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Burkina : L’ambassadeur Mélégué Traoré,


l’assassinat de Thomas Sankara et la
réaction du président soviétique,
Gorbatchev
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Accueil (http://www.lefaso.net/) > Actualités (spip.php?rubrique1) > Politique (spip.php?rubrique2) • LEFASO.NET
• lundi 24 février 2020 à 11h36min (2020-02-24T11:36:00Z)

Alors qu’en cette matinée de samedi 25 janvier 2020 à son


cabinet sis au quartier Patte d’Oie, il se disposait pour un
de ses nombreux déplacements à l’international, la
parenthèse que nous avons ouverte sur la situation
nationale s’est finalement transformée en une interview sur
la vie diplomatique du Burkina, de 1960 à ce jour ; du
président Maurice Yaméogo à Roch Kaboré, en passant par
Sangoulé Lamizana…, Thomas Sankara et Blaise
Compaoré. Ancien président de l’Assemblée nationale,
ancien ministre des Enseignements secondaire, supérieur

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et de la Recherche scientifique, l’ambassadeur Mélégué
Traoré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, retrace ici un pan
de l’histoire du pays.
Lefaso.net : D’abord, que faut-il comprendre par
« Diplomatie » ?
Mélégué Traoré : Pour comprendre la diplomatie, il faut se reporter
à ce qu’est l’Etat. L’Etat, cette espèce d’espace géographique
encadré par des frontières. En sociologie, on définit l’Etat entre
autres, comme un espace social normalisé ; c’est-à-dire une société
globale encadrée par des normes. Tous les Etats ont un
environnement. L’environnement du Burkina Faso, c’est non
seulement les autres Etats, mais également les organisations
internationales, les organisations non-gouvernementales et les grands
groupes économiques telles les multinationales.
Ces acteurs internationaux ont chacun des rapports avec les autres.
Les organisations internationales par exemple ont des relations entre
elles et avec les Etats tels que le Burkina Faso, et naturellement,
ceux-ci entretiennent des relations entre eux. Ce sont les relations
internationales.
Plus les liens se tissent et se densifient entre les acteurs
internationaux, plus se développent des relations de solidarité de plus
en plus fortes entre les peuples. C’est pourquoi on parle de
« communauté internationale » depuis la deuxième Guerre mondiale,
plutôt que de société internationale sauf dans la doctrine parfois. Les
projections et la politique que chaque Etat oriente vers les autres
Etats ou les organisations internationales, les objectifs qu’il poursuit,
les méthodes utilisées, l’approche qu’il a de ses rapports avec les
autres acteurs, constituent la « politique étrangère ». Les techniques
qu’utilise la politique étrangère, définissent la diplomatie. Celle-ci
constitue le support technique et l’ingénierie de la politique
étrangère.
Elle peut donc se comprendre comme la branche technique de la
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politique étrangère d’un pays !
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Effectivement, la diplomatie est la branche technique qui rend la
politique étrangère. La politique étrangère d’un pays n’est pas
toujours pacifique, comme on le voit avec Israël à l’égard de
l’Autorité palestinienne. Elle peut être violente et employer la guerre
si tel est l’intérêt de l’Etat. La diplomatie, quant à elle, par nature, ne
peut être que pacifique. Cet élément constitue la principale
différence entre les deux phénomènes.
La diplomatie n’est donc qu’une modulation particulière de la
politique étrangère ; elle est faite de rapports pacifiques et de
négociation. Mais elle n’épuise pas à elle seule la substance de la
politique extérieure d’un pays. Tout Etat a une politique étrangère.
La question, c’est de savoir quel est son caractère ; si elle est
efficace ou pas, si elle est performante, si elle est violente et
agressive ou pacifique. Il n’est aucun d’Etat qui n’élabore une
politique étrangère, des plus petits tels que les îles Tonga, aux plus
grands comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la France, le
Japon, le Royaume-Uni ou encore l’Inde, le Brésil, etc.
Cette politique étrangère est-elle forcement liée au détenteur du
pouvoir ?
Bien-sûr, en tout cas, sur le plan opérationnel ! Elle est d’abord liée
aux déterminants, eux-mêmes rendant l’Etre de l’Etat. Il existe des
facteurs quasiment incompressibles qui jouent et pèsent sur lui,
quand l’Etat élabore sa politique étrangère. Le Burkina Faso ne peut
pas élaborer sa politique étrangère et la conduire sans tenir compte
du fait qu’il est enclavé et entouré par six pays, donc encadré par six
frontières.
En prenant ses décisions de politique extérieure, le gouvernement
prend en considération le système interafricain et international
global. Il ne peut pas confectionner et conduire efficacement sa
politique extérieure sans tenir compte de l’histoire même du pays, de
son système politique marqué par la lutte et la compétition entre les
partis politiques, ou encore du régime politique, c’est-à-dire
l’ordonnancement organique des institutions.
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La politique étrangère du Burkina prend également en compte
l’opinion publique nationale, et celle des autres acteurs dont j’ai
parlés. L’environnement peut être favorable ou défavorable ; il
influence ainsi la politique extérieure. Mais, l’opérateur central de
celle-ci est le gouvernement. L’Assemblée nationale y joue un rôle
d’appui et surtout de contrôle aux termes de la Constitution, comme
c’est le cas pour toutes les politiques publiques que le gouvernement
exécute. Le ministère des Affaires étrangères en est le bas
opérationnel.
On ne peut parler de diplomatie burkinabè sans se référer
également à vous... Que retenez-vous de votre carrière de
diplomate ?
Oh, pas moi spécialement, mais l’ensemble des diplomates de
carrière et des ambassadeurs qui ne sont pas de la carrière ; ceux que
nous appelons les allogènes. Les ambassadeurs qui sont de véritables
dinosaures sont les Anatole Tiendrébéogo, Kini, Louis Dominique
Ouédraogo, Jean-Baptiste Ilboudo, Zidowemba Bruno, et bien
d’autres.
Comment êtes-vous devenu diplomate ?
C’est à la fois simple et complexe. J’ai fait au départ des études de
Lettres modernes et d’Histoire. Au Centre d’enseignement supérieur,
le CESUP, qui est devenu l’Université de Ouagadougou en 1974, j’ai
simultanément fait les deux licences. Arrivé à Grenoble en France, je
me suis inscrit, en plus de ces deux disciplines, à l’Institut d’études
politiques, l’IEP, et puis après à Bordeaux, en Lettres, en Histoire, et
en Sciences politiques. Plus tard, j’ai fait l’Institut d’administration
publique de Paris, l’IIAP, où je suis sorti major de toutes les
disciplines. A l’époque, à l’IIAP, il y avait la diplomatie, les
finances, l’administration territoriale et l’économie. A la fin des
études, sortaient un major par discipline et un major général de
toutes les disciplines. C’était moi. En même temps, j’ai fait le DESS
en diplomatie et droit des organisations internationales.
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Je vous raconte tout cela, qui n’a pas grand intérêt, parce que mon
parcours par la suite s’explique par ce caractère multidisciplinaire.
Rentré au pays, c’est presque par hasard que j’ai choisi la diplomatie.
En fait, j’avais préparé deux dossiers : un pour enseigner les sciences
politiques à l’Université et l’autre dossier pour entrer aux Affaires
étrangères. Il se trouve que j’étais très ami avec le colonel Félix
Tientarboum qui venait d’être nommé ministre des Affaires
étrangères.
Quand j’étais à l’Université de Grenoble, un jour, de passage à Paris
en mission, il était venu me rendre visite (Grenoble est à environ 600
km de Paris). Ça m’a marqué, mais m’a créé quelques problèmes
avec certains étudiants à l’AEVF (Association des étudiants
voltaïques en France, ndlr). En plus, à l’époque, j’étais le
commissaire général des Scouts de Haute-Volta et le président de la
Fédération voltaïque du scoutisme. Naturellement, en fin de compte,
les Affaires étrangères l’ont emporté sur l’Université. Voilà comment
je suis entré aux Affaires étrangères.
En ce qui concerne ma carrière, mais pour juste deux ou trois faits…
J’ai été très marqué par la période où j’ai dirigé notre ambassade à
Washington en tant que chargé d’affaires de 1984 à 1986 et surtout
pendant la guerre de décembre 1985 entre le Burkina et le Mali. Il y
avait dans les capitales à travers le monde, une véritable compétition
entre les ambassadeurs du Burkina et ceux du Mali. A Washington,
chacun des deux ambassadeurs voulait convaincre le Département
d’Etat américain que c’est son pays qui avait raison dans le conflit.
Et pour le faire, il fallait présenter les cartes coloniales des
frontières.
Je suis historien de formation aussi et je détiens toujours des tas de
documents ; donc c’était plus facile pour moi de trouver et d’amener
les cartes côté burkinabè, et de les présenter aux Américains ;
l’ambassadeur malien faisait la même chose de son côté. Lui et moi,
nous nous taquinions à ce sujet d’ailleurs... Ce n’était pas une guerre

