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À

ma fourmi.
AVANT-PROPOS

TRAVAILLER EST OPTIONNEL


Nous vivons à une époque où, passé le cap de la quarantaine, travailler devient optionnel. Les quelques années de liberté que nos grands-parents espéraient
connaître en fin de vie constituent désormais le quotidien de plusieurs trentenaires. Ainsi, la course effrénée qu’est le métro-boulot-dodo est un choix de vie et
non une obligation.
Vous pensez que je délire? Il y a une quinzaine d’années, j’aurais été d’accord avec vous, alors que je sortais du bureau du conseiller financier qui venait de
briser mes rêves de retraite précoce. Selon ses projections, l’indépendance financière avant 55 ans était un fantasme inatteignable. La fameuse «Liberté 55» était
réservée à un club sélect composé de bénéficiaires de fonds de pension généreux et de l’élite professionnelle.
Malheureusement, je ne faisais partie d’aucune de ces catégories. Ma situation financière de l’époque ne me permettait guère d’espérer plus que le chemin
conventionnel, celui tracé par le troupeau. En d’autres mots, je devais me saigner pour acheter la plus grande maison possible, m’endetter pour conduire le VUS
collant à mon image, consommer à la hauteur de mon rang social et rêver de liberté au chalet la fin de semaine. Misère!
Ce mode de vie, imaginé par la société de consommation, est une illusion, un mensonge qui profite à tout le monde sauf à soi-même. Nos habitudes de
consommation boulimiques et notre analphabétisme financier nous maintiennent bien enchaînés à ce mode de vie insensé. Cette course folle perpétuelle centrée
sur le travail ne fait qu’engraisser un système économique souffrant déjà d’obésité morbide.
Certains diront: «J’aime travailler!» «Mon boulot, c’est ma vie!» «Le travail, c’est la santé!» Rassurez-vous, l’objectif de ce livre n’est pas de vous faire
quitter votre emploi à tout prix. Bien au contraire. Je pense que le milieu du travail peut être un bon endroit pour se réaliser, s’épanouir et se dépasser.
La liberté est plutôt mon cheval de bataille. Cet ouvrage est, en réalité, un manifeste pour la liberté et, ultimement, pour le bonheur. La retraite est l’avenue
que j’ai choisie, mais il n’en tient qu’à vous de définir votre quête. Et si je me fie au nombre de visiteurs sur mon blogue Jeune Retraité (jeuneretraite.ca), le
dimanche soir, vous êtes nombreux à chercher un style de vie qui colle plus à vos valeurs.
La bonne nouvelle, c’est que nous disposons de tous les outils pour échapper à ce monde superficiel et illusoire si nous le souhaitons. La plupart d’entre nous
ont les moyens financiers d’aspirer à une vie dans laquelle le travail est secondaire, voire facultatif. Il suffit d’en faire le choix.
La preuve? J’ai quitté le marché du travail définitivement à l’âge de 39 ans, sans hériter d’une fortune, sans toucher un salaire extravagant et sans gagner au
loto.
Ce livre résume la façon dont j’ai déjoué le système pour atteindre l’indépendance financière en moins de 14 ans et vous montre comment vous pouvez le
faire aussi.
INTRODUCTION

LA RAT RACE
Nous sommes des rats de laboratoire. Nous courons à toute vitesse dans une roulette, sans jamais avancer. La vie est un combat quotidien, une course folle contre
la montre pour n’aller… nulle part.
La journée débute typiquement par la sonnerie du cadran, à une heure arbitraire, qui n’a rien à voir avec le cycle naturel du corps humain. Puis, les yeux
collés, on se lance dans le trafic. Il faut zigzaguer, puisqu’on est en retard. Pas le temps d’être courtois! Par contre, un arrêt chez Tim Hortons s’impose.
On arrive ensuite au boulot pour constater avec stupeur que les courriels se sont accumulés toute la nuit. S’enchaînent les réunions insignifiantes, les
discussions futiles de corridor et les interruptions constantes dès qu’on essaie de faire avancer un dossier. Lorsque le soleil décline, c’est l’heure de se retaper les
bouchons de circulation. On fait tout ça dans l’espoir de s’anesthésier l’esprit deux ou trois heures devant la télé en fin de soirée. Puis, le lendemain matin, on
recommence.
Je caricature à peine. La vie moderne est une course drainante, suffocante et autodestructrice. Comme le résume si bien Ernie J. Zelinski, dans son livre L’art
de ne pas travailler, «[l]’expression rat race est désobligeante pour les rats1».
Mais comment est-ce que trois milliards d’années d’évolution ont bien pu nous mener là?

LE STRESS FINANCIER, LE MAL DU SIÈCLE


J’amorce la réflexion en faisant un constat alarmant. Plusieurs études démontrent que l’argent est désormais la première cause de stress des Québécois. Ce mal de
société cause plus d’angoisse que le travail, la vie familiale et même les problèmes de santé.
Selon les données compilées par l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC), «40% des travailleurs canadiens se sentent dépassés
par leur taux d’endettement; 48% disent avoir perdu le sommeil en raison de soucis financiers; 35% dépensent la totalité de leur salaire net ou même plus; 44%
disent qu’ils auraient de la difficulté à respecter leurs obligations financières s’ils recevaient leur paie en retard et 37% disent qu’ils devront retarder leur retraite
parce qu’ils n’auront pas assez d’argent2».
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces résultats catastrophiques ne se limitent pas aux moins bien nantis. Le problème touche également les employés
au sommet de la pyramide sociale. Un sondage mené par Mercer, une firme de ressources humaines, auprès de 1500 employés au Canada indique que «près de
20% des ménages dont les revenus annuels se situent entre 100 000 et 150 000 dollars estiment qu’ils n’ont pas le contrôle de leur situation financière3».
Cette situation, qualifiée par certains d’épidémie silencieuse, touche donc toutes les sphères de la société, peu importe l’éducation ou le niveau de richesse.
Tout le monde est stressé par l’argent. Le cancer est généralisé.

RICHES SANS LE SAVOIR


Dans la plupart des cas, nos angoisses ne s’expliquent pas par un manque d’argent ni un faible revenu. En effet, si vous êtes en bonne santé et que vous êtes né au
Canada, vous avez gagné le gros lot. Félicitations!
Vous l’ignorez peut-être, mais vous avez bel et bien remporté le jackpot à la «loterie ovarienne». Vous êtes largement favorisé par rapport au reste de la
population mondiale, juste parce que vous êtes né au bon endroit, au bon moment. Vous n’avez pourtant rien fait pour mériter ce privilège. À part que votre
spermatozoïde en a battu 200 millions d’autres à la nage.
On se compare souvent à son entourage pour mesurer sa richesse relative. Les collègues de travail, les proches et les voisins servent de références. Or, si on
arrête de se regarder le nombril et qu’on lève les yeux sur le reste du monde, les perspectives changent dramatiquement.
On casse souvent du sucre sur le dos du fameux 1%, ces riches qui exploitent les ressources et qui s’enrichissent aux dépens des honnêtes travailleurs.
Toutefois, j’espère que vous réalisez qu’à l’échelle planétaire, vous faites partie des riches.
D’après les données compilées par Crédit Suisse, si votre avoir net (c’est-à-dire vos possessions, moins vos dettes) dépasse 97 000$, vous figurez parmi les
10% des plus fortunés du monde4. Environ le quart des ménages québécois font partie de cette élite5.
Qui plus est, selon l’organisme Giving What We Can6, si vous touchez un salaire annuel net de 40 000$, vous êtes parmi les 4,1% des personnes les mieux
rémunérées dans le monde. Conséquemment, 95,9% de la population mondiale pourrait vous critiquer aussi sévèrement que vous critiquez ceux qui sont plus
prospères que vous.
Seriez-vous riche sans le savoir?

LES ILLETTRÉS DE LA FINANCE


Vous l’aurez compris, en théorie, nous avons suffisamment d’argent pour que nos finances soient le dernier de nos soucis. C’est notre incompétence financière
qui nous bâillonne. En clair, nous sommes de riches illettrés financiers.
C’est un peu comme si on donnait le volant d’une formule 1 à un ado de 17 ans qui vient juste d’obtenir son permis de conduire. Avec tant de puissance entre
des mains inexpérimentées, la balade risque de mal finir. Similairement, autant de crédit et de possibilités d’endettement entre les mains d’un consommateur
financièrement incompétent mènent forcément à la catastrophe.
Tout comme le stress financier, le manque de connaissances en gestion de l’argent touche toutes les strates de la population. Presque tout le monde est nul,
des chefs d’entreprise aux conseillers financiers, en passant par le premier ministre et même, probablement, le pape.
Partout où je tourne les yeux, j’observe des comportements illogiques. Par exemple, des étudiants qui s’endettent pour acheter une première voiture, des
couples qui vont à la limite de leurs capacités financières pour acquérir une «maison trophée», des banlieusards qui se font construire une piscine au lieu de
cotiser au régime enregistré d’épargne-études (REEE) de leurs enfants, des gouvernements qui empilent déficit sur déficit pour plaire aux électeurs…
Nous avons mille façons de rationaliser ces décisions insensées. «Je travaille assez fort, je le mérite bien!» «C’est juste 100$ de plus par mois!» «J’ai juste
une vie à vivre!» «J’ai tout misé sur ma maison, alors je vis dans mon compte de banque!»
Force est de l’admettre, nous sommes la cause (et la solution) de nos problèmes d’insomnie.

LA SOCIÉTÉ DES LOISIRS


Dans les années 1960, on avait projeté que la hausse constante de la productivité mènerait à une société de loisirs, une société dans laquelle le boulot deviendrait
secondaire, voire facultatif. La réduction de 33% des heures travaillées entre 1890 et 1950 laissait présager que nous n’aurions plus qu’à travailler une heure ou
deux par jour à l’an 2000. À l’époque, on envisageait même que la retraite à 40 ans deviendrait la norme7! Alors, comment se fait-il que nous travaillions
toujours autant, 60 ans plus tard?
Dans les faits, nos capacités financières ont bel et bien augmenté radicalement dans les dernières décennies. Le niveau de vie moyen au Québec, c’est-à-dire
le revenu disponible par habitant, a augmenté de 51% entre 1969 et 2004, selon une étude menée par le sociologue Simon Langlois, professeur à l’Université
Laval. Cela s’explique par différents facteurs, entre autres le fait que nous avons «[m]oins de bouches à nourrir, [l’] avènement du double revenu, [la] reprise à la
hausse des revenus de travail8».
Une étude menée par la BMO arrive à un constat semblable: «[L]es jeunes de la génération Y, nés entre 1981 et 2001, ont de meilleurs revenus que leurs
parents au même âge, et leur pouvoir d’achat est supérieur de 2%9.»
De plus, contrairement à la croyance populaire, les dépenses essentielles n’accaparent pas nécessairement une plus grande portion de notre budget. En 1960,
nous dépensions plus du tiers de nos revenus pour nourrir notre famille. Dans les années 1970, c’était plus du quart. Aujourd’hui, nous y consacrons 15%, en
moyenne10. Par conséquent, blâmer la hausse du coût du bœuf haché, du litre d’essence ou du prix des logements pour notre appauvrissement est juste une façon
d’esquiver le véritable problème.
Ne nous méprenons pas: dans les conditions actuelles, notre surconsommation nous maintient bien enchaînés à la semaine de 40 heures. Dans les faits, toutes
les conditions sont réunies pour que nous n’ayons presque plus à travailler et que l’argent soit le dernier de nos tracas.
La société de loisirs est désormais une réalité. Nous avons les deux pieds dedans. Nos niveaux de productivité et de richesse nous permettent maintenant
d’être maîtres de notre temps. Or, tous les jours, nous troquons notre liberté financière contre des bébelles. Ces centaines de microdécisions quotidiennes
s’additionnent pour former un trou noir financier. C’est-à-dire un objet céleste qui empêche toute forme de liberté de s’échapper.
Au bout du compte, nous sommes la somme de nos choix. Si nous travaillons autant, c’est parce que nous en avons décidé ainsi. Notre quête matérielle
insatiable et nos ambitions démesurées nous enchaînent artificiellement longtemps au marché du travail.

LE TRAVAIL, C’EST LA SANTÉ (OU PAS)


Selon le dictionnaire Larousse, la liberté est «[l’]état de quelqu’un qui n’est pas soumis à un maître». Ainsi, peu importe le niveau de bien-être d’un travailleur, sa
dépendance financière à l’égard de son employeur ou de son chèque de paie nuit à sa liberté. Un employé qui a une hypothèque à payer et qui vit d’un chèque de
paie à l’autre est généralement plus docile et plus malléable qu’un employé qui est financièrement indépendant.
Cette situation de dépendance est d’autant plus difficile à subir que les impératifs de performance sont élevés de nos jours et que l’épuisement professionnel
nous guette à tout moment. Une enquête menée par la firme Morneau Shepell en 2017 révélait que la «cause première des problèmes de santé mentale ou des
maladies mentales est le stress au travail». Près de 70% des répondants avaient indiqué que leur santé mentale était affectée par leur travail11. Le stress est un
tueur silencieux qu’il ne faut pas négliger.
Si votre emploi actuel vous rend heureux, tant mieux! Gardez cependant en tête que le milieu des affaires est en bouleversement continuel. Un changement de
direction, une pandémie ou une révolution technologique sont si vite arrivés. Les entreprises sont vendues, fusionnées, restructurées et fermées en un claquement
de doigts. Un emploi de rêve peut devenir rapidement toxique.
D’où l’importance d’avoir un plan B.
MON PARCOURS VERS LA LIBERTÉ

S’ENRICHIR, UN GESTE BANAL


Si je veux raconter mon histoire, ce n’est pas parce qu’elle est spectaculaire ou remarquable, mais précisément parce qu’elle est banale. En temps normal, dans
une biographie, on essaie de se mettre en valeur. On modifie les anecdotes pour y greffer le nom d’une personnalité connue ou d’un endroit extraordinaire qu’on
a visité. Pas ici. Vous ne saurez donc jamais comment je me suis retrouvé sur un voilier en Polynésie française avec Vincent Cassel, ni pourquoi j’ai joué de la
flûte traversière dans une soirée «meurtre et mystère» chez Guy Mongrain.
Plutôt, vous allez constater à quel point la liberté financière est atteignable pour le commun des mortels. Je n’irais pas jusqu’à dire que le chemin est aisé,
mais il est certainement à la portée de la vaste majorité des Québécois.
Dans cet esprit, ce livre se veut accessible à tous. De toute façon, je n’aurais pas l’intelligence ni les connaissances nécessaires pour le rendre inaccessible. Je
ne suis ni un expert des finances ni le gourou d’une secte de frugalistes. Je suis simplement un gars qui a trouvé une porte de sortie vers la liberté. Voici donc les
grandes lignes de mon parcours.

FRUGAL MALGRÉ MOI


Mon histoire débute un dimanche à 19 h. Dès ma naissance, j’ai expérimenté le blues du dimanche soir. Le week-end était déjà fini. J’avais l’impression de ne
pas l’avoir vu passer!
Quelques années plus tard, en cinquième année, je gravais sur mon pupitre, avec la pointe de mes ciseaux, l’inscription suivante: «Si un prof se tue à te
donner des explications, patiente et laisse-le mourir!» Ce dicton résume assez bien l’ensemble de mes études primaires et secondaires. J’étais un élève distrait,
bien plus intéressé par un bout de règle en plastique converti en skateboard pour les doigts que par le bruit qui sortait de la bouche du professeur. Tel un
prisonnier, je faisais mon temps.
Heureusement, mes parents m’ont poussé à grands coups de pied au cul tout le long du parcours scolaire. Sans eux, j’aurais abandonné mes études dès que
possible et fondé une petite entreprise qui serait devenue plus tard une grande multinationale. Puis, une fois milliardaire, je serais tombé dans l’enfer de la drogue
et du jeu, pour finir sans le sou dans un hôpital psychiatrique. Je leur suis reconnaissant de m’avoir évité le pire!
Plus sérieusement, mes parents m’ont inculqué mes premières bases de frugalité. Ils m’ont appris, par leurs actions, à étirer chaque dollar.
Premièrement, ils n’ont jamais acheté de voiture neuve et, surtout, ils ne se sont jamais endettés pour le faire. Le véhicule, pour ne pas dire le «bazou», était
payé comptant. Mon père voyageait entre la maison et le boulot à vélo, été comme hiver. Les transports collectifs comblaient le reste de nos besoins de
déplacements.
Deuxièmement, durant mon enfance, mes parents ont rarement acheté du neuf. Je pense que nous ne faisions qu’une visite annuelle au magasin, juste avant la
rentrée scolaire. Tous les articles de sport étaient issus de ventes-débarras ou de petites annonces dans le journal. Ma mère confectionnait tous les costumes
d’Halloween et réparait nos vêtements troués. Mes parents ramassaient même des meubles dans les vidanges pour les restaurer. Encore de nos jours, si vous
passez sur la rive sud de Montréal le mardi matin, vous verrez probablement deux septuagénaires, la tête dans les poubelles d’un voisin, à la recherche d’un
trésor.
Troisièmement, mes parents ont investi leurs épargnes au lieu de les dépenser futilement. Ils m’ont enseigné que l’acquisition d’actifs est la meilleure façon
de s’enrichir. Comme la plupart des baby-boomers, ils ont misé sur l’immobilier. Même si j’ai plutôt opté pour le marché boursier, les bases sont les mêmes.
Quatrièmement, mes parents m’ont enseigné, contre mon gré, à résister au marketing. À titre d’exemple, au lieu de porter des Nike comme tous les enfants du
voisinage, mon frère et moi avions des Lynx. Ceux qui ont connu cette marque de chaussures comprendront que ce n’était pas un gage de prestige dans la cour
d’école. Pire encore, alors que les mythiques Air Jordan faisaient fureur, nous portions des Jordache, des imitations bon marché. La honte!
Finalement, mes parents m’ont guidé vers le bonheur. Ils m’ont démontré qu’en étant travaillant, humble, débrouillard et généreux, on peut s’accomplir
pleinement. Avec le recul, je constate que le bonheur prévient bien des maux. À tout le moins, dans mon cas, il s’agit d’un vaccin efficace contre la
surconsommation et l’endettement.

LA RENCONTRE DE LA FOURMI
Mis à part la fée des dents, ma première source de revenus a été l’extraction sous-marine de matières précieuses. J’entends par là ramasser la monnaie dans les
fontaines d’eau publiques. Eh oui, j’étais un parasite social dès ma tendre enfance!
Plus tard, j’ai occupé des emplois d’été immensément plus épanouissants, comme essuyer des réservoirs d’essence ou emballer des fromages. Reste que, dès
que j’ai réussi à accumuler quelques dollars, les sages enseignements de mes parents ont pris le bord. Je dépensais toutes mes économies estivales avant même
les premiers flocons de neige.
Je vivais littéralement comme une cigale. Puis j’ai rencontré la fourmi.
La rencontre de ma conjointe, Van-Anh, a marqué, comme le dirait ma belle-sœur, un virage à 360 degrés dans ma vie. Sur le plan financier, ça a été le choc
entre la frugalité vietnamienne et le laxisme québécois.
D’un côté, Van-Anh, issue de parents qui avaient fui la guerre, était bien consciente de l’importance d’économiser son argent en prévision des jours de pluie.
Depuis l’âge de 10 ans, elle inscrivait toutes ses dépenses dans un petit carnet. Puis, quand venait le temps de débourser ses quelques dollars d’argent de poche,
elle raisonnait avec la sagesse d’un comptable. Alors que ses copines dépensaient futilement leurs allocations en achetant des colliers en bonbons et des gommes
Bazouka, elle plaçait ses sous dans un compte d’épargne à la Caisse pop.
À l’adolescence, malgré la pression de ses pairs, Van-Anh a gardé ses habitudes frugales. Même si, paradoxalement, elle prenait plaisir à faire du shopping,
elle le faisait à la manière d’une fourmi. En fait, elle pratiquait la chasse aux «vraies» aubaines. J’imagine que toutes ces années d’entraînement lui ont permis
d’acquérir son pouvoir supranaturel à dénicher les bons deals.
De l’autre côté, il y avait moi, un «maigre blanc d’Amérique» qui avait grandi dans le confort de la banlieue et qui n’avait connu qu’une guerre, celle des
tuques. La ouate dans laquelle je vivais avait engendré un certain laisser-aller financier. Bref, j’étais un frugaliste du dimanche.
Néanmoins, la discipline budgétaire de Van-Anh a fini par déteindre sur moi. Sans m’en rendre compte, j’ai acquis à son contact la notion la plus importante
de ma vie financière, celle qui allait me mener à la liberté: l’épargne intensive.
Je suis devenu graduellement une fourmi. Moi qui croyais que mes parents étaient frugaux, je suis passé au niveau supérieur. Mes chaussures Lynx étaient
soudain considérées comme des articles de luxe dans ma garde-robe. Même que je les conservais précieusement sous une cloche de verre pour le jour de mon
mariage.
Somme toute, Van-Anh est le cerveau derrière le plan que je présente dans ce bouquin. Elle est Yoda, alors que je suis Luke Skywalker. Attendez, elle
n’aimera pas cette comparaison… Disons plutôt qu’elle est M. Miyagi et que je suis Daniel-san? En tout cas, vous comprenez l’idée!
Si Van-Anh n’avait pas changé le cours de mon existence, je vivrais aujourd’hui dans une «maison trophée» à Candiac, je conduirais un VUS de l’année et,
tous les jours, je me plaindrais de mon patron ainsi que du trafic sur les ponts. Chose certaine, je n’écrirais pas un livre sur l’indépendance financière.

L’ÉCOLE, UN MAL NÉCESSAIRE


On dit que l’amour rend plus fort. Du haut de mes 68 kilos (tout mouillé), ma relation avec Van-Anh m’a transformé en Shaquille O’Neal. Dans ma tête, je me
voyais déjà à la tête d’un empire. Dans les faits, j’étais juste un étudiant paumé, sans avenir.
Après quatre sessions de glandage intensif au cégep, à virevolter d’un programme à l’autre et à chercher des excuses pour mes résultats médiocres, j’ai eu
envie de prendre mon avenir en main grâce à Van-Anh. Sa discipline de travail exemplaire m’a inspiré. D’autant plus que son futur mari se devait d’être médecin,
idéalement spécialiste. Ses parents n’accepteraient rien de moins pour elle. J’ai donc retiré la pellicule de cellophane qui couvrait encore mes livres et je me suis
donné à fond dans mes études. L’éducation, qui était jusque-là un mal nécessaire, était désormais mon grand projet.
Motivé à bloc, je suis passé de cancre à premier de classe en l’espace de quelques mois. La mention «probation» sur mon relevé de notes s’est
métamorphosée en «distinction». J’ai ainsi pu intégrer le programme de mon choix à l’université, soit l’informatique de gestion, et décrocher des bourses
d’études.
Soit dit en passant, j’ai eu l’immense chance que mes parents valorisent l’éducation et financent mes études. En plus, ils ont toléré (même encouragé) ma
présence à la maison, ce qui m’a permis d’obtenir un diplôme universitaire sans aucune dette.

LA FAUNE DU 9 À 5
C’est dans une agence de communications Web que j’ai déniché mon premier emploi. Une carrière en marketing, l’antithèse de la frugalité, m’était destinée.
Avec mes 26 000$ par année, j’étais le roi du monde. Toutefois, malgré ce salaire astronomique, j’ai gardé le train de vie d’un étudiant. Pas question
d’acheter une bagnole, de partir dans le Sud ou de me payer des chaussures neuves. J’empilais les dollars.
Par le fait même, j’ai découvert ce qu’était le monde étrange du 9 à 5. Un écosystème où les workaholics n’en font jamais assez, où les traîne-savates en font
toujours trop et où être débordé est une vertu.
Voici un échantillon de la faune que j’y ai découverte et que j’ai pu côtoyer pendant quelques années:
Il y avait le «stressé-de-corridor», celui qui se balade dans le bureau pour ventiler son stress et pour dire à tout le monde à quel point le travail lui sort par les
oreilles. Sa charge de travail est inhumaine! On le trouve généralement en train de glander à la machine à café.
Il y avait le «beau-parleur», le vendeur bedonnant, portant un costume lustré, trop ajusté, qui a un œil sur la réceptionniste. Son habitat naturel est le resto,
pour des lunchs d’affaires. Il est incapable d’écrire une phrase complète, mais connaît de bonnes blagues grivoises.
Il y avait le «comptable-rebelle», celui qui essaie de se dissocier de son emploi beige et monotone en se proclamant anticonformiste. Il conduit une moto la
fin de semaine et écoute du AC/DC le soir dans son bureau quand tout le monde est parti. Il rêve secrètement de peindre, mais pour l’instant ses seuls tableaux
sont dans Excel.
Il y avait le «marketer-hipster», ce jeune professionnel aux avant-bras tatoués qui porte une moustache ironique, vit dans un quartier embourgeoisé et possède
le dernier iPhone. Il est en fait une victime du marketing. On le voit presque uniquement en selfies sur les réseaux sociaux.
Il y avait le «geek-ermite», le développeur de logiciels, d’apparence négligée, vêtu d’un bermuda et de Crocs, qui se contrefout de la politique
organisationnelle. Il veut juste qu’on le laisse tranquille avec ses lignes de code. Une figurine de Star Wars lui tient compagnie.
Enfin, il y avait moi, le «créatif-chétif», un ectomorphe (terme scientifique pour «grand slack»), la chemise froissée, des cernes de sueur sous les bras, qui
reste au bureau après tout le monde (sauf le comptable-rebelle). Incapable de dire non, il est souvent une victime de choix pour le «boss-manipulateur» ou le
«délégateur-en-chef».
Fin de l’aparté. Retournons à mon parcours.

LE DÉCLIC
À ce stade, Van-Anh et moi étions des champions toutes catégories de l’épargne. Toutefois, nos ambitions financières n’étaient pas définies. Je devrais plutôt dire
qu’elles étaient définies par l’idéal forgé par la société de consommation, mais pas par nous. Ainsi, nous rêvions d’une grande maison dans un quartier cossu,
d’un véhicule qui ferait tourner les têtes et, moi, d’une foutue paire d’Air Jordan. À bien y penser, ma plus grande folie coûtait seulement 200$.
Or, un événement malheureux a bouleversé nos vies et nous a forcés à revoir nos priorités. Mon beau-père, devenu gravement malade, a dû lutter pour sa vie
durant plusieurs longs mois. Lui qui avait bossé comme un fou toute son existence pourrait ne jamais profiter du fruit de son labeur.
Imaginez, à une époque, cet homme était concierge la fin de semaine, livreur le soir, en plus d’occuper un emploi à temps plein le jour. Il avait trimé dur! Et,
finalement, il avait troqué sa santé contre l’espoir d’une vie meilleure pour sa fille. Il s’était ainsi assuré qu’elle pourrait ouvrir les portes auxquelles lui n’avait
pas eu accès.
Bien que son père ait survécu à cette épreuve, ça a été un déclic pour Van-Anh et moi. Nous n’allions pas laisser le bonheur nous glisser entre les doigts.
Nous n’avons donc pas attendu la retraite pour commencer à vivre. Les voyages se sont multipliés et l’idée de vivre autrement a commencé à germer.

LES VOYAGES FORGENT LA RICHESSE


Voyager aide à mieux comprendre le monde qui nous entoure, mais surtout à nous découvrir nous-mêmes. C’est seulement en sortant de notre petit monde, de
notre zone de confort, que nous comprenons qui nous sommes vraiment.
En voyageant, j’ai réalisé que mon mode de vie, que je croyais pourtant frugal, était en réalité excessif par rapport à celui de 95% de la population mondiale.
Ce que je considérais comme le minimum, l’essentiel, était en fait démesuré et superflu dans un contexte mondial.
J’ai vu des enfants d’âge préscolaire, complètement nus, se nourrissant à même les poubelles, des familles vivant sous un morceau de carton, des jeunes
hommes débouchant la merde des égouts à mains nues pour l’équivalent d’un dollar par jour, des gens ne possédant rien, à part les quelques vêtements noircis
qu’ils avaient sur le dos.
Pourtant, la plupart de ces gens, largement défavorisés par la vie, ne s’apitoyaient pas sur leur sort. Ils bûchaient jour après jour dans l’espoir d’une vie
meilleure. Peut-être leurs enfants ou leurs petits-enfants auront-ils une qualité de vie semblable à la nôtre.
Ainsi, le niveau de vie d’un Québécois moyen constitue un idéal à atteindre pour la vaste majorité des habitants de cette planète. Nous menons une vie de
rêve. Et nous sommes les seuls à l’ignorer. Au Ghana, un travailleur moyen aurait besoin de bosser durant 193 années pour atteindre le salaire annuel d’un
Québécois moyen. En outre, l’avoir net médian d’un ménage canadien, soit ses actifs moins ses dettes, le place au top 3,81% des plus grandes fortunes à l’échelle
mondiale. Il correspond par ailleurs à l’avoir net combiné de 631 travailleurs moyens au Libéria12.
En plus, nous nous plaignons le ventre plein. Nous avons atteint un tel niveau de confort et d’abondance que la météo et les performances des Canadiens de
Montréal sont désormais nos plus grandes inquiétudes. Il semble que notre bonheur collectif dépende uniquement de ces deux variables.
Chaque voyage m’a donc fait prendre davantage conscience de la chance que j’avais et m’a dégoûté un peu plus du mode de vie nord-américain. Les voitures
qui font la file le matin au service au volant, les poubelles de 360 litres en banlieue, les sapins de Noël sur le trottoir le 5 janvier, les maisons de 3000 pieds carrés
et les épiceries de 400$ chez Costco… Nous consommons comme si nous étions seuls au monde.
Force est de l’admettre, notre train de vie nord-américain est honteux.

CONSOMMER, LE VRAI SACRIFICE


Mon niveau de frugalité a augmenté graduellement au fil des années, non pas parce que je faisais l’effort de me priver, mais parce que je prenais conscience de
mes besoins véritables. Au fond, j’ai simplement perdu tout intérêt pour les biens matériels.
Pour moi, posséder un cinéma maison de 2000$ est inutile, puisque je peux vivre la vraie expérience en salle pour seulement 6$. Juste le prix de la location
d’un film en ligne couvre le coût du billet de cinéma. Et, même si on pirate les films sur Internet, le coût hypothétique de ce cinéma maison représente 333 visites
au cinéma. À la vitesse où évolue la technologie, ces équipements seront désuets avant qu’on ait eu le temps de regarder autant de films.
Il semble que l’être humain ressente le besoin de tout posséder. Nous voulons une piscine dans la cour, une salle de gym au sous-sol, un module de jeu pour
les enfants, un spa, une bibliothèque exhibant notre collection de livres et un garage plein d’outils qui ne servent jamais. Quel cauchemar! Même si on fait
abstraction du non-sens financier qu’il représente, tout ce matériel inutile nécessite d’être entretenu et réparé régulièrement (ou, plutôt, jeté et racheté). C’est du
travail! Par conséquent, plus on consomme, plus on devient esclave de ses bébelles.
Mon parcours vers la liberté s’est accéléré à mesure que je me suis détaché de tous ces désirs bidon. Moins je possédais, plus je me sentais léger et libre.
Néanmoins, les gens de mon entourage avaient presque pitié de moi. Pour eux, je sacrifiais les meilleures années de ma vie, je passais à côté de ma jeunesse.
«Tu fais de grands sacrifices!» «Il serait temps que tu achètes une auto plus sécuritaire que ça!» «Pourquoi tu n’achètes pas une maison, c’est le meilleur
investissement!» «Ta télé me fait de la peine!»
La liberté est le résultat de choix et non de sacrifices. À mes yeux, consommer est le véritable sacrifice.
Si j’avais acheté une voiture neuve, j’aurais déboursé plus de 7000$ par année en paiements mensuels, en assurance, en dépréciation et en frais divers
d’entretien13. J’ai plutôt fait le choix de conduire une vieille bagnole qui m’en coûtait 2000$ annuellement. La différence de 5000$ nous a permis de voyager un
mois par an ET d’épargner pour notre retraite précoce.
Si nous avions acheté une «maison trophée», nous aurions dû nous exiler en banlieue, nous nous serions éloignés de nos emplois respectifs (et de nos amis) et
nous aurions consacré nos week-ends à l’entretien de notre château. Surtout, nous aurions renoncé à notre liberté. J’y reviendrai.
Si j’avais brûlé mon budget en faisant des dépenses irréfléchies, je serais passé à côté d’expériences inoubliables. Par exemple, au lieu de m’abonner au câble
pour regarder des matchs de foot à la télé, j’y ai assisté en personne. Au lieu d’aller tous les midis manger du fast food avec mes collègues de bureau, j’ai mangé
aux meilleures tables de Montréal.
Les choix, toujours les choix! Ce sera un thème récurrent tout au long de ce livre.

LE RÊVE BRISÉ
Revenons à ma petite histoire. Nous sommes maintenant en 2006. Van-Anh et moi sommes sur une lancée. Nos épargnes foisonnent et nos ambitions matérielles
sont révisées à la baisse. Nous sommes plus heureux que jamais. Un séjour au Vietnam catalyse notre désir de profiter du moment présent, de nous évader du
métro-boulot-dodo. Sur une plage de Phu Quoc, nous convenons donc que le pactole qui devait servir de mise de fonds pour notre future «maison trophée» serait
plutôt consacré à notre fonds de liberté.
Mais plusieurs questions déterminantes restent encore en suspens. Principalement, combien d’argent faut-il pour être libre? Notre premier réflexe est de nous
informer auprès de notre banque de quartier. Après tout, toutes nos décisions financières ont été prises dans cette institution depuis des années. En plus, je sais
qu’il y a un panier de bonbons mis à la disposition des clients.
Ainsi, pleins d’espoir, nous exposons notre vision jusque-là secrète de retraite à 45 ans à un conseiller financier.
Puis la réalité nous frappe en pleine gueule. Selon les projections infaillibles du système, nous devrions posséder la somme de 1 million de dollars chacun
pour espérer nous retirer du marché du travail vers 55 ans. Et, comme pour s’assurer de bien nous remettre à notre place, le conseiller ajoute: «Ce scénario est
optimiste.»
Pour que ce rêve se concrétise, il faudrait qu’on bosse une trentaine d’années, qu’on gravisse les échelons et qu’on atteigne un salaire annuel d’au moins six
chiffres. Autrement dit, pour ce conseiller, si on n’a pas un revenu élevé, il est absolument impossible de prendre une retraite précoce.
Je sais maintenant que ce n’est pas vrai. J’en suis d’ailleurs la preuve vivante. J’ai atteint l’autonomie financière en touchant un salaire moyen de moins de 55
000$ par année.
Certes, avec le recul, je ne peux pas blâmer cet employé pour ces conseils erronés. Après tout, les formulaires qu’il utilisait n’étaient pas conçus pour des
extraterrestres comme nous. En temps normal, un travailleur dépense à la hauteur de ses revenus. Rares sont les anesthésistes qui vivent dans un demisous-sol à
Longueuil.
Aussi, nous avons fait l’erreur de confier notre plus grand rêve à un «vendeur à commission». Est-ce que vous iriez demander à un courtier immobilier si
c’est le meilleur moment pour acheter la maison qu’il vend?
À l’époque, nous n’avions pas conscience de tout cela. Van-Anh et moi sommes sortis du bureau la queue entre les jambes (mais au moins avec un bonbon
dans la bouche). Ç’a été la fin de notre fantasme de retraite précoce et le retour à l’étouffante normalité.

LE TSUNAMI FINANCIER
Alors que nous avions l’impression d’être plus loin de la liberté que jamais, la crise financière de 2008 a frappé. Ç’a été le coup de grâce! Notre portefeuille de
placement, constitué uniquement de titres d’entreprises, fondait comme neige au soleil.
C’était un cataclysme sans précédent. Tout ce qui ne devait jamais arriver est arrivé. Les banques faisaient faillite les unes après les autres. Les hauts placés
de la finance américaine pressaient leurs conjointes d’aller retirer le maximum de pognon au guichet automatique avant l’épuisement des stocks.
Tous les jours, les marchés tombaient de 3 ou 4%. Après trois mois de débâcle, nous avions perdu environ 50% de tous nos actifs. Notre rêve d’indépendance
financière était mort et enterré.
Je dois avouer qu’à ce moment précis, j’ai regretté de ne pas avoir suivi le troupeau. J’aurais pu dépenser comme un écervelé et ça n’aurait rien changé à mon
sort. D’ailleurs, les gens irresponsables de mon entourage jubilaient: «Moi, la Bourse, je n’y ai jamais cru.» «C’est du gambling!» «Vaut mieux profiter de son
argent maintenant.»
J’ai ressenti un profond sentiment d’injustice. Si seulement j’avais su que j’étais à moins de neuf ans de la retraite.

À VOS MARQUES, PRÊTS, FIRE


Il s’est ensuivi un formidable rallye boursier. À partir de 2009, les marchés ont rebondi de façon spectaculaire, comme jamais dans l’histoire. Ç’a enfin été
l’heure de gloire des petits investisseurs. Par chance, malgré mes désillusions, j’étais resté investi à 100% et je n’avais vendu aucun de mes placements.
C’est à cette époque que j’ai fait une découverte qui allait changer ma vie. Alors que je faisais semblant de travailler à mon bureau, je suis tombé sur une
communauté Web qui incarnait précisément ce que j’avais cherché toutes ces années.
Les adeptes de ce mouvement nommé FIRE, pour Financial Independence, Retire Early, avaient trouvé la formule pour être financièrement indépendants en
moins de 18 ans.
La recette m’a semblé simple et infaillible: il suffisait d’éviter toutes les dépenses superflues, d’épargner 50% de son salaire net, d’investir ses économies de
façon passive en Bourse et de patienter. Pas besoin de vendre des Tupperware la fin de semaine, d’investir tous ses REER dans une mine de pierres précieuses au
Ghana ou d’acheter des billets de 6/49 pour s’enrichir. L’épargne intensive jumelée au rendement moyen de la Bourse suffisait pour accéder à la liberté financière
en moins de 20 ans.
Contrairement aux projections que nous avions vues à la banque, le montant nécessaire pour atteindre l’indépendance financière, gracieusement appelé la
fuck-you money par les adeptes du mouvement, était calculé en fonction des dépenses plutôt que des revenus. Autrement dit, nul besoin de toucher un salaire
astronomique pour aspirer à la liberté. Les épargnants avaient enfin le dessus sur les hauts salariés.
Mon mode de vie frugal était enfin valorisé. J’étais un adepte de FIRE, sans le savoir. Quel sentiment libérateur! Toutes ces années, j’avais eu l’impression de
nager à contre-courant, sans vraiment savoir où j’allais. J’avais maintenant la confirmation que mes ambitions de liberté étaient réalistes et que j’étais à quelques
années de les réaliser.
Il va sans dire, Van-Anh et moi avons festoyé ce soir-là. Nous avons même ajouté du ketchup à notre Kraft Dinner .

LE PANIER DE CRABES
À partir de ce moment, la partie de mon cerveau responsable de l’argent, le lobe argentum, a commencé à surchauffer. Je suis devenu obsédé par les finances.
Je me suis bâti un tableau de bord financier, j’ai commencé à inscrire toutes mes dépenses dans un budget, j’ai calculé mon avoir net, je me suis fixé des
objectifs et j’ai lancé un blogue sur le sujet (jeuneretraite.ca).
C’est alors que les gens de mon entourage ont entendu parler de mon projet. Sans surprise, les réactions ont été mitigées. Au début, tous ont pris mon plan
avec un grain de sel. Puis, quand j’ai commencé à m’exposer dans les médias, le cynisme et la peur les ont envahis.
Pour ma famille immédiate, l’idée d’une retraite précoce était irréfléchie. La première réaction de ma mère a été: «Qu’est-ce que vous allez faire de vos
journées, vous allez vous ennuyer!» Mon père a dit: «Vous êtes bien trop jeunes!» Et, pour mes beaux-parents, cette nouvelle était encore plus déconcertante. Ma
belle-mère, qui était encore sur le marché du travail, ne pouvait pas imaginer une vie sans emploi et, par conséquent, sans identité. Il faut dire que, dans la culture
vietnamienne, le travail est au cœur de tout. La retraite n’est donc pas une source de fierté.
Pour mes collègues de travail, mon projet est rapidement devenu un running gag. J’étais le cheap de service. Ma Toyota Corolla 1998 était la risée. «Penses-
tu que ton épave va partir ce soir?» Mes lunchs suscitaient des commentaires de ce genre: «Wow, du bœuf bourguignon… Il va falloir que tu coupes ailleurs!»
Puis, quand mon blogue a gagné en popularité, les médias se sont emparés de l’histoire. Du jour au lendemain, la retraite précoce est devenue un sujet chaud
et tout le monde avait une opinion marquée sur la question. Un tsunami de commentaires a déferlé sur les réseaux sociaux. L’intelligentsia de Facebook a été
particulièrement critique à mon égard. Voici quelques-unes des réactions qui m’ont fait sourire:

• «Ils se privent jusqu’à 40 ans… après ils ont du fun? Mieux vaut avoir du fun quand on est jeune!»
• «Le travail, c’est la santé. Félix chantait, si tu veux la mort d’un homme, empêche-le de travailler…»
• «Ils mettent 400$/mois pour l’épicerie. Tout à fait irréel! Câble: 40$/mois et c’est comme cela pour presque tout. Ils ont des chiffres que je ne peux
comprendre!»
• «J’ai bien l’impression qu’ils vont être sous le seuil de la pauvreté dans 20 ans. Donc une retraite à 40 ans pour végéter sur mon balcon (oups! le balcon de
mon proprio!!!!). Non merci pour moi.»
• «Si j’aurais [sic] pris ma retraite à 40 ans, je n’aurais pas grand-chose de fait et de réalisé!»
• «Quelle bande de paresseux!»

Même un chroniqueur financier réputé s’est mis de la partie. Il nous a traités de «parasites fiscaux» en ondes. Selon lui, nous profitions du système, car le
montant de nos impôts n’était pas proportionnel à notre fortune. En d’autres mots, sur le plan fiscal, le gouvernement ne disposait d’aucun moyen pour taxer nos
épargnes. Il semble que, pour certains observateurs, la sous-consommation soit un geste nuisible à la société, voire antipatriotique. Si tel est le cas, je suis fier
d’être un parasite.
Quoi qu’il en soit, ces commentaires incarnent pour moi la peur, le cynisme, la jalousie, la résistance au changement ou tout simplement l’incompréhension.
En fait, ils reflètent l’état de mal-être inhérent à la rat race.
Ça me rappelle la métaphore des crabes dans le panier: même si chacun d’entre eux peut facilement s’en échapper, le groupe s’assure de les maintenir bien
emprisonnés. Toute cette énergie négative n’a jamais amoindri mon désir de m’évader du panier de crabes. Bien au contraire! Les détracteurs m’ont motivé
davantage. Chaque commentaire négatif a nourri mes efforts dans la dernière ligne droite vers la liberté.

