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FINANCE ET ÉCONOMIE APPLIQUÉE


Collection publiée sous la direction de Henri HIERCHE

B. de FINETTI

leçons
de
mathématiques
financières
CO LLECTIO N
«FINANCE ET ÉCONOMIE APPLIQUÉE»

LEÇONS DE
MATHÉMATIQUES
FINANCIÈRES
PAR

B. de FINETTI
TRADUIT DE L’ITALIEN PAR
E. D AN A

Sont qualifiées de « financières » les opé­


rations portant sur des capitaux : or, ces
opérations font depuis longtemps l’objet de
calculs qui permettent d’établir le rende­
ment des sommes engagées ou la valeur
actuelle de règlements futurs. Quoi qu’il en
soit, les décisions qui concernent ces opéra­
tions sont prises dans des conditions dites
de certitude, par opposition aux décisions
prises dans des conditions d’incertitude :
les premières relevant de la mathématique
financière, les secondes de la mathématique
actuarielle. I/au teu r souligne d’ailleurs, par
l’identité des notations, l’identité des notions
qui relient l’une à l’autre : le seul facteur
nouveau intervenant dans la mathématique
actuarielle étant, avons-nous dit, l’incerti­
tude.
I*e P r Bruno de F inetti, spécialiste de
réputation internationale de la théorie des
probabilités et des mathématiques appli­
quées aux décisions économiques, expose
dans cet ouvrage la mathématique financière
moins comme une matière indépendante
que comme un ensemble de cas relevant de
la théorie de la décision économique.
I/au teu r évite donc l’énumération de
recettes pour résoudre des problèmes au
profit d ’un exposé cohérent, d’où se dégage
une perspective d ’ensemble. IYes cas parti­
culiers sont interprétés comme des simplifi­
cations approchées et utiles dans la pra­
tique : cela s’applique surtout aux diverses
lois de capitalisation, d’escompte... En posant
les questions d’une façon univoque, comme
des problèmes économiques de choix entre
des engagements à différentes époques, la
loi exponentielle (ou capitalisation continue
à taux constant) apparaît comme la seule
compatible avec des propriétés naturelles :
les autres règles ou modes de calculs n ’en
étant que des variantes, qu’expliquent les
circonstances économiques ou justifient des
commodités de calcul.

Voir suite sur ie deuxième rabat

DUNOD, ÉDITEUR. PARIS


FINANCE
ET

ÉCONOMIE APPLIQUÉE

Volume 28

Collection publiée sous la direction de


Henri HIERCHE
LEÇONS
DE

MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES
Collection FINANCE ET ÉCONOMIE APPLIQUÉE
Sous la direction de H. HIERCHE

Volumes publiés :
1. — H. A rdant. — Introduction à Vétude des banques et opérations de banque
(épuisé).
2. — P. D upont . — Le contrôle des banques et la direction du crédit en France:
3. — B. O hlin . — La politique du commerce extérieur.
4. — J. R. HlCKS. — Valeur et capital {Enquête sur divers principes fondamentaux
de la théorie économique).
5. — J. L esourne. — Technique économique et gestion industrielle (2e édition).
6. — P. M assé. — Le choix des investissements {Critères et méthodes) (2e édition).
7. — J. G. K emeny, J. L. Snell, G. L. T hompson. — Algèbre moderne et activités
humaines (2e édition française revue et corrigée).
8. — R. F rish (avec la collaboration de L. N ataf). — Maxima et minitna {Théorie
et applications économiques).
9. — P. R osenstiehl, A. G houila-H ouri. — Les choix économiques {Décisions
séquentielles et simulation).
10. — J. T inbergen. — Techniques modernes de la politique économique.
11. — G. T intner. — Mathématiques et statistiques pour les économistes. Tome I :
Méthodes élémentaires.
12. — P. G ordon. — Mathématiques pour les économistes. — Méthodes avancées
(à paraître prochainement).
13. — J. M othes. — Prévisions et décisions statistiques dans Ventreprise (2e édition).
14. — R. F risch . — Les lois techniques et économiques de la production.
15. — L. V. K antorovitch. — Calcul économique et utilisation des ressources.
16. — E. M alinvaud. — Méthodes statistiques de Véconométrie.
17. — J. G. K emeny, A. Schleifer, J. L. Snell, G. L. T hompson. — Les mathé­
matiques modernes dans la pratique des affaires.
18. — R. Bellman et S. E. D reyfus. — La programmation dynamique et ses appli­
cations.
19. — J. D esrousseaux. — L'évolution économique et le comportement industriel.
20. — S. C h . K olm. — Les choix financiers et monétaires {Théorie et technique mo­
dernes).
21. — Y. M ainguy. — L'économie de l'énergie.
22. — A. C otta. — Théorie générale du capital, de la croissance et des fluctuations.
23. — H. J. H enderson et R. E. Q uandt. — Microéconomie {Formulation mathé­
matique élémentaire).
24. — G. P almade. — L'économique et les sciences humaines. Tome I.
25. — G. P almade. — L'économique et les sciences humaines. Tome II.
26. — L. Stoleru. — L'équilibre et la croissance économiques. Principe de macro­
économie.
27. — J. C. Boot. — Programmation quadratique.
28. — B. de F inetti. — Leçons de mathématiques financières.
29. — W. J. G ranger. — Analyse spectrale des séries temporelles en économie.
Volumes à paraître :
30. — J. U llmo. — Le profit.
31. — B. R oy. — Algèbre moderne et théorie des graphes. Tome I : Notions et résul­
tats fondamentaux.
32. — B. R oy. — Algèbre moderne et théorie des graphes. Tome II : Applications
et problèmes spécifiques.
D. R. Bergmann. — Manuel de méthodologie économique appliquée à
l'agriculture.
J. L esourne. — Théorie de l'optimum économique.
LEÇONS
DE

MATHÉMATIQUES
FINANCIÈRES
PAR

B. de FINETTI

traduit par

E. DANA

Préface de

J. ULLMO
Examinateur à l’École polytechnique

Présentation de l’édition française

J. POZZETTO
Professeur à l’École des Hautes Études Commerciales

DUNOD
PARIS
1969
© D unod , 1969.
Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est inter­
dite. Une copie ou reproduction par quelque procédé que ce
soit, photographie, microfilm, bande magnéiique, disque ou
autre, constitue une contrefaçon passible des peines prévues
par la loi du 11 mars 1957 sur la protection des droits d'auteur.
PRÉFACE

C ’est un honneur pour nous de présenter ce livre parce que son auteur
M. Bruno de Finetti est un des penseurs les plus originaux et les plus profonds
de ce temps. En attendant la traduction prochaine de son grand ouvrage sur
/ ’Incertain en économie, le présent ouvrage donnera au public français Vocca­
sion de faire connaissance avec les qualités de style et de maîtrise dans la présen­
tation propres à Vauteur. Il ne s ’agit ici que d ’un traité classique de mathéma­
tiques financières destiné aux étudiants et aux praticiens; mais on y sent la main
d ’un maître qui domine assez ce sujet traditionnel pour le mettre en perspective.
On trouvera donc dans les chapitres successifs, après un rappel des notions
mathématiques nécessaires, une étude particulière de la loi exponentielle {ou
capitalisation continue à taux constant), fondement des mathématiques finan­
cières, c’est-à-dire des règles de comparaison dans le temps et de regroupement
de règlements monétaires effectués à des époques différentes à l’occasion d ’une
même opération globale. Les applications de la loi exponentielle permettent la
définition rigoureuse des concepts de capitalisation, d ’escompte, d ’usufruit, de
nue-propriété, de rente et d ’amortissement. Toutes ces grandeurs se déduisent de
la seule connaissance du taux ou paramètre qui figure dans la fonction expo­
nentielle.
Le problème inverse de la recherche de ce taux, lorsque certaines de ces gran­
deurs sont fixées par des contrats ou par des transactions sur un marché, est
traité aussi dans toute sa généralité. Il est à la base de l’art des placements. Un
chapitre est consacré aux emprunts et obligations et un autre aux approximations
souvent utilisées en comptabilité au lieu de la loi exponentielle, et qui ne sont
justifiées qu’en fonction de celle-ci.
Après avoir rendu justice au livre, on nous permettra de dire quelques mots de
Vauteur, ou plutôt de l ’ordre de pensées dans lequel sa contribution a été décisive.
On peut dire de Bruno de Finetti qu’il a été Vinstaurateur de la Théorie de la
probabilité subjective, elle-même fondement de la Théorie de la décision, qui
devient aujourd’hui l ’instrument majeur de l’activité humaine.
On a confondu pendant très longtemps le Calcul des probabilités et la Théorie
de la probabilité. Cette confusion ne s’est dissipée que lorsqu’on a absolument
distingué le Calcul des probabilités, branche des mathématiques développée
comme toute autre à partir d ’un système d ’axiomes auquel on ne demande que la
non-contradiction, et la probabilité, théorie relative au monde réel comme la
VIII LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

théorie de la chaleur ou celle de Pélectromagnétisme, et qui doit être jugée sur sa


capacité de s'appliquer à ce monde et d'y guider notre action et notre prévision.
Le calcul des probabilités a été longtemps une forme de combinatoire où l'on
dénombrait des cas posés comme équivalents, en cherchant les proportions des
cas définis comme favorables et des cas possibles. Sous sa forme moderne il est
devenu un aspect particulier de la théorie mathématique de la Mesure qui consiste
à définir des ensembles mesurables dans des espaces abstraits de plus en plus
généraux et à comparer entre eux de tels ensembles mesurés.
La théorie de la probabilité pose la question de l'existence dans la nature d'une
grandeur qu'on pourrait appeler probabilité, qu'on saurait mesurer ou appré­
cier et qui satisferait aux mêmes lois combinatoires ou ensemblistes qui font
l'objet du calcul des probabilités.
Pendant longtemps on a cru trouver une réponse à cette question grâce à l'obser­
vation des fréquences. Lorsqu'une expérience répétée, comme de lancer un dé ou
d'observer la courbe annuelle de variations de débit d'un fleuve, fa it apparaître des
fréquences relatives à peu près constantes pour une circonstance particulière,
apparition du 6, ou niveau critique d'inondation, on affirmait que ces fréquences
observées désignaient des probabilités objectives présentes dans le phénomène
et manifestées à travers ses répétitions.
Un tel recours aux fréquences n'était point possible pour les phénomènes qui
ne se répètent pas, comme une course de chevaux ou le lancement d'un nouveau
produit. Pourtant l'idée de probabilité s'attache naturellement aux résultats
divers possibles de tel ou tel événement, et cette notion intuitive s'est traduite
dans la pratique par l'acte du pari.
La théorie de la probabilité subjective a précisé et mis en forme cette intuition
qui conduit au pari. On a pu démontrer que les règles qui s'imposent à des paris
multiples pour qu'ils soient rationnels, pour qu'ils ne se contredisent pas entre eux,
pour qu'ils n'aboutissent pas à une perte certaine, étaient les mêmes que les règles
imposées par Vaxiomatique des probabilités aux êtres mathématiques qu'elle
définit. Ce fu t l'apport fondamental de Bruno de Finetti. Il découvrait la proba­
bilité dans la nature, mais dans cette part privilégiée de la nature qu'est la raison
humaine : l'homme cohérent avec lui-même crée ses probabilités propres. A la
lumière de cette nouvelle conception, la théorie classique des probabilités objec­
tives apparaissait sous un jour nouveau. Là aussi l'intervention de l'homme était
nécessaire, pour juger de la régularité des fréquences et de leur tendance vers une
limite rigoureuse. Au minimum pour affirmer que l'avenir reproduirait le passé :
c'est l'induction, fondement de toute science; elle est déjà un pari facile à faire
s'il s'agit du dé qu'on projettera à nouveau, il implique déjà tout un jugement,
une décision véritable si l'on affirme que les conditions climatiques vont se main­
tenir pour reproduire les fréquences des différents régimes du fleuve.
On en est arrivé au point où toutes les interventions de la probabilité dans le
monde sont rassemblées dans la Théorie de la Décision. On affirme ainsi qu'il
n'y a probabilité que pour les hommes et par l'affirmation de leur jugement. Dans
PRÉFACE IX

une étude qu'il a faite pour l'enseignement de l'Économie à l'École polytechnique,


l'un de nos plus grands spécialistes, M. G. Morlat, a pu dire qu'il n'existait que
des probabilités subjectives. Un autre spécialiste éminent, M. Jean Mo thés, se
tient sur une position différente mais déduite encore de la pensée de B. de Finetti :
la probabilité est toujours relative à l'homme, à son jugement éclairé par la raison.
Elle est objective, lorsque l'homme n'est qu'un observateur de la nature extérieure,
lorsqu'il cherche seulement à s'y reconnaître au mieux; elle doit alors être la
même pour tous ces observateurs et interchangeables. Elle est subjective lorsque
l'homme veut agir sur la nature et la transformer; elle est propre alors à cet
acteur singulier.

J ean U llmo
Examinateur à l ’École polytechnique.
PR ÉSEN TA TIO N D E L ’ÉD IT IO N FRANÇAISE

Dans cet ouvrage, M. de F inetti, présente d'une façon très détaillée et com­
plète, les divers outils mathématiques utilisés pour les calculs d'actualisation.
Les principes analytiques qui fondent la notion d'actualisation ainsi que la
mise en œuvre de cette dernière dans la pratique financière font, depuis fort
longtemps, partie de V « arsenal de base », des réflexes du chef d'entreprise.
On s'étonnera tout d'abord que M. de F inetti ait jugé bon de consacrer une
étude aussi volumineuse à un sujet qui semble fort bien connu par ailleurs. C'est
précisément en nous efforçant de scruter les mobiles de cette étude et sa signi­
fication profonde que nous pourrons effectivement en tirer parti. Nous prendrons
alors conscience de la nécessité d'élargir nos anciens modes de pensées sur des
points que nous jugions, trop rapidement, définitivement acquis.
L'entreprise, quelle qu'elle soit, peut être considérée comme un organisme
qui coordonne un ensemble de flux en vue d'atteindre un certainnombre d'objectifs.
Parmi ces flux, il en est un qui occupe une situation privilégiée : le flux monétaire.
A cela, deux raisons essentielles. Tout d'abord, une partie des objectifs de l'en­
treprise se traduit précisément en terme de profit monétaire. En second lieu,
l'échelle monétaire constitue une base commune pour l'évaluation de plusieurs
flux hétérogènes : heures de travail, matières premières, produits finis, etc.
Les calculs d'actualisation ont précisément pour but d'étudier les rapports
mutuels des divers flux caractéristiques de l'entreprise, ces flux ayant été évalués
par rapport à une échelle de mesure commune : la monnaie.
Aux flux qui viennent d'être envisagés correspond, dans le temps, une succession
d' « états de l'entreprise ». On se propose alors de comparer deux tels états
pour pouvoir porter un jugement de valeur : l'évolution correspondante est-elle
favorable ou non? Un tel jugement fa it intervenir des mécanismes très complexes.
Ces mécanismes ne s'appuient pas exclusivement sur des considérations moné­
taires (iInterviennent en outre des considérations d'ordre psychologique, climat
de travail, etc., stratégiques et autres). Dans ces conditions le critère de jugement
propre à l'analyse financière servira de guide à la décision de l'entrepreneur
mais ne saurait en constituer l'unique fondement. Mais par ailleurs, l'aspect
financier des opérations doit être considéré de prime abord car il forme le cadre
nécessaire à la réalisation d'autres objectifs (qui sont subordonnés à l'existence
et à la continuité de l'entreprise, donc son équilibre financier). D'où la portée
et les limites des techniques et des outils qui nous sont présentés.
Le critère de jugement propre à l'analyse financière se définit à partir de la
notion de croissance. On s'attachera alors, par exemple, à déterminer si l'évo­
lution entre un état initial et un état final est caractérisée par une croissance
xn LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

satisfaisante. Ou bien on se fixera une forme de croissance désirée et à tout état


de Ventreprise, à un instant donné, on pourra associer les états désirés à un instant
quelconque.
Les remarques qui précèdent ont pour but de définir le cadre particulier de
Vanalyse financière qui doit s'appuyer sur des outils très nuancés. D'une part,
les conclusions obtenues sur une base d'évaluation monétaire, pour importantes
qu'elles soient, ne sauraient renfermer toute la variété d'information nécessaire
à la prise de décision. Il semble donc préférable de juger séparément des facteurs
qui peuvent mal ou ne peuvent pas être traduits en termes monétaires. Mais il
faut reconnaître que dans bien des cas, une telle évaluation, bien que technique­
ment insatisfaisante, s'impose par ailleurs pour que l'analyse financière puisse
porter sur un ensemble homogène d'opérations et non pas sur des opérations à
caractère plus spécifiquement financier, mais n'ayant pas de signification lorsqu'on
les considère isolément. Il apparaît alors que les différentes données de bases
des calculs d'actualisation n'ont pas la même qualité, la même fiabilité. Il s'agit
plutôt d'estimations plus ou moins précises, plus ou moins entachées d'erreur.
La nature même des calculs et les techniques correspondantes doivent prendre
en considération cette incertitude inhérente à la nature même des données.
Une autre forme d'ingérence de l'incertitude ressort de l'intervention du temps
par le biais de la notion de croissance. Le choix d'une loi de croissance parti­
culière influe d'une façon très nette sur les conclusions de l'analyse financière.
Mais cette influence varie suivant les caractéristiques propres du problème
considéré et il convient de savoir, par exemple, dans quelles conditions, à propos
d'un choix de projets, la démarche consistant à effectuer un classement en fonction
du taux de rentabilité et celle fondée sur la comparaison de la valeur actualisée
moyennant un taux fixé à l'avance conduiront à des résultats contradictoires,
et pourquoi.
De même, on ne basera pas l'analyse financière sur les mêmes critères selon
que l'on aura à faire à une étude ex-post ou à une étude prévisionnelle.
L'exposé de M. de F inetti permet précisément d'apprécier la sensibilité des
outils financiers en fonction de la nature des données qu'ils utilisent et des hypo­
thèses complémentaires qui sont adoptées. Notamment, il envisage le cas de
formes de croissance « non standard » mais qui peuvent mieux représenter la
situation concrète que, par exemple, l'hypothèse classique du taux de croissance
constant.
M. de F inetti n'aborde pas directement dans cet ouvrage l'étude de l'incer­
titude en matière d'analyse financière. Par contre, il a conçu et présenté les outils
de l'actualisation pour qu'ils puissent être utilisés conjointement avec les concepts
et conclusions qu'il a développés par ailleurs à propos de l'incertain. Il est sans
doute inutile de rappeler que M. de F inetti est l'un des plus grands théoriciens
contemporains dans ce dernier domaine.
Jacques P ozzetto
Professeur à l ’École des Hautes Études Commerciales.
TABLE DES MATIÈRES

C hapitre I

RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES

1. Remarques préliminaires........................................................................... 1
2. La fonction constante f(x ) = a o ............................................................. 2
3. La fonction linéaire f(x ) = ao + a±x.................................................... 5
4. La fonction du second degré f( x ) = ao + ai* + #2* 2 ............... 19
5. Polynômes de degré n : généralités et dérivées successives............... 31
6. Étude des polynômes ; racines et décomposition en facteurs............... 34
7. Observations complémentaires; représentation graphique; inégalités
de degré n ................................................................................................... 40
8. Conditions que l’on peut assigner à un polynôme de degré n ; déter­
minant de Vanderm onde......................................................................... 44
9. Formules d’interpolation de Lagrange et de N ewton....................... 45
10. Interpolation d ’ordre n et bornes de l’erreu r.................................... 47
11. Points de contact entre courbes planes................................................ 50
12. Approximation d’ordre n ; formule de Taylor................................. 57
13. Séries de puissances. Séries de Taylor..................................................... 61
14. Remarques sur certains types d ’équations différentielles du premier
ordre............................................................................................................... 66
Exercices ............................................................................................................. 77

Chapitre II

LES MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES


DANS LEURS HYPOTHÈSES LES PLUS SIMPLES
(loi exponentielle)

15. Objet des mathématiques financières......................................................... 79


16. La loi exponentielle (capitalisation continue)............................................. 80
17. Remarques sur l ’homogénéité des grandeurs............................................. 82
XIV TABLE DES MATIÈRES

18. Taux et intensité pour une période quelconque................................... 86


19. Intensité instantanée................................................................................... 89
20. Relations entre les différents coefficients introduits............................. 91
21. La loi exponentielle dans ses applications pratiques........................... 93
22. Différents taux et lois................................................................................. 94
23. Propriétés caractéristiques de la loi exponentielle........................... 97
Exercices ............................................................................................................ 100

C hapitre III

APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE


24. Capitalisation et escompte ..................................................................... 101
25. Cas le plus général dans le domaine discret........................................ 105
26. Cas le plus général dans le domaine continu...................................... 110
27. Usufruit et nue-propriété......................................................................... 113
28. Cas d’une opération de durée infinie.................................................. 115
29. Rente à annuités constantes................................................................... 117
30. Rente fractionnée; rente co n tin u e........................................................ 121
31. Rente en progression arithmétique........................................................ 124
32. Rente en progression géom étrique........................................................ 127
33. Les opérations de rente dans leur aspect dynam ique......................... 128
34. Cas de rente constante fractionnée ou continue.................................. 132
35. Rente en progression arithmétique et géométrique............................ 134
36. Formation du montant de façon discontinue:annuités constantes.. 137
37. Formation du montant de façon discontinue :annuités variables.. 142
38. Amortissement; plan d ’amortissement................................................ 145
39. Évaluation selon un taux quelconque ; taux d ’évaluation................. 148
40. Problèmes de rentes et d ’amortissements; utilisationdes ta b les... 151
41. Remarques sur les applications dans le domaine industriel............. 153
Exercices ............................................................................................................ 155

C hapitre IV

PROBLÈMES CONCERNANT
LA RECHERCHE D’UN TAUX
42. Remarques préalables................................................................ 160
43. Nature mathématique du problème .................................................... 161
44. Croissance et concavité dans les problèmes usuels........................... 167
TABLE DES MATIÈRES XV

45. Critères fondés sur la propriété de continuité et de croissance :


méthode des subdivisions successives.................................................... 169
46. Critères fondés sur la concavité............................................................. 171
47. Dérivées des fonctions les plus fréquemment utilisées ; rappel sur la
dérivation...................................................................................................... 172
48. Critères fondés sur les dérivées........................... 175
49. Méthodes d ’itération .................................................................................. 178
50. Rente à terme constant; méthode de Gauss........................................ 186
51. Remarques sur d ’autres méthodes......................................................... 189
52. Remarques sur les équations algébriques en général....................... 191
Exercices ............................................................................................................. 194

Chapitre V

EMPRUNTS — OBLIGATIONS

53. G énéralités.................................................................................................. 196


54. Plans des tirages au so r t............................................................................ 198
55. Plan d’amortissement .............................................................................. 201
56. Cas particuliers simples.............................................................................. 203
57. Évaluation sur la base d ’un taux quelconque...................................... 206
58. Cas d ’échéance connue, et conséquences qui endécoulent................ 208
59. Vie mathématique d’une obligation......................................................... 210
60. Variation de la valeur dans le temps.................................................... 215
61. Usufruit et nue-propriété ..................................................................... 216
62. Application à des cas particuliers importants .................................... 217
63. Variantes équivalant à des corrections proportionnelles................... 219
64. Prix de remboursement variables........................................................... 222
65. Variantes revenant au cas précédent.................................................. 224
66. Usufruit et nue-propriété dans les cas particuliersconsidérés............ 225
67. Amortissement au moyen du rachat des obligations en bourse___ 226
Exercices ............................................................................................................. 228

Chapitre VI

AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE

68. Nature desproblèmes àconsidérer......................................................... 230


69. Capitalisation simple(commeapproximation)........................................ 231
70. Escompte « rationnel » et « commercial » (comme approximation). 233
XVI TABLE DES MATIÈRES

71. Loi décomposable la plus générale....................................................... 235


72. Possibilités d ’applications pratiques.................................................... 238
73. Lois non décomposables ; influence du montant............................... 240
74. Lois non décomposables; autres c a s .................................................... 243
75. Possibilités d ’applications pratiques.................................................... 246
76. Opérations scindées en plusieurs comptes............................................ 248
77. Remarques sur les opérations à plusieurs taux................................... 251
78. Schéma d ’interprétation fondé sur la décomposition en plusieurs
com ptes........................................................................................................ 252
79. La capitalisation simple (interprétée au moyen des comptes capitaux
et intérêts) . . . ............................................................................................ 253
80. Remarques ultérieures ............................................................................. 258
Exercices ............................................................................................................ 260
CHAPITRE I

RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES

1. — Remarques préliminaires

Avant d ’aborder l ’étude des mathématiques financières qui font l’objet


de ce cours, il semble opportun de rappeler un certain nombre de notions de
mathématiques générales dont on fera un usage fréquent.
On n ’abordera pas le domaine des mathématiques nouvelles, sinon par
quelques brèves allusions, et l’on a exclu de cet exposé les notions ou démonstra­
tions constituant les parties les plus difficiles des mathématiques déjà apprises.
Dans une perspective essentiellement pratique on se propose plutôt de réexa­
miner et de bien préciser comment certains concepts s’appliquent dans des
cas très simples (et souvent même tout à fait banals), car ce sont justement
de telles applications qui seront les plus importantes dans la suite de cet ouvrage.
Il est donc indispensable d’en avoir une connaissance sûre et immédiate.
On analysera tout d’abord en détail plusieurs fonctions parmi les plus
simples et les plus importantes. On déterminera leur allure et leurs propriétés
fondamentales, en se fondant soit sur leur représentation graphique de la forme
y = / ( x), soit sur des considérations analytiques.
On parlera habituellement de représentation graphique pour désigner la
courbe (ou plus généralement l’ensemble) des points dont l’abscisse x et
l ’ordonnée y dans un système orthonormé satisfont à l ’équation y == f(x).
En d ’autres termes, on dit qu’un point Z\)(*o, yo) appartient ou n’appartient
pas à la courbe (ou à l’ensemble) selon que l ’égalité yo = f ( x o) est vérifiée
ou non. Le terme « courbe » est inapproprié lorsque la fonction f(x ) se com­
porte de façon très irrégulière (si elle est partout discontinue par exemple),
et il vaut mieux, dans ce cas, employer le terme plus général d ’ensemble.
Toutefois, comme on ne considérera ici que des fonctions prises parmi les
plus régulières, on pourra toujours parler de « courbes », sans avoir à se
préoccuper du bien-fondé de cette terminologie.
2 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On supposera connues toutes les notions du programme de mathéma­


tiques générales. Éventuellement, on pourra être amené à revenir, même
sommairement, sur certains points à titre d’éclaircissement ou d ’illustration,
mais jamais pour réexposer ou rectifier des connaissances ou des résultats
déjà rencontrés par ailleurs.
Outre ce rappel de notions connues, de leur interprétation et de leur appli­
cation à des cas simples (qui doivent devenir les plus familiers possibles),
cette introduction a pour but d’illustrer d ’une part les méthodes d ’interpo­
lation (en tant qu’application immédiate de l’étude des fonctions considérées),
d’autre part la notion de points de contact entre les courbes et les approxima­
tions que l’on peut en déduire au moyen de polynômes et de développement
en série de puissances, enfin le concept d ’équation différentielle, toujours
en se référant aux cas les plus élémentaires.

2. — La fonction constante f(x ) = a0

Représentation graphique : une droite horizontale.

Signification de ao : distance de la droite à l’axe des x.


Si ao > 0, la droite est au-dessus de l ’axe des x ;
si ao < 0, la droite est au-dessous de l ’axe des x;
si ao = 0, la droite est confondue avec l’axe des x.

Équations, inégalités, limites : l ’équation (à une inconnue x , qui n’y figure


pas effectivement)
ao = 0

soit n’a pas de solution, si ao 0, soit en a une infinité (x étant arbitraire)


si ao = 0.
L’inégalité ao > 0

est de la même façon vérifiée pour toute valeur de x si ao est positif, et n ’a pas
de solution si ao est négatif.
' Ênfin, si xq est tin nombre réel quelconque,

lim ao — ao.
, x x9 .

La conclusion est la même si xo = oo.

lim ao = ao.
X-> 00
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 3
Conditions imposées pouvant être satisfaites par la fonction : on peut se proposer
que la droite représentative passe par un point déterminé. En d’autres termes
cela veut dire que pour x = xo, y doit prendre une valeur donnée y = y o;
ceci détermine donc la valeur de la constante ao : «o = .yo- Toutes les autres
conditions que l’on pourrait poser sont nécessairement équivalentes à celle-ci.
Il n ’existe pas de fonction constante vérifiant deux ou plusieurs conditions
indépendantes, par exemple, que la droite passe par deux points déterminés
(à moins que ces deux points n’aient la même ordonnée, auquel cas la seconde
condition, loin d ’être incompatible, devient superflue).

Accroissement : Ay = 0. (voir fig. 1).

Rapport de croissance :
^ = — = 0
Ax Ax
Dérivée :

y9= lim - ^ = lim 0 = 0.


Ax —
> 0 AX A* _> o

Équation différentielle : Supposons (c’est l’inverse du cas précédent) que y ' = 0


pour tout un intervalle : il en résulte nécessairement que y = constante (en
effet, y = j y ' dx + C = JO âx + C = 0 + C, C étant une constante arbitraire).
Ceci s’exprime en disant que la famille des fonctions y = C, c ’est-à-dire
l ’ensemble de toutes les fonctions constantes, constitue l’intégrale générale
de l’équation différentielle y' = 0 (c’est-à-dire donnent la solution du pro­
blème qui consiste à trouver les fonctions satisfaisant à la condition y ' = 0,
condition que l’on appelle équation différentielle, parce qu’elle exprime une
propriété de la dérivée, et plus précisément, équation différentielle du premier
ordre parce qu’elle contient seulement la dérivée première).
4 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Intégrale : f%ao dx = ao(x — a) (il suffit là de rappeler la signification géomé­


trique de l ’intégrale : c ’est dans ce cas la surface du rectangle ayant pour
base x — a, et pour hauteur ao; cf. fïg. 2).

Approximation d'ordre 0 : Supposons que l’on connaisse la valeur yo d’une


fonction y = /(x ) correspondant à une valeur xo de x : on connaît donc un
point Po(xo, Jo) de la courbe représentative de la fonction (fig. 3). On sait

seulement de la fonction (à part la valeur qu’elle prend pour xo) qu’elle est
continue en xo : c’est-à-dire que lim f(x ) = /(xo). Ceci signifie, intuitivement,
•C—
que pour les valeurs de x voisines de xo, la valeur de y est voisine de yo (x).

0 Pour le démontrer plus rigoureusement, on se reportera à la définition d ’une limite : soient


deux droites horizontales entre lesquelles soit comprise la droite d ’équation y = yo (par ex. les
droites y = yo — e, y = yo + e). Il existe toujours un intervalle a au voisinage de *o dans
lequel la courbeest comprise entre les droites données. Ainsi, pour x appartenant à cet inter­
valle, on aura jfo — e < y < yo + e (e désignant un nombre positif quelconque).
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 5
Si Гоп prend donc yo comme valeur de f(x ) au voisinage de xo, Гоп
obtient une approximation (en général assez grossière) de f(pc). Ceci revient à
remplacer la fonction y = f(x ) par la fonction y = f ( x o) = yo. Cette approxi­
mation est dite d ’ordre zéro, et se fonde sur cette seule notion : que l’erreur
commise en prenant yo comme valeur de y tend vers zéro lorsque x ->■ xo.
Ceci peut se déduire immédiatement de l ’hypothèse lim y = yo. Toutefois,
on ne peut rien affirmer de plus quant à la « qualité » de l ’approximation,
sans en savoir plus sur la fonction : on ne peut pas dire, par exemple, si l’erreur
est positive ou négative (x), pour une valeur donnée de x, (sur la figure, elle
serait positive pour x > xo, négative pour x < xo; mais tous les autres cas
sont également possibles : erreur toujours positive, ou positive seulement
pour л; < xo, négative pour x > xo, ou bien encore toujours négative : le
lecteur peut s’exercer à tracer les représentations graphiques de ces différentes
possibilités). De même, on ne peut pas fixer une limite pour l’erreur, c’est-
à-dire déterminer, par exemple, un intervalle au voisinage de xo pour lequel
l’erreur absolue commise, | y — yo |, soit inférieure à 1/10.

3. — La fonction linéaire f(x ) = ao + eux (2)

Représentation graphique : droite dans une position quelconque, à l ’exclusion


des droites verticales.

Signification de ao : ordonnée de l’intersection avec l’axe des y , ou ordonnée


à l’origine (c’est-à-dire valeur de /(0)).

Signification de ai (voir fig. 4 et 5) : accroissement de la fonction par


unité d ’accroissement de x [en effet, pour à x = 1, Ay = f ( x + 1) — f(x )
= ao + ai(x + 1 ) — (ao + aix) = ai]. Si l ’on suppose que la variable x
est le temps (et dans ce cas on utilise habituellement la lettre t)9 on peut dire
que ai est l’accroissement de la fonction par unité de temps. Si f ( t) représente

C1) Si / est un nombre et / une approximation de / , Ton appelle erreur d ’approximation la diffé­
rence E — f — /. Par conséquent, / est appelée valeur par défaut si E < 0, valeur par excès si
E > 0. Inversement, la différence R = / — / e s t appelée reste; puisque l’on a E = — R , évaluer
le reste revient à évaluer l’erreur, et si une restriction vaut pour E, elle vaut également pour R et
inversement.
(2) On utilise souvent d ’autres notations pour la fonction linéaire, telles que f(x ) = ax + b,
ou / ( x) = mx + q. Cependant, lorque l’on veut étudier systématiquement les polynômes de degré
0, 1, 2, 3, etc., il convient de les indiquer par des symboles du type ao, ao + aix, ao + aix + a 2 X2,
ao + aix + a 2 X2 + a3x 3, c’est-à-dire en disposant les puissances de x par ordre croissant, et en
appelant aie le coefficient de x k. Les avantages d ’une telle notation sont évidents, et apparaîtront
lorsqu’on étudiera les séries de puissances, dont les polynômes peuvent être considérés comme des
cas particuliers, c’est-à-dire des séries de puissances dont les coefficients sont nuis à partir d ’un
certain moment (voir le paragraphe Séries de puissances).
6 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

la distance parcourue par un mobile au cours du temps t, ao repère la position


initiale de ce mobile (c’est-à-dire la distance qui le sépare, à l ’instant zéro,
d’une origine déterminée), ai représente la vitesse du mouvement qui est

qualifié, comme on le sait, d ’uniforme (vitesse constante). Comme il résulte


de théorèmes bien connus que
ai = tg a,

a étant l’angle formé par la droite avec la partie positive de l’axe des x, on a
coutume de dire que ai est le coefficient angulaire de la droite, ou coefficient
de pente, ou plus simplement pente.
Cette dernière dénomination est plus simple et on l’emploiera de préférence,
car la notion de coefficient angulaire n’a vraiment de signification que si x
et y représentent des grandeurs homogènes (par ex. des nombres purs ou des
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 7
longueurs, etc.); si les grandeurs sont, par contre, hétérogènes (par exemple,
temps sur l’axe des x et longueur sur l’axe des y ), la dérivée (ici le coefficient a±)
constitue toujours, dans un certain sens, une mesure de la pente (ici la vitesse
mesurée dans un système d ’unités données), alors que l ’angle a (et donc tg a)
n’aura qu’une signification accidentelle, accessoire, dépendant du choix des
unités de mesure des différentes grandeurs (comme le temps et la longueur)
portées respectivement sur les deux axes.

Cas particuliers (voir fig. 6).


ao = 0, soit y = a±x : droite passant par l ’origine des axes.
a± = 1, soit y = ao + x : droite parallèle à la première bissectrice,
confondue avec celle-ci si ao = 0.
ai = — 1, soit y = ao — x : droite parallèle à la 2e bissectrice, confondue
avec celle-ci si ao = 0.
a± = 0, soit y = ao : droite horizontale, coïncidant avec l ’axe des x
si ao = 0 (voir n° 2).

Parallélisme et orthogonalité.
y = ao + aix
y' = ao + aix

sont les équations de droites parallèles si ai = a'i, de droites orthogonales (ou


perpendiculaires) si ai = — 1/a'i. La première affirmation est évidente, étant
donné la signification de ai et a \ \ la seconde (qui n ’a de signification véritable
que si x et y sont les mesures de grandeurs homogènes, ce pour des raisons
analogues à celles envisagées ci-dessus à propos du « coefficient angulaire »)
8 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

résulte directement de la similitude des triangles ABC et DAC (fig. 7) pourvu


que l’on tienne compte des signes.

Équations, inégalités, limites.


L’équation
ao + a±x = 0

a toujours une solution et une seule (racine de l’équation) si a± ^ 0 :

x = — ao/ai.

Dans le cas ai = 0, on est ramené au cas déjà envisagé : ao = 0. Si l’on connaît


la racine ai de l’équation ao + a\x = 0, l’équation prend nécessairement la
forme ai(x — ai) = 0. En effet, de /(a i) = 0, c’est-à-dire de ao + aioci = 0,
on déduit ao = — aiai, et le premier membre peut s’écrire

ao 4“ a\x = — aiQLi -f- a\x = ai(x — ai).


L’inégalité
ao + aix > 0 (ai =£ 0)
est résolue par
x > ai si ai > 0,
x < ai si ai < 0

avec ai = — aojai (voir fig. 8).


Enfin (*o désignant un nombre arbitraire),

lim f( x ) = / (jco) = ao + aixo (continuité de /(* ))


X -*X q

lim J (x) = oo
£-»00
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 9
et, plus précisément :
+ 00 si ai > 0
lim (ao + a\x) = (V. fig. 8)
Æ
—>+00 — 00 si ai < 0
— 00 si ai > 0
lim (ao + aix) = (V. fig. 8).
X -y—ao + 00 si ai < 0

Fig. 8.
Conditions pouvant être imposées à la droite y = ao + a\x :
a) Passer par deux points donnés Po(xo, ^o) et P\(x\, yi).
L’équation de la droite est

y = yo + yi- _ O — *o), (1)


^1 aO

ce qui se vérifie immédiatement (en posant x = xo, le facteur x — xo s’annule


et l’on obtient y = yo; en posant x = xi, on simplifie le facteur x i — xo par
le dénominateur x i — xo, ce qui permet d ’éliminer les éléments — yo, yo,
et l’on obtient y = ji).
Il en résulte donc :
yoxi — yixp
a0 =
Xl — Xo
= y i — yo
ai
Xi — Xo
Ce dernier résultat est évident (voir également le « rapport de croissance »).
On reviendra ultérieurement sur la façon d ’obtenir l’équation (1) (au lieu de
la vérifier « a posteriori »).
R emarques : L’équation (1) n’est plus vérifiée si xo = x \ (droite verticale).
Si yo = y i on est ramené au cas déjà étudié de la fonction constante/(x) = ao.

b) Passer par un point donné P o{xq, yo), avec une pente donnée ai.
L’équation de la droite est
y = yo + ai(x — xo) (2)
10 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

En effet, (x, y) étant un point quelconque de la droite cherchée, Ton doit


avoir
y — yo
ai (2 ')
X — Xo

d’où l ’on déduit l’équation (2), donc ao = yo — a±xo.

(b') /(x ) vérifie une condition linéaire {voir remarques suivantes) et a une racine
donnée.
Si le polynôme du premier degré f{x) = ao + ayx a pour racine ai [/(a i) = 0],
il a nécessairement la forme /(x ) = a\{x — ai) (voir démonstration ci-dessus).
Le coefficient a± demeure arbitraire, et peut être fixé par une autre condition
linéaire.

R e m a r q u e s : Des conditions telles que a) et b) sont appelées conditions linéaires


parce qu’elles conduisent à un système d ’équations linéaires ayant pour incon­
nues les coefficients. On ne considérera, à partir de maintenant, que des condi­
tions linéaires. On peut imposer à une droite d ’autres conditions que a) et b \
suffisant à la déterminer; mais ces conditions ou ne sont pas linéaires, ou
peuvent être aisément exprimées en termes de a) et b). Par exemple, fixer une
racine ai de /(x ) équivaut à fixer un point de la droite : l ’intersection (ai, 0)
avec l ’axe des x.
Accroissement :
Ay = ¿ziAx (parce que / (x + Ax) — / (x)
= ao + ai(x + Ax) — {ao + aix) = tfiAx), (v. fig. 4).
Les accroissements de la fonction linéaire sont proportionnels aux accroisse­
ments de la variable indépendante {1).

(x) Cette propriété est caractéristique de la fonction linéaire : en effet, si Ay = a iA x , on a


(en posant * — xo = A x, y — yo = Aj>) y — yo = ai(x — xo). D ’où la fonction linéaire
y = ao + aix où ao = yo — aixo. Il est clair que ao reste indéterminé si l’on ne fixe pas d ’autres
conditions. Si l’on suppose xo = yo = 0, il en résulte ao = 0, A x = x , A y = y et la fonction est
y = a\x\ alors, la courbe correspondant à la loi de proportionnalité directe est une droite passant
par l’origine.
Il est utile de noter qu’une autre loi élémentaire d’usage pratique fréquent, exprime d ’une façon
simple qu’une grandeur varie en fonction linéaire d’une autre : il s’agit des variations en progression
arithmétique. Cette dernière loi n ’est en fait qu’une restriction de la fonction linéaire y = ao + aix
à des valeurs entières de la variable indépendante x, et plus précisément à l’ensemble des entiers
non négatifs.
Les valeurs correspondantes de y, soit yo, yi, y 2 , ... forment une suite numérique telle que la
différence entre deux termes consécutifs (appelée raison) est constante, c’est-à-dire, selon une
terminologie bien connue, une progression arithmétique. La raison n ’est autre que la pente ai comme
ôn l’a déjà démontré (accroissement de la fonction y par accroissement unitaire de x).
Très souvent, la variable indépendante est le temps, dont on considère des valeurs entières en
prenant comme unité de mesure par exemple l’année. Une application classique dans le domaine
économique est la théorie de Malthus selon laquelle la population, augmentant en progression
géométrique (de telles progressions seront analysées ultérieurement au titre de la fonction expo­
nentielle), est condamnée à l’appauvrissement, car les moyens de subsistance croissent seulement
en progression arithmétique. Dans le domaine financier, on citera à titre d’exemple la loi de capi­
talisation simple, selon laquelle un capital unité donne chaque année i francs de telle sorte que la
valeur du montant du dépôt (somme du capital et de l’intérêt produit, les intérêts ne faisant pas
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 11

Rapport de croissance
Ay aiAx
= ai = pente.
Ax Ax
Dérivée :
y' = f'(x ) = lim ai = a± = pente.
AX^O

Equations différentielles.

y' = a : Équation différentielle caractéristique de toutes les droites ayant


pour pente a; en effet l’intégrale générale correspondante est
y = C + §a dx = C + ax, où C est une constante arbitraire.
Si on impose à la solution de vérifier la condition supplémentaire
de valoir yo pour x = xo (c’est-à-dire que la droite représentative
passe par le point (xo, yo)) la constante C, et par conséquent la
solution de l’équation différentielle, est déterminée de façon unique.
Cette solution particulière est appelée intégrale particulière de
l ’équation différentielle donnée. Par exemple, si l’on se donne la
vitesse d’un mobile, supposée constante, v (on a en général
v = ds/dt = la dérivée de l’espace par rapport au temps), l ’équa­
tion du mobile sera s = C + vt; si l ’on fixe également la position
initiale ¿o du mobile (c’est-à-dire, la distance du mobile de l’origine
à l ’instant t = 0) on obtient so = C + vO = C; et l ’intégrale
particulière qui est solution au problème est : s = so + vt.

y ' = yjx : Équation différentielle de toutes les droites passant par l ’origine.
On peut immédiatement vérifier que son intégrale générale est
y = Cx (C étant une constante arbitraire) : on a en effet dans ce
cas, y ' = C, et en remplaçant C par y ' dans l ’équation y = Cx
on obtient y = y'x, ou encore y ' = yjx. Pour trouver cette solution
au lieu de la vérifier à postériori il convient d’exprimer y ' comme
étant le rapport dy/dx de deux différentielles et de séparer les
variables, c’est-à-dire d’inscrire tous les termes en x dans un membre
de l’équation et tous les termes en y dans l ’autre membre.
dy __ y ^ dy _ dx
dx x5 y x
Ayant interprété les deux membres dy/y et dx/x comme étant deux
différentielles il suffit de se rappeler que les différentielles de deux
l’objet d’une capitalisation) est au bout de 0, 1, 2 ,... années respectivement 1, 1 + i, 1 4- 2/,....
Ce sont là les termes d ’une progression arithmétique de raison L En désignant par t le temps (mesuré
en années) on peut dire que ces valeurs sont celles prises par la fonction linéaire f(t) = 1 + //,
(de pente i) pour des valeurs entières de t.
12 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

fonctions sont égales dans un intervalle donné si et seulement si


les fonctions correspondantes ne diffèrent que d ’une constante C (x);
il en résulte :

= J ^ + Cte c’est-à-dire ln y = ln x + Cte

d’où l’on déduit que ln y — ln x est constant; ln y/x = constante


et par conséquent y/x = constante. Si l’on appelle C cette dernière
constante on a y/x = C, c’est-à-dire, y = Cx. Une équation à
laquelle on peut appliquer le procédé de résolution qui vient d’être
envisagé est dite équation à variables séparables.
On remarquera que cette équation diffère de celles qui ont été
envisagées jusqu’à présent car, outre la dérivée de la fonction
inconnue, elle fait intervenir cette fonction elle-même.

y" = 0 : Équation différentielle du 2e ordre (la dérivée d’ordre maximum


est la dérivée seconde) caractéristique de toutes les droites. On a
en effet par une première intégration :

lO dx — Ci “b O — Ci

Ci étant une constante arbitraire, et l’on en déduit par une seconde


intégration

C q étant une constante arbitraire.

L’intégrale générale est donc y = f(x ) = Co + C±x; il s’agit


d’une famille doublement infinie de fonctions, c’est-à-dire telle
que toute fonction de la famille est déterminée par la valeur de
deux constantes arbitraires. Si l ’on fixe la valeur de ces constantes
on obtient une intégrale particulière; il est utile de remarquer que
compte tenu de /(0 ) = Co, /' ( 0 ) = Ci, donner une valeur aux
deux constantes revient à fixer la valeur de la fonction et de sa
dérivée à l’origine, c’est-à-dire l ’intersection de la droite avec
l ’axe des y et la pente de la droite au point d ’intersection.
C1) Rappel : on entend par différentielle d ’une fonction y = /(x) le produit dy = /'( x ) dx
(dx = A x si x est une variable indépendante). Aux diverses règles de dérivation des fonctions
correspondent autant de régies de différentiation. Par exemple, si u et v sont des fonctions de x, on a
d(w ± v) = («' ± v') dx = u' dx ± v' dx = du ± dv. Il s’ensuit que si du = dv (dans tout un
intervalle), on a u = v + C. En effet, on a successivement du — dv = 0, d(w — v) = 0, (u' — v')
dx = 0, et, dx étant arbitraire, u' — v' = 0.
Pour justifier le raisonnement adopté dans le texte, il serait nécessaire de donner encore quelques
précisions que l’on omettra pour plus de brièveté. Il s’ensuit (voir Équations différentielles au n° 2)
u — v = Cte.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 13

Intégrale :

Le résultat se prête à une démonstration géométrique immédiate (voir fig. 9):


*X

(¿7o + ¿7, x) dx = Surface R + Surface T


a

F ig . 9.

(où R et T désignent le rectangle et le triangle dessinés sur la figure), et l’on a

surface R = (x — à)f(a) = (x — a) (ao + a\d)


1 1 2
surface T = - (x — a) • ¿7i (jc — a) = - ai(x — a) .

Ayant effectué les calculs on trouve les résultats ci-dessus. Soit F(x) la fonc­
tion ainsi définie : pour prouver analytiquement qu’elle vérifie l’équation
intégrale considérée on doit démontrer que F'(x) = ao + a\x et F(a) = 0,
relations que l’on peut vérifier immédiatement.

Approximation du premier ordre.


Étant donné une fonction continue et dérivable y = f(x ) on suppose connues
les valeurs prises pour x = xo par f(x ) et sa dérivée première : yo = f ( x o),
yô = / ' ( * o).
14 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Au point Po(*o, >'o) de la courbe représentative de y = f ( x ) l’équation de la


tangente est :
y = <p( x) = yo + yô(x — Xo) 0 )

(x) Ceci peut se démontrer directement en rappelant que la tangente à la courbe au point A (xo, jo)
est la limite de la sécante AB quand B -> A, le long de la courbe (voir figure correspondante).

Étant donné que (comme dans notre hypothèse cela peut se démontrer) il est équivalent de dire
r Av
que B A sur la courbe ou que A x -> 0, la droite tangente aura pour pente ^ = / '(*o).

Pour cette raison, la dérivée première de f( x ), calculée en un point xo, est appelée pente de la courbe
en ce point.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 15
Si, au voisinage de xo, on prend comme valeur de /(x ) la valeur de <p(x)
(voir fig. 10), on obtient une valeur dite de première approximation (ou approxi­
mation du 1er ordre).
On peut également dire que l’approximation du 1er ordre consiste à prendre
comme ordonnée d’un point P de la courbe celle du point Q ayant une abscisse
égale sur la tangente au point Po; en d’autres termes cela consiste à remplacer
un petit arc de courbe par un petit segment de tangente.
L’erreur, c’est-à-dire la longueur du segment PQ (positive si Q est au-dessus
de P et négative dans le cas contraire), est donnée par <p(x) — f(x) ; le reste
est l’inverse, c’est-à-dire,

/ ( x ) — 9o(x) = / ( x ) — / ( x 0) — f ' ( x 0)(x — xo) = A y — f ' ( x 0) Ax.

Ce reste (et par conséquent l’erreur également) tend vers zéro quand x xo,
c ’est-à-dire quand Ax —> 0 ; on peut de plus affirmer que le reste tend vers zéro
plus rapidement que x (voir sur la figure 10 comment PQ décroît quand
Àx —> 0). Ceci revient à dire que :

reste f( x ) — <p(x)
hm —r— lim
Ax~>0 Ax A#->0 Ax
est nul.
La démonstration est immédiate :

f( x ) — <p(x) _ Hm A y — f ' ( x 0)Ax


lim
A£->0 Ax A X -,0 Ax

= /'(*<>) — / ' ( * o) = 0.

Le reste (et par conséquent l ’erreur) est non seulement absolument inférieur
à Ax (pour Ax 0) mais également toujours inférieur en pourcentage. Cepen­
dant, si l’on ne connaît de la fon ction /(x) que ses valeurs /(xo) et /'(x o ),
(c’est-à-dire, en se référant à la représentation graphique, un point et la pente
de la courbe en ce point), on ne peut donner aucune autre précision sur cette
approximation. On ne peut pas, par exemple, fixer une limite de l ’erreur,
connaissant x, ni dire si celle-ci est positive ou négative, etc.
Compte tenu du fait que si / "(xo) > 0 la courbe tourne sa concavité vers
le haut, au point d ’abscisse xo, si /" (x o ) < 0 la courbe tourne sa concavité
vers le bas, on peut savoir, en connaissant / " ( x o), si l ’erreur est effectivement
positive ou négative au voisinage immédiat de xo; mais il est impossible de
déterminer exactement ce voisinage.
On peut remarquer d’ores et déjà qu’il ne suffit pas de connaître /(x ) et un
nombre quelconque de ses dérivées en un point donné pour obtenir une borne
de l’erreur commise en employant une certaine méthode d’approximation.
16 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Interpolation linéaire.
Connaissant deux valeurs yo et y i d ’une fonction y = / ( x), correspondant
à deux valeurs de x, xo et xi = xo + Ax, et sachant que cette fonction est
continue entre xo et x±9 on se propose d’indiquer une méthode pour déterminer
approximativement /(x ) pour des valeurs de x comprises entre xo et xi
(on pourra d ’ailleur utiliser la même méthode, moyennant certaines restrictions,
pour des valeurs de x extérieures à Pintervalle (xo, xi)). On supposera, à cet
effet, que dans l’intervalle (xo, xi) les accroissements de /(x ) sont proportionnels

à ceux de x , ou, en d’autres termes, que, dans cet intervalle, la fonction /(x )
peut être confondue avec le segment de sécante compris entre xo et x i (voir
fig. 11).
L’équation de cette sécante est (voir formule (1) et la note (*) en bas de
la page 14) :

y = fix o) + (X — Xo) = fix ) (3)

Ax = xi — xo, Ay = f { x o + Ax) —/(xo).


Si les valeurs de/(jc) sont données par une table correspondant à certaines
valeurs de x en progression arithmétique, la formule (3) permet d ’obtenir,
pour des valeurs de x intermédiaires, une valeur approchée de /(x ). On appelle
pas la raison Ax de la table. Il est fréquent d’avoir affaire (tables de logarithmes,
financières, etc.) à un pas unitaire (Ax = 1 ) . Alors

y = fixa) + A j(x — Xo). (3')


RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 17
On appelle l'accroissement Aj; : « différence tabulaire », puisqu’on peut la
déduire des tables (et elle est parfois donnée explicitement).
Les équations (3) et (3') permettent de résoudre, de façon approximative,
le problème inverse, c ’est-à-dire de remonter de y à x au moyen de la table
(sous réserve que dans l’intervalle (xo, * 0 la fonction /(x ) soit continue et
monotone) : étant donné y tel que /(xo) < y < /(x i), avec /(x ) croissante,
trouver x. On obtient (en résolvant l’équation (3) par rapport à x :

x = x° + O — f ( x 0» (4)

ou bien, si Ax = 1,
y — /(* o) (4')
X = xo +
Ay
En supposant les signes de f ' ( x ) et de f " ( x ) connus et constants entre
xo et x i (si la fonction /(x ) est dérivable deux fois), on peut préciser si l ’approxi­
mation obtenue l’est par défaut ou par excès (tant dans le problème direct
que dans le problème inverse). Les figures 12, 13, 14, 15, où l’on désigne par/
r> 0;f">0 r < 0 ;f" > 0 r > Q :f" >0
r>0;f'<0
7 par excès f_ p a r d é fa u t f P ar e x cè s f P ar défaut
x p a r d é fa u t x par excès x p a r excès x p a r défaut

la valeur de / donnée par l’équation (3), et par je, la valeur de x fournie par
l’équation (4), illustrent les diverses possibilités.
On verra au titre du numéro suivant comment il est possible de déterminer
une limite de l’erreur si l’on connaît une borne de/ "(x) dans l’intervalle (xo, xi).
Appliqué à un point extérieur à l’intervalle (xo, *i), le procédé envisagé ici
est dit d 'extrapolation; dans ce cas, pour déterminer une limite de l ’erreur,
f " ( x ) doit être bornée (par un nombre connu) dans tout l’intervalle compre­
nant le point examiné et les deux points donnés.
Erreur dans Vapproximation d'ordre zéro.
Considérons une approximation d ’ordre zéro, que l’on appelle également
interpolation d'ordre zéro, ou mieux encore extrapolation, étant donné que
F inetti. — Leçons de mathématiques financières 2
18 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

l’intervalle entre les points donnés se réduit à un point. Soit x± le point où l’on
prend yo = f( x o) comme valeur de f(x). L’erreur commise sera :

E = — R = f(x o) — f ( x i) (R = reste).
et il est possible de trouver une limite à E s i / '(x) est bornée sur tout l’intervalle
(xo, Xi).

Soit encore y = ifj(x) l’équation de la droite passant par les points (xo,/ ( * 0))
(* i,/(* i)), (voir fig. 16) on a :

\ , / (*i) — / (x0) , .
y = 4>(x) = yo + - ± - r — tt " (x — xo);
XI — Xo

donc

y = *Kx) = JO + ------- — (x — Xo).


Xi AO
La fonction
F(x) = f ( x ) — >p{x),

c ’est-à-dire l’expression du reste dans l’interpolation linéaire obtenue avec


la droite d ’équation y = ifj(x), s’annule manifestement pour jc = xo et pour
x = xi; donc, si f(x ) est dérivable dans cet intervalle (et F(x) l ’est également
dans ce cas), il existe en vertu du théorème de Rolle, un point f contenu dans
l’intervalle tel que F'(£) = 0, et donc que :
R
/ '( £ ) - № = / '( £ ) = 0.
*i — xo
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 19
Il s’ensuit
R = / ' ( £ ) ( * i — *o)
et donc, si A est un nombre positif strictement supérieur à | f'(x ) \ dans l ’in-
tervalle (xo, x i)9 on obtient la majoration désirée :

\R \ = | £ | < A |x i — x 0 |.

4. — La fonction du second degré f(x) = ao + dix + cizx2

Courbe représentative : parabole à axe de symétrie vertical (x).

Signification des coefficients :


ao : ordonnée de l’intersection avec l ’axe des y (en effet,/ ( 0) = ao);
a\ : pente de la parabole à l’origine (en effet f'(x ) = ai + 202*, et donc
/'(O) = ai); on remarque que l’équation de la tangente en ce point, c ’est-
à-dire l’approximation du premier ordre de f(x ) au voisinage de l’origine,
s’obtient en supprimant dans l ’équation le terme du second degré :
y = ao + aix (voir fxg. 17).
«2 : si ¿*2 > 0, la concavité de la courbe est tournée vers le haut, et si a% < 0,
vers le bas (on a, en effet, f" {x ) = la i).

(x) Quoique la forme de la courbe soit bien connue, elle conduit parfois à commettre une grave
erreur : celle de la dessiner comme une hyperbole (comme si elle avait des asymptotes obliques).
En fait, les deux branches de la parabole tendent à devenir parallèles à l’axe des y. Cela ne veut
pas dire pour autant que la courbe a des asymptotes verticales : la longueur de la corde horizon­
tale croît à l’infini, lorsque y tend vers l’infini.
20 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Symétrie, sommet.
On peut écrire le trinôme 00 + a\x + 02X2 sous la forme

40002 — 01 , ( , 01 V
“ U ----- + H * + W ; <5)
l’identité peut être vérifiée en effectuant les calculs indiqués dans le second
membre.

A des valeurs opposées de ( x + correspond la même valeur de

0i
(x +è ) etdonc def(x). Valeurs opposées de x + — correspondent à des

points équidistants de la droite verticale d’équation x = — : celle-ci


est donc axe de symétrie pour la parabole. Le point de la courbe qui se trouve
sur l’axe de symétrie est le sommet de la parabole. Ses coordonnées sont
données par l ’équation (5) :
0i
x =
2&2
40002 — 01
y =
402 '
Cas particuliers.
0o = 0 : la parabole passe par l’origine;
a\ = 0 : l’axe de symétrie coïncide avec l’axe des y;
0o = 0 i = 0 : le sommet se trouve à l ’origine;
4ao02 — 0i 2 = 0 : la parabole est tangente à l’axe des x (dans le cas contraire
elle est sécante ou non sécante selon que 40002 — 0i 2 > 0).

Equations, inégalités, limites.


La formule de résolution de l’équation ao + 0ix + 02X2 = 0 (que l’on
obtient directement à partir de l’équation (5)) est classique :

— 01 ± v 0i — 40002
x = -----------------------------
202
Si l’on désigne ces deux racines par ai et a2, on obtient par calcul :

, 01
ai + a 2 = -------
02
(6)
00
a i a2 = —
02
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 21
Si, inversement, on fixe la valeur des racines ai et 0L2 , on a nécessairement

/ ( * ) = 02 (* — ai) (x — 0L2) (7)

où 02 est indéterminé (mais toujours ^ 0). On a évidemment /(a i) = 0 et


/ ( a 2) = 0 ; et les égalités (6) prouvent l’identité de cette expression avec l’équa­
tion originale de f { x \ soit, en effectuant les produits dans l’équation (7) :

a2<xicc2 — 02(ai + ol2)x + 02*


identique à
00 + 01 * + 02 *

Les racines ai et a2 peuvent être réelles et distinctes, réelles et confondues,


ou bien complexes et conjuguées selon que A > 0 , A = 0, A < 0 puisque
l ’on a A = a i2 — 4aoa2 (discriminant de l’équation). Selon les valeurs de A
(voir également coordonnées du sommet), la parabole a deux points d’inter­
section avec l’axe des x, est tangente à cet axe, ou n ’a pas de points communs
avec lui.
L’inégalité
f(x ) = ao + a\x + a 2X > 0

peut donc être résolue immédiatement comme suit (voir fig. 18 et 19) :

X < ai OU X > CL2 si 02 > 0, A > 0


x ^ ai = a2 si 02 > 0, A = 0
x quelconque si 02 > 0, A < 0
ai < x < oc2 si 02 < 0, A > 0
aucune solution si
02 < 0, A = 0
aucune solution si
02 < 0, A < 0.

Les conclusions trouvées pour 02 > 0 s’échangent avec celles trouvées


pour 02 < 0, dans le cas de l’inégalité f(x) < 0. On a enfin (désignant par xo un
nombre arbitraire)
2 2
lim (00 + 01* + 02-X ) = 00 + 01*0 + 02*0
X-*Xq
(continuité de/(;c));
2
lim (00 + 01* + 02* ) = 00
X->co
22 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIERES

et plus précisément
2
lim (ao + a±x + d 2X ) = + oo si 02 > 0
£->oo
2
lim (ao + 0i* + d 2X ) = — oo si d2 < 0.
Æ->00

Ceci peut se déduire de façon analytique de la courbe représentative (voir


fig. 18, 19) :

lim (do + d±x + d2X2) = lim + — + d2 )*


£->oo £->oo \x X J

r x 2 = <f 00 si Û2 > 0
= d 2 bm
£-»00 ( 00 si #2 < 0*
A>o A=o A<o

a^a2 x
c?2>0

al = a!
X

A>0 A=o ¿ko


a2<0
F ig . 18-19.

Conditions pouvdnt être imposées à lo pdrdbole :

a) Pdsser por trois points quelconques (*o, .yo), (*i, Ji), (x2, J 2).

L’on doit résoudre le système (à trois inconnues ¿zo, a±9 0 2 ) :

00 + 01*0 + 02*0 = yo

ao + 01*1 + 02*1 = y i
00 + 01*2 + 02*2 = y2l

il est évident que dans des cas particuliers (par exemple si l’un des points
donnés est l’origine), on peut procéder à la résolution de façon beaucoup
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 23
plus simple qu’en appliquant le théorème de Cramer, auquel on a recours
ici pour résoudre le cas général.
Le déterminant des inconnues est
11 xo *o2
11 Xi Xi2 (X 2 — X i) (X 2 — X 0) ( X i — XQ) ,
11 X2 X22

et il est donc certainement différent de zéro si xo ^ xi, xo ^ X2, x i / X2,


(c’est-à-dire si les points ont des abscisses différentes deux à deux). Le système
a donc toujours une solution et une seule, à condition que les points donnés
soient distincts. On écarte les solutions telles que <22 = 0 (les trois points sont
alignés), à moins d ’accepter des solutions « dégénérées » (droites au lieu de
paraboles).
L’équation de la parabole passant par les trois points donnés peut s’écrire
sous la forme :

(x — x i)(x — x 2) (x — Xp) (x — X2)


y = / ( * ) = yo
(xo — Xi) (xo---X2) ^ 1 (xi — x0)(x i — x2)
(x — Xo)(x — xi)
+ y2
(X2 ---X0)(X2 ----Xi)
(8)
On vérifie immédiatement qu’elle répond au problème posé. L’équation (8)
est un cas particulier d ’une formule qui sera reprise sous peu dans cet exposé.
b) Passer par deux points distincts (xo, yo), (xi, yi) et avoir une pente donnée y'0
en l’un de ces points.
Les relations suivantes devront être vérifiées :
. , 2
ao + aixo + a2Xo = .yo
ao + aiX! + a2x\ = y i
a± + 2 a 2Xo = yo
si le point où l ’on fixe la pente est le point (xo, 70).
Le déterminant des coefficients est — (xi — xo)2 et le problème a donc
une solution et une seule, si les points fixés sont d ’abscisses différentes.
c) Passer par un point (xo, yo) en ayant une pente y'0 et une dérivée seconde y"o
données en ce point.
On devra avoir
ao + a\Xo + ¿Z2X0 = yo
ai + 2fl2xo = yo
2a2 = yo
24 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

où le déterminant des coefficients est


11 Xo Xo2

0 1 2xo = 2.
0 0 2
Le système a toujours une solution et une seule, non dégénérée si ÿ'o ^ 0.
Si xo = 0, donc si les conditions sont fixées à l ’origine, le système se sim­
plifie : les facteurs constants disparaissent, et l’on obtient directement les
coefficients :
ao = yo, ai = yb, la 2 = yo

d) f(x) vérifie une condition linéaire et admet deux racines données.


Si le polynôme du second degré
2
/ (x) = ao + a±x + a2x

admet les deux racines ai et a2, il a nécessairement la forme

f(x ) = a2(x — ai)(x — a2)


comme on l ’a vu ci-dessus.
Seul le coefficient a2 demeure arbitraire : on peut fixer sa valeur au moyen
d’une condition linéaire.

Accroissement :
2
Ay = (ai + 2æ2x)Ax + a2Ax ;
en effet,

f ( x + Ax) — / (x) = ao + ai(x + Ax) + a2(x + Ax)2


— (ao + a\x + a2x ) = etc.
Rapport de croissance :

= <m + - n + a » + «A x.
Ax Ax
Dérivée :

y ' = /'(* ) = lim (ai + 2a2x + û2Ax) = ai + 2a2x.


Aæ-*0 Ax Arc_>0

Équations différentielles.
= ax + Z> : équation différentielle caractéristique de toutes les paraboles
ayant la même pente aux points d ’abscisse égale; en particulier,
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 25
le même axe de symétrie. L’on trouve en effet comme intégrale
générale :

y = C -|- ^ ([cix -f- U) dx = C + bx -J- —clx .

Les paraboles de cette famille se déduisent l ’une de l ’autre au


moyen d’une translation parallèlement à l’axe des y;

y ' = 2y/x : équation différentielle caractéristique de toutes les paraboles


ayant leur sommet à l ’origine. On a en effet, en séparant les
variables :
dy
ln y = 2 ln x + ln C.
y
où l’on a désigné la constante par ln C pour plus de commodité ;
il s’ensuit :
ln y = ln Cx
donc
y = Cx
ÿ" = 0 : équation différentielle (du troisième ordre, puisque la dérivée
du plus grand ordre qui y figure est la dérivée troisième)
caractéristique de toutes les paraboles. On a en effet, en inté­
grant deux fois de suite et en désignant par C2, Ci et Co trois
constantes arbitraires :
y” = C2;
y r = Cl -j- ~ ^2X\

y = Co + y dx = Co + Ci* + —C 2X .

On notera que, l ’équation étant du troisième ordre, l’intégrale


générale comporte trois constantes arbitraires. Pour obtenir
une intégrale particulière, on peut, par exemple, se fixer les
valeurs de f(x ),f'(x ) et f" (x ) en un point donné; si ce point
est l’origine, ceci revient à se donner directement les constantes,
puisque :
/(0 ) = C0, r ( 0 ) = Ci; /" (0 ) = C2.
Dans ce qui précède, on a donné des exemples particuliers d’équations
différentielles ayant pour intégrale générale une famille de polynômes du
second degré; ces exemples pourraient être multipliés.
26 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Le lecteur peut démontrer, par exemple, que l’équation différentielle du


second ordre y " = a a pour intégrale générale
1 2
y = Co + Cix + 2 ax .

Les paraboles ainsi obtenues ont toutes la même « courbure » au sommet,


le terme « courbure » étant pris, pour l’instant, dans un sens purement intuitif.

Intégrale :

/ 2\ 2 2 1 3 / 1 2 1 3\
I (tfo + ave + ave )dx = üqx + - aix + - ave — ya^a + - a±a + - a%a )
J a Z 5 Z |J

(il suffit de vérifier que sil’on appelle F{x)l ’expression trouvée, l’on a F{a) = 0,
F'{x) = ao + ave + ave2).

Approximation du deuxième ordre.


Soit la fonction y = f{x ) dont on sait quejo = /(*o)?j'o = f'ipeo), j"o = /" (* o).
On peut considérer la parabole (fig. 20) :
2
y = (p(x) = ao + ave + ave
telle que :
<p(xo) = yo
<p’(xo) = y'o
<p"(xo) = yô.
Si l ’on prend comme valeur de/ ( x), au voisinage de xo, celle de la fonc-

tion (p(x), on obtient une approximation dite du second ordre, qui est évidem­
ment meilleure que celle du premier ordre, puisque la parabole a en commun
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 27
avec la courbe non seulement la pente (et la tangente) mais également la
« courbure » (en prenant toujours ce terme dans un sens intuitif) qui dépend
de la dérivée seconde.
Cette approximation est meilleure, puisque le reste f(x ) — <p(x) (et donc
l’erreur) tend vers zéro plus rapidement que Axr, mais aussi plus rapidement
que Ajc2 — ou, plus précisément :

r
lim r—
este
« = A0-
Ax~>0 Ay

On peut en donner la démonstration suivante : en appliquant deux fois la


règle de l’Hospital on obtient :

f(x ) — cp(x) f '(x ) — <p'(x) ■/"(*) — <p"(x)


lim = lim lim
Ax^O (x — Xof Aa;-»0 2(x — xo) Ax->0 2

On peut maintenant préciser la signification de l’ordre d’approximation :


c’est l’exposant maximum entier non négatif, «, pour lequel

reste
lim ---- - = 0.
a *->o A xn

Il est presque superflu de faire remarquer que, comme toujours, lorsqu’il


s’agit de problèmes d ’ordre d’approximation, on ne peut donner aucune
borne de l ’erreur (en ne connaissant que f(x ) et ses dérivées en un seul point jco).

Interpolation quadratique.
Si l’on connaît de la fonction y = f(x ) trois valeurs yo, y i, y 2, correspondant
à trois valeurs de x, xo, x±, X2 , on peut considérer la parabole passant par ces
trois points et prendre comme valeur de f(x), pour des valeurs de x: comprises
entre celles-ci (ou également non comprises entre celles-ci avec quelques précau­
tions), l’ordonnée du point de la parabole ayant la même abscisse. Ceci revient
à remplacer l ’arc de courbe passant par les trois points donnés par l ’arc de
parabole passant par les trois mêmes points.
On obtient ainsi généralement de meilleures approximations que par l ’inter­
polation linéaire; il en est sûrement ainsi lorsque dans l ’intervalle considéré
f"(x) est de signe constant (parce qu’alors, comme on le sent intuitivement,
la parabole a sa concavité tournée dans le même sens que la courbe, contrai­
rement à la figure 21). On reviendra ultérieurement sur l ’évaluation de
l’erreur.
Si au lieu de connaître trois points de la courbe d ’équation y = / ( jc), on
n’en connaît que deux, ainsi que la pente en l ’un de ceux-ci, on peut déterminer
28 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

la parabole passant par ces points, et ayant en l ’un de ceux-ci la même pente
que f(x ) (voir fig. 22) : on peut dire que ce cas est un cas limite du précédent, si

deux des trois points tendent à coïncider l’un avec l ’autre, par exemple si x%-> xi.
De la même façon, l’approximation du second ordre peut être considérée

comme une interpolation quadratique où les trois points xi, X2 , xo coïn­


cident en un seul.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 29

Erreur dans l'interpolation linéaire.

Soit y = <p(x) = ao -f aix la droite d’interpolation considérée pour la


fonction y = /(x ) au n° 3 (<p(xo) = Jo, <p(x 0 = yi) et soit *2 la valeur de x
(indiquée par la même lettre x) pour laquelle on veut connaître la valeur
(inconnue) y 2 de la fonction /(x ). L’erreur commise sera la suivante :

E = <p(x2) — f ( x 2).

