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PARTIE II : Le groupe des sociétés

‫( ﺗﺟﻣﻊ اﻟﺷرﻛﺎت‬Art 461 à 479 CSC)

Le groupe de société est un mécanisme juridique résultant du fait de permettre à une


société d’apporter dans une autre personne morale donnant naissance à un organisme
juridique composé de plusieurs personnes morales indépendantes juridiquement mais liées
économiquement par un intérêt commun.

Il s’agit d’un droit dont « l’existence a précédé l’essence » 1 puisqu’il a résulté d’une
pratique suivie par certaine sociétés bien avant la promulgation du CSC. Il a fallu attendre
l’an 2001 pour constater l’encadrement juridique du phénomène groupe de société à travers la
loi n° 2001-117 du 6 décembre 2001 qui a intégré un titre 6 au livre 5 du CSC intitulé « du
groupe de sociétés ».

La notion de groupe de société diffère selon que l’on se trouve dans une logique de droit
bancaire, fiscal, comptable ou commercial2. Pour s’en tenir au droit commercial, certains l’ont
défini comme « unité de contrôle patrimonial destinée à assurer une unité de décision
économique » 3 , d’autre le définissent comme un « ensemble de sociétés juridiquement
indépendantes les unes des autres mais en fait soumises à une unité de décision
économique »4. L’article 461 CSC l’a définit ainsi « Le groupe de sociétés est un ensemble de
sociétés ayant chacune sa personnalité juridique, mais liées par des intérêts communs, en
vertu desquels l'une d'elles, dite société mère, tient les autres sous son pouvoir de droit ou de
fait et y exerce son contrôle, assurant, ainsi, une unité de décision. »

Le groupe de sociétés est donc un phénomène de concentration tendant vers plusieurs


objectifs qu’on peut articulés autour de trois axes.

D’abord, le groupe de société est un mécanisme permettant un meilleur positionnement sur


le marché concurrentiel. Il s’agit « d’une structure de concentration du pouvoir de décision
économique, une structure du gouvernement »5.

Ensuite, il est question d’une technique permettant la coexistence d’activités disparates au


sein du groupe tout en permettant le partage des risques y afférant.
1
NENNI.A, Droit des sociétés commerciales, éd LATRACH, 2020, n° 775, p. 542.
2
YAICH. A, Les groupes de sociétés : aspects comptables, juridiques et fiscaux, rev comp et fin, 2004.
3
CHAMPAUD C, Le pouvoir de concentration de la société par actions, thèse Rennes, 1961, p.199, n°252.
4
GUYON.Y, Droit des affaires, Tome I, Economica.1994, n°588.
5
LE CANN.P, Les organes de groupes, P.A.2001, n°68, p.43.

1
Enfin, le groupe de société est le mécanisme le plus adapté pour tendre vers le dépassement
des frontières nationales. En fait, le groupe de société est le cadre légal le plus opportun
permettant la création de multinationales.

Concrètement, d’après la revue l’économiste maghrébin, la Tunisie compte actuellement


47 groupes de sociétés. L’édition du 1er février de cette revue précise que les 10 premiers
groupes de sociétés, en termes de chiffre d’affaires, sont les suivants :

- Poulina groupe Holding


- Groupe Mabrouk
- Groupe SFBT
- Groupe Elloumi
- Groupe Tunisie Telecom
- Groupe Tunisair
- Groupe Bayadhi
- Groupe Chimique Tunisien
- Léoni Tunisian Group
- Groupe Délice

La notion du groupe de sociétés (Chapitre I) mérite d’être précisé davantage surtout


concernant la notion des sociétés du groupe, avant de cerner les mécanismes assurant à la fois
le fonctionnement du groupe (Chapitre II) et la protection des intérêts catégoriels dans le
cadre du groupe (Chapitre III).

CHAPITRE I : La notion de groupe de sociétés

L’article 461 CSC a définit le groupe de sociétés comme un ensemble de sociétés,


indépendantes juridiquement mais liées économiquement par ce que le texte nomme un
intérêt commun à travers lequel une société mère tient les autre sous son pouvoir de droit ou
de fait et y exerce son contrôle assurant une unité de décision. Suite à la définition de ces
différents concepts (section 1), on peut saisir la notion de contrôle au sein du groupe (section
2).

Section 1 : Définition des concepts


L’identification des sociétés appartenant au groupe (sous section 1) permet de comprendre
la nature juridique du groupe (sous section 2). Les sociétés appartenant au groupe doivent
constater la mesure de publicité apte à informer le public de son existence (sous section 3).

2
Sous section 1 : Identification des sociétés appartenant au groupe

1- Nature juridique

On parle de société dominante et de sociétés dominées de sorte que la première tient les
secondes sou son contrôle de droit ou de fait donnant ainsi naissance à une unité de décision.

1-1 Société dominante ou société mère


- Forme : selon l’article 462 CSC, la société mère est obligatoirement une SA ce qui
traduit l’opportunité de cette forme afin d’assurer une administration rationnelle et un contrôle
opportun. C’est aussi la forme juridique la plus adaptée aux mécanismes de bonne
gouvernance.
- Nature juridique : la société mère doit être inscrite au registre de commerce auprès
du registre national des entreprises sous cette forme. Autrement dit, il faut spécifier sa qualité
de société mère tout en mentionnant les sociétés appartenant au groupe.
Toutefois, la société mère est dite holding lorsqu’elle n’exerce aucune activité
commerciale ou industrielle et que son activité se limite à la détention et la gestion des
participations dans les autres sociétés. Selon l’article 463 CSC, il s’agit d’une pure structure
de gestion des participations. Tout document émanant de la société doit mentionner la nature
Holding qui doit aussi figurer au registre national des entreprises.

1-2 sociétés contrôlées ou dominées

Le CSC n’impose pas une forme particulière pour les sociétés appartenant au groupe. La
forme est librement déterminée.

Cependant, logiquement, la SEP (société en participation ‫ ﺷﺮﻛﺔ اﻟﻤﺤﺎﺻﺔ‬articles 77 à 89


CSC) ne peut faire partie d’un groupe de sociétés puisque une telle appartenance emporte
obligatoirement une révélation aux tiers entrainant un changement de la forme sociale6. La
SEP est désormais traitée en tant que SNC. Les associés peuvent opter vers une autre forme
telle que la SARL par modification des statuts.

Peu importe sa forme, la société appartenant au groupe jouit d’une indépendance juridique,
ce qui suppose un patrimoine et une capacité propre. Corrélativement, chaque société a son
propre registre de commerce comprenant une mention exprimant l’appartenance au groupe.

