont ordinairement friables et ouverts.

Ceux dont la texture est très grossière sont souvent trop perméables; aussi convient-
il, surtout au temps des semences, de les « rouler ».

Cette opération, qui consiste en un tassage mécanique, favorise l'ascension de l'eau


dans les sols.

On peut aussi les enrichir en matière organique, ce qui augmente leur pouvoir de
rétention d'eau.

Les sols francs de type sablo-argileux sont les sols par excellence.

Ils ne sont, en effet, ni trop compacts ni trop ouverts; seulement, ils ont tendance à
se tasser un peu trop lorsqu'ils sont exposés aux pluies battantes.

Quant aux sols lourds, ils ont tendance à être compacts et imperméables.

Il est très facile de dégrader la structure des sols argileux, mais leur amélioration
275 est
lente et souvent onéreuse.
 Structure du sol et germination des semences
L'expérience enseigne que la germination des semences est généralement meilleure
dans un sol bien préparé, dont les mottes ont été réduites à l'état de poussière.

Il est même reconnu qu'un bon lit de semences doit être constitué d'agrégats dont la
moitié sont de la dimension de la graine semée et le reste, de dimension plus petite
encore.

Dans de telles conditions, le contact entre la graine et les particules de sol qui
l'entourent est meilleur, et la graine absorbe l'eau et germe plus rapidement.

Il est, cependant, très difficile d'obtenir un sol préparé selon ce principe quand la
graine est très petite; en outre, le sol ne doit pas être gonflé.

le roulage établit le contact du sol avec la graine et dégonfle les sols creux; mais il
peut aussi rendre le sol compact et causer une agglomération des petits agrégats
recherchés, en agrégats plus gros.

Les agriculteurs disent, et avec raison, que le roulage transforme le sol en mottes.
276
 Structure du sol et germination des semences
Il n'est pas toujours souhaitable de réduire la terre en poudre, notamment un sol
limoneux, car l'eau agit plus rapidement sur un tel sol; par conséquent, aussitôt
après la première pluie, une croûte s'y forme.

Cette dernière entrave considérablement les mouvements d'air et interfère avec la


germination et la croissance des plantules.

Par suite du manque d'air, les graines peuvent pourrir et la levée est inégale.

En outre, les jeunes plantules prises dans cette surface durcie sont souvent
arrachées par le soulèvement ou le glissement des morceaux de croûte lors du
premier binage.

277
 Structure du sol et germination des semences
le travail du sol pour la préparation du lit de semence est essentiel, mais le but n'est
pas de réduire les grosses mottes, mais de réduire les gros agrégats en agrégats plus
petits dont près de la moitié auront un diamètre de 2 mm ou moins.

Un lit de semence trop travaillé montre une couche plus dense au-dessous, avec une
structure en bloc, plus compacte, moins aérée et moins perméable.

Il faut savoir aussi qu'un travail mécanique d'un sol trop humide produit des mottes
trop grosses dans un lit de semence; le contact entre le sol et les semences est alors
insuffisant pour favoriser une bonne germination, d'où une levée très inégale.

le roulage peut remédier à la situation dans un sol déjà ensemencé.

278
 Structure du sol et germination des semences

Le sol est-il plein de mottes indésirables et non ensemencé, il faut attendre de


meilleures conditions d'humidité pour le travailler sans trop l'émietter afin d'éviter
de se trouver devant un problème d'encroûtement à la première pluie.

279
 Amélioration naturelle de la structure du sol

la nature dispose de plusieurs moyens d'améliorer la structure des sols. les


principaux sont l'humectation et la dessiccation, l'action du gel et du dégel, la faune
et la flore du sol.

 Humectation et dessiccation

Les sols très lourds gonflent à l'eau et se rétractent au cours de la dessiccation qui
s'ensuit.

La rétractation provoque des fissures qui émiettent les mottes dures.

Plus le gonflement est important et plus la dessiccation qui s'ensuit est rapide,
meilleure est l'action du mécanisme sur la structure de ces sols.

280
 Humectation et dessiccation

Les sols qui ne gonflent pas, comme les sols légers, se fissurent très peu.

Le phénomène des alternances d'humectation et de dessiccation, si bénéfique à la


structure des sols lourds, n'affecte guère les autres sols.

281
 Amélioration naturelle de la structure du sol
 Action du gel et de dégel

L'eau, en gelant, forme des cristaux de glace dont la forme varie d'après la quantité
d'eau présente.

Dans les sols compacts, les cristaux de glace ont une forme aplatie, de sorte que le
terrain se soulève peu.

Si le sol est meuble et humide, il se forme des aiguilles qui peuvent soulever des
mottes et, en présence d'un excès d'eau, déchausser les plants et même soulever les
piquets plantés dans le sol.

Quand le dégel a lieu par temps sec, le sol reste granulé, alors que, s'il se produit par
temps humide, la structure du sol subit une dégradation.

Cette dernière sera d'autant plus grave que l'accumulation de glace était importante
dans les couches superficielles lors du gel, d'où l'utilité d'un labour dressé et ouvert
afin de permettre au surplus d'eau de se retirer avant la saison des gelées.
282
 Amélioration naturelle de la structure du sol
 Faune et flore du sol
On sait que les organismes vivant dans le sol jouent un rôle essentiel dans la
décomposition de la matière organique et dans l'action bénéfique de l'humus sur la
structure des argiles.

En effet, toute matière organique présente dans le sol subit d'abord une action
mécanique: fragmentation et brassage avec les éléments minéraux, dans les tubes
digestifs des petits animaux.

Intervient ensuite une transformation chimique effectuée par la faune et la


microflore.
En effet, les algues et les champignons microscopiques aidés des bactéries du sol
décomposent une grande partie de la matière organique en gaz carbonique et en
eau.
Le reste, beaucoup plus stable devant les attaques de la microflore, consiste en une
substance de couleur brun noir, appelée humus.
Cette matière humique complexe joue un rôle prépondérant dans l'amélioration de
la structure des sols. 283
 Faune et flore du sol

Outre les micro-organismes qui agissent sur la transformation de la matière


organique en humus, d'autres organismes vivants contribuent à améliorer l'aération
et la circulation de l'eau dans les sols.

Les principaux sont les vers de terre qui, au nombre de deux millions ou plus par
hectare, creusent d'innombrables tunnels sur une profondeur pouvant atteindre 2 m.

L'eau et l'air pénètrent par ces tunnels, lesquels influencent beaucoup la direction
des racines des plantes qui viennent briser les blocs de terre formés par les chemins
que les vers ont tracés.

Les vers de terre peuvent transformer chaque année de 20 à 40 t de matière


organique par hectare et déplacer en surface de 2,5 à 5 mm de sol.

284
 Faune et flore du sol

Quant aux plantes, comme on verra plus loin, elles peuvent contribuer à la
formation d'une structure granulaire par leurs racines; c'est le cas notamment des
racines fibreuses des graminées.

On comprend maintenant pourquoi la structure d'un sol est si importante, surtout


quand on sait que les fertilisants chimiques ne jouent pas pleinement leur rôle
d'alimentation dans un sol dont la structure fait défaut.

285
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL

Il est très important de traiter un sol de façon à préserver sa structure: il est en effet
plus facile de maintenir une bonne structure que d'en améliorer une mauvaise.

Il est cependant possible de remédier à une mauvaise structure, tout comme on


peut améliorer et conserver la stabilité d'un sol.

Les principaux moyens employés sont les suivants:


-la couverture végétale;
- le drainage;
- la modification de la texture; -l'apport de matière organique; -les résidus de
récolte;
- les engrais verts;
-le fumier;
-le repos du sol sous végétation;
-le travail du sol;
-le chaulage.
286
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Ensemencement d’une couverture végétale

Dans la mesure du possible, il faut éviter de laisser un sol à nu ou en jachère (labour


d'été) et ensemencer une plante couvre-sol.

L'action dégradante des pluies joue un rôle très important dans cette affaire. Même
si la structure des sols légers, dans cette condition, est moins affectée que celle des
sols plus lourds, il est encore préférable que ces terres soient toujours recouvertes
de plantes.

On peut abandonner un terrain en friche aux mauvaises herbes, mais il est


évidemment préférable de l'ensemencer avec une plante qui n'est pas destinée à la
récolte.

Dans ce cas, les meilleures plantes sont le sarrasin et le seigle qui, en plus de
maîtriser les mauvaises herbes indésirables, deviendront, une fois enfouis, un
engrais riche en matière organique toujours recherchée.
287
 Ensemencement d’une couverture végétale

Ces plantes protègent les sols légers en amortissant l'impact des gouttes de pluie,
réduisant par le fait même les dangers de ravinement, qui sont toujours présents.

Elles absorbent ensuite les éléments fertilisants qui, autrement, seraient entraînés
dans les eaux de drainage, surtout que les sols légers sont déjà naturellement
pauvres à cause de leur faible pouvoir de rétention des minéraux solubles.

Lors du labour, ces plantes restituent au sol leurs éléments fertilisants et y apportent
leur matière organique.

288
 Ensemencement d’une couverture végétale

Bref, une couverture végétale fixe le sol, le protège contre l'érosion,. en bonifie
temporairement la structure, met en réserve sûre une partie de ses éléments de
fertilité et améliore sa capacité de rétention d'eau utile.

Que demander de plus à ces plantes, surtout dans les sols où la matière organique
est si nécessaire et à une époque où le fumier est rarement accessible de manière
économique.

Dans les plantations permanentes, telles les aspergeraies, les framboisières, les
fraisières et certaines autres, il est recommandé de couvrir de paille ou d'un autre
matériau organique le sol entre les rangs.

Ce paillis limite le choc des gouttes de pluie, réprime les mauvaises herbes et
conserve au sol une plus grande humidité, état très recherché dans ces cultures.

289
 Ensemencement d’une couverture végétale
S'il est peu recommandé de cultiver des plantes sarclées sur la même parcelle de
terrain année après année, cette pratique est, par contre, nettement condamnable
dans le cas où l'on ne saurait maintenir dans ce sol une bonne réserve d'humus.

Des expériences ont montré que la porosité d'aération diminuait rapidement dans
un sol soumis continuellement à une culture sarclée.

En effet, la porosité est passée de 19 %, dans le sol nourrissant une prairie, à 11 %,


dans ce même sol lorsqu'il était cultivé en maïs continuellement.

Il est à noter qu'une porosité d'aération de 23 % est considérée comme idéale.

290
 Ensemencement d’une couverture végétale
D'autres expériences contrôlées ont révélé une stabilité structurale accrue de plus
de six fois dans un même sol d'abord cultivé en maïs pendant plusieurs années, puis
laissé en prairie l'année suivante.

L'année d'après, lorsqu'on laboura la prairie pour y cultiver à nouveau du maïs, la


stabilité tomba de près de quatre fois; lorsqu'on soumit le sol encore une fois au
régime de la prairie, il retrouva aussitôt sa stabilité structurale de quatre fois
supérieure à celle qui avait été calculée au moment où il portait du maïs.

Les couvre-sols sont très recommandés durant la mortesaison pour protéger les sols
contre l'érosion hydrique,
surtout au printemps.

291
 Ensemencement d’une couverture végétale

Il suffit de semer, à la fin de l'été, soit une annuelle soit une vivace rustique selon la
culture prévue à la saison printanière; dans les deux cas, les plantes mortes ou
vivantes jouent leur rôle de protection contre les intempéries et, au moment de la
fonte des neiges, tout en constituant un apport de matière organique précieux.

À défaut de couvre-sol, et s'il est trop tard dans la saison pour en implanter un, par
exemple une culture de maïs-grain, le labourage au chisel ou à la déchaumeuse
agricole laisse assez de matière organique à la surface du sol pour le protéger d'une
manière acceptable.

292
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Drainage du sol

L'une des techniques d'amélioration de la structure d'un sol consiste à assurer au sol
un égouttement de surface approprié.

L'accumulation de l'eau en flaques, même temporaire, dégrade inévitablement le sol


à ces endroits.

L'égouttement en profondeur ou le drainage forcé enlève rapidement le surplus de


l'eau dans les sols lourds normalement compacts.

Les changements rapides et fréquents d'humidité ou, mieux encore, d'humectation


et de dessiccation d'un sol lourd favorisent plus ou moins rapidement la granulation,
laquelle atteindra la profondeur de l'égouttement lui-même.

293
 Drainage du sol
Le drainage souterrain favorise donc une meilleure aération, l'eau du sol se retirant
plus rapidement après une forte pluie;

il assure, en outre, une plus grande réserve d'eau en permettant aux racines une
exploration en profondeur;

il réduit les risques de tassement et de destruction de la structure des sols minéraux,


car le sol est alors moins longtemps saturé d'eau.

294
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Apport de matière organique

On peut améliorer la structure d'un sol en enfouissant dans le sol de grandes


quantités de matière organique.

On l'utilise habituellement eu vue d'améliorer ou de maintenir la structure des sols.


Les nombreux sous-produits de la décomposition de la matière organique,
notamment les acides humiques, créent un milieu défavorable à l'action dégradante
de l'eau en augmentant la résistance du sol.

L'humus, un autre sous-produit, favorise l'agglomération de particules fines à l' état


granulaire dans les sols lourds.

295
 Apport de matière organique
La matière organique fraîche n'améliore pas la structure du sol, mais elle alimente
les micro-organismes qui produisent des substances actives dans ce sens.

Le rapport entre le carbone et l'azote (C / N) de la matière organique détermine la


quantité de résidu humifère.

Les matériaux riches en carbone et peu fermentescibles produisent plus d'humus


que les matériaux riches en azote qui se décomposent ou fermentent rapidement.

296
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Enfouissement de résidus de récolte

Il est possible de procéder à l'enfouissement de résidus de récolte pour améliorer la


structure du sol, mais le problème que posent les résidus de récolte, notamment la
paille enfouie à l'état naturel après la moisson, réside dans la difficulté d'obtenir une
décomposition satisfaisante.

Souvent, l'examen du profil d'un sol révèle la présence d'une couche de paille non
décomposée reposant sur la semelle du labour.

Tant qu'elle est dans cet état, cette paille ne joue pas son rôle bénéfique; souvent
même, elle fait obstacle au développement des racines, sans compter que, dans
certaines conditions d'humidité, elle peut provoquer une fermentation réductrice
pouvant causer des dommages aux cultures.
297
 Enfouissement de résidus de récolte
Pour obtenir la décomposition recherchée de la paille ou d'autres résidus grossiers
de récolte, il faut les hacher et les mélanger à la couche de sol labourée.

De plus, il arrive souvent que la décomposition de ces résidus soit retardée par une
insuffisance d'azote minéral, qui peut être compensée par un apport d'engrais
chimique azoté juste avant le labour.

Aux prises avec ces difficulté réelles, ou pour d'autres raisons, certains producteurs
préfèrent brûler les pailles et les autres résidus de récolte, d'autres les récoltent et
les vendent en ballots.

Évidemment, cette pratique prive le sol d'une source importante d'humus et, à long
terme, la stabilité structurale en sera affectée si d'autres mesures ne sont pas prises,
principalement par suite de la diminution rapide de la faune du sol.
298
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL

 Enfouissement d’engrais verts

Les engrais verts sont des cultures destinées à être enfouies dans le sol afin d'en
améliorer la fertilité; ils consistent en des cultures couvre-sol momentanées pour
protéger le sol contre l'érosion, surtout après une culture récoltée tôt en saison,
telle que les pois verts, les céréales à paille, les choux d'été et les pommes de terre
de primeur.

La valeur à long terme de l'humus fourni par les engrais verts sur la structure du sol
soulève de nombreuses controverses.

Les uns croient aux bienfaits quasi miraculeux des engrais verts, les autres
prétendent que leur fermentation rapide a pour effet d'accélérer la dégradation de
l'humus déjà présent.

299
 Enfouissement d’engrais verts

Quoi qu'il en soit, une chose est certaine: les engrais verts, notamment les graminées
comme le seigle et le ray-grass annuel mais aussi l'avoine et le radis oléagineux,
améliorent les activités des micro-organismes ainsi que la porosité et la capacité de
rétention du sol lorsqu'ils sont enfouis de façon à éviter les fermentations néfastes,
par exemple au chisel ; de plus, leurs racines ont une action bienfaisante sur la
structure du sol.

Cependant, il faut bien l'avouer, si l'action des engrais verts est immédiate sur les
qualités physiques du sol, elle est, par contre, de courte durée et incapable
d'augmenter la stabilité structurale d'une façon durable.

La température est l'élément déterminant dans la réussite d'une culture d'engrais


vert.

300
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Addition de fumier

Toutes les expériences qui ont été faites avec le fumier démontrent qu'il améliore la
porosité et la stabilité structurale des sols, seulement quand il est complètement
décomposé.

Une seule condition est essentielle: le fumier doit fermenter dans le sol, autrement
il sert plutôt de nourriture aux divers organismes dans le sol, lesquels jouent un rôle
dans l'amélioration de sa structure.

Ainsi, si on enfouit le fumier dans le sol en prenant les mêmes précautions que pour
les autres matières organiques, il donnera d'excellents résultats. Son seul point
faible vient de sa basse teneur en substances actives.

On calcule, en effet, que 1 t de fumier de ferme ordinaire contient 250 kg de matière


sèche et 750 kg d'eau. Aussi, faut-il en ajouter régulièrement.
301
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Repos du sol sous végétation
Il est bien connu qu'une vieille prairie ou un vieux pacage montre, après un labour,
un sol très bien structuré, qui demeure stable pendant plusieurs années.

Quand dans un sol agricole, par suite d'un usage abusif, la structure s'effrite, il
devient nécessaire de laisser reposer ce sol pendant quelques années.

Les céréales à paille et autres graminées, tels le millet, les fétuques et même le
chiendent, et quelques légumineuses, comme la luzerne et les trèfles, améliorent
considérablement la structure et la stabilité d'un tel sol.

302
 Repos du sol sous végétation

Ces plantes n'agissent pas toutes de la même manière sur la structure du sol. Si les racines
fibreuses des graminées fendillent et émiettent rapidement un sol lourd, elles ne le font que
sur les 7 à 10 premiers centimètres du sol.

D'autres plantes sont capables de granuler le sol en profondeur par l'action de leurs racines
pivotantes; c'est le cas des plantes-racines, telle la betterave sucrière, et des légumineuses
fourragères, telle la luzerne.

Il est recommandé de planter des graminées et des légumineuses fourragères mélangées.


Pour s'assurer de l'action améliorante des prairies, deux conditions s'imposent au départ: un
minimum d'humus dans le sol et un égouttement adéquat en surface et en profondeur.

Une ou deux années de repos sont, le plus souvent, suffisantes pour refaire la structure du
sol.

Enfin, le repos du sol sous végétation permet une multiplication des vers de terre malmenés
par les façons culturales, en plus de reconstituer les réserves d'humus, l'agent par excellence
d'une structure durable.

303
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Travail du sol
Le travail du sol comprend toutes les opérations culturales qui permettent:

- la destruction de toute la végétation;

-l'enfouissement des résidus de récolte et des mauvaises herbes;

-l'enfouissement des amendements et des engrais agricoles;

-la lutte contre les parasites des plantes;

-l'amélioration des réserves d'eau et leur circulation dans le sol ;

-l'amélioration de la structure du sol favorable à la germination des semences et au


développement racinaire des plantes mises en culture.

304
 Travail du sol

Peu importe les techniques utilisées, le travail du sol demande toujours un certain
nombre de précautions.

Il faut avant tout éviter d'enfouir le sol riche et de ramener une terre infertile en
surface, d'émietter le sol de façon abusive et de travailler un sol trop humide.

Les moyens employés pour travailler le sol sont divers :

-le labour avec les charrues à socs, ou versoirs, et les charrues à disques;

-le travail du sous-sol ou pseudo-labour, le plus souvent effectué avec le chisel ;

-les façons superficielles pour entretenir le lit de semences et éventuellement


entretenir la culture après la levée.
305
 Travail du sol
 Labour

Les labours ont pour but d'augmenter la porosité du sol, de le rendre plus meuble et
d'augmenter ses réserves d'eau en réduisant les pertes par ruissellement.

Ils servent en même temps à enfouir les résidus de récolte, à détruire les mauvaises
herbes et à incorporer dans le sol les fertilisants et les amendements.

Sous le climat québécois, il est préférable de labourer les sols lourds et francs en
automne, afin d'exposer les tranches de guéret et de bénéficier de l'action du gel
dans ces terres fortes.

Seul un labour dressé, dont la profondeur équivaut à la largeur de la tranche, est


réellement efficace, car il facilite l'évacuation des eaux, surtout à la fonte des neiges;
on le considère comme le labour idéal (figure 8).

306
 Labour

Débris de
surface et
résidus de
culture

De 45° à75°

Figure: 8

307
 Labour

Les autres types de sols gagnent à être labourés au printemps, car les pluies
d'automne risquent de les refermer. Il en est de même pour les terrains en pente.

La profondeur maximale du labour doit être de 30 cm, soit de 20 à 30 cm pour les


cultures à racines pivotantes comme la betterave sucrière et la luzerne; pour la
culture des céréales et autres gr aminées, un labour de 15 à20 cm de profondeur est
satisfaisant.

Il convient d'éviter les labours de printemps sur un chaume, à moins de procéder


tardivement, quand le sol est bien ressuyé.

308
 Labour
Il est important de varier la profondeur du labour d'une fois à l'autre pour limiter la
formation de la semelle du labour et détruire celle qui serait présente.

Enfin, il ne faut pas labourer un sol trop humide, qui est alors sujet au tassement en
profondeur et même en surface.

Les charrues à socs sont plus populaires que les charrues à disques, car le labour
effectué avec ces dernières est de qualité inférieure à celle du labour effectué avec
les charrues à socs.

En effet, les sols humides labourés avec des charrues à disques sont en mottes, et les
sols secs, trop émiettés.

De plus, le drainage des sols labourés de cette façon est inférieur à celui des sols
labourés avec la charrue à socs.

Le labourage d'un sol argileux sec est impraticable.


309
 Travail du sol

 Travail réduit du sol

Il existe de nombreuses variantes de travail du sol; elles comprennent toutes les


pratiques culturales de conservation.

La plus généralisée est sans doute le remplacement de la charrue par le chisel ou la


déchaumeuse agricole, une charrue légère pour déchaumer.

• Pseudo-labour

Le travail du sous-sol ou pseudo-labour est généralement effectué avec le chisel.

Le chisel est une machine agricole; c'est, en fait, un gros cultivateur à dents semi-
rigides qui peut remplacer la charrue à socs.

Son action est semblable à celle de la charrue: il aère le sous-sol immédiat en le


disloquant sans toutefois le retourner; il présente aussi de nombreux autres
avantages.
310
• Pseudo-labour

Utilisé comme sous-soleuse, le chisel peut approfondir le sous-sol jusqu'à 40 cm en


brisant la semelle du labour ou d'autres couches dures dans le sol sans bouleverser
les horizons.

Le chisel fissure toute la masse de sol et en favorise la perméabilité. Les problèmes


souvent reprochés à l'usage du chisel sont la germination inégale des semences et les
mauvaises herbes plus abondantes.

Toutefois, le problème provient le plus souvent d'une décision malavisée de


l'opérateur que de l'outil luimême.

Comme dans presque toutes les difficultés dans le travail du sol, le premier
responsable est la trop grande humidité du sol au moment des opérations. En sols
humides, ceux-ci sont soufflés et le travail est médiocre.
311
• Pseudo-labour

C est pire encore quand le choix s'arrête sur le chisel à socs étroits ou vrillés; ils
n'arrivent pas à effriter toute la masse de sol entre les deux sillons.

Le sol semble entièrement travaillé, mais il en résulte des bandes non


ameublies sous la surface.

Puis le nivelage du terrain lors de la préparation du lit de semence s'effectue par le


remplissage des sillons par du sol de surface séché.

Il y a donc alternance de sol humide (bande humide non fissurée) et de sol sec
(dans le sillon), une condition favorable à une germination inégale des graines et à
l'installation des mauvaises herbes.