Soit y = ifs(x) l’équation de la parabole passant par les trois points (xo, jo),
(xi, j’i), (x2, y 2) (voir fig. 23). Son équation sera (voir formule d’interpolation
de Newton n° 25') :

y - m = «*) + « “ - E = m ) - * * ' »■ <9)

La formule (9) se vérifie facilement : en effet on en déduit i/j(x 0) = <p(xo)


(et donc *ft(xo) = f ( x 0)), ÿ(xi) = <p(x1) (et donc ip(x1) = f ( x 1)), 0 (x2) = <p(x2) + R
(et donc ifj(x2) — cp(x2) = R = f ( x 2) — <p(x2)).
La fonction F(x) = /(x ) — 0(x), c’est-à-dire ce qui serait le reste
dans l’interpolation quadratique obtenue avec la parabole d’équation y = ip(x)
s’annule pour x = xo, x = x 2, x = x i; en vertu du théorème de Rolle, il
existe donc un point |i(xo < £1 < x 2) et un point | 2(x2 < | 2 < xi), tels que
F'(£ 1) = F'(£2) = 0. Donc, toujours en vertu du théorème de Rolle, il existe
un point | compris entre £1 et £2, tel que F"(£) = 0, donc :

r x o - n o = 0. (10)
30 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On déduit de l ’équation (9) que

_______ 2R_______ ________ 2R ________


</'"(*) = <p"(x) + (x2 — X o ) (x2 — X i ) (X 2 ---X0) ( X 2 ----Xl)

(puisque <p"(x) = 0, <p(x) étant linéaire); l’équation ( 10) devient donc :

2R
n o - (X2 — X0)(x2 — X l)
= o,

dont on déduit

R = i/" (£ ) (X2 — Xo) (x2 — Xl). (11)

Donc, si A est un nombre positif majorant | f \ x ) | dans l’intervalle (xo, x i),


on obtient la limitation souhaitée :

| R | = | E\ < | (x2 — xo)(x2 — xi) |. (12)

La conclusion reste inchangée si X2 est extérieur à l’intervalle, par exemple


si xo < x i < X2 , à condition que f"(x) existe dans tout l ’intervalle (*o, * 2).
Le raisonnement demeure également le même si l ’on remplace l’intervalle
(xo, a:i) par l ’intervalle (xo, X 2 ) .

Erreur dans Vapproximation du premier ordre.

On peut considérer l’approximation du premier ordre comme un cas limite


de l’interpolation (ou mieux, de l’extrapolation) linéaire, lorsqu’un des points
donnés de la courbe tend vers l’autre; donc quand la droite d’interpolation
de sécante devient tangente. Il est donc normal de tenir compte dans ce cas
des formules (11) et (12), établies auparavant, où l ’on pose x i = xo\ en
posant Ax = X2 — xo, ces formules deviennent

R = \ f " ( g ) Ax2 (xo ^ > x2), (110

| * | = | £ | * ^ A x 2. (120

Il est facile de démontrer directement ce résultat et le lecteur peut s’y exercer ;


on reviendra d ’ailleurs sur ce sujet à propos de la formule de Taylor.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 31

5. — Polynômes de degré n ; généralités et dérivées successives

Soit le polynôme f( x ) = ao + a\x + a%x%+ • • • + an_\x n~x + anx n ; ses


dérivées successives sont les polynômes suivants (x) :

f'(x ) = ai + 2 ü2X + • • • + (n — \)an- ix n~2 + nanxn~l


f"(x) = 2û2 + • • • + (n — l)(/i — 2)an- ix n~3 + n(n — 1)anx n~2
..................................................................................................................... (13)
f in~1}(x) = (n — 1) \an- \ + ttlanx
f W(x) = n\an
f (n+1\ x ) = f (n+2\ x ) = • • • = 0.

Il est donc utile de noter d’ores et déjà que la dérivée d ’un polynôme de
degré n est un polynôme de degré n — 1, la dérivée seconde est un polynôme
de degré n — 2..., la dérivée d ’ordre n est une constante ( = polynôme de degré
zéro) : les dérivées d ’ordre supérieur à n sont toutes identiquement nulles.
Les dérivées d ’un ordre quelconque m(m ^ n) s’expriment par conséquent
de la façon suivante :

f {m\x ) = m\am + (m + l)la m+ix + (m + 2)(m + 1) • • • 4 • 3am+2X2 +


+ • • • + n(n — l) ••• (n — m + l)anxn (14)

que l’on peut également écrire, en utilisant des notations plus appropriées :

ml (m + 1) ! (m + 2)!
f (m\x ) — -Qjam + \X + Clm+2 X +
Tl 2!
ni
-anx (14’)
(n — m)\

où les dénominateurs 0 ! et 1 ! (on se souviendra que 0 ! = 11 = 1) ont été


employés par souci d’uniformité.
La signification des coefficients de la dérivée se déduit immédiatement
de ce qui précède; le coefficient général am est égal à la dérivée m-ième du
polynôme, calculée à l’origine, et divisée par ml (2).

(x) On n’indique pas ici les expressions des accroissements, des rapports de croissance et de leurs
limites, d’une part parce qu’il suffit de les avoir rappelées dans les cas les plus simples, et afin
d’autre part de ne pas perdre de vue les définitions fondamentales.
(2) On entend par dérivée d ’ordre zéro d ’une fonction quelconque f( x ) (et en particulier d ’un
polynôme) la fonction elle-même, de telle sorte que la proposition reste valable pour m — 0.
32 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On a en effet :
m = ao ao = / ( 0)/0 !
/'(0 ) = ûi a x = / '( 0 ) / l !
/" (0) = 2 û2 a2 = f "(0)121
..................... par lesquelles .......................
/ <n)(0) = n\a„ an = / <n)(0)/«!.(15)
On déduit immédiatement de ce qui précède une nouvelle notation pour les
coefficients du polynôme / ( jc), qui permet de simplifier les expressions précé­
dentes (sans modifier naturellement le fond de la question). Plus précisément,
on peut écrire le polynôme sous la forme suivante :
2 3 n —1 n
X X X X
f ( x ) — co + cix + c%2\ Cz3\ Cn~1(n— 1)! Cnn\

Ceci revient à poser cjc = k \ a j c ( k = 0, 1, 2,..., n ) de telle façon que si l’on


donne les coefficients ai e, on connaît les coefficients C k , et inversement.
Les équations (13) deviennent donc, avec cette notation :
2 n- 2 n -1
X X X
f ' ( x ) = Cl + C2X + C3 — + ••• + C n - _ 2y + c„ _ 1-)!
2 7i - 3 n —2
X X X
f"(x) — C2 + czx + Ci— + • • • + cn-1 ^ 2); + Cn (n 2) !

............................................................................................................................. 0 3 ')
/ (,l_1)(x) = C n- 1 + Cn X

f in\x ) = Cn;

et l ’expression (14') devient :

f ^ ^(*) — Cm + Crn+lX + Cm+2~2~j + ■*’ Cn- ^ (14 )

Enfin, les expressions (15) montrent clairement que les coefficients c/c ne sont
autres que les dérivées d’ordre k de /(* ), calculées à l’origine :
Ck = / №)(0).

Les expressions (13') et (14") suggèrent une règle mnémotechnique commode


pour obtenir la dérivée m-ième d’un polynôme lorsque celui-ci est écrit
sous la forme (16) : il suffit de déplacer les indices des coefficients eje de m places
vers la gauche, ou bien, ce qui revient au même, d ’augmenter chaque indice
de m unités, en laissant le reste sans changement, sinon que l ’on supprime
les termes de degré supérieur à n — m (de façon que le dernier indice des
coefficients soit toujours n).
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 33
Cette nouvelle notation (16) permet également d’écrire sous une forme
plus commode les intégrales successives de f(x ), c ’est-à-dire qu’elle facilite
l’expression de l’intégrale générale de l’équation différentielle y(m) = f(x).
Si l’on désigne, en effet, par c_i, c_2,..., des constantes arbitraires, le poly­
nôme / ( x ) étant écrit sous la forme (16), on aura :
l’équation a pour intégrale générale
différentielle
2 3 n +1
X X X
y' = /(* ) y = F(x) = C-1 + c0x + Cl— + C2 j j + ••• + Cn ^ + ^ ,
X* ^ ^w+2
y" = /( * ) y = F(x) = C—2 + c-ix + c0— + c i— + • • • + cn +

77i —1
/ TO) = /( * ) J = F(X) = c-m + C-m+1X + • • • + +
m m+n
. X - X
‘ — «
ml r * ’ * + cn~p(m
-------- :
+ n)r r!
Ici aussi, on notera une règle mnémotechnique simple : l’intégrale de f{x )
itérée m fois, c ’est-à-dire l ’intégrale générale de l ’équation différentielle
y{m) = f(x ) s’obtient, si f(x ) est écrit sous la forme (16), en déplaçant vers la
droite les indices des coefficients Ck de m places, c ’est-à-dire en diminuant
chaque indice de m unités et en augmentant le degré du polynôme jusqu’à
m + n (de façon que le dernier indice des coefficients soit toujours n). Comme
il a déjà été dit, les coefficients à indice négatif ont une valeur arbitraire (cons­
tantes d’intégration).
Si, dans le cas de l’équation y = f(x), on fixe m conditions initiales, c ’est-
à-dire, qu’on se donne à l’avance les valeurs que doivent prendre à l’origine la
fonction y = F(x) et ses m — 1 premières dérivées, on obtient une intégrale
particulière parfaitement déterminée; on a, plus précisément, F(0) = c_w,
F'(0) = c_m+1,..., F(™- 1)(0) = c_ 1. Ici encore, la forme (16) se révèle fort utile.
On retrouve ici, dans un cas particulier, la propriété déjà mentionnée que
l’intégrale générale d ’une équation différentielle d ’ordre m dépend de m cons­
tantes arbitraires.
Il est intéressant de remarquer que si xo est un nombre arbitraire réel,
un polynôme f(x ) de degré n peut toujours s’écrire sous la forme :

f ( x) = yo + yi(x — Xo) + n (X 2 ^ + • • * + YnX • (16')

Il suffit en effet de remplacer .x dans le polynôme donné par l ’expression


(x — xo) + xo; on obtient alors, à partir de tout terme de la forme ajc.xk (ou
34 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

bien cjc —), ajc[{x — xo) + xop, et par conséquent, en vertu de la formule
bien connue du binôme, un polynôme de degré k en x — xo (et en xo). Le poly­
nôme f(x ) est par conséquent égal à une somme de polynômes en x — xo,
respectivement de degré n, n — 1, n — 2, etc., et égal par conséquent à un
yk
polynôme de degré n en x xo, dont les coefficients ^ dépendent de Xo et
dépendent de façon linéaire des coefficients aie (ou bien Ck).
D ’autre part, le fait que le polynôme /(x ) puisse toujours s’écrire sous la
forme (16'), et que les coefficients yjc s’expriment linéairement en cjc (ou bien
en ajc) découle de la signification même des on a en effet :
yo = /(* > )
n = / ' ( * o)

ym = / (m)(*o) (15")

y» = / w (*o)
qui peut se vérifier immédiatement. Les expressions (15") expriment direc­
tement les coefficients yjc par une combinaison linéaire des cjc, si l ’on prend
la fonction /(x ) sous la forme (16).
Le fait que /(x ) puisse toujours s’écrire sous la forme (16') est important,
car cela permet d’étendre à un point xo quelconque toutes les remarques
qui jusqu’ici n’étaient valables que pour la valeur x = 0. Par exemple, si les
conditions initiales pour l’équation différentielle = /(x ) sont relatives
à la valeur x = xo, c’est-à-dire si l’on fixe i^xo), F'(xo),..., F(m_1>(xo), il suffit
alors de prendre la fonction /(x ) sous la forme (16') et par conséquent l’inté­
grale générale sous la forme :
m—1
(x — Xo)‘
y — ¿(x) — y-m + y~7n+l(x — Xo) + ’ ’ ’ + y —1 +
(m — 1) !
(m+n)
(x — Xo) (x — Xo)1
+ yo + yn
m! (m + ri) !
et les coefficients ne sont autres que les valeurs fixées F(xo), F'{xo),..., i r(m_1)(xo).

6. — Étude des polynômes; racines et décomposition en facteuis

Le développement du produit k{x — ai) (x — a2)... (x — a№ ) (où k , ai,


a2,..., an sont des nombres arbitraires réels avec pour seule condition k ^ 0)
donne un polynôm e/(x) de degré n, qui a pour racines tous les nombres ocjc et
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 35
seulement ceux-ci : en effet, la condition nécessaire et suffisante pour qu’un
produit s’annule est que l’un au moins de ses facteurs soit nul, et les facteurs
* — ai, x — o¡2v , x — 0Ln s’annulent justement pour x = ai,..., x = ocn (x).
Inversement, supposons que le polynôme /(x ) = ao + a±x + • • • + anx n
ait n racines distinctes et réelles ai, a2,..., ocn : alors, nécessairement :

/ (x) = k(x — ai) (x — a2) • • • (x — ocn), avec k = an. (17)

Pour le démontrer, il suffit de rappeler que si /(a i) = 0, il est nécessaire que


f(pc) = (x — ai)<pi(x), où <pi(pc) est un polynôme de degré n — 1 (2).
Puisque la valeur ag annule /(x ), elle doit également annuler le second
membre, donc <pi(x) puisque le premier facteur x — ai est différent de zéro
pour x = a2. On obtient alors <pi(x) = (x — oc2)<p2(x), où q>z(x) est un poly­
nôme de degré n — 2. Soit /(x ) = (x — ai) (x — oc2)cp2(x). En procédant ainsi,
on obtient /(x ) = k(x — ai) (x — a2),..., (x — an), où k est une constante
(polynôme de degré zéro).
Cette constante est nécessairement égale à an, étant donné que k n ’est autre
que le coefficient de x n (comme on peut le voir en développant le produit).
On démontre ainsi que tout polynôme de degré n qui admet les n racines réelles
ai, a2,..., an peut s’exprimer sous la forme (17). On sous-entend pour l’ins­
tant que les racines données sont distinctes.
Soit maintenant le polynôme
/ ( x ) = k(x — ai)ri(x — a2y 2 • • • (x — ocmY m (18)

où ri + /*2 + rz + • • • + rm = n. Le degré de ce polynôme est encore n, mais,


s’il y a des r* > 1 (et dans ce cas m < /2), le nombre des racines réelles distinctes
est inférieur au degré n. Dans ce cas, si r* > 1, l ’on dit que a* est racine
multiple d ’ordre r plus précisément double si rjc = 2, triple si rjc = 3, etc.
Si l’on convient de compter une racine autant de fois que son ordre de multi-

C1) Bien qu’il puisse sembler superflu de le souligner, on prendra garde d ’éviter une erreur
assez fréquente chez les débutants : soit l’équation k { x — ai) { x — ci2 ) - ‘ -(x — a n) = 0. Il ne
faut pas effectuer les produits pour ensuite résoudre l’équation. Il suffit d ’égaler à zéro les facteurs
contenant l’inconnue, et de résoudre les équations ainsi obtenues. Ceci vaut également pour des
équations non algébriques : par exemple l’équation tg *(1 — sin x ) = 0 est en fait équivalente à
deux équations : tg x = 0 et 1 — sin a = 0. Si l’on revient aux équations algébriques, sous la
forme envisagée ci-dessus, la solution est immédiate. Les racines sont les nombres a*.
(2) Le raisonnement suivant le prouve immédiatement. Soit f ( x ) = ao + a \ x + • • • + a n x n9
et soit/(0) = 0. En remplaçant x par 0, on obtient <20 = 0. Un polynôme qui s’annule pour x = 0
est donc dépourvu de terme constant (comme on le sait d ’ailleurs). On a donc
f ( x ) = a i x + a z x 2 + • • • + a nx n = x ( a i + <22* + *• * + an*71-1),

et le résultat postulé dans le texte est prouvé pour a i = 0. Pour a i ^ 0, on reprend le même rai­
sonnement en exprimant f { x ) selon les puissances de a — a i au lieu de l’exprimer selon les puis­
sances de a (cf. formules (16'))-
Du reste, en algèbre élémentaire, on démontre que, si a x est un nombre réel quelconque,
f (a ^ exprime le reste de la division du polynôme / (a) par a — a^ (et on peut obtenir le
quotient <P (x) de degré n — 1 par la « règle de Ruffini »). Il s’ensuit que, si a x est une racine
de / (jc), c’est-à-dire si / (a x) = 0, / (x ) est divisible par x — a 1} soit, / (a) = ( x — ax) (P (a),
<P (a) étant un polynôme de degré n — 1.
36 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

plicité, on peut dire également dans ce cas que le polynôme admet n racines
réelles.
Il y a cependant des cas ou, même si l’on tient compte d’une multiplicité
éventuelle, le nombre de racines réelles est inférieur au degré; par exemple,
le polynôme du second degré 1 + x 2 n ’a pas de racines réelles (on a évidem­
ment 1 + x 2 > 0 pour toute valeur réelle de x). Par conséquent, le polynôme
(1 + x 2)n de degré 2n est également dépourvu de racines réelles, alors que le
polynôme (x — 3) (1 + x 2)n de degré 2n + 1 a une seule racine réelle x — 3;
et l’on peut multiplier de tels exemples à volonté.
Le fait suivant reste pourtant acquis :
Si un polynôme f(x) admet m racines réelles (une racine multiple d ’ordre r*
étant comptée r* fois), son degré n n’est pas inférieur à m, et le polynôme
lui-même peut s’exprimer sous la forme

f(x ) = (x — oci)(x — a2) • • ■ (X — 0Cm)<?(x) (19)


(a i, a 2 , • * * ocm distincts OU non).

où <p(x) est un polynôme de degré n — m, dépourvu de racines réelles.


De plus :
Le polynôme y{x) figurant dans l’équation (19) est nécessairement de
degré pair, et de signe constant (donc toujours positif ou toujours négatif (x).
Pour démontrer cette dernière proposition, il est utile de considérer avant
tout les limites d’un polynôme f(x) = ao + aix + • • • + anx n pour x -> xo
(xo réel arbitraire), * - > + oo, jc — oo. On a évidemment lim f(x ) = f ( x o)
X -*X q

(en vertu de la continuité de /(*)). On a ensuite

+ 00 si an > 0
lim f(x )
2Í-H-00 — 00 si an < 0
et donc + oo si an > 0 \

lim f ( x)
lim / (x) si n est pair
( - oo si an < o )
X^—ao
> o \
( et donc — oo si fl»
— lim / (x) si n est impair ( + oo si an < 0.
3/->+00 \
(x) On pourrait démontrer que le polynôme (p{x) peut se décomposer en un produit d ’une cons­
tante et de facteurs du second degré du type x 2 — Skx + pk (et leurs puissances, (x 2 — si:x + pie)rh)
tous dépourvus de racines réelles. On sait par l’algèbre élémentaire que le trinôme x 2 — sjcX + pic
admet alors deux racines complexes conjuguées, a* et S*, et que dans ce cas on a x2 — Skx + pu
= (x — <Xk) (x — âk). Il s’ensuit que la décomposition en facteurs (17) et (18) est toujours possible,
pourvu que l’on considère des racines réelles et complexes. Ces dernières sont conjuguées deux à
deux, et si l’une d ’elles est multiple, sa conjuguée est aussi multiple et a le même degré de multi­
plicité. Le théorème est aussi valable dans le cas plus général où les coefficients de /(x) sont complexes
(mais alors il n’est pas dit que les racines complexes soient conjuguées deux à deux). Ce théorème
est connu sous le nom de « théorème fondamental de l’algèbre ».
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 37
Ceci peut être établi immédiatement en écrivant f(x ) sous la forme

et en déterminant ensuite la limite du produit.


La courbe représentative d’un polynôme de degré impair a donc néces­
sairement une intersection avec l’axe des x (fig. 24, 25), car lorsque x varie

n im p a ir e s an > 0 n impair ^ 3 an < 0


F ig. 24. F ig . 25.

de — oo à + oo, y varie de — oo à + oo (ou inversement), et une fonction


continue ne peut pas passer de valeurs négatives à des valeurs positives (ou
inversement) sans avoir au moins un zéro. Il s’ensuit que :
Un polynôme de degré impair a toujours au moins une racine réelle.

Par contre, un polynôme de degré pair (voir par exemple la figure 26 ou bien
la figure 27, si l’on déplace l ’axe des x vers le haut) peut être dépourvu de
racines réelles, étant donné qu’il tend vers l’infini en gardant toujours le même
signe pour x -> + oo comme pour x — oo.
On a ainsi démontré ce qui avait été affirmé à propos du polynôme <p(x)
figurant dans la fomule (19). Il est bon de remarquer que le fait que le degré
de <p(;c) soit pair signifie que :
Le nombre des racines réelles d ’un polynôme quelconque f(x ) est égal au
degré de celui-ci, ou il en diffère d ’un nombre pair, si toutes les racines
réelles sont comptées avec leurs multiplicités éventuelles.
On en déduit que :
La courbe représentative d’un polynôme y = /(x ), de degré «, rencontre
en général l’axe des x en un nombre pair ou impair de points distincts selon
que n est pair ou impair.
38 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Cette proposition est vraie en général, mais peut être fausse s’il existe
des racines multiples; il suffit de penser que si, par exemple, une seule racine
réelle est double et toutes les autres sont simples, le nombre des racines (comp­

tées avec leur multiplicité) diffère de 1 du nombre des points distincts d ’in­
tersection entre la courbe et l ’axe des x.
Comment se comporte la courbe au voisinage d ’une racine a? On distinguera
deux cas pour l’instant. Si la racine oc est multiple d’ordre impair (éventuel­
lement simple), ceci signifie que, dans la décomposition (19), le facteur x — oc
figure un nombre impair de fois, ou, si l’on préfère, le facteur ( x — o c)r y figure
avec r impair. Il s’ensuit que f ( x ) change de signe quand x , croissant ou décrois­
sant de façon continue, passe par la valeur oc, puisque le facteur (x — a)r change
de signe (et seulement celui-ci, étant donné que les autres racines sont diffé­
rentes de oc, et c p ( x ) est de signe constant). Dans ce cas, la courbe traverse donc
l’axe des x. Si par contre oc est racine multiple d ’ordre pair, c’est-à-dire que
le facteur ( x — <x)r figure dans la formule (19) avec r pair,/( * ) ne change pas
de signe quand x prend la valeur oc, et la courbe ne traverse donc pas en oc
l’axe des x, mais il y a un minimum ou un maximum, et la tangente en ce point
est l’axe des x lui-même.
Comment se présente sur la courbe une racine multiple de multiplicité
impaire (c’est-à-dire ^ 3)?
On suppose, par exemple, que oc soit une racine triple; et l’on remplace
le facteur ( x — a)3 dans la décomposition de f ( x ) (formule 19) par le produit
de trois facteurs ( x — o c ') ( x — o c " ) ( x — oc'”) où o c ', o c " , oc’” sont des quantités
distinctes l’une de l’autre, mais très voisines de oc. On peut supposer que l’une
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 39
de ces trois valeurs, par exemple o c \ est égale à oc. Le nouveau polynôme de
degré n que l’on obtient grâce à cette substitution aura des coefficients très
voisins de ceux de f(x ) et sa courbe représentative différera donc de peu de
celle de f(x).
Or, la courbe représentative du nouveau polynôme aura, au voisinage
des trois racines simples a ', o c " , a'" l ’allure indiquée par I (a) ou (b) sur la fi­
gure 28; à la limite, quand o c ', o c " , oc'" tendent vers la valeur unique oc, l ’allure

sera manifestement celle désignée par II (a) ou (b) (même figure). Ce raison­
nement et la conclusion correspondante restent vrais si a a une multiplicité
égale à 5, 7, etc. : donc, si oc est une racine de multiplicité impaire ( > 3)
la courbe représentative de f(x ) a en x = a un point d ’inflexion et l ’axe des x
pour tangente en ce point.
40 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Le même raisonnement permet de démontrer que si a a une multiplicité


paire (par exemple 4, comme dans le cas (c) de la figure 28), la courbe repré­
sentative de f(x ) admet en oc un minimum (ou un maximum) ayant pour tan­
gente l’axe des x (comme on l’a déjà remarqué plus haut). On peut résumer
de la façon suivante les conclusions qui viennent d ’être obtenues : si oc est une
racine simple, la courbe représentative traverse en oc l’axe des x et n’est pas
tangente à celui-ci (voir par exemple «i, a4 dans la figure 30).
Si oc est racine multiple d ’ordre impair, la courbe représentative traverse
’axe des x au point d ’abscisse ex. En ce point la courbe présente une inflexion
et admet l’axe des x pour tangente (voir par exemple 0*3 sur la figure 30).
Si a est racine multiple d’ordre pair, la courbe représentative ne traverse
pas l’axe des x en oc, et la fonction f(x ) a donc un minimum ou un maximum
pour cette valeur (voir par exemple <X2 dans la figure 30).
Ces résultats ont été obtenus au moyen de remarques intuitives, mais pour­
raient être démontrés de façon plus rigoureuse ; on les retrouvera aux numéros 11
et suivants, à propos de notions simples de calcul différentiel.

7. — Observations complémentaires; représentation graphique;


inégalités de degré n
Considérons la courbe représentative du polynôme y = f(x), de degré
n > 1, et la droite d’équation y = mx + q\ les coordonnées des points de
rencontre de la courbe et de la droite sont les solutions réelles du système
y = mx + q
(20)
y = № ;
et, en particulier, les abscisses de ces points sont les racines réelles de l’équation
de degré n :
f(x ) — mx — q = 0 ( 1). (21)
Ces points de rencontre (distincts) sont donc au nombre maximum de n;
et en général leur nombre est pair ou impair selon que n est pair ou impair.
Il n’en est pas ainsi lorsque l’équation (21) admet des racines multiples (cf. ce
que l’on a dit au chapitre précédent sur les points de rencontre entre la courbe
et l’axe des x). Des raisonnements analogues à ceux du numéro précédent
permettent de démontrer, en outre, que l’équation (21) admet des racines
multiples si et seulement si la droite considérée est tangente à la courbe. Ce
cas peut être considéré comme un cas exceptionnel, puisqu’il suffit de modifier

C1) Si le degré de / (x ) était n = 1, il se pourrait que le degré de l’équation (21) ne fût pas n,
c’est-à-dire 1, mais 0 (droites parallèles ou coïncidant). C’est un cas banal, d’ailleurs déjà con­
sidéré au n° 3.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 41
légèrement la valeur des coefficients m et q (ou de l’un d’entre eux) ou bien
des coefficients de /(* ), pour qu’il n’en soit pas ainsi. Par exemple dans la
figure 29, il suffit de modifier légèrement la valeur de q pour obtenir, au lieu

de la droite /1, tangente à la courbe en P, la droite t 2 qui n ’est tangente à la


courbe en aucun point; ceci conduit donc à remplacer la racine multiple
de l’équation (21) par les deux racines simples y8i et £ 2. D ’où la conclusion :
Une droite arbitraire coupe la courbe représentative d'un polynôme de degré n
y = f(x ), au maximum en n points ; une droite quelconque (<c'est-à-dire non
tangente à la courbe) détermine un nombre pair ou impair d'intersections selon
que le degré n du polynôme est pair ou impair.
On peut faire le raisonnement inverse dans certaines limites, en ce sens que,
étant donné la courbe représentative d ’un polynôme, et le nombre maximum «
de points de rencontre entre une droite quelconque et cette courbe, on peut
en déduire que le degré du polynôme est au moins n. Si d ’autre part une droite
quelconque coupe la courbe en un nombre pair ou impair de points, le degré
du polynôme est respectivement pair ou impair.
Ainsi, dans la figure 29, la courbe représentative est celle d ’un polynôme
de degré impair, puisqu’une droite quelconque la rencontre en un point
(comme l’axe des x), ou en trois points (comme la droite t$) ou en cinq points
(comme la droite /2); son degré est donc impair, ^ 5. On aurait pu déduire
immédiatement que le polynôme était impair du fait que :

lim f(x ) = — lim / (x).


X^—ao X-ï+ao
42 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

De plus, de ce que lim f(x) = + oo, on peut déduire que le coefficient an


du terme de degré maximum est positif. C’est sur ce genre de raisonnement
que se fondent les commentaires des figures 24, 25, 26 et 27, comme on ne
manquera pas de le vérifier.
Si, en même temps que le polynôme y = f(x ) de degré n, on considère un
autre polynôme y = cp(x) de degré m (on se ramène d’ailleurs au cas précé­
dent pour m = 1), on peut généraliser les remarques qui viennent d ’être faites.
Les coordonnées des points d’intersection des deux courbes d’équations
y = f(x ), y = cp(x) sont les solutions réelles du système :

(20')

et, en particulier, les abscisses desdits points sont les racines réelles
de l’équation
f(x) - <p{x) - 0
qui, pour n ^ m par exemple, est de degré n. Dans le cas où m = n, le degré
de l’équation (21') pourrait être inférieur à n : les termes de degré maximum
seraient alors identiques dans les deux polynômes.
Nous pouvons donc dire que les deux courbes se rencontrent en n points
au plus, n étant le degré du polynôme de degré le plus élevé, et, en général,
le nombre d ’intersections distinctes est pair ou impair, selon que n est pair
ou impair.
Il pourrait ne pas en être ainsi, dans le cas déjà mentionné (termes de degré
maximum identiques), et également si les deux courbes étaient tangentes
en un certain point (c’est-à-dire si elles avaient la même tangente en ce point);
on examinera ce point plus en détail par la suite (cf. n° 12).
Pour tracer la courbe représentative d’un polynôme il suffit d’utiliser d’une
part les notions données dans ce paragraphe et le précédent, et quelques
autres (dont certaines, déjà évoquées, seront encore répétées pour plus de
commodité).
Des indications significatives sur l ’allure d’une courbe sont données par la
connaissance des points d’intersection avec l’axe des x (racines de f(x ) = 0,
en distinguant celles simples et celles de multiplicité paire ou impaire, ces der­
nières donnant lieu respectivement à des points maxima et minima et à des
points d’inflexion sur l ’axe des x), et des points maxima ou minima (donnés
par les racines simples ou de multiplicité impaire de f'(x ) = 0) et d’inflexion
(même chose pour f"(x) = 0). Bien entendu, on parle seulement de racines
réelles.
Disons r le nombre des racines (distinctes), m le nombre des maxima et
minima, s le nombre des points d ’inflexion. Si l’on peut le connaître et veut le
spécifier, soit r = ro + r' + r" en distinguant les racines simples (ro), de multi­
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GENERALES 43
plicité impaire (r') et paire (r"); on a ainsi le nombre des maxima et minima(r")
et des points d’inflexion (r') sur l ’axe des x.
Il est évident que dans chacun des r — 1 intervalles entre deux racines il
y a un point de maximum ou minimum (ou 3, 5,... nombre impair), et dans
chacun des m — 1 intervalles entre deux points maxima ou minima il y a un
point d’inflexion (ou 3, 5,... nombre impair). Cela est vrai pour toute y = f(x )
suffisamment régulière ( f continue avec / ' et/"), et en particulier pour f(x) = po­
lynôme, cas dans lequel on peut dire davantage que les racines de f(x ) = 0,
f \ x ) = 0,/" (*) = 0, sont n, n — 1, n — 2 (en tenant compte des multiplicités
et des racines complexes).
Entre r (ro, r', r"), m, s (et «, dans le cas des polynômes), on a alors les iné­
galités suivantes, qui peuvent être utilisées en toute direction) :
n ^ r + 2r' + r " ( = r 0 + 2r" + 3 r') ^ r, r = n — r" — p air
n — 1 ^ m ^ r — 1 + r" ^ r — 1,
n — 2 ^ s ^ m — 1 ^ r — 1 + r" ^ r — 1,
m = n — 1 — p air = r — 1 — r" + p air
s = n — 2 — p air = m — 1 + p air = r — 2 + r" + pair
où « p air » signifie chaque fois u n entier p air n o n négatif).

Par exemple, dans le cas de la figure 29, il y a un maximum et un minimum


(et l’on peut en déduire que le degré n de f(x ) est impair ^ 3), mais il y a trois
points d’inflexion (et donc n est impair ^ 5).

Les considérations qui précèdent permettent de résoudre une inégalité


algébrique de degré n, f(x ) > 0. Exemple :
Soit un polynôme f(x ) de degré impair où an > 0; ses seules racines réelles
sont ai simple, oî2 multiple d’ordre pair, a3 multiple d ’ordre impair, a4 simple.
On suppose de plus que ai < ocz < oc^ < a4. La courbe représentative de
44 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

y = f{x ) aura nécessairement l’allure de la figure 30 (en négligeant certains


autres maxima, minima et points d ’inflexion, qui existent en nombre fini,
mais qui ne sont pas essentiels au raisonnement). Il s’ensuit donc la conclusion
évidente : f(x ) > 0 pour ai < x < oc2 ; oî2 < x < ocz ; x > <*4.

8. — Conditions que Pon peut assigner à un polynôme de degré n;


déterminant de Vandermonde

Étant donné qu’un polynôme de degré n est déterminé par ses n + 1 coef­
ficients ao, ai,..., an (ou bien co, ci,..., cn), on peut lui imposer n + 1 conditions
linéaires indépendantes, ce qui le détermine de façon univoque.
On peut imposer par exemple que sa courbe représentative passe par n + 1
points donnés (xo, yo), (xi, yi),..-, (xn, y n) (on supposant évidem m ent^ ^ Xk,
pour h k) : on devra donc résoudre le système linéaire à n + 1 équations
suivant :
üq -f- ü ixq -j- Ü2 X 0 -{-*■* *4" ClnX0 = .yo

ao + a±xi + a2xf + • • • + anxi = y i

a 0 H- ü i X n “t” a 2 X n ~b ’ " * GnXn — y n

à n + 1 inconnues ao, ai,..., an•

On peut aisément démontrer que ce système admet une solution et une


seule; le déterminant des coefficients est en effet :
1 2 n
l *0 *0 • • • *0
, 2 n
l Xi Xi • • • Xi
Vq

1 Xn Xn *** Xn

que l ’on nomme déterminant de Vandermonde des n + l nombres xo, xi,..., x n.


On peut facilement prouver que l’on a :

Vn = [(xn — Xo)(xn- l — Xo) ••• (xi — xo)]


[ ( Xn — x{)(xn- l — X i ) ••• (X2 — X i)] ••• [(xn — X n - 1)]

(où les crochets sont utilisés par souci de clarté, mais ne sont pas essentiels).
Le déterminant Vn est par conséquent le produit de toutes les différences
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 45
Xh — Xk, avec h > k {h = 1, 2,..., n ; k = 0, 1, 2,..., /î — 1 (x). Comme par
hypothèse Xn # xjt pour h # /c, il en résulte =£ 0, condition bien connue
(théorème de Cramer) pour que le système (22) ait une solution et une seule.
Si les « + 1 conditions données reviennent à se donner la valeur de f(x )
pour m points, et, en ces points, la valeur de ses premières dérivées
n , >*2,..., rm, (ri + r2 + • • • + rm + m = n + 1), on obtient un système qui
a toujours, comme on peut le démontrer, une solution et une seule. Un cas
particulièrement intéressant est celui où, en un point donné d’abscisse xo,
on fixe la valeur de f(x ) et de ses dérivées jusqu’à l’ordre n.
En appelant yo, y 'o,..., >’o(7l) ces valeurs, on obtient donc la fonction f(x ) sous
la forme suivante :

/ 0) = yo + yb(x — xo) + yb ^ 2 ,*— + • • • + yon} ' ( 16")

Il s’agit tout simplement de la meme expression que (16'), avec y* = y (^ •


et l’on peut également dire qu’il s’agit là de l’intégrale particulière de l’équation
différentielle = 0, vérifiant les conditions initiales f ( x o) = yo,f'(xo) = y'o,
...,/W (*o) = yo{n)-

9. — Formules d’interpolation de Lagrange et de Newton


La résolution du système (22) est en général laborieuse dès que n devient
un peu élevé (par exemple, > 3). On a donc conçu des méthodes permettant
d’exprimer directement f(x), en connaissant n + 1 points de sa courbe repré­
sentative, sans avoir à résoudre ce système. Il est évident qu’il faudra présenter
f(x) sous une autre forme que ao + a±x + • • • + anx n, puisque celle-ci
suppose résolu le système (22); mais on peut la présenter d ’une façon qui
puisse, sans modifications, servir dans diverses circonstances. On pourra
toujours, naturellement, déduire de cette nouvelle forme de f(x ) l’ancienne
forme, si on le désire, en effectuant les calculs nécessaires.
Considérons le polynôme de degré n suivant :

p ( \ = ( x — *0 ) ( * — * l ) ‘ * ‘ ( * — * r - 1 ) ( X — X r + l ) ( X — X r + 2) (X — X n)
r (X r — X o ) (X r — X i ) *** ( X r — X r - l ) (X r — X r + l ) (xr — X r +2) • ** (xr — X n)
(23)
où le numérateur est constitué par le produit de tous les facteurs x — a:o,
*— x — x n à l’exception du facteur x — xr, et le dénominateur n ’est autre
que la valeur prise par le numérateur pour x = xr.
0 ) Pour le démontrer, soustraire de chaque colonne (sauf la première) la précédente, multipliée
par xo, et développer selon les éléments de la première ligne; on obtiendra
Vn = (a' tl X0 ) (Xn-l — ao) - **(ai — xo)Vn-i
où l’on désigne par Vn_\ le déterminant de Vandermonde des n nombres a i , A2 ,..., a«.
En procédant ainsi (c’est-à-dire en appliquant la méthode ci-dessus à Vn- u etc.) on obtient la
relation à démontrer.
46 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On aura évidemment Pr(xjc) = 0 pour toute valeur de k sauf pour k = r ;


dans ce dernier cas, on aura Pr{xr) = 1.
Il s’ensuit que :
f(x ) = yoPo(x) + yiPi(x) + • • • + y nPn(x) (24)
est le polynôme de degré n cherché; en effet, étant donné les propriétés des
polynômes Pr(x), on vérifie sans difficultés que f( x i) = y jc ( k = 0, 1,..., n).
L’équation (24) est dite formule d’interpolation de Lagrange.
Appliquons-la, par exemple, pour déterminer l’équation de la droite passant
par les points (xo, yo), (xi, yi).
On aura
x — Xi X ---Xo
Po(x) = Pi(x) =
x0 — xi *1 — xo
Par conséquent :
X — Xi X Xo
y = /(*) = yo-------
Xo — Xi
+ yi Xi — *0
On en déduit donc, par des calculs faciles, l’expression déjà connue depuis
le n° 3.
On peut obtenir une formule d’interpolation différente, celle de Newton,
en se fondant sur le raisonnement suivant :
Soit f m_i(x) un polynôme de degré m — 1 dont la courbe représentative
passe par m points donnés (xo, yo), (xi, y i ),-••> (xm~i, ym -1). On peut alors
facilement construire un polynôme f m(x) de degré m, dont la courbe repré­
sentative passe par tous les points fixés précédemment, et passe de plus par le
dernier point (xm, ym).
Soit en effet le polynôme de degré m :
fm(x) = fm - i(x) + k(x — Xo) (x — X i) • - • (x — xm- \ ) ; (25)
ce polynôme prend donc la valeur de f m_i(x) pour x = xo, x = xi,..., x = xm_i
et devient donc égal respectivement à yo, yi,-.., ym-i, quelle que soit la valeur
de la constante k , puisque le produit k(x — Xo) (x — xi),..., (x — xw_i) s’annule.
Il suffit donc d’attribuer à k une valeur telle que pour x = xm, on ait
fm(xm) = ym '• et cette valeur se déduit de l’équation (25), en remplaçant x
et/m(x) par xm et y m :
__ ym — f m - l{ X m )
(X m — X o ) ( x m — X i ) • • • (X m — X m- 1 )

On obtient donc, en définitive :

ym — fm -l{xm)
fm(x) — f m—i(x) +
(Xm — X0) ( x m — Xi) ■• • ( x m — Xm- i )

• (X — X 0) ( X — X i) * * * (X — X m- i ) (25')
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 47
De cette façon, si l’on fixe les n + 1 points (xo, yo), (xi, .yi),..., (*n, jw),
on peut construire successivement les polynômes fo(x) = yo ; /i(x ),..., f n(x),
et le dernier de ces polynômes est le polynôme recherché.
On pourrait obtenir, par récurrence, l’expression formelle de ce dernier
polynôme, mais ce serait prendre une peine inutile, puisqu’il est bien plus
commode de rappeler et d’appliquer dans la pratique le processus de construc­
tion de celui-ci pour en déterminer une valeur donnée. On notera cependant
que l’expression de f n(x) dépend de l’ordre dans lequel on a considéré les
n + 1 points donnés.
On peut également appliquer cette méthode à la détermination de l ’équation
de la droite passant par les points (xo, .yo), (xi, .yi).
On aura :

/o(X> = yo
h (x) = f (x) = yo + ^ ^ (x — x 0).
X l — XQ

On notera que cette équation est écrite sous la forme (1) du paragraphe 3.
Si l’on avait considéré les deux points en ordre inverse, on aurait obtenu
l ’expression suivante :

fo (x ) - yi

f l ( x ) = yi + — ---- — (x — X l).
Xo — Xl

On a déjà vu d’autres applications de la formule d ’interpolation de Newton


dans le calcul de l ’erreur dans le cas d’interpolations d’ordre 0 et linéaires.
Dans le paragraphe 10 qui suit, cette formule est reprise à des fins analogues.

10. — Interpolation d’ordre n et bornes de l’erreur

Étant donné une fonction continue y = f( x )d ont on connaît (n + 1) valeurs


.yo, y u — 9 yn correspondant aux abscisses Xo, xi,..., x n, le processus d’inter­
polation d’ordre n consiste à déterminer, par exemple avec les formules indi­
quées au paragraphe précédent, le polynôme <p(x) dont la courbe représen­
tative passe par les n + 1 points donnés et à attribuer à la fonction /(x ), pour
des valeurs différentes de xo, Xi,..., x n, la valeur de <p(x). En supposant, pour
fixer les idées, que l’on ait xo < xi < • • • < x n le procédé est employé géné­
ralement pour des valeurs de x comprises entre xo et x n; mais si l’on sait
que/(x) est continue dans un intervalle plus grand, rien n’empêche d ’appliquer
cette méthode tant aux valeurs intérieures qu’extérieures à l’intervalle (xo, x %).
48 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Dans ce dernier cas, on parle généralement d'extrapolation au lieu d ’inter­


polation.
Soit x* le point où l’on prend pour valeur de f(x ) la valeur de <p(x) : est-il
possible de déterminer une limite pour l ’erreur que l’on commet ainsi, c’est-
à-dire pour /(x ) — 9o(x)l On peut le faire sans difficultés, si, la fonction /(x )
étant n + 1 fois dérivable, f {n+1)(x) est bornée dans tout l’intervalle (xo, x n),
si l’on a xo < x* < x n, ou dans tout l’intervalle (xo, x*) si x* > x n, ou dans
tout l’intervalle (x*, x n) si x* < xo.
On construit à cet effet, par la méthode de Newton, le polynôme y = i/r(x),
de degré (n + 1), dont la courbe représentative passe par les n points donnés,
et de plus par le dernier point (x*, /(x*))- On obtient l’équation (cf. l’équa­
tion (25')) :

y = 4>(x) = 9>(x) +
/(x * )-y > (x * )
+ (x xo) (x — Xl) • • • ( x X»)
(x* — xo) (x* — Xl) • • • (x* ---Xn)

ou bien, en appelant R le reste au point x*

y = (/.(x) = <p(x) +
R
+ (x — xo) (x — Xl)- • -(x — Xn)-
(x* — Xo) (x* — Xl) • • •(x* — Xn)

La fonction F(x) = /(x ) — i{j(x ) (c’est-à-dire ce que serait le reste dans


l’interpolation d’ordre (n + 1) obtenue avec le polynôme ^(x)) s’annule
aux n + 2 points, xo, xi,.., x w, x*. En vertu du théorème de Rolle, on sait
qu’entre deux zéros de F(x) il y a toujours au moins un zéro de F'(x), et que
par conséquent F'(x) s’annule dans l’intervalle contenant les (n + 2) points,
mentionnés ci-dessus, en (n + 1) points distincts au moins ; pour la même
raison, F"(x) s’annulera en au moins n points distincts, etc.; enfin, jF<w+1)(x)
s’annulera en au moins un point £ contenu dans l’intervalle des (n + 2) points xo,
xi,..., x n, x*. Si l’on remarque d’autre part que 9 ^ +1>(x) = 0 identique­
ment, puisque <p(x) est un polynôme de degré n, on aura :

F (n+1X t ) = f in+1\ 0 - > l ' (n+1\Ç)


_ f (îî+D/în _____________ (n + 1) __________ _ q
(x* ---xo) (x* ----Xl) • • • (x * ----X»)

et, par conséquent,

R = r)
(x* — Xo) (x* — Xl) • • • (x* — Xn), (26)
( * + 1)!
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 49
d ’où, en supposant que dans l’intervalle contenant les (n + 2) points xo, Xi,...,
x n, x *, on ait | / (w+1)(x) | < A, la majoration cherchée (on écrit x au lieu de x*,
étant donné la nature arbitraire de cette dernière valeur dans l’intervalle
où se vérifient les conditions énoncées dans l ’hypothèse) :

(27)

Si l’on considère un polynôme y = <p(x) de degré n prenant n valeurs déter­


minées d ’avance, au lieu de n + 1, c ’est-à-dire, par exemple, ayant sa courbe
représentative passant par les points (xi, yi), (x2? (x n, yn), appartenant
à la courbe y = /(x ), et si l ’on impose, en outre, qu’en l ’un de ces points,
par exemple en (xi, y i \ <p(x) ait même pente que /(x ), on obtient encore une
courbe interpolatrice parfaitement déterminée. Que peut-on dire dans ce
cas de la limitation de l ’erreur?
On peut aisément démontrer qu’il subsiste des formules analogues aux
formules (26) et (27), et plus précisément, dans ce cas (en écrivant x au lieu
de x*) :

(26')

(27')

Plus généralement, si l ’on impose que le polynôme y = <p(x) de degré n


passe par les points (xi, yi), (хг, y 2),.--, (xm, yw), à condition de prendre,
au point xjc, la même valeur pour les dérivées jusqu’à l ’ordre rjc inclus
que /( x ) (ri + Г2 + • • • + rm + m = n + 1), on obtiendra :
■(»+«,

Ces conclusions seront réexaminées sous peu (cf. n° 11) : il suffit, pour
l’instant, de souligner que si, en un point donné, la fonction /(x ) et la fonction
<p(x) ont en commun leur valeur et celle de leurs dérivées premières, secondes,
etc., tout se passe comme si, dans la formule limitant l ’erreur d ’approximation,
ce point était compté deux fois, trois fois, etc.

F inetti. — Leçons de mathématiques financières 3


50 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

11. — Points de contact entre courbes planes

On a vu au n° 6 que, si la racine oc d’un polynôme f(x ) est une racine multiple


d’ordre r, il convient de la faire figurer r fois dans le décompte des racines;
si l’on appelle A le point de l ’axe des x d’abscisse a, il est donc tout à fait
naturel de compter ce point r fois (c’est-à-dire comme s’il était équivalent à r
points distincts) dans le calcul des intersections de la fonction y = f(x ) avec
l ’axe des x. Grâce à cette convention, il s’avère que, sans exception, la courbe
représentative du polynôme y = f ( x ) de degré n a un nombre pair ou impair
de points d’intersections avec l ’axe des x selon que n est pair ou impair; on ne
parle plus, naturellement, de points distincts. On exprimera le fait que A compte
r fois au titre des intersections de y = f(x ) avec l ’axe des * en disant que la
courbe Cn d ’équation y = f(x ) a en A un contact r-point (soit bi-point, tri-
point, etc., selon que r = 2, 3,...) avec l’axe des x.
Ce concept peut faire l ’objet de nombreuses et importantes extensions.
Tout d’abord, on peut évidemment l ’étendre au cas d ’une droite Ci quel­
conque d’équation y = mx + q : l’on dira que la courbe Cn et la droite Ci
ont en P 0 un contact r-point, si l’abscisse xo du point Po est racine de multi­
plicité r de l’équation (cf. n° 7)

f( x ) — mx — q = 0;

plus généralement encore, si Cm est la courbe d’équation y = cp(x), où cp(x)


est un polynôme de degré m, l’on dira que Cn et Cm ont en Po un contact
r-point si l ’abscisse xo de Po est racine de multiplicité r de l ’équation

f( x ) — <p(x) - 0.

Le but des remarques importantes qui vont suivre est d ’étendre le concept
de contact à des courbes non algébriques, et d’en donner une interprétation
et une expression infinitésimale.
La condition nécessaire et suffisante pour que a soit racine r-multiple du
polynôme f(x ) de degré n est que a soit racine de toutes ses dérivées jusqu’à
celle d’ordre r — 1, mais ne soit pas racine de la dérivée d ’ordre r.
Supposons que oc soit une racine r-multiple de f(x). On a alors :

f(x ) = (x — oc)r<p(x),

où <p(x) est un polynôme de degré n — r, qui ne s’annule pas pour x = oc


(car oc dans ce cas aurait une multiplicité supérieure à r).
On aura :
f'(x ) = r(x — oc)r 1<p(x) + (x — <x)rcp'(x),
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 51
c ’est-à-dire que si l’on met en évidence le facteur (x — a)r_1 :

f'(x ) = {x — a)r_1 [r<p(x) + (x — <x)<p'(x)].

On voit donc que oc est une racine de multiplicité r — 1 pour / '(* ) (cette
multiplicité ne peut être supérieure à r — 1 car le facteur entre parenthèses,
qui pour x = oc se réduit à rc p (o c ), ne peut pas s’annuler, par hypothèse). Le
même raisonnement permet de démontrer que oc est racine de multiplicité
r — 2 de f" (x),..., racine simple d e / (r_1)(x) et n’annule pas f {r)(x).
On suppose, inversement, que l ’on sache que oc est racine de f(x ) et de ses
r — 1 premières dérivées mais pas de la r-ième dérivée. Celle-ci, si n est le
degré du polynôme, aura nécessairement la forme suivante :

y {r) = f (r\ x ) = ro + n ( x — a) + • • • + Q f Z T f ÿ (* — a)W_r

où yo # 0 (sinon la fonction /<r)(x) admettrait pour racine a, voir la note


p. 35).
L’intégrale de cette équation différentielle d ’ordre r (cf. n° 5) est :

(X — o c f 1
№ = / ( « ) + / » ( * - a) + ••• + f (T % )
(r — 1) !
(* -a /
+ yo
rl n\

c ’est-à-dire, étant donné que, par hypothèse, on a les conditions initiales


/(a) = / '( < * ) = ••• = / ( ’•-!)(«) = o,
r+1
(x — oc) (x — oc)’ (x -* r
f i x ) = yo + yi y n_r
rl ( r + 1)! n\
(x — «) (x -o c f-H
= (x — oc)r [yo J I + Y1 y w_ , .
( r + 1)! n! |

ce qui démontre que oc est racine de multiplicité r de f(x).


Une première conséquence importante de ce théorème est que, si les courbes
Cm et Cn ont en Po un point de contact r-multiple, non seulement les deux
polynômes f(x ) et <p(x) ont la même valeur pour xo, mais aussi leurs dérivées
jusqu’à l ’ordre r — 1 compris : en effet, xo étant racine r-multiple pour
f(x ) — <p(x), il faudra que l ’on ait

f ( x o) — cp(xo) = / ' ( * o) — <p'(*o) = ***


= f ir~1\ x o) — 9<r_1>(xo) = 0, f ir\ x o) — <p(r)(x0) # 0,

et, en particulier, les courbes Cm et Cn ont en Po la même pente ( / '(*o) = <p'(x o)),
52 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

c’est-à-dire la même tangente. On exprime généralement ceci en disant que


les courbes sont tangentes en ce point. Ceci confirme rigoureusement ce qui
avait été exposé au paragraphe 6 sur le comportement de la courbe représen­
tative d’un polynôme y = / ( x) au voisinage d ’un point oc, lorsque oc est
racine multiple de f(x ) : la courbe représentative est tangente en a à l ’axe des x.
Une seconde conséquence est que l ’on est conduit à donner une nouvelle
définition de la multiplicité :
A) On dira que oc est racine r-multiple (ou bien un zéro r-multiple) de la
fonction f { x ) dérivable r fois (au moins) au point x = oc, si /( a ) = f'(oc)
= • • • = / (r_1)(a) = 0, tout en ayant / (r)(a) =£ 0.
Dans le cas où f(x ) est un polynôme, cela n ’a rien de nouveau; mais, ainsi
qu’il apparaît d’après la définition même, ce concept peut s’étendre à des
fonctions qui ne sont pas des polynômes.
Par exemple, la fonction/(x) = 1 — cos x admet une racine double x = 0,
car/ ( 0) = 1 — cos 0 = 0 ; / ' ( 0) = sin (0) = 0 ; / " ( 0) = cos 0 = 1.
Il existe une relation importante entre la multiplicité de la racine oc de f(x)
et la « rapidité » avec laquelle f(x ) —> 0 quand x oc (ou bien, ce qui revient

au même, quand x — oc 0). Ceci rappelle une remarque déjà faite, à savoir
que si x — oc 0, alors (x — a)2, (x — a)3 tendent vers zéro encore plus
rapidement; par exemple, si x — oc prend les valeurs 1 ; 0,1 ; 0,01, etc., (x — a)2
prend les valeurs 1 ; 0,0 1; 0,000 1, etc., (x; — o c )3 prend les valeurs 1 ; 0,001;
0,000 001, etc. Il est donc normal de comparer la rapidité avec laquelle /(x )
s’annule avec celle des puissances entières successives de x — o c, et jusqu’à
ce que l ’on ait

= 0;
x ->cl (x — a)"

on dira que f(x ) s’annule plus rapidement que (x — o c)s (*). Pour obtenir cette
relation, il est utile d’utiliser le théorème suivant :

C1) Rappel : On dit généralement que f(x ) est un nombre infinitésimal d ’ordre supérieur à s,
pour x tendant vers oc (ou bien par rapport k x — a) si
lim /(* ) _ 0
x -> oc (* — oc)s
inférieur à s si :
lim f(x )
a (x — oc)s
et est exactement d’ordre s si dans un voisinage convenable du point oc le rapport
№ )l
l(* — «) ls
reste compris entre deux nombres positifs (et en particulier si, pour x -> oc, il existe une limite finie
et non nulle pour le rapport /(*) ; ). Il faut également rappeler que rien n’assure qu’il existe
(x — a)s
un nombre réel s exprimant l’ordre du nombre infinitésimal correspondant à f(x); par exemple,
la fonction f(x) = x 2 log x est infinitésimale, pour x -> 0, d’ordre inférieur à 2, mais toutefois
supérieur à tout nombre réel y < 2. Le lecteur peut facilement démontrer ceci à titre d ’exercice.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 53
1. Soit f(x ) une fonction dérivable r fois au voisinage du point a, et
soit / ( a ) = / ' ( a ) = • • • = / (r-1)(a ) = 0 ; si l ’on désigne par s un nombre
entier arbitraire tel que 0 < s ^ r, il existe alors un point £ (dépendant de s)
compris entre a et x, tel que
m f (s\ è )
(28)
(x — ocf s!

En effet, en vertu du théorème de Cauchy (*), il existe un point £1 compris


entre a et x, tel que

m = /(* )- /( « > = m O
(X — ocf (x — a)S — (a — a)5 s(£ i — ocf 1

De la même façon, si r > 1, l ’on peut établir l ’existence d ’un point £%


compris entre a et £i (et à plus forte raison entre a et x) tel que :

m _ r i t i) _ /'g i)-A a ) _ n è 2)
(x — ocf s(£ 1— ocf 1 i ( | i — a)s 1 — s(oc — ocf 1 s(s — 1)(|2 — ocf 2

En procédant ainsi, on arrive à établir l ’existence d ’un point £S- i (toujours


compris entre oc et x), tel que :

/( * ) / ^ t f - 1)
(x — ocf — a)

Puisque s ^ r par hypothèse, on a / (i_1)(a) = 0. On a alors

/ (s_1)(6 -i) = / (*_1)(& -i) - / <s_1>(«)-


Et en appliquant le théorème des accroissements finis, on obtient,

- / (S’ V ) = & - 1 -
avec £ compris entre a et £S- i donc entre a et x. Ce qui démontre (28).
D ’où la proposition que l ’on désirait établir :
2. S i/(a ) = f'(o c ) = • • • = /<r-1>(a) = 0 (a racine d’ordre r de /(* )) on a

lim f ( x ) r—1 = 0 . (30)


(x — a)

0) Si/(*) et (p(x) sont deux fonctions continues dans l’intervalle (да, xi) et dérivables à l’intérieur
de cet intervalle, il existe au moins un point £, intérieur à cet intervalle, tel que l’on ait :
f ( X2) - f ( x i ) _ / Ш
<f(x2> — <p(xi) <p'(Ç)
Il est entendu que cette affirmation n ’a de sens que si
<p(xi) ф q?ix2 ).
54 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Cette proposition découle immédiatement de (28) en remarquant que


lorsque -> a, £ —> a puisque £ est compris entre x et a. D ’où

lim -Æ L . f (% )
= ---------- 9 (31)
x~>(x (X — a) s\

soit

lim s -0 pour s ^ r — 1.
x^ol (x — a)

Le théorème demeure valable même si / (r)(a) n’existe pas (en particulier


si elle est infinie).
La démonstration demeure valable telle quelle à condition de supposer
que / (r-1)(*) est continue, ce qui seul peut permettre de conclure que

l i m / (r- 1)( |) = / (r_1)(a)

[cette continuité est d ’ailleurs assurée lorsque / (r)(a) existe].


La réciproque du théorème 2 est vraie (démonstration aisée par l’absurde)
car les conditions de dérivabilité de f(x) sont garanties par les hypothèses.
La définition A) a pour but d ’étendre le concept de r-point de contact à des
courbes plus générales que celles considérées jusqu’alors. On dira à cet effet :
B) Deux courbes d ’équations respectives y = f{x ) et y = cp(x) ont, au
point Po d’abscisse xo (ou plus simplement « en xo »), un r-point de contact
si xo est une racine de multiplicité r de la fonction f(x) — <p(x) ou en d’autres
termes si

/ ( x 0) = 9>(xo),/'(x0) = <p'(xo), • • • , / <r-1)(*o) = 9 <r-1)(xo),/<r>(xo) ^ / W

En se bornant aux hypothèses concernant les dérivées jusqu’à l’ordre r — 1


sans rien supposer quant aux dérivées d’ordre r (qui par exemple peuvent être
encore égales, ou ne pas exister, etc.), on dira que le contact est d’ordre r au
moins.
En vertu du théorème 2, on peut affirmer que, si les courbes y = f(x) et
y = q>(x) ont en xo un r-point de contact (au moins r), alors

lim № > ~ * $ - 0 .
X^x0 (x — xo)

Pour cette raison, on a coutume de parler, au lieu de r-point de contact,


de contact d ’ordre r — 1.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 55
Géométriquement, cela signifie que les deux courbes interceptent, sur une
droite parallèle à l’axe des y (cf. fig. 31), un segment PQ dont la longueur
/ ( x ) — çp(x) tend vers zéro plus rapidement que ( x — xo)r_1 lorsque * xo,

ou, pour employer une terminologie déjà introduite plus haut, que cette lon­
gueur est un infiniment petit d ’ordre supérieur à r (1).
On suppose que les deux courbes ont en Po un r-point de contact et que les
dérivées / (r)(x) et <p(r)(X) sont continues. Dans ces conditions, les courbes ne
se traversent pas ou se traversent en Po selon que r est pair ou impair.
En effet, en appliquant (28) à la différence f ( x ) — cp(x) (qui a en x o une
racine d’ordre r), on a :

/ 0 ) — <p(x) f (r\ ô - <P(T)(Ù


( i compris entre xo et x )
( x --- X o f r\

d’où

/(*)- <p(x) = 1 [/(r)0 _ />(£] (.X- Xof (32)

Le fait que les courbes se traversent ou non dépend du comportement de la


différence f ( x ) — cp(x) (changement de signe) lorsque x traverse la valeur xo.
Pour étudier ce comportement, on considérera le second membre de (32).
Le facteur / (r)(£) — <p(r)(£) qui est non nul pour x = x o (donc £ = xo ) garde
un signe constant au voisinage de xo. Il en résulte que f ( x ) — <p(*) change

C1) On démontrerait aisément que cette propriété du segment PQ ne dépend pas du système
particulier de référence utilisé.
56 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

ou ne change pas de signe en *o selon que (x — xo)r en change ou n ’en change


pas, c’est-à-dire selon que r est impair ou pair.
En particulier, si oc est une racine d ’ordre r de la fonction y = f(x), la courbe
correspondante traverse ou ne traverse pas l ’axe des x au point oc selon que r
est impair ou pair comme il a été établi, en utilisant un autre raisonnement,
au paragraphe 6 à propos des polynômes.

Cercle oscillateur; courbure.

Soit une courbe d’équation y = f(x ); on se propose de déterminer le cercle


ayant avec la courbe un point de contact au moins tri-point, en un point
déterminé (*o, jo). On notera que c’est le point de contact maximum que l’on
puisse imposer puisque l ’équation d’un cercle est complètement déterminée
par 3 conditions; dans des cas particuliers cependant, on pourra constater
a posteriori que le contact est d ’un ordre supérieur : cela résultera toutefois
de la forme particulière de la courbe au voisinage du point donné, et
non d’un choix que l ’on est libre de faire.
Soient a, 6, les coordonnées du centre et rie rayon du cercle ¡celui-ci a pour
équation :
(x — a f + O' — b f — r2 = 0

L’équation du cercle (ou encore de l’arc de cercle ici considéré) ne se présente


pas sous la forme explicite y = cp(x) qui permettrait d ’appliquer la théorie
précédente
<p(xo) = f ( x o), cp'(x0) = / ' (*o), <p"(xo) = /" (*o),

c’est-à-dire que xo soit racine au moins triple de f(x) — <p(x); l ’on pourrait
toutefois arriver à obtenir cette forme, mais il est plus simple et manifestement
équivalent d’imposer que xo soit racine au moins triple de l ’équation suivante :

<A(x) = (x — a f + (Six) - bf - r2 = 0

qui s’obtient en remplaçant y parf(x ) dans l ’équation (33). Le système tfi(xo) = 0,


ifi'(xo) = 0, i/f"(xo) = 0, c ’est-à-dire

f (xo - a f + (S(xo) - è) 2 - r2 = 0
(xo — a) + (S(xo) - b ) f (xo) = 0
l 1 + U ’(xo) ] 2 + (Sixo) - b)S"(xo) = 0

permet de déterminer les 3 inconnues a, b, r. Si l’on pose pour simplifier


/ ( x 0) = yo, S '(xo) = y ’o, S "(xo) = y" o, on obtient dans la troisième équation:

(33)
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 57
à condition que Гоп ait yo' Ф 0. On peut déduire de la seconde équation dans
ce cas :
(l + yb2)yb
xo — a (34)
yS
Ces expressions donnent immédiatement a et b d’une part, et d ’autre part
si on les remplace dans la première équation, elles donnent :
#2\3
r2 = (l + yofyo + (1 + 7Ô 2) 2 _ (1 + yb2) 3
Уо Уо
(1 + y o f ' 2
soit : r = (35)
Уо
Le cercle ainsi déterminé est appelé cercle osculateur; son rayon est appelé
rayon de courbure au point considéré, et son inverse 1jr est appelé courbure.
Ainsi qu’il apparaît dans l ’équation (35), la courbure et le rayon de courbure
sont considérés en valeur relative et ont le même signe que y" ; si l ’on se rappelle
la signification géométrique du signe de la dérivée seconde, on en déduit
immédiatement celui du signe de la courbure.
Si y" = 0, on ne peut pas employer la procédure précédente; dans ce cas
la tangente, au lieu d’avoir un contact bi-point avec la courbe, a un contact
tri-point avec celle-ci. (En effet, si l ’on indique par y = <p(x) l ’équation de la
tangente en yo, on a non seulement par définition cp(xo) = yo, <p'(xo) = yo,
mais également <p”(xo) = y" = 0.)
On convient de dire, dans ce cas, que le cercle osculateur, qui devient une
droite, a un rayon infini et que par conséquent la courbure en ce point est nulle.
On peut déduire de l ’équation (35) (ceci a déjà été mentionné plusieurs fois
ci-dessus) que le rayon de courbure et par conséquent la courbure dépendent
d’une part de la dérivée première, d ’autre part de la dérivée seconde. Il est
facile de vérifier par exemple que la courbure d ’une parabole d ’équation
y = ao + a\x + ü2X2 est donnée à son sommet par la valeur 2 | az |, c ’est-à-
dire qu’elle dépend seulement du coefficient a<i comme l ’on avait affirmé
à la page 26.

12. — Approximation d’ordre n; formule de Taylor


On dira que la fonction y = cp{x) donne une approximation d'ordre n (au
moins) de la fonction y = f(x ) au voisinage du point Xo si la différence
R(x) = f(x ) — <p(x) tend vers zéro plus rapidement que (x — xo)n, c'est-à-
dire si :
f(x ) — <p(x)
lim * < * > , = lim = o. (36)
ж-»а?о ( X — Xo) X->xa (x — Xo) '
58 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

La condition nécessaire et suffisante pour que cela se vérifie est que l’on ait?
en supposant que les fonctions f(x ) et <p(x) soient n fois dérivables (cf. n° 11,
théorème 2) :

f ( x o) = <p(xo) [c’est-à-dire R(xo) = 0]


f ' ( x o) = cp\x o) [c’est-à-dire R'(x 0) = 0]
(37)
f {n\ x o) = <pin)(xo) [c’est-à-dire R in\ x o) = 0].

Si d’autre part il existe des dérivées d’ordre n + 1 de ces fonctions au voisi­


nage du point (cf. n° 11, théorème 1), on a :

R(x) R(n+1)(Ç)
(£ compris entre xo et x) (38)
(x — x0)”+1 ( « + 1)!

ce qui revient à dire :

R (X) = \f {n+1)( 0 - <p(n+1\ è)] (X~ ^ ‘ (380

Si l ’on sait d’autre part que dans l’intervalle (*o, x) l ’on a toujours
|f<n+V(x) — cp(n+1)(x) | ^ A, où A est un nombre positif convenablement
choisi, on peut donner la limitation suivante à l ’erreur :

I I
1 ^ 1 ^ h V (39)

Si l’on veut déterminer une fonction cp(x) jouissant de ces propriétés, il est
particulièrement utile et commode pour les calculs de prendre pour fonction
(p(x) le polynôme ayant le degré minimum compatible avec l ’approximation
requise, et par conséquent le degré n, étant donné qu’elle doit vérifier les n
conditions données dans la formule (37) (dans certains cas particuliers, c’est-à-
dire si f ( n)(xo) = / (7l_1)(*o) = • *• = f ( m)(xo) = 0, il suffit évidemment de
prendre un polynôme de degré m — 1).
Les conditions énoncées dans la formule (37), en rappelant l ’équation (16'),
donnent :

<p(x) = /(xo) + f '( x o)(pc — xo) + f "( xo) — + •••

(x — Xo)” .
+ f (n\ x 0) -----------9 (40)
n!
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 59
et, puisque <p(n+1)(x) = 0, l ’équation (38') devient dans ce cas :
xn+1
,.(71+1)^ (X ---XoŸ ^
R(x) - / ' “ '({) " (38")
( n + 1)!

On peut combiner les équations (38") et (40) dans l ’équation suivante

/( * ) = / ( * o) + f '( x o ) ( x — x0) + f " ( x 0) 2 *0^ + • • •


TO+l
+ f (n\ x o) (* — *<>)" + f (n+1\ è ) (x — Xo) (41)
/2! ( n + 1)!
L’équation (41) est appelée formule de Taylor, ûwec /e reste de Lagrange.
Le reste peut s’exprimer sous des formes différentes. On notera, c ’est évident,
que la formule de Lagrange ne peut pas s’employer si la fonction / (w+1)(x)
n ’existe pas; dans tous les cas, cependant, la propriété fondamentale du reste
exprimée dans l’équation (36) demeure.
Si le point initial, c ’est-à-dire celui où l’on note la fonction f(x ) et ses n
premières dérivées, est Yorigine (*o = 0), l ’équation (41) devient :
2 n n+1
/( * ) = / ( 0) + / ' ( 0)x + / ' ( 0) L + ••• + / (n)(o ) L + / (B+1)( a (7^ n y ! -

( 2) (4 1 0

Appliquons ce qui précède à certains cas particuliers importants. La fonc­


tion f( x ) = ex est dérivable un nombre infini de fois, et pour toute valeur de
on a f ik)(x) = ex ; et, en particulier, f (k)(0) = e° = 1. On a alors, pour l’équa­
tion (41') :
n n+1
+ 3L + é — ____ (42)
e* = 1 + * + I 7 + J 7 + ^ n! ^ (n + 1)!

Étant donné que, pour x > 0, e£ < e* < 3X, on obtient la limitation suivante
pour l ’erreur :
x “+1
1^1 < 3^ (.x > 0).
( n + 1)!

Si par contre x < 0 (et par conséquent £ < 0) on a e^ < 1, d ’où :


I \n+ l
\x \
Ul <
( n + 1)!
0 Le lecteur comparera cette formule et le n° (39) respectivement avec les formules de la fin
du paragraphe 3 et les formules (11') et (12'), qui sont des cas particuliers de celles-là.
(2) Il est d ’usage de désigner la relation (41') par le nom de formule de Mac Laurin : les
raisons en sont d’ordre historique, mais même en ce sens discutables.
60 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIERES

Par exemple, pour x = 1 et n = 4, l ’on obtient :

e ~ l + l+ l + i + l = 2,708333...,

et l ’erreur commise est inférieure à 3 X 1/5! = 1/40 = 0,025.


Pour la fonction f(x) = sin x , on a / '(x) = cos x, f "(.x) = — sin x ,
/"'(*) = — cos x, et pour les dérivées suivantes, ces quatre valeurs se répètent
périodiquement; puisque l’on a / ( 0) = 0, / ' ( 0) = l , / " ( 0) = 0,/" '(0) = — 1,
on obtient :
3 5 7 n

sin x = x — JT + j y — jj + " • ± ^7 + R(x) (n impair), (43)

et l ’on obtient de la même façon :


2 4 6 n
1 x x X X —, x
C O S X - 1 — — + 47 — £ 7 + ••• ± ^ 7 + R(x) (in pair). (44)

Dans les deux cas, étant donné que | sin x | ^ 1, | cos x | ^ 1 pour toute
n +1
valeur de x, l ’on en déduit I R(x) I < v
(n + 1)!
Le lecteur peut vérifier à titre d’exercice les exemples suivants (en prenant
pour point initial xo = 0, et £ compris entre 0 et x) :
71+1
i
= -1i +i x +i x * +i ••• +i X
ft i
+ ft+19 (45)
1—x 0 - 0

ln ( l + x) = x - ^ + ^ - ^ - + . . . + ( - l ) " " 1£ +
ft+1
+ ( - 1) (46)
(» + 1)(1 + 0
(! + *)“ = ! + « + ( ï) x 2 + . . . + (Jl)x n +
, / OL \ . ,xCX-ft-l ft+1
+ («+i) •(! + £) x (47)

Dans l ’équation (47) on désigne par a un nombre arbitraire réel, en prenant


(2) défini, même pour a non entier, par la formule bien connue :

a(a — 1) • • • (a — k + 1)
CD = AM
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 61

13. — Séries de puissances. Séries de Taylor

On suppose que la fonction /(x ) a des dérivées de tous ordres au point xo,
et pour plus de simplicité, on prendra ce dernier confondu avec l’origine.
Soit Ærc+i(X) le reste de la formule de Taylor après le terme de degré n; nous
posons donc :
n

№ = /(0 ) + f'(0 )x + • • • + / W( 0 ) ^ + R n+i(x).