LE SPRINT FINAL
À la fin de 2016, tous nos indicateurs financiers étaient au vert. Nos placements suivaient une courbe exponentielle, notre budget était optimal et notre excitation
à l’approche du jour J était à son paroxysme.
Après plus d’une décennie d’optimisation de nos dépenses, nous sommes arrivés à maintenir un budget moyen qui nous permettait d’épargner environ 60%
de notre revenu net (après les déductions d’impôt). Dans une province où le taux d’épargne moyen est d’environ 6%, nous pouvions affirmer, sans fausse
modestie, que nous étions des super-épargnants.
Par ailleurs, nous avons résisté à l’inflation de nos dépenses, malgré l’augmentation de nos salaires respectifs. Nos dépenses reflétaient toujours celles d’un
ménage à revenus modestes.
À ce stade, le plus difficile a été d’étouffer notre fébrilité en présence de nos proches et de nos collègues de travail. Déjà, nos histoires de FIRE et d’épargne
intensive avaient saoulé tout le monde. Ce n’était pas le temps de raviver les critiques. Nous étions à quelques mois de la liberté financière, mais nous devions
retenir notre exaltation.
J’imagine que ce sentiment s’apparente à celui d’un joueur de poker qui a un carré d’as en main. Son cœur s’emballe, les idées se bousculent dans sa tête,
l’excitation l’envahit, mais il doit rester de glace.
Somme toute, les derniers mois de travail ont été assez agréables. Juste le fait de ne pas avoir l’obligation financière de travailler rend l’expérience sacrément
plus tolérable. Quand on travaille par choix, le stress s’évapore et on se sent tellement plus léger.
Puis, un jour à l’épicerie, ça m’a frappé. Alors que je vérifiais la date de péremption sur un carton de lait, j’ai réalisé qu’elle dépassait la date prévue de
l’atteinte de mon objectif de liberté. J’étais à deux litres de lait de l’indépendance financière!

LE PREMIER JOUR DE MA VIE


Le jour auquel je rêvais depuis une quinzaine d’années est enfin arrivé. Ironiquement, j’ai choisi de quitter le monde du travail le 1er mai 2017, la Journée
internationale des travailleurs.
J’avais imaginé que je serais euphorique, déchirerais ma chemise et sortirais du bureau les bras en l’air en hurlant de joie. Mon niveau de fébrilité était en fait
plutôt similaire à celui qu’on ressent avant de partir en vacances. Seulement, cette fois-ci, les vacances étaient perpétuelles.
La plupart de mes collègues de travail connaissaient mon projet de retraite. D’ailleurs, j’en avais fait mention durant mon entretien d’embauche (non
recommandé). Chez ceux qui n’étaient pas au courant, l’incrédulité a été la réaction la plus répandue. Certains ont pensé que j’étais secrètement à la recherche
d’un autre emploi ou que je prendrais simplement une pause du travail pour quelques mois. Il était tout bonnement inconcevable pour eux que je vive sans emploi
pour le restant de mes jours.
Fait cocasse, une collègue qui avait l’habitude d’acheter un billet de loto chaque semaine m’a dit: «Tu es beaucoup trop jeune pour prendre ta retraite! Qu’est-
ce que tu vas faire?» Quand je lui ai répondu: «La même chose que toi si tu gagnes le gros lot!», elle a hoché la tête en riant. Elle comprenait.
Un autre confrère est venu me parler à l’écart et m’a confié: «Pour moi, c’est trop tard. J’ai des contrats de location sur deux Audi et une montagne de dettes.
Mais je vais m’assurer que ma fille lise attentivement ton blogue. Elle ne fera pas les mêmes erreurs que moi!»
Cette confession m’a touché profondément. Comme quoi, derrière les moqueries et les commentaires incrédules se cache peut-être le début d’une prise de
conscience. Qui plus est, l’aveu de ce collègue prouvait bien qu’il n’y a pas d’âge pour mettre en doute ses choix de vie et pour changer de cap. La
surconsommation n’est pas une maladie incurable. Il s’agit d’un problème relativement simple à résoudre; il suffit de s’y mettre.
En ce sens, dans les grands discours, comme celui qu’a prononcé Steve Jobs devant les étudiants de Stanford en 2005, on sort souvent le cliché suivant:
«Vivez comme si c’était votre dernier jour…» Ça m’écorche les oreilles chaque fois. Je trouve que ça sonne comme un slogan publicitaire inventé pour nous
déculpabiliser de faire des choix irrationnels. Du genre: «Achetez du shampoing à base d’extraits d’eucalyptus parce que vous le valez bien!»
Aussi, cette vision nous incite à penser à court terme et à nous déresponsabiliser. Si je vivais chaque jour comme si c’était mon dernier, je retirerais mes
REER pour aller faire la fête sur un yacht à Tahiti avec tous mes proches (et Vincent Cassel).
Tout ça pour dire: vivez chaque jour comme si c’était le premier et non le dernier. Vivez comme si vous aviez toute la vie devant vous. De toute manière, tel
est le cas!

LE SECRET
Avec de la patience et de la détermination, nos vies peuvent être modelées et transformées au fil du temps. Je suis de ceux qui croient que la pensée positive et la
visualisation sont les bougies d’allumage de ces grands changements. En début de carrière, je me suis lancé tête baissée dans la rat race. J’ai choisi le 9 à 5, le
cubicule beige, les néons qui clignotent, le tapis gris commercial, les TPS Reports, l’insomnie et le bonheur de fin de semaine. Chaque jour, je m’éloignais un peu
plus du bonheur. J’existais au lieu de vivre.
Heureusement, avant d’être complètement lobotomisé, j’ai pris conscience que le métro-boulot-dodo meublait mes journées, mais n’avait rien à voir avec
mon idéal de vie.
Étant donné que je ne croyais ni au paradis, ni à la réincarnation, ni au père Noël, j’ai ressenti l’urgence de redéfinir ma destinée. J’ai donc fait un pacte avec
moi-même. Dans mon carnet, j’ai noté l’objectif suivant: «JE VEUX ÊTRE LIBRE À 40 ANS pour être moins stressé, pour vivre à mon rythme et pour réaliser
les projets qui ont du sens pour moi.»
Même si, à ce moment-là, je n’avais pas les moyens de mes ambitions et que rien ne laissait présager que je pourrais atteindre un tel objectif, j’y ai cru. Tous
les jours, j’ai rêvé à cet idéal. C’est devenu en quelque sorte ma mission (presque secrète).
Puis ce désir a fini par se matérialiser. Encore aujourd’hui, je suis stupéfait de constater à quel point les astres finissent par s’aligner quand on souhaite
profondément quelque chose. J’attribue une grande partie de mon succès au pouvoir de la volonté. Je pense qu’en désirant vivement quelque chose, à la limite de
l’obsession, on conditionne son cerveau, on modifie ses comportements et on finit par l’obtenir.
Toutefois, cela n’a rien de magique. Plusieurs auteurs et conférenciers ont donné une saveur ésotérique à ce phénomène. Par exemple, le livre de Rhonda
Byrne intitulé Le secret14, vendu à plus de 30 millions d’exemplaires, «“postule que les pensées et les émotions provoqueraient ou modifieraient directement des
événements extérieurs15”».
En suivant cette logique, il suffirait de désirer ardemment la richesse pour qu’elle nous tombe dessus. Et, si ça ne fonctionne pas, c’est simplement parce que
nous n’y avons pas cru assez fort16.
Selon moi, cette théorie est une fumisterie. Votre motivation, votre volonté, vos efforts et votre résilience vous mèneront à votre objectif. Tout le reste n’est
que de la pensée magique, juste du bruit.

À VOUS DE JOUER!
J’imagine que si vous avez acheté (ou emprunté ou volé) ce livre et que vous l’avez lu jusqu’ici, vous souhaitez améliorer votre situation financière. À tout le
moins, je devine que vous aspirez à une plus grande liberté.
Peut-être pour réduire vos heures de travail et passer plus de temps en famille.
Peut-être pour vous défaire des dettes qui musèlent vos projets personnels.
Peut-être pour prendre une année sabbatique et lancer une entreprise.
Quelles que soient nos ambitions, l’argent occupe un rôle primordial dans nos vies. Qu’on le veuille ou non, il s’agit d’un levier formidable vers le bonheur et
la liberté. Il faut par contre en avoir la maîtrise.
Les chapitres qui suivent présentent chacune des étapes qui m’ont permis d’être financièrement indépendant avant mes 40 ans. Bien qu’elles forment une
suite logique, ces étapes ne sont pas coulées dans le béton. Comme dans un buffet, vous prenez ce qui vous plaît pour bâtir votre propre plan vers la liberté (le
reste ira au compost).
Enfin, dans l’esprit frugal, je vous invite à passer ce livre au suivant, à quelqu’un qui en a besoin, une fois que vous en aurez terminé la lecture. Mon but n’est
pas de vendre le maximum d’exemplaires, mais plutôt que mon message atteigne le plus grand nombre de lecteurs possible.
ÉTAPE 1: DEVENIR LE PDG DE SA VIE

UN CONCIERGE SUR LE CONSEIL D’ADMINISTRATION


Imaginez un instant que votre vie est une entreprise. Vous êtes le grand patron de Yves Remords inc. Vous gérez ainsi une PME qui réalise un chiffre d’affaires
annuel de 50 000$ (votre salaire), qui a des créances (l’hypothèque) et de nombreuses dépenses opérationnelles à couvrir (l’épicerie).
Je vous place maintenant devant le conseil d’administration lors de l’assemblée annuelle. Vous devez répondre aux questions pointues des membres du
conseil pour justifier votre rôle de PDG. On vous bombarde: Quel est le montant du budget resto cette année? Quelle est la valeur de l’entreprise? Quelles
dépenses ont augmenté et pourquoi? Quelles dépenses sont compressibles en cas d’une perte d’emploi? Le fonds d’urgence couvre combien de mois de
dépenses? Combien d’années reste-t-il avant la retraite?
Vous vous sentez sans doute petit dans vos souliers. Pourtant, un chef d’entreprise devrait connaître ces données essentielles sur le bout de ses doigts.
Si la seule réponse qui vous vient en tête est: «Je vais contacter mon banquier», vous êtes viré. Viré de votre propre vie! Vous devrez redémarrer votre
compagnie sous un autre nom, par exemple Yves Remords 2000 inc.
Blague à part, très peu de Québécois sauraient répondre à ces questions, pourtant rudimentaires. L’analphabétisme financier est un fléau au Québec. La
preuve: «Entre 1990 et 2008, la croissance des dépenses des ménages a été deux fois plus rapide que celle de leurs revenus, tandis que la croissance de leur
endettement a été six fois supérieure17.»
Cette croissance des dépenses est telle que, selon un sondage Ipsos mené en 2019, les Québécois sont désormais les champions de l’insolvabilité au pays:
«Plus de la moitié des Québécois sont à 200$ ou moins du seuil de l’insolvabilité financière à la fin de chaque mois et la proportion va en augmentant18.» Les
jeunes ne sont guère en meilleure posture que leurs parents. Ils utilisent un téléphone à 800$, muni d’un forfait Internet à 70$/mois, pour consulter leur compte
bancaire en ligne et constater qu’il ne contient que 40$.
Si nos vies étaient réellement administrées telles des entreprises, le Québécois moyen occuperait le rôle de concierge plutôt que de PDG. Celui-ci ferait le
ménage des toilettes pendant que sa compagnie serait en pleine dérive financière.

FÉLICITATIONS POUR LA PROMOTION


La première étape vers l’indépendance financière est la plus déterminante pour le succès du projet. Il s’agit d’avoir la volonté de prendre ses finances en main. Il
est temps de passer de concierge à PDG. Enlevez vos gants de caoutchouc bleus et mettez votre plus belle cravate (de Mickey Mouse). Vous êtes promu! Il faut
dire que personne d’autre n’avait postulé l’emploi.
Pour entreprendre votre mandat, vous devrez comprendre et analyser votre situation financière actuelle. Où va votre argent? Quelles sont vos principales
dépenses? Quel est votre avoir? Tant de questions essentielles à votre santé financière et, ultimement, à votre qualité de vie. Tel un PDG qui arrive en poste, il
vous faudra éplucher l’oignon, couche par couche. Et surtout, sans pleurer! Vous aurez certainement à sortir de votre zone de confort et à faire certains constats
désagréables, mais c’est le moment de crever l’abcès.
Certes, cette tâche ne devrait pas être vue comme un fardeau. Après tout, on parle ici de votre parcours vers la liberté qui débute.

LE BUDGET, LE GRAND MAL-AIMÉ


Le budget a une mauvaise réputation. On le juge ennuyant et fastidieux à utiliser. Il s’agit du grand mal-aimé des états financiers. Le grand loser de la
comptabilité, une discipline qui n’est déjà pas très sexy à la base. Je m’excuse auprès des comptables, particulièrement auprès de mon ancien collègue, le
«comptable-rebelle».
Pourtant, le budget est un allié indispensable dans la quête de l’indépendance financière. Cet outil essentiel permet de comprendre où va son argent,
d’optimiser ses dépenses et de s’enrichir. Bref, il mesure les avancées de l’épargnant vers la liberté.
Similairement, un joggeur qui s’entraîne pour faire un marathon mesure l’évolution de ses performances grâce à son chronomètre. Cet appareil devient ainsi
son meilleur ami (et son pire ennemi). Que penseriez-vous d’un marathonien qui voudrait participer aux Jeux olympiques, mais qui n’aurait jamais mesuré ses
performances?
Et que penseriez-vous d’une personne qui voudrait devenir riche, mais qui ne connaîtrait pas le montant de ses dépenses, puisque l’idée de créer un budget
serait trop rebutante à ses yeux? C’est comme si tout le monde voulait courir comme Eliud Kipchoge, le marathonien le plus rapide du monde, mais trouvait le
chronomètre trop ennuyeux à utiliser. «C’est chiant, il faut appuyer sur le bouton; les chronomètres, ce n’est pas pour moi!»
Cela illustre bien le niveau de motivation réelle de monsieur et madame Tout-le-Monde quand vient le temps d’opérer un changement dans sa vie.

LES CHIFFRES PARLENT


L’heure est venue de défoncer les barrières psychologiques et de créer un premier budget. Souvenez-vous, vous êtes le boss et vous êtes en mission. Vous allez
lever le voile sur les finances de votre entreprise.
Le budget est en fait d’une simplicité désarmante: il s’agit tout bonnement d’une représentation visuelle de l’argent qui entre dans vos poches et de l’argent
qui en sort pendant une période donnée. Ce n’est pas de la physique nucléaire!
Il suffit d’indiquer les revenus nets, soit après impôts et retenues, ainsi que toutes les dépenses, groupées par catégories, sur une feuille de papier ou dans un
chiffrier Excel.

Un exemple de budget mensuel


Revenus Montant
Salaire, après impôts et retenues sur le salaire 3700$
Cadeau de la Fée des dents 10$
Total des revenus 3710$


Dépenses Montant
Logement 1000$
Transports 600$
Alimentation 500$
Loisirs 310$
Vêtements et accessoires 200$
Communications 190$
Soins de santé 280$
Ameublement et équipements ménagers 200$
Alcool et tabac 150$
Soins personnels (hygiène) 110$
Éducation 90$
Services financiers 50$
Jeux de hasard 10$
Autres 10$
Total des dépenses 3700$

En fonction des données dont vous disposez, vous pouvez réaliser votre budget pour une semaine, un mois ou un an. Évidemment, plus la période est longue
et plus votre budget sera une représentation fidèle de votre train de vie.
Pour l’heure, l’important est de commencer quelque part. Comme le disait si bien Aristote: «Just do it!» Vous pourrez raffiner vos données et votre technique
lors des prochaines mises à jour, de toute façon. Ce document sera révisé régulièrement.
Pour ma part, j’ai l’habitude de mettre mon budget à jour une fois par mois. Pour ce faire, j’épluche mes relevés de cartes de crédit ainsi que mes comptes
bancaires en ligne. Chaque dépense est assignée à un poste budgétaire précis, tels que le logement, le transport ou l’alimentation. Cet exercice me permet de
comprendre où va mon argent. J’y trouve toujours un certain plaisir, car les chiffres me parlent. Ils me racontent mes bons coups, mes excès et mes moments de
paresse. Surtout, ils justifient mes efforts.
Soit dit en passant, je ne vois pas le budget comme un outil de contrôle des dépenses. À mon avis, la pertinence de chaque dépense doit être évaluée au
moment où on sort sa carte de crédit et non quand on réalise son budget à la fin du mois. Au fond, le budget reflète simplement son train de vie, tout comme le
chronomètre reflète la performance du marathonien.
Vous aussi, vous devriez commencer à parler à vos chiffres. Ce sont les seuls «amis» qui ne vous mentent jamais. Ils vous présentent la réalité telle qu’elle
est, sans dentelle.
Je vais faire référence au budget tout au long de ce livre. Si vous sautez cette étape cruciale, comme dans le jeu Serpents et échelles, les serpents vous
ramèneront toujours ici.

QUAND ON SE COMPARE, ON SE CONSOLE


Êtes-vous du genre à vous comparer avec votre voisin d’urinoir? Désolé, mesdames, je n’ai pas trouvé d’exemple comparable qui s’applique à vous. Mais vous
comprenez l’idée!
L’être humain a besoin de se comparer pour connaître sa place dans la société, son classement dans la grande course qu’est la vie. Connaissez-vous votre rang
social? Êtes-vous riche ou pauvre? Est-ce que vous gagnez plus que votre voisin? Êtes-vous dépensier ou économe?
Votre budget vous aidera à répondre à ces questions existentielles.
Dans un premier temps, comparons votre revenu. Selon l’Institut de la statistique du Québec, le revenu annuel brut moyen d’un particulier était de 41 300$ en
201719. Ce revenu moyen varie en fonction de l’âge et du sexe, comme le montre le tableau qui suit.

Le revenu annuel brut moyen des Québécois


Âge et sexe Revenu annuel brut moyen
Homme (moins de 25 ans) 15800$
Femme (moins de 25 ans) 13400$
Homme (25-44 ans) 49600$
Femme (25-44 ans) 42000$
Homme (45-64 ans) 61 000$
Femme (45-64 ans) 40600$
Homme (65 ans et plus) 40500$
Femme (65 ans et plus) 29600$
Source: INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC, «Revenu moyen, revenu total, particuliers (16 ans et plus), Québec, 1996-2017», https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-
societe/revenu/revenu/mod1_p_1_2_4_0_.htm.

Explorons maintenant les dépenses. En 2017, le budget moyen d’un ménage québécois se chiffrait à environ 54 000$ par année20. On trouve dans le tableau
suivant les principaux postes de dépenses.

Les principaux postes de dépenses annuels des ménages québécois


Poste de dépenses Montant
Logement 14500$
Transports 10200$
Alimentation 7800$
Loisirs 3600$
Vêtements et accessoires 3000$
Communications 1900$
Soins de santé 2900$
Ameublement et équipements ménagers 1900$
Alcool et tabac 1700$
Soins personnels (hygiène) 1200$
Éducation 1000$
Services financiers 600$
Jeux de hasard 200$
Source: INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC, «Dépenses moyennes des ménages en dollars courants, selon le poste de dépenses, ensemble des ménages, Québec, 2010-2017»,
http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-societe/depenses-avoirs-dettes/depenses/tab1_dep_moy_menage.htm.

Alors, comment vous comparez-vous à la moyenne? Êtes-vous cigale ou fourmi (ou «fourmigale»)? Gardez en tête que la moyenne est loin d’être un idéal à
atteindre. Au contraire, ces dépenses reflètent la surconsommation et le surendettement des Québécois. Il y a du gras à couper!
Encore un peu de patience, nous commencerons le grand ménage budgétaire dans quelques instants… Pour le moment, poursuivons notre analyse.

L’AVOIR NET, LE POINT DE DÉPART


Combien valez-vous? Quelle est votre fortune personnelle? Si vous souhaitez atteindre l’indépendance financière, mais que vous êtes incapable de répondre à ces
questions, vous êtes mal barré.
N’oubliez pas que vous êtes maintenant le PDG de votre vie. Vous êtes l’unique responsable de votre destinée. Il est donc temps d’établir le montant le plus
important de votre vie financière, j’entends par là l’avoir net (aussi appelé patrimoine, actifs nets ou valeur nette).
Tout comme pour le budget, ne vous cassez pas la tête avec les formalités. Prenez une feuille de papier ou créez un chiffrier à l’ordinateur et faites une liste
de vos actifs et de vos passifs. Ceux-ci sont faciles à chiffrer. L’auteur à succès Robert Kiyosaki décrit les passifs comme «tout ce qui prend de l’argent de votre
poche», alors que les actifs sont «des biens qui mettent de l’argent dans votre poche21».
Concrètement, vos actifs comprennent vos régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER), vos comptes d’épargne libre d’impôt (CELI), vos régimes
enregistrés d’épargne-études (REEE), vos placements, vos biens immobiliers payés et vos liquidités. Les biens de consommation qui perdent leur valeur avec le
temps ne figurent pas dans cette liste. Hélas, votre télé 174 pouces ne contribue donc en rien à votre fortune.
En revanche, vos passifs désignent vos dettes. Ils englobent les prêts étudiants, le solde de votre carte de crédit et l’argent que vous avez emprunté à votre
collègue de bureau pour acheter un café (il s’en souvient).
Quand vous soustrayez le total de vos passifs du total de vos actifs, vous obtenez le montant de votre avoir net. Il s’agit de combien vous valez, sur le plan
comptable.

Un exemple de calcul de l’avoir net


Actifs Montant
Compte chèque 2000$
Compte épargne 3000$
REER 40000$
CELI 20000$
Autres placements 5000$
Total des actifs 70000$


Passifs Montant
Solde de carte de crédit 2000$
Solde du prêt étudiant 5000$
Autres dettes 1000$
Total des passifs 8000$


Avoir net 62000$

Si vous détenez des biens immobiliers, vous pouvez également ajouter leur valeur, nette de dettes, dans ce tableau. Néanmoins, pour ma part, je préfère ne
pas tenir compte de la valeur de mon condo payé dans ce calcul. C’est un choix personnel que vous comprendrez à l’étape 9, «Louer une habitation».
À ce stade-ci, l’important est d’avoir une idée générale de vos principaux actifs et passifs ainsi que de votre avoir net. Cela donne une photo instantanée de
votre situation financière actuelle. C’est le point de départ de votre chemin vers la liberté.
En outre, ce document que vous mettrez à jour mensuellement deviendra un indicateur de votre performance. Tel un étudiant qui reçoit son bulletin scolaire à
la fin d’un trimestre, vous serez parfois agréablement surpris et parfois dégoûté par l’évolution de votre avoir. Comme vous le découvrirez tout au long de cet
ouvrage, l’enrichissement est non pas un sprint, mais un marathon!

CONJUGUER «AVOIR» ET «ÊTRE»


Vous connaissez désormais le montant qui définit votre valeur dans la société. Je vous taquine! L’avoir est simplement un chiffre sur un bout de papier; il
n’illustre en rien qui vous êtes. La qualité d’un individu n’a rien à voir avec son compte de banque.
C’est d’autant plus vrai que la vie est inéquitable. Pour reprendre l’analogie du marathon, nous ne partons pas tous du même point de départ. Certains doivent
courir 94 km juste pour atteindre la ligne de départ, alors que d’autres sont déjà au fil d’arrivée quand on sonne le départ. J’ajouterai même que certains font la
course à bord d’une limousine et partent une demi-heure avant tout le monde.
Qu’on le veuille ou non, les inégalités existeront toujours. Tournons-nous plutôt vers les éléments sur lesquels nous avons le contrôle. Et utilisons les
injustices comme source de motivation pour opérer un changement.
Ainsi, même si le montant de votre avoir est faible ou négatif, soyez sans crainte: vous pourrez rectifier la situation. J’espère que ce livre agira comme une
injection de stéroïdes, vous permettant de dépasser le peloton.
Pour l’instant, voici comment vous vous comparez à la moyenne. «En 2016, le patrimoine moyen des ménages québécois atteignait 234 958$. Il avait doublé
depuis 2000, alors qu’il se chiffrait à 110 334$22.» Cela s’explique par la flambée du prix des maisons, puisque la valeur des biens immobiliers est incluse ici
dans l’avoir net.

L’avoir net moyen des ménages québécois selon l’âge


Groupe d’âge du ménage Avoir net
Moins de 35 ans 101 500$
35 à 44 ans 209800$
45 à 54 ans 234800$
55 à 64 ans 290600$
65 ans et plus 310500$
Source: Marc TISON, «J’ai un patrimoine, moi?», La Presse, 26 novembre 2018, https://www.lapresse.ca/affaires/finances-personnelles/201811/26/01-5205693-jai-un-patrimoine-moi-.php.

Un blogueur américain réputé, du nom de Financial Samurai, a évalué ce qui constitue, selon lui, l’avoir net nécessaire pour être un super-épargnant (ou
above average person dans ses mots) et pour aspirer à la retraite précoce. Le tableau qui suit résume le niveau de richesse qu’on devrait viser à chaque stade de
sa vie.

La richesse d’un super-épargnant américain, selon Financial Samurai


Âge Années travaillées Avoir net (USD)
22 ans 0 0$
23 ans 1 20 250$
24 ans 2 46 750$
25 ans 3 79 000$
30 ans 8 250 000$
35 ans 13 429 000$
40 ans 18 660 250$
45 ans 23 914 000$
50 ans 28 1 240 250$
55 ans 33 1 684 000$
60 ans 38 2 180 250$
65 ans 43 2 871 500$
Source: FINANCIAL SAMURAI, «The Average Net Worth for the Above Average Person», 2020, https://www.financialsamurai.com/the-average-net-worth-for-the-above-average-person/.

Notez qu’on parle ici de l’avoir net d’un célibataire, et non d’un ménage, que ces montants comprennent la valeur nette des biens immobiliers et qu’ils sont
en dollars américains. Ces objectifs sont ambitieux, j’en conviens. Toutefois, ils ne sont pas hors de portée pour un super-épargnant. D’ailleurs, la plupart des
adeptes du mouvement FIRE visent sensiblement ces jalons financiers, qu’ils soient américains ou non.
À titre d’exemple, l’auteur québécois du blogue InfiCafé a pris sa retraite à 42 ans, alors qu’il avait accumulé un avoir net de 660 000$ (excluant la valeur de
sa maison payée). Dans le même sens, le blogueur Retraite 101, également québécois, a accumulé la somme de 520 000$ à l’âge de 34 ans. Il inclut par contre la
portion payée de son hypothèque dans cette somme.
Comme vous le verrez un peu plus loin, le choix d’inclure ou non vos actifs immobiliers dans le montant de votre valeur nette dépend de vos objectifs
financiers et de votre profil d’investisseur. Pour le moment, laissez ces actifs inscrits à votre avoir net. Vous pourrez revoir cette décision plus tard. Vous êtes le
boss, après tout!
Justement, commencez-vous à prendre goût à votre nouveau rôle de PDG? Vous ennuyez-vous de la conciergerie? Le défi à relever peut paraître
insurmontable à ce stade-ci. Mais ce que vous percevez actuellement comme l’Everest n’est en fait que le mont Tremblant. À mesure que vous gravirez cette
montagne, vous comprendrez à quel point son sommet est à votre portée.
Êtes-vous curieux de connaître la distance qui vous sépare du sommet? Attribuons maintenant un montant à votre liberté financière.
ÉTAPE 2: CHIFFRER SA LIBERTÉ

LE TEMPS, LA RICHESSE ULTIME


Maintenant que vous connaissez votre point de départ (votre avoir net), vous devez déterminer votre point d’arrivée. Quel est le montant dont vous aurez besoin
pour être financièrement indépendant? Pour cela, il faut apprendre à penser différemment.
Avant de se lancer dans les calculs, il est important de redéfinir la notion de richesse.
Ce concept, qui semble anodin, est déformé par les quelque 3000 messages publicitaires qui nous mitraillent tous les jours. Conséquemment, la vaste majorité
des humains considèrent que les biens matériels témoignent de la richesse. Ainsi, une personne qui habite une résidence cossue, qui conduit un véhicule allemand
et qui consomme de façon ostentatoire est considérée comme riche.
En réalité, consommer de telle manière est la recette de l’appauvrissement. Ces objets et ces biens représentent tout l’inverse de la richesse. D’ailleurs,
comme nous le verrons plus tard, les véritables riches n’ont rien en commun avec cet idéal forgé par les vendeurs de bébelles.
À mon avis, la richesse est plutôt une mesure de liberté. Robert Kiyosaki, l’auteur du best-seller Père riche, père pauvre, exprime bien ma pensée. Il définit la
fortune (en anglais wealth) comme étant «le nombre de jours pendant lesquels vous pouvez maintenir votre mode de vie sans travailler23». Par exemple, si vos
dépenses mensuelles sont de 5000$ et que vous avez 20 000$ en épargne, votre fortune est évaluée à quatre mois. Ainsi, la fortune est définie en temps et non en
dollars.
La richesse est donc quantifiée non pas par votre niveau de consommation, mais plutôt par le nombre de jours, de mois, ou d’années pendant lesquels vous
pouvez vivre sans avoir l’obligation de travailler. Imaginez à quoi ressemblerait la rue Crescent, à Montréal, si tout le monde vivait selon cette définition.

LA RÈGLE DE 4%, POUR LES AUDACIEUX


La règle de 4% est peut-être la découverte la plus importante de ma vie adulte, juste après les bagels Fairmount.
Rappelons-nous qu’au début de ma vie professionnelle, un conseiller financier de ma banque avait anéanti tous mes espoirs de retraite hâtive. D’après ses
calculs, j’avais besoin d’un capital de 1 million de dollars pour espérer me retirer «jeune», c’est-à-dire à 55 ans. J’avais l’impression que mon projet de liberté
était mort dans le bureau de ce banquier.
C’est seulement quand j’ai découvert le mouvement FIRE que j’ai réalisé que la liberté financière était à ma portée. Plus précisément, la règle de 4% qui est
sous-jacente à la stratégie FIRE a été une véritable révélation pour moi.
En gros, cette règle résultant d’une étude menée par trois professeurs de l’Université Trinity en 1998 démontre qu’un investisseur peut financer sa retraite
avec un rendement annuel de 4% sur ses placements en Bourse composés à 50% d’actions et à 50% d’obligations24.
Ces chercheurs ont observé que, depuis 1946, le rendement moyen en Bourse se chiffre à 7% par année et que l’inflation est de 3% en moyenne. Il est par
conséquent raisonnable d’espérer subvenir à ses besoins sur un rendement annuel de 4% (soit 7% de rendement – 3% d’inflation), sans jamais toucher à son
capital. En d’autres mots, on vit alors en dépensant uniquement les intérêts de ses placements.
La beauté de cette règle est qu’elle base ses projections sur les dépenses du futur retraité et non sur ses revenus. Elle est donc très facile à calculer une fois
qu’on connaît le montant de ses dépenses annuelles… d’où l’importance de créer un budget. Je vous avais prévenu qu’il vous en faudrait un!
Selon la règle de 4%, le montant nécessaire à votre indépendance financière est celui qui couvre vos dépenses annuelles avec un rendement de 4%. Ainsi,
pour le calculer, il suffit de multiplier vos dépenses annuelles par 25.

MONTANT NÉCESSAIRE = DÉPENSES x 25


À LA LIBERTÉ ANNUELLES

Par exemple, un couple qui aurait des dépenses annuelles de 30 000$ aurait besoin d’un montant de 750 000$ pour se considérer comme libre, et ce, peu
importe l’âge des deux partenaires. Quelle que soit la durée de la retraite, les intérêts suffiraient à combler leurs besoins financiers.
Cela dit, la règle de 4% comporte des risques. Certains experts sont même très critiques à son égard. Principalement, ils signalent que le passé n’est pas
garant du futur. Se fier aux données historiques est l’équivalent de conduire une voiture en regardant uniquement dans ses rétroviseurs. En effet, les 100 dernières
années de rendements boursiers ne garantissent en rien que le rendement boursier se maintiendra à 7%, ni que l’inflation restera sous la barre des 3%.
Par ailleurs, plus la retraite est longue, plus les risques d’épuiser son fonds de liberté sont élevés. D’après les données boursières du S&P 500 compilées entre
1926 et 2017, la règle de 4% obtient un taux de succès qui varie en fonction du nombre d’années de retraite.

Le taux de succès historique de la règle de 4% selon le nombre d’années à la retraite


Nombre d’années à la retraite Taux de succès
15 ans 100%
20 ans 100%
25 ans 100%
30 ans 100%
35 ans 97%
40 ans 87%
Source: Wade PFAU, «The Trinity Study and Portfolio Success Rates (Updated to 2018]», Forbes, 16 janvier 2018, https://www.forbes.com/sites/wadepfau/2018/01/16/the-trinity-study-and-portfolio-success-
rates-updated-to-2018/#2ff2d5306860.

Ma retraite, qui pourrait s’étirer sur plus de 40 ans, comporte donc des risques financiers. Comme l’illustre le tableau précédent, les probabilités que je me
retrouve à court d’argent dans 40 ans sont de 13%. Toutefois, je suis très à l’aise avec ce niveau de risque. D’une part, parce que mon budget est compressible: je
peux facilement réduire mes dépenses en cas de fluctuations importantes des marchés. D’autre part, parce que je ne compte pas laisser d’héritage à ma mort: je
peux consommer mon capital en fin de vie, sans me limiter aux intérêts ou au 4% de retrait prévu par cette règle. Si ça se trouve, j’aurai trop d’argent pour mes
vieux jours. Je devrai m’acheter une Porsche à 70 ans juste pour brûler le surplus.

LA RÈGLE DE 3%, POUR LES FRILEUX


Si vous êtes moins tolérant au risque, que vous voulez vous blinder contre les aléas des marchés ou que vous prévoyez laisser un héritage, il existe une version
plus «pépère» de cette stratégie. C’est la règle de 3%.
Vous l’avez deviné, cette règle est basée sur un taux de retrait de 3%. Pour calculer le montant magique à amasser avant de quitter votre emploi, il suffit de
multiplier vos dépenses annuelles par 33.

MONTANT NÉCESSAIRE = DÉPENSES x 33


À LA LIBERTÉ ANNUELLES

Par exemple, un couple qui vivrait avec un budget annuel de 30 000$ aurait besoin d’un montant de 990 000$ pour être financièrement indépendant.
Historiquement, la règle de 3% a présenté un taux de succès de 100%, et ce, même sur une période de 40 ans25. Il s’agit donc de l’approche prudente à
préconiser pour ceux qui désirent se retirer très jeunes ou qui espèrent vivre très vieux.

LE MONTANT MAGIQUE
Peu importe la règle que vous utilisez, vous constatez sûrement que c’est le montant de vos dépenses qui dicte le montant nécessaire à votre liberté.
Contrairement aux projections faites à la banque, les revenus n’ont rien à voir là-dedans.
Par conséquent, votre capacité à optimiser vos dépenses déterminera directement le nombre d’années qui vous séparent de votre but ultime. Nous explorerons
les différentes possibilités d’optimiser un budget à l’étape 7, intitulée «Hacker son budget».
À première vue, votre montant magique peut sembler inaccessible.
Gardez en tête que l’accumulation d’argent n’est pas un processus linéaire. L’enrichissement se fait de façon exponentielle. Votre argent investi travaille pour
vous à temps plein. Plus votre pactole prend de l’ampleur, plus l’accumulation de richesse s’accélère.
Une fois que la machine est lancée, ça peut aller vite. Fiez-vous à mon expérience. Dans mon cas, l’âge de la retraite est passé de 45 ans, à 42 ans, à 40 ans, à
39 ans… Même que j’aurais probablement pu me retirer plus tôt. Cela montre bien la puissance des intérêts composés.
Enfin, dans un marché immobilier où les maisons se vendent facilement un demi-million, 750 000$ n’est pas si cher payé pour devenir maître de son temps.
Toute proportion gardée, je trouve que la liberté est très abordable.
ÉTAPE 3: IMAGINER SON ÉVASION

LES VRAIES PRIORITÉS


Si je vous demande: «Quelles sont vos priorités dans la vie?», vous me répondrez sans doute: «La santé, le bonheur, l’amour, la famille…» C’est ce qu’on écrit
toujours sur les cartes de souhaits, non? Or, est-ce que ces soi-disant priorités occupent la place qu’elles devraient dans votre vie?
Dans les faits, nous passons plus de 50% de nos heures d’éveil au travail, 23% devant le téléviseur26 et 19% sur les réseaux sociaux27. Ça laisse moins de
10% de notre temps pour les priorités, ce qui compte vraiment.
Cela m’amène à la question qui tue: Est-ce que vous passez à côté de votre vie? En d’autres mots, est-ce que votre vie répond à vos valeurs, à vos intérêts, à
vos ambitions, ou suivez-vous le chemin qu’on a tracé pour vous?
Ce n’est pas une critique négative à votre égard, mais plutôt une invitation à la prise de conscience. Voici venu le moment de prendre la pilule rouge, celle qui
révèle ce qui se cache derrière la matrice (en référence au film du même nom).

LE TRAVAIL EST SECONDAIRE


Selon moi, nous vivons au meilleur moment de l’histoire de l’humanité. Jamais auparavant il n’a été aussi facile de générer un revenu et de subvenir à ses
besoins. Au Canada, les opportunités sont partout et le gouvernement assure nos arrières. Même en période de crise, les filets sociaux nous prémunissent dans
une certaine mesure contre les effets négatifs d’une perte d’emploi. De plus, l’éducation, les formations professionnelles ainsi que le démarrage d’entreprise sont
hautement encouragés et subventionnés par l’État.
Dans ce contexte, on peut très bien se construire une vie professionnelle qui respecte ses valeurs et qui concorde avec sa vie personnelle. J’ai opté pour la
retraite hâtive, mais ce n’est pas l’unique voie.
Grâce à mon blogue, j’ai rencontré des dizaines de jeunes et de moins jeunes qui ont pris ce pari. Ils ont trouvé le moyen de générer les revenus nécessaires à
leur subsistance en donnant la priorité au style de vie qu’ils désirent. La recette est simple: lorsqu’on a établi le montant de ses dépenses annuelles, il ne reste
qu’à trouver l’activité la plus intéressante qui pourra subventionner ce mode de vie.
À titre d’exemple, un frugaliste qui a des dépenses annuelles de 18 000$ pourrait trouver un emploi saisonnier estival dans le but de travailler six mois au
Québec et de passer l’hiver sur une plage du Mexique. De manière similaire, un entrepreneur Web pourrait très bien vivre six mois par an au Vietnam pour
bénéficier du faible coût de la vie (et de la chaleur), puis revenir au Québec en même temps que le soleil. Il échapperait ainsi au froid, tout en minimisant ses
dépenses.
Enfin, un travailleur autonome qui vivrait modestement pourrait combler ses besoins financiers en ne travaillant que deux ou trois jours par semaine et
consacrer le reste du temps à sa famille.
En ayant des habitudes de consommation frugales, il est aisé de trouver une source de revenus qui se greffe autour de son mode de vie. Notez que presque
tout le monde fait l’inverse. On cherche l’emploi le plus payant possible, puis on ajuste son style de vie en conséquence. Voilà, selon moi, le point de départ
d’une réaction en chaîne menant à l’insatisfaction et au mal de vivre.

L’OBJECTIF, L’ÉTINCELLE DU CHANGEMENT


Si vous pouviez repenser votre vie, sans aucune contrainte, à quoi ressemblerait-elle? Si l’argent devenait un facilitateur plutôt qu’un empêchement, qu’en feriez-
vous? C’est le moment de vous fixer un objectif de vie concret qui vous motivera à planifier votre évasion.
La retraite n’est pas une fin en soi, ni l’objectif que je préconise. Pour moi, la liberté était le véritable idéal à atteindre. D’ailleurs, quand j’ai formulé mon
objectif de vie – «JE VEUX ÊTRE LIBRE À 40 ANS pour être moins stressé, pour vivre à mon rythme et pour réaliser les projets qui ont du sens pour moi» –, je
n’ai mentionné le mot «retraite» nulle part. Mon but ultime a toujours été la liberté.
La liberté se décline de mille façons. Pour certains lecteurs que j’ai rencontrés, être libre voulait dire devenir «nomade numérique». Pour d’autres, ça
signifiait tout plaquer et vivre sur un voilier. Pour d’autres encore, c’était prendre une année sabbatique pour faire le tour de monde à vélo. Des valeurs et des
priorités différentes dictent à chacun de nous des réponses distinctes.
Néanmoins, l’objectif que vous visez doit être réaliste. Par exemple, il serait farfelu d’espérer que le Canadien de Montréal gagne la Coupe Stanley. Il ne faut
pas délirer non plus!
Je ressors donc mon vieux livre de ressources humaines du bac de recyclage pour vous rafraîchir la mémoire sur les caractéristiques d’un objectif efficace. Il
doit être «SMART», c’est-à-dire Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Temporellement défini. À titre d’exemple, «je veux retourner au lit maintenant»
répond à tous ces critères.
Trêve de plaisanterie, réfléchissez à votre définition du bonheur, rêvez à votre vie idéale et esquissez un objectif qui pourrait concrétiser cette vision. Vous
pourrez le raffiner avec le temps. Pour l’heure, l’important est d’avoir une cible en tête. Cela alimentera votre désir d’évasion.
Il est temps d’imaginer la vie dont vous rêvez et d’oublier celle qu’on a rêvée pour vous. Vous disposez d’environ 30 000 jours sur Terre, à vous d’y trouver
votre bonheur.
ÉTAPE 4: EXPLOITER LA FAILLE DU SYSTÈME

LA RECETTE (PAS DU TOUT) SECRÈTE


Je ne vous apprends rien en vous disant que, pour s’enrichir, il faut maximiser les revenus et minimiser les dépenses. L’écart entre l’argent qui rentre et l’argent
qui sort constitue la richesse. Un enfant de huit ans arriverait à cette conclusion. Pourtant, à peu près personne ne met en pratique cette notion fondamentale.
On cherche le raccourci, la conférence qui révélera le secret des riches, le livre qui mettra en lumière une nouvelle stratégie de placement ou le système de
vente pyramidale qui assurera un revenu de 10 000$ par mois.
Les seules personnes qui se sont enrichies avec ce type d’escroqueries sont les pseudo-gourous qui les ont conçues. Ils exploitent ainsi un des plus grands
travers de l’être humain: j’ai nommé la paresse. Pourquoi faire du sport pour perdre du poids quand on peut gober une pilule? Pourquoi faire un lunch quand on
peut se rendre chez Subway et regarder quelqu’un le faire à sa place? Pourquoi se déplacer à vélo quand on possède un salon sur quatre roues?
L’enrichissement n’est pas du tout sexy, encore moins aisé. De tous les millionnaires que j’ai rencontrés, aucun ne l’a eu facile. Pour atteindre un objectif hors
norme, comme la retraite à 40 ans, il faut agir de façon hors norme. En d’autres mots, il faut continuer là où les autres s’arrêtent.
Remarquez que la plupart des gens font un blocage juste à l’idée de consulter leur relevé bancaire, alors le seuil moyen de persévérance n’est pas difficile à
battre.