312
• Pseudo-labour

On le rappelle, il faut vérifier l'humidité du sol avant de procéder à son travail;


l'important est de vérifier l'humidité présente à la profondeur maximale du travail
du sol par l'instrument.

L'installation de socs à patte d'oie (ou en alternance avec des socs étroits) et d'une
lame niveleuse en arrière est une assurance d'un meilleur ameublement du sol et
d'une plus grande uniformité de l'assèchement.

Là encore, il faut éviter le travail en sols humides car la patte d'oie peut lisser le sol à
son passage en profondeur.

313
• Pseudo-labour

Le chisel remplace de plus en plus la charrue à versoir, mais un labour à tous les trois
à quatre ans améliore considérablement cette technique parce que les labours
permettent l'enfouissement et l'incorporation dans le sol de diverses substances:
matière organique, chaux, engrais, mauvaises herbes, déchets de culture, etc., ce
que le chisel ne réussit que partiellement et superficiellement.

Enfin, le chisel est efficace contre l'érosion du sol en morte-saison, surtout en


présence de résidus de la culture précédente (30 %) laissés à la surface du sol.

Le ruissellement à la fonte de la neige est aussi atténué.

Cette efficacité contre l'érosion et la dégradation du sol en général est


conditionnelle à l'utilisation simultanée d'autres méthodes de conservation des sols,
notamment de la rotation des cultures.

314
 Labour
• Semis direct

Le semis direct s'effectue sur un retour de culture non labourée, par exemple,
l'ensemencement de soya entre les rangs d'une culture de maïs récoltée l'année
précédente et inversement.

Parmi les adeptes du semis direct, les uns vont travailler légèrement le sol juste sur
le rang avant de déposer les graines, le tout en une seule opération, et les autres
préconisent le passage du chisel auparavant ou encore le sarclage quand la culture
est levée ou installée.

Le semis direct favorise la formation d'agrégats stables du fait, croit-on, que les
racines sont décomposées en place.

De plus, la couverture de résidus des récoltes précédentes protège le sol contre son
érosion. Même s'il y a passage du chisel, il en reste toujours suffisamment.

315
• Semis direct

En fait, un sol peu ou pas travaillé est plus sujet au ruissellement au détriment de
l'infiltration de l'eau mais sans nécessairement augmenter la perte de sol, les
particules étant retenues par les résidus de récolte; l'eau qui s'écoule est claire.

Les rendements des récoltes obtenues par le semis direct sont aussi bons et même
meilleurs que ceux obtenus par la méthode traditionnelle de culture, mais ce n'est
pas toujours le cas avec le maïs.

Les sols plus humides et plus froids au moment des semis y sont probablement pour
quelque chose, tout au moins au Québec.

La conversion au semis direct n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Il faut du temps,
de la planification, des modifications de machinerie et des changements dans la
plupart des aspects de la production des cultures.

316
• Semis direct
S'il y a des avantages au semis direct, notamment la diminution de l'érosion et
l'amélioration de la structure du sol, ils ne se manifestent qu'à long terme et sont
conditionnels à une bonne gestion.

Par contre, les sols sont plus froids et plus humides en raison de l'importance des
résidus de culture. La matière organique en décomposition qui en résulte est
concentrée près de la surface du sol, tout comme le phosphore et le potassium et
les racines de la culture.

Enfin, à court terme, on note une augmentation de 10 à 20 % de la densité


apparente du sol et une diminution significative de l'infiltration de l'eau dans le sol.

Parallèlement, une activité biologique très accrue est facile à constater, dont une
augmentation considérable des vers de terre et des champignons moisissures.

317
• Semis direct

On peut aussi combiner le semis direct avec la culture en bandes alternées, soit sur
le plat, soit sur des billons permanents.

En plus de contrecarrer la propagation des insectes, les bandes alternées offrent,


selon les plantes choisies, un effet de brise-vent, comme c'est le cas du maïs-soya.

318
 Labour

• Culture sur billons

La culture sur billons permanents, ou buttes, offre des avantages non négligeables
sous le climat québécois, qu'elle soit ou non combinée au semis direct.

Espacés de 1,5 m, moyennant l'adaptation de la machinerie, les billons permanents


offrent la possibilité de pratiquer facilement une rotation des cultures, par exemple
maÏssoya-blé.

Évidemment, l'attrait majeur de ce système est, qu'en tout temps, les tracteurs et
autres machineries lourdes roulent entre ces buttes sur un sol toujours ferme, sans
risque d'enlisement, tout en évitant le compactage du sol cultivé.

319
• Culture sur billons

Il est prouvé que les pertes de terrain peuvent être compensées par des
rendements supérieurs et parfois davantage dans les bons sols.

Le ressuyage plus rapide est un autre avantage au printemps, que les sols soient
drainés ou non, d'où un lit de semence réchauffé plus tôt.

La remontée capillaire de l'eau s'améliore rapidement pour devenir nettement


supérieure à celle du même sol soumis au travail traditionnel.

Enfin, les cultures sont mieux protégées contre les coups d'eau (orages violents),
avec la possibilité, en tout temps, indépendamment ou combiné à une autre
opération, de creuser un sillon au centre de la trace des roues pour permettre à
l'eau de pénétrer plus rapidement dans le sol.

320
• Culture sur billons

Par ailleurs, si le travail du sol prend plus de temps, une butte de 1,5 m à la fois, il
est possible de combiner des opérations en un seul passage: chisel à deux dents et
rebuttage, épandage et enfouissement d'engrais, sarclage et rebuttage,
modification de semoir pour semer deux buttes simultanément;

selon le cas, on peut semer avec un seul semoir modifié soit du maïs, soit du soya,
soit du blé.

Il faut savoir que la mise initiale peut être élevée.

321
 Labour
• Lit de semence

Les instruments destinés à préparer le lit de semences sont nombreux et variés:


herses à roulettes, cultivateurs à dents, rotoculteurs.

Ils travaillent le sol dans une profondeur de 6 à 15 cm.

C’est la mauvaise utilisation des instruments pour le travail superficiel qui cause le
plus souvent la dégradation de la structure des sols.

Il faut éviter d'émietter d'une manière excessive les particules du sol.

Le choix de l'instrument pour préparer le lit de semences dépend de la texture du


sol et des exigences de la culture.

Il ne faut travailler les sols que lorsqu'ils sont relativement secs; la friabilité du sol et
la profondeur du lit varient avec la grosseur des semences.
322
• Lit de semence

Les herses à roulettes, ou pulvérisateurs à disques, sont encore très utilisées au


Québec. Elles sont idéales pour déchiqueter les débris végétaux et les enfouir.

C'est aussi probablement l'instrument par excellence pour briser les mottes d'un
labour de prairie.

Par contre, sur un labour propre, où il y a peu de résidus de culture, les herses à
roulettes pulvérisent trop les sols secs et forment trop de mottes dans les sols
humides.

Les cultivateurs à dents plus ou moins rigides travaillent le sol par vibrations.

Parmi les nombreux types de cultivateurs à dents, il y a celui à dents semi-rigides


spiralées, dont la vibration, qui dépend de l'élasticité de la dent, est entretenue par
l'hétérogénéité du terrain. 323
• Lit de semence
Ce cultivateur peut être utilisé dans les sols lourds après le labour. Le cultivateur à
dents flexibles, aidées d'un ressort à lames, ameublit bien le sol sans le bourrer, grâce
à la grande vibration des dents.

Enfin, le cultivateur à dents vibrantes, bouclées en S, appelé vibroculteur, possède


des dents très flexibles; il est bien adapté aux sols secs et durs et s'utilise à grande
vitesse (figure 9).

Au Québec, l'utilisation d'une émotteuse à tringle, ou herse rotative, montée sur le


vibroculteur connaît une très grande popularité.

Elle constitue probablement le principal instrument aratoire utilisé pour préparer le


lit de semence.

Cet instrument trie, selon leurs diamètres, les mottes disloquées par la vibration des
dents hautement flexibles du vibroculteur, rendant ainsi le sol légèrement compact
et favorisant la capillarité.
324
• Lit de semence

325
• Lit de semence

les cultivateurs rotatifs (appelés parfois rotoculteurs, au Québec) brisent


rapidement les sols en petites mottes, mais, malheureusement, la structure ainsi
obtenue est beaucoup plus fragile que celle qu'on obtient par mûrissement du sol,
grâce au gel et au dégel, ou par d'autres moyens mécaniques moins violents.

Il est vrai qu'ils permettent de rétablir instantanément une bonne structure


physique; néanmoins, ils conduisent souvent à une dégradation rapide de la
structure existante.

Les sols lourds travaillés avec ces instruments deviennent durs comme du ciment à
la première pluie.

326
• Lit de semence
les cultivateurs rotatifs peuvent rendre de grands services pour déchiqueter
superficiellement les vieilles prairies avant leur labour.

En fait, toute façon culturale, quelle qu'elle soit, réalisée avec ces instruments doit
toujours demeurer superficielle, afin de réduire au minimum les risques de son
action sur la dégradation possible de la structure du sol.

Il est à noter que le travail excessif du sol est à condamner en tout temps et que
toutes les façons culturales entraînent la destruction rapide de la matière organique
par oxydation.

Aussi faut-il essayer de simplifier le travail du sol et de réduire le nombre de


passages avec les machines agricoles.

327
• Lit de semence

Comme il n'existe pas d'appareil pratique pour mesurer le taux d'humidité du sol
sur lequel s'appuyer pour décider de travailler ou non le sol, l'expérience de
l'agriculteur dans l'estimation de l'état de l'humidité du sol au toucher reste encore
la méthode la plus fiable.

Au point de vue théorique, il est acceptable de travailler les sols légers, francs ou
lourds, dont les contenus respectifs en eau utile sont de 75 % pour les premiers, de
60 % pour les deuxièmes et de 50 % pour les derniers.

Mais il faut continuer de surveiller leur adhérence et leur cohésion (figure 10).

328
• Lit de semence

Figure 10:

329
• Lit de semence

Retenons enfin que:

-le meilleur temps pour travailler le sol, c'est lorsque les pourcentages de cohésion
et d'adhérence coïncident à la profondeur maximale du travail du sol;

-plus un sol est consistant, plus il résiste au travail qui y est effectué;

-si le sol n'est pas travaillé au bon moment, sa structure peut être détruite.

La figure 11 est un guide d'interprétation de l'humidité du sol suivant sa texture.

Une adaptation des façons culturales réduites en fonction des diverses classes de
texture de sols est présentée à la figure 12.

330
• Lit de semence

Figure 11:
331
• Lit de semence

Il existe aussi un test pour connaître l'humidité d'un sol en se basant sur la plasticité
des sols à structure.

Prendre une poignée de sol à la profondeur maximale de travail du sol et la rouler


entre les deux mains: se forme-t-il un ruban ou rouleau continu, le sol est trop
humide pour être travaillé sans en détruire la structure; se forme-t-il un ruban ou
rouleau qui casse facilement, qui s'effrite, le sol peut être travaillé sans risque.

Un sol trop humide laisse de grosses mottes au premier passage de la machinerie.

De nombreux passages sont alors nécessaires pour les briser et préparer le lit de
semence qui s'encroûte à coup sûr à la première pluie importante.

332
Figure 12 333
• Lit de semence

S'il est possible de travailler très superficiellement les loams non argileux au
printemps pour accélérer l'assèchement, il faut s'en tenir à un seul passage.

Au contraire, on doit laisser sécher naturellement les sols argileux avant toute
opération de printemps.

Dans le cas des sols légers ou à texture grossière, il faut éviter les nombreux
passages pour éviter les pertes d'humidité.

334
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Chaulage

La chaux fait floculer les argiles colloïdales en créant une structure granulaire; le sol
devient alors plus poreux et plus meuble.

Cependant, il ne faut pas croire que les sols nettement acides, dont les colloïdes
sont garnis d'une plus grande proportion d'ions d'hydrogène que d'ions de calcium,
n'ont pas de structure.

Au contraire, ces sols peuvent avoir une structure semblable ou supérieure à celle
d'un sol ayant un pH entre 6 et 6,5. Ce n'est qu'au-delà d'un pH 6,5 que le chaulage
devient très efficace sur la floculation et encore faut-il que le sol devienne
nettement alcalin pour que l'on puisse apprécier les résultats.

335
 Chaulage

D'autre part, un excès de chaux (pH supérieur à 7,5) peut nuire à l'alimentation
minérale des plantes, notamment en ce qui a trait à la disponibilité de certains
éléments mineurs.

Le plus grand avantage de la chaux est de diminuer l'acidité des sols et, par
conséquent, de favoriser l'activité microbienne dont dépend en grande partie la
fertilité des sols.

L'effet de la chaux sur la structure des sols lourds est donc plus indirecte que
directe.

336
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Modification de la texture
On peut toujours améliorer la structure et la porosité des sols par une action directe
sur la texture.

Le sablage des terres lourdes par incorporation de sable et le glaisage des sables par
addition d'argile sont deux moyens efficaces, mais pour lesquels on opte rarement,
en raison de leur coût de réalisation.

D'autres matériaux d'origine minérale améliorent sensiblement la porosité des sols


lourds, sans en modifier la texture ou la structure.

Cependant, nul ne songerait à employer ces amendements (pedite, vermiculite,


terralite, etc.) ailleurs que dans un petit potager ou une petite plate-bande, ou dans
la préparation du mélange d'un sol destiné à la culture en serres ou en pots, car leurs
prix deviennent rapidement prohibitifs.

337
 TECHNIQUES D’AMELIORATION DE LA STRUCTURE
DU SOL
 Couleur des sols
Les caractères physiques des sols, on l'a vu, sont nombreux.

Outre la texture, la structure et les propriétés qui en découlent, il y a, bien sûr, le


poids et la chaleur spécifique; mais il en reste un autre, la couleur.

Les composés de fer contribuent à colorer les sols en rouge, en bleu, en jaune et
parfois en gris, alors que l'humus produit des teintes sombres allant du brun au noir.

L'interprétation de la couleur des sols peut donc seconder le travail d'identification


de la composition et de la structure d'un sol.

338
 Couleur des sols
La croyance populaire veut qu'un sol foncé soit de qualité supérieure à celle d'un sol
plus pâle.

Néanmoins, même si la couleur foncée est généralement un indice de fertilité, la


prudence reste toujours bonne conseillère dans l'appréciation de ce critère.

En effet, certains sols sont noirâtres ou sombres à cause de la présence de particules


minérales noires provenant de la désagrégation de la roche mère.

Dans ce cas, que l'humus soit absent ou présent, le sol serait noir.

D'autre part, les terres noires, on s'en souvient, sont souvent pauvres en éléments
minéraux nutritifs essentiels.

339
 Couleur des sols
Aussi, vaut-il mieux considérer la couleur d'un sol comme une simple indication de la
valeur de ce sol.

Lorsqu'un sol est gris ou gris-bleu, cela indique souvent qu'il est imbibé d'eau ou
qu'il l' a été pendant longtemps.

Si ce sol renfermait beaucoup d'humus, il serait noir; cela serait dû à la formation de


sulfure de fer, le soufre provenant de la matière organique.

Parfois, comme c'est souvent le cas pour certains sols moins lourds, le mauvais
drainage n'est pas facile à déceler par une simple observation en surface.

C'est également le cas pour certains sols moins lourds qui présentent des couches
indurées imperméables dans le sous-sol.

340
 Couleur des sols
En cas de doute quant au drainage, il suffit de creuser çà et là quelques trous de 60 à
90 cm de profondeur, de les remplir d'eau et d'observer ce qui se passe.

Si l'eau disparaît une heure ou une heure et demie plus tard au maximum, c'est que
le sol est bien drainé et qu'il convient à toutes les plantes ordinaires requérant un
, bon drainage.

Par contre, si l'eau est encore présente dans le sol 24 heures plus tard, c'est que
celui-ci est mal drainé; à moins d'en améliorer artificiellement le drainage, seules les
plantes à racines superficielles y survivront.

La couleur jaune est également un signe de mauvais drainage ou d'un drainage


excessif. Si le sol est jaune mais bien drainé, ou gris mais sur les hauteurs, c'est qu'il
est pauvre.

En effet, le jaune ou le gris, sur des terrains élevés, indiquent souvent un lessivage
des éléments fertilisants.

341
 Couleur des sols
Une couleur claire au sommet d'une colline est celle du sous-sol, la terre de surface
y ayant été érodée; ces zones décapées, qui étaient des sols peu profonds au départ,
sont à faible potentiel.

Les sols bien drainés montrent des profils uniformément colorés en brun foncé, sur
une profondeur d'au moins 60 cm.

La présence de marbrures ou de courants bleutés ou rouille devrait éveiller des


soupçons sur l'état du drainage du sol.

Il arrive souvent que les sols mal drainés à la saison des pluies et de la fonte des
neiges présentent des dépôts et des marbrures colorées.

342
 Couleur des sols

On a déjà dit que la couleur était souvent un indice de la teneur en humus d'un sol.
Les sols riches en humus sont ordinairement noirs, noirâtres ou brun foncé.

Par ailleurs, les bas-fonds à sol de surface noir laissent soupçonner un état de
mauvais drainage; s'ils paraissent gris-noir ou gris-vert, les soupçons sont alors
confirmés.

Bref, les teintes sombres peuvent indiquer la fertilité d'un sol, mais aussi un mauvais
drainage; si les sols de teinte sombre sont bien drainés, ils sont généralement
fertiles et poreux.

Les sols jaunes sont souvent pauvres en éléments fertilisants et leur drainage est
inadéquat.

343
 3ème critère morphologique : les traits
pédologiques

Les traits pédologiques regroupent l’ensemble des


organisations qui, au sein des horizons, caractérisent les
mouvements de matière qui s'y produisent, les traces de
l’activité biologique ou encore les indices
d’anthropisation.

 Les mouvements de particules

Ils peuvent être décelés par l’existence de fines pellicules


recouvrant généralement les faces des agrégats :
344
- les revêtements argileux
Il s’agit de fines pellicules d’argile recouvrant les faces des
agrégats et qui traduisent la migration d’éléments en
suspension : ces revêtements sont fréquents dans les
horizons profonds des sols des régions tempérées et
permettent de reconnaître le processus de lessivage.

345
- les revêtements humifères
Il s’agit de pellicules riches en matière organique : elles
sont relativement rares sous nos climats sauf en cas
d’apports de matière organique soluble.

346
 Mouvements et précipitations d’éléments en
solution

D’autres transports de matière se font sous forme soluble à


travers le sol et peuvent être mis en évidence par des
traits pédologiques issus de la précipitation localisée
des éléments en solution.

Il s’agit en particulier :

347
- de nodules calcaires
Ces nodules blancs de taille centimétrique traduisent la
précipitation localisée de carbonates migrant en solution
et cristallisant dans les vides (ex. la calcite).

Le moteur principal de cette précipitation est


l’évapotranspiration, qui concentre les solutions du sol.

348
- d’accumulations et de nodules de fer
Il s’agit de nodules rouges à noirs, de taille millimétrique à
centimétrique, qui se forment par reprécipitation du fer
ferreux en fer ferrique.

En milieu tropical, ces accumulations de fer peuvent être


massives et constituer des cuirasses ferrugineuses très
épaisses.

349
 Les traces d’activité biologique
Les indices de l’activité biologique sont nombreux dans un
sol.
Il s’agit de :
- boulettes fécales ;
- agrégats grumeleux
- matériau transporté à l’intérieur du sol par la macrofaune
- constructions au sein des sols : termitière, fourmilière

350
 Les indices d’anthropisation

De très nombreux sols ont été remaniés par l’activité


humaine et il est indispensable de pouvoir le détecter
lors de l’observation des sols.

Les indices disponibles sont la présence de :


- briques, ardoisières, anciennes constructions ;
- ronds de charbon de bois, foyer de poterie ;
- carrière et comblements ;
- dépôts d'ordures ;
- composts.

351
Le Profil

352
les processus d'altération, d'humidification et de différenciation
aboutissent à l'apparition de couches superposées, plus ou
moins distinctes, et différent l'une de l'autre par un ou
plusieurs caractères: appauvrissement ou enrichissement en
certaines substances, texture, structure, etc...

Ces diverses couches sont les horizons, dont l'ensemble


constitue le profil du sol.

On peut les définir ainsi:


profil: épaisseur totale du sol ayant une importance du point de
vue écologique et au sein de laquelle se manifeste un certain
nombre de propriétés qui rendent le sol différent de la roche-
mère originelle.

horizons: chacune des couches du profil, à propriétés


particulières, plus ou moins différentes de celles des couches
sus-et sous-jacentes.
353
Identification synthétique des horizons

L’identification synthétique des horizons a pour objectif de


résumer l’observation morphologique et de transmettre à
autrui les caractéristiques principales des horizons
identifiés.

Huit grands types d’horizons sont distingués dans le


Référentiel Pédologique selon le tableau suivant.

354
Tableau 1 : Les principaux types d’horizons distingués dans le Référentiel
Pédologique (AFES, 1995) ; en italiques la correspondance avec le système
international (WRB, 1998).
Type Principales caractéristiques Exemple
d’horizons
O (O) Horizons de surface dits hologarniques constitués principalement de résidus Humus forestiers
végétaux transformés en conditions aérobies
H (H) Horizons hologarniques constitués de résidus végétaux transformés en milieu Tourbe
saturé par l’eau
A (A) Horizons dits « organo-minéraux » contenant en mélange de la matière Horizon de surface d’un sol
organique et de la matière minérale et dont la structure originelle de la cultivé
roche a disparu
E (E) Horizon dit « éluvial », minéral ou organo-minéral, dans lequel le caractère Horizon appauvri en argile par
principal est une disparition de fer et/ou d’argile et/ou d’aluminium. lessivage
BT et BP Horizon se caractérisant par l’accumulation d’argile (horizon BT dit illuvial) ou Horizon enrichi en argile par
(Bt et Bs) par l’accumulation de matière organique et d’aluminium (horizon BP dit lessivage
podzolique)
S (Bw) Horizon dit structural se caractérisant par la disparition totale de la structure Horizon brun-jaune sans indice
initiale de la roche, mais sans indice d’enrichissement ou de lessivage sous un
d’appauvrissement labour
C (C) Horizon minéral d’altération, conservant en partie la structure de la roche, mais Arène de granite
ayant subi une fragmentation importante et/ou une altération géochimique

R et M substrats durs (R) ou meubles (M) peu altérées constituant une discontinuité Schiste peu altéré
physique à la base du sol

355
Conclusion

Malgré les développements rapides des techniques


analytiques de caractérisation des sols, l’étude de la
morphologie des sols reste un outil précieux, car elle
permet une évaluation rapide des principales
caractéristiques d’un sol et un premier diagnostic de son
fonctionnement .

on peut de la sorte répondre rapidement à des problèmes


simples d’utilisation des sols et surtout orienter, en
matière de prélèvement et de type d’analyses, les
études plus détaillées qui prolongent l’observation
morphologique.

Néanmoins, il faut généralement interpréter la


morphologie des sols avec prudence en se rappelant
qu’une même morphologie peut résulter de divers
processus ou être héritée d’un fonctionnement ancien du
sol. 356
CHAPITRE IV
LA MATIERE ORGANIQUE ET
LES SOLS ARABLES

357
INTRODUCTION

On a déjà souligné l'importance de la matière organique dans la


fertilité des sols,

car l'humus, la partie résiduelle relativement stable de la


matière organique, a des effets certains sur les qualités physiques des
sols.

Elle a, de plus, des effets tout aussi importants sur leurs qualités
chimiques.

358
INTRODUCTION
Il importe de comprendre les processus de formation et d'évolution
de la matière organique dans les sols, son rôle indispensable dans la
qualité des sols ainsi que les outils nécessaires pour en calculer la
teneur,

sinon il devient impossible de procéder judicieusement aux


amendements qui s'imposent pour le maintien des réserves de
matière organique dans le sol.