6
Selon l’article 79 CSC : « Si la société se révèle aux tiers de quelque manière que ce soit, les associés seront
tenus dans les mêmes conditions que ceux d’une société en nom collectif.
La révélation de la société en participation aux tiers n’entraîne pas la nullité du contrat qui continue à régir les
rapports entre les associés. Toute stipulation statutaire contraire est inopposable aux tiers. »

3
La société contrôlée est dite filiale lorsque plus que 50% de son capital social est détenu par la
société mère abstraction faite des actions ne conférant pas un droit de vote7. La forme de
filiale est libre. La seule forme interdite est la SURL puisque l’associé unique ne peut pas être
une personne morale8.

2- Lien juridique

Le lien juridique entre les sociétés du groupe reflète une double nature. Ces sociétés sont à
la fois indépendantes et dépendantes. Elles sont indépendantes juridiquement mais dépendent
économiquement constituant ainsi une unité.

2-1 L’indépendance juridique

Les sociétés du groupes sont des sociétés commerciales régulièrement constituées ce qui
explique l’exclusion des sociétés créées de fait. Chaque société a sa propre personnalité
juridique et sa propre comptabilité. Elle peut avoir un objet, un siège, une durée et un nom
commercial différent des autres sociétés. A cette indépendance juridique s’oppose une
indépendance économique.

2-2 La dépendance économique

L’unité économique de l’ensemble des sociétés de groupe se traduit par un intérêt commun
qui prend forme au niveau de la prise de décision. Plus précisément, l’existence de groupe de
société se reconnait à travers le maillon assurant concrètement son unité économique. Cette
notion d’unité économique est l’expression d’un pouvoir résultant du contrôle exercé par la
société mère sur les autres sociétés membres du groupe. Cette notion a été exploitée par la
jurisprudence tunisienne et française pour fonder des décisions prises pour des situations
conflictuelles au sein du groupe touchant surtout les litiges des salariés 9 . Selon DE

7
Il ne faut confondre filiale et succursale. Alors que la filiale jouit de la personnalité juridique et de
l’indépendance économique, la succursale n’a pas la personnalité juridique. Son existence se traduit par une
activité dans les locaux séparés de ceux de la société mère. La succursale est un établissement permanent
distinct du siège social ou de l’établissement principal dirigé par une personne ayant le pouvoir de lier des
rapports juridiques avec les tiers. La succursale est aussi qualifiée d’agence ou d’établissement secondaire. La
filiale peut avoir un objet différent de celui de la société mère alors que la succursale accomplit les opérations
que la mère. Même si les succursales sont fréquemment utilisées dans le cadre de groupe de société elles n’en
sont pas un élément.
8
LABASTIE DAHDOUH. Ch et DAHDOUH. M, op.cit, p.272, n°485.
9
JERBI.S, Réflexions su r l’intérêt commun du groupe de société, in « la diversité dans le droit », Mélanges
offerts à la doyenne Kalthoum MZIOU-DOURAI, CPU, 2013, p.465.

4
LASTANG, la notion d’unité économique, n’étant pas un concept légal, est un moyen
pragmatique de justifier certains résultats souhaitables10.

Sous section 2 : Le concept groupe de société


Le groupe de sociétés répond à certains critères de fond exigés pour être qualifié de société
tels que la pluralité de membres et l’intérêt commun. Néanmoins, l’élément mise en commun
des apports manque ce qui fait que le groupe de société n’a ni capital ni personnalité juridique
propre. Le groupe n’est pas don, en soi, une société. Il constitue un ensemble de sociétés et ne
s’identifie pas à la société mère. C’est une entité économique plus large dont la société mère
n’est qu’une composante.

Cependant, une question se pose : le groupe de sociétés peut-il être qualifié d’entreprise ?11

La notion de groupe tout comme la notion d’entreprise n’est pas un sujet de droit. Il s’agit
de notions essentiellement économiques. Deux critères véhiculent la réponse. D’une part, le
groupe peut être qualifié d’entreprise dans le sens qu’il exerce effectivement une activité
économique. D’autre part, le groupe en tant qu’entreprise est non destiné à la satisfaction
d’une demande sur le marché. Il tend plutôt à répondre à un besoin de coordination interne. Il
s’agit d’une structure favorisant l’efficacité des entreprises.

Sur le plan comptable, la norme comptable relative aux états financiers consolidés
considère l’information financière du groupe comme celle d’une entreprise unique. En droit
comparé, la notion d’entreprise économique a été soutenue par la doctrine et la jurisprudence
française en matière de droit de travail pour trouver un fondement juridique à la protection des
salariés du groupe. La communauté de personnel est la conséquence de l’unité économique.

Concrètement, rien n’interdit de considérer le groupe comme une forme spéciale


d’entreprise surtout qu’il a une existence légale qui lui permet de bénéficier de certains
avantages 12 de supporter certaines obligations 13 et d’étendre certaines mesures sur d’autres
sociétés du groupe tel que le cas d’extension des dettes à une autre société s’il y a immixtion
dans la gestion de la première14.

10
DE LESTANG., La notion d’unité économique et sociale d’entreprises juridiquement distinctes, Droit Social,
n°spécial, 1979, p.5.
11
LABASTIE DAHDOUH Ch et DAHDOUH M, Droit Commercial, volume 2, Tome III, 2007, p.222, n°393 ;
NENNI.A, op.cit.p.550, n°793.
12
Opération financières entre sociétés du groupe (article 4a74 CSC)
13
Tenue de comptes consolidés et obligation d’information (article 470 jusqu’à 473 CSC).
14
Article 476 in fine CSC

5
Sous section 3 : La publicité de groupe
L’article 470 CSC consacre une obligation de publicité à la charge de la société mère et des
sociétés membres de groupe.

La société mère siégeant en Tunisie est tenue, d’une part, de mentionner une double
indication

- les sociétés appartenant au groupe dans le registre de commerce auprès du RNE ;


- la qualité de société mère ou de société holding dans le RNE et dans tous les
documents émanant de la société.

La société mère siégeant à l’étranger est non régie par le CSC.

Quant aux sociétés membres du groupe, ils doivent mentionner leur appartenance au
groupe au RNE et aux rapports de gestion. Cette appartenance doit être constatée même si la
société a son siège en dehors de la Tunisie.

Section 2 : La notion de contrôle donnant naissance au


groupe
La société mère jouit d’un pouvoir de contrôle sur les autres sociétés donnant naissance à
une unité de décision qui marque simultanément la création d’un groupe de société. Ce
pouvoir de contrôle (sous section 1) peut être direct ou indirect (sous section 2).