LA SOUS-CONSOMMATION, LA FAILLE DU SYSTÈME


Le système dans lequel nous vivons est bâti sur la croissance économique infinie. Les entreprises privées, le marché de l’emploi, les indices boursiers, les
programmes sociaux, les caisses de retraite et la recherche scientifique reposent sur la hausse perpétuelle de notre niveau de consommation.
Les gouvernements veulent nous voir participer à cette croissance; ils veulent nous voir dépenser notre argent. La consommation, voire la surconsommation,
est nécessaire à la vitalité de l’économie. Notre devoir de citoyen est donc de travailler, de payer des impôts et de réinjecter nos épargnes dans l’économie pour la
faire croître.
Un citoyen qui consomme en deçà de ses capacités financières ne fait pas sa juste part dans la société. Pire encore, un frugaliste qui épargne de façon
intensive est une nuisance pour l’économie. J’ai encore en tête l’image du président Bush implorant désespérément les Américains de consommer davantage à la
suite des attentats de New York, alors que l’économie piquait du nez.
Les banques aussi cherchent à maximiser leurs profits en nous vendant les produits financiers les plus rentables pour elles. Plus on est enchaîné aux marges
de crédit, aux prêts hypothécaires, aux dettes de carte de crédit, de même qu’aux fonds communs de placement, plus on est payant pour ces institutions. Derrière
leurs beaux discours marketing, la surconsommation et l’endettement restent les moteurs de leur croissance débridée.
En fin de compte, votre contribution à la croissance économique ne se traduit pas nécessairement par une amélioration de votre qualité de vie. À tout le
moins, plusieurs intermédiaires se graissent la patte avant vous. Il est donc venu le temps de penser à vos propres intérêts. C’est le moment de renverser la
vapeur. Heureusement, le système capitaliste a un talon d’Achille, une faille béante qui ne demande qu’à être exploitée: la sous-consommation.
D’abord, en vivant au-dessous de ses moyens et en épargnant, on paie moins de taxes sur les produits et les services, tout en augmentant son pouvoir
économique. Ensuite, en réduisant ses revenus imposables grâce à l’optimisation fiscale, on minimise ses impôts. Je reviendrai sur ce point important à l’étape
12, «Profiter des paradis fiscaux». Enfin, une fois retraité, en ne retirant que le maigre montant nécessaire à ses dépenses, on ne paie presque plus d’impôts.
Tout ce temps, on s’enrichit sans que le fisc en prenne conscience. Pour l’Agence du revenu du Canada (ARC), les riches sont ceux qui gagnent un salaire
élevé, qui achètent des produits de luxe et qui vivent «large». Le fardeau fiscal leur revient donc. C’est ainsi que les sous-consommateurs se glissent entre les
mailles du filet.
Depuis que je suis retraité, je passe sous le radar. Pour un fonctionnaire, je suis une irrégularité, une anomalie; je ne corresponds à aucune des cases de son
formulaire. Par conséquent, je suis assis sur plusieurs centaines de milliers de dollars, mais, étant donné que mon revenu annuel tombe sous le seuil de «faible
revenu», je ne paie presque pas d’impôts.
Il semble que des gestes aussi banals que de réduire sa consommation et d’épargner constituent la brèche la plus rentable à exploiter de notre système
économique.

L’ÉPARGNE INTENSIVE, LA PORTE DE SORTIE


L’épargne est loin d’être à la mode de nos jours. Personne ne se vante de son taux d’épargne sur Facebook ni ne publie de photos de son budget sur Instagram.
Si un ami arrive au volant d’une nouvelle BMW, on le félicite et on lui donne une tape dans le dos. Or, si un ami arrive au volant d’une Corolla 1998 rouillée,
couleur saumon, sans enjoliveurs, on se mord les lèvres pour ne pas rire de lui.
Pourtant, quel comportement devrait-on valoriser? Consacrer 15 000$ par année à son apparence ou épargner 12 000$ par an en conduisant une épave? Force
est d’admettre que l’épargne requiert énormément de volonté, mais ne procure aucune validation sociale. C’est quelque chose qu’on fait uniquement pour soi et
qui passe totalement inaperçu.
Toutefois, l’épargne intensive est le fondement de la philosophie FIRE. Il s’agit d’ailleurs de la principale explication de ma retraite précoce. Si vous arrivez à
maîtriser cette force exceptionnelle, vous pouvez espérer vous libérer du métro-boulot-dodo en moins de 18 ans, et ce, peu importe votre salaire.
Le blogueur Four Pillar Freedom a fait l’exercice de compiler un tableau qui illustre le nombre d’années qui vous séparent de l’autonomie financière, selon
vos dépenses et vos revenus nets. Ces projections sont basées sur un rendement de 5% en Bourse et un taux de retrait de 4%.

Le nombre d’années avant l’indépendance financière


Source: FOUR PILLAR FREEDOM, «The Early Retirement Grid», https://fourpillarfreedom.com/the-early-retirement-grid/.

Plus l’écart entre les dépenses et les revenus est important, plus la liberté financière est à portée de main. À titre d’exemple, une personne qui touche un
salaire annuel net de 50 000$ et qui dépense 25 000$ par an serait à 16,6 années de la retraite si elle épargnait le reste de ses revenus, et ce, en partant de zéro.
Prenons un autre exemple, puisque ce passage est au centre de cet ouvrage. Disons qu’un pâtissier gagnant 40 000$ et dépensant 30000$ par année devient un
super-épargnant. En réduisant ses dépenses à 20 000$ (nous verrons comment faire sous peu) et en augmentant son épargne, il abrégerait son parcours vers la
retraite presque de moitié, passant de 31,9 années à 16,6 années.
L’épargne, ça ne change pas le monde, sauf que…

LE TAUX D’ÉPARGNE, L’INDICATEUR DE RICHESSE


Jusqu’ici, vous avez créé un budget et calculé votre avoir net. Il reste donc un élément fondamental à déterminer pour compléter votre tableau de bord financier:
le taux d’épargne. Cet indicateur constituera le chiffre le plus important de votre cheminement vers l’autonomie financière.
Comme vous l’avez compris plus tôt (lorsque vous aviez huit ans ou, plus récemment, au début de ce chapitre), la recette pour s’enrichir est de maximiser
l’écart entre les dépenses et les revenus. Et c’est précisément ce que le taux d’épargne mesure. D’où son importance capitale dans votre parcours vers la liberté.
Si vous avez déjà créé votre budget, le calcul sera très simple à faire. Il suffit de diviser le montant de votre épargne annuelle par votre revenu net annuel.

Ainsi, une personne qui gagne 40 000$ par année et qui arrive à en épargner 10 000$ obtient un taux d’épargne de 25%.
Vous pouvez aussi utiliser une période plus courte. Si vous n’avez qu’un seul mois d’historique dans votre budget, prenez le montant de vos épargnes pour ce
mois-là et divisez-le par le montant de vos revenus, après impôts. Concrètement, si vous avez épargné 200$ et que votre salaire mensuel net est de 4000$, vous
avez un taux d’épargne de 5%.
Somme toute, ce calcul révèle le rythme auquel vous vous enrichissez. Pour reprendre l’analogie du marathon, si votre budget représente votre chronomètre,
le taux d’épargne représente votre indicateur de vitesse. Ce pourcentage vous indique à quelle vitesse vous allez atteindre la liberté financière.
Il s’agit de l’élément sur lequel vous avez le plus grand contrôle. Le point de départ (votre avoir actuel) et la ligne d’arrivée (le montant visé pour la liberté)
resteront les mêmes tout au long du trajet, mais la durée du parcours variera selon votre capacité d’épargner.

LE TAUX D’ÉPARGNE VISÉ


Que vous soyez directeur de banque ou fleuriste, le taux d’épargne ne fait pas de discrimination. Le salaire ne dicte pas nécessairement le taux d’épargne. J’ai des
proches qui n’arrivent pas à épargner un rond, même avec un salaire de plus de 100 000$ par an. Et j’ai rencontré des lecteurs semi-retraités à 45 ans, en dépit
d’un salaire annuel ne dépassant pas les 40 000$ quand ils travaillaient à temps plein.
Plus tôt, je vous disais de ne pas vous en faire si vous vous sentez défavorisé dans ce marathon qu’est la vie. Voici maintenant votre chance de tracer et de
dépasser le peloton.
En effet, le taux d’épargne moyen tourne autour de 6% au Québec28. À mes yeux, ce pourcentage est nettement insuffisant pour profiter pleinement des
avantages fiscaux des REEE, des REER et des CELI. Encore moins pour se bâtir un fonds de liberté adéquat. Disons que ça ne laisse pas beaucoup de marge de
manœuvre en cas d’urgence. On est à un nid-de-poule de dilapider son fonds d’urgence chez le garagiste!
Souvenez-vous, l’argent est une mesure de liberté. Votre taux d’épargne témoigne donc de l’intensité de votre désir de vous évader du métro-boulot-dodo et
de devenir maître de votre temps.
Le tableau qui suit montre l’influence du taux d’épargne sur le nombre d’années avant l’indépendance financière. Il a été conçu par le blogueur à la tête du
mouvement FIRE, Mr. Money Mustache, et implique l’application de la règle de 4% ainsi qu’un avoir net de départ de 0$. J’ai cependant ajusté les données pour
qu’elles reflètent la situation économique actuelle en réduisant le rendement espéré en Bourse de 5% à 4% (net d’inflation).

Le nombre d’années avant l’indépendance financière


Taux d’épargne Années avant la retraite
5% 76 ans et 5 mois
10% 58 ans et 9 mois
15% 48 ans et 4 mois
20% 41 ans
25% 35 ans et 4 mois
30% 30 ans et 8 mois
35% 26 ans et 9 mois
40% 23 ans et 4 mois
45% 20 ans et 4 mois
50% 17 ans et 8 mois
55% 15 ans et 3 mois
60% 13 ans
65% 11 ans
70% 9 ans
75% 7 ans et 4 mois
80% 5 ans et 8 mois
85% 4 ans et 2 mois
90% 2 ans et 8 mois
95% 1 an et 4 mois
100% 0
Source: MR. MONEY MUSTACHE, «The Shockingly Simple Math Behind Early Retirement», 13 janvier 2012, https://www.mrmoneymustache.com/2012/01/13/the-shockingly-simple-math-behind-early-
retirement/.

Ce tableau montre l’extraordinaire puissance de l’épargne. À ce stade, si vous n’êtes pas convaincu qu’il s’agit de votre meilleure avenue vers la liberté, je
baisse les bras.
Notez que, du haut de ses 6% d’épargne, le Québécois moyen aurait à travailler environ 72 ans avant d’être retraité, si ce n’était les prestations
gouvernementales. En revanche, la plupart des adeptes du mouvement FIRE visent un taux d’épargne de 50%. Conséquemment, la durée typique de la carrière
d’un jeune retraité est d’environ 18 ans.
Dans mon cas, le parcours aura pris environ 14 ans, puisque mon taux d’épargne a fluctué entre 50% et 60%. Mais, comme on dit en latin, «sky’s the limit».
L’atteinte de votre objectif n’a de limites que celles que vous vous imposez vous-même. Et votre capacité à exploiter la faille dans le système.
ÉTAPE 5: DEVENIR REBELLE

DES PAROLES À L’ACTE


Vous avez désormais terminé la phase stratégique de votre chemin vers la liberté. Vous avez normalement un budget, une bonne idée de vos dépenses, de vos
revenus, de votre avoir net et de votre taux d’épargne. Vous avez également chiffré votre objectif de liberté. Êtes-vous prêt à passer à l’action?
Attaquons maintenant les choses sérieuses. Si mes 14 années dans le monde de l’entreprise m’ont appris quelque chose, c’est bien que l’exécution est plus
importante que la stratégie. En effet, on peut élaborer la meilleure stratégie du monde, mais la loi de Murphy prime malheureusement toujours. Pour réussir, il
faut s’adapter constamment, se débrouiller et se démerder quand ça chie dans la colle (je savais bien que cette expression me servirait un jour).
Par conséquent, tout ce que vous avez lu jusqu’ici ne vaut pas grand-chose si vous n’êtes pas ensuite persévérant, obstiné et insoumis.

LA NORMALITÉ
Dans notre culture de surconsommation, nous l’avons bien vu, épargner est un geste marginal. Pour atteindre un taux d’épargne de 50%, il faut être carrément
rebelle.
Être rebelle n’implique pas de porter un t-shirt du Che, d’avoir les cheveux rouges ou de se faire tatouer une feuille de cannabis dans le cou. Les vrais
dissidents sont ceux qui remettent en question tout ce que le reste de la population tient pour acquis. Ainsi, ils finissent très souvent par rejeter la normalité.
Justement, qu’est-ce que la normalité? Nous vivons dans un monde où toutes les forces externes, à savoir les amis, la famille, les collègues, les profs, les
conseillers et les vendeurs, nous poussent à nous conformer à un moule. Il faut étudier, travailler, acheter une bagnole, se marier, acheter une maison, se
reproduire, gravir les échelons de l’entreprise, consommer à la hauteur de son statut social et, enfin, prendre sa retraite.
Cette suite d’événements est assez logique et je ne cherche pas à la démoniser. À chacun ses choix. Seulement, ce chemin est celui qui a été tracé par la
société de consommation et, donc, celui qui maximise le niveau de consommation en engendrant le plus de dépenses possible.
Est-ce que ce chemin mène au bonheur? Pour certains, assurément. Dans mon cas, la réponse est «non». Le mariage ne me dit rien, l’achat d’une maison me
semble être un mauvais investissement, je suis plus heureux sans enfants et mon emploi le moins prestigieux de tous, soit Web designer, a été le plus satisfaisant
de ma carrière. De plus, moins je consomme et plus je suis heureux. En faisant exactement l’inverse de ce qu’on me dit de faire, j’en sors gagnant.
D’ailleurs, la vie d’un consommateur est définie par ses achats. Par exemple, l’achat d’une auto ou d’une maison marque normalement un moment significatif
dans sa vie. Aussi, le jour le plus important de son existence est également le plus coûteux. Je parle bien sûr du divorce.
Un «vrai» rebelle ne laisse pas la consommation définir qui il est. Son identité ainsi que les moments marquants de sa vie sont ponctués non pas par ses
dépenses, mais bien par ses choix. Il fait le choix d’utiliser les transports collectifs, même s’il a les moyens de se payer une bagnole flambant neuve. Il fait le
choix de payer un loyer, même si la banque peut lui prêter 300 000$ en un claquement de doigts. Il fait le choix de faire une randonnée dans la nature au lieu de
courir sur un tapis roulant. Enfin, il fait le choix de sous-consommer pour être libre.
Tout compte fait, l’acte ultime de contestation, de désobéissance, ne serait-il pas la poursuite du bonheur?

LES DURS À CUIRE


Résister à la société de consommation n’est pas un geste facile, ni banal. D’ailleurs, les frugalistes qui pratiquent l’épargne intensive sont généralement des durs à
cuire. J’entends par là qu’ils sont acharnés et batailleurs. Par-dessus tout, ils sont décidés à faire les bons choix, même si ça demande plus d’efforts.
Au secondaire, mon prof préféré, M. Larochelle, a dit quelque chose qui m’a suivi toute ma vie: «Les vrais toughs ne sont pas ceux qui ont des gros bras, qui
parlent fort ou qui ont un look de tueur, ce sont ceux qui vont au bout de leurs rêves.» Pour lui, les véritables durs à cuire étaient ceux qui passaient à l’action
pour réaliser leurs ambitions. Il répétait: «Il n’y a rien de plus facile que de trouver des excuses. Les perdants le font toute leur vie.»
Au fond, M. Larochelle avait bien raison, nous sommes le plus grand obstacle à l’atteinte de nos propres rêves. Conséquemment, notre ténacité dicte notre
capacité à les réaliser.
C’est particulièrement frappant dans le merveilleux monde du métro-boulot-dodo. Durant ma brève carrière, j’ai côtoyé des gens qui étaient démoralisés,
limite dépressifs, mais qui ne posaient absolument aucune action concrète pour améliorer leur sort. Les journées étaient ponctuées par une succession de soupirs
profonds et de commentaires désabusés: «Quel hiver de merde!», «Je viens de me taper deux heures de trafic. Les gens sont juste cons!», «Mon boss, j’suis plus
capable!», «Les joueurs du Canadien sont payés des millions, pis sont pas foutus de gagner!».
J’avais envie de dire tant de choses à ces personnes défaitistes… Premièrement, vivre au Canada est une décision et non une obligation. Il existe certainement
une cinquantaine d’autres pays qui ne connaissent pas l’hiver. Libre à vous de déménager. Deuxièmement, si vous avez acheté une maison à 40 km de votre lieu
de travail et que vous vous déplacez seul dans votre char matin et soir, vous faites partie du problème de la congestion routière. Troisièmement, changer d’emploi
n’est pas la fin du monde. Si votre patron vous emmerde, devenez le patron. Après tout, vous êtes déjà le PDG (de votre vie) depuis quelques heures. Finalement,
les joueurs de hockey professionnels sont millionnaires parce que vous payez un abonnement au câble, que vous achetez des t-shirts bleu-blanc-rouge et que vous
vous saignez pour assister aux matchs. Ils ont déjà gagné juste en signant leur contrat; ils n’ont pas à le faire sur la glace.
Un dernier exemple, en terminant. Quelqu’un que je connais très bien a gaspillé trois ans et demi de sa vie au cégep. Toutes les excuses étaient bonnes pour
justifier ses échecs. C’était la faute du prof trop exigeant, de l’horaire de cours trop chargé ou des astres cosmiques qui étaient désalignés. Ce n’était jamais sa
faute; il était une pauvre victime du système.
Vous l’avez compris, cette victime, c’était moi. Par chance, j’ai pris conscience de mes torts et j’ai repris ma vie en main avant de finir avocat à force de
plaider ma cause.

LES ANIMAUX SOCIAUX


Nous sommes des animaux sociaux. Nous sommes constamment en quête de validation auprès de la meute. D’où le succès fracassant des réseaux sociaux. Le
nombre de mentions «J’aime» sur notre dernière photo de Cuba module notre bien-être.
Dans ce contexte, être rebelle signifie déplaire aux autres. C’est-à-dire déplaire à ses parents qui désirent ardemment des petits-enfants. Déplaire à ses proches
qui croient dur comme fer que l’achat d’une maison est le meilleur placement au monde. Déplaire à ses collègues de travail qui nous invitent tous les midis à
sortir pour le lunch. Enfin, déplaire à ses amis qui croient que de conduire cette jolie Toyota 1998 saumon constitue un danger pour sa sécurité. Pour réaliser ses
rêves, il faut parfois briser ceux des autres.
Sortir du lot implique immanquablement de s’exposer aux critiques négatives. Pour les gens «normaux» qui ont surfé sur la normalité toute leur vie, parler de
retraite à 40 ans est une aberration. J’ai entendu tous les commentaires imaginables au sujet de mon projet de retraite hâtive. Reste que ces détracteurs m’ont
grandement aidé à atteindre mon but. Dans un sens, je me suis nourri de toute cette négativité pour accélérer le pas vers la liberté financière. Je remercie donc
tous ceux qui ont pris le temps de m’écrire des mots de découragement.
Je pense que cette façon de penser fait partie de l’ADN d’un rebelle. Plus les critiques sont négatives et virulentes, plus il est motivé à poursuivre son chemin.
Si j’avais suivi docilement le chemin qui m’était proposé, celui qui mène à la validation sociale, je ne serais certainement pas retraité aujourd’hui. Surtout, je
ne serais pas si heureux.

LES REBELLES DU DIMANCHE


C’est paradoxal de constater à quel point les gens aspirent tous à être libres, hors normes, uniques et un peu rebelles, mais qu’en pratique, ils suivent aveuglément
le trajet dicté par la société de consommation.
Le marketing cherche à éveiller le rebelle qui sommeille en nous quand vient le temps de consommer. Par exemple, les chaussures Vans symbolisent la
contre-culture, les motos Harley-Davidson sont réservées aux anticonformistes, les vêtements Supreme représentent un affront à l’autorité et le parfum Rihanna
s’adresse aux femmes insoumises.
Toutefois, la vraie contestation, celle qui consiste à résister à la consommation, à s’indigner du statu quo et à mettre en doute toutes les normes établies, est
mal vue. Il est bien plus facile de s’acheter une paire de Vans et un t-shirt Supreme que de remettre en question toutes ses habitudes de vie.
Acheter des bébelles pour contester la norme et pour se sentir libre est aussi absurde que de fumer dans l’espoir d’améliorer sa santé.
ÉTAPE 6: VIVRE COMME UN MILLIONNAIRE

LE BLING-BLING, C’EST POUR LES PAUVRES


Au début de ma carrière, un collègue de travail m’a dit: «Si tu veux devenir millionnaire, vis comme un millionnaire. Tu vas voir, l’argent attire l’argent!» Pour
lui, être riche voulait dire conduire une BMW, porter des chemises multicolores Armani et secouer sa montre Tag Heuer devant un client.
Sa logique était simpliste: en adoptant le mode de vie d’un riche, il finirait bien par le devenir lui-même un jour. J’avais envie d’y croire. C’est quand même
alléchant (et surtout très facile) comme stratégie d’enrichissement, non? En fait, c’est un peu comme si on disait à une personne obèse de suivre la diète d’un
culturiste pour perdre du poids.
Les riches ne raisonnent (malheureusement ou heureusement) absolument pas de cette manière. Ils dépensent plutôt en deçà de leurs moyens. C’est d’ailleurs
ce qui explique en partie leur richesse.
D’après mon expérience, les riches qui ont bâti eux-mêmes leur fortune ont énormément de respect pour l’argent. Donc, un dollar vaut toujours un dollar,
même quand on est multimillionnaire. Le riche qui allume son cigare cubain avec un billet de 100$ n’existe que dans les films. Ce genre de consommation
ostentatoire est l’affaire d’une minorité de parvenus (sur Instagram) et d’une majorité de frimeurs (aussi sur Instagram). La plupart des gens qui conduisent une
Mercedes ou qui portent un sac Louis Vuitton au bras n’en ont pas vraiment les moyens. Je les appelle les snobs fauchés.
Si vous voulez vous enrichir, suivez plutôt l’exemple des vrais millionnaires. Le Canada en compterait 1,3 million29, ce qui représente environ 3% de la
population au pays. Toutefois, ils se fondent souvent parfaitement dans la masse. Ils sont nos voisins, nos plombiers, nos amis et même notre pompiste du coin.
Dans ce cas, qu’est-ce qui les distingue?

LES RICHES SONT FRUGAUX


Bien que les millionnaires d’ici et d’ailleurs soient dispersés dans toutes les strates de la société et qu’ils occupent tous les emplois imaginables, ils ont quand
même plusieurs traits de personnalité en commun. Dans son livre Les millionnaires ne sont pas ceux que vous croyez, Nicolas Bérubé démontre qu’ils n’ont rien
à voir avec la caricature qu’on se fait d’eux dans l’imaginaire collectif.
D’abord, les millionnaires sont frugaux. Près des trois quarts des Américains ayant une valeur nette entre 5 et 25 millions désignent la frugalité comme l’une
des raisons expliquant leur richesse30.
Ainsi, l’auteur financier Morgan Housel souligne: «Quand la plupart des gens disent qu’ils veulent être millionnaires, ce qu’ils veulent vraiment dire, c’est:
“Je veux dépenser un million de dollars”, ce qui est exactement le contraire d’être un millionnaire31.»
Le contrôle serré des dépenses est en fait une préoccupation constante des mieux nantis. Ces derniers comprennent que l’enrichissement passe autant par les
dépenses que par les revenus. Conséquemment, leur train de vie est relativement sobre.
En ce sens, les millionnaires ne résident pas forcément dans des palaces. Dans l’ouvrage The Millionaire Next Door: The Surprising Secrets of America’s
Wealthy, Thomas J. Stanley constate qu’aux États-Unis, on trouve trois fois plus de ménages millionnaires vivant dans des maisons évaluées à 300 000$ US que
de ménages millionnaires vivant dans des maisons de 1 million ou plus32.
De plus, les millionnaires ne conduisent généralement pas un véhicule de prestige. Parmi les ménages gagnant un quart de million de dollars ou plus par
année, 61% ne possèdent pas de véhicules luxueux. Qui plus est, les riches achètent typiquement une voiture qui vaut à peine 10% de plus que la moyenne33.
Le milliardaire québécois Stephen Jarislowsky explique: «Regarde les gens qui conduisent une BMW. Ils ne l’achètent pas, ils la louent! Pourquoi? Parce
qu’ils n’ont pas 60 000$ à la banque. Alors, ils la louent et paient des intérêts là-dessus. Moi, ce n’est pas ce que j’ai fait34.»

LES RICHES SONT NORMAUX


Ce serait réconfortant pour les surconsommateurs de penser que les riches ont bénéficié d’avantages injustes pour s’enrichir, mais ce n’est pas le cas. Les
millionnaires sont des gens «normaux». Ils ne sont généralement pas les descendants d’une lignée d’aristocrates, ils ne touchent pas un salaire de joueur de
hockey et ils ne sont pas des gourous de la finance.
Aux États-Unis, 62% des ménages millionnaires ont des revenus annuels de moins de 100 000$, selon une vaste étude réalisée en vue de la publication du
livre Everyday Millionaires35, et moins de 20% des millionnaires ont hérité de leur fortune.
En outre, d’après les recherches de Thomas J. Stanley menées aux États-Unis dans les années 1990, les millionnaires possédaient typiquement leur propre
entreprise, et la majorité travaillaient dans des métiers. Parmi les millionnaires sondés, les cols bleus avaient généralement plus d’actifs que les cols blancs36.
Autrement dit, les plombiers, les électriciens, les menuisiers et les restaurateurs étaient en meilleure posture financière que les avocats, les fiscalistes, les notaires
et même les comptables.
Cela s’explique par le fait que les gens qui pratiquent une profession dite prestigieuse mènent souvent un train de vie excessif en consommant à la hauteur de
leur statut social37. De plus, leurs dépenses gonflent à mesure qu’ils gravissent les échelons de l’entreprise; c’est ce que j’appelle l’inflation du mode de vie.

LA RECETTE SECRÈTE DES MILLIONNAIRES


Force est de l’admettre, le mode de vie des millionnaires est plutôt banal. Ça vous enlève peut-être même le goût de le devenir… On est bien loin de la vie
flamboyante des Kardashian de ce monde.
La recette employée pour devenir millionnaire est tout aussi ennuyante. Alors que tout le monde cherche la grande idée, le plan grandiose vers la richesse, la
formule est toute simple. La voici:

RICHESSE = ÉPARGNES + INVESTISSEMENTS + TEMPS

Eh oui, sans le savoir, vous déteniez la clé de l’enrichissement tout ce temps. Cette stratégie est d’un ennui mortel, je ne le cache pas; reste qu’elle est quasi
infaillible.
Je prends le temps d’insister sur cette formule, puisqu’elle résume en quatre mots l’ensemble de mon parcours vers la liberté financière. D’ailleurs, le livre
que vous tenez entre les mains pourrait être réduit à cette équation. Et, selon les études précédemment citées, elle est la cause de l’enrichissement des plus
fortunés. Au fonds, mon ancien collègue de travail avait bien raison quand il disait: «Si tu veux devenir millionnaire, vis comme un millionnaire.» Si seulement il
avait compris ce que cela impliquait.
Premièrement, il faut épargner. Comme illustré plus tôt à l’étape 4, «Exploiter la faille du système», le taux d’épargne est l’indicateur le plus décisif de votre
capacité d’enrichissement. Concrètement, un couple dont le revenu combiné net serait de 70 000$ par année et qui arriverait à épargner la moitié de ce montant
pourrait devenir millionnaire en moins de 20 ans38.
Deuxièmement, il faut investir ses économies en visant la croissance à long terme. Quinze dollars par jour suffisent pour atteindre un jour le cap des sept
chiffres. L’auteur du livre Millionaire Teacher: The Nine Rules of Wealth You Should Have Learned in School, Andrew Hallam, illustre cela comme suit: «[U]ne
personne qui investirait 15$ par jour dans le marché [boursier] canadien, avec une hausse pour couvrir l’inflation entre l’âge de 20 et de 80 ans, accumulerait une
somme de plus de 13 millions de dollars. Cette personne deviendrait millionnaire à l’âge de 52 ans en moyenne39.»
Troisièmement, il faut patienter. S’enrichir prend un certain temps et requiert beaucoup de patience. De nombreux investisseurs, surnommés les
trademinators, succombent à leur empressement d’être riches. Ils vendent et achètent des titres boursiers à un rythme effréné, réduisant leur rendement par le fait
même.
Stephen Jarislowsky résume ainsi cette formule: «Trop de gens croient qu’il faut être chanceux pour s’enrichir et gagner beaucoup d’argent, ou qu’il faut
trouver des investissements qui explosent en Bourse. Ce n’est pas comme ça que ça marche… Les règles de l’enrichissement sont simples. Il faut économiser une
partie de sa paye et l’investir pour rechercher une croissance à long terme, pas une croissance instantanée40.»
Inspirons-nous de ces riches enseignements (littéralement) et passons à l’action.
ÉTAPE 7: HACKER SON BUDGET

LE COÛT DE RENONCIATION
Tout au long de ce chapitre, j’utiliserai la notion de coût de renonciation. En gros, ce coût désigne ce à quoi on renonce lorsqu’on procède à un choix. J’utiliserai
ce concept pour illustrer le montant d’épargne auquel on renonce lorsqu’on choisit de faire un achat. Un calcul permet en effet de chiffrer le coût de renonciation
de nos dépenses courantes41. Nous l’utiliserons dans cette étape pour bien comprendre la portée de nos choix.
À titre d’exemple, disons qu’au lieu d’acheter un latte glacé à la vanille à 5$ tous les matins, j’investissais le même montant en Bourse. Avec un rendement
net escompté de 5%, je serais plus riche de 26 300$ une décennie plus tard. Selon ces paramètres, cette somme dans les cinq chiffres représente le coût de
renonciation de mon café matinal. Disons que quand on regarde les choses ainsi, cette boisson devient soudain plus amère.
Voici un autre exemple qui parlera à mon ancien collègue de travail, Mark, qui dépensait 20$ par semaine en Lotto 6/49. En 30 ans, ce joueur compulsif aura
renoncé à la coquette somme de 105 700$. Est-ce que vous achèteriez un billet de loto à 105 700$ qui vous donnerait la chance de gagner 1 million?
Probablement pas.

L’ÉPLUCHETTE DE BUDGET
Le moment est venu de prendre le taureau par les cornes. Nous allons maintenant entamer l’étape la plus chronophage du parcours vers l’indépendance
financière, soit l’optimisation des dépenses. Si le chemin vers la liberté était un marathon de 42 km, cette étape s’étalerait sur au moins la moitié du parcours.
C’est donc ici que ça se passe!
J’imagine que vous avez commencé à vous lier d’affection avec votre budget. C’est peut-être le début d’une grande histoire d’amour? La Belle et la Bête… Je
vous laisse deviner qui est qui dans cette relation.
À ce stade-ci, si vous n’avez pas encore créé un budget, il est temps de le faire. Sérieusement. Cet outil est indispensable aux prochaines étapes. Nous allons
éplucher chacune de vos dépenses et constituer votre fonds de liberté, un dollar à la fois.
Nous entreprendrons notre quête en optimisant toutes les petites dépenses récurrentes qui passent normalement sous le radar. Nous garderons les dépenses
plus importantes, soit l’habitation et l’automobile, pour le dessert. Ces postes budgétaires font l’objet de chapitres distincts.
Assez de formalités. On part!

Le téléphone
On va s’échauffer avec les postes budgétaires les plus faciles à optimiser en premier. D’abord, il y a fort à parier que votre téléphone mobile vous coûte beaucoup
trop cher.
En effet, les Canadiens paient parmi les prix les plus élevés du monde pour un abonnement aux services mobiles sans fil. Pour un forfait cellulaire mensuel
comprenant des appels et des messages textes illimités au pays et 5 gigaoctets (Go) de données, les Canadiens paient en moyenne 87,32$ au Canada. Si un forfait
similaire coûte plus cher aux États-Unis, soit 97,88$, il n’est que de 34,31$ en France et de 27,27$ en Australie42.
Ce montant est aberrant. Il représente une somme de plus de 1000$ par année. Si on reprend le même calcul que pour notre latté glacé à la vanille, on constate
bien vite que le coût de renonciation de cette dépense correspond à un montant de 106 000$ sur l’ensemble de la vie active. Ainsi, le téléphone d’un frugaliste qui
vit avec moins de 20 000$ par an lui coûte plusieurs années de retraite. Celui-ci sacrifie sa liberté pour avoir accès à l’Internet quand il n’est pas à la maison, au
travail, au resto, dans un café, à la bibliothèque ou dans une zone où le WiFi est gratuit.
Vous n’êtes peut-être pas (encore) un frugaliste pur et dur, mais vous comprenez que votre forfait cellulaire poids lourd est possiblement superflu. Peut-être
que le forfait «données» n’est pas essentiel, après tout. Peut-être même que cette fonction ne fait que miner votre vie sociale. Je lance l’idée, juste comme ça!
Pour ma part, je débourse 13$ par mois pour mon forfait de téléphonie mobile, sans données. Évidemment, je n’ai pas de ligne fixe à la maison. J’épargne
ainsi 892$ par an comparativement à la moyenne canadienne. En prime, je ne suis pas asservi par un bidule électronique qui contrôle ma vie. Je n’ai pas la
tentation de consulter les photos Instagram d’Eugenie Bouchard quand je marche dans la rue, ni de scroller mon fil d’actualité Facebook durant un souper avec
des amis, ni de regarder des séries télé lorsque je suis derrière le volant (autant de comportements observables). J’utilise mon téléphone pour téléphoner, pour
prendre des photos en voyage et pour m’orienter grâce à l’appli Google Maps. D’ailleurs, cette dernière est entièrement fonctionnelle sans connexion à Internet.
Il suffit de télécharger les régions géographiques désirées sur son appareil.
Mon téléphone, âgé de huit ans, comble tous mes besoins, sans éroder ma liberté. Je peux ainsi lever les yeux sur le monde (réel) et garder mon argent dans
mes poches.
Vous pouvez en faire autant. Quelques appels suffisent pour trouver la meilleure offre. Vous justifierez du même coup l’utilisation de votre téléphone!

Le câble
Est-ce que je commence à réveiller la fourmi qui sommeille en vous? Si oui, que pensez-vous de la télé câblée?
Personnellement, on devrait me payer pour que je regarde des concours de danse, des émissions de rénovation ou n’importe quel show de pseudo-téléréalité
insignifiant. De surcroît, tout ce contenu sans valeur est entremêlé d’une tonne de pubs et de placements de produits. J’ai de la difficulté à croire que, dans l’ère
numérique actuelle, on consacre encore plus de 40$ par mois à ce poste budgétaire.
Selon moi, ce n’est qu’une question de temps avant que ce média meure ou se transforme radicalement. En 2019, une étude prévoyait d’ailleurs «qu’environ
32% des ménages canadiens n’auront pas d’abonnement à la télévision traditionnelle d’ici la fin de l’année [2020]43».
Pour capter les chaînes de base, une antenne de type «oreilles de lapin» à 10$ suffit. Pour tout le reste, il y a les plateformes Web, qui sont en grande partie
gratuites.
À vous de juger si la télévision câblée vaut les 49 000$ qu’elle vous coûtera en 30 ans, si on reprend notre petite formule pour calculer le coût de
renonciation.

Le gym
Mon grand-père m’a dit un jour: «Il y a deux choses que je ne pensais jamais voir de mon vivant: les salles de gym et l’eau embouteillée.» Pour lui, il était
impensable de prendre sa voiture pour aller courir sur un tapis roulant. Pire encore, payer pour boire l’eau qu’on peut trouver partout gratuitement. Comble de
l’ironie, le gym et l’eau en bouteille vont désormais de pair!
Cela dit, je n’ai rien contre l’idée de s’entraîner physiquement. Bien au contraire! L’effet bénéfique d’un mode de vie actif sur la santé est sans équivoque.
Seulement, le manque d’assiduité dans les centres d’entraînement physique coûte cher aux abonnés. Selon une étude menée en 2016 par deux profs de
l’Université du Québec à Montréal (UQAM), «plus de 50% des gens perdent de l’argent en souscrivant un abonnement annuel dans un gym44». En effet, la
motivation chute vite et nombre d’abonnés pleins de bonne volonté délaissent rapidement leur nouvelle habitude. Considérant le coût moyen d’un abonnement
annuel et le nombre réel de séances d’entraînement de cette moitié d’abonnés, ceux-ci auraient déboursé moins de sous en payant leurs quelques passages à la
pièce.
À mon humble avis, il y a moyen de garder la forme sans payer pour un abonnement mensuel. Quand on a le moindrement d’imagination, le monde extérieur
devient un grand terrain de jeu. Les randonnées en forêt, le jogging, le vélo et le patin peuvent facilement combler ce besoin de bouger, à moindres coûts.
Peut-être s’agit-il d’un poste de dépenses à réévaluer…
Les abonnements
Il est fort probable que plusieurs autres petites dépenses récurrentes se soient sournoisement infiltrées dans votre budget au fil des années. Il est venu le temps de
faire le ménage là-dedans. Tel un douanier zélé, remettez chaque détail en question.
Passez sous la loupe les abonnements aux plateformes de musique, aux applications mobiles, aux magazines, au service d’assistance routière et autres.
N’oubliez pas que même un forfait mensuel de 15$, d’apparence anodine, peut représenter un coût de renonciation de près de 2300$ sur 10 ans. Est-ce la valeur
que vous souhaitez accorder à ce type de dépenses?
À tout le moins, vous pouvez en réduire le coût. On peut partager certains abonnements, par exemple, à plusieurs utilisateurs pour en répartir les frais. Ainsi,
un compte sur la plateforme de musique en ligne Spotify coûte 9,99$ par mois, alors qu’un forfait pour six comptes d’utilisateurs coûte seulement 5$ de plus45.
Netflix, la plateforme de vidéos sur demande, adopte un modèle de tarification similaire. Seule contrainte, tous les utilisateurs doivent vivre sous le même toit.
Cette restriction n’est toutefois pas appliquée pour le moment.
Le troisième voisin de l’oncle de mon dentiste connaît quelqu’un qui partage sa carte de membre Costco de cette manière. Je ne vous incite pas à en faire
autant. Vous pouvez toutefois ponctuellement accompagner un abonné, en toute légalité, lorsque le besoin d’acheter 5 kilos de mayo se fait sentir.
L’important est de reconsidérer la pertinence de tous ces abonnements dans votre vie, d’autant plus qu’il existe de multiples solutions de rechange moins
coûteuses. C’est le cas notamment pour plusieurs formes de divertissement qui sont offertes gratuitement (ou presque) à la bibliothèque municipale, par exemple.
Vos taxes municipales paient ainsi pour des livres, des films et des magazines qui vous sont ensuite accessibles. Acheter de tels documents reviendrait à les payer
en double.

L’alcool et le parfum
Je groupe le vin, la bière, les spiritueux et le parfum dans la même catégorie, car ce sont tous des produits à base d’eau et d’alcool placés dans un contenant
vraiment fancy. D’ailleurs, souvent, la bouteille vaut plus cher que ce qu’elle contient.
Justement, le liquide contenu dans une bouteille de parfum ne constitue que 3% du coût total de production. Les 97% restants sont consacrés au marketing et
à l’emballage46, puisque, de nos jours, la plupart des parfums ne sont plus créés à base de fleurs, mais avec des molécules synthétiques. Par conséquent, la
célébrité qui représente la marque a plus d’importance que la fragrance.
En faisant abstraction des milliards de dollars en marketing qui soutiennent ces industries, il faut le reconnaître, nous payons beaucoup plus pour la marque
que pour le produit en question.
La bière est un autre exemple frappant. Plusieurs marques belges bénéficient d’un statut privilégié et commandent des prix exorbitants du fait qu’elles sont…
belges. Ça ressemble étrangement au phénomène des vedettes qui sont célèbres parce qu’elles sont… des vedettes.
Soyez honnête avec vous-même. Oubliez toute la pub. Est-ce que la bière canadienne vous procure moins de satisfaction que la bière premium belge? Si les
bouteilles n’avaient pas d’étiquettes, est-ce que vous débourseriez 3$ de plus pour avoir une Stella Artois à la main, par exemple? Cette valeur ajoutée qu’on
attribue à cette bière belge sur la base du prix et du marketing, plutôt que du goût, est d’autant plus drôle que cette bière est considérée comme une bière banale
en Belgique. Une bière de tous les jours.
Dans le même sens, selon un sondage mené par le site Wine.net auprès de 2000 buveurs de vin, 82% des répondants ont admis qu’ils choisissaient leurs
bouteilles de vin en se basant sur l’apparence de l’étiquette. Qui plus est, 65% des consommateurs ont dit choisir la bouteille qui donnait l’impression d’être la
plus dispendieuse. Ainsi, les vins présentant des étiquettes en relief, des dorures et une typographie raffinées étaient perçus comme plus désirables47.
Je pense que vous pouvez réduire ce poste de dépenses de 20% à 30% juste en faisant preuve d’un peu de discernement… ou en vous tenant loin des jolies
étiquettes. En plus, votre santé vous en sera reconnaissante. Autant pour le parfum que pour l’alcool, la modération a bien meilleur goût! Dans les deux cas,
l’abus de telles substances repousse les gens et donne mal à la tête.

Les produits de luxe


Il y a plusieurs années, avant de devenir frugal, je magasinais pour me procurer un stylo Montblanc. Lobotomisé par la culture de consommation, je considérais
la petite étoile blanche incrustée au bout du stylo comme un symbole de réussite. Un tel objet, placé en évidence dans la poche de ma chemise, me donnerait un
peu de prestance.
Toutefois, quand la vendeuse m’a expliqué que le stylo se vendait 250$, mais que les recharges d’encre ne coûtaient que 5$, j’ai compris que je me faisais
arnaquer. La partie du stylo responsable de l’écriture ne valait que 5$? Donc, sur papier (littéralement), ce stylo ne m’offrait rien de plus qu’un simple Bic. C’est
un peu comme si une Ferrari était équipée d’un moteur de Toyota. Que du tape-à-l’œil, quoi!
Il faut comprendre que le prix d’un produit ne correspond pas nécessairement à sa qualité. C’est plutôt le marketing qui crée la valeur perçue. Et le prix influe
grandement sur cette perception.
Ce phénomène est bien connu des marketers depuis 1949, alors qu’une étude démontrait que les ventes de bas de nylon augmentaient considérablement
quand un marchand en haussait le prix de 1$ à 1,14$48. Plus récemment, des chercheurs italiens ont établi que le prix d’un buffet avait un impact sur la
satisfaction des clients du restaurant. Ceux qui avaient déboursé 8$ ont noté la nourriture comme étant 11% meilleure que ceux qui avaient payé 4$49.
À plus grande échelle, les marques de luxe exploitent joyeusement cette faille psychologique. D’où les manteaux Canada Goose à 1000$, les polos Lacoste à
80$ et les lunettes de soleil Gucci à 500$. Certes, comme nous l’avons vu plus tôt, ces objets de luxe sont bien plus destinés aux pauvres qui veulent paraître
riches qu’aux «vrais» riches qui en ont vraiment les moyens.
Vous aussi, commencez à raisonner comme un riche et effacez ces dépenses inutiles de votre budget.