Les mécanismes en présence sont complexes et font intervenir


plusieurs notions de biologie et de chimie.

359
4.1 FORMATION ET EVOLUTION DE LA MATIERE
ORGANIQUE
À moins qu'elle ne soit décomposée, la matière organique n'a que peu de valeur
pour le sol qui la renferme.

Le sol, on le sait, héberge une multitude d'organismes dont les plus petits sont
collectivement nommés microorganismes.

Ce sont surtout les micro-organismes qui, en présence d'humidité et de chaleur


(température optimale entre 21 et 35°C), digèrent le gros de la matière organique.

Ils le font plus ou moins rapidement, en quelques semaines ou plusieurs mois.

Au terme de cette transformation appelée humification, apparaît un résidu


généralement persistant, de nature colloïdale, à décomposition très lente, qui est
l'humus.

360
4.1.1 Humus vrai et commercial
L'humus vrai consiste en un mélange d'acides humiques, gris et bruns, et d'acides
fulviques.

Les acides humiques gris sont une substance à la fois poreuse et collante, insoluble à
l'eau, généralement acide, en solution colloïdale dans le sol et liée à la fraction
minérale, elle-même liée aux argiles colloïdales: c'est le complexe argilo-humique.

Les acides humiques gris forment entre 40 et 45 % de l'humus vrai. Les acides
humiques bruns sont très résistants et très stables, à l'état libre dans le sol; ils
forment également entre 40 et 45 % de l'humus vrai.

361
4.1.1 Humus vrai et commercial

Les acides humiques bruns et gris sont en fait noirs et à base de composés ligno-
protéiques ; ils forment, avec l'argile, des composés peu stables.

L'humus comprend aussi des acides fulviques. Ils sont moins abondants que les
acides humiques et ils sont surtout des dérivés de celluloses, d'hémicelluloses et de
cires.

On confond souvent tous ces acides sous le nom d'acides humiques au sens large.

L'humus, c'est donc bien davantage qu'un simple mélange de celluloses, des
protéines et de lignines fragmentés par les micro-organismes, car ces constituants
végétaux ont été profondément transformés par les micro-organismes en composés
nouveaux que sont les acides humiques.

362
4.1.1 Humus vrai et commercial

Environ 10 à 20 % de l'humus provient de l'humification de matériaux facilement


décomposables comme les organismes morts (bactéries, champignons, vers de terre
et autres) et la matière organique faible en carbone comme les déjections animales
et les engrais verts.

Cette matière organique produit peu de cet humus facilement décomposable.

l'humus n'a pas une composition définie; les proportions de ses constituants sont
variables selon les végétaux qui lui donnent naissance et les conditions dans
lesquelles l'humification a lieu.

L'humus vrai en solution colloïdale dans le sol constitue la réserve du sol en matière
organique à long terme pour la croissance des plantes

363
4.1.1 Humus vrai et commercial

Il ne faut pas confondre l'humus vrai avec l'humus commercial qui n'est bien souvent
qu'une terre noire d'aspect terreux formée de débris végétaux plus ou moins
décomposés, qui est de l'humus brut souvent pauvre en humus vrai stable.

En revanche, l'humus des sous-bois, mieux connu sous le nom de terreau de feuilles
dont la qualité augmente beaucoup lorsque les feuilles proviennent d'essences à
bois dur, contient jusqu'à 70 % et plus d'humus vrai stable.

D'ailleurs, la matière organique totale plus ou moins décomposée que contient un


sol est en fait de l'humus brut. Il en existe plusieurs types.

364
4.1.1 Humus vrai et commercial

En effet, plusieurs conditions sont nécessaires au processus de l'humification :


humidité suffisante, aération modérée du sol, présence de bactéries participantes
de types aérobie et anaérobie, et chaleur, dont une quantité est fournie par le
processus de dégradation lui-même qui est de type fermentation.

Toutefois, le facteur le plus important est sans contredit le pH du sol, car les sols
acides ralentissent de beaucoup l'humification.

365
4.1.1 Humus vrai et commercial

l'activité bactérienne est inexistante au-dessous d'un pH 6; puis les actinobactéries


prennent le relais jusqu'à un pH 5,5, et sont remplacées par les champignons actifs
jusqu'à un pH 3,0.

Le degré d'acidité décide de la prédominance des micro organismes dont les


actions déterminent le type d'humus, mais il varie aussi selon la nature de la
végétation qui subit l'humification, les résineux étant plus acidifiants que les
feuilles, et selon la nature de la roche mère, la silicieuse étant acide et la calcaire,
basique.

366
4.1.2. Types d’humus

Il y a plusieurs types d'humus naturels, qu'on appelle humus bruts.

Au Québec, si on exclut les tourbières acides à sphaignes qui sont sans intérêt
agricole, on rencontre principalement le mull et le mor.

Il existe deux types de mulls : le mull forestier, ou humus doux, qui est formé au pH
situé entre 5,2 et 6,8, , et le mull calcique, qui est formé sur des sols nettement
calcaires, à pH entre 7,5 et 8,5.

L'humus doux ou mull forestier est l'humus typique de la forêt feuillue; c'est l'humus
des sols argileux des basses terres du Saint-Laurent et du Richelieu (surtout des
gleysols humiques).

La flore de ces sols est d'autant plus abondante et active que le pH se rapproche de
la neutralité.
367
4.1.2. Types d’humus

La matière organique y est rapidement humifiée et l'humus, plutôt neutre, à


minéralisation assez rapide.

Cet humus se lie intimement avec le calcium et l'argile pour donner un complexe
argilo-humique bien agrégé, d'où une assez bonne structure et une capacité
d'échange élevée, notamment en sols drainés.

L'humus calcique est l'humus de régions semi-humides des prairies .

Il possède les qualités accentuées du mull forestier.

368
4.1.2. Types d’humus

Un bon sol à jardin renferme un humus intermédiaire entre les deux mulls précités.

Un autre type d'humus est très commun au Québec; c'est le mor ou humus grossier typique
des forêts de résineux et des forêts mixtes.

L'humification dans les sols à pH variant de 4 à 5,5 dans un climat humide froid ou tempéré
froid est incomplète et la capacité d'échange, très faible, le complexe étant de nature ferro-
alumino-humique peu stable quoique assez efficace.

Les sols formés sur une roche mère silicieuse sont acides et subissent un lessivage important.
Comme leur minéralisation est très lente, ils sont pauvres, et ferro-humiques et à moins de 5
% de matière organique à l'état naturel, au sud du 50° de latitude N.

Ils sont rocheux et couvrent la majorité du territoire agricole.

369
4.1.3. Evolution de matière organique

Les diverses étapes de l'évolution de la matière organique dans le sol sont


montrées à la figure 1.

Notons que l'acidité du sol, l'excès d'eau et le manque de chaleur, d'oxygène et


d'azote freinent le passage d'une étape à l'autre.

370
4.1.3. Evolution de matière organique

371
4.1.3. Evolution de matière organique
La matière organique est utile non seulement par l'humus qu'elle produit, mais
aussi par tous les produits intermédiaires qui apparaissent lors du processus de sa
décomposition.

La vitesse de décomposition ainsi que les sous-produits, notamment ceux qui


comprennent de l'azote, varient considérablement suivant l'origine de la matière
organique.

Certains produits sont parfois si riches en azote qu'ils sont considérés comme des
fertilisants, d'où le nom d'engrais vert donné à l'herbe tendre qui, lorsqu'elle est
enfouie dans le sol, est très rapidement décomposée.

372
4.1.3. Evolution de matière organique

La paille, la sciure de bois et la tourbe de mousses, toutes trois pauvres en azote,


se décomposent lentement et ne fournissent que peu de nourriture aux plantes;
elles laissent, cependant, beaucoup d'humus stable, l'agent par excellence de la
structure des sols.

Les composés organiques solubles qui apparaissent au cours de la décomposition


jouent un rôle de dispersion de l'argile et forment des complexes solubles avec les
oxydes de fer et d'aluminium qui migrent alors dans le sol.

La solubilisation croît avec l'acidité du sol; par contre, le calcium la freine.

373
4.1.4. Amélioration de l’humification

Connaissant l'importance du rôle de l'humus dans la fertilité des sols, il est normal
de chercher à obtenir une bonne humification, par conséquent une bonne
minéralisation dans les sols agricoles.

Le drainage, par exemple, à permis de mettre en valeur la grande richesse naturelle


des gleysols.

Et si on a abusé de ces sols pendant au moins trois décades (monoculture, culture


intensive), le virage vers l'agriculture durable encourage la réintroduction de bonnes
pratiques agricoles abandonnées (rotation des cultures, la culture de légumineuses
enrichissantes, l'addition d'humus) et l'adoption de pratiques de conservation des
sols (travail réduit du sol, protection contre l'érosion, etc.).

374
4.1.4. Amélioration de l’humification

Les podzols peuvent aussi devenir de bons sols agricoles.

Une fois drainés, il faut les amender pour rectifier leur pH, condition essentielle à
l'amélioration de leur capacité d'échange.

Puis il convient de pratiquer la rotation des cultures, en incluant des cultures


enrichissantes (légumineuses vivaces), de les enrichir par l'apport soutenu d'engrais
de ferme et de minéraux, de les protéger contre l'érosion, etc.

375
4.2. Rôle de la matière organique

La matière organique remplit une multitude de fonctions inestimables qui sont


toutes aussi indispensables les unes que les autres.

Sans elle, aucune production n'est possible.

Elle influence la qualité des sols de trois façons différentes: un peu, à l'état frais;
moyennement, durant sa décomposition (de 2 à 3 ans); beaucoup, à l'état d'humus
stabilisé.

C'est pourquoi, quand on parle du rôle que joue la matière organique, on sous-
entend tout naturellement celui de l'humus.

la matière organique exerce son influence à la fois sur les propriétés physiques,
chimiques et biologiques du sol.
376
4.2.1 Influence sur les propriétés physiques du sol

l'humus peut améliorer la structure des sols.

Ajoutée aux sols lourds, la matière organique prévient le tassement des particules
en une masse solide.

L'humus qui en résulte favorise la granulation de ces particules, rend les sols plus
légers et plus poreux et permet ainsi aux racines d'explorer avantageusement le
médium alors mieux aéré.

Il rend donc les sols plus meubles et augmente leur perméabilité à l'air et à l'eau.

En même temps, il est un régulateur de l'humidité du sol.

En effet, il maintient une meilleure réserve d'eau, grâce à son pouvoir d'absorption
élevé, et tend, du même coup, à réduire l'évaporation.

377
4.2.1 Influence sur les propriétés physiques du sol
l'humus augmente la cohésion des agrégats du sol et diminue leur mouillabilité; c'est
donc un élément stabilisant de la structure, puisqu'il agit notamment contre son pire
ennemi: l'eau.

Incorporé dans les sols légers, donc très ouverts, l'humus cimente entre elles les
particules minérales grossières et donne du corps ou de la cohésion au sol.

les particules cimentées agissent comme une éponge en retenant la solution du sol.
Cette structure est très fragile.

En effet, faute d'argile, il n'y a pas de formation de complexe argilo-humique stable.

On peut laisser la matière organique grossière (résidus de culture) en surface ou


l'incorporer uniformément dans les premiers centimètres du sol; il faut éviter surtout
de l'enfouir en une mince couche au fond du labour; cela vaut aussi pour les fumiers.

378
4.2.1 Influence sur les propriétés physiques du sol

Cette mauvaise pratique crée une zone mal aérée nuisible à la croissance des
racines.

Les sols légers sont secs; la présence d'humus, qui peut retenir jusqu'à 15 fois son
propre poids sec en eau, favorise dans ces sols la rétention d'un minimum essentiel
d'eau, tout en réduisant les pertes d'éléments fertilisants par lessivage.

Aidée d'un paillis qui retarde l'installation des mauvaises herbes, cette rétention
d'eau atténue les fluctuations rapides de température du sol.

Il est à noter que l'humus a une plus grande capacité à retenir l'eau et les éléments
nutritifs que l'argile, d'où sa présence essentielle.

379
4.2.2 Influence sur les propriétés chimiques du sol

L'humus, comme l'argile, peut fixer les cations indispensables, par son pouvoir
d'adsorption, et les libérer pour alimenter les plantes en croissance, grâce au
mécanisme de l'échange des ions.

Il augmente, par conséquent, le pouvoir fixateur du sol et sa capacité d'échange des


bases.

De plus, il s'oppose à la rétrogradation du phosphore et du potassium, c'est-à-dire au


blocage de ces deux éléments dans le sol sous une forme non disponible pour les
plantes, en les fixant à l'état de complexes organiques, créant ainsi une réserve
utilisable.

380
4.2.2 Influence sur les propriétés chimiques du sol

Étant donné que le sol ne contient pas d'azote, il ne peut en apporter aux plantes; la
matière organique constitue donc leur principale source, après les engrais
chimiques.

En se minéralisant, la matière organique libère l'azote, que les plantes peuvent


ensuite utiliser, ainsi que d'autres éléments en quantités non négligeables, tels le
phosphore, le potassium, le soufre, etc.

L'humus, surtout dans les sols légers, retient à la disposition des plantes plusieurs
éléments essentiels au développement des végétaux, dont les oligo-éléments.

Il influence aussi la solubilité de certains minéraux, notamment le phosphore, en


plus d'enlever du milieu, par adsorption, une grande quantité d'éléments toxiques
pour les plantes.
381
4.2.2 Influence sur les propriétés chimiques du sol
Le gaz carbonique (COL) dégagé lors de la fermentation de la matière organique se
combine à l'eau du sol et se transforme en acide carbonique.

Cet acide permet à la solution du sol de dissoudre les éléments contenus dans les
particules minérales qui s'y trouvent le plus souvent sous une forme non utilisable
par les plantes.

Une augmentation de la teneur du gaz carbonique déclenche le processus de


l'échange des ions sur le complexe argilo-humique, favorisant par le fait même
l'assimilation de ces éléments.

Le surplus de gaz carbonique est diffusé dans l'atmosphère, et les plantes vertes
l'utilisent comme source de carbone pour fabriquer des sucres.

Grâce à son pouvoir tampon, l'humus prévient en outre les variations subites et
néfastes du degré d'acidité dans le sol.
382
4.2.3 Influence sur les propriétés biologiques du sol
Seule la matière organique peut alimenter les microorganismes qui, à leur tour, par
leurs activités, produisent de l'humus sans lequel un sol devient mort, impropre à la
croissance des plantes.

Elle est le support de la vie du sol.

Elle entretient aussi la vie des microbes spécifiques de la minéralisation de l'humus.

Enfin, elle a d'autres fonctions à peine connues, telle son action sur le
développement des végétaux comme facteurs de croissance ou comme substances
rhizogènes exerçant une action stimulante sur les radicelles.

383
4.3 Propriétés d’humus et qualité des sols

En agriculture, le problème de l'humus est bien plus souvent d'ordre quantitatif que
d'ordre qualitatif.

La proportion d'humus varie grandement d'un sol à un autre, de même qu'à


l'intérieur d'un même sol, d'une saison à l'autre.

384
4.3 Propriétés d’humus et qualité des sols

4.3.1 Teneur en humus


Un bon sol minéral peut contenir jusqu'à 250 t de matière organique par hectare;
sous le climat québécois, les sols cultivés moyens en contiennent généralement
125 t ou moins par hectare dans la couche labourée, soit entre 5 et 2 % ; une
bonne terre à jardin en renferme de 10 à 40 %. Cette accumulation provient de
débris végétaux et animaux.

Les plantes, durant leur croissance, épuisent plus ou moins rapidement les sols de
leur matière organique, mais elles contribuent aussi à l'augmenter, chaque fois
que leurs différents organes meurent: feuilles, tiges, racines. De même, les
animaux qui vivent sur le sol ou à l'intérieur produisent des déchets organiques; à
leur mort, leurs cadavres jouent un rôle important dans l'accumulation de cette
matière organique.

Les sols minéraux soumis aux cultures intenses voient leurs réserves en matière
organique disparaître rapidement, à moins qu'une addition régulière ne vienne
compenser ces pertes.
385
4.3 Propriétés d’humus et qualité des sols

4.3.2 Teneur minimale en humus

Quand le taux d'humus baisse au-dessous d'un certain minimum, de graves dangers
guettent la croissance des plantes et les propriétés des sols. Il s'ensuit toutes sortes
de problèmes:

-l'instabilité de la structure et la lenteur de l'égouttement (ressuyage) dans


les sols lourds;

-les dangers accrus face aux sécheresses dans les sols légers, et une plus
grande diminution de leur faible capacité de rétention des éléments nutritifs;

-l'irrégularité de la levée des semis;

-la formation de croûte;

-l'alimentation anormale des plantes, donc une baisse des rendements.


386
4.3.2 Teneur minimale en humus

Il est à noter, de plus, que le minimum indispensable d'humus varie d'un sol à un
autre et que ce taux est d'autant plus élevé que le sol est pauvre en éléments
fertilisants.

Les spécialistes s'entendent pour dire qu'un taux de 1,5 % est la limite critique
théorique, au-dessous de laquelle la fertilité diminue rapidement.

Il est souhaitable de viser à maintenir un taux minimal de 2,5 %, en général et même


de 3,5 à 4 % dans les sols lourds.

Il est vrai qu'un taux d'humus plus élevé est davantage bénéfique; néanmoins, il faut
apporter annuellement deux fois plus de matière organique à un sol pour maintenir
son taux à 3 % plutôt qu'à 2 %.

Il est à retenir qu'il faut jusqu'à 20 ans pour augmenter un taux d'humus stable de 2
à 3 %. Heureusement, son évolution dans l'autre sens est également très lente.

387
4.3.3 Détermination de la teneur

Toute matière organique renferme du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène, de


l'azote, du soufre, du phosphore et d'autres éléments chimiques.

Le carbone reste toujours l'élément le plus abondant et le plus facile à déterminer.

Pour connaître le pourcentage de matière organique d'un sol, il suffit de trouver la


teneur en carbone de ce sol et de multiplier cette valeur par 1,72 :

Quantité de carbone x 1,72 = pourcentage de matière organique

388
4.3.3 Détermination de la teneur
 Rapport carbone-azote

On utilise le rapport carbone-azote (C/N) pour connaître l'évolution de la matière


organique dans le sol.

La matière organique riche en azote et pauvre en cellulose (engrais vert), dont le


rapport C/N est faible, subit une décomposition rapide, et les microbes y trouvent
l'azote dont ils ont besoin.

Au contraire, la matière organique riche en cellulose ou en lignine et pauvre en


azote, dont le rapport C/N est élevé, subit une évolution plus lente dans le sol.

Les microbes mettent plus de temps pour la décomposer, empruntent du sol l'azote
dont ils ont besoin pour se multiplier et y laissent plus d'humus stable et riche en
azote.

389
 Rapport carbone-azote

On se rend compte que la matière organique ne donne pas toujours le même


rendement en humus; les données sont, d'ailleurs, assez divergentes à ce sujet.

Il convient donc de vérifier la base des données, qui devrait être le rendement en
humus par rapport à la matière sèche du produit et non à la matière humide.

On comprend l'importance d'un tel détail s'il s'agit d'un fumier qui contient 85 %
d'eau;

évidemment, l'erreur n'est pas grave dans le cas d'une paille qui contient 12
% d'eau.

390
4.3.3 Détermination de la teneur
 Rendement humifère et coefficient isohumique

Le rendement humifère de la matière organique sèche décomposée dans le sol


s'exprime par le coefficient isohumique (K.I.).

Plus précisément, le K.I. représente la quantité d'humus formée par kilogramme de


matière organique sèche apportée au sol.

On en trouve des exemples utiles au tableau l.

391
 Rendement humifère et coefficient isohumique

Quand on connaît le pourcentage de la matière sèche du produit, il est alors


possible de calculer la quantité d'humus laissée après décomposition selon les deux
formules suivantes:

quantité de matière sèche = quantité de fumier frais x % de matière sèche

quantité d'humus = quantité de matière sèche x K.I.

Le fumier de ferme contient de 20 à 25 % de matière sèche; les pailles de céréales,


de 88 à 92 %, l'engrais vert constitué de graminées, 20 % et l'engrais vert constitué
de légumineuses, de 18 à 23 %.

Il suffit de multiplier le poids de la matière sèche par le K.I. pour connaître le


rendement en humus.

392
 Rendement humifère et coefficient isohumique

Matière organique K.I.


Résidus de récolte en général 0,50 à 0,20
Fumier de ferme décomposé ou frais 0,25
Fumier moyennement décomposé et compost
Fumier bien décomposé 0,40
Lisier en général 0,50
Pailles enfouies (K.I. deux fois plus élevé en 0,10 à 0,15
présence d’azote)
0,15

393
 Rendement humifère et coefficient isohumique

Un apport de 25 t de fumier frais à 24 % de matière sèche est l'équivalent de 6 t de


matière sèche dont la quantité d'humus à prévoir est de 1,8 t (6 t x KI. de 0,3), soit
72 kg d'humus par tonne de fumier frais [(1,8 t x 1000 kg)/25 t].

L'incorporation de 1 t (1 000 kg) de pailles contenant la % d'eau et 90 % de matière


sèche et ayant un KI. de 0,1 laisse 90 kg d'humus, soit 9 % par tonne de pailles
contenant 10 % d'humidité.

394
4.3.3 Détermination de la teneur
 Rapport carbone – azote et teneur en azote

Dans un sol fertile, l'humus a un rapport C/N constant voisin de 10, c'est-à-dire qu'il
montre, à l'analyse, 10 fois plus de carbone que d'azote.

En général, les produits végétaux facilement disponibles, comme les feuilles, les
pailles et la sciure de bois, contiennent beaucoup plus de carbone, de sorte que leur
rapport C / N est très élevé; par exemple, le C / N de la paille est de 80.

En plus d'être difficiles à mélanger au sol, ces produits requièrent beaucoup


d'humidité pour leur décomposition.

Ce surplus de substances carbonées assimilables active les micro-organismes, qui


ont un besoin pressant d'azote et de phosphore pour se multiplier; ils les
empruntent alors au sol (figure 2).
395
396
 Rapport carbone – azote et teneur en azote

Si ce dernier ne renferme pas assez d'azote et de phosphore, la décomposition de la


matière végétale est ralentie, la population microbienne étant freinée par la teneur
en azote du milieu.

Une telle situation prive momentanément d'azote toutes les cultures dont les
racines partagent le même sol.

Aussi les spécialistes recommandent-ils d'ajouter des fertilisants azotés et


phosphatés quand on incorpore au sol de la matière organique dont le rapport C / N
est supérieur à 20 (feuilles, pailles), sinon les plantes souffriront, pendant un certain
temps, d'un manque d'azote, cet élément si nécessaire à leur croissance.

397
 Rapport carbone – azote et teneur en azote

Mieux encore, lorsqu'ils sont transformés en compost, ces débris constituent,


comme les bonnes terres de jardin, un milieu dont la presque totalité de la matière
organique est sous forme d'humus, c'est-à-dire qu'elle a un rapport C/N voisin de 10.

Le rapport C/N renseigne donc sur la richesse de l'humus en azote: il varie suivant
les sols et l'horizon du sol étudié.

Un rapport C/N élevé, de 15 à 25, correspond à une matière organique mal


décomposée; près de 10 (de 8 à 12), il correspond à une matière organique bien
décomposée, et en dessous de 10, le rapport CI N indique un sol minéralisé dont la
réserve est faible en matière organique.

398
4.4 Réserve de matière organique dans le sol
La matière organique et l'humus s'usent beaucoup plus rapidement que la matière
minérale.

Ils se perdent rarement par érosion ou par infiltration, mais ils disparaissent plutôt
par suite des attaques sans cesse répétées des microbes.

Finalement, leurs composés organiques se retrouvent dans un état moléculaire très


simple et dépourvus de leurs vertus tant recherchées.

Cette destruction s'effectue plus ou moins rapidement suivant la qualité de l'humus,


la nature des sols et les façons culturales.

