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La mécanique des fluides est un domaine de la physique consacré à l’étude du

comportement des fluides (liquides, gaz et plasmas) et des forces internes


associées. C’est une branche de la mécanique des milieux continus qui modélise la
matière à l’aide de particules assez petites pour relever de l’analyse
mathématique mais assez grandes par rapport aux molécules pour être décrites par
des fonctions continues.
Elle se divise en deux parties : la statique des fluides qui est l’étude des fluides au
repos et la dynamique des fluides, qui est l’étude des fluides en mouvement.

Sommaire

 1Historique
 2Statique des fluides
 3Échelles et nature du problème hydrodynamique
o 3.1Niveau microscopique
o 3.2Niveau mésoscopique
 3.2.1Concept de particule élémentaire du fluide
 3.2.2Suppression des détails de taille intermédiaire
o 3.3Niveau macroscopique
o 3.4Compressible et incompressible
 4Équations
o 4.1Équations de base
o 4.2Similitude
 5Instabilités et turbulence
o 5.1Instabilités
o 5.2Transition vers la turbulence
o 5.3Turbulence
 6Lois de comportement
o 6.1Fluide newtonien
o 6.2Fluides non newtoniens
 7Types d'écoulement (milieu homogène)
o 7.1Stationnarité, instationnarité
o 7.2Vorticité
o 7.3Compressibilité
o 7.4Écoulements visqueux et non visqueux, couche limite
 8Écoulement en milieu inhomogène
o 8.1Écoulements à surface libre
o 8.2Écoulements polyphasiques
o 8.3Écoulements en milieu poreux
 9Branches interdisciplinaires
o 9.1Microfluidique
o 9.2Magnétohydrodynamique
 10Mécanique des fluides numérique
 11Notes et références
o 11.1Notes
o 11.2Références
 12Voir aussi
o 12.1Bibliographie
 12.1.1Ouvrages de référence
 12.1.2Vulgarisation
o 12.2Articles connexes

Historique[modifier | modifier le code]
Article connexe : Histoire de la mécanique des fluides.

Statique des fluides[modifier | modifier le code]


Article détaillé : Hydrostatique.
L'hydrostatique, ou statique des fluides, est l'étude des fluides immobiles. Ce
domaine a de nombreuses applications comme la mesure de pression et de masse
volumique.

Échelles et nature du problème


hydrodynamique[modifier | modifier le code]
Niveau microscopique[modifier | modifier le code]
Au niveau le plus bas de la modélisation on décrit le milieu par position et vitesse de
chaque particule constitutive et le potentiel d'interaction entre elles. Cette approche
est bien sûr limitée par la quantité d'information qu'elle suppose. Elle est utilisée :