Les sorties au resto


Personne ne peut le nier, aller au restaurant est souvent un geste de paresse. La fatigue, le manque de temps, le besoin de nouveauté… tout est prétexte à sous-
traiter son alimentation.
D’une part, cette habitude est néfaste pour le tour de taille. Les plats sont souvent plus gras et salés, et les portions, plus généreuses que quand on prépare les
repas à la maison. D’autre part, ce mauvais pli est néfaste pour ce qu’il y a juste en dessous de la taille, c’est-à-dire le portefeuille.
Je pense que l’un de vos premiers chevaux de bataille en tant que futur indépendant financier devrait être les lunchs. Voilà où disparaît une jolie part des
économies des travailleurs: toujours selon notre petite formule, un simple repas de type fast food, cinq fois par semaine, permettrait d’amasser plus de 56 000$ en
une décennie.
En outre, ce repas est le plus facile à planifier. D’abord, il revient chaque jour. Êtes-vous surpris le midi quand arrive le moment de manger? «Ah, c’est vrai,
il fallait que je prévoie un lunch aujourd’hui!» Votre routine est la même tous les foutus jours de votre vie. Ensuite, il suffit de cuisiner en double la veille pour
que ce problème soit réglé. Dans le pire des cas, cinq minutes suffisent pour préparer un sandwich. Lorsqu’on prend le temps d’y penser, on réalise bien vite qu’il
est carrément absurde de prendre l’auto pour aller regarder quelqu’un faire son sandwich à sa place, d’attendre pour payer, de reprendre l’auto et de roter le
pepperoni tout l’après-midi.
Ceux qui ont de la mémoire se souviendront que j’ai mentionné dans le récit de mon parcours avoir mangé aux meilleures tables. Avant d’être accusé
d’illogisme, je tiens à préciser que je n’ai rien contre les restaurants eux-mêmes! Ce peut être une réelle fête de s’attabler avec des gens qu’on aime autour d’un
bon repas (que personne n’a à préparer, de surcroît). Seulement, pour plusieurs, il s’agit d’une dépense récurrente et peu satisfaisante qu’on peut facilement
repenser pour dégager des économies.

L’épicerie
Restons dans le monde culinaire et examinons un des poids lourds du budget: j’ai nommé l’épicerie. Il s’agit en fait du troisième plus important poste de
dépenses des Québécois50. Et, selon moi, c’est celui sur lequel il y a le plus de travail à faire.
En 2017, une famille canadienne de deux adultes et de deux enfants déboursait environ 11 600$ annuellement pour s’alimenter. Si l’alimentation occupe une
portion grandissante du budget d’année en année, c’est surtout à cause de nos mauvaises habitudes de consommation51.
Parmi celles-ci, il y a les repas prêts-à-manger, qui ont la cote au Québec. Les boîtes de repas prêts-à-cuisiner s’inscrivent dans cette tendance. Le magazine
Protégez-Vous a calculé que chaque portion offerte dans de telles boîtes coûte de 9$ à 11$, soit 27% de plus que les mêmes ingrédients achetés en épicerie52. En
outre, les plats préparés vendus à l’épicerie sont toujours aussi populaires. Résultat, selon le Rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation, le
ménage moyen consacre 30% de son budget alimentaire au prêt-à-manger. «D’ici 2035, ce poste pourrait représenter la moitié du budget alimentation des
ménages québécois53.»
Cela pourrait être représentatif du fait que, malgré les 14 émissions de cuisine qui passent quotidiennement à la télé et les 200 livres de recettes qui sont
publiés chaque année, nous perdons graduellement la capacité de cuisiner. Cette aptitude, pourtant primitive, est en voie de disparition. En témoigne la
diminution des ventes de produits de base tels que la farine, le sucre et le cacao. Rémy Lambert, professeur en sciences de l’alimentation à l’Université Laval,
déclare: «C’est normal que ça baisse, on prend moins de temps pour cuisiner. Au début du siècle [dernier], on parlait de 2,5 heures par jour pour préparer les
repas tandis que les dernières statistiques font état aujourd’hui de huit minutes54.» Dans le même sens, d’après une étude pancanadienne de l’Université
Dalhousie, le temps de visite moyen à l’épicerie est maintenant de 32 minutes, soit 11 minutes de moins qu’en 200855.
En somme, nous délaissons la cuisine pour nous consacrer à des tâches plus nobles, c’est-à-dire scroller des photos de plats gastronomiques sur Instagram. Le
budget et le tour de taille écopent.
Voici quelques astuces qui vous permettront de retrouver la santé physique et financière:

1 - Évitez le gaspillage.
Selon l’organisation Second Harvest, qui lutte notamment contre le gaspillage alimentaire au Canada, pas moins de 58% de toute la nourriture produite au pays est jetée ou
gaspillée chaque année. De ce pourcentage, 21% est attribuable directement aux ménages. Cela représente environ 1700$ par chaumière56.
Il y a donc fort à parier que votre frigo, votre congélo et votre garde-manger regorgent d’aliments qui attendent depuis des semaines (ou des années) de trouver leur
chemin vers votre assiette. Pourquoi ne pas être créatif et inclure ces grands oubliés dans votre planification de repas? Ne vous arrêtez pas à la date limite de
consommation: «“Meilleur avant” ne veut pas dire “infect après”!» rappelle Lori Nikkel, directrice de Second Harvest. Adapter des recettes pour faire avec ce que vous
avez sous la main, en utilisant par exemple un fond de yogourt ou du fromage à la crème dans une sauce tomate plutôt que de la crème à cuisson, peut également vous
aider à réduire le gaspillage alimentaire tout en économisant temps et argent.
2 - Planifiez vos repas en fonction des rabais.
J’ai des amis qui vont chaque semaine chez Metro parce qu’ils apprécient l’expérience de magasinage. Personnellement, c’est le dernier de mes soucis! Ma conjointe
épluche les circulaires et planifie le menu en fonction des spéciaux. Ainsi, le choix de l’épicerie varie d’une semaine à l’autre. Nous utilisons l’application mobile Reebee,
qui donne une vue d’ensemble des circulaires et permet de faire une recherche par produit.
3 - Gardez une vision à long terme.
Alors que la plupart des consommateurs font l’épicerie dans le but de se nourrir pendant une semaine, les frugalistes voient beaucoup plus loin. Lorsqu’un produit est bon
marché, c’est le moment de stocker. À titre d’exemple, nous achetons la farine, le riz et les noix en gros volume chez un grossiste. Cette habitude nous fait épargner
environ 30% du prix de vente et, en prime, nous permet d’éviter le suremballage.
4 - Connaissez la valeur des aliments.
Avec le temps, on finit par connaître le juste prix des aliments. Une livre de pommes coûte 1$, une douzaine d’œufs, environ 2$, et le chou-fleur, plus ou moins 2$. Si c’est
bien plus cher (par exemple les fameux choux-fleurs à 8$), on achète autre chose et on s’ajuste. Quand je vois des gens acheter des fraises à 7$, liste d’ingrédients d’une
recette à la main, je me dis que le gâteau va coûter cher!
5 - Ne laissez pas vos enfants décider pour vous.
Les enfants influenceraient plus de 40% des achats de la famille. À l’épicerie, ils sont donc une cible de choix pour les publicitaires. Trop souvent, je vois des parents qui
flanchent et qui mettent des produits suremballés, hyper sucrés et trop chers dans le panier pour faire taire les pleurs de leurs enfants57.
Un truc simpliste serait de vous conseiller de faire les courses seul, mais ce n’est pas toujours possible. Lorsque l’épicerie doit être faite en famille, le plus payant à
long terme est sans doute de sensibiliser les jeunes à une alimentation saine et d’être patient. Les jours où on a moins envie de discuter, on peut aussi éviter les allées où se
concentrent les produits transformés et privilégier les sections de produits frais. Dans tous les cas, ne culpabilisez pas si vous déposez à l’occasion dans votre panier un
produit un peu trop chimique à votre goût à l’effigie de l’émission préférée de votre gamin. Il ne s’en souviendra pas le jour de ses noces (et vous non plus).
6 - Gérez votre cuisine comme celle d’un restaurateur.
Les bons restaurateurs adaptent leur cuisine aux fruits et légumes de saison, achètent une grande quantité d’aliments non périssables et évitent les produits transformés.
Ainsi, vos aliments seront souvent plus frais, plus nutritifs et meilleurs pour la santé. Comme tous ces aliments sont exempts de taxes, le montant de celles-ci sur votre
facture d’épicerie est un bon indicateur de votre performance. Pour nous, 2% du montant total est le maximum visé.
7 - Payez moins à la caisse.
Certains commerces accordent les mêmes rabais que ceux offerts par leurs concurrents. Il suffit de présenter les circulaires. Nous en profitons à fond! Ne vous placez pas
derrière nous dans la file à la caisse; ça risque d’être long. Néanmoins, nous épargnons ainsi 10$ en moyenne par visite.
8 - Cuisinez au lieu de regarder les autres le faire.
Ajouter de l’eau bouillante à un mélange ou mettre un plat surgelé au four à micro-ondes n’est pas cuisiner. Pour moi, c’est l’équivalent d’un motocycliste qui dit faire du
sport en se baladant en moto. Cuisiner veut plutôt dire confectionner un repas sain à partir d’aliments bruts et non transformés. Vous l’aurez compris en lisant les sept
conseils précédents, savoir cuisiner est le nerf de la guerre ici. Comme il n’y a pas de raccourci, je vous encourage à commencer petit à petit, en faisant une recette de
Ricardo plutôt que de le regarder à la télé, par exemple.

Pour conclure sur ce sujet, sachez que notre poste de dépenses «épicerie» est en constante optimisation, et ce, depuis une quinzaine d’années. Van-Anh
prépare désormais le pain, le lait de soja, les bouillons et à peu près tout ce que nous mettons dans notre bouche. Ainsi, nous mangeons comme des rois pour bien
moins de 100$ par semaine. De la même façon, je suis convaincu que votre budget consacré à l’alimentation peut être allégé!

Les assurances
Le moment de renouveler sa police d’assurance automobile ou habitation est l’occasion rêvée de dégraisser son budget davantage. Alors que la plupart des gens
renouvellent implicitement ce contrat année après année, les frugalistes magasinent et négocient pour dénicher la meilleure offre sur le marché.
Pour ma conjointe, qui fait du coaching budgétaire auprès de ses amies, contacter sa compagnie d’assurance pour renégocier les termes de son contrat est un
geste très rentable. Il est impératif d’obtenir plusieurs soumissions et de mettre les assureurs en compétition l’un contre l’autre pour décrocher le meilleur prix.
Dernièrement, elle a d’ailleurs fait épargner 300$ par an à une amie simplement en faisant un appel téléphonique.
Pour ce qui est de l’assurance maladie personnelle, j’ai retranché avec plaisir cette dépense de mon budget dès ma retraite. Il faut dire que j’ai la chance d’être
en bonne santé. Dans mon cas, la visite annuelle chez le dentiste (à 120$) ne justifie en rien une telle assurance, surtout que le régime public québé coiscouvre
l’essentiel. Évidemment, cette avenue n’est pas la meilleure pour tout le monde. Il convient de repenser et d’adapter votre couverture d’assurance en fonction de
vos besoins réels.
Le constat est le même pour l’assurance vie et l’assurance invalidité. Notre mode de vie modeste, notre aversion pour les dettes et notre important fonds
d’urgence rendent ces assurances superflues, selon nous. Cela dit, si de telles polices s’appliquent à votre situation familiale, n’hésitez pas à y recourir… après les
avoir magasinées et négociées aussi agressivement qu’un hockeyeur professionnel à la signature de son contrat!

Les voyages
Un sondage de CAA-Québec publié en 2018 révélait que 63% des Québécois comptaient dépenser de 500$ à 2000$ pour leur prochain voyage, alors que 28%
des vacanciers avaient un budget de 2000$ à 5000$. Parmi tous ces futurs voyageurs, 22% admettaient qu’ils paieraient leur escapade avec leur carte de crédit et
qu’ils rembourseraient cette dépense plus tard58.
S’endetter pour voyager est un non-sens. On semble l’oublier, puisque les photos de voyage pullulent sur les réseaux sociaux et que tout le monde semble
vagabonder dans des endroits idylliques lointains, mais le voyage reste un luxe. Il s’agit d’un plaisir qu’on peut théoriquement se payer uniquement lorsque tout
le reste est couvert.
Par ailleurs, il y a moyen de voyager à petit prix. Voici comment nous arrivons à le faire quatre mois par année, avec un petit budget de retraités.
1 - Choisir une destination abordable.
Les voyageurs québécois ont un faible pour la France, l’Espagne, l’Italie et Cuba. Or, il y a près de 200 autres pays dans le monde. Sortir des sentiers battus peut vous faire
économiser gros et, en prime, vous permettre de vivre une expérience drôlement plus authentique et dépaysante.
Parmi les destinations où le coût de la vie est faible, l’Inde, le Sri Lanka, le Vietnam, la Colombie, le Pérou et le Nicaragua figurent parmi mes coups de cœur. Ces pays
ont tellement à offrir, et ce, pour moins de 50$ par jour pour un couple (en mode frugal). À titre d’exemple, lors de notre dernier voyage au Vietnam en 2019, les nuits
d’hôtel nous ont coûté en moyenne 13$, et les repas dans la rue, en moyenne 2$ par personne. En incluant les visas et les vols internes, nous avons déboursé 43$ par jour
en moyenne. Cela ne comprend pas les vols internationaux, mais je vous laisse comparer avec les dépenses quotidiennes découlant d’un séjour en Italie.
2 - Rester flexible.
Étant donné que nos dates de départ sont complètement flexibles (et que Van-Anh sait dénicher les aubaines), nous bénéficions des billets d’avion les moins chers. Par
exemple, depuis notre retraite, Van-Anh a dégoté des vols allers-retours vers le Sri Lanka pour 485$, vers la Jordanie pour 630$, vers l’île Maurice pour 650$, et ainsi de
suite.
Je sais que les dates de vos vacances ne sont probablement pas aussi souples. Toutefois, si vous ne pouvez pas les modifier, vous pouvez facilement changer votre
destination en fonction des aubaines. Souvent, j’entends des déclarations de ce genre: «L’année prochaine, pendant les vacances de la construction, on part en Argentine
avec les enfants.» C’est un beau projet! Par contre, il faut plus de flexibilité que ça pour être frugal.
Les plateformes Web YUL Deals, Yulair, Flytrippers et Secret Flying sont de bons endroits pour trouver les meilleures offres.
3 - Planifier les repas.
À la maison, comme à l’étranger, manger trois fois par jour au resto est coûteux et surtout malsain. La clé pour bien manger est la planification. Pour voyager avec un petit
budget, il est primordial de préparer des repas ou de repérer les restos abordables.
À l’aéroport, par exemple, vous savez que vous devrez attendre un certain temps avant votre vol. Sans surprise, vous risquez d’avoir faim et soif pendant cette période.
Prévoyez donc un lunch. Je me souviendrai toujours de mon ami Kéké qui s’est un jour présenté à l’aéroport le ventre vide. Je pense qu’il n’a pas encore fini de digérer son
sandwich détrempé à 18$.
Le même principe s’applique quand vous visitez une ville. Lorsque votre estomac se met à gargouiller sur les Champs-Élysées, ce n’est pas le temps de chercher un
resto.
4 - Voyager léger.
Le poids des bagages a une énorme influence sur la qualité d’un voyage. Par exemple, envoyer des valises en soute implique de faire la file pour les enregistrer, d’attendre
au carrousel de bagages après le vol, de risquer les délais, les pertes et de dépendre des taxis pour tous les déplacements.
Dans notre cas, plus nous voyageons, moins nous avons de bagages. Depuis une dizaine d’années, un sac d’école d’environ 30-35 litres pour chacun de nous est
amplement suffisant, peu importe la durée du séjour. Nous ne prenons que l’essentiel, lavons nos vêtements au besoin (comme à la maison) et apportons des vêtements
usés que nous donnons en route après une dernière utilisation.
Le voyage minimaliste nous permet d’être très mobiles et de payer moins pour nos déplacements. Nous pouvons descendre de l’avion, sauter dans l’autobus public,
prendre le métro et marcher quelques kilomètres pour nous rendre à l’hôtel, évitant ainsi les 30$ ou 40$ de taxi.

En somme, pour voyager de façon économique, il faut appliquer les mêmes pratiques d’épargne qu’à la maison. C’est-à-dire magasiner rigoureusement les
vols et les hôtels, bien planifier son itinéraire et éviter les trappes à touristes. Il va sans dire, les tours de calèche, les bibelots vendus dans la rue, les t-shirts
pseudo-humoristiques et la nage avec les dauphins ne sont pas nécessairement la meilleure utilisation du budget.

Les jeux de hasard


Je conclus la révision budgétaire en parlant d’une dépense qui me fait souvent sourciller, soit les jeux de hasard. Ce divertissement est malheureusement perçu
comme une source de revenus potentielle pour plusieurs Québécois.
Un sondage mené par le Fonds de solidarité FTQ en collaboration avec Léger dévoile que 1 Québécois sur 10 envisage de financer sa retraite au moyen de la
loterie59. En d’autres mots, cette tranche de la population a 1 chance sur 14 millions d’atteindre une retraite confortable. Ça donne froid dans le dos!
Pour le Québécois moyen, les billets de loterie par tirage ou à gratter constituent une dépense de 222$ par année60. Vous vous souvenez de notre petite
formule pour mesurer le coût de renonciation? En 30 ans, ce «loisir» coûte près de 15 000$. Pour les joueurs plus actifs qui s’adonnent aux jeux de hasard et
d’argent, cette dépense passe à 408$ en moyenne annuellement. On parle alors d’un coût de renonciation d’environ 27 000$ en 30 ans. Ce poste de dépenses
explose à 2000$ par année en moyenne pour les joueurs qui mentionnent avoir parié aux appareils de loterie vidéo. Pour eux, le coût de renonciation atteint ainsi
133 000$ en trois décennies. Le gros lot, quoi!
Il n’y a pas que du négatif à acheter occasionnellement des billets de loterie. Je conçois que quelqu’un puisse ainsi acheter un peu de rêve et s’amuser. En
prime, puisqu’il s’agit d’une taxe volontaire, les non-joueurs en profitent indirectement. Toutefois, là où je bloque, c’est quand j’entends un proche me dire:
«J’investis 20$ par semaine dans le 6/49.» Si la loterie est un placement, Guy Mongrain, qui a animé l’émission La Poule aux œufs d’or pendant 25 ans, est un
planificateur financier!

CE N’EST QU’UN DÉBUT


Voici ce qui complète la première ronde de révision de votre budget. Évidemment, je n’ai pas couvert toutes les dépenses imaginables. J’aurais aussi pu vous
parler de vêtements, de cadeaux et d’animaux de compagnie, mais je pense que vous avez compris l’idée générale. Le but de l’exercice n’est pas d’éliminer
toutes les dépenses, surtout pas celles qui vous apportent du bien-être, mais plutôt de vous débarrasser des mauvaises herbes… à moins que la mauvaise herbe en
question ne vous apporte du bien-être!
Plus sérieusement, l’objectif de cette révision budgétaire n’est pas de sacrifier votre plaisir, mais plutôt de remettre en question chaque dépense. Il est
désormais de votre ressort de juger de la pertinence de vos dépenses. Peut-être que votre collection d’os de dinosaure ou vos bains de lait de lama ne sont pas
justifiés. Comme dirait Pierre-Yves McSween: «En as-tu vraiment besoin?» À chaque révision mensuelle de votre budget, vous découvrirez une dépense à
optimiser.
Si vous êtes comme moi, vous y prendrez goût. Sous-consommer est un muscle qui se développe avec l’entraînement. C’est plus ardu au début, mais, à
moyen terme, ça devient instinctif et très gratifiant. Ça l’est d’autant plus quand vous savez que chaque dollar épargné sur votre budget est un dollar de plus dans
votre fonds de liberté. Donc, au-delà de l’argent qui s’entasse dans votre compte bancaire, vous accumulez de la liberté. Croyez-moi, une fois financièrement
indépendant, vous ne regretterez plus vos os de tyrannosaure.
ÉTAPE 8: ROMPRE AVEC SON AUTO

LA VOITURE, L’ENNEMIE DE LA LIBERTÉ


La portion du budget consacrée au véhicule est monstrueuse. Il s’agit, à mon sens, du poste de dépenses qui mine le plus la santé financière des Québécois. Tel un
cancer qui se propage, les dépenses liées à la possession, à l’utilisation et à l’entretien d’une voiture se multiplient et grugent un budget jusqu’au dernier dollar.
L’auto incarne pour moi la plus grande ennemie de la liberté. Même si ce moyen de transport permet de se déplacer rapidement, de transporter des objets
lourds sans effort et de voyager, ses effets sur la santé, l’environnement et le portefeuille sont désastreux.
À mes yeux, un automobiliste callé au fond de son siège, huitième en file à la commande à l’auto chez Tim Hortons, est un spectacle dégoûtant. Aucune
distance n’est trop courte ou trop longue pour profiter du confort de sa bagnole. Il y a quelques années, un collègue de bureau m’a confié que le trajet aller-retour
entre son domicile et son boulot était le meilleur moment de sa journée. «Toute la journée, je bûche au bureau, puis le soir, c’est la préparation du souper, les
devoirs des enfants et les bains. Disons que je suis bien dans mon char!» C’est très révélateur de notre niveau de bonheur collectif.
Par ailleurs, notre véhicule catalyse notre surconsommation. Il nous permet d’acheter une plus grande quantité de bébelles et de le faire plus souvent. Toutes
les raisons sont bonnes pour aller faire des courses. L’achat d’un tube de dentifrice à la pharmacie justifie un déplacement.
Imaginez un instant un monde sans auto, un monde dans lequel nous devrions fournir un effort pour nous déplacer, à pied ou à vélo. Est-ce que nous irions à
l’épicerie pour acheter un seul aliment? Est-ce que nous habiterions à 40 km de notre lieu de travail? Est-ce que nous serions plus riches et plus sveltes?
Je pense sincèrement que, pour se libérer financièrement, il faut d’abord se libérer de sa dépendance maladive à l’égard de l’auto.

L’IDENTITÉ IMAGINAIRE
Le véhicule que nous conduisons définit qui nous sommes. Il symbolise notre rang social, notre niveau de richesse, nos aspirations et même nos valeurs. À tout le
moins, voilà ce que les publicitaires nous injectent dans le cerveau à coups de 500 millions de dollars par année61.
Les pubs de chars inondent l’espace public. Elles représentent d’ailleurs près de 15% de tous les investissements publicitaires faits au Québec62. Cela illustre
bien l’importance du marketing dans cette industrie. Ainsi, on nous vend non pas un moyen de transport utilitaire, mais une identité.
Voici quelques-uns des profils de conducteurs typiques présentés dans les publicités qui me viennent en tête:

• Le jeune cadre ambitieux et dynamique conduit une BMW Séries 3. Il porte des vêtements griffés, une montre Apple, il parle fort et il consomme à la hauteur
de son ego. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il soit promu VP.
• Le sexagénaire nostalgique conduit une Ford Mustang décapotable. Il est rebelle, anticonformiste et se fout des normes sociales. Il fait rugir son moteur pour
faire peur aux banlieusards. Il est en fait un motard sans moto.
• La jeune femme aux cheveux décolorés, au maquillage exubérant et aux bras tatoués conduit une Mini Cooper. Elle vit chaque jour comme si c’était le dernier,
elle sort dans les clubs tous les soirs et mange dans les restos branchés. Le téléphone dans une main, le café Starbucks dans l’autre, elle magasine avec ses
copines la fin de semaine.
• Le chef de chantier portant une chemise à carreaux et des bottes de travail conduit un Ford F-150. Il déracine des arbres, transporte des tonnes de pierres et
remorque de la machinerie lourde à longueur de journée avec son camion. Il est un cowboy des temps modernes.
• Le mâle alpha, bâti comme un bœuf et roi de la réplique assassine (one-liner), conduit un Jeep Wrangler. Il impose sa loi sur les routes et prend deux places de
stationnement pour se garer au gym. Son niveau de testostérone est schwarzeneggeresque.
• La mère de famille jeune et branchée conduit un VUS Audi Q3. Elle zigzague sportivement entre les minifourgonnettes et les autres voitures familiales moches
pour conduire son fils à l’école. Et, la fin de semaine, pour décrocher, elle emprunte des sentiers boueux quasi infranchissables pour aller faire du kayak de
rivière (de classe VI) en famille.
• Le chef d’entreprise distingué et charismatique conduit une Tesla Model X. Il a une conscience environnementale développée, mais désire un niveau de luxe et
de confort digne de son statut social. Il trône au sommet de la pyramide de la bonne conscience.

C’est risible! La réalité est bien loin de ces scénarios imaginés par les publicitaires. Dans les faits, les véhicules sont tous extrêmement semblables lorsqu’on
fait abstraction des éléments de design, du logo sur la calandre et des fioritures sur le tableau de bord. Dans tous les cas, il s’agit d’un moteur sur quatre roues.
Comme presque tous nos déplacements sont consacrés à faire les courses et la navette entre la maison et le boulot, tous les véhicules, luxueux ou non, peuvent
faire l’affaire. Point final.

LE COÛT RÉEL D’UN VÉHICULE


Ma voisine possède une voiture de prestige, mais préfère prendre le train pour se rendre au travail afin d’éviter le trafic. Surtout que les stationnements sont hors
de prix au centre-ville. Elle utilise donc sa bagnole uniquement la fin de semaine pour faire des courses ou pour aller au resto. Cependant, elle ne réalise pas que
son auto, immobilisée dans son entrée de garage, lui coûte tout de même plus de 35$ par jour en frais divers. Le blogueur le Millionnaire Invisible écrit: «C’est
comme mettre de l’argent dans un parcomètre, à toutes les heures de la journée et de la nuit63!» Ce parcomètre (imaginaire) lui coûte en fait 1,45$ de l’heure, 24
heures sur 24.
Ma voisine n’est pas la seule dans cette situation. Selon un sondage mené par l’Association canadienne des automobilistes (CAA), les deux tiers des
Canadiens (67%) ignorent ce qu’il en coûte vraiment de posséder leur véhicule64. C’est votre cas? Le tableau suivant présente le coût réel d’une voiture ainsi que
le coût de renonciation.

Le coût réel d’un véhicule


Source: CAA, «Coûts d’utilisation des véhicules», https://coutsdutilisation.caa.ca/fr.

Certes, une voiture neuve sent bon et rend les voisins jaloux. Mais ces petits plaisirs coûtent entre 18$ et 50$ par jour lorsqu’on tient compte des frais liés à la
dépréciation, au carburant, au permis de conduire, à l’immatriculation, à l’entretien et aux assurances65. Comme le fait d’en posséder une est rarement obligatoire
et indispensable, la voiture est sans doute la plus grande destructrice facultative de votre richesse personnelle qui soit.
C’est particulièrement frappant lorsqu’on s’attarde au coût total, qui apparaît à la dernière colonne. Si on considère que le véhicule est renouvelé tous les cinq
ans et que le coût de renonciation est calculé avec un taux d’intérêt net de 5%, même une voiture aussi banale qu’une Toyota Corolla coûte plus de 800 000$ sur
l’ensemble de la vie active. Cela représente, en passant, le montant dont a besoin un couple frugaliste pour atteindre la liberté financière. Les gens achètent des
billets de loto dans l’espoir de devenir riches, mais ils ne réalisent pas que l’argent investi dans leurs véhicules pendant 40 ans représente le montant du gros lot.
Qui plus est, il est fascinant de constater l’argent qu’on débourse juste pour aller bosser quotidiennement: l’auto coûte 20$, le café matinal 3$, le lunch 15$, le
nettoyeur 10$, le tirage moitié-moitié 5$… Pas surprenant que les paies se volatilisent sans qu’on en voie la couleur.

LE MAXIMUM, RIEN DE MOINS


Quelle est la première question qu’un vendeur pose à un client potentiel chez le concessionnaire automobile? «Quel est votre budget MAXIMUM?»
Bon, d’accord, ce n’est probablement pas la première question, mais je vous garantis que le vendeur ne pense qu’à ça. Il vous dira: «Ne parlons pas d’argent
tout de suite. Le plus important, c’est de bien comprendre vos besoins. La satisfaction du client passe avant tout!» En réalité, son emploi consiste à gratter chaque
dollar disponible de votre budget auto.
Vous sortirez triomphant du concessionnaire: «Il m’a vendu le véhicule en dessous du prix coûtant. En plus, j’ai eu toutes les options à moitié prix. Je l’ai
vraiment siphonné!» Erreur! Vous pensez en avoir obtenu davantage pour votre argent, mais, dans les faits, on vous a vendu un paquet d’options inutiles pour
faire gonfler la facture. Au bout du compte, votre budget maximum a été atteint. Mission accomplie pour le vendeur!
Vous avez craqué pour les coûteux sièges de cuir? Je répondrai que passer quotidiennement de 30 à 60 minutes assis sur du cuir de kangourou ou sur du nylon
ne change rien pour votre arrière-train. D’ailleurs, vous passez probablement huit heures par jour assis sur une chaise bon marché au bureau, sans même vous en
rendre compte.
Vous avez privilégié le moteur turbocompressé de 3,5 litres? Je ne ressens même pas le besoin de trouver le moindre argument pour démontrer à quel point
c’est inutile au Québec.
Vous avez opté pour un véhicule à quatre roues motrices? On joue sur la peur pour vous faire payer quelques milliers de dollars additionnels. En fait, un 4 × 4
est plus performant, mais pas significativement plus sécuritaire. Ce dispositif procure trop souvent au conducteur une fausse impression de sécurité. D’ailleurs, le
journaliste automobile Éric LeFrançois écrit: «Dès la première chute de neige, les premiers à perdre la maîtrise de leur véhicule sont généralement les nouveaux
propriétaires de véhicules à quatre roues motrices66.»
Je ne parle même pas de garanties prolongées, de forfaits d’entretien, de traitements à l’huile et de tapis d’hiver sur mesure. Mon bullshit-o-mètre ne pourrait
pas le supporter!
En somme, si vous devez absolument vous procurer un véhicule, soyez vigilant et critique face à tous ces équipements optionnels qui ne font qu’augmenter la
facture totale. Exigez le minimum, rien de plus!

L’APPÂT DU NEUF
La dépréciation est le coût annuel le plus important d’un véhicule. Même si cette dépense est invisible, puisqu’elle n’apparaît sur aucune facture, elle est bien
présente. En outre, que la voiture ait été payée comptant, par versements ou en nature, la dépréciation reste la même: même stationnée dans un garage chauffé,
loin des nids-de-poule, une voiture perd de la valeur de minute en minute.
Par contre, cette perte de valeur n’est pas linéaire. Les premières années sont beaucoup plus coûteuses que les subséquentes. Selon le CAA, un véhicule perd,
en moyenne, 30% de sa valeur au cours de la première année de possession. Après cinq ans, la valeur du même véhicule aura subi une baisse de 60% à 70%.
Conséquemment, plus une personne change de voiture régulièrement, moins elle en a pour son argent67. Pour amoindrir les effets de la dépréciation, il faut plutôt
garder sa voiture longtemps.
Quand on sait tout cela, la pire décision financière serait de se procurer une voiture neuve, puis de la revendre quatre ans plus tard, alors qu’on devrait encore
rembourser un prêt dont le terme serait de six ou sept ans68.

LE COÛT MESURÉ EN HEURES DE TRAVAIL


Pour conclure sur ce sujet, si vous vivez sans voiture, vous êtes gagnant. L’indépendance financière est d’autant plus à votre portée. Sur l’ensemble de votre vie
active, vous aurez épargné près de 1 million de dollars de plus que vos congénères automobilistes et, je le parierais, aurez plusieurs kilos en moins.
Si vous ne pouvez pas vous passer d’une bagnole pour une raison ou une autre, achetez-en une qui répond réellement à vos besoins et considérez son coût
réel (et non celui trompeusement présenté par le vendeur). Conseil de frugaliste: privilégiez une voiture d’occasion de deux ou trois ans et gardez-la jusqu’à la fin
de sa vie utile. C’est la meilleure façon de contourner l’inévitable et impressionnante dépréciation des premières années, de même que les douces sirènes des
accessoires et des gadgets de luxe.
Pas encore convaincu? Imaginez un instant que le prix d’une voiture se calcule en heures de travail. Sur la base d’un taux horaire net de 20$, par exemple, le
coût annuel d’une Toyota Corolla serait de 334 heures et celui d’un Range Rover de 912 heures. Est-ce que vous préféreriez bosser 8 semaines par année pour
vous balader en compact ou 23 semaines, soit presque la moitié de l’année, pour vous pavaner dans un véhicule de prestige?
Soudain, les sièges de cuir, les appliqués de bois sur le tableau de bord et le volant chauffant deviennent des dépenses superflues et absurdes…
ÉTAPE 9: LOUER UNE HABITATION

LA RÉSIDENCE PRINCIPALE, UN MAUVAIS INVESTISSEMENT


Vous avez certainement déjà entendu un proche vous dire: «Payer un loyer, c’est jeter l’argent par les fenêtres.» La vie en appartement est souvent vue comme un
passage obligé, une période pendant laquelle on se sacrifie dans l’espoir d’atteindre le statut plus noble de propriétaire.
Pourtant, selon moi, l’achat d’une maison ou d’un condo n’est pas un bon investissement. Il s’agit souvent d’une décision émotive qui cristallise le capital et
qui offre un rendement généralement médiocre. Ultimement, cette décision peut même repousser l’âge de la liberté financière.
J’entends déjà les baby-boomers qui surfent sur la vague immobilière depuis 30 ans monter aux barricades. Ils diront: «Ma maison a été mon meilleur
placement à vie. Je l’ai payé 100 000$ et elle en vaut maintenant 500 000$, 30 ans plus tard.» À première vue, c’est convaincant, mais prenons le temps de
gratter un peu plus la question.

L’IMMOBILIER OU LA BOURSE?
Le marché immobilier surchauffe au Québec depuis plus d’une décennie et tout le monde veut sa part du gâteau. Les ménages s’empressent d’acquérir une
propriété avant que les prix montent davantage et ceux qui sont déjà propriétaires se targuent d’avoir fait un placement extraordinaire: «La valeur de mon condo a
augmenté de 40 000$ en deux ans!»
Toutefois, en évaluant froidement la situation, on constate que le rendement de l’immobilier n’est pas aussi spectaculaire qu’on aimerait l’imaginer.
Prenons l’exemple du marché immobilier résidentiel dans la région du grand Montréal. Selon les données publiées au Registre foncier du Québec, «le prix
médian des unifamiliales a augmenté de 121%, une fois l’inflation considérée69», entre 1986 et 2016. Sur 30 ans, cela représente un rendement annuel de 4%.
En revanche, le rendement annuel moyen de l’indice boursier S&P 500 a été de 7,6%, net d’inflation, et ce, depuis 1950. Et, pour la période comprise entre
1986 et 2016, le rendement de cet indice se chiffre à 7,3% annuellement70.
Bien que plus volatiles, les marchés boursiers ont par le passé été plus rentables pour les investisseurs à long terme. Concrètement, un montant de 10 000$
consacré à l’achat d’une maison en 1986 vaudrait 32 400$ trois décennies plus tard. Cependant, le même montant investi dans un fonds boursier répliquant le
S&P 500 vaudrait 82 800$ au terme de la même période71. L’écart est imposant!
Évidemment, ces données sont compilées sur une base historique et ne prédisent en rien l’avenir. Le passé n’est pas garant du futur. En effet, rien ne laisse
présager que la bulle immobilière actuelle peut croître encore plus rapidement dans les prochaines années. Au contraire.
Une étude publiée en 2019 par Desjardins, en collaboration avec l’Université Laval, prévoit plutôt une baisse de 3% du prix des maisons dans l’ensemble du
Québec au cours des 10 prochaines années72. Même si les prix des propriétés continueront de monter en termes nominaux, ils baisseront en termes réels, c’est-à-
dire en fonction de l’inflation. Selon la même étude, en 2032, le prix moyen des maisons (en termes réels) ne serait «même pas encore revenu à son niveau de
2017. Il serait encore en dessous de 2%73.» Autrement dit, une maison qui valait 500 000$ en 2017 vaudra environ 490 000$ une quinzaine d’années plus tard.
Je prends toujours ces prévisions avec un grain de sel, puisque plusieurs facteurs imprévisibles peuvent influencer le marché immobilier. Reste qu’elles
semblent plausibles dans le contexte démographique actuel: des changements importants s’amorcent, notamment en ce qui concerne le vieillissement de la
population. Les aînés devront se départir de leurs demeures en fin de vie et cela aura des répercussions sur le marché immobilier, c’est indéniable.
La crise économique engendrée par la pandémie de COVID-19 pourrait aussi avoir des effets dévastateurs sur le secteur immobilier. Le chef de la direction
de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), Evan Siddall, a laissé entendre que le prix moyen des maisons pourrait chuter de 9% à 18% au
Canada d’ici mai 202174. De son côté, la firme Moody’s a estimé la baisse à environ 10%75.
Somme toute, même si ces scénarios catastrophes ne se matérialisent pas, les rendements passés montrent bien que l’achat d’une habitation n’est peut-être pas
l’investissement fructueux dont les propriétaires se vantent.

LES COÛTS SOUS-ESTIMÉS DE L’IMMOBILIER


Je viens de vous mentir en affirmant que l’achat d’une propriété générait un rendement annuel de 4%. En réalité, la hausse annuelle moyenne du prix des maisons
ne constitue en rien le rendement que vous pouvez espérer d’un investissement immobilier. C’est le genre de déclaration que ferait un courtier immobilier. Dans
les faits, l’achat d’une propriété implique tellement de frais que le retour sur l’investissement couvre à peine l’inflation.
D’abord, les frais de démarrage sont souvent sous-évalués par les nouveaux proprios. L’inspection du bâtiment, les honoraires du notaire, les droits de
mutation immobilière, le coût du déménagement et les frais de branchement aux services publics représentent de 3% à 5% de la valeur d’une maison76.
Ensuite, malgré les taux d’intérêt très faibles depuis quelques années, une banque ne fait pas de cadeaux. Le coût de financement est donc important. À terme,
un acheteur qui contracte un prêt de 300 000$ sur 25 ans, à un taux d’intérêt de 3%, aura payé sa résidence 1,43 fois son prix initial77. C’est 130 000$ de plus! Ce
ratio est encore plus élevé si on considère le taux d’intérêt moyen des 30 dernières années. Durant cette période, les propriétaires ont payé leur demeure en
moyenne 2,04 fois le prix initial au bout de 25 ans78. Je répète: le coût de financement d’une maison double son prix initial.
De plus, si votre mise de fonds est inférieure à 20%, vous devrez vous procurer une assurance prêt hypothécaire auprès de la SCHL. Vous paierez ainsi une
prime pour protéger votre prêteur, c’est-à-dire la banque. Fait non négligeable, au Québec, cette prime est assujettie à la taxe de vente provinciale. Tout le monde
se graisse la patte!
Enfin, une fois installé dans votre nouvelle demeure, vous voudrez la mettre à votre goût. À ce moment précis commence la spirale infernale des rénovations.
La cuisine et la salle de bain sont souvent les premières cibles. Il en coûte généralement de 19 000$ à 50 000$ pour refaire une cuisine79 et de 12 000$ à 30 000$
pour refaire une salle de bain80.
Vous me direz: «Oui, mais c’est un investissement. Ça augmente la valeur de la maison!» Encore là, je ne partage pas votre enthousiasme. En fait, ces
améliorations ajoutent de la valeur, mais seulement à court terme. Le cycle de la mode en décoration est de moins de 15 ans. Ainsi, si vous voulez vendre votre
demeure dans 20 ans, les milliers de dollars «investis» plus tôt ne vous rapporteront rien. Les acheteurs potentiels auront la même réaction que vous avez eue, 20
ans plus tôt, à votre première visite. Ils diront: «Ouach! On est dans les années 2000 ici!» Et le cycle recommence!
En fin de compte, quand on additionne tous ces coûts, le rendement sur une résidence principale est souvent nul, voire négatif. Chose certaine, ce n’est pas la
meilleure avenue vers l’indépendance financière.

LA MAISON N’EST PAS UN ACTIF


Robert Kiyosaki, l’auteur de Père riche, père pauvre, affirme que la résidence principale n’est pas un actif, même si la banque le voit comme tel. Il explique son
propos de façon limpide: «Lors des périodes difficiles, les actifs vous nourrissent, alors que les passifs vous étranglent81.»
Mis à part les propriétés locatives qui génèrent des revenus, nos maisons ne sont donc rien de plus que des passifs. Autrement dit, si vous perdez votre
emploi, votre maison ne vous permettra pas de mettre du pain sur la table, même si elle vaut en théorie un demi-million de dollars. Tout au contraire, vous aurez à
payer les taxes et l’entretien. Vous devrez par conséquent vous endetter pour le faire. Rien pour améliorer votre insomnie!
Pourtant, plusieurs intervenants encouragent cette fausse conception voulant que l’immobilier soit un actif de choix. Les banques, qui prônent pourtant les
mérites de la diversification quand vient le temps de vendre des fonds communs de placement, n’hésitent pas à consentir des prêts hypothécaires complètement
démesurés aux acheteurs de maison. En suivant les conseils judicieux d’un courtier immobilier et d’un banquier, nombreux sont ceux qui mettent tous leurs œufs
dans le même panier pour acheter la plus grande propriété possible, celle qui les pousse à la limite de leurs capacités financières. Tous leurs avoirs sont ainsi
mobilisés dans un seul «actif». Non seulement c’est risqué, mais cette décision les éloigne aussi de la liberté.
Je m’explique. Pour aspirer à l’autonomie financière, il faut bâtir des sources de revenus récurrents. Il faut que vos placements vous procurent des revenus
stables qui vont couvrir vos dépenses. En d’autres mots, si vous ne voulez plus avoir à travailler, il faut que votre argent travaille à votre place.
Or, l’achat d’une habitation cristallise une large part de votre capital, quand ce n’est pas tout votre capital. Vous ne pouvez pas liquider 4% de votre maison
chaque année pour en tirer une rente. Ainsi, le montant investi dans la brique dort jusqu’à ce que vous vendiez la maison. Et l’argent qui dort, c’est la mort. C’est
un peu exagéré, mais ça sonne bien!

LOUER OU ACHETER
Kelly Diote et Jean Tremblay sont un couple de trentenaires qui souhaitent connaître l’option la moins coûteuse entre l’achat et la location d’une habitation. Ils
visent tous deux l’indépendance financière. De plus, Jean aimerait changer de nom, car ce dernier lui cause préjudice.
Le couple dispose d’une mise de fonds de 50 000$, désire résider sur l’île de Montréal et prévoit déménager dans une dizaine d’années vers la banlieue.
Explorons les deux scénarios qui les intéressent.

Scénario 1: L’achat d’un condo


Kelly et Jean achètent un condo de 350 000$ dans le quartier Rosemont – La-Petite-Patrie. Ils contractent ainsi une hypothèque de 300 000$ à 2,5% d’intérêt sur
25 ans. Étant donné que leur mise de fonds est inférieure à 20% du prix d’achat de la propriété, ils doivent également se prémunir d’une assurance prêt
hypothécaire auprès de la SCHL. Voici les détails financiers de ce scénario:

Le bénéfice net dégagé après 10 ans de vie en condo


Les frais de démarrage
Droits de mutation immobilière 3750$
Taxe sur la prime SCHL 950$
Frais de notaire 1200$
Frais d’inspection 600$
Frais de déménagement 500$
SOUS-TOTAL 7000$


Les frais annuels
Versements hypothécaires 16600$
Frais de copropriété et d’entretien* 3000$
Taxes foncières* 3500$
Électricité* 1200$
Assurance habitation* 400$
SOUS-TOTAL 24 700$
* À majorer de 2% par année pour simuler l’inflation.

TOTAL DES FRAIS SUR 10 ANS 260 100$


Le retour sur l’investissement (après 10 ans)
Valeur du condo à la revente* 518000$
Moins solde hypothécaire (208 000$)
Moins commission du courtier (5%) (29 800$)
RETOUR SUR L’INVESTISSEMENT 280300$
* Basée sur un rendement historique de 4%.