399
4.4 Réserve de matière organique dans le sol

Le climat affecte aussi la vitesse à laquelle la matière organique et l'humus se


détruisent.

Aussi importe-t-il de savoir ce qui accélère la déperdition des réserves de matière


organique dans le sol et ce qui peut contribuer à maintenir les réserves à leur
niveau optimal.

400
4.4 Réserve de matière organique dans le sol

4.4.1 Appauvrissement des sols en matière organique

Ce sont les micro-organismes qui décomposent la matière organique complexe en


composés plus simples, les uns étant absorbés par les plantes, les autres, perdus
dans l'air ou dans les eaux de drainage.

Cette décomposition s'opère plus rapidement dans les sols légers, car les microbes
sont plus actifs dans les terres bien aérées, rapidement ressuyées et, par
conséquent, plus chaudes.

Étant donné que les sols lourds sont plus froids à cause de leur lent ressuyage, ils
conservent leur matière organique plus longtemps.

C'est pourquoi plus on ameublit un sol, plus il s'aère et se réchauffe. Ces conditions,
on l'a dit plus haut, accélèrent la décomposition de la matière organique et de son
humus. 401
4.4.1 Appauvrissement des sols en matière organique
Cela revient à dire que les cultures sarclées consomment plus d'humus que les
céréales, et ces dernières, plus encore que les prairies et les pâturages.

Il est, d'ailleurs, possible de constater un accroissement du taux de l'humus lors de


la remise en prairie d'une terre en culture sarclée.

Certains spécialistes soutiennent que l'emploi d'engrais minéraux et même


organiques à décomposition très rapide entraîne une consommation de l'humus.

Cela n'est, cependant, pas prouvé. Il est plus sûr de dire que la qualité de l'humus
diminue avec l'augmentation de l'acidité du sol, en même temps que diminue
l'activité biologique, elle-même responsable de la minéralisation de l'humus.

402
4.4.1 Appauvrissement des sols en matière organique

La moyenne annuelle de la décomposition (minéralisation) de l'humus dans les sols


agricoles, sous climat tempéré, est de 1 à 2 % du taux d'humus présent et jusqu'à 3
% dans les sols organiques à pH de 5,6 à 5,8.

Il est à retenir que la matière organique ne joue pleinement son rôle que si elle est
simplifiée ou détruite normalement par les microbes du sol.

403
4.4 Réserve de matière organique dans le sol

4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique

On a tant vanté les qualités quasi miraculeuses des fertilisants chimiques, que l'on
en est arrivé à oublier les mérites de la matière organique.

Certains croient que les engrais minéraux peuvent remplacer la matière organique et
qu'il suffit d'ajouter des fertilisants chimiques pour qu'un sol pauvre retrouve sa
fertilité.

Bien que les spécialistes reconnaissent la nécessité de l'emploi de ces engrais


minéraux, il n'en demeure pas moins qu'un sol bien structuré, donc riche en humus,
maximise l'utilisation par les plantes des fertilisants ajoutés au sol.

404
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique

Sachant l'importance de la matière organique, la rareté des sources


d'approvisionnement, le prix élevé qu'il faut payer et le temps qu'il faut se résigner
à passer pour améliorer un sol appauvri en matière organique, on ne peut nier
qu'une régie visant à maintenir une réserve convenable et à réduire au minimum
les pertes de cette précieuse substance devient indispensable si l'on veut rester
compétitif.

Étant donné que la matière organique améliore la structure des sols, la régie visant
au maintien de sa réserve dans les sols est semblable à celle qui a pour but
d'améliorer leur structure.

Il faut donc, d'une façon ou d'une autre, fournir de la matière organique aux sols en
culture, principalement à ceux sur lesquels on prélève régulièrement des récoltes.

405
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique
C'est là un des grands problèmes que l'on rencontre i dans l'agriculture moderne;
de plus en plus, on assiste à la spécialisation des productions végétales.

Certes, l'élevage se concentre ailleurs, mais le transport du fumier en quantité


requise par les cultures devient rapidement non économique.

Même si le fumier de ferme est encore l'une des meilleures sources de matière
organique, sa rareté oblige à recourir à d'autres moyens, tel l'emploi des lisiers de
porc, qui sont pauvres en matière organique.

On peut effectuer une rotation des récoltes ou trouver d'autres sources


d'approvisionnement comme les déchets de récolte, les engrais verts et, sur les
petites surfaces, le terreau (compost), la tourbe de mousses, la terre organique et
l'humus commercial. On peut aussi recourir aux résidus urbains et industriels.

406
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique
 Rotation des cultures

La rotation des cultures, système connu parfois sous le nom d'assolement, prévoit
une succession méthodique de cultures sur un même sol afin d'éviter son
épuisement et de lui permettre de se refaire.

Essentiellement, ce système consiste à alterner une prairie, c'est-à-dire la culture


de plantes fourragères, de préférence des légumineuses pures ou en mélange, avec
des cultures en ligne (légumes, maïs, soya).

Toutes les expériences maintes fois reprises dans divers pays ont démontré que la
prairie dans la rotation restituait au sol la matière organique qu'il avait perdue
lorsqu'il était en culture sarclée ou en jachère.

407
 Rotation des cultures

L'une de ces expériences a révélé qu'un sol contenant au départ 3,25 % de matière
organique n'en avait plus que 2,25 % après quelques années de cultures sarclées
(maïs) répétées annuellement.

Le même sol, soumis à une rotation maïs-blé-trèfle, montrait, après quelques


années, une augmentation de près de 10 % de la matière organique.

Laissé en jachère pendant quelques années, ce sol ne contenait plus que 2 % de


matière organique dans sa couche labourée et moins de 1,5 % dans la couche au-
dessous.

408
 Rotation des cultures

Ailleurs, des expériences similaires ont révélé qu'un même sol, qui ne contenait plus
que 1,7 % de matière organique après plusieurs années successives de cultures
sarclées, a vu ce taux grimper à plus de 5 % après trois années de repos en prairie.

Ailleurs encore, un loam qui pendant longtemps avait été cultivé en maïs et en
avoine montrait, à l'analyse, moins de 2 % de matière organique, alors qu'une
portion de ce terrain laissé aussi longtemps en prairie en contenait près de6%.

D'autres analyses démontrent qu'un sol continuellement en cultures sarclées peut


perdre de 10 à 50 % de son humus, par rapport à un même sol laissé en prairie.

409
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique
 Résidus de récolte

Les déchets de récolte, ou précédents culturaux, sont les résidus laissés en terre ou
sur terre après la moisson:
racines, parties inférieures des tiges, autres organes non récoltés de plantes sarclées
et pailles des céréales.

Ces déchets ne peuvent régler seuls les problèmes de l'humus dans le sol.

Afin de faire ressortir leur importance en même temps que l'utilité d'une bonne
rotation, on présente dans le tableau 2 le bilan de la matière organique dans un
loam argileux soumis à une rotation typique de trois ans: maïs - céréales -luzerne.

410
 Résidus de récolte

On suppose que le loam argileux contient 3 % de matière organique, la plus grande partie
sous forme d'humus stable, répartie dans les 18 premiers centimètres du sol.

La masse de 1 ha de sol minéral est de 2 500 t.

On en déduit que le loam argileux dont il est ici question renferme 75 t d'humus
stable (2 500 t x 3 %) dans la zone des racines.

La logique voudrait que l'on fasse les calculs en tenant compte de la densité du sol
(1,4 t / m3 étant la densité généralement admise dans un tel so1), pour un volume
de 1 hectare de sol à 0,18 m de profondeur: 10000 m2 x 0,18 m x 1,4 = 2320
tonnes x 3 c~ donnent 76,6 t de matières organiques).
411
Tableau 2: Bilan humique dans un loam argileux soumis à une rotation typique
de trois ans

Matière organique Pertes Apports


(t/ha) (t/ha)

Destruction de matière organique


Maïs:2,5 % par an x 75 t 1,87
Céréales:1,5 % par an x 75 t 1,12
Luzerne: 0,8 % par an x 75 t 0,60

Gains en matière organique


Maïs: 6000 kg x 20 % = 1200 kg 1,20
Céréales: 2800 kg x 20 % = 560 kg 0,56
Luzerne: 10000 kg x 20 % = 2000 kg 2,00

total 3,59 3,76

412
 Résidus de récolte

En choisissant un poids moyen de 2 300 t! ha pour un sol minéral, on obtient 75,0


tonnes à 3 Cc de matière organique.

Pour les sols agricoles moyens, une méthode vaut l'autre, d'autant que la densité
apparente choisie n'est pas nécessairement précise.

Dans un loam argileux, la matière organique est détruite en moyenne de 2,3 Cc par
année dans la culture du maïs, de 1,3 Cc dans celle des céréales et de 0,8 % dans la
culture de la luzerne de deux ans.

On sait que la diminution de la matière organique est plus marquée sous la culture
du maïs (malgré les résidus de récolte laissés au sol dans le cas du maïs-grain) et de
la pomme de terre, que sous les céréales à paille.

413
 Résidus de récolte

En effet, la destruction ou diminution de la matière organique dans l'exemple du


tableau 8.2 comprend la minéralisation plus les autres pertes comme celles causées
par l'oxydation, très élevée dans le cas du maïs et pratiquement nulle dans le cas de
la luzerne.

Il est possible d'estimer les apports d'humus stable par les résidus de récolte.
Une bonne récolte de céréales laisse au sol environ 2 800 kg de racines et de
déchets de tiges (pailles non comprises) par hectare.

Les pailles et d'autres organes laissés en terre ou incorporés dans la terre donnent
un rendement en humus stable d'environ 20 %.

Par conséquent, les 2 800 kg de racines et de déchets de tiges donnent 360 kg


d'humus stable par hectare.
414
 Résidus de récolte

Une bonne récolte de luzerne de deux ans laisse au champ, par ses racines et ses
tiges inférieures, quelque 10000 kg de matière organique à 20 cc, de rendement
d'humus stable par hectare, soit 2 000 kg.

La luzerne est semée sous couvert d'une céréale la première année; autrement dit,
elle est semée avec une plante dont la croissance est plus rapide et qui lui sert
d'abri.

Une bonne récolte de maïs retourne au sol au moins 6 000 kg de matière organique
par hectare, soit un total de 1 200 kg/ha à un rendement de 20 %.

En général, les résidus de récolte retournent au sol 20 'é de leur poids sec dans la
réserve organique; en d'autres termes, il faut 5 kg de résidus secs pour produire 1 kg
d'humus.
415
 Résidus de récolte

On trouve, dans le Guide de référence en fertilisation du CRAAQ l'apport en humus


stable exprimé en kg/ha de plusieurs cultures; bien qu'approximatives et variables
de toute façon, ces données, tout comme celles de ce livre, sont utiles et
acceptables du fait de leurs valeurs relatives.

Elles permettent donc de prévoir l'évolution de la teneur du sol en matière


organique et de déceler, selon les pratiques agricoles envisagées, celles qui
conduisent à son appauvrissement.

Dans l'exemple du tableau 3, le bilan humique est pour ainsi dire neutre.

D'après les données, la rotation maintiendrait le taux de la matière organique dans


le sol.

416
Tableau 3: Calculs du bilan humique pour trois poids différents d’un
hectare de sol

Calculs Données

A. Poids du sol 2500 t 2380 t 2240 t


B. 3% de matière organique 75 t 71,4 t 67,2 t
C. Pertes par minéralisation 2,5% 1,87 t 1,78 t 1,68 t
D. Apports des résidus de culture au début de la 2e
année 1,20 t 1,20 t 1,20 t
E. Pertes par minéralisation à la récolte 1,87 t 1,78 t 1,68 t
F. Bilan (B – C + D – E) 72,46 t 69,04 t 65,04 t

Matière organique restant (F/A x 100) 2,90 % 2,90 % 2,90 %

417
 Résidus de récolte

Sur ce même sol en culture ininterrompue de maïs, le bilan humique se solderait


par un déficit annuel de 0,67 t d'humus, soit la différence entre 1,87 t de pertes en
humus et 1,20 t d'apports.

En pourcentage, ce déficit équivaut à 0,90 'é, (0,67 t/75 t d'humus total).

Cet appauvrissement du sol en humus est lent, et les conséquences ne se font


sentir qu'après une vingtaine d'années.

Toutefois, cette simple rotation pourrait permettre de prévenir l'épuisement du sol.

418
 Résidus de récolte

le calcul du bilan humique ne relève pas de la science exacte.

De nombreux facteurs, telles les variations climatiques, les façons culturales et les
estimations de rendements, affectent les prévisions concernant la matière
organique, à la hausse ou à la baisse.

Les taux de minéralisation utilisés ici pour fin d'exemple sont des moyennes
variables et probables, et les poids des résidus de récoltes sont aussi des moyennes
variables, entre autres avec les rendements.

419
 Résidus de récolte

Il en est de même avec le poids d'un hectare de sol qui, pour les fins de calculs, peut
être de 2500 tonnes ou de 2 240 tonnes, poids retenu dans le calcul de la capacité
d'échange cationique, ou encore celui obtenu par le volume de la masse de sol à 17
cm d'épaisseur par la densité apparente (comme dans le guide).

Il n'existe pas de différence, comme le montrent les exemples suivants; ce qui


compte, c'est le taux de la matière organique obtenu par l'analyse du sol, et que le
taux final soit calculé sur le poids choisi au départ.

Procédons avec un taux de matière organique de 3 %, en comparant trois poids


distincts pour un hectare de sol sur lequel on cultive du maïs deux années
consécutives avec une minéralisation de 2,5 'é et 1,2 tonnes de résidus de récolte
après la première année.

420
 Résidus de récolte
Les calculs du tableau 3 sont volontairement très détaillés et d'une précision inutile,
mais ils sont nécessaires pour la démonstration.

Comparons donc les calculs pour trois poids différents d'un hectare de sol en
présentant les pertes et les gains d'une manière pratique: trois bilans humiques, une
même réponse.

Pour ce qui est des lisiers de porcs et des purins, les pourcentages de matière
organique qu'ils renferment, même avec un apport agronomique de 60 t/ha par
année sont trop faibles pour maintenir les réserves d'un sol sous culture de maïs-
grain.

421
 Résidus de récolte

Un apport agronomique de lisier de porc, soit 60 t / ha par année x 3 % de matière


sèche x 0,10 K.I., donne 0,18 t/ha ou 180 kg/ha d'humus; il a donc très peu
d'influence sur le taux de la matière organique.

En revanche, le fumier de bovins, soit 30 t / ha (60 t ha tous les deux ans) x 20 % de


matière sèche x 0,5 KI., donne 3 t/ha d'humus. Les fumiers de bovins peuvent donc
remplacer la luzerne avantageusement sous ce rapport.

422
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique

 Fumier de ferme

Un fumier de ferme de qualité ordinaire contient environ 75 % d'eau, la


fermentation ayant détruit environ 40 % de la matière organique initiale.

Un tel fumier humide contient environ 20 % de matière organique, dont la moitié,


soit 10 %, produit de l'humus stable (KI. de 0,5).

Les meilleurs fumiers ont un KI. de 0,-1 à 0,5 et parfois davantage.

Connaissant ces chiffres, il est facile de calculer la quantité de fumier à épandre par
hectare pour couvrir le déficit enregistré lors de la culture du maïs sans rotation.
423
 Fumier de ferme

Pour combler les pertes de 0,85 t d'humus par hectare, il faut appliquer
annuellement 8,5 t de fumier par hectare.

Il faut donc appliquer environ 25 t de fumier de qualité ordinaire par hectare pour
entretenir le niveau d'humus dans ce sol sur une période correspondant à la rotation
(3 ans).

En se servant de la formule suivante:

quantité d'humus = quantité de fumier x pourcentage


de matière sèche x KI.

on obtient:

8,5 t x 20 % x 0,5 ou 50 % = 0,85 t d'humus.

424
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique
 Engrais verts

Les engrais verts, tels le sarrasin et le seigle d'automne, rapportent aux sols environ
20 % d'humus.

Cet humus n'a cependant pas un caractère aussi stable que celui qui provient des
autres sources.

Le coefficient isohumique varie de 0 à 0,05 ; enfouis à un stade jeune, les engrais


verts ne produisent pas d'humus stable et leur meilleur rendement ne dépasse pas
0,05 ; les pailles montrent un coefficient isohumique de 0,1.

Néanmoins, 1 ha de sarrasin peut facilement produire 1,25 t d'humus de réserve


pour une saison; la même superficie en seigle d'automne en donne de deux à quatre
fois plus et celui-ci est de nature un peu plus durable.
425
 Engrais verts

L'enfouissement des engrais verts se fait souvent à l'automne, mais cette opération
est préférable durant la période printanière, alors qu'ils agissent comme un couvre-
sol au cours de la morte-saison.

Dans les deux cas, l' efficacité des engrais verts est conditionnée par la richesse de
la chaux (calcium), des phosphates et de la potasse dans le sol.

Il semble que la principale action des engrais verts est la stimulation de la flore
microbienne dans le sol, avec tous les bienfaits qui en résultent, notamment
l'aération du sol et l'assimilation minérale par les cultures.

426
 Engrais verts

Des observations tendent à démontrer qu'une matière organique en pleine


décomposition active, même en faible quantité, est préférable à un taux important
d'humus peu actif.

Aussi a-t-on de bonnes raisons de croire qu'il est possible de remplacer le fumier par
les résidus de récolte (rotation) auxquels on ajoute régulièrement des engrais verts.

Il est à retenir que la matière organique, tels les jeunes végétaux en croissance qui
ont un rapport C/N peu élevé, augmente l'azote assimilable lors de sa
décomposition et laisse très peu d'humus.

Les plantes matures, telles les pailles, ont un rapport C/N élevé et produisent, lors
de leur décomposition plus lente, beaucoup d'humus stable.

427
 Engrais verts

Dans une rotation des cultures, la prairie est la culture qui améliore la fertilité des
sols et qui restitue à ces derniers la matière organique perdue lors de la culture
sarclée, surtout lorsqu'elle contient des légumineuses (trèfles ou luzerne).

Dans tous les cas, il y a une perte nette de matière organique année après année.

Il y a une tendance qui prend de l'ampleur depuis le virage vers l'agriculture durable:

la culture d'un engrais vert sans occuper la parcelle durant toute la saison;

cette pratique vise la restitution de la matière organique au sol sans


sacrifier la récolte d'une culture principale.

428
 Engrais verts

En fait, les engrais verts jouent d'autres rôles bénéfiques : la protection de la


structure des sols contre des dommages causés par le matèlement des pluies et le
ruissellement des eaux,

la préservation de la richesse nutritive du sol et la protection contre la


pollution de l'environnement par les pluies lessivantes,

tout en restituant les éléments minéraux lors de leur décomposition.

Cette dernière étant d'ailleurs facilitée par le rapport C/N faible, il y a une
stimulation marquée de l'activité biologique dans le sol qui favorise la croissance de
la culture ultérieure.

429
 Engrais verts
Il existe différentes façons, selon les systèmes de culture en place, de mettre les
engrais verts à contribution.

On cultive les engrais verts en cultures dérobées, c'est-àdire après la récolte d'une
culture d'annuelles de courte saison comme le blé, l'orge, le soya, le haricot et
d'autres encore.

Les plantes choisies comme engrais verts sont des plantes à croissance rapide,
semées à la fin d'août ou au début de septembre;

il Y a les non hivernantes, comme le canola, la moutarde blanche et le radis


huileux, qui préfèrent un climat humide et frais qu'on enfouit avant l'hiver, et les
hivernantes, comme le seigle d'automne ou le ray-grass vivace (ivraie) qu'on enfouit
au printemps.

430
 Engrais verts

Les plantes compagnes qui sont éventuellement enfouies sont surtout semées avec
les céréales à paille.

Semées en même temps que la culture principale, les plantes compagnes choisies
sont surtout des légumineuses comme les trèfles blanc et rouge ou encore les
luzernes annuelle ou vivace; elles ne nuisent pas aux rendements, mais elles nuisent
aux opérations lors de la récolte.

Elles produisent entre 1,5 et 2,0 t/ha de matière sèche.

L'ensemencement de plantes intercalaires est effectué en postlevée de la culture


principale, entre les rangs du maïs-grain par exemple, ou autres cultures comme les
choux et même les fraisiers.

431
 Engrais verts

Dans le cas du maïs-grain, on sème presque simultanément des légumineuses comme


le trèfle blanc, alors qu'autrement les plantes intercalaires sont semées sous le couvert
de la culture principale.

Lorsque les semis sont effectués au bon moment selon la culture, ces plantes
n'affectent pas la production.

Dans les rotations des cultures, notamment avec les cultures de la pomme de terre, du
tabac et autres cultures horticoles, le seigle d'automne constitue le principal engrais
vert.

Cette plante développe un système racinaire profond qui a pour effet de ramener les
éléments nutritifs dans les couches superficielles.

Cette plante a encore l'avantage de croître dans tous les sols, à condition qu'ils soient
bien drainés, et de survivre à nos hivers.
432
 Engrais verts
D'autres plantes peuvent remplacer le seigle d'automne en rotation avec la pomme
de terre ou avec d'autres espèces horticoles annuelles ou vivaces; le ray-grass
vivace, le millet japonais et le sarrasin sont les principales espèces.

Elles sont enfouies le plus souvent au stade de la floraison.

On constate dans la culture de la pomme de terre, la regrettable pratique de


l'abandon de la rotation.

Comme cette culture est plantée principalement dans des sols légers, on observe
une dégradation accélérée de ces sols après seulement quelques années de
monoculture.

433
 Engrais verts
Dans d'autres circonstances, dans le but d'augmenter rapidement et de façon
appréciable le bilan de l'humus du sol, on cultive des graminées tropicales géantes
jusqu'à maturité (sorgho et herbe du Soudan, par exemple) avant de les faucher et
de les enfouir dans le sol.

On emploie un grand nombre de plantes comme engrais verts; elles appartiennent


principalement à trois grandes familles botaniques: les crucifères, les graminées et
les légumineuses.

Les unes conviennent aux sols pauvres et acides telles que certaines légumineuses
(trèfles blanc rouge et incarnat, ainsi que les lupins) ; les autres s'adaptent mieux
aux sols lourds et compacts, voire froids, et en améliorent la structure, telles les
crucifères (moutarde, radis et chou fourrager) ;

434
 Engrais verts

et les dernières, à développement rapide et produisant un imposant


système racinaire, jouent pleinement leur rôle dans les sols légers, telles que les
graminées (seigle d'automne et ray-grass).

Une autre plante annuelle de la famille des polygonacées, le sarrasin, est très
appréciée comme engrais vert; elle est plus exigeante, de croissance rapide et très
compétitive avec les mauvaises herbes.

Afin de profiter de tous les bienfaits de l'engrais vert, il faut éviter d'enfouir
directement l'engrais vert par un labour conventionnel (charrue à versoir) qui place
la masse des plantes en une couche sur la semelle du labour, provoquant le plus
souvent une fermentation réductrice (pourriture) dommageable à la culture
ultérieure.

435
 Engrais verts
L'idéal est le fauchage et le broyage de l'engrais vert, suivis d'un séchage pendant
une journée ou deux, et qui est ensuite superficiellement incorporé au sol à l'aide
d'une herse à disques.

Il convient ensuite de l'enfouir ou de le mélanger à la couche de sol labourée


quelques semaines plus tard à l'aide d'une charrue de type chisel.

On peut aussi procéder à l'enfouissement direct superficiel de l'engrais vert à l'aide


de grands disques qu'il faut faire suivre par un labour (chisel) quelques semaines
plus tard.

Cette méthode d'enfouissement est favorable à la décomposition du végétal parce


qu'elle est propice à l'aération du sol.

436
 Engrais verts
L'enfouissement plus en profondeur est préférable dans les sols légers. On doit
procéder à l'enfouissement tard à l'automne, quand le sol est refroidi, à 15 cm de
profondeur, à moins de 10 °C, car on recherche une décomposition à la saison de
croissance suivante pendant laquelle la nouvelle culture pourra profiter des
éléments nutritifs libérés.