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entre l’ambassadeur Modibo et moi. Plus tard d’ailleurs, alors que
j’étais au gouvernement, il a été nommé ambassadeur du Mali à
Ouagadougou. Vous voyez, c’est ça la vie des diplomates.
En pleine guerre entre vos deux pays, vous vous taquiniez ?
En pleine guerre, dans une même capitale, les ambassadeurs des pays
belligérants gardent souvent des contacts entre eux. Même lorsqu’un
gouvernement déclare la guerre à un autre pays, il ne porte jamais
atteinte à l’ambassadeur de ce pays en résidence chez lui, car celui-ci
est toujours couvert par les immunités diplomatiques jusqu’à ce qu’il
quitte l’Etat de résidence, que nous appelons dans notre jargon du
droit diplomatique, l’Etat accréditaire. Il garde les mêmes immunités
quand il traverse des pays tiers pour rentrer chez lui.
L’autre fait qui m’a beaucoup marqué, c’est lorsque j’étais à Moscou
comme ambassadeur auprès de la plupart des pays communistes,
jusqu’en Mongolie. J’ai même été pour présenter mes lettres de
créance à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, en 1987. Il n’y
avait que deux Noirs dans ce pays, un Etat quatre à cinq fois plus
grand que le Burkina. Ces deux Noirs étaient deux étudiants
angolais, qui étaient bénéficiaires de bourses offertes par le
gouvernement mongol. Alors, quand je suis arrivé à Oulan-Bator,
c’était la joie pour eux de voir un ambassadeur africain, noir. Les
petits Mongols courraient après-moi dans la rue pour venir frotter
leurs doigts sur mes mains, pour voir s’ils n’allaient pas noircir ! Ce
sont des faits qu’on n’oublie pas. Mais, ce n’étaient que des enfants !
1987, c’est l’année du 15 octobre. Avez-vous des souvenirs précis
à ce propos ?
Et comment ? Pour les évènements du 15 octobre 1987, à la mort de
Thomas Sankara et de ses compagnons, à Moscou, nous n’étions au
courant de rien du tout au départ. A l’époque, il n’y avait pas
internet, pas de SMS, pas de e-mails. Les seuls canaux de
communication avec Ouagadougou, c’était par la radio et par le
télex, car le téléphone passait difficilement. La Radio du Burkina,
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elle, on ne parvenait pas l’écouter. Moscou n’est pas loin du pôle
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Nord ; il était pratiquement impossible d’écouter notre radio
nationale, qui n’était pas assez puissante. Mais, il y avait des
stagiaires burkinabè dans une localité à une cinquantaine de
kilomètres de Moscou où les Soviétiques détenaient un centre qui
formait les révolutionnaires, les espions et les rebelles du monde
entier.
Le CNR (Conseil national de la révolution) y avait envoyé 25 jeunes
officiers et magistrats. Eux ils arrivaient, je ne sais trop comment ils
faisaient, à capter Radio Burkina chaque jour à 22h. Ils la captaient,
mais juste pendant une heure seulement, puis ils la perdaient. Ce
jour-là, le 15 octobre, je me souviens, nous avions été, tous les
ambassadeurs africains, convoqués au MID, le ministère soviétique
des Affaires étrangères. Le ministre voulait nous informer
officiellement que les pays de l’Est, dont l’URSS (Union des
républiques socialistes soviétiques, devenues Russie) était le chef de
file, avaient décidé de ne plus soutenir la candidature du Sénégalais
Amadou-Mahtar M’Bow, pour un troisième mandat comme directeur
général de l’UNESCO.
En effet, c’est grâce aux pays de l’Est, qui associaient leurs voix à
celles des Africains, qu’il avait à chaque fois, été élu à la tête de
l’UNESCO. Le ministre soviétique des Affaires étrangères souhaitait
donc que dès le lendemain matin, chaque ambassadeur envoie un
télex à son gouvernement pour l’informer de cette décision du bloc
de l’Est. Car on était à la veille de la conférence générale de
l’UNESCO, et la décision des pays communistes était lourde de
conséquences pour le Sénégal et pour l’OUA.
Je suis revenu de cette rencontre vers 22 heures et c’est à ce moment
que Mathieu Koyo, un jeune magistrat et chef scout, qui était dans le
groupe des stagiaires m’a appelé pour me dire qu’il se passait des
choses graves à Ouagadougou. Je lui ai demandé ce qui se passait. Il
m’a informé qu’on parlait de coup d’Etat au Burkina Faso, mais on
ne savait pas qui était mort. Tantôt, certains parlaient de Blaise
Compaoré, d’autres de Thomas Sankara et même d’Henri Zongo.
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Tout était confus. Nous ne savions pas ce qui se passait donc au pays.
C’est seulement deux jours après les évènements que nous avons
appris que Thomas Sankara avait été tué.
Le dimanche qui a suivi, le groupe de stagiaires voltaïques est venu à
ma résidence et pendant qu’on était au déjeuner, nous nous sommes
mis à discuter de ce qui était arrivé le 15 octobre à Ouagadougou. On
m’a expliqué que ce sont les commandos de Pô qui étaient remontés
à Ouagadougou pour faire le coup. Sur le champ, j’ai déclaré qu’à
mon avis, on ne devrait plus laisser faire les commandos de Pô, sinon
un jour, ils dicteraient au pays qui doit le diriger, et que cela n’était
pas acceptable.
Le problème, c’est que j’ignorais que ce que je disais était enregistré
avec la complicité de mon premier conseiller Anatole Kikiéta, que
j’avais choisi ici pour être venir moi à Moscou, contre l’avis
d’ailleurs de nombreuses personnes au ministère. Mes propos étaient
ainsi par la suite, régulièrement enregistrés, et envoyés à Ouaga à
mon insu. C’est cela qui apparemment a conduit, plus tard, à mon
rappel, parce qu’on me considérait comme un ambassadeur de
tendance sankariste. Cela, je ne l’ai su que bien plus tard, alors que
j’étais devenu ministre en 1992.
Avez-vous d’autres détails sur cette affaire étonnante ?
L’autre chose qui m’a aussi marqué, c’est qu’après le 15 octobre,
c’est moi qui ai été annoncé officiellement à Michaël Gorbatchev,
l’assassinat de Thomas Sankara. Sa réponse m’a laissé interloqué.
Vous savez, avec toutes les grandes puissances, qu’elles soient
communistes ou capitalistes, quand on est un petit pays, c’est pareil,
vous ne pesez pas lourd. C’était avant une réception au Kremlin.
Gorbatchev m’a tout juste répondu que c’était un problème interne ;
pas un mot de plus ; ni de regret, ni de compassion ; rien !
Je me le suis tenu pour dit.
C’est toute sa réaction, quand bien même le Burkina Faso était
un pays révolutionnaire ?
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Oui. Je vais vous le dire, c’est nous qui proclamions ici au Burkina
que nous étions révolutionnaires. Dans les pays socialistes à l’Est,
les dirigeants avaient une autre opinion sur la révolution burkinabè.
Je m’en suis très rapidement rendu compte dans mes rapports avec
les autorités soviétiques. C’était pareil avec Eric Oneker à Berlin-
Est, Barcikoysky à Varsovie, Théodore Jouvkov à Sofia à Budapest,
et partout ailleurs dans les pays communistes.
Alors que tout le monde croyait au Burkina que les Soviétiques
supportaient beaucoup la Révolution burkinabè, qu’ils étaient avec
nous, nos dirigeants se trompaient. En réalité, les Soviétiques n’ont
jamais cru en la Révolution burkinabè, la RDP (Révolution
démocratique et populaire). Dans la doctrine soviétique, depuis
Lénine à partir des années 1917, une Révolution dirigée par des
militaires n’en est pas une. Le Kremlin avait du respect pour la
révolution chinoise qui avec Mao Tsé-Toung, était issue d’une
insurrection paysanne. Celle de l’URSS avait comme base le
prolétariat industriel.
Les dirigeants à Moscou ont toujours considéré que chez nous, le
CNR était un régime militaire progressiste à l’africaine, favorable
aux pays de l’Est, aux pays communistes et à l’Union soviétique.
Mais ils ne l’ont jamais considérée comme une vraie révolution.
Evidemment, ici notre gouvernement et les CDR (Comités de défense
de la révolution) ne savaient pas cela. Mais comment le leur dire à
l’époque sans avoir des problèmes ? Un an avant, le président
Thomas Sankara avait été en visite officielle en Union soviétique
avec une délégation forte de 50 membres, et l’évènement avait eu un
grand retentissement. Il avait été reçu avec tous les honneurs
possibles par Gorbatchev, le secrétaire général du parti communiste
de l’URSS et par Andrei Gromiko, le président du Présidium du
Soviet suprême de l’URSS, le chef de l’Etat.
Vous savez, alors que j’étais Chargé d’Affaires à Washington, j’avais
développé des rapports avec les groupes et les partis d’orientation
socialiste ou d’extrême gauche. Jusqu’aujourd’hui, il y en a aux
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Etats-Unis une cinquantaine. C’est surprenant, mais ils avaient la
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même appréciation que les Soviétiques sur notre révolution. Ils
admiraient et louaient Thomas Sankara pour son nationalisme et ses
critiques acerbes à l’encontre les Occidentaux. Ils admiraient ça,
parce que cette politique était contre les Occidentaux. Mais
pratiquement, tous m’avaient régulièrement tenu le même langage
que j’ai plus tard entendu à Moscou. Pour ces Américains, la plupart
d’extrême gauche, qui attendaient le grand soir du capitalisme en
décrépitude, et l’avènement du grand matin du socialisme
triomphant, une vraie révolution, surtout tropicale, ne pouvait être
conduite par des militaires.
Quel a été l’impact du 15 octobre sur la vie diplomatique du
Burkina, notamment les ambassadeurs ?
Jean Marc Palm Domba, aujourd’hui président du Haut-conseil du
dialogue social, pourrait mieux répondre à cette question que moi,
car il a été le premier ministre des Affaires étrangères sous le Front
populaire. Le gouvernement avait, m’a-t-on dit, classé les
ambassadeurs à l’extérieur en trois groupes. D’abord ceux pour
lesquels il n’avait pas de doute, c’est-à-dire les ambassadeurs que la
Révolution classait au départ parmi les réactionnaires et qui avaient
échappé aux rappels en 1984. Ces ambassadeurs-là devaient être
contents de la fin de la Révolution, style Sankara.
A l’autre extrême, ceux que le gouvernement estimait être des