 en pratique dans les méthodes de dynamique moléculaire où elle constitue


une véritable expérience numérique possible pour un liquide comme pour un gaz,
 en théorie pour des tentatives de construction ab initio d'un système formel de
description macroscopique du milieu. Ce type d'approche est extrêmement
difficile et peu de résultats ont été obtenus depuis les travaux de Jean Leray. En
particulier l'existence de solutions régulières des équations de Navier-Stokes fait
l'objet du prix Clay.
Pour les gaz et à un niveau moins détaillé on se contente de décrire la distribution
statistique des vitesses et éventuellement de tous les autres degrés de liberté
(énergie interne, rotation et vibration dans le cas de molécules). Ludwig Boltzmann a
ainsi réussi à écrire l'équation cinétique qui porte son nom. Cette fonction du temps,
de la position et de la vitesse peut être calculée à partir d'outils comme la simulation
directe Monte Carlo ou la méthode de gaz sur réseau particulièrement bien adaptée
aux milieux poreux. Il s'agit de calculs coûteux en raison de la dimension 7 du
problème. Pour cette raison on utilise généralement un potentiel d'interaction peu
réaliste physiquement mais conduisant à des résultats acceptables.
Niveau mésoscopique[modifier | modifier le code]
Par ce vocable on entend la description de phénomènes descriptibles à une échelle
grande devant la précédente mais petite devant l'échelle du continu.
Concept de particule élémentaire du fluide[modifier | modifier le code]
La particule fluide décrit un fluide à l'échelle mésoscopique : c'est un volume de
dimension suffisamment petite pour que les propriétés du fluide ne varient pas
spatialement dans la particule et suffisamment grand pour qu'une quantité importante
de molécules soient comprises dedans de manière à moyenner les fluctuations
statistiques1.
On peut effectuer dans cette particule un bilan de masse, de quantité de mouvement
et d'énergie en utilisant les flux correspondants sur les limites du domaine. Cette
approche conduit à l'écriture des équations de conservation correspondantes et, par
passage à la limite, aux équations descriptives du phénomène. Cette méthode est
aussi la base de la description numérique, le volume élémentaire étant alors la maille
élémentaire du calcul.
Suppression des détails de taille intermédiaire[modifier | modifier le code]
La géométrie étudiée peut comprendre des détails dont la prise en compte explicite
va rendre le problème coûteux, par exemple une rugosité de la surface ou le détail
de la géométrie d'un milieu poreux. Dans ce dernier cas les méthodes bien connues
de la prise de moyenne volumique ou de l'homogénéisation permettent le calcul de
quantités intervenant sous forme de coefficients comme le coefficient de
diffusion dans l'équation de Darcy. Dans le cas d'une rugosité l'homogénéisation
aboutit à l'écriture d'une relation de saut à la paroi, c'est-à-dire une relation liant toute
valeur à sa dérivée spatiale.
On peut faire également entrer dans cette catégorie les phénomènes de raréfaction
dans un choc ou une couche pariétale. Dans ces régions d'espace les équations du
continu sont invalides sur une distance de quelques libres parcours moyens. On peut
généralement les ignorer. Lorsque ce n'est pas les cas leur modélisation aboutit
comme précédemment à des équations de saut. Les relations de Rankine-
Hugoniot en sont un exemple.
Enfin, et ce n'est pas le moindre problème, on peut faire disparaître toutes les
fluctuations d'un écoulement turbulent par des méthodes de moyennage très
diverses, pouvant ramener le problème à une simple diffusion équivalente. Là aussi
le but est de simplifier le calcul, possible par la simulation directe, mais coûteux.
Niveau macroscopique[modifier | modifier le code]
Le niveau macroscopique résulte donc d'une simplification drastique de tous les
détails du problème, lesquels sont tout de même présents au travers des coefficients
qui interviennent dans les équations descriptives, des conditions aux limites et de
l'équation d'état du milieu.
Compressible et incompressible[modifier | modifier le code]
Ces notions qui séparent nettement deux types d'écoulements ont une origine
microscopique :

 le caractère compressible généralement associé à un gaz est lié au fait qu'un


tel milieu est formé d'objets très espacée ayant des interactions rares,
caractérisées par un potentiel particule-particule. Ceci est vrai même dans le cas
de milieux contenant des espèces chargées en faible proportion, où les électrons
ne sont pas totalement libres et accompagnent (statistiquement) les ions
(diffusion ambipolaire). La connaissance de ces potentiels, aujourd'hui
d'origine spectroscopiquea, est suffisante pour permettre le calcul de toutes les
propriétés de transport du milieu : coefficients de diffusion binaire et thermique
(équations de Stefan-Maxwell), viscosités dynamique et volumique, conductivité.
Ce caractère de milieu peu dense n'est pas affecté par un changement de
pression donc une variation du libre parcours moyen entre deux collisions.
 le caractère d'incompressibilité associé aux liquides est lié aux liaisons que
voit une particule dans un tel milieu. Elle est en effet liée à plusieurs voisins,
même si ces liaisons ne sont pas aussi strictes que dans un solide. Ce caractère
interdit une approche formelle comme dans les gaz : les propriétés de transport
sont mesurées, la théorie ne permettant que d'expliquer les variations avec la
température par exemple2. Ce caractère d'incompressibilité n'est pas
insurmontable : une pression très élevée de quelques centaines de GPa tel que
rencontré dans le noyau terrestre met en évidence une variation de masse
volumique des composants liquides.

Équations[modifier | modifier le code]
Les équations de Navier-Stokes pour un fluide simple (newtonien) sont la pierre
angulaire du domaine, à partir desquelles on déduit de nombreuses autres lois.
Ces équations sont écrites dans un repère fixe, avec deux expressions des
différentes grandeurs en fonction de la position : soit en fonction des coordonnées
actuelles dans le repère (description eulérienne), soit en fonction des coordonnées
occupées à un certain instant initial (description lagrangienne). Dans le premier cas

le vecteur   représente la vitesse à l'instant t et au point de coordonnées (

) (mais à différents instants il ne s'agira pas de la même portion de matière),

dans le second cas   représente la vitesse à l'instant t de la matière qui à

l'instant initial occupait la position   (et qui à l'instant t se trouve en un point

différent  ). On utilise le plus souvent la description eulérienne.