En théorie, l'enfouissement serait préférable au printemps, si ce n'était de l'humidité


élevée du sol qui rend difficiles le travail et la confection d'un bon lit de semence.

Enfin, il faut savoir que certains insectes (vers blancs, vers gris, vers fil-de-fer)
s'installent dans les cultures d'engrais verts, notamment celles à base de graminées,
et peuvent menacer la culture ultérieure.

Il est donc prudent de prévoir l'application d'un insecticide approprié lors de la


plantation d'un légume ou de plants d'une culture vivace (fraisiers, framboisiers et
437
autres).
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique
 Composts

Il y a deux aspects à considérer dans le compostage à la ferme: la valeur fertilisante


du compost et son influence sur la teneur en humus une fois ajouté au sol.

Le compostage de résidus organiques au rapport C/N élevé est souhaitable parce


que ce procédé augmente de beaucoup la production d'humus stable sans
provoquer une faim d'azote (immobilisation temporaire de l'azote du sol), une fois
ajouté au sol.

Le compostage du fumier solide de ferme n'est pas économique (le rapport C/N est
déjà faible), mais c'est par contre un moyen de valoriser les fumiers en surplus.
438
 Composts

Le problème est l'ajout nécessaire de grandes quantités de matière fibreuse pour


hausser le rapport C/N avant le compostage.

En général, il faut alors utiliser 5 ou 6 kg/jour de litière par vache, ou avoir la


possibilité de s'approvisionner à bon marché en résidus fibreux (résidus de bois ou de
papetière). On obtient alors un compost de qualité avec un coefficient isohumique de
0,40 à 0,50.

Les composts de ferme et les copeaux d'élagage des arbres peuvent être utilisés;
C'est un avantage qui réduit les délais, et même les coûts.

À retenir, au regard de la valeur en humus stable, les composts sont d'excellents


produits; ils ont aussi l'avantage d'un volume réduit; ils sont en outre exempts de
pathogènes et inodores.

Selon leur classe (AA, A, B), ils contiennent un minimum de 30 à 50 % de matière


organique.
439
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique
 Tourbe de mousses

La tourbe est constituée de substances humiques produites par la décomposition


sur place de végétaux, dans le cas de sphaignes, en milieu inondé.

La tourbe est donc de la matière organique à l'état pur, qui se présente sous la
forme d'une masse noire ou brune, très légère et à structure granuleuse, fibreuse
ou feuilletée.

La tourbe qui est commercialisée sous l'étiquette tourbe de mousses ou tourbe de


sphaignes est, en fait, une tourbe de mousses moulues; on la désigne aussi sous le
nom de tourbe horticole.

Moins courante et commercialisée, il y a la tourbe de sphaignes pure et non


hachée; jamais on ne l'emploie comme telle pour amender les sols.
440
 Tourbe de mousses
La tourbe de sphaignes de qualité horticole (type l, classe A) est finement hachée
(granules fins) et constituée de plusieurs espèces de sphaignes peu ou non
décomposées; elle doit être exempte de résidus décomposés et de bois.

Sa couleur varie du blond au brun clair, et sa texture peut passer de poreuse et


fibreuse à spongieuse et fibreuse.

Le pH de cette tourbe se situe entre 3,5 et 5,5.

Il existe des tourbes de moindre qualité, qui contiennent des carex, des scirpes et
des linaigrettes.

Fibreuse, spongieuse et élastique, la tourbe de mousses possède d'autres propriétés


physico-chimiques qui en font l'amendement par excellence.

441
 Tourbe de mousses

Sa plus grande qualité est sans doute sa résistance à la décomposition.

Cette qualité de permanence compense le coût initial élevé de cet amendement des
sols.

Son prix de base est d'environ 10 fois supérieur à celui du fumier, mais sa durabilité
ou stabilité est d'environ 12 fois celle du fumier qui ne dure que 2 ans.

Pour amender un sol, il faut environ 25 t de tourbe de mousses par hectare et une
seule application améliore le sol pour une période de 20 à 30 ans.

Il est préférable de consulter un expert avant de décider d'une telle dépense: un des
problèmes réside dans la difficulté de bien l'incorporer au sol d'un champ.
442
 Tourbe de mousses

Une autre qualité importante de la tourbe de mousses est sa capacité d'absorption


de l'eau; elle peut absorber 30 fois son propre poids en eau; sa capacité
d'absorption d'eau utile est d'environ 10 contre 1.

Ainsi, 25 t par hectare retiennent environ 3 cm d'eau utile pour les plantes, qui ne
serait pas retenue par les sols légers non amendés, ni par les sols lourds non
amendés sur lesquels l'eau ruisselle; dans ces derniers, une plus grande quantité de
l'eau retenue sera de type capillaire.

Enfin, la tourbe de mousses absorbe des éléments nutritifs et améliore la capacité


d'ions échangeables, notamment dans les sols légers pauvres en colloïdes.

443
 Tourbe de mousses
Elle améliore les propriétés physiques des sols légers et lourds, avec toutes les
conséquences bienfaisantes qui en découlent.

Mais la tourbe de mousses n'agit pas à la manière de l'humus dont l'action


principale est la cimentation des particules de sol en agrégats.

La tourbe exerce une action favorable sur l'ameublissement du sol et sur sa capacité
de rétention d'eau et d'éléments fertilisants.

Certains spécialistes prétendent que son coefficient isohumique est élevé (entre
0,80 à 0,95), donc qu'elle est riche en humus stable; d'autres en doutent.

La tourbe hachée est sans pareille comme amendement des terrains de golf soumis
à un piétinement qui durcit tous les autres mélanges; les terrains à base de tourbe
de mousses restent souples, légèrement spongieux et très propices aux bons
drainages, à l'aération et à l'efficacité des fertilisants minéraux.

444
 Tourbe de mousses

Parmi les autres usages courants en agriculture, la tourbe de mousses est employée,
le plus souvent en mélange, pour les semis de plants de fleurs et de légumes en
serres, pour le bouturage, pour la culture des légumes en serres et celle de
nombreuses plantes ornementales.

Il est à retenir qu'un ballot de tourbe de mousses comprimées donne un volume


utile augmenté de 2,3 à 2,5 fois.

Enfin, la tourbe de mousses peut aussi servir de litière pour les animaux, grâce à sa
capacité d'absorption d'ammoniac, qui est de quatre fois supérieure à celle de la
paille.

445
 Tourbe de mousses

Parmi les autres sources importantes de matière organique, plus ou moins


apparentées à la tourbe horticole, il y a les terreaux et les terres noires.

Les terreaux ont un rapport C / N inférieur à 15 et leur coefficient isohumique est


bon.

Les terres noires sont variables et contiennent généralement de 25 à 65 % de


matière organique; très souvent, leur décomposition est rapide et l'humus stable qui
reste est minime.

Leur usage se limite aux gazons domestiques et aux potagers.

446
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique
 Matières résiduelles fertilisantes

Face au double problème que soulèvent la pollution menaçante du milieu et la


demande désormais croissante d'humus, une solution séduisante paraît possible.

Il s'agirait de se servir des ordures ménagères et des boues d'épuration municipales


et industrielles comme sources d'humus.

On ferait ainsi d'une pierre deux coups: on préviendrait la pollution et on


augmenterait la production d'humus pour l'agriculture.

Cette transformation est possible; de plus, elle sera probablement économique sinon
rentable dans l'avenir.

Regroupées sous le nom de matières résiduelles fertilisantes. ces résidus sont


principalement d'origine urbaine et industrielle. 447
 Matières résiduelles fertilisantes

Les boues d'épuration urbaine et industrielle, rebaptisées biosolides, sont


importantes par leur volume et leur valorisation et, avec d'autres matières
résiduelles fertilisantes, s'inscrivent dans la politique québécoise sur la gestion des
matières résiduelles.

Ces boues ou biosolides proviennent des traitements des eaux usées municipales,
soit celles qui subissent un traitement primaire (biosolides primaires) et celles qui
subissent un deuxième traitement d'épuration (bioso!ides secondaires) ; mélangées,
elles deviennent des biosolides mixtes.

448
 Matières résiduelles fertilisantes

D'autres boues proviennent du traitement des eaux usées d'industries agricoles et


surtout papetières.

Leur composition est variable et les plus riches en matière organique sont utilisées
comme amendements organiques tels les biosolides mixtes de papetières au
comportement assez voisin de celui des fumiers de bovin laitier.

449
 Matières résiduelles fertilisantes

Une analyse complète des matières résiduelles fertilisantes est indispensable pour
établir leur valeur, déterminer les quantités à épandre et, dans certains cas, la
quantité d'engrais complémentaires à ajouter, car une fois enrichis, ces produits
sont nettement supérieurs.

Même si ces biosolides ont une valeur fertilisante certaine pour les sols et les
cultures, à peine 2,5 % des terres agricoles reçoivent des applications de biosolides
pour un total d'un million de tonnes par année, dont les deux tiers sont des
biosolides de papetière.

Malgré un contrôle rigoureux de la qualité des matières résiduelles fertilisantes


garantissant la non-contamination des terres agricoles par des métaux toxiques,
nombreux sont ceux qui hésitent à les épandre sur leur ferme.
450
 Matières résiduelles fertilisantes

Pourtant, les critères de valorisation de ces résidus sont très restrictifs.

Les dangers de contamination des sols et des animaux sont donc très minimes;
d'ailleurs la moitié des éléments qu'ils renferment sont des oligo-éléments utiles,
voire essentiels aux animaux et aux humains.

Les véritables contaminants doivent être présents en quantités respectant les


normes, probablement les plus sévères au monde; d'ailleurs les États-Unis et
l'Ontario utilisent sans problèmes ces matières résiduelles fertilisantes depuis déjà
plusieurs années.

451
 Matières résiduelles fertilisantes

La fertilisation avec des boues de fosses septiques non stabilisées est strictement
interdite.
Il existe plusieurs autres matières résiduelles fertilisantes, mais elles ont toutes la
particularité d'être de production locale.

Nommons-en quelques-unes ainsi que leur rapporte C/N :

résidus de conserverie, C/N 10;


résidus marins, C/N < 15;
bois raméal fragmenté, C / N > 60 ;
boues de désencrage, C / N 270 ;
résidus de bois de scieries, C/N > 60.

Voyons le rapport C/N de biosolides:


biosolides mixtes de papetières, C/N 21 ;
biosolides municipaux, C/N 10;
biosolides d'abattoirs, C/N 5;
biosolides primaires de papetière, C/N 290. 452
 Matières résiduelles fertilisantes
À moins d'être situé à proximité d'une source de matières résiduelles fertilisantes, il
n'est probablement pas économique de défrayer le transport de ces résidus.

Enfin, il faut savoir que l'amendement ou l'incorporation de résidus organiques,


surtout en grandes quantités, dans le lit de semence juste avant l'ensemencement
peut réduire la germination des graines et la croissance de plantules.

Il se produit souvent des substances toxiques pour les plantes lors de la


décomposition en conditions anaérobies de la matière organique, sans compter une
baisse possible de la pression d'oxygène dans le sol.

Enfin, plusieurs municipalités québécoises font la cueillette des résidus végétaux


(coupures de gazon, déchets de potagers, retailles de haies et d'arbres) pour en faire
du compost qui est redistribué aux résidants.

453
4.4.2 Maintien des réserves de la matière organique

 Humus commercial

Plusieurs fabricants offrent, généralement en sacs de 20 ou 40 kg, un produit


nommé humus commercial.

Ce produit est parfois stérilisé; il ne contient, par conséquent, ni germe de maladies


ni graine de mauvaises herbes.

Il existe au moins deux catégories d'humus commercial. et il est important de


choisir le bon selon l'usage qu'on se propose d'en faire.

On ajoute parfois de l'humus à un sol de jardin, à un sol destiné à la culture en pots


ou à la surface d'une pelouse (1 cm dans le dernier cas, 3 cm dans les autres cas).

454
 Humus commercial
Celui qui convient le mieux en pareils cas est noir et neutre ou légèrement acide.

Il devient supérieur s'il est enrichi d'engrais chimiques. Il est considéré comme idéal
si l'on y ajoute une culture de bactéries pour accélérer sa décomposition.

Quand on veut ajouter de l'humus à un sol afin de l'acidifier, par exemple pour la
culture des azalées, des rhododendrons ou des bleuets, il faut choisir un humus
commercial grossier, brun ou brun tan, à acidité prononcée (pH variant de 4,4 à
5,2).

Il Y a un détail important à surveiller lors de l'achat d'humus commercial: lorsqu'il


est humide, il est toujours noir.

455
 Humus commercial

Un marchand qui connaît les produits qu'il vend devrait pouvoir fournir des
renseignements utiles et, mieux encore, être en mesure d'indiquer le pH de ses
produits. La tourbe de mousses hachées serait parfaite dans le cas d'un humus acide.

456
4.5 Biologique des sols
On se souvient que toute matière organique ajoutée au sol est aussitôt attaquée,
digérée et détruite par les nombreuses espèces microbiennes du sol, surtout les
bactéries et les champignons.

La matière organique à l'état sec renferme surtout du carbone (de 50 à 60 %), deux
fois moins d'oxygène et environ 5 % des constituants suivants: hydrogène, azote et
cendres (minéraux).

La principale action de la microflore du sol est la décomposition de la matière


organique qui s'y trouve.

L'évolution de la matière organique passe par les étapes d'ammonisation et de


nitrification; d'autres micro-organismes utilisent l'azote atmosphérique (fixation
symbiotique et biologique).

457
4.5 Biologique des sols

4.5. 1 Ammonisation
Pendant le processus d'humification ou décomposition de la matière organique et
formation d'humus, la plus grande partie du carbone est transformée en gaz
carbonique (C02)' l'hydrogène en eau (H20), le soufre en sulfates (S04-2) et l'azote en
gaz ammoniac (NH3).

Quant aux minéraux, ils sont oxydés, puis transformés en carbonates; ce n'est
qu'après avoir subi cette transformation qu'ils pourront servir à l'alimentation des
plantes.

Une bonne partie du gaz carbonique acidifie l'eau du sol dans laquelle il se dissout,
et apporte de nouvelles propriétés à cette solution.

Le reste est diffusé dans l'atmosphère.

458
4.5. 1 Ammonisation

La libération d'ions NH4+, ou ammonisation, est réalisée par les bactéries


ammonifiantes à partir des composés aminés (NH2 +) contenus dans la matière
première : au contact de la solution du sol, il y a production d'ammoniaque liquide
(NH40H).

Certaines plantes peuvent utiliser directement l'azote ammoniacal (NH4+) comme


nourriture, mais, en général, les plantes doivent attendre sa nitrification.

459
4.5 Biologique des sols
4.5. 2 Nitrification
La nitrification, ou oxydation de l'azote ammoniacal par voie bactérienne, s'opère
en deux temps. Un premier groupe de bactéries spéciales, notamment les
nitrosomonas, transforment l'azote ammoniacal (NH4 +) en nitrites (N02 -) : c'est la
nitrosation (on entend parfois nitritation).

Un deuxième groupe de bactéries, les nitrobacters, changent les nitrites (N02 -) en


nitrates (N03-) : c'est la nitratation.

L'azote sous forme nitrique, c'est-à-dire celui que l'on trouve dans les nitrates, est
l'ion (N03 -) le plus couramment absorbé par les plantes.

460
4.5. 2 Nitrification

C'est Winogradsky, un jeune chercheur russe qui travaillait à l'Institut Pasteur, en


1890, qui découvrit que les bactéries nitrifiantes étaient capables de réduire le
N02 et de réaliser une synthèse (ici celle du nitrite et du nitrate) à l'aide de l'énergie
dégagée par une oxydation (ici de l'ammoniaque).

Il venait de découvrir la chimiosynthèse. Le rendement des réactions


chimiosynthétiques est faible, environ 5 %, tout comme celui de la fermentation.

Le pH optimal pour les activités des bactéries nitrifiantes est de 8,5 alors qu'elles
sont bloquées au pH 5 ; les herbicides sont souvent des inhibiteurs.

461
4.5. 2 Nitrification

Ainsi, les bactéries nitrifiantes transforment l'azote organique (surtout NH2 +) de la


matière organique non disponible aux plantes en azote minéral (N03-) assimilable
par les racines de ces mêmes plantes: c'est ce qu'on appelle la minéralisation de
l'humus.

On estime son rendement annuel à de 50 à 100 kg/ha pour la libération de l'azote


sous forme de nitrates.

Ceux-ci ne sont pas tous nécessairement absorbés par les cultures.

On peut, à la figure 3, observer le cycle de l'azote dans le sol sous l'action des
bactéries.

462
463
4.5. 2 Nitrification

C'est pourquoi le sulfate d'ammoniaque et l'urée, deux fertilisants chimiques


couramment utilisés à cause de leur teneur en azote organique, ne sont disponibles
aux plantes que grâce à l'action de ces bactéries nitrifiantes.

Étant donné que la température conditionne l'activité des bactéries, ces engrais
tarderont à agir par temps froid, ce qui n'est pas le cas des nitrates (azote minéral,
N03-)' que les plantes peuvent absorber aussitôt que se déclenche la croissance.

464
4.5 Biologique des sols

4.5. 3 Fixation de l’azote moléculaire


Les azobacters, un groupe particulier de bactéries dites fixatrices de l'azote
moléculaire, ont la faculté de transformer l'azote atmosphérique (moléculaire) en
azote assimilable par les plantes.

Les uns sont libres dans le sol, tels les azotobacters, et les autres vivent dans les
intestins d'un grand nombre de petits animaux du sol (arthropodes) ou dans les
racines de certaines espèces végétales; c'est le cas des rhizobiums qui, sauf de rares
exceptions, sont spécifiques à la famille des légumineuses, c'est-à-dire la luzerne,
les trèfles, les pois, les fèves, les vesces, etc.

Outre les azotobacters, il y a deux autres groupes de micro-organismes libres dans


le sol et capables de réaliser la fixation biologique de l'azote moléculaire: les
clostridiums et les cyanobactéries.
465
4.5 Biologique des sols

4.5. 3 Fixation de l’azote moléculaire


 Fixateurs libres

Les azotobacters sont strictement aérobies et préfèrent les sols plutôt secs. Ils sont
hétérotrophes pour le carbone, c'est-à-dire qu'ils doivent trouver celui-ci dans leur
nourriture, qui provient de la cellulose hydrolysée par d'autres bactéries.

Les clostridiums sont aussi des bactéries hétérotrophes, mais elles sont anaérobies
et préfèrent des sols humides.

Les cyanobactéries que l'on désigne aussi sous le nom de cyanophycées sont les
algues bleues de jadis.

466
4.5. 3 Fixation de l’azote moléculaire
 Fixateurs libres

Les plus connues sont Nostoc et Anabœna.

Ce sont des bactéries unicellulaires autotrophes, donc capables de synthétiser leur


nourriture dont elles utilisent l'énergie pour fixer l'azote atmosphérique.

Elles le font dans des cellules spéciales appelées hétérocystes.

Leur rôle serait important dans les rizières.

Tous ces micro-organismes aussi nommés diazotrophes parce qu'ils se nourrissent


de diazote, ou N2libres dans le sol utilisent la fixation de l'azote moléculaire pour
synthétiser une protéine nécessaire à leur développement, mais tous peuvent
utiliser les nitrates pour arriver au même résultat.

Aussi la fixation de l'azote cesse-t-elle complètement en présence de nitrates.


467
 Fixateurs libres

Tous ces composés azotés synthétisés demeurent dans les micro-organismes jusqu'à
leur mort, alors que le tout subit l'ammonisation.

Il semble que les bactéries azotobacters forment le groupe le plus important dans les
sols agricoles bien que, sous les climats tempérés, elles n'ont que la moitié (de 10 à
20 kg/ha d'azote) de l'efficacité qu'elles atteignent sous les climats tropicaux.

Plus récemment, et dans plusieurs régions du globe, on a trouvé des bactéries libres
autres que les cyanobactéries sur ou au voisinage des racines de plusieurs plantes
cultivées, comme le blé, le maïs, le riz, le sorgho et la canne à sure.

468
 Fixateurs libres

On les a trouvées dans les régions tropicales sur les mêmes plantes, et en plus sur le
millet et quelques espèces fourragères.

On pense qu'elles fixent en moyenne environ 100 kg d'azote par année.

469
4.5. 3 Fixation de l’azote moléculaire
 Fixateurs symbiotiques

Un autre groupe de bactéries, les rhizobiums, fixent l'azote de l'air en association


symbiotique avec les légumineuses ;

un petit groupe, des actinobactéries du genre Frankia, réalise aussi une symbiose
fixatrice d'azote mais en association avec des plantes non légumineuses.

470
4.5. 3 Fixation de l’azote moléculaire
 Fixateurs symbiotiques

 Frankia

La symbiose fixatrice d'azote de l'air entre actinobactéries du genre Frankia et plantes non
apparentées aux légumineuses rejoint tout de même quelques centaines d'espèces
végétales, toutes ligneuses.

Ces plantes-hôtes, dites actinorhiziennes, appartiennent à des familles botaniques


primitives dont les plus connues sont les bétulacées (aulnes), les myricacées (myrices) et les
éléagnacées, une famille assez évoluée, dont l'olivier de Bohème est une espèce cultivée.

Tout le processus de l'installation de la symbiose ressemble en gros à celui chez les


légumineuses, mais comme il s'agit ici d'espèces pérennes, les nodules peuvent atteindre
jusqu'à 10 cm sur les racines.

471
 Fixateurs symbiotiques

 Rhizobiums

C'est connu, toutes les plantes peuvent assimiler un peu d'azote sous forme
organique, principalement des aminoacides et d'autres composés à petites
molécules tels que l'urée, l'acide urique et quelques autres.

Les quantités assimilées sont toujours faibles.

Les légumineuses ont la facilité d'utiliser les aminoacides élaborés dans leurs
nodules, résultats de la présence symbiotique des rhizobiums.

Les rhizobiums sont donc des bactéries hétérotrophes chimiosynthétiques


puisqu'elles trouvent dans les glucides des légumineuses le carbone dont elles tirent
l'énergie pour fixer l'azote de l'air dont se nourrissent leurs hôtes.

472
 Fixateurs symbiotiques

 Rhizobiums

Cette condition permet aux légumineuses de croître normalement dans un sol


pauvre en azote. mais, à l'instar des hôtes des bactéries fixatrices libres, les
légumineuses préfèrent l'azote nitrique et, en sa présence, l'activité des nodules
cesse.

On trouve les rhizobiums libres à l'état de bâtonnets dans le sol, plus


particulièrement dans la rhizosphère des plantes.
Ces bactéries pénètrent dans les plantes réceptrices par les poils absorbants, passent
dans le cortex racinaire qui subit une intense division mitotique suivie par celle des
bactéries contenues dans les nodules en formation, résultat de la multiplication de
certaines cellules du cortex et du péricycle.

473
 Rhizobiums

Les nodules continuent de croître sous la multiplication des bactéries qui prennent
une forme arrondie, maintenant contenues par petits groupes dans des vésicules à
l'intérieur des nodules qui prennent une teinte rosée due à la présence d'un pigment,
la léghémoglobine (le préfixe « lég » vient de légumineuses).

Cette dernière fixe l'oxygène et approvisionne les bactéroïdes dans des proportions
suffisantes pour leur respiration, mais inférieures à un taux toxique qui inhiberait leur
capacité à fixer l'azote atmosphérique.

Les bactéries acquièrent alors de nouvelles propriétés, dont celles de fixer l'azote
moléculaire (N 2).

474
 Rhizobiums

C'est alors qu'apparaissent dans les nodules matures des vaisseaux qui rejoignent
ceux de la racine; la symbiose et l'échange de produits métaboliques sont
fonctionnels.

À ce stade, la croissance des cellules des nodules fait protubérance sur les racines, et
le nodule est visible.