Sous section 1 : Le pouvoir de contrôle


Le contrôle est qualifié soit par ses moyens, soit par ses causes soit par ses effets. Le CSC
maintient deux critères pour déterminer l’importance de l’influence dans une société à savoir
l’importance de la participation dans le capital social et l’étendue du pouvoir de décision dans
la société. Le terme contrôle est utilisé dans le sens de maitrise et non de surveillance15. La
maitrise permet en fait de déterminer la politique sociale ainsi que décider de l’exploitation de
la cession des actifs16.

La société mère est généralement représentée au conseil d’administration ou au directoire


par une personne physique. Elle tend en pratique à s’assurer de la collaboration active ou de la
bienveillance passive des autres membres pour pouvoir contrôler effectivement la société. La

15
EL EUCH.S, Le contrôle et la société anonyme, Thèse, FDSP, Tunis, 2019.
16
DAHDOUH Ch et DAHDOUH M, op.cit.p.230 ; n° 405 ; En droit comparé, voire BLIN-FRANCHOMME, Essai sur
la notion de contrôle en droit des affaires, thèse, Toulouse, 1998.

6
société mère utilise généralement sa participation majoritaire dans le capital social pour faire
désigner les membres alliés dans le conseil d’administration ou le directoire. Elle cumule,
dans ce cas, le contrôle patrimonial et directorial.

Ce pouvoir de contrôle exercé par la société mère peut être de droit ou de fait.

1- Le contrôle de droit
Le pouvoir de contrôle de droit est l’expression d’une relation juridique qui permet à la
société mère de contrôler chacune des sociétés de groupe. Selon l’article 461 CSC alinéa 2, ce
pouvoir résulte d’une participation dans le capital permettant d’influencer le fonctionnement.
Ce texte prévoit précisément que « est considérée comme étant contrôlée par une autre
société, au sens du présent titre, toute société:
- dont une autre détient une fraction du capital lui conférant la
majorité des droits de vote,
- ou dont une autre société y détient la majorité des droits de vote,
seule ou en vertu d'un accord conclu avec d'autres associés ».

On en déduit qu’une société exerce un contrôle de droit lorsqu’elle détient seule ou avec
autre actionnaires plus que 50% du capital social. Ce type de contrôle résulte aussi lorsqu’une
société détient la majorité des droits de vote même si ces droits ne représentent pas la moitié
du capital. Cette seconde hypothèse vise le cas d’un actionnaire détenant des droits de vote
double par exemple ou un certificat de droit de vote. Il n ya pas dans ce cas de corrélation
entre la fraction de capital détenu et les droits de vote possédés.

2- Le contrôle de fait
Ce type de pouvoir de contrôle résulte d’une influence sur les décisions de l’assemblée
générale quoique la détention du capital social n’assure pas une position majoritaire17. Selon
l’article 461 alinéa 2 du CSC, « Est considérée comme étant contrôlée par une autre société,
au sens du présent titre, toute société dont une autre société y détermine, en fait, les décisions
prises dans les assemblées générales, en vertu des droits de vote dont elle
dispose en fait ».
Cette forme de contrôle existe dans les sociétés à actionnariat éclaté. Ce contrôle de fait
doit être exercé habituellement. Une influence sur les décisions de l’assemblée générale
exercée une seule fois ne suffit pas pour offrir la qualification de contrôle de fait. La société
doit détenir une position stratégique et financière lui permettant par exemple de désigner

17
Ibid., p92, n°181.

7
pendant plusieurs exercices successifs les organes d’administration et de contrôle. L’influence
sur la politique de la société ne doit pas
p être accidentelle.
Le contrôle est présumé lorsqu’une société détient directement ou indirectement 40% au
moins des droits de vote dans une autre société et qu’aucun autre associé n’y détient une
fraction supérieure à la sienne18. Cette présomption de contrôle
ntrôle suppose l’absentéisme et la
dispersion d’autres actionnaires ce qui fait qu’aucune majorité organisée ne peut s’opposer à
l’actionnaire détenant 40% du capital.

contrôle de droit contrôle de fait

.
.

18
Article 461 alinéa 6

8
Exercice : Déterminer la société mère et les sociétés contrôlées
d’après les données de ce schéma

Société
A

41% 15%
Société B
Société
C

Société
32% D 53%

La société A…………………………………………………………………………..................

La société B……………………………………………………………………………………..

La société C……………………………………………………………………………………..

La société D……………………………………………………………………………………..

Société mère :…………………………………………………………………………………

Sociétés contrôlées ....................................................................................................................

9
Sous section 2 : La nature de contrôle
Selon l’article 465 CSC, le contrôle résulte de la participation de la société mère dans le
capital des sociétés contrôlées qui confère un contrôle direct ou indirect. On appréhende le
contrôle par ses causes (pourquoi on contrôle ? parce qu’on détient directement ou
indirectement la majorité des droits de vote). A cet égard, il faut distinguer la notion de
contrôle de la notion de participation dans le capital. Selon l’article 465 CSC, il y a trois types
de participation : participation directe, participation indirecte et participation réciproque. La
participation est dite réciproque lorsqu’une société appartenant au groupe détient une fraction
du capital d’une autre ayant à son tour une participation dans son capital. La participation ne
confère pas forcément un contrôle. Une participation influente ou notable peut entrainer soit
un contrôle direct soit un contrôle indirect.

Société Participation réciproque


A
Société
B

1- Le contrôle direct

Par le contrôle direct, la société mère détient une fraction de capital social dans une autre
société.
Société Société
A B

Société
C

Société
D

2- Le contrôle indirect

Ce contrôle résulte de la détention d’une fraction de capital d’une société qui à son tour
détient une fraction du capital d’une 3ème société permettant à la société mère d’exercer un
contrôle par enchainement.

10
53% Société
Société
B
A Contrôle direct

Contrôle indirect 60%

Société Contrôle direct


C

Exercice : Qualifier les sociétés figurant dans ce schéma

80% Société 32% influence des


A décisions des 2
dernières AG

Société
B
Société
E
52%

5% Société
D
Société
C
41%
majoritaire

Société mère
…………………………………………………………….……………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………

Sociétés dominées

…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

11
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

CHAPITRE II : Le fonctionnement de groupe de


sociétés
Le groupe de sociétés fonctionne grâce à une stratégie commune permettant à la société
mère d’assurer une unité économique. Si le manque de la personnalité morale fait que le
groupe ne peut pas contracter, il peut fonctionner grâce au constat de certaines obligations par
la société mère (section 1) qui peut maitriser les sociétés membres du groupe à travers
certaines obligations minutieusement réglementées assurant le fonctionnement interne du
groupe (section 2). Les sociétés appartenant au groupe risque, en cas de dépassement des
limites légales, d’engager leur responsabilité juridique (section 3).