diplomates proches de Sankara ou à tendance sankariste. J’étais dans
ce groupe, surtout que j’étais très lié à feu Michel Tapsoba, l’ancien
président de la CENI, qui était mon logeur quand je venais au pays,
qu’on avait arrêté après le 15 octobre. Et entre ces deux groupes, il y
avait une masse d’ambassadeurs dont on ne connaissait pas
exactement la position. Ceux qui étaient tièdes, sans agressivité sous
Sankara, n’ont pas été touchés paradoxalement et cela se comprend.
Parmi ceux qui étaient entre les deux groupes, nombreux, sont restés
en place même si quelques-uns ont été rappelés. Ceux qui étaient
considérés comme étant de gauche, tendance sankariste, comme moi
ou Sankara Mousbila à Tripoli ou Sanogo Bassirou à Alger, ont été
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pratiquement tous rappelés. Vincent Ouédraogo, notre ambassadeur à
Cuba avait fui avec les Fonds de l’ambassade après avoir rendu les
véhicules de la mission. La réalité est que n’eut été mes critiques sur
les commandos de Pô, je n’aurais probablement pas été rappelé.
De façon générale, quelles sont les conditions de l’ouverture
d’une ambassade ou représentation diplomatique dans un pays ?
Il n’y a pas de conditions, dès lors que deux gouvernements
s’accordent pour établir des relations diplomatiques et ouvrir des
missions permanentes. L’établissement des relations diplomatiques et
l’ouverture des ambassades sont deux actes distincts, même si parfois
ils sont simultanés et portés par un même accord.
Etablir des relations diplomatiques avec un autre Etat, dépend de
l’appréciation du gouvernement, si dans la conduite de la politique
étrangère, et en se basant sur ce qu’il considère être l’intérêt du
Burkina Faso, il décide de le faire, et à conditions que l’Etat
accréditaire l’accepte. Il y a là une appréciation discrétionnaire du
gouvernement, précisément du chef de l’Etat. Mais alors que
l’établissement des relations diplomatiques est conditionné par
l’accord des deux Etats concernés, leur rupture ou la fermeture d’une
ambassade, est un acte unilatéral de l’un des deux.
Pour ce qui est de la fermeture des missions, bien que la décision du
gouvernement burkinabè relève de sa souveraineté, il prend toujours
des précautions quand il le fait. Il ne faut jamais insulter l’avenir.
Vous avez sans doute remarqué qu’à la rupture de nos relations
diplomatiques avec Taïwan en 2018, beaucoup ont émis des critiques
sur la manière dont cela s’est déroulé.
Souvent, ce que le citoyen lambda se pose comme question, c’est
qu’est-ce qu’un pays comme le Burkina, à ressources limitées,
gagne dans l’ouverture d’ambassades à travers le monde,
lorsqu’on sait que la prise en charge coûte chère ?
Justement, c’est parce que le Burkina n’a pas beaucoup de ressources
qu’il lui faut des ambassades, car ce sont elles qui drainent l’aide
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dont notre pays a besoin. C’est grâce aux ambassades que nous
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obtenons l’aide américaine, française, canadienne, allemande,
chinoise, des pays scandinaves, japonaise, etc. Si nous n’avions pas
d’ambassades dans ces pays, leur aide ne serait pas ce qu’elle est
depuis des décennies. C’est grâce donc à la diplomatie que le
Burkina reçoit tant d’aide. Plus un pays est démuni, plus il doit se
doter d’un système et d’un dispositif diplomatiques performants. Un
ambassadeur négocie tous les jours. C’est son métier.
Quelle est l’utilité de la diplomatie d’un pays africain, sinon la
mobilisation des ressources pour le développement ? D’où le slogan
ou la thématique de la diplomatie du développement lancé pour la
première fois à la deuxième conférence des ambassadeurs voltaïques
en 1972, et que le Ministre des Affaires étrangères, Ablassé
Ouédraogo avait mis en avant au séminaire de Gundi en 1994. Mais
je crois qu’il ne savait pas que l’option datait de 1972. La première
conférence des ambassadeurs avait eu lieu en 1962.
Mais le coût dans tout ça ?
La gestion des ambassades coûte toujours cher. C’est comme les
postes consulaires. A ce propos, pour la terminologie, on ne dit
jamais une « mission consulaire », mais un « poste consulaire » ; en
revanche, on dit une « mission diplomatique ». Un Etat peut avoir
plusieurs consulats dans un autre pays comme le Burkina Faso en a
trois en Côte d’Ivoire ; à Abidjan, à Bouaké et à Soubré. Mais il ne
peut y ouvrir qu’une seule ambassade. Celle-ci est l’incarnation et
l’instrument institutionnel de la souveraineté. Missions
diplomatiques ou postes consulaires, ces administrations hors du
Burkina coûtent toujours cher, ce sont les services extérieurs du
ministère des Affaires étrangères. De là découle qu’il faut
rationaliser leur ouverture et leur gestion. Mais ce qu’elles
rapportent, dépasse de très loin leur coût.
N’importe quel diplomate qu’on affecte à l’extérieur coûte cher à
l’Etat. Même quand on affecte un chauffeur ou un agent de catégorie
D, son affectation coûte plus cher que ce que les gens pensent.
D’abord, il a une indemnité d’équipement avant de partir afin qu’il
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se prépare. Arrivé en poste, il reçoit une autre indemnité pour
s’installer. L’Etat loue un appartement pour lui, sans compter son
salaire qui est corrigé par un mécanisme qu’on appelle le coefficient
de correction, qui varie en fonction des zones.
En plus, la scolarité des enfants de l’agent affecté, et les frais de
santé de sa famille sont pris en charge. C’est lourd comme dépenses.
Mais c’est le prix à payer également pour avoir des ambassades et
des consulats qui fonctionnent bien, afin de remplir les fonctions qui
leur sont assignées. D’ailleurs, généralement les salaires des attachés
militaires ou de douanes, sont de loin plus élevés que ceux des
diplomates de carrière ; parfois même, ils dépassent le traitement de
l’ambassadeur, ce qui crée des frustrations et d’autres problèmes
dans les missions diplomatiques. Les diplomates professionnels
acceptent mal, et à juste raison, cette situation quant à l’ambassade,
curieusement, ils sont noyés dans un nombre anormalement élevé de
non professionnels ; les allogènes.
Aujourd’hui, la marche du Burkina en matière de diplomatie est-
elle performante ?
Elle l’est incontestablement, même si ici au pays, les Burkinabè ne le
savent pas. Nous sommes un pays aux ressources limitées. C’est pour
cela que le Burkina n’a pas un dispositif diplomatique dense, en
mesure de quadriller toutes les zones ou tous les pays du monde. La
plupart de nos ambassades couvrent en même temps plusieurs Etats
accréditaires, à l’exception de celles dépêchées auprès du Saint siège
à Rome et à l’ONU. Là aussi, il convient de préciser que
l’ambassadeur est accrédité auprès du Saint Siège, le gouvernement
de l’Eglise catholique universelle, et non auprès du Vatican ou du
Pape.
Notre politique étrangère a connu plusieurs étapes dans son histoire.
Il y a quatre ou cinq ans, j’ai publié une réflexion sur ce sujet pour
Lefaso.net à votre demande d’ailleurs. La première étape a été celle
de l’indépendance ; la diplomatie du premier président, Maurice
Yaméogo. Elle était pro-occidentale à deux cent pour cent et
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excessivement anti-communiste. Mais on minimise généralement les
aspects positifs de l’action diplomatique du premier président tels
son refus de signer les accords de défense avec la France en avril
1961, sa détermination qui a obligé la France à évacuer les bons
militaires à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, ses visites officielle
au Vatican et à Washington avant les autres chefs d’Etat, la tentative
d’établir des relations diplomatiques avec l’Egypte, et bien d’autres
initiatives. Puis, à partir de janvier 1966, c’est ensuite la période de
Sangoulé Lamizana, que Doulaye Corentin Ki dans le tome 1 de ses
ouvrages sur la politique étrangère du Burkina Faso, qualifie de
diplomatie du bon père de famille.
Sangoulé Lamizana ne voulait de problème avec personne. La
diplomatie s’est alors ouverte aux Etats de l’Est socialiste, et aux
pays arabes, à l’inverse de celle de Maurice Yaméogo. Dès février
1967, Lamizana a lancé le mouvement. C’est sous lui que le Burkina
est entré dans le mouvement du non-aligné et a véritablement intégré
la Haute-Volta dans la mouvance du Tiers monde.
Ensuite, sont venues les années de 1980 à 1983, caractérisées par
l’instabilité politique. Or, généralement, l’instabilité dans un pays ne
lui permet pas de conduire une politique étrangère efficiente. Dès
lors qu’un Etat n’est pas stable à l’intérieur, son gouvernement n’a
pas le temps et les moyens de concevoir et de construire une
politique étrangère cohérente et performante. Entre 1967 et janvier
1970, à cause de la guerre civile du Biafra, le Nigeria avait perdu
tous ses repères en matière de diplomatie. Plus récemment, la
diplomatie ivoirienne a été paralysée pendant une décennie par la
crise des années 2002-2011. Nous-mêmes, au Burkina, nous avons
vécu cela avec le CMRPN (Comité militaire de redressement pour le
progrès national) et le CSP (Conseil du salut du peuple), de
novembre 1980 à août 1983.
Les changements successifs de régimes ne sont généralement pas
propices à une politique étrangère cohérente et active. Néanmoins, le
CMPRN, a eu une politique étrangère nationaliste. Elle était
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beaucoup plus audacieuse que celle de la période antérieure à 1980.
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Que faut-il comprendre ici par « politique étrangère
nationaliste » ?
Cela veut dire que la défense des intérêts du Burkina était la priorité.
Le gouvernement tenait à l’affirmation de l’Etat dans la sphère
internationale, même si c’était parfois par des méthodes contestables
telles que l’institution du laissez-passer pour les Voltaïques qui
voulaient émigrer. C’est avec les colonels, sous le CMPRN, qu’a
commencé l’affirmation de la fibre nationaliste burkinabè, en