Dans les bonnes conditions, les rhizobiums synthétisent un excès d'aminoacides qui
est excrété dans le sol (et peut-être directement dans les vaisseaux des plantes
hôtes) sous forme organique à l'abri du lessivage, où l'ammonisation le rend
progressivement disponible d'autres plantes.

De plus, les nodules des légumineuses libèrent, après leur mort, tout l'azote fixé par
les bactéries et qui est généralement rendu assimilable par les plantes au cours de
l'été suivant.
475
 Rhizobiums

Une culture de légumineuses peut ajouter au sol jusqu'à 170 kg/ha et même
davantage de ce précieux élément nutritif emprunté à l'atmosphère.

En fait, les quantités d'azote sont très variables, voire nulles, selon que l'on
considère les cultures annuelles de courte saison ou les cultures pérennes installées
depuis plusieurs années.

De plus, on considère seulement l'azote nouveau provenant de la fixation ou celui


apporté en plus par les débris de culture et les nitrates puisés dans le sol, car les
légumineuses en assimilent toujours une certaine quantité.

476
 Rhizobiums

À la floraison des plantes-hôtes, les bactéries meurent, les nodules perdent leur
couleur à cause de la désagrégation du pigment de la léghémoglobine, verdissent et
se dégradent.

Chez les légumineuses pérennes, il y a quelques nodules qui subsistent et


recolonisent la culture le printemps suivant.

Les rhizobiums peuvent vivre et proliférer à l'état libre dans le sol, mais sans fixer
d'azote.

Cela ne signifie pas pour autant que tous les sols contiennent les rhizobiums en
quantité suffisante ou la variété spécifique à la culture projetée pour installer une
symbiose efficace.

En effet, les variétés de rhizobiums présentes sont souvent non spécifiques ou


inefficaces et elles produisent une pauvre nodulation, d'où l'idée de l'inoculation
artificielle des sols, dont les résultats sont décevants.
477
 Rhizobiums

Par contre, l'inoculation des semences ou bactérisation des graines avec des
préparations commerciales viables permet l'enrichissement immédiat des futurs
germes et les résultats sont intéressants, surtout quand le pH du sol est au-dessus
ou près de la neutralité.

On reconnaît maintenant trois genres distincts de bactéries qui réalisent la fixation


symbiotique de l'azote moléculaire avec les légumineuses.

Il y a, bien sûr, le genre Rhizobium et ses nombreuses espèces, mais aussi


Bradyrhizobium et Azorhizobium.

478
 Rhizobiums

L'espèce Rhizobium leguminosorum comprend deux variétés, l'une symbiote du pois,


de la lentille et de la vesce, et l'autre R. trifolii, du trèfle. R. phaseoli est spécifique au
haricot, R. meliloti, symbiote des mélilots (trèfles d'odeur) et de la luzerne, R. loti,
spécifique au lotier, et ainsi de suite pour plusieurs légumineuses.

Dans le cas du soya, on a le genre Bradyrhizobium et de l'espèce japonicum


(autrefois Rhizobium japonicum) et enfin Azorhizobium sesbania, symbiote de
légumineuses tropicales voisines des robiniers (plantes ligneuses).

Les chercheurs ont sélectionné un grand nombre de souches aux caractéristiques


particulières.

479
 Rhizobiums

Certaines sont efficaces dans une région donnée, alors qu'ils ne produisent que peu
de nodules sur la même espèce de légumineuses dans une autre région où les
conditions du sol et de climat diffèrent.

Il convient donc de choisir une souche adaptée localement lorsqu'elle est disponible.

Au sens large, on regroupe les bactéries fixatrices de N2 sous le genre Rhizobium.

Les rhizobiums ne vivent que quelques heures après l'inoculation sur la graine parce
qu'ils se dessèchent rapidement: ils sont également rapidement tués par les rayons
du soleil.

480
 Rhizobiums

Il faut donc s'assurer de la viabilité du produit en vérifiant la date d'expiration; il faut


aussi vérifier le numéro d'enregistrement d'Agriculture Canada garantissant que le
produit satisfait aux exigences minimales de qualité pour sa mise en marché.

Trois à quatre semaines après le semis, il est possible de vérifier les débuts de la
nodulation; les nodules sont alors plutôt isolés et très près de la racine primaire.
Leur couleur varie de rose à rouge s'ils sont efficaces.

Plus tard au cours de la saison, on peut déterrer avec précaution un plant pour
vérifier la présence de nodules.

La présence de gros nodules, généralement de grosseur uniforme mais peu


nombreux, de couleur rose ou rouge foncée une fois écrasés, accompagnée d'un
feuillage abondant vert foncé et vigoureux viennent confirmer l'efficacité de la
nodulation.

481
 Rhizobiums

Au contraire, si le feuillage est vert pâle, éclairci, chétif, et les nodules absents ou
nombreux mais très petits et de formes diverses en plus d'une couleur qui varie du
blanc au vert même une fois écrasés, il n'y a aucun doute que la nodulation est
inefficace.

Il est encore possible de reprendre l'inoculation avec une solution liquide fraîche du
rhizobium à l'aide d'un pulvérisateur à insecticide préalablement bien nettoyé.

482
 Rhizobiums

Il faut un peu d'engrais azoté dans le sol pour favoriser le développement


radiculaire; en trop grande quantité, le nitrate empêche la nodulation ou freine la
fixation d'azote par la bactérie. Les engrais ammoniacaux sont à proscrire car,
même si les nodules sont présents, ils ne sont pas efficaces en leur présence.

Par contre, l'enfouissement récent de fumier, d'engrais vert et d'autres matières


organiques dans le sol encourage la fixation de l'azote atmosphérique en créant un
milieu favorable au développement des bactéries.

483
4.5. 3 Fixation de l’azote moléculaire
 Fixation symbiotique et recherche

L'azote est l'élément nutritif le plus important en agriculture, et son ajout sous la
forme de fertilisants commerciaux bonifie presque à coup sûr la quantité et la
qualité des rendements des cultures, notamment celles des protéines.

Par contre, les fertilisants azotés les plus importants sont tous synthétisés, très
solubles et facilement lessivés et polluants, en plus d'être les plus chers par unité
fertilisante.

On comprend alors qu'un des plus grands rêves des chercheurs en agriculture est
l'obtention de céréales telles que le maïs et le blé capables, à l'instar du soya, de
fixer et de convertir l'azote de l'air, en association symbiotique avec une bactérie, en
azote utilisable par le macrosymbiote.
484
 Fixation symbiotique et recherche

Non seulement cet azote est-il gratuit, mais il est excrété ou libéré dans le sol sous
une forme organique non lessivable et il est graduellement transformé en nitrates.

La recherche dans le domaine de la fixation de l'azote par divers organismes vivants,


en particulier par les bactéries fixatrices d'azote, est très active depuis les vingt
dernières années.

On met à contribution toutes les techniques biotechnologiques et le génie génétique


afin d'incorporer les gènes responsables à d'autres plantes cultivées, notamment les
céréales. Voyons en bref ce que l'on a appris de l'association symbiotique entre les
rhizobiums et les légumineuses.

485
 Fixation symbiotique et recherche

On a identifié une dizaine de gènes nommés « nod » (pour nodule) situés sur un
plasmide de la bactérie.

Les uns contrôlent les étapes de la nodulation, les autres, la comptabilité entre les
symbiotes, et d'autres dont des gènes de régulation qui activent la transcription
d'autres gènes et qui sont eux-mêmes activés par les exudats racinaires à base de
flavone des plantes hôtes.

On a identifié une vingtaine de gènes « nif » pour (nitrogen fixation) chez la plante
dont certains codent pour la production de noduline (protéine) et d'autres, qui
interviennent dans le pouvoir de fixation.

486
 Fixation symbiotique et recherche

Une noduline importante, la léghémoglobine, dont la partie protéique, la globuline,


est codée par l'hôte et le reste, la partie active nommée hème et qui rappelle celle
de l'hémoglobine, est sous le contrôle génomique de la bactérie.

On a aussi découvert les gènes bactériens « fix » qui codent pour le pouvoir fixateur
des bactéries tandis que des gènes « nif » sont impliqués dans la synthèse de la
nitrogénase, une enzyme directement responsable de la fixation du N2.

Ce condensé n'est qu'un aperçu rapide de la complexité de cette association


symbiotique.

La symbiose, qui fait appel à la participation génomique des deux symbiotes,


témoigne de cette étroite spécificité, ce qui fait dire à certains chercheurs que les
problèmes à surmonter pour élargir ce pouvoir fixateur du N2 aux céréales
constituent le défi du XXIe siècle 487
 Fixation symbiotique et recherche

Un plasmide est une unité d' ADN (acide désoxyribonucléique) souvent présente
dans les bactéries sous la forme d'un petit chromosome circulaire.

Il a la propriété de se répliquer indépendamment du chromosome principal et porte


souvent les gènes codant pour une propriété supplémentaire, telle la résistance aux
antibiotiques et dans le cas des rhizobiums, des gènes responsables de la fixation
symbiotique.

Le plasmide est donc un élément autonome d'ADN de réplication que les bactéries
peuvent échanger entre espèces ou genres.

Les plasmides sont à la base de l'ingénierie génétique et des plantes transgéniques.

488
4.5 Biologique des sols
4.5. 4 Dénitrification
On appelle dénitrification la réduction microbienne des nitrates dans le sol.

Ces bactéries décomposent l'azote nitrique en azote plus simple et, en principe, le
réduisent en azote moléculaire.

Bien que tous les sols contiennent une microflore dénitrifiante, on ne connaît pas
l'importance agronomique de ce phénomène.

On sait, toutefois, que ces bactéries sont anaérobies, c'est-à-dire qu'elles sont en
activité seulement si l'air (oxygène) est absent, de sorte qu'il est logique de croire
que cette réaction est plus commune dans les sols asphyxiés, tels les marais.

les tourbières et autres terrains marécageux.


489
4.5. 4 Dénitrification
La réduction des nitrates est sans doute active dans certains sols cultivés plus
humides, moins bien aérés, tels que les sols cultivés en semis direct.

Elle est en tous cas plus active et rapide dans les sols chauds, notamment si une eau
stagne sur la semelle de labour après une bonne pluie; jusqu'à 50 % des nitrates
présents peuvent alors être décomposés en plein mois de juillet ou août dans les 48
heures suivantes.

La dénitrification est probablement aussi active à l'automne quand il y a un surplus


d'azote nitrique dans le sol encore chaud, ce qui est le cas le plus commun, et moins
bien aéré, ce qui survient lors de pluies abondantes ou dans des sols plus compacts.

On sait toutefois que les bactéries responsables de la dénitrification sont très peu
actives à 5 °C et moins.

490
4.5 Biologique des sols
4.5. 5 Rôle des macro-organismes

Les organismes constituant la faune et la flore du sol sont macroscopiques ou


microscopiques et ils jouent des rôles différents.

Ils ne sont pas tous utiles.

Si certaines algues et certains protozoaires semblent indifférents visà-vis des


plantes, d'autres organismes sont nettement et directement nuisibles aux végétaux.

Les arthropodes, des animaux aux membres articulés (comme les pattes), sont très
abondants dans le sol.

Leurs activités les placent parmi les macro-organismes les plus importants.
Beaucoup d'entre eux, tels les insectes (coléoptères, larves de diptères et de
lépidoptères) et les myriapodes (mille-pattes), nuisent aux cultures. 491
4.5. 5 Rôle des macro-organismes
La plupart dévorent les parties souterraines charnues des plantes. Les acariens
peuvent être très abondants dans le sol; les uns se nourrissent de bactéries et de
champignons, les autres dévorent de la matière organique en décomposition.

Parmi les macro-organismes, on trouve aussi les mollusques, dont les limaces font
partie; ils se nourrissent de feuilles tombées, de bourgeons et de fleurs.

Les limaces sont nuisibles; elles s'alimentent pendant la nuit et se cachent durant
le jour.

D'autres macroorganismes sont utiles, tels les vers de terre, qui améliorent
l'aération et le drainage du sol par les tunnels qu'ils y creusent, et augmentent la
grosseur et la stabilité des agrégats.
492
4.5. 5 Rôle des macro-organismes

Sous l'action des enzymes de leur tube digestif, les vers de terre rendent plus
assimilables les éléments nutritifs contenus dans leur déjection.

L'action des enzymes des vers de terre est très importante dans les sols qui en
contiennent beaucoup, soit jusqu'à 1 000 kg par hectare.

Les vers de terre préfèrent les sols lourds, humides, riches en matière organique et
très bien pourvus en calcium assimilable; ils peuvent proliférer dans les bons loams,
mais jamais dans les sols à texture grossière.

493
4.5. 5 Rôle des macro-organismes
Les vers de terre ne sont pas nécessairement plus nombreux dans les terres
cultivées par la méthode de semis direct que dans les terres favorables à leur
multiplication qui sont régulièrement labourées;

les dernières sont toutefois moins courantes et, dans les premières, les
tunnels d'aération ne sont jamais détruits.

Presque invariablement, le nombre de vers dans un sol travaillé mécaniquement


augmentera de beaucoup après quelques années une fois le sol converti en prairie.

La population des vers de terre peut atteindre et dépasser le demi-million à


l'hectare dans les terres qui leur conviennent le mieux.

494
4.5 Biologique des sols

4.5. 6 Rôle des micro-organismes


Les micro-organismes placent l'homme en face d'une double réalité: certains lui sont
indispensables alors que d'autres constituent son principal ennemi sur le plan
biologique.

les uns sont d'origine animale, tels les protozoaires et les nématodes; les autres sont
d'origine végétale, tels les bactéries, les algues, les champignons microscopiques
(moisissures, levures) et les actinobactéries.

D'une part, les saprophytes, qui tirent leurs éléments nutritifs de matières
organiques provenant de cadavres d'animaux et de résidus végétaux, jouent un rôle
fondamental, car ils restituent perpétuellement au sol les éléments minéraux
nécessaires à la croissance des organismes végétaux.

495
4.5. 6 Rôle des micro-organismes
Par dizaines de millions au gramme, du moins dans les bons sols, ces petits êtres
indispensables attaquent la matière organique et la décomposent en ses éléments
constituants.

D'autre part, des groupes de micro-organismes ne vivant pas de matière organique,


comme les bactéries, les champignons et les virus, parasitent les plantes cultivées et
causent une multitude de maladies.

Ils sont responsables des principaux maux de l'agriculture et de son industrie.

496
4.5. 6 Rôle des micro-organismes

l'homme a mis au point tout un arsenal pour se protéger de leurs méfaits, mais il ne
fait que commencer à se servir d'un moyen vieux comme la Terre: combattre le feu
par le feu.

Par exemple, c'est un fait bien connu qu'un sol fertile, riche en humus, devient un
milieu favorable à la prolifération du groupe des levures, dont les activités
compétitionnent avec celles des microbes pathogènes, réduisant ainsi leur nombre.

En outre, ces microbes utiles produisent des substances antibiotiques qui


neutralisent le système d'attaque des parasites.

Certains micro-organismes nuisibles aux plantes prolifèrent dans un sol riche en


matière organique.

497
4.5. 6 Rôle des micro-organismes
les activités des micro-organismes varient considérablement d'une saison à un autre.

Elles sont généralement à leur maximum au printemps et à leur minimum en été,


puis elles atteignent un autre sommet à l'automne.

On pourrait croire qu'il existe une coïncidence toute naturelle entre les activités de
croissance et de développement des plantes et celles des microorganismes.

En réalité, la nature est ainsi faite que les plantes, pour se reproduire, dépendent
directement des microbes.

Leurs besoins pressants en éléments nutritifs pour leur croissance rapide au


printemps et leur mise en réserves à l'automne coïncident avec l'activité débordante
des micro-organismes durant ces deux saisons, car ces derniers, en décomposant
beaucoup de matière organique pour s'en nourrir, produisent un surplus de
nourriture dont profitent les plantes vertes.
498
4.5. 6 Rôle des micro-organismes

On prétend qu'un hectare de sol d'une ferme laitière renferme des organismes d'un
poids total égal à celui des animaux qu'il peut nourrir à sa surface.

Des études révèlent que les microbes renferment 6,5 % d'azote et que, après leur
mort, ils peuvent libérer de 35 à 65 kg de ce précieux élément par hectare, et cela
plusieurs fois par année, chaque fois que la population se renouvelle.

Les microbes constituent donc une réserve d'azote soustraite au lessivage et


rapidement disponible.

C'est dans la rhizosphère, la portion du sol qui est pénétrée par les racines, même les
plus fines, que les microbes prolifèrent.

Ils contribuent à la nutrition des racines par la solubilisation des éléments minéraux
et la synthèse de facteurs de croissance.
499
4.5. 6 Rôle des micro-organismes

Ailleurs, les sols mal égouttés deviennent acides, car ils sont continuellement imbibés
d'eau. Ces milieux conviennent mal à la multiplication des bactéries; les bactéries
cèdent alors leur place aux champignons qui tolèrent l'acidité.

Aussi les sols de bas-fonds sont-ils le plus souvent noirs par suite d'accumulation
d'humus, les champignons étant beaucoup moins efficaces que les bactéries dans ce
travail de décomposition.

Si le terrain est marécageux et situé dans une dépression assez importante, on


assiste alors à une accumulation lente, mais constante, de matière organique
partiellement digérée. Comprimés, ces détritus forment la tourbe.

500
4.5. 6 Rôle des micro-organismes

Les organismes du sol passent bien souvent inaperçus aux yeux de l'homme.

Celui-ci ignore souvent ceux qui lui sont utiles et va même jusqu'à nuire à leurs
activités pourtant indispensables à sa survie, en employant des pesticides, par
exemple.

Il connaît mieux ceux qui lui sont nuisibles, mais il serait plus juste de dire qu'il
connaît surtout les méfaits dont ils sont responsables.

Les activités des divers groupes de micro-organismes et leurs rôles dans la biologie
des sols sont brièvement décrits ci-après, mais traités en profondeur dans le livre
Les plantes et leurs maladies, du même auteur.

501
4.5. 6 Rôle des micro-organismes
 Bactéries

Les bactéries sont des organismes unicellulaires de dimension microscopique: Leur


nombre varie considérablement dans les sols, mais il peut atteindre plus d'un
milliard par gramme de sol.

Comme les bactéries peuvent se multiplier avec une extrême rapidité, leur nombre
peut augmenter ou diminuer avec la même soudaineté dans un sol, suivant que les
conditions leur sont favorables ou non.

Elles sont surtout concentrées à la surface du sol, souvent plus riche en matière
organique, et sont plus abondantes dans les sols fertiles que dans les sols qui le sont
moins.

Les différents types de bactéries du sol et leurs principales caractéristiques sont


résumés ci-après.
502
 Bactéries

Les différents types de bactéries du sol et leurs principales caractéristiques sont


résumés ci-après.

Les bactéries hétérotrophes se nourrissent de substances organiques et ne peuvent


effectuer elles-mêmes la synthèse de leurs éléments constituants.

Parmi elles, certaines sont fixatrices d'azote moléculaire libre et d'autres requièrent
de l'azote fixé (combiné).

Certaines bactéries fixatrices d'azote moléculaire sont symbiotiques, et d'autres non


symbiotiques, dont certaines sont aérobies et d'autres anaérobies.

503
 Bactéries

On trouve aussi, chez les bactéries qui requièrent de l'azote fixé, des espèces
aérobies et des espèces anaérobies.

Quant aux bactéries autotrophes, qui peuvent subsister dans un milieu


entièrement minéral sans rien prendre aux autres êtres vivants, elles ne jouent pas
toutes le même rôle.

Certaines participent à la nitrosation, d'autres à la nitratation et d'autres encore, à


l'oxydation (soufre, fer, hydrogène).

504
4.5. 6 Rôle des micro-organismes
 Actinobactéries

Les actinobactéries, parfois appelées bactéries filamenteuses, sont des organismes


intermédiaires entre les champignons et les bactéries de par leur forme
filamenteuse, leur dimension et leurs individus unicellulaires.

Elles sont très abondantes dans le sol et, quand les conditions sont favorables, leur
poids par hectare peut atteindre 700 kg.

Les actinobactéries prolifèrent seulement dans les sols dont le pH se situe entre 6 et
8 et sont absentes si l'acidité est inférieure à un pH de 5.

Elles préfèrent les sols humides et bien aérés, mais restent actives en temps de
sécheresse alors que les bactéries véritables et les champignons cessent toute
activité.
505
 Actinobactéries

Les actinobactéries sont très abondantes dans les vieilles prairies peu acides et leur
présence, qui donne une odeur caractéristique au sol, contribue à la décomposition
de la matière organique, surtout celle qui est riche en lignine et résistante à la
décomposition bactérienne, Le fumier de ferme stimule leur activité.

Seules quelques espèces parasitent certaines plantes cultivées, tandis que d'autres
fixent l'azote atmosphérique, en symbiose avec des plantes non légumineuses, par
exemple la symbiose de Frankia avec l'aulne.

Les actinobactéries produisent un mycélium très vivement coloré en rouge, vert,


jaune, blanc, etc.

506
4.5. 6 Rôle des micro-organismes
 Champignon

Les principaux champignons du sol appartiennent aux levures, aux moisissures et au


groupe des champignons supérieurs dont les mycorhizes font partie.

Les champignons sont organismes dépourvus de chlorophylle et varient


considérablement tant dans leur structure que dans leur dimension.

Les levures et les moisissures abondent dans le sol; leur poids peut varier de 1 000 à
1 500 kg par hectare, mais leur nombre dépasse rarement un million par gramme
de sol.

La dimension des champignons est nettement plus grande que celle des bactéries;
on s'en rend vite compte en les comparant.
507
 Champignon

Les levures et les moisissures, qui sont présentes dans tous les horizons de sol,
abondent dans les sols acides et sont favorisées par les apports de fumier et
d'engrais chimiques.

Elles sont très actives dans la décomposition de la cellulose, de la lignine, de


l'amidon et des gommes, tous des composants de la matière organique.

Enfin, il y a des moisissures qui parasitent les plantes.

Les champignons supérieurs sont surtout présents dans les sols forestiers; quelques-
uns s'attaquent même aux arbres.

508
 Champignon

Certaines plantes hébergent des champignons supérieurs microscopiques sur leurs


racines.

Appelés mycorhizes, le mycélium de ces champignons symbiotiques pénètre ou


entoure les racines de certaines plantes auxquelles il fournit de l'eau et une partie
de leur alimentation sous forme organique, par conséquent de l'azote.

Il existe deux groupes distincts de mycorhizes: les ectomycorhizes, du groupe des


basidiomycètes, qui vivent en symbiose sur les racines de certains arbres, et les
endomycorhizes à vésicules et arbuscules (VA),

509
 Champignon

c'est-àdire à cavités glandulaires ayant la forme d'un petit arbre, du groupe des
zygomycètes,

qui pénètrent les cellules extérieures des radicelles d'un grand nombre
d'espèces végétales, dont plusieurs espèces agricoles, en fait environ 85 % des
plantes herbacées terrestres.

Le mycélium des ectomycorhizes symbiotiques forment un manchon autour des


jeunes racines dépourvues de poils absorbants chez les plantes résistantes à la
sécheresse (xérophytes),

comme les chênes et les hêtres qui peuvent vire dans des sols très secs,
et chez les plantes qui vivent dans des sols très acides, comme les conifères et les
aulnes qui croissent dans les podzols des forêts boréales.

510
 Champignon

Contrairement aux poils absorbants dont le rôle principal est l'absorption de l'eau,
mais qui ne peuvent pas vivre dans des sols très secs, les mycorhizes résistent bien
dans ces conditions et jouent le rôle des poils absorbants en apportant l'eau à ces
plantes.

Ces mêmes mycorhizes symbiotiques peuvent aussi apporter une nutrition azotée
aux plantes qui vivent dans des sols très acides en remplaçant la nitrification très
faible en un tel milieu.

Les endomycorhizes VA (ou mycorhizes endotrophes) contribuent à une meilleure


nutrition phosphatée pour les plantes qui vivent dans un sol pauvre en phosphore.