Section 1 : Les obligations de la société mère


Afin d’assurer la transparence de l’information et l’efficacité de gestion, la société mère
doit respecter certaines obligations d’ordre comptable (sous section 1) ainsi qu’une obligation
d’information (sous section 2).

Sous section 1 : Les obligations comptables


La recherche de transparence de l’information diffusée au sein du groupe motive certaines
exigences comptables dont la plus importante demeure l’établissement des états financiers
consolidés. La norme comptable relative aux états financiers consolidés (N 35)19 précise que
« les états financiers consolidés sont les états financiers d’un groupe présentés comme ceux
d’une entreprise unique ». Cette mesure est destinée à protéger aussi bien les associés que les
tiers contractant avec les différentes sociétés du groupe. La norme comptable NC: 35 ajoute
dans son point 7 que « les utilisateurs des états financiers d’une entreprise mère sont
généralement intéressés par la situation financière, les résultats et les changements de la
situation financière du groupe pris dans son ensemble et ont besoin d’en être informés. Ce
besoin est satisfait par les états financiers consolidés qui présentent l’information financière

19
Système comptable des entreprises, IORT, 2013, p.415.

12
du groupe comme celle d’une entreprise unique, sans tenir compte des frontières juridiques
des différentes entités économiques ».

Les utilisateurs des états financiers peuvent être les associés eux-mêmes surtout
minoritaires qui ont le droit de vérifier la régularité de l’information et d’engager en cas de
besoin des actions de responsabilité en cas de preuve d’abus ou de dépassement de pouvoir.
Les utilisateurs peuvent être des tiers ayant un intérêt direct ou indirect dans le groupe et qui
ont besoin de connaitre l’information touchant surtout les voies de paiement des dettes.

Les exigences comptables apparaissent ainsi à deux niveaux. Au niveau de chaque société
membre du groupe, tenue de préparer ses propres états financiers et au niveau du groupe tenu
d’établir des états financiers consolidés représentatifs d’une entreprise unique. Les états
financiers propres à chaque membre illustre leur indépendance juridique alors que la
consolidation des comptes traduit la dépendance ou l’unité économique du groupe20.

Selon l’article 471 du CSC « La société mère ayant un pouvoir de droit ou de


fait sur d'autres sociétés au sens de l'article 461 du présent code doit
établir, outre ses propres états financiers annuels et son propre rapport
de gestion, des états financiers consolidés conformément à la législation
comptable en vigueur et un rapport de gestion relatif au groupe de
sociétés. Les états financiers consolidés sont soumis à l’audit du ou des
commissaires aux comptes de la société mère qui doivent être inscrits au tableau de l’ordre
des experts comptables de Tunisie ». Ces états financiers consolidés doivent être certifiés par
le CAC avant leur communication aux actionnaires. Les conditions, modalités et procédures
d’élaboration des états financiers consolidés sont prévus par la NC :35.

L’opération de consolidation passe par des différentes étapes qu’on peut synthétiser
comme suit :

1- Obligation de préparer le rapport de gestion du groupe : l’article 473 CSC précise que
ce rapport doit indiquer
- la situation de toutes les sociétés concernées par la consolidation,
- l’évolution prévisible de la situation du groupe,
- les différentes activités en matière de recherches, de développement et
d'investissement relatives au groupe de sociétés,

20
NENNI.A, op.cit, p.553, n°797.

13
- les évènements importants survenus entre la date de clôture des
comptes consolidés et la date à laquelle ils sont établis,
- les modifications ayant affecté les participations dans les sociétés
groupées.
Ce rapport doit être présenté et signé par le PDG, le DG ou par le directoire de la société
mère puisque le groupe en tant que tel ne dispose pas d’organe propre. L’information diff
diffusée
concerne à la fois la gestion quotidienne et les options stratégiques de l’ensemble du groupe
ce qui suppose une connaissance approfondie des sociétés du groupe.
2- Obligation d’établir des états financiers consolidés par la société mère ;
3- Certification des états financiers consolidés : l’article 471 alinéa 1 du CSC prévoit que
ces états financiers consolidés sont soumis à l’audit du ou des CAC inscrits au tableau
de l’ordre. Certaines sociétés sont tenues de nommer plus qu’un CAC si le total de leur
an au titre des comptes consolidés dépasse un montant fixé par décret21. Le CAC a le
bilan
pouvoir de faire toutes les investigations nécessaires auprès de l’ensemble
l’ensemble des sociétés
du groupe. Ill doit consulter le rapport du CAC des différentes sociétés appartenant
avant d’émettre son opinion. Le CAC de la consolidation n’agit pas en qualité de
contrôleur de ces sociétés mais agit seulement pour les besoins du contrôle des états
financiers consolidés.
4- Communication des états financiers et du rapport de gestion du groupe
groupe aux actionnaires
ce qui traduit l’obligation d’information incombant à la société mère.

Certification des
états financiers Communication
Etablir le rapport Etablir les états - certification des des états financiers
de gestion du financiers états financiers de et rapport de
groupe consolidés la société mère gestion aux
- certification des associés
états consolidés

21
Voire le décret n°2006-1546
1546 du 6 juin 2006 portant application des articles 13, 13 bis, 13 ter, 13 quart, et 256
CSC qui a fixé à 100 millions de DT le total bilan au titre des états financiers consolidés.

14
Sous section 2 : L’obligation d’information des membres du
groupe
L’information peut toucher les associés ou le public

1- L’information des associés

En consultant l’article 472 CSC, on saisit que l’information des associés du groupe n’est
prévue que pour les associés de la société mère. En vertu de l’article 472 CS, la société mère
est soumise à une obligation d’information envers tous les associés. Elle est obligée de mettre,
à son siège, au moins un mois avant la tenue de son assemblée générale, les documents
suivants :

- Les états financiers consolidés,


- Le rapport de gestion du groupe,
- Le rapport du commissaire aux comptes de la société mère.

Une fois approuvés, les états financiers de la société mère doivent dans un délai d’un mois
à compter de la date de leur approbation, être publiés dans un quotidien paraissant en langue
arabe22.

S’exposent à une amende de 5000 DT, les gérant, PDG, DG et membres du directoire qui
n’ont pas mis à la disposition des associés, les états financiers, le rapport de gestion du
groupe, du CAC et qui n’ont pas publié leurs états financiers consolidés dans le mois qui suit
leur approbation par l’assemblée23.

2- L’information du public

L’information du public est faite par des inscriptions au registre de commerce auprès du
registre national des entreprises et par des informations à destination du conseil du marché
financier et de BVM lorsque la société mère et les sociétés du groupe font appel public à
l’épargne.

