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SYNTHÈSE

Le fantastique
Le fantastique est un courant européen : héritage de la Il arrive enfin que certains êtres soient eux-mêmes, à leur
littérature européenne du XVIIIe siècle, le fantastique se insu, dotés de pouvoirs extraordinaires : double vue,
développe au XIXe siècle parce qu’il rejoint, et révèle prémonitions, métamorphose (Axolotl de Cortazar) ou
certaines incertitudes. Se développant avec le Romantisme, capacité de passer à travers les murs (Le Passe-muraille de
il coexiste avec le Réalisme. Aymé).

Définition : Le fantastique est défini par les chercheurs P. A travers ces différents thèmes, on perçoit que la littérature
Castex et T. Todorov comme l’intrusion du surnaturel, fantastique ouvre les portes d’un univers d’une
de l’inexplicable dans le réel quotidien. Il se caractérise « inquiétante étrangeté ». L’écriture de récit fantastiques
par une hésitation constante entre deux repose ainsi sur un certains nombres de procédés.
interprétations : l’une rationnelle, l’autre irrationnelle.
Le lecteur ne peut jamais trancher complètement en faveur
de l’une ou de l’autre interprétation. ► L’écriture fantastique
■ Le récit à la première personne
► Origines et développement : repères Le narrateur est donc souvent le personnage principal de
historiques et culturels l’histoire racontée et la focalisation est interne : le héros
témoigne lui-même de ce qui lui est arrivé. Ce sont ses
Parallèlement au rationalisme philosophique des Lumières propres facultés qu’il met en cause : est-il en train de
est né, au XVIIIe siècle, un courant sensible qui s’intéresse à rêver ? est-il devenu fou ? Le doute et l’incertitude sont
l’irrationnel. Le Diable amoureux de Cazotte en est une ainsi renfrorcés.
illustration (ouvrage publié en 1772). En même temps, ce
goût pour le surnaturel et pour le rêve à tendance ■ L’insistance sur un état second
cauchemardesque imprégnait la littérature romantique Beaucoup de situations favorables au fantastique sont
allemande (Goethe) et le roman noir anglais (Mary Shelley associées à une sorte d’état second. Fatigue, fièvre, ivresse,
Frankenstein) : pactes diaboliques, apparitions somnolence, drogues conduisent le héros à la limite de la
démoniaques, phénomènes mystérieux. Le Romantisme conscience, dans l’incertitude entre veille et sommeil.
français, influencé par ces littératures, en a exploité les
thèmes pour répondre aux angoisses et aux incertitudes ■ Le contexte spatio-temporel
du siècle : disparition des croyances religieuses, non- Les lieux sont souvent étranges ou isolés : cimetières,
respect des traditions, modification des structures sociales. maison loin de la ville ou inhabitées, magasins d’antiquités.
En contrepartie, l’importance accordée à la sensibilité et au Le moment joue aussi un rôle important : il s’agit de
rêve conduit les écrivains à aborder avec curiosité les moment où l’œil humain éprouve des difficultés pour
frontières fluctuantes du réel. discerner le vrai du faux, la réalité de l’illusion ou du rêve.
Après 1850, l’essor du Réalisme et du Naturalisme ne Ainsi, la nuit noire et profonde, l’aube ou le crépuscule
mettent pas fin à ces recherches : au contraire, elles permettent de douter de ce qui est vu. L’absence de
contrebalancent les incertitudes positivistes*. lumière directe et naturelle renforce ce sentiment.
Maupassant explique l’évolution du fantastique en montrant Les conditions météorologiques sont aussi importantes
qu’il doit être d’autant plus subtil que les certitudes humaines pour participer à ce brouillage des repères du temps et de
sont mieux fondées. Tout l’art de Poe et d’Hoffmann, écrit-il, l’espace : brouillard, automne brumeux, pluie.
consiste à jouer habilement sur « la limite du possible  ».
■ Les figures de style
► Caractéristiques et thèmes Les plus fréquemment utilisées sont :
- les personnifications* qui soulignent l’animation
Un certain nombre d’éléments récurrents permettent de faire des objets.
apparaître les caractéristiques de ce registre. - les comparaisons et les métaphores*  qui créent
des analogies entre deux mondes ou qui soulignent leurs
interférences inquiétantes. Elles soulignent aussi des
1. Les apparitions et animations phénomènes de métamorphoses. Associées au lexique de
Les récits fantastiques sont peuplés d’apparitions (formes l’incertitude, elles font comprendre à quel point le fantastique
indécises, spectres) et d’objets qui s’animent (une cafetière, relève de ce que Maupassant appelle le « somnambulisme
un presse-papier). Ces indices visibles d’une vie lucide ».
« impossible » sèment le doute et l’angoisse.
Exemple : le thème du vampire ou de « la morte vivante »
dans Véra ou La Morte

2. Le thème du double obsédant


Le narrateur se sent persécuté mais on ne sait jamais si ce
double existe réellement ou si c’est le fruit de son
imagination malade.
Exemples : William Wilson de Poe, Le Horla de
Maupassant, Le Chevalier double de Gautier.

3. Le pouvoir magique de certains objets


Le talisman est un élément important. Balzac l’utilise dans
La Peau de chagrin (à lire absolument ! ) Une peau magique
semble capable d’exaucer tous les désirs du héros, en
échange de sa vie. On en arrive ainsi au pacte.

4. Le pacte avec les puissances occultes


Le pacte avec le diable est le thème majeur du Faust de
Goethe. C’est ensuite devenu un thème récurrent du
fantastique : un contrat est passé avec des forces
démoniaques pour s’assurer argent, bonheur, puissance
éternité mais en échange on y perd son âme.
Exemple : Le Jeu du bouton de Matheson.

5. Les pouvoirs magiques de certains êtres