Afrique et dans le monde, reprise plus tard par la Révolution. Avec
celle-ci, la politique étrangère était plutôt orientée vers les pays
progressistes, les gouvernements anti-impérialistes et ceux du Tiers-
monde.
Le style du président Sankara était particulier, avec beaucoup
d’agitation, de discours enflammés, de déclarations fracassantes,
mais quelques fois inutilement provocatrices. En 1985, il n’avait pas
hésité à déclarer que le peuple malien avait besoin de la révolution
s’il voulait s’en sortir. Naturellement, le gouvernement malien, qui
avait déjà des difficultés à l’intérieur, ne pouvait pas l’accepter et en
a fait un prétexte. Ce fut l’une des origines de la guerre de décembre
1985.
La politique étrangère du CNR était faite de coups d’éclat, très
voyante, voire tonitruante. C’était une diplomatie tribunitienne. Elle
a été un temps fort de la politique étrangère de notre pays. Avant la
Révolution, souvent les délégués burkinabè pendant les conférences
internationales, étaient plutôt discrets. C’est la Révolution qui a
véritablement donné au Burkina sa fierté, forçant les autres à nous
respecter. Cette fierté a gonflé les diplomates burkinabè à bloc.
Le changement de nom du pays lui-même a parallèlement contribué à
cela, même si au départ, les diplomates burkinabè, par manque
d’informations, avaient du mal à en expliquer la signification. J’étais
à Washington au moment du changement de nom. On était envahi
d’appels des institutions, des entreprises, des universités, posant des
questions auxquelles nous ne pouvions pas répondre. De plus, sans
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informations dans nos ambassades, nous avions beaucoup de mal à
expliquer les raisons du changement de nom du pays, de Haute-Volta,
en Burkina Faso et la signification même de ce nom.
A partir de 1987 et surtout 1989, a commencé la phase de
rationalisation de la politique étrangère avec Blaise Compaoré et le
Front Populaire, puis la IVe République. C’était une diplomatie sans
déclarations fracassantes. Le style de Blaise Compaoré n’était
évidemment pas celui de Thomas Sankara. Avec lui, on a eu affaire à
une politique des relations extérieures très rationalisées, où les
sentiments n’avaient pas leur place. La question était toujours de
savoir quel est l’intérêt du Burkina dans telle ou telle opération de
portée diplomatique. C’était une politique où les calculs froids
tenaient une place centrale.
Le Burkina Faso allait uniquement là où le gouvernement pensait que
se trouvait l’intérêt du pays. La rationalité était le réalisme brut à la
Hans Morgenthau. Le rétablissement des relations diplomatiques
avec Taïwan en février 1994 avait plusieurs raisons. Elle s’expliquait
entre autres, par la logique de la diplomatie dite du chéquier, une
expression forgée au milieu des années quatre-vingt –dix pour
qualifier la politique extérieure de Taïwan. Seules les ambassades de
Cuba, et dans une moindre mesure d’Alger, ont échappé à l’emprise
de la rationalisation.
Tout était calculé. Dès lors qu’une ambassade par exemple était
sensée ne rien rapporter au Burkina, on la fermait. La fermeture des
ambassades à Téhéran et à Moscou, obéissait à cette logique. Dès
lors qu’on ne pouvait rien gagner avec un pays, on n’établissait pas
de relations diplomatiques avec lui, ou en tout cas, on n’y installait
pas de mission permanente. Cette politique de la rationalisation de la
politique étrangère a duré jusqu’en octobre 2014.
Mais c’est aussi la séquence de la montée en puissance de la
diplomatie burkinabè. Alors qu’il n’en avait pas les moyens, le
Burkina Faso est devenu une des principales places fortes de la
diplomatie en Afrique. Notre pays a alors bousculé le schéma qui
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faisait depuis les indépendances, de Lagos puis Abuja, Accra,
Abidjan et Dakar, les quatre pôles diplomates d’Afrique de l’Ouest
Kontchoukoue-migui Augustin a fait en 1970, une étude magistrale
sur cette question dans son ouvrage intitulé, Le système diplomatique
africain. C’est un phénomène rare dans la diplomatie universelle, que
cette intrusion d’un Etat faible, par effraction, dans le cercle des
Etats dominants dans une région donnée. Il est tout aussi rare que
cela dure longtemps. Il suffit qu’un des grands déterminants change.
C’est ce qui est arrivé le 30 octobre 2014 (insurrection populaire,
ndlr).
Comment qualifier alors la période post-insurrectionnelle ?
La période que nous vivons à présent, est celle des nouvelles
interrogations. Elle est trop courte pour qu’on puisse l’évaluer. Mais,
on peut au moins dire qu’elle recèle une part de continuité avec la
séquence précédente. Jusque-là les grandes lignes de la politique
étrangère sous Blaise Compaoré n’ont pas été fondamentalement
modifiées par les nouvelles autorités. Toutefois, le style des acteurs
n’est plus le même. Le style de Roch Kaboré n’est pas celui de
Blaise Compaoré. Mais, l’opportunisme ou le sens de la saisie des
opportunités si l’on veut, qui caractérise notre politique étrangère est
toujours le même. C’est ce qui explique le rétablissement des
relations diplomatiques avec la Chine populaire en mai 2018.
Dès 1961, la Haute-Volta avait établi des relations diplomatiques
avec Taïwan, pratiquement en même temps qu’avec la France. Mais
l’ambassadeur de Taïwan résidait à Paris. Il n’est devenu résident à
Ouagadougou qu’en 1967. La même année, la Haute-Volta, a de son
côté, nommé un ambassadeur auprès de Taïwan, mais il était non-
résident. Il s’agit du ministre des Finances de l’époque l’intendant
militaire, Tiémoko Marc Garango qui n’a jamais résidé à Taipei
comme chef de mission diplomatique permanente.
Ensuite, en 1973, ce fut le bouleversement diplomatique mondial
suite à l’entrée de la République populaire de Chine à l’ONU et au
Conseil de sécurité, en lieu et place de Taïwan. Le Burkina a donc
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alors rompu avec Taipei, pour se tourner vers Pékin. Et puis, en
1994, Ouagadougou a estimé qu’il ne gagnait pas grand-chose, ou
pas assez avec Pékin en termes d’aide. Mais en réalité, le
changement était lié aussi à une tournée du ministre des Affaires
étrangères de la Chine populaire dans notre sous-région, au cours de
laquelle il avait été dans toutes les capitales sauf Ouagadougou. A
l’époque, j’étais au gouvernement. Blaise Compaoré l’a mal pris.
C’est le mélange de tous ces faits qui ont provoqué la décision de
rompre avec Pékin et de se tourner de nouveau vers Taïwan. Cela a
duré 24 ans.
En mai 2018, le Burkina a une fois de plus décidé de renouer avec
Pékin. C’est une décision opportuniste ; la diplomatie du caméléon ;
mais c’est aussi ça la diplomatie et la politique étrangère des Etats.
Le parcours des intérêts de l’Etat, ou la vision que le gouvernement
en a, est rarement linéaire. Il n’y a pas de morale ou de sentiments en
politique étrangère. Seuls comptent les intérêts et les rapports de
force, lorsque les intérêts des Etats deviennent divergents ou
opposés.
On observe que la politique étrangère sous Roch Kaboré met
aussi l’accent vers les pays arabes !
Oui, effectivement, et le président Kaboré a raison ; c’est notre
intérêt de le faire. Comme disait Robert Mugabé en 2006, lors du
Forum Chine-Afrique, « maintenant nous regardons vers l’Est, là où
le soleil se lève ! ». Toutefois, il faut savoir que c’est Sangoulé
Lamizana qui a lancé les rapports avec les pays du Maghreb et du
Machrek (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Mauritanie).
C’est sous lui, qu’à partir de 1968, la Haute-Volta a d’abord signé un
accord commercial et plusieurs autres accords avec l’Egypte, malgré
un incident diplomatique entre les deux Etats en 1961 où il y a eu
ratage du projet d’établissement des relations diplomatiques. Puis
ensuite, le président Sangoulé s’est rendu à la Mecque. Après cela,
les relations ont été établies avec la Libye.
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Enfin, l’ouverture sur l’ensemble du monde arabe, avec des
ambassades à Alger, au Maroc, en Arabie Saoudite, au Qatar et au
Koweït. C’est vraiment l’œuvre de Lamizana au départ, et aucun
gouvernement n’a par la suite remis en cause cette politique. La
diplomatie parlementaire a suivi à partir des années 1990. Le
gouvernement actuel n’innove pas véritablement sur ce terrain.
C’était aussi, déjà, l’orientation de notre diplomatie sous Blaise
Compaoré, marquée par des relations particulières avec certains Etats
tels que la Libye, le Maroc, l’Algérie. Souvenez-vous qu’il a pris le
risque énorme de brasser l’embargo qui frappait la Libye.
Il y a assez de clichés autour des représentations burkinabè à
l’extérieur, faut-il comprendre que ça rase les murs ?
Non, nos diplomates ne rasent jamais les murs, vraiment pas du tout.
Mais, ils ne sont pas non plus au paradis ou dans le luxe comme
certains le pensent. A mon avis, il faut radicalement réviser les
conditions de vie et de travail de nos diplomates à l’intérieur et à
l’extérieur. Si l’on veut qu’ils soient efficaces, il faut qu’ils
travaillent dans des conditions matérielles et morales favorables pour
le faire. A commencer par les diplomates à l’intérieur ici même. Pour
un diplomate, le seul grand poste qu’il peut occuper dans l’Etat un
jour, c’est celui d’ambassadeur. Il ne sera jamais directeur général
d’une grosse société d’Etat à la tête d’un important organisme, ou
gouverneur. Il n’a que le poste d’ambassadeur comme perspective au
bout de son parcours dans l’administration.
Or, les agents de la carrière diplomatique sont anormalement
concurrencés sur ce plan par les allogènes : des officiers de l’armée,
des journalistes, des professeurs, des responsables d’organisation,
des économistes et des personnalités d’horizons divers, à la tête des
missions diplomatiques. Cela pose un vrai problème pour les
diplomates de profession qu’il n’est pas raisonnable d’occulter. La
question n’est pas d’abordé de nature corporatiste. Il s’agit de justice
et de la gouvernance rationnelle de l’Etat.