511
4.5. 6 Rôle des micro-organismes
 protozoaires

Les protozoaires sont des protistes unicellulaires microscopiques ; leur dimension


est, cependant, beaucoup plus grande que celle des bactéries et leur structure, plus
complexe.

Dans les sols, on en rencontre principalement trois groupes: les amibes, les
infusoires et les flagellés.

Les protozoaires sont très abondants dans les sols riches en matière organique et
davantage au printemps, à la fonte des neiges, et en été, après les pluies. Ils peuvent
atteindre de 200 à 300 kg par hectare, les flagellés étant les plus nombreux.

Les protozoaires se nourrissent surtout de matière organique, mais certaines


espèces dévorent des bactéries. Leur rôle précis n'est pas connu.

512
4.5. 6 Rôle des micro-organismes
 protozoaires

Algues

Nématodes

Virus

513
4.6 Chimie des sols

Les divers constituants du sol, les matières inorganiques et organiques, subissent des
réactions chimiques qui jouent des rôles importants dans l'alimentation des
végétaux Connaître la chimie des sols, c'est connaître les mécanismes qui régissent
la disponibilité des minéraux et leur absorption par les plantes.

La plupart des qualités agricoles d'un sol lui viennent de ses colloïdes argileux, s'ils
ne sont pas en trop grandes proportions, et de ses colloïdes organiques.

Les colloïdes possèdent plusieurs propriétés physicochimiques particulières dont


l'une se situe à la base même de la chimie du sol: la propriété de retenir à leur
surface certains éléments, couplée à l'échange d'ions entre ces surfaces et la
solution du sol.

514
4.6 Chimie des sols
4.6.1 Colloïdes

Les colloïdes sont des particules extrêmement petites; une rangée de 300 000 de ces
particules fait à peine 2,5 cm.

Le terme colloïde décrit un état de la matière plutôt que sa nature chimique.

Lorsqu'ils sont placés dans un liquide, les colloïdes ne se dissolvent pas comme le
fait le sucre, par exemple; leurs particules se dispersent dans le liquide; un tel
mélange prend le nom de suspension.

Les suspensions peuvent être:


-liquides comme le lait (colloïdes de gras dans l'eau);

- semi-solides comme la gélatine (colloïdes de protéine dans l'eau)


;
- gazeuses comme la brume (colloïdes d'eau dans l'air ).
515
4.6.1 Colloïdes
Les colloïdes en suspension sont généralement stables, c'est-à-dire qu'ils ne
déposent pas ou ne précipitent pas.

Une autre propriété des colloïdes, leur charge électrique, garde indéfiniment ces
particules en suspension.

Dans une même suspension stable, les particules ont une charge identique, soit
positive soit négative.

S'ils sont de même charge électrique, les colloïdes se repoussent mutuellement et


l'agitation continuelle (mouvement brownien) qu'elle provoque, bien qu'invisible à
l'œil nu, garde indéfiniment ces particules en suspension.
516
4.6.1 Colloïdes

L'addition de particules de charge électrique contraire neutralise les colloïdes, qui


peuvent ensuite s'agglomérer, la gravité entraînant alors cette masse.

C'est la floculation (figure 3-214).

C'est ainsi que la chaux, de par ses ions positifs de calcium, flocule une suspension
colloïdale d'argile dispersée dont les colloïdes sont négatifs.

D'autres agents, tels la chaleur et le degré d'acidité, peuvent floculer un système


colloïdal.

517
4.6.2 Colloïdes du sol
Les colloïdes du sol sont principalement des argiles minéralogiques, même si le
quartz (silice) est presque toujours présent en petite quantité.

Il existe plusieurs types d'argiles, mais ce sont tous des silicates d'aluminium (et de
fer) plus ou moins hydratés.

Ils ont tous une structure cristalline en feuillets à écartements variables ou fixes qui
leur confère des propriétés particulières et qui détermine, dans une large mesure,
leur pouvoir d'adsorption.

Les colloïdes d'argiles sont presque tous électronégatifs. Le tableau 8.4 résume les
caractéristiques des principaux groupes d'argiles.

518
4.6.2 Colloïdes du sol

L'humus aussi a des propriétés colloïdales.

Le colloïde humique est négatif et hydrophile, c'est-à-dire entouré d'une épaisse


couche d'eau; sa capacité à retenir l'eau et les cations est plus grande que celle de
l'argile.

Le principal rôle de l'humus est la cimentation des argiles en agrégats. Le meilleur


ciment est l'humus calcique qui provient d'acides humiques floculés en milieu riche
en calcium.

519
4.6.2 Colloïdes du sol
Les propriétés des colloïdes du sol sont les suivantes:

- charge électrique,

-adsorption,

-floculation et réversibilité,

- mouvement brownien,
- affinité avec l'eau,
- pouvoir protecteur (colloïde humique),
-structure cristalline (argile) ou amorphe (humus),

- gont1ement,
- cohésion,
- plasticité,
- adhérence,
- consistance.
520
4.6.3 Complexe argilo-humique

Les argiles et les oxydes de fer forment, avec les composés organiques, des
complexes dits argilo-humiques.

Les colloïdes d'humus, de même signe que l'argile mais plus petits, forment une
enveloppe autour de l'argile dans le complexe argilo-humique (figure 6.4).

521
Humus
calcique

6
522
523
524
525
Chapitre VI

LES PHENOMENES D'ECHANGE

526
1. INTERACTION ENTRE CONSTITUANTS
1.1 Nature des liaisons entre constituants

Les constituants du sol évoluent jusqu'à ce qu'ils


finissent par acquérir de nouvelles propriétés
qui leur permettent d'établir des liaisons de
nature multiple.

527
1.1 Nature des liaisons entre constituants

Les liaisons qui s'établissent entre constituants


sont à l'origine de la formation de nouveaux
composés de nature saline, organo-minérale
ou organo-métallique. Ils peuvent être
solubles, pseudosolubles ou insolubles. Ils
sont à la base même de l'organisation du sol
et de sa différenciation.

528
1.1 Nature des liaisons entre constituants

Différents types de liaisons peuvent exister entre les


composés organiques et minéraux.

Elles peuvent aller des liaisons électrostatiques par


simple échange de cations jusqu'aux liaisons
intervenant dans le phénomène de complexation.

Ces liaisons dépendent de la nature du support (argiles,


matière organique) du pH du sol et de la nature des
cations en solution.
529
1.1 Nature des liaisons entre constituants

En régions humides, les cations concernés


sont Fe2+, Al3+, H+.

En régions arides, il s’agit des cations Ca2+,


Mg2+, K+, et surtout Na+.

530
1.2 Le complexe sorbant

1.2.1 Les colloïdes


Les argiles présentent comme les substances
humiques des propriétés particulières dues à
leurs charges électriques qui régularisent leur
état dans la solution du sol.

Les colloïdes électropositifs sont représentés


par les sesquioxydes tels que les hydrates de
fer et d'aluminium. Ils se dispersent en milieu
acide et floculent en milieu alcalin.
531
1.2.1 Les colloïdes

les valeurs élevées de pH, les cations


basiques:
Ca++, Mg++ K+et Na+ sont retenus par le
complexe absorbant. Dans les sols acides.
les cations Al+ et H+ prédominent.

532
1.2.2 Définitions des paramètres
T, S et V

On définit un certain nombre de constantes qui


permettent de caractériser l'état des colloïdes
dans le sol.
a) La capacité totale d'échange cationique
C.E.C ou T est la quantité maximale de cations
que les constituants du sol peuvent fixer. Elle
est souvent exprimée en me/100g de
constituants. Elle varie d'une argile à une autre
et dépend de la nature de la matière organique.
533
1.2.2 Définitions des paramètres
T, S et V
Un sol riche en matière organique et de texture
équilibrée a une capacité de 30 - 40 me / 100g
de sol. Dans les sols fortement altérés comme
les sols ferrallitiques, elle tombe en dessous de
16 me/100g de sol.
La somme des cations échangeables S
représente la quantité de cations retenus par le
sol à un instant donné. Les cations les plus
importants sont Ca++, Mg++, K+, et Na+, puis
viennent NH4+, Mn++, Cu++, Zn++.
534
1.2.2 Définitions des paramètres
T, S et V

c) Le taux de saturation V est le rapport S/T %.


Les sols à réserve calcique sont
pratiquement saturés vis à vis des cations
(V= 100%). Pour les sols très acides, ce taux
varie de 10 à 30% . Les sols sodiques ont
une proportion de Nae échangeable élevée
Nae / T 2: 15%.

535
1.2.3 Les échanges solides-solutions

Pour définir les échanges entre la phase solide et


la phase aqueuse, on peut distinguer:

-d'une part, la solution du sol qui contient des


éléments en solution (cations et anions)
-d'autre part, le complexe absorbant qui est
l'ensemble de la fraction humique et argileuse
qui retient les cations.

536
1.2.3 Les échanges solides-solutions

Le complexe absorbant (C.A.) est défini par les 3


paramètres T, S et V. La capacité d'échange T
est relativement constante pour un sol donné
tandis que la somme des cations échangeables
S est variable.

Les cations fixés sur le complexe absorbant sont


susceptibles d'être échangés contre les cations
provenant de la solution du sol. 537
1.2.3 Les échanges solides-solutions

Si la solution s'enrichit en un cation donné, la


concentration de ce dernier augmente et il
tend à être absorbé par échange avec
d'autre(s) cation(s) qui repasse en solution.
Dans la solution du sol, les ions sont libres
alors que sur le complexe absorbant leurs
mouvements sont limités par les ions voisins

538
1.2.3 Les échanges solides-solutions

Pour la grande majorité des sols, l'ordre


préférentiel des cations les uns vis-à-vis des
autres est le suivant.
H+> Ca++> Mg++> K+≥ NH4+ Na+
Lorsqu'il y' a dilution de la solution du sol après
une pluie ou une irrigation, l'activité des
cations bivalents augmente plus vite que celles
des monovalents. La dilution favorise donc la
fixation des ions Ca++ et Mg++ et entraîne
l'exportation des ions K+ et Na+. 539
1.2.4 Les anions

Si les cations sont échangeables, c'est-à-dire


qu'ils peuvent être retenus par le complexe
absorbant, les anions par contre ne sont pas
retenus par le complexe d'échange. Ils restent
en solution ou bien ils s'associent avec les
cations pour former les sels. Les anions les
plus fréquents sont:

Cl-, NO3-, HCO3-, CO3-- S04--, P04- 540


1.2.4 Les anions

L'ion P04--- peut être fixé indirectement par le


complexe absorbant par l'intermédiaire du
pont calcium. En milieu calcaire donc riche en
CaC03, le phosphore prend progressivement
une forme moins soluble.

541
1.3. Le pH du sol
1.3.1 Signification

Le pH du sol est une détermination courante


en pédologie.
Son interprétation peu renseigner sur :
-le régime trophique du sol et sur son stock
en éléments nutritifs.

542
1.3.1 Signification

L'ambiance physicochimique (le pédoclimat)


en relation avec la morphologie des humus
(le mor est un humus caractéristique des
milieux acides).
- Les grands processus d'altération:
l'acidolyse partielle ou totale et la
ferrallitisalion se produisent en zones
humides aussi bien froides que chaudes et
sont caractérisées par un pH acide.
543
1.3.1 Signification

Les sols sodiques. riches en carbonates ou


bicarbonates de sodium sont appelés sols
alcalins à cause de leur pH souvent très
élevé, dépassant la valeur de 10.

544
1.3.2 Valeurs caractéristiques
La gamme des valeurs du pH du sol est donc
assez large . Elle commence dans sa limite
inférieure à 2,5 - 3 pour certains sols de
mangroves à sulfato-réduction jusqu' à 10 -
11 dans les sols alcalins.

545
1.3.3 Mesure du pH
La valeur du pH est riche en information utile
sur le fonctionnement physicochimique du sol
mais son interprétation ne peut être dissociée
des conditions de sa détermination.
La mesure du pH est faite le plus souvent sur
une suspension de sol broyé dans un rapport
1/2,5. Elle rend compte de l'activité des ions
H3O+ dans la phase aqueuse surnageante
de cette suspension.

546
1.3.3 Mesure du pH

Dans le sol, les ions H+ sont en relation avec


les protons fixés sur les colloïdes
électronégatifs qui se comportent comme
des acides faibles:
HA (sol) + H2O A -(sol) + H3O+ (1)
La mesure de l'inverse de l'activité des ions
H3O+ exprimée
par son logarithme décimal correspond au pH.

547
1.3.1 Signification

pH = log 1/ [H,O+](2)
Il s'agit du pHeau
L'eau étant dissociée en ions selon l'équation
suivante:
2H2O OH- + H3O+ la constante de
dissociation est 1 0-1
La neutralité est lorsqu'il y a autant d'ions H+
que d'ions OH.
548
1.3.1 Signification

[OR] = [H3O+] = 10-7 moles/litre (3)


La valeur du pH à la neutralité est
pH = log [1/1 0-7] = 7
Une variation d'une unité du pH traduit une
variation de l'activité des ions [H3O+] d'un
facteur 10.

549
1.4 Le pouvoir tampon du sol

Si on ajoute à une solution, une base ou un


acide son pH augmente ou diminue
rapidement.
Par contre, si on applique la même
manipulation sur le sol, son pH ne varie pas
brutalement. Le sol est un milieu tamponné
et cette propriété lui permet de s'opposer
aux variations brutales du pH.

550
1.4 Le pouvoir tampon du sol

Ces variations sont dues aux processus qui


consomment ou produisent des protons comme la
libération d'acides organiques par la matière
organique ou la réaction de nitrification.
Aux modifications d'origine interne, peuvent s'ajouter les
modifications d'origine externe comme les pluies
acides dues aux acides sulfurique, nitrique,
carbonique... provenant d'activités naturelles
(dissolution du CO:, atmosphérique, activités
volcaniques) ou humaines (grillage de la pyrite,
évacuation d'oxyde nitreux Nox).
551
1.5 Relation pH - taux de saturation

Le complexe(ab)sorbant du sol caractérisé par


sa capacité d'échange T n'étant pas
constamment saturé par les cations, la
différence T - S donne une idée sur la part des
ions générateurs de l'acidité. Plus les sols sont
désaturés (S faible par rapport à T), plus
l'acidité est importante.

552
1.8 Les échanges dans les sols riches en ion Na+

De tous les cations présents en solution et qui


sont susceptibles d'être fixés sur le complexe
d'échange, c'est le cation sodium qui
provoque la dégradation des propriétés du
sol et d'élévation excessive du pH

553
1.8.1 L'ion sodium: origines et états dans le sol

Si l'extension des sols affectés par les sels de


sodium touche tous les continents et couvre
environ 1 milliard d'hectares [89] c'est dans les
zones arides caractérisées par un pouvoir
évaporatoire important, qu'ils sont les plus
répandus.
La source initiale des sels vient des minéraux
primaires. En s'altérant ils libèrent en
proportions différentes les cations Na+, Ca++,
Mg++, K+ et les anions Cl-, SO4– et CO3--.
554
1.8.1 L'ion sodium: origines et états dans le sol

Aux sels provenant des constituants du sol,


viennent s'ajouter les apports par les eaux
d'irrigation.
L'utilisation d'eau minéralisée peut entraîner, à
plus ou moins brève échéance, la salinisation
du sol et la dégradation de ses propriétés
fonctionnelles.

555
1.5 Relation pH - taux de saturation
En effet, la présence de sels solubles en quantité
élevée provoque une élévation du potentiel
osmotique et par conséquent une sécheresse
physiologique. La fixation en quantité élevée de
Nae sur le complexe d'échange peut entraîner
la dispersion des argiles, la solubilisation de la
matière organique et par conséquent la
destruction de la structure du sol et son
imperméabilisation surtout lorsqu'il s'agit de sol
de texture argileuse pauvre en matière
organique. 556
1.5 Relation pH - taux de saturation

Cette forme échangeable peut résulter, soit


parce que la solution est saline et fortement
concentrée, soit parce que la solution a un
faciès géochimique carbonaté et bicarbonaté
sodique.

557
1.5 Relation pH - taux de saturation

Les deux paramètres suivants permettent


d'exprimer respectivement t les risques de
salinisation et d' alcalinisation on: a) Risque de
salinisation : SAR Sodium Adsorption Ratio
b) Le risque d'alcalinisation ESP (Exchangeable
Sodium Pourcentage)

A ces deux paramètres SAR et ESP, il convient


de ne pas oublier la conductivité électrique CE
pour évaluer la salinisation globale. 558
1.8.2 Fixation du sodium sur le complexe d'échange

L'ion du potassium K+ et l'ion ammonium NH/


étant présents en faible quantité dans la
solution du sol, les échanges du sodium avec
les autres cations concernent surtout les
bivalents Ca++ et Mg++. En désignant par
Nae, Cae, Mge, les fractions molaires fixées
sur le complexe absorbant et par [Na+),
[Ca++, [Mg++),.

559
1.8.2 Fixation du sodium sur le complexe d'échange

les activités de ces cations en solution et en


adoptant la constante d'échange de Tardy
Garrels [90J k = 1,19 on peut écrire dans le
cas d'une solution solide idéale r 45

560
1.8.3 Prédiction du risque d'alcalinisation

Le danger que représente l'utilisation d'une eau


minéralisée est dans le risque d' alcalinisation
du sol. La question qui se pose alors est de
savoir s'il est possible d'établir le rapport
Nae/T directement en fonction du SARi de
l'eau d'irrigation, autrement dit, d'exprimer le
SAR, du sol en fonction du SARi.

561
1.8.3 Prédiction du risque d'alcalinisation

Lorsque le régime permanent des sels est atteint, la


concentration d'une espèce chimique de l'eau de
drainage peut être déduite de celle de l'eau
d'irrigation en la multipliant par le facteur de
concentration, lequel facteur est l'inverse de la
fraction lessivante. En profondeur, là où commencent
les risques de fixation du sodium, la solution du sol
est pratiquement la même que celle de l'eau de
drainage. On peut écrire pour les horizons de
profondeur au niveau de la zone drainée que:

562
1.8.3 Prédiction du risque d'alcalinisation

C'est une relation qui permet de prédire le


risque de fixation de Nae échangeable à
partir de la connaissance de la composition
chimique de l'eau d'irrigation avant son
utilisation.

563
1.8.4 Applications

a) Détermination de la fraction de lessivage en


fonction d'un taux du sodium échangeable
choisi à l'avance: lorsqu'on se fixe un taux
d'alcalinisation jugé acceptable, on peut,
connaissant la composition chimique de l'eau
d'irrigation, déterminer la dose de lessivage
nécessaire pour maintenir le rapport Nae/T %
.

564
1.8.4 Applications

Si on prend l'exemple du réseau


hydrographique le plus important de Tunisie
qu'est l'oued Mejerda avec un [SAR] activité
moyenne de 7,3 on peut faire varier LF en
fonction de Nae/T %.

565
1.8.4 Applications

En absence de lessivage. le taux


d'alcalinisation atteindrai t des valeurs
incompatibles avec la conservation des
propriétés du sol.
A partir d'une fraction de lessivage inférieure à
0,15, le taux Nae/T % devient élevé.

566
1.8.4 Applications

b) Variation de Nae/T % en fonction de la


qualité d'eau d'irrigation.
Si on se donne une fraction de lessivage. par
exemple LF = 0,27 et que l'eau d'irrigation
voit sa minéralisation augmenter par suite de
mobilisation de ses affluents d'eau douce. le
taux d'alcalinisation

567
Dynamique des éléments

Le potassium dans le sol

568
569
A - Dynamique du potassium

La situation du potassium semble, en apparence, un


peu moins compliquée que celle du phosphore, en
raison de la référence au seul potassium
échangeable comme reflet du pouvoir alimentaire
du sol.
Mais lorsqu’on veut approfondir le sujet, on voit surgir
une querelle scientifique à propos de la notion
même de capacité d’échange cationique du sol.

570
A - Dynamique du potassium

QUEMENER (SCPA Aspach) a décrit la dynamique


du potassium : il distingue en plus du potassium
échangeable extractible à l’acétate d’ammonium
(pool des ions libres sur le schéma présenté) et du
potassium de constitution des argiles, un
compartiment potassium intermédiaire assez bien
décrit par l’extraction au tetraphenylborate de
sodium.
Cette extraction n’est pas réalisable en analyse de
routine.
571
Compartiments potassiques du sol jouant un rôle dans la nutrition
des cultures.

572
B - Rôle des résidus de culture

Dans le schéma présenté page ci-avant, on a omis un


compartiment important : le potassium présent dans les
résidus de cultures. Selon la nature des cultures et leur
vocation (grain ou ensilage par exemple pour le maïs), des
quantités importantes de potassium peuvent être restituées.
Ce potassium, peu lié à la matière végétale, est considéré
comme directement accessible aux plantes (rejoint très vite
le pool des ions libres).

573
C - L’offre du sol en potassium

Comme pour le phosphore, on définit la biodisponibilité du


potassium à partir de différents critères dont l’analyse de
terre, le devenir des résidus de culture et le pouvoir fixateur
du sol pour le potassium.

574
C - L’offre du sol en potassium

L’analyse de terre est réalisée en France avec un seul


extractif : l’acétate d’ammonium qui échange l’ensemble
des bases présentes sur la CEC. Cette extraction ne rend
pas compte du compartiment potassium intermédiaire ni du
pouvoir qu’ont certaines argiles à fixer les ions potassium
qu’on apporte.
L’appréciation de la biodisponibilité permet ensuite d’adopter
une stratégie de fertilisation adaptée aux différentes
espèces cultivées.

575
Lexique
Echange cationique :
échange d’ions de charge positive

Bases échangeables :
méthode d’analyse de terre, avec extraction du
potassium à l’acétate d’ammonium.
La méthode traditionnelle d’analyse de l’offre du sol en
potassium omet de tenir compte du potassium présent
en quantités plus ou moins importantes dans les résidus
de cultures.

576
CHAPITRE VII : LA RHIZOSPHERE,
INTERFACE ENTRE LE SOL ET LA
PLANTE

577
7.1. INTRODUCTION
La rhizosphère est alors apparue comme le lieu privilégié des
échanges de matière et d'énergie entre les plantes et le sol,
un passage obligé de tous les éléments minéraux depuis le
sol vers les plantes, et un lieu d'interactions fortes entre les
plantes et les micro-organismes du sol.
D'un côté, le fonctionnement de la rhizosphère détermine pour
une large part la production de la biomasse végétale, tant
en quantité qu'en qualité. De l'autre, il contribue à modifier
les propriétés des sols: propriétés biologiques, biodiversité
et activités microbiennes, aussi bien que physico-chimiques,
biodisponibilité des éléments minéraux, fertilité et qualité
des sols.

578
5.2 STRUCTURE ET FONCTIONS DE LA
RHIZOSPHÈRE
5.2.1 Structure de la rhizosphère

Dans les sols, les éléments minéraux sont généralement peu


disponibles et leur mobilité est limitée. Pour subvenir à leurs
besoins, les plantes ont développé plusieurs stratégies
destinées à limiter le poids de cette contrainte: croissance
d'un système racinaire puissant et ramifié qui permet
d'exploiter un volume de sol important, différentiation d'un
cortex racinaire lacuneux qui abrite de nombreux micro-
organismes, libres, symbiotiques ou pathogènes,
développement de poils racinaires qui augmentent
considérablement les surfaces d'échange, mise en place
d'organes spécifiques, nodosités ou mycorhizes, qui abritent
des micro-organismes symbiotiques dont les plantes tirent 579
profit.
5.2.1 Structure de la rhizosphère

La rhizosphère est aujourd'hui définie comme le volume de


sol directement soumis à l'action des racines. La
géométrie de la rhizosphère est donc calquée sur celle
du Système racinaire des plantes: c'est la région du sol
qui entoure les racines (figure 5.1).