Il est naturel de se demander si, pour x donné, l’approximation est meilleure


lorsque n croît, soit si i^w+i(x) 0, quand n > oo. Si ceci se produit, la série
suivante :

!* /№>(o) h = / ( o )+ /,( o)x + /,,(o)ÿ + • • •


serait convergente (pour cette valeur donnée de x) et sa somme donnerait
/(x ) O). Cette série est dite série de Taylor (avec pour point initial xo = 0)
de la fonction /(x ).
Ceci conduit à étudier des séries du type suivant :
00
Y.ka¡cXk = a0 + aix + a2x + a3x + ■•• (49)
o
qui sont appelées séries de puissances et peuvent être considérées comme des
polynômes de degré infini.
Le cas le plus simple se présente lorsque tous les coefficients an sont égaux
entre eux, soit aic = a ^ 0. Chaque terme de la série se déduit donc du terme
précédent en le multipliant par x : selon une terminologie bien connue, les
termes de la série constituent une progression géométrique de raison x. Une
telle série est donc appelée série géométrique. La somme des n + 1 premiers
termes est donnée par la formule bien connue (2) :
n n 1 n +1
fn(x) = Zü-,ax = a Y.kXk = a —— ---- (x 1). (50)
0 0 1— x

” xk
C1) En effet, si l’on pose f n(x) = 2^x/(/, ) (0)^7 et>si Rn+i(x) -> 0, c’est-à-dire/(x) — f n(x) -> 0,
O
on a lim fn(x) = f(x) ; la successions des sommes partielles fn(x) a pour limite f( x ), et donc par
n—
>oo
définition, la série donnée converge en/(x).
(2) La démonstration en est immédiate : fn(x) = a{ 1 + x + • • • + *");*/«(*) = û(x + x 2 +
+ • • • + x n+1); en faisant la différence membre à membre, (1 — x) • fn(x) = a( 1 — jcn+1), d ’où
la formule (50).
62 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Compte tenu de

lim * * « - ! ° 11 1*1 < 1


n->00 l 00 si | X | > 1

on a donc :

rlim frn(x)
r \ = {( a T
l ~—
—x si 1*1 < 1
^°° V 00 SI
- i IX i| >
i 1

La série géométrique est convergente, et a pour somme a • 1/(1 — jc), si


x < 1 ; elle est divergente si x > 1.
Lorsque x = 1,1a conclusion est immédiate (sans se référer à la formule (50)) :
si l’on a fn O ) = a + a + • • • + a = (n + 1) a, la série géométrique est
divergente pour x = 1, et, puisque
si n est pair
/ ( — 1) = a — a + a i a —
si n est impair,
la série géométrique est indéterminée pour x = — 1.
Il est donc facile maintenant de passer au cas général, et de démontrer le
théorème suivant (dit de Cauchy-Hadamard).
Si Гоп pose max lim | au j1/* = L (*), la série (49) est absolument convergente
fc-»oo
pour | jc | < 1¡L, et divergente pour | x | > l/L, si L est fini et non nul; elle est
convergente pour toute valeur de x si L = 0 et est divergente pour toute valeur de x
(à Гexception de x = 0) si L = oo.
Soit max lim | au \1,k = L Ф 0, oo; si l ’on désigne par s un nombre positif
TC—>oo
arbitraire, il existera alors N tel que pour к > N l’on ait | au I1/* < L + e,
soit | au | < {L + e)k. Il s’ensuit donc que pour n > N,

I Rn(x) I = IZfcûfcX* | < E* | akx I < Efc I(L + ¿)X |fc.


n n n
Si cette dernière série est convergente, la série Яте(*) sera également conver­
gente, ainsi, par conséquent, que la série donnée; elle sera même absolument
00
convergente, puisque la série de valeurs absolues Yjz I a^ k | est également
о

C1) Soit une suite wo, mi, M2,..., s’il n ’existe aucun nombre A tel que l’on ait définitivement Uk < A,
on dit que max lim Uk = + oo ; si, par contre, il existe un tel nombre, on appelle max lim m&la
k-+ oo k-> oo
borne inférieure / des nombres jouissant de cette propriété. On écrit aussi lim " Uk au lieu de
A;-> oo
max lim Uk. Naturellement, si lim Uk existe, on a max lim Uk = lim Uk. Les propriétés suivantes
k-> 00 k—
>co k—
>co k-> oo
de la limite maxima / sont importantes : si l’on donne e > 0 arbitraire, on a Uk < / + e, et il
existe un nombre infini de valeurs de k telles que Uk > l — e.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 63

convergente. Étant donné que | (L + é)x \k est une série géométrique, il


o
suffit que l ’on ait \{L + é)x | < 1, c ’est-à-dire \x | < y ~T— > 8 étant
L “J- €
arbitraire, ceci revient à dire qu’il suffit que | x | < -i-

Inversement, supposant | x | > y , posons | x | = y—^— • Il existe un nom-


bre infini de valeurs de k pour lesquelles \ a k \1,k > L — s ; pour ces valeurs
nous avons

| akx k | > ( L — c f ----- -— T = 1.


1 1 (.L — t f
La série ne peut donc pas converger, puisque la condition nécessaire de con­
vergence est que l ’on ait
Te
lim ajcX = 0.
k->oo

On peut faire des raisonnements analogues, que le lecteur peut construire


à titre d’exercice, pour démontrer le théorème dans les cas où L = 0 etL = oo.
Le nombre r = l/L est dit rayon de convergence de la série de puissances
donnée, puisque la série est convergente pour tout x dans l ’intervalle de centre
Xo = 0 et de rayon r, et est divergente pour tout x extérieur à cet intervalle;
dans le cas où L = 0, on dit que r = oo, et quand L = oo, on dit que
r = 0.
Aux bornes de l ’intervalle de convergence, c’est-à-dire pour x = ± r,
la série peut être convergente ou divergente, et la réponse dépend du cas consi­
déré.
Si le point initial est xo # 0, c’est-à-dire si la série est de la forme
oo
YjjcOjcix — xo)fc, tout le raisonnement et les conclusions demeurent inchangés,
o
et il suffit de remplacer partout x par x — xo; par exemple, l’intervalle de
convergence sera défini par \ x — Xo \ < r, soit par xo — r < x < xo + r.
Le théorème suivant s’avère fort utile dans la pratique :
S il existe lim le rayon de convergence est égal à cette limite.
ajc+1
La démonstration est omise par souci de brièveté i 1).

O Il suffit de remarquer, d ’après le « critère du rapport » que, si l’on pose


ak+1x k+1\
lim \ ~ ^ - = r, on a lim = |*| lim ak+1 i*i
k— ►oo |a*+i| k-> oo ajcxk I fc -> oo I ak
la série est divergente ou convergente selon que | * | < r ou | * | > r. Le théorème contenu dans
le texte peut se démontrer directement (et même sous une forme plus générale) et on déduit alors le
théorème ci-dessus comme conséquence de l’énoncé général.
64 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Si l ’on suppose que la série de puissances (49) a pour rayon de convergence r


non nul, et en posant, pour | jc| < r,
oo
f ( x) = 'ZkCtkX*,
0
on a alors un autre théorème très important (dont la démonstration est égale­
ment omise) :
La série « dérivée », c’est-à-dire celle que l ’on obtient en dérivant la série (49)
terme à terme, a le même rayon de convergence que la série donnée, et, pour
| jc | < r, sa somme est égale à / '(*)•
oo

Il s’ensuit que la fonction f(x ) = est dérivable un nombre infini


о
de fois, à l’intérieur de son intervalle de convergence, et l’on a (cf. formule (14'))

rira), ч y* (m + k)\ ic
J (x) = ---- П---- <*m+*X •
о к! (14"')

En particulier :

f im)(0) = m \ cim, c’est-à-dire dm = — )-!• (15')


ml

La série (49) est donc nécessairement une série de Taylor (ayant pour point
initial Xo = 0) étant donné la fonction qu’elle définit à l ’intérieur de l’intervalle
de convergence.
A l’intérieur de l ’intervalle de convergence, la série (49) peut être intégrée
terme à terme, c ’est-à-dire que la série des intégrales respectives des termes a
le même rayon de convergence que la série donnée, et sa somme est l’intégrale
de la somme :

J / ( x ) d * = C + | fcj^ _ / +1.

On peut donc effectuer des opérations sur la série à l’intérieur de l ’intervalle


de convergence, comme sur des polynômes (« polynômes de degré infini »).
Soit maintenant une fonction f ( x \ dérivable un nombre infini de fois, à
l ’origine (ou en autre point Xo), et soit également, représentée de façon formelle,
la série de Taylor correspondant à cette fonction, c’est-à-dire la série
00 x*
£ f c / (fc)(0) -гг* Si une telle série a un rayon de convergence non nul, peut-on
о *c -
affirmer que sa somme, à l ’intérieur de l’intervalle de convergence, est f( x )l
La réponse est négative, ainsi qu’on pourrait le prouver par des exemples.
Ceci signifie, en d ’autres termes, que deux fonctions peuvent être égales en
un point donné, et avoir toutes leurs dérivées en nombre infini égales en ce
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 65
point, sans pour autant être identiques au voisinage du point : et ceci même
dans l ’hypothèse où la série de Taylor correspondante a un rayon de conver­
gence non nul. Il ne suffit donc pas de démontrer que la série de Taylor corres­
pondant à une fonction /(x ) a un rayon de convergence non nul pour prouver que,
à Vintérieur de Vintervalle de convergence, sa somme est /(x ) : ceci doit se
démontrer directement, en démontrant par exemple que, pour n -> oo, le reste
de la formule de Taylor pour la fonction donnée tend vers 0 (*).
Ceci signifie que deux courbes peuvent avoir en un point un contact d ’ordre
infini sans pour autant coïncider dans tout un intervalle contenant ce point.
On peut déduire des formules (42) à (47) les développements en série suivants,
où l’on indique à droite le rayon de convergence correspondant :
2 3 4
e* = 1 + * + ! l + j ! + Ï! + ' " (r = œ ) (420

s i n x = X — | y + | y — ^ j - + • •• 0 = 00) (430
2 4 6
- x , x x , , 4
cosx= 1— _ + _ _ _ + ... (r=oo) (440

1f x = 1 + * + X2 + * 3 + ••* (r = 1) (450

ln(l+*) = * - y + y - ^ + ••• (r=l) (460

(1 + x)a = 1 + OCX + (%)x2 + (з)х3 + • • • (r = 1). (470


O
On remarquera que la formule (45') est un cas particulier de l ’équation (47')
où l ’on pose oc = — 1 et où l ’on remplace x par — x.
Le rayon de convergence des séries (42'), (45'), (46'), (47') s’obtient immé­
diatement en calculant l i m—^-: par exemple, pour l ’équation (42'), l ’on a
£->oo ak+ 1
1/k l
= lim (k + 1) = oo.
Z w + Di &->00

C1) Il est important d ’attirer l’attention sur le fait que le reste Ærc+i(.x) de la formule de Taylor
est en général différent du reste de la série de Taylor relative à cette fonction, même si cette série
est convergente (dans un certain intervalle). Rn+i(x) (cf. form. (48)) exprime la différence entre
f i x ) et la réduction (« + \)-ième de la série alors que le reste de la série est

Ln + 1/<*>«»£
Les deux restes ne coïncident que si la série de Taylor a pour somme f{x), ce qui pourrait ne pas
se produire même si la série est convergente.
(2) Pour la définition du ( £ ) , voir la formule (47).
66 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Pour les équations (43') et (44'), r = oo est une conséquence presque immé­
diate du fait que r = oo pour l’équation (42').
Comme on l ’a déjà signalé, on devrait en outre démontrer que dans l ’inter­
valle de convergence la somme des séries écrites ci-dessus est effectivement
celle qui est indiquée au premier membre des formules (42') à (47') : on s’en
dispensera pour plus de brièveté.

14. — Remarques sur certains types d’équations différentielles


du premier ordre
Équations à variables séparables.
Une équation du type
<p(x)
y = (51)
<£00
est dite à variables séparables parce que si l ’on écrit y ' sous la forme dy/dx,
elle est équivalente à l’équation :
<AOO dy = <p(x) dx.
On en déduit par intégration :

j>AOO ¿y - ji<p(x) dx + C. (52)

Une équation différentielle est considérée comme résolue lorsqu’elle est


ramenée à un calcul d’intégrales, même s’il est impossible d’effectuer le calcul
des intégrales obtenues de façon élémentaire. L’équation (52) définit impli­
citement la fonction y = f { x ) résolvant l ’équation proposée, et vérifie donc
également l ’équation (51). On pourrait également souligner que cette fonction
dépend aussi de la constante arbitraire C, en écrivant y = f(x , C). Il existe
donc en réalité une famille infinie de fonctions vérifiant l’équation (51) corres­
pondant au nombre infini de valeurs de la constante C; on obtient cette famille
en faisant varier C; et la fonction f(x , C) est dite comme on le sait déjà intégrale
générale de l ’équation donnée; une fonction particulière de la famille, soit la
fonction f { x , C) elle-même où l’on attribue à C une valeur bien déterminée,
est appelée intégrale particulière de l ’équation différentielle donnée.

Équations linéaires.
Une équation du type
y = <p(x)y + </<*) (53)
est appelée équation linéaire parce que la fonction inconnue y et sa dérivée y '
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 67
y figurent de façon linéaire; c ’est-à-dire que l ’on n ’inscrit dans le deuxième
membre de l’équation que « le terme connu » *p(x), et que le premier membre
est une combinaison linéaire de y et de y'.
Dans le cas particulier où ifj(x) = 0 l ’équation (53) devient :
y' = <p(x)y- (53')
Cette équation est appelée équation linéaire homogène. Étant à variables
séparées, elle pourrait se résoudre par la méthode mentionnée ci-dessus; il
suffit cependant de remarquer que (ln y)' = y '/y pour obtenir successivement :
y - <p(x); (ln y)' = <p(x); (53")
y
ln y = <p(x) àx + ln C.

On a représenté la constante d ’intégration sous la forme ln C pour plus


de commodité : en effet, si on la fait passer dans le premier membre on obtient
ln y/C = j<p(x) dx (et l’on remarquera que cette relation a un sens non seulement
pour y > 0, C > 0, mais également pour y < 0, C < 0). Étant donné que
Jç?(x) dx désigne une primitive quelconque de <p(x), on peut choisir celle qui
s’annule pour x = 0 (en supposant naturellement que cette fonction ait un
sens pour x = 0). On aura donc :
ffvW t
y = Ce
Pour résoudre l’équation complète (53) on prendra provisoirement comme
fonction inconnue la fonction suivante, au lieu de y :
- [ x0 <p W t
z = y e
On aura
-ffy w t - f xj» m t
z = y e _ y(?(x) e
c ’est-à-dire en mettant l ’exponentielle en facteur commun et tenant compte
de l ’équation (53) :
-fâ v W t - f x0 v № t
z' = e j [y' — y<p(x)\ = e J i/j(x).

Il s’ensuit donc que :


-\y m t
0 (w) du -J- C,* (C = C te arbitraire)

en remplaçant z par son expression


- \ x0 < p № t
y e J
68 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

et en multipliant les deux membres par

e J
on en conclut que

y = e' ip(u) du + C (54)


LJ»
On se reportera au chapitre III (n° 26) pour l’interprétation financière des
équations (53) et (53') et pour l’exposé de la méthode de résolution appliquée
à celles-ci.

Considérations géométriques.

On considère la courbe représentative de la fonction y = f(x ) qui sera


supposée dérivable chaque fois que cela sera nécessaire (fig. 32), et soit P un

point pris arbitrairement sur la courbe. Soit Q la projection de P sur l’axe des x,
T le point où la tangente à la courbe au point P rencontre l ’axe des x , N le
point de rencontre entre l ’axe des x et la normale à la courbe en P (la normale
étant la perpendiculaire à la tangente).
Le segment TQ qui est pris dans le sens positif si T précède Q sur l’axe des x
est appelé sous-tangente ; le segment QN considéré dans un sens positif si N
suit Q est appelé sous-normale ; la longueur du segment PT est appelé longueur
de tangente et celle du segment P N est appelée longueur de normale. Si l ’on
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 69

pose PTQ = oc on a, en vertu des théorèm es bien connus sur les triangles
rectangles :

tq = (55)
tga
Q N = PQ tg a (56)

PT = x /P g 2 + PÔ2 = J PQ2 + = — >/ l + tg2 a (57)


tg a tga
P N = V P g 2 + giV2 = V p g 2 + P g 2 tg2 a = P g x / l + tg2 a , (58)

soit, en remarquant que PQ = y, tg a = y ' :

sous-tangente = y / y ' ; (55')


sous-normale = y y ' ; (5 6 0

longueur de tangente = — -s/ 1 + y '2 ; (5 7 0


y
longueur de normale = y \ f 1 + y '2* (5 8 0

On se trouve d on c confronté par deux types de problèm es don t l ’un est


l ’inverse de l ’autre; étant donnée une courbe ou une fam ille de courbes,
déterm iner les « grandeurs » géom étriques définies ci-dessus (question résolue
par les équations (5 5 0 à (5 8 0 ) p u isq u ’il s ’agit d ’une fam ille de courbes, les
propriétés q u ’elles on t éventuellem ent en com m u n ; inversem ent, étant d onnée
une propriété bien déterm inée de la sous-tangente ou de la sous-norm ale, etc.
déterm iner toutes les courbes pour lesquelles cette propriété est vérifiée.
On obtiendra une réponse à ce dernier type de question en résolvant une
équation différentielle ainsi qu’on le fait chaque fois qu’il faut imposer de
façon plus ou moins directe une condition donnée à la pente de la courbe,
c ’est-à-dire à / .
On étudie ci-dessous les « propriétés différentielles » de certaines familles
de courbes particulièrement simples et importantes.

La courbe exponentielle y = C ecx (}) [C, c constantes].


La fonction a un signe constant et plus précisément est du signe du coeffi­
cient C; elle est dérivable un nombre infini de fois et l ’on a :

/ m (x) -- Ccm e x = Cmf(x). (59)

C1) Cela revient de même d ’écrire y = CeCx ou bien y = Cax en posant ec = a; pour plus de
commodité, il est cependant préférable, du point de vue théorique, de se référer à la base e.
70 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Si c est positif, toutes les dérivées sont du même signe que f(x) ; en particulier
elles sont toutes positives si C est positif. Par exemple, la fonction y = ccx
est croissante (y' = cy > 0) et a sa concavité tournée vers le haut (y* = c2y > 0) ;
il en est de même comme on peut le voir si c est inférieur à 0; pour C inférieur
à 0 on inverse les conclusions (fig. 33 et 34).

Soit maintenant la fonction f(x ) = C ecx = Cax pour les points dont l’abscisse
est un nombre entier (x) non négatif : on obtient, correspondant à la progression
arithmétique x = 0, 1,2, 3,..., la suite suivante :

C, Ca, C a , C a ,...,f(n ) = C a ,..., (60)

c ’est-à-dire une progression géométrique de raison a si l ’on désigne par ce


terme une suite de nombres où le rapport entre chaque terme et le terme précé­
dent est égal à une constante a. On pourrait naturellement prendre comme
premier terme celui qui correspond à une valeur entière quelconque de l’abscisse,
même négative. Si l ’on ordonne par contre les termes par ordre d ’abscisse
(entière) décroissante à partir d’une valeur donnée, par exemple à partir
de x = 0, on obtient une progression géométrique de raison 1¡a.
Dans une progression géométrique telle que l’expression (60) l ’accroissement

C1) Ce serait la même chose de considérer les valeurs de x en progression arithmétique de


raison arbitraire ; on peut du reste ramener ce cas au précédent par un changement convenable
d’unité de mesure (et éventuellement d ’origine).
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 71
Ay que l ’on doit ajouter à un terme pour obtenir le terme suivant est pro­
portionnel aux termes mêmes :

Ay = /( « + 1) —f(n) = af(n) —f(n) = ia — 1)/(«).

Ceci s’exprime en disant que dans une progression géométrique l ’accroisse­


ment en pourcentage est constant.

Pour donner une interprétation géométrique du résultat, on peut construire


la ligne brisée ayant pour sommets les points de la courbe y = Cax d ’abscisse
entière : on obtient ainsi une approximation plus ou moins grossière de la
courbe exponentielle. On prolonge le côté PPi de la ligne brisée compris entre
les points d’abscisses n, n + 1 jusqu’à ce qu’il rencontre l’axe des x en T ;
on désigne par Q la projection de P sur l ’axe des x; en vertu de la similitude
des triangles TQP, PM Pi, on obtient :

TQ :f(n) = 1 : (a — !)/(« ) donc TQ = ia # 1).

Le segment TQ est donc égal à une constante.


Si l’on prend les sommets de la ligne brisée sur la courbe y = f ( x ) = Cax
correspondant à des valeurs xo, xi, X2v x en progression arithmétique de
raison arbitraire Ax (et les valeurs correspondantes de y sont toujours en
72 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

progression géométrique de raison aAx) le raisonnement et la conclusion restent


à peu près inchangés : le segment TQ demeure constant et l ’on a :
A*
TQ =
a Ax- l
comme on peut le voir en remplaçant, dans la figure 35, n par x n, 1 par Ax
et a par aAx.
Quand Ax tend vers 0, la ligne brisée tend à se confondre avec la courbe ex­
ponentielle donnée et le segment TQ tend à se confondre avec la sous-tangente;
si on le veut on peut calculer directement
— Ajc
lim TQ = lim
Aa?-»0 AM û — 1
qui est une limite connue (on se souviendra du calcul de la dérivée de ax), et
l’on trouve lim TQ = 1/ln a = 1¡c en tenant compte du fait que ec = a).
AX->0
Ceci démontre non seulement que la courbe exponentielle a une sous-
tangente constante (comme on le verra beaucoup plus commodément ci-dessous)
mais également dans quelles limites certaines propriétés analytico-géométriques
se conservent ou se transforment lorsque l ’on passe du domaine discret au
domaine continu (ou inversement).
On peut immédiatement voir que la sous-tangente est constante et égale à
1¡c dans le cas de la fonction exponentielle, en rappelant (formule (55')) que
sa valeur est donnée par y/y' et que (formule (59), en prenant m = 1) y ' = cy.
Les courbes exponentielles sont-elles les seules courbes jouissant de la pro­
priété d’avoir une sous-tangente constante? La réponse est affirmative et
s’obtient immédiatement en résolvant l ’équation différentielle y/y' = Cte,
soit, en désignant la constante par 1¡c pour plus de commodité : y/y' = 1/c,
ou y' = cy.
On connaît déjà l ’intégrale générale de cette équation (c’est la formule (53')
avec (p(x) = c) :
/O ex
y = Ce ,
ce qu’il fallait démontrer.
La relation y ' = cy, caractéristique d ’une courbe exponentielle, peut
s’écrire dy = cy dx; ceci signifie que, comme il fallait s’y attendre, la propriété
énoncée pour les progressions géométriques est encore vraie, en première
approximation, pour les courbes exponentielles : l ’accroissement de y (en
réalité sa différentielle) est proportionnel à y même.
Pour exprimer les résultats sous une nouvelle forme, intéressante par ses
applications, il est bon de faire d ’abord quelques remarques générales.
Soit y = f{ t) la mesure d’une grandeur dépendant du temps. On suppose
que f i t ) soit dérivable. On sait que y' = / ' ( 0 donne la vitesse de variation de y.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 73
Il est souvent utile dans la pratique de comparer cette vitesse de variation de y
avec y même, donc de considérer le rapport y'/y; on appelle généralement ce
rapport intensité de la variation (dans un sens croissant ou décroissant) de y.
Par exemple, si y désigne le chiffre de la population, y ' la vitesse avec laquelle
celle-ci s’accroît (ou décroît, si y ' est inférieur à 0), on appellera intensité (ou
taux instantané) de croissance le rapport y '/y (*).
On précise ainsi la signification graphique de la sous-tangente, c ’est-à-dire
que sa longueur est égale à l ’inverse de l’intensité : et l ’on peut, en outre,
énoncer ce qui avait été démontré auparavant, sous la forme suivante : les
fonctions exponentielles sont les seules fonctions ayant une intensité constante.
Pour donner un exemple, on remarquera que, selon la terminologie que nous
venons d ’introduire, l ’hypothèse de Malthus (cf. la note page 11) pourrait
s’énoncer de la façon suivante : « l ’intensité d ’accroissement de la population
est constante »; ceci revient à dire que « l ’augmentation en pourcentage est
constante », ou bien que « la population croît de façon exponentielle », ou
enfin — et c’est la forme d’origine — que « la population croît en progression
géométrique » (2).

La courbe d'équation y = Cxc (C, c, étant des constantes réelles).


Si c est un entier non négatif, on a affaire à des courbes bien connues (courbes
représentatives de certains polynômes de degré c). Pour c entier négatif, on

C1) Le phénomène, en réalité discontinu (et il ne peut varier que dans le domaine des nombres
entiers), est présenté ici sous une forme idéalisée, ce qui est souvent utile dans de pareils cas où
l’idéalisation permet des simplifications importantes sur le plan théorique, qui n ’altèrent la réalité
effective que dans une mesure négligeable, si l’on procède avec les précautions nécessaires.
r (2) Il est peut-être utile de souligner que les considérations mathématiques faites sur la théorie
de Malthus, prise en tant qu’exemple simple et intéressant, ne prouvent pas la véracité de cette
théorie et ne l’infirment pas.
74 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

obtient évidemment des courbes ayant toujours pour asymptotes l ’axe des
Xlim Cx = oo) et l ’axe des x(lim Cx = 0), symétriques par rapport à l ’axe
rr_>0 X->od
des 3; si c est pair, et symétriques par rapport à l’origine pour c impair.
Étant donné que y' = Ccxc~1, y" = Cc(c — l)x c_2, on voit que la courbe
n’a, dans un domaine fini et pour y fini, ni maxima ni minima ni point d’in­
flexion; la courbe aura nécessairement l ’allure indiquée dans les figures 36
et 37 ainsi que l’on peut le vérifier.
Pour c non entier, la fonction /(x ) n’a de sens que si x > 0 (à l’exception
du cas particulier où c est rationnel et, réduit à sa plus simple expression,
a un dénominateur impair); mais même dans ce cas, comme d ’ailleurs pour c
entier, cela ne vaut pas la peine de considérer le cas où x < 0 qui n’aurait
rien de nouveau pour des raisons évidentes de symétrie.
En vertu des formules (55') et (56'), on trouve :

sous-tangente = Cx ¡Ccx = xjc


sous-normale = Cxc.Ccxc~1 = C2cx2c~1
dont on déduit les cas particuliers :
parabole ayant pour axe
l’axe des y(c = 2) : sous-tangente = 1/2 x
sous-normale = 2C2x 3
parabole ayant pour axe
l’axe des x(c = 1/2) : sous-tangente = 2x
sous-normale = 1/2 C2 (constante)
hyperbole équilatère
(c = — 1) : sous-tangente = — x
sous-normale = — C2x-3.

En remarquant y '/y = 1/sous-tangente = c/x, on obtient :

= c (ou bien y f = c-)- (61)


y X

On peut interpréter (61) en disant que pour les puissances le produit de


l’abscisse par la dérivée logarithmique (:) ou bien le rapport entre l’abscisse
et la sous-tangente est égal à une constante.
Cette propriété est-elle caractéristique des puissances? La réponse est affir­
mative et s’obtient en résolvant l ’équation différentielle (61). Ce soin est laissé
au lecteur qui remarquera que cette équation a déjà été considérée et résolue
dans des cas particuliers (p. 11, pour c = 1 ; p. 25, pour c = 2).

d ln y y'
P) Puisque l’on a ^ = ” î a*nsi Qu ’^ a déjà été rappelé, on a coutume de désigner le rapport
y'Iy par le nom de dérivée logarithmique.
RAPPELS DE MATHÉMATIQUES GÉNÉRALES 75
Le rapport xy'/y est d ’un intérêt particulier dans certains d om aines et
surtout en écon om ie où il est appelé élasticité. Si l ’on considère par exem ple
la quantité y = f { x ) d ’un certain produit q u ’achète un consom m ateur ou un
ensem ble de consom m ateurs, si le prix en est x, l ’on définit de la façon suivante
la dem ande :
xy' _ x dy _ dy/y _ taux de croissance de y
y y dx dx/x ta ux de croissance de x

On peut donc exprimer le résultat obtenu ci-dessus en disant que les puis­
sances y = Cxc, et seulement celles-ci, jouissent de la propriété d'avoir une
élasticité constante.
On a en particulier une élasticité = — 1 (hyperbole équilatère) si, lorsque le
prix augm ente, la con som m ation varie en proportion inverse de façon que la
dépense reste inchangée; l ’élasticité est inférieure à — 1 si la contraction de la
con som m ation est plus im portante, c ’est-à-dire si la dépense en est encore
réduite ; élasticité supérieure à — 1dans le cas contraire; elle est nulle si la
consom m ation ne varie pas (y = Cte,y ' = 0) et p ositive si, lorsque le prix
augm ente, la con som m ation augm ente égalem ent.
D an s cet exam en rapide des équations différentielles et de leurs applications
on n ’a choisi que les cas les plus sim ples et en m êm e tem ps les plus significatifs
et intéressants pour cet ouvrage; il va de soi que l ’on pourrait en m ultiplier les
exem ples, m êm e dans les lim ites très étroites de la théorie telle q u ’elle a été
développée ici. On se contentera d ’indiquer encore une propriété caractéris­
tique de la courbe de G auss y = Ce~(1/2<r2) *2 : la sous-tangente (qui est de signe
contraire à x, m ais prise en valeur absolue) est inversem ent proportionnelle
à l ’abscisse : y\y' — — ct2/ jc. La dém onstration est laissée au lecteur : elle
constitue un exercice facile et instructif.

Équations fonctionnelles.
D an s les équations différentielles l ’inconnue est une fo n ctio n qui est liée
par la relation donnée à sa dérivée prem ière (si l ’équation est du prem ier ordre).
D e la m êm e façon, on peut exiger q u ’une fon ction jo u isse d ’une certaine p ro­
priété qui ne dépende pas (du m oins explicitem ent) de ses dérivées; la relation
exprim ant cette propriété est appelée équation fonctionnelle.
A ppelons x i et X2 deux valeurs arbitraires de la variable réelle x et co n si­
dérons les exem ples suivants particulièrem ent sim ples et im portants d ’équations
fon ction n elles :
f ( x 1 + * 2) = / ( * 1) + f ( x 2), (62)
f(x 1 + X 2) = f ( x 1) • / O 2), (63)
f(x 1 • X 2) = f ( x l) + f ( x 2), (64)
f ( x 1 • xi) = f ( x i ) • f ( x 2). (65)
76 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Si l ’on recherche une solution dans une classe assez régulière de fonctions,
dans la classe des fonctions continues par exemple (mais l ’on pourrait choisir
une classe plus large), on démontre que l ’équation (62) est caractéristique de
la fonction linéaire homogène :
f(x ) = ax {a arbitraire) ;

l ’équation (63) est caractéristique de la fonction exponentielle :


f(x ) = ax (<a positif);

l’équation (64) est caractéristique de la fonction logarithmique :


f(x ) = loga x (ia positif);
l’équation (65) est caractéristique de la fonction puissance :
fipc) = x a (a arbitraire).

Le lecteur peut facilement vérifier que les fonctions ci-dessus jouissent des
propriétés indiquées respectivement dans chaque cas; pour être plus bref,
on ne démontrera pas que, seules, ces fonctions vérifient ces propriétés dans
l’ensemble des fonctions continues.
EXERCICES SUR LE CHAPITRE I

1. L’on donne
y i - 2,000, 1/9 = 2,080,

calculer y 8,4 au moyen d ’une interpolation linéaire, en donnant une


limite de l ’erreur.
2. Résoudre le problème précédent, en se servant d’une parabole d’inter­
polation, passant par les points (8 ; 2), (9; 2,08) et tangente au premier
de ces points à la courbe y = \ [ x . Donner dans ce cas également une
limite de l ’erreur.
3. Trouver une forme approchée de la fonction y = ^ /x , au point (8 ; 2), au
moyen d’un polynôme du second degré, et donner une limite de l’erreur;
calculer numériquement cette limite dans le cas particulier où x = 8,4.
4. Combien de termes de la série de Taylor faudra-t-il considérer pour la
fonction y = ^Jx pour que, au point x = 9, on obtienne une valeur de y
avec une erreur inférieure à 0,001? Pour appliquer la formule (47) et (47'),
l ’on écrira

en ayant posé (x — 8)/8 = u.


5. Calculer la valeur de tg 77/ 6, en se servant de la parabole d’interpolation
passant par les points

(0,tg0),

et donner une limite de l ’erreur. On rappelle que tg 0 = 0, tg 77/4 = 1


tg 77/3 = y / ï . Comparer le résultat avec la valeur exacte de tg 77/6 = 1/^/3.
Résoudre le même problème en se servant de la parabole passant par
les points (0, 0), (77/ 4 , 1), et tangente en l’un de ces points à la courbe
y = tg x.
78 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

6. Calculer une valeur approximative de 31*3, en donnant chaque fois une


limite de l’erreur, par les méthodes suivantes :
a) extrapolation linéaire, par rapport aux points (0,1), (1,3) de la courbe
y = 3*;
b) interpolation quadratique, par rapport aux points (0,1), (1,3), (2,9);
c) approximation d ’ordre 0 par rapport au point (1,3);
d) approximation du premier ordre par rapport au point (1,3);
é) approximation du deuxième ordre par rapport au point (1,3);
/ ) formule de Taylor, en prenant pour point initial x = 1, développée
jusqu’au terme du troisième degré.
On remarquera que ln 3 = 1,1 avec une erreur (par excès) inférieure
à 0,002.
7. Écrire l ’équation de la parabole relative au cas b) de l’exemple précédent
(c’est-à-dire de celle passant par les points (0,1), (1,3), (2,9)), soit au
moyen de la formule d ’interpolation de Lagrange, soit au moyen de la
formule de Newton.
8. Quel ordre de contact ont au point x = 0 les deux courbes d’équations

f ( x ) = 2 x ^ \-T = 1 — 4x + 8x2 — 16x3 ?

Donner une limite de l ’erreur que l’on commet en prenant pour 0 < x < 1
la valeur de <p(x) comme valeur de f(x) (ou inversement).
9. Résoudre les équations différentielles suivantes :

» /- J \= Â IV. y =
1 -f- x
x+l
H) y' = y + xZ V. y = y- a
x 1/2
a —x
III) y = xy — x3 VI. / =

10. Trouver les courbes jouissant des propriétés suivantes :


I. ayant une sous-normale proportionnelle à l’abscisse;
II. ayant une normale de longueur constante;
III. dont la somme de l ’ordonnée et de la sous-normale soit constante;
IV. dont la somme de l’abscisse et de la sous-normale soit constante
(par conséquent le point où la normale rencontre l’axe des x, d ’où la
solution évidente).
CHAPITRE II

LES MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES


DANS LEURS HYPOTHÈSES LES PLUS SIMPLES
(LOI EXPONENTIELLE)

15. — Objet des mathématiques financières

Les mathématiques financières traitent des opérations d ’échange qui ne


portent que sur des montants d ’argent et qui s’appellent donc financières.
Plus précisément, l ’on peut avoir des opérations financières certaines (ou
encore purement financières), où le paiement des montants en question est
certain, c’est-à-dire non subordonné à un événement déterminé. Les mathé­
matiques financières au sens restreint du terme traitent des opérations certaines
et le seul facteur qui entre en jeu est le temps pendant lequel s’effectuent ou
doivent s’effectuer les différents paiements, et c ’est celui qui conditionne les
opérations.
L’on peut avoir en outre des opérations financières aléatoires, où l ’on a des
paiements qui ne sont pas certains, mais subordonnés à des événements déter­
minés; un exemple important de telles opérations nous est fourni par les
assurances (les assurances-vie, ainsi que les assurances « élémentaires »,
incendie, transport, etc.). On englobe également dans cette définition les opé­
rations comportant des tirages au sort ou dépendant d ’autres éléments de
hasard. A la rigueur on peut également lui faire correspondre presque toutes
les opérations — même celles dites « certaines » — où il y a, en pratique,
un risque, même petit ou très petit, que le paiement prévu n’ait pas lieu (par
ex. pour cause de faillite, insolvabilité, cas de force majeure, etc.). Nous revien­
drons sur cette dernière question au paragraphe 22. Les mathématiques finan­
cières (prises au sens large) traitant des opérations aléatoires, et combinant
80 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

les mathématiques financières au sens étroit avec le calcul des probabilités,


se nomment mathématiques actuarielles ; dans un sens plus restreint, l’on appelle
souvent mathématiques actuarielles celles qui traitent seulement des assurances,
ou, dans un sens plus limité, des assurances-vie seulement.
Dans le présent ouvrage nous étudierons seulement les opérations certaines,
c’est-à-dire les mathématiques financières au sens étroit du terme. Nous éten­
drons exceptionnellement notre exposé au cas des obligations à lots où, toute­
fois, l’élément risque peut dans un certain sens être négligé.
Dans le présent chapitre, nous étudierons les premiers concepts des mathé­
matiques financières en nous référant au cas théoriquement le plus simple :
celui où les opérations envisagées sont fondées sur une loi exponentielle, ou,
selon la terminologie des mathématiques financières, sur une capitalisation
continue à taux constant.
Cette loi jouit de propriétés simples qui seront explicitées au paragraphe 23
et nous verrons qu’elle est la seule à les satisfaire. D ’où la priorité accordée
à l’étude de cette loi à laquelle seront exclusivement consacrés, non seulement
ce chapitre, mais également ceux qui suivent, à l ’exception du dernier.
Dans ce dernier chapitre nous étudierons les cas où pour des raisons théo­
riques ou pratiques il convient de ne plus se limiter à la loi exponentielle et
de renoncer à imposer certaines des propriétés qui la caractérisent. Nous
étudierons alors, entre autres, la loi de « capitalisation simple » qui dans de
nombreux exposés est présentée la première, parce qu’elle constitue « le cas
le plus simple » (comme l ’indique son nom). En renvoyant l ’étude de cette
loi à la fin de l ’ouvrage on s’apercevra mieux qu’il s’agit d ’une simplification
pratique pas susceptible d’interprétation théorique satisfaisante.

16. — La loi exponentielle (capitalisation continue)

Pour simplifier cet exposé, commençons par dire tout de suite, sous une
forme purement descriptive, en quoi consistent les mathématiques financières
dans le cas de la « loi exponentielle ». Il sera en effet plus facile dans un deu­
xième temps, après en avoir saisi la base conceptuelle élémentaire et les aspects
formels correspondants, de discuter des raisons pour lesquelles la loi exponen­
tielle semble être la plus naturelle. On pourra alors approfondir le sujet
et le relier aux aspects économiques dont il faut tenir compte (bien que ceux-ci
appartiennent à d ’autres disciplines).
La loi exponentielle se dénomme ainsi parce qu’elle ramène toutes les mathé­
matiques financières à l’application d ’une fonction exponentielle croissante,
eât(8 > 0), dont on suppose qu’elle exprime la valeur à un instant quelconque t
d’un montant unitaire payable à l’instant t = 0, ou, encore, le mon­
tant payable à l’instant r = t dont la valeur à l’instant r = 0 est égale à 1.
HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 81
En admettant, en se référant à la loi en question, de déterminer la valeur d’un
ensemble de montants Si, S n payables aux instants ri, T 2,..., tn , comme
étant la somme des valeurs respectives de ceux-ci, on obtient comme valeur
à l’instant t = 0 :

IV(0) = Sic ÔXl + Soc ô r '- H------- + S nc ÔTn = S A5 Ae ÔZh (66)

et, en général, comme valeur à l ’instant t :

W(t) = 'ZhShcw ~Th) = c6tI,hShc~ôth = c6tW(0). (67)

En effet, le montant Si e~STi à l’instant t = 0 est équivalent à (Si e“iri) eÎTi = Si


à l ’instant ri, et il en est de même pour les autres montants.
Si l’ensemble des paiements considérés est égal à 0, on dit que l’on a affaire
à une opération financière conforme à la loi eSt et équilibrée par rapport à
celle-ci, c ’est-à-dire que, conformément à cette loi, à l’obligation de verser
les montants S& négatifs correspond exactement en échange le droit d’exiger
les autres montants Sh positifs (en respectant les échéances rh respectives)
(alors que si W{t) avait une valeur positive, le contrat serait très avantageux,
et pour le rendre acceptable, il faudrait verser une contre-valeur à un instant
donné, soit, par exemple la valeur FF(0)pouri = 0, et inversement si PF(f) était
négatif). On se souviendra que e**, fonction exponentielle, est toujours positive
et l’on remarquera que la quantité W(t) garde pour toutes les valeurs de t
le même signe ou demeure nulle. Dans ce dernier cas, certains des montants Su
en nombre non nul doivent nécessairement être positifs et les autres négatifs
(à moins que — cas limite banal — tous les montants envisagés soient nuis).
Nous avons ainsi examiné sommairement le cas le plus général, celui d’opé­
rations comprenant un nombre quelconque de montants à échéances quel­
conques, afin de montrer comment on peut le réduire effectivement, par
simple loi de composition, au cas élémentaire d ’évaluation d ’un seul montant S
pris à un instant de référence t différent de l’instant d’échéance t : la valeur
de S évaluée, ou reportée, au moment t étant simplement :

V(t) = S c (t~z). (68)

Plus particulièrement, en termes financiers, on distingue les deux cas :


t < r et t > t (le cas t = t est trivial, cela donne W(f) = S et l ’on dit que la
valeur de S à l’instant même où le montant est payable est S). Dans le premier
cas, la valeur d ’un montant S évaluée à un instant t antérieur à l’instant d’éché­
ance r est dite valeur escomptée, et plus précisément S çrô(T~t) = S e^i_T)
(qui est inférieur à S) est dite la valeur du montant S escomptée pendant
une durée r —t. Dans le cas contraire S e^i-T>où t est supérieur à r, S e^i_T>(qui
est supérieur à S) est dite la valeur du montant S capitalisée pendant une durée
(t — r), ou aussi montant de S au bout d ’un laps de temps (t — r); le facteur
F in e t t i. — Leçons de mathématiques financières 4
82 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

e?(t-T) s’appelle, dans le premier cas, facteur d’escompte pendant le temps


r — / et, dans le second cas, facteur de capitalisation pour le temps / — r.
On note respectivement le facteur d’escompte : v = e-<*, et le facteur de capi­
talisation : u = \/u = e*, en sous-entendant la durée lorsque celle-ci est égale
à l’unité. L’unité de temps généralement adoptée et la plus commode dans le
domaine des calculs financiers étant l’année, c’est elle que l’on sous-entendra
dans la suite de cet exposé.
Il est évident que donner la valeur de v, ou bien indifféremment la valeur
de u = 1/v, revient à donner la valeur du paramètre 8, c ’est-à-dire, revient à
définir la loi exponentielle. Étant donné que v, valeur actuelle d ’un montant
unitaire différé d’un an est peu inférieure à l’unité et son inverse u est par
conséquent légèrement supérieur à 1, on préfère souvent indiquer au lieu
du facteur d’escompte v le taux (annuel effectif) d’escompte d = 1 — v (en
posant par conséquent v = 1 — J), et au lieu du facteur de capitalisation u
le taux (annuel effectif d’intérêt) i = u — 1 (soit u = 1 + /). La signification
de ces différents termes apparaît clairement, si, en se conformant à l’usage,
on désigne par intérêt ou escompte, pour l ’intervalle de temps (/', /"), l’accrois­
sement de valeur du capital entre deux instants /' et t" quelconques (/" > /')•
Lorsqu’on parle d’intérêt on pense plus précisément à la valeur à ajouter
à la valeur initiale pour obtenir la valeur finale, et lorsqu’on parle d ’escompte,
on pense inversement (mais c’est équivalent) à la valeur à retrancher à la
valeur finale pour obtenir la valeur initiale. Le taux d’intérêt et celui d’escompte
expriment tous les deux le même accroissement (par rapport à un an), mais
on les fait porter respectivement sur la valeur initiale ou la valeur finale.

17. — Remarques sur l’homogénéité des grandeurs

Avant de continuer, il est bon d ’ouvrir une parenthèse pour parler des
unités de mesure, ainsi que de l’homogénéité et de la dimension des grandeurs
utilisées, afin d ’éviter des erreurs ou des confusions. Ce sujet est d’une grande
importance en physique et dans toutes les applications techniques (en parti­
culier en électrotechnique) et il est essentiel d ’en traiter également avec préci­
sion dans cette discipline, quoiqu’on fasse rarement des erreurs si l ’on a
omis d’en parler. C’est un sujet qui reste cependant obscur et qui exige des
précisions fastidieuses et une terminologie assez chargée. Analysons donc
tout de suite un certain nombre de concepts simples permettant d’éliminer,
une fois pour toutes, toute cause possible de confusion ou d ’ambiguïté.
Une grandeur s’exprime au moyen d’un nombre et d ’une unité de mesure;
par exemple, une longueur pourra être de 38 km, un temps de 54 s, un poids
de 263 g et ainsi de suite; parfois (en sous-entendant l’unité de mesure),
on s’exprime comme si la grandeur s’identifiait avec le nombre, ce qui est un
tÎYPOTHÈSÈS SIMPLÈS EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 83

procédé impropre et dangereux. La grandeur 38 km (par exemple la distance


entre deux phares) est toujours la même quelle que soit l’unité de longueur
employée (par exemple 38 km = 38 000 m = 3 800 000 cm = 20, 505 milles
= 12 467,5 pieds = etc., etc.) alors que les nombres en eux-mêmes n’ont pas
de signification.
On peut comparer et additionner entre elles des grandeurs homogènes,
c ’est-à-dire de même espèce (par exemple deux longueurs, même si celles-ci
s’expriment par des unités différentes comme des mètres et des pieds) ;
on ne peut pas en faire autant de grandeurs non homogènes ou hétéro­
gènes.
Tout ceci peut sembler évident et superflu tant qu’il s’agit de grandeurs
dont la nature est la même ou est différente sans possibilités d ’ambiguïté ou
d ’équivoque; il y a cependant des cas prêtant à ambiguïté et il y a certaines
expressions qui facilitent l’erreur. Il est donc utile d ’attirer l ’attention sur ces
différents cas. Les dangers résident dans une mauvaise utilisation des concepts
qui constituent la plus grande richesse et l’utilité de la notion de grandeur :
c ’est-à-dire la possibilité de considérer les produits et rapports de grandeurs
(lorsque cela s’avère utile). On obtient ainsi des grandeurs d’espèces diffé­
rentes : par exemple, si l ’on multiplie une force (par exemple un poids de 12 kg)
par une longueur (3 m par exemple) on obtient le travail (12 kg x 3 m = 36 kilo-
grammes-mètres) nécessaire pour soulever de 3 m un poids de 12 kg; inver­
sement, si nous divisons ce poids par cette longueur on obtient (12 kg/3 m = 4 kg
par mètre) le poids linéique moyen d ’une barre qui pèserait 12 kg et serait
longue de 3 m. Ainsi que le montre notre exemple, de nouvelles unités de
mesure s’obtiennent ainsi directement grâce à des produits ou des rapports
d ’autres unités, si celles-ci sont choisies conformément à un critère de cohé­
rence, essentiellement pratique (sans cela il faudrait faire intervenir des coeffi­
cients de réduction fastidieux) (x).
Même indépendamment de toute signification physique, les mêmes remarques
restent valables du point de vue pratique et commercial : on peut mesurer
par exemple le volume du trafic (d’un réseau ferré, ou d ’une entreprise de
transport) en tonnes-kilomètres (produit d ’un poids par une distance) et l’on
peut mesurer en kilogrammes par kilomètre (rapport entre un poids et une
distance) la consommation de charbon ou de gas-oil nécessaire au fonction­
nement d ’un train. Les difficultés apparaissent lorsque l’on commence à
utiliser des locutions peu rigoureuses (qui sont souvent utiles comme abrévia­
tions, sous une forme elliptique) et qui dissimulent le fait que les deux gran­
deurs sont de nature différente, ce qui conduit à les confondre. Il s’agit là
des locutions où l’on utilise une unité pour désigner une grandeur sans pré­
ciser si l ’on a l’intention de diviser ou de multiplier cette grandeur par cette
unité.
(x) Comme cela était le cas dans les anciens systèmes de mesure, ce que l’on a éliminé dans le
système métrique décimal.
84 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Si nous reprenons notre premier exemple, si nous disons que « le poids


est égal au travail nécessaire pour soulever un corps d’un mètre » ou bien
que « le poids linéique, c ’est le poids d ’un mètre de barre », on pourrait en
conclure que le poids est un travail, que le poids linéique est un poids, et l’on
perd ainsi toute distinction entre grandeurs. La locution, qui emploie donc
le terme « un mètre », ne met pas en évidence la multiplication ou la divi­
sion selon lesquelles le kilogramme devient respectivement un kilogramme-
mètre dans le premier cas, et un kilogramme par mètre dans le second cas.
Dans le domaine qui nous intéresse plus directement, les grandeurs que
nous aurons surtout à considérer sont au nombre de deux seulement : des
montants (valeurs où l ’on prend comme unité l ’unité monétaire (en France,
le franc) et des temps {durée) où l’on prend comme unité Vannée (pour notre
sujet); il faudra cependant, pour être plus précis et pour éviter des erreurs
possibles, distinguer si l ’on parle d ’un montant ou bien du rapport entre
celui-ci et un autre montant, ou bien du rapport entre celui-ci et un temps,
ou bien des deux en même temps, ce qui est le cas le plus fréquent.
Les quatre grandeurs ainsi obtenues s’appelleront :
montant flux
taux intensité
et nous verrons tout de suite pourquoi on a adopté la disposition ci-dessus.
Pour préciser ces concepts par un exemple, supposons que nous considérions
un revenu de 20000 francs provenant, par exemple, de l’emploi (location par
exemple) d’un certain bien donné (immeuble, automobiles, etc.) coûtant
un million, au cours d ’une période de temps déterminée, par exemple au
cours des quatre mois allant de septembre à décembre de l’année écoulée.
Si c’est le revenu qui nous intéresse en lui-même, par exemple si on désire
le passer en comptabilité, il représente un montant de 20000 francs qui s’ex­
prime dans l ’unité que nous avons supposée être le franc. Si cependant, tenant
compte du fait que ce montant a été oroduit au cours d ’une période de quatre
mois, nous voulons exprimer et mesurer le flux de revenu correspondant
(par exemple pour le comparer au flux que constitue un salaire de mille francs
par mois), nous pouvons établir un rapport de façon à obtenir un flux
de 60000 francs par an qui puisse s’exprimer dans l ’unité de flux suivante :
si l ’on prend des francs et des années, le franc par an, ou des francs par
année, ou des francs-année-1 (en utilisant la notation par exposants négatifs qui
est souvent commode, lorsqu’il s’agit d ’exprimer par exemple que l ’accélé­
ration d’une chute est environ de dix mètres-seconde-2, ou bien 10 mètres
par seconde par seconde, ou 10 mètres par seconde au carré).
Si, par contre, sans référence au temps, on veut établir un rapport entre le
revenu obtenu au cours des quatre mois et la valeur du bien, on obtiendra
un nombre pur (20000 francs/1 million de francs) égal à 0,02, ou égal à 2 %, et
c’est ce nombre pur que nous avons appelé un taux.
HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 85
Un taux est un nombre pur, étant donné qu’il s’agit d’un rapport entre
grandeurs homogènes (comme le rapport entre deux longueurs ou entre deux
forces, etc.), mais il ne s’agit jamais d ’un rapport entre grandeurs hétérogènes,
entre une force et une longueur. Étant donné qu’un taux est un nombre pur,
il ne lui correspond pas d’unité de mesure, ou bien si l’on préfère s’exprimer
ainsi, l ’unité de mesure est « le nombre 1 »; on préfère dans la pratique écrire
et lire 2 % (deux pour cent) plutôt que 0,02 (zéro virgule zéro deux, ou deux
centièmes) ; mais ceci n’est qu’une forme d ’expression parmi d ’autres pour
désigner un nombre (par exemple 0,02 = 2/100 = 1/50 = 2 % = 20 °/oo = 200 %%
= 38/1 900 = etc.); le symbole % n’est en somme qu’un moyen d’indi­
quer que l’on multiplie par un centième, comme si l’on écrivait «/100 » ou bien
« x 0,01 ».
Si, enfin, nous voulons tenir compte à la fois du temps et de la valeur du bien,
nous considérons le montant divisé par la valeur du bien et par le temps,
et nous obtenons ainsi : (20000 francs/1 million de francs X 4 mois) =
0,06 année-1, soit 6 % par an, ce qui est une intensité, c ’est-à-dire une gran­
deur inverse d’un temps, qui se mesure en année-1 (comme une vitesse
angulaire ou bien une fréquence, qui se mesure en nombre de tours ou en
cycles, ou en radians, ou en nombre de vibrations par seconde, ou par heure,
ou par année, etc.). On notera que l’on peut obtenir également une inten­
sité en établissant le rapport entre un flux et un montant, ou entre un taux
et un temps (dans notre exemple : en divisant le flux de 60 000/an par
le montant de un million, ou bien le taux 0,02 par un temps de 4 mois =
un tiers d ’année).
Ayant ainsi précisé la signification des différents concepts, il est facile de ne
pas les confondre, même si, lorsqu’on se trouve devant des montants ou des
temps unitaires, la coïncidence de valeurs numériques pourrait donner lieu
à des confusions. Si le revenu au cours d ’une année est de 0,06 franc et que la
valeur du bien est de 1 franc, les quatre grandeurs restent différentes tout
en ayant une valeur numérique commune de 0,06 (dans les unités considérées) ;
celles-ci sont les suivantes :

revenu = montant = 0,06 franc flux = 0,06 franc-année-1


taux = 0,06 (nombre pur) intensité = 0,06 année-1

(et l ’on notera que cette disposition, que l ’on avait utilisée auparavant pour
représenter la distinction entre montant, flux, taux et intensité, est ainsi expli­
quée : on obtient les grandeurs de la deuxième ligne en divisant celles de la
première par un montant et les grandeurs de la deuxième colonne s’obtiennent
à partir des grandeurs de la première colonne en les divisant par un
temps).
Ceci permet non seulement de préciser des concepts indispensables à toute
opération scientifique mais encore de rendre automatique toute transforma­
86 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

tion. Par exemple, pour déterminer le flux dans le cas précédent il suffisait
d ’effectuer la division suivante dans la pratique :
20 000 francs 20 000 francs „ _ francs
-------:-------:-------- = --------; = OU OUÜ----- —’
4 mois (1/3) annee annee
et pour exprimer ce même flux en dollars par trimestre (c’est-à-dire en repre­
nant pour unité de valeur un dollar = 5 francs — pour plus de simplicité
nous prendrons un chiffre rond — et pour unité de temps le trimestre = 0,25 an)
il suffit de remplacer dans la pratique (un franc = dollar/5, une année = 4 tri­
mestres) :
60 000 $ $
6ooooi™?=6ooooJ^
annee 4 trim. 4x5 trim.
3 000
trim.
C’est une autre source de confusion possible à laquelle il faut faire attention.
Donnons une indication supplémentaire (par exemple une durée) pour plus
de précision sans que cela modifie la nature de la grandeur. Si je dis que « le
revenu produit au cours d’une certaine période de 4 mois » est de 20000
francs, je précise un certain montant et je dis ensuite que, au cours de
l ’année entière écoulée, celui-ci a été de 50000, etc.; si je prends des flux,
je peux dire que « le flux de revenu au cours de ces 4 mois a été de 60 000
francs-année-1 », alors que « le flux de revenu pour l’année entière a été de
50000 francs-année-1 », l’indication de la période de référence et celle de l’u­
nité de temps sont des choses tout à fait différentes, et par conséquent si par
hasard ces deux valeurs coïncident, ce n’est pas un pléonasme que de les dési­
gner deux fois. On peut faire la même remarque pour les vitesses, ce qui apparaît
clairement dans l’exemple suivant.
Le record de cyclisme de distance à l’heure (Coppi, 1942) est de 45,798 km;
je peux également dire que le record de vitesse à l’heure est de 45,798 km/heure,
ce qui est nécessaire si on veut pouvoir comparer celui-ci à la vitesse du record
correspondant à une demi-heure, ou sur deux heures, ou sur 20, 50 ou 100 km.
Le fait d’employer deux fois dans la phrase le mot « heure » (la première fois
pour indiquer la durée de l’épreuve, et la seconde pour préciser l’unité de
vitesse) ne constitue pas un double emploi; cela apparaît de façon évidente
si l’on dit que « le record de vitesse à l’heure est de 12,722 m/s », en mesu­
rant la vitesse en m/s.

18. — Taux et intensité pour une période quelconque


Ces remarques préliminaires ayant été faites, nous pouvons recommencer
à examiner la variation de la fonction exponentielle en nous référant aux appli­
cations financières, et nous préciserons ainsi les notions de taux et d'intensité
(d'intérêt ou d ’escompte) par rapport à une période quelconque.
HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 87
Traçons (voir fig. 38) la courbe exponentielle y = S e ôt, représentant la
valeur à l’instant t du montant S (positif) payable à l’instant t = 0; cette
courbe en représente donc la valeur escomptée (pour t négatif) ou le montant
(pour t positif). Nous savons (d’après le n° 14) que la courbe est croissante
et a sa concavité tournée vers le haut et que par conséquent l’accroissement
et le taux de croissance sont, pour toutes valeurs de /, des fonctions croissantes
de h = At.
Voyons maintenant quelle est la signification financière de ces accroisse­
ments et taux de croissance.
L’accroissement Aj; = y(t + h) — y{t) est par définition l’intérêt (montant)
produit au cours de la période donnée s’écoulant entre l ’instant t et l’ins-

tant t + h; le rapport des croissances Ay/At = [y(t + h) — y(t)]/h est le flux


d’intérêt au cours de la même période (flux, c ’est-à-dire un montant divisé
par un temps); en divisant par un montant (par exemple par 5, montant
à l’instant t = 0, ou parj>(0 ou y(t + /z), montant initial ou final correspondant
à la période considérée), on obtient un taux à partir de l ’accroissement (mon­
tant) et une intensité à partir du rapport de croissance (flux). On appelle taux
ou intensité d’intérêt le taux ou l’intensité obtenu en prenant pour diviseur
le montant initial, et taux ou intensité d’escompte le taux ou l ’intensité
obtenu en prenant pour diviseur le montant final (dans tous les cas: ceux-
ci sont pris par rapport à la période s’écoulant de t à t + h).
En vertu de la propriété de « multiplication » de la fonction exponentielle,
nous pouvons dans le cas présent nous référer toujours au point t = 0; en
88 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

effet y(t + h) = S e ôte ôh. Ainsi, lorsque l’on divise par y(t) = S e ôt, on trouve e ôh
qui est indépendant de t ; donc il est plus simple et parfaitement général de
supposer t = 0. Nous aurons donc :
taux d’intérêt pourune période h= eôh — 1 (69)
taux d’escompte pourune période h= 1 — e~ôh (70)
intensité d’intérêt pourune période h= (eôh — 1)/h (71)
intensité d’escompte pourune période h= (1 — e )/h. (72)
Les expressions correspondant à l’escompte sont les mêmes que celles
correspondant à l’intérêt avec h négatif (sinon que le taux ainsi déterminé
est de signe opposé).
Sur le graphique, il suffit d’ordinaire de considérer les sécantes passant
par les points d’abscisse t et t + h; l’accroissement est représenté par la déni­
vellation entre les extrémités de la corde, et le taux de croissance est représenté
par la pente. Si l’on mesure l’accroissement sur l ’échelle des montants,
on peut obtenir l’intérêt, et si l’on mesure le rapport de croissance selon
l’échelle des montants (pour les ordonnées) et des temps (pour les abscisses)
on peut en déduire le flux. Si l ’on prend comme unité l ’ordonnée initiale ou
l’ordonnée finale, ou bien, ce qui revient au même tout en étant plus simple, si
l’on prend comme unité S, ordonnée à l ’origine, et si l’on prend comme période
celle écoulée entre t = 0 et t = h pour l ’intérêt et celle s’écoulant entre t = — h
et t = 0 pour l ’escompte (en supposant toujours h > 0), la mesure de la
dénivellation et de la pente donne directement la valeur du taux et de l’intensité.
La signification de la pente apparaît le plus clairement si, une fois que l’on
a tracé la droite sécante, nous considérons les intersections de cette droite
et des axes de coordonnées : on appelle S le point d’intersection avec l ’axe
des y (OS est considéré égal à l ’unité si nous voulons obtenir l’intensité),
et l’on appelle — T l ’intersection de la droite et de l ’axe des t ; le flux est alors
donné par S/T et l’intensité par l/T. Le temps T qui s’écoule entre les instants
t = — T et t = 0 représente la durée pendant laquelle un flux égal à S/T
produit un montant égal à S, ou bien une intensité égale à 1¡T produit une
unité. On peut donc expliciter la signification de l’intensité en disant que
celle-ci est Y inverse de la durée T (ce qui en est une définition plus précise
qui permet ultérieurement de reconnaître à l ’intensité les dimensions d’un
temps-1). Pour en donner un exemple numérique, si l’on dit qu’une intensité
a pour valeur 0,04 année-1 ou 0,05 année-1, ou 0,08 année-1 (qui soit donc
égale à 1/(25 ans), 1/(20 ans), 1/(12,5 ans)) cela signifie que T = 25 (ou 20,
ou 12,5) ans, c ’est-à-dire que T est la durée nécessaire pour constituer avec
un flux S/T un montant S/T X T = S (ou encore en prenant l ’intensité l/T le
nombre (1/7") X T = 1) i 1).
C1) Au cours d ’un temps T le montant doublerait si le flux d ’intérêt demeurait constant; en
réalité, dans la loi exponentielle dont nous parlerons, le montant double au cours d’une durée in­
férieure étant donné que, à mesure que le montant s’accroît, le flux d ’intérêt croît également.
HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 89
Les grandeurs qui présentent le plus souvent un intérêt, pour des raisons
pratiques évidentes, sur lesquelles nous reviendrons par la suite, ce sont les
taux et les intensités pris pour des périodes égales à un semestre, un trimestre
ou un mois, c ’est-à-dire pour h = (1 /k) année (et dans la pratique avec k = 2,
4, 12); si l’on désigne ces taux par h et du et les intensités correspondantes
par jk = kik année-1 et S* = kch année-1 (x) et si on les exprime au moyen
de i et d (qui ne sont en fait que ijc et djc pour k = 1), on a :

ik = (1 + i)1,k — 1 ; jk = k[( 1 + i f ,k — 1] année-1;; (73)


djc = 1 — (1 — d)1/k; 8jc = k \ l — (1 — d)1/k] année-1. (74)

Il est bon de revenir, pour bien fixer les idées, sur la signification financière
et géométrique des grandeurs en cause : lorsque l’on considère S comme étant
égal à l’unité, les taux sont représentés par les accroissements, les intensités
par les pentes, mesurées sur la sécante correspondant à une période de l/k-ièm c
d ’année. Ainsi que nous l ’avons déjà observé (concavité!) jk est d ’autant
plus petit et Sk, à l ’opposé, est d’autant plus grand que k est plus grand.

\9. — Intensité instantanée

On peut obtenir des résultats extrêmement significatifs quant à la compré­


hension de la loi exponentielle en faisant tendre vers zéro la durée h = At,
ce qui en donne une interprétation du point de vue du calcul différentiel;
la connaissance des principes de base de ce calcul permet d ’ailleurs une ana­
lyse directe.
Pour h -> 0, l ’accroissement tend vers 0 (comme pour toute fonction conti­
nue) et le taux correspondant à une durée h tend donc vers zéro en même temps
que h ; par contre, le rapport de croissance (comme pour toute fonction déri­
vable) tend vers la dérivée de la fonction (de par la définition de la dérivée),
ce qui entraîne que l ’intensité correspondant à une durée h tend, quand h —> 0,
vers la dérivée de Qôt (à l’instant t = 0), soit vers S t ôt pour t = 0, c ’est-à-dire S.
On sait d’ailleurs que :
•••iz - ...-*1

lim (eax — l)/x = a (théorème connu).


£1 *->o
Nous avons ainsi trouvé la signification de ce coefficient S que nous avions
introduit de façon formelle dans l’expression de la loi exponentielle, sans en

P) On a coutume de dire que les taux /* (correspondant à des périodes différentes l /k 9 mais
dérivant du même 8) sont équivalents entre eux.
Les intensités jk sont souvent interprétées comme des taux (cela se produit si, lorsque l’on pose
j k = kik l’on prend k comme un nombre plutôt que comme l’inverse de la période « \ jk année »);
dans ce cas jk est appelé taux nominal annuel, convertible k fois, et correspondant au taux effectif i
(si ! + / = (! + llk jkŸ)-
90 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

connaître toutefois l’interprétation financière. S représente donc l ’intensité


instantanée d’intérêt (ou d’escompte), c ’est-à-dire l ’intensité d ’intérêt prise
à la limite pour une durée assez courte (ou aussi l’intensité d’escompte :
les deux intensités coïncident à la limite); en s’exprimant en langage diffé­
rentiel (on sous-entend la précision suivante : « à des infinitésimaux d’ordre
supérieur près », nécessaire pour un énoncé rigoureux, mais non essentielle ici
pour l’explication du concept), on peut dire que, pour h très petit, l’intérêt
et l’escompte sont donnés par l ’expression suivante :

S-S-h (75)

(produit du montant S par la durée h et par l’intensité instantanée S).


On obtiendrait en fait une formule identique si, au lieu et place de S, on utili­
sait l’intensité relative à la durée h, car, si h est petit, celle-ci diffère très peu
de la valeur correspondante S.
Du point de vue géométrique, il s’agit en fait de l’approximation habituelle,
consistant à remplacer un petit arc de courbe au voisinage d ’un point P de
celle-ci, par la droite tangente en P à cette courbe. La signification géométrique
de « l’intensité instantanée » à un instant quelconque est la même que celle
donnée ci-dessus, mais on considère maintenant la tangente au lieu de la
sécante; plus précisément, l ’intensité instantanée est représentée par l’inverse
de la sous-tangente à la courbe, soit l’inverse du temps nécessaire pour qu’un
flux constant égal au flux instantané produise un montant égal au montant
à l ’instant considéré. Comme précédemment, si l’on dit que l’intensité instan­
tanée a pour valeur 0,04 année-1, 0,05 année-1, 0,08 année-1 (soit 1/(25
années), 1/(20 années), 1/(12,5 années)), cela signifie que, avec un flux constant
égal au flux d’intérêt pris à l ’instant considéré, il faudrait respectivement
25 ans, ou 20, ou 12,5, pour produire un montant égal au montant actuel (x).
Ayant ainsi précisé la signification de S, nous pouvons interpréter directe­
ment la loi exponentielle selon l ’équation différentielle à laquelle elle satisfait
(voir n° 14). On a donc :

y'(t) = 8y(t), soit ày(t) = y(t), S • àt : (76)

qui nous indique que pour chaque fraction de temps dt, le montant s’accroît
d’un intérêt dy(t) proportionnel au montant même y(t), la valeur de cet intérêt
étant fixée par l’intensité instantanée 8.
D ’autre part, sachant que l’intégrale générale de cette équation différen­
tielle (y' = Sy) est y = C Qôt, on en déduit en outre que la loi exponentielle
est la seule qui se prête à cette interprétation. D ’où une première explication
du rôle privilégié que cette loi joue en mathématiques financières (nous revien­
drons là-dessus en adoptant de nombreux autres points de vue).

C1) Même remarque que dans la note C1), page 88.


HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 91
On peut d’ailleurs rappeler à cet égard une propriété géométrique déjà
indiquée : les courbes exponentielles (et celles-ci seulement) jouissent de la
propriété d’avoir une sous-tangente constante (voir n° 14).

20. — Relations entre les différents coefficients introduits


A ce stade nous avons donc rencontré toutes les differentes constantes
que l’on peut utiliser pour définir une loi exponentielle; une fois que l ’on a
appris à en connaître la signification il peut être utile de reprendre les formules
(que l’on a déjà vues comme définitions ou qui peuvent se déduire immédiate­
ment de celles-ci) permettant, à partir de la première formule, de déduire
toutes les autres. Il faut remarquer cependant que, dans ces formules (et même
ailleurs, quoique nous ne le soulignerons pas toujours explicitement) on doit
entendre par 8 le produit de 8 par la durée d ’un an (c’est-à-dire la valeur
numérique exprimant 8 en année-1) (*).
Voici donc, sous forme de tableau, comment on peut exprimer v, u, i, d, 8 en
fonction de :
V u i d 8
Facteur d ’escom pte :
v = v = l/u = 1/(1 + 0 = 1— d = e~a
Facteur de capitalisation :
<3*

u = l/v = u = 1 + 1=
II

Taux d ’intérêt :
i = (1 — v)/v = u— 1= i = d/ ( l — d ) = e — 1
Taux d ’escom pte :
d = 1— v = (u — 1)/« = 1/(1 + 0 = d = 1 — e"5
Intensité d ’intérêt :
8 = — ln v = ln u = ln (1 + i) = •- In (1 — d ) = 8.

Il est également utile de donner des formules d ’approximation exprimant


/, d et 8 en fonction les uns des autres, celles-ci étant obtenues en prenant les
termes jusqu’au second ordre (ou 3e...) dans les développements en série de
puissances (respectivement de la série géométrique, exponentielle, logarith­
mique). Celles-ci, non seulement nous donnent une approximation suffisante

0 Pour éviter la lourdeur d’une telle distinction, il pourrait être plus commode de définir directe­
ment § comme étant cette valeur numérique (c’est-à-dire comme un « taux » — et S est dit alors
« taux » instantané d’intérêt — plutôt que comme une intensité); cependant ceci entraîne d ’autres
inconvénients analogues et même pires. Par exemple, l’on ne peut plus écrire 8t en exposant dans
la loi exponentielle (comme on peut très bien le faire, si l ’un des deux facteurs est un temps et l’autre
facteur l’inverse d’un temps, ce qui donne pour produit un nombre pur qui peut être mis en exposant) ;
on devrait plutôt écrire 8t/T où T = 1 an. L’on peut faire les mêmes remarques quant à l’utilité
de considérer parfois — ainsi que nous le verrons plus loin — 8k et jk comme des nombres purs.
92 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

étant donné qu’il s’agit de valeurs assez faibles (cela se révèle utile tant en
calcul numérique qu’en calcul mental), mais servent également à mettre en
évidence le sens et l’ordre de grandeur de la différence entre les trois coefficients,
mieux que les formules exactes.
Nous avons :
i= d/( 1 - -rf) = d(l d d d -{-**■) « d + d 2 + d 3;
Ô
i= e —- l - S + ^ 8 s + i s s + l s ‘ + - - • * S + i s 2 + I â 3 ;

d= •/1 » i .2 .3 • v .2 . .3
m + 0 — z(l ---l + l ---- Z + • • • ) « z— z + z ;
1 0,2 . 1 o3 1 o4 i o 1 0,2 . 1 0.3
d = 1 — e"'ô = 8 — * S - 5S + ; (
2 lS + 3 T 4! + ■“
1 .2 , 1 .3 1 .4 . 1 .2 , 1 .3
8= ln(l + o = *— 2 * + 3 * ;
1 2 l + 3 l ~ 4 ^ + ••• *

S = -- In (1 - d ) = d + \d * + i d 8 + i / + ••• « d + -2d 2 + -3d 3.