BÉNÉFICE NET SUR 10 ANS 20 200$

La décision d’acheter un condo coûtera ainsi au couple 260 100$ sur 10 ans. Cependant, sa demeure aura fort probablement pris de la valeur durant cette
même période. Si le prix des propriétés croît de l’ordre de 4% par an, comme il l’a fait durant les 30 dernières années82, leur condo vaudra alors 518 000$. Une
plus-value de 168 000$ sur le prix d’achat. En remboursant le solde restant sur l’hypothèque, Kelly et Jean auront obtenu un retour de 280 300$ sur leur
investissement.
Au bout du compte, si on déduit ce gain en capital du montant total des dépenses, ils auront dégagé un bénéfice net de 20 200$ après avoir vécu une décennie
dans leur condo.

Scénario 2: La location d’un appartement


Kelly et Jean dénichent un appartement qui leur plaît dans le quartier Rosemont – La-Petite-Patrie à 1000$ par mois. Le bail est renouvelable sur une base
annuelle, et le proprio annonce qu’il envisage d’en augmenter le prix de 2% par année.
La décision de louer un logement coûtera ainsi au jeune couple 147 900$ en 10 ans. Par contre, lorsqu’ils font ce choix, Kelly et Jean investissent le bas de
laine qui aurait constitué leur mise de fonds, soit 50 000$, en Bourse dans un portefeuille diversifié leur rapportant 7% par an (selon le rendement historique). Le
montant qui aurait permis de payer les frais de démarrage dans l’éventualité de l’achat d’un condo, soit 7000$, est investi de la même manière.
Enfin, nos tourtereaux constatent que la vie en logement leur coûte 11 100$ de moins annuellement que la vie en condo. Ils ajoutent alors chaque année cette
somme à leur portefeuille de placement. Au bout de 10 ans, l’argent qu’ils auront épargné en louant un appartement aura atteint la coquette somme de 147 100$.
Voici les détails financiers de ce scénario:

Le bénéfice net dégagé après 10 ans de vie en appartement


Les frais de démarrage
Frais de déménagement 500$
Pendaison de crémaillère (vie d’appart oblige) 100$
SOUS-TOTAL 600$


Les frais annuels
Loyer* 12000$
Électricité* 1200$
Assurance habitation* 400$
SOUS-TOTAL 13600$
* À majorer de 2% par année pour simuler l’inflation.

TOTAL DES FRAIS SUR 10 ANS 147 900$


Le retour sur l’investissement (après 10 ans)
Mise de fonds investie en Bourse* 98400$
Frais de démarrage investis en Bourse* 13800$
Montant épargné chaque année investi en Bourse* 147100$
RETOUR SUR L’INVESTISSEMENT 259200$
* Basé sur un rendement historique de 7%.

BÉNÉFICE NET SUR 10 ANS 111 300$

Tout compte fait, Kelly et Jean auront dégagé un bénéfice net de 111 300$ en louant un logement durant une décennie. Leur vie en appart leur aura donc
rapporté 91 100$ de plus que s’ils avaient vécu en condo. Sans mentionner les frais de rénovation et les cotisations spéciales inhérentes à la vie de propriétaire
qui ne sont pas inclus dans ces calculs. Qui plus est, même en revoyant ces projections et en assumant que le rendement boursier sera le même que le rendement
immobilier, soit à 4%, l’option de louer demeure plus rentable par 43 700$. De quoi remettre en perspective l’argument classique des courtiers immobiliers selon
lequel une maison est le meilleur placement qui soit!

LA QUALITÉ DE VIE
Même si l’achat d’une maison n’est pas un investissement optimal, il n’y a pas que les finances dans la vie. En pensant juste aux chiffres tout le temps, on arrête
de vivre (ou on devient banquier). Je ne vous souhaite ni l’un ni l’autre!
Il y a des bons côtés à être propriétaire. De un, les paiements hypothécaires constituent une épargne forcée. Cela oblige les surconsommateurs à économiser
une partie de leurs revenus au lieu de tout dépenser. C’est un pas dans la bonne direction. Sur l’échelle de frugalité, graduée de 1 à 12, 7 étant le plus élevé, je
donne un 4 à cette initiative.
De deux, la qualité de vie est typiquement supérieure quand on est proprio. J’entends par «qualité de vie» le confort et la beauté de l’espace de vie. De plus,
on peut enfin justifier les multiples visites chez Ikea. La maison est un investissement, donc toutes les dépenses qui s’y rattachent le sont aussi, non? Par contre,
si on élargit la définition de «qualité de vie» pour y ajouter la notion de bonheur et de bien-être, la maison perd de son charme. L’achat d’une habitation peut
même devenir, à mes yeux, un emprisonnement volontaire.
Cela découle du fait que nos désirs sont insatiables. Lorsque vient le temps d’acheter une maison, nous voulons un garage, trois chambres à coucher, un
bureau, une salle de jeux pour les enfants, une grande cour, un cinéma maison, une piscine, deux ou trois salles de bain, etc. Avec de tels critères de sélection,
nous finissons par acheter une «maison trophée» dans la deuxième ou troisième couronne de Montréal. Une maison trop grosse, trop coûteuse à entretenir qui
nous éloigne de notre lieu de travail (et de nos amis).
Cet achat n’est que le début de la spirale des dépenses: ça prend maintenant une deuxième voiture, le budget d’essence explose, le temps passé dans le trafic
draine notre énergie, les paiements hypothécaires nous empêchent de sortir et l’entretien de ce château meuble toutes nos fins de semaine.
Finalement, nous devenons esclaves de nos possessions, de notre banquier et de notre employeur. Notre vie est cristallisée, figée dans cet univers insensé.

ÉLOGE DU LOGEMENT
À bien y penser, la vie en appartement n’est quand même pas si mal après tout. En tant que locataire, on a bien moins de responsabilités, on dort mieux la nuit, on
reste mobile et on s’enrichit. Pour moi, c’est une recette gagnante.
Les locataires peuvent vivre dans des quartiers où ils n’auraient pas les moyens d’acheter une propriété. Ils bénéficient ainsi de la même qualité de vie pour
une fraction du prix. C’est d’ailleurs ce que Van-Anh et moi avons fait pendant une douzaine d’années. Durant cette période, nous avons payé un loyer mensuel
moyen d’environ 900$, alors que les demeures avoisinantes valaient plus de 1 million de dollars en moyenne.
En outre, les locataires ne sont pas enchaînés à leur résidence. Ils peuvent facilement déménager si leur lieu de travail change ou sous-louer leur appart s’ils
désirent voyager pour quelques mois. Par conséquent, ils sont plus libres.
Évidemment, dénicher la bonne affaire nécessite énormément de temps, d’énergie et de patience. Surtout que le marché locatif est actuellement saturé au
Québec. Le taux d’inoccupation des logements locatifs à l’échelle du Québec est à 1,8%, le plus bas depuis 2004, relève le Regroupement des comités logement
et associations de locataires du Québec (RCLALQ)83.
Néanmoins, le bon choix financier n’est jamais le plus facile. Être frugaliste signifie nager constamment à contre-courant. Il faut continuer là où les autres
abandonnent. L’indépendance financière est le résultat de toutes ces décisions qui sont, pour la plupart, énergivores.

NE FAITES PAS CE QUE JE DIS


Bien que cela puisse sembler contradictoire avec les arguments qui précèdent, ma conjointe et moi sommes les heureux propriétaires d’un condo à Montréal. Tout
ça pour ça, vous direz!
Ce chapitre n’a pas pour objectif de vous lobotomiser en vous disant que la location est supérieure dans tous les cas de figure. L’achat est parfois la voie à
favoriser pour les aspirants FIRE. Une propriété sous-évaluée, située dans un secteur en demande et avec un fort potentiel d’amélioration, constitue une valeur
sûre.
Pour nous, l’achat d’un condo à 188 000$, dans un quartier où le prix moyen des résidences vendues était de 1,3 million de dollars, était une évidence. À ce
prix, même notre loyer de 935$, en deçà du marché, ne faisait pas le poids. Au-delà du prix d’achat, nous avons prêté une attention particulière aux frais
récurrents. Les taxes municipales et scolaires sont peu élevées étant donné que la copropriété est indivise. Et les frais de condo sont relativement bas, puisque
l’immeuble n’a pas d’ascenseur, de piscine ou de gardien de sécurité.
De ce fait, tous les arguments de vente normalement avancés par un courtier immobilier ont été dissuasifs pour nous. Quand on me dit «piscine, salle de gym,
table de billard, aire de repos», j’entends «entretien, remplacement, vandalisme, frais de condo».
Enfin, nous n’avons pas payé notre condo. C’est plutôt notre argent qui l’a payé pour nous. J’imagine que cette affirmation nécessite une explication, n’est-ce
pas? Louer un logement pendant 12 années nous a permis d’épargner un max de fric. En parallèle, nous avons investi toutes ces épargnes au fur et à mesure dans
le marché boursier. C’est ainsi que notre argent a travaillé pour nous. Après plus d’une décennie de croissance exponentielle grâce aux intérêts composés, le
rendement obtenu sur notre argent a payé notre condo. Quand le notaire nous a demandé: «Quel est le montant du prêt hypothécaire?», nous avons répondu: «On
paie cash.»
Puis j’ai sorti les paquets de billets roulés avec des élastiques de brocolis. Thug life!
ÉTAPE 10: FUIR LES DETTES

LE VIRUS DE L’ENDETTEMENT
Dans le parcours vers la liberté financière, les dettes de consommation représentent le mal. Rien de moins! Elles étouffent tout espoir de liberté.
À mon avis, aucune bébelle ne justifie qu’on l’achète avant d’en avoir les moyens. L’auto, les meubles, la télé, la piscine, le spa et les appareils de
conditionnement physique sont des objets superflus qui ne devraient absolument pas être des sources d’endettement.
Or, les ménages québécois n’ont jamais été aussi endettés de leur histoire. Le ratio d’endettement des Canadiens est passé de 105% des revenus disponibles
en 2000 à près de 175% aujourd’hui. Un taux comparable à celui des Américains avant la crise financière de 200884.
Sans contredit, cette situation s’explique par l’envolée du prix des propriétés; certains diront: par la formation d’une bulle spéculative. On s’endette plus que
jamais pour acheter une maison au pays. D’ailleurs, la dette hypothécaire constitue environ les trois quarts de la dette totale des ménages canadiens85. Il faut
maintenant deux revenus pour soutenir les dettes d’un ménage. Il n’y a plus aucun coussin financier, aucune marge de manœuvre. On est all-in.
Dans ce contexte, les économistes sont unanimes: une hausse trop rapide des taux d’intérêt pourrait s’avérer désastreuse. Cela impliquerait une majoration
des paiements hypothécaires que plusieurs propriétaires ne pourraient assumer.
Cela dit, même si les banques et les gouvernements dénoncent la situation, ils le font sans trop de conviction. Pour cause, l’endettement des consommateurs
soutient la croissance de l’économie, la principale mesure de performance du gouvernement, et fait tourner les institutions financières à plein régime.
En somme, les dettes engraissent ceux qui les émettent et amaigrissent ceux qui les contractent. Tel un virus insidieux, l’endettement se propage d’une
dépense irréfléchie à une autre. À plus ou moins long terme, cette spirale descendante mène tout droit à la pauvreté.

LE PLAN DE FINANCEMENT, UN ATTRAPE-NIGAUD


Il est plus aisé que jamais de dépenser notre argent, même celui que nous n’avons pas. En tout temps, nous avons des milliers de dollars de crédit disponibles
dans nos poches!
De plus, tous les magasins veulent nous financer. «Achetez maintenant, payez plus tard» et «Ne payez rien avant 48 mois» sont des ritournelles connues. En
réalité, 70% des clients qui utilisent ce type de financement finissent par payer des intérêts, puisqu’ils passent tout droit ou parce qu’ils n’ont tout simplement pas
de discipline financière86.
C’est sans compter que les intérêts sont excessivement élevés (souvent 30%), en plus d’être rétroactifs. Ainsi, si vous n’avez pas remboursé le montant total
lorsque prend fin la période de grâce, vous devrez payer les intérêts rétroactifs à partir de la date de votre achat. À titre d’exemple, si vous achetez une télé 1000$
avec un plan de financement sans intérêt pendant un an et que vous dépassez l’échéance, ne serait-ce que d’une journée, on pourrait vous faire payer jusqu’à
300$ d’intérêts.
Qui plus est, plusieurs plans de financement imposent des frais administratifs ou des frais annuels d’environ 50$. Ces frais peuvent devenir démesurés
lorsque cumulés sur plusieurs années, surtout si la valeur du produit acheté n’est pas très élevée.
Enfin, la plupart des plans de financement viennent avec une carte de crédit. Ainsi, le titulaire est porté à l’utiliser pour faire d’autres achats impulsifs. La
bulle de l’endettement gonfle. Sans mentionner les contrecoups négatifs sur le dossier de crédit. Un vrai attrape-nigaud!

LE PRÊT AUTO, UN GOUFFRE FINANCIER


Vous pensiez que j’avais fini de vous parler de voitures? Pas du tout! Pour mes grands-parents, il aurait été impensable d’acheter une voiture avant d’en avoir les
moyens. Pourquoi cette logique changerait-elle aujourd’hui? Pour plusieurs, l’auto est un luxe et non une nécessité. Dans une telle optique, cette dépense ne
constitue pas une raison valable de s’endetter.
L’auto est la plus grande cause d’érosion de la richesse des Québécois, comme nous avons pu le voir à l’étape 8, «Rompre avec son auto». Quand on y ajoute
le coût de financement, les ravages sur le budget sont désastreux, surtout que la tendance est aux prêts de longue durée. Environ 60% des prêts auto accordés par
les plus importants prêteurs au Canada sont désormais des prêts de 72, 84 ou 96 mois, indique un rapport de l’ACFC87. L’étalement des paiements sur une plus
longue période a pour effet de réduire les mensualités et de permettre, par la bande, aux consommateurs de vivre au-dessus de leurs moyens et de rouler en
grosses cylindrées. D’ailleurs, la vente des VUS (que j’ai rebaptisés les minivans des gens branchés) connaît une hausse fulgurante. Ce segment de marché a crû
de 122% depuis 201188!
Bien entendu, la majorité des consommateurs victimes de ce piège résilient leur prêt avant terme. Ils désirent changer de voiture avant l’échéance qui, en
temps, représente six, sept ou huit ans. On peut s’en douter, la valeur résiduelle de leur voiture est à ce moment moindre que le solde restant à rembourser. Ils
doivent par conséquent assumer ce capital négatif. Comme illustré par Simon Diotte dans Les Affaires Plus, disons qu’un automobiliste souhaite se départir de
son prêt auto de 96 mois sur une Dodge Grand Caravan avant l’échéance. Après quatre ans de versements, le solde à payer serait de 18 220$, tandis que la valeur
marchande du véhicule serait de seulement 11 440$. Donc, il en coûterait 6780$ pour résilier le contrat89. Ouch!
Pour contourner le problème, les surconsommateurs transfèrent souvent cette dette sur le prêt de leur nouvelle voiture. L’endettement devient ainsi
exponentiel et la chute libre vers l’insolvabilité s’amorce.
Devant des cas similaires, je me rappelle cette histoire: «C’est un homme qui tombe d’un immeuble de 50 étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, il se
répète sans cesse pour se rassurer: “Jusqu’ici tout va bien… Jusqu’ici tout va bien… Jusqu’ici tout va bien.” Mais l’important, ce n’est pas la chute. C’est
l’atterrissage.» Hubert, La Haine.

LA MARGE DE CRÉDIT HYPOTHÉCAIRE, UNE DETTE PERPÉTUELLE


Vous avez sans doute vu les pubs annonçant que vous êtes admissible à une marge de crédit hypothécaire (MCH) si vous bénéficiez d’une valeur nette minimale
de 20% sur la valeur marchande de votre maison. En clair, certaines institutions financières veulent vous prêter plus d’argent si une partie de votre maison est
payée et, en prime, n’exigeront pas le plein remboursement de cette dette à une date précise. Il s’agit d’un crédit éternel.
Pourquoi tant de générosité? En fait, ces institutions financières ne cherchent qu’à presser les quelques gouttes de jus restant dans le citron qu’est votre
portefeuille. Les baby-boomers se libèrent graduellement de leurs hypothèques. Les banques doivent donc trouver de nouveaux subterfuges afin d’assurer leur
croissance. Même si elles s’inquiètent publiquement du taux d’endettement des ménages, elles mettent tout en œuvre pour le maintenir à son maximum.
Et ça fonctionne. Depuis 2011, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) dénote une augmentation de 40% du nombre de
ménages ayant recours à une MCH. De ces propriétaires, 41% ne font aucun paiement régulier pour rembourser le capital et 27% ne paient que l’intérêt minimal
exigé90.
Néanmoins, le danger n’est pas la MCH en elle-même, mais bien l’utilisation qu’on en fait. Cet outil de financement peut être salutaire aux investisseurs
immobiliers ou aux entrepreneurs disciplinés. Malheureusement, plusieurs acheteurs compulsifs l’utilisent pour partir en voyage ou pour rénover une salle de
bain.
Même si on entend souvent les propriétaires de maison défendre leur décision financière en disant: «Je vis dans mon compte de banque!», leur demeure ne
constitue pas pour autant un guichet automatique.

SORTIR DU MERDIER
Vous n’avez aucune dette de consommation? Soit vous êtes âgé de huit ans et demi, soit vous êtes anormalement discipliné. Dans tous les cas, vous êtes dans une
classe à part, une étrangeté. Faites attention, on pourrait vous capturer pour vous placer dans un zoo. Les surconsommateurs paieraient pour voir un tel spécimen.
«Regarde, chérie, comme il nous ressemble!»
Si le parcours vers l’indépendance financière était un jeu Serpents et échelles, le prêt sur le salaire, le solde de carte de crédit, le prêt auto et l’emprunt
personnel seraient représentés par des serpents. Ces mauvaises dettes vous font régresser, vous éloignant de votre but. Si vous avez succombé aux dettes de
consommation plus tôt dans votre vie, il faudra mettre les bouchées doubles pour vous défaire de ces boulets qui vous empêchent de vous enrichir. Pour reprendre
la même analogie, il existe heureusement des échelles qui accéléreront votre progression.
Selon le rapport que la firme d’évaluation de crédit Equifax Canada a publié en 2018, la dette moyenne des Québécois, hypothèque non comprise, est de 19
438$91. Je vais donc présumer que tel est votre cas pour explorer avec vous la façon de sortir de ce merdier.
D’abord, il vous faut colmater l’hémorragie. J’entends par là couper le crédit de votre vie. Si vous avez lu ce livre jusqu’ici et que vous revendiquez toujours
le droit de dépenser l’argent que vous n’avez pas, vous n’êtes pas fait pour la liberté financière. Trouvez-vous un autre objectif de vie, par exemple planter un
potager.
Ensuite, classez vos dettes de consommation de la plus pressante à la moins urgente en fonction de leur niveau de toxicité. Le taux d’intérêt est bien sûr
l’élément principal à considérer. Par exemple, un plan de financement échu engendrant 30% d’intérêt chez un détaillant de meubles est très toxique. Dans ce
processus de priorisation, pensez à tenir compte de la déductibilité de chacune de vos dettes. En effet, certaines dettes bénéficient d’un crédit d’impôt. L’exemple
type est le prêt étudiant, qui comporte un crédit d’impôt sur l’intérêt payé. Sur le plan fiscal, cette dette est par conséquent moins nocive.
Ensuite, remboursez ces dettes selon l’ordre établi, aussi rapidement que les modalités du contrat le permettent. Les épargnes que vous avez dégagées en
optimisant votre budget devraient être consacrées en priorité à cette fin. Ainsi, si vous êtes un super-épargnant (avec un taux d’épargne de 50%) et que votre
salaire annuel net est de 40 000$, vous pourrez combler une dette de 20 000$ en environ 12 mois. Il y a de l’espoir pour le Québécois qui a une dette moyenne!
Si vous jugez que votre niveau d’endettement est excessif, vous pouvez demander à votre institution financière de consolider vos dettes. Cela consiste à
regrouper toutes les dettes sous un même emprunt, vous faisant économiser ainsi sur le taux d’intérêt de certaines dettes. Cette façon de faire a également
l’avantage de simplifier le processus de remboursement, puisque vous n’aurez ainsi qu’un créancier à combler et moins de dates limites de paiement à mémoriser.
Enfin, si vous êtes insolvable et embourbé dans les dettes jusqu’au cou, il se pourrait que votre meilleure option consiste à solliciter un syndic de faillite pour
conclure une proposition de consommateur ou recourir à la faillite.
Dans tous les cas, rien n’est insurmontable! À ce stade, vous devriez être au fait de vos finances, avoir votre budget bien en main et être prêt à tout pour
réaliser votre objectif. Ce n’est donc qu’une question de temps avant que vous ayez la tête hors de l’eau.

LES BONNES DETTES


Vous avez compris que j’ai une aversion profonde pour les dettes. Je fais de l’insomnie quand je dois 20$ à un ami.
Reste que certaines formes d’endettement peuvent constituer de formidables leviers vers l’enrichissement. Les investisseurs chevronnés qui sont audacieux,
en excellente situation financière et tolérants au risque seront capables de manipuler ce couteau à double tranchant à leur avantage. Ils pourront emprunter des
fonds pour ensuite les investir dans l’immobilier ou dans le marché boursier, par exemple. Évidemment, pour que cette stratégie en vaille le coup,
l’investissement doit ensuite dégager un rendement net d’impôt supérieur au taux d’emprunt. Et il faut garder en tête que cette tactique amplifie les gains et les
pertes. L’effet multiplicateur de l’endettement peut aller d’un côté comme de l’autre!
En outre, l’utilisation de cartes de crédit peut être très rentable. Les consommateurs disciplinés qui paient l’entièreté de leur solde avant l’échéance et qui
savent profiter des programmes de fidélité seront largement récompensés. Van-Anh est d’ailleurs une experte dans le domaine. Je vous présenterai toutes ses
astuces un peu plus loin.
Ce qu’il faut retenir de cette dixième étape, c’est que l’endettement est un outil réservé à ceux qui en comprennent les risques et qui sont en parfaite maîtrise
de leurs finances. Pour les autres, les cartes de crédit, les prêts, les marges de crédit et les plans de financement constituent une menace constante à leur santé
financière. On est toujours à une signature près d’hypothéquer son avenir et d’anéantir tout espoir de liberté financière. Ne tombez pas dans le piège!
ÉTAPE 11: INVESTIR COMME BUFFETT

L’ARGENT, UN ESCLAVE ET NON UN MAÎTRE


Jusqu’à ce point, nous nous sommes concentrés presque uniquement sur les dépenses. Nous avons épluché tous les postes budgétaires en profondeur, du forfait
de téléphone jusqu’au prêt hypothécaire. Nous avons ainsi procédé au grand dégraissage du budget.
Si vous avez réussi à maximiser votre taux d’épargne, le plus dur est fait. L’étape la plus énergivore est terminée. Il faut désormais mettre au travail toutes ces
économies. De façon plus crue, il faut que l’argent devienne votre bitch. Vous passez ainsi de PDG à proxénète. La transition ne devrait pas être trop ardue.
Blague à part, on ne doit pas oublier les mots du poète Horace: «L’argent est un bon serviteur et un mauvais maître.» On peut en être victime ou s’en servir tel
un tremplin vers la liberté. C’est précisément ce que nous allons faire dans ce chapitre. Nous allons faire travailler l’argent, l’exploiter aux limites de l’esclavage
dans le but de nous enrichir.
Vous vous êtes senti sale en lisant le passage précédent? N’oubliez pas que l’argent n’est rien de plus qu’un instrument de paiement, une unité de mesure.
C’est l’utilisation que vous en faites qui dicte votre niveau de moralité.

LES PLACEMENTS, OUTRE LES DÉPLIANTS


Alors, quoi faire de toutes ces épargnes que vous avez engrangées? Comment faire fructifier votre argent de façon optimale? Quel placement offre le meilleur
rendement?
La plupart des investisseurs laissent leur banquier répondre à ces questions à leur place. La saison des REER venue, ils désigneront le produit financier qui
semble le plus prometteur dans le joli dépliant coloré présenté par le conseiller financier. Je soupçonne que le processus de sélection est très semblable à celui
d’un vin à la SAQ. L’esthétique de l’infographie et des graphiques conditionne assurément le choix du placement.
Toutefois, comme nous le verrons un peu plus loin, ce laxisme pourrait vous coûter très cher à long terme. Votre banquier n’a pas nécessairement vos
meilleurs intérêts à cœur. Yvon Deschamps l’a bien dit: «Les banques veulent votre bien et elles l’auront.» Il est donc grand temps que vous preniez vos
placements en main.
Je ne suis pas légalement qualifié pour vous dire spécifiquement où investir. Seuls certains types de conseillers financiers sont habilités à le faire. J’espère
plutôt que les pages qui suivent vous lanceront sur des pistes de réflexion.

OÙ PLACER SES BILLES?


À mon humble avis, vous devriez investir dans vos compétences en priorité. Avant de placer vos actifs dans des entreprises inconnues, investissez en vous. Les
formations professionnelles, les études et le développement personnel devraient prévaloir sur tout le reste.
Ensuite, deux avenues principales s’offrent à vous: investir en Bourse ou dans l’immobilier. Ces deux stratégies de placement sont généralement placées face
à face. Il y a des adeptes inconditionnels de l’immobilier comme il y a des investisseurs qui donnent toute leur dévotion au marché boursier.
Dans les deux cas, tous ceux qui ont une vision radicale et qui pensent détenir la vérité absolue sont dans le champ. La réalité est beaucoup plus nuancée.
Même que la stratégie optimale de placement est probablement mixte, une combinaison de ces deux approches.
J’ai personnellement choisi d’investir en Bourse, mais il n’en revient qu’à vous de choisir votre chemin. Celui-ci sera déterminé par votre profil
d’investisseur.

L’investisseur boursier
Contrairement à l’expression consacrée, on ne «joue» pas à la Bourse. Ce n’est ni un jeu ni du gambling. Acheter les actions d’une entreprise signifie qu’on croit
en son équipe de gestion, en son offre de service et en ses avantages concurrentiels. En fait, le détenteur d’actions est propriétaire d’une partie de l’entreprise.
Par ailleurs, la Bourse n’est rien de plus qu’un grand marché ou un immense centre commercial, sauf qu’au lieu d’y vendre des bébelles, on y négocie des
actions, des fonds communs de placement, des devises et des obligations. Et, comme dans tout autre marché, la loi de l’offre et de la demande prime. Si une
action est très recherchée, son prix monte. S’il y a plus de vendeurs que d’acheteurs sur le marché, son prix baisse. C’est aussi simple que ça. Si vous avez déjà
échangé des cartes de hockey dans votre jeunesse, vous comprenez le principe.
Néanmoins, investir en Bourse nécessite certaines connaissances et compétences de base. Autrement, vous miserez votre avenir financier sur la mauvaise
carte, par exemple celle d’Alexandre Daigle recrue. L’investisseur boursier type s’intéresse aux finances et à l’économie. Il est à l’affût de ce qui se passe dans le
monde des affaires et s’informe quotidiennement des grands enjeux politiques. Son esprit d’analyse développé fait en sorte qu’il résiste à la panique lorsque les
marchés plantent du nez et reste humble lorsque les cours de la Bourse s’enflamment.
Aussi, l’investisseur boursier valorise sa liberté et son détachement par rapport à ses placements. Mis à part les suivis réguliers de son portefeuille de
placement, il préfère assumer un rôle passif et est spectateur la plupart du temps. Ainsi, il concède le contrôle de ses investissements aux dirigeants des
entreprises dans lesquelles il investit.
En somme, l’investisseur boursier est un col blanc, un pousseux de souris, qui est, par contre, assez tolérant à l’incertitude et très analytique. Il surfe sur la
vague de la croissance économique, sans même se mouiller le gros orteil.

L’investisseur immobilier
Comme nous l’avons exploré à l’étape 9, «Louer une habitation», à mes yeux, l’achat d’une résidence principale dans les grands centres est un mauvais
placement dans la plupart des cas. Cependant, investir dans un immeuble à revenus, qu’il soit résidentiel ou commercial, peut constituer une excellente avenue
vers l’autonomie financière.
À titre d’exemple, un couple qui investirait ses épargnes dans une maison à six logements pourrait rénover les unités une à une et augmenter le prix des loyers
graduellement, tout en laissant les locataires financer le projet. Après quelques années, il pourrait utiliser cet actif comme levier pour acquérir d’autres biens
immobiliers. Avec une bonne stratégie, la croissance du parc immobilier et du fonds de liberté devient vite exponentielle.
Selon Jacques Lépine, fondateur du Club d’investisseurs immobiliers du Québec, il est possible de devenir millionnaire en 10 ans grâce à l’immobilier92. La
force incontestable de cette stratégie, démontrée dans son ouvrage intitulé Faites de l’argent en immobilier avec l’argent des autres, est l’effet de levier. Même en
ayant peu de capital, on peut utiliser l’argent d’un prêteur pour décupler son pouvoir d’achat et, ainsi, booster ses investissements immobiliers. Je m’explique. Un
placement de 20 000$ en Bourse, offrant un rendement de 10%, produira un gain de 2000$. En revanche, le même montant de 20 000$ investi dans l’immobilier
permettra d’acquérir un bien d’une valeur de 100 000$ et produira un gain de 10 000$ (si on suppose un rendement de 10%). C’est cinq fois plus! Évidemment,
ce calcul ne tient pas compte du coût de financement. Reste que, si les conditions économiques sont favorables, cette stratégie raccourcit considérablement le
chemin vers la liberté.
Le profil type de l’investisseur immobilier est, toutefois, bien différent de celui de l’investisseur boursier. L’investisseur immobilier est avant tout un
entrepreneur; il gère une petite entreprise. Il doit ainsi satisfaire les besoins de ses clients (les locataires), suivre les dépenses de façon très serrée, ajouter de la
valeur à son offre et optimiser la fiscalité.
Généralement, le gestionnaire immobilier aime avoir le contrôle de ses investissements. Il souhaite que ses actifs soient concrets et tangibles. Il n’a d’ailleurs
pas peur de se salir les mains pour augmenter leur valeur. Loin de la folie de Wall Street, il apprécie la stabilité (relative) et la constance du marché immobilier.
Fier et ambitieux, il ne compte pas les heures pour faire croître son petit empire.

LA BOURSE CONTRE L’IMMOBILIER, UN COMBAT À FINIR

Dans le coin gauche, pesant 70 trillions de dollars, ayant subi 5 krachs majeurs dans son histoire: le marché boursier93. Dans le coin droit, pesant 217 trillions de
Dans le coin gauche, pesant 70 trillions de dollars, ayant subi 5 krachs majeurs dans son histoire: le marché boursier93. Dans le coin droit, pesant 217 trillions de
dollars94, ayant 6 bulles spéculatives à son actif95, j’ai nommé le marché immobilier. Aaaare youuuuu readyyyy to crumble?
En fait, ces deux pugilistes devraient être tous deux dans le coin droit. Les expressions «trillions de dollars» et «gauche» ne s’accordent pas très bien, à mon
avis. Néanmoins, le moment est venu de faire un choix entre la Bourse et l’immobilier. Quelle stratégie vous conviendra le mieux? Wall Street ou la rue
principale? Voici un petit récapitulatif pour y voir plus clair.

La Bourse ou la brique?
La Bourse L’immobilier
Degré de diversification Élevé. Il suffit d’acheter des titres de différentes Faible. La diversification géographique est
régions géographiques et de différents secteurs compliquée et le secteur d’activité se limite à
d’activité. l’immobilier.
Niveau d’implication Moyen. Un suivi mensuel et un rééquilibrage Élevé. La saine gestion d’un immeuble implique
biannuel suffisent. un suivi constant.
Liquidité Élevée. La plupart des titres peuvent être vendus le Faible. La vente d’un immeuble est longue et
jour même. engendre plusieurs coûts importants.
Volatilité Élevée. La spéculation est frénétique et les médias Faible. En dépit de la bulle spéculative récente, les
nous le rappellent tous les jours. chutes de prix sont moins marquées qu’en Bourse.
Niveau de contrôle Faible. L’investisseur n’a à peu près aucun Élevé. L’investisseur est maître de sa destinée.
contrôle sur les entreprises dans lesquelles il
investit.
Effet de levier Possible, mais très risqué. Investir sur marge est Accessible. Il est possible de s’enrichir avec
un sport extrême. l’argent des autres, avec une petite mise de départ.
Impact fiscal Moyen. Les comptes REER et CELI sont des Bon. Permet de déduire certaines dépenses
paradis fiscaux. Or, une fois ces comptes courantes des revenus locatifs pour minimiser les
maximisés, les gains sont imposables. impôts.
Coût de transaction Faible à élevé. Les frais d’autogestion sont Élevé. La commission du courtier, l’inspection,
minimes. En revanche, les frais associés à un les frais de notaire et tous les autres coûts de
spécialiste sont de 2-3% par année. démarrage rendent les transactions onéreuses.
Rendement moyen Négatif à très élevé. Depuis 1950, le rendement Négatif à très élevé. Il n’existe pas de moyenne,
moyen du S&P 500 a été de 7,2%, net d’inflation. puisqu’un immeuble à revenus engendre trois
Toutefois, la performance à court terme est en sources d’enrichissement: les bénéfices dégagés
dents de scie. des loyers, le capital graduellement remboursé sur
l’hypothèque et l’augmentation de la valeur de la
propriété au fil des années.

Si l’idée d’être gestionnaire immobilier vous allume, le restant de ce chapitre risque cependant de vous éteindre. J’y explique la stratégie boursière qui m’a
permis de financer ma retraite. Il s’agit également de l’approche préconisée par la plupart des jeunes retraités issus du mouvement FIRE. Reste que, si vous avez
bien saisi l’esprit de ce livre, vous n’êtes restreint à aucune convention! À vous de tracer votre propre itinéraire vers la liberté financière.

LA PLUS GRANDE FORCE DE L’UNIVERS


Warren Buffett, la quatrième plus grande fortune mondiale, a un jour écrit: «Ma richesse vient essentiellement de la combinaison de trois choses: vivre en
Amérique, la chance et les intérêts composés.» Dans le même esprit, la légende veut qu’Albert Einstein ait un jour déclaré que l’intérêt composé était
certainement la plus grande force de l’univers. On dit même qu’il l’aurait appelé la huitième merveille du monde. Je suis tout à fait du même avis. Même que,
selon moi, l’intérêt composé devrait passer devant les pyramides de Gizeh.
Lorsque vous maîtrisez cette force extraordinaire, l’atteinte de l’indépendance financière devient inévitable, puisque l’argent bien investi croît de façon
exponentielle, sans aucun effort de votre part. Vos placements font tout le travail pour vous. Il suffit d’être patient et de faire ce que vous faites le mieux, c’est-à-
dire RIEN.
L’histoire de Grace Groner illustre bien mon propos. Son décès, en 2010, a secoué sa petite communauté de Lake Forest, en Illinois. Cette ancienne secrétaire
au mode de vie modeste laissait derrière elle une fortune évaluée à 7 millions de dollars. Tout le monde s’est posé la même question: «Comment avait-elle pu
accumuler un tel magot?» La source de la fortune de Mme Groner tenait en fait à trois actions d’Abbott Laboratories, achetées en 1935 pour la somme de 180$.
Les intérêts composés avaient travaillé pour elle durant 75 ans, multipliant sa mise de départ par 38 900.
À bien plus petite échelle, j’ai également bénéficié de l’effet boule de neige des intérêts composés sur mes placements. L’âge de ma retraite, initialement fixé
à 45 ans, a graduellement dégringolé pour atteindre 39 ans. Mon argent a travaillé à plein régime pour financer ma liberté. Même que, par moments, le rendement
mensuel de mes placements en Bourse était plus élevé que mon salaire. J’avais créé un monstre!

LA LEÇON DU MAÎTRE
En 2008, Warren Buffett a lancé un défi à tous les professionnels du placement qui prétendaient être en mesure de «battre le marché» en générant un rendement
supérieur à la moyenne. Quiconque pourrait sélectionner un panier de fonds offrant un meilleur rendement que l’indice S&P 500, sur une période de 10 ans,
recevrait la somme de 1 million de dollars.
Étrangement, les barons de la haute finance ont boudé la gageure. Personne n’a osé se mouiller. Pourtant, les honoraires élevés des loups de Wall Street
laissaient présumer que leur performance était hors norme. Avaient-ils soudain perdu confiance en leurs aptitudes?
Un seul dirigeant de Wall Street a finalement accepté de relever le défi. Ted Seides, de la prestigieuse firme Protégé Partners, a sélectionné un portefeuille
constitué d’une panoplie de fonds spéculatifs gérés par certains des cerveaux les plus réputés du monde de la finance. Néanmoins, une décennie plus tard, malgré
tous ses efforts, Seide a lamentablement perdu son pari. Son portefeuille de fonds spéculatifs a affiché un gain moyen de 2,2% par an, contre 7,1% pour l’indice
de référence. Buffett venait de prouver son point.
Que faut-il en conclure de cette petite expérience de Buffett? Tout simplement que rien ne sert de multiplier les transactions, de chercher à dénicher les
actions qui vont surperformer ou d’investir dans des produits financiers exotiques. Un simple fonds indiciel constitue le placement optimal.
D’ailleurs, à sa mort, celui qu’on surnomme «l’Oracle d’Omaha» souhaiterait voir 10% de sa fortune placée dans les bons du Trésor américain à court terme
(T-Bills) et les 90% restants dans le fonds indiciel coté Vanguard S&P 50096.
En conclusion, il s’avère que la stratégie la plus simple, soit celle qui nécessite le moins d’efforts, est aussi la plus payante. Le paresseux en moi jubile.

LES FNB
Alors, comment investir dans un fonds indiciel? La réponse se résume à trois lettres: FNB. Ce sigle signifie «fonds négocié en Bourse», mais pourrait tout aussi
bien vouloir dire «Fini le Niaisage à la Banque».
Un FNB est en quelque sorte un panier de titres boursiers. Il peut être composé de centaines, voire de milliers d’actions d’entreprises, d’obligations ou
d’autres actifs. Ainsi, il suffit d’acheter un FNB pour investir dans un pan complet de l’économie.
Qui plus est, la composition de certains FNB calque la composition des grands indices boursiers. Entre autres, le fonds VOO réplique l’indice S&P 500,
celui-là même que chouchoute Warren Buffett. Par conséquent, le rendement de ce fonds calque celui des 500 titres d’entreprises qui composent l’indice S&P
500.
Mais les bénéfices des FNB ne s’arrêtent pas là (on croirait une infopublicité). En fait, la grande force de ces fonds est leur faible coût. Les frais de gestion
qui y sont rattachés sont minimes. On parle d’environ 0,2% par année, contre 2% en moyenne pour les produits de placement offerts à la banque. À rendement
égal, cet écart dans les frais de gestion représente plusieurs milliers de dollars de moins dans vos poches à terme.
Par exemple, si vous investissez la somme de 5000$ en Bourse chaque année, après 10 ans, les frais de gestion imposés par votre banque (2%) auront amputé
votre pactole de 6000$ de gains potentiels. Sur 30 ans, on parle d’un montant de 120 000$97.
La question que vous devrez vous poser est la suivante: «Est-ce que les services de mon conseiller financier justifient ce montant?» À vous de voir.
Dans la plupart des cas, le conseiller financier agit comme un psychologue et vous protège de vous-même. Les émotions sont les pires ennemis de
l’investisseur autonome. L’appât du gain et la peur peuvent pousser à faire des transactions qui minent le rendement à long terme. À titre d’exemple, certains
investisseurs affolés par la chute soudaine des marchés en mars 2020 ont vendu leurs placements en panique. Ils ont ainsi manqué le rebond sans précédent qui
s’est ensuivi au mois d’avril.
N’oubliez jamais que les placements boursiers sont risqués. Les FNB sont des placements en Bourse et ils ne font pas exception à cette règle. Ne laissez donc
pas leur simplicité vous donner un faux sentiment de sécurité. Ainsi, le Dow Jones a fondu de 34% en 2000, de 49% en 2008 et de 28% en 2020 (au moment où
j’écris ce livre)98.
C’est impressionnant, mais historiquement, sur une longue période, la tendance a toujours été positive. Il faut juste se cramponner et résister à l’euphorie
collective en temps de crise.

Option 1: Investir à l’aide d’un robot-conseiller


Si, comme moi, vous avez le profil pour investir dans les FNB, deux principales options s’offrent à vous. La première est une solution clé en main, sans tracas,
qui ne requiert aucun effort de votre part. Il s’agit d’investir par l’entremise d’un robot-conseiller. Un robot quoi?
Si le marché boursier était une autoroute, le robot-conseiller serait une voiture autonome. Ce bolide, contrôlé par un ordinateur, filerait à 110 km/h pendant
que son occupant relaxerait, les deux mains derrière la tête.
Investir à l’aide de cette nouvelle technologie est l’équivalent de mettre ses placements sur le pilote automatique. Un robot-conseiller est une plateforme Web
qui gère de façon automatisée un portefeuille d’actifs, généralement composé de FNB. Plus précisément, le robot-conseiller sélectionne un portefeuille de FNB
qui répond à votre profil, il gère les prélèvements automatisés sur votre compte bancaire et il rééquilibre votre portefeuille au moment opportun. Tout est
automatisé et, étant donné que les interventions humaines sont minimales, les frais de gestion sont faibles: on parle d’environ 0,5% par année. Il ne vous reste
qu’à suivre l’évolution de vos rendements en ligne, bien assis sur la cuvette.
Ceux qui s’attendent à recevoir des conseils pointus et personnalisés ne seront toutefois pas très bien servis. Toutes les interactions avec le système se font de
façon virtuelle. Aussi, les robots-conseillers ne laissent que très peu de marge de manœuvre à leurs utilisateurs quant au choix des placements. On est restreint
aux modèles de portefeuilles préétablis. Les investisseurs qui ont des notions plus avancées en placements se verront ainsi limités par la plateforme. Reste que
cette simplicité est également, selon moi, une des grandes forces de cette approche.
D’après mon expérience avec Wealthsimple, un robot-conseiller canadien, l’utilisation d’une telle plateforme constitue une excellente manière de faire la
transition vers l’autogestion. Il s’agit peut-être d’une façon de se détacher de son conseiller financier et de prendre progressivement ses finances en main.
Évidemment, tous les conseillers financiers vous diront que les robots-conseillers ne sont pas adaptés à vos besoins, qu’un algorithme ne peut pas comprendre
votre situation particulière. C’est comme si vous demandiez à un chauffeur de taxi ce qu’il pense d’Uber. À vous de faire la part des choses.

Option 2: Bâtir soi-même son portefeuille


La deuxième option pour investir dans les FNB est de bâtir vous-même un portefeuille de placement.
Vous êtes intimidé par la gestion de vos placements? Vous vous dites: «Je laisse ça aux vrais experts!» Puis, lors de votre visite annuelle à la banque, un jeune
diplômé de 24 ans, avec 5 semaines de formation derrière la cravate, gère vos investissements à votre place.
En réalité, le placement autonome est beaucoup plus accessible que certains vendeurs à commission ne vous le laisseraient croire. C’est l’approche qui assure
le plus de contrôle, qui est la plus gratifiante et qui correspond le plus à votre quête de liberté financière. Après tout, pour être financièrement indépendant, il faut
couper le maximum de dépendances, non? Ça commence par la banque.
Qui plus est, l’avènement des FNB fait en sorte qu’il est plus facile que jamais de se constituer un portefeuille de placement diversifié, offrant un rendement
similaire à celui des grands indices boursiers, et ce, à faible coût.
Si vous souhaitez explorer graduellement cette approche, voici les grandes lignes pour y arriver:

1- Ouvrir un compte de courtage en ligne.