La société mère et les sociétés appartenant au groupe doivent inscrire au registre de


commerce tout changement touchant le groupe tel que la perte de la qualité holding si la
société mère entame des activités commerciales ou industrielles, la cessation de la qualité de
filiale ou de société contrôlée de fait ou de droit.

22
Article 472 CSC alinéa 2
23
Article 473 CSC

15
Etude de Cas
La société « AXE » est une société anonyme qui a pour objet l’industrie et le
commerce des matériaux de construction. Exerçant son activité depuis 35 ans, cette société est
considérée comme un leader sur le marché. Grâce à des opérations d’acquisition des parts et
des actions, elle a des participations notables dans plusieurs sociétés exerçant dans le même
secteur d’activité. Ses participations sont concentrées dans 5 sociétés comme suit :

1- Société « A » qui a la forme de SARL : la société « AXE » a acquis 32% du


capital de cette société au mois de février 2019. Lors de l’AGO de la société « A », tenue le 5
avril 2020, la société acquéreuse « AXE » a réussi à influencer la délibération en imposant la
nomination d’un gérant d’un CAC de son choix.
2- Société « B », SA, dont 79% du droit de vote est détenu par la société
« AXE ».
3- Société « C », SARL, dont 52% des droits de vote sont détenu par la société B.
4- Société « D », SA, dont 22% des droits de vote sont détenus par la société AXE
qui a l’habitude d’influencer la délibération de l’AGO depuis 8 ans date de l’acquisition de
ces titres.
5- Société « E », SA, dont 41% des droits de vote sont détenus par la société
« AXE ».

La société « AXE », manifestement la société mère, a achevé l’établissement des états


financiers pour l’exercice 2019 et elle les a déposés à son siège le 10 mars 2020, avec le
rapport de gestion du groupe et le rapport du CAC. L’AGO de la société mère est tenu le 15
avril 2020. Lors des délibérations de l’AGO, le PDG de la société « AXE » a proposé de virer
vers la forme holding pour suivre le développement économique notable de l’entreprise. Cette
proposition a été approuvée suite au vote.

Travail à faire

1- Déterminer les sociétés contrôlées par la société mère tout en déterminant la nature du
contrôle.
2- Un actionnaire de la société « AXE » soupçonne qu’il y a des irrégularités au niveau de
la réunion de l’AGO et vous demande conseil à ce propos.
3- Quelles sont les procédures à suivre pour que la société « AXE » acquière la qualité
Holding.

16
Texte Fait solution
Question 1

Question 2

Question 3

17
Section 2 : Les opérations financières intra-groupe
La gestion financière du groupe prend en considération la communauté d’intérêts des
sociétés membres. Toutefois, elle ne peut constituer un instrument d’abus ou une technique
favorisant un conflit d’intérêts. Le CSC est alors intervenue pour prévenir, réprimer et
responsabiliser en cas de dépassement des règles. Il a précisément réglementé les opérations
réciproques (§1), les opérations permises (§2) et les opérations réglementées (§3)

Sous section 1 : Réglementation des participations réciproques


Afin de protéger les tiers contre le caractère fictif du capital et pour lutter contre le
verrouillage des AG permettant aux dirigeants de maintenir leurs postes, le CSC est intervenu
pour réglementer les participations réciproques des sociétés groupées. Selon les articles 466,
467 et 468 CSC, les sociétés appartenant au groupe détenant une fraction de capital d’une ou
plusieurs autres sociétés du même groupe ayant eux même une participation dans son capital
doivent respecter certaines conditions et procédures légales pour constater la régularité de ces
procédures.

Lorsque les sociétés détiennent réciproquement des droits sociaux, l’actif de chacune se
trouve indirectement représenté par ses propres droits sociaux, une partie de l’actif des deux
sociétés en cause est donc plus apparente que réelle 24 . La multiplication des boucles de
participations réciproques dites aussi participations croisées risque de créer un décalage entre
valeur réelle du groupe et valeur des actions.

En plus, la participation réciproque est réprimée par le CSC par ce qu’elle constitue un
frein réel au renouvellement des dirigeants sociaux. Il s’agit en fait d’une utilisation stérile des
actifs sociaux pour épargner les dirigeants de toute sanction. La limitation des participations
croisées a donc pour objectif de priver les dirigeants sociaux des moyens de se procurer une
majorité artificielle permettant un blocage du pouvoir de décision au sein des AG.

Les articles 466, 467 et 468 CSC interdisent les participations croisées au-delà d’un certain
seuil aussi bien entre sociétés par actions, qu’entre sociétés par actions et autres forme de
sociétés.

24
LA BASTIE-DAHDOUH. Ch te DAHDOUH.M, op.cit, p259, n° 462.

18
1- Participations réciproques entre sociétés par actions

Selon l’article 466 CSC « Une société par actions ne peut posséder d'actions d'une autre
société par actions, si celle-ci détient une fraction de son capital supérieure à dix pour cent.

En cas d'inobservation des dispositions de l'alinéa premier du présent article, la société


acquéreuse doit en aviser l'autre dans un délai ne dépassant pas quinze jours à compter de la
date d'acquisition.

A défaut d'accord entre les sociétés intéressées pour régulariser la situation, celle qui
détient la fraction la plus faible du capital de l'autre doit aliéner l'investissement qu'elle vient
d'acquérir dans un délai ne dépassant pas un an à compter de l'acquisition.

Si les investissements réciproques sont de la même importance, chacune des sociétés doit
réduire le sien de telle sorte qu'il n'excède pas dix pour cent du capital de l'autre.

La société tenue d'aliéner son investissement est privé des droits de vote qui y sont
rattachés jusqu'à régularisation de la situation. ».

Cet article prévoit le seuil de 10% à ne pas dépasser pour une participation réciproque. En
cas de dépassement, la société acquéreuse doit aviser l’autre dans un délai de 15 jours à
compter de l’acquisition. Dans ce cas un accord amiable entre les deux sociétés peut être
envisagé pour régulariser la situation. A défaut, celle qui détient la fraction la plus faible du
capital de l’autre doit aliéner la participation excédante dans l’année qui suit l’acquisition. En
cas d’égalité entre les participations réciproques, chacune des sociétés doit réduire la sienne
de sorte qu’on n’excède pas le seuil légal de 10%. Pendant la période de régularisation, les
titres acquis en dépassement de seuil sont privés du droit de vote.