Alors que les formules exactes nous disent seulement que d < § < i, d’après
ce développement (arrêté au second degré) on peut constater que la différence
entre d et z est donnée à peu près par le carré de l ’un quelconque de ces coef­
ficients (la différence entre l’un et l’autre étant négligeable, étant donné l ’ordre
d’approximation que nous prenons), alors que S est à peu près équidistant
des deux autres coefficients.
L’on pourra voir dans le tableau 1 les valeurs prises par d, S et z, lorsque
l’un des coefficients vaut 2,5 %, 3 %,... 6 % (se reporter également aux exercices
à la fin du chapitre).
T A BLE A U I
(en %)

d ô i d ô i d ô i

2,439 0 2,473 9 2,5 2,469 0 2,5 2,531 5 2,5 2,531 7 2,564 6


2,912 7 2,955 9 3 2,955 4 3 3,045 4 3 3,045 9 3,092 7
3,381 7 3,440 1 3,5 3,439 4 3,5 3,561 9 3,5 3,561 3 3,626 7
3,846 4 3,922 1 4 3,921 6 4 4,081 6 4 4,082 1 4,166 4
4,306 6 4,401 7 4,5 4,400 2 4,5 4,601 7 4,5 4,604 2 4,711 6
4,762 5 4,879 1 5 4,877 0 5 5,127 0 5 5,129 1 5,262 5
5,214 1 5,354 2 5,5 5,351 5 5,5 5,654 0 5,5 5,656 7 5,819 1
5,661 6 5,847 2 6 5,823 6 6 6,183 6 6 6,192 0 6,381 6

Valeurs de d, (5, i, correspondant à une même loi exponentielle.


On a indiqué dans chacune des trois sections les valeurs pour lesquelles une des trois
données est un chiffre rond (depuis 2,5 % jusqu’à 6 % de demi en demi).
HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 93

21. — La loi exponentielle dans ses applications pratiques

L’application de la loi exponentielle aux piincipaux problèmes, concernant


les cas les plus importants dans la pratique, sera étudiée dans le prochain
chapitre (chap. III). Il est nécessaire, auparavant, de compléter par quelques
observations supplémentaires les remarques préliminaires au moyen desquelles
nous avons introduit la loi exponentielle. Il convient essentiellement de faire
apparaître les problèmes qui doivent être résolus si l ’on veut appliquer cette
loi avec suffisamment de sécurité.
On peut faire deux types de remarques à propos des problèmes financiers :
celles que l ’on pourrait appeler statiques lorsqu’il s’agit d ’évaluer en un
instant donné (de référence, ou de début de l’opération) l’équité d ’une opé­
ration (cf. remarques du n° 16) et celles que l ’on peut qualifier de dynamiques,
car elles consistent à suivre une opération au cours de son déroulement (cf.
croissance du montant au cours d’une opération de capitalisation, nos 18 et 19).
En ce qui concerne ces deux types de problèmes, l’application pratique de
la loi exponentielle est assez facile et simple lorsqu’il s’agit de paiements
différés ou échelonnés sur un nombre entier d’années; lorsqu’il s’agit de
fractions d ’années l ’on peut donner une approximation pour les calculs relatifs
à la loi exponentielle grâce à des formules simples, qui peuvent être considérées
comme des approximations de cette loi ou comme étant elles-mêmes des lois.
Nous examinerons ce point au chapitre VI; en attendant nous nous bornerons
à considérer des applications conformes à la loi exponentielle, en laissant de
côté les possibilités d’écart ou d ’approximation dans l’exécution pratique
des calculs.
La façon la plus simple de concevoir, dans la pratique, les problèmes sta­
tiques, pour des durées entières (exprimées en années), repose sur la notion
de valeur actuelle v d ’un franc payable dans un an; dans ce cas un franc payable
dans deux ans vaudra v2 (puisque v se décomptera un an auparavant, c ’est-à-
dire dans un an, et la valeur de v francs payables dans un an sera de v (v francs)
= v2 francs) et ainsi de suite. Les valeurs d’escompte constituent une pro­
gression (1, v, v2, v3, i;4,..., vn,...). On sait d ’ailleurs qu’à une progression géo­
métrique dans le domaine discontinu, correspond une fonction exponentielle
dans le domaine continu (comme nous l’avons vu au n° 14). Le problème
de l’équilibre d ’une opération consistant en paiements (positifs ou négatifs)
ao, <zi, ¿72,..., cLn aux instants 0, 1, 2,..., 7z, revient à savoir si le polynôme
en v : ¿7o + a±v + a 2V2 + • • • + anvn est ou non égal à zéro.
Pour les problèmes dynamiques, il est clair (là encore on se référera au cas
simple du montant d ’un franc versé à l ’instant t = 0) qu’il n ’est ni possible
ni nécessaire de décompter les intérêts et par conséquent le montant à tout
moment : il suffit de savoir le calculer aux instants où il importe de le connaître.
94 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

et nous supposerons que ces moments se situent en fin d’année. Alors, il


suffit de savoir qu’au bout d’un an, le franc est devenu (1 + i) francs, et au bout
de deux ans (1 + i)2 francs, et ainsi de suite (de nouveau, nous avons une pro­
gression géométrique; même remarque qu’auparavant). L’intérêt au cours
de la première année est i x 1 franc, et pour obtenir, sur le plan comptable,
le montant à la fin de la première année il suffit d’ajouter au franc initial cet
intérêt par une opération unique en fin d ’année (en négligeant le processus
continu par lequel nous supposons que le montant s’est accru en cours d’année) ;
ainsi l’intérêt au cours de la seconde année sera de i X (1 + i) franc, soit
i x (montant à la fin de la première année) ; etc. Cela revient, en un mot, à
calculer, sur le montant au début de l’année, l’intérêt comme un montant
unique i et à multiplier celui-ci par le montant majoré de cet intérêt à la fin
de l’année.
Dans cet ordre d’idées, il est utile d’insister sur les raisons pour lesquelles
le taux d’escompte d est habituellement appelé taux d'intérêt anticipé. Si l’on
verse aujourd’hui un montant égal à un, l’on pourra avoir dans un an 1 + i
(donc récupérer le montant initial augmenté de l’intérêt i); dans ce cas, puisqu’il
est versé à la fin de l ’année, l’intérêt est appelé différé. Si, par contre, on veut
encaisser tout de suite un montant, à titre d’intérêt, c ’est-à-dire un intérêt
anticipé, quelle somme pourra-t-on obtenir? Ce ne sera pas i, évidemment,
puisque i est le montant que je dois encaisser dans un an, mais sa valeur actuelle,
iv; or iv = d. La même conclusion s’applique si je dis que je verse aujour­
d’hui en fait 1 — d, c ’est-à-dire v, qui est justement le montant nécessaire pour
obtenir un montant égal à 1 dans un an.

22. — Différents taux et lois

Tout pourrait désormais sembler très simple, si l’on excepte quelques


difficultés d’ordre mathématique pouvant apparaître dans l’étude des cas
que nous aurons à examiner dans la suite de cet ouvrage. Ceci conduirait à
penser que l ’on peut appliquer partout une loi exponentielle, voire la même
loi (c’est-à-dire le même taux) pour n’importe quel genre d ’opération. Il est
bon de signaler tout de suite qu’il n ’en est pas du tout ainsi.
Même si la loi appliquée est la loi exponentielle (ou d’autres lois qui n ’en
diffèrent que dans une mesure négligeable), il existe cependant une grande
différence entre les taux, selon la nature des opérations.
L’analyse de cette question relève de l’économie plutôt que des mathé­
matiques financières; le facteur d’escompte n ’est en fait que le prix d ’un cer­
tain bien, qui dans ce cas est un paiement différé d ’un an, mais qui, comme
tout autre bien, aura sur le marché un prix qui s’établira sur la base de l’équi­
libre entre la demande et l’offre, équilibre sur lesquels de nombreux facteurs
HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 95
pourront influer. Et, de même que pour le prix d ’un produit on peut distinguer
des niveaux différents (prix de gros et de détail, prix payé aux producteurs
ou bien à des intermédiaires de différentes sortes, prix pratiqués à des clients
réguliers), nous aurons aussi pour des raisons diverses à envisager différents
« prix » dans notre domaine d’étude. Sans pour autant vouloir empiéter sur
des domaines ne relevant pas strictement de cet exposé, il est bon cependant
d ’y faire quelque allusion pour tenir compte des répercussions correspon­
dantes sur les problèmes qui nous intéressent.
Avant tout, il est bon de faire remarquer qu’il existe une différence évidente
entre les conditions pratiquées lorsqu’il s’agit d ’opérations passives ou actives
(pour une banque, ou un organisme analogue, on appelle actives les opérations
au cours desquelles celle-ci prête de l ’argent — sous forme de prêts ou d ’avances,
financements d ’entreprises, etc. — et passives les opérations inverses qui con­
sistent à recueillir l ’épargne des déposants, etc.). Il est clair que, de façon
analogue au commerçant qui mène ses affaires grâce à la différence entre les
prix auxquels il achète et ceux auxquels il vend sa marchandise, une banque
devra tirer son bénéfice de la marge qui s’établit, en sa faveur, entre les prix
auxquels elle achète et vend le « crédit ». C’est pour cette raison que l’intérêt
des opérations actives doit être supérieur à l ’intérêt des opérations passives.
Cette première remarque est importante pour éviter les confusions. Étant
donné que souvent dans la pratique, en parlant de « taux d ’escompte » on se
réfère au cas des opérations actives (principalement : escompte de traites
à propos desquelles le terme est d ’usage courant), et que, par contre, lorsqu’on
parle de « taux d ’intérêt » on se réfère tacitement au cas des opérations passives
(dépôts, etc.), il peut y avoir des malentendus au sujet de la relation d = //( 1 + /)
entre ces taux. Si, pour éviter des confusions, nous désignons par i' et i" les
taux d’intérêt correspondant respectivement à des opérations passives et
actives (i" > i'), les taux d ’escompte correspondants seront d' = /'/(1 + O
et d" = /7 (1 + /"), et nous aurons d" > d' = /'/( 1 + /'), et non d ' = i'/( l+ i')
comme on aurait pu l ’écrire si l ’on appliquait aveuglément la formule en
donnant à i et d leur signification ordinaire, sans voir que leur correspondent
deux lois bien distinctes. Ce serait comme vouloir appliquer la formule « cir­
conférence du cercle = diamètre X n » en comparant le diamètre du cercle
avec la circonférence d ’un autre.
Cependant, même dans le cadre d’opérations actives et passives, les taux
diffèrent entre eux selon la nature et la forme des opérations, en fonction de
la durée par exemple (opération à court, moyen ou long terme), ou de certaines
modalités (dépôts en compte courant, ou soumises à certaines restrictions
de retrait, etc.), ou du montant (conditions de faveur accordées d ’une part
au tout petit épargnant, comme l ’écolier, et d’autre part à de très gros clients
que la banque souhaite conserver). De plus (cf. n° 1) chaque opération présente
un risque plus ou moins grand; et l ’existence de ce risque influe sur le taux
d ’intérêt. En toute rigueur, il est impropre de s’exprimer de cette façon; si
96 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

nous évaluons la probabilité q que le montant 5 dû dans n ans ne soit pas


versé, et si le taux d’intérêt dans le domaine du certain est /, la valeur actuelle
du montant sera 5(1 + i)~n{\ — q) au lieu de 5(1 + i)~n, en l ’absence de
risque. Ceci revient cependant à appliquer un taux V majoré, de façon que

1 + /' = (1 + î)/yj 1 — q9

c’est-à-dire, environ V = i + qjn, si q est petit. Si n = 1, nous avons exacte­


ment :
i ' = (} + q)/( 1 — q), soit i = i'{ 1 — q) — q = i' — q(\ + /'). (78)

C’est donc ainsi que l ’on procède dans la pratique pour éviter de mentionner
explicitement le risque; comme toujours, cette simplification fondée sur une
confusion est commode dans les applications, mais nuisible sur le plan des
concepts, puisqu’elle conduit à masquer un aspect de la réalité. Celui qui prête
100 francs en prévoyant qu’on lui rendra 200 francs au bout d’un an semble
appliquer un taux d’intérêt de 100 %; mais il ne s’agit réellement d’un intérêt
que si la restitution du montant est absolument garantie et certaine; si par
contre la probabilité d’insolvabilité est évaluée à 10 %, le taux d ’intérêt se
réduit à 80 %, et de même si la probabilité d ’insolvabilité augmente jusqu’à
atteindre 25 %, 40 %, 48 %, le taux d ’intérêt baisse à 50 %, 20 %, 4 %; si la
probabilité d’insolvabilité augmente jusqu’à 50 %, le prêt serait alors accordé
sans intérêt.
Nous nous bornerons à ces remarques sommaires, sans prétendre épuiser
le sujet; nous avons seulement voulu attirer l ’attention du lecteur sur l ’existence
des problèmes que nous venons d ’effleurer. Pour en donner un traitement plus
rigoureux, il faudrait d’ailleurs s’appuyer sur des notions de la théorie des pro­
babilités (qui seront développées brièvement dans le chapitre suivant, à titre
d’introduction aux mathématiques actuarielles). En nous référant à la proba­
bilité d ’insolvabilité nous n’avons fait qu’évoquer, sans le préciser, le concept
intuitif de probabilité dans le sens que lui attribue le langage commun.
Si les mathématiques financières avaient pour but de faire une synthèse
unique de toutes les opérations dans divers domaines où s’appliquent des taux
différents, et si d’autre part elles devaient tenir compte de la variabilité de
chacun de ces taux dans le temps (en fonction des fluctuations des circonstances
influant sur la demande et l ’offre de crédit), tous les problèmes deviendraient
extrêmement complexes. Aucune des propriétés généralement acceptées ne
demeurerait valable : la valeur actualisée d’une somme 5 ne serait plus pro­
portionnelle à 5 (si l ’on admettait d’avoir un taux d ’escompte différent selon
que le montant 5 est grand ou petit); la valeur escomptée de la valeur escomptée
ne donnerait pas la valeur escomptée pour toute la période considérée (si
par exemple, on appliquait un taux différent pour cette période et pour les
deux périodes partielles courtes); une même opération considérée comme étant
HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 97
équilibrée à un instant donné, ne le serait plus à un autre moment (et ne serait
plus analogue à aucune autre opération différée dans le temps); et ainsi de
suite.
Cependant les mathématiques financières traitent principalement des pro­
blèmes moins complexes, où l’on ne considère chaque fois que des opérations
du même type (ou parfois de deux types différents : sujet que nous n ’aborderons
qu’au dernier chapitre). De cette façon, nous évitons toutes les complications
et les « anomalies » de comportement qui peuvent apparaître. En effet, au
lieu d’adopter un point de vue économique, englobant tout un panorama
général, on prend une optique purement technique pour les calculs, se limitant
ainsi aux opérations faisant partie d ’un système unique.
Il est important de préciser qu’afin d ’exclure ces « anomalies » ce système
doit rester déterminé de façon univoque, et l ’on n ’y admet aucune loi qui ne
soit une loi exponentielle. D ’ailleurs on montrera, en conclusion du présent
chapitre, que la loi exponentielle n ’a pas été introduite arbitrairement ou
par simple souci de simplicité formelle, ou encore pour satisfaire à certaines
habitudes pratiques qui pourraient bien ne pas correspondre à des préoccu­
pations rationnelles : après avoir étudié ses premières propriétés de manière
formelle, on montrera que c ’est la seule loi qui jouisse de propriétés « natu­
relles », ce qui justifie sa position privilégiée.

23. — Propriétés caractéristiques de la loi exponentielle


Au cours du n° 16 et suivants, nous avons déjà examiné de façon implicite
ou explicite les propriétés suivantes, dont jouit la loi exponentielle, et que nous
rappelons brièvement.
a) Propriété d'additivité : Si nous avons un ensemble de paiements dont
chacun constitue une opération équilibrée (à un instant donné, t = 0, par
exemple), leur somme constitue également une opération équilibrée. Ceci
découle du fait que W(0) (cf. n° 16) est une fonction linéaire (et homogène)
des montants Sh.
b) Propriétés d'invariance : Une opération équilibrée à un certain instant
de référence t, l’est également à tout instant de référence t f antérieur à t (x).
Ceci découle du fait (déjà vu au n° 16) que W(t) est, pour tout t, ou toujours
nul, ou toujours non nul.
c) Propriété de « dissociabilité » (selon la définition donnée, sous une
forme un peu différente, par Cantelli) : Une somme d ’opérations, dont chacune
C1) La propriété est énoncée pour des instants antérieurs à /, parce que si l ’instant était postérieur
au début de l’opération, on pourrait questionner son caractère « licite » à propos de la « possibilité
de stipuler l’opération ». Mis à part ce souci de l’aspect conceptuel de la définition, la propriété
est évidemment vraie aussi pour des instants postérieurs à t.
98 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

est équilibrée à un certain instant (différent selon les cas), est équilibrée (à
tout instant). Cet énoncé est manifestement une manière de combiner l ’expres­
sion des propriétés précédentes a) et b). Si l’on prend le cas le plus simple,
celui d’un escompte, cela se réduit au fait que
ç —ô ( t 2—t 0) _ g- 1 tj) g— £o) (7 9 )

que l’on peut interpréter comme suit: considérons le paiement d’un montant
S 2 = S dû à un instant /2, et celui d’un montant Si = S ers(h-ti) dû à l ’instant
tu et celui d ’un montant So = S dû à l ’instant to; par définition, l’o­
pération [S 2 — Si] est équilibrée à l’instant tu l’opération [Si — So] est équi­
librée à l’instant to. Il en résulte que l’opération [S2 — So]est équilibrée à tout
instant.
d) Propriété d*uniformité dans le temps : Une opération équilibrée à l ’instant
to est telle que l’opération qui s’en déduit en retardant de h tous les paiements
est équilibrée à l’instant to + h. En se référant à la propriété c), il est d ’ailleurs
superflu de spécifier « à l’instant to » ou « à l’instant to + h » : il suffit de dire
« équilibrée » (à tout instant) et l’énoncé en est d’autant simplifié. Le fait
que la propriété d) découle de la loi exponentielle résulte directement de la
propriété c) et du fait que le facteur d ’escompte dépend seulement de la durée
(cf. t 2 — tu etc.) mais ne varie pas lorsqu’on change l ’origine des temps.
e) Propriété de décroissance : La valeur actualisée d ’un paiement différé
est inférieure à ce paiement lui-même (en toute rigueur : plus petite en valeur
absolue et de même signe). Ceci ne vaut, bien entendu, que dans l’hypothèse
ou S > 0.
Inversement, il est facile de voir que les propriétés a), b) et d) — ou bien c)
et d) puisque c) équivaut à la réunion de a) et b) — caractérisent de façon uni­
voque une loi exponentielle (avec 8 positif, négatif ou nul) et il suffit d’ajouter e)
pour se limiter au cas 8 > 0.
En fait, il suffit d’observer qu’en vertu de d), le facteur d’escompte doit
prendre une valeur qui ne dépend que de la durée h (et pas de l’instant consi­
déré) : soit v(h) cette valeur. En appliquant la propriété de dissociabilité on
obtient alors v(h') v(h") = v(h' + h") équation fonctionnelle caractéristique
d’une loi exponentielle. La condition e) restreint la solution au cas 8 > 0.
Dans le cas limite où 8 = 0, un montant a la même valeur à tout instant,
ce qui revient à dire que l’intérêt est nul. Pour avoir le cas S < 0 il faudrait
imaginer qu’un épargnant qui dépose une somme pour l’utiliser à un instant
futur non seulement ne recevra aucun intérêt à cet instant mais encore devra
payer quelque chose (par exemple une sorte de loyer pour la garde). Une telle
situation n’est pas nécessairement absurde et peut même se présenter concrè­
tement dans certain cas, mais on considérera que les « frais » ainsi encourus
ne sont pas du domaine des mathématiques financières. De même, on ne fera
HYPOTHÈSES SIMPLES EN MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES 99
pas figurer dans les calculs d ’autres dépenses, commissions et accessoires du
même genre, bien qu’ils appartiennent effectivement à la pratique bancaire
et commerciale; si l ’on désire en tenir compte, on le fera séparément.
Les remarques à propos des « propriétés » énoncées ci-dessus seront reprises
et approfondies dans le dernier chapitre de cet ouvrage. La confrontation
de la loi exponentielle, pour laquelle ces propriétés sont valables, avec d ’autres
lois, pour lesquelles elles ne sont plus vérifiées, met mieux en valeur leur
signification.
EXERCICES SUR LE CHAPITRE II

1. L’on donne l’opération financière suivante, consistant en un paiement


positif Si = 10 000 à l’instant ri = 1 ; un paiement négatif S2 = — 21 000
à l’instant T2 = 2, et un paiement positif S3 = 11 024 à l’instant T3 = 3
(où se termine l’opération).
L’on demande : pour laquelle des valeurs suivantes de i (i = 3 %, 4 %,
5 %, 6 %, 7 %), l ’opération est-elle équilibrée?
2. Transformer en francs-année-1 un flux de 45 livres sterling-trimestre-1
(change 1 livre sterling « 11,87 francs).
3. Transformer en francs-mois-1 un flux de 3 dollars-jour-1 (change: 1 dollar
- 4,95 F).
4. Étant donné un taux d’escompte d = 1,5 % et rappelant la relation
S = — ln (1 — d), calculer le taux d’intérêt correspondant z, soit comme
un développement en série de S soit comme un développement en série
de d (en s’arrêtant au troisième terme) et en en déduisant l’erreur que l’on
commet ainsi.
5. Vérifier en se servant du tableau de formules donné page 92, que, si l’on
donne pour valeur de l’intensité d’intérêt S = 1,25 %, le taux d’intérêt i
et le taux d’escompte d qui lui correspondent sont respectivement supérieur
et inférieur à 8. Calculer cette valeur jusqu’à la quatrième décimale, et se
rendre compte que la différence entre les valeurs ainsi calculées est de
l’ordre de grandeur de S2.
CHAPITRE III

APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE

24. — Capitalisation et escompte

Lorsqu’il s’agit du cas banal de la capitalisation ou de l’escompte effectué


sur un seul montant, il n ’y a pratiquement rien à ajouter à la définition du
chapitre II. Nous reprenons simplement celle-ci afin d ’illustrer, par un exemple
banal, les différents types de problèmes qui se posent en mathématiques finan­
cières, et que nous devons examiner d ’un peu plus près à titre d’introduction
aux cas un peu plus complexes que nous verrons par la suite.
La valeur actuelle (à l’instant / = 0) d ’un montant S payable à l’instant r
est, comme nous le savons, V = SvT (ou bien, si on l’exprime au moyen dez,
V = 5(1 + i)~r); par conséquent S = Vv~T = V(1 + z)T est le montant
que l ’on obtient à l ’instant r au moyen du versement immédiat d’un montant V.
Dans ces conditions, on indique généralement V par C (capital) et S par M
(montant), appelant montant la valeur capitalisée du capital ou bien
capital la valeur escomptée du montant.
Dans ces conditions les problèmes que l ’on peut poser consistent à déter­
miner une des grandeurs apparaissant dans la relation

M = C(1 + i f (80)

(ou bien M — C( 1 + i)n si r = n = entier), les autres étant supposées


données.
La formule ainsi écrite permet de trouver directement M lorsque l’on donne
C, z, n. Quant au calcul de la puissance (1 + i)n, les valeurs correspondant
aux taux et durées les plus usuels sont données par des tables toutes faites.
Si on ne les trouve pas dans une table, on peut procéder soit par multiplication
102 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

directe de n facteurs égaux à (1 + i) soit en calculant (1 + i)n au moyen


d’une table de logarithmes (x) (en se rappelant que ln (1 + ï)n = n ln
(1 + 0)* On Peut encore utiliser la formule de la puissance d’un binôme :
(1 + i)n = 1 + ni + n(n — l) /2/2! + n(n — 1)(« — 2)/3/3 ! H------ + i n
(ou si ni est petit, il suffit de considérer quelques termes seulement, les termes
successifs devenant de plus en plus négligeables).
Si la durée, au lieu de valoir un nombre n entier, est r = n + h
(avec 0 < h < 1) la méthode logarithmique reste inchangée ainsi que celle
utilisant la formule du binôme pur, avec la seule variante suivante : il s’agit
dans ce cas d ’un développement en série (pour lequel il faut nécessairement
arrêter le calcul après un certain nombre de termes, parce qu’il y en a un nombre
infini) au lieu d ’un développement qui donne une formule exacte au bout de n
termes.
Si l’on connaît les puissances entières (d’après une table ou si l’on peut
calculer les puissances avec des calculateurs), il convient de rappeler que
(l + z‘)n+* = (1 + i)n{ 1 + /)*, et d’employer des méthodes approchées allant
jusqu’au calcul du 2e facteur. En particulier, la formule du binôme nous
donne alors une excellente approximation si l ’on s’arrête au premier terme
(1 + i)h ~ (1 + /?/), ou au plus en y ajoutant un 2e terme (h(h — l)z2/2,
négatif comme h — 1); nous pouvons le faire parce que si h < 1, nous avons
hi < i et les termes de l’ordre de grandeur du carré ou, du moins, du cube ou
de la puissance 4 sont négligeables. Si en particulier h = 1/k avec k entier
(par exemple h = 1 / 2 = 1 semestre, h = 1 / 4 = 1 trimestre, A = l/12 = l mois)
il faudra bien voir que l ’expression (1 + i)llk signifie « racine fc-ième » de
(1 + z); en particulier, pour h = 1/2 l’on pourrait donc calculer (1 + z)1/2
en en extrayant la racine par la méthode bien connue. (Ce qui, en général,
n’est pas une méthode pratique; mais que l’on indique pour rappeler le lien
entre cette méthode et le problème que nous considérons.)
Si l’on veut par contre obtenir C lorsque M , z, zz, (ou M, z, r) sont donnés,
le problème ne change pas. Il s’agit simplement comme auparavant de calculer
(1 + ï)n (ou bien (1 + z)T) et ensuite de diviser M par le facteur de capitalisa­
tion pour obtenir la valeur escomptée C, au lieu de multiplier C pour obtenir M .
Il y a cependant une remarque banale du point de vue mathématique, mais
importante dans la pratique, qui est la suivante : lorsqu’il s’agit d’opérations
d ’escompte on donne souvent non le taux d ’intérêt z mais le taux d ’escompte d.
La formule devient alors évidemment
M = C { 1 — d)~n, (81)
soit :
C = M(1 — d f ,
(x) Pour les calculs pratiques, on emploiera au lieu des logarithmes népériens (à base e) les Loga­
rithmes décimaux (à base 10); cela ne change rien si l’on tient compte que ln x = (2,302 585) logio x.
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 103
et ce que nous avons dit pour les puissances du binôme 1 + i reste inchangé
pour les puissances de 1 — d (x).
Il est important d ’observer dans la pratique, que l ’on doit se garder de
l ’ambiguïté que présente souvent la phrase « escompté à tant % », par exemple
5 %. Il faut préciser si l ’on a l ’intention d ’escompter en appliquant la loi
selon laquelle i = 5 % ou en appliquant celle où d = 5 %; il s’agit naturelle­
ment de deux situations bien différentes, car dans le premier cas nous
avons M = C(l,05)w, C = M (l/l,0 5 )n = M (0,952 4)™, et dans le deuxième
M = С(1/0,95)л = C(l,052 6)w, C = M{0,95)n. Pour éviter toute confusion,
il serait bon de donner des précisions en disant dans le premier cas que l ’on
escompte à 5 % différé, et dans le deuxième cas que l ’on escompte à 5 % anti­
cipé (voir n° 20). Toutefois, dans la pratique, s’il s’agit d ’opérations d ’escompte
au sens technique du terme (par exemple traite) il est sous-entendu qu’il s’agit
d’un escompte anticipé, puisque ce que l ’on applique est un « taux d’escompte »
comme expressément indiqué (montant à déduire immédiatement d ’un montant
dû dans un an). On verra cependant que dans d’autres cas il est sous-entendu
qu’il s’agit d’un taux différé. Quand par exemple dans les assurances (2), on
dit que la valeur de rachat ou de prêt maximum est, pour certaines formes
d’assurances ou selon certaines conditions, la valeur escomptée par exemple
à 5 % d’un montant que l’on doit à une certaine échéance, il est sous-entendu
que i = 5 % (et non d), parce que la règle est fondée sur le fait que le montant
escompté, s’il est concédé comme un prêt et qu’ensuite l ’assuré ne paie pas
l ’intérêt de 5 % sur ce montant, devient à l’échéance C(1 + i)n (en appelant n
le nombre d ’années nécessaires pour arriver à l ’échéance) et doit donc être
compensé au moyen du montant M dû; par conséquent M — C( 1 + i ) n ,
et C = M (l + i)~n.
Si l ’on donne C et M, l’on peut enfin déterminer la durée n (ou r) si i est
donné, ou bien chercher i si n (ou r) est donné. Les deux problèmes peu­
vent se résoudre facilement dans ce cas simple, au moyen d ’une table de
logarithmes. En effet,
ln M = ln C + r ln (1 + i), (82)
dont on déduit :
ln M — ln C ln M — ln C
ln (1 + Г) — (83)
ln (1 + 0
Dans un cas comme dans l ’autre on pourra appliquer, en vue d ’un calcul
approché et simplifié, des formules d ’interpolation. Le problème de la déter­
mination de r est proposé à titre d ’exercice en fin de chapitre. On étudiera la
(x) A l’exception du signe des termes du développement; ceci n’a d ’intérêt cependant que lorsqu’il
s’agit d ’analyser le sens de l’approximation (par valeur supérieure ou inférieure donnée par
un certain nombre de termes.
(2) L’opération est ici décrite de façon sommaire (quitte à passer sur certaines précisions qui
seraient nécessaires pour en déterminer la nature) pour que son exposé reste compréhensible sans
connaissance de mathématiques actuarielles.
104 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

détermination de i dans le chapitre IV, consacré aux problèmes de la recherche


du taux dans un cas général.
En passant du point de vue « statistique » au point de vue « dynamique »
(voir n° 16) on a déjà montré (nos 18 et 19) qu’à un instant t quelconque pris
au cours de l’opération on a un montant M (t), qui est le montant du capital C
à l’instant t et la valeur actuelle V(t) à l’instant t du montant final M :

M(t) = C( 1 + i f = M {\ + i f - r = Vit); (84)

et évidemment, M(0) = C et M(r) = M.


Nous avons vu ainsi comment suivre l’opération dans le domaine continu
(instant par instant) ; cela revient à envisager que pour chaque fraction de temps dt
le montant M (t) produit un intérêt hM(t) dt (où S = ln (1 + /)); si l’on se
contente de considérer que les calculs sont effectués chaque année (comme cela
se fait dans la pratique), il est équivalent de supposer que les intérêts sur le
montant M r (après r années) sont calculés en iM r et sont ajoutés à la fin
de la (r + l)-ième année à M r pour obtenir le montant M r+i (après
r + 1 années). De la même façon, on pourrait supposer que les intérêts sont
calculés et ajoutés au montant à des instants quelconques, même irréguliers,
pourvu qu’à la fin d’une période h on calculeTintérêt sur la base du taux
QÔh — i . en particulier nous pouvons envisager de les calculer semestriellement,
trimestriellement ou mensuellement, et dans ce cas nous appliquons à la fin
de ces périodes toutes égales à l/A:-ième d’année, le taux ik tel qu’il est défini
au n° 18. Il faut seulement préciser que l’on doit effectuer un dernier décompte
des intérêts lors de l’échéance, même si celle-ci ne tombe pas à la fin d ’une des
périodes régulières ou non régulières choisies. Si l’on adopte un calcul annuel
et une durée r = 15 ans et 3 mois, il faut, pour obtenir M = M( 15,25), ajou­
ter 3 mois plus tard au montant M is que l ’on a accumulé au bout de 15 ans
l’intérêt pour trois mois, soit /4M15, et l’on a

M = 15,25) = M(15) + (etf/4 — 1)M(15) = M 15 + k M 15.

L’égalité entre le montant du capital initial et la valeur actuelle du montant


final, égalité qui subsiste à tout instant intermédiaire, est une autre expression
de la condition d ’équilibre de l ’opération : la valeur globale de l ’opération
à l’instant t est en effet W(t) = V(t) — M (t) = 0 pour une opération supposée
équilibrée.
La suite du présent chapitre sera consacrée à l ’application de ces concepts,
qui s’expriment simplement lorsqu’il s’agit d ’un montant unique, au cas
général d’opérations comportant des montants pris en nombre et répartition
dans le temps quelconques (en laissant de côté, comme nous l ’avons dit,
le problème inverse de la recherche du taux).
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 105

25. — Cas le plus général dans le domaine discret

Le cas le plus général (en restant, comme jusqu’alors, dans le domaine


discret (x) pour les paiements) est celui que nous avons déjà vu au n° 16;
il suffira de le réexaminer pour dégager certaines remarques, comme nous
l’avons fait au titre 24 dans le cas de la capitalisation et de l’escompte.
Considérons donc un ensemble de montants positifs et négatifs Si, 52,.* •> Sn
payables aux instants ri, tn , et supposons qu’ils constituent une opé­
ration équilibrée c ’est-à-dire que l’on ait W(0) = 0; s’il n ’en était pas ainsi
il suffirait du reste d ’ajouter le montant 5(0) = — W(0) à payer à l ’instant
to = 0 et l’opération deviendrait équilibrée (grâce à l’adjonction de ce « paie­
ment initial » nécessaire à l’équilibre). Nous supposerons 0 ^ r± < r2 < ... < r^
(bien que ceci ne soit pas essentiel). On suppose l ’origine des temps t = 0
antérieure aux paiements (instants r h) à seule fin de considérer pour plus de
commodité t = 0 comme instant initial ou instant où le contrat est stipulé,
et d’appeler « paiement initial » le montant So éventuel.
Rappelons que si W(0) = 0, W(t) = 0 quel que soit t, sinon pour au­
cune valeur de t; ceci signifie qu’il suffit de vérifier la condition d ’équilibre
(ou de déséquilibre) en se référant à un seul instant, puisque ce qui est
valable pour un instant est valable pour tous les instants.
On obtient d’autres variantes de l ’expression en remarquant que l’on peut,
compte tenu de la propriété de linéarité (propriété a) du n° 23, propriété addi­
tive), séparer en deux groupes les paiements constituant une opération équilibrée.
Alors leurs valeurs Wi(0) et W^(0) ont pour somme W\ (0) + ^ ( 0 ) = W ( 0) = 0.
Si en particulier nous distinguons les paiements positifs des paiements
négatifs, nous obtenons W+(0) + W~(0) = 0, soit W+(0) = — W~(0) : pour
vérifier l ’équilibre d’une opération il faut et il suffit de vérifier que, à un instant
particulier de référence (peu importe lequel), il y a égalité entre la valeur
actuelle des paiements positifs et celle des paiements négatifs.
Si, en outre, en se référant à un instant quelconque t nous distinguons
les paiements antérieurs et les paiements postérieurs à t (ceux pour lesquels
Th < t et ceux pour lesquels rn > t) et que nous désignons les valeurs actua­
lisées correspondant à l’instant t par — M (t) et par V(t), nous avons
— M (t) + V(t) = 0, soit M (t) = V(t). Appelons M (t) le montant de l ’opéra­
tion en t (somme des montants à l ’instant t de tous les paiements antérieurs
à t, pris avec un signe opposé), et V(t) les besoins financiers ou valeur résiduelle
de l’opération en t (somme des valeurs actuelles en t de tous les paiements
postérieurs à t). Si l ’on emploie la terminologie propre aux assurances, on
pourrait appeler M (t) et V(t) respectivement la réserve rétrospective et pros-

(x) La distinction apparaît clairement par contraste avec le cas continu que l’on considère au n° 26.
106 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

pectine de l’opération à l’instant t. Nous pouvons dire alors : pour obtenir


une opération équilibrée, il suffit de s’assurer qu’à un instant particulier de
référence (peu importe lequel : si c’est valable à un instant, c ’est valable à
tout instant) il subsiste une égalité entre le montant et le besoin (entre la
« réserve rétrospective » et la « réserve prospective »).
Nous observons également que le montant M(t) escompté à l’instant t = 0
(c’est-à-dire à un instant antérieur à tous les paiements) donne la valeur de
tous les paiements antérieurs à l’instant /, chacun étant escompté à l’ins­
tant / = 0 (et étant pris naturellement avec un signe opposé).
On remarquera que nous avons fait une distinction entre les instants t
antérieurs à t et postérieurs à / (r < t et t > t) sans considérer le cas r = t;
il faut cependant déterminer si un paiement effectué à l ’instant r = t fait
partie des paiements antérieurs ou des paiements postérieurs, c’est-à-dire
s’il est inclus dans le montant ou dans la valeur résiduelle. En théorie, on
pourrait adopter n’importe quelle convention à cet égard : on pourrait par
exemple convenir de choisir une fois pour toutes telle ou telle solution, et
ce serait certainement le plus simple. Pour des raisons pratiques, il est cepen­
dant mieux de prendre la solution qui, à première vue, semble la moins justi­
fiable et qui consiste à décider pour chaque cas particulier si un paiement
à l’instant r = t doit, lorsqu’on doit calculer M(t) et V(t), faire partie des
paiements où r < t ou bien de ceux où r > t.
La raison pour laquelle on adopte cette solution est claire du point de vue
comptable, si l ’instant t où l’on calcule M(t) est l’instant où l’on conclut un
exercice ou bien celui où l’on entame l’exercice suivant; on peut très bien
avoir des paiements à effectuer à cet instant précis, et l’opération correspon­
dante peut logiquement appartenir soit à l’ancien soit au nouvel exercice.
On peut traduire cela par une phrase expressive mais impropre et qui n ’est
acceptable par conséquent que comme une illustration : on peut dire que l ’on
considère le paiement comme ayant été effectué « un moment avant » ou « un
moment après » l ’instant t. Cette locution et cette écriture commodes, bien
que dépourvues de sens à la lecture (étant donné qu’il n ’existe aucune diffé­
rence entre r, t + 0 et t — 0 , à moins de les considérer en tant que signes
graphiques conventionnels plutôt que valeurs mathématiques), permettent
de distinguer les deux cas en disant que le paiement s’effectue à l’instant
t = t — 0 ou bien à l’instant r = t + 0 et permettent de préciser que le paie­
ment s’effectue en réalité à l’instant r = t mais qu’il est calculé en même
temps que les paiements antérieurs à t ou respectivement postérieurs à t.
Dans les mathématiques financières, cette distinction est particulièrement
utile si l’on veut traiter selon la méthode usuelle et conformément au concept
mentionné ci-dessus, d’une part les paiements « anticipés », que l’on considère
effectués au début d’une année ou de toute autre période que l’on choisira
(c’est-à-dire à l’instant r = t + 0), d’autre part les paiements « différés »
(en fin de période, c ’est-à-dire à l’instant r = t — 0).
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 107
Si Гоп revient à la définition de M (t) et F(7), on notera enfin que pour t
antérieur au début de l’opération {t plus petit que ri), nous avons M (t) = 0
et V(t) = W(t), alors que si t est postérieur à la fin de l ’opération ( t > r ^ ) ,
nous avons M (t) = W{t) et V(t) = 0; si l’opération est équilibrée, W = 0,
et nous avons donc M (t) = V{t) = 0 avant le début de l ’opération ou après
la fin de l’opération (*).
Une autre distinction qui se prête à des applications importantes : elle
conduit à considérer séparément les mouvements correspondant à des intérêts,
et les autres mouvements, que l’on appelle mouvements de capitaux. Nous
reviendrons dans le prochain chapitre sur l’aspect mathématique correspon­
dant (nous introduirons les formules nécessaires). Nous ne mentionnerons
pour l ’instant que le concept : on considère d’une part le paiement des intérêts,
comme s’il était effectué au fur et à mesure qu’ils se constituent, et l ’on
appelle usufruit Ü (t ) de l’opération à l’instant t, la valeur actuelle à l’instant t
des mouvements futurs de cette source. On considère d ’autre part les mou­
vements effectifs augmentés d’un mouvement égal mais opposé à celui constitué
par les intérêts (c’est-à-dire qu’en l’absence de mouvements effectifs, tout se
passe comme si au fur et à mesure que sont payés les intérêts, ceux-ci soient
réinvestis, ce qui constitue un mouvement supplémentaire de capitaux). La
valeur actuelle à l ’instant t des futurs mouvements de capitaux ainsi définis
s’appelle nue-propriété de l’opération à l’instant /, P(t). On a ainsi une décompo­
sition en usufruit et nue-propriété : V(t) = Ü(t) + P(t). En particulier, si t est
antérieur au début de l’opération (t < ri), on a V(t) = O{t) + P (t) = W(t)
et, par conséquent, si l’opération est équilibrée, O(t) + P(t) = 0. On en déduit
une troisième formule, analogue aux deux précédentes : pour qu’une opéra­
tion soit équilibrée, il faut et il suffit, à un instant de référence antérieur au
début de l’opération, qu’il y ait égalité entre la valeur de l’usufruit et celle
de la nue-propriété dont le signe a été changé, ce qui est souvent plus clair
et plus expressif. Toute décomposition obtenue de façon analogue en distin­
guant les paiements en deux groupes selon un critère quelconque conduit
à un énoncé analogue qui ne fait que traduire la formule initiale 0) = 0.
Les trois décompositions que nous avons analysées ci-dessus méritaient
cependant d ’être mentionnées, puisque la première peut être utilisée pour
traduire les problèmes de nature statique les plus répandus, la seconde exprime
le concept essentiel aux problèmes de nature dynamique, alors que la troi­
sième introduit des notions que nous reprendrons par la suite.
Les problèmes de nature statique consistent en la détermination d ’une
opération équilibrée; la condition d ’équilibre se réduisant à une équation,
le problème est déterminé si l’opération est d’un type fixé à l’avance et ne
dépend que d ’un seul paramètre. Si tous les paiements futurs sont fixés à

(l) Nous verrons au numéro 27 comment ces conditions doivent être modifiées lorsque l’on
considère des opérations de durée infinie, c’est-à-dire qui n’ont pas d ’instant final.
108 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

l’avance il suffit, pour obtenir une opération équilibrée, de déterminer (cf. au


début du présent sous-chapitre) le paiement initial, ou bien un paiement
effectué à un autre instant r arbitraire (le montant en est alors F(r)), par exemple
un paiement final (r ^ r #); ou bien, le montant V étant fixé, on peut réaliser
l’équilibre en donnant à t une valeur appropriée. Et ainsi de suite.
Dans le cas le plus fréquent cependant, on s’est fixé les paiements positifs
et les paiements négatifs en gardant pour paramètre pour les deux types de
paiements un coefficient constant K , que l’on détermine selon la condition
W+(0) = — 0). Supposons, pour donner un exemple, que l’on doive
payer 100 tout de suite et 400 dans cinq ans; on préférerait cependant payer
dans un, deux et trois ans des montants décroissants ayant entre eux les mêmes
rapports que les nombres 10, 8, 6. Ces montants vaudront, en désignant par K
une constante indéterminée : 10K9 8K et 6K. L’équilibre s’écrit alors :

100 + 400î>5 = K (l0 v + 8t>2 + 6v3),


soit :
K = (lOO + 400u5)/(l0t> + 8u2 + 6vz).

Nous verrons aux numéros 28 et 37 comment ce raisonnement s’applique


dans les cas les plus simples et les plus importants (rentes et amortissements).
Analyser l’aspect dynamique de l’opération revient à étudier la variation
du montant dans son ensemble tant sur le plan théorique que comptable.
Dans le cas général, lorsque t varie, le montant M(t) varie pour deux
raisons différentes : par suite de la formation d’intérêts sur les paiements déjà
effectués (ex. : cas d’un seul montant, cf. numéro précédent), et également
lorsque interviennent de nouveaux paiements (négatifs ou positifs, c ’est-à-dire
des versements ou des prélèvements pour employer la terminologie des dépôts).
Plus précisément, chaque fois que t va dépasser l’un des instants M(t)
subit un accroissement instantané égal à — Sh (puisque si t > rn il faut
inclure dans le montant le terme — Su e_*<T*_i> que l ’on négligeait jusqu’à
t ^ 7^, terme qui est égal à — Sh à l’instant t = r n oùe_5<T*_i>= e° = 1). D ’ail­
leurs, il est évident que si nous effectuons le versement d ’un certain montant
(de notre point de vue c ’est un montant négatif : « sortie d’argent ») le montant
du dépôt s’en accroît d’autant. Dans l’intervalle de temps s’écoulant entre
un « mouvement » et un autre (pour < t < rn+1) le montant ne s’accroît
que de ses propres intérêts.
Si l’on étudie son évolution dans le domaine continu, M(t) apparaît donc
comme étant une fonction continue (et même exponentielle) dans tout inter­
valle s’écoulant entre les paiements successifs. Plus précisément (pour rn < t
< r h+1), on a
M(t) = M (rh + 0)eâ(t Xh) (85)
et d M{t) = S • M(t) • dt,
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 109
(en désignant par M(r + 0) la limite à droite de M(t) pour t -> r). De plus,
M(t) est une fonction discontinue aux instants où s’effectuent les paie­
ments : l ’accroissement est alors :
M(Th + 0) = M (rh) — S h (86)
(Sh = montant du paiement à l’instant t = r^).
Il n’est pas possible dans la pratique, ni intéressant d ’ailleurs, de calculer
M{t) instant par instant; comme nous l’avons déjà dit dans le cas d ’un mon­
tant unique, il suffit de compter et d ’additionner les intérêts de temps en
temps seulement. Il suffirait, par exemple, de les compter chaque fois qu’un
paiement s’effectue : à cet instant-là, on devrait ajouter au montant M (r^+0)
l’intérêt obtenu à l’instant r h+1 :
(e<Hrft+1-rft) _ j) M (rh + Q)

(intérêt sur le montant donné pour la période s’écoulant entre les deux paie­
ments) et l’on obtient ainsi M(rh+1), quantité à laquelle il faut encore ajouter
— Sh+i pour obtenir + 0). Ce procédé est analogue à celui de la
« méthode scalaire » pour le décompte des intérêts (utilisée en particulier
dans les comptes courants bancaires : il s’agit là d’ailleurs d’intérêts « simples »
plutôt que « composés », comme on le verra au chapitre VI).
Si, par contre, on effectue périodiquement le décompte, par exemple à la
fin de chaque année (par semestre, etc.) pour obtenir le montant à la date de
clôture tr+1, il suffit d’ajouter au montant à la date de clôture précédente tr :
1) les intérêts sur ce montant pour la période considérée, 2) les augmentations
et diminutions correspondant aux mouvements de capitaux, 3) les intérêts
pour chacun de ces montants pour la durée s’écoulant de la date choisie à la
date de clôture :
M (tT+1) = M(tr) + M{tr)i — Z hSh — Z hSh(emr+i~Th) — 1) (87)

(où les sommes sont étendues jusqu’aux valeurs de h pour lesquelles


tr < < tr+1). Ce procédé correspond (en faisant abstraction des différentes
simplifications et variantes que l ’on utilise dans la pratique) à la « méthode
directe ».
L’examen du point de vue dynamique de la variation du montant d ’une
opération est d ’une importance essentielle lorsque l ’opération n ’est pas
totalement prédéterminée, mais permet (comme un compte courant ou un
dépôt bancaire) des versements ou des prélèvements effectués à volonté
par une des deux parties ou les deux (du moins dans certaines limites). C’est
justement pour déterminer ces limites et contrôler les développements succes­
sifs de l’opération que chacune des deux parties doit connaître à tout moment
la situation du compte, c ’est-à-dire la valeur du montant (ou du moins une
valeur approximative, c ’est-à-dire qui ne tienne pas compte des intérêts pour
110 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIERES

la période en cours). Cependant, il est également nécessaire de connaître


pour les autres opérations le montant ou les « besoins financiers » : par exemple
dans le bilan, ces quantités figurent comme valeur de l’engagement (actif
ou passif) correspondant à l’opération en cours. Il est utile de noter qu’il
n’y a en fait pas de différence sur le plan formel entre une opération, avec sa
succession de paiements positifs et négatifs, et un compte-dépôt quelconque,
si l ’on veut faire une étude dynamique du montant; la seule différence est que
dans une opération tous les montants sont déterminés dès le début et il est
possible d’établir dès le début le déroulement de l’opération pour la durée
entière de celle-ci. Il va de soi que tout se simplifie beaucoup (s’il n ’y a pas
d’intérêts pour certaines fractions de période) quand tous les paiements
ont lieu à la fin de l’année (ou du semestre, etc.) comme par exemple dans
les « plans d’amortissement » (voir n° 37).

26. — Cas le plus général dans le domaine continu


Jusqu’ici, tout en considérant le problème de la loi de capitalisation dans
le domaine continu (formation des intérêts et addition des intérêts au montant
instant par instant), nous avions toujours envisagé des opérations de type
discret, c ’est-à-dire consistant en un nombre fini de paiements concentrés
à des instants déterminés. On pourrait croire, non sans raison, qu’il ne peut
pas exister d ’autres cas; cependant, même à titre de cas idéal (c’est une abstrac­
tion souvent utile comme le sont des abstractions analogues dans de nom­
breuses autres applications des mathématiques), on peut imaginer que les
paiements constituent un flux continu. C’est dans ce sens que nous parlons
maintenant de « cas continu » par opposition au « cas discret » du numéro
précédent (et nous aurons ainsi éclairci la question que posait la note en
bas de la page 105).
Plus précisément, nous désignons le flux (positif ou négatif) des paiements
par çp(t). En d ’autres termes, la somme des paiements qui ont lieu au cours
de la fraction de temps s’écoulant entre t et t + dt est donnée par <p(t) dt,
où <p est une fonction intégrable de t (nous pourrons nous limiter au cas des
fonctions continues comportant éventuellement un nombre fini de points
de discontinuité, c’est-à-dire des fonctions satisfaisant largement aux condi­
tions d’intégrabilité).
La variation du montant sera alors fonction, instant par instant, d ’une part
du flux des paiements et d ’autre part du flux des intérêts, et sera précisément
M{t + dt) = M{i) — <pit) d t + 8 • M it) • dt, ( 88)
(flux paiem.) (flux int.)

soit (89)
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 111
Ce qui est une équation différentielle du premier ordre, linéaire, dont l’inté­
grale générale est :

6(t-T)
M(t) = e * { C
- î: <p(r) e ÔT âr } = C eôt
- î:
ç>(t ) e' dr. (90)

Nous savions déjà cela d ’après le paragraphe numéro 14 sur les équations
différentielles (c’est un cas particulièrement simple d ’équation différentielle
linéaire, puisque § est constante au lieu d ’être fonction de t). Mais ce résultat
s’explique directement sous l’une ou l ’autre forme d ’après sa signification
financière même, qui fournit une interprétation particulièrement heureuse
du processus d’intégration.
La deuxième forme d’équation exprime directement les montants à l’instant t
comme étant la somme du montant initial C = M(0) (et l’on voit ainsi la signi­
fication de la constante d’intégration et la raison pour laquelle elle apparaît
dans l ’équation) et du montant de chacun des paiements élémentaires successifs
— <p(t) dt (il est bien entendu que l’on prend le mot somme dans le sens d’une
intégrale étant donné que nous travaillons dans le domaine continu). La
première forme de l ’équation, en divisant les deux membres par e**, exprime
l’équivalence, à l’origine, entre le montant à l’instant t et l’ensemble du montant
initial et du flux de paiements entre 0 et t. Quant à la méthode d ’intégration,
il suffit de remarquer que, prenant comme fonction inconnue dans notre
équation différentielle, au lieu du montant M (t), la valeur escomptée de ce
montant à l ’origine t = 0, c ’est-à-dire f ( t) = ), on a

df _ -ôtdM
8 e~6tM ; (91)
dî ~ ® dt
l’équation devient :

% = e“tfi { - 9 (f) + 8 • M(t) } — 8 • Q~ôt • Mit) = - e - % i t) . (92)

Ceci nous indique que la valeur actuelle (à l’instant t = 0) du montant varie


seulement lorsque l ’on ajoute la valeur actuelle du flux des paiements (changé
de signe) en éliminant ainsi toute influence des intérêts, étant donné que l’on
se réfère aux valeurs actuelles.
En d ’autres termes : la valeur escomptée à l’origine du montant à l’instant t
est la somme ou intégrale des valeurs escomptées à l’origine des paiements
antérieurs à t (toujours changée de signe).
Quant à V(t), nous savons que V(t) = M(t) dans le cas d ’opérations équi­
librées, et V(t) = M(t) + W(t) = M(t) + e5W (0) en général. Ceci est conforme
au fait que V(t) satisfait à la même équation différentielle que M(t) et n ’en
diffère que par la constante d’intégration dans l ’équation (90). Si l’on exprime
112 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

directement V(t) au moyen de sa définition « prospective », on a d’ailleurs


çt rT
V(t) = 1 e ô('r ®<p(r ) dt = eôt I e ÔT< p(r) dr, (93)

où nous désignons par T un instant quelconque, postérieur à la fin de l’opé­


ration (et l’on peut indifféremment écrire oo à la place de T7; la fonction inté­
grante est nulle après la fin de l ’opération).
Ce qui précède permet également d’expliquer pour quelles raisons et dans
quels cas il peut être utile de poser le problème dans le domaine continu.
Ceci, en effet, permet d’éliminer la discordance qui existait dans le cas discret,
entre la variation du montant d’une part en fonction du flux continu des
intérêts et d’autre part en fonction de l ’action instantanée des paiements;
ici, par contre, l’on exprime tout par une seule équation différentielle. Il peut
donc être utile, pour une étude théorique, de considérer les problèmes dans
le domaine continu lorsqu’on ne s’intéresse pas à la date précise ou à la valeur
de chaque paiement, mais lorsqu’on désire, par contre, étudier de façon
globale une certaine variation de flux. Ainsi, dans le cas de versements assez
fréquents (par exemple journaliers ou hebdomadaires), cette méthode peut
s’avérer plus simple et permettre une très bonne approximation.
Nous ajouterons que l’on peut également considérer certains cas où une
partie des paiements est de nature discontinue et une partie de nature continue :
par exemple pour une compagnie d ’assurances, si l’on assimile à un flux
continu l’encaissement des primes et des intérêts qui donnent les mouvements
positifs, encaissements très nombreux et tous négligeables s’ils sont pris
individuellement, l’on peut considérer par contre individuellement les mou­
vements négatifs, si ceux-ci sont dus à l’occurrence rare de sinistres, dont
chacun se solde par un débours considérable en lui-même (1).

(l) Cette formulation est effectivement à l’origine de « la Théorie Collective du Risque » telle
qu’elle a été proposée par Lundberg, Cramer, etc.
Remarquons, pour conclure, que pour envisager le cas le plus général il suffit de considérer une
« fonction intégrale des paiements », \fi{t) telle que cp(t) = di/r/dr (la dérivée existant) donne le flux
là où ifj est continue. Aux points de discontinuité de première espèce le saut ip(t + 0) — repré­
sente un paiement instantané à l’instant t. Si la fonction 0 présente des irrégularités plus graves,
on tombe dans des complications théoriques qui dépassent le cadre de cet exposé.
Sur le plan mathématique la fonction îfj(t) peut être la fonction à variation bornée la plus géné­
rale (c’est-à-dire exprimable par la somme d ’une fonction croissante et d ’une fonction décroissante),
autrement les paiements des deux types envisagés (continus et discrets) pourraient coexister avec
des types intermédiaires difficiles à envisager sans faire appel à des notions mathématiques que l’on
ne peut supposer connues ici. Pour traiter le cas général, il ne serait pas inutile de faire usage des
intégrales de Stieltjes (permettant, grâce à leur définition plus générale, d ’exprimer le montant
sous la forme M(t) = f e 6t d</r(r), dans le cas continu tout aussi bien que dans le cas discret et
même dans le cas d ’irrégularités plus graves que nous n ’avons fait que mentionner).
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 113

27. — Usufruit et nue-propriété (*)

Nous avons maintenant la possibilité de préciser sous une forme mathé­


matique les notions d 'usufruit et de nue-propriété que nous avions dû nous
borner à mentionner brièvement au titre 25 ci-dessus. En effet, le mouvement
des intérêts constitue toujours un flux continu et le mouvement des capitaux
dans le cas des opérations discrètes est de nature mixte : on doit ajouter au
mouvement effectif (discret) la contrepartie du flux d ’intérêt (continu). Dans
le domaine continu, le mouvement des capitaux est évidemment également
continu.
Le flux d’intérêt est S • M(t), c’est-à-dire l’intérêt se formant entre les temps t
et t + dt vaut S • M{t) • d t; l ’usufruit Ü(t), valeur actuelle à l’instant t des
mouvements futurs d’intérêt est par conséquent :
ÇT ÇT
0(t) =1 e â^r ^ • § • M(r) dr = S • e 06 I e ôr • M(r) • dr, (94)

et la nue-propriété P(t) est égale à


m = V (t)-Ü (t). (95)

Considérons séparément les deux cas de paiement discret et continu.


Pour exprimer l’usufruit, il est plus commode d’écrire V(t) au lieu de M(t)
lorsqu’on se réfère aux paiements futurs. Dans le cas discontinu, nous considére­
rons des paiements Sk effectués aux instants rjc{k = 1, 2,..., N). Si l’on considère
la contribution qu’apporte un seul paiement Sk à l ’usufruit à un instant tjc
(calculé en t), la valeur résiduelle de l’opération est :

Vk(r) = Sk e~ô{Tk~T) pour t < Tk (96)


Vh;(r) = 0 pour T > Tic• (97)

Par conséquent nous aurons :

Ü(t) = • vk(r) e“Æ(T_i) • dr = S J*^ g-«*-« Q-ô(rk- r)Sic dr

= SSic e-l5(Ti:-i) dr = 8Sk Q~ô{Tk~t){Tk — t]. (98)

On notera que la borne supérieure T, instant postérieur à la fin de l ’opé­


ration, peut être remplacée par rjc dans l ’équation (98), étant donné que
pour r > rjc il apporte une contribution nulle à la valeur de l’intégrale.

C1) On peut reporter la lecture du numéro 27 après celle du numéro 32.


F inetti. — Leçons de m athém atiques financières 5
114 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Si l’on a plusieurs paiements Si, ¿>2,..., Sn effectués aux instants ri,..., rA>
et si l’on veut connaître l ’usufruit à un instant r r < t < r r+1, il suffit pat
extension d ’appliquer les remarques précédentes à tous les paiements futurs.
En vertu de la propriété d ’additivité, nous avons en effet :
v(r) = E vk(r) = Es* e-i(T*-T>, (99)
*fc>T Tk>T
et par conséquent l ’expression de l ’usufruit sera :
N
0 (t) = S Eit {S t e“i(r*_i)[T* — t ]}. (100)
r+1

Si nous passons au domaine continu (où au lieu de paiements discrets nous


aurons un flux de paiements on obtient immédiatement :
ÇT
£7(0 = S J^O O Ir — t] e • dt ( 101)

(où T est postérieur à la fin de l ’opération). Les équations (98), (100) et (101)
peuvent également s’écrire, ce qui se vérifie immédiatement :
£7(0 = S {e Sk • t* • e OTk] — l ■ Vk (0 }, (98')
-jv -i
£7(0 = S (e I * SkTk e ÎT* — t- Vit)}, ( 100')
_T+1 J
ÇT
£7(0 = 8 { e 6 t ■ I <p ( t ) t e~ ôt d r — t - V(t) }. (101')

Il est bon de remarquer que l’expression de l ’usufruit est ainsi divisée en


deux parties et que dans les équations (98') et (100') la valeur de l’expression
entre crochets est constante entre un instant tjc et l’instant suivant r^+i.
Puisque l ’on a P(t) = V(t) — O(t), la nue-propriété s’exprimera par les
équations suivantes :
Fit) = Sk e-<5(T*-i) _ SS k e_<5(r*_i) [rt — *], ( 102)
iV
P ( t) = £ Sk e_<,(Tfc_í, - S E* { S* e~ó(Ti:-í) [t, - 0 }, (103)
r+1 r+ l
CT ÇT

A0 e 6t<pir) dr — 8 | ç>(t)[t — 0e dr; (104)

ou bien sous une forme correspondant aux équations (98'), (100'), (101') :

Pit) = it8 + \)Vkit) — 8 etfi[S* Q~ô'tk ■r k] (102')

F it) = it8 1
+ 1)F(0 — SeÔt\ S k e“aTfc • Tk (103')

F it) = itS + 1)F(0 <pit) t e 6t ■ dr. (104')


APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 115

A titre de curiosité (pour l’instant, car ce sujet sera repris par la suite),
nous relevons l’expression suivante de Ü et de P au moyen de la dérivée de V
par rapport à S.
dV{i)
U(t) = — S (105)
as

(106)

Les relations se vérifient immédiatement sur les équations (98) et (102)


et sont applicables dans le cas général en vertu de la propriété d ’additivité.
On notera que pour indiquer la dérivation, on a utilisé la lettre 3, comme il
est d’usage de le faire pour des fonctions de plusieurs variables : ici
F(S, t) = S

est également fonction de t, mais étant donné que t est considéré ici comme
fixe, il est inutile de poursuivre la discussion sur ce sujet.
On notera que l’équation V(t) = D{t) + P(t) découle automatiquement
des équations (105) et (106); en effet, si nous développons l ’équation (106)
selon la règle de la dérivée d ’un produit, on obtient

P(i) = | g ( S - F ) = S 0^ + V = V -Ü . (107)

28. — Cas d’une opération de durée infinie

Il existe une autre extension du concept qu’il est bon de mentionner : celle
qui nous conduit à considérer les opérations de durée infinie au lieu de finie,
comme nous l ’avons fait jusqu’à présent. Il s’agit ici aussi d’une idéalisation :
en effet, quelle signification pourrait avoir un engagement qui s’étendrait
au-delà de la durée de vie des règlements juridiques et économiques selon
lesquels il s’exprime, ainsi que de celle des individus, soit les personnes qui
contractent cet engagement, soit leurs successeurs pas trop lointains?
C’est cependant une idéalisation utile, car elle permet de préciser ce que
l’on doit entendre par une « opération équilibrée » dans le cas d’une opération
de durée infinie; sinon, on courrait le risque de tomber dans l’absurde. Si,
par exemple, on pensait pouvoir appeler « équilibrée » une opération obtenue
en réunissant une infinité d’opérations équilibrées, toutes les opérations
pourraient alors être considérées comme des « opérations équilibrées ». Même
celles consistant à se faire donner un montant S en échange de rien, car elles
pourraient s’interpréter comme une somme d ’un nombre infini d ’opérations
116 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

consistant à recevoir S contre restitution de 5(1 + /) au bout d ’un an, et à


recevoir immédiatement de nouveau ce montant pour restituer 5(1 + z)2,
après une seconde année, et on renouvellerait ainsi d’une année à l ’autre
la dette augmentée des intérêts sans jamais la rembourser.
Que l’on veuille pour des raisons mathématiques éliminer de tels paradoxes,
ou que l’on doive pour des raisons pratiques s’en tenir au sens du terme pour
lequel cette idéalisation d ’opération de durée « infinie » s’avère utile et corres­
pond à un objectif donné, il sera bon de préciser en tout cas la définition
d’une opération « équilibrée », en appelant ainsi une opération pour laquelle
la valeur actuelle du montant tend vers 0, et par conséquent

lim e~ôtM(t) = 0. (108)


£-»oo

Cette condition signifie en effet, en supposant que tous les paiements prévus
pour des échéances postérieures à un certain instant futur T soient annulés, que
l’opération limitée ainsi obtenue est à peu près équilibrée si l ’on suppose T
suffisament éloigné dans le temps. Plus précisément : si l ’on fixe un montant
positif e petit (par exemple un millionième de franc), l ’hypothèse de tronquer
l ’opération à l’instant T comporte un gain ou une perte initiale inférieure
à £ (c’est-à-dire — £ < c~8t M (T) < £) pourvu que l’on prenne T suffisamment
grand (c’est-à-dire : supérieur à une valeur T bien choisie, déterminée en
fonction de £).
Si l’on applique cette nouvelle définition au cas des opérations limitées,
on vérifie (comme cela doit être si l’on veut avoir une théorie globale cohérente)
qu’elle coïncide avec l ’ancienne. En effet, pour t supérieur à l ’instant du der­
nier paiement (t > tn , en employant la notation du numéro 16), on a

M(t) - W(t) = eôtW(0), é~6tM(t) = W(0),

et par conséquent la limite est W(0) (}).


Il en résulte que l ’on peut étendre directement aux opérations infinies la
définition de la « valeur actuelle », en posant (s’il existe une limite)

W(0) = lim z ôtM(t) ; W(t) = e6t W{0). (109)


£-»oo

S’il n’existe pas de limite, l ’opération n ’a pas de valeur déterminée, c ’est-


à-dire qu’elle ne devient pas équilibrée, même si elle est corrigée par un paie­
ment initial adéquat W(0); en effet, le choix de l ’instant T où l’on interrompt
l’opération comporte des variations de valeur initiale dont l’effet ne peut
s’annuler lorsque l ’on veut différer T.
Il peut être utile de remarquer qu’une opération est toujours équilibrée

C1) On peut remarquer que même si l’on a adopté la définition plus restreinte M(t) -> 0, celle-ci
resterait quand même équivalente à l’ancienne définition dans le cas d ’une opération limitée;
on voi aisément cependant qu’une telle restriction est inutile.
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 117
si M(t) reste limitée, ou même si M (t) en valeur absolue (et au moins à partir
d’une certaine valeur de T) ne dépasse pas une puissance de t, ou également
si elle ne dépasse pas une fonction exponentielle croissant moins rapidement
que z5t; si en effet
| AfCOI < K ou I Mit) | < tK ou [ M(t) I < aKt avec K < S, on a W(0) = 0 puisque
—ôt ~ —ôt K s\
e •K 0 , e t —> 0 ,
-ô t Kt {K-ô)t A o m
e •e = e —> 0 (K — o < 0).
Un exemple inverse : si M(t) croît comme cKt avec K > S, nous avons (voir
le dernier exemple ci-dessus) W(0) = ± 0 0 (selon le signe de M{t)). Il est
intéressant de relever ce cas, car il a donné lieu à des discussions importantes
dans la pratique lorsqu’il s’est agi de la méthode appelée « prime moyenne
générale » employée dans les assurances sociales. Sans entrer dans les détails
techniques (ce qui serait impossible pour l’instant et en dehors du sujet) on
peut analyser la question d’un point de vue schématique. On suppose que l ’on
institue à un moment donné un certain système de sécurité sociale, où l’on
accorde immédiatement le bénéfice des prestations à la population initiale qui
n’a pas versé des contributions. L’on veut compenser cette charge initiale
par une majoration perpétuelle de la contribution de la population future;
mais, selon que la valeur de ces contributions sera finie ou infinie (et comme
nous le verrons, ceci se produit selon que la population croît plus ou moins
rapidement que zSt), ou bien il sera effectivement possible de fixer la majoration
de façon à compenser la charge initiale, ou bien il en résultera que, si petite
qu’on la fasse, elle sera toujours excessive, alors qu’en la faisant nulle elle sera
toujours insuffisante (c’est-à-dire que W(0) sera toujours respectivement égal à
+- 00 en la prenant positive, et à — 00 en la prenant nulle). L’on ne peut pas
obtenir dans ce deuxième cas une opération illimitée équilibrée. Il est évident
cependant que cela ne présente rien d’inquiétant dans la pratique : il suffira
d’avoir une majoration minimale pour combler le déficit au cours d ’une
période finie, et ensuite, on pourra l’abolir (ou même la maintenir); en pra­
tique, toute détermination de contributions est définie de façon si grossière
que cela n’aurait pas de sens de vouloir les majorer par exemple de 0,000 l % 0-)

29. — Rente à annuités constantes

Les opérations sur lesquelles il est bon de s’arrêter expressément pour appliquer
les remarques des numéros précédents sont celles où interviennent des suites
de paiements de nature régulière, dans leur échéance ou dans leur montant;
toutes ces opérations sont connues sous le nom de rente, et l’on appelle les
paiements individuels annuités ou termes de la rente. Le cas le plus usuel
118 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

est celui où les échéances se succèdent à l ’issue de périodes égales (annuelles,


semestrielles, trimestrielles, mensuelles, etc.) et où les annuités sont toutes
égales entre elles; on parle dans ce cas d ’une rente constante, et lorsqu’on
parle de rente tout court, on sous-entend en général qu’elle est constante.
On appelle opération de rente une opération consistant en l ’échange d’une
rente contre un paiement unique, fixé au début ou à la fin de la rente.
Pour fixer les idées, considérons d’abord le cas où l ’on veut déterminer
le montant S à payer à l’instant t = 0 pour avoir une rente à annuité cons­
tante R venant à échéance aux instants t = 1,2, 3,..., n. Cette rente est appelée
« différée » (puisque la première annuité tombe à échéance à la fin de la pre­
mière année), et de durée n (nombre d’annuités); sa valeur (par annuité uni­
taire R = 1) est habituellement désignée par a^i (et parfois est appelé lui-
même rente au lieu de « valeur actuelle de la rente »). Nous avons donc S = ,
et tout le problème consiste à déterminer a^ , c’est-à-dire la valeur W(0) des n
annuités de la rente unitaire.
Cette valeur est :
^ n —L
(ty = V +, V
2 , 3 , , 71 /-il . 2 , ,
+ V + • • • + ! ? = V(1 + V + V + • • • + ! ? )
n + n
1 V 1 V
( 110)

Il s’agit là d’appliquer la formule bien connue de la somme d’une progres­


sion géométrique (en remplaçant ensuite dans le passage final, v/(l — v)
par 1/0; même sans se référer aux formules de la progression géométrique,
on peut immédiatement vérifier cette identité en remarquant que si l’on effectue
terme à terme le produit de (1 + v + v2 + • • • + rw_1) par (1 — v), on obtient
1 — vn (puisque, dans 1 — v + v — v2 + v2 — vz + ••• — vn~x + — vn,
tous les termes s’éliminent les uns les autres à l’exception du premier et du
dernier). Mais on peut également proposer une justification sur le plan finan­
cier et il est important de le souligner, car c’est là un point instructif et utile
dans de nombreuses applications ultérieures. Il suffit de penser que l ’opération
consistant à déposer un montant « un » à l’instant t = 0 et à en encaisser
à chaque fin d’année l’intérêt i pour n années et à retirer ensuite le
montant « un » à la fin des n années est évidemment équilibrée. A cet effet, la
valeur « un » du capital unitaire payable immédiatement est égale à la valeur
de la rente « différée » pour n années, d’annuité R = /, augmentée de la valeur
du capital « un » que l ’on doit retirer au bout de n années, et l’on a ainsi :
l = (111)

dont on peut déduire l’équation (110).


Si l’on veut en donner une interprétation un peu plus directe, on peut dire
que l/i est le capital qui donne « un » comme intérêt annuel; (1 ¡i)vn est la
valeur de ce capital escompté pour n années; (1 — vn)/i est par conséquent
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 119
la valeur actuelle quand on diffère de« années à partir d’aujourd’hui un paiement
de 1/z. Mais l’on peut effectuer un tel paiement différé en accordant des inté­
rêts, qui constituent une rente unitaire différée, de durée «, et par conséquent :

= ( l — vn)/i.
On peut faire la même remarque en prenant pour base une rente perpétuelle.
D ’après la définition donnée au numéro 27 pour des opérations de durée
infinie, puisqu’il y a toujours tendance vers une limite, nous pouvons parler
de valeur d ’une rente unitaire perpétuelle différée (annuité unitaire venant
à échéance à tous les instants où t est un entier positif), et l’on aura

a^i = lim aц = \ — \ lim vn = \ (112)


W-»oo l t l

(puisque l ’on av < 1, et que vn décroîtdonc et tend vers 0 lorsque « croît).