La première étape consiste à ouvrir un compte de courtage en ligne, c’est-à-dire la plateforme que vous utiliserez pour faire vos transactions. La plupart des grandes
banques offrent ce service. Or, selon le dernier palmarès de MoneySense, deux plateformes canadiennes se démarquent: Questrade et Qtrade Investor99.
Si vous disposez d’un montant assez important à investir, sachez que vous avez le gros bout du bâton. Comme nous le verrons un peu plus loin, la banque devra vous
payer pour que vous utilisiez sa plateforme de courtage. Les promotions d’ouverture de compte sont assez juteuses. Cette première étape devrait ainsi être rentable pour
vous.
2- Définir son profil d’investisseur.
Avant de continuer, vous devez établir votre profil d’investisseur. Cela commence par une évaluation de votre situation financière actuelle. En gros, plus vos finances sont
stables et prévisibles, plus vous pouvez vous permettre de prendre des risques. Il vous faut aussi tenir compte de vos objectifs de vie. S’il vous reste 20 ans avant votre
retraite, vous pouvez choisir des placements plus risqués. Plus votre horizon de placement est lointain, plus vous pouvez vous permettre d’être exposé au risque.
Cependant, n’oubliez pas de considérer tous les projets futurs qui pourraient entraîner des besoins en capital (rénovations, achat d’une propriété, formation universitaire,
etc.). Enfin, votre personnalité joue pour beaucoup dans la balance. Quelle serait votre réaction si la valeur de vos épargnes fondait de 28% en quelques semaines, comme
durant la crise du coronavirus? Auriez-vous les nerfs assez solides pour résister à la panique?
Une fois tous ces facteurs examinés, votre niveau de tolérance au risque dictera la composition de votre portefeuille. De façon générale, plus vous êtes prudent, plus le
pourcentage de titres à revenu fixe, comme des obligations, sera élevé. Inversement, plus vous êtes audacieux, moins les obligations occuperont une part importante de
votre portefeuille.
3- Choisir les titres à acheter.
Arrive ensuite l’étape la plus intimidante: déterminer les titres à acheter. Quels FNB choisir? Comment s’assurer d’une diversification adéquate? C’est un vrai casse-tête!
Heureusement, d’autres personnes ont déjà fait le travail à votre place. Il existe une multitude de portefeuilles modèles desquels vous pouvez vous inspirer. Je préconise
deux options.
La première est Vanguard, un des plus importants gestionnaires de FNB à l’échelle mondiale, qui a récemment lancé cinq fonds tout-en-un. Ainsi, il suffit d’acheter un
seul FNB pour obtenir un portefeuille équilibré et diversifié. De plus, les frais de gestion sont de seulement 0,22%100. Votre banquier aurait préféré que vous ne lisiez pas
le passage précédent! Selon votre niveau de tolérance au risque, vous pouvez choisir le ratio actions/obligations qui vous convient. Par exemple, mon choix s’est arrêté sur
VGRO, un FNB constitué de 80% d’actions et de 20% de titres à revenu fixe.
La deuxième option concerne les portefeuilles modèles proposés par le gestionnaire de portefeuille Dan Bortolotti (et auteur du blogue Canadian Couch Potato), et qui
peuvent être facilement reproduits. Ces portefeuilles, composés de huit FNB, assurent une bonne diversification et un rendement similaire à celui du marché101. Pour
répliquer ce modèle, il vous suffira de choisir le portefeuille Canadian Couch Potato qui correspond à votre profil d’investisseur et d’acheter les FNB correspondants dans
votre compte de courtage. Par contre, sachez que cette approche nécessite un peu plus de suivi, comme l’illustre l’étape suivante.
4- Rééquilibrer son portefeuille.
Si vous avez décidé de bâtir vous-même votre portefeuille, vous aurez à le rééquilibrer environ tous les six mois. Notez que cette étape est prise en charge par les robots-
conseillers ainsi que par le FNB tout-en-un de Vanguard, sans intervention de votre part.
Le rééquilibrage a pour but d’assurer que la proportion de chaque titre reste intacte, malgré les variations du marché. À titre d’exemple, supposons que l’économie
canadienne s’enflamme. Le FNB qui calque le rendement de la Bourse de Toronto (TSX) augmentera plus rapidement que les autres FNB détenus dans le portefeuille. Par
conséquent, la valeur de ce FNB deviendra disproportionnée par rapport aux autres.
Or, pour obtenir un rendement optimal et une diversification adéquate, il est impératif que les proportions de chaque FNB soient maintenues, peu importe les
fluctuations boursières. Autrement, un titre qui aurait crû plus rapidement que les autres occuperait une part trop importante du portefeuille, augmentant ainsi l’exposition
au risque. Par ailleurs, les fluctuations du marché font en sorte que les titres qui sont des stars aujourd’hui pourraient très bien devenir des dogs demain. Il faut donc
maintenir la pondération entre les «gagnants» et les «perdants».
Ainsi, si un de vos titres croît plus rapidement que les autres, il faudra en vendre une partie ou réinvestir dans ceux qui ont moins bien performé pour garder l’équilibre.
Par le fait même, vous aurez plus de chances de vendre les titres au moment où ils sont surévalués et de les acheter au moment où ils sont sous-évalués.
5- Être patient.
Finalement, vous devrez être très patient si vous voulez voir vos FNB fructifier. Warren Buffett le dit bien: «The stock market is a device for transferring money from the
impatient to the patient.»
D’une part, selon mon expérience, garder une perspective à long terme est la formule gagnante. Le rendement se mesure en années et non en journées. Ainsi, si mes
parents avaient investi 10 000$ dans le Dow Jones à ma naissance, ce placement vaudrait 360 000$ aujourd’hui, et ce, malgré les multiples krachs boursiers et récessions
depuis 40 ans102. Soit dit en passant, si mes parents m’avaient acheté une paire de Air Jordan à 65$ en 1985, elle vaudrait désormais près de 3000$. Un meilleur rendement
que le Dow Jones!
D’autre part, l’approche passive, celle qui minimise le nombre de transactions, est généralement à privilégier. «Les recherches menées par William Sharpe, lauréat d’un
prix Nobel en économie, démontrent qu’un dollar investi de manière passive rapporte en moyenne davantage, net de frais, qu’un autre activement géré, et ce, quel que soit
le cadre temporel examiné103.» C’est bien ce que prouve le pari de Warren Buffett.
Les marchés boursiers évoluent en dents de scie. On pourrait même dire qu’ils sont bipolaires. Quand les conditions économiques sont favorables, les spéculateurs
s’emballent et achètent n’importe quoi. Puis, quand un nuage gris s’annonce à l’horizon, ils vendent en panique. Or, il s’avère que ces mouvements de folie ne font que
bousiller les rendements.

Finalement, le quotidien d’un investisseur boursier n’a rien d’exaltant à mes yeux. Il s’agit d’une activité relativement monotone. Néanmoins, si vous la faites
de façon disciplinée, vous aurez les moyens financiers de vous trouver un autre passe-temps plus excitant.

QUAND ACHETER? QUAND VENDRE?


Selon un proverbe chinois, le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans, et le deuxième meilleur moment est maintenant. La même logique
s’applique à l’investissement. Donc, l’important est d’investir tôt, peu importe la stratégie choisie. Le temps est sans contredit le facteur le plus essentiel au
succès.
Même si certains investisseurs essaient de synchroniser leurs transactions avec les fluctuations du marché, l’histoire démontre que cette stratégie est contre-
productive. Ceux qui attendent le meilleur moment pour acheter leurs titres et le meilleur moment pour les vendre obtiennent souvent un moins bon rendement.
Comme l’illustre une étude menée par Fidelity, les portefeuilles qui offrent le meilleur rendement sont ceux des investisseurs décédés. En effet, ces derniers
ne peuvent plus suivre les mouvements erratiques du marché et, ainsi, en sortent gagnants (ou pas… ils sont morts après tout)104.
Toujours selon Fidelity, un investisseur qui aurait manqué les cinq meilleures journées en Bourse, entre 1980 et 2018, aurait obtenu un rendement 35%
inférieur à celui qui serait resté investi durant la même période. Pire encore, l’investisseur qui aurait manqué les 10 meilleurs jours aurait divisé son rendement de
moitié105.
Ce qu’il faut savoir, c’est que les plus fortes augmentations boursières arrivent habituellement durant une chute des indices. D’ailleurs, 8 des 10 plus fortes
hausses quotidiennes de l’indice Dow Jones depuis sa première publication en 1896 sont survenues durant la crise économique de 2020106.
En d’autres mots, les investisseurs qui investissent all-in durant les hausses boursières et qui vendent leurs titres dès qu’ils entrevoient une baisse passent à
côté des meilleurs gains.
Selon mon expérience, l’achat graduel de titres de qualité reste l’approche optimale. En investissant progressivement ses épargnes, on évite de se laisser
guider par ses émotions. Et aujourd’hui est le meilleur moment pour commencer à le faire.

SE PAYER EN PREMIER
Pour atteindre l’indépendance financière, il faut investir dans soi-même et dans son avenir avant de dépenser futilement l’argent durement gagné. C’est ce qu’on
appelle se payer en premier.
En pratique, cela implique de mettre de côté une partie de ses revenus dans un fonds de liberté avant de considérer toute autre dépense. Ainsi, l’épargne passe
avant les voyages, les restos, les vêtements, les sorties, etc.
Tout au long de mon parcours vers la retraite, j’estime avoir déposé environ 50% de mon salaire net dans mon fonds de liberté à chaque paie. Ce montant
était ensuite investi en Bourse pour maximiser l’effet boule de neige des intérêts composés. Il s’agit, selon moi, de la meilleure avenue vers la liberté.
Je vous incite à faire de même. La plupart des robots-conseillers permettent d’établir un prélèvement automatique sur le compte bancaire. Il vous suffit d’en
déterminer le montant ainsi que la fréquence pour que votre portefeuille soit bien nourri.
Peu importe l’approche choisie, financez votre liberté avant tout le reste. Il est temps de faire travailler votre argent, pour qu’un jour vous n’ayez plus à le
faire. Ça sonne étrangement comme une pub de banque… Tant pis!
ÉTAPE 12: PROFITER DES PARADIS FISCAUX

LA FISCALITÉ, C’EST SEXY


La plus grande dépense pour nombre de travailleurs est sans contredit l’impôt sur le revenu. Bien que bénéfique globalement à la société, cette retenue à la source
ampute massivement nos finances personnelles.
Qui plus est, les Québécois sont parmi les plus taxés dans le monde. Un rapport de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université
de Sherbrooke démontre que le taux de pression fiscale au Québec, établi à 38,6%, est supérieur à la moyenne de l’OCDE (34,3%), à la moyenne des pays du G7
(35,6%) et à celui des États-Unis (24,3%) ainsi que du Canada (33,4%)107.
Il est cependant possible de réduire ces charges fiscales et d’empocher des milliers de dollars supplémentaires chaque année en déjouant (légalement) le fisc.
La fiscalité devient soudain plus sexy, non?
Si vous avez suivi les grandes lignes du plan proposé dans ce livre, vous avez jusqu’ici décortiqué vos finances personnelles, défini votre objectif de liberté,
changé vos habitudes de consommation, optimisé en profondeur votre budget et choisi votre stratégie de placement. Il reste maintenant à déterminer dans quel
régime vous allez placer ces épargnes nouvellement dégagées: REER, RVER, CELI ou REEE?
Ce chapitre est un puissant somnifère. Reste que la fiscalité est un élément essentiel à la richesse. C’est donc un mal nécessaire! Mais prière de ne pas
manœuvrer de la machinerie lourde en lisant les prochaines pages.

GROS SALAIRE, GROS REER


À l’époque où je travaillais, un ancien collègue de travail m’a lancé: «Les REER ont un meilleur rendement que les CELI. C’est pour ça que je mets tout mon
argent là-dedans.» Pour lui, les REER et les CELI étaient tout simplement des produits financiers vendus à la banque. Chaque année, son conseiller financier lui
vendait des fonds communs de placement (à frais de gestion élevés), sans qu’il prenne conscience qu’il existait d’autres options plus rentables pour lui. Quand je
lui ai expliqué que les REER et les CELI n’étaient que des comptes, des coquilles vides, dans lesquels on pouvait placer les titres de son choix, il a répondu:
«Holy shit!» Il était au téléphone avec son conseiller quelques minutes plus tard.
Le REER et le CELI ont chacun leurs spécificités. Il faut employer ces outils stratégiquement, car ils sont conçus à des fins bien précises et ont des horizons
de placement différents.
Commençons par le REER. Le régime enregistré d’épargne-retraite est utilisé pour reporter l’impôt sur le revenu à plus tard. En gros, on y contribue quand
ses revenus sont élevés, puis on le retire quand ses revenus sont plus faibles. Les sommes placées une année dans un régime de ce type viennent se soustraire aux
revenus imposables de la même année. Ainsi, en cotisant à son REER, on minimise son taux d’imposition.
De manière générale, plus votre revenu est important, plus le REER est avantageux. À titre d’exemple, Kip gagne un salaire annuel brut de 42 000$ et cotise
à son REER à hauteur de 2000$. Il réduit du fait même son revenu imposable à 40 000$ et bénéficie d’un remboursement d’impôt de 550$. En revanche, sa
copine LaFawnduh, étudiante universitaire, touche un revenu annuel de 13 000$ et n’a aucun intérêt à cotiser à son REER, puisque son taux d’imposition est
pratiquement nul. D’autant plus que ses droits de cotisation REER inutilisés lui seront précieux quand son salaire augmentera dans les prochaines années108.
Autre aspect à prendre en considération: la réduction du revenu imposable engendrée par une cotisation au REER pourrait également gonfler les subventions
gouvernementales auxquelles vous avez droit. Si, par exemple, Kip était le père monoparental d’une fillette de cinq ans, sa cotisation à son REER entraînerait
une hausse de 120$ de son crédit d’impôt pour solidarité, une augmentation de 80$ de son allocation canadienne pour enfants, et son crédit d’impôt pour frais de
garde d’enfants passerait de 6475$ à 6660$. Au bout du compte, Kip bénéficierait d’une économie d’impôt de plus de 1000$ en raison de sa cotisation de 2000$
à son REER109.
Pour ma part, malgré mon salaire moyen, j’ai maximisé mes cotisations au REER chaque année de ma brève carrière. La cotisation annuelle maximale au
REER que vous pouvez faire dans une année correspond à 18% de votre revenu de l’année précédente110, jusqu’à concurrence de 27 230$ (plafond fixé pour
2020). Par contre, les cotisations inutilisées s’accumulent d’année en année. Pour connaître ce montant, il vous suffit de consulter l’avis de cotisation que
l’Agence du revenu du Canada vous a fait parvenir à la suite de votre déclaration d’impôt.
La loi fiscale canadienne permet aussi un dépassement de 2000$ sur l’ensemble de la vie active, sans pénalité. Bien que ce montant excédentaire ne soit pas
déductible d’impôt l’année même, il fructifie et peut être déduit à une date ultérieure, lorsque le montant de la cotisation au REER le permet.
Par ailleurs, de plus en plus d’employeurs offrent un régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) à leurs employés. Le RVER permet aux employés de
cotiser pour leur retraite grâce à une retenue sur leur salaire. Au même titre que le REER, les cotisations faites à ce régime sont déductibles d’impôt et restent à
l’abri du fisc tant qu’elles ne sont pas retirées. De plus, dans certains cas, l’employeur contribue au régime à parts égales avec l’employé. Cela équivaut à un
rendement instantané de 100%, sans même considérer les avantages fiscaux. Il s’agit du meilleur placement imaginable.
Néanmoins, à ma stupéfaction, plusieurs employés admissibles à ce programme y renoncent. L’un d’entre eux m’a dit: «Je n’ai pas les moyens de participer.»
Je ne connais pas sa situation financière, mais, pour ma part, quand il y a de l’argent «gratuit» sur la table, je me débrouille pour le ramasser.

LE CELI, UN PARADIS FISCAL


Selon le Fonds monétaire international (FMI), 50% des transactions financières internationales passent par des paradis fiscaux111. Les entreprises esquivent le
fisc à l’aide de sociétés offshores, et leurs dirigeants s’en mettent plein les poches.
Réjouissez-vous: les particuliers que nous sommes ne sont pas laissés pour compte. Le gouvernement canadien a pensé à nous en créant le CELI.
Contrairement au REER, les sommes que vous placez dans votre compte d’épargne libre d’impôt (CELI) ne sont pas déductibles d’impôt. Cependant, les
gains en capital réalisés dans ce compte sont exempts d’impôt. Vos placements peuvent y fructifier à l’abri du fisc. Cela constitue donc votre petit paradis fiscal!
Seulement, au lieu d’avoir une île aux Bahamas, nous avons un grain de sable. C’est mieux que rien!
Le plafond de cotisations annuelles, fixé à 6000$ pour 2020, est le même pour tous les Canadiens âgés de plus de 18 ans. Comme pour le REER, vos
cotisations inutilisées s’additionnent depuis le début de votre admissibilité au régime. Ainsi, si vous étiez majeur en 2009, l’année de la création du programme,
vous avez droit à un montant maximal de cotisation de 69 500$112.
Les contribuables à faible revenu devraient d’ailleurs privilégier le CELI au REER. Ils ne bénéficieraient que modestement de la déduction d’impôt liée au
REER, puisque leur revenu est faiblement imposé. Ces mêmes ménages auraient tout à gagner de voir leurs gains protégés de l’impôt dans un CELI.
Cette même logique prévaut si vous êtes en début de carrière ou si vous prévoyez une bonne augmentation de vos revenus dans les années à venir. Dans ces
cas, il est préférable de reporter à plus tard vos contributions au REER. Comme les droits de cotisation annuels non utilisés s’additionnent d’une année à l’autre,
vous pourrez ainsi maximiser vos contributions REER (et les remboursements d’impôt) lorsque vos revenus seront plus élevés. D’ici là, il vaut mieux engraisser
votre CELI, d’autant plus que vous pourrez transférer les sommes accumulées au CELI vers votre REER plus tard.
Il va sans dire, j’ai plafonné les cotisations à mon CELI durant toute ma carrière. Même retraité, je transfère graduellement les liquidités constituant mon
fonds d’urgence vers mon CELI. Il s’agit de mon outil d’épargne préféré. J’ai tendance à y placer des FNB un peu plus risqués, par exemple des titres à petite
capitalisation boursière (c’est-à-dire des petites entreprises). En éternel optimiste que je suis, j’espère que ces placements généreront les meilleurs gains (non
imposables).
Soit dit en passant, certains investisseurs ont réussi à faire croître leur CELI à plus de 1 million de dollars113. Tout un exploit, considérant que la mise de
fonds totale est plafonnée à 69 500$ et que le programme n’existe que depuis 2009. Même les bandits à cravate ne font pas aussi bien!

LE REEE, L’ARME SECRÈTE DES PARENTS


Si vous êtes parent, vous pouvez bénéficier de l’outil d’épargne ultime: le REEE. Il s’agit peut-être du régime d’épargne le plus généreux du monde. Non
seulement ce paradis fiscal vous permet d’épargner à l’abri de l’impôt, mais il est aussi généreusement subventionné par l’État.
Le régime enregistré d’épargne-études (REEE) permet d’épargner en vue de financer les études postsecondaires d’un enfant. Les cotisations qui y sont
versées fructifient à l’abri de l’impôt. En prime, les gouvernements fédéral et provincial «bonifient de 30% à 60% les sommes déposées au REEE, et ce, en
fonction du revenu familial114».
Le REEE conjugue donc les avantages du REER et ceux du CELI. D’abord, le montant de la subvention gouvernementale obtenue grâce au REEE est
presque aussi important que le remboursement d’impôt que vous auriez obtenu sur une cotisation équivalente à un REER115. Par exemple, la cotisation annuelle
maximale au REEE, soit 2500$, donne droit à une subvention d’au moins 750$ et une cotisation du même montant au REER procure un remboursement d’impôt
de 749$ (sur un salaire brut de 45 000$)116. De plus, similairement au CELI, les fonds placés dans le REEE sont (presque) libres d’impôt. Les gains réalisés à
l’intérieur du régime (la croissance du placement et les subventions) le sont au moment du retrait. Toutefois, l’enfant qui retirera cette somme pendant ses études
universitaires ne paiera que très peu d’impôts, puisque ses revenus imposables seront minimes à ce moment-là.
Malheureusement, près de la moitié des familles québécoises avec de jeunes enfants ne cotisent pas au REEE. Je vous invite à garder une minute de silence
pour les milliers de dollars en subvention ainsi sacrifiés117. RIP!

LA PAUVRETÉ VOLONTAIRE
Vous avez certainement déjà entendu l’adage suivant: «Le Québec est riche en pauvres, mais pauvre en riches.» La formule est usée, mais demeure vraie. Selon
le Service des études économiques de Desjardins, le revenu disponible moyen des ménages québécois, c’est-à-dire le revenu annuel après impôts, cotisations
sociales et contribution aux régimes de retraite, s’élève à 69 255$. À titre comparatif, la moyenne s’établit à 85 006$ pour l’ensemble du Canada118. L’écart de
richesse est imposant. On parle de 15 751$, soit 19%.
Même si tout le monde souhaite toucher un salaire plus élevé, ironiquement, au Québec, il est parfois avantageux de maintenir ses revenus sous un certain
seuil. Pour un couple avec enfants, ce seuil se situe à environ 60 000$ par année (brut). À ce niveau de revenu, la charge fiscale est quasiment nulle. Le revenu de
ce ménage après impôts, cotisations et prestations équivaut à 59 959$119. Ceux qui vivent délibérément avec des revenus plus modestes profitent de plusieurs
avantages fiscaux. C’est que j’appelle la pauvreté volontaire.
Attention, je ne cherche pas ici à banaliser la pauvreté, ni à encourager l’évasion fiscale. Je marche sur des œufs, mais je ne fais que constater les faits: il est
fiscalement profitable d’avoir de faibles revenus imposables au Québec. Devant l’impôt, un mode de vie modeste procure les mêmes bénéfices que le ferait un
paradis fiscal.
Sans surprise, sur ce plan, les frugalistes sortent grands gagnants. Ceux qui trouvent le bonheur en vivant avec peu ont besoin de moins de revenus et paient
moins d’impôts. Dans un sens, ils s’abstraient volontairement de la société de consommation.
Tel est mon cas. Depuis que je suis retraité, le montant de mes revenus correspond exactement au montant de mes dépenses. Et puisque mes dépenses sont
très faibles, mes revenus le sont également. Selon les barèmes gouvernementaux, le seuil de faible revenu s’établit à 21 400$ (net) pour un Québécois120. Étant
donné que mes besoins financiers sont en deçà de ce montant, je ne paie à peu près pas d’impôts.
Je le répète, la sous-consommation est la plus grande faille du système capitaliste. Le système n’est tout simplement pas conçu pour gérer une telle anomalie.
ÉTAPE 13: S’ENRICHIR GRÂCE AUX ENFANTS

LES ENFANTS, L’EXCUSE FACILE


Lorsque j’explique à un étranger la stratégie qui m’a permis d’atteindre la liberté, invariablement il me pose la question suivante: «As-tu des enfants?» Dès que je
réponds par la négative, mon interlocuteur soupire de soulagement en disant: «Ah, là, je comprends!», comme si les enfants anéantissaient tout espoir de liberté.
Et comme si le fait que nous n’avons pas d’enfants discréditait toute notre démarche vers l’indépendance financière.
Certains parents imputent tous leurs problèmes au fait d’avoir des enfants. L’endettement, l’embonpoint, la malbouffe, la surconsommation et le gaspillage
deviennent ainsi justifiés. J’ai la certitude qu’être parent est très exigeant. Reste que ce n’est pas une excuse pour négliger tous les autres aspects de sa vie.
Nous n’avons pas d’enfants et nous n’avons pas l’intention d’en faire juste pour prouver un point. Néanmoins, par l’intermédiaire de mon blogue Jeune
Retraité, nous avons fait la connaissance de plusieurs couples qui ont atteint l’autonomie financière avant 40 ans, et ce, avec un, deux ou même trois enfants.
Dans tous les cas de figure, ces parents frugaux ont été débrouillards, ingénieux et créatifs pour répondre aux besoins de leurs bambins, sans se ruiner. Même
que, dans certains cas, leur progéniture leur a procuré des avantages financiers. Eh oui, ils se sont enrichis grâce à leurs enfants!
Je ne parle pas ici de Bougon qui vivent aux crochets de l’État, mais plutôt de jeunes allumés qui ont fait passer le temps avant l’argent.

LE COÛT MOYEN POUR ÉLEVER UN ENFANT


À entendre plusieurs parents de mon entourage, il semble que les enfants créent un trou noir dans le budget. N’ayant aucune expérience dans ce domaine, j’ai fait
des recherches pour comprendre combien il en coûte réellement pour élever un enfant.
La Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke a dressé un portrait détaillé des ménages québécois avec
enfants121. Ce sera notre point de départ.
À la lumière de cette étude, le coût moyen annuel serait autour de 11 000$ pour un enfant et de 17000$ pour deux enfants. Ainsi, de la naissance à la majorité,
un enfant coûterait 198 000$, alors qu’il faudrait débourser 306 000$ pour élever deux enfants. Première bonne nouvelle: plus on fait d’enfants, moins chacun
d’entre eux coûte cher! La deuxième bonne nouvelle, c’est qu’avoir un enfant coûte moins cher que de posséder une camionnette neuve. Le Ford F-150, le
véhicule le plus vendu en Amérique du Nord, coûte chaque année 1780$ de plus qu’un enfant.
Or, ces estimations de coûts sont basées sur le budget moyen des ménages québécois. Et qui dit «moyen», dit «gras». À mes yeux, le niveau de
consommation moyen est loin d’être optimal. La réalité des frugalistes est tout autre. À titre d’exemple, un couple sans enfants dépense annuellement 53 000$ en
moyenne, selon Statistique Canada. Or, ma conjointe et moi, qui sommes pourtant dans la même situation, dépensons moins de 30 000$ par année.
Alors, quelle influence a un enfant sur un budget frugal?

AVOIR UN ENFANT CHEZ LES FRUGALISTES


J’ai fait appel à la communauté FIRE québécoise pour approfondir cette question.
L’auteur du blogue Retraite 101, heureux papa d’un bambin de trois ans, m’a ouvert ses livres. Son budget annuel familial pour une famille composée de
deux adultes et d’un enfant habitant une maison unifamiliale sur la rive sud de Montréal est de 40 700$. «Lorsque j’exclus les paiements hypothécaires, notre
budget annuel familial est de 31 400$.» Il estime que les dépenses annuelles faites pour subvenir aux besoins de son jeune enfant s’élèvent à 5000$. «Ce montant
tombe à 2500$ si on exclut la cotisation au REEE. C’est un peu moins que le montant que nous recevons en subvention des deux paliers de gouvernement, soit
environ 2800$.» En fin de compte, Retraite 101 dégage un surplus de 300$. Son héritier, un frugaliste en devenir, contribue déjà au revenu familial!
L’auteure du blogue Modest Millionaires, mère québécoise de deux enfants, vivant en couple, abonde dans le même sens. Elle estime les dépenses annuelles
pour chaque enfant à 3700$.
De même, le couple de blogueurs Les Ingénieux démontre qu’on peut très bien élever deux enfants à Montréal sans se ruiner. Chacun d’entre eux entraîne des
dépenses supplémentaires d’environ 4000$ par année.
D’après ce petit échantillon, les ménages frugalistes dépenseraient deux fois moins pour leurs enfants que la moyenne des familles québécoises. On vient de
passer du coût d’un Ford F-150 (avec du chrome partout) au coût d’une Toyota Yaris âgée de 10 ans.

LES ENFANTS, HAUTEMENT SUBVENTIONNÉS


La dénatalité et le vieillissement de la population font en sorte que les incitatifs financiers sont diablement généreux pour les nouveaux parents québécois. On
parle même d’un paradis fiscal pour les familles.
Selon la CFFP, pour une famille type de la classe moyenne, soit un couple avec deux enfants et un revenu familial brut de 90 000$, le soutien financier
gouvernemental atteint 7869$ annuellement. De la naissance à la majorité de leurs enfants, le régime d’impôts et les prestations couvriront ainsi 47% du coût des
enfants de ce ménage. En d’autres mots, pour une famille dite représentative, l’État couvre environ la moitié des dépenses liées à un enfant122.
Pour les parents moins aisés, travaillant par exemple au salaire minimum et ayant donc un revenu familial brut de 34 944$, le soutien financier atteint 17
557$ annuellement. Au bout de 18 ans, cette assistance représente plus de 311 000$. Ce montant couvre la totalité des dépenses à prévoir pour combler les
besoins des enfants, tels qu’établis par la CFFP.
En somme, le soutien financier offert par les gouvernements absorbe une partie considérable des dépenses relatives aux enfants. Pour la plupart des familles
québécoises, c’est la moitié des coûts qui sont ainsi effacés. Notez au passage qu’on parle ici de ménages dépensant de façon «normale». Chez les frugalistes,
c’est la quasi-totalité des frais qui sont couverts.

MAIS, OÙ VA L’ARGENT?
La plupart des ménages ne tiennent pas de budget, alors il est difficile de comprendre précisément où va l’argent. Je vais quand même essayer de comprendre.

Les frais de garde


Les frais de garde sont parfois cités en exemple par les nouveaux parents comme une des causes à leur essoufflement financier. Un collègue de travail
m’expliquait qu’il payait 35$ par jour pour faire garder son bambin. «Il faut que je travaille deux heures chaque jour juste pour payer la garderie!»
C’est faux.
Il existe un outil sur le site de Finances Québec pour calculer précisément le coût quotidien d’un service de garde en fonction du revenu123. Pour un ménage
moyen touchant un revenu de 90 000$, une place de garde à 35$ revient en fait à 9,17$ par jour une fois appliqué l’ensemble des déductions, des allocations et
des crédits d’impôt. Pour une place de garde subventionnée, on parle plutôt de 7,03$ par jour. Je connais des endroits qui vendent le café plus cher que ça!
On peut lire aussi dans le rapport de la CFFP: «[…] la portion du revenu familial consacrée aux frais de garde est nettement inférieure au Québec qu’ailleurs
au Canada.» Un couple québécois avec enfants donne 2,9% de son revenu pour les frais de garde. Une famille comparable y accorde 9,1% en moyenne au
Canada124.
L’écart avec le reste du monde est encore plus imposant. «[Les Québécois] ont un coût net de garde de plus de deux fois inférieur à celui de la moyenne des
pays de l’OCDE, lorsque mis en proportion du revenu de travail125.»

Le coût des études


Certains partisans du mouvement des Carrés rouges qui ont manifesté pour une réduction des frais de scolarité durant la grève étudiante de 2012 sont désormais
parents. Je me demande comment ils entrevoient le financement des études de leurs bambins.
Disons que la situation actuelle au Québec est enviable: en 2018-2019, un étudiant québécois du premier cycle universitaire devait débourser autour de 3800$
par année en frais de scolarité, nettement sous la moyenne canadienne de 6838$ par année126. Le coût des études postsecondaires varie en fonction des
programmes, mais il reste relativement bas et le régime enregistré d’épargne-études (REEE) est généreux. Comme nous l’avons vu à l’étape précédente, «Profiter
des paradis fiscaux», le REEE est assurément le meilleur allié des parents.
Pour ces raisons, choisir de cotiser au REEE de votre enfant n’est pas incompatible avec votre projet de liberté financière. Il y a de petites particularités, mais
«[s]i vos enfants n’utilisent pas tout l’argent accumulé dans le REEE en vue de leurs études, vous pouvez retirer vos cotisations d’origine, libres d’impôt, et les
verser dans votre REER127».
J’utiliserai l’exemple donné par Peter Guay, gestionnaire de portefeuille, pour illustrer mon propos. Si un couple cotise chaque année au REEE de manière à
maximiser les subventions obtenues, au bout de 15 ans, le montant total des cotisations atteindra 36 000$. S’ajoute à ce montant un minimum de 10 800$ d’aide
gouvernementale128. En obtenant un rendement de 5% par année, ce pactole atteindra la somme d’environ 86 000$ à terme129. Ce montant excède largement les
besoins d’une majorité d’universitaires, qu’ils vivent ou non chez leurs parents. Conséquemment, l’étudiant en question pourra consacrer 50 000$ à ses études et
ses parents pourront récupérer leur cotisation originale (36 000$), libre d’impôt, pour ensuite la réinvestir dans leur REER. En procédant ainsi, l’enfant aura
bénéficié de généreuses subventions pour financer ses études, et ses parents obtiendront un allégement fiscal important à un moment où leurs salaires risquent
d’être plus élevés qu’ils ne l’étaient à la naissance de leur enfant. C’est gagnant-gagnant!
Dans ce contexte, les études sont (presque) gratuites. Fort de votre expérience de PDG, vous me direz: «Mais qu’en est-il du coût de renonciation?» Vous
avez bien raison, boss, le financement des études de vos enfants implique en fait de renoncer au rendement espéré sur le montant de vos cotisations annuelles. Ce
rendement hypothétique représente environ 28 000$ sur 18 ans. Il s’agit du même coût de renonciation qu’un café quotidien à 3,50$. Rien pour modifier
dramatiquement votre train de vie!

Les activités parascolaires


Vous avez certainement déjà entendu un parent dire quelque chose de ce genre: «Ma fille fait du patin artistique le lundi, du judo le mardi, du piano le jeudi et des
compétitions de ski la fin de semaine.»
Les parents frugaux interrogés sont unanimes: cette course à la performance est nourrie par les parents et non par les enfants. Ces derniers peuvent très bien
s’épanouir sans devoir réaliser toutes les ambitions que leurs parents ont pour eux. À leurs yeux, les activités parascolaires sont optionnelles et ne représentent
donc pas une obligation financière. Certains parents s’infligent eux-mêmes ce stress financier, alors ils ne peuvent pas s’en plaindre.
En effet, les activités parascolaires dispendieuses, telles que le polo, le parachutisme ou le poker en ligne, ne sont pas une nécessité. Le blogueur de Retraite
101 explique: «On peut [plutôt] favoriser les activités gratuites comme les excursions en forêt, les fêtes de quartier, les promenades à vélo, la piscine municipale,
les jeux d’eau, les patinoires extérieures, la pente à glisser, etc.»
Par ailleurs, certaines activités organisées sont plus abordables que d’autres. Par exemple, l’inscription à un cours de natation coûte habituellement moins de
100$ par session. Rien pour se ruiner! Aussi, les bonnes écoles (publiques) proposent une multitude d’activités parascolaires quasi gratuites à leurs élèves.
Si votre fils ou votre fille a des loisirs coûteux malgré tout, sachez que le gouvernement provincial offre un crédit d’impôt pour les activités des enfants. Eh
oui, un autre petit «cadeau» pour les familles. Ce crédit d’impôt est égal à 20% du montant des frais d’inscription. Le montant maximal de ces frais est de 500$
par enfant, pour un crédit d’impôt maximal de 100$ par enfant130. Le poker en ligne n’est toutefois pas une activité admissible au programme.

La bouffe
Au Québec, nous consacrons près de 12% de notre budget à l’alimentation131. Il s’agit de la plus forte proportion au Canada. Comme nous l’avons vu à l’étape 7,
«Hacker son budget», une famille de deux adultes et de deux enfants débourse en moyenne près de 12 000$ par année en bouffe132.
Par contre, les ménages frugaux s’en sortent pour la moitié de ce montant. C’est le cas de Dominique Favreau, du blogue Se Payer En Premier, qui dépense
en moyenne 5500$ par année en nourriture, et ce, avec trois enfants.
Aussitôt, on imagine une famille attablée autour d’un repas de spaghetti garni de jus de tomate et de saucisses à hot-dog, n’est-ce pas? On présume que moins
on dépense pour l’alimentation, moins on a de qualité dans l’assiette… alors qu’en fait, c’est généralement l’inverse qui se produit: plus les aliments sont
transformés, plus ils sont dispendieux. C’est la paresse qui coûte cher. En passant, la conjointe de Dominique est titulaire d’un doctorat en nutrition, alors soyez
certain que le baloney n’est pas au menu.
Les parents frugaux que j’ai consultés accordent beaucoup d’énergie à la bouffe, et ce, dès le plus jeune âge de leurs enfants. Ils assurent ainsi la santé de leur
famille (et de leur portefeuille). D’abord, ces parents préconisent l’allaitement, dans la mesure du possible. Puis ils confectionnent des purées maison pour leurs
bambins. Lorsque le duvet apparaît sous le nez de leurs préados, le défi commence! C’est à ce stade que la planification des repas prend tout son sens. Les mots
clés ici sont «économie d’échelle». Il faut faire ses provisions chez un grossiste, stocker les aliments de base en rabais, éviter les aliments préparés, prioriser les
protéines végétales et cuisiner en grande quantité.
Il n’y a pas de raccourci pour bien manger, peu importe son budget, qu’on ait des enfants ou non. Le processus est énergivore. Toutefois, le budget d’épicerie
est inversement proportionnel à l’énergie qu’on consacre à cette tâche. Comme dans tout, le temps, c’est de l’argent.

Tout le reste
Similairement aux activités parascolaires, la plupart des autres dépenses relatives à un enfant naissent des besoins et des désirs de ses parents.
Un enfant de cinq ans et demi n’a pas besoin d’être sapé comme le mannequin dans la vitrine d’H&M. Pas plus qu’il n’a besoin de recevoir 22 cadeaux à
Noël. La surconsommation n’est pas innée; elle est acquise. Les chimpanzés enseignent à leur progéniture comment employer une brindille pour bouffer des
fourmis; les êtres humains montrent à la leur comment utiliser une carte de crédit pour être heureux. Sept millions d’années d’évolution pour en arriver là!
Or, comme le souligne la blogueuse de Modest Millionaires, presque tout le matériel dont un bébé ou un bambin a besoin est facile à trouver sur les sites de
petites annonces. Les parents frugaux troquent, empruntent ou achètent des jouets, des vêtements, des poussettes, des patins d’occasion. Leurs enfants n’en ont
même pas connaissance.
Quand l’enfant commence l’école et que la pression sociale se fait sentir, c’est le moment de le sensibiliser aux finances. Comme plusieurs spécialistes le
suggèrent, un enfant peut commencer très jeune à s’occuper d’un microbudget alimenté par un peu d’argent de poche. Il peut ainsi prendre conscience de la
valeur de l’argent.
Lorsque l’enfant est plus âgé et que ses désirs matériels deviennent plus onéreux, rien n’empêche de lui confier un petit boulot. Bien que la rémunération des
tâches ménagères soit déconseillée par Claire Leduc, thérapeute familiale et auteure de l’ouvrage Le parent entraîneur, les travaux qui seraient normalement
réalisés par un entrepreneur (peinture, déneigement, gazon, etc.) pourraient très bien être «sous-traités» à l’enfant133.
Au fond, en solo, en couple ou en famille, la frugalité est un mode de vie. Avec le temps, les habitudes de consommation des parents économes finissent par
déteindre sur leurs enfants. J’en suis la preuve vivante. Mon déséquilibre affectif causé par l’incapacité d’obtenir des Air Jordan durant mon enfance est à peine
perceptible aujourd’hui.

TRENTENAIRES, PARENTS ET… RETRAITÉS


La retraite hâtive n’est pas hors d’atteinte pour ceux qui souhaitent fonder une famille. D’ailleurs, j’ai rencontré deux couples de parents qui y sont parvenus
avant leur quarantième anniversaire, et ce, avec respectivement deux enfants chacun. De part et d’autre, le constat est le même: les enfants ont catalysé leur
parcours vers la liberté.
D’abord, l’aide gouvernementale a épongé une grande partie des coûts associés à la venue de leurs enfants. La frugalité combinée à l’optimisation fiscale a
été la clé du succès pour ces deux familles. L’une d’entre elles a maximisé ses cotisations à son REER pour réduire son revenu imposable et ainsi augmenter ses
allocations familiales. L’autre a vécu sur un seul salaire: un conjoint bossait pendant que l’autre gardait les enfants à la maison. Les deux ménages ont
évidemment exploité à fond le REEE. Puis, une fois retraités, lorsque leurs revenus sont descendus à la hauteur de leurs dépenses, ils ont eu droit à toutes les
subventions imaginables parce que leurs enfants n’avaient pas encore atteint leur majorité.
Ensuite, le désir de voir leurs enfants grandir a accentué l’urgence de quitter le métro-boulot-devoirs-bains-télé-dodo. Je conclus cette étape sur ces mots d’un
des parents que j’ai interviewés: «On s’est payé le luxe d’avoir du temps de qualité en famille. Le temps pour jouer dehors avec les enfants, pour faire des pique-
niques, pour voyager et pour profiter de la vie. Plusieurs pensent que la retraite précoce est réservée aux couples sans enfants. En fait, on devrait dire que c’est
possible et même d’autant plus important quand on a des enfants! La plus grande richesse, ce sont eux. Et on passe à côté si on n’a pas le temps d’en profiter!»
ÉTAPE 14: PARASITER LES BANQUES

BANQUIERS OU VENDEURS À COMMISSION?


Vous l’aurez compris, je n’ai pas beaucoup d’amour pour les banques traditionnelles. À mon avis, ces dinosaures exploitent parfois l’ignorance financière des
petits épargnants. Durant la saison des REER, une armée de vendeurs à commission «éduquent» la population à grands coups de dépliants publicitaires. Les
produits financiers les plus rentables pour la banque sont mis de l’avant, parfois au détriment des besoins réels du client.
Ce n’est d’ailleurs pas que mon opinion. Lors d’une étude menée en 2018, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) est arrivée
à la même conclusion: «La culture des services bancaires de détail vise avant tout la vente de produits et de services, ce qui augmente le risque que les intérêts
des consommateurs ne se voient pas toujours accorder la priorité qui leur revient134.»
En somme, les banques sont d’abord au service de leurs actionnaires. Elles cherchent à maximiser leurs profits. Le client qui sous-traite la gestion de ses
finances à un banquier risque de ne pas en avoir pour son argent.

ET LES CONSEILLERS FINANCIERS, DANS TOUT CELA?


Je dois nuancer quelque peu mon propos avant de continuer. Même si j’ai une aversion pour les banques, je respecte les individus qui y travaillent. Je plains
d’ailleurs ces employés à qui on donne un titre bidon et qui travaillent sous pression pour nourrir une bête insatiable. Je n’aimerais pas être à leur place.
À mes yeux, un conseiller financier qui bosse au sein d’une grande banque a autant de crédibilité qu’un vendeur automobile. Toutefois, ce constat est basé sur
ses impératifs de vente (ses quotas) bien plus que sur ses compétences. Je n’en ai aucun doute, il existe tout plein de conseillers financiers compétents bien
intentionnés. Ces derniers pourraient en principe vous assister dans votre quête d’indépendance financière. Seulement, gardez toujours en tête qu’ils font partie
d’un système beaucoup plus grand qu’eux. Ils ne forment que le minuscule engrenage d’une machine gigantesque à imprimer de l’argent.