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Notez qu’au départ, le terme allogène n’était pas du tout péjoratif. Je
suis à l’origine de l’expression « allogène » aux Affaires étrangères.
Ce terme est parti d’une note que j’avais adressée en novembre 1985
à Basile Guissou, notre ministre des Affaires étrangères, alors que
j’étais Chargé d’Affaires à Washington. Il s’agissait d’une réflexion
d’une dizaine de pages sur la gestion du personnel au ministère. Dans
la note, j’ai employé le terme « allogène » pour désigner ceux qui,
appartenant à d’autres départements et d’autres corps de la fonction
publique viennent au ministère des Affaires étrangères, et qui ne sont
pas diplomates de carrière, mais dont on a besoin des compétences.
Parmi eux, je citais les économistes ; mais à présent, il faut y ajouter
les financiers, les conseillers culturels, les scientifiques, quelques
personnels de sécurité. J’ai d’ailleurs par la suite à Moscou, étoffé le
document en insistant sur la nécessité de garder un équilibre sur ce
plan autre allogènes et agent des corps des Affaires étrangères, le
ministère étant d’abord celui des agents de la carrière diplomatique.
C’est par un glissement lexical et sémantique qu’avec le temps, on
l’a appliqué l’expression « allogène » aux ambassadeurs, dans un
sens malheureusement péjoratif, qu’il n’avait pas du tout au départ.
J’ai conservé le document de novembre 1985 et on peut le retrouver
dans les archives du ministère. Il faut dire que ce problème des
ambassadeurs non professionnels dans les ministères des Affaires
étrangères est généralisé dans le monde. Les Américains ont, pour le
résoudre, posé un principe depuis 1947 après la deuxième Guerre
mondiale. Ce principe est devenu de pratique généralisée dans le
monde, ou quasiment universelle. C’est celui de la règle des 2+1.
Beaucoup de pays dans le monde, ont repris ce schéma.
Concrètement, qui choisit les ambassadeurs et comment sont-ils
nommés ? Qu’est-ce que la règle des 2 + 1 ?
La Constitution, en son article 55, dispose que le président du Faso
nomme les ambassadeurs et envoyés extraordinaires auprès des
puissances étrangères, et des organisations internationales que les
ambassadeurs et envoyés extraordinaires étrangères sont accrédités
3.1m
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auprès de lui. Il a donc une compétence discrétionnaire en matière de
nomination des ambassadeurs et des consuls. Mais attention : un
pouvoir discrétionnaire ne veut pas dire un pouvoir arbitraire. Le
détenir ne signifie pas que le président du Faso peut faire ce qu’il
veut, sans considération autre que sa volonté, toute puissante soit-
elle.
La règle des 2 + 1 signifie que chaque fois que le président du Faso
nomme deux ambassadeurs de métier, il a le droit de nommer un
ambassadeur étranger aux corps des professionnels du ministère des
Affaires étrangères. On aboutit ainsi, au niveau du corps des
ambassadeurs nationaux, à deux tiers de diplomates de carrière et à
un tiers d’allogènes pour le pays. Il y a donc des règles à respecter. Il
ne faut pas prendre à la lettre la boutade du président Thomas
Sankara 1984, quand en 1984, il déclarait que même les
« dolotières » (vendeuses de la bière de petit mil, ndlr) pouvaient
être nommées ambassadeurs.
La nomination comme ambassadeur, d’un nombre déraisonnable ou
exagéré d’allogènes brise la mémoire de la diplomatie. Or, en 2005,
on avait atteint 75% d’allogènes à la tête des ambassadeurs. L’excès
dans ce domaine tue l’indispensable permanence de la mémoire de la
diplomatie nationale et de la politique étrangère. En effet, revenu
d’ambassade, l’allogène rejoint son ministère d’origine, ce qui
empêche cette permanence. Or, une diplomatie sans permanence est
sans mémoire ; elle ne peut pas être efficace. D’où cette règle des
2+1.
Soit dit en passant, désormais, et cela depuis 1998, une ambassadrice
désigne une femme chef de mission diplomatique et non l’épouse
d’un ambassadeur. Le changement est venu avec la féminisation des
fonctions, des métiers, et des titres ; et l’académie française l’a
consacrée. Avant même 1998, des pays comme le Québec avaient
déjà une pratique lexicale qui différait de celle de la France que nous
avons au Burkina Faso. Personnellement, quand j’étais conseiller
d’ambassade, j’ai toujours refusé d’appeler ambassadrice les épouses
3.1m
des ambassadeurs.
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Dans tous les cas, la situation des agents de la diplomatie dans notre
pays est à revoir radicalement. Le titre de diplomate est ronflant et
cache la réalité, pour des agents qui se tuent au travail pour le pays
tous les jours. Et cela dans les conditions parfois dangereuses ou à
risque. A côté de nous, les Nigériens par exemple ont un autre
système. Chez eux, quand vous êtes nommé ambassadeur à
l’extérieur, vous conservez votre salaire au Niger, et l’Etat vous
verse à l’extérieur une indemnité spéciale grâce à laquelle vous vivez
dans la dignité. Vous pouvez donc investir avec votre salaire qui
reste au pays.
Au Niger, il y a même une indemnité spéciale pour l’épouse de
l’ambassadeur, parce que, même si elle n’est pas agent de
l’ambassade ou de la Fonction publique, elle exécute beaucoup de
prestations sociales et protocolaires pour la mission. Nous n’avons
pas ce genre de système au Burkina. Il faut revoir notre gestion des
diplomates, qu’ils soient de métier ou non.
A ce moment, est-ce que la participation de nos diplomates aux
instances internationales ne prend pas parfois un coup ?
Non. On se débrouille toujours. Quand vous voyez un ambassadeur
burkinabè à des rencontres internationales, vous ne pouvez pas vous
imaginer qu’il ne dispose pas de gros moyens. Nos diplomates
comme les autres hauts cadres burkinabè, comptent parmi les
meilleures élites du continent. Je le dis toujours. Ayant été ministre
de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique pendant
cinq ans, je peux apprécier la valeur de nos élites et en parler
objectivement. Soyez rassuré sur ce plan ; nos diplomates,
notamment les ambassadeurs, sont compétents et dévoués.
Jamais ils ne rasent les murs, et tiennent la comparaison avec ceux
des autres pays. Mais il est certain que s’ils étaient mieux lotis
financièrement et matériellement, ils seraient plus performants, et
obtiendraient de meilleurs résultats pour l’image et le développement
du Burkina Faso.
3.1m
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Parlant de permanence dans la diplomatie, d’aucuns pensent
qu’il ne doit pas y avoir de retraite pour un ambassadeur, qui se
bonifierait au fil du temps !
Tout à fait, et ils ont raison ! D’abord, formellement parlant, il n’y a
pas d’ancien ambassadeur, on est ambassadeur à sa vie et cela ne
concerne pas que l’étiquette. Un ambassadeur ne va jamais à la
retraite. Certes, en tant qu’agent administratif, il va à la retraite.
Mais à tout âge le gouvernement peut le nommer à la tête d’une
mission, car comme agent diplomatique, au plan fonctionnel, il n’y a
pas de retraite.
Là aussi, je dois citer le Mali comme exemple, où l’association des
ambassadeurs est reconnue par l’Etat depuis 1986. Le gouvernement
la consulte sur toutes les grandes questions de politique
internationale. Par exemple, sur les questions de terrorisme
actuellement, l’association malienne est consultée à tout moment par
le gouvernement, et quand le président Macron a fait sa sortie
malheureuse, donnant l’impression de convoquer nos chefs d’Etat à
Pau, l’association des ambassadeurs du Mali a réagi par une
déclaration forte. Ils l’ont fait aisément parce qu’ils sont dans le
dispositif diplomatique officiel de l’Etat. Ce n’est pas le cas au
Burkina Faso. Mais, tôt ou tard, ça viendra chez nous aussi.
L’Association des ambassadeurs du Burkina, est, il est vrai,
beaucoup plus jeune ; elle n’a vu le jour qu’en 2015. C’est d’ailleurs
en suivant les exemples du Mali, du Benin, de la Côte d’Ivoire et du
Sénégal que nous l’avons créée. Cela a été facilité par le fait qu’un
des nôtres, Michel Kafando, était le président du Faso. C’est à partir
des textes des associations des ambassadeurs de ces pays, que j’ai
élaboré le projet de statuts de l’ABF, qui a été par la suite consolidé.
L’association, de son acronyme, ABF, est actuellement présidée par
l’ambassadeur Ilboudo Jean Baptiste. Je suis le vice-président, et
l’ambassadeur Zidouemba Bruno est le secrétaire général.
Mais apparemment, le gouvernement ne semble pas cerner tout
3.1m