Cette conclusion est d ’ailleurs intuitive : un capital 1ji produit chaque année
un intérêt (1fi)i = 1 ; si on le laisse éternellement en dépôt, il donne donc
comme intérêt une rente perpétuelle unitaire différée (x).
La variante que nous avons annoncée dans l’interprétation de la formule
donnant est alors la suivante : la rente pour «années est la différence entre
une rente perpétuelle différée immédiate et la rente perpétuelle différée consti­
tuée par les termes venant après le «-ième terme ; celles-ci équivalent au paie­
ment des capitaux l/i respectivement effectué immédiatement ou dans « années,
et le raisonnement se poursuit comme ci-dessus.
Nous avons considéré jusqu’ici le cas d’une rente différée ; si nous avons af­
faire, par contre, à une rente anticipée (c’est-à-dire que la première annuité
est payable immédiatement) il suffit d ’escompter toutes les annuités avec
un an en moins, c ’est-à-dire de diviser am\ par v. La valeur actuelle de la rente
anticipée, que l ’on désigne par am\ est donc (2) :

1 1 11 — V71
am = - йц = - v (113)
^ v n v 1— V
La formule se prête à la même interprétation que celle pour la rente différée :
en effet, d est l ’intérêt anticipé sur le capital unitaire, c’est-à-dire que si on
laisse en dépôt pendant « années le capital unitaire, on peut retirer indifférem­
ment ou bien l’intérêt en fin de période i à la fin de chaque année ou bien(*)

(*) Cette considération ne suffirait pas si Гоп ne démontrait pas également que er5tM (t ) converge
vers 0, mais il suffit de remarquer que le montant reste toujours compris entre l/i et l/i + 1 (valeur
prise par rapport au début et à la fin de chaque année) et reste donc limité ; on peut donc appliquer
la remarque du n° 27.
(a) Faire attention aux caractères : caractères italiques pour les rentes anticipées et
gothiques pour les rentes différées. Le symbolisme suivi ici pour ces notations et d’autres
d ’ordre strictement technique est celui qui a été approuvé au Congrès International des Actu­
aires, à Londres en 1898. Des modifications successives (approuvées par les recommandations
du Congrès de Madrid, en 1954) ne sont pas entrées en usage (sauf, partiellement, dans les
pays anglo-saxons).
120 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

l’intérêt anticipé cl au début de chaque année (puisque l ’on a d = iv, il ne s’agit


que des mêmes montants anticipés, et par conséquent escomptés pour un an).
On peut dire encore que 1¡d est le capital qui produit un intérêt anticipé
(1 ¡d)d = 1, soit le capital équivalent à une rente anticipée perpétuelle unitaire.
Cette affirmation procède d’évidence pour d’autres raisons, notamment du fait
que a^\ est manifestement égal à + 1 (il n ’en diffère que par l’addition
du premier terme), et en effet (1//) + 1 = (1 + i)/i = 1¡d.
Nous pouvons naturellement calculer la valeur de la rente à un autre instant
quelconque, et l’on a évidemment en général W(t) = v~l W{0) = le
cas où t = — m entier négatif est particulièrement intéressant, ainsi que le
cas où t = n ou t = n + 1. Si nous imaginons en effet que la première annuité
d’une rente de durée n soit payable dans m + 1 années, nous aurons une rente
différée de durée n avec un retard de m années (*), dont la valeur désignée
par m | est exprimée par :
m | = v ct^| (114)

(puisque l’on a W(— m) = vmW(0) = vma^)9 ou encore :


m | = &n+m\ — G?râ| (1 1 5 )

(ce qui représente la différence entre une rente de durée n + m et une rente
formée par ses m premiers termes). En particulier :
mI = vm a^i = vm!i. (116)

Une rente anticipée, retardée de m années, n’est en fait qu’une rente différée
retardée de m — 1 ; une rente non retardée (lorsqu’il faut souligner ce fait)
est immédiate (et l ’on remarquera que l’expression « différée immédiate »
n’est qu’une façon plus commode de dire « anticipée retardée d’un an »).
On appelle opération de rente différée celle qui consiste à payer S = R - m | a«j
pour recevoir une rente de n annuités R , dont la première est payable après
m + 1 années.
Si l’on considère l’opération au cours de laquelle, inversement, le paiement
unique s’effectue à la fin de l’opération de constitution de capital au moyen
d’une rente, nous sommes amenés à considérer la valeur finale d’une rente,
soit la valeur W(n) de celle-ci au moment de la dernière annuité, ou bien la
valeur W(n + 1) un an après. Plus précisément, W(n) est appelé valeur finale
d’une rente différée, et on note celle-ci , alors que W(n + 1) est appelé valeur
finale d’une rente anticipée qui est désignée par sjq (2), en ce sens qu’elles
donnent le montant payable à la fin de «années en échange d’une rente unitaire
payable respectivement à la fin ou au début de chacune de ces n années.

(x) Nous emploierons, pour éviter toute confusion avec la notion de « rente différée », la termi­
nologie de rente retardée pour désigner une rente (anticipée ou différée) dont le premier versement
est différé de m années.
(2) Mêmes caractères italiques et gothiques que pour arâl et cinl.
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 121
Les relations suivantes sont évidentes

-n 1 — Vn V~n — l (1 + i f — 1
s«| — U U »| — V (117)

- n i — Vn v'n — l ( l + i f — 1.
^ = t , as, = v = ------------- -- ----------- , (118)

on peut également obtenir les formules sous leur forme définitive en disant
que Sn| est la somme de 1 + (1 + 0 + (1 + O2 + *** + (1 + 0 W_1 (dernier
terme, augmenté de l’avant-dernier capitalisé pour une année, etc., augmenté
du premier capitalisé pour n — 1 année), progression géométrique (il en est
de même pour s~n|, sinon qu’il faut multiplier l’ensemble des termes par
(1 + i) ou bien soustraire 1 et ajouter (1 + i)n).
Ou bien encore, en adaptant au cas actuel les remarques que nous avons
faites pour dj% et , il suffit de remarquer qu’il est équivalent de verser tout
de suite un capital 1//, ou bien de le verser dans n années en payant entre­
temps les intérêts (c’est-à-dire : (1//)/ = 1 à la fin de chaque année) : la valeur
obtenue à la fin de n années est dans les deux cas (1 + i)n, etc. Il s’agit toujours
du même concept qu’il faut garder constamment présent à l’esprit : l ’équi­
valence entre le paiement d ’un montant à une date ou à une autre pourvu
qu’entre-temps les intérêts soient payés (ils peuvent être indifféremment
anticipés ou retardés du moment que l’on applique un taux convenable :
d dans le premier cas et i dans le second cas).

30. — Rente fractionnée : rente continue

Le cas d’une rente où la période s’écoulant entre le paiement de deux annuités


successives est une durée h arbitraire au lieu d ’une année, n ’exige pas un
nouvel examen. Il suffirait d ’appliquer les taux t 8h — 1 et 1 — erdfl au lieu
de i et d tout en indiquant toujours par n le nombre d’annuités, m désignant
le nombre de fois la période h dont on retarde le paiement {h pour une rente
différée). Il est cependant intéressant de considérer un cas particulier d ’appli­
cation fréquente dans la pratique, qui nous conduit à un résultat simple et
remarquable.
Il s’agit de voir de quelle façon se modifie la valeur d’une rente a«j, (ou bien
etc.) si l’on suppose que, au lieu de verser en une seule fois le montant unitaire
à la fin (ou au début) de l ’année on en verse la moitié à la fin du premier
semestre et la moitié à la fin du second, ou bien un quart à la fin de chaque
trimestre, ou un douzième à la fin de chaque mois (en disant toujours « au
122 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

début » au lieu de « à la fin » si l’on veut considérer par contre le cas d ’une rente
anticipée). Pour nous exprimer de façon plus générale supposons que, au lieu de
1 à la fin (ou au début) de chaque année, l’on verse l/k à la fin (ou au début)
de chaque £>ième d’année. Nous désignerons par la notation a^ <*>(et respective­
ment Oni(k)) la valeur initiale d ’une rente unitaire fractionnée par &-ième d ’année
et de durée égale à n années (respectivement différée ou anticipée).
On obtient immédiatement l’expression correspondant à ces rentes frac­
tionnées à partir des résultats que nous avons établis pour les rentes à annuités
annuelles, en remplaçant n par nk, v par vllk, i par ijc = (1 + i)1Ik — 1, d par
d k = ijcl( 1 + h ) et en multipliant par l / k (montant de chaque annuité frac­
tionnée). Mais il est équivalent et plus instructif de raisonner directement
sur la signification même de ces rentes.
Il suffit de remarquer que l’intérêt d’un capital unitaire au lieu d’être i
à la fin d’une année ou d au début d’une année, peut être h à la fin (ou djc au
début) de chaque fc-ième d’année. Il faut donc un capital l/{kijc) (respective­
ment 1/(kdjcj) pour produire comme intérêt à la fin (ou au début) de chaque
A>ième d’année le montant l/k. D ’où la valeur de la rente fractionnée perpé­
tuelle :
} . (*) J_ J_ (1\ .
*a*0-i0I (119)
kh j i °0 ' k d jc S * W ’

Il s’ensuit que pour les rentes temporaires (normales, retardées, etc.) on


passe du cas de la rente différée à celui de la rente anticipée en remplaçant le
dénominateur i par d ; de même pour les rentes fractionnées (différées ou anti­
cipées) il suffit d’employer respectivement jic ou S*.
De plus, on peut remarquer immédiatement que, puisque lorsque k -> oo,
ik et 8je (le premier par valeurs supérieures, le second par valeurs inférieures)
tendent tous deux vers S (on se souviendra, cf. n° 20, que 8 = ln (1 + /)),
on peut approximer respectivement par défaut ou par excès les rentes frac­
tionnées respectivement différées ou anticipées au moyen d’une rente continue,
pour laquelle le paiement du montant annuel est distribué de façon uniforme
dans le temps. Cette approximation sera d’autant meilleure que k sera plus
grand (x) et l ’on aura

Il est de toute façon instructif d’asseoir nos conclusions sur les enseignements
qui découlent de la considération du cas continu. Le flux <p(t) est, dans l ’hypo-

(!) En toute rigueur, ayant défini it et comme des intensités, il faudrait faire figurer au numé­
rateur de la dernière fraction, pour chaque groupe d’égalités non pas 1 (nombre pur) mais 1 (année)-1
les dénominateurs étant respectivement j t et 8/t (ou bien il suffit d’attirer l’attention sur le fait que
jjc et 8/c sont exprimés en (année)-1 à l’encontre des conventions d’unités de mesure qui avaient
été adoptées précédemment).
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 123
thèse envisagée, constant et égal à 1. La valeur actuelle d ’un tel flux pour une
période s’étendant d e i = 0 à i = n vaut

- f \ -ô t . t f 1 -* T 1 / —ôn ox
a i - J . l ' ' ‘ d' = L_ S ' J . = _ 3 (e
1 U
= - =Y ~ ' C.Q.F.D. (120)

Naturellement, lorsqu’il s’agit de la rente continue, la distinction entre


rente différée et rente anticipée disparaît. Le k de la rente fractionnée prend
la valeur « oo » (comme on l ’a fait remarquer précédemment). Les notations
relatives à la rente continue seront surmontées d ’un trait (comme dans le calcul
de l ’intégrale ci-dessus).
Nous pouvons rassembler les formules relatives aux rentes continues,
fractionnées ou entières, anticipées ou différées, perpétuelles ou temporaires
ou retardées.
I n
1 ----- V
&n1 =
= 7;
t 72
a №) - I • <*) 1— v
U/wl
* ~h' Jlc
- 1. 11 — vn
Ct^l g, (121) o«I = aa\ = ( 122)
~8
„<*) 1 j *) _ 1 — v11
8*
1 — v*
a^ = Ad ’ OnI =
7 7 2 /. 72\ 772 772+72
V ( 1 ----- V ) _ V ------ V
i\ Ct«] =
i i
7 7 2 /.g 72\ 772 772+72
V ( l ----- V ) V ------ V
m\I aUg,
m -—
Jk Jk
7 7 2 /. 72\ 772 772+72
V ( 1 ----- V ) _ V — V
---- 7721 ^ 72] ---- (123)
8 = 8
7 7 2 /1 72\ 772 772+72
V ( 1 ----- V ) _ V ----- V
772I1J k) —

Sa; 8jc
7 7 2 /. 72\ 772 772+72
----- V ) V — V

En fait, le mode de paiement (anticipé ou différé, annuel, fractionné ou


continu) n ’a d ’influence que par l ’intermédiaire d ’un coefficient multiplicatif
124 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIERES

spécifique, représentant la valeur de la rente perpétuelle, et qui est présenté


par ordre croissant dans les tables : plus précisément, pour k croissant ce
coefficient croît à partir d’une valeur minimum égale à l/i dans le cas d ’une
rente différée, il décroît à partir d’une valeur maximum égale h \/d dans le
cas d’une rente anticipée, la limite (k oo) étant dans les deux cas 1/S (hypo­
thèse continue).
On notera encore la relation

(124)

(la seconde demeurant valable lorsqu’on remplace oo par n et ce aussi bien


dans le cas d ’une rente différée que dans celui d ’une rente avec paiement
terminal). Ces résultats sont évidents puisqu’il suffit d’observer que, pour
passer du cas de la rente différée à la rente anticipée, on n ’a qu’à ajouter
une première annuité ou les déplacer toutes d ’une période. On remarque
alors que les rentes fractionnées, différées et anticipées, diffèrent très peu pour
des valeurs élevées de k , et puisque cette différence, égale à (l/k), tend vers 0
lorsque k oo, cela suffit à montrer (sans faire le calcul de limite qui prouve­
rait qu’elle vaut effectivement S = ln (1 + 0) l’existence d ’une limite commune
pour les deux types dej*ente.

31. — Rente en progression arithmétique

Il est intéressant, dans la pratique, d’étudier certains types simples de rentes


à termes variables, et cela conduit à des formules simples. Il s’agit surtout
des rentes à termes variables en progression arithmétique et géométrique qui,
même si l’on ne veut pas considérer des opérations où celles-ci sont explici­
tement utilisées, apparaissent d’elles-mêmes dans les problèmes ayant trait
aux rentes constantes (comme on pourra le voir aux nos 36-37); commençons
par les premières.
On désigne par (/a)«\ 0 la valeur actuelle d ’une rente différée, de durée n,
dont les termes sont 1, 2, 3,..., n (qui croissent donc comme les nombres
naturels) : nous avons par conséquent

( / û) b| = v + 2t>2 + 3v3 + • • • + (n — \)vn 1 + nvm. (125)

Le même raisonnement que nous avons appliqué pour la rente constante

C1) D ’après les initiales de « Increasing Annuity », en anglais.


APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 125
peut également être utilisé ici : en multipliant par d = 1— v chacun des deux
membres, on a en effet

d(Ia)n\ = v + 2v2 + 3ü3+ • • • + (n— l)t;w_1+ nvn


— v‘2 — 2i?3 — • • • — (n — 2)i?w_1 — (n — l)vn — nvn+1
! 2 ! 3 ! \ n —î ! n n +î
= v + v + v + -- - + v + v — nv
^ n -rl
= — «y

donc : (/û)«( = — m>®+1] ;

sous une forme plus explicite, en remplaçant par sa valeur, on obtient

(/a)â| = 1 . [(i — vn) — invn+1] = L [i _ (i + „d)vn]

- f t - ( 3 (126)

On notera que nvn tend vers 0 quand n tend vers l ’infini et que, par consé­
quent, la rente perpétuelle (différée, croissant selon une progression naturelle)
vaut simplement

ce qui peut également s’interpréter de façon simple, comme pour la rente


perpétuelle constante, en faisant un raisonnement direct semblable. Si nous
employons un capital unitaire, nous pouvons recevoir au début de chaque
année l ’intérêt anticipé d ; en versant tous ces montants en dépôt, chacun de
ceux-ci jouit d ’un intérêt en fin de période égal à id ; en définive, nous obte­
nons par conséquent id à la fin de la première année, 2 id à la fin de la seconde
année,..., n id à la fin de la jz-ième année, et ainsi de suite. Avec le capital l/id,
nous obtiendrons donc 1, 2, 3,..., n.
Il est donc clair que si les mêmes montants font l ’objet de paiements anticipés,
ou fractionnés, ou continus (effectués uniformément au cours de chaque année),
l ’expression de (la)^ , { I â ) ^ ) , (7a)^ (k), (Iâ)nj est toujours identique à celle
trouvée pour (/a)«| si ce n ’est que l ’on remplace habituellement le coefficient \/i
par 1¡d ou 1/Sfc ou 1Ijk ou 1/S.
On notera qu’il existe un cas différent : celui où les annuités fractionnées
croissent en progression arithmétique, ou bien celui d ’une rente continue, où
l ’on a un flux croissant de façon linéaire <p(t) = t (au lieu d ’être constant
et égal à 1, 2, 3, etc., au cours de la première, deuxième, troisième... année).
126 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Considérons ce dernier cas (en utilisant la notation (Ia)n\ pour indiquer, avec
un trait au-dessus du /, que l ’accroissement est également continu) : on a :
I*n
(Ia)ñ\ = JQ
(128)

On notera que la différence entre cette formule et celle donnée pour (Tà)^
(l’expression (126) où le facteur 1/z est remplacé par 1/S) réside dans le fait
que la constante l/d entre crochets est changée en 1/S. Le raisonnement effectué
ci-dessus rend ce résultat évident et permet de conclure, plus généralement,
que si l’on choisit k' et k" (avec k" multiple de k '), l’expression

(129)

représente une rente à paiement différé (ou bien à paiement anticipé si l’on
écrit Sic" au lieu de yV) pour chaque 1/ k ” d’année, et croissante pour chaque
l/k' d’année. Par exemple, pour £' = 3 et k " = 12, on obtient une rente
mensuelle dont les quatre premières annuités mensuelles sont llk'k" = 1 / 3 - 1 2
= 1/36, les quatre suivantes sont 2/36, les quatre suivantes 3/36, et ainsi de
suite. En effet, si l’on emploie un capital unitaire on peut recevoir au début
de chaque Æ'-ième d’année un intérêt dw et en déposant celui-ci, on recevra
à la fin de chaque &"-ième d’année le montant d& • h" = Sa/ * h* l(k'k") etc.
Il est évident enfin que toute rente dont les annuités Ri, R 2 Rn varient en
progression arithmétique (on pourra les écrire par conséquent sous la forme
R + D, R + 2D,..., R + nD avec D = R% — Ri et R = Ri — D), est une
combinaison d’une rente constante d’annuités R et d’une rente croissant
en progression naturelle dont le premier terme serait D, ce qui donne pour
valeur actuelle R • + D • (/a)^ (et de même pour les rentes anticipées,
fractionnées, etc.). Ceci vaut indifféremment pour des rentes croissantes ou
décroissantes (avec D positif ou négatif); en substance, si R + hD finit par
devenir négatif, cela n’a pas d’importance, mais il vaut mieux éviter ce cas
si l’on veut parler de « rente » sans aller à l’encontre de l ’usage courant du
terme.
Nous conclurons en remarquant que l’on peut traiter de la même façon
tous les cas où la rente varie plus généralement comme le carré, le cube, une
expression polynomiale quelconque de la suite des nombres. De tels cas
pourront être traités à titre d’exercice (voir fin de chapitre).
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 127

32. — Rente en progression géométrique

Considérons maintenant l ’autre cas remarquable de rente à termes variables :


celui où les termes R i, Rz,..., Rn constituent une progression géométrique.
Si l ’on désigne par R = R i le premier terme, et q la raison, nous avons
R 2 = R q 5 R z = R q 2,---, R n = R q n~1-
La valeur actuelle est donnée par

Rv + Rqv2 + R q v '3 + • • • + R q ^ v 1 = ito[l + (qv) -f (qv)2 +


+ ••• + (?»)”-1]

l Ron (si qv = 1). (130)

En fait, nous sommes encore en présence d ’une progression géométrique,


mais de raison (<qv) au lieu de v. Pour la rente anticipée, il suffit d’omettre le
facteur v et l ’on procède de même pour toutes les modifications habituelles
que l’on effectue quand on veut passer au cas où les termes ci-dessus sont
fractionnés en fc-ièmes, ou payés de façon continue et uniforme chaque année.
On distingue également ici le cas où les annuités fractionnées varient elles-
mêmes en progression géométrique. Bornons-nous à considérer le cas continu,
avec <p(t) = qt ; la valeur actuelle est donnée par
(*n rn
tln(qv)
àt =
nln(qv)
-D = (go)"— 1 (131)
i o ^ ' = io ln (qv) (e ln (qv)

Si l ’on veut étudier sa variation pour n -» oo, il faut distinguer deux cas :
si qv < 1 (ou bien si q < 1 + /), la série est convergente et la somme, c’est-
à-dire la valeur de la rente perpétuelle, est :

Rv
(132)
1 — qv9

si par contre qv ^ 1 (ou bien si q ^ 1 + /), la série est divergente et la rente


perpétuelle, ayant une valeur infinie, n’a pas de sens. Dans ce dernier cas,
en effet, chacun des termes individuels a une valeur actuelle égale au premier
terme (si q = 1 + i) ou supérieure au premier terme (si q > 1 + i).
128 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

33. — Les opérations de rente dans leur aspect dynamique

Considérons maintenant les opérations de rente dans leur aspect dynamique


et étudions par conséquent l ’évolution des montants, de la valeur résiduelle,
de l ’usufruit et de la nue-propriété au cours de l ’opération. Nous examinerons
maintenant quatre variantes : une rente annuelle d ’annuités R et de durée n,
soit anticipée, soit différée, et ayant pour contrepartie un montant S payable
soit au début soit à la fin de l ’opération (en t = 0 ou t = n).
Il est intéressant d’étudier M{t) et les autres fonctions à des instants t pris
au cours de la durée de l ’opération (0 < t < n). La façon la plus commode
de représenter t est t = r + h, où r est un nombre entier et h est compris entre 0
et 1, soit plus précisément avec 0 ^ h < 1 dans le cas d ’une rente différée,
et par contre avec 0 < h < 1 dans le cas d ’une rente anticipée, pour lequel
il est plus pratique d’ailleurs d’écrire / = (r + 1) — (1 — h). Dans le premier
cas, on a en effet M(t) = M(r) • e$h, alors que dans le second cas M (t) =
M(r + 1) e- ^ 1- 7*). On obtient donc le montant à l’instant t en reportant à cet
instant le montant comprenant les annuités antérieures à /, soit M(r) dans le cas
d’une rente différée (l’annuité en t = r, ou « t = r — 0 » est alors incluse),
et M(r + 1) dans le cas d’une rente anticipée (et dans ce cas, l ’annuité en t = r,
ou « t = r + 0 » n’est pas incluse dans M(r)).
Considérons avant tout le cas d’une rente différée et d ’un paiement initial,
c’est-à-dire de l ’opération consistant à verser à l ’instant t = 0 un montant S
de façon à recevoir une rente différée annuelle à annuités constantes R (et
l’on aura S = R • a^); pour l ’autre partie contractante (c’est d ’ailleurs
la même chose, sinon que les signes sont inversés), l’opération consiste à
contracter une dette S à amortir avec n versements annuels en fin de période
de montant R = S/a^).
Pour calculer le montant M(t) à l’instant t = r + h, nous retenons que les
paiements déjà effectués sont ceux du capital S (plus précisément, paiement
— S) et des r premières annuités de la rente; nous avons par conséquent :
Mit) = (S — R-0Lr\) s6t = e6hM(r) (133)
avec M(r ) = {S — R • a^Xl + i)r = S(1 + i f — R-Sf]. (134)
La valeur résiduelle V(t) = eShV(r) vérifie nécessairement l ’égalité :
V{t) = M(t). Nous nous bornerons toutefois à utiliser la forme prospective
qui est ici la plus appropriée et nous tiendrons compte de ce que les paiements
futurs consistent en les « — r annuités de rente résiduelles :
V(r) = R ' On^ü, (1 3 5 )
ou bien
V(r) = R(am — ûr|)(l + i f ;
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 129
si on veut l’exprimer au moyen de S = R • on a respectivement :

V(r) = S S V(r) = S ( l - + ( 1 + i)r, (136)

et développant les calculs :

V(r) = j (1 — vn~r), ou S étant donné,

1 n~r n i •\ n~r i
m = s - r ^ i r = s •a + ~ en?)
1— V (1+0 ---- 1

Nous laisserons à titre d’exercice facile la vérification de l’identité de toutes


les différentes expressions données pour M{t) et V(t). Soulignons qu’il faut
avoir clairement à l’esprit les concepts qui permettent de les établir ou de
passer de l ’une à l’autre, pour permettre d ’utiliser la forme la plus appropriée
selon les cas sans avoir à faire un effort inutile de mémoire.
Déterminons maintenant dans le même cas, l’usufruit et la nue-propriété.
Pour l ’usufruit, en appliquant l’expression (100), c ’est-à-dire en faisant la
somme de l’usufruit de chacune des n — r annuités résiduelles venant à échéance
aux instants r = r + 1, r + 2,..., n, on a (avec t = r + h)

Ü {t) = E * S • R -(J e — h) - t ~ô'(k~h)


1
n —r n —r ”1

8R Q h f 1
tYjckvk - h Y f v k

8 - R - e dA[ ( / a ) ^

A
— h-an=n]
J

\ »-r , \
- — l3-(3+ "-T >1
$ d -fih
= °~ n r { (1 — h d) — [i + d(n — t ) ^ } (138)

= R ^ {(1 — h d) t ôh — [1 + d(n — 0] };

et Ür = ^ {1 — [1 + d(n — r)]vn~r }.

Le premier terme représente l ’usufruit de la rente perpétuelle et le deuxième


ce qu’il faut en déduire pour tenir compte de la cessation de l’opération à
l ’instant t = n. Le premier terme, ce qui est évident a priori, est une fonction
périodique (elle dépend seulement de /2, c’est-à-dire qu’elle reprend les mêmes
valeurs pour t = r + h, quelle que soit la valeur de l ’entier r), et l’on peut
aisément voir que le facteur (l — hd)e8h prend la valeur 1 pour h = 0 et h = 1,
et une valeur supérieure à 1 pour h compris entre 0 et 1. En laissant à titre
13 0 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

d ’exercice une discussion plus complète du problème, nous faisons remarquer


pour l ’instant que ce facteur peut s’écrire : (1 — hd)jQ-ôh, et donne le rapport
entre les ordonnées de l’exponentielle y = t ~ ôx et de la droite y = 1 — d • x
qui en est la sécante aux points d’abscisses x = 0 et x = 1 ; pour la conclusion
annoncée, il suffit de remarquer que la corde se trouve au-dessus de la courbe.
Pour la nue-propriété, compte tenu de Ü(t) + R (0 = V(t), nous obtenons

p(t) = m - 0(t)

= ^ ( e6h — e_<5(n_<)) — J J { (1 — h d) Q6h — [1 + d(n — 01 e-<,(w-i)}

= j j |^1 — | + As] Qôh — | — (n — 0 s j e _<5( 0 (139)

Ici aussi, le premier terme donne la nue-propriété pour une rente perpétuelle.
Il s’agit naturellement d ’une fonction périodique qui n ’est toutefois pas
continue (ce qui est clair étant donné sa signification), étant donné que le
facteur (1 — (S/d) + hS)eôh s’accroît de la valeur 1 — (S/d) prise pour h = 0 à
la valeur

(1 - (8/d) + S) e* = [1 — 8(1 - d)/d] (1 + 0 = (1 + 0 — 8 ■ i<l + i)ld


= 1 + i — 8/d = [1 — (8/d)] + i;
entre t = 1 et t = 0, on a un saut — i pour ce facteur et par conséquent un
saut — {R jiy = — R dans la variation de la nue-propriété (comme pour la
valeur résiduelle), c ’est-à-dire (comme on pouvait s’y attendre) dans la valeur
de l’annuité venant à échéance à cet instant. On peut passer aux formules
valables pour les trois autres cas de rente à l ’aide de modifications faciles.
Cas d’un paiement S au début (à l’instant t = 0) d’une rente annuelle R
anticipée (premier versement à l ’instant t = 0 : le même instant, mais consi­
déré postérieur à la clôture des comptes à l’instant t = 0 alors que le versement
de S est considéré comme antérieur). Dans ce cas, M(r) ne comprend pas le
paiement en t = r et l’on a

M(r) = (S — R ■ a^) (1 + i / = S • ( l + i)r — R • su, (140)

V(r) = R • Orë=r| = 4 ( l — vn~r) = 5 ^ 5 3 5 (141)


d

M {t) = Vit) - v ( r + l ) = e " • v ■* ( l — i / 1“1--1)

= e№ • j ( l — b""1- ' ) . (142)

On rappelle que ces expressions pour M(t) et V(t) sont valable pour t = r + h
avec h ^ 0 (si t est entier, nous devons donc écrire t = r + h avec r = t — 1
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 131

et h = 1) ; sauf lorsque t est entier (où une convention différente entre en jeu
concernant l’attribution du paiement en t ), on voit que M(t) a ici la même
expression que dans le cas précédent d ’une rente à paiement différé, si ce
n’est qu’il faut écrire n — 1 au lieu de n. Ceci, du reste, est évident (puisque
les annuités résiduelles sont les mêmes à l’exception de la dernière).
Il s’ensuit que la même conclusion est valable également pour £7(r)etP(i):les
mêmes formules que pour le cas précédent peuvent être utilisées, mais il faut
remplacer (n — t ) par {n — 1 — t). Pour la fonction O qui est continue, il n’y
a aucune restriction à apporter, même pour h = 0, alors que pour la fonction P,
il faut dans ce cas prendre les mêmes précautions que pour V (c’est-à-dire :
r = t — 1, h = 1).
Passons aux deux autres cas, de « constitution de capital », en commençant
par le cas des annuités anticipées. Il s’agit de payer n annuités anticipées de
montant R (par conséquent aux instants t = 0, 1, 2,..., n — 1) pour obtenir
un capital S au bout de n années) (à l’instant t — n). Nous devrons avoir
S = R • Sn\.
Comme dans le dernier cas précédent, M(r) n’inclut pas le paiement en t = r
Nous aurons donc

M(r) = R - ar-\ (1 + i f = R • ^ OT" — 1) = S S (143)


•Snl
V(r) = S • vn~r — R • ctn=î\ (144)
M(t) = V(t) = e~ôa~h) V(r + 1) (145)
(avec les mêmes remarques que le cas précédent).
Quant à l ’usufruit, celui qui correspond au paiement du capital S vaut,
à l’instant t, (8 • S • (n — t) • e_(5(w_i)) et l’on déduit de celui-ci l’usufruit delà
rente anticipée.
Dans le dernier cas, lorsqu’il s’agit de constituer un capital S au bout de
n années avec n annuités R différées (payables donc aux instants t = 1,2, 3,..., n)
nous aurons S = R • s^|, et

MO) = R • cir • (I + i f = R • s* = ^ (tTr — 1) = 5 ^ (146)


1 s ôi
V(r) = S • —R ■ (147)
M(/) = FO) = eôhV(r). (148)
Usufruit : comme dans le cas précédent, si ce n ’est que la rente est différée.
Nous l’écrirons cette fois sous sa forme développée (on effectuera les calculs
intermédiaires à titre d’exercice) :

0 0 ) = R ^j { [1 + dv~\n — /)] — (1 — h d)e6h}. (149)


1 32 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

34. — Cas de rentes constantes fractionnées ou continues

Ce que nous avons dit au dernier paragraphe (n° 33) au sujet de rentes
constantes payables par annuités annuelles peut s’étendre sans difficultés
au cas de rente fractionnée (annuité R/k payable pour chaque Æ-ième d ’année
de façon anticipée ou retardée), et (en passant à la limite pour k tendant
vers l’infini) au cas de la rente continue (flux = R (année)-1 ou R/an).
On pourrait dire pour les rentes fractionnées qu’il n’y a pas de nouveau
problème, et qu’il suffit de revenir au cas précédent en prenant comme temps
unitaire le A;-ième d ’année (et par conséquent en prenant tous les temps et
durées sur cette base, c’est-à-dire en multipliant par k les grandeurs, telles
que n, /, r, h, jusqu’ici indiquées en années) et en prenant comme annuité R/k
au lieu de R et comme taux d’intérêt (retardé ou anticipé) h = (1 + ï)1,k — 1
et die = ijcl 1 + ik) au lieu de i et de d = i/( 1 + /). Mais les conclusions aux­
quelles on peut parvenir directement sont plus simples et plus signifi­
catives.
Il suffit en effet de remarquer que lorsqu’intervient le facteur R/i (ou bien R/d
pour une rente anticipée), on ne fait, en remplaçant R par R/k et i par h (ou
bien d par dk), que remplacer R/i par R/jk (ou R/d par R/8k) comme nous
l’avons déjà indiqué au n° 30 (avec jk = kik, 8k = kdk). Lorsqu’intervient,
par contre, le facteur d’escompte vt, il n ’est pas nécessaire de changer quoi
que ce soit, étant donné que Vk = 1 — dk = 1/(1 + ik) n’est autre que v1!10,
de telle sorte que = vl lui-même.
Par conséquent, toutes les formules pour t = r = un entier, exprimées en
fonction de R, restent inchangées pourvu que l’on substitue à R/i ou R/d,
R/jk ou R/8k respectivement. Ces formules restent d’ailleurs valables, même
si t, sans être entier, est un nombre entier de &-ièmes. Si t n’est pas un multiple
de l//c, on pourra poser t = r + h avec r = multiple de 1/k et h compris
entre 0 et 1/k (à l’exclusion de \/k si la rente est différée, et à l’exclusion de 0 si
elle est anticipée) ; le facteur correcteur dépendant de h sera déterminé comme
dans le cas d ’annuités annuelles.
Quant aux formules exprimées au moyen de S pour t = r = un entier, celles-
ci restent valables sans changement dans le cas d’une rente fractionnée (étant
donné que S contient déjà le facteur correcteur), et sont valables également
pour t = multiple de 1/k. Pour les autres valeurs de t, même raisonnement
que ci-dessus.
Si l’on considère le cas d’une rente continue, il est clair que les for­
mules données pour t = un entier restent valables pour t quelconque,
et il suffit de remplacer R/i (ou R/d, en laissant ici de côté toute distinc­
tion) par R/8.
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 133

Nous aurons donc dans le cas d ’une rente continue de flux R/an pour n années,
contre paiement initial S = R( 1 — e~ôn)/8 :

M it) = V it) = f ( l — Q~m ~ty) (0 < t < ri), (150)

£7(0 = £ {1 - [1 + 8(n - 0] e~ÿ(n~l>} , (151)

P it) = V it) — U it) = R - in — 0 • e~ô(n~l). (152)

Et dans le cas où l’on constitue un capital S (S = R (tSn — 1)/S) au bout


de n années au moyen d’une rente continue :

M it) = V it) = * i e 6t - 1), (153)

Dit) = | {[e“tfre + S • (n — 01 e* - 1}, (154)

Fit) = ^ [1 — eT6n — S • (n — 0] e5i


= S • Q~ôin~t) — R ■i„ — t) ■ e6t. (155)

Le calcul (ou la vérification) de ces formules peut se faire directement et sans


difficultés. Pour calculer V(t) et Ü(t) dans le dernier cas, par exemple, il suffit
d ’intégrer :

Vit) = J o R e (t~T) dr = R e* eTât dr


, -ôt
= R ed<[— eTôr/8]o = R etfi

= |( e tf<— 1), C .Q .F .D . (156)

et £7(0 = £ S • F(t) • <T6(r~l) • dr = £ s | (edr — 1) e-<5Te6t dr

= R e6t (1 — e~6r) dr = R e*[r + e_c5r/S] ?


= R t \ n — t + (ri~ôn — e- ii)/S]

= | {[e- ^ + S- i n — t)]e ât — 1}, C .Q . F .D . (157)

Nous remarquons enfin que l’on peut étudier la rente de durée infinie dans
le cas d’un versement initial (S = R/i ou S = R/d ou S = R/jk ou S = R/8jc,
134 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

ou S = R/8 selon les modalités habituelles), en faisant des remarques quant


à la convergence conformément au développement du n° 30; dans le cas d’une
constitution de capital, par contre, la condition ne serait pas satisfaite et, du
reste, deviendrait une opération absurde si l ’on passait à la limite (versement
perpétuel d ’une rente pour constituer un capital que l’on n ’encaissera
jamais).
Dans le cas d ’une rente perpétuelle, tous les problèmes deviennent d ’ailleurs
d’une extrême simplicité. Le montant et la valeur actuelle, dans le cas de verse­
ments annuels, varient entre R/i et R/d = R/i + R dans l’intervalle s’écoulant
entre deux paiements successifs, et l’on a entre-temps M(h) = V(h) = ç8hR/i
avec h = la durée écoulée depuis la dernière échéance (aucune différence
entre rente anticipée et rente différée, si ce n ’est que l ’on prend R/i ou R/d
à l’instant de l’échéance — f = 0 ou i = 1 — où l’on a une discontinuité).
De la même façon, dans le cas d ’une rente fractionnée, on a M(h) = VQï)
= eShR/jk (en prenant h comme ci-dessus; ici il varie entre 0 et \/k au lieu de
0 et 1) valeur qui varie de R/jk à R/8k = R/jk + R/k. Dans le cas d’une rente
continue enfin, on a évidemment une valeur constante M (t) = V(t) = R/8.
L’usufruit, dans le cas d ’une rente perpétuelle continue constante, est égal
à la valeur V(t) et la nue-propriété est nulle (comme on aurait pu le déduire
intuitivement de la définition même des termes); il est donc clair que dans le
cas d’une rente annuelle et fractionnée, la nue-propriété ne constituera qu’une
somme assez faible due aux échéances, et l’usufruit demeurera à peu près
constant. En effet, nous avions déjà remarqué incidemment au n° 33 que la
nue-propriété vaut (dans le cas d’une rente annuelle)

qui croît d’environ — R/2 à environ + R/2 dans l’intervalle entre deux éché­
ances successives, alors que l ’usufruit varie de façon continue (en restant évi­
demment dans l’intervalle 8R/i < ÜQi) < 8R/d). De même, dans le cas d’une
rente fractionnée : PQi) est donnée par la même formule, si ce n’est qu’il
faut remplacer i et d par jk et 8k9 et croît environ entre — R/2k et + R/2k
dans tout intervalle entre deux échéances R/k successives.

35. — Rente en progression arithmétique et géométrique

Les mêmes remarques s’appliquent, en ce qui concerne l ’aspect dynamique


du problème, à n’importe quel autre cas de rente non constante. Dans le cas
général, c’est-à-dire de rentes à annuités R±, R 2 9.~9 Rn (pour fixer les idées,
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 135
il s’agit d’annuités annuelles différées payées en échange d’un versement
initial S(S = Riv + R 2V2 + • • • + R nvn), nous aurons

M{t) = Sv~l — — R2v2~l ------------ R rV^

{t = r + h, r = entier, 0 < h < 1) (158)

V(t) = JRr+1u<r+1)_i + Rr+2ü(r+2)_i H------ + Rnvn^ (159)


71
£7(0 = £ * S - R k - { k — t)- vk~ \
T+1
n
Pit) = Y * Rk[l — S(k — t)]vk- \ (160)
r+1

Si les annuités Rjc sont en progression arithmétique — cas envisagé au


n° 31 — nous pourrons poser jRfc = R + kD (D = R 2 — Ru R = R i — D)
et nous référer par conséquent à une rente constante d’annuités R et une rente
en « progression naturelle » d’annuités D , 2D, 3D,..., nD, ou bien, en effectuant
une décomposition analogue à partir de l ’annuité {r + l)-ième, en une rente
constante d’annuités Rr et une rente en progression naturelle d ’annuités D,
2D,..., (in — r)D, au cours des (r + l)-ième, (r + 2)-ième,..., w-ième années.
Nous aurons par conséquent

Mit) = Vit) = eâhVir); (161)

F(r) = RTQn=ri + D • (7a)»=^ = (i? + rD)0n=j\ + Dila)n=^

= 1 [* + ( r + s H “ 7 \_R + ( " +
n
Oir) = 3 • I*CR + kD )ik — r ) / _r
r+1
n
= S- I f c [ — rR + kiR — rD) + k 2D]vk^ . (162)
r+1

Comme on pourra le voir au titre des exercices, on peut également se ramener


pour cette somme (termes en k 2vk) — en employant le même raisonnement
que pour le cas kvk que nous avons rencontré pour (/a)w| — à l ’hypothèse
d’une progression géométrique. Il en est ainsi quel que soit kNvk (ce qui peut
être intéressant, étant donné que l ’usufruit d ’une rente dont les annuités
varient comme kN s’exprime au moyen d’une rente contenant des termes
du type kN+1).
136 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Si la durée est infinie, nous aurons :

W = i [ * + (r + i)i>]

0(f) = 8 • (R + rD) mvm + 8 • D m vm


o o

= m + r D )! , + M i + f
a a

= + D(\ + ®)J + 3 ? . (163)

Si les annuités Rie sont en progression géométrique — cas que nous avons
considéré au n° 32 — nous pourrons poser Rk = R • qk~ \ R = R i , q = Rz/Ri)
et nous aurons

V(t) = Y k R - q ^ - v ^
r+1
n+1
= —R V R ■------
Lk(vq) = — 0 >q)r+1 — (vq)
------------
qv r+i qv 1 — vq
r Rv f s.n - r \ ôh
= 9 r = ^ ( l “ (w?) ) e 5
k—r
U(r) = X*S • R - q \ k — r)v
r+ l

= 8Rqr l (k — r f v q f ^
r+ l

= SR<f 1 .1 ~ i ( i — [ i + ( « — 0 0 — i » ) ] » n -r }• O 65)
(i — ? 0
On peut considérer le cas d’une rente perpétuelle si vq < 1, soit si q < 1 + /;
dans ce cas, seul subsiste le premier terme dans les expressions de V et Ü.
On pourrait traiter de façon analogue (et le lecteur pourra établir les for­
mules correspondantes à titre d ’exercice) le cas d’une constitution de capitaux
au moyen de rentes variables en progression arithmétique ou géométrique.
De même pour les rentes fractionnées. Le cas d ’une rente continue mérite
enfin d’être mentionné et développé étant donné sa simplicité.
Nous devrons considérer des flux de rente linéaires et exponentiels : on
obtient la généralisation du premier et du deuxième cas dans le domaine
continu au moyen des expressions suivantes :
<p(t) = R + Dt <p(t) = R cxt
(progression arithmétique) (progression géométrique)
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 137
Et nous aurons :

V(t) = I (R + Dr) e ô(z l) dr


- i.'
-ô(n—t) '
= + (i + + (n + ^ (166)

D (t) = S I (R + D t) (t — t ) e -l5(T_<> dr

= — //?[l — i 1 °] + ( R - tD) + J) - (« + e +

(167)

(besoins financiers et usufruit de la rente linéaire), et

m R eAT• e ô(r t] dr

R
e [1 — e ] (168)
(S -A )

c/(0 = s j R eAr(r — 0 e-<5(T-i) dr


H
8- R - é
{1 — [1 — (8 — A) (n — r)] e } (169)
(S — A)

(besoins financiers et usufruit de la rente exponentielle).

36. — Formation du montant de façon discontinue : annuités


constantes

Comme nous l’avons déjà dit (voir n° 25) le calcul des intérêts ne s’effectue
dans la pratique que de temps en temps. Examinons dans les mêmes conditions
la formation du montant pour les cas examinés au n° 32. Nous supposerons
tout d’abord que les intérêts sont calculés annuellement pour une rente différée.
Si nous nous référons au premier cas (rente différée R, paiement initial
S = R • a%|), et si nous écrivons pour plus de concision (comme il est d’usage
138 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

lorsque l ’on traite du domaine discret) M r au lieu de M(r), nous aurons :


Mo = S (paiement initial effectué à l ’instant t = 0);
Mi = Mo + ¿Mo — R (à l ’instant t = 1; l’on ajoute les intérêts et l’on
retranche R);
M2 = M i + zMi — R (à l’instant t = 2; l ’on ajoute les intérêts et l ’on
retranche R) ;
....................... et en général
M r = M r- 1 + z‘Mr_i — R (toujours la même signification), jusqu’à ce que

M n = 0.
Nous savons déjà que M r = R • a ^ . Ceci résulte d ’ailleurs également
— comme on pouvait le prévoir — des relations de récurrence ci-dessus.
Nous avons en effet Mo = S = R • . Nous avons alors
Mo + zMo = Mo • (1 + z) = R • aj^v-1 = R • a »¡,
et si nous retranchons R nous avons M i = R • a^nl ; de la même façon, on
démontre que M 2 = R • a n=% et ainsi de suite (par induction, c’est-à-dire
pour un entier après l’autre), jusqu’à obtenir M n~1 = R • a-fl = R • v, et
M n = 0.
La relation de récurrence mentionnée ci-dessus peut également s’écrire
sous une autre forme qui indique une décomposition des annuités de la rente
en deux parties :
R = (M r - 1 — M r) + iMr-i = Cr + Ir. (170)
L’interprétation est la suivante : le montant R payé par le débiteur à la fin
de l’année r-ième sert, pour une partie Ir = iMr- 1 — appelée part d’intérêts —
à payer l ’intérêt sur la dette résiduelle Mr_ 1 existant au début de l ’année,
et pour l ’autre partie Cr = R — Ir = Mr_ 1 — M r — appelée part de capitaux —
à rembourser une partie de cette dette dont la valeur résiduelle diminue et
passe de M r_ 1 à Mr.
On obtient alors un résultat simple et remarquable : dans le cas d ’une rente
constante les parts de capitaux Cr croissent en progression géométrique
de raison (1 + z). Nous avons en effet
M r = M r- i(l + z) — R
Mr + 1 = Mr(l -J- z) — R

et par différence:
Cr+1 = M r — M r+1 = (Mr-1 — Mr) ( l + 0 = Cr(l + z),
C. Q. F: D.
Par conséquent Cr = K( 1 + z)r, et il ne reste qu’à déterminer la valeur de
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 139
la constante K. Si nous considérons la dernière annuité, nous obtenons immé­
diatement Cn = M n- i — M n = Rv — 0 = Rv; par conséquent,
Cn = ^(1 + ï)n = Rv, K = Rvvn = Rvn+1;
et donc :
Cr = jRt)”+1(l + î f , soit Cr = Rvn+1~r. (171)
Il est clair que la valeur actuelle (à un instant t quelconque) des parts d ’in­
térêts futures correspondent à peu près à l’usufruit et celle des parts de capi­
taux à la nue-propriété; cet « à peu près » résulte du fait que, en adoptant
l’approche ci-dessus, on suppose que les intérêts sont venus à maturation d’un
seul coup à la fin de l’année au lieu de se former progressivement. Voyons
en quoi consiste la différence, en calculant « l’usufruit à intérêt annuel » U(t)
(sans barre au-dessus du U, car on réserve la notation £7(0 pour l’usufruit
exact, ou « à intérêt continu ») et de la même façon P(t) = V(t) — U(t). Nous
avons
Pr = Cr+lV + Cr+2V + Cr+zv3 + • • • + CnV
= Rvn~rv + Rvn^r~1v2 + • • • + Rvvn~^
= (n — r)Rvn^ +1 (172)
En effet, tous les facteurs que l ’on ajoute sont égaux, ce qui est logique
étant donné qu’ils sont produits par les annuités C en progression géomé­
trique de raison (1 + i) et par les facteurs d’escompte en progression géomé­
trique de raison v = 1/(1 + 0-
Nous avons donc

Pr = R(n — r)t/î~r+1 = ^ d(n — r)vn~r,

Fr = ^ ( l - 0

Ur = Vr — PT = {1 — [1 + d{n — r)]vn^ }. (173)

Pour obtenir la différence, nous écrirons également Ür (la fonction Ü(t)


donnée par t = r, h = 0);

0r = i f { 1 - [1 + d(n - >• (138)
Ceci est facile à vérifier; l ’usufruit et la nue-propriété peuvent être exprimés
de la même manière que dans les expressions (105); plus précisément

Ur = — i ^ > (174)

Pr = |.(/Fr). (175)
140 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On peut déduire de cela la relation simple liant Ur et Ür (c’est-à-dire Ü{t)


pour t = r).

Ur = ~ ü r. (176)

En effet, en rappelant que S = ln (1 + z), et par conséquent

d8 _ 1 _
dz 1+ z
on obtient :

TT - -dVr .dVr dS . dVr


Ur lw l l ) 8 d ï ~ ~ l V d8
(voir formule 105).

On se rappelle (voir formules 77) que le rapport d/8 vaut environ


1 — 8/2 ~ 1 — d/2 ~ 1 — il2,

c’est-à-dire est un peu inférieur à 1, par suite Ur est un peu inférieur à Ür.
Lorsque les annuités sont anticipées (le paiement initial est S = R • a%|)
la formation du montant est donnée de la même façon par :

Mo = S (paiement initial effectué à l’instant t = 0);


Mi = {Mo — R){ 1 + 0 (l’on retranche R à l’instant t = 0 et l ’on capitalise
le reste);
M 2 = {Mi — Æ)(l + 0 (l’on retranche R à l’instant t = 1 et l ’on capitalise
le reste);

M r = {Mr- i — R){ 1 + /) (toujours la même signification), jusqu’à ce que


l ’on obtienne :
M n = 0.
A titre d ’exercice, on appliquera ici le raisonnement développé à propos
du cas précédent. Notamment, on vérifiera à partir de la relation de récurrence
que M r = R • a ^ \ ; on remarquera en particulier que M n~1 = R (et en fait
comme on paie tout de suite après, en début de période n, la dernière annuité R ,
il reste alors R — R = 0, dont on déduit M n = 0 • (1 + /) = 0.
La décomposition de R en deux parties, fondée sur la relation de récurrence
donnée ci-dessus, prend donc la forme suivante :

R = {Mr- 1 — Mr) + d - M r (177)

En multipliant l ’expression (170) par v = 1/(1 + i), on obtient


vMr = M r- 1 — R> soit R = M r- 1 — vMr = M r- 1 — (1 — d)Mr.
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 141
On appelle également dans ce cas « part de capitaux » et « part d’intérêts »
les deux parties dans lesquelles R se trouve décomposé dans sa r-ième annuité.

Cr = Mr-1 — Mr, Ir = d - M r \ (178)

On notera cependant que la signification de Ir peut différer du fait que si R


est retardé Ir comprend l’intérêt retardé sur le montant au début de l’année
(iMr-i)9et si nous considérons maintenant R anticipé, nous devons en retrancher
immédiatement l’intérêt anticipé (par conséquent le taux est dot non /) calculé
sur le montant en fin d’année (sur M r et non M r- 1).
Dans ce cas également, les parts de capitaux croissent en progression géomé­
trique de raison (1 + i) (même démonstration que ci-dessus). Étant donné
que Cn = M n- i — M n = M n- i = R, nous avons cependant

Cr = Rv71^ .

Pour calculer Ur et Pr nous devons tenir compte du fait que l ’on ajoute
l’annuité venant à échéance en t = r, qui est la (r + l)-ième annuité puisque
les paiements sont anticipés; par conséquent

P r = C r+i + C r+ 2V + Cr+üv + • • • + C n v = (n — t)R v


Ri / x n -r
= -j(n -r)v .

En employant le même raisonnement que dans le cas précédent (et de la


même façon), on obtiendrait pour l’usufruit

Ur = Vr — P r = J { l — [1 + i (n — r)]

En passant au cas d’une constitution de capitaux, nous aurons :


avec des annuités différées : avec des annuités anticipées :
Mi = R M i = R( 1 + i)
M 2 = M i(l + /) + R M 2 = CMl + R){ 1 + i)

M r = M r- i(l + i) + R M r = {Mr-1 + R){ 1 + 0

Mn — S {S — R • s^j) Mn — S {S — R • 5?n).

On trouve ici encore une « décomposition » de R qui s’écrit dans les deux
cas :
r = (Mr — M r-1) — iMr-1 R = (Mr — M r-1) — dMr ;
142 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

les conséquences de cette formulation sont les mêmes que dans les deux cas
précédents (respectivement dans le cas d ’un paiement anticipé et d’un paiement
différé), si ce n’est que la part des intérêts est négative, et la part des capitaux
est donnée par l ’annuité R entière augmentée de la part des intérêts (considérée
en valeur absolue). Ici encore, Cr croît en progression géométrique de raison
(1 + i) et nous avons précisément dans les deux cas (comme on peut le voir
immédiatement en considérant la première annuité) :

Cr - R u~x Cr = R u~z.

37. — Formation du montant de façon discontinue : annuités


variables

Considérons maintenant, dans le cas des rentes en progression arithmétique


ou géométrique, le processus de formation du montant de façon discontinue
que nous avons analysé au n° 36 pour les rentes constantes.
Sans reprendre les explications correspondantes, écrivons à nouveau les
relations de récurrence que nous avons déjà rencontrées. Une seule variante :
les annuités de la rente au lieu d’être égales (R) sont différentes d’une année
à l ’autre (R&); écrivons les tableaux, en portant en regard les relations corres­
pondant aux deux cas :
rente différée : rente anticipée :
Mo = S Mo = S
M i = Mo + iMo — R i M i = (Mo — jRi)(1 + i)
M 2 = Mi + z'Mi — R 2 M 2 = (Mi — i?2)(l +0

Mr — Mr—1 iMr-1 — Rr Mr = (Mr-1 — R r) (1 0

Mn = 0 Mn = 0

(on a naturellement M n = 0 si l’on introduit un premier versement S = valeur


actuelle des n annuités, c’est-à-dire si l’opération est équilibrée).
On peut écrire l ’équation de récurrence en décomposant chaque annuité R r :

(rente différée) R r = (Mr-1 — Mr) + iM r-1 = Cr + Ir


avec Cr == JMr—i — Л/г? Ir = iM^r—
1
(rente anticipée) R r = (Mr-i — M r) + dMr = Cr + Ir
avec Cr = Mr-i — Mr, I r = dM r.
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 143

Les montants Cr ne sont plus nécessairement en progression géométrique,


mais le même raisonnement permet d ’établir de façon générale les relations
suivantes :
Cr+1 = Cr (1 + 0 + (Rr+1 — Rr)
cr+1 = (Cr + Ær+1 — Rr)( 1 + 0, (179)
dont il est intéressant de signaler l’interprétation : si Ton connaît Cr, la part
de capitaux pour l’année suivante est Cr(l + z) si l ’annuité ne change pas.
Si par contre elle change, toute l’augmentation (ou diminution) se reflète
sur la part de capitaux dans le cas d’une rente retardée (en effet, la part des
intérêts, qui est fonction du montant actuel, n’en est pas influencée) et dans
le cas anticipé, elle se reflète sur la part des capitaux multipliée par (1 + z),
car, dans ce cas, toute augmentation de A de la part de capitaux diminue de A
le montant final sur lequel on calcule la part d’intérêts; celle-ci diminue donc
de d • A, l ’annuité augmente de A — d • A = A /(l + z), et ceci explique le
rapport (1 -|- z) existant entre les augmentations (ou diminutions) des annuités
Rr et des Cr. Voyons maintenant le cas des rentes en progression arithmétique
ou géométrique.
Si i?*; = R + kD , la différence est constante (i^r+i — Rr = D), et par consé­
quent
Cr+1 = Cr( 1 + i ) + D (180)
Cr+i = (Cr + D ) ( l + z ) , (180')
dont on déduit
Cr = [R + (n + l/d)D]vn~r+1 — D /i (181)

dans le cas d’annuités différées, et


Cr = (R + nD)vn^ — D /d (181')
dans le cas d’annuités anticipées.
En effet, dans le premier cas, si nous ajoutons à Cr le terme constant D/i,
l’équation (181) est ramenée à l’équation (180), c ’est-à-dire que C'r = Cr + D/i
est de la forme K( 1 + z)r ; nous pouvons obtenir K par le raisonnement employé
à la fin du numéro 36, ce qui nous donne K = [v(R + nD) + D/i]vn. D elà
même façon, dans le deuxième cas, Cr = K (l + i)r — D /d avec K — (R + nD
+ D/d)vn obtenu à partir de la valeur de la zz-ième annuité.
Si Rjc = Rqfr-1, la différence est Ær+i — Rr = Rqr — Rqr“1 = R(q — 1)#r_1,
et par conséquent
Cr+1 = Cri 1 + 0 + R{q — I ) / “1 (182)
dans le cas d ’un paiement différé, et
Cr+ 1 = [Cr + R(q — 1 ) / _1](1 + 0 ( 182')
144 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

dans le cas anticipé, dont on déduit en développant les Ur,


n . n n+2
Riq v
Cr = (1 8 3 )
1 — vq
n . n n+1
q(l — vq) }
Riq v
Cr = (183')
1 — vq q( i —n ) J
En effet, dans le premier cas, si l’on ajoute aux Cr les termes en progression
géométrique v[R(q — \)qr]/q(l — vq) l’équation (183) est ramenée à l’équation
(182), c’est-à-dire que C'r = Cr + terme de la forme K{ 1 + i)r, et l’on
pourra obtenir la valeur de K à partir de la valeur de la dernière annuité
R qn - *1 . v soit :
t>t/1 , .nTO R\Ç[ ---- 1) n n n- 1
« > + ') =*« '°
Par conséquent :
K = Riq%’ *‘n 1 - vq) CX
De la même façon dans le cas d’une rente en progression géométrique
anticipée, Cr = K( 1 + i)r — R{q — 1)qr/(qO — V(Ù)- déduit de la valeur
de la dernière annuité Rqn~1, K = Riqnvn+1/( 1 — vq).
Même dans le cas général, et par conséquent dans le cas particulier de rente
en progression arithmétique et géométrique, on considère habituellement
la valeur actuelle des parts de capitaux et des parts d’intérêts comme étant
respectivement la « nue-propriété à intérêt annuel » et « l’usufruit à intérêt
annuel », Pr et Ur.
Bornons-nous à calculer Ur pour des rentes différées dans les deux cas
d’une progression arithmétique et d’une progression géométrique. Nous
avons en général (dans le cas d’une rente différée) :

Ur = Zfc h vk~r = i Yuie Mjc-ivk r. (184)


r +1 r+1
Si
Rk — R + kD,
Mk- 1 = {R d + D)/i d + (Je — 1)D/i — [ ( R d + n d D + D)/i d]v n~\
-\æ k~r / t> 7 i r.x k-r,. , . D n jc-r R d + n dD + D w-r
Mjc-iv = (R d + D)v ¡i d + - (k — l ) v --------------- —--------- v
i id
R d + D + (r— l)dD k-r jc-r R d + n dD + D n-r
Xv + —(/c — r ) v -------------- —--------- v ,
id i id
C1) Ce résultat peut être également établi par un calcul direct en déterminant la dette résiduelle
k
après paiement du r-ième versement Vie = S h R •qk- 1+huh, qui est la somme des termes d ’une
1
progression géométrique de raison vq\ étant donné que h c+i = iVk on trouve immédiatement
l’expression de la part d’intérêt et l’on en déduit les annuités Ck+i. Voir les exercices en fin de
chapitre.
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 145

et en faisant la somme

ür = R d + D + j r ~ -l ) - d D (1 - P *" *) +^ {1 - [1 + ( i ! - r ) d y - r}
jRd “{* n dD -J- D n-
—v
id
Rd -j- 2D -J- (r — 1) dD 2Rd -J- 3D -|- (n -J- t— 1) dD^n—r
id id

Y (n — r)í;w-r ; (185)

si
r-1
* » = R ,‘ - \ M h-i = - N ) - '« •

donc
Jc-r R vq r/ .fc -r / vn - r + l -(k -r)-.
M k- IV = ------ — [(vq) — (vq) *q
1 — vq
et en faisant la somme

U, = ,M— 1vq L[iriiî


1
~ (p q T
— vq 1
„vq — _(vq)n-r+1 1 — q
-(n-r)
1— q 1

- + 1= 1 ^ . ^ \ (186)
1 — vq |_ 1 — vq 1— q J

38. — Amortissement ; plan d’amortissement


Il n’y a aucune différence entre les opérations de rente dont on a parlé
jusqu’ici et celles qu’on appelle « amortissements » : il s’agit simplement
d ’une dénomination différente que l ’on préfère employer dans les cas où le
montant initial S est donné (montant d ’un emprunt, d ’une dette, prix d ’un
objet acheté à crédit, etc.) et où l ’on détermine par rapport à S les verse­
ments R (ou annuités variables R i • • • R n) permettant d ’éteindre ou d ’amortir
cette dette en un certain nombre d ’années n, selon un certain taux d ’intérêt.
Lorsqu’on stipule une opération de ce genre (si elle est d ’importance assez
considérable) on établit généralement un plan, appelé «p lan d ’amortissement»,
qui fixe, pour chaque année, les données permettant de caractériser complè­
tement le déroulement de l ’opération. Il s’agit d’un tableau comprenant les
colonnes ou rubriques suivantes :
1 - année (r = 0, 1, 2, 3,..., n);
2 - dette résiduelle Vr ;
Finetiï. — Leçons de mathématiques financières 6
146 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

3 - dette éteinte (Vo — Vr)\ on peut omettre celle-ci, car la colonne (2)
suffit;
4 - annuités Rr : on peut omettre cette colonne quand Rr est constante,
et se borner à l’indiquer dans le titre;
5 - part de capitaux Cr;
6 - part d’intérêts Ir.

Nous avons entre ces diverses données les relations de récurrence indiquées
précédemment, et l’on peut élaborer le tableau en conséquence; on peut
également contrôler que M n = 0 (c’est-à-dire Ci + C2 + • • • + Cn = S).
Indiquons maintenant quelques cas simples et répandus d’amortissement.

1) Amortissement à annuités constantes différées (ou à la française).


C’est de très loin le plus répandu et le plus simple; et c’est d’ailleurs le cas
que nous avons déjà analysé de façon approfondie ci-dessus; nous n ’avons
pas grand-chose à ajouter à son sujet. Nous dirons simplement que l ’inverse
de dñ\ est parfois désigné par et est appelé « annuité d’amortissement »
(sous-entendu : de dette unitaire); cette valeur l/û^i = //( 1 — vn) est souvent
fournie : elle permet de calculer l ’annuité R = S/ajn = S • (l/a ^ ) en faisant
une multiplication au lieu d’une division. Nous mentionnons, par analogie,
que l ’on note souvent l’inverse de par o^ dans le même but, c’est-à-dire
I/Sñ[ = i/(v~n — 1) = ivn¡( 1 — vn) ; relation entre les deux inverses que l’on véri­
fie en faisant la différence //(1 — vn) — ivn/( 1 — vn) = (i — ivn)/( 1 — v11) = i.
II est bon d’en noter la signification : si je verse 1/s ^ , je peux avoir 1 à la fin de n
années, et pour obtenir 1 immédiatement, il suffit que je paie en plus l’intérêt i.

2) Amortissement à annuités constantes anticipées (ou à Vallemande).


Nous avons aussi parlé quelque peu de ce cas, qui est très semblable au précé­
dent. Il peut sembler étrange de contracter une dette S pour rembourser
immédiatement la première annuité R; on pourrait penser qu’il vaudrait
mieux contracter une dette S — R, et payer des annuités différées. Cependant,
la dette S ne représente pas nécessairement le fait d’avoir reçu un montant S
en espèces : S peut être le prix d’une marchandise déjà reçue, le montant
d’un remboursement ou une autre charge financière supportée ou imposée,
et l’on se rend compte alors que l ’apparence de complication inutile de l ’opé­
ration s’efface (au contraire, il devient même naturel que l ’on paie immédia­
tement la première annuité : souvent même, celle-ci doit être supérieure à
une annuité normale, et représenter la moitié de la dette, par exemple).

3) Amortissement à remboursement unique.


Dans ce cas on paye, chaque année, seulement les intérêts iS sur la dette S,
et l ’on rembourse la totalité de la dette à la fin des n années; on a donc Ir = iS,
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 147
Cr = 0 sauf Cn = S, Rr = iS sauf R n = (1 + i)S; M r = 5, Ur = z5ctn=r|,
Pr = 5(1 — iOin=r\) = Svn~r; c ’est un cas banal, où la terminologie de l’amortis­
sement est peu justifiée, sauf si l’on veut en donner un exemple limite.

4) Amortissement à parts de capitaux constantes.


Si les n parts de capitaux doivent être égales, leur montant est Cr = S/n;
la dette éteinte au bout de r années est (r/«)5, et la dette résiduelle

donc la part d’intérêts est


Y n— r+ 1
Ir = iMr—i = --------------z5
n
et l’annuité est
Rr = CV -j- Ir = [1 i(jt — r -j" l)]S/n = R -j-
où l’on pose
R = [z + (1 + i)/n]S et D = — iS/n.

Il en résulte que l’on a ici affaire à un cas particulier d ’annuités en progres­


sion arithmétique décroissante, cas déjà traité. Il est bon de noter cependant
que, inversement, tout cas présentant des annuités en progression arithmé­
tique peut s’interpréter comme une combinaison d ’un cas à annuités cons­
tantes avec un cas à parts de capitaux constantes : si la différence est D , et si
l’on suppose que la part S' = —nD/i de la dette initiale s’amortit à parts de
capitaux constantes, et la partie restante S" = S — 5', à annuités constantes,
on obtient alors la progression R + rD désirée. Il se peut naturellement que
5' ou 5" soient négatifs (ce qui n’enlève rien à l ’interprétation formelle) :
plus précisément, 5' est négatif si D est positif (si les annuités sont en
progression croissante) et 5" est négatif si D est négatif, et sa valeur absolue
est supérieure à iS/n (valeur obtenue dans le cas de parts de capitaux cons­
tantes); on en conclut donc (ce qui était logique) que 5' et S" sont tous
deux positifs si et seulement si les annuités décroissent moins rapidement
que dans le cas que nous avons considéré jusqu’à présent. D ’où une justifi­
cation directe de ce que, dans le cas de rentes en progression arithmétique,
les « parts de capitaux » peuvent toujours s’exprimer comme une combinaison
d ’une constante et d ’une suite en progression géométrique de raison (1 + z).

5) Amortissement ci deux taux {ou à Vanglaise).


Ce cas n’est mentionné ici qu’à titre de simple information; nous traiterons
des opérations à deux taux (qui sortent du cadre des hypothèses du présent
148 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

chapitre) dans le chapitre VI, et nous analyserons alors, également, ce système


d’amortissement.
Nous pouvons en donner ici une illustration dans le cas banal où les deux
taux coïncident. On est ramené alors au cas (1), ou système français, avec des
annuités S/cin\ ; mais nous avons vu que *S/a^ = S / + iS9et nous pouvons
donc décomposer l’opération comme suit : constitution, au moyen des annuités
S/a^ du montant S à restituer au bout de n années, paiement — entre-temps —
de l’intérêt iS sur la dette qui reste toujours inchangée. On serait effectivement
dans le cas des « deux taux » si au lieu de iS9 l ’intérêt sur S était i'S(i' ^ U
i = taux sur la base duquel l ’on calcule Sn\)-

39. — Évaluation selon un taux quelconque ; taux d’évaluation

Jusqu’ici, nous avons considéré uniquement le cas où chaque évaluation


est effectuée en appliquant le taux d’intérêt en fonction duquel l ’opération
est supposée avoir été stipulée initialement; rien n ’empêche naturellement
d’évaluer à un instant quelconque les engagements futurs, en employant
un taux d ’intérêt quelconque. Si, en effet, nous voulons voir s’il convient
de faire une nouvelle opération consistant à payer ou à accepter à un certain
moment un certain montant comme solde de l ’opération, en échange de
tous les paiements qui restent à effectuer ou à recevoir dans l ’avenir selon
les modalités prévues, cet examen sera fait sur la base d ’un taux d ’intérêt
choisi selon les circonstances actuelles, et il n ’y a aucune raison pour que
celui-ci coïncide avec le taux d ’intérêt de l’opération, étant fixé à un moment
différent ou dans des circonstances différentes. Il se peut qu’entre-temps
le taux de revenu des investissements ait changé ainsi que le taux d’intérêt
en vigueur sur le marché; nous pourrions vouloir nous écarter dans un sens
ou dans l’autre du taux en vigueur sur le marché selon que nous souhaitons
réaliser ou investir des fonds; enfin le résidu d’une opération qui, à l ’origine,
pouvait être à long terme et d’une envergure considérable, peut se trouver
réduit à une opération à court terme et de petite envergure.
De toute façon, sans nous arrêter plus longtemps sur ces aspects écono­
miques que nous n’avons mentionnés que pour éclairer le sens de nos pro­
blèmes, revenons à notre sujet d’étude : si l ’on veut annuler ou modifier au
moyen d’une nouvelle opération ce qui reste à accomplir d ’une opération
en cours, le taux d’intérêt que l’on emploiera pourra être un taux quelconque i*
que nous appellerons taux d'évaluation et qui est en général différent du taux i
pris pour base à l’origine de l ’opération. Ainsi, on pourra se fonder sur un
taux i* quelconque pour une évaluation des engagements, c’est-à-dire pour
les exprimer (par exemple dans un bilan) indépendamment de toute opération
nouvelle éventuelle. L’introduction de ce nouveau taux /* ne veut pas dire
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 149
que Гоп cherche à se situer hors du domaine des opérations considérées :
en effet, il ne s’agit pas là d’une opération à deux taux, mais simplement d’une
évaluation faite sur la base d ’un taux unique z* pour les paiements futurs
prévus. Que ceux-ci, à l ’origine, correspondent à une opération utilisant
pour ses calculs un taux z n’est désormais pas pertinent.
Si l’on considère des annuités futures d ’une rente à annuités constantes R
(ou bien variables Rie) avec éventuellement un paiement final S, ou un autre
ensemble de paiements futurs quelconques, il n ’y a rien à modifier dans les
formules ou les explications précédentes sinon qu’il faut prendre z* au Heu
de z (ainsi que v% (x) d*, S*,... correspondants, au lieu de v, z/, S,...) et l’on
pourrait même indiquer toujours par z la nouvelle valeur sans autre compli­
cation, sinon que parfois il est opportun de garder des expressions de rela­
tions établies à l ’origine dans lesquelles z est le taux initial.
Lorsqu’on a affaire simultanément à plus d ’un taux d ’intérêt et qu’il n ’est
par conséquent pas possible de le sous-entendre en désignant une rente par
(même chose pour les grandeurs analogues), on indique habituellement le
taux à côté du symbole en écrivant par exemple Plus simplement, si nous
avons à considérer les taux z et z* (et éventuellement /",.••)> nous écrirons ащ,
а*ц, a'n|, a"n| pour désigner a^t, ащг*, a ^ i, аЦъ". Il faut cependant faire une
remarque à propos de la signification à donner à U*(t) et P*(t), car sans cette
précision il pourrait y avoir une ambiguïté : on doit comprendre que la divi­
sion des annuités en « parts de capitaux » et « parts d ’intérêts », Rie = Cjc +
Ik , reste telle qu’elle a été établie à l ’origine sur la base du taux z (et elle
n ’est pas modifiée comme elle le serait si l ’on calculait à nouveau la décom­
position sur la base de l’intérêt z**).
Ceci posé, un raisonnement élégant nous conduit immédiatement à la for­
mule de Makeham et par conséquent à l ’expression générale de l’usufruit
et de la nue-propriété avec un taux i* quelconque. Étant donné que
RjC = Clc + Ile,
Te—T
Vr = 2 Rkvk^ = S C*; Vr* = S Jttvi
V* ,
k-r
P? = 2 Cuvï*, U f = 2 Ikv l (187)

(les sommes vont toutes de k = r + 1 à k = n) et nous avons évidemment

V f = P f + U*; (188)
et de plus
Vr = P f + U fi* /i

(189)

0 Étant donné que v est presque toujours affecté d’un exposant et qu’il serait peu clair d’écrire
par exemple u*n, v * n~T, etc., on préfère mettre l ’astérisque en indice au lieu de le mettre en exposant.
150 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

comme on peut le démontrer soit de façon analytique soit par un raisonnement


direct.
Pour une démonstration directe, il suffit de remarquer que si la valeur Vr
et les parts de capitaux successives Cic sont fixes les valeurs successives Vk
restent inchangées, et si nous leur appliquons le taux z* au lieu de z, en obte­
nant ainsi des parts d ’intérêts h i* /i au lieu de /*, l’opération se trouve équi­
librée sur la base du taux /*; donc la somme de P* et de U f multipliée par i*/i
nous donne Fr, C. Q. F. D. Pour une démonstration analytique on notera que

Vr— P* = lij kCic{\ — ) = X Cjci*(v* + v* + + ^*^”0


r +1 r+1

= Ï* {v*(Cr+l + • *• Cn) + V%(Cr+2 + + Cn) + • • • rCn }


= i* S V t - i v = (i* /i) S I k v î *

(au troisième passage : regrouper les facteurs en v ^ etc.; au quatrième et


cinquième passage remarquer que Cjc + Ck+i + • • • + Cn = Vk+i et que
iVk-i = h ).
On déduit immédiatement des deux relations (188) et (189) (I-II, et respec­
tivement I-II multiplié par z'/i*).