Société B qui
Société A
a la forme
qui a la
de SA
forme de

50000 DT de capital social représentant 5000 actions la société détient 501 de la


société A soit plus que 10%

La société A ne peut souscrire des actions au capital de la société B. Elle peut le faire si la
participation de la société B est inférieure à 10% à condition de ne pas dépasser elle-même 10%

19
Société A Société A
qui a la qui a la
forme de forme de

La société A détient 8% du capital de la société B la société B détient 5% du capital de


la société A

Situation régulière

2- Participations réciproques dans des sociétés de forme différentes dont


l’une est une société par action

Concernant la participation d’une société par action dans le capital d’une société d’une
autre forme, l’article 467 CSC prévoit « Une société, autre qu'une société par actions, ne
peut posséder d'actions d'une société par actions, si celle-ci détient une fraction de son
capital supérieure à dix pour cent.

En cas d'inobservation des dispositions de l'alinéa premier du présent article, la société


acquéreuse est tenue d'en aviser l'autre dans un délai ne dépassant pas quinze jours à
compter de la date d'acquisition et d'aliéner ledit investissement dans un délai ne dépassant
pas un an à compter de la date d'acquisition, elle ne peut, en outre, exercer les droits de vote
rattachés auxdites actions, jusqu'à l'aliénation. ».

Deux situations peuvent être envisagées. Si une société par actions détient plus que 10% du
capital d’une SARL, SURL ou une société de personnes, cette dernière ne peut détenir
d’actions de la première. Contrairement au premier cas, la loi impose à la société acquéreuse
le désinvestissement dans un délai d’in an à partir de l’acquisition. Si la société par actions
détient 10% ou moins du capital d’une SARL, la prise de participation est libre.

Société A : SA Société
B : SARL
Détient 12%

La société B n’est pas autorisée à y souscrire d’action. A défaut, elle doit procéder à un
désinvestissement dans un délai d’un an.

20
3- Participations réciproques dans des sociétés autres que par actions

Selon l’article 468 CSC « lorsqu'une société, autre qu'une société par actions, détient une
participation égale ou inférieure à dix pour cent du capital d'une société, autre qu'une société
par actions, cette dernière ne peut détenir de participations dans le capital de l'autre que
dans la limite de ladite fraction.

Si elle vient à en posséder une fraction plus importante, elle doit aliéner l'excédant dans le
délai d'un an à compter de la date de son acquisition.

Elle ne peut exercer les droits de vote rattachés auxdites participations jusqu'à
régularisation de la situation ».

Société A Société B
SURL SARL

Détient 10% du capital de la Achat d’actions représentant 16% du capital


société B de la société A. La situation est irrégulière.
La société B doit aviser la société A dans
délai de 15 jours et procéder à la cession des
titres excédants dans un délai d’un an.

En tout états de cause, le non respect des dispositions, cas de non respect des dispositions
des articles 466, 467 et 468 du CSC, le même code a prévu des sanctions diverses.

Au niveau pénal, l’article 479 CSC prévoit « Sont punis d'une amende de cinq mille dinars
les gérants, présidents-directeurs généraux, directeurs généraux et membres de directoires
des sociétés concernées qui n'ont pas avisé l'autre société des participations dépassant les
fractions visées aux articles 466, 467 et 468 du présent code».

Aussi, la société désignée pour effectuer le désintéressement ne peut bénéficier des droits
de vote attachés aux parts acquises en violation de la loi jusqu’à aliénation.

21
Sous section 2 : Les opérations financières autorisées
Conformément aux dispositions de l’article 474 du CSC, « il est permis d'effectuer des
opérations financières entre les sociétés du groupe ayant des liens directs ou indirects de
capital, dont l'une dispose d'un pouvoir sur les autres dû à la détention de plus de la moitié du
capital social ». L’alinéa 2 du même article considère opérations financières :

- Opérations de prêts au sens de la législation bancaire25;


- Avance en compte courant ;
- Opérations de garantie telles que le cautionnement, la garantie à première demande26
ou lettre de confort ou de patronage27.

Ce texte permet à toute société mère de faciliter la gestion du groupe à travers l’utilisation
de la trésorerie de l’entreprise pour aider le développement de ses filiales ce qui constitue une
dérogation au principe de monopole bancaire pour les opérations de prêts d’argent28 . Ces
différents actes sont réservés aux relations société mère filiale.

La régularité de ces opérations préalablement autorisées est soumise à quatre conditions


cumulatives prévues par l’article 474 CSC :

1- L'opération financière doit être normale et n'engendre pas de difficultés pour la partie
qui l'a effectuée,
2- L'opération doit être justifiée par un besoin effectif pour la société concernée et elle ne
doit pas être justifiée par des considérations fiscales,
3- L'opération doit comporter une contrepartie effective ou prévisible pour la société qui
l'a effectuée,
4- L'opération ne doit pas être destinée à satisfaire des d'objectifs personnels pour les
dirigeants de droit ou de fait des sociétés concernées.

25
Voire article 6 de la loi n°2016-48 relative aux banques et établissements financiers.
26
Il s’agit d’une garantie autonome consentie par la société mère ou autre société du groupe au profit d’un
créancier de la filiale, aux termes duquel la société mère s’engage à payer le créancier à la limite d’un plafond
déterminé.parès paiement, la société mère dispose d’un recours contre la filiale dont les conditions sont fixées
par convention.. A la différence du cautionnement, cette garante n’est pas accessoire à l’obligation principale
de la filiale débitrice.
27
Il s’agit d’une déclaration selon laquelle le patron (généralement la société mère) promet dans son rapport
de gestion envers les créanciers d’une filiale un certain comportement afin d’améliorer les perspectives
d’exécution d’un contrat tel qu’un contrat de prêt par la filiale. Cette lettre de patronage couvre un large
spectre d’engagement. L’engagement peut être sans obligation de droit tel que le fait de s’engager d’exercer
son influence auprès de sa filiale pour garantir le paiement de ses dettes ou constituer une garantie à première
demande
28
NENNI.A, op.cit, p.555, n°801.

22
Sous section 3 : Opérations ou conventions intergroupe
réglementées
Les opérations financières passées entre les sociétés d’un groupe sont soumises à une
réglementation non homogène qui varie selon les types de sociétés et selon que les sociétés
ont ou non des dirigeants communs.

1- Les conventions intergroupes soumises à autorisation en cas de


sociétés n’ayant pas des dirigeants communs

Certaines opérations conclues entre société mère et filiale ou entre société du groupe sont
soumise à l’autorisation du conseil d’administration et à l’approbation de l’AG lorsqu’elles ne
sont pas courantes et qu’elles ne sont pas nécessaires à la réalisation de l’objet social. il s’agit
des prêts, avances, subventions, avances et garanties au profit des tiers, actionnaires,
dirigeants, membres du conseil d’administration. Pour les SA à directoire, les sociétés de
groupe, membre du conseil de surveillance sollicitant des emprunts, un découvert en compte
courant ou se font cautionner par la société leurs engagement envers les tiers sont soumis aux
procédures d’autorisation prévues par l’article 200 CSC.