l’enjeu d’une telle organisation !
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Non, le gouvernement n’a pas encore perçu tout ce qu’il peut tirer de
l’Association des ambassadeurs du Burkina Faso. Je suis d’accord
avec vous. Depuis sa création, c’est le Centre parlementaire
panafricain que je dirige qui lui sert de siège, de secrétariat et de
base de ses archives et documents. Nous avons sollicité un siège,
sans résultat pour le moment. Cela étant dit, le ministre des Affaires
étrangères, Alpha Barry, nous apporte beaucoup son soutien. Il reçoit
régulièrement le Bureau de l’association. Sur ce plan, je suis
optimiste pour l’avenir. Remarquez qu’ailleurs, les associations
d’ambassadeurs sont en bonne partie financées par les hommes
d’affaires, les opérateurs économiques et les grandes entreprises.
Quelles sont les vertus d’un bon diplomate ?
D’abord connaître son métier, donc ses fonctions officielles, et être
cultivé. Un ambassadeur qui n’a pas de culture historique et
juridique ne peut être qu’un diplomate handicapé. Ensuite, il faut
qu’il connaisse bien ce qu’est l’Etat et son fonctionnement. Car il
exécute l’une des politiques publiques les plus importantes. Le
diplomate est ouvert et discret, car il représente le gouvernement, et
il doit le faire avec dignité.
Jusqu’au Congrès de Vienne en 1815, l’ambassadeur était défini
comme le représentant personnel de son chef d’Etat ; empereur, roi,
sultan, émir cheick, Grand-Duc ou Président de la République. Cette
conception était née au milieu du XVe siècle, des systèmes
d’aménagement du pouvoir dans les Etats monarchiques. En dehors
de quelques rares républiques au XVIIe siècle, les Etats
appartenaient personnellement aux monarques. C’est en 1815 au
Congrès de Vienne que le système représentatif a été remis en cause
et abandonné.
Dans le droit diplomatique contemporain, fondamentalement, et
formellement parlant, l’ambassadeur est le représentant de l’Etat
accréditant et de son gouvernement, et non celui de la personne du
chef de l’Etat, même si, surtout en Afrique, les ambassadeurs aiment
se concevoir et de se présenter comme les représentants personnels
3.1m
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du chef de l’Etat. Dans une certaine mesure, l’ambassadeur l’est,
puisque au Burkina Faso comme dans les autres pays, le président du
Faso est à la tête de l’exécutif, et que la représentation et la
négociation sont ses premières fonctions. Mais fondamentalement, en
droit international, le chef de mission est le représentant de son
gouvernement.
Quelles sont les autres vertus du bon diplomate ?
Le bon diplomate doit connaître le droit diplomatique et rester digne
et fière du Burkina en toutes circonstances, même dans les moments
les plus difficiles. Nos ambassadeurs partout dans le monde font, dès
qu’ils ont présenté leurs lettres de créance, font pour cela, l’effort de
chercher à connaître le pays où ils représentent le Burkina Faso. Et
cela, sur tous les plans : politique, économique, culturel, social. Sans
cela, ils ne peuvent pas bien rendre compte au gouvernement. Or, ils
doivent envoyer chaque trimestre un rapport au ministre des Affaires
étrangères. Ils ne le peuvent pas s’ils n’ont pas une parfaite maîtrise
du système et du régime politiques du pays où ils sont en poste.
Chaque pays a son système sur ce plan. Les pays qui ont de gros
moyens, organisent chaque jour une téléconférence entre leurs
ambassadeurs, à distance à travers le monde ou dans les régions
données. En plus, ils font leur rapport au ministre des Affaires
étrangères à la fin de chaque mois. A quoi il faut ajouter les
dépêches diplomatiques qui peuvent atteindre plusieurs pages. Le
terme « dépêche » est générique en matière de communication
diplomatique. Je dirais aussi que le diplomate doit bien s’occuper de
la colonie burkinabè vivant dans le pays d’accréditation. Pour cela il
faut qu’il sache prendre les initiatives qu’il juge nécessaires.
Le diplomate, ambassadeur, conseiller, attaché ou autre, doit
travailler en équipe avec ses collègues ; je veux parler des agents de
la mission. Le meilleur des ambassadeurs n’obtiendra des résultats
satisfaisants que s’il est un bon animateur d’équipe, comme un chef
scout !
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Finalement, j’insisterai particulièrement sur la discrétion. La
diplomatie est faite de modération, de discrétion et de
confidentialité. Un diplomate qui ne sait pas se taire n’en est pas un.
Qu’il s’agisse des ministères des Affaires étrangères, des ambassades
ou des consulats, tout se passe dans la discrétion, entre les murs, et
jamais sur la place publique. C’est l’une des raisons pour lesquelles,
dans la plupart des pays, le ministère chargé des relations extérieures
est qualifié de « ministère d’élites ». On tient pour essentiel, que
seuls des agents responsables et de culture avérée, savent tenir leur
langue, même sur les sujets les plus délicats ou controversés.
Pour conclure…, est-il vrai que vous êtes opposé à la nomination
des militaires dans les ambassades comme ambassadeurs ?
Evidemment non. Les Burkinabè ont l’art de tout caricaturer. Au
cours d’un panel il y a deux mois au CBC, j’ai dit, et je le maintiens,
qu’en ces temps difficiles où l’Etat est en guerre contre les
terroristes, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement continue à
nommer des officiers à l’étranger comme ambassadeurs. Ils ont été
formés pour faire la guerre. La guerre est là. Ils doivent être à leurs
postes de combat. Ils sont les seuls à maîtriser l’art de la guerre ; ce
n’est pas mon cas ou le cas des diplomates en général. Et cela est
vrai pour la plupart des autres citoyens.
Cette boutade a fait quelques gorges chaudes, puis les médias et les
réseaux sociaux ont fait le reste. Mais nul ne contestera que ce que
j’ai dit, est juste. Reste le débat de fond, qui rejoint la question des
allogènes.
Tout d’abord, je le dis, je n’ai aucun problème quand on nomme un
officier supérieur à la retraite comme ambassadeur. J’ai plein de
frères et d’amis officiers de l’armée. Par ailleurs, il peut arriver que
pour des raisons spécifiques, le gouvernement ait besoin à un poste
donné, d’un officier en activité. Je ne suis pas opposé à ce qu’on l’y
envoie comme chef de la mission permanente. Mais ça devrait être
des cas limités et non une pratique courante. On ne devrait pas
envoyer des officiers ou d’ailleurs d’autres hauts cadres non
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diplomates en ambassade, pour le motif avoué ou inavoué qu’on
cherche à régler leur cas ou leurs problèmes. Ce n’est pas la raison
d’être des ambassades.
Il y a des cadres formés uniquement pour la diplomatie et qui n’iront
jamais occuper un haut poste dans l’armée ou dans d’autres corps de
la fonction publique. Ce que je dis là concerne aussi tous les autres
allogènes. Mais la crise terroriste met évidement les officiers au-
devant de la scène actuellement et c’est normal : ils ont été formés et
préparés pour le combat et la défense de la patrie ; pas pour autre
chose ; surtout la diplomatie.
De toute façon, tout en respectant bien sûr la règle de 2 + 1, le
Président du Faso a toujours la latitude d’envoyer qui il veut en
ambassade. C’est le ministre des Affaires étrangères qui est le chef
de la diplomatie ; c’est donc lui qui prend toutes les décisions à
caractère général. On ne peut pas lui contester ces attributions. Je
maintiens cependant, que d’être discrétionnaire, ne fait pas de
l’exercice d’une compétence, un acte arbitraire. Même le droit
d’évocation hérité des anciennes, royautés européennes, n’autorise
pas tout.
Le ministère des Affaires étrangères a des services extérieurs comme
les autres départements ministériels. Sa spécificité est que ses
services extérieurs sont situés hors du territoire national. Ce sont les
Ambassades et les Consulats. Ses personnels sont répartis entre la
centrale à Ouagadougou et les services extérieurs. Il faut lui garder
cette spécificité. Elle disparait si l’affectation des allogènes dans les
ambassades et les consulats n’en tient pas compte et devient une
règle ou une pratique sans retenue.
Interview réalisée par
Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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Vos commentaires
1. Le 23 février à 18:49 (2020-02-23T18:49:47Z), par Zimm En réponse à : Burkina : L’ambassadeur Mélégué
Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev (spip.php?
article95052)