U* = — L - ( V ? - V r ) (190)
i — Z*

P* = - J — (i Vr - i* v f). (191)
Z— Z*

On appelle formule de Makeham la formule (191) sous sa forme (résolue


par rapport à F*) :

V f = i- = ^ P f + { v r = P f + (Vr - Pf). (192)


z* Z r

Il est bon de relever la signification analytico-géométrique de U* et P* :


si l ’on considère Vf comme fonction de z*, Uf est le rapport de croissance
de F* entre z et z*, multiplié par — z, et P f est le rapport de croissance du
produit i *Vf entre z et z*, où z est le taux qui sert de base pour la division
entre parts de capitaux et parts d’intérêts alors que i* est celui sur la base
duquel les deux éléments sont évalués.
Si z* = z les expressions données perdent leur signification en prenant la
forme indéterminée 0/0. Cependant, si l ’on passe à la limite, les rapports
de croissance deviennent les dérivées en /* = z et l’on retrouve ce que l ’on a
déjà dit au n° 36 (en particulier formules (174) et (175)).
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 151

Dans le cas d’annuités constantes P on a notamment

(193)

(194)

Si /* = i on peut vérifier immédiatement que l’on trouve Pr comme dérivée


pour x = i de la fonction — P(1 + x)~^n~r) (étant donné que P* en est le
rapport de croissance entre x = / et x = i *). Et nous avons

Pr = [R(n — f)(l + = R(n — r)vn~r+1.

Comme on le savait déjà (voir formule (178), n° 36), il en est de même


pour Ur (qui se déduit d’ailleurs de l ’équation P + U = V).

40. — Problèmes de rentes et d’amortissements; utilisation


des tables

Les raisonnements et les formules donnés dans le présent chapitre per­


mettent de résoudre plus ou moins directement les différents problèmes de
rentes ou d ’amortissements. Nous devons passer en revue les principaux types
de problèmes en donnant, lorsque c’est nécessaire, quelques indications complé­
mentaires au sujet de l’exécution des calculs et en particulier de l’utilisation
des tables.
1° Le problème de la détermination de la valeur actuelle ou finale, pour
une rente donnée (c’est-à-dire si l ’on a fixé la durée et l ’annuité P, ou bien si
cette dernière est variable, les annuités P i, P 2 ,..., Rn et en particulier P et D
ou respectivement P et q dans les cas P + rD et P#r_1), se trouve directement
résolu par les formules données pour chaque cas. On trouve directement
dans les tables (du moins pour les taux les plus communément utilisés) les
valeurs des rentes (habituellement différées ; dans ce cas, si l’on souhaite
obtenir an\ il suffit de prendre 1 + a«=n ; il faut faire attention au fait que l ’on
152 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

donne parfois les rentes anticipées et l ’on a alors inversement aц = a^+ïj — 1).
S’il n’y a pas de valeur déjà calculée pour les rentes, il n’est cependant pas
difficile de les calculer en partant des valeurs de vn (respectivement (1 + i)n).
Si ces puissances ne sont pas données, on sait qu’on peut les calculer au moyen
de logarithmes ou de la formule des puissances du binôme (Newton), etc.
(comme nous l’avons déjà indiqué au numéro 24). Si l ’on dispose d’une table
indiquant la valeur des rentes mais que n dépasse la durée maximum indiquée
dans les tables, on peut utilement se servir de la formule = a^j + vmañ=w\
(en prenant m = n durée maximum contenue dans la table, l ’on peut arriver
ainsi jusqu’à n = 2m et l ’on peut itérer le processus au-delà de cette valeur);
mais il est presque plus facile d ’utiliser l ’expression (1 — vn)/i après avoir
calculé éventuellement vn comme produit de vm par vn~m.
2° Le problème de la détermination des annuités, si l ’on se donne la durée
et la valeur actuelle ou finale, revient pratiquement au problème Io s’il s’agit
d’annuités constantes. Nous rappelons cependant que si l ’on trouve dans
les tables l/a^) au lieu de seulement, on doit faire une multiplication au
lieu d’une division et l ’on peut en déduire l/s^ = 1/a^-z (ou inversement
si la table donne 1/s^ au lieu de l/a^i).
S’il s’agit d ’annuités variables, on peut résoudre le problème de façon
largement arbitraire; le cas le plus simple et le plus usuel est celui d ’annuités
fixées d’avance à un coefficient Auprès qu’il faut déterminer (KR!i, KR' 2 ,... KR'n) ;
alors K est donné par K = S /S \ où S' est la valeur correspondant à R'r. Si
l ’on fixe d ’autres conditions, par exemple si l’on fixe D pour une rente crois­
sante ou décroissante en progression arithmétique, il se peut qu’il n’y ait pas
de solution (ou plus précisément que cette solution ne soit pas acceptable)
du fait que certaines annuités sont négatives; il faut donc faire attention
pour éviter une telle difficulté chaque fois que les problèmes sont posés de
façon moins naturelle que celle consistant à déterminer un coefficient de
proportionnalité K.
3° Le problème de détermination de la durée se pose lorsqu’on sait quel est
le montant annuel R (ou la suite R±, R 2 ,... R n) que l’on pense pouvoir destiner
à l ’amortissement d’une dette S donnée, ou mettre de côté pour constituer
un capital donné S (nécessaire par exemple pour un certain achat, pour entre­
prendre une certaine activité, etc.).
Dans le cas d ’annuités constantes, il est facile de résoudre les formules
par rapport à n en considérant pour fixer les idées le cas S = Raj^ ; mais cela
vaudrait également pour a, 5, s, ce qui nous donne :
ln (1 — Si/K)'
vn = 1 — Sil R, (195)
ln v ’

si l’on trouve n non entier, on pourra choisir de payer un peu plus que l’annuité
R désirée en prenant pour n un entier par défaut, ou bien de payer un peu moins
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 153

de cette valeur R mais pendant un an de plus (ou bien payer pour cette dernière
année un résidu convenablement déterminé de façon que les annuités précé­
dentes soient exactement R). On peut imaginer à volonté d’autres variantes.
Naturellement, si l’on dispose d ’une table donnant les valeurs il suffit de
s’y référer — sans aucun calcul — quand cette valeur devient supérieure à S JR.
Dans le cas de rentes variables (à l ’exception du cas d’une progression
géométrique, qui se ramène au cas précédent), il n ’est pratiquement pas
possible d ’exprimer explicitement n; le problème peut se résoudre en cher­
chant dans les tables ou en calculant les valeurs correspondant aux différents n
et en déterminant pour quelles durées on passe des valeurs par défaut à des
valeurs par excès.
4° Le prochain chapitre (chap. IV) sera consacré aux problèmes de la déter­
mination du taux d ’intérêt lorsqu’on fixe tous les éléments de l ’opération.
Même dans le cas le plus simple d ’une rente constante, la relation
S = Rv ( \ — vn) l ( \ — v)

conduit à une équation qui ne permet pas d’obtenir v de façon explicite.


Si l ’on dispose d ’une table établie pour de nombreux taux peu distants les
uns des autres, on peut également encadrer v entre deux valeurs bien déter­
minées. Et l’on peut donner une meilleure approximation du résultat au moyen
d’une interpolation, mais nous laisserons ce problème au prochain chapitre.

41. — Remarques sur les applications dans le domaine industriel

Nous nous bornerons à faire ici une remarque assez brève, afin d ’attirer
l ’attention sur l’importance des mathématiques financières, non seulement
dans le domaine des opérations financières en général, mais également pour
tous les problèmes de nature économique où interviennent des rentrées et
des sorties de fonds différées dans le temps.
En voici quelques exemples.
1° On considère une machine (ou un autre objet) qui doit être remplacé
toutes les n années. Soit C son prix initial (lorsqu’elle est neuve) et Z celui
que l’on peut récupérer à la fin de son utilisation (mise à la ferraille). On
constituera un fonds d ’amortissement à annuités R = S/ shj avec S = C — Z,
de façon à pouvoir accumuler jusqu’au moment du remplacement le montant
nécessaire C — Z.
2° Un nouveau modèle de machine produit Y unités d’un certain produit
par an; on peut l ’acheter à un prix C, elle a une durée de N années et exige
des dépenses annuelles R pour son fonctionnement (main-d’œuvre et entre­
tien); je possède une vieille machine qui peut fonctionner encore N' années
1 54 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

avec des frais d ’entretien R ' et produisant Y' unités, et je pourrai en retirer Z'
en la vendant à la ferraille. Comment déterminer quelle machine utiliser?
Avec la méthode du « coût unitaire », l’ancienne machine (en l’utilisant pour
la production) a, par rapport aux caractéristiques de la nouvelle machine,
la valeur suivante :

(196)

(parce que la nouvelle machine coûte annuellement C/a^ pour l ’amortissement


plus R; si l’on réduit au rapport Y'¡Y on obtient le coût par comparaison à
la production de l ’ancienne machine; en soustrayant les frais R' on obtient
entre crochets l’utilité annuelle, et la valeur actuelle de son prix pour N'
années est la valeur cherchée). Si C' est négatif, ou seulement inférieur à Z', il
convient sur le plan financier de remplacer la vieille machine par la nouvelle en
la vendant comme ferraille.
3° Quel est le « coût capitalisé » d ’une installation, si son coût est C et si
celle-ci est renouvelée intégralement dans les N ans? On prend la valeur
actuelle de tous ces paiements de C tous les N ans : celle-ci est donnée par la
rente perpétuelle d’annuités C et d ’intervalles N et qui est par conséquent
K = C/( 1 — v*).
4° Lequel des deux articles convient le mieux, si ceux-ci sont similaires
à tous les points de vue, mais de durées N' et N ", et de prix C' et C"? Il suffit
de comparer le coût par an, qui est respectivement C ' / a ^ et C"/ciw\ •
5° On investit un capital C dans une installation qui produira un revenu
annuel I à partir de la troisième année; quel est le taux de rendement? C’est
Iv2IC (en général : /ym/C, si m est le nombre d ’années de retard dans la pro­
duction de revenu).
6° Quelle est la valeur d ’un gisement produisant un revenu annuel I pour
N années? C’est I • ay\.
Nous avertissons le lecteur que les problèmes et les réponses ont été sim­
plifiés à l’extrême dans certains cas : si l ’on pouvait s’arrêter plus longtemps
sur ces différentes questions, on pourrait en généraliser les résultats obtenus,
perfectionner les solutions, approfondir les liens existant entre celles-ci
et des problèmes de nature économique qui sortent du cadre du présent cours.
EXERCICES SUR LE CHAPITRE m

1. Calculez la valeur du montant obtenu au bout de 8 ans, si l’on a versé


au début de l ’opération 2 560 F au taux d’intérêt i prenant les valeurs
suivantes : 3 %, 4 %, 5 %, 6 %, 6,5 %, 7 % (*).
2. Calculer le temps r nécessaire pour doubler une somme C capitalisée
avec un taux j : 2,5 %, 3 %, 3,5 %, 4 %, 4,5 %, 5 %, 8 %, 10 %.
3. Quel est le taux d’intérêt i nécessaire pour qu’un capital C puisse se dou­
bler en 10 ans?
4. Quel est le taux d ’escompte d nécessaire pour qu’un capital passe à 3/2
de sa valeur initiale en 5 ans?
5. Ayant versé à l ’instant t = 0 un capital de 10 000 F avec un taux d ’in­
térêt i = 5,5 %, on veut retirer le dépôt quand le montant aura pour valeur
12 000 F. Combien de temps (en années) faudra-t-il? (voir n° 24, (83)).
6. Une personne me prête 3 500 F sous condition que dans 4 ans je lui
restitue 5 000 F : quel est le taux d ’escompte avec lequel je contracte
cet emprunt?
7. On stipule un contrat selon lequel on doit verser 600 dans un an et 1 200
dans deux ans; combien devrai-je verser maintenant, dans un an, dans
deux ans, si je veux effectuer des paiements croissant respectivement
comme 1 : 1 , 5 : 2 avec un taux d ’escompte d = 0,08? (Cf. n° 25.)
8. On a un flux continu de paiements cp(t) = at {a donné) à variation linéaire
dans le temps. Calculer la valeur du montant à la fin de la troisième année,
en sachant que celui-ci vaut 50 à l ’instant t = 1 et que S = 0,03 année-1
(cf. n° 26).
9. Même exercice que le précédent pour un flux continu du type <p(t) = atn
(a est donné, n est un entier positif), avec les mêmes conditions initiales
et numériques. Étudier en particulier le cas n = 2 et n = 3.

C1) Nous désignerons les nombres correspondant au taux d ’intérêt et d ’escompte i et d indiffé­
remment sous forme de pourcentage ou de nombre décimal (par exemple i = 5 % ou i = 0,05,
pour habituer le lecteur à lire avec facilité les deux notations.
156 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

10. On a une suite de paiements Si = 55 à l ’instant r i = 2, S 2 = 90 à l ’ins­


tant T2 = 4 et S 3 = 200 à l ’instant r3 = 4,5. Quelle est la valeur de l’usu­
fruit (dans sa forme prospective) à l’instant r = 1,5 (le 30 juin de l ’année
antérieure à celle où l ’on commence à l ’instant r± = 2), en sachant que
l ’intensité instantanée S est 9 % année-1 ? (Cf. formule (100) du n° 27.)
11. Calculer la valeur de la nue-propriété avec les mêmes données et dans
les mêmes conditions qu’à l ’exercice précédent.
12. On a un flux continu de paiements obéissant à la loi <p(t) = a + b t 2au
cours d’une opération financière durant 10 ans. On demande la valeur
de l’usufruit à la fin de la cinquième année (t = 5, T = 10). Calculer la
valeur correspondante de la nue-propriété d ’après l’expression calculée
(cf. formules (93) et (105)).
Nous n ’avons pas donné explicitement la valeur de S parce que nous
considérons V comme étant fonction de 8 (en même temps que t)9
V = V(8, t), de façon à pouvoir utiliser les formules citées.
13. Considérant une rente perpétuelle différée à annuités constantes de valeur
250 et une rente perpétuelle différée retardée après la dixième année
de valeur 35, calculer la valeur de la rente correspondante retardée pour
10 ans.
14. Calculer la valeur finale d’une rente anticipée à annuités constantes pour
12 ans avec comme taux d’intérêt i = 0,012 5.
15. On donne une opération de rente à annuité constante différée et unitaire
de n = 16 ans avec pour facteur d ’escompte v = 0,972.
Quelle sera la valeur résiduelle de l ’opération au bout de 10 ans et
3 mois (t = r + h = 10 + 0,4)?
Calculer également l ’usufruit et la nue-propriété correspondant aux
valeurs données pour la rente.
16. Même exercice pour une rente anticipée.
17. On donne deux opérations de rentes distinctes. La première est une « Increa­
sing Annuity » différée unitaire commençant à l ’instant t = 0 et se termi­
nant h t = 10. La seconde étant une rente différée unitaire à annuités cons­
tantes commençant à l ’instant t = 3 et se terminant à l ’instant t = 12.
On demande la valeur du montant de l ’opération totale à l ’instant t = 7;
facteur d ’escompte v = 0,950.
18. On considère une « Increasing Annuity » de n termes
(v + 2v2 + 3vz + • • • + kvk + • • • + nvn),

et une opération similaire différée d ’un an, mais se terminant toujours à


l ’instant t = n; v2 + 2vs + 3v* + • • • + (k — \)vk + • • • + (n— 1 )vn9
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 157
une opération différée de deux ans, etc., et à la fin une opération différée de
n années (de valeur v) :

v + 2v2 + 3vS + 4 ü4 + 5v5 + • • • + kv° + • • • + ttvn


+ v2 + 2v3 + 3u4 + 4u5 + • • • + (k — 1) vk + • • • + {n — 1) vn
+ ü3 + 2ü4 + 3v5 + ••• + (k — 2) vk + • • • + (n — 2) vn
+ ..............................................................................................
+ ..................................................................................

i -a 2 , , 3 . 1A 4 , 1C 5 . k ( k + l ) Je . . 7 i(n + 1)
>+ 3f? + 6 v + I 0 v + I 5 v + • • • + -----' v + • • • + ---- -t

Le coefficient de vk sera k(Jc + l)/2 étant donné que celui-ci est la


somme des termes d ’une progression arithmétique :
la somme sera donc donnée par :

V * ( * + l)jt.
¿Je ----- ~------ V ,
1 ^
en multipliant tout par d = 1 — i?, on obtient :

1 ^
Y» k(k + 1) k y k(k + Î)v
^ ¿ J e ----- =------V — ¿Je -------- ~--------
1 Z i Z
, + 2) k(k + 1)”| ic+i h\n + i) n+1
- » + ! , [ ----------j -------------------- — J " --------- 2 v

= o+ £<* + 2î i +L>„'"> _
1 Z 1 Z

dont on déduit :

¿ k (k + l) t l,r . ln(n+ï) n
I» » - 3 (î »)a - 7 » •

A ce stade on demande par exemple de calculer la somme ^TA:2^ que


î
nous avons déjà vu apparaître dans l ’expression de l ’usufruit de la
« Increasing Annuity » (voir n° 35).
n
Il est important de noter que ^ k k N vk, où N est un entier quelconque,
x
158 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

peut se calculer d’une part par des raisonnements semblables à celui que
nous venons d’exposer, mais aussi en considérant les dérivées successives
n
de kvk.
1

19. Soient deux opérations de rente distinctes à flux continu de paiement <p(i).
La première consiste en une rente à accroissement linéaire où <p{t) = 2 • t,
et qui commence à l ’instant t = 0 et se termine à l ’instant T = 10; la
seconde consiste en une rente à flux constant de paiement cp(t) = 1 commen­
çant à l’instant t = 3 et se terminant à l ’instant T = 12.
On demande de calculer la valeur actuelle à l ’instant t = 1 de l ’opé­
ration consistant à considérer ensemble les deux rentes; v = 0,950 (voir
exercice 17).
20. Calculer l ’usufruit à l ’instant t = r + h = 5 + 0,4 d ’une rente différée
à annuité constante R = 50, commençant à t = 0 et se terminant à T = 11 ;
v = 0,92.
21. Retrouver par l ’exercice les formules (166), (167), (168), (169) de la valeur
résiduelle et de l’usufruit des rentes en progression arithmétique et géomé­
trique (aspect dynamique) données à la page 137.
22. On considère une opération de constitution d ’un capital S = 150 à annuité
anticipée constante R = S/srft d ’une durée de n = 5 ans, ayant pour facteur
d’escompte v = 0,96 ; calculer la valeur du montant k t = r + h = 2 + 0,3
(c’est-à-dire 2 ans et 4 mois après le début de l’opération).
23. On considère une rente à annuités en progression arithmétique, différée,
commençant à l ’instant t = 0 et se terminant à t = 6, à annuités R + kD
= 4 + kD (ik = 1, 2,..., 6), avec v = 0,975; calculer pour quelles valeurs
de D l ’usufruit à l’instant t = 3 a pour valeur t/(3) = 5.

24. Une rente anticipée à annuités variant en progression géométrique Rjc = qk~x
est stipulée sur la base d ’un taux d ’escompte d = 1,5 %. Elle commence
et se termine respectivement aux instants t = 0 et t = 10.
Calculer à l ’aide des équations (183') et (186) des pages 144 et 145 la
valeur de la nue-propriété à l’instant t = 5 (q = 2/3).

25. En se référant à l ’exercice 24 calculer à l ’instant t = 3 la valeur de la


troisième annuité décomposée en ses « part de capitaux » et « part
d’intérêts » respectivement.
26. Calculer le tableau d’un plan d’amortissement tel qu’il est indiqué au
début du n° 37 portant sur un amortissement à « parts de capitaux »
constantes (cas 4 du n° 37) avec paiement différé et S = 200, d’une durée
de 10 ans (n = 10) et ayant pour taux d’intérêt i = 0,037 5.
APPLICATIONS DE LA LOI EXPONENTIELLE 159
27. Un atelier possède un vieux tour produisant pour 3 500 francs par an,
mais qui ne pourra fonctionner encore que pendant 5 ans avec des dépenses
de main-d’œuvre de 500 F par an; si on le vend on peut en obtenir
1000 F. Cela convient-il mieux d ’en acheter un neuf produisant pour
4 500 F par an, avec des frais de main-d’œuvre de 450 F par an? Le
nouveau tour coûte 7 500 F et durera 20 ans (voir n° 41).

/
CHAPITRE IV

PROBLÈMES CONCERNANT
LA RECHERCHE D’UN TAUX

42. — Remarques préalables

La valeur W(t) d ’une opération financière donnée, c’est-à-dire de certains


paiements (positifs et négatifs) effectués à des instants bien déterminés est non
seulement une fonction de t (67) mais également, naturellement, de S (intensité
instantanée d’intérêt), de telle sorte que, si l ’on suppose S variable, on devrait
écrire W(t, S) plutôt que W(t). Si l ’on imagine alors que l ’on se réfère à un
instant t fixé d ’avance, par exemple au début ou à la fin de l ’opération donnée,
c’est-à-dire si l ’on suppose t = Cte, la valeur de l ’opération est fonction
d’une seule variable S, et, dans cette hypothèse, nous pouvons écrire simple­
ment W(S). Il est entendu qu’il est tout à fait équivalent, sauf pour certains
problèmes particuliers, de supposer que W au lieu d’être fonction de S est
fonction de v ou bien de i ou bien de d, en vertu de l ’identité donnée page 91.
Il y a deux ordres de problèmes pratiques qui peuvent nécessiter la résolution
de l ’équation W(S) = 0 avec S pour inconnue (ou une autre équation
équivalente en i ou v9 etc.) exprimant que l ’opération donnée est équilibrée.
Il se peut tout d ’abord que l ’on sache qu’une certaine opération financière
a été calculée sur la base d ’un certain taux d’intérêt, qui n ’est cependant pas
indiqué. Il s’agit alors de retrouver — en connaissant d’autres éléments de
l ’opération — quel était ce taux. Habituellement, les éléments connus sont le
montant et l ’échéance des differents paiements ; mais, éventuellement, il pourra
également s’agir d’éléments plus complexes (par exemple voir n° 47 — le
pourcentage de dette résiduelle après un certain nombre d’années).
Il se peut par contre que l ’on souhaite établir pour quel taux d’intérêt
une opération serait équilibrée, en se fondant sur des données hypothétiques,
ou sur des valeurs en vigueur sur le marché, etc. Ceci apparaît clairement
dans le cas d ’emprunts à obligations (voir chapitre V) : nous pouvons nous
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 161

demander à quel taux s’effectue l’investissement si l ’on achète un certain


type d ’obligations à leur/prix coté en Bourse, ou bien à un prix hypothétique
supérieur ou inférieur à celui-ci. On peut également se poser des questions
analogues à propos du prix d’évaluation d’un inventaire, et ainsi de suite.

43. — Nature mathématique du problème


On a vu que les problèmes considérés au numéro précédent conduisaient
à la détermination des racines réelles i1) d ’une équation f(x ) = 0 ou bien
encore f(x ) = k (k = terme connu) ou x désigne, selon les cas, 8 ou bien /,
v, etc. Il ne suffit pas uniquement d ’avoir une racine réelle. Il faut également
que soit vérifiée la propriété de décroissance (voir n° 23) qui se traduit par les
conditions suivantes :

x > 0 si x = S ou bien x = i;
0 < x < 1 si x = v; x > l si x = u = 1 + i.

Il se peut donc que le problème n ’ait pas de solution, en ait une ou plusieurs,
et il est facile de trouver des exemples où le problème a une ou plusieurs solu­
tions (l’existence des autres cas étant évidente) celles-ci étant fixées d’avance :
si l’on suppose que les échéances sont exprimées par des nombres entiers,
il suffit de rappeler comment on élabore une équation algébrique ayant des
racines données (voir le n° 6, p. 34 et l’exemple 1 du chapitre II p. 100).
Dans les cas pratiques les plus importants et les plus intéressants, il n ’existe
cependant qu’une solution acceptable et une seule. Commençons par rappeler
un cas déjà mentionné au chapitre précédent : si le capital initial C produit
au cours du temps t un montant M, avec quelle intensité instantanée d ’intérêt
a-t-il été utilisé? On déduit immédiatement de la relation M = Ce** (équivalent
dans le cas donné à l ’expression W(8) = 0), en calculant les logarithmes des
deux nombres :
In M — In C
8 = (197)
t ’
Dans ce cas, il existe donc toujours une solution et une seule, du moment
que l ’on a M > C (ce qui découle de la condition S > 0).
Si t est un nombre entier ny au lieu de M = C e8n, il serait bon d ’écrire
M = C( 1 + i)n ou bien C = M vn, ce qui nous donne donc :

i (198)

(L) Par la suite lorsque nous parlerons de racines, de solutions, etc., nous sous-entendrons tou­
jours « réelles ».
162 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

ou encore
c
V = (199)
M'
Les conditions i > 0 ou bien 0 < v < 1 se traduiraient toujours par Viné­
galité M > C, ce qui est évident.
Avant de s’arrêter aux raisons simples qui garantissent en tous cas l ’existence
et l ’unicité de la solution, quelles que soient les formules de résolution, il
est bon de s’attarder quelque peu sur le calcul numérique effectif des solutions.
Dans le cas de l’équation (197), les valeurs de ln M, ln C devront être cal­
culées, en général, au moyen d ’une interpolation linéaire, et il faut remarquer
que ces logarithmes sont calculés sur la base décimale, en utilisant la table
correspondante. Les valeurs trouvées pour logio M, logio C seront encore
multipliés par ln 10 = 2, 302 585 de façon à obtenir ln M et ln C; pour les
équations (198) et (199), nous remarquons tout de suite qu’elles auraient
un sens même pour t = n non entier, mais, dans ce cas, leur différence formelle
avec l’équation (197) n’aurait aucune conséquence pratique. Par contre,

si n est entier, on peut éviter défaire le calcul effectif de o u d e ^ i l ^ce


reviendrait au calcul précédent), si l ’on possède des tables financières donnant
les valeurs de (1 + ï)n ou de vn pour le nombre n d ’années et les valeurs de i
et v qui nous intéressent, avec une marge d’erreur assez petite (par exemple
pour i = 0,012 5 ; 0,015 0; 0,017 5 ;...). Dans ce cas, si l’on a (1 + î)n = M /C
et si l’on trouve deux valeurs f , telles que (1 + ï ) n < M/C, (1 + i")n > M /C ,
on peut calculer 1 + i (et par conséquent i) au moyen d’une interpolation.
On voit déjà, d’après ces exemples, que le calcul numérique de la solution
est bien autre chose que l’expression formelle de la solution, qui est pourtant
très simple dans les cas considérés. On comprend donc pourquoi, même
dans les cas les plus généraux, il y a toujours deux types de questions :
1° démontrer qu’il existe une solution de l’équation proposée vérifiant
les conditions données — et éventuellement que celle-ci est unique;
2° procéder au calcul numérique de la solution par une méthode donnant
l ’approximation souhaitée (et qui donne par conséquent une majoration
de l’erreur en vue d’évaluer l ’approximation obtenue).
Il est bon de noter immédiatement que la possibilité de procéder au calcul
numérique de la solution, tel qu’il est indiqué au point 2 ci-dessus, ne dépend
pas de l ’existence d ’une formule de résolution, et celle-ci n’est pas du tout
essentielle. De telles formules existaient dans les exemples précédents et
permettaient de résoudre simultanément les questions posées aux points 1
et 2; elles garantissaient donc pour M > C l’existence et l’unicité de la solu­
tion, et indiquaient d’autre part les calculs numériques à effectuer (dans
l ’hypothèse où l ’on connaît une méthode de calcul des logarithmes et des
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 163
racines w-ièmes des nombres réels). Cependant, il est important de remarquer,
comme nous l’avons fait dans le cas extrêmement simple de l’équation
M = C(1 + ï)n (n entier) où l’on a indiqué une méthode de calcul de la solu­
tion (interpolation par rapport à une table financière bien choisie), que celle-ci
ne tient aucun compte de la « formule de résolution », qui pourrait très bien
ne pas exister ou être inconnue. Cette situation n’est absolument pas excep­
tionnelle (et l ’exemple est même des moins significatifs) : en effet, il n’e­
xiste pas de « formule de résolution » (algébrique) pour les équations
algébriques ao + a\x + • • • + anx n = 0 dans le cas où n > 4 (sauf dans
des cas exceptionnels), et le calcul numérique des racines ne procède donc pas
d ’une formule de résolution quand n > 4. Mais, même pour n = 3, 4, les
méthodes numériques ne tiennent absolument pas compte des formules
de résolution, bien que celles-ci existent, car elles sont trop compliquées
pour être utilisées commodément dans la pratique. Ceci est valable même
pour les équations du second degré dont la formule de résolution, bien
connue et simple, peut cependant être moins commode que certaines autres
méthodes de calcul que nous allons rapidement illustrer dans ce chapitre.
Reprenons l’examen du point 1, et voyons quel critère simple garantit
l ’existence et l ’unicité de la solution des équations M = C eSt, M = C ( 1 + i)n,
C = M vn, dans l’hypothèse M > C.
Désignons par
m = k
l’une quelconque des trois équations, en posant :

dans le cas eôt =

S = x , ^ = k,f(x) = é x

dans le cas (1 + i)n =

1 + i = x, ^ = k , f ( x) = x n

dans le cas vn = — :
M

V = x, = k , f ( x) = Xn.

Nous remarquons que dans tous les cas, f(x) est une fonction continue
et croissante, au moins dans l’intervalle qui nous intéresse. Si f(x ) = t tx
(t > 0 par hypothèse) f(x) est croissante sur tout l ’axe réel, et en particulier
sur l ’axe des x positifs (0 < x < + oo). De plus, on a lim f(x ) = + oo. Il
Jt->oo
164 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

existe donc une valeur et une seule oc > 0 telle que Гоп ait f ( o c ) = k du moment
que k > /(0 ), donc que М /С > 1. En termes géométriques, la droite y = k
(voir fig. 39) rencontre la courbe y = /(x ) en un seul point d ’abscisse positive
à condition que Гоп ait к > 1.
Dans les deux autres cas, c’est-à-dire pour /(x ) = x n (voir fig. 40), la fonc­
tion /(x ) est croissante sur tout l’axe des x positifs et Гоп a

/(0 ) = 0 et lim /( x ) = + oo.


X->+co

Il s’ensuit, comme dans le cas précédent, qu’il existe une, et une seule
solution oc de l’équation /(x ) = к et que Гоп aura a > 1 si к > /(1), c ’est-

à-dire M /C > 1 (dans le cas x = 1 + i); 0 < a < 1 si 0 < k < /(1 ), donc
0 < C/M < 1 (dans le cas où x = v). Dans tous ces exemples, on a utilisé
des théorèmes d’analyse bien connus : si une fonction /(x ) est continue dans
un intervalle (a, b), celle-ci prend toutes les valeurs comprises entre f(a) et f(b) ;
et elle ne prend chaque valeur qu’une seule fois si elle est en outre monotone
dans l’intervalle (a, b). Nous verrons que ces conditions sont vérifiées dans
le cas d’application financière et nous nous référerons toujours — pour fixer
les idées — aux cas de fonctions croissantes. On peut donc énoncer de la
manière suivante le critère que nous avons utilisé dans les exemples précédents,
et qui suffit dans les cas les plus répandus :
Si /(x ) est continue et croissante dans Vintervalle (a, b), et si le nombre k
est compris entre f(a) et f(b), il existe dans Vintervalle (<a, b) une solution et
une seule de Véquation /(x ) = k . De plus, si Von appelle oc cette solution et
si /(x ) < k , nous avons x < oc et inversement.
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE ü ’UN TAUX 1 65

Cette dernière précision nous permet de dire, en nous référant à la valeur


de f(x ), si un nombre x est supérieur ou inférieur à la racine a.
Les fonctions que nous avons examinées jouissent d’une autre propriété
qui, comme on le verra, peut être utilisée à son tour dans les problèmes que
nous avons indiqués : ce sont des fonctions concaves, c ’est-à-dire dont la
courbe représentative (du moins dans les intervalles qui nous intéressent)
est concave (tourne sa concavité vers le haut). Ceci signifie que quelle que soit
la corde A B — A et B étant deux points de la courbe y — f ( x ) — cette corde
est entièrement au-dessus de l’arc de courbe correspondant (voir fig. 41).

On peut démontrer qu’il est équivalent de se référer uniquement au milieu


de la corde AB et de dire que la courbe est concave si celui-ci se trouve toujours
au-dessus de la courbe. Si l ’on appelle Xi et X2 respectivement les abscisses
de A et B —, c ’est-à-dire deux valeurs arbitraires de x contenues dans l ’intervalle
considéré —, cette condition s’exprime de la façon suivante sous forme ana­
lytique :
J x i + Xï \ f ( x 1) + / ( * 2)
A 2 ) 2

Il est facile de vérifier que les fonctions y = etx, y = x n satisfont à cette


condition, la première sur tout l ’axe réel, la seconde sur toute la demi-droite
0 < x < + 00 (*). Ceci apparaît d ’ailleurs dans l ’allure de la courbe repré-
(x) JSii l’on pose xi = x — h, X2 = x + k9 la condition devient pour la fonction y = etx :
etx < ^ (e^+fc) + e***- *)) équivalent à l’inégalité (e^***) — e ^ -7*))2 > 0 qui est évidemment
vraie pour h =£ 0. Pour la fonction y = x n (dans l’hypothèse n ^ 2), la relation à démontrer est
166 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

sentative de ces fonctions que l ’on a souvent considérées; de plus, les dérivées
secondes de etx, x 11 (*) sont positives, et ceci constitue une condition suffisante
de concavité (voir chap. I, p. 15).
En conclusion, nous pouvons dire que si l ’on a f(a ) < k < f(b) : a) si f(x )
est continue dans l’intervalle (a, b) l’équation f(x ) = k admet au moins une
racine dans cet intervalle; b) si f(x ) est croissante, il n ’existe dans l ’intervalle
(<a, b) qu'une seule racine pour l’équation f(x) = k; c) si de plus f(x) est concave

on peut donner d ’autres précisions sur la valeur de la racine oc de f(x ) = k


(et l’on peut appliquer certaines méthodes de calcul numérique : par exemple
voir fig. 42, voir également la figure 12, p. 17). On peut affirmer non seulement
que la racine oc existe et est unique (dans l ’intervalle (a, b)) mais également que

(voir formule 4, p. 17), c ’est-à-dire que la racine oc est contenue dans le second
des deux intervalles que détermine le point d’abscisse

sur le segment (a, b).

la suivante : jc71 < ^ [(jc H- h)n + (x — h)n]. En développant au moyen de la formule du binôme
les puissances contenues dans le deuxième membre, et en éliminant les termes de degrés impairs
en h qui sont de signes contraires, on obtient x n < ^ [2*n + termes positifs], c’est-à-dire x n < x n
+ termes positifs, et nous avons dans ce cas une inégalité qui est évidemment vérifiée pour h ^ o.
C1) Pour la fonction y = é x l’on a y " = t2 etx > 0 pour toute valeur de x, et pour la fonction
y = x n l’on a y " = n(n — l)xn~2 > 0, pour x > 0 (et n > 2).
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 167
Les conclusions a), b) seront systématiquement utilisées au numéro 45,
la dernière conclusion c) au numéro 46. Enfin au numéro 48 nous indiquerons
les procédés (de calcul de la racine et de l’erreur d’approximation) fondés
sur la connaissance des dérivées de f(x ) lorsqu’elles existent. Les instruments
analytiques découlant des propositions a, b, c et de la connaissance éventuelle
des dérivées de f(x ) sont largement suffisants pour les calculs qui nous intéres­
sent.

44. — Croissance et concavité dans les problèmes usuels


Réservant pour plus tard l ’étude de cas plus généraux, nous supposerons
pour l ’instant que le problème est le suivant : soit une opération consistant
en n paiements de montants déterminés R i, R2,.., Rn(Rn > 0) d ’échéance ri,
T2,..., t w, et dont la valeur est A: à un instant t antérieur ou postérieur à tous
les paiements (ou au plus coïncidant avec l ’échéance du premier ou du dernier).
On demande de déterminer l’intensité d ’intérêt S (ou bien i, v, etc).
Pour plus de simplicité, nous supposerons que t = 0, donc que les nom­
bres Th sont tous positifs ou tous négatifs. Dans le premier cas, c ’est-à-dire
pour Th positif, nous prenons comme inconnue x = S et dans le deuxième cas,
c’est-à-dire pour Th négatif, nous prenons x = — S.
L’équation de résolution du problème sera donc

Lorsque les nombres Th sont entiers — comme nous le supposerons géné­


ralement par la suite — nous pourrons poser t ± = 1, T2 = 2,..., r* = A,...,
t u — n si les Th sont positifs, et ri = — 1,..., Th = — h,..., t u = — « si les t*
sont négatifs (*).
Dans le cas Th = h > 0, en prenant comme inconnue x = u = l + i = e ô
(et dans le cas = — h < 0 en prenant comme inconnue x = v = e_<5), on
obtient l’équation de résolution suivante :
n
/ (*) = Y jh R h X h = к, avec la condition
1 {
C1) Si les nombres m sont entiers, par exemple tous positifs, mais que Гоп n ’a pas r д = K et
pour fixer les idées, si т n = m > w, il suffit de considérer une opération constituée par n paiements
Ri, i?2 ,..., R n dont n coïncident avec les paiements donnés, les autres étant tous nuis.
Nous supposons que l’unité de temps est l’année, mais il n ’y a aucun changement important si
nous prenons une unité quelconque, par exemple 1jk année.
(2) Nous remarquons que dans l’équation 201 le terme connu к est interprété pour x = и comme
la valeur finale d ’une rente annuelle anticipée de terme Rjly et pour x = v, comme valeur actuelle
d ’une rente annuelle différée de terme Rh. Même observation que pour l’équation 200. Le lecteur
pourra voir de lui-même les modifications à faire — qui n ’entrent pas dans le cadre de cet exposé —
si l’on veut passer du cas anticipé au cas différé.
168 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Les fonctions de x dans les premiers membres des équations (200) et (201)
sont des combinaisons linéaires, à coefficients Rji positifs, de fonctions crois­
santes et concaves (respectivement elT*,rc et xh) : il est aisé de démontrer
que, pour cette raison, elles sont elles-mêmes croissantes et concaves. Nous
désignerons d’une façon générale par fh(x) n fonctions croissantes et concaves
par Ru n nombres positifs et nous poserons
n
f(x) = Rhfh(x).
1
Étant donné que les fonctions fn(x) sont croissantes (sans le mentionner,
nous sous-entendons toujours « dans un certain intervalle (a, b) »), on déduit
de x i < X2 , fh(xi) < fn(x 2), soit, en multipliant les deux membres par le
nombre positif Rh et en sommant par rapport à l ’indice h :

Yjh Rhf h(xi) < Y,h Rhf h{x2),


1 1
soit f(x 1) inférieur à f( x 2).
De la même façon, si les fonctions y = fn(x) sont concaves, on a successi­
vement :
^ h ( x 1) + h ( x 2)
2
n n
Yjh Rhf h(x{) + Yjh Rhf h(x2)
^ 1 1

donc
< f ( x 1) + f ( x 2)

Il s’ensuit, en se référant aux conclusions a), b) du numéro précédent, que


l ’équation (200) admet une solution et une seule à condition que l ’oii ait :
n
k > /(0 ), soit k >YjhRh si x = 8; (202)

0 < k < /(0), soit 0 < k < *Eah &h si x = — 8. (203)


1
Et l ’équation (201) admet une solution et une seule à condition que l ’on ait :

k > /(1), soit k > Yjh Rh si x = u ; (202')


î
n
o< k <m , soit 0 < k <Yuh Rh si X = V. (203')
î
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 169
Il est normal que les conditions (202'), (203') soient équivalentes aux condi­
tions (202) et (203) étant donné que e ô = u et e~ô = v.
Nous devrons par la suite également nous occuper de l’équation (voir n° 50) :

C = k, (m < n) (204)
1— X

avec la condition 0 < x < 1, que l ’on obtient dans le cas d ’une rente à terme
constant (peu importe qu’elle soit anticipée ou différée) et où l ’on connaît la
valeur actuelle A et la valeur résiduelle V en l ’année n — m. Le nombre k
désigne le rapport A/V.
Comme nous le verrons par la suite (n° 47) le premier membre de cette
équation, c ’est-à-dire la fonction

y = /(* ) = ]---- ^ (« > m)

est croissante et concave pour x > 0 et il est bon d ’en tenir compte d ’ores et
déjà. Ceci implique que l’équation (204) admettra une solution et une seule
si elle vérifie la condition 0 < x < 1, à condition que l ’on ait/(0 ) < k < / ( i),
c’est-à-dire
1 < k < n/m i1).
On pourra appliquer à toutes les équations considérées les méthodes fondées
sur la croissance et la concavité de la fonction y = f(x ) dont nous traiterons
au numéro suivant.

45. — Critères fondés sur les propriétés de continuité et de


croissance : méthode des subdivisions successives

Considérons l ’équation f ( x ) = k en supposant seulement que l ’on sache


que f(x ) est continue et croissante dans l ’intervalle qui nous intéresse, c ’est-
à-dire en ne tenant pas compte pour l ’instant de l ’hypothèse de concavité.
Appelons Po le point où la droite y = k rencontre la courbe y = f(x ) :
son abscisse a est racine de l ’équation f(x ) = k. Comme nous le savons,

C1) On prend la fraction 1 — x n/l — x m après simplification par le facteur (1 — x) commun


au numérateur et au dénominateur qui introduit une indétermination apparente au point x = 1.
n- 1
o
On prend donc J\x) = j----- D ’ailleurs, on peut calculer /(1) comme lim f(x) et utiliser par
X->1
S a **
exemple la règle de l ’Hospital.
170 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

pour pouvoir dire qu’un tel point existe et est unique, étant donné les conditions
fixées pour / ( x), il suffit de connaître deux valeurs x a et X b telles que
/ ( xa ) < k < /(. xb)• Ces valeurs — respectivement abscisses de deux points A
et B de la courbe (voir fig. 43) — peuvent être données, par exemple, par un
tableau déjà élaboré pour la fonction f(x )\ et souvent, si l ’intervalle entre les
valeurs du tableau (voir p. 16) est suffisamment petit relativement à la pré­
cision requise, les valeurs x a et x b constituent une approximation acceptable
de a, respectivement par défaut et par excès.
Si l’on souhaite obtenir une meilleure approximation, on peut considérer

une valeur x comprise entre x a et xb -> en se fondant sur différents critères,


qui sont tous, dans une certaine mesure, arbitraires. Par exemple, on peut
choisir x = X— ^2 X~^ et se contenter de corriger la valeur ainsi obtenue, si
par exemple, en arrondissant un peu les chiffres décimaux, on peut arriver
à simplifier les calculs de façon importante. Si l’on suppose par exemple
xa = 0,0397, xb = 0,0527, on obtiendrait x = 0,0462, et il est évident qu’il
vaudra mieux prendre la valeur 0,046 qui ne diffère de la précédente que de
0,0002, mais permet des calculs plus faciles. D ’autant plus qu’il n’y a aucune
raison, à moins d ’avoir formulé une autre hypothèse, de considérer l’une de
ces valeurs comme étant une meilleure approximation que l ’autre. Si l’on
sait cependant que f( x b) — k est sensiblement inférieur k k — /(. xa)9 c’est
certainement la première des deux valeurs qui serait la meilleure des deux
approximations. Il faudrait cependant voir si l’amélioration correspondante
vaut d’effectuer les calculs supplémentaires nécessaires pour tenir compte du
degré de précision désiré. Il se peut que la valeur 0,047 ou même la valeur 0,05
soient préférables, car elles ont l ’avantage de faciliter les calculs.
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’ ü N TAUX 171
En conclusion, la valeur x à essayer (si l’on considère nécessaire d ’améliorer
l ’approximation) est choisie arbitrairement, comme nous l’avons dit, mais
selon une « stratégie » adéquate, dépendant du cas particulier, et permettant
une meilleure approximation avec un minimum de calculs. Ces calculs visent
uniquement à évaluer /(3 c); selon que l ’on trouve f ( x ) > /c, nous aurons
5c > a en vertu de la croissance de f ( x ) .
Il est évident que ce procédé peut être itéré ; par exemple si 5c est inférieur
à oc, on peut répéter pour x et x b le même raisonnement appliqué pour x a
et x b . Nous verrons par la suite comment et dans quels cas il est justifié de
faire une itération (voir n° 49).

46. — Critères fondés sur la concavité


Si l ’on sait — nous supposerons qu’il en est ainsi dans les cas qui nous
intéressent (voir n° 44) — que le premier membre de l’équation f(x ) = k
est une fonction concave, en même temps que continue et croissante, avec
f ( x a) < k < / ( xb ) (pour les notations utilisées se référer au numéro précédent),

le point d ’intersection entre la sécante AB et la droite y = k aura pour abscisse


x a b , valeur par défaut de oc qui est une meilleure approximation que la valeur

précédente par défaut x a , ce que l ’on peut affirmer sans qu’il soit nécessaire
de calculer /(. x a b ) (voir fig. 44). Les points A et B, c ’est-à-dire les valeurs
172 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

x a, A x a ) , X b , A xb) sont données par une table, et c ’est de cet intervalle (pas

de la table) que dépend l ’approximation obtenue.


Cette méthode n ’est autre que celle de l ’interpolation linéaire (appelée
également méthode des sécantes).
De la même façon, en procédant par extrapolation, nous pouvons nous
procurer des valeurs par excès.
Soit C(xc, A *c)) le point le plus proche de A par défaut indiqué par la
table, et D{xd , A xd)) Ie premier point au-delà de B. Les sécantes CA et BD
rencontrent la droite y = k en des points dont les abscisses, que nous dési­
gnerons respectivement par x a c et xbd , constituent des valeurs par excès de a.
Ceci découle immédiatement du fait que la fonction/(x) est concave : le point A
se trouve au-dessous de la corde GPo (que l ’on n ’a pas tracé sur la figure pour
éviter une trop grande confusion) et le prolongement de la corde CA au-delà
du point A se trouve donc également en dessous de Po, ce qui nous suffit
pour conclure que oc < x a c - On peut démonter par le même raisonnement que
<x < x b d . On conclut donc :

ceci implique que oc est compris entre x a b et le plus petit des deux nombres
xac 9 x b d . La longueur du segment de l ’axe des x compris entre les points
d ’abscisses x a b et minimum ( x a c , X b d ) nous donne une limitation de l ’erreur.
D ’ailleurs, si l ’on prend comme valeur de oc le milieu de ce segment, l ’erreur
est évidemment inférieure à la moitié de sa longueur.
On remarquera que, au cours des raisonnements précédents, il n ’a jamais
été nécessaire de calculer /(x ) pour une valeur de x ne figurant pas déjà sur les
tables; si l ’approximation que l ’on obtient ainsi ne suffit pas, on peut, comme
au n° 45, procéder au calcul de / ( jc) pour une valeur x de x h l ’intérieur de
l ’intervalle d’indétermination, ce qui permet non seulement de conclure que oc
se trouve bien dans cet intervalle à droite ou à gauche de x (selon que f(ÿc)
est inférieur ou supérieur à k), mais encore, en réappliquant les remarques
précédentes, d’obtenir un intervalle encore plus petit incluant oc, au moyen
de sécantes passant par le point de la courbe d’abscisse x.

47. — Dérivées des fonctions les plus fréquemment utilisées;


rappel sur la dérivation
n
Considérons la fonction /(x ) = Yjt RhXh et supposons, pour fixer les idées,
que l ’on ait x = v; le lecteur pourra faire les mêmes remarques pour x = u.
La fonction A x) est un polynôme de degré n; elle est donc dérivable autant
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 173
de fois qu’on le veut, les dérivées d’ordre supérieur à n étant identiquement
nulles.
n
L’on a f'ipc) — YjhhRhX^1 et par conséquent f ' ( x ) peut être interprété
1
comme la valeur actuelle d ’une rente annuelle, anticipée, immédiate, de termes
Ri, 2 R 2 , nRn.
n
L’on a ensuite f"(x) = Yji h(h — l)RhXh~2, de sorte que f ”(x) est la valeur
2
actuelle d ’une rente annuelle, anticipée, immédiate, de termes 2 R 2, 6Rs,..,9
h(h — 1)Rh,..., n(n — 1)R n.
On peut faire une interprétation analogue de
n
/" '(* ) = Y jih Q i — l)(h — 2)Rhxh~3 etc.,
3

jusqu’à ce que l ’on parvienne à

f in\ x ) = nlRn, f (n+1\ x ) = f (n+2\ x ) = • • • = 0.

On remarquera que s’il s’était agi tout d ’abord du polynôme à coefficients


n
égaux f(x ) = R Yjh x h, on aurait obtenu
1

f ' (x) = R Efc hxh~x;


1

pour x = v, on aurait eu f(x) = f(v) = et f'(x ) = f ' ( v ) = (R/v)(Ia)n\-


Même remarque pour

/ ' ( * ) = f ’(v) = R h(h — ï)vh~2 = 4 h V — (/a)«)


1 i? L 1
etc. : voir l’exercice n° 18, chap. III.
Étant donné que f(x) est une combinaison linéaire à coefficients positifs
de fonctions positives, croissantes et concaves, elle est elle-même positive,
croissante et concave pour la même raison, et l ’on peut dire que les dérivées
de f(x ) (puisque / (w_1)(x) est linéaire, f (n)(x) est constante et f^n+k){x) est nulle
pour k positif) sont positives (jusqu’à l’ordre n), croissantes (jusqu’à l ’ordre
n — 1) et concaves (jusqu’à l ’ordre n — 2).
On serait parvenu aux mêmes conclusions en tenant uniquement compte
du fait que la fonction f(x ) et ses dérivées jusqu’à l ’ordre n sont positives :
en effet, la condition suffisante pour qu’une fonction f(x) soit croissante est
que l ’on ait f ' ( x ) positif; et pour qu’elle soit concave est que l’on ait f'(x )
positif comme nous l’avons rappelé déjà plusieurs fois.
174 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On peut faire les mêmes remarques à propos de la fonction

/( * ) = l u Ru ev , (r* > 0).


1
Pour d ’autres applications, il est bon de rappeler les expressions des deux
premières dérivées d ’une fonction composée. Soit y = f( z ) une fonction déri­
vable pour a < z < j8; l’on pose z = cp(x) et l ’on suppose que, pour a < x < b
on ait oc < z < ¡3, et de plus que la fonction q>(x) soit dérivable dans l ’inter­
valle (a, b). La fonction F(x) = f(<p(x)) est alors dérivable dans l ’intervalle
(a, b) et l ’on a :
d F _ d f dcp
(205)
dx dz dx

ou bien, en utilisant des symboles plus commodes dont la signification est


précisée par la relation précédente :

F'(x) = /'( * ) • ? '( * ) • (205')


En partant d’hypothèses analogues, on aura pour la dérivée seconde :

(206)
dx2 dz 2 1 d x ) dz dx2
ou encore,
F ”(x) = /" (2) W ( x ) f + /'(z )9 " W - (206')

Il découle des relations écrites ci-dessus qu’une fonction composée de fonc­


tions (dérivables deux fois) croissantes et concaves est elle-même croissante
et concave. En effet, / ' ( z ) > 0, f"( z) > 0, <p\x) > 0, <p"(x) > 0 entraî­
ne F \x ) > 0 et F"(x) > 0.
Par exemple, de tels raisonnements (que nous ne développerons pas pour plus
de concision) montrent plus facilement que par raisonnement direct que la
fonction
i 11
/( * ) = :----- ^ ( n > m ; 0 < x < 1)
1— X

a ses dérivées f'(x ) et f"(x) positives et qu’elle est donc croissante et concave.
Naturellement, il est clair que pour des valeurs particulières de n et m (par
exemple pour n = 2m) la démonstration directe peut s’avérer plus simple.
Les équations (205) et (206) peuvent être facilement employées lorsque x
et z représentent respectivement 2 des 5 variables u, v, i, d, S (l); pour plus de

dVr dVr dS
(!) Voir par exemple p. 140 :
dS di’
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 175
commodité, nous rassemblons dans le tableau suivant les deux premières
dérivées de chacune de ces variables par rapport aux autres (voir le tableau
de la page 91); nous omettons la fonction u = 1 + i étant donné que
DiU = Dui = 1 (et par conséquent, pour tout /?, D unf = Dtnf 0 .

f Dv D 2V Di A 2 Dd D d2 Dà D ô2

V 1 0 -l/d + O2 2/(1 + ;)3 — i 0 — e-d or 6


i — 1/v2 2/v3 i 0 1/(1 - d )2 2/(1 — d ) 3 e<? e<5
d — 1 0 1/(1 + 0* — 2(1 + / ) 8 1 0 — &~ô
ô -1 /v 1/v2 l / d + 0 - 1 / ( 1 + O2 1/(1 — rf) 1 /0 ~ d Y 1 0
ii

Nous rappelons enfin, pour compléter ce rappel rapide des notions de déri­
vation, la règle applicable aux fonctions inverses. Supposons que la fonction
y = f ( x ) soit dérivable autant de fois qu’on le veut et soit également mono­
tone dans l ’intervalle qui nous intéresse. Nous supposerons de plus que
toutes les dérivées considérées sont différentes de 0. Il existe alorsune fonction
inverse x = g ( y ), c ’est-à-dire une fonction telleque g [ f ( x )] = x et l ’on a :

^ = !//'(* ); (207)

* = ( l ^ = z £ W J ---------- (208)
dy \d x d yjd y f'(x) [ f ’( x ) f

De la même façon on peut calculer les dérivées successives correspondantes


si elles existent.

48. — Critères fondés sur les dérivées

On a exposé, au n° 46, des méthodes d ’interpolation et d ’extrapolation


linéaires ne faisant pas appel au calcul des dérivées de f ( x ) . La connaissance
de celles-ci et la possibilité de les majorer permet d ’appliquer les formules de
majoration de l ’erreur données au chapitre I (voir les formules (11) et (12)) (2).

C1) Nous désignons par le symbole Dxnf la dérivée H-ième par rapport à x de la fonction / ; ce
symbole est utile dans le présent cas pour éviter de créer des confusions entre la variable elle-même
et le symbole de différentiation lorsqu’il s’agit de la variable d.
(2) Étant donné que dans le cas présent la valeur approchée cherchée n ’est pas celle de f ( x ) pour
une valeur donnée de x mais celle de x pour f ( x ) = k , l’on devra référer cette formule à la fonction
x = g(y) inverse de la fonction y = f (x). Plus précisément nous désignons par x = y {y) l’équation
176 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On peut obtenir une limitation de l ’erreur d ’une façon encore plus simple,
en connaissant la dérivée première de f(x), au moyen de la méthode appelée
« méthode des tangentes ». Cette méthode est en fait un aspect particulier
de la méthode d’extrapolation que nous avons vue au n° 46, et, comme celle-ci,
elle conduit toujours à une valeur par excès de a (pour f(x ) croissante et

concave). Il s’agit ici de considérer la tangente en A (ou bien en B) au lieu de la


sécante A C (ou bien la sécante BD,) (voir fig. 45). On peut dire, en employant
une locution expressive, bien que non rigoureuse, qu’il s’agit toujours là d ’une
sécante « passant par deux points infiniment rapprochés ». La valeur ainsi
obtenue est toujours une valeur par excès; cela découle du fait bien connu
qu’une courbe concave se trouve au-dessus de sa tangente. Donc, en partant
d ’une valeur par défaut xa (il pourrait s’agir de la valeur obtenue grâce à une

de la droite passant par les points (.xa , / ( xa )), ( x b , / ( xb )) (voir fig. 44). On pose alors, d’après la
formule 11 de la page 30 :

R = g(y) — <p(y) = \ g" 0?) [y — / ( x a )] [y — / ( x b )], ( f ( x A) < y < f (xB)),


c’est-à-dire pour y = k,

R = a — * a b = \ 8 " 0 ? ) Ve — / ( * a )] [R — / ( x b )]-

Si l’on pose | = g(ri) (soit r\ = /(£), de telle façon que, la fonction / (x) étant croissante, on ait
/"(£)
xa < £ < xb) et en utilisant l’équation (208), nous aurons g"(rj) = — [ f \ Ç)]з * ^ onc» s* ^ans
l’intervalle (xa , xb ), on a f " (x) < Af, [/'O*)]3 > N (Par hypothèse nous supposons toujours
/ ' ( x ) > 0, / " ( x ) > 0) on obtiendra la formule de majoration désirée :1
1M
R = a — лгав < 2 N Ve — f(x^] № в) — к].
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 177
interpolation linéaire effectuée précédemment), on parvient à une valeur par
excès que nous désignerons par x a a , par extension des notations précédentes.
On obtient ainsi une limitation de l ’erreur donnée par la différence x a a — x a
que l ’on peut aisément exprimer au moyen des valeurs de f(X A ),f'(x A). Consi­
dérons en effet le triangle rectangle A ST où A S = k — /(. x a ), ST = x a a — x a ,
et appelons 6 l’angle STA, qui est égal à l ’angle formé par la tangente avec
l’axe des x (angles alternes internes formés par des droites parallèles). On
aura, en vertu d ’une formule trigonométrique bien connue, A S/ST = tg 6,
soit puisque tg 6 = f '(xa ) :
k — f ( x A)
= f ’(xa ).
Xaa Xa
Nous en déduisons l ’expression simple de la différence xaa — xa qui donne
une limitation de l’erreur :
k — f ( x A)
Xaa Xa
f i x a)
ou bien l’expression de la valeur par excès xaa , en connaissant la valeur par
défaut x a :
■ k — f ( x A)
Xaa — Xa
f ’(xA)

Cette formule est particulièrement utile si l ’on possède un tableau de la


fonction f(x ) et de ses dérivées f'(x ) comme c ’est le cas par exemple pour des
n
rentes à annuités constantes [/(x) = R on aurait obtenu alors, en
i
écrivant v au lieu de x et v ', v" au lieu de xa , Xaa :

+ î = “ 3, (voir n° 47)
- , (Ϋ)n
V
soit

V J
Nous mentionnons encore rapidement la méthode d ’interpolation quadra­
tique en remarquant dès l ’abord qu’il est bon de se servir d’une parabole
dont l ’axe est parallèle à l ’axe des x , étant donné que l ’on veut calculer une
valeur approchée de l’abscisse et non de l ’ordonnée (c’est-à-dire /(x)), et
plus précisément de la valeur a de l ’abscisse pour laquelle on connaît la valeur k
de l ’ordonnée.
Finetti. — Leçons de mathématiques financières 7
178 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Soient A, B, C trois points de la courbe y — f(x ) (qui n’est pas tracée sur la
figure 46 pour éviter de la rendre confuse). Supposons, pour fixer les idées,
y c < yB < k < y a , et désignons comme à l ’ordinaire l ’abscisse du point

de la corde AB d’ordonnée k par x a b . En écrivant l ’équation de la parabole


ABC, par exemple au moyen de la formule d ’interpolation de Newton, et en
désignant par x l ’abscisse de son intersection avec la droite y = k, on trouve
facilement l’expression

+ (xA — x c)(y A — yB) — (xA — x b ) ( j a — yc)


x xab (y a ■k ) (k y b )»
(y A — y B) (y a — yc) (y B — yc)
La valeur ainsi obtenue donne une bonne approximation pour a, mais
son calcul peut être assez difficile; de plus, on ne peut pas savoir a priori
si x est une valeur par défaut ou par excès de a, et pour connaître cela il est
nécessaire de calculer /(je).

49. — Méthodes d’itération


Désignons par oc la racine de l ’équationf(x) = k que nous voulons calculer;
dès que l’on connaît deux valeurs de a, respectivement approchées par défaut
et par excès (fournies par exemple par des tables numériques), les méthodes
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE ü ’UN TAUX 179
que nous avons vues au numéro précédent nous permettent de calculer une
nouvelle valeur approchée de a comprise entre les deux précédentes.
La remarque suivante est importante : il n ’est absolument pas nécessaire
de calculer effectivement la valeur de f(x ) pour cette nouvelle valeur de la
variable, c ’est-à-dire pour une valeur de x ne figurant pas sur les tables. Dans
de nombreux cas, comme on a pu le voir, il n’est même pas nécessaire d ’effec­
tuer ce calcul pour décider si la valeur trouvée est une valeur par défaut ou
par excès, même pour évaluer l ’erreur. Ceci est d ’une importance considérable,
car il peut être assez difficile de calculer f(x ) avec la précision nécessaire.
Ces difficultés de nature purement pratique mises à part, toutes les méthodes
considérées jusqu’à présent se prêtent à une itération : elles peuvent donc
être appliquées à nouveau dans un nouvel intervalle incluant a, déterminant
ainsi un intervalle encore plus petit, et ainsi de suite.
Il est facile de démontrer que, dans tous les cas mentionnés ci-dessus, on
obtient une succession de valeurs de x convergeant vers la racine oc, et celle-ci
peut donc être calculée avec une erreur inférieure en valeur absolue à un
nombre positif e pris arbitrairement. Ce résultat est d ’importance tant théo­
rique que pratique, à condition de calculer avec la précision nécessaire la
valeur de /(x ) pour les points obtenus successivement; c’est pour ce type
d’application que les moyens de calcul numérique dont on dispose ront parti­
culièrement utiles.
Examinons rapidement à partir de ce nouveau point de vue les méthodes
considérées au numéro précédent.

a) Méthode des subdivisions successives (fig. 47).


Au nombre des hypothèses énoncées pour /(x ) au numéro 45 nous supposons
que nous savons dès le départ que a < oc < b et nous posons b — a = l;
soit x i = a + //2 le milieu de l’intervalle (a, b) : calculons f ( x i) et posons
X2 = x i ± //22 selon que f ( x i) > k . Calculons alors / ( x 2) et posons
*3 = *2 ± //23 selon que / ( x 2) > k. Nous procédons ainsi en posant en général
xn+i = Xh dz //2h+1 selon que f(xh) > h. En d’autres termes, calculons pour
chaque étape successive la valeur de /(x ) au milieu de l’intervalle d’indéter­
mination précédemment défini; et poursuivons ce processus dans celui des
deux demi-intervalles où l ’on a /(x ) inférieur à A: à une borne et /(x ) supérieur
à A: à l’autre borne. Les longueurs des intervalles d ’indétermination successifs
sont /, 1/2, 1/22, //23,..., donc
|X h — oc I ^ IX h — Xh - 1 1 = l/2h;
l’erreur tend vers 0 lorsque h augmente, donc la suite Xi, X2,...,x&..., converge
vers la racine oc.
Ce procédé est particulièrement indiqué si l’on dispose d ’une machine
électronique, étant donné l’extrême simplicité des « ordres » que l ’on doit
180 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

donner à celle-ci et du fait que le système de numération utilisé par ces machines
est le système binaire (x).

b) Méthodes des sécantes et des tangentes.


En supposant (cf. au n° 46 et suivants) f(x) croissant et concave, on consi­
dère la sécante AB et l ’on désigne par x i (au lieu de x a b , comme au n° 46)

C1) Le système de numération binaire, c’est-à-dire à base 2, se sert de 2 symboles uniquement,


0 et 1 (la signification de 0 et 1 reste inchangée) au lieu d’être à base 10 (0, 1, 2, 3,..., 9) comme le
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 181
l ’abscisse du point d ’intersection de la droite AB avec y = k. Calculons f(x 1),
c ’est-à-dire déterminons le point P i de la courbe d ’abscisse Xi (voir fig. 48).
On peut alors considérer la sécante PiB et réitérer le processus précédent,
parvenant ainsi à une nouvelle valeur X2 donc à un nouveau point P 2 de la
courbe et ainsi de suite.
Il est facile de démontrer que la suite x i9 X2,—, converge vers a : nous
ne nous arrêterons pas sur ce point. Remarquons seulement que, compte
tenu des hypothèses que nous avons posées, les valeurs trouvées sont toutes
des valeurs par défaut et constituent une suite croissante.
Supposons maintenant que xi, X2 (xi > X2) sont deux valeurs par excès
de a correspondant aux points Qu Q 2, de la courbe y = / ( x) (voir fig. 49).

On obtient alors au moyen de la sécante Q 1 Q 2 une nouvelle valeur par excès


xz < X2 et par conséquent un nouveau point Qz de la courbe [pour lequel
il faut calculer / ( * 3)]. C’est ainsi qu’en itérant le processus, on peut parvenir,
en partant de deux valeurs par excès données au début de l ’opération (par
exemple par des tables numériques), à une suite de valeurs par excès Xi, * 2,...,
x*..., décroissante et tendant vers a .
On peut arriver aux mêmes conclusions, sans qu’il soit nécessaire d ’entrer

système décimal. La fonction de la position des chiffres d ’un nombre binaire est la même que celle
que l’on a pour le système décimal, sinon que l’on se réfère à des puissances de 2 au lieu des puissances
de 10; par exemple le n° 11 010 signifie en système binaire,
0 • 2 ° + 1 • 21 + 0 • 22 + 1 • 28 + 1 • 24 = 2 + 8 + 16 = 26 .
On peut aisément concevoir comment un système se servant uniquement de deux symboles se
prête à être traduit en ordres du type « allumer-éteindre » (par exemple un tube électronique),
« ouvrir-fermer » (par exemple un circuit), etc.
182 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

dans les détails, à propos de la méthode des tangentes qui, comme la précé­
dente, conduit à une suite décroissante des valeurs par excès tendant vers a.
En ce qui concerne le choix de la méthode nous renvoyons au début de
ce chapitre; nous remarquons seulement que si les instruments de calcul
numérique dont nous disposons sont peu rapides, nous devrons en général
donner la préférence à des méthodes de convergence plus rapides, même si
celles-ci sont plus complexes (préférer aux autres méthodes considérées
jusqu’ici la méthode des tangentes qui est de convergence plus rapide), tandis
que si nous disposons d’une machine particulièrement rapide, effectuant
un certain type de calcul, nous devrons donner la préférence à une méthode
utilisant celui-ci, même si elle est de convergence plus lente (voir ce qui a
été dit dans ce numéro à propos de la méthode des subdivisions successives).

c) Méthode d'itération {proprement dite).


Bien que toutes les méthodes que nous avons considérées jusqu’ici puissent
être appelées méthodes d’itération, dans le sens que nous avons précisé, ce
nom est cependant réservé à une méthode particulière que nous mentionnons
brièvement.
Écrivons l ’équation donnée — peu importe si elle est algébrique ou non —
sous la forme
* = /(* ),
ce qui évidemment est toujours possible (si l’équation était i/j(x ) = 0 il suffirait
d’écrire x = ifj{x) + x).
Supposons que la fonction f(x ) soit continue, sans faire d ’autres hypothèses
sur cette fonction pour l’instant. Soit xo une valeur approchée de la racine a
que nous avons l’intention de calculer et posons x i = f( x o). Calculons ensuite
f{x 1) et posons X2 = / ( jci) et continuons ainsi. Nous obtiendrons la suite
numérique suivante :

xo, x i = f { x o), *2 = f { x i), xh = f(x h -i), ... (209)

qui pourra être convergente ou divergente. Si elle est convergente, elle a néces­
sairement pour limite une racine de l’équation x = f(x). Nous aurons en
effet lim xn = lim f{x n -1), donc en vertu de la continuité de /(x ), si l’on pose
h->co h-> oo
£ = lim Xk, nous aurons £ = /(£), C. Q. F. D.
h-> oo
Démontrons maintenant, dans l ’hypothèse où la fonction f(x ) est dérivable,
que si, au voisinage de a, on a | f'{x ) | < A < 1 (où A est une constante
bien choisie) la suite jco, x±, est convergente et sa limite est la racine a;
si par contre on a, au voisinage de a, | f'{x ) | > 1, la suite n’est pas conver­
gente vers a (bien qu’elle puisse être convergente vers une autre racine de
l ’équation x = /(*)).
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 183

Dans le premier cas, nous pouvons choisir xo de telle façon que, dans le
segment de demi-grandeur | a — xo | (c’est-à-dire pour | a — x | < | a — Xo |)
la condition de l’hypothèse | /'(x ) | < A < 1 soit bien vérifiée.
Nous aurons alors en vertu du théorème de Lagrange
oc — X 1 = / ( a ) — /(x o ) = / '(x) (a — x0)
où nous désignerons par x une valeur comprise entre a et xo; il s’ensuit,
étant donné que | /'(x ) | < A < 1 :
| a — xi | < A | a — xo | < | a — Xo |;
et de la même façon :
| a - - X2 1 < A \ oc —- Xl I < A *\ a — Xo| ?
1« —■x3 1 < a —- *2 | < A3 \ a — Xo| ?
(210)
|a —■Xn 1 < a —- Xh-1 I < A h | a — xo 1;

Cela entraîne :
0 ^ lim | a — *ft| lim A h |a - — *o| = 0, soit lim xn
h~>oo h->oo h->oo
De la même façon on démontre que xn ne converge pas vers a si l’on a, au
voisinage de a, |/'(x ) | > 1.
L’interprétation géométrique de cette méthode ainsi que la condition de
convergence permet d ’éclairer le problème.
Traçons la droite y = x et la courbe y = /(x ); étant donné que les points
de la droite ont leur abscisse égale à leur ordonnée, la relation récurrente
xn = f{x n -1) se traduit par la construction géométrique suivante : on trace
à partir d ’un point de la courbe d’abscisse xn-i la parallèle à l ’axe des x,
et l’intersection de celle-ci avec la droite donnée nous donne le point d ’abs­
cisse xn de cette droite; la parallèle à l’axe des y passant par ce point nous
donne le point de la courbe ayant cette abscisse et par conséquent f(xn)
comme ordonnée. Si l ’on trace une nouvelle parallèle à l’axe des x on obtient
le point de la droite d ’abscisse xn+i et ainsi de suite. Si comme dans la figure 50
l’on a : 0 < /'(x ) < A < 1, au voisinage de a on obtient une suite crois­
sante et convergente de valeurs par défaut, lorsque la première valeur xo est
une approximation par défaut, et décroissante et convergente vers a par
valeurs prises par excès, lorsque la première valeur xo est une approximation
par excès (sur la figure on a désigné les valeurs par excès par Xq, xi, x 2,—> de
façon à ne pas utiliser les mêmes symboles pour les valeurs distinctes). Le
lecteur peut analyser géométriquement à titre d ’exercice, le procédé dans
les cas particuliers suivants : — 1 < — A < /'(x ) < 0 ;/'(x ) < — 1 ;/'(x ) > 1
184 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

(toujours au voisinage de oc). Ce dernier cas, qui sera particulièrement


intéressant ultérieurement est illustré par la figure 51 qui est en elle-même

suffisamment explicite. Nous remarquons enfin que la condition de convergence


de la méthode d’itération s’interprète de la façon suivante : la courbe y = f(pc)9

au voisinage de a, doit être contenue à l’intérieur de l’angle formé


par la droite y = x et la perpendiculaire à celle-ci au point (a, /(a )) (fig. 52) :
cet angle détermine le lieu géométrique des droites passant par (a, /(a )) et
ayant une pente < 1 en valeur absolue.
On remarquera que dans le cas \f'(x) | < A < 1, la convergence est d’au-
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 185

tant plus rapide que A est plus petit [ce qui découle de l ’équation (210)], c ’est-
à-dire que | f'(pc) | est plus petit.
Cette dernière remarque permet d ’améliorer la méthode dans le cas où
se vérifie la condition de convergence, ce qui la rend plus rapide et permet
d ’appliquer celle-ci aux calculs des racines dans le voisinage desquelles on
a I/'(* ) | > 1 : on procède de la façon suivante.
Supposons, pour plus de simplicité, que f'(x ) soit continu, de sorte que (avec
| /'(a ) | < 1) on puisse déduire un intervalle au voisinage de a pour lequel
| f'(x ) | < A < 1. De plus nous excluons le cas où /'(a ) = 1, car dans ce
cas oc serait racine double de l ’équation x = f(x ) (en effet, la droite y = x
serait tangente à la courbe y = f(x)).
Posons
f(x ) — Xx
/'( « ) = A et <p(x) =
1— A '
L’équation
X = (p(x)

est équivalente comme on peut le vérifier immédiatement à l ’équation x = f(x ),

de telle sorte qu’elle admet la même racine a. Cette équation jouit cependant
de la propriété que <p'(a) = 0* et il existera donc un intervalle au voisinage de
ol pour lequel | cp'(x) \ < A < 1. On peut appliquer la méthode d ’itération
dans cet intervalle (même si | /'(a ) | > 1).
186 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On se trouve d ’autre part dans les conditions les plus favorables de rapidité
de convergence.
Cette transformation peut s’interpréter de la façon suivante sur le plan
géométrique : au lieu de passer des points de la courbe y = / ( x) à des points
de la droite y = x au moyen de droites horizontales (voir fig. 50, 51), on trace
des droites de pente À, c’est-à-dire parallèles à la tangente à la courbe au
point (a, /( a ) ) (voir fig. 53).
On doit cependant remarquer que la valeur f'(oc) n’est pas généralement
connue puisque oc est inconnu. Pour appliquer la transformation indiquée,
nous devrons nous contenter de supposer À ~ /'(a ).
On peut facilement concevoir les artifices qui nous permettent de choisir
pour À une valeur adéquate, en particulier dans le cas qui nous intéresse le
plus, où la fonction f{x ) est concave; nous ne nous arrêterons pas sur ce point.