EXPLOITER LES BANQUES, UN PASSE-TEMPS PAYANT


Dans son ouvrage intitulé Petits secrets et gros mensonges de votre banquier, Fabien Major écrit: «Une famille composée de deux adultes et de deux enfants
paiera en moyenne 194 000$ de frais financiers de toutes sortes et d’intérêts au cours de sa vie135.» Dans ce contexte, votre conseiller financier à la banque
prendra sa retraite avant vous!
Le moment est venu de renverser la vapeur. Voici quelques astuces pour exploiter les banques plutôt que de vous faire exploiter par elles.

1- Devenir un lion.
L’actif total des six grandes banques au Canada est de plus de 5000 milliards de dollars. Forcément, on a tendance à se sentir petit dans ses shorts quand on se présente
devant son banquier avec quelques centaines de dollars en poche. Or, ça devrait être l’inverse.
Dans les faits, les banques s’enrichissent grâce à nous et ont besoin de notre clientèle pour croître. En effet, les revenus des grandes banques proviennent à 55% des
intérêts sur les marges, les prêts, les hypothèques et les cartes de crédit136. Ainsi, même un client «pauvre» s’avère très payant pour les institutions financières.
Nous avons donc le gros bout du bâton, peu importe notre actif. Alors, bombez le torse quand vous mettez les pieds dans le bureau de votre banquier. Osez poser des
questions, négocier agressivement les termes des produits financiers et exiger plus en retour des frais que vous payez. Vous êtes un lion et non une brebis.
2- Parasiter le système.
Les banques canadiennes consacrent 3,8 milliards de dollars à la publicité et au marketing137. Elles sont par conséquent prêtes à payer cher pour vous convertir en client.
Pourquoi ne pas en profiter?
Ma conjointe, qui a un bon flair pour dénicher l’«argent gratuit», a trouvé le moyen de faire payer les banques en déplaçant simplement son avoir d’une banque à
l’autre de manière à tirer avantage des promotions en cours.
À titre d’exemple, nous avons un jour transféré nos comptes de courtage d’une banque à une autre pour profiter d’une promo. Cela nous a rapporté un juteux bonus de
1200$ chacun (sur un actif individuel de 250 000$). Puis, quelques années plus tard, nous avons déplacé une partie de nos placements vers une autre banque pour
bénéficier d’une autre promo. Chacun de nous a gagné 650$ en crédit voyage. Et ainsi de suite.
Évidemment, plus le montant de votre épargne est imposant, plus les banques voient l’intérêt d’aller en gruger une partie et plus leurs offres sont généreuses. Ainsi, à
mesure que votre fonds de liberté fleurira, vous pourrez exiger davantage de chaque promo et même les négocier à la hausse.
Vous n’avez pas le temps? Je vous invite à voir la question différemment: est-ce que votre salaire horaire est plus élevé que 600$, après impôts? Ah, vous êtes le
radiologiste le mieux payé au Québec, désolé138! Pour ma part, je ne connais pas de façon (légale) plus lucrative d’occuper mon temps.
3- Être infidèle.
Fabien Major affirme: «Concentrer tous ses actifs sous une même bannière garantit presque que vous allez vous faire flouer!» En faisant affaire avec plusieurs institutions
financières, vous les forcez à constamment lutter pour vous garder comme client. Mettez les banques en compétition entre elles. Obligez-les à vous accorder leurs
meilleures offres en menaçant de faire affaire ailleurs.
Ce ne sont pas nécessairement les clients les plus loyaux qui bénéficient des meilleurs deals. Bien au contraire, les clients de longue date qui croient obtenir un
traitement préférentiel sont souvent les victimes. Les offres promotionnelles passent sous leur nez et ils n’en ont même pas conscience.
Pour contrer ce phénomène, ma conjointe contacte notre institution financière dès qu’une promotion est échue. Elle parvient ainsi parfois à en repousser l’échéance de
quelques mois. Force est de l’admettre, les menaces de changer d’institution bancaire sont souvent nécessaires pour obtenir le traitement VIP.
4- Faire de l’argent avec l’argent de la banque.
C’est bien connu, les banques font de l’argent avec l’argent de leurs clients. Les fonds qu’on leur confie sont réinvestis à un rendement plus élevé. Or, vous avez la
possibilité d’employer la même stratégie, si vous avez le cœur assez solide.
Certains investisseurs audacieux empruntent des fonds à leur banque pour ensuite les réinvestir dans le placement de leur choix. Nous avons vu brièvement comment
l’effet de levier fonctionne en immobilier à l’étape 11, «Investir comme Buffett», et la même stratégie s’applique aussi aux investissements boursiers. Par exemple, une
personne ayant 30 000$ à investir pourrait obtenir un prêt levier de 60 000$ qui lui permettrait d’injecter 90 000$ en Bourse à 7% par année (hypothétique). Au bout d’un
an, elle obtiendrait un gain de 6300$, avant le coût d’emprunt. Le gain net, soit après les frais d’intérêt à un taux de 4%, serait donc de 3900$139. Sans mentionner que les
frais d’intérêt peuvent être déductibles d’impôt dans certaines situations.
C’est intéressant, mais je pense que vous êtes à même de constater que cette approche est extrêmement risquée. Pour espérer tirer profit de ce stratagème, il faut que
votre portefeuille soit constitué à 100% d’actions, puisque le coût d’emprunt est actuellement plus élevé que le rendement des obligations140. À mes yeux, l’immobilier se
prête mieux à cette stratégie étant donné que le rendement d’un immeuble locatif ne se limite pas à l’appréciation de son prix sur le marché; les bénéfices d’opération
assurent un revenu stable et prévisible.
5- Devenir actionnaire.
Étant donné que les banques travaillent avant tout pour leurs actionnaires, rien ne vous empêche d’en devenir un. Vous pouvez investir dans les titres des grandes
institutions financières et ainsi profiter des bénéfices colossaux qu’elles réalisent aux dépens de leurs clients. Par exemple, au premier trimestre 2020, la CIBC a signalé un
profit de 1,2 milliard de dollars. À la même occasion, elle a augmenté le dividende qu’elle accordait à ses actionnaires de 2 ¢, à 1,46$141. Ce dividende vous paraît
insignifiant? Sur une action vendue à environ 82$, ce dividende représente un rendement annuel de 7,5%, sans même tenir compte de la croissance du titre. Ce n’est pas
rien, surtout en temps de crise économique.
Investir dans les banques est probablement le seul moyen de vous assurer que vos intérêts sont défendus. Comme le veut le vieil adage, «if you can’t beat them, join
them».
6- Virer son banquier.
Si j’avais écouté mon banquier il y a 17 ans, je ne serais pas retraité aujourd’hui. Les frais de gestion élevés, l’incitation à l’endettement ainsi que les projections
financières biaisées m’auraient éloigné de mon objectif.
Pour minimiser l’emprise des banques, il faut prendre ses finances en main et gérer soi-même ses placements. Même si on joue sur la peur pour vous en dissuader, vous
pouvez y arriver. Il suffit d’y aller progressivement, selon votre niveau de confort.
Cela dit, les bons planificateurs financiers (indépendants) ont encore leur place. Ils peuvent vous encadrer ponctuellement quant aux aspects légaux, aux assurances, à
la fiscalité, à la gestion du risque, à la planification de la retraite, à la succession, etc. Il n’y a pas de mal à consulter un expert aux moments opportuns.

QUINZE CARTES DE CRÉDIT, AUCUN SOLDE


Je me suis longtemps moqué des accumulateurs compulsifs de milles AIR MILES et Aéroplan. Manipulés par le marketing, ils courent aux quatre coins de la
ville pour récolter quelques malheureux milles de récompense. Tout ça dans l’espoir de les échanger un jour contre un grille-pain à quatre tranches.
Cependant, quand ma conjointe m’a prouvé qu’on pouvait voyager gratuitement grâce aux programmes de récompenses, j’ai succombé à la frénésie. Armés
d’une quinzaine de cartes de crédit, nous collectionnons désormais les points de manière quasi obsessionnelle. Ce stratagème a financé nos voyages partout dans
le monde, de l’île Maurice aux Îles-de-la-Madeleine.
Vous avez peut-être entendu l’histoire de David Phillips, cet ingénieur américain qui a accumulé 1,2 million de milles de récompense en achetant 12 150 pots
de pudding, tirant ainsi profit d’une promotion à l’épicerie? Ou bien celle d’Avery Campbell, qui achetait des pièces d’argent de la Monnaie royale canadienne
avec sa carte de crédit pour ensuite utiliser ces mêmes pièces pour en payer le solde à la fin du mois? Du coup, il amassait une tonne de points sans dépenser un
rond.
Outre ces failles occasionnelles dans les programmes de fidélisation, il s’avère que la souscription à des cartes de crédit soit la façon la plus lucrative
d’exploiter ce filon. Les institutions financières ont l’âme charitable et veulent financer vos dettes de consommation, en échange d’un taux d’intérêt amical de
28%. Aussi, elles vous offriront une prime substantielle pour que vous souscriviez à leur carte de crédit «Or Infinite Elite Travel Premium Machin».
En étant hyper discipliné et, surtout, en vous acquittant de votre solde de crédit avant la date limite, vous pouvez parasiter les banques en récoltant les primes
promotionnelles sans toutefois vous enliser dans l’endettement.
Avant de vous lancer, sachez que les demandes de cartes de crédit modifient négativement votre dossier de crédit. En effet, les nouvelles demandes de crédit
comptent pour 10% dans le calcul de votre note de crédit. Chaque demande pourrait par conséquent vous faire perdre de 5 à 20 points142. Donc, si vous prévoyez
financer l’achat d’une maison prochainement, allez-y mollo.

Comment voyager gratuitement (ou presque)


À la base, les programmes de fidélisation sont des outils de marketing ayant pour but de vous faire dépenser davantage. Certes, en utilisant certaines astuces,
vous pouvez en exploiter les failles.
Jean-Maximilien Voisine, chasseur de points invétéré et fondateur du site Web qui est devenu la référence au Québec, Milesopedia, m’a aidé à peaufiner ma
stratégie. En voici les grandes lignes:
1- Souscrire aux bonnes cartes de crédit.
D’abord, l’objectif que vous voulez atteindre déterminera les cartes de crédit auxquelles vous devez souscrire. En général, les récompenses se classent en quatre catégories:
les billets d’avion, les nuits d’hôtel, les remises bancaires et les autres (SAQ, PC Optimum, etc.).
Puis il faut considérer les promotions de souscription en cours. Le boni octroyé à un nouveau client peut être très généreux. À titre d’exemple, j’ai récemment souscrit à
une carte de crédit en échange de 3000 milles AIR MILES. Concrètement, cette prime représente deux vols aller-retour aux Îles-de-la-Madeleine ou un vol à Miami. Pas
mal pour 15 minutes de mon temps!
2- Être infidèle, encore.
Ironiquement, comme les banques, les programmes de fidélisation sont plus payants pour les clients infidèles. Jean-Maximilien explique: «Il faut conserver les cartes juste
assez longtemps pour obtenir les primes, puis fermer le compte pour éviter les frais annuels.» Plusieurs cartes de crédit exonèrent les nouveaux clients des frais annuels la
première année pour faciliter leur acquisition. Il suffit donc de fermer le compte après 12 mois.
Vous maximiserez l’accumulation de milles/points en répétant cette stratégie tous les trois mois environ. Cependant, les débutants devraient s’en tenir à un intervalle de
six mois. Cela leur permettrait d’éviter d’être dépassés par les exigences, les échéances de paiement et les conditions d’utilisation spécifiques à chacune de leurs cartes.
3- Fortifier son dossier de crédit.
Chaque demande de carte de crédit demeure dans le dossier de crédit durant 24 mois. Toutefois, le pointage de crédit est généralement rétabli en moins de six mois143.
Selon Jean-Maximilien, trois mois suffisent à un chasseur de points qui soigne sa cote de crédit pour récupérer les points perdus.
Que vous vous lanciez ou non dans l’exploration des programmes de fidélisation, voici comment protéger votre cote de crédit:
• Rester loin des limites accordées sur les cartes de crédit, idéalement moins de 30% du montant total consenti.
• Respecter les échéances mensuelles à la lettre.
• Devancer le paiement du solde des cartes, c’est-à-dire payer le solde avant l’échéance prévue.
• Conserver une même carte de crédit pendant de nombreuses années.
• Éviter les cartes superflues qui n’offrent que peu d’avantages, notamment celles des grands magasins.
4- Contourner les exigences.
Les primes juteuses de souscription aux cartes de crédit sont normalement accompagnées de conditions à respecter. Par exemple, la carte que j’ai récemment acquise exige
que son détenteur dépense un minimum de 3000$ au cours des trois premiers mois d’utilisation pour toucher le boni.
Vous l’avez deviné, il y a des astuces pour contourner ces exigences. Ainsi, l’an dernier, j’ai atteint le statut ONYX du programme AIR MILES, normalement réservé
aux big spenders, en dépit de ma frugalité légendaire.
Voici quelques trucs pour gonfler artificiellement ses dépenses et ainsi atteindre le montant minimum d’achats requis pour toucher la prime:
• Acheter des cartes cadeaux pour devancer des achats futurs. Dans mon cas, les cartes prépayées pour l’épicerie et pour la station-service sont des valeurs sûres.
• Payer les fournisseurs qui n’acceptent que les chèques ou les virements (impôts, électricité, loyer, etc.) à l’aide d’une carte de crédit en utilisant l’application Plastiq ou
Pay TM (des frais de 2 à 3% s’appliquent).
• Payer pour ses amis au resto (en obtenant un transfert de fonds par la suite) ou payer à l’aide de sa carte de crédit personnelle pour des dépenses liées au travail.
5- Accélérer la récolte de milles/points.
Votre portefeuille est obèse, tellement vous avez souscrit à des cartes de crédit? Il vous faut maintenant les utiliser au bon endroit et au bon moment pour maximiser la
cueillette de points. Cette étape requiert de la discipline, de la planification et du temps. N’oublions pas que ce sont les mauvais payeurs ainsi que les consommateurs
négligents qui financent le programme en question. Donc, il ne faut pas que ce soit trop facile non plus! Voici trois astuces:
• Faire du double dip, c’est-à-dire combiner les cartes de crédit aux cartes de récompenses, en les utilisant aux bons endroits, pour maximiser les milles/points obtenus.
Par exemple, en achetant dans certains commerces, on obtient un mille par 10$ d’achat en présentant sa carte AIR MILES et un mille par 10$ d’achat en payant avec la
carte de crédit affiliée au même programme. On double ainsi les milles de récompense.
• Faire des achats dans les portails de magasinage en ligne d’Aéroplan (NetBoutique) ou d’AIR MILES (AirmilesShops) permet de récolter des milles additionnels.
• Payer au moyen d’une carte cadeau procure parfois plus de milles/points. Ainsi, en achetant une bouteille de vin à la SAQ avec une certaine carte de crédit, on obtient un
point-privilège par dollar d’achat. Or, une carte cadeau SAQ achetée à l’épicerie, et dont on se servira plus tard pour payer la même bouteille de vin, permet de récolter
cinq points-privilèges pour chaque dollar d’achat. Le même vin, cinq fois plus de points.
6- Se faire plaisir.
Finalement, tous ces efforts prennent tout leur sens au moment d’échanger les points/milles accumulés contre des gâteries. Si vous désirez brûler 11000 milles AIR MILES
sur un grille-pain Dolce & Gabbana, faites-vous plaisir!
Pour moi, les voyages représentent la récompense ultime. C’est tellement satisfaisant d’obtenir un vol vers l’Asie pour le montant des taxes, soit environ 150$. Et de
profiter d’un accès gratuit aux salons VIP des aéroports grâce à une carte de crédit. Et de bénéficier d’une assurance voyage gratuite pour deux mois grâce à une autre carte
de crédit. Et de dépenser l’argent obtenu dans le cadre d’une prime bancaire en restos. Et, surtout, de faire tout ça aux frais des institutions financières.

En conclusion, les banques sont des entités qui visent les profits avant tout. Elles n’ont pas de cœur! Même si leurs slogans publicitaires essaient de nous
convaincre du contraire, la valeur d’un client se résume à sa contribution aux bénéfices de l’entreprise. En tant que PDG de votre vie, il est seulement normal que
vous utilisiez la même logique d’affaires. N’hésitez donc pas à gratter tous les crédits, primes, récompenses et, ainsi, à maximiser VOTRE profit.
ÉTAPE 15: ÉCHAPPER AU MÉTRO-BOULOT-DODO

LE TEMPS, LA DERNIÈRE VARIABLE DANS L’ÉQUATION


Vous avez pris les rênes de vos finances, vous vous êtes fixé un objectif de vie, vous avez forgé un plan pour y arriver, vous avez changé vos habitudes de
consommation, vous avez épargné à fond, puis vous avez investi votre pactole en payant le moins d’impôts possible.
Il ne vous reste plus qu’à garder ces bonnes habitudes et à être patient. Désormais, seul le temps vous sépare de l’indépendance financière. Selon mon
expérience, cette période d’attente est interminable. Tel un enfant qui compte les dodos avant Noël, on calcule et on recalcule les années, les mois et les jours
avant le jour J.L’actif ne croît jamais assez vite à ce stade.
De grâce, pendant cette période, évitez de succomber à la tentation de prendre un raccourci. Un ami va vous expliquer en long et en large que les
cryptomonnaies sont sous-évaluées et que vous devriez tout miser là-dedans. Un oncle va vous vanter les mérites d’un penny stock dont lui seul connaît le secret.
Un collègue de travail va solliciter votre investissement dans son entreprise qui va changer le cours de l’humanité, une sorte d’Uber pour les litières de chat.
Aussi bien placer tout votre avoir dans les cartes Pokémon!
Il vous faudra aussi faire preuve de sang-froid. Pendant ces quelques années où vous patienterez, les analystes financiers annonceront un krach boursier sans
précédent tous les six mois. Les chaînes de télé d’information continue nous feront craindre la fin du monde à chaque catastrophe naturelle. Les investisseurs, qui
disent être tolérants au risque, vendront tous leurs placements au premier soubresaut du marché. Puis, un jour, ça arrivera vraiment. Une crise, une récession, une
correction boursière ou un coronavirus fera fondre votre avoir comme neige au soleil. C’est inévitable. Ça se produit chaque décennie.
L’analyste qui avait prédit (par hasard) cette chute des marchés deviendra millionnaire. Et vous regretterez d’avoir cotisé au REER plutôt que d’avoir flambé
tout votre cash comme tout le monde. Toutefois, gardez le cap! En dépit de la crise financière de 2008 et d’au moins 5 corrections boursières, j’ai atteint mon
objectif de liberté en moins de 14 ans.
Nick Murray, auteur financier américain, illustre bien mon propos: «Wealth is not determined by investment performance, but by investor behaviour144.»

RESTER INCOGNITO OU S’EXPOSER?


Si vous êtes comme moi, votre enthousiasme pour l’indépendance financière s’intensifiera au même rythme qu’augmentera votre fonds de liberté. Vous parlerez
d’optimisation fiscale à votre coiffeur, de taux d’épargne au caissier du dépanneur et… de FNB à votre banquier.
Personne ne sera intéressé par vos propos. La discussion bifurquera vers la météo en moins de 42 secondes. Par contre, si vous avez le malheur de dire qu’il
ne vous reste plus que deux ans à bosser avant la retraite, les yeux s’écarquilleront. Normalement, s’ensuivront les commentaires incrédules: «T’as gagné à la
loto?», «On ne vit pas dans le même monde!», «Ouin, c’est payant, être [insérez votre profession ici]!».
Puis la machine à rumeurs se mettra en marche. On imaginera que vous roulez sur l’or, que vous êtes assis sur plusieurs millions de dollars, ou que vous
vivez misérablement comme un clochard. Il n’y aura pas d’entre-deux. Seule certitude, la majorité des gens vous verront d’un œil différent. Certains regards
voudront dire: «Qui est-ce que t’as crossé pour en arriver là?», d’autres laisseront entendre: «Je trouvais aussi que t’étais mal habillé!» Pensez-y donc à deux fois
avant d’exposer votre situation financière à n’importe qui.
D’ailleurs, la plupart des adeptes du mouvement FIRE préfèrent rester incognito. Vous avez sûrement remarqué que pratiquement toutes les personnes qui
sont intervenues dans ce livre l’ont fait sous le couvert de l’anonymat. Le blogueur américain Financial Samurai nomme ce phénomène «stealth wealth» ou
«richesse invisible». Dans le même sens, plusieurs lecteurs de mon blogue qui sont, dans les faits, retraités préfèrent dire être consultants, investisseurs ou en
pause de travail. Je ne connais pas les motivations spécifiques à chacun, mais j’imagine qu’ils souhaitent se fondre dans la masse et éviter les situations
inconfortables.
Certains jeunes retraités n’osent même pas informer leur famille proche ou leur entourage de leur statut de rentier. C’est le cas d’un des couples avec enfants
dont j’ai parlé à l’étape 13, «S’enrichir grâce aux enfants». Leurs propres parents n’étaient pas au courant du fait qu’ils étaient retraités. Ces deux trentenaires
avaient prétexté un congé parental prolongé puis un changement de carrière pour ne pas dévoiler leur situation réelle.
Peu importe le mobile, je suggère aux retraités qui désirent rester incognito de répondre, lorsqu’on leur demande ce qu’ils font dans la vie: «Je participe à une
recherche autofinancée portant sur les loisirs au vingt et unième siècle.»

LE GRAND JOUR
Enfin arrive le Grand Jour: votre actif a atteint le montant magique fixé à l’étape 2, «Chiffrer sa liberté», ou vous avez tout simplement reçu un courriel
expliquant que vous êtes l’heureux héritier d’un gisement d’or au Burkina Faso (en échange d’un chèque de 5000$). Peu importe, vous êtes financièrement
indépendant. Sabrez le champagne (ou le mousseux cheap)!
À partir de là, se raser, se coiffer, repasser ses chemises, respecter la politique vestimentaire de l’entreprise, perdre son temps dans le trafic, rire des farces
plates de son patron, répondre aux courriels insignifiants, assister aux réunions interminables et participer aux lunchs thématiques organisés par les RH relèvent
de votre choix. Travailler est désormais optionnel.
Comme je le mentionnais dans l’introduction, la retraite n’est pas une fin en soi, ni l’objectif à atteindre. Avant tout, c’est la liberté de choix venant avec
l’indépendance financière qui est le Saint Graal. Le matin du Grand Jour, vous pouvez dire: «Bye-bye, boss» ou vous pouvez choisir de poursuivre votre carrière
comme si de rien n’était. Seulement, quand le «délégateur-en-chef» de votre service viendra à votre bureau pour vous refiler une patate chaude, vous aurez le
luxe de le remettre à sa place.
L’indépendance financière ouvre un monde de possibilités: vous pouvez choisir de travailler moins d’heures, de démarrer une petite entreprise, d’effectuer un
changement de carrière, de retourner aux études (par exemple une technique en loisirs) ou même d’écrire un livre.

TRAVAILLER, C’EST POUR LES PAUVRES


Les pauvres bûchent, luttent et en arrachent pour survivre. En revanche, les riches se réalisent, s’épanouissent et se passionnent pour leurs projets. Contrairement
à ce qu’on peut penser, cela n’a rien à voir avec le salaire.
Certains travailleurs touchant 25 000$ par an font partie de la deuxième catégorie: leur vie est riche de sens. À l’inverse, certains millionnaires vivent
pitoyablement en tentant de maintenir les apparences, mais, en réalité, leur boulot mine leur existence. Le salaire n’a rien à voir avec la vraie richesse, qui est
celle de l’esprit et du cœur.
Une fois qu’on est financièrement libre, l’argent n’est plus une source de motivation. C’est ainsi le moment rêvé d’explorer les passions qui ont été étouffées
par le métro-boulot-dodo. Celles qui sont bien enfouies sous 14 couches de tableaux Excel, de rapports bidon, de charabia organisationnel, de mission
d’entreprise et d’états financiers. Qui êtes-vous vraiment? Qui se cache derrière ce personnage que vous vous êtes forgé pour répondre aux attentes du monde du
travail?
Certes, il faut se donner du temps. Cette découverte de soi requiert plusieurs essais et erreurs. La transition vers cette nouvelle vie de liberté nécessite,
ironiquement, du travail.

Devenir sous-performant
Le monde du travail nous conditionne à associer la productivité au bonheur. Pour vivre pleinement, il faut donc maximiser chaque seconde de la journée. Un
employé débordé est un employé performant.
Avec le temps, ce raisonnement absurde s’infiltre sournoisement dans toutes les sphères de sa vie. Même les fins de semaine deviennent une course folle
contre la montre. Le lundi matin, à son arrivée au boulot, on se relance fièrement entre collègues à savoir qui a eu le week-end le plus chargé.
Par conséquent, durant les premiers mois de retraite, chaque journée jugée non productive est profondément insatisfaisante. On reste accroché à la culture
d’entreprise voulant que répondre à 68 courriels, assister à 3 réunions ou bosser 10 heures d’affilée soient des réalisations. Avec un peu de recul, on comprend
que tout ça n’est que du vent. Pour ma part, la notion de performance a pris un nouveau sens quand je l’ai liée à la notion d’accomplissement personnel. Il se
trouve qu’un lunch avec des amis, un match de foot improvisé dans un parc, la lecture d’un bon livre et la confection d’un repas élaboré avec ma copine sont
autant de réalisations qui contribuent à mon bien-être.
Aussi, avec le temps, on apprend à profiter des bienfaits des moments d’oisiveté. Les loisirs, la réflexion, la lenteur sont considérés comme des vices dans
notre société de performance, mais sont pourtant les moteurs de l’épanouissement personnel.

Garder un horaire
Même sans emploi, le calendrier se remplit à une vitesse folle, et le vide laissé par le travail s’évapore mystérieusement. Personnellement, je croyais que les 50-
60 heures anciennement consacrées à mon boulot chaque semaine le seraient à mes projets personnels une fois à la retraite. Erreur!
En fait, à la retraite, toutes les tâches qui étaient réalisées à la sauvette auparavant prennent soudain plus de place dans l’horaire. On passe donc plus de temps
à préparer les repas, à faire le ménage, à bricoler dans la maison, à gérer la paperasse et à DORMIR.
Si on ne reprend pas les rênes de son horaire, la petite routine quotidienne écrase tout le reste. On a vite l’impression de se retrouver dans une scène du film
Les voisins. C’est-à-dire dans la vie caricaturale de banlieue où tout le monde tente de masquer son ennui avec des phrases creuses et des passe-temps
insignifiants. Il est par conséquent nécessaire de planifier son emploi du temps et de s’investir dans des projets pour éviter que la banalité triomphe.

Apprivoiser le bonheur
Le marché du travail semble valoriser la souffrance. D’ailleurs, saviez-vous que le mot «travail» vient du latin tripalium, qui désigne un «instrument de torture»?
Les workaholics qui bossent 80 heures par semaine sont idolâtrés et forment l’élite de la société. Ils sont les martyrs du capitalisme. Ces gens sacrifient leur vie
pour engraisser une entreprise. Seulement, au lieu de décrocher une place au paradis, ils obtiennent une Tesla et une «maison trophée» au Dix-30.
La retraite précoce va carrément à l’encontre de cet idéal. Quand on annonce son départ de la vie professionnelle à 39 ans, on passe de héros à zéro. Dans
mon cas, les commentaires disant que j’arrêtais ainsi de contribuer à la société m’ont passé dix pieds par-dessus la tête. Par contre, les premiers temps, je n’ai pu
m’empêcher de me sentir coupable. J’avais honte de me prélasser au lit le matin ou de me balader au centre-ville l’après-midi, témoin de l’hystérie collective.
Est-ce que j’avais assez souffert dans ma vie pour mériter tant de bonheur? Les cours de catéchèse de troisième année refaisaient surface et ruinaient mon
plaisir.
Soyez sans crainte, ce sentiment n’est que passager. Le bien-être prend vite le dessus. J’imagine qu’il y a une place spéciale en enfer pour les jeunes retraités!

DÉCAISSER SES PLACEMENTS SANS PAYER D’IMPÔTS


En parlant d’enfer, revenons à la fiscalité pour un instant.
Si vous faites le choix d’arrêter de travailler, votre fonds de liberté doit désormais financer vos dépenses. Or, vous ne pouvez pas dilapider bêtement votre
fortune à mesure que les factures à payer arrivent dans votre boîte à lettres. Vous devez avoir une stratégie de décaissement.
Pour aborder ce sujet complexe, j’ai fait appel à Mr. Jack, l’auteur du blogue InfiCafé. Ce jeune retraité qui a sensiblement le même parcours que moi est ma
référence en ce qui a trait à l’aspect fiscal de la retraite précoce.
Évidemment, chaque situation est unique. Il y a plusieurs éléments à considérer avant d’établir une telle stratégie, entre autres l’âge, la situation familiale, le
budget, le fonds de pension et les revenus d’appoint, qui influent grandement sur l’approche choisie. Si vous cherchez conseil, fermez ce livre et contactez un
fiscaliste.
Voici les grandes lignes de la stratégie que Mr. Jack et moi avons adoptée. Comme dans un buffet, vous pigez dans ce qui vous plaît.

PHASE 1: De 39 à 70 ans
La vie (fiscale) d’un retraité se divise en deux grandes phases, soit la période avant de recevoir les prestations gouvernementales (la rente de la Régie des rentes
du Québec et la pension de retraite du Régime de pensions du Canada), puis celle après.
Dans mon cas, cette première phase s’étalera sur plus de 31 ans (de 39 à 70 ans). Il est donc crucial que j’évite de dilapider mon capital si je ne veux pas
devoir rivaliser avec des ados pour obtenir un poste chez McDo à 62 ans.
En premier lieu, il faut prendre conscience que l’actif d’un investisseur comporte une importante dette fiscale à l’égard de l’État. Les gains en capital
accumulés au fil des années devront être amputés par l’impôt un jour ou l’autre. C’est ce que Mr. Jack appelle le passif fiscal. On traîne par conséquent cette dette
tout au long de sa vie active. Elle est invisible, mais elle est bien là.
C’est généralement une fois rentier, ou à la retraite, qu’on doit s’en acquitter. Le grand défi consiste alors à se débarrasser de ce passif en payant le moins
d’impôts possible.
Heureusement, les frugalistes sont nettement avantagés à ce niveau. En effet, en 2020, le gouvernement canadien permet aux contribuables de toucher un
revenu annuel non imposable de 13 229$. Au Québec, le seuil est encore plus avantageux à 15 532$145. Ainsi, un couple frugal pourra retirer environ 26 500$
sans payer un sou d’impôt. Et, étant donné que les gains engendrés par la vente de placements boursiers ne sont imposables qu’en partie, il pourra décaisser un
montant largement supérieur à 26 458$ avant de payer de l’impôt sur son revenu.
Durant la première phase de la retraite, la clé est de maximiser le décaissement de ce montant non imposable. Même si ses besoins financiers sont moindres,
il faut profiter de cet avantage fiscal pour réduire chaque année son passif fiscal. Mais de quels comptes devrait-on débiter cette somme?
Les investisseurs qui touchent des dividendes et des intérêts dans un compte non enregistré (hors REER et hors CELI) doivent considérer ces revenus
imposables en premier lieu. Ces gains, qui ne peuvent pas être différés à une date ultérieure, constituent la première source de revenu d’un jeune retraité. Par
exemple, Mr. Jack, l’auteur du blogue InfiCafé, recueille annuellement la somme de 5000$ en dividendes et intérêts de ses placements. Or, cela ne couvre pas la
totalité du montant non imposable auquel il est admissible, soit 13 229$. Pour combler le manque à gagner, deux options se présentent à lui:

1. Retirer le montant restant de son compte REER. Normalement, c’est à ce point-ci qu’un banquier roulerait des yeux en disant: «Voyons donc!» La logique est
pourtant simple. Étant donné que les revenus sont faibles et non imposables, c’est le meilleur moment pour retirer ses REER sans payer d’impôts. Et, comme
nous le verrons un peu plus loin, il pourrait être préférable de se départir de ses REER durant la première phase de la retraite.
2. Retirer le montant restant de son compte non enregistré. Dans ce cas, 50% des gains en capital seront imposables. Ainsi, un titre payé 2000$, qui est vendu
alors qu’il en vaut 3000$, produira un gain imposable de 500$ (50% du gain de 1000$). Comme seuls les gains sont imposables, il est possible de retirer une
bonne somme avant d’atteindre le plafond fixé à 13 229$.

Qu’on choisisse l’une ou l’autre de ces options, le but est d’atteindre le montant de revenu non imposable maximum. Si ce montant dépasse ses besoins
financiers, c’est tant mieux. Les fonds excédentaires pourront être transférés vers le paradis fiscal qu’est le CELI.
Je récapitule. Durant la première phase de sa retraite, un jeune retraité pourrait financer son mode de vie en partie grâce aux dividendes et aux intérêts de son
compte non enregistré. Dans un second temps, le décaissement d’une portion de son REER et de son compte non enregistré comblerait le restant de ses besoins
financiers. Enfin, les sommes décaissées superflues pourraient être placées à l’abri de l’impôt dans un CELI. Au bout du compte, pour un frugaliste, aucun impôt
n’aurait été payé lors du décaissement. Mission accomplie!

PHASE 2: De 70 ans à la mort


À partir de l’âge de 70 ans, je commencerai la deuxième phase de ma retraite. Bien que les prestations gouvernementales soient disponibles à partir de 60 ans, il
est plus rentable d’attendre jusqu’à 70 ans pour les réclamer, puisqu’elles se bonifient avec le temps. À titre d’exemple, les prestations du Régime de rentes du
Québec (RRQ) sont majorées de 42% si vous en faites la demande à 70 ans. Du côté fédéral, la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) est quant à elle
bonifiée de 36% si on la repousse à 70 ans146.
Les prestations mensuelles du RRQ et de la PSV seront les premières sources de revenus à utiliser durant cette période. Cela réduira de quelques milliers de
dollars le montant à retirer. Soit dit en passant, même si je ne dépends pas des prestations gouvernementales pour financer ma retraite, je vais les accepter
volontiers. Ça paiera l’alcool!
Les fonds additionnels nécessaires pour couvrir mes dépenses proviendront de mon compte REER en priorité. Cela s’explique par le fait qu’à partir de 71
ans, une portion des placements dans le REER (qui change de nom pour FERR – fonds enregistré de revenu de retraite) doit obligatoirement être retirée chaque
année. Ce pourcentage de retrait minimal augmente graduellement, passant de 5,28% à 71 ans, pour finalement plafonner à 20% à 95 ans147. Par conséquent,
détenir un montant important dans un FERR à partir de 71 ans devient fiscalement désavantageux. Les retraits imposés à partir de cette date font perdre au
retraité le contrôle qu’il a sur son revenu imposable, en plus de le priver de certains crédits d’impôt.
En dernier lieu, mon CELI, qui devrait être bien dodu, pourra être retiré. Notez que je pourrai progressivement augmenter mon train de vie si mon avoir me le
permet, mon but étant de consommer tout mon capital de mon vivant. Dans un scénario idéal, je dépenserais mes derniers 28$ sur mon lit de mort pour acheter un
café (en supposant un taux d’inflation de 3%).
Finalement viendra la fin de mon parcours. Seuls ceux qui ont fait construire des pyramides gigantesques en leur honneur et qui ont pillé tous les trésors du
monde seront riches après ce point. Shout out à mon pote Toutankhamon!

TOUT ÇA POUR ÇA?


Cela marque la fin de mon plan vers la liberté financière.
Il s’agit d’un chemin parmi tant d’autres. D’ailleurs, ce chemin n’est qu’un simple sentier, par rapport à l’autoroute à 12 voies qu’est la «normalité».
Alors, si vous avez le désir de changer votre vie, prenez la première sortie à droite, puis défrichez votre propre sentier. L’autoroute façonnée par la société de
consommation vous mènera au centre commercial, et non au bonheur.
À moins que votre bonheur ne se trouve au Carrefour Laval… Si c’est le cas, il est temps de jouer à un petit jeu. Lancez les dés, divisez le nombre obtenu par
lui-même et allez à la page représentée par ce résultat.
MA VIE DE RETRAITÉ

LES VACANCES PERPÉTUELLES


De retour à ma petite histoire. Les premiers jours de retraite sont euphorisants. Se réveiller le matin et réaliser que personne ne nous attend, que le calendrier est
vide et que la journée nous appartient est réellement exaltant.
Souvenez-vous du sentiment que vous ressentiez quand vous aviez huit ans et qu’on vous annonçait que l’école était fermée à cause d’une tempête de neige.
Maintenant, multipliez cette émotion par le nombre de responsabilités professionnelles que vous avez accumulées depuis et vous obtiendrez le niveau de
satisfaction de la retraite. Vous n’êtes pas bon en calcul? Alors, inscrivez simplement 713 705 sur votre calculatrice et faites-la pivoter de 180 degrés. Ce passage
aura été la contribution de mon ami Mathias à cet ouvrage.
Trêve de plaisanteries, dans les premiers temps, la retraite a des allures de vacances. Des vacances perpétuelles! L’emploi du temps n’est plus dicté par un
employeur. On est donc libre d’aller au lit quand on est fatigué, de se lever quand on se sent reposé, de manger quand on a faim et de travailler… jamais.
J’ai quitté mon emploi au printemps, au moment le plus effervescent de l’année. Quoi de mieux qu’être maître de son temps à l’ouverture des terrasses, à
l’arrivée du temps chaud, à l’annonce de la programmation des festivals, au début des vacances scolaires?
J’en ai profité à fond! Des balades à vélo de nuit dans les rues désertes de Montréal, des lunchs gastronomiques à 15 h en tête à tête avec ma conjointe, des
promenades de 20 km à travers les différents quartiers de la métropole, des excursions de pêche urbaine sur le fleuve Saint-Laurent, des road trips improvisés le
jour même meublaient notre quotidien.
Ça a sûrement été le plus bel été de ma vie. Juste après celui où Michael Jordan a remporté son sixième titre en carrière.

LE VERTIGE DE LA LIBERTÉ
Cependant, autant de liberté donne le vertige. J’imagine qu’un détenu qui sort de prison après 10 ans de confinement ressent une émotion semblable. Quand on
peut tout faire, on ne sait plus quoi faire.
Je pense plutôt que l’être humain a besoin d’une certaine structure, de projets à réaliser et d’objectifs concrets à atteindre pour aspirer au sommet de la
pyramide de Maslow, c’est-à-dire l’accomplissement de soi.
Dans mon cas, l’exaltation de la retraite s’est atténuée avec l’arrivée de l’automne, puis j’ai appris graduellement à apprivoiser ma liberté. J’ai eu ainsi à
repenser mon quotidien.
Avant de nous entretuer, ma conjointe et moi avons donc revu nos emplois du temps respectifs. Pour elle, ça voulait dire apprendre l’espagnol, faire de la
natation, assister à des conférences financières, faire des pâtisseries et jouer du piano et, pour moi, ça se résumait à dormir et à regarder les quiz de fin d’après-
midi à la télé.
Non, c’est faux. En fait, j’ai publié des articles sur mon blogue (jeuneretraite.ca), j’ai rencontré plusieurs lecteurs, j’ai fait un peu de bénévolat auprès des
jeunes entrepreneurs, je me suis mis au dessin et j’ai fait du sport comme jamais. Surtout, j’ai ouvert la porte à toutes les nouvelles expériences qui se
présentaient à moi. Comme dans le film Yes Man, j’ai dit oui à (presque) toutes les invitations. Tel un homme de la Renaissance, je me suis intéressé à tout, de
l’histoire au design, en passant par l’absinthe.
Nous vivons dans une société de performance qui récompense l’hyperspécialisation. Ainsi, plus on gravit les échelons, plus on est spécialisé dans un domaine
très pointu. Finalement, on devient LA sommité mondiale en rien du tout.
En revanche, un retraité allumé fait la démarche inverse. Chaque jour, il réalise qu’il en sait de moins en moins sur le monde dans lequel il vit. Pour finir, il
prend conscience qu’il lui reste tout à apprendre.

LA PANDÉMIE
Après trois années jouissives de retraite, il se produit l’impensable. Une pandémie met à nu les failles de notre système économique. La Covid-19 fait des
centaines de milliers de victimes et met le capitalisme sur pause. Les marchés boursiers sont en chute libre; notre fonds de liberté s’évapore de 30% en quelques
semaines. Techniquement, en mars 2020, nous n’étions possiblement plus financièrement indépendants. Comme on dit en latin, «the shit has hit the fan!».
Nous sommes donc rentrés au pays en catastrophe, pour ensuite réaliser que Van-Anh était infectée par le virus. Elle était très souffrante, à un tel point qu’elle
m’a fait part verbalement de son testament. Sérieusement! C’est alors qu’elle m’a lancé, de façon théâtrale: «Je ne regrette rien, j’ai vécu à fond!»
On peut désormais en rire, puisque Van-Anh s’en est sortie indemne. Moi aussi, d’ailleurs. Je n’ai miraculeusement pas chopé le virus, malgré mes nombreux
contacts avec ma conjointe.
En ce qui a trait à l’aspect financier de la crise, nous étions relativement bien préparés. Forts de notre expérience avec la crise financière de 2008, nous avions
gardé plus de 20% de notre avoir en liquidités. Cela nous a permis de régler les dépenses courantes sans devoir vendre à perte nos placements qui étaient
largement dévalués.
Nous avons également pu profiter du fait que notre budget est élastique. Plusieurs postes budgétaires pouvaient être comprimés au besoin, comme les
dépenses liées aux voyages, aux restos et aux sorties. De toute façon, même si nous avions voulu dépenser ces sommes, nous n’aurions pas pu le faire.
En fin de compte, nous sommes encore financièrement indépendants (et retraités) aujourd’hui. L’effet de la tempête sur notre projet d’indépendance
financière se dissipe tranquillement. Au moment où j’écris ces lignes, il semble que le krach boursier qu’on croyait sans précédent aura été un mouvement de
panique disproportionné et temporaire. Par contre, les effets à long terme de cette crise sur l’économie risquent d’être monstrueux. À chaud, la Banque mondiale
annonce déjà la plus vaste crise économique depuis 150 ans. Seulement en 2020, l’économie planétaire devrait se contracter de 5,2%, du jamais-vu depuis la
Seconde Guerre mondiale148.
Je reste, somme toute, optimiste vis-à-vis l’avenir de notre retraite précoce. Notre grande capacité d’adaptation et notre débrouillardise font en sorte que nous
resterons à flot malgré la tempête. Contrairement aux surconsommateurs qui se déplacent en Titanic, nos besoins modestes nous donnent l’agilité d’esquiver les
écueils qui se mettent sur notre passage.
Soit dit en passant, j’avais annoncé cette crise un an à l’avance. En effet, dans le but de tourner en dérision les analystes financiers vedettes de CNN qui crient
toujours au loup, j’avais écrit sur mon blogue: «Je suis certain à 100%, sans aucun doute, que nous subirons une crise financière majeure dans les 12 prochains
mois.» (Jean-Sébastien Pilotte, 23/02/2019)
J’imagine que mon arrogance a déclenché la colère des dieux. J’offre donc mes excuses à l’humanité.
CONCLUSION

LE REGARD DES AUTRES


Nous sommes d’abord des êtres relationnels. Nos actions sont grandement influencées par le regard des gens qui nous entourent. Nos habitudes de consommation
n’y échappent pas. Le film Fight Club le résume bien: «Nous achetons des objets inutiles, avec de l’argent que nous n’avons pas, pour impressionner des gens
que nous n’aimons pas.»
Tout le monde dépense de l’argent un jour ou l’autre pour tenter d’appartenir à un groupe, de définir son identité, d’impressionner quelqu’un ou de se donner
de l’importance. Je suis convaincu que le pape, Gandhi et même Marx sont passés par là.
Toutefois, la culture de la consommation a pris des proportions effroyables. Nos peurs, nos aspirations, nos angoisses et nos désirs alimentent un mode de vie
aberrant que nous rationalisons en régurgitant bêtement les messages publicitaires entendus. Ainsi, les ados qui ont une doudoune Canada Goose sur le dos diront
que l’hiver québécois est arctique. Or, ils auront des chaussures de jogging, sans chaussettes, aux pieds.
Sans surprise, les ménages sont donc nombreux à dépendre des gouvernements pour assurer leur subsistance en ces temps de crise. Tout le monde attend son
chèque alors que, dans les faits, la vaste majorité des Québécois avaient les moyens d’accumuler un fonds d’urgence avant la pandémie. Ils ont cependant choisi
de dépenser chaque dollar, comme si demain n’existait pas. Ces cigales qui vivent dans de grandes maisons en banlieue, qui ont deux bagnoles devant la porte et
un garage rempli de bébelles, dépendent aujourd’hui de l’aide gouvernementale pour se nourrir.
Mais peut-on vraiment les blâmer? Notre système économique entier repose sur ces bases. Le problème de surconsommation est généralisé. Les
gouvernements accumulent les dettes et les déficits pour plaire à la population, du moins jusqu’à la prochaine élection. Les banques carburent à l’endettement de
leurs clients, et les entreprises grattent tout ce qui reste pour assurer leur croissance infinie.
Finalement, cette quête perpétuelle de l’idéal forgé par la pub mène à notre appauvrissement. Par le fait même, c’est notre liberté qui se volatilise. Chaque
dépense irréfléchie ajoute un barreau à notre prison.
C’est ce constat alarmant qui a éveillé en moi le désir de proposer une solution de rechange et d’écrire ce livre, avant même qu’apparaisse l’ombre d’un
coronavirus. Par mon histoire, j’espère démontrer que la liberté financière est le résultat d’une série de choix et non un numéro gagnant sur un billet de loto. Je ne
cherche pas à faire la morale à qui que ce soit, ni à imposer mes valeurs; je souhaite avant tout que les Québécois soient plus libres et, par conséquent, un peu
plus heureux.
La crise qu’on vient de connaître laisse peut-être présager une prise de conscience collective. Peut-être fera-t-on le constat qu’on peut être heureux, même
quand les boutiques sont fermées. Espérons que cette période de sevrage saura calmer nos habitudes de consommation boulimiques.