Équations de base[modifier | modifier le code]
On peut obtenir ces équations par au moins deux voies :

 à partir des relations de conservation de la masse, de la quantité de


mouvement et de l'énergie,
 à partir de l'équation de Boltzmann décrivant l'évolution moléculaire par
la méthode de Chapman-Enskog. Cette méthode n'est utilisable que pour les gaz
en raison de la simplicité relative des interactions au niveau microscopique dans
ce cas.
Dans la première méthode apparaissent le tenseur des contraintes (ou tenseur de
pression, incluant contraintes visqueuses et pression) et le flux de chaleur. Pour ces
deux quantités on fait l'hypothèse qu'elles sont liées à un gradient :

 le flux de chaleur est proportionnel au gradient de température (loi de Fourier),


 le tenseur des contraintes est proportionnel au tenseur des vitesses de
déformation (hypothèse de Stokes). En une dimension d'espace cette expression
s'exprime en disant que la contrainte visqueuse est proportionnelle au taux de
cisaillement. Ceci définit un écoulement « newtonien ».
Le mécanisme sous-jacent dans les deux cas n'est pas très apparent : on se doute
que cette proportionnalité est liée à une linéarisation des équations qui décrivent le
problème exact sous-jacent. C'est là un processus général en physique
mathématique.
La méthode partant du microscopique permet d'éclairer cet aspect. Les équations de
Navier-Stokes sont l'expression d'une petite perturbation de la fonction de distribution
microscopique des vitesses et, éventuellement, des énergies internes (statistique de
Maxwell-Boltzmann). A contrario les équations d'Euler décrivent le cas
correspondant à l'équilibre thermodynamique local.
Il faut alors donner les coefficients qui interviennent : pression, viscosité et
conductivité. La pression est définie par l'équation d'état. Les propriétés de transport,
viscosité, conductivité peut résulter dans le cas du gaz d'un calcul effectué à partir du
niveau microscopique (du potentiel interatomique). Pour les liquides ces quantités
relèvent de l'expérience.
[afficher]
Exemple : fluide incompressible
 

Similitude[modifier | modifier le code]
La similitude est la mise en évidence de nombres sans dimensions permettant de
réduire le nombre de paramètres intervenant dans les équations afin de simplifier
son analyse, éventuellement de définir des expériences à l'échelle du laboratoire.
Elle est basée sur l'invariance d'échelle qui assure la covariance des équations :
celles-ci sont valides dans tout référentiel galiléen.
On peut alors par un changement de variable faire apparaître des nombres
adimensionnels et diminuer ainsi le nombre de variables d'un problème.
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Exemple : nombre de Reynolds
 

Instabilités et turbulence[modifier | modifier le code]


Instabilités[modifier | modifier le code]

Instabilité de Kelvin-Helmholtz matérialisée par des nuages.

L'instabilité des solutions des équations est due au terme non linéaire de transport de
quantité de mouvement V ⋅ ∇V. Elles correspondent à une bifurcation de la solution
obtenue pour une certaine valeur du nombre de Reynolds. On rencontre divers types
d'instabilités :
 instabilité de cisaillement bidimensionnelle pour des profils de vitesse
perpendiculaire à l'écoulement ayant un point d'inflexion (instabilité de Kelvin-
Helmholtz). Le tourbillon généré est dans le plan de l'écoulement ;
 instabilités centrifuges de type Taylor-Couette qui se crée lorsque le moment
cinétique r V(r) décroît lorsque l'on s’éloigne du centre de courbure. Le tourbillon
généré est perpendiculaire à l'écoulement, conduisant par exemple
aux tourbillons de Görtler. Il existe nombre d'autres instabilités de type inertiel
telles les instabilité elliptique et instabilité de Crow rencontrées en aéronautique
ou en géophysique3.
De plus les interfaces soumises à une accélération ou à un champ de gravité
peuvent être le siège d'instabilités : Rayleigh-Taylor, Richtmyer-Meshkov, etc.
Transition vers la turbulence[modifier | modifier le code]

Strioscopie de l'écoulement transitionnel créé par une chandelle.