50. — Rente à terme constant; méthode de Gauss

Dans le cas d’une rente annuelle à terme constant R± = R 2 = • • • = R n = R,


dont on connaît la valeur initiale ou la valeur finale, on obtient une équation
du type
1 — xn f ) k > n si x = u
-------- = k , avec la condition < „ . (211)
1— x { \ < k < n si x = v.

En mettant cette équation sous sa forme entière et en l ’ordonnant, on obtient:

x n — kx + k — 1 = 0 0 ) . (212)

On remarque que l’équation (212) a pour racine x = 1, que nous avons


introduite en multipliant les membres de l ’équation (211) par 1 — x. Étant
donné que l ’équation (212) admet toutes les racines de l ’équation (211) et
celles-ci seulement, il est évident que les conditions pour que l ’équation (211)
admette une et une seule racine acceptable (c’est-à-dire 1 < k < n, k > n
respectivement pour x = v, x = u) valent également pour l ’équation (212),
bien que son premier membre ne soit plus fonction monotone de jt. Le lecteur
peut aisément vérifier que la courbe représentative de la fonction
y = x n — kx + k — 1

a l’allure indiquée à la figure 54.


Une équation telle que l’équation (212), du type axn + bx + c = 0, est

C1) Nous supposerons n > 3, car pour n = 2 l’équation (211) serait linéaire et pour n = 3 serait du
second degré, de telle sorte que les procédés indiqués deviendraient superflus tout en restant valables.
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 187
appelée trinomiale, et l ’on peut appliquer la méthode suivante, due à Gauss,
au calcul numérique de son unique racine acceptable.

................ — k=n

F ig . 54.

Écrivons l’équation (212) sous la forme équivalente suivante :

Xn~x k— 1
= 1 (213)
k kx

et remarquons que les deux éléments x n~x/k^ et {k — 1)/kx sont tous deux
positifs (et par conséquent ayant pour somme 1, sont inférieurs à 1). Nous
rappelons que pour un angle arbitraire a les deux fonctions cos2 a et sin2 a
jouissent des mêmes propriétés. Il existe alors un angle a tel que :

2 *
CO S a = (214)
k

k— 1
sm a = (215)
kx

En élevant à la puissance n — 1 les deux membres de l ’équation (215) et en


multipliant la relation ainsi obtenue membre à membre par l ’équation (214),
on obtient
n—1
. 2(w-l) (k — 1)
cos a sin a = i (216)
188 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

dont on déduit en calculant les logarithmes des deux membres :

ln cos a + (n — 1) ln sin a = i [(n — 1) ln (k — 1) — « ln k], (217)

et le second membre de cette relation est une constante connue que nous
indiquerons par C. Au moyen de tables logarithmiques-trigonométriques
(donc de tables donnant directement les logarithmes des fonctions circulaires
lorsque l’argument a varie), on peut trouver par tâtonnements l ’angle oc
tel que ln cos a + (n — 1) ln sin a = C, et dans la pratique on pourra trouver
deux valeurs oc' et a" consécutives sur les tables telles que :

ln COS a' + (n — 1) ln sin a' < C < ln COS a" + (« — 1) ln sin a".

On déterminera ainsi a (ou mieux ln sin a puisque a n ’est pas intéressant


en soi à connaître) au moyen d ’une interpolation linéaire. Si l ’on connaît
ln sin a on peut en déduire immédiatement la valeur de ln x (et par conséquent
de x) d ’après l ’équation (215), en calculant les logarithmes des deux membres :

ln x = ln (k — 1) — ln k — 2 ln sin a. (218)

On remarquera que ln (A: — 1) et ln A: avaient déjà été déterminés précé­


demment pour écrire l’équation (217).
L’avantage de la méthode est essentiellement le suivant : les tables logarith-
miques-trigonométriques donnent généralement en regard les valeurs de
ln cos oc et ln sin a, ce qui facilite l’application de l ’équation (217); de plus,
l’intervalle entre les valeurs de la table est très petit, ce qui permet d ’obtenir
une précision bien supérieure à celle que l ’on obtiendrait en utilisant direc­
tement des tables financières.
On peut traiter de façon analogue l’équation déjà considérée (voir n° 44):

4 » = k, (m < n) (211')
1— X

qui adm et une racine et une seule com prise entre 0 et 1, du m om ent que
1 < k < nfm.
En m ettant l ’équation (211') sous sa form e entière et en ordonnant, sans
tenir com pte de la racine étrangère x = 1 que l ’on introduit ici, on obtient
l ’équation équivalente :

x n — kxm + k — l = 0 (2l2<)

analogue à l ’équation (212).


PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 189
On obtiendra alors successivement au lieu des équations (213) à (217), les
équations suivantes qui se passent de commentaires :

x™ k — 1_
(213')
k + kxm
2 *
COS a — — (214')
k 9
. 2 k— l
Sin a (215')
kxm ;
2 . 2(w/î»-l) (fc-- l)W/m 1
cos a sm = v - k n(m----- ; (216')

ln COS a + — 1^ ln sin a = — 1^ ln (k — 1) — ^ ln fcj, (217')

Si l ’on connaît ln sin a, on trouve la valeur de ln x (et donc de x) au moyen


de l’équation (215') :

In x = - [ln (k — 1) — ln k — 2 ln sin a]. (218')

51. — Remarques sur d’autres méthodes

Partant de l’équation f(x ) = k , il peut être parfois utile de considérer une


fonction « transformée » de la fonction f(x ) et l’équation qui en résulte. Plus
précisément si cp(u) est une fonction convenablement choisie de u, il se peut
qu’il soit plus facile de résoudre l’équation <p(f(x)) = <p(k) ; si la fonction <p(u)
peut être inversée, du moins dans l’intervalle qui nous intéresse (et pour cela
il suffit que dans cet intervalle, la fonction <p(u) soit continue et monotone),
il est évident qu’une racine xo de 9o{f(x)) = <p(k) est également racine de l ’équa­
tion f(x ) = k ou inversement.
On a pu voir un exemple banal de cette méthode au numéro 43 : on est
passé de l’équation etx = k à l ’équation ln etx = ln k; dans ce cas, la fonction
désignée ci-dessus par <p(u) était ln u.
Le critère suivant de détermination d ’une fonction <p(u) peut être utile pour
appliquer la méthode d ’interpolation linéaire. Faisons dépendre la fonc­
tion cp(u) d’un paramètre a, et cherchons à déterminer a de telle sorte que,
en un point contenu dans un intervalle assez petit au voisinage de la racine a
que l’on veut calculer, on ait

~ Q-
190 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Il s’ensuit qu’au voisinage de a, la fonction <p(f(x)) aura une variation


presque linéaire (on rappelle que lorsque y" = 0, la courbure est nulle); par
conséquent, la méthode d’interpolation linéaire, ou des tangentes, etc., appli­
quée à la fonction (p(f(x))9 nous donnera une valeur de la racine d’une précision
supérieure à celle que l’on obtient en général.
Supposons que x = v; étant donné que dans la pratique, la valeur inconnue
de v est très proche de 1, nous pourrons déterminer a de façon à avoir
U 2<pa(f(x))l =0
L dx ]x=i
(où l ’on a désigné la fonction <ppar le symbole <pa pour indiquer qu’elle dépend
du paramètre a).
Par exemple, posons <pa(u) = ua et supposons que nous nous référons au cas

/( * ) = E h Xh.
1
On peut trouver au moyen de calculs faciles que, compte tenu de F(x) = <pa(f(x))
= [/(*)]“ :
F"(x) = a ( a - l)U (x )]a~2[ f '( x ) f + a [ / W f V " W 0 ) ;
et en résolvant l ’équation F"( 1) = 0 (par rapport à a) on trouve (en négligeant
la valeur banale a = 0) et dans l ’hypothèse que /(1 ) ^ 0, /'(1 ) # 0 :
1
a =
3 (n — 1) 3
Pour n suffisamment grand, on peut supposer a = — 1/3, c’est-à-dire
considérer, au lieu de l’équation f(x ) = k l ’équation
1
= C (219)

où l ’on a posé C =

Le même procédé appliqué à la fonction <pa(u) = l/(u + à) permet de


déterminer la valeur suivante de a :
= 2n(n — !) (« — 2) _
3n (n — l) 2
pour n assez grand, étant donné que

lim2,i^ r l)(" T 2)- 0 ,


«->00 3n (n l) 2
C1) Voir formule (2060.
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 191
on peut poser a = — n\ ceci signifie que l’on considère, au lieu de l’équation
f(x ) = к, l ’équation \\n — f(x ) = C où l’on a posé С = 1jn — k.
De tels procédés conduisent à des formules d ’approximation utilisées
dans la pratique, telle la formule suivante due à Baily, dont nous omettrons
la démonstration.
n
Soit J^hVh = к l ’équation à résoudre; nous avons écrit v au lieu de x étant
î
donné que c’est à ce cas que se réfère la formule de Baily. Si l’on pose
/ = (n/k)2f(n+1) — 1 on obtient la valeur approchée suivante de i :

. 1 2 — ( л — 1)/
1 “ l l 2 — 2 (n — 1)/'

52. — Remarques sur les équations algébriques en général

Dans le cas d ’équations algébriques de la forme

/ (x) = ao + a±x + • • • + anx n = 0,

il existe des méthodes qui permettent, premièrement, de les ramener à une équa­
tion ayant les mêmes racines que l ’équation proposée, mais toutes simples, et
deuxièmement de séparer les racines réelles, donc de déterminer pour chaque
racine réelle un intervalle contenant celle-ci, et celle-ci seulement. Il est toujours
possible, de cette façon, de déterminer dans le cas des équations algébriques,
un nombre fini d ’intervalles pour chacun desquels la fonction f(x ) = 0 a une
solution et une seule, comme c ’était le cas dans les exemples considérés jusqu’ici.
Voyons d’abord les méthodes permettant d ’éliminer les racines multiples
éventuelles.
Nous savons que les racines multiples, et celles-ci seulement, jouissent
de la propriété d ’être racines d ’une part de f(x ) et d ’autre part de /'(* ); et
même si une racine a est multiple d ’ordre r pour /(x ), elle est d ’ordre r — 1
pour f'(x). Il s’ensuit que le plus grand commun diviseur <p(x) de f(x ) et f'(x )
aura pour racines toutes les racines multiples de f(x ) et seulement celles-ci,
avec une multiplicité inférieure d ’une unité à la multiplicité qu’elles auraient
pour f(x ); donc, le polynôme f(x)/(p(x) (que l ’on obtient en effectuant la divi­
sion algébrique de / par <p) aura « toutes » les racines de /(* ), mais elles seront
toutes simples (en effet, si f(x ) contient le facteur (x — a)r, <p(x) contient le
facteur (x — a)r_1 et par conséquent f(x)/cp(x) contient le facteur x — ar-(r-1>
= x — a).
On pourra donc raisonner sur l ’équation entière f(x)/cp(x) = 0 au lieu de
l’équation f(x) = 0.
192 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On remarquera que <p(x) peut être déterminé par des opérations rationnelles
au moyen de la méthode des divisions successives.
En ce qui concerne la séparation des racines, le théorème suivant (de Budan-
Fourier) subsiste pour f(x ) = ao + a±x + • • • + anx n :

Si la suite des signes de f(x), f'(x),..., f f n){x) lorsque x passe de la valeur a


à la valeur 6, perd s variations, il y a au plus s racines réelles {distinctes ou
confondues) dans Vintervalle (<a, b), et leur nombre, s'il est inférieur à s, diffère
de s d'un nombre pair.

Par conséquent, s’il y a une seule variation qui se perd, il y a certainement


dans l’intervalle (a, b) une racine réelle et une seule.
On remarquera que si l’une des dérivées f f k){x) est nulle pour la valeur de x
considérée, on fera le calcul des variations en considérant dans l’ordre les
seuls nombres non nuis de la suite f { x \ /'(x),..., f f n){x).
Étant donné que le théorème reste valable même si b = + oo (donc si
l ’intervalle est (<a, + oo)), et, par conséquent, si par exemple an > 0 :

/ ( + oo) = / ' ( + oo) = • • • = oo) = + oo > 0 , / (K)( + 00) = n \an > 0 ;

il s’ensuit que la succession des signes pour x = + oo a zéro variation;


d’autre part, la suite des signes de /( 0 ) ,/ ' ( 0 ) ,...,/ (7l)(0) est la même que celle
des signes des coefficients ao, ai,..., ^p u isq u e f f k)(0) = ajc/kl (voir formule (15)).
D ’où le théorème de Descartes que nous donnons ici parce qu’il est un corol­
laire facile de celui de Budan-Fourier :
Le nombre de racines positives de l'équation
f{x ) = a0 + aix + ••• + anx n = 0
ne dépasse pas le nombre des variations de la suite des signes des coefficients,
et s'il y est inférieur, il en diffère par un nombre pair.

Nous nous bornons à faire ces quelques remarques sur le sujet, et nous
renvoyons pour plus d’informations à un cours d ’analyse algébrique.
EXERCICES SUR LE CHAPITRE IV

1. Une dette de] 10 000 F est remboursée avec 10 annuités différées de


1 250 F.
a) Déterminer le taux avec une erreur inférieure à 0,005 en sachant que,
pour i = 0,04, on a ûtü| = 8,110 895 78 et pour i = 0,005 on a
an* = 7,721 734 93;
b) déterminer le taux avec une erreur inférieure à 0,002 5, en sachant
que, en plus des données précédentes, pour i = 0,045 on a
am = 7,912 718 18;
c) sachant, en plus des données précédentes, que pour i = 0,042 5 on a
a iq = 8,010 887 00,
déterminer le taux avec une erreur inférieure à 0,001 25.
Utiliser uniquement la méthode exposée au numéro 45.
2. Déterminer la plus petite limitation donnée par la méthode des sécantes
(n° 46) pour le taux appliqué dans le cas où sisj = 25, en utilisant les
valeurs suivantes de en fonction de i :

i 0,055 | 0,060 0,065 0,070

SI3| 23,641 14 24,672 53 25,754 01 26,888 05

3. Démontrer que si

/ ( * ) = Za x h (et donc/(w) = S rv)J \u ) = ^

(voir le cas analogue pour x = v à la page 177, en tenant compte de l ’expres­


sion de (7art{).
4. Répondre à la question posée à l ’exercice n° 2 en utilisant la méthode
des tangentes, en plus de la méthode indiquée dans l’exercice. Tenir
194 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

compte de l’exercice n° 3 et des données numériques suivantes (en outre


de celles données à l’exercice 2) :
1,06015 = 2,396 558
1,06515 = 2,571 841 (à 0,000001 près).

5. Écrire l’équation trinôme (x = u) correspondant à la relation ¿151 = 25


et la résoudre par la méthode de Gauss; comparer avec les résultats obtenus
dans les exercices précédents.
6. Démontrer, en tenant compte des formules (205) et (206), que est une
fonction décroissante et concave de i.
7. Déterminer dans le cas de l ’exercice 1 la plus petite limitation donnée
pour i par la méthode d’interpolation et d ’extrapolation (n° 46) en utili­
sant directement les données numériques fournies dans l ’exercice 1.
8. Déterminer avec une erreur inférieure à 0,001 le taux d’escompte v en
sachant que a$\ = 2.
9. Démontrer que l’équation x = (xn + k — 1)/k (équivalente à l’équation
1 __x n
- ----- — = k) dans le cas k > n (donc pour x = u, ce qui se produit lorsque
l ’on fixe Sfi\ = k) ne peut pas être résolue par la méthode d’itération,
parce que celle-ci donnerait une racine inacceptable x = 1; démontrer
ensuite que la méthode d’itération peut s’appliquer par contre à l ’équa­
tion i = (1 + ki)1/n — 1, équivalente à la précédente.
10. Déterminer dans le cas de l’exercice 1 la valeur de i donnée par la formule
de Baily.
11. Déterminer par la méthode de Gauss le taux d ’escompte dans le cas où
la valeur résiduelle au bout de 4 années de 7 annuités constantes retardées
est la moitié de la valeur actuelle (ou ds|/û7| = 1/2); comparer la valeur
trouvée avec celle que l’on obtient en élaborant pour les taux usuels un
tableau donnant la valeur du rapport aj]/'a7| ou lorsque i varie, et
en procédant à des interpolations et des extrapolations de ce tableau.
12. Appliquer la transformation (219), (n° 51), au calcul de v en sachant que
a6oi = 27.
13. Démontrer que l’équation
2 (n — k)
n(n + 1)
donne une valeur par défaut du taux d’escompte d dans le cas de l’équa­
tion ctrë| = k; et que l ’équation
2(k — n)
n(n + 1)
PROBLÈMES CONCERNANT LA RECHERCHE D ’UN TAUX 195
donne une valeur par défaut du taux d’intérêt i dans le cas de l ’équation
¿53 = k. (Dans le premier cas, on démontre d ’abord que
П П
I * ( i — a <9 < Y.nvh = k,
1 1
d’où l’on calcule la première somme; même procédé dans le deuxième cas.)
CHAPITRE V

EMPRUNTS — OBLIGATIONS

53. — Généralités

Les remarques faites au chapitre III à propos des prêts et de leur amortis­
sement, et au chapitre IV à propos de la détermination du taux d’intérêt
ou de rendement correspondant, s’appliquent également aux cas d’emprunts
divisés en obligations, à l’analyse desquelles le présent chapitre est consacré.
Il faudra les compléter par des notions descriptives relatives aux circonstances
particulières de ce cas, et indiquer explicitement les résultats sous la forme
la plus commode.
Pour l ’émission d’un emprunt, on a recours aux obligations lorsque, compte
tenu de l’ampleur de son montant ou pour d’autres raisons, on pense qu’il
est nécessaire ou opportun de permettre à de nombreuses sociétés et personnes
privées de participer à l’emprunt en en souscrivant une partie même minime.
C’est à cette formule qu’ont recours pour leur financement des organismes tels
que l’État, les municipalités, les entreprises d’Etat ou nationalisées et même sou­
vent des sociétés financières, des entreprises industrielles privées. Ces dernières,
si elles le veulent, ont également la possibilité d ’émettre des actions pour un
nouvel apport de capitaux : la différence (que nous mentionnons ici en passant)
est que, dans le cas d ’émission d'actions, ceux qui les achètent deviennent
des actionnaires, c’est-à-dire des co-propriétaires de l ’entreprise, et perçoivent
un revenu variable, c ’est-à-dire le dividende qui est la part qui leur revient
des bénéfices de l ’entreprise. Il n’en est pas ainsi dans le cas des obligations.
Les obligations représentent un crédit du possesseur, ou « obligataire »,
sur l ’organisme émetteur; par rapport à cet organisme, les obligataires sont
des étrangers qui perçoivent, d’une part, un revenu fixe, établi d ’avance sur
présentation (en général) d’une souche annexée au titre même, d ’autre part,
un montant de capital au moment du remboursement.
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 197
Le remboursement peut avoir lieu pour toutes les obligations à un même
moment établi d ’avance (comme pour les bons du trésor), mais habituellement,
il a lieu au moyen d’un tirage au sort d ’un certain nombre d’obligations
à rembourser au cours de différentes années (c’est-à-dire 1, 2,..., n années
à partir de l’émission, si n est la durée de l’amortissement), fixées d’avance
sur la base d ’un certain plan d ’amortissement. L’intérêt est payable aux
mêmes dates (1, 2,..., n années à partir de l ’émission, mais naturellement seu­
lement jusqu’au remboursement de chaque obligation); il peut naturellement
être fractionné (normalement en annuités semestrielles); de la même façon,
le titre est muni de n coupons (ou 2n dans le cas d ’annuités semestrielles) etc.
Sur chaque obligation est indiqué un capital nominal C et un taux d’intérêt
nominal /, sur la base desquels est fixé l ’intérêt annuel 3 = iC (payable éven­
tuellement selon des annuités 3/2 = iC/2 par semestre, etc.). Normalement,
C est également la valeur de remboursement; parfois cependant, la valeur
de remboursement est différente de la valeur nominale, et alors, elle a en
général une valeur supérieure G' > G; dans ce cas, l ’indication de la valeur
nominale a une signification purement fictive (ou à vrai dire n ’a aucune signi­
fication) et nous verrons qu’à toutes fins utiles, il en va comme si le capital
nominal était G' et le taux V = 3/C' = i(G/G'), ce qui laisse 3 = iC = i'G'
inchangé (voir n° 59); jusqu’ici nous nous limiterons au cas G' = C).
Nous désignerons par SJ (ou SJo) la valeur d'émission (prix auquel on
peut acheter le titre à l ’entreprise contractant un emprunt au moment de
l ’émission) et par SJr la valeur effective, ou cours, au moment r, c’est-à-dire
le prix courant sur le marché (ou bien selon les cas il pourra s’agir d ’un prix
hypothétique — et l’on désignera en particulier par SJr* le prix correspondant
à un taux d ’évaluation quelconque i* — ou bien d ’un prix utilisé dans un
inventaire, et ainsi de suite). La valeur d ’émission et la valeur effective sont
normalement un peu inférieures à la valeur nominale, et l ’on dit alors habi­
tuellement qu’elles sont au-dessous du pair; elles peuvent également cependant
être égales ou supérieures (au pair, au-dessus du pair).
De la même façon, nous désignerons par SJLr* et (Fr* l ’usufruit et la nue-
propriété pour une obligation et nous utiliserons en général des lettres cursives
majuscules pour indiquer des grandeurs ayant trait à une seule obligation,
alors que nous continuerons à utiliser les notations du chapitre III (en général
les mêmes lettres, mais en caractères italiques majuscules) pour désigner
les grandeurs ayant trait à l ’ensemble de l ’emprunt (c’est-à-dire à la masse
de toutes les obligations; voir n° 55).
Le système des obligations donne lieu à des variantes permettant de donner
un caractère attrayant au titre et de faciliter le placement auprès du public :
des primes peuvent être tirées au sort, on peut fixer des prix de rembourse­
ment variables, etc. Nous ne parlerons qu’en fin de chapitre (n° 63 à 66) de
ces modalités et d ’autres variantes liées à des considérations techniques.
198 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

54. — Plan des tirages au sort

Pour fixer les modalités de fonctionnement d ’un emprunt à obligations,


il suffit d ’établir le nombre N des obligations à émettre, et d ’établir ensuite
combien de ces obligations (Ni, N n) seront tirées au sort, et remboursées
au bout de 1, 2,..., n années. Nous devrons avoir naturellement

N = N i + N2 + ••• + jVf + ••• + N n = '£r Nr,


1

mais à part cette identité, il est évident que l ’on peut choisir arbitrairement N
et le montant des obligations Nr.
Le choix de N dépendra du montant du prêt et du degré de subdivision
que l ’on estime nécessaire pour permettre la souscription par la tranche du
public la moins aisée que l’on pense pouvoir atteindre; étant donné que le
montant encaissé en plaçant N obligations au prix d ’émission ‘U est N cü ,
il convient de choisir N de façon que soit un montant accessible, et en
tenant compte également de l ’exigence pratique qui vise à donner une valeur
ronde (par exemple 100 F) à C (°Ü aura une valeur proche de G et on déci­
dera si on veut fixer 'Xf = G ou ‘U > C o u V < C) et de combien.
On peut avoir autant de titres que d ’obligations, chacun étant de « taille » G ;
ou bien on peut émettre des titres multiples, ayant pour « taille », par exemple,
se, îoe, soc, 100e, etc.
On effectuera le choix de la durée n et des Nr de façon à étaler dans le temps
la restitution de la dette selon les modalités qui correspondent le mieux aux
prévisions portant sur les possibilités de l’entreprise au cours des années
futures, et de façon compatible avec les exigences ou les préférences des sous­
cripteurs. Pour un choix Nr on obtient des annuités variables Rr bien
déterminées à payer au cours des années lors de l ’amortissement du prêt
total (comme on pourra le voir aux nos 55 et 56), et inversement à chaque déter­
mination de la variation de Rr dans le temps correspond un plan de tirage
au sort, c’est-à-dire un choix de Nr. Naturellement, si l ’on fixe a priori les Rr,
il faudra parfois faire quelque retouche, étant donné que les valeurs Nr cor­
respondantes seraient en général des nombres quelconques, au lieu de nombres
entiers comme il est nécessaire.
Nous désignerons par Lr le nombre des obligations non tirées au sort au
cours des r premiers tirages (obligations restantes, ou en circulation, à l ’ins­
tant r), c’est-à-dire que nous poserons

L0 = N, L i = N — Ni,..., Lr = Lr-1 — Nr = N — N i — N2 --------— Nr,...,


EMPRUNTS - OBLIGATIONS 199
et on aura également
Lr = Nr+i + Nr+2 + • • • + Nn (220)
(en particulier on aura L n- i = N n, L n = 0) parce que les obligations que nous
n ’avons pas encore tirées au sort le seront dans les années futures.
Nous remarquons que les rapports

Lr+h . blT+h
(220')
~l T « ~l T
indiquent respectivement les pourcentages des obligations en circulation
à l’instant r qui seront encore en vigueur après h tirages au sort ultérieurs,
et le pourcentage de celles qui seront tirées au sort après h tirages (c’est-à-dire
exactement au {r + /z)-ième tirage). Il est particulièrement intéressant de consi­
dérer le pourcentage des obligations qui seront tirées au sort lors d ’un tirage
parmi celles existant immédiatement auparavant, et nous désignerons ce
pourcentage par
Nr

On pourrait facilement exprimer les grandeurs N et L en fonction des


valeurs de p au moyen des expressions suivantes :

L r+K — L r( \ — p r+ i)(l — pr+ 2) • • • (1 — pr+h )> (222)


Nr+h = Lr( 1 — p r+1) (1 — pr+ 2) • • • (1 — pr+h-ÿpr+h, (223)
(et naturellement si l ’on commence par Lo = N au lieu d’un L r quelconque,
on obtiendrait ainsi tous les Nr et Lr exprimés au moyen de N et des pour­
centages pr).
Au lieu de pourcentages, il vaudrait mieux parler de probabilité de tirage;
étant donné que nous n ’avons pas introduit ici (et que nous ne supposons
pasconnue) la notion de probabilité, nous nous bornerons àmentionner
cette interprétation sans insister. Ceci est possible parce qu’il existe, heureu­
sement, des raisons qui nous permettent de ne pas tenir compte, lorsqu’on
traite des tirages au sort, des notions de calcul de probabilités qui seraient
toutefois utiles pour approfondir la compréhension des opérations en
cause.
En effet, il suffit de remarquer que si nous considérons l ’emprunt total
dans son ensemble, nous pouvons effectuer chaque calcul sans qu’inter­
vienne un facteur d ’incertitude (risque, probabilité, etc.) étant donné que le
tirage au sort sert à établir quelles obligations seront tirées au sort au cours
des années à venir, mais non combien d ’obligations. Pour l’organisme débiteur,
et pour un obligataire qui aurait acquis la totalité des actions, le tirage au sort
n ’a en fait pas de signification.
Ceci posé, il suffit d ’admettre que toutes les obligations en circulation
200 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

à un instant donné ont une valeur égale pour pouvoir écrire plus généra­
lement, ce qui est immédiat :
Vr^LSXSr, V? = L?CU?, U? = L A h ï, etc,
obtenant ainsi indirectement la valeur (l’usufruit, etc.) pour une obligation
donnée. Une détermination directe peut être obtenue en considérant une seule
obligation, c’est-à-dire en se mettant à la place de celui qui possède cette seule
obligation. Il faudrait alors penser que celle-ci peut être tirée au sort au cours
de l ’une quelconque des années restantes, et évaluer la probabilité de telles
éventualités (d’après les formules (220') et (221)); on partirait d ’une hypothèse
d’égale probabilité de tirage pour les différentes obligations (égale probabilité
d’être tirées au sort quels que soient le numéro ou la lettre ou la série des
différents titres) et en prenant comme règle d’évaluation d ’un engagement
aléatoire celle de « l’espérance mathématique ». La méthode d ’évaluation
indirecte développée ci-dessus repose implicitement sur toutes ces hypothèses,
que l’on accepte en bloc en admettant intuitivement que toutes les obligations
ont une valeur égale.
Un autre concept important sur le plan de tirage au sort est celui de la vie
moyenne d'une obligation à l'instant t = r. Celle-ci est définie par l’espérance
mathématique er du nombre des années de vie ultérieure d’une obligation
au-delà de l’instant t = r; mais lorsque l’on ne veut pas utiliser la terminologie
du calcul des probabilités, on dira que la vie moyenne er est le temps au cours
duquel chaque obligation pourrait vivre si la durée totale était répartie éga­
lement entre toutes les obligations.
Donc, sur le plan mathématique, er sera défini comme la moyenne pondérée
des années de vie restantes d ’une obligation au-delà de l ’instant t = r; ceci
veut dire que chaque terme h = 1, 2, 3,..., n — r, exprimant une durée, est
multiplié par le pourcentage correspondant Nr+nlLr (probabilité, poids) des
obligations qui seront tirées au sort au bout de h tirages après l ’instant t — r.
Son expression est donnée par

YjhhNr+h 71—r -J 71—


T
er = —--------- = Yjh h —p — = J - Yjh h • Nr+h, (224)
71—r 1 -Lnr J-'r 1
Nr+h
ou encore
J n-r
er = y - X* Lr+h• (224')
0
On établit aisément cette dernière équation par le raisonnement suivant : les obli­
gations non tirées au sort au cours des r premières extractions sont au nombre de
Lr, et elles vivent toutes pendant la prochaine année, dQ t = r h t = r + 1,
soit les N r+i qui seront tirées au sort à la fin de cette année que les autres Lr+i
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 201

qui vivront davantage. Les Lr+i vivent toutes pendant l’année de t = r + 1


à t = r + 2, ainsi que Lr + L r+i est le nombre d’années de vie vécues pendant
ces deux années : une année par les Nr+1, deux par les Nr+2, et deux aussi
par toutes les autres L r+2 qui vivront davantage. Ainsi Lr + Lr+1 + L r+2
donne le nombre d ’années vécues pendant les trois premières années de t = r
à t = r + 3 (1 pour les Nr+1, 2 pour les Nr+2 , 3 pour les Nr+Z et pour les Lr+3)
etc. ; à la fin Lr + L r+1 + . . . + Ln- 1 donne le total des années vécues, le même
qu’en groupant les h années de vie pour chaque groupe Nr+n, car chaque obli­
gation des N r+h est présente pendant les premières h années parmi les Lr,
Lr+ L r+h-1 qui contribuent à la somme effectuée par année.

55. — Plan d’amortissement


Si l ’on fixe le montant des obligations Nr on connaît immédiatement les
annuités d ’amortissement Rr : en effet, la part d’intérêt est constituée par le
paiement des coupons, de telle sorte que :
lr = Lr_i3 = Lr-i/C,
alors que la part de capitaux est constituée par le paiement des obligations
remboursées, de telle sorte que
Cr = Nr C;
et en faisant la somme on obtient :
Rr = Cr + Ir = GNr + iGLr-i = G(Nr + iLr-i), (225)
ou encore
Rr = G Lr-i(pr + i). (226)
Si l ’on veut par contre fixer les annuités Rr il faut naturellement s’assurer
d ’abord que leur valeur actuelle (à l ’instant 0, et calculée sur la base du taux
nominal choisi d ’avance i) est N C; cela étant donné, on a la relation
Nr = Rr/G — iLr-i (227)
qui permet d’obtenir les valeurs Nr l ’une après l’autre en partant de
N 1 = R i/C — iN (étant donné que Lo = N). La relation que l ’on obtient
en exprimant Lr_1 au moyen de Lr permet de la même façon d ’obtenir les
valeurs Nr en partant de la dernière. En effet, étant donné que LT= Lr+i + Nr+1,
on voit immédiatement que l ’équation (225) peut également s’écrire :
Rr = (1 + i)GNr + iGLr (225')
(ce qui exprime d ’ailleurs un fait évident : pour les Nr titres tirés au sort,
on paie la valeur de remboursement et le coupon; pour les Lr titres restants,
on paie seulement le coupon). On en déduit
Nr = v(Rr/G — iLr) (v = 1/(1 + 0); (227')
202 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

d’où Nn = vRn/C (étant donné que L n = 0), ce qui donne par conséquent
les valeurs de N n_ 1 etc. jusqu’à Ni.
Naturellement, comme nous l’avons déjà dit, on obtiendra ainsi pour N des
valeurs non entières (ou des valeurs entières par hasard) : en les arrondissant
à des nombres entiers, on obtiendra des annuités Rr proches de celles désirées.
Pour éviter toute confusion, nous indiquerons à partir de maintenant par R'r
les valeurs correspondant à la règle théorique que l’on aura choisie (par
exemple valeur constante, ou à variation simple, dont nous traiterons au n° 56),
en conservant pour Rr la signification de l’annuité correspondant au paiement
effectif, et arrondi en conséquence.
Si l’on désire, pour arrondir les chiffres, s’en tenir à un critère très rigide,
on peut procéder de la façon suivante (qui découle des processus comptables
correspondant à l ’emprunt) : on peut penser que chaque année il est effecti­
vement payé une annuité R'r établie d ’avance pour l ’amortissement du prêt,
et, sur le plan comptable, on reporte au prochain exercice le résidu que l’on
n’a pas pu utiliser (remboursement d’une fraction d’obligation) qui doit être
considéré comme un paiement à effectuer au cours de l’année suivante, mais
correspondant à l’exercice courant, et qui est donc porté au compte pertes
et profits.
On déterminera en procédant ainsi :

N i = entier maximum inférieur à { R J G — iN }; les paiements effectifs


pour les coupons et les remboursements se monteront à jRi = GNi + iCN ,
alors que le résidu D i = R \ — R i (par définition inférieur à C) sera
reporté à l’exercice suivant. Au cours de celui-ci, nous disposerons
en plus de R'% de D i augmenté de l’intérêt correspondant, et l’on pourra
donc rembourser:

N 2 = entier maximum inférieur à { (R' 2 + (1 + i)/Di)/G — i L i }; nous aurons


donc de la même façon

r2 = GN2 + i'CLi ,
et il y aura un résidu

Ü2 = D i{\ + 0 + Rk — R 2 (< e ) ;

et ainsi de suite. En général, on aura plus précisément :

Nr = entier maximum inférieur à {(Ær + (1 + i)Dr-ï)/C — iL r-i} et (228)

Dr = D r-i(l + 0 + Rï — Rr (< G)

(avec Rr donné par la formule (226)). (229)


EMPRUNTS - OBLIGATIONS 203

Nous aurons nécessairement Dn = 0, étant donné que la valeur actuelle


des Rr vaut par hypothèse NC ; nous aurons en effet :
n n
Zr (Rr — Rr)v = 0, soit Er [Dr — Dr- i(l + i)]v = vnD n = 0
î î
(parce que tous les autres éléments s’éliminent : Drvr du terme Même s’éli­
minent avec -D(r+i)_i(l + i)vr+1 du terme suivant).
Il est donc clair que du point de vue des mathématiques financières il n ’y
a aucune raison de compliquer les choses et considérer les annuités Rr déter­
minées par cette méthode ou par une autre quelconque visant à arrondir
les chiffres; la complication n ’apparaîtra qu’au niveau comptable lorsqu’il
s’agit de manipuler des résidus découlant des différences entre R'r et Rr. Ceci
correspond à des considérations comptables, que je qualifierai d ’esthétiques,
étant donné le peu d’importance de ces résidus extrêmement petits, qui sont
créés dans un but tout à fait fictif et qui sont destinés à permettre de prendre
en compte chaque année des montants qui soient en chiffres ronds, ou très
exactement constants, et donc plus « réguliers ».

56. — Cas particuliers simples

a) Annuités constantes. — Le cas le plus simple (et aussi le plus fréquent


et le plus important) est naturellement celui de l ’amortissement à annuités
constantes. Puisque nous savons (n° 36, en particulier formule (171)) que
dans ce cas les parts de capitaux croissent en progression géométrique de
raison (1 + /), il sera nécessaire et suffisant dans notre cas que le nombre Nr
des obligations tirées au sort (Nr = Cr/C ) croisse selon une telle progression.
Naturellement, si l ’on a

(230)
dn|
on pourra obtenir tout de suite

N n = vR/C = Nvj&r^,
ou bien
Ni = vn^ N n = Nvn^ = NIs*,
et en général
N r = v ^ N n = N v n^ +1/ a n ,
et donc
Lr = No.n=f\ /ctr[,
n - r +1
Pr = Nr/Lr-i = i/ / d n - r + l \ --- l/S tt-r + li. (231)
204 LEÇONS DE MATHEMATIQUES FINANCIÈRES

Bien entendu, toutes ces relations sont approchées du fait que les valeurs Nr
doivent être arrondies à des nombres entiers. Mieux, on pourrait dire (si l ’on
ne craignait pas de créer une confusion en introduisant des notations pour des
grandeurs dont la considération est en fait superflue) que ces relations
sont très exactement valables pour les nombres fictifs (non entiers) N 'r des
obligations que l ’on devra tirer au sort au cours de la r-ième année, si l ’on
veut avoir des annuités
Ri = NG/an = R '
exactement constantes.
Il peut être instructif de répéter le raisonnement montrant pourquoi les
valeurs Cr croissent en progression géométrique; en effet, on peut l ’utiliser
explicitement dans le cas des emprunts à obligations, ou on peut le tenir présent
à l ’esprit pour l ’étude des autres cas.
En prenant les relations

Rr — CNr “f" iCLr-i et R r+ i — GNr+i iGLr,

nous obtenons par différence

R r+i — Rr = G(Nr+i — Nr) — iCiLr-1 — Lr)


= G[Nr+i — Nr — iNrl (232)
dont on déduit
Nr+i = (1 + i)Nr + (Rr+1 — Rr)IG. (233)

Et en effet, au cours de l’année (r + l)-ième, on peut rembourser iNr obligations


de plus que l’année précédente, en ne faisant pas varier l’annuité (Rr+i = Rr),
puisqu’on a cessé de payer les coupons des Nr obligations tirées au sort;
ensuite, si l ’annuité augmente du montant Ær+i — Rr (elle diminue si ce mon­
tant est négatif), il est possible de rembourser encore une obligation de plus
(ou de moins) pour toute différence égale à C.
b) Annuités en progression arithmétique. — Le cas particulier le plus simple
est celui où l ’on garde constantes les parts de capitaux, c’est-à-dire où l’on
rembourse un nombre égal d’obligations chaque année : Nr = N/n,
Lr = (n — r)/n N et pr = l/(n — r + 1). Il est évident que dans ce cas (que
nous avons déjà vu, en général, au n° 38), les annuités sont :

i CN
* _ e ? + ie ï= £ jr = n

(2 3 4 )
n
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 205
Du point de vue le plus général, Rr = R — rD (*), on remarque que si
R = D (1/z + n) l’on se trouve dans le cas précédent, et sinon, en écrivant

on obtient une division de l ’opération en deux : une opération en annuité


constante, et une seconde opération entrant dans le cadre particulier exposé
précédemment, et l ’on aura donc
NT = Ni- + N? = A vn+T 1 + B, (236)
OÙ Ni-' = B = D/(iC)

est le nombre (constant) d’obligations remboursables chaque année pour la


seconde composante (mettant en jeu N" = nD/iC obligations), alors que

(237)

où N' = N — N" = N — nD/iC est le nombre (croissant en progression


géométrique de raison 1 + i) des obligations remboursables pour la première
composante.
Puisque cette décomposition est fictive, il ne faut pas se préoccuper si N'
et N" ne sont pas entiers, ou si l ’un de ces nombres est négatif (comme cela
se produira si la décroissance D est supérieure à iGN/n, ou bien si elle est
négative, c’est-à-dire si l’on a des annuités croissantes au lieu de décroissantes).
On peut naturellement obtenir directement les mêmes formules à partir
de l ’équation (181) du numéro 37, sans avoir recours au raisonnement précédent
(il faut seulement faire attention que D est changé en — Z) si l ’on veut retrouver
la convention utilisée jusqu’ici).
c) Annuités en progression géométrique. — Nous nous bornerons ici à nous
référer à l ’équation (183) du numéro 37, dont on déduit :

f Riqnyn+2 1 -r
Nr = C r/e = i
\ l — vq j q(l — vq) j
étant donné que les Cr ainsi que les Nr (qui n ’en diffèrent que par un
coefficient multiplicatif), sont donnés par une somme de deux termes
en progression géométrique, l ’une de raison 1 + U et l ’autre de raison q
(raison de la progression des Rr).
d) Annuités constantes à paiement différé. — Considérons encore l ’éventualité
où, pour un certain nombre k d’années, on paie seulement les intérêts, et
ensuite on rembourse à annuités constantes au cours des n — k années restantes

C1) Nous écrivons le signe « — » parce que le cas des annuités décroissantes est plus clair; il
suffit d’imaginer D négatif pour se placer dans le cas opposé.
206 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

(ce qui peut être souhaitable pour l’organisme débiteur s’il estime qu’il sera
plus en mesure de commencer à rembourser en différant le paiement, par
exemple, jusqu’à ce qu’il ait vraiment lancé ses activités).
Les premières k annuités valent
Ri = r 2 = ... = R k = N ie , Lr = N , Nr = 0, (239)

alors que les annuités suivantes sont les mêmes que dans le cas a) avec pour
durée n — k :

Rk+r = NC/On^ = iLjc+r-iG + Nk+re , (r = 1, 2,..., n — k \ (240)


avec Njc+r = Nvn fc_r+1/ d ^ , Ljc+r = N • an-/c-r\/an=jc|. (241)

R e m a r q u e . — Naturellement, les valeurs Nr indiquées dans tous les exemples


du présent numéro sont des valeurs théoriques, non arrondies à des entiers.
On devra toujours tenir compte de ce fait, comme on l’a expliqué au numéro 55
précédent.

57. — Évaluation sur la base d’un taux quelconque

Si l’on effectue l ’évaluation des paiements futurs sur la base d ’un taux
quelconque z*, on obtient pour l ’ensemble de l ’emprunt une valeur (à l’ins­
tant r) V*r, et, de la même façon, pour une obligation une valeur HJr* = F*r/Lr.
Inversement si l ’on se donne une certaine évaluation, K*rou 0!?*,-, il lui correspond
un certain taux d ’intérêt z* à condition que l’on ne prenne pas une valeur
des obligations supérieure à la valeur de remboursement augmentée de la
somme du montant des coupons (car dans ce cas, on aurait un intérêt négatif).
En effet, H) r* est clairement une fonction décroissante de z*, et elle prend la
valeur indiquée pour z* = 0 et tend vers 0 pour z* tendant vers l’infini.
Quant à la signification de ces remarques, nous pouvons répéter et préciser
ce qui a été dit d ’un point de vue général au numéro 39 (chap. III) à propos
des obligations.
Avant tout, comme on l’avait souligné (mais l’on n ’avait pas eu l ’occasion
jusqu’ici d’en tenir compte) le prix d ’émission est habituellement HJ* < C,
de telle sorte que l ’opération est déjà au départ fondée sur un taux z* différent
(et dans ce cas supérieur) au taux nominal z, dont la signification financière
est tout à fait fictive. Il peut arriver que l’organisme souhaite donner un
certain taux effectif ï *, et il s’agit alors de calculer HJ* en fonction de celui-ci,
ou inversement. On peut ensuite calculer à tout moment futur r la valeur HJr*
de l’obligation en considérant toujours l ’opération sur la base de ce taux /*.
Indépendamment de cette valeur de z* correspondant aux circonstances
initiales, on peut poser à un instant quelconque et sous différents aspects
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 207
le problème de l’évaluation de HJr* sur la base d ’un z* quelconque, et inver­
sement. Si l ’on fixe un certain z* (par exemple le taux que l ’on peut obtenir
sur le marché), on pourra déterminer la valeur HJr* de façon à voir à quel
prix il conviendrait d’acheter ou de vendre ces obligations, ou comment il
faudrait les évaluer en fin d ’inventaire. Si l’on se donne par exemple une cer­
taine valeur HJr*, qui pourrait être le prix de marché (cotation en bourse)
ou une valeur quelconque offerte ou demandée au cours d ’une opération
ou simplement une valeur hypothétique, on pourra déterminer le taux corres­
pondant z* comme étant un élément d ’évaluation.
Sans tenir compte de significations ou d’objectifs particuliers, considérons
maintenant les variations de HJr* lorsque r varie pour un taux z* déterminé
(et z* sera égal, inférieur ou supérieur à la valeur particulière de z* correspon­
dant au prix d ’émission, selon que HJ* sera égal, supérieur ou inférieur à HJ).
Remarquons seulement encore que l ’on peut prendre ou supposer z* supé­
rieur ou inférieur à z; par la suite (pour fixer les idées et simplifier l’écriture),
nous nous référerons toujours au cas où z* > z (ou bien HJ* < C); même si
nous ne le mentionnons pas explicitement, les résultats sont également
valables dans le cas opposé (z* < z, soit HJ* > C) et il suffit d ’intervertir
les signes d’inégalité.
On peut naturellement écrire directement la relation liant z* et HJr* : si
l ’on pose v%= 1/(1 + z*), on aura en effet
+ n -r
V ? = = i-1 k {Lr+n-iiC + Nr+he } 4 ; (242)
J-T 1

il sera cependant utile de faire une modification qui peut s’interpréter avec
un raisonnement direct. Désignons par C* le capital qui produirait le même
intérêt 3 = zC pour un taux z* et posons donc

En remplaçant dans l’équation (242) zC par z*C* et C par C* + (C — G*),


on aura
1 n -r 1 n -r
v ? = i- + Nr+he * )v l + 4- (e - e*) S j w î
Lr l Lr \
I n -r
= e* + (e - e*) ± I» j w £ (243)
Ur 1

étant donné que le premier terme vaut évidemment C* (c’est la valeur du


capital donnant des intérêts à un taux z* jusqu’à la restitution, évalué au
taux z*).
208 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On pouvait du reste établir directement au moyen de ce raisonnement


que C* = iC/i* suffit à produire l ’intérêt et garantir le remboursement d ’un
montant égal à lui-même, la différence consistant en la valeur d’un rembour­
sement supplémentaire C — C*, de telle sorte que

(243')

La valeur de la somme, étant une moyenne pondérée des tous compris


entre 0 et 1, est également toujours comprise entre 0 et 1, d ’où l’on peut
conclure que V r * est toujours compris entre C* et C. Plus précisément (si l’on
suppose i* > i) on a

e* = 4 e < v f < g, (244)

soit (en résolvant par rapport à /*) et en supposant HJr* connu :

(ceci est du reste évident étant donné que, si le taux est fC /V *, le montant CU*
produirait CU* (zC/cU*) = iC comme intérêt, et l ’on pourrait à tout moment
retirer le capital V * lui-même; si à un certain moment l ’on reçoit C > ‘D *,
l’intérêt doit être, en conséquence, supérieur).

58. — Cas où l’échéance est connue, et conséquences qui en


découlent
A part l ’inégalité (244), il est intéressant d’établir que SJ* (dans des condi­
tions généralement satisfaites) a une variation monotone, c’est-à-dire croît
de C* à C, si comme on le suppose habituellement, on a SJ* < C (et décroît
dans le cas contraire). Disons tout de suite que C* n’est que la valeur minima
que l ’on aurait à l’instant t — — oo, en imaginant que l’on reporte dans le
passé la date du début de l’opération (donc à un instant fictif).
Faisons, tout d’abord, porter notre analyse sur le cas où l’échéance est
connue (ex. : pas de tirage au sort, toutes les obligations remboursées à une
même échéance fixée) dès le début ou bien supposée telle (ex. : pour un tirage
au sort le cas d’une obligation qui, par hypothèse, sera tirée au cours d’une
année bien déterminée). Il s’agit non seulement, ce qui est évident, du cas
le plus simple, mais également d ’un cas qui mérite d’être traité en premier
lieu, étant donné qu’il permet de faire des remarques intéressantes pour
ce qui est du cas général.
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 209
Avec les présentes hypothèses, c ’est-à-dire si l’on suppose que le rembour­
sement s’effectue à l’instant h, la formule (243) se réduit simplement à
= e* + (e* — e)4“r, (246)
où vh~r tend vers 0 pour r — oo, alors que vh~r = 1 quand r atteint la valeur h
(échéance). La propriété annoncée est donc ainsi démontrée.
En remarquant que ЧТг* décroît évidemment lorsque i* croît, c’est-à-dire
de façon que W > 4Jr", si i' et V sont deux valeurs de /* avec V < il en
résulte que, à parité de valeurs, on a un taux d’intérêt d ’autant plus grand
que l’échéance est plus proche (c’est-à-dire que r est plus grand; ou bien
si l’on imagine inversement — et c ’est la même chose — que r est fixe et h varie,
d’autant plus grand que h est petit). En effet, si l ’on suppose
4» = П» et r' > r",
il en résulte < Я7
donc
» < ПУА, donc V > i ", C. Q. F. D.
Si l’on juge une opération plus avantageuse lorsqu’elle donne un plus grand
taux d’intérêt, l’hypothèse la plus avantageuse pour celui qui achète une
obligation (au-dessous du pair) est que celle-ci soit tirée lors du premier
tirage au sort, et qu’il achète ensuite une obligation qui sera tirée au sort
au deuxième tirage, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
Il faut cependant faire attention qu’une telle comparaison peut être faite
selon différents critères. Supposons que l ’on veuille la fonder en prenant
un certain taux i° réalisable sur le marché, et qui pourrait être invariable
dans un proche avenir (ceci dans le sens que si l’on dispose d’un montant
quelconque, par exemple le montant C réalisable lors du remboursement
d’un de nos titres, on prévoit de pouvoir l’employer de façon à produire
un revenu équivalent à un revenu perpétuel fondé sur le taux ¿°); on peut
également se demander (et ceci serait l’optique la plus significative) à quel
moment du tirage au sort la valeur 47° calculée sur la base du taux i° est la
plus grande. La réponse est immédiate : si l ’échéance vient tout de suite,
on a CÜ° = C; si elle est très éloignée, on a CÜ° = C° = (i/i°)C; la variation
est monotone. Par conséquent, il faut faire la distinction suivante : si le
taux nominal i est inférieur au taux du marché i°, on est dans la situation la
plus avantageuse si le tirage au sort intervient tout de suite; dans le cas
contraire, on aboutit à la conclusion inverse, et l’avantage est d ’autant plus
grand que le tirage au sort est éloigné; enfin, si i = i° l’époque du tirage est
indifférente.
Il ne faut pas s’étonner que des concepts différents conduisent à des conclu­
sions différentes qui ne sont toutefois pas contradictoires. Même si i > i°,
il est toujours vrai (du moment que i < /*) que les taux z*i, /2,..., in, corres­
Finetti. — Leçons de mathématiques financières 8
210 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

pondant à la valeur d ’émission (ou d ’achat) et à l’hypothèse d ’un tirage au


sort dans un an, deux ans,..., «-années, aillent en décroissant:

h > h > H > **• > in > • • • > /*.

Il est préférable, si l’on se place du point de vue de l’avantage global d ’une


opération, de bénéficier d’une différence d’intérêt plus petite pendant plusieurs
années au lieu d ’une différence plus grande pendant un plus petit nombre
d’années. En effet, par hypothèse, à partir du moment où l’on reçoit après
le tirage la valeur de remboursement C, si l’on réinvestit celle-ci, on ne pourra
obtenir qu’un intérêt i°C, inférieur à l ’intérêt /С perçu jusqu’au tirage.
Il apparaît clairement, en analysant ce point de plus près (mais à première
vue cela peut paraître étrange) que ce dernier critère ne fait intervenir que le
taux nominal et le taux du marché, et non celui de rendement, c ’est-à-dire
en d’autres termes, que la valeur d ’achat n ’est pas prise en compte. En effet,
on devait la prendre en considération lorsqu’il s’agissait de déterminer s’il
convenait ou non d’acheter des obligations, mais une fois que celles-ci sont
achetées, le passé n’a plus d’influence lorsqu’on essaie de voir s’il est bon
que le tirage intervienne de suite ou non.

59. — Vie mathématique d’une obligation

Pour illustrer de la façon la plus expressive les conditions permettant d ’éten­


dre au cas général les conclusions précédentes, il est bon d ’introduire le concept
de la vie mathématique d ’une obligation à l’instant t = r.
On appelle vie mathématique d’une obligation à l’instant t = r, par rapport
au taux z*, la durée e*r qui satisfait à la relation
* U—T
L tA = ZhNr+k • t v (247)
1

La signification financière de la vie mathématique d ’une obligation est la


suivante : pour celui qui émet l ’emprunt, il est équivalent que toutes les obli­
gations ayant cours à l’instant r soient remboursées à la fin d’une période
ultérieure égale à la vie mathématique e*r, plutôt que dans les « — r années
succédant à l’instant r, selon les modalités fixées d ’avance. La formule (247)
traduit en effet ce concept en établissant une égalité entre la somme nécessaire
au remboursement, si toutes les obligations devaient être remboursées à l’ins­
tant t = r + e*r9 c ’est-à-dire :

e • L rvt = C L r-(l + i * y e'


EMPRUNTS - OBLIGATIONS 211
et la valeur actuelle de la somme de tous les montants payables aux échéances
prévues par les modalités de l ’emprunt, soit :
n—
r n—
r
e• • Nr+n • (1 + i* Y h = e l nNr+h • v%.
l 1
Pour obtenir l’expression explicite de la vie mathématique, on part de
l’équation (247), on divise par Lr et on multiplie par G — C* (voir équation
(242')) pour obtenir
* 1 j.

(e - e*)4r = (e - e*) • NT+h • v% = - e*, (248)


Lr 1
dont on déduit
er — e* ^ Ï — G*
vl = = l- (249)
e — e* (/*— oe*
nr? — e *
ln
e — e*
et enfin e* = (250)
In l?*
On obtient à partir de l ’équation (248) la relation de récurrence suivante,
liant les valeurs de la vie mathématique correspondant à la r-ième année
et à la r + 1-ième année :
* n—
r n—r—1
Nr+h+1
v *er (vJL r) (N r+i + Lr+1 •
Lr+i

= (p jL r ) ■(Nr+1 + Lr+1 ■4*+0 , (251)

et en remplaçant dans celle-ci les valeurs correspondantes exprimées au moyen


de p

v i = »«PM.1 + v ? " +1 • (1 — p r + 1), (252)


ou encore

4 +1 = (4 * _1 - p r + i)/(l - P r + i) . (253)
Cette dernière expression nous permet immédiatement de déduire la rela­
tion entre e*r+i et e*r dans le cas où pr+i = 0 (c’est-à-dire dans le cas où il
n’y a pas eu de tirage). En effet dans ce cas,

üir+1 = v T 1
et passant aux logarithmes :
i .
€r+l — Cr — 1, (254)
212 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

donc, quand il n’y a pas de tirage au sort, la vie mathématique à la fin de


la (r + l)-ième année est égale à celle en fin de l’année précédente, diminuée de 1.
Dans tous les autres cas (c’est-à-dire pour pr+1 > 0) nous avons
e*+i > e* — 1 O- (255)
On ne peut pas affirmer par contre que e*r+i < e*, ce qui nous permettrait
d ’établir que la valeur SJr* croît en fonction du temps.
On aura e*r+i < e*r soit v f +1 > v£, si (en rappelant la relation (252)),

4 r+1 > t>*pr+1 + 4 r+l • ü*(i — pr+i), (256)


soit si

»*+10/®* — i) (257)
Pr+1

Ceci signifie que si les valeurs pr+h(h > 1) (c’est-à-dire les pourcentages
de tirage au sort au cours des années après la (r + l)-ième année) demeurent
constantes, le pourcentage de tirage au cours de la (r + l)-ième année ne peut
pas dépasser la limite indiquée afin que l ’on n ’ait pas cD*r > clï*r+i-
Dans les cas les plus usuels, la vie mathématique décroît avec le temps du
fait que les valeurs p sont croissantes, et par conséquent satisfont largement
à l ’inégalité (257). Pour voir de quelle façon le cas contraire peut se présenter,
dans des circonstances exceptionnelles, il suffit de considérer l ’exemple suivant :
supposons que 90 % des obligations relatives à certains prêts soient remboursées
au bout d ’un an et toutes les obligations restantes au bout de 5 ans; dans
ce cas la vie mathématique au début sera peu supérieure à un an (étant donné
que le tirage à la fin de la première année aura une très grande ampleur),
alors que la vie mathématique des obligations correspondant au début de la
deuxième année de l’emprunt est de 4 ans et se sera donc accrue brusquement.
Si l ’on veut analyser le comportement de e? par rapport à celui des pr+h9
il est bon de noter que, conformément à l ’équation (252), ef est fonction
de pr+1 et, de plus, de tous les pr+n successifs par l’intermédiaire de ef+i :

ef — f i p r + i l e*+ 1) — ln [v^p r+ i + v £ +1 • (1 — p r + i)]/ln v% (2 5 8 )

et plus précisément fonction décroissante de pr+1 et croissante de e*r+i.


Il s’ensuit que e*r est fonction décroissante de chacun des pr+h (h = 1, 2,...,
n — r).

C1) On démontre immédiatement que si ajb < 1 (a > 0, b > 0, et 0 < p < b, il en résulte
(ia — p)l(b — p) < a/b, et il s’ensuit

v\ ' ~ fr* <


1 p r +1

c ’est-à-dire
e*
*>*r+1 <
e*
v r_1, soit pour y* < 1, la relation donnée dans le texte.
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 213

Considérons maintenant deux suites de p :


pi? p25 P u Pr+i? •••? p h —15 1
pi> p2? —J pr5 Pr+15 —>Pw-1? 1 j
soit p'ic = p'ic pour toutes les valeurs de k sauf pour k = r + 1 où nous suppo­
serons pV+i < p'V+i : la vie mathématique correspondant à la première suite
est supérieure à celle correspondant à la deuxième suite
er > er
(donc W * < W * ) et toutes les valeurs e"* précédentes sont inférieures aux
valeurs e'* correspondantes (alors que toutes les valeurs e'*r+h qui suivent restent
inchangées).
Il suffit de répéter le raisonnement pour toutes les valeurs de k pour conclure que
si pour toutes les valeurs de k on a p'k < p k, il en résulte (pour tout k) e'k* ^ e'k*.
Voyons maintenant rapidement quel est le comportement de er* par rapport
aux valeurs que peut prendre /*.
Le cas de v# 1 (c’est-à-dire i* —> 0) est d’un intérêt considérable : nous
verrons tout de suite que dans ce cas lim e*r = er, c ’est-à-dire que la limite
v*->l
est la vie moyenne dont on a traité au numéro 54 du présent chapitre. En effet,
pour l’équation (249) :
1 71—T
er
VJ = = — -E fc iw î,
Lf 1
dont on déduit

e t = In (259)

en passant à la limite pour v* 1(i* 0) :


* n -r
-j-lh N r+ k v l
lim ef = lim
Lr 1
l n V»
=]|.
et en appliquant la règle de l’Hospital :
214 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

n —r
(en se souvenant que, par définition, Lr = Yji Nr+h) d ’où
1
lim er = er C .Q .F .D . (260)
v*-»i
Si l ’on considère le cas général, on voit que la vie mathématique er* est une
fonction croissante de v%, soit une fonction décroissante de 8* (et par consé­
quent de /*) (x); nous pouvons donc dire que la valeur maximum de e? est er
(valeur de ef correspondant à i* = 0 comme nous venons de le voir); lorsque / *
croît (i* -> oo) il est évident que er* 1 (du fait que pr+i ^ 0) mais, il s’agit
là d’un cas limite dépourvu d ’intérêt.
Il est important de remarquer que ce qui a été dit à propos de la valeur de
l’emprunt et de sa vie mathématique est également valable pour l’usufruit et
la nue-propriété. En effet, on obtient à partir de l’expression (247) :

C*f n \~ r^ AT
-LVr+h h
»* = Lh • »*. (261)
1 JLr
*
Ceci veut dire que le facteur d’escompte v%r correspondant à la vie mathé­
matique de l ’emprunt est une moyenne pondérée des avec pour poids
respectifs Nr+h/Lr. D ’autre part, la nue-propriété 3Y* d’une obligation ayant
cours à l ’instant t = r est donnée par la relation
n—r -*J Tl—T
st = E1fte •(i + JLr
= i/Lr •I»
i
e»î •Nr+b, (262)

i1) Pour démontrer cette affirmation, nous posons pour simplifier l’écriture 8* = x et e*T = f {x)
(faire attention que dans la suite de la présente note, la lettre e* = vie mathématique ne figure plus,
et la lettre e simple désigne toujours la base des logarithmes naturels).
On aura par définition (voir n° 20, chap. I et formule (247)) :
m
(a) Q-x-fix) = Y n c h • e~hx (m = n -r ; ch = ^ ~ ) ;
m
et les coefficients ch sont tels que 0 < ch< 1, Yh en — 1. Pour le démontrer nous désignerons par
1
y i, y m des nombres positifs, et par en les coefficients vérifiant les conditions précisées ci-dessus).
Alors l’inégalité suivante subsiste, en vertu de théorèmes bien connus sur les moyennes,

(b) л У\>
où Л est un nombre arbitraire supérieur à 1.
Soient xi et X2 deux valeurs de x et soit x i < X2 ; si l’on pose Я = хъ1x i9e~hxi = yn, l’on aura
e-hx2 = yk» on tire de (a) compte tenu de (b) :
m
e~*2/(*2) = [e-*i/(*i)]x = e-**f(xi) ;
1
il s’ensuit donc
X2f ( X 2) < X2 f ( x i)
f i x 2) < f { x i ) . C. Q. F. D.
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 215
comme on constate en remarquant que, si une obligation ayant cours à
l’instant t = r est tirée au sort à l ’instant t = r + h, la valeur C à la fin de la
h-ième année est exprimée (à partir du début de la r + 1-ième année) par
Cv%, alors que le pourcentage des obligations qui seront tirées au sort au cours
de la A-ième année après la r-ième année est N-+n/Lr. Il découle des équations
(261) et (262) :

3V* = Gvir. (263)

Cette relation simple met encore mieux en évidence le concept de la vie


mathématique er* : la nue-propriété d’une obligation ayant cours à l’instant r
est égale à la valeur actuelle (au taux /*) de C; en d’autres termes, tout se passe
comme si l ’obligation s’éteignait à l ’échéance t = er* (fin de la vie mathé­
matique).
On peut aboutir aux mêmes types de conclusions pour l ’usufruit. Celui-ci
est donné, comme on le sait, par clL*r = cU*r —■S*r et donc, en explicitant clL*r
en fonction de l ’équation (262) et (246) du numéro 58, on obtient

(264)

et en opérant une substitution au moyen de l’équation (263)


*
^ =i(e - CveJ ) = = » • ^ -= -4 (265)

Cette dernière expression (voir chap. III, n° 30) représente la valeur actuelle
d ’une rente différée, à terme constant 31 = C/, et ayant une durée égale à la
vie mathématique er*. En conclusion : le concept de vie mathématique s’applique
non seulement à la valeur d ’un emprunt à l ’instant t = r mais également à son
usufruit et à sa nue-propriété pris séparément.

60. — Variation de la valeur dans le temps

On peut également établir pour les valeurs d ’une obligation aux instants r
et r + 1 une relation de récurrence analogue à celle qui est valable pour les
durées moyennes (cf. n° 59).
Si nous l’écrivons pour l ’ensemble des obligations, nous aurons

Vür* = vJLNr+iC + iLrG + WUft-i]. (266)


Posséder aujourd’hui toutes les Lr obligations ayant la valeur SJr* ne signifie
en fait que recevoir dans un an l ’intérêt iC sur toutes les Lr obligations, le
216 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

remboursement C des Nr+i obligations tirées au sort, et posséder les Lr+1


obligations restantes de valeur ‘LPr+i.
En divisant par Lr on obtient une relation analogue entre les diverses valeurs
que prend dans le temps une obligation donnée.

HJ? = vJipr+iG, + îC + (1 — Pr+i W +i l (267)

ou encore (en scindant iC en son produit par p et 1 — p, et en écrivant 1/(1 + /* )


au lieu de z;*)

= P r+ 1 - ^ 4 e + (1 - Pr+1) ;(U * n + /C). (268)


1+ r 1+ l

Sous cette dernière forme, la relation montre que ‘Vr* est la moyenne pon­
dérée, de poids pr+1 et 1 — pr+1, des valeurs correspondant respectivement
aux obligations qui seront tirées au sort au cours de l’année suivante et aux
autres. En termes de probabilité on dirait, ce qui est plus expressif, qu’il
s’agit de la moyenne des valeurs correspondant aux deux cas possibles, en
prenant comme poids les probabilités respectives (c’est donc l’espérance
mathématique).
Remarquons que, connaissant les valeurs de ‘Dr* (et naturellement, C, i
et /*), on peut inversement obtenir les valeurs des p; en effet, nous avons
i*c$* _ iG
pr+i = (269)

En égalant D^-* et cU*r+i dans cette relation, on retrouve l ’inégalité (257),


d’où la valeur maximum que l’on peut donner à pr+1 (en supposant les valeurs
suivantes fixées), sans qu’il y ait entre r et r + 1 d’exception à la crois­
sance de la valeur lorsque r croît.

61. — Usufruit et nue-propriété

Il suffit également pour l ’usufruit et la nue-propriété d’appliquer les concepts


connus dans le cas d’une dette globale, et de diviser par le nombre d’obligations
pour obtenir le résultat correspondant à une seule obligation.
Les expressions (190) et (191) fondées sur la formule de Makeham ((192),
n° 39), compte tenu que dans ce cas Vk = LjcC, donnent :

cy * = » ( e - n J S Q ;e
(270) a? = (271)
I* — i i* — i
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 217

La formule de Makeham devient alors


ny* = (i — + (;/i* )e (272)

ou bien, (en soustrayant 3Y* des deux membres),

(273)

Cette dernière formule est connue sous le nom de formule d ’Achard.


Il n ’y a rien à modifier quant à l’interprétation de clLr* et 3Y* au moyen de
rapports de croissance (n° 36) ou, à la limite lorsque i* = z, de dérivées (n° 36).
Remarquons qu’en s’exprimant en termes de probabilité, l ’usufruit et la
nue-propriété sont donnés par les vies mathématiques de l ’usufruit et de la
nue-propriété que l’on obtiendrait en connaissant l ’année de tirage au sort
calculée sur la base de la probabilité de tirage au cours des différentes années.

62. — Application à des cas particuliers importants

Les formules établies ci-dessus permettent de déterminer sans difficultés


la valeur, l’usufruit et la nue-propriété d ’une obligation lorsqu’on s’est donné
un plan de tirage quelconque (ou, ce qui est équivalent, un plan d’amortisse­
ment). Nous considérerons ici les cas mentionnés au n° 56, en indiquant les
formules explicites correspondant à ces hypothèses remarquables.

a) Annuité constante :
R r = r = N C /a ^ , e = dn| • R/N,

dont on déduit :

cU* = (274)
&n=r\

(275)

(2 7 6 )

b) Annuité avec part de capitaux constante :

RT = CN/n + iG(n — r)N/n.


218 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

dont on déduit :

njr* = e* + (e - (n — r)N n i
* f > î = e* + (e~
n—r
C5li)a^i ;
(277)

“U * = (ifi*) (C — (T?) = (Z i — - ^ 3 . ) ; (278)


i \ n — y)
__ if*
3"* = / = ea^ K n - r); (279)
r — i

c) Annuité en progression arithmétique :

Rr = R — rD = [R — D (1// + ri)] + [D (l/i + ri) — rD]


(annuité constante) (annuité à part
de capitaux constante).

On peut de même exprimer la valeur résiduelle de l ’usufruit et de la nue-


propriété au moyen des relations précédentes. Étant donné que lès calculs
correspondants sont un peu longs, et que les relations recherchées ne sont pas
aussi simples que les précédentes* nous nous bornerons à écrire lès expressions
de L t et des Nr+h (les autres formules pourront être établies en fin de chapitre
à titre d’exercice).