580
Figure 5.1 Système racinaire du ray-grass (Latium mu/tif/arum
L.) observe dans un sol homogène de limon (d'après
Kutschera, 1960

581
5.2.1 Structure de la rhizosphère
Les racines des plantes exercent des actions physiques
(prélèvement de l'eau), chimiques (échanges d'ions
minéraux et de molécules gazeuses) et biochimiques
(exsudation de substances carbonées), auxquelles le sol
réagit dans ses composantes physiques (teneur en eau et
potentiel hydrique), chimiques (variations de pH et de
potentiel redox Eh, adsorption d'anions organiques sur les
argiles) et microbiologiques (excrétion d'enzymes par les
bactéries et champignons du sol). Ces modifications de
l'environnement sont à l'origine d'une adaptation des
racines, qui se traduit en particulier par la formation
d'organes symbiotiques rhizobiens (nodosités incluant des
bactéries) et mycorhiziens (endo- et ecto-mycorhizes), et
des communautés microbiennes du sol.
582
5.2.1 Structure de la rhizosphère

De fait, la rhizosphère est un système complexe,


hétérogène, dynamique et interactif, qui dépasse ]a
simple notion d'interface entre le sol et les plantes. Elle
est le lieu privilégié d'interactions fortes entre monde
végétal et monde minéral. Elle est un condensé des
processus physiques, chimiques et biologiques qui
animent les sols (figure 5.2) (Jaillard et Hinsinger)

583
Figure 5.2 : Représentation schématique de la structure
et du fonctionnement de la Rhizosphère.
Actions Réactions

Adaptation
584
5.2.2 Flux hydrique et minéraux dans la rhizosphère

L'alimentation hydrique et minérale des plantes est assurée par


leur système racinaire. Les plantes prélèvent dans le sol
l'eau dont elles ont besoin, la transportent vers leurs parties
aériennes et la transpirent dans l'atmosphère au niveau des
feuilles. Le flux d'eau transpiré par une plante est
considérable.
Les plantes prélèvent aussi dans la solution du sol tous les
éléments minéraux dont elles ont besoin pour leur
croissance : azote (N), calcium (Ca), magnésium (Mg),
potassium (K), phosphore (P) et de nombreux autres oligo-
éléments. Ce prélèvement est sélectif, c'est-a-dire que les
flux minéraux sont contrôlés par des processus
physiologiques complexes qui ont pour fonction d'ajuster
précisément ces flux aux besoins des plantes. 585
5.2.2 Flux hydrique et minéraux dans la rhizosphère

L'évolution de la concentration de]a solution du sol au


voisinage des racines résulte à la fois des besoins de ]a
plante, et de la disponibilité des éléments dans le sol.
La rhizosphère est ainsi un lieu de transferts importants
d'eau et de solutés. Selon les besoins de la plante et
leur disponibilité dans le sol, les solutés peuvent
s'accumuler, ou au contraire s'appauvrir de manière
marquée dans la rhizosphère selon les besoins de la
plante et les conditions de milieu.

586
5.2.2 Flux hydrique et minéraux dans la rhizosphère

Au niveau de la rhizosphère, la nutrition minérale se traduit


donc à la fois par une diminution de la concentration en
solution des éléments prélevés par la plante, ce qui
entraine leur transfert par diffusion depuis le sol vers la
racine, et par une modification du pH de la solution du sol.
Le sens et l'intensité de cette modification de pH
dépendent de plusieurs facteurs liés à la plante, espèce
végétale, stade physiologique et statut symbiotique, ou à
son environnement (figure 5.4) (Hinsinger et al., 2002;
Jaillard et al., 2003).

587
Figure 5.4 : Racines de tabac (Nicotiana tabacum) déficient en
fer déposées sur un gel d'agarose contenant un indicateur coloré
à pH, le pourpre de bromocresol. Les zones claires correspondent
a des zones d'acidification préférentielle (d'après Vansuyt et al.,
2003).

588
5.2.2 Flux hydrique et minéraux dans la rhizosphère

Dans un sol cultivé, dont le pH est neutre a alcalin et qui reçoit


une fumure azotée, 1"azote se trouve sous forme nitrate, et
en concentration qui peut être élevée, comprise entre 1 et 10
millimole par litre. Dans ces conditions, la plupart des
espèces végétales alcalinisent leur rhizosphère, car le
prélèvement en azote sous forme NO) excède le
prélèvement en cations, K+ et Ca2+ principalement. À
l'inverse, dans de nombreux sols naturels, légèrement
acides et pauvres en azote (concentration inférieure a 1
millimole par litre), les plantes acidifient leur rhizosphère.
Cette libération de protons résulte d'un prélèvement moindre
en anions qu'en cations parce que l'azote est soit faiblement
disponible soit sous forme NH4 plutôt que (NO3)
589
5.2.2 Flux hydrique et minéraux dans la rhizosphère

L'ensemble de ces processus a donc pour effet de modifier


profondément les conditions chimiques du sol environnant
les racines. Ils ont pour conséquence de déplacera les
équilibres physico-chimiques entre sol et solution, d'induire
des réactions de changement de phase, de mobiliser des
éléments fortement liés a la phase solide, voire de
transformer, d'altérer ou de dissoudre des minéraux du sol
comme le carbonate de calcium (calcaire), le phosphate de
calcium (phosphates naturels), voire des silicates (micas,
feldspaths) et des oxydes de fer réputés peu solubles (figure
5.5).

590
Figure 5.5 : empreintes en creux de racines à la surface d’un bloc
de calcaire marneux. Chaque empreinte a une largeur de l’ordre
du millimètre. Observation à l’œil nu dans un Calcosol (d’après
Jaillard et Hinsinger, 1993).

591
5.2.4. Flux organiques et croissance des communautés
microbiennes dans la rhizosphère

Organes souterrains des plantes, les racines tirent leur énergie


des molécules organiques qu'elles reçoivent des parties
aériennes photosynthétiques.
L’activité réductrice des racines conduit en outre à la
dissolution d’oxyde mécanique, mobilisant ainsi du fer ou du
manganèse mais aussi d’autres métaux dont certains
polluants notre environnement.
En outre, les racines exsudent d'importantes quantités de
substances organiques, sucres, acides aminés ou
organiques et mucilage. Le mucilage consiste en
polysaccharides dont on connait depuis longtemps les
propriétés adhésives.
592
5.2.4. Flux organiques et croissance des communautés
microbiennes dans la rhizosphère

Le carbone organique est préférentiellement exsudé ou


excrété en différentes parties des racines.
Les extrémités des racines, ou apex, sont protégées par une
coiffe de cellules, qui s'exfolient au fur et à mesure de la
croissance des racines.

593
5.2.5 Symbioses rhizobienne et mycorhizienne

La symbiose rhizobienne consiste en l'association de bactéries


du genre Rhizobium et apparenté avec des racines de
Légumineuse : cette association forme des nodosités sur les
racines. Certaines bactéries du genre Rhizobium ont la
propriété de fixer l'azote atmosphérique N2: les nodosités
formées par ces bactéries sont spécialisées dans la fixation
symbiotique de l'azote atmosphérique. La plante fournit le
gîte, sous forme de la nodosité, et le couvert, sous forme de
sucres et d'acides aminés. En fixant l'azote, la bactérie
fournit à la plante un nutriment qui favorise la croissance des
plantes dans la plupart des sols non cultivés. Selon les
espèces végétales et les sols, la fixation symbiotique de
l'azote permet à la plante de couvrir entre 40 et 80 % de ses
besoins.
594
5.2.5 Symbioses rhizobienne et mycorhizienne

La symbiose mycorhizienne consiste en l'association d'un


champignon avec une plante-hôte. Très générale, elle
concerne près de 95 % des espèces végétales.
Le sol détermine les conditions physico-chimiques, dont
certaines sont indispensables à l'établissement de la
symbiose.

595
5-2.6 conséquences à long terme du fonctionnement
de la rhizosphère

Bien qu'apparemment modestes au niveau de la rhizosphère,


les flux de matière et d'énergie impliqués, intégrés sur
l'ensemble du sol et renouvelés année après année, sont
considérables et susceptibles de transformer une large
fraction du sol.
La présence d'un couvert végétal multiplie par 20 ou 30 les
quantités d'eau évaporées par un sol sur une année parce
que les plantes transpirent et qu'elles utilisent l'eau sur
l'ensemble du solum.
Cette multiplicité des fonctions et des partenaires dans la
rhizosphère, la diversité des situations et des combinaisons
plante/micro-organismes,
596
5-2.6 conséquences à long terme du fonctionnement
de la rhizosphère
la complexité des interactions entre processus physiques,
chimiques et biologiques qui se déroulent dans la
rhizosphère compliquent singulièrement l'étude du
fonctionnement de la rhizosphère. Si la plupart des actions
exercées par les plantes ont un effet positif sur leur
croissance, il en est d'autres dont les effets s'avèrent
négatifs pour la plante, par exemple lorsqu'elles conduisent
à la libération d'éléments phyto-toxiques comme le
manganèse ou l'aluminium.
Actuellement, le principal objectif poursuivi est, en
conséquence, de maîtriser les flux minéraux prélevés par les
plantes dans le sol, qu'il s'agisse de les optimiser pour
améliorer la production agricole dans des conditions de
carence ou de faibles niveaux d'intrants, 597
5-2.6 conséquences à long terme du fonctionnement
de la rhizosphère

de les maximiser dans le cadre de la remédiation de sites


fortement contaminés par la culture d'espèces hyper-
accumulatrices de métaux, ou au contraire de les minimiser
en vue de réduire l'entrée de polluants dans notre chaîne
alimentaire.
La poursuite de cet objectif impose donc de bien connaître le
fonctionnement physique, chimique et biologique de la
rhizosphère, en particulier d'identifier et quantifier les actions
exercées par les racines, les organes symbiotiques et les
micro-organismes associés sur leur environnement, et de
déterminer les effets de ces actions sur la disponibilité des
éléments minéraux dans la rhizosphère.
598
5.3 DÉMARCHES ET MÉTHODES D'ÉTUDE
5.3.1 Observation au champ de la rhizosphère

La rhizosphère est par définition la région du sol directement


soumise à l'action des racines. La méthode
d'échantillonnage la plus immédiate consiste donc à arracher
une plante, puis à secouer délicatement son système
racinaire pour en faire tomber les particules de sol.
Les particules de sol qui adhérent encore aux racines sont
considérées comme rhizosphériques par nombre d'auteurs.
Les différents organes symbiotiques, nodosités et mycorhizes,
sont également visibles à l'œil nu. Simple et rustique, cette
méthode permet de collecter du matériel rhizosphérique pour
analyse ultérieure, mais elle ne permet pas d'observer dans
le détail la structure de la rhizosphère. 599
5.3.1 Observation au champ de la rhizosphère

Une autre méthode, indirecte, repose sur l'observation des


conséquences de l'activité rhizosphérique. Les
microstructures racinaires les plus aisées à observer sont les
microstructures construites par accumulation de carbonate
ou sulfate de calcium, ou par oxydoréduction d'oxydes de fer
ou manganèse (voir figure 5.3).
Les microstructures racinaires qui résultent d'un
appauvrissement de la rhizosphère sont plus difficiles à
observer.
Ces méthodes d'observation directe ont naturellement été
prolongées par l'ensemble des méthodes de
micromorphologie des sols. Ce vaste ensemble de méthodes
repose sur une consolidation préalable des échantillons de
sol par inclusion dans une résine époxy. 600
5.3.2 Détermination des conditions physico-
chimiques dans la rhizosphère

Les modifications de conditions physico-chimiques induites


par les plantes et leur cortège microbien dans leur
rhizosphère ont d'abord été mises en évidence au
laboratoire.
La connaissance des processus qui se déroulent dans la
rhizosphère et des conditions physico-chimiques qui y
règnent résulte pour une large part d'expérimentations au
laboratoire.

601
5.3.3 Mesure de biomasse et des activités
microbiennes

La biomasse microbienne des sols est un bon indicateur de


leur fonctionnement biologique. Elle est sensible aux
pratiques culturales et aux changements d'utilisation des
terres. Sa mesure fait l'objet d'une norme internationale ISO
14240-2 depuis 1997.
La méthode la plus couramment utilisée est la méthode dite
de fumigation-extraction (figure 5.7).
Les méthodes spécifiques mesurent des activités d'intérêt
particulier, comme la dégradation de xénobiotique ou la
nitrification. Activités spécifiques et biomasse microbienne
permettent de calculer des taux d'activité spécifique
(rapports activité / biomasse) pour caractériser les
performances des populations microbiennes.
602
5.34. La biologie moléculaire au service de l’écologie
microbienne de la rhizosphère

Le développement des techniques moléculaires durant


cette dernière décennie a considérablement étendu les
possibilités d’investigations en microbiologie.
D'autres techniques ont un pouvoir de résolution plus fin et
permettent de caractériser des micro-organismes après
isolement en culture pure, ou après extraction directe
des acides nucléiques totaux (ADN ou ARN) sans étape
de culture.

603
5.4 EXEMPLES D'APPLICATION

13.4.1 Sélection variétale de fonctions rhizosphériques

La sélection de variétés de plantes et de micro-organismes les


mieux adaptés aux conditions de milieu est l'une des finalités
des recherches sur la rhizosphère.
Les plantes, aidées en cela par les micro-organismes qui leur
sont associés, doivent exploiter au mieux les ressources
disponibles du sol. Les actions qu'ils exercent dans la
rhizosphère et qui ont pour effet de modifier la mobilité des
éléments minéraux deviennent alors prépondérantes.

604
5.2.3 Conditions physico-chimiques dans la
rhizosphère

Les éléments minéraux sont prélevés par les plantes sous


forme d'ions (K+, Ca2+, NO) ou NH!, H2PO.j ...), particules
chargées électriquement. Leur prélèvement s'accompagne
donc d'un transfert de charges (H+ ou OH-) entre la racine
et le sol qui compense les déficits électriques engendrés par
le prélèvement des éléments minéraux. Une plante qui
prélève plus de cations que d'anions libère des protons
(H+), et tend donc à acidifier sa rhizosphère. À l'inverse, une
plante qui prélève plus d'anions que de cations libère des
hydroxyls (OH-), et tend donc à alcaliniser sa rhizosphère.

605
2. LES TRANSFERTS DE
MATIÈRES

606
LES TRANSFERTS DE MATIÈRES

Les phénomènes d'échanges solide/solution font


que de nombreux éléments changent de place
au cours de l'évolution du sol.
La redistribution de matière peut se traduire au
niveau des horizons par des pertes ou des
gains de nature diverse.
En fonction de la nature de cette matière et de la
direction du transfert, on peut distinguer les
mécanismes suivants:
- La lixiviation: l'entraînement de matière à l'état
607
ionique sous forme de cations et d'anions.
LES TRANSFERTS DE MATIÈRES

-Le lessivage: l'entraînement vertical ou


latéral des particules en suspension.
notamment les argiles.
-La chéluviation : l’entraînement de la
matière sous forme de complexes organo-
métalliques qui précipitent le plus souvent
dans les horizons de profondeur.

608
2.1 La lixiviation

Elle concerne le transfert des éléments à l'état


ionique, essentiellement les monovalents et les
bivalents NH4+,Na+ ,K+ , Mg++ ,Ca++ et HC03
-- ,C03- ,Cl- ,S04-- et N03- .

609
2.1.2 Le devenir des ions
Le devenir des éléments à l’état ionique va
dépendre de leur nature, de leur valence, de
leur degré d'hydratation, de leur pouvoir de
complexation et de leur activité.
Les monovalents sont plus mobiles que les
bivalents.
Lorsque la solution du sol est diluée et
constamment renouvelée, les ions sont souvent
lixiviés hors du sol pour rejoindre le réseau
hydrographique et contribuer ainsi au bilan
ionique des océans.
610
2.1.2 Le devenir des ions

Lorsque la solution n'est plus diluée, les


cations en solution peuvent. soit s’ échanger
avec d'autres cations déjà fixés par le
complexe argilo-humique, soit entrer dans les
structures de sels, d'oxydes ou bien de
minéraux argileux secondaires.

611
2.2 Le lessivage

C'est l'entraînement en suspension de particules


d'argiles fines avec les hydroxydes de fer.
Le lessivage se traduit par l'appauvrissement en
surface qui se traduit par la formation de
l'horizon éluvial E et l'horizon illuvial, enrichi en
argile Bt.
Le lessivage intervient après une lixiviation
intense des cations.

612
2.3 La chéluviation

Dans les sols riches en matière, développés sur


matériaux siliceux, filtrants, les acides
organiques entraînent non seulement une
lixiviation totale des minéraux mais leur
solubilisation. Le fer et l'aluminium libérés par
acidolyse s'associent avec les anions
organiques pour former des complexes organo-
métalliques.

613
2.4 Le brassage mécanique

Ce mécanisme de transfert est fréquent dans les


sols riches en argiles gonflantes évoluant sous
climat contrasté.
Pendant la saison sèche, les argiles se rétractent
et les fissures se remplissent de matière fine
sur toute leur profondeur. Pendant la saison
humide, les fissures déjà remplies de terre fine
se renferment et prennent du volume qui donne
des boursouflures à la surface du sol
(microrelief en gilgai) 614
2.5 Cryoturbation

C'est un remaniement mécanique qui apparaît


dans les régions périglaciaires.
L'action du gel peu être à l'origine de la poussée
en surface de petits monticules de sols
humides avec apparition d'une partie centrale,
déprimée.

615
2.6 Le transfert par le biais du cycle biogéochimique

Le transfert est plutôt de type ascendant dû à


l'action de la flore et de la faune du sol. En
effet, la végétation joue un rôle important dans
la redistribution des éléments minéraux. Elle
prélève en profondeur les éléments nutritifs
dont elle a besoin pour les restituer en surface
par le biais des restitutions organiques.

616
Le transfert par le biais du cycle biogéochimique

Les termites ainsi que les lombrics jouent un


rôle dans le brassage de la matière du sol en
ramenant de la profondeur vers la surface,
des quantités importantes de matière minérale

617
2.7 Remontées capillaires et formation de Asa

L'eau, en s'échappant du sol par évaporation ou


par évapotranspiration, dépose sa charge en
éléments à l'état dissous en surface.
Lorsqu'une nappe phréatique est proche de la
surface, comme c'est souvent le cas dans les
plaines alluviales, le profil salin prend une
forme très caractéristique.

618
Remontées capillaires et formation de Asa

Ces remontées sont à l'origine des croûtes


blanchâtres en surface (sols salins) et des
remontées sous forme d'humates sodiques
de couleur noirâtre dans les milieux alcalins
(sols sodiques).

619
CHAPITRE IV: PEDOGENESE

620
Les phénomènes de Migrations

 Processus
On distingue :
- la lixiviation : migration des sels solubles ( K+, Na+, Ca++,
Mg ++ plus rarement Fe++ et Mn++, en milieu réducteur,
et Al+++ , en milieu très acide, et de la silice)
- la chéluviation (migration des complexes organo-
métalliques)
- le lessivage (migration de l’argile)

621
Migrations

Lixiviation

Pour K+, Na+, Ca++ et Mg ++ et en milieu non calcaire, il y


a désaturation et acidification.

En milieu calcaire, il y a décarbonatation préalable. La


silice est entraînée en profondeur dans deux cas : sous
climat équatorial humide sur sol fortement drainé et sous
climat tempéré en milieu très acide et très filtrant.

622
Migrations

Chéluviation
Entraînement des cations lourds Al+++ et Fe+++ sous
forme de complexes organo-métalliques ou chélates
solubles (liaison avec les radicaux COO- et OH-
provenant d’acides organiques) mais précipitation en
profondeur.

623
Climax

Quand un matériau affleure (suite à l’érosion ou aux apports), la


végétation s’installe.

Un profil AC ou AR (horizon humifère surmontant la roche-mère)


se développe.

A chaque étape de développement de la végétation (herbacée,


arbustive, arborée) correspond une phase d’évolution du profil
(qui s’approfondit et se différencie.

Après un certain temps, l’équilibre est atteint.

Chaque étape est un écosystème. La succession d’écosystèmes


aboutit à un écosystème stable appelé climax. Ceci est une
évolution progressive ; à l’inverse on parlera d’évolution
régressive quand le sol nu est atteint. 624
Horizonation et pédoturabtion

En règle générale, différenciation en horizons distincts


Mais, dans certaines circonstances, il peut y avoir
homogénéisation :
- pedoturbation chimique(chernozems)
- Pédoturbation mécanique (vertisols)
- Cryoturbation

625
CONCLUSION GENERALE
Cette approche, globale, fait appel à nos sens
pour reconnaître l'unité d'organisation de base
qu'est l'horizon:
i) la perception visuelle pour faire parler la
couleur et pour interpréter les structures
élémentaires des constituants
ii) l'appréciation tactile, le toucher, pour
prédéfinir la texture des constituants
Texture et structure déterminent, à elles seules,
l'essentiel des propriétés du sol. 626
CONCLUSION GENERALE

Compte tenu des facteurs, climat, roche,


topographie, organismes vivants, durée de
formation qui contrôlent les processus de
pédogénèse, il n'est pas difficile de
comprendre que le sol varie d'un endroit à un
autre.
Plusieurs systèmes sont utilisés pour désigner
les sols et les classer.

627
CONCLUSION GENERALE

Le sol variant dans l'espace, l'est aussi dans le


temps.
Ce facteur temps intervient à différentes
échelles depuis les pas de temps qui
rythment le comportement actuel avec ses
régimes hydrique, thermique et trophique
jusqu'au temps qui fait intervenir l'âge de la
surface continentale et les changements
climatiques qu'a pu connaître la Terre durant
le Quaternaire.
628
CONCLUSION GENERALE
Les processus du développement du sol
entraînent l'apparition d'organisations nouvelles
par rapport à l'état initial.
Les mécanismes qui interviennent sont:
-la pédoplasmation ou la disparition de
l'organisation lithologique initiale.
-la pédoturbation ou le brassage des couches
du sol dont le résultat est l'homogénéisation
des horizons.
-l'horizonation ou l'apparition des traits
d'organisation nouveaux. 629
CONCLUSION GENERALE

Cette horizonation est due aux transferts de


matière qui se produisent dans le sol. Ils sont
très variés et font intervenir à leur tour de
nombreux mécanismes (lixiviation, lessivage,
chéluviation, cycles bio-géochimiques et
remontées compensatrices) .
Après altération et humification qui sont à l'origine
de l'élaboration de la matière meuble du sol, les
phénomènes d'échange et de transfert sont à
l'origine de changement de place des
constituants. 630
CONCLUSION GENERALE
Les propriétés fonctionnelles ne peuvent se
comprendre que par l'étude de l' histoire du sol
et des processus qui ont présidé à sa
formation.
En intégrant au cours du temps l'impact des
facteurs naturels mais aussi anthropiques, le
sol devient aussi l'une des clés d'accès à la
compréhension du champ de l' environnement
dans ses manifestations actuelles et passées.

631
CONCLUSION GENERALE

Avant d'aborder toute étude, recherche ou


analyse des sols, il faut se poser les trois
questions suivantes: quel est l'objet de l'étude?,
quel est l'espace géographique considéré? et
quel est le temps pris en compte?
Par exemple, l'étude de la circulation de l'eau
porte sur les divers états de l'eau, sur
l'épaisseur du sol ou sur un agrégat et durant
une période journalière ou annuelle du cycle
hydrique. L'étude d'un sol cultivé porte
632
CONCLUSION GENERALE
Sur divers constituants minéraux et organiques
du sol, sur leur organisation au sein d'une
parcelle ne comportant que deux ou trois
horizons différents et cela durant quelques
années culturales.
• Une carte pédogénétique tente d'expliquer, sur
un vaste champ d'étude, 1) comment sont
répartis les horizons au sein de la couverture
pédologique, 2)

633
CONCLUSION GENERALE

• comment ils se sont différenciés


pédogénétiquement au cours du temps, 3)
comment les multiples pédogenèses se sont
développées au sein de paysages qui ne
sont plus ceux que l'on voit actuellement.

634