Le passage de l'état laminaire d'un écoulement vers un état totalement turbulent peut
emprunter plusieurs voies :

 transition naturelle : une perturbation quelconque est amplifiée comme le


montre une analyse de stabilité (équation de Orr-Sommerfeld). Les perturbations
d'abord régulières (ondes de Tollmien-Schlichting) se déforment, créent des
tourbillons longitudinaux qui sont eux-mêmes déformés et qui finissent par créer
des régions (« spots ») turbulentes, lesquelles finissent par occuper tout l'espace.
 transition « by-pass » : ce phénomène, présent dans les couches limites,
désigne une transition forcée par la contamination par une turbulence externe.
Les premières étapes de la transition naturelle sont contournées, d'où le nom.
 transition par rugosité : les irrégularités de la paroi sont un moteur puissant de
déstabilisation de la couche limite.
 transition par décollement de l'écoulement moyen créant une couche de
cisaillement instable.
Il n'existe pas de modèle universel de transition. Ceci est aisément compréhensible
dans le cas de la transition naturelle où la source de l'instabilité peut être diverse et
où de plus son amplitude joue un rôle. De même on ne maîtrise pas forcément une
turbulence externe. En pratique on utilise des critères expérimentaux valides sur telle
ou telle configuration.
Turbulence[modifier | modifier le code]

Visualisation par fluorescence induite par laser d'un jet turbulent.

La turbulence est un phénomène étudié depuis Léonard de Vinci mais encore mal


compris. Il n'existe pas de théorie permettant de décrire le phénomène à partir des
équations de Navier-Stokes. La cascade turbulente se manifeste par un transfert
d'énergie des grandes structures créées par les gradients de vitesse - encore le
terme V ⋅ ∇V - vers les petits tourbillons détruits par dissipation visqueuse. Un
résultat majeur obtenu par Kolmogorov est la description des échelles intermédiaires
où se produit une diffusion de l'énergie cinétique par mélange et étirement/repli des
tourbillons. Cette région possède une propriété d'auto-similitude : les transferts se
produisent identiquement à toutes les échelles. Ce résultat illustre la capacité
explicative de l'approche physique statistique et systèmes dynamiques.
Il faut mentionner l'existence d'une turbulence quasi-bidimensionnelle obtenue
lorsque l'une des dimensions du problème est limitée : c'est le cas de l'atmosphère
où les grands tourbillons excèdent largement la « hauteur utile » où peut se
développer une troisième dimension. Il se produit alors une double cascade
d'énergie4.
En pratique l'approche physique statistique ne permet pas un calcul global. De même
la résolution directe des équations est beaucoup trop coûteuse et ne sert qu'à
générer des expériences numériques servant de test à une théorie. En pratique
la mécanique des fluides numérique utilise une méthode où les moments des
corrélations statistiques des variables issus d'une prise de moyenne sont modélisés
par une hypothèse physique raisonnable. Il existe plusieurs modèles, chacun étant
plus ou moins adaptée à une situation donnée.
Les effets de la turbulence sur l'écoulement sont importants. Directement ils
favorisent les échanges de masse, quantité de mouvement et énergie. Ce
phénomène augmente également le bruit acoustique. Il a aussi un effet indirect en
modifiant la structure globale d'une région, par exemple la région décollée d'une
couche limite ou un jet.

Lois de comportement[modifier | modifier le code]


La loi de comportement d'un milieu solide ou fluide (voire intermédiaire) relie
les contraintes σij exercées dans le milieu aux déformations εij du milieu et/ou à leurs
dérivées par rapport au temps.
Fluide newtonien[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Fluide newtonien.
Pour beaucoup de fluides le tenseur des contraintes peut s'écrire comme la somme
d'un terme isotrope (la pression p) et d'un déviateur (le cisaillement):

δij est le symbole de Kronecker, μ la viscosité dynamique et V la vitesse.


En réalité il existe toujours un terme de viscosité volumique  μ' div V δij 
correspondant à une variation isotrope de volume et dû à des interactions
moléculaires inélastiques. Ce terme est généralement négligé quoique mesurable
et, dans le cas des gaz, calculable5. Très petit, il est supposé nul dans
l'hypothèse de Stokes.
Certains matériaux comme les verres ont un comportement qui passe
continûment de l'état solide à l'état liquide. C'est vraisemblablement le cas du
verre commun si l'on en croit les mesures de viscosité dans la plage où celles-ci
sont faisables en un temps raisonnable6,b ou celle du Silly Putty.
Fluides non newtoniens[modifier | modifier le code]

Versement vertical d'un shampooing qui crée un jet latéral par effet Kaye.