Ambassadeur Traoré, Assez instructif comme interview, il y.a des


eléments de "Théorie-Pratique" diplomatiques intéressants, sur la
nature des hommes et sur les "intérêts" des pays / états. Peut-être en
faire un livre pour la postérité...(si ce n’est pas déjà fait)
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725378)

2. Le 23 février à 20:06 (2020-02-23T20:06:08Z), par savadogo daouda En réponse à : Burkina :


L’ambassadeur Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique,
Gorbatchev (spip.php?article95052)

La politique étrangère du burkina a votre temps etait tout sauf dans


les intérêts du burkina..
Vous assuriez une médiation dans l’intérêt de votre mentor ,a t’il
demandé l’avis des burkinabè avant d’accepter ces mediations dont
nous payons les effets nefastes aujourdhui
Parlant de diplômatie une ardoise de plus d’un demi milliard a eté
laissée sur le dos des burkinabè par ces médiations que l’on disait
financées par l’onu et autres organismes internationaux,information
donnée par une aurorité du pouvoir actuel.
Vous avez tourné le dos a la Chine Populaire pour Taïwan dans
l’interêt de votre mentor
.Où se trouvait alors les interêts de notre peuple.
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725401)

3. Le 23 février à 21:29 (2020-02-23T21:29:31Z), par Sacksida En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

D’abord, que des Dirigeants Sovietiques a cette epoque pensent et


croient que notre "Revolution Democratique et populaire" ne
s’inscrivant pas dans leur shema classique n’en est pas un, est une
fausse appreciation, car les revolutions de natures diverses qui
surviennent dans le monde ne sont jamais pareilles ; car chaque
3.1m
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revolution apporte ses caracteristiques et son originalite propre. Ils le
disait parce notre revolution n’etait nullement estamplillee "Moscou"
ou autre car elle etait typiquement Burkinabe.
C’est que vrai le President Sankara avait un language direct en
defendant le Burkina Faso et son peuple sans des circonvolutions
diplomatiques ; lorsqu’il etait attaque, mais il avait de la suite dans
les idees. Du reste 80% de la politique economique, sociale et
culturelle de la Revolution a ete positive selon le bilan des 4 annee
Par contre la "politique dite de rationalisation" de Blaise compaore et
ses hommes ont conduit le Burkina Faso, notre pays, dans la mal
gouvernance et son corrolaire de terrorisme asymetrique que subit
depuis un certain temps notre peuple. Que Dieu sublime aide notre
peuple. Salut.
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725434)

^ Le 24 février à 07:12 (2020-02-24T07:12:56Z), par Il En réponse à : Burkina : L’ambassadeur Mélégué


Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev (spip.php?
article95052)