LA LIBERTÉ, UN CHOIX
Rappelez-vous que nous vivons à une époque exceptionnellement favorable sur le plan financier. Vous pensez que je fabule? Que je lance une déclaration
excessive à la Trump? Pas du tout. Il est vrai que nous traversons une crise sans précédent, que l’économie a le dos courbé et que le taux de chômage atteint des
sommets. Reste que, à l’échelle planétaire, notre qualité de vie est excessivement enviable.
En effet, rappelez-vous que le Québécois moyen se classe parmi les plus riches dans le monde et que ses possibilités d’enrichissement (au sens propre et au
sens figuré) sont incomparables. Un travailleur qui touche un salaire moyen, qui épargne de façon intensive et qui place légalement son magot à l’abri de l’impôt
en profitant des régimes gouvernementaux s’enrichit aux dépens du système. Très peu de gens dans le monde disposent d’un tel raccourci vers l’indépendance
financière.
Ainsi, dans les faits, le Québécois moyen dispose de toutes les ressources financières nécessaires pour aspirer à une plus grande liberté. Il lui suffit d’en faire
le choix – et d’agir en conséquence.
Les étapes que je vous ai présentées au fil de ces pages constituent un bon canevas de base. En fonction de votre situation particulière, vous pouvez vous en
inspirer pour créer votre projet bien personnel de liberté. Personnellement, voici comment j’y suis arrivé:

1. J’ai cessé d’être une victime et j’ai pris mes finances en main. Ce n’est pas en jouant à l’autruche, ni en confiant cette tâche à un banquier (lire un vendeur à
commission), qu’on améliore sa situation financière. J’ai ainsi assumé le rôle de PDG de ma vie.
2. Je me suis fixé des objectifs concrets: à court terme, accumuler un coussin financier couvrant six mois de dépenses et, à long terme, bâtir un fonds de liberté
me permettant de vivre sur un rendement net de 4% sur mes placements en Bourse.
3. J’ai remis en question chacune de mes dépenses, du café matinal à l’achat d’une maison. Armé de mon budget, j’ai coupé dans le gras. Et, à l’image d’un
millionnaire, j’ai choisi la frugalité avant la validation sociale, et la liberté avant les bébelles.
4. Du même coup, j’ai exploité la plus grande faille de notre système économique, celle qui permet de déjouer les pièges du marketing, de minimiser les taxes à
payer, d’atténuer les problèmes environnementaux et de s’enrichir, j’ai nommé la sous-consommation.
5. Une fois mon taux d’épargne au plafond, à 50%, j’ai échappé aux dettes pour ensuite investir mes économies de manière passive dans les fonds négociés en
Bourse (FNB) indiciels.
6. J’ai maximisé les cotisations à mon CELI pour faire fructifier mon argent à l’abri du fisc et à mon REER pour obtenir de bons remboursements d’impôt. Or, si
j’avais eu des enfants, mon train de vie modeste m’aurait donné droit à de généreuses subventions gouvernementales que j’aurais réinvesties dans mon REEE.
Les études de mes enfants auraient ainsi été payées (et j’aurais transféré le reste de mon REEE dans mon fonds de liberté).
7. J’ai exploité les banques en souscrivant à des cartes de crédit, en contournant les exigences, puis en refermant chaque compte aussitôt les primes obtenues.
Également, j’ai été un client infidèle en transférant mes avoirs d’une institution à l’autre au gré des offres promotionnelles.
8. Enfin, après environ 14 ans d’acharnement, je me suis échappé du métro-boulot-dodo. J’ai choisi de vivre à mon rythme, selon mes valeurs, et de contribuer à
la société autrement qu’en envoyant des courriels et en assistant à des réunions. J’ai trouvé mon bonheur!

ET SI TOUT LE MONDE VIVAIT COMME MOI?


Mais que se passerait-il si tout le monde devenait frugal et prenait sa retraite à 40 ans?
Ce serait désastreux. On assisterait à une grave pénurie de main-d’œuvre, les entreprises feraient faillite, les gouvernements accumuleraient des déficits
irrécupérables, les infrastructures dépériraient, les services offerts à la population régresseraient et les marchés boursiers s’effondreraient. Par conséquent, ce
serait la fin de ma retraite.
Toutefois, la retraite obligatoire à 40 ans n’est pas ce que je prône. Bien au contraire! Si tout le monde vivait de la même manière, peu importe laquelle, le
résultat serait cataclysmique. Imaginez une société dans laquelle tous les quarantenaires auraient la même occupation. Qu’ils soient plombiers, archéologues ou
médecins, nous serions foutus. Tout comme dans la nature, la diversité est absolument nécessaire à la santé de l’économie.
Je souhaite plutôt que les Québécois se libèrent financièrement pour pouvoir contribuer à la société, tout en allant au bout de leurs passions. Lorsque le travail
n’est plus une obligation, on découvre de nouveaux intérêts, on explore certaines passions et on finit par contribuer différemment à la société. Surtout, on est plus
heureux. L’indice de bonheur n’est-il pas l’indicateur ultime qu’on devrait prioriser?
Cela dit, si tout le monde était un peu plus frugal, à mon avis, le monde se porterait bien mieux. La sous-consommation reste selon moi la solution la plus
efficace aux enjeux environnementaux actuels. Le frugaliste fait d’une pierre deux coups: en réduisant sa consommation, il allie économie et écologie. Il se
trouve à l’intersection, au sweet spot, entre la gauche et la droite, l’environnementalisme et le capitalisme, David Suzuki et Jeff Bezos. Que ce soit délibéré ou
non, derrière chaque frugaliste se cache un écolo.
L’avenir de l’humanité repose peut-être sur les épaules de ceux qui portent les mêmes chaussures depuis 15 ans, qui achètent des vêtements usagés et qui se
coupent les cheveux eux-mêmes!
LE DÉBUT DE VOTRE PARCOURS
Vous l’aurez compris, ce livre est un manifeste pour la liberté.
J’espère qu’il vous a donné envie de vous défaire des chaînes de la «normalité» et de rejeter la vie qu’on vous propose dans les pubs de Brault & Martineau.
Le bonheur ne s’obtient pas en échange de 36 versements mensuels. Par contre, la liberté s’acquiert ainsi. Chaque dollar épargné, versé dans un fonds de liberté,
est un pas de plus vers l’autonomie financière.
Alors que tout le monde cherche à devenir riche rapidement, la stratégie FIRE propose plutôt de devenir pauvre lentement. Autrement dit, la frugalité et la
patience constituent, ironiquement, la formule secrète vers l’enrichissement que tous les surconsommateurs impatients recherchent désespérément.
J’ai tout dit.
Cela marque la fin de ce livre, mais peut-être le début de votre parcours vers la liberté. À vous de jouer! La distance entre vos rêves et la réalité s’appelle
l’action.
En parlant de rêve, j’ai des Air Jordan aux pieds. À ma dernière visite au magasin (avec ma mère), j’avais dit: «Je vais y penser.» Après 35 ans de réflexion,
je m’en suis finalement payé une paire. Le vendeur m’a dit qu’il s’agissait du modèle officiel de la NBA, que la promo actuelle était imbattable et que je le
méritais bien. J’ai craqué!
Pour poursuivre la réflexion, je vous donne rendez-vous sur mon blogue Jeune Retraité (jeuneretraite.ca).
NOTES DE FIN

1. Ernie J. Zelinski, L’art de ne pas travailler, Montréal, Stanké, 2004, 282 p.


2. Simon Diotte, «Survivre au stress financier», Les Affaires Plus, 1er novembre 2019, https://www.pressreader.com/canada/les-affaires-plus/20191101/281509343020655 (Consulté le 4 mai 2020).
3. Ibid.
4. Ana Swanson, «You Might Be Among the World’s Richest People and Not Realize It», The Washington Post, 21 janvier 2016, https://www.washingtonpost.com/news/wonk/wp/2016/01/21/you-
might-be-among-the-richest-people-in-the-world-and-not-realize-it/ (Consulté le 17 mai 2020).
5. Marc Tison, «J’ai un patrimoine, moi?», La Presse, 26 novembre 2018, https://www.lapresse.ca/affaires/finances-personnelles/201811/26/01-5205693-jai-un-patrimoine-moi-.php (Consulté le 19
mai 2020)
6. Giving what we can, «How Rich Am I?», https://www.givingwhatwecan.org/get-involved/how-rich-am-i/ (Consulté le 27 mai 2020).
7. Ernie J. Zelinski, op. cit.
8. Isabelle Ducas, «Le prix de nos désirs», La Presse+, 17 avril 2016, https://plus.lapresse.ca/screens/3713532c-d9b8-431c-bb55-9c8c13ca68fb_7C_o7Q.G7-0lTtJ.html (Consulté le 4 mai 2020).
9. Ibid.
10. Ibid.
11. Agence QMI, «Le stress au travail, première cause des problèmes de santé mentale», Le Journal de Montréal, 5 juillet 2018, https://www.journaldemontreal.com/2018/07/05/le-stress-au-travail-
premiere-cause-des-problemes-de-sante-mentale-1 (Consulté le 17 mai 2020).
12. Global Rich List SITE DOWN POUR L’INSTANT. J’AI CONTACTER L’ADMIN, J’ATTENDS UNE RÉPONSE.
13. CAA, «Coûts d’utilisation des véhicules», 2020, https://coutsdutilisation.caa.ca/fr (Consulté le 27 mai 2020).
14. Rhonda Byrne, Le secret, 2e éd., Brossard, Un monde différent, 2011, 240 p.
15. Louis Cornelier, «Pour en finir avec “Le secret”», Le Devoir, 28 juin 2008, https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/195625/essais-quebecois-pour-en-finir-avec-le-secret (Consulté le 24 mai
2020).
16. Ibid.
17. Alexandre Shields, «L’analphabétisme financier des jeunes compromet leur avenir», Le Devoir, 23 septembre 2010, https://www.ledevoir.com/economie/finances-personnelles/296686/l-
analphabetisme-financier-des-jeunes-compromet-leur-avenir (Consulté le 12 mai 2020).
18. Éric Desrosiers, «Plus de la moitié des Québécois à moins de 200$ de l’insolvabilité», Le Devoir, 24 avril 2019, https://www.ledevoir.com/economie/552812/plus-de-la-moitie-des-quebecois-a-
moins-de-200-de-l-insolvabilite (Consulté le 12 mai 2020).
19. Institut de la statistique du Québec, «Revenu moyen, revenu total, particuliers (16 ans et plus), Québec, 1996-2017», https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-
societe/revenu/revenu/mod1_p_1_2_4_0_.htm (Consulté le 27 mai 2020).
20. Institut de la statistique du Québec, «Dépenses moyennes des ménages en dollars courants, selon le poste de dépenses, ensemble des ménages, Québec, 2010-2017»,
http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-societe/depenses-avoirs-dettes/depenses/tab1_dep_moy_menage.htm (Consulté le 27 mai 2020).
21. Robert Kiyosaki, Père riche, père pauvre, éd. 20e anniversaire, Brossard, Un monde différent, 2014, 336 p.
22. Marc Tison, «J’ai un patrimoine, moi?», La Presse, 26 novembre 2018, https://www.lapresse.ca/affaires/finances-personnelles/201811/26/01-5205693-jai-un-patrimoine-moi-.php (Consulté le 19
mai 2020).
23. Robert Kiyosaki, op. cit.
24. Carl M. Hubbard, «Retirement Savings: Choosing a Withdrawal Rate That Is Sustainable», février 1998, https://www.aaii.com/journal/article/retirement-savings-choosing-a-withdrawal-rate-that-is-
sustainable (Consulté le 19 mai 2020).
25. Wade Pfau, «The Trinity Study and Portfolio Success Rates (Updated to 2018)», Forbes, 16 janvier 2018, https://www.forbes.com/sites/wadepfau/2018/01/16/the-trinity-study-and-portfolio-
success-rates-updated-to-2018/#2ff2d5306860 (Consulté le 19 mai 2020).
26. Anaïs Brasier, «Comment les Québécois consomment-ils la télé?», Infopresse, 16 mai 2016, https://www.infopresse.com/article/2016/5/16/la-television-quebecoise-vue-d-ensemble (Consulté le 19
mai 2020).
27. NETendance 2018, «L’usage des médias sociaux au Québec», éd. 2018, vol. 9, n° 5, https://cefrio.qc.ca/media/2023/netendances-2018_medias-sociaux.pdf (Consulté le 19 mai 2020).
28. Francis Vailles, «Le taux d’épargne des Québécois à un sommet», La Presse, 14 novembre 2019, https://www.lapresse.ca/affaires/economie/201911/14/01-5249625-le-taux-depargne-des-quebecois-
a-un-sommet.php (Consulté le 21 mai 2020).
29. Radio-Canada, «Le nombre de millionnaires canadiens bondirait de plus de 50% d’ici cinq ans», 21 octobre 2018, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1131082/richesse-credit-suisse-canadiens-
riches-marche-immobilier-millionnaires (Consulté le 14 mai 2020).
30. Nicolas Bérubé, Les millionnaires ne sont pas ceux que vous croyez, Montréal, La Presse, 2019, 256 p.
31. Morgan Housel, «The Psychology of Money», Collaborative Fund, 1er juin 2018, https://www.collaborativefund.com/uploads/The%20Psychology%20of%20Money-9dbc86.pdf (Consulté le 21 mai
2020).
32. Thomas Stanley et William D. Danko, The Millionaire Next Door: The Surprising Secrets of America’s Wealthy, Taylor Trade Publishing, 2003, 272 p.
33. Nicolas Bérubé, op. cit.
34. Ibid.
35. Chris Hogan, Everyday Millionaires: How Ordinary People Built Extraordinary Wealth and How You Can Too, Ramsey Press, 2019, 272 p.
36. Thomas Stanley et William D. Danko, op. cit.
37. Ibid.
38. Commission des valeurs mobilières de l’Ontario, «Calculatrice des intérêts composés», https://www.gerezmieuxvotreargent.ca/calculatrices/calculatrice-interets-composes/ (Consulté le 27 mai
2020).
39. Andrew Hallam, Millionaire Teacher: The Nine Rules of Wealth You Should Have Learned in School, Wiley John & Sons, 2017, 252 p.
40. Nicolas Bérubé, op. cit.
41. Pour faire vos propres calculs, visitez le site: https://www.calculators.org/savings/spending-cost.php.
42. WAll Communications Inc., L’étude 2018 de comparaison des tarifs des services de télécommunication offerts au Canada et à l’étranger, 21 décembre 2018,
https://www.ic.gc.ca/eic/site/693.nsf/fra/00169.html#a00 (Consulté le 31 mai 2020).
43. Presse canadienne, «La diffusion en continu éclipsera le câble en 2020», La Presse, 22 avril 2019, https://www.lapresse.ca/affaires/medias/201904/22/01-5223079-la-diffusion-en-continu-eclipsera-
le-cable-en-2020.php (Consulté le 31 mai 2020).
44. Pierre-Étienne Caza, «Un manque d’assiduité coûteux», Actualités UQAM, 18 janvier 2016, https://www.actualites.uqam.ca/2016/rentabilite-abonnements-annuels-gyms (Consulté le 14 mai 2020).
45. D’après les forfaits offerts en date du 31 mai 2020: https://www.spotify.com/ca-fr/premium/?checkout=false.
46. Ashley Pearson, «Perfumes on Trial: The Truth About our Scent Industry», Daily Mail, 30 mars 2008, https://www.dailymail.co.uk/femail/article-550511/Perfumes-trial-The-truth-scent-
industry.html (Consulté le 14 mai 2020).
47. Hilary Pollack, «Everyone Really Is Just Picking Their Wine Based on the Label», Vice, 15 avril 2016, https://www.vice.com/en_us/article/xymmnd/everyone-really-is-just-picking-their-wine-
based-on-the-label (Consulté le 14 mai 2020).
48. Min Ding, William T. Ross Jr. et Vithala R. Rao, «Price as an Indicator of Quality: Implications for Utility and Demand Functions», Journal of Retailing, janvier 2010, n° 86,
http://planetding.org/aboutme/files/PriceQuality.pdf (Consulté le 31 mai 2020).
49. Elizabeth Lang, «Science Says You Shouldn’t Bother Buying Luxury Brands», Business Insider, 24 décembre 2014, https://www.businessinsider.com/science-says-you-shouldnt-bother-buying-
luxury-brands-2014-12 (Consulté le 31 mai 2020).
50. Institut de la statistique du Québec, «Dépenses moyennes des ménages en dollars courants, selon le poste de dépenses, ensemble des ménages, Québec, 2010-2017»,
http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-societe/depenses-avoirs-dettes/depenses/tab1_dep_moy_menage.htm (Consulté le 31 mai 2020).
51. Catherine Crépeau, «Un panier d’épicerie plus cher en 2018», Protégez-Vous, 13 décembre 2017, https://www.protegez-vous.ca/nouvelles/sante-et-alimentation/un-panier-d-epicerie-plus-cher-en-
2018 (Consulté le 31 mai 2020).
52. Stéphanie Perron, «Vidéo: comment nous avons testé les boîtes de repas», Protégez-Vous, 14 août 2017, https://www.protegez-vous.ca/sante-et-alimentation/boites-pretes-a-cuisiner/video-comment-
nous-avons-teste-les-boites-de-repas (Consulté le 31 mai 2020).
53. Catherine Crépeau, loc. cit.
54. Marie-Ève Dumont, «Les Québécois ne cuisinent pas autant qu’on le croit», Le Journal de Montréal, 5 novembre 2017, https://www.journaldemontreal.com/2017/11/05/les-quebecois-ne-cuisinent-
pas-autant-quon-le-croit (Consulté le 31 mai 2020).
55. Sylvain Charlebois, et collab., «Rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation», Dalhousie University et University of Guelph, 2019,
https://www.ledevoir.com/documents/pdf/CanadaFoodPriceReportFRE2019.pdf (Consulté le 31 mai 2020).
56. Bob Weber, «Les Canadiens, champions du gaspillage alimentaire», Le Devoir, 18 janvier 2019, https://www.ledevoir.com/societe/consommation/545795/etude-les-canadiens-gaspillent-plus-de-
nourriture-qu-ils-n-en-consomment (Consulté le 31 mai 2020).
57. Équipe Naître et grandir, «Éviter les pièges du marketing à l’épicerie», Naître et grandir, septembre 2017, https://naitreetgrandir.com/fr/dossier/regard-sur-alimentation-des-familles/eviter-pieges-
du-marketing-epicerie/ (Consulté le 31 mai 2020).
58. CAA, «Intentions de vacances estivales 2018 – Résultats», sondage réalisé en ligne pour CAA-Québec par la firme Léger auprès de 1005 Québécois entre le 20 et le 27 avril 2018,
https://www.caaquebec.com/fr/actualite/communiques-de-presse/intentions-de-vacances-2018-resultats/ (Consulté le 31 mai 2020).
59. Fonds de solidarité FTQ, «Épargne ou loterie: comment les Québécois comptent-ils financer leur retraite?», sondage mené en collaboration avec Léger, février 2018,
https://www.fondsftq.com/epargne-positive/articles/la-vision-du-travail-et-de-la-retraite.html (Consulté le 31 mai 2020).
60. Québec, «Les jeux de hasard et d’argent au Québec et ses régions», étude menée par le Collectif sur le jeu et ses impacts, novembre 2018,
https://santemontreal.qc.ca/fileadmin/user_upload/Uploads/tx_asssmpublications/pdf/publications/Les_jeux_de_hasard_et_d_argent_au_Quebec_et_en_regions__statistiques_de_participation_en_2018.pdf
(Consulté le 31 mai 2020).
61. Florence Sara G. Ferraris, «Doit-on limiter la publicité automobile?», Le Devoir, 10 décembre 2018, https://www.ledevoir.com/societe/transports-urbanisme/543256/publicite-automobile-et-
mobilite-durable-david-contre-goliath (Consulté le 31 mai 2020).
62. Ibid.
63. Le millionnaire invisible, «La voiture… essentielle?», Le Millionnaire Invisible, 18 mars 2019, https://lemillionnaireinvi.wixsite.com/invisible/post/la-plus-grosse-d%C3%A9pense-inutile (Consulté
le 31 mai 2020).
64. Paul-Robert Raymond, «Les coûts réels de posséder une voiture», Le Soleil, 28 mai 2018, https://www.lesoleil.com/affaires/auto/les-couts-reels-de-posseder-une-voiture-
4f9f4abf8860b3be9bfe031813e98f2a (Consulté le 31 mai 2020).
65. CAA, «Coûts d’utilisation des véhicules», 2020, https://coutsdutilisation.caa.ca/fr (Consulté le 31 mai 2020).
66. Éric LeFrançois, «Quatre roues motrices: essentiel ou superflu?», La Presse, 28 octobre 2019, https://auto.lapresse.ca/trucs-et-conseils/201910/28/01-5247279-quatre-roues-motrices-essentiel-ou-
superflu-.php (Consulté le 31 mai 2020).
67. Florence Sara G. Ferraris, «Quand l’appât de la voiture neuve devient une “pompe à fric”», Le Devoir, 13 août 2018, https://www.ledevoir.com/societe/transports-urbanisme/534369/la-voiture-une-
pompe-a-fric (Consulté le 1er juin 2020).
68. Sébastien Templier, «La dépréciation: invisible, souvent ignorée, et très coûteuse», La Presse, 20 octobre 2011, https://auto.lapresse.ca/dossiers/dossiers-speciaux/petit-guide-dachat-dun-vehicule-
neuf/201110/24/01-4460534-la-depreciation-invisible-souvent-ignoree-et-tres-couteuse.php (Consulté le 1er juin 2020).
69. Joanie Fontaine, «30 ans d’immobilier, le constat», Les Affaires, 15 février 2016, https://www.lesaffaires.com/blogues/joanie-fontaine/30-ans-immobilier-constat/585297 (Consulté le 1er juin 2020).
70. DQYDJ, «S&P 500 Return Calculator, with Dividend Reinvestment», https://dqydj.com/sp-500-return-calculator/ (Consulté le 1er juin 2020).
71. Calculator.net, «Future Value Calculator», https://www.calculator.net/future-value-calculator.html (Consulté le 1er juin 2020).
72. Desjardins (en collaboration avec l’Université Laval), «Québec: conséquences des changements démographiques sur le marché immobilier», Études économiques, 28 février 2019,
https://www.desjardins.com/ressources/pdf/pv022819f.pdf (Consulté le 1er juin 2020).
73. Marie-Eve Fournier, «Une baisse de prix à prévoir lors de la prochaine décennie», La Presse+, 1er mars 2019, http://mi.lapresse.ca/screens/a1ad0e46-b9c7-4489-a44e-dd0959de55f8__7C_0.html
(Consulté le 1er juin 2020).
74. Agence QMI, «Le prix des maisons pourrait fondre de 18%», TVA Nouvelles, 20 mai 2020, https://www.tvanouvelles.ca/2020/05/20/le-prix-des-maisons-pourrait-fondre-de-18 (Consulté le 1er juin
2020).
75. Ibid.
76. Desjardins, «Maison: n’oubliez pas les frais de démarrage!», https://www.desjardins.com/coopmoi/plans-action-conseils/gestion-financiere/maison-oubliez-pas-frais-demarrage/index.jsp (Consulté
le 1er juin 2020).
77. Multi-prêts hypothèques, «Calculatrice de frais d’intérêt», https://www.multi-prets.com/fr/Outils/Calculatrices/Calculateur-de-frais-d-interet (Consulté le 1er juin 2020).
78. Publication JLR, «L’évolution de l’immobilier au cours des 30 dernières années», 2016, https://solutions.jlr.ca/hubfs/Etudes_et_rapports/2016-02_JLR-Evolution-immobilier-30annees.pdf (Consulté
le 1er juin 2020).
79. Audrée-Anne Plourde, «Quel est le prix d’une rénovation de cuisine en 2020?», RénoAssistance, 12 décembre 2019, https://www.renoassistance.ca/cuisine/cuisine-prix/ (Consulté le 1er juin 2020).
80. Ibid.
81. Robert Kiyosaki, op. cit.
82. Joanie Fontaine, loc. cit.
83. Jean Philippe Angers, «Le plus faible taux d’inoccupation depuis 2004 au Québec», La Presse, 15 janvier 2020, https://www.lapresse.ca/affaires/economie/202001/15/01-5256902-le-plus-faible-
taux-dinoccupation-depuis-2004-au-quebec.php (Consulté le 1er juin 2020).
84. Francis Vailles, «Plus endettés, les ménages? Ça dépend», La Presse, 4 avril 2019, https://www.lapresse.ca/debats/chroniques/francis-vailles/201904/03/01-5220791-plus-endettes-les-menages-ca-
depend.php (Consulté le 1er juin 2020).
85. Pierre Cléroux, «L’endettement des ménages, une source de risque?», Les Affaires, 11 mai 2019, https://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/general/l-endettement-des-menages-une-source-de-
risque-/610110 (Consulté le 1er juin 2020).
86. Stéphanie Grammond, «Cinq bonnes raisons de ne pas payer en 36 versements», La Presse+, 3 août 2017, https://plus.lapresse.ca/screens/0eb713a4-1b9d-4cf7-b1be-
123cffl2d85bf__7C_Y1Aj_W8~bcmi.html (Consulté le 1er juin 2020).
87. Simon Diotte, «Endettement: attention, danger!», Les Affaires Plus, printemps 2018, p. 19.
88. Annabelle Blais et Philippe Langlois, «Découvrez quel est le véhicule le plus populaire dans votre ville», Le Journal de Québec, 19 juillet 2019, https://www.journaldequebec.com/2019/07/19/plus-
de-pick-up-moins-de-voitures (Consulté le 1er juin 2020).
89. Simon Diotte, loc. cit.
90. Dominique Lamy, «Ne succombez pas (trop) à la tentation… de la marge», Les Affaires Plus, printemps 2018, p. 22.
91. Marc Tison, «La dette des Québécois augmente, mais…», La Presse, 7 mars 2019, https://www.lapresse.ca/affaires/economie/quebec/201903/07/01-5217319-la-dette-des-quebecois-augmente-
mais.php (Consulté le 1er juin 2020).
92. Jacques Lépine, Faites de l’argent en immobilier avec l’argent des autres, Brossard, Un monde différent, 2012, 240 p.
93. Brian O’Connell, «Biggest Stock Market Crashes Throughout History», The Street, 29 février 2020, https://www.thestreet.com/markets/history-of-stock-market-crashes-14702941 (Consulté le 3
juin 2020).
94. Robert Hackett, «How Critical Real Estate Is to the Global Economy — In One Chart», Fortune, 26 janvier 2016, https://fortune.com/2016/01/26/real-estate-global-economy/ (Consulté le 3 juin
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95. Eric Goldschein, «The Complete History of US Real Estate Bubbles since 1800», Business Insider, 10 janvier 2012, https://www.businessinsider.com/the-economic-crash-repeated-every-generation-
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96. Jeremy Miller, Warren Buffett’s Ground Rules: Words of Wisdom from the Partnership Letters of the World’s Greatest Investor, New York, Harper Collins, 2016, 352 p.
97. Autorité des marchés financiers, «L’impact des frais d’investissement», https://lautorite.qc.ca/grand-public/outils-et-calculateurs/calculateurs/limpact-des-frais-dinvestissement/ (Consulté le 3 juin
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98. Trefis Team, «Market Crashes Compared: -28% Coronavirus Crash vs. 4 Historic Market Crashes», Forbes, 16 mars 2020, https://www.forbes.com/sites/greatspeculations/2020/03/16/market-
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99. MoneySense, «Best Online Brokers in Canada for 2020», 20 juin 2019, https://www.moneysense.ca/save/investing/best-online-brokers-in-canada/ (Consulté le 3 juin 2020).
100. Vanguard, «FNB de répartition d’actifs de Vanguard», https://www.vanguardcanada.ca/individual/etfs/about-our-asset-allocation-etfs.htm?lang=fr (Consulté le 3 juin 2020).
101. Canadian Couch Potato, «Model ETF Portfolios: Vanguard», https://cdn.canadiancouchpotato.com/wp-content/uploads/2020/01/CCP-Model-Portfolios-Vanguard-ETFs-2019.pdf (Consulté le 3 juin
2020).
102. DQYDJ, «Dow Jones Return Calculator, Dividends Reinvested», juin 2020, https://dqydj.com/dow-jones-return-calculator/ (Consulté le 4 juin 2020).
103. François L. Paradis, «Le pari de Warren Buffett», HuffPost, 4 mai 2018, https://quebec.huffingtonpost.ca/francois-l-paradis/le-pari-de-warren-buffett_a_23425748/ (Consulté le 4 juin 2020).
104. Alex Smith, «Best Investors Are Dead: Fidelity Study», Wealthy Diligence, 27 novembre 2019, https://wealthydiligence.com/best-investors-are-dead/ (Consulté le 4 juin 2020).
105. Drew Housman, «Why Mistiming the Market Can Be Disastrous», The Simple Dollar, 20 avril 2020, https://www.thesimpledollar.com/investing/stocks/tempted-to-sell-missing-just-a-handful-of-
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106. Wikipedia, «List of Largest Daily Changes in the Dow Jones Industrial Average», https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_largest_daily_changes_in_the_Dow_Jones_Industrial_Average (Consulté le
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107. Chaire en fiscalité et en finances publiques, «Bilan de la fiscalité au Québec, édition 2020», Université de Sherbrooke, 9 janvier 2020, https://cffp.recherche.usherbrooke.ca/wp-
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108. Hugo Morrissette, «CELI ou REER: au-delà du taux d’imposition», Conseiller, 9 avril 2019, https://www.conseiller.ca/nouvelles/industrie/celi-ou-reer-au-dela-du-taux-dimposition/ (Consulté le 5
juin 2020).
109. Ibid.
110. Gouvernement du Canada, «Plafonds des CD, des PD, des REER, des RPDB, des CELI et le MGAP», 5 décembre 2019, https://www.canada.ca/fr/agence-revenu/services/impot/administrateurs-
regimes-enregistres/fesp/plafonds-cd-reer-rpdb-celi-mgap.html (Consulté le 5 juin 2020).
111. Saoud Maherzi, «Les paradis fiscaux, comment ça marche?», Le Journal de Montréal, 14 avril 2019, https://www.journaldemontreal.com/2018/03/26/vivent-les-paradis-fiscaux (Consulté le 5 juin
2020).
112. Gouvernement du Canada, loc. cit.
113. Garry Marr, «Former Trader Amasses$1.25 million in his TFSA — Now the Taxman Wants to Know How», Financial Post, 2 juin 2015, https://business.financialpost.com/personal-
finance/tfsa/this-bay-st-trader-managed-to-amass-1-25-million-in-his-tfsa-now-the-taxman-wants-to-know-how (Consulté le 5 juin 2020).
114. Agence QMI, «Le REEE de plus en plus populaire», TVA Nouvelles, 21 janvier 2020, https://www.tvanouvelles.ca/2020/01/21/le-reee-de-plus-en-plus-populaire (Consulté le 5 juin 2020).
115. Peter Guay, «Comment utiliser un REEE pour épargner en vue de la retraite», PWL Capital, 17 juillet 2018, https://www.pwlcapital.com/fr/comment-utiliser-un-reee-pour-epargner-en-vue-de-la-
retraite/ (Consulté le 5 juin 2020).
116. Major gestion privée, «Outils de calcul financier», https://majorgestionprivee.com/outils-et-calculateurs/ (Consulté le 5 juin 2020).
117. Agence QMI, loc. cit.
118. Michel Girard, «Pauvre Québec», Le Journal de Montréal, 20 juin 2019, https://www.journaldemontreal.com/2019/06/20/pauvre-quebec (Consulté le 5 juin 2020).
119. Suzie St-Cerny, Michaël Robert-Angers et Luc Godbout (Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke), «Le Québec est-il encore un paradis pour la famille
en 2018?», juin 2018, https://tout-petits.org/media/1973/2018-09-famille-et-fiscalite-quebec-encore-un-paradis-pour-la-famille-en-2018.pdf (Consulté le 5 juin 2020).
120. Institut de la statistique du Québec, «Seuils du faible revenu, MFR-seuils après impôt, selon la taille du ménage, Québec, 1996-2017», https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-
societe/revenu/faible-revenu/seuilsmfr_qcapi_.htm (Consulté le 5 juin 2020).
121. Suzie St-Cerny, Michaël Robert-Angers et Luc Godbout, op. cit.
122. Ibid.
123. Finances Québec, «Coût d’une place en service de garde», 6 février 2020, http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/Budget/outils/garde-net-fr.asp (Consulté le 6 juin 2020).
124. Suzie St-Cerny, Michaël Robert-Angers et Luc Godbout, op. cit.
125. Ibid.
126. Statistique Canada, «Frais de scolarité pour les programmes menant à un grade, 2018-2019», 5 septembre 2018, https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/180905/dq180905b-fra.htm
(Consulté le 6 juin 2020).
127. Peter Guay, «Comment utiliser un REEE pour épargner en vue de la retraite», PWL Capital, 17 juillet 2018, https://www.pwlcapital.com/fr/comment-utiliser-un-reee-pour-epargner-en-vue-de-la-
retraite/ ((Consulté le 6 juin 2020).
128. Autorité des marchés financiers, «REEE – Régime enregistré d’épargne-études, avantages, subventions, etc.», https://lautorite.qc.ca/grand-public/investissements/regimes-depargne/reee-regime-
enregistre-depargne-etudes/ (Consulté le 6 juin 2020).
129. Peter Guay, loc. cit.
130. Revenu Québec, «Crédit d’impôt pour activités des enfants (ligne 462)», https://www.revenuquebec.ca/fr/citoyens/declaration-de-revenus/produire-votre-declaration-de-revenus/comment-remplir-
votre-declaration/aide-par-ligne/451-a-480-remboursement-ou-solde-a-payer/ligne-462/point-25/ (Consulté le 6 juin 2020).
131. Stéphanie Bérubé, «Le prix du panier d’épicerie», La Presse+, 2 novembre 2017, https://plus.lapresse.ca/screens/f8d2cce6-9823-4d3a-b002-a3c21af7ba21_7C_0.html (Consulté le 6 juin 2020).
132. Catherine Crépeau, loc. cit.
133. Emmanuelle Gril, «Quand et combien donner en argent de poche aux enfants?», LeJournal de Montréal, 24 février 2017, https://www.journaldemontreal.com/2017/02/24/quand-et-combien-donner-
en-argent-de-poche-aux-enfants (Consulté le 6 juin 2020).
134. Gouvernement du Canada (Agence de la consommation en matière financière du Canada), «Document d’information: Examen des pratiques de vente au détail des banques canadiennes», 20 mars
2018, https://www.canada.ca/fr/agence-consommation-matiere-financiere/nouvelles/2018/03/fiche-dinformation--examen-des-pratiques-de-vente-au-detail-des-banques-canadiennes.html (Consulté
le 9 juin 2020).
135. Fabien Major, Petits secrets et gros mensonges de votre banquier, Montréal, VLB éditeur, 2017, 232 p.
136. RDI Économie, «L’intérêt des banques», entretien avec Fabien Major, 5 septembre 2017, https://www.facebook.com/watch/?v=686930834825791 (Consulté le 9 juin 2020).
137. Ibid.
138. Michel Jean, «Près de 2 M$ pour chacun des 10 spécialistes les mieux payés au Québec», Le Journal de Montréal, 6 mars 2018, https://www.journaldemontreal.com/2018/03/06/pres-de-2-m-pour-
chacun-des-10-specialistes-les-mieux-payes-au-quebec-1 (Consulté le 9 juin 2020).
139. Le taux d’intérêt d’un prêt sur marge de la banque Manuvie est de 3,95% en date du 9 juin 2020.
140. Daniel Germain, «Un prêt levier, peut-être si tu t’appelles Robocop», Les Affaires, 30 novembre 2018, https://www.lesaffaires.com/blogues/daniel-germain/pret-levier--tappelles-tu-robocop/606787
(Consulté le 9 juin 2020).
141. André Dubuc, «De riches dividendes: la plus généreuse des grandes banques canadiennes», La Presse, 1er mai 2020, https://www.lapresse.ca/affaires/2020-05-01/de-riches-dividendes-la-plus-
genereuse-des-grandes-banques-canadiennes (Consulté le 9 juin 2020).
142. Ratehub.ca, «Comment votre carte de crédit a-t-elle un impact sur votre cote de crédit?», https://www.ratehub.ca/cartes-de-credit/comment-une-carte-de-credit-impact-votre-cote-de-credit (Consulté
le 6 juin 2020).
143. Lyle Daly, «How Long to Wait to Apply for Another Credit Card», The Ascent, 14 décembre 2018, https://www.fool.com/the-ascent/credit-cards/articles/how-long-to-wait-to-apply-for-another-
credit-card/ (Consulté le 6 juin 2020).
144. Nick Murray, Simple Wealth, Inevitable Wealth, The Nick Murray Company, 2004, 185 p.
145. Desjardins, «Table d’impôt 2020 – particuliers du Québec», https://www.desjardins.com/ressources/pdf/table-impot-p-quebec-2020-f.pdf (Consulté le 10 juin 2020).
146. Planifier.org, IQPF, «Pourquoi retarder la PSV et le RRQ?», 30 janvier 2019, https://www.planifiez.org/blogue/retraite/pourquoi-retarder-la-psv-et-le-rrq/ (Consulté le 10 juin 2020).
147. Michel Girard, «Un coup de pouce à nos retraités de 71 ans et plus», Le Journal de Montréal, 4 avril 2020, https://www.journaldemontreal.com/2020/04/04/un-coup-de-pouce-a-nos-retraites-de-71-
ans-et-plus (Consulté le 10 juin 2020).
148. Heather Scott et Delphine Touitou, «La plus vaste crise économique depuis 150 ans, selon la Banque mondiale», La Presse, 8 juin 2020, https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2020-06-08/la-
plus-vaste-crise-economique-depuis-150-ans-selon-la-banque-mondiale (Consulté le 10 juin 2020).
REMERCIEMENTS

Ce livre est teinté par ceux qui m’ont guidé tout au long de ma vie (financière). En commençant par ma fourmi bien-aimée, Van-Anh, qui m’a converti au
frugalisme et qui m’a donné le goût de devenir meilleur. Elle est véritablement le cerveau de toute l’affaire. Je ne suis qu’un imposteur! Mes parents y sont aussi
pour quelque chose. Ils m’ont enseigné, par leurs actions, à être débrouillard et à déjouer la culture de consommation. Une partie du crédit revient également à
Catherine Bédard qui a lancé ce projet et qui a rigoureusement édité mon texte. Enfin, je remercie les gens allumés et inspirants qui ont croisé mon chemin et qui
ont bonifié mon propos. Je pense aux auteurs Nicolas Bérubé et Fabien Major ainsi qu’aux blogueurs Inficafé, Milesopedia, Retraite 101, Modest Millionaires,
Se payer en premier, Le millionnaire invisible, Les ingénieux, Gère ton bacon, La Frugale & la Fourmi, The Rich Dog, Jeune investisseur immobilier, Fais
comme les riches, Le haut côté, Planif retraite, Le petit épargnant, Le dividende, Planifrugal, Simplicité semi-volontaire, Portefeuille 101, Simple millionnaire,
Le calcul riche, Sorcière frugale, Dividendes & FNB, Vivre avec moins et L’argent ne dort jamais.
TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos
Introduction
Mon parcours vers la liberté
Étape 1: Devenir le PDG de sa vie
Étape 2: Chiffrer sa liberté
Étape 3: Imaginer son évasion
Étape 4: Exploiter la faille du système
Étape 5: Devenir rebelle
Étape 6: Vivre comme un millionnaire
Étape 7: Hacker son budget
Étape 8: Rompre avec son auto
Étape 9: Louer une habitation
Étape 10: Fuir les dettes
Étape 11: Investir comme Buffett
Étape 12: Profiter des paradis fiscaux
Étape 13: S’enrichir grâce aux enfants
Étape 14: Parasiter les banques
Étape 15: Échapper au métro-boulot-dodo
Ma vie de retraité
Conclusion
Notes de fin
Remerciements
La retraite à 40 ans: comment déjouer le système et atteindre la liberté financière
ISBN EPUB 978-2-7619-5566-9

Édition: Catherine Bédard


Infographie: Chantal Landry
Révision: Patricia Juste
Correction: Odile Dallaserra et Joëlle Bouchard

09-20

Imprimé au Canada

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Dépôt légal: 2020


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L’Éditeur bénéficie du soutien de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec pour son programme d’édition.

Nous remercions le Conseil des arts du Canada de l’aide accordée à notre programme de publication.

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
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