De nombreux fluides ont des comportements différents, particulièrement en


cisaillement. Ce comportement est lié à leur composition : phase solide en
suspension, polymère, etc. Leur étude relève de la rhéologie. On présente
généralement leur comportement sous un cisaillement simple pour lequel la
viscosité est la pente de la courbe contrainte-déformation :

 le fluide de Bingham (boue de forage, dentifrice) qui a un comportement


visqueux newtonien passé un seuil de déformation correspondant à la
dislocation de sa structure au repos.
 fluides rhéofluidifiants ou pseudo-plastiques (sang, peintures, pâte à papier,
etc.) dont la viscosité apparente diminue avec la contrainte appliquée, le
phénomène étant lié à une diminution des liaisons internes, affectées par
l'écoulement. Certains fluides de Bingham ont un comportement pseudo-
plastique.
 à l'inverse certains fluides sont rhéoépaississant ou dilatants comme les
suspensions concentrées.
La relation containtes-déformation n'est pas suffisante pour caractériser certains
fluides dont le comportement est plus complexe :

 dépendance en fonction du temps comme les fluides thixotropes comme


le ketchup dont la viscosité apparente diminue avec le temps sous contrainte
constante. Ce phénomène est lié à une déstructuration plus ou moins rapide
du milieu. Plus rarement on rencontre des fluides antithixotropes comme
le latex.
 Un autre caractère possible est l'élasticité de fluides comme certaines résines
polyacrilamides capables d'aligner leurs chaînes macromoléculaires dans le
sens de l'écoulement.
Ces caractéristiques peuvent donner naissance à des comportements
remarquables comme :

 l'effet Weissenberg pour les fluides pseudo-plastiques7 ;


 l'effet de siphon ouvert pour les fluides élastiques8 ;
 l'effet Kaye pour les fluides thixotropes9.
Les comportements peuvent être décrits par des modèles rhéologiques obtenus
en ordonnant de manière plus ou moins complexes des éléments de base :
ressort pour l'élasticité, amortisseur pour le comportement visqueux, patin pour la
pseudo-plasticité10. On obtient ainsi le modèle de Kelvin-Voigt ou le modèle de
Maxwell pour décrire la viscoélasticité.
Les caractéristiques sont mesurées à l'aide de rhéomètres ou, dans le cas des
polymères, peuvent être prédites11.

Types d'écoulement (milieu homogène)[modifier | modifier le


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Stationnarité, instationnarité[modifier | modifier le code]

Allée de tourbillons de Karman.

Un écoulement peut être stationnaire ou instationnaire ou les deux à la fois.


Prenons l'exemple de l'écoulement autour d'un cylindre infini12 :

 à bas nombre de Reynolds basé sur le diamètre l'écoulement est laminaire et


stationnaire ;
 lorsque le nombre de Reynolds augmente (Re ≈ 10), on voit apparaître une
région de recirculation à l'arrière : cet écoulement est stationnaire ;
 cette recirculation entraîne une instabilité de type Kelvin-Helmholtz (Re ≈ 100)
et l'apparition d'allées de Kármán par appariement des tourbillons produits de
part et d'autre13,14 ;
 à plus grand nombre de Reynolds (Re ≈ 1000) l'écoulement de sillage devient
turbulent donc instationnaire mais stationnaire en moyenne statistique.
Vorticité[modifier | modifier le code]

Tourbillon de bout d'aile.

Les tourbillons peuvent naître dans une région décollée comme la recirculation


dans l'exemple précédent. Il s'agit alors d'un phénomène entretenu d'origine
visqueuse.
Ils peuvent également avoir pour origine une dissymétrie des conditions aux
limites : c'est le cas des extrémités d'une aile d'avion. Dans ce cas il s'agit d'un
phénomène inertiel non entretenu (en un point de l'espace donné). Les
tourbillons ainsi créés sont de grande taille et peu affectés par la viscosité, ce leur
confère une grande durée de vie.
Mathématiquement le tourbillon (ou vorticité) se définit comme le rotationnel de la
vitesse ou la moitié de cette valeur. On sait écrire une équation de transport pour
cette quantité15 qui est à la base des études sur la turbulence vue sous l'angle
mécanique des fluides et non sous l'angle statistique comme dans l'étude de
la cascade turbulente.
Compressibilité[modifier | modifier le code]

Balle de fusil en vol transsonique.