Souvent quand quelqu’un vous donne une information il faut écouter,


il vous dit pourquoi et comment ces pays jugeaient notre révolution,
il ne s’agit pas de savoir si elle était positive ou négative, la raison
c’était, pour eux qu’une révolution ne doit pas être militaire mais
plutôt réellement populaire ! Ils savaient bien qu’elle allait se
terminer tôt ou tard par ce que les militaires savent faire de mieux :
un coup d’état !! Ça n’a pas manqué, le CNR est parti comme il est
arrivé, c’est à dire par pô... qu’est ce qui est difficile à comprendre
ici ? Un bon intellectuel prends les bonne information et les intègre,
lorsqu’on aura une autre insurrection populaire, c’est au prix de
grands intellectuels qui intègrent toute l’histoire de notre pays qu’on
pourra la transformer en quelque chose de positif pour notre pays,
pas ce qu’on a vu en fin 2014.... cordialement
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725576)

^ Le 24 février à 08:41 (2020-02-24T08:41:52Z), par de rien En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

3.1m
Shares
/
voilà que Sacksida refuse la vérité ! à force de ne rien écouter, ne
faire qu’à sa tête, ce qui devait arriver à thom sank et à sa pseudo
révolution est arrivé. pire quant bien même jusqu’à aujourd’hui des
personnes averties formulent des critiques, il en sort toujours
d’autres pour tout balayer du revers de la main. M. Sacksida, d’où
vous vient cette affirmation que la prétendue révolution au Burkina a
été bénéfique à 80% ? où sont les usines, les universités, les génies
que votre révolution a construites et à formé ? vivement que vous
portiez bien votre nom !
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725601)

4. Le 23 février à 22:43 (2020-02-23T22:43:03Z), par YAMKOUL En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

Chapeau à vous Excellence Mélégué TRAORE, doyen de la


diplomatie. Merci de nous avoir dispensé des cours très édifiants.
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725456)

5. Le 23 février à 22:52 (2020-02-23T22:52:23Z), par Le citoyen En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

Waw et rewaw !!!! Quelle interview instructive ! On a des têtes bien


pleines dans ce pays, il suffit d’aller les chercher et de savoir creuser
avec elles. Mélégué Traoré, qu’on le veuille ou pas, est une tête. J’ai
beaucoup appris de cette interview qui aborde plusieurs sujets très
intéressants. Très bravo une fois encore au jeune frère Omar L.
Ouédraogo.
Le citoyen
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725462)

6. Le 23 février à 23:59 (2020-02-23T23:59:19Z), par Toudit En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

Ce Monsieur, on peut lui reprocher autre chose, mais sa connaissance


du monde diplomatique, de la diplomatie et des relations
internationales est incontestable. Un chef-d’œuvre monumental, une
bibliothèque. Cette interview clarifie la récente polémique sur une
mise à disposition d’agents d’autres départements.
3.1m
Merci.
Shares
/
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725482)

7. Le 24 février à 00:22 (2020-02-24T00:22:43Z), par Muss En réponse à : Burkina : L’ambassadeur Mélégué


Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev (spip.php?
article95052)

J’ai cru que l’interview était mais quand j’ai commencé à la lire je
l’ai terminée sans m’en rendre compte, tant elle est vraiment riche.
Merci à Fasonet de nous avoir gratifié une telle richesse à tous points
de vue.
Muss
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725491)

8. Le 24 février à 03:45 (2020-02-24T03:45:32Z), par Zach En réponse à : Burkina : L’ambassadeur Mélégué


Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev (spip.php?
article95052)

Un mot : Ecrivez, mon President ! Je lis et j’observe l’homme ideal


au Burkina Faso. Je ne suis pas tres surs des actuels.
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725536)

9. Le 24 février à 08:34 (2020-02-24T08:34:14Z), par SMK En réponse à : Burkina : L’ambassadeur Mélégué


Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev (spip.php?
article95052)

A la fin de la lecture d’une telle interview, oh combien instructive,


on se dit que le grand péché de nos diplomates ’’à la retraite’’, est de
ne pas écrire des livres pour qu’on ne perde pas la mémoire de notre
histoire diplomatique (exception bien entendu de Corentin Ki
Doulaye).
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725598)

10. Le 24 février à 09:16 (2020-02-24T09:16:07Z), par Balance En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

Monsieur Melegué, écrivez votre part de vérité. Je penses que vos


mémoires aiderons à comprendre où nous en sommes.
Merci.
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725613)

11. Le 24 février à 10:52 (2020-02-24T10:52:24Z), par Tokouma En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

3.1m
Shares
/
Ce Monsieur ou du moins ce "MONUMENT" fait bien partie des
régimes déchus (Ambassadeur, Ministre, Président de l’A N....). Mais
il n’a jamais bougé d’un yota du BURKINA ; dans le sens de FUIR.
Il est resté la "TETE HAUTE" et il continue de lever la tête.
Ceux qui ont FUI savent pour quoi ils ont fui.
Que ceux qui clament à cris et à cors leur retour s’avisent car ces
gens qui ont fui savent bien ce qui les attend et veulent justement de
gens non avisés comme BOUCLIER.
Faites donc attention car ce que vous voyez sur l’eau calme n’est
qu’un reflet et non ce qui se trouve sous l’eau.
Jeunesse ECOUTEZ !!! Ecoutez BIEN les récits que vous font les
anciens, même ceux qui mentent. A vous maintenant de faire des
recoupements, des tamisages, etc. Et d’en tirer ce qui vous semblera
utile. Car même la science n’a jamais été à 100% exacte.
Qui vous dit que certains mensonges ne sont pas utiles ???? Ils sont
bien utiles et arrangent souvent ceux qui s’en servent. Car il y en a
qui en vivent.
SUIVEZ MON REGARD.
HUMMM !!! c’est que ça ne produit JAMAIS de bon fruits.
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725644)

12. Le 24 février à 11:08 (2020-02-24T11:08:47Z), par Sacksida En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

J’essaye de porter mon nom et j’ai du respect pour tout intellectuel


ou non qui accepte de partager aux autres son experience
professionnelle. En outre, je n’ai pas ete un acteur de premier plan de
cette Revoltion Democratique, mais je confirme qu’elle ete positive
au moins a 80% pour notre pays et c’est les assises nationales du
Bilan de la gouvernance Sankara qui le dit en janvier 1988. Quelques
points des reformes du lourd heritage que cette revolution a trouve :
De 23 unites industrielles crees en 1974/1975 seule une dizaines
d’entre elles etait fonctionnelles en 1984. Des 1984, Redeploiment et
ouverture de 11 societes d’economies mixtes indutrielles avec plus
de 500 nouveaux emplois. PNGT de reorganisation et dynamisation
3.1m
Shares
/
de l’espace economique et social rural. Creation et operationalisation
du Centre National de Semences Agricoles. Creation et
operationalisation de l’ONBAH et realisation de 900 barrages et
retenues d’eau sur tout le territoire national. Autorisation d’ouverture
d’une trentaine Pharmacies privees soit 10 fois plus, et creation de la
SONAPHARM devenue CAMEG pour rendre les medicaments
accessibles et moins chers aux populations..etc. la liste est longue
dans tous les secteurs economiques et sociaux. Donc, une veritable
revolution et un changement dans les structures. Mais, comme toute
vraie revolution, elle derangait des interets opposes a ceux de notre
peuple. Que ce soit en diplomatie ou autres, il y’a des interets
toujours opposes et contradictoires. Si nos pays tels qu’ils sont
aujourd’hui ne change pas de paradigmes, l’on peut alterner des
annes durant des pouvoirs democratiques, mais nos pays sous
domination politique et economique demeurerons pour des siecles
dans le sous developpement. C’est cela la verite. Salut.
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725648)

13. Le 24 février à 11:38 (2020-02-24T11:38:15Z), par sphinx de Pissy En réponse à : Burkina :


L’ambassadeur Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique,
Gorbatchev (spip.php?article95052)

Toujours un plaisir de lire M. Melegue.


On sent que ce dernier est vraiment brillant.
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725656)

14. Le 24 février à 11:48 (2020-02-24T11:48:55Z), par tionobi En réponse à : Burkina : L’ambassadeur


Mélégué Traoré, l’assassinat de Thomas Sankara et la réaction du président soviétique, Gorbatchev
(spip.php?article95052)

Quelle belle pédagogie !!! Merçi à son Excellence pour ce cours


multidisciplinaire !!!!!
Répondre à ce message (spip.php?page=forum&id_article=95052&id_forum=1725660)

Un message, un commentaire ?

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