2- Les conventions intergroupes soumises à autorisation en cas de sociétés


ayant des dirigeants communs

L’article 475 CSC prévoit « Lorsque deux sociétés ou plus appartenant à un groupe de
sociétés ont les mêmes dirigeants, les conventions conclues entre la société mère et l'une des
sociétés filiales ou entre sociétés appartenant au groupe sont soumises à des procédures
spécifiques de contrôle consistant en leur approbation par l'assemblée générale des associés
de chaque société concernée, sur la base d'un rapport spécial établi par le commissaire aux
comptes à l'effet si la société concernée est soumise à l'obligation de désignation d'un
commissaire aux comptes.

Le contrôle n'est pas obligatoire si la convention porte sur une opération courante conclue
à des conditions normales ».

Compte tenu de la communauté de dirigeants, le législateur n’a pas voulu soumettre ces
conventions à l’autorisation préalable du conseil d’administration ou du conseil de
surveillance, prévue par l’article 200 CSC. Elles seront soumises à l’approbation des AG de
chaque société concernée sur la base d’un rapport spécial établit par le CAC.

23
Section 3 : La responsabilité dans le groupe de sociétés
L’unité économique du groupe a indéniablement des conséquences directes sur la
responsabilité au sein du groupe. Celle-ci peut être civile (§1) ou pénale (§2).

Sous section 1 : La responsabilité civile


Ce type de responsabilité peut être engagé contre chaque membre du groupe et contre la
société mère. La société mère peut être responsable du fait de ses filiales. La responsabilité
peut prendre aussi la forme d’une extension des procédures collectives

1- La responsabilité de la société mère du fait d’une filiale

Si la responsabilité de chaque société du groupe est envisageable par application des


principes de responsabilité délictuelle (faute, dommages et lien de causalité) et contractuelle
(Obligation de résultat ou obligation de moyen), la responsabilité de la société mère du fait de
sa filiale n’est pas aussi claire29.

A cet égard, il est possible de se fonder sur le critère de communauté d’intérêts pour
défendre une éventuelle responsabilité des faits d’autrui. Sur la base de l’article 554 COC, il
est possible d’admettre la responsabilité de la société mère du fait de l’une de ses filiales.
L’article 554 COC prévoit que « celui qui a les avantages a les charges et les risques30.

2- L’extension des procédures collectives

L’article 478 CSC prévoit « Les procédures de faillite et de redressement ouvertes contre
l'une des sociétés appartenant au groupe de sociétés peuvent être étendues aux autres sociétés
y appartenant en cas de confusion de leurs patrimoines, d'escroquerie ou d'abus des biens de
la société faisant l'objet des procédures de faillite ou de redressement, ou s'il est établi que la
société débitrice était fictive, et que les sociétés appartenant au groupe ont donné l'apparence
d'y être associées.

La faillite peut être étendue aux dirigeants de droit ou de fait des autres sociétés
appartenant au groupe de sociétés s'il est établi que la faillite est due à leur fait. »

Manifestement, la lecture de ce texte permet de comprendre que l’extension des procédures


collectives aux sociétés de groupe est le résultat inéluctable de son unité économique. Le texte
29
NENNI.A, op.cit, 557, n° 806. Voire aussi en droit comparé, GRIMONPREZ B, Pour une responsabilité des
sociétés mères du fait de leurs filiales, rev soc, 2009, p. 715.
30
SAHLI OUASSINE M, La responsabilité de la société mère du fait de ses filiales, HAL, Archives ouvertes,
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01249559/document.

24
exige néanmoins certaines conditions pour la mise en œuvre de cette responsabilité qui risque
d’être étendue même aux dirigeants de fait ou de droit.

 Les conditions d’extension aux autres sociétés de groupe


 Ouverture d’une procédure collective contre une société du groupe.
 L’extension des procédures collectives est possible dans l’un des cas prévus par
l’article 478 CSC à savoir l’extension des patrimoines, la nature fictive de la société
débitrice, l’escroquerie et l’abus des biens sociaux.

Quant à la confusion des patrimoines de deux ou plusieurs sociétés du groupe contredit le


principe de l’indépendance juridique des sociétés appartenant au groupe. Si le fonctionnement
du groupe fait apparaître une confusion des patrimoines entre deux sociétés, elles seront
soumises conjointement aux procédures collectives. La confusion des patrimoines peut se
reconnaitre à travers la pratique de confusion des comptes dans le cas ou les mouvements
relevant de la société A s’inscrivent dans les comptes de la société B et vice versa.

Il ya aussi confusion su les flux financiers anormaux (sans réelle contrepartie) sont repérés.
Il s’agit d’un enrichissement d’une société et un appauvrissement d’une autre, le tout sans
cause réelle.

Quant à la nature fictive de la société débitrice, il faut préciser qu’est considérée fictive
la société qui ne réunit pas les éléments constitutifs de la société commerciale. L’extension
aux autres sociétés exige une attitude impliquant une croyance d’y être associé. C’est cette
apparence créée par les sociétés membres du groupe qui compte le plus et non l’aspect fictif
de la société débitrice.

S’agissant de l’escroquerie et l’abus des biens sociaux31, ils doivent avoir pour objet le
patrimoine de la société soumise aux procédures collectives et pour sujets l’une ou plusieurs
sociétés membres du groupe de sorte que c’est l’abus ou l’escroquerie exercé par la société
membre qui est à l’origine du sort de la société débitrice.

 L’extension de la faillite aux dirigeants

Les dirigeants des sociétés de groupes qu’ils soient de droit ou de fait sont susceptibles de
soumission à une procédure d’extension de la faillite d’une société de groupe s’il est démontré
que cette faillite est due à leur fait. Le dirigeant risque une aggravation de responsabilité qui
peut prendre un air pénal.

31
Ce cas est non prévu par le droit français.

25
Sous section 2 : La responsabilité pénale
L’article 479 CSC prévoit une peine d’amande de 5000 DT pour les délits suivants :

- L’abstention d’aviser l’autre société en cas de dépassement des seuils fixés par les
articles 466, 467 et 468 CSC ;
- Le non respect des exigences relatives à l’information des associés édictées par l’article
472 CSC ;
- L’absence de publicité de la perte de la société de sa nature de holding à raison de
l’exercice d’activités autres que celles visées par l’article 463 CSC.

CHAPITRE III : La protection des intérêts

catégoriels au sein du groupe

L’unité économique du groupe influence la nature de relation qu’entretiennent les sociétés


du groupe au niveau interne avec leurs propres associés et spécialement les minoritaires ainsi
qu’avec les salariés (section 1) et au niveau externe avec les créanciers du groupe. (Section 2)

Section 1 : La protection intra-groupe


Dans les rapports intra-groupes, on cherche à protéger les parties faibles qui sont surtout
les minoritaires (§1) et les salariés (§2).