Tous les fluides sont visqueux jusqu'à un certain degré. La compressibilité de


l'eau par exemple vaut environ 5 × 10−10 m2 N−1, ce qui suppose des pressions de
l'ordre du kbar pour obtenir un effet mesurable. Cette faible valeur permet dans le
cas général de faire l'approximation de masse volumique constante. Les
écoulements dans lesquels cette approximation est valide sont généralement tels
que la température y est sensiblement constante et où l'on peut par suite
supposer la viscosité constante. L'équation de conservation de l'énergie est
découplée et les équations de Navier-Stokes réduites à une forme plus simple. Si
de plus on suppose le nombre de Reynolds petit (Re ≈ 1) on aboutit à l'équation
de Stokes. Dans le cas d'un écoulement irrotationnel on montre que la vitesse
découle d'un potentiel : on parle d'écoulement potentiel.
Toutefois la compressibilité d'un liquide n'est jamais nulle et il est possible d'y
propager une onde de choc, laquelle suppose une discontinuité des toutes les
variables comme indiqué par les relations de Rankine-Hugoniot. Celles-ci sont
relatives aux équations d'Euler, donc à un milieu sans viscosité. Cette
discontinuité n'existe qu'au point de vue macroscopique puisque la théorie
cinétique montre pour les gaz une variation rapide sans discontinuité sur une
distance de quelques libres parcours moyens.
L'onde de choc résulte d'une propriété remarquable des équations d'Euler : leur
caractère hyperbolique. L'information dans le milieu est transportée par
les caractéristiques. Ceci a donné lieu par le passé à des méthodes de résolution
par construction géométrique dans des cas assez simples comme une tuyère ou
l'onde accompagnant un objet en vol supersonique. Cette propriété est
aujourd'hui à la base des méthodes de résolution numérique par volumes finis :
les solveurs de Riemann.
Écoulements visqueux et non visqueux, couche
limite[modifier | modifier le code]
Hors problème de turbulence les effets dits visqueux, en fait tous les effets liés au
transport de masse (diffusion), de quantité de mouvement (cisaillement) et
d'énergie (conduction), sont généralement confinés à des régions particulières,
généralement une paroi et dans ce cas on parle de couche limite. Un immense
progrès dans la compréhension de ce phénomène a été faite au début
du XX  siècle. Elle a permis l'avènement de l'aérodynamique moderne grâce à
e

l'analyse que permet son caractère parabolique : l'information ne remonte pas


l'écoulement. En outre la relative simplicité des équations autorise la mise en
évidence de solutions approchées.

Écoulement en milieu inhomogène[modifier | modifier le code]


Écoulements à surface libre[modifier | modifier le code]

La Grande Vague de Kanagawa ou la transition d'un écoulement à surface libre vers un


écoulement diphasique
Les écoulements à surface libre désignent les écoulements d'un fluide limité par
une surface libre continue. Ils concernent essentiellement l'atmosphère, les
océans ou les lacs et les rivières ou canaux, mais décrivent aussi une étoile.
Les problèmes à grande échelle dans l'atmosphère ou l'océan ne possèdent pas
de caractère spécifique. Ils sont décrits par les équations de Navier-Stokes.
D'autres sont limités dans une ou plusieurs directions d'espace. Ce sont :

 les écoulements en eau peu profonde qui, contrairement à leur nom, peuvent


se rencontrer dans l'atmosphère. Ils sont décrits par une vitesse où deux
composantes sont dominantes. On décrit ainsi les courants de marée,
les seiches, les mascarets, les vagues non déferlantes, les ondes de gravité
comme le tsunami mais aussi dans l'atmosphère les ondes de Rossby,
de Kelvin, etc.
 les écoulements de canaux et rivières qui sont décrits par leur seule vitesse
moyenne.
La tension superficielle ne joue pas de rôle dans ce type de problème.
Écoulements polyphasiques[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Écoulement polyphasique.

Cavitation générée par une hélice.

Ce domaine de la mécanique des fluides16 s'intéresse à ce qui se passe lorsque


l’on a affaire à plusieurs phases qui s’écoulent ensemble. Dans la majorité des
cas il s'agit d'un milieu diphasique où une phase mineure en volume est
dispersée dans la phase majeure. On peut distinguer en fonction du milieu
majoritaire :

 liquide contenant un gaz sous forme de bulles (ébullition, échangeur de


chaleur), de liquide (nombreuses applications industrielles, en particulier
l'industrie pétrolière), de solide (suspensions diluées) ou de vide (cavitation),
 gaz contenant un liquide sous forme de gouttes (sprays).
Cette systématisation des phénomènes peut faire illusion : cela cache des
problèmes de natures très différentes. Par exemple les bulles et leur interaction
avec leur environnement constituent à elles seules un vrai problème physique
que l'on doit aborder avant même de s'intéresser au problème diphasique.
Pour le traitement théorique et numérique du problème on distingue les méthodes
cinétique où l'on suit chaque élément de la phase diluée en lui appliquant les lois
d'interaction ad hoc (par exemple dans l'équation de Mason-Weaver) et
méthodes bifluides où des équations de Navier-Stokes couplées sont écrites pour
chaque phase, moyennant certaines hypothèses sur le moyennage des phases
(exemple de la méthode du volume de fluide. Cette méthode est plus
économique mais pose souvent des problèmes de conditions aux limites où les
hypothèses ne sont pas respectées.
Il faut noter que les systèmes diphasiques sont susceptibles de montrer des
instabilités spécifiques, un exemple remarquable étant le geyser.
En taille et fraction suffisante les éléments dispersés peuvent affecter la
turbulence.
Écoulements en milieu poreux[modifier | modifier le code]

Microtomographie d'un composite Ti2AlC / Al.

Les écoulements en milieu poreux sont présents dans de nombreux domaines


comme l'hydrologie, les protections thermiques, etc. Il s'agit souvent de fluides
homogènes mais on rencontre des cas hétérogènes comme dans l'extraction
pétrolière. Ce sont par nature des écoulements de fluide à faible vitesse,
généralement décrits par l'équation de Stokes à l'échelle du pore. La loi de
Darcy établie expérimentalement est démontrable par prise de moyenne
volumique ou homogénéisation sous cette condition. L'extension à des
écoulements plus rapides (loi de Darcy-Forchheimer) se fait en introduisant un
nombre de Reynolds. Pour les gaz on sait également traiter tous les régimes
d'écoulement depuis le moléculaire jusqu'au continu (équation de Darcy-
Klinkenberg).
La quantité importante dans le domaine est la perméabilité. Celle-ci est
mesurable. Elle a longtemps été évaluée théoriquement par des modèles utilisant
des porosités de forme simple, respectant la porosité (par exemple la loi de
Kozeny-Carman). Ces méthodes ont une prédictabilité limitée aux variations et
non aux valeurs absolues. Ceci a changé avec l'avènement de
la microtomographie qui permet une simulation numérique directe du phénomène
à l'échelle du pore.

Branches interdisciplinaires[modifier | modifier le code]


Microfluidique[modifier | modifier le code]
Article détaillé : microfluidique.

Magnétohydrodynamique[modifier | modifier le code]
Article détaillé : magnétohydrodynamique.
Mécanique des fluides numérique[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Mécanique des fluides numérique.
La mécanique des fluides numérique consiste à étudier les mouvements d'un
fluide, ou leurs effets, par la résolution numérique des équations régissant
le fluide. En fonction des approximations choisies, qui sont en général le résultat
d'un compromis en termes de besoins de représentation physique par rapport
aux ressources de calcul ou de modélisation disponibles, les équations résolues
peuvent être les équations d'Euler, les équations de Navier-Stokes, etc.
La mécanique des fluides numérique a grandi d'une curiosité mathématique pour
devenir un outil essentiel dans pratiquement toutes les branches de la dynamique
des fluides, de la propulsion aérospatiale aux prédictions météorologiques en
passant par le dessin des coques de bateaux. Dans le domaine de la recherche,
cette approche est l'objet d'un effort important, car elle permet l'accès à toutes les
informations instantanées (vitesse, pression, concentration) pour chaque point du
domaine de calcul, pour un coût global généralement modique par rapport aux
expériences correspondantes. Les méthodes ont porté non seulement sur le
calcul proprement dit mais également sur le traitement des données issues de
l'expérience (éventuellement numérique !).
Cette discipline a prospéré grâce aux progrès des ordinateurs bien sûr mais aussi
grâce à ceux de l'analyse numérique et de l'analyse tout court.

Notes et références[modifier | modifier le code]


Notes[modifier | modifier le code]
a. ↑ Pendant longtemps une approche intermédiaire a consisté à déduire le potentiel (par exemple de
type Lennard-Jones) de la mesure de viscosité et de calculer les autres coefficients.
b. ↑ On ne peut pas caractériser un phénomène par une observation effectuée pendant une durée
faible devant le temps caractéristique de variation de celui-ci. Cette observation triviale est
contenue dans le nombre de Deborah.