Sous section 1 : la protection des minoritaires


Est considéré minoritaire, l’associé ou le groupe d’associé n’ayant pas une incidence réelle
sur la prise des décisions. Afin d’éviter toute lésion des intérêts de cette catégorie, l’article
477 CSC est intervenu pour prévoir une action sociale exercé contre la majorité de la société
mère. Cet article prévoit précisément « La minorité des associés dans une société appartenant
à un groupe de sociétés dont la participation n'est pas inférieure à dix pour cent peut exercer
l'action sociale contre les associés représentant la majorité dans la société mère, en cas de
prise d'une décision portant atteinte aux intérêts de la société et ayant pour objectif de servir
les intérêts de la majorité au détriment des droits légitimes de la minorité. »

Cette action dite ut singuli est exercée par les associés détenant au moins 10% du capital
social en cas de preuve d’abus de majorité spéciale. Cette action est recevable en cas de
respect des conditions suivantes :

26
- Les minoritaires doivent être associés d’une société membre du groupe ;
- Les minoritaires doivent détenir au moins 10% du capital de la société membre du
groupe ;
- L’action est dirigée contre une décision prise par la société mère ;
- La décision attaquée prise par la majorité de la société mère porte atteinte aux intérêts
de la société membre du groupe ;
- La décision attaquée est prise dans l’intérêt de la majorité au détriment de la minorité.

Sous section 2 : La protection des salariés


L’interférence entre droit du travail et droit des groupes de sociétés est inévitable. Droit
plus protecteur, le droit du travail a reconnu au groupe de sociétés une certaine unité
économique pour parer à toute tentative de déjouer les normes protectrices.

Plusieurs points emblématiques peuvent être soulevés concernant surtout la détermination


de la qualité de l’employeur, la mobilité des salariés au sein du groupe et le licenciement
abusif.

- Détermination de la qualité de l’employeur : la qualité d’employeur peut elle être


étendue à la société mère au motif qu’elle détient un pouvoir d’influence sur les
décisions de ses différentes filiales?

Une jurisprudence tunisienne récente considère que les salariés embauchés par des filiales
appartenant au groupe sont places sous la dépendance économique de la société mère
considérée employeur par son pouvoir de contrôle32.

- Mobilité des salariés au sein du groupe : s’effectue par la technique de détachement.


Le salarié bénéficie normalement de tous les avantages découlant de son contrat de travail
notamment relatif à l’ancienneté, le droit à l’avancement, à la retraite, etc.
- Le licenciement abusif :i dans deux arrêts rendus par la cour de cassation tunisienne33,
le juge a considéré abusif le licenciement fondé sur l’aspect artificiel du changement de
l’employeur qui vise à priver le salarié du droit de cumul des périodes effectives de travail.
Effectivement, les sociétés du groupe ont essayé de perdurer la durée du contrat de travail à

32
Dans un autre arrêt cass civn° 26409 du 28 septembre 2015 le juge a argumenté ainsi sa décision
‫"وﺣﯾث ﺧﻼﻓﺎ ﻟﻣﺎ ﺗﻣﺳﻛت ﺑﮫ اﻟﻣﻌﻘﺑﺔ ﻓﺎن ﺗﺟﻣﻊ اﻟﺷرﻛﺔ اﻟﺳﯾﺎﺣﯾﺔ )ن( وﺷرﻛﺔ ﻧزل )ق( ﺑﺷﺧﺻﯾﺔ ﻣﻌﻧوﯾﺔ ﻣﺳﺗﻘﻠﺔ وﺑﻣﺿﻣون ﺳﺟل ﺗﺟﺎري ﻣﺧﺗﻠﻔﯾن‬
‫وﺑﺎﻟﺗﺎﻟﻲ‬...‫ اﻟﻣذﻛور ﺑﺎﻋﺗﺑﺎر أن اﻻرﺗﺑﺎط ﺑﯾﻧﮭﻣﺎ ﺛﺎﺑت ﻹدارﺗﮭﻣﺎ ﻣن ﻧﻔس اﻟﻣدﯾر اﻟﻌﺎم‬461 ‫ﻻ ﯾﻧﻔﻲ اﻧﺗﻣﺎءھﻣﺎ ﻟﻧﻔس ﺗﺟﻣﻊ اﻟﺷرﻛﺎت ﻋﻠﻰ ﻣﻌﻧﻰ اﻟﻔﺻل‬
‫ﻓﺎن اﻟﻌﻼﻗﺔ اﻟﺷﻐﻠﯾﺔ ﻣوﺿوع اﻟﻣﻧﺎزﻋﺔ ﻛﺎﻧت ﻣﺗواﺻﻠﺔ ﻣﻊ ﺷرﻛﺗﯾن ﺗﺎﺑﻌﺔ ﻟﻧﻔس اﻟﻣؤﺟر‬
33
Cassation civile n°34890 du 14 décembre 2016 (inédit) voire aussi cassation civile n°13514 du 7 juillet 2014.

27
durée déterminée par l’artifice de changement de l’employeur au sein du groupe afin de
déjouer la règle de transformation légale du contrat à durée déterminée à un contrat à durée
indéterminée par le simple cumul d’une ancienneté de quatre ans. Avant d’atteindre cette
durée, on déplace le salarié vers une autres société du groupe pour suspendre cette durée et
entamer un nouveau contrat, toujours à durée déterminée.

Section 2 : La protection extra-groupe


Le groupe de société ne détenant pas une personnalité morale distincte, les créanciers
continuent à exercer leurs droits au paiement contre les sociétés avec les quelles ils ont
contracté. Il s(agit d’une pure consécration de l’indépendance juridique des sociétés du
groupe.

Aussi, par application du principe de l’effet relatif du contrat, le créancier est tenu de
réclamer le paiement à la société débitrice34. La société mère, tout comme les autres sociétés
du groupe, est une tierce personne pour le contrat liant le créancier à la société débitrice.

Toutefois, dans le but de protéger les créanciers dans certaines circonstances particulières,
il a été prévu une exception à ce principe. Par application de l’article 476 CSC, le créancier
peut réclamer le paiement à une autre société du groupe individuellement ou solidairement
dans les deux cas suivants :

- S’il établit que l’une de ces sociétés a agi de manière à faire croire qu’elle contribue
aux engagements de la société débitrice.
- Lorsque la société mère ou l’une des sociétés appartenant au groupe s’est sciemment
immiscée dans l’activité de la société débitrice dans ses rapports avec les tiers.

34
Article 476 CSC

28

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