Références[modifier | modifier le code]
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en ligne [archive])
2. ↑ (en) Yeram Sarkis Touloukian, S.C. Saxena et P. Hestermans, Viscosity, New
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67031-2 et 978-0-306-67020-6, OCLC 2296975, lire en ligne [archive])
3. ↑ Laurent Lacaze, « Instabilité elliptique : exemples en aéronautique et en géophysique. » [archive],
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4. ↑ Marcel Lesieur, Turbulence, EDP Sciences, 2013 (ISBN 978-2-7598-1018-5 et2-7598-1018-6)
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3200°C », Journal of the American Ceramic Society, vol. 67, no 3, 1958, p. 213-222
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8. ↑ (en) « Open siphon effect, dipping » [archive], sur YouTube
9. ↑ (en) « The Kaye Effect - Video » [archive], sur Maniac World
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80244-1)
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02-9, lire en ligne [archive])
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14. ↑ (en) « A remarquable Von Karman cloud vortex street » [archive], sur World News.com
15. ↑ René Moreau, « Éléments de dynamique du tourbillon » [archive], sur Grenoble sciences
16. ↑ (en) Christopher E. Brennen, « Fundamentals of Multiphase Flows » [archive], sur Caltech

Voir aussi[modifier | modifier le code]


Bibliographie[modifier | modifier le code]
Sur les autres projets Wikimedia :
 Mécanique des fluides, sur Wikimedia Commons
 mécanique des fluides, sur le Wiktionnaire
 Mécanique des fluides, sur Wikiversity
Ouvrages de référence[modifier | modifier le code]

 Ouvrages généraux
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parcours, Cépaduès, 2010, 533 p. (ISBN 978-2-85428-929-9 et 2-85428-929-3)
o (en) Lev Landau et Evgueni Lifchits, Mécanique des fluides,
Moscou/Paris, Ellipses Marketing, 1989, 592 p. (ISBN 2-7298-9463-2)
o (en) George K. Batchelor, An Introduction to Fluid Dynamics,
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 Passage du microscopique au continu
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York/Port Chester etc., Cambridge University Press, 1991, 422 p. (ISBN 0-
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o (en) Joseph Oakland Hirschfelder, Charles Francis Curtiss et Robert
Byron Bird, Molecular Theory of Gases and Liquids, John Wiley and
Sons, 1966 (ISBN 978-0-471-40065-3)
 Turbulence
o Christophe Bailly et Geneviève Compte-Bellot, Turbulence, CNRS
Editions, 2003, 376 p. (ISBN 2-271-06008-7)
o (en) Stephen B. Pope, Turbulent Flows, Cambridge University
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 Loi de comportement
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o Guy Couarraze, Jean-Louis Grossiord et Nicolas Huang, Initiation à la
rhéologie, Éditions Lavoisier, 2014 (ISBN 978-2-7430-1568-8 et 2-7430-1568-3)
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Polymeric Liquids : Fluid Dynamics, Wiley Intersciences, 1987 (ISBN 0-471-
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o (en) Stephen Whitaker, The Method of Volume Averaging, Kluwer
Academic Publishers, 2010, 471 p. (ISBN 978-3-642-05194-4)
 Diphasique
o (en) George Yadigaroglu and Geoffrey F. Hewitt (Eds.), Introduction to
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o (en) Christopher Earls Brennen, Cavitation and Bubble Dynamics, New
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and Kinetic Theory Descriptions, Academic Press, 2012, 467 p. (ISBN 978-
0-12-282470-8, lire en ligne [archive])
 Écoulements à surface libre
o Olivier Thual, Des ondes et des fluides : articles pédagogiques
multimédia, Toulouse, Cépaduès, 2005, 197 p. (ISBN 2-85428-655-3)
o (en) Hendrik C. Kuhlmann et Hans-Josef Rath (Eds.), Free Surface
Flows, Springer-Verlag, 1998, 331 p. (ISBN 978-3-7091-2598-4, lire en
ligne [archive])
o (en) Geoffrey K. Vallis, Atmospheric and Oceanic Fluid
Dynamics, Cambridge University Press, 2017 (ISBN 978-1-107-58841-7)
 Mécanique des fluides numérique
o (en) Joel H. Ferziger et Milovan Peric, Computational Methods for Fluid
Dynamics, Springer-Verlag, 2002, 426 p. (ISBN 978-3-540-42074-3)
o (en) Klaus A. Hoffmann et Steve T. Chiang, Computational Fluid
Dynamics, Engineering Education System, 2000 (ISBN 0-9623731-3-3, lire en
ligne [archive])
Vulgarisation[modifier | modifier le code]

 Étienne Guyon, Jean-Pierre Hulin et Luc Petit, Ce que disent les fluides : la
science des écoulements en images, Paris, Belin, 2005, 159 p. (ISBN 2-7011-
3557-5)
 Romain Rioboo, « Introduction à la mécanique des fluides » [archive],
sur YouTube
 Isabelle Gallagher, « Kolmogorov, le spectre de la turbulence » [archive],
sur Bibliothèque nationale de France
Articles connexes[modifier | modifier le code]

 Cinématique des fluides (en)


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