(280)

et donc

(281)

dont on déduit
n —r
Lr = Nr+h = i i \nD (282)
1

d) Annuité en progression géométrique :

Riqnvn+2\ -r [ v R (q -l)\
Rr = Rq \ Nr = CrfGy avec <1
1 — vq J 1 q{ 1 — vq) j
(voir formule (183) du chap. Ill), d’où
n . n n+2 ï
Riq v I —r — h 1 j vR(q — 1) r+h
* ^ V (283)
{
l — vq) C 1 q{\ — vq) }
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 219
dont on déduit
n—r
1 f Rignv \ nR(g— 1 ) \ r (1 - < r o .
Lr = YjhNr+h <1 (284)
i C 1 1 — vq j { 1 — vq J 1- ? ’

e) Annuité constante et paiement retardé :

Ri = r2 = . . . = Rk = Ni, Lr = N, Nr = 0

pour les k premières années, alors que pour les n — k suivantes

Nk+r = iVü?l-i:-r+1/as=^, Lk+r = N • <Xn=jc=î\ / a ^ ,


et donc
Nk+r+h = JVo* fc_r ft+1/a«=^, (285)
d ’où

nj? = e* + (e—c * )- ï^ —( v d * - ^ ~ — v*d (286)


f — V *\ 0-n=e=i\ Qn=Jc=i\/
On obtient immédiatement CILT* et iTr* à partir de la dernière relation, grâce
aux formules de Makeham et Achard.

63. — Variantes équivalant à des corrections proportionnelles

Passons maintenant rapidement en revue certaines des multiples variantes


que l ’on trouve souvent dans le domaine des emprunts à obligations, et qui cor­
respondent en partie à des exigences fondamentales, mais qui, pour la plupart,
visent simplement à rendre l ’opération attrayante. Elles procèdent du fait qu’il
suffit souvent de changer le nom d ’un article, même en n ’y apportant qu’une
modification minime, pour lui donner un aspect plus tentant, et qui semble
plus avantageux au grand public.

a) Prix de remboursement supérieur à la valeur nominale.


On a déjà mentionné cette possibilité au n° 53 et l ’on a dit à ce propos
tout ce qu’il faut et suffit de dire. Si le prix de remboursement est C' > C,
et si nous posons V — iC /C ', toutes nos conclusions restent valables à condi­
tion de prendre pour valeur nominale C' au lieu de C et pour intérêt nominal V
au lieu de /. On a là un exemple caractéristique de phraséologie fictive mais
attrayante, créant la double illusion que l ’excès du prix de remboursement
sur la valeur nominale constitue un « cadeau », et que l ’intérêt payé est
i = i'C '/C au lieu de V (sans tenir compte du fait que seul importe en fait
le taux correspondant au prix d ’émission ou d ’achat).
220 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

En particulier on notera, à titre d ’exemple, que pour avoir des annuités


constantes, il faut que les valeurs Nr croissent en progression géométrique
de raison 1 + V.

b) Obligations « sèches au tirage ».


On désigne ainsi le cas où l ’on ne paie pas l ’intérêt de la dernière année
sur les obligations tirées au sort. En d’autres termes, au moment du rembourse­
ment, on ne paie que le montant C au lieu de (1 + z)C. En fait, il est plus
constructif de considérer que l ’intérêt est bien payé, mais que le prix de rem­
boursement, au lieu d’être C, est fixé à C' = (1 — i) C (de telle sorte que l’on
ait dans l ’ensemble C' + iC = C, montant à payer). On voit alors qu’il
s’agit d’un cas identique au précédent, si ce n ’est que C' est maintenant infé­
rieur au lieu d’être supérieur à C, et que par conséquent V = z*C/C' est supérieur
à z.
Plus précisément on a V = z*/(l — z). Donc, en particulier, si l ’on veut que
l’amortissement soit à annuités constantes il faut que les Nr croissent en pro­
gression géométrique de raison 1 + V = 1/(1 — z).

c) Emprunt donnant lieu à des dépenses accessoires.


Le paiement des intérêts (coupons) et des capitaux (remboursements) com­
porte naturellement des dépenses, qui prennent en particulier l ’aspect de
commissions en faveur de celui qui assume la charge de ce service (banque ou
institution analogue, différentes de l ’organisme émettant le prêt). Supposons
qu’il y ait deux pourcentages différents de commissions : y sur les intérêts,
P sur les capitaux. Pour l’organisme émetteur, ce qu’il devra débourser pour
les intérêts sur chaque obligation se montera donc à (1 + y)z‘C au lieu de zC,
et celui pour chaque remboursement sera (1 + p)C au lieu de C. Pour tous les
calculs que l’on peut effectuer du point de vue de l’organisme émetteur, si
l’on suppose que l’on veut inclure dans les calculs les frais accessoires ci-dessus
correspondant au service de l’emprunt, il faudra, comme dans les cas précé­
dents, considérer comme capital nominal C' = (1 + jS)C au lieu de C, et
comme intérêt nominal V = z(l H- y)/(l + P) au lieu de z.
En particulier, si le plan d’amortissement doit être établi de façon que les
annuités soient constantes, et si l ’on se réfère aux annuités comprenant les
frais, le nombre de tirages au sort sera fixé de façon que les montants Nr
croissent en progression géométrique de raison 1 + r = 1 + z(l + y)/(l + jS).
On notera que V = i si y = ¡3 (ce qui est évident, étant donné qu’à ce moment-
là les dépenses constituent une simple augmentation proportionnelle de tous
les montants — intérêts et remboursements — qui constituent une annuité),
alors que l ’on a V > i si y > /J (et inversement dans le cas contraire), parce
que si l’on suppose que les intérêts sont frappés de dépenses proportionnelle­
ment supérieures, ce sont les premières annuités qui seront les plus lourdement
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 221
atteintes, et les annuités successives le seront toujours moins à mesure que la
part d ’intérêt diminue et la part de capitaux s’accroît, à moins que cet équi­
libre ne se compense en accentuant la croissance du nombre de rembourse­
ments.
Naturellement, pour l ’obligataire, l ’existence de frais n ’a pas grande impor­
tance, et pour tous les calculs effectués de son point de vue, ce sont les chiffres C
et / qui comptent (sauf pour la progression des tirages, en supposant qu’elle
ait été fixée de façon à rendre constante, comme nous l’avons dit — ou bien
variable, selon une autre modalité — l ’annuité à laquelle s’ajoutent les frais).

d) Intérêt payable par fractions (*).


On a également mentionné au numéro 53 que les intérêts peuvent être payés
par fractions; le cas de paiements semestriels est particulièrement fréquent.
Nous verrons tout de suite que même ce cas peut se résoudre grâce à une
modification simple du taux d’intérêt; cependant, on note que, à la différence
des cas précédents, la modification varie selon le taux /* que l ’on adopte pour
l’estimation.
Il s’agit en effet d ’établir quel serait l’intérêt VC payable à la fin de l’année,
équivalent, sur la base du taux /*, aux k paiements iC /k payables au bout de
chaque fc-ième d’année. Nous avons alors pour ce cas précis une formule
déjà établie (cf. n° 57) que nous rappelons :

(287)
Jk

En effet, la valeur à la fin de l’année des différentes fractions est

|'( i + ® ( i + ¿*)<*~2)/fc,.., f ( i + i*)v \ %

et leur somme est (progression géométrique)


Ci [(1 i*
= Ci = c /L, C .Q .F .D .
k ( l + i*)1/,fc— 1 k[(l + i f k - 1 ] Jk

Pour apprécier l’ampleur de cette modification ainsi que de l’influence de /*,


il est bon de se reporter aux formules approchées (45) et (47), dont on déduit

., J*
1 = l~ ï = l = i- — =------ s z f l
H H.*
+ (---------
L
VI;
\2 2kJ J
Jk .*
r - ^ - V 2
2k [2 2kj
C1) Si en plus des intérêts, les remboursements ont également lieu chaque semestre par exemple,
il suffirait d ’appliquer le raisonnement précédent en nous référant au semestre au lieu de l’année
comme unité de temps.
222 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

en particulier, dans le cas d’intérêts semestriels (k = 2), nous avons

V s ¿(1 + /*/4).

e) Combinaison de plusieurs variantes.

L’on peut combiner deux ou plusieurs des variantes considérées : par


exemple prix de remboursement majoré et dépenses, intérêt fractionné
et obligations sèches au tirage, etc., il suffit de superposer les remarques cor­
respondant à chaque cas comme nous l’avons fait pour le dernier cas cité
ci-dessus.
Dans le cas d’intérêts fractionnés, ce qui n ’est pas payé dans l ’hypothèse
d’obligations « sèches au tirage » est la dernière fraction d ’intérêt, soit iC/k;
par conséquent, l ’on devra prendre C' = C(1 — i/k); par ailleurs, l ’intérêt
est équivalent à iCi*/jk*, et en égalant le montant à C', on obtient

V = i • ¿*/A*(l — i/k).

64. — Prix de remboursement variables

Il existe des prêts à prix de remboursement variables (en général croissants)


au cours des tirages successifs; désignons alors par Ci, 62,.*•> Cr,..., Cn, le
prix de remboursement en cas de tirage au cours de la première, de la seconde...,
de la r-ième..., de la w-ième année et soit 3 le montant annuel des intérêts. On
indique également dans ce cas un capital nominal C et un intérêt nominal z,
de façon à pouvoir écrire 3 sous la forme iC, mais la signification de ces termes
est ici plus que jamais fictive.
Le plan d ’amortissement est lié au plan de tirage au sort par les relations :

Rr = Lr-13 + Nre r (288)

(généralisation évidente de la formule (225) du n° 55); si, en supposant toujours


fixés 3 et la suite des Cr, on se donne également les Nr, on détermine ainsi
toute l ’opération (on n’a pas cependant fixé la valeur d ’émission de telle
façon qu’elle corresponde éventuellement à une valeur i* donnée). Si, par
contre, nous souhaitons fixer d’avance les valeurs Rr (il faudra toujours natu­
rellement arrondir les valeurs pour obtenir des Nr entiers), on supposera que
celles-ci correspondent déjà à un prix d’émission donné et à un taux i* corres­
pondant, et l ’on pourra obtenir les valeurs Nr l’une après l’autre à partir
de la formule (288).
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 223
En particulier si l’on veut que les valeurs Rr soient constantes, la relation
habituelle liant Rr et Ær+i s’écrit :

-ATr+iCr+i = NrGr + {Lr—i — Lr)3 = Nr(Cr -f- 3),


dont on déduit

Cr 4~ 3 3 Cr+i — C r
Nr+1 ^ Nr = Nr 1 + (289)
Gr+i Cr+l Cr+l ,

et sous cette forme on voit que le rapport entre un terme Nr et le terme suivant
s’exprime simplement en généralisant la règle de la raison 1 + z (ou 1 + V)
des cas précédents (avec prix de remboursement constant). Le rapport,
Variable d*ünê année à l ’autre, est 1 + zr+i, où l ’on pose ir+1 = z’V+i — i"r+i
avec ir+i = 3/Cr+i (généralisation de la valeur z' précédente, si ce n ’est que
Cr+i est Variable au lieu d ’avoir C' constant) et z"r+i = l ’augmentation en
pourcentage entre Cr et Cr+i (terme correcteur inexistant quand le prix de
remboursement est constant). Si l ’on fixe l ’échelle des Nr il suffit d ’en déter­
miner directement une seule valeur. Par exemple, la dernière que l ’on obtient
à partir de Nn = Rn/(Gn + 3).
Ceci posé en général, arrêtons-nous sur quelques cas particuliers.

a) Nr constants ou en progression géométrique.


Le premier cas correspond à des z> tous nuis et le second à des ir tous cons­
tants.
Pour que l ’on ait îr = 0 il suffit que les Cr constituent une progression
arithmétique de raison 3 (soit donc Cr+i = Cr + 3, soit Cr = G + r3).
Si l’on veut avoir ir = A = Cte, il faudra que l’on ait Cr+i = (1 + A) (Cr + 3) ;
cette relation de récurrence (analogue à la formule (180), et que l ’on peut
résoudre de là même façon) subsiste si :

Cr = C(1 + A) + 3(1 + 1/A)[(l + A)r — 1].

b) Taux de rendement.
Soit i* le taux de rendement, calculé sur la base du prix d ’émission 4J; si
l ’obligation est tirée au sort aücours du Même tirage, son taux de rendement zr*
selon cette hypothèse est supérieur ou inférieur à z* selon que Cr est supérieur
ou inférieur à la valeur Cr* déterminée sur la base de la condition d ’équilibre
pour un taux z* : nous pouvons l ’exprimer sous la forme suivante :

ПУ = 3a* + e*/*, (290)


dont on déduit

C* = ( l + ,*)r(ny — 3 a * ) = ( l + **)г0иг _ 3/j*) + 3/i*.


224 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On notera que l ’on pouvait également obtenir ce résultat directement au


moyen du raisonnement utilisé au n° 53 : la valeur d’émission ‘LT se décompose
en deux parties : 3//* qui donne chaque année 3 au taux /* et est restituée lors
du tirage, et la deuxième partie ‘LT — 3//* qui sert à payer les excédents,
variables dans notre cas (éventuellement négatifs) Cr — 3//*, dus à titre de
remboursement en plus de 3//*. Les Cr* sont les valeurs que doivent assumer
les Cr afin que le taux soit égal à /* ; si tous les Cr ont pour valeur Cr* nous
obtenons un rendement constant /* (sinon une partie des Cr serait supérieure
et une partie inférieure aux Cr* correspondants, et les zr* respectifs seraient en
partie supérieurs et en partie inférieurs au taux i* qui en est une valeur moyenne).
Dans le cas d ’un rendement constant, il est évident que l ’on a également
SJr* = Cr = Cr* (et l ’on pouvait tout de suite établir la conclusion ci-dessus
à partir de cette égalité). Il est clair également que si l’on fixe cü , 3 et les
valeurs de Cr = Cr*, le taux de rendement demeure /*, quelle que soit la façon
dont on choisit Nr (alors que dans tous les autres cas, /*, étant une moyenne,
dépend des Nr donnant les proportions dans lesquelles on mélange différentes
obligations faisant l ’objet de tirages et par conséquent de remboursements
différents).

65. — Variantes revenant au cas précédent

Mentionnons encore le cas d ’obligations où les intérêts ne sont pas payés


de façon périodique, mais sont accumulés jusqu’au moment du rembourse­
ment, et le cas des obligations à primes.

a) Intérêt accumulé.
Il s’agit en substance du même système qu’au numéro précédent, avec une
simplification : l’intérêt 3 est nul; le rendement de l’obligation dans ces cir­
constances dépend exclusivement du fait que la valeur de remboursement Cr
au bout de r années est supérieur au prix d’émission CU (et l ’on aura naturelle­
ment ir* = (Cr/ cD)1/r — 1 comme taux de rendement dans le cas du r-ième
tirage au sort).
Le taux de rendement est constant si Cr = V O + /*)r = C(1 + i)r
(si ‘D et /* sont considérés comme capital et intérêt nominaux). Dans ce cas,
on parle de remboursement à intérêts accumulés.
Les annuités s’expriment simplement Rr = NrC(1 + ï)r (ou Rr = NrCr
si les Cr varient de façon quelconque). Si, en particulier, on désire que les annui­
tés soient constantes, les valeurs Nr devront varier en progression géométrique
de raison 1/(1 + i), et, puisque leur somme doit être N, ce seront les valeurs
Ni, N 2,..., Nr N n du cas habituel (amortissement à annuités constantes),
sauf qu’elles seront prises en ordre inverse de la dernière à la première.
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 225

b) Obligations à lots.
Le cas que nous considérons est celui où certaines des obligations rembour­
sées par tirage au cours d ’une année donnée (par exemple les premières à
être tirées) donnent droit à une prime. Si le montant total des primes à accorder
au cours du r-ième tirage est Sr, la quote-part de prime afférente à chaque
obligation tirée au sort vaut Sr/N r ; donc tout se passe comme si la valeur de
remboursement au lieu d ’être C était Cr = C + Sr/N r (même si cette adjonc­
tion, au lieu d’être une majoration du prix de remboursement de toutes les
obligations, est payée comme valeur d ’un « billet de loterie » répartissant,
peu importe comment, le montant Sr entre un petit ou un grand nombre
d’obligations N r tirées au sort).
Si en particulier Sr est proportionnel à Nr, nous retomberons dans le cas a)
du numéro 63 avec C' = C + Sr/N r ; sinon Cr sera variable. Un autre cas
remarquable et fréquent est celui où l’annuité R est constante (à l ’exclusion
des primes) ainsi que le montant annuel total des primes S; il est évident alors
que la valeur des primes (au début ou à un moment quelconque) s’obtient
simplement en multipliant par le rapport S/R la valeur du prêt, prime exclue,
ou bien en multipliant par S/(R + S) la valeur, prime incluse.

66. — Usufruit et nue-propriété dans les cas particuliers consi­


dérés

En ce qui concerne la division de la valeur d’une obligation en usufruit


et nue-propriété, la marche à suivre consiste toujours à déterminer si certaines
prestations accessoires peuvent être considérées comme s’ajoutant aux intérêts
ou aux capitaux. On se fonde pour en décider sur le fait que les prestations
portent soit sur les obligations en vigueur, soit sur celles qui viennent d ’être
tirées au sort. Par exemple, les primes, dans le cas considéré au numéro 65
précédent, peuvent être attribuées à la part de capitaux (et peuvent donc
être englobées dans la nue-propriété) parce qu’elles sont tirées au sort
parmi les obligations à rembourser. Si, par contre, on envisage le cas
de primes tirées au sort entre toutes les obligations en vigueur (comme pour
les bons du trésor à primes), nous devrons considérer l ’intérêt 3 comme étant
augmenté de Sr/Lr pour toutes les obligations en vigueur (ce serait donc la
valeur de l ’usufruit qui s’accroîtrait de la valeur des primes).
Il s’agit de voir comment, dans des cas simples mais importants, on peut
mener à bien la détermination de l’usufruit et de la nue-propriété presque
sans effectuer aucun calcul supplémentaire.
Dans les cas où l ’élément qui s’ajoute revient à une modification propor­
tionnelle des parts d ’intérêt, ou bien (ou même simultanément) des parts de
226 LEÇONS DE MATHEMATIQUES FINANCIÈRES

capitaux, ou encore une modification proportionnelle des annuités (comme


dans le cas des primes, n° 65, b), en supposant R et S constants), l ’on obtient
la valeur de cet élément (à l’origine, ou à un instant r quelconque) comme étant
proportionnelle à la valeur respective de l’usufruit ou de la nue-propriété ou de
la valeur totale de l’obligation, calculée sans tenir compte de cet élément
(comme s’il n’existait pas). Ceci peut conduire à des résultats plus simples;
en rappelant les formules (270) et (271) (n° 61), on voit même qu’il suffit
simplement de connaître ou de calculer 'Vr* pour obtenir également ‘TJU*
et 5Y* par de simples opérations arithmétiques.
En fin de compte, une prestation supplémentaire qui équivaut à une augmen­
tation des intérêts de la valeur 3 à (1 + À)3 aura une valeur égale â A ^ /* ;
si elle est équivalente à une augmentation des remboursements de la valeur C
à (1 + p,)C, elle aura pour valeur /¿ÜY*; si elle est équivalente à une augmen­
tation dés annuités de R à (1 + p)R, elle aura pour valeur //Ur*. La valeur
de l’augmentation sera donc ajoutée soit à l ’usufruit soit à la nue-propriété,
selon le critère spécifié. Il est un cas plus fréquent : celui où les augmentations
proportionnelles aux parts d’intérêts ou aux parts de capitaux seront elles-
mêmes des intérêts ou des capitaux de telle sorte que la valeur ALIY* ira aug­
menter l ’usufruit et la valeur /¿(JY* ira augmenter la nue-propriété ; mais rien
n’empêche le contraire de se produire. Si, par exemple, on tirait au sort, pour les
obligations à rembourser, des primes d ’un montant global Sr = ACLr_i
(c’est-à-dire proportionnel à la part d’intérêts, et donc avec la valeur pour chaque
obligation XCLr-i/Nr = CA/pr), leur valeur serait (par obligation) A0!^*,
mais cette valeur irait, elle, augmenter la nue-propriété. Du reste, dans le cas
fréquent dans la pratique où l’on a des primes où Sr est constant, toute la
valeur p W Va augmenter la nue-propriété (se décomposant, si l ’on veut
l ’analyser ainsi, en un terme //LU* en plus du terme />3V*).

67. — Amortissement au moyen du rachat des obligations eu


bourse

Alors qu’en Europe (à l’exclusion de la Grande-Bretagne) l ’amortissement


d’un prêt divisé en obligations se fait selon un plan de tirage au sort établi
d’avance, dans d ’autres pays (et particulièrement aux États-Unis) l ’organisme
émetteur peut éteindre son emprunt par rachat des obligations en bourse.
L’organisme émettant l ’emprunt a, de cette façon, un avantage : celui
de ne pas assumer des engagements précis pour toute la durée de l ’opération,
et de pouvoir régler l ’ensemble des remboursements année par année, selon
les résultats de son activité, ou selon des critères qu’il choisira.
De toute façon, l ’organisme s’engage à racheter en bourse toutes les obli­
gations émises avant la date choisie pour l ’extinction de l ’emprunt. Parfois,
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 227

pour que les souscripteurs aient de meilleures garanties, l’organisme s’engage


à procéder année par année au rachat d’un certain nombre d ’obligations non
inférieur à un minimum déterminé.
Ce nombre peut être fondé sur un pourcentage du capital souscrit, à partir
d ’une certaine époque, ou bien peut correspondre au niveau d ’activité de
l ’organisme (les obligations résiduelles, cependant, ne doivent pas être rem­
boursées plus tard qu’une certaine date).
Il y a peu de choses à dire à cet égard, du point de vue mathématique. Si
l ’on suppose que tant le prix d ’émission que le prix de marché à un instant
quelconque sont ceux qui correspondent à un taux de marché i* demeurant
constant au cours de toute l ’opération, on peut cependant donner quelques
précisions. serait alors à chaque instant la valeur de l ’obligation (rembour­
sable à l ’échéance) et nous nous retrouverions automatiquement dans le cas
du « prix de remboursement variable avec taux de rendement constant »
(voir n° 64, b)). Cette considération est, bien entendu, purement hypothétique,
car elle ne tient pas compte des fluctuations de prix dues à des causes normales
ou à la spéculation. A titre de curiosité, on remarquera que si les détenteurs
d’obligations se coalisaient et décidaient de ne pas vendre des obligations à
un prix inférieur à un prix agréé arbitrairement élevé, l ’organisme ayant con­
tracté l ’engagement de racheter chaque année une quote-part déterminée
de ses propres obligations serait obligé de se soumettre à ce chantage.
EXERCICES SUR LE CHAPITRE Y

1. On émet un emprunt amortissable en 10 ans avec N = 10 000 obligations


dont chacune a un capital nominal C = 100 francs. Déterminer la valeur
(approchée) des annuités constantes différées et les pourcentages de tirage
au sort pr = Nr\Lr_i pour chaque année en sachant que le taux d ’intérêt
nominal est i = 6 %.
2. Calculer la valeur d’une obligation en cours à la fin de la 5e année d ’un
prêt si l ’on a une durée de 15 ans. La valeur nominale de chaque obligation
est C = 60 francs, le taux d ’intérêt nominal i = 0,045, et le taux effectif
i* = 0,055. De plus, on sait que le nombre total d’obligations émises est
N = 2 000 et que les annuités sont payées en progression arithmétique
avec des parts de capitaux constantes (voir formule (234), n° 56).
Vérifier la relation i/i* • C < SJr* < C et montrer comment la valeur
trouvée se répartit en parts d’intérêts et parts de capitaux.
3. Calculer, sur la base de la valeur trouvée à l ’exercice 2, la vie mathéma­
tique de l ’obligation à l’instant t = 5 (voir formule (249), n° 59); de plus,
en calculant au moyen de la formule d ’Achard l’usufruit et la nue-propriété,
vérifier que les valeurs trouvées sont celles calculées au moyen de la vie
mathématique (voir formules (263) et (265), n° 59).
4. Démontrer (en se servant des expressions de Nr+h et Lr données dans le
texte) que dans le cas d’un emprunt dont les annuités croissent en progres­
sion arithmétique, Rr = R — D (l/i + ri) + D (l/i + n) — rP , on parvient
à l ’expression suivante pour la valeur d’une seule obligation en cours à
l’instant r :

nD Q» f nD\ V d*(iñ=T\ — r» dan=j\

ça* = e * + ( e — e # iC n~^ V ic ) am.v — v*)


í \ nD i ' _ n P \ Ûrc-r|
( " - r>i ë + iC j

Déduire immédiatement de cette expression la valeur de l’usufruit et de


la nue-propriété.
EMPRUNTS - OBLIGATIONS 229
5. Démontrer (comme on l’a fait pour l’exercice 4) que la valeur d’une obli­
gation en vigueur à l’instant r dans le cas d’un prêt à annuités payables en
progression géométrique Rr = Rqr_1 (voir formules (283) et (284), n° 62)
est donnée par l ’expression suivante :

cu* = e* + (e — e*).

(» • d* • as=r| — !>*•</• a*=r\)i/(v — 1>*) — qf q [l — (»*q f~ r\

<ÎW — #W-r(l — * • añ^r\)\


6. Supposons que, à une époque donnée, on émette des bons du trésor de
9 ans à 6 % remboursables à leur valeur nominale, avec un intérêt payable
à raison de 3,5 % par semestre, et que le prix d ’émission de chaque bon est
de 97,60 francs pour 100 francs nominaux. Quel est le taux de rendement de
chaque obligation pour le souscripteur?
7. Trouver la valeur de la vie moyenne et de la vie mathématique d’une obli­
gation restant en vie après la 7e année d’un emprunt sur 9 ans, dont le plan
d ’amortissement prévoit le paiement d ’annuités constantes différées retar­
dées de deux ans. N = 1 000, i = 6 %, C = 5 (voir formules (239),
(240) et (241) du n° 56 et (285), (286) du n° 62).
La vie mathématique aura-t-elle une valeur supérieure, égale ou infé­
rieure à la vie moyenne correspondante? (Répondre également au moyen
d ’un raisonnement direct fondé sur l ’examen direct des définitions).
8. Quelle valeur (arrondie) doit avoir le taux d’intérêt nominal i d’une obli­
gation de valeur nominale C = 40 francs produisant un intérêt effectif
i* = 5 % pour un emprunt remboursable avec des parts de capitaux cons­
tantes, d’une durée de 10 ans, si la valeur résiduelle de chaque obligation
en vigueur à la fin de la quatrième année est de 38,77 francs?
Vérifier de plus pour ces valeurs l’inégalité C* < ‘Vr* < C.
CHAPITRE VI

AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE

68. — Nature des problèmes à considérer

Une définition négative, telle que « tous les cas autres que la loi exponentielle »
(ou telle que « tous les animaux qui ne sont pas des reptiles ») amène tout
naturellement à considérer un ensemble discontinu et hétérogène. Quelques
remarques préliminaires s’imposent afin de préciser le sujet et d ’éviter de
désorienter le lecteur.
Les cas que nous serons amenés à considérer peuvent être répartis en deux
catégories : ceux où l ’on rencontre des complications par rapport au cas fonda­
mental (loi exponentielle), dues au fait que l’on considère une loi différente
(ou que l’on renonce au moins à l ’une des propriétés caractéristiques de la
loi exponentielle énoncées au n° 23), et ceux où la complexité résulte de la
considération d ’opérations divisées en éléments obéissant à des lois diffé­
rentes (exponentielles ou non) ou, pour utiliser une expression de comptabilité,
faisant l ’objet de « comptes » séparés.
Quelquefois, la complexité naît des deux causes précitées : la meilleure
façon de s ’en rendre compte (et parfois, également, de poser le problème de
façon homogène) consiste à analyser l’intensité instantanée, en rappelant
que cette dernière est constante dans le cas de la loi exponentielle. Dans les
autres cas, S n ’est pas toujours constant : on peut avoir un 8 variable
selon une certaine loi, mais toujours applicable à l ’opération dans son ensemble,
et le cas envisagé appartient à la première catégorie définie ci-dessus, ou bien
l’opération a plusieurs composantes, avec pour chacune d ’elles un 8 (constant
ou variable) et appartient donc à la deuxième catégorie. Il est toujours possible
de regrouper les composantes en appliquant à l ’ensemble une valeur moyenne
donnée de S, ou inversement en expliquant les variations de 8 comme étant
l ’effet de passages à travers différents « comptes ». Le choix d ’une des inter­
AUTRE CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 231

prêterions possibles est souvent arbitraire jusqu’à un certain point, et on peut


le considérer comme une question de jugement. Il est donc toujours instructif
de connaître comparativement les interprétations des différents auteurs :
cela aide à mieux analyser les multiples questions qui peuvent se poser, ainsi
que leurs aspects les plus divers. Il y a deux domaines d’application diamé­
tralement opposés, quelle que soit la façon de poser le problème. D ’une part,
on peut se proposer d ’étendre notre analyse à des problèmes plus complexes
et plus généraux ; d’autre part, on peut s’efforcer d ’expliquer, à l ’aide de modèles
théoriques appropriés, un mécanisme, même banal, comme celui de la capi­
talisation ou de l ’escompte « simples ».
On pourrait d’ailleurs éliminer ce deuxième type de préoccupation en adop­
tant le point de vue des auteurs qui considèrent les différentes méthodes de
capitalisation et d’escompte simples comme des approximations linéaires
d’une loi exponentielle. Cette approche sera utilisée au numéro 69. Nous
reprendrons ensuite le problème en adoptant d ’autres optiques qui nous per­
mettront d ’obtenir, sans aucun doute, des précisions utiles : les cas de capi­
talisation et d’escompte simples servent également d ’exemple pour illustrer
dès approches plus générales, bien que celles-ci puissent sembler constituer
un Outil trop important pour une application aussi modeste.
Les deux dernières interprétations que nous envisagerons sont d ’une part
celle qui revient à considérer la capitalisation simple comme une loi parti­
culière non divisible et d ’autre part celle qui est fondée sur l ’introduction
d ’Uü compte d’intérêts séparé, où les intérêts affluent et restent quelque
temps, sans donner eux-mêmes naissance à des intérêts. La première inter­
prétation, due à Cantelli, est fondée sur la notion de divisibilité et non-divi­
sibilité; la seconde est celle qui correspond au mode d ’enregistrement effectif
des intérêts et se fonde sur l ’examen de la réalité comptable.

69. — Capitalisation simple (comme approximation)

Si l’on veut déterminer exactement sur la base de la loi exponentielle M = C é x


le montant M (ou l ’intérêt M — C) au bout d ’une durée r < 1 (c’est-à-dire
inférieure à un an; par exemple exprimé en mois ou en jours) il faudrait avoir
recours à des calculs extrêmement lourds et tout à fait injustifiés. Nous savons
en effet que pour 0 ^ t ^ 1, on a 1 + Si < e** < 1 + it étant donné que
la courbe exponentielle est concave et que, de ce fait, les rapports de croissance
augmentent (voir fig. 39 et explications du n° 18); nous savons d’autre part
que S et i diffèrent peu (voir n° 20 : la différence est de l’ordre de grandeur
de z2/2 ; voir également le tableau 1 à la page 92). Cela ne vaut donc pas la
peine de calculer exactement l ’intérêt
/ = M — C = C( q 1 — 1),
232 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

quand les expressions très simples I = C8t ou I = Cit en donnent une valeur
suffisamment approchée (respectivement par défaut et par excès; toute expres­
sion analogue Cat, avec 8 < a < i, donne une approximation moyenne
encore meilleure).
Pour plus de précision : en remplaçant e8t — 1 par 8t, pour t = 0, l ’erreur
(absolue et relative (*)) est nulle, et croît en fonction de t en devenant maximum
pour t = 1 (où l’erreur absolue est i — S et l ’erreur relative (//S) — 1, c ’est-à-
dire respectivement environ z2/2 et i/2). En remplaçant côt — 1 par it l’erreur,
(absolue ou relative) est nulle pour t = 1 ; l ’erreur relative croît lorsque t
décroît, et elle atteint le maximum 1 — (§/z) pour t « 0; par contre, l ’erreur
absolue atteint au voisinage de i = 1/2 un maximum qui (en vertu de la
formule (77), n° 20) vaut un peu moins de z2/4, et puis redevient nulle pour
t = 0. Si l’on prend une valeur at intermédiaire, lorsqu’on passe de t = 0
à t = 1, l’erreur relative passe d ’un maximum (par excès) à un maximum
(par défaut) en s’annulant à un point intermédiaire ta, alors que l ’erreur
absolue est nulle en t = 0 et t = ta et atteint un maximum (par excès) dans le
voisinage de t = ta/2 et un maximum (par défaut) pour t = 1. Tout ceci
apparaît clairement sur la figure 38 et découle de tout ce qui a été dit précé­
demment sur la question sans qu’il soit nécessaire de le répéter explicitement.
Lorsqu’on applique des formules linéaires telles que M = C( 1 + at) et
I = Cat, on parle de capitalisation simple et intérêt simple ; le coefficient a
est appelé taux d’intérêt simple, et l’on prend habituellement a = i en consi­
dérant donc que l’on prend 1 + it comme approximation de t 8t. Il peut cepen­
dant sembler justifié de se référer à 1 + 8t ; en effet, si l ’on veut comparer
les deux méthodes (pour savoir laquelle convient mieux à l ’une ou l ’autre
partie contractante : l’intérêt simple ou l ’intérêt composé), il faut remarquer
que la question est en fait dépourvue de sens, car même si l ’on admettait que
les différences minimes représentaient une majoration différentielle sen­
sible, celles-ci seraient automatiquement compensées par un ajustement
du taux aux conditions du marché.
Il existe une autre raison justifiant la préférence pour une formule approchée :
le fait que l’exactitude de la formule « exacte » est en pratique illusoire, ne serait-
ce que du fait de l ’approximation avec laquelle on mesure le temps. Si l’on
parle d ’années on ne tient pas compte de la différence entre année bissextile
et non bissextile; si l ’on parle de mois, l’on ne distingue pas les mois de 31,
30 et 28 (ou 29) jours. On augmente l ’imprécision en adoptant un « calendrier
commercial » de 360 jours. Le temps se mesure en journées entières. Vue
l’imprécision liée à ces simplifications à la base, il serait insensé de vouloir
pousser des calculs jusqu’à une précision disproportionnée (de même,
connaissant le diamètre d’une roue en centimètres, il serait illusoire de vouloir

C1) On entend par erreur relative l’erreur par unité d ’intérêt, c’est-à-dire le rapport entre l’erreur
absolue et l’intérêt, soit (e5t — 1 — at)lat si e5i — 1 > at soit [at — (eSi — 1)Vat si eSi — 1 < at.
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 233

en obtenir la circonférence en millimètres ou fractions de millimètre, même si


cela semble « exact » sur le plan formel en prenant tt avec un nombre suffisant
de décimales). Il est vrai que dans le domaine commercial et comptable, on a
coutume de pousser l ’exactitude formelle bien au-delà de ce qui est justifié
sur le plan significatif (sinon, sur des montants en milliards, on devrait négliger
les fractions de million, etc.). Mais ceci a sa raison d ’être à cause d ’exigences
formelles de contrôle (balances, etc.); ces exigences n ’obligent pas à avoir
des formules « exactes » pour les intérêts, mais s’adaptent mieux à la structure
simple des comptes et des enregistrements pour les « intérêts simples ».
Nous ne nous arrêterons pas à donner des exemples des méthodes de calcul
usuelles (par exemple pour des dépôts, des comptes courants, etc.) puisque
nous les supposons connues. Nous aurons d ’ailleurs à les analyser par la suite
pour noter des particularités résultant de considérations ultérieures. Nous
remarquons simplement que l ’approximation est suffisante, et donc que le
système de la capitalisation simple est applicable, seulement pour des durées
assez courtes (généralement jusqu’à un an, pas beaucoup plus). Dans le cas
de durées supérieures, on utilise souvent la capitalisation simple pour les
fractions d’année, et la capitalisation composée pour les années entières;
l ’explication la plus satisfaisante de cette façon de procéder est donnée au
numéro 74. Bornons-nous pour l’instant à indiquer que, dans ce cas, le montant
d ’un capital C au bout d ’un temps t = h' + n + h" (où h' < 1 est la fraction
d’année initiale éventuelle et h" < 1 la fraction finale, alors que n est un nombre
entier d ’années) vaut
M = C (l + + i)”( 1 + ih")
= C( 1 + i f [ l + i(h' + h") + i2h'h”].
On a h' = 0 si l’on compte les années à partir du début de l’opération, ou
lorsque (cas des dépôts, des comptes courants) elles coïncident avec l ’année
solaire ou exercice, l ’opération commençant en début d ’année. Comme le
montre clairement la formule ci-dessus, on voit que, dans la limite des approxi­
mations tolérées, la valeur trouvée coïncide évidemment avec C(1 + /)*, mais en
fait, dans un intervalle donné, elle n’est même pas fonction de t (à égalité de t
elle varie comme h' en atteignant un maximum quand h'h" est maximum; ceci se
produit, si l’on pose t = n + l + h , pour h' = h" = (1 + /*)/2, voir les exercices).

70. — Escompte « rationnel » et « commercial » (comme ap­


proximations)S
i,

Si, ayant substitué au facteur de capitalisation edi l ’expression approchée


1 + it, nous décidons de remplacer, par souci de cohérence, le facteur d’es­
compte er6t, inverse de eôt, par l’inverse de 1 + it on obtient 1/(1 + it) que l ’on
234 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

a coutume d’appeler « escompte rationnel ». Cette formule, évidemment,


ne convient pas si l ’on veut aboutir à une simplification aussi commode que
celle obtenue pour l ’intérêt : on devra alors avoir recours à une approxima­
tion linéaire de crSt. Étant donné que pour 0 ^ t ^ 1 nous avons

1 — St ^ o~ôt < 1 — dt (d = iv),

nous pourrons répéter ici avec des changements évidents ce qui a été dit
n° 69 ci-dessus, et prendre comme expression approchée du facteur d’escompte
1 — dt. Le montant escompté à payer en échange d ’un montant M dû à l ’expi­
ration d’un délai t) sera donc C = M ( 1 — dt), et S = M dt sera le montant de
l’escompte, c’est-à-dire ce qu’il faut retrancher pour obtenir
C = M — S = M — M dt.

Lorsque l ’on applique ces formules linéaires, C = M ( 1 — at) et S = M at


(habituellement avec a = d; éventuellement a = S pour une valeur intermé­
diaire), on parle habituellement d’escompte simple ou commercial.
Toutes les considérations faites au numéro précédent sur la capitalisation
simple restent valables et il est inutile de les répéter. Nous ajouterons seule­
ment, en rapprochant les deux cas, que la capitalisation simple et l’escompte
simple découlant de deux simplifications indépendantes on ne peut pas obtenir
exactement la valeur de départ en escomptant le montant (ou inversement).
En effet,
C( 1 + //)(! — dt) = C[ 1 + (z — d)t — z dt2] = C + Ct(i — d — z dt)
= C -j- Ci dt(l — t) \

l’erreur est nulle seulement pour t = 1 (et t = 0, mais ceci est un cas trivial).
Pour avoir une cohérence parfaite, on aurait dû en fait, soit se servir de la
capitalisation simple et de l ’escompte rationnel (comme nous l’avons déjà
noté) soit de l ’escompte commercial et la capitalisation hyperbolique
qui lui correspond, M = C/( 1 — dt) (cas que nous indiquerons par
symétrie avec celui de l ’escompte rationnel, bien qu’il soit encore plus dépourvu
d ’intérêt pratique et théorique).
Ce que nous avons dit à propos de la capitalisation simple et de l ’escompte
commercial peut suffire si l ’on se contente, comme nous l ’avons supposé
jusqu’ici, de les concevoir comme des méthodes approchées visant à simplifier
l’emploi de la loi exponentielle. Les incohérences notées n’ont pas d ’impor­
tance et l ’on peut même dire qu’elles n’existent pas, car elles se confondent
avec l’erreur inhérente au concept d ’approximation même. Il n ’en est
plus de même si ces formules ne sont plus considérées comme des approxi­
mations, mais comme des lois en elles-mêmes, sur lesquelles on veut pouvoir
raisonner exactement. A ce sujet, nous présenterons par la suite un certain
nombre de remarques.
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 235

71. — Loi décomposable la plus générale

Nous abordons maintenant effectivement le cas de lois différentes de la loi


exponentielle (étant donné que jusqu’ici, toutes les lois considérées n ’avaient
été envisagées que comme approximation du cas exponentiel).
Pour aboutir à des lois différentes de la loi exponentielle, nous devrons aban­
donner une au moins des conditions caractéristiques de cette dernière (cf. n°23).
Commençons par abandonner « l ’uniformité dans le temps » (propriété (d)
page 98), en conservant la propriété plus essentielle de « divisibilité » (pro­
priété (c) équivalant à (a) et (b) prises ensemble), ainsi que la « décroissance »
(la propriété (e), limitation utile dans la pratique pour fixer les idées).
Raisonnons sur les considérations faites à propos de la formule (79) page 98 :
désignons par v(h; t) le « facteur d ’escompte à l ’instant t pour une durée A »,
soit la valeur en t d’un montant unitaire dû à l’instant / + A; si la loi est divi­
sible, on devra avoir
v(t; 0) • v(h;t) = v(t + A;0) (291)

où l ’origine, au lieu d ’être fixée à l ’instant 0, pouvait l ’être à un instant to


quelconque. (Le choix de l ’origine est arbitraire et sert seulement à simplifier
l ’écriture.) En effet, S à l’instant t + A est équivalent à Sv(h; t) à l ’instant t
ou bien à Sv(t + A ; 0) à l ’instant 0, mais également à Sv{h; t)v (t; 0) à l ’ins­
tant 0; par conséquent, les deux valeurs Sv(t + A; 0) et Sv(h; t)v(t; 0) coïn­
cident. Ceci nous indique donc que (ne pouvant cependant pas supposer que le
facteur d ’escompte dépende seulement de la durée A, car il peut varier d ’un
instant à l ’autre) on obtient toujours le même résultat en escomptant de la
fin au début d ’un certain intervalle de temps, d ’une part, ou bien, d’autre part,
de la fin de l ’intervalle à un instant intermédiaire, puis de cet instant au début
de l’opération.
En d’autres termes, si l ’on suppose que l ’on interrompt l’opération à un
instant intermédiaire quelconque (en prélevant le montant et en le reversant
immédiatement à nouveau, ou en restituant la dette et en la contractant à
nouveau) il n ’en résulte ni avantage ni désavantage.
Il est peut-être plus expressif de dire la même chose au moyen du facteur
de capitalisation qui est habituellement l’inverse de v :
u(h; t ) = l/v(h; t ) = montant en t + A de « 1 » à l ’instant t ;

la relation (dont la signification est immédiate) donne alors :

w(i;0)w(A;i) = u(t + A;0). (291')

Les relations (291) (ou 291') permettent déjà de conclure : on remarquera


236 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

en effet que v(t; 0) ou u(t; 0) sont fonction uniquement de t. Il conviendra


alors d’indiquer u(t; 0) = g(t); il en résultera

u(h; t) = g(t + h)/g®} v(h ; 0 = g(t)¡g(t + h).

En vertu de la propriété de décroissance (qui stipule que v < 1) la fonc­


tion g(t) doit être croissante, et la propriété fondamentale s’exprimant par les
relations (291)-(291 ') stipule que la loi divisible générale s’obtient en prenant
une fonction croissante quelconque g(t), avec g(0) = 1, et en admettant que S
à l’instant t est équivalent à S/g(t) à l’origine, c’est-à-dire qu’une opération
est équilibrée si les montants correspondants Su en r h sont tels que la somme
des valeurs Sh/g^h) est nulle.
Si nous admettons — c’est là une supposition naturelle — que la fonction
g(t) est continue et dérivable, la dérivée logarithmique de g(t) existe, et permet
de définir l’intensité instantanée

(292)

qui est alors fonction de t (si elle ne dépendait pas de t on retomberait dans le
cas de la loi exponentielle), mais a toujours la même interprétation géométrique
(inverse de la sous-tangente) et la même signification (en vertu de la dernière
formule des équations (292)). En effet, l’accroissement g(t + h) — g(t) est
l’intérêt produit entre t et t + h (à partir du montant « 1 » versé en t = 0);
en divisant par la durée h, on^ obtient le rapport de croissance, qui est
te flux (moyen) d’intérêt entre t et t + h\ en divisant encore par g(t) on
obtient l’intensité (moyenne) correspondante (intérêt par unité de montant
et unité de temps), et à la limite, pour h -> 0, on obtient l ’intensité
instantanée.
En prenant l ’intensité, toutes les expressions et relations établies pour le
cas exponentiel restent invariées, sinon qu’il faut remplacer le S constant
par un S(i) dépendant de t. A titre d ’exemple, écrivons relativement à ce
nouveau cas certaines formules déjà vues. Indiquons en regard la référence
correspondante à laquelle on se reportera pour les explications qu’il serait
superflu de répéter :
fi+A<5(z)dz f<+6<5(z)dz
u(h;t) = eJ< , Jt
v(h;t) = e J< (293)
(voir p. 67, 82, 110).

M'(t) = — 9 (i) + Ut)M(t) (294)

(295)
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 237

où С = M (0) (voir formules (54) p. 68 et (90) p. 111).

ÇT Щ\]б(г)йг
V(t) = 1 e J cp(r) dr (296)

(voir (93) p. 112).

ü(t) = £ e“^'5(z)d2S(T)M(T) dr (297)

(voir (94) p. 113).

Il peut être bon de mentionner une autre interprétation possible de la loi


divisible générale. On peut concevoir la variation de l ’intensité 8(0 comme
une altération de la « vitesse avec laquelle le temps passe » (cette vitesse variant
dans le même sens que S(i)); si l ’on mesure le temps au moyen de l ’intégrale
de la densité plutôt que par les procédés astronomiques normaux, c ’est-à-dire
en prenant comme mesure du temps transformé selon la nouvelle échelle
non pas t mais /* = J*S(z) dz on est ramené au cas de la loi exponentielle
(avec 8 = 1, soit, unité de temps = période au cours de laquelle un capital
s’accroît selon le rapport de 1 à e). On remarquera que, pour l ’équation (292),
on peut également écrire t* = ln g(t); et donc, en désignant par g-1 la fonction
inverse de g , on a ¿(¿*) = g-1 (e**).
La transformation indiquée donne directement les résultats corrects dans
le cas de paiements discontinus. Si l ’on considère des flux continus, il faut
bien voir que le flux varie lorsque l’échelle des temps varie. En effet, si le
petit intervalle de temps dt se transforme en dt* = S (i) dt, le flux <p(t) devra
se transformer en

= № * № № * ) ] = ?*('*)

(les paiements q>(t) dt = <p*{t*) d t* devant rester inchangés).


Énoncée à titre de curiosité pouvant aider à l ’interprétation, cette explica­
tion peut être utile pour se rendre compte des généralisations suivantes des
formules déjà connues dans le cas d ’une loi de divisibilité quelconque.
Nous écrirons les relations suivantes en plus de celles déjà indiquées
pour <p*0*) :

= F*(/*); £?[*(**)] = £?*(/*);


ÇT ÇT rtk
T* = 8(0 d t ; r* = 8(0 dt; r% = I 8(0 dt.

En regard de chacune des formules, nous indiquons à titre de référence,


238 LEÇONS DE MATHEMATIQUES FINANCIÈRES

comme nous l ’avons déjà fait ci-dessus, quelques formules déjà rencontrées
(désignées par le même numéro affecté du signe prime).

M ’( f ) = — ?>*0*) + M *0*) ; (294')


CH
M *0*) = é*[C — 1 <p*(w) o~u du], avec C = M*(0) = M(0); (2950

,>»(**) e - « - “ ’ dr* = e" J t*T <P*(T*) e_T* dr* ; (2960

0„(<*) - dr* _ e" (J e~TX ( T * ) dr*; (2970

<?.(<*) = P
1**
e -<rï_T*(St dr* (298)

= JJ dr* = 5* - t*)

= &*SkTk <TTi - (* V ^ 0 * )
(voir formules (98) p. 113 et (98') p. 114).

% (t* ) = - t*)
r+1

= e** S s Sk fTrK î — (299)


r+1

(voir formules (100) et (100') p. 114).

(7*0*) = J^ <p(r*) e_(T*_i*)(T* _ t*) dr*

= e* JJ e-TV* dr* - /*F*0*) (300)

(voir formules (101), et (101') p. 114).

72. — Possibilités d’applications pratiques

Il est peu vraisemblable que l’on soit amené à stipuler une opération finan­
cière fondée sur une loi de capitalisation où, conformément à ce qui vient
d’être dit, on prévoit un taux d’intérêt variable au cours des différentes années
à venir.
Cependant, il existe des opérations, comme les dépôts d’épargne et les
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 239
comptes courants, où le taux d’intérêt est sujet à variation, avec un effet immé­
diat pour les opérations déjà en cours, il existe des investissements à revenu
variable (à cet égard, il faudrait considérer outre le revenu distribué par
exemple comme dividende, celui mis de côté ou réinvesti qui donne lieu à
une augmentation de la valeur intrinsèque de l ’investissement). Dans les
cas de ce genre, les conclusions du numéro 70 peuvent donner lieu à des
applications concrètes, soit que l’on se réfère au passé, et que l ’on veuille
tenir compte de la variation observée des taux d ’intérêt ou de rendement,
soit que l’on considère l ’avenir, et que l’on désire évaluer les conséquences
d ’une variation hypothétique future de ces taux, soit encore que, en
se plaçant dans l’abstrait, on s’attache à étudier les conséquences des tendances
générales supposées pour les taux d’intérêt (par exemple, lorsqu’ils doivent
décroître, comme pendant une longue période avant 1914, ou fluctuer pério­
diquement etc.).
Dans ce dernier cas, on pourrait schématiser ces deux hypothèses de la
façon suivante :

a) tendance décroissante : S(i) = e_ci(c > 0); on obtiendrait dans ce cas


à partir de M'(t) = z r ctM(t) :
Mit) = M(0) e(1-e-ci)/c;

b) tendance à la fluctuation : S(¿) = a + b sin et; on obtiendrait alors


à partir de l’équation M'(t) = {a + b sin ct)M(t) :

M(t) = M(0) eai+6(1- cos ct),c.

Ajoutons, à titre d’exemple, trois autres cas qui nous seront utiles pour
approfondir l’étude de la capitalisation simple et de la capitalisation hyper­
bolique (correspondant à l’escompte commercial). Ces lois ne sont, bien
entendu, pas des lois divisibles, et ce que nous pourrons dire ici ne peut pas
leur être appliqué mais concerne des lois divisibles élaborées de façon à
s’identifier avec elles uniquement à l ’égard des opérations ayant en commun
les instants du commencement et de l ’échéance. Sans insister sur ce point
(nous en reparlerons en temps voulu, voir n° 74), passons aux exemples :

c) loi linéaire :

g(t) = 1 + at; t* = In (1 + at); 8 = a/(l + at) = a/g(t);

d) loi polygonale exponentielle :

g(t) = (1 + a)n( 1 + ah) pour (t = n + h, 0 < h ^ 1) ;


= n In (1 -j- ci) -J- In (1 -j- cùi)\ S(0 = aj{\ -f- ah);
240 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

é) loi hyperbolique :

g(t) = 1/(1 — at) ; t* = — ln (1 — at) ; S(f) = a/(l — ai) = ag(t).

Nous noterons que dans les trois cas c), d) et è) l ’intensité 8{t) a toujours
pour courbe représentative ùne hyperbole équilatère. Dans le cas c) elle a
une asymptote verticale t = — \/a et une allure décroissante; pour d) même
courbe pour 0 ^ t ^ 1, répétée périodiquement; pour e) fonction décrois­
sante et asymptote verticale pour t = 1/a où le montant devient infini. L’absur­
dité de cette circonstance (à laquelle en correspond une autre, un peu moins
visible, l’annulation du montant prévu dans le cas c) pour t = — 1/a) exclut
que de telles formules puissent être supposées valables en dehors de certains
intervalles.

73. — Lois non décomposables; influence du montant

En nous fondant sur la conclusion du numéro 4 à propos de la loi divisible


générale, nous pouvons tout de suite dire, par exclusion, que nous aurons
affaire à des lois non divisibles chaque fois que nous pourrons établir que 8
dépend d’une variable quelconque autre que t. Ceci dit, 8 dépendra également
ou ne dépendra pas de t ; s’il ne dépend pas de t, la propriété d ’uniformité
(d, p. 98) subsiste et la propriété de divisibilité, elle, disparaît. Pour plus de
simplicité, et pour fixer les idées, nous nous bornerons à examiner l’hypothèse
d’uniformité (cependant, rien ne change si l ’on imagine que S dépend direc­
tement de t).
Il y a beaucoup de variables dont 8 peut dépendre, et, parmi les exemples
que l’on peut concevoir, il y en a plusieurs qui correspondent, exactement
ou en tant que idéalisations, à des cas importants dans la pratique.
Nous considérons ici le cas où S dépend du montant.
On peut avoir S dépendant du signe du montant ; on aura alors deux cons­
tantes distinctes 8+ et 8" à appliquer respectivement dans le cas où le montant
est positif ou négatif. Cette hypothèse correspond à ce qui se produit dans la
pratique pour les comptes courants bancaires où l ’intérêt payé au client
sur les soldes actifs est petit et celui qu’on lui réclame pour les périodes pen­
dant lesquelles le solde est négatif est élevé.
Pour adhérer un peu plus encore à la réalité, on peut envisager une troisième
constante S++ applicable si le montant dépasse une certaine somme (et l ’on
prendra un taux plus favorable, pour encourager le client à laisser dans son
compte des sommes considérables (également parce que sur des comptes
importants, la charge que représentent les frais des opérations, qui contribuent
à maintenir l’intérêt à un niveau assez bas, est proportionnellement moins
lourde). Pour donner une schématisation générale, on pourrait supposer 8(M)
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 241

fonction du montant M, ce qui donnerait (en l’absence de versements et


prélèvements) l ’équation différentielle

L’intégrale générale est représentée par une famille de courbes toutes iden­
tiques (à une translation horizontale près), dont la sous-tangente dépend
seulement de l ’ordonnée; dans le cas d ’opérations (dépôts ou retraits) on a
une discontinuité (saut vers le haut ou vers le bas, égal au montant), puis
on suit la nouvelle courbe intégrale. Dans la figure 55, on peut voir le cas avec

Fig. 55.

trois valeurs S- , S+ et S++ (les courbes sont exponentielles entre les trois bandes
avec un paramètre différent, et se raccordent suivant l’horizontale de sépa­
ration M = Mo).
Dans le cas que nous avons considéré, il est clair que des deux propriétés
qui constituent, en somme, la « divisibilité », celle de l’invariance subsiste
et celle qui ne subsiste pas est l ’additivité. Ceci signifie que, si nous concevons
l ’opération divisée en deux (ou plusieurs) parties, le résultat n ’est pas le même
en général. Ceci apparait d’ailleurs évident en notant que, déjà au cours
d ’une période très petite dt, si, au lieu de déposer le montant M dans
un compte unique, on le divise en la somme de deux montants M \ + M 2 = M
tenu dans des comptes séparés, l’intérêt au lieu d ’être M8(M) serait
MiS(Mi) + M 2S(M2),

généralement différent (x).

C1) On a l’égalité seulement pour 8(M) = Cte, ce qui résulte de l’équation (62) de la p. 75 si
l’on pose f { x ) = xS(x).
F inetti. — Leçons de mathém atiques financières 7
242 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Il est utile de considérer une propriété moins restrictive que l’additivité :


celle de la subadditivité. Nous dirons qu’une loi de capitalisation est
subadditive si la somme de deux opérations équilibrées est une opé­
ration équilibrée ou plus favorable qu’une opération équilibrée. Si l’on
s’exprime au moyen de la valeur des deux opérations composantes et de leur
somme (en sous-entendant : à un instant donné), la condition s’énonce
en disant que l ’on a toujours W < W± + W2 ; et il est bon de noter (pour en
saisir intuitivement le sens) qu’il s’agit du même phénomène selon lequel
si l ’on achète des marchandises en bloc, il est toujours possible d ’obtenir
des conditions plus favorables qu’en les achetant séparément. En particulier,
si les deux opérations sont égales et opposées (leur somme étant une opération
nulle), nous avons W± + W2 ^ 0 (c’est-à-dire : en général, cela coûte cher
de stipuler une opération et de l’annuler immédiatement comme si l ’on achète
quelque chose et si on la restitue). Bien entendu, la condition de subadditivité
est unilatérale (elle est valable pour le client et non pour l’institut financier,
ou, dans le cas d’une vente, elle ne l ’est pas pour le vendeur; si elle était bilaté­
rale, il y aurait additivité). Ceci est naturel du reste, car c ’est le client qui peut
décider quelle opération ou quelles opérations il veut contracter, et si on lui
demande plus pour l ’opération totale que pour les composantes prises sépa­
rément (c’est-à-dire si W > W± + W2) il lui serait possible de choisir cette
autre solution qui serait plus avantageuse.
Compte tenu de ces remarques, nous pouvons considérer la subadditivité
comme une propriété nécessaire à la cohérence d ’une loi de capitalisation
(au moins sur le plan théorique). Dans la pratique, il ne faut cependant pas
exclure une loi où il y a une incohérence due à la non-subadditivité, car si
ce cas se produit dans une faible mesure, le client n ’a pas suffisamment intérêt
à en profiter, et l’incohérence ne donne pas lieu à des inconvénients.
Examinons du point de vue de la subadditivité le cas que nous avons consi­
déré, où l’intensité d’intérêt S(M) dépend du montant M. D ’après l ’obser­
vation que nous avons faite dès le début, il est nécessaire que l ’on ait pour
la subadditivité (où l ’on prend comme composantes M \ et M 2 en posant
M = M i + M 2)
MS(M) ^ MiS(Mi) + M2S(M2),

soit, en posant f(x) = x • S(jc), la fonction / doit être telle que


f ( x 1 + *2) ^ f ( x 1) + f ( x 2)

(dont on déduit en particulier: f(x ) + / ( — x) < 0,/(0) = 0,f(nx) ^ n -/(x ), etc.).


Cette condition est également suffisante. En effet, soient M i et M 2 les
montants de deux opérations équilibrées; ceux-ci s’annuleront donc à la fin.
En réunissant les deux composantes en une opération totale, le montant
M serait M (t) = Mi(t) + M2(i) + cp(t) avec y(t) ^ 0 et croissante, parce que
à l’origine cp(t) = 0, ^ 0 ; donc on a toujours <p(t) ^ 0 et ç /( 0 ^ 0.
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 243

On peut démontrer que la condition nécessaire de subadditivité suivante


subsiste : si la fonction/(x) est continue à l’origine, elle doit l ’être dans tout
domaine où elle est définie. Il peut se produire cependant que la fonction /(x )
présente un saut à l’origine et plus précisément que l ’on ait lim f( x ) < 0
x ->0-
et lim /(x ) = /(0 ) = 0. Il est évident que ceci ne pourra se produire que si
x o+
lim S(x) = + oo. Dans ce cas, on peut démontrer que la fonction / ( x ) ne peut
x ->0-
pas être subadditive s’il existe des points où la fonction /(x ) présente des sauts
supérieurs à celui qu’elle subit à l’origine; et l ’on observe que la condition
nécessaire énoncée ci-dessus est un cas particulier de cette dernière conclusion.
Sur ce sujet, voir D. Fürst, « Giorn. Ist. Ital. Attuasi » 23 (1960), 56-78.
Si l’on revient à l ’exemple ci-dessus où l’on considérait trois valeurs S- ,
S+, S++, on voit que la subadditivité n ’est pas respectée, étant donné que la
fonction M 8(M ) est continue à l’origine et discontinue au point Mo, où la
limite à gauche est Mo8+ et la limite à droite Mo8++.
On peut mettre directement en évidence cette incohérence en notant que
celui qui possède un dépôt M peu inférieur à Mo aurait avantage à se faire
donner à crédit dans un autre compte le montant Mo — M manquant pour
l’ajouter à M et obtenir un taux supérieur pour ce dépôt. En procédant
ainsi, le flux d’intérêt au lieu d’être S+M, devient S++M0 — S- • (Mo — M ).
Pour que cette opération soit souhaitable, il suffit que la seconde valeur soit
plus grande, ce qui se produit si l’on a (S- — S++) • Mo < (8~ — S+) • M ,
soit pour
S --3 + +
M o --------- — < M < Mo-
S~ — s+

74. — Lois non décomposables; autres cas

Il est un cas assez général : celui où l ’on peut concevoir l’opération globale
comme étant décomposée en la somme de composantes élémentaires du
type simple suivant : on a pour chacune un instant de stipulation t' où l’on
décide d’échanger un montant S' à l’instant r' avec un montant S" à l ’ins­
tant r"(i' ^ r' < r"; 0 < S' < S"). Le rapport entre S" et S' ainsi que la
valeur de l ’opération à un instant quelconque t (entre t ' et t ") sont fondés
sur une fonction u(h; n, d) qui donne le montant au bout d ’une durée h à partir
d’un instant r'(h = t — r') d ’un montant unitaire payé en r' pour avoir
l ’équivalent u(n; n, a) au bout d’une durée n(n = t " — r') quand l ’opération
a été stipulée de façon anticipée ou avec un préavis a (a = r' — t'). Le montant
pour chaque composante élémentaire est alors :

Mit) = S'u(t — r' ; r" — r', t ' — t ') = S' • u{h ; n, a),
244 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

ou encore, puisque l ’on a

S" = S 'u ( t " — t' ; r" — t ', t ' — f ) = S ’ ■u(n; n, à),

u{h ; n, à)
M{i) = S 1 S" • v(n — h; n, à)
u(n ; n, a)
où l’on pose
v(x; n, a) = u(n — x; n, a)/u(n; «, à) =

= facteur d ’escompte pour la durée x lorsque la durée totale de l ’opération


élémentaire est n et le préavis a.
Naturellement, on pourrait encore compliquer les choses en disant qu’il
existe par exemple une influence du montant (comme dans le cas précédent)
ou du temps (comme aux nos 71-72) etc. Nous avons ici supposé une uniformité
dans le temps, et une proportionnalité des montants. Pour plus de simplicité,
nous supposerons d’ores et déjà que même a n’a pas d’influence (nous négli­
gerons donc les cas où l’on traite différemment les retraits avec ou sans préa­
vis).
Pour toute opération élémentaire, l’intensité instantanée d’intérêt serait
donnée par

M '(,) Thut-h-")
§(/z, ri).
M(t) u{h ; ri)

En admettant l’additivité par rapport aux composantes élémentaires (que


nous distinguons des autres par l’indice r) le montant de l’opération globale
serait donné par
M(t) = S rMr(0 = ^rSru(t — Tf l Tf — tÇ),
et l ’intensité par

M '( 0_ 2 r M ; ( 0 _ S rM r(i)S r(0 __ Z rM r(t)S(t — t£, Tf — Tf)


M{t) ~ Z rMr(t) ~ S rMr(0 ” SrMr(0

= moyenne arithmétique pondérée (poids M r{t) = S'ru{t — r / ; rr" — t / )


des intensités correspondant aux différentes composantes.
Considérons à titre d ’exemple 3 cas pour lesquels S(/z, n) est supposé dépendre
seulement de h, ou bien seulement de n — /z, ou encore seulement de n; en
d’autres termes, l’intensité d’intérêt sera différente d’une composante élé­
mentaire à l’autre selon :
— la durée écoulée depuis le début (r'r) dans le premier cas;
— la durée résiduelle jusqu’à l’échéance (r"r) dans le second cas;
— la durée contractuelle (nr = t / ' — r / ) dans le troisième cas.
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 245

Par conséquent, dans le premier cas, le facteur de capitalisation u(h\ ri)

a t m 1 U l —A JL JL t/lllt/ iUU^UUU U t, U C L 1 U ll auiû U \U ) — ^


Jh

0
8 ( 2) dz
; d a n s le

second cas ce sera le facteur d ’escompte v(h; ri) qui sera fonction uniquement
— J " ' S (z) dz
de n — h et l’on aura donc u(n — h\ n) = u(n\ n) e , soit
— fw 8 (z) d z
v(n — h) = e Jo ; dans le troisième cas, tant u que v seront des
fonctions exponentielles, avec un exposant dépendant de n : u (h, ri) = e*(w)*Æ,
v (n — h, ri) = e ~S{n)-(n-h)9
L’intensité S(t) pour l’opération globale sera donnée par la même formule
que la précédente, mais elle sera plus simple car elle ne dépend que d ’une
seule variable. Quittant le domaine général, nous nous référerons dans chacun
des trois cas à un exemple particulier et plus précisément, dans l ’ordre, à la
capitalisation simple, à l’escompte simple, au cas où l’on a deux intensités
différentes Si et S2 pour des composantes de courte ou de longue durée (infé­
rieures ou supérieures à N donné) avec S2 > Si.
a) Capitalisation simple.
On peut appliquer pour chaque composante les conclusions du cas c)
du n° 72; la non-divisibilité découle du fait que la formule s’applique avec
une origine différente pour chaque composante (date du début de l’opération).
Pour l ’opération globale, nous aurons :
M(t) = 2 rMr(0 = S r5;[l + i{t — T'r) l M \ t ) = Œ rSl,
et l’intensité sera donc :
S r« [ 1 + i(t — rf)] 1

1 + i(t — ro)
où l’on désigne par r'0 l’instant de « début moyen » (moyenne des r / avec S /
comme poids) ou si l ’on prend l’image de physique ou de géométrie, bary-
centre des masses S/ placées aux abscisses r / ) . En conclusion, c’est la formule
du numéro 72, cas c) qui doit être utilisée, en prenant comme origine le « début
moyen ». Cependant, on n ’a pas la divisibilité, car le barycentre se déplace
pour chaque nouvelle composante que l’on ajoute à l’opération en cours.
b) Escompte commercial.
Même considération que dans le cas précédent, en se référant cependant
à « l’échéance moyenne » r0" (barycentre des rr" de poids Sr"). Il suffira de s’en
tenir aux formules :
M(t) = S rMr(0 = — dfrf — t ) l M'(t) = dT>rSr,
•'[1 — d(r'r — 01 _ d
S(0 = d j ^ î l
s rs? 1 — d ( r ’ô — t )
F in e t t i. — Leçons de m athém atiques financières 9*
246 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

c) Taux fonction de la durée.


Tant qu’il n’y a pas de nouvelle opération (ou que celles existantes ne
viennent pas à échéance) le montant total des opérations de courte ou longue
durée variera de façon exponentielle :

M i(0 = Ki M2(i) = K2 e ^ ,
et donc
Si.fl e*1* + S2 K2 eôlt
8(0 = = 81 + (82 — S i)-------------------
Ki e 1* + K2 eÎ2Î 1 + ^ e- < W
K2
La fonction y = 8(t) est une fonction qui croît de Si (pour t = — 00) à
82 (pour t = + 00); naturellement, le segment que nous considérons ici est
limité (allant du dernier début d’opération à la prochaine échéance).

75. — Possibilités ¿’applications pratiques

En ce qui concerne la possibilité d ’applications pratiques, il faut remarquer


que la non-divisibilité constitue en soi un défaut de cohérence et une source
d’anomalies, à moins que celles-ci ne se produisent pas, étant empêchées
par des circonstances opportunes ou des clauses accessoires.
Cependant, dans le cas d ’une loi divisible, on peut imaginer en théorie
que l’opération peut se modifier à chaque instant grâce au versement ou au
prélèvement de montants quelconques. Le problème se posera de la même
façon si, pour des raisons évidentes, le titulaire d’un dépôt d ’épargne ne peut
pas, par exemple, prélever plus que le montant déposé, et le détenteur d ’un
compte courant peut par contre dépasser cette limite, mais pas au-delà d ’un
certain maximum de confiance, et ainsi de suite, alors que dans les cas de
non-divisibilité, il est essentiel d’imposer des restrictions à ces mouvements
(au moins des freins) pour assurer un bon fonctionnement.
En effet, dans ce cas, il n ’est plus équivalent d’effectuer la même opération
selon des méthodes différentes; si l’on veut que la voie prévue par une cer­
taine loi non divisible soit suivie, il faut donc que les variantes que le
client peut utiliser soient moins avantageuses pour lui que celles prévues,
ou que les variantes avantageuses existantes soient éliminées par des inter­
dictions ou des règles, ou au moins que les dépenses accessoires ou les risques
que l’on pourrait rencontrer pour obtenir ces avantages rendent l ’opération
difficile.
Illustrons de façon succincte ces considérations sur certains des exemples
déjà vus (et le lecteur pourra les développer et les étendre à d ’autres exemples).
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 247

a) Compte courant à taux S- , S+ et S++ (voir n° 73).


En divisant l ’opération en deux comptes, le résultat n ’est pas le même,
sauf dans le cas où, dans la scission M(t) = M i(t) + M 2(t), à chaque instant M,
M i et M 2 sont toujours ou bien tous les trois négatifs, ou tous les trois positifs
et inférieurs à Mo ou tous les trois supérieurs à Mo. Si M \ et M 2 sont de signes
opposés, cela veut dire que l ’on a un débit sur un compte que l ’on investit
dans un autre, ce qui ne convient pas si les intérêts de l’actif (pour la banque)
sont supérieurs aux intérêts passifs (S- > S+ et S++). Si M est supérieur à Mo,
en scindant M en deux parties, on opérerait à perte, étant donné que l ’intérêt
serait plus petit sur la partie ou les parties inférieures à Mo (si S++ > 8+).
Dans cette hypothèse, il existe des variantes non équivalentes, mais défavora­
bles pour le client, qui préférera le compte unique selon la loi imaginée. On
notera que l ’hypothèse S+ > S++ serait valable dans un cas semblable mais oppo­
sé : la concession de conditions de faveur pour « la petite épargne ».Il serait
alors avantageux de subdiviser un dépôt important en petites parties : pour
éviter que cela se produise il faut donc, soit imposer des restrictions (par exem­
ple limiter les conditions de faveur à certaines catégories de « petits épar­
gnants »), ou des règles rendant peu pratique, vis-à-vis des exigences de la
clientèle plus importante, le service fourni à la « petite épargne ».

b) Capitalisation simple.
Celui qui, ayant versé un capital C, prélève après un temps h' le montant
total M(h) = C(1 + ih') et le redépose tout de suite aux mêmes conditions,
après un temps ultérieur h", obtiendrait un montant

c(l + ih ')(l + ih") = c [ 1 + i(h’ + h") + fh 'h "],

alors que s’il n ’interrompt pas l’opération en h \ la capitalisation simple


aurait donné, à l ’instant h = h' + h", M(h) = C(1 + ih). L’épargnant gagne­
rait donc la différence Ci2h'h". Mais dans la pratique, les frais qu’il encoure-
rait seraient prohibitifs, et c’est ainsi que la simplification consistant à calculer
l’intérêt simple, malgré son absurdité implicite sur le plan théorique, peut
s’appliquer sans avoir à supporter les complications liées à une annulation
et réouverture continuelle du dépôt.

c) Escompte commercial.
Formule analogue au cas précédent : (1 — dh') (1 — dh") = 1 — dh + d^h'h*.
Cependant, la variante (qui consiste à diviser la durée) n ’est pas à l ’avantage
du client, et tout se passe donc sans complications dans ce cas, même s’il
n ’existe pas de frein d ’autre sorte.
Terminons par une dernière remarque de caractère général : si l ’on n ’a
248 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

pas affaire à une loi divisible, le concept même de montant, ainsi que celui
d ’intensité etc., devient douteux ou artificiel. En effet, on peut parler de mon­
tant lorsque celui-ci peut être payé de façon à arrêter l ’opération à chaque
instant. Autrement, on ne l ’utilise qu’en tant que moyen d ’estimation des
engagements : si ceux-ci obéissent à des lois compliquées, il n’y a pas de
raison plausible obligeant à employer effectivement ces lois en vue d’estima­
tions qui ont un caractère indicatif et « interne ».

76. — Opérations scindées en plusieurs comptes

Nous avons déjà noté au numéro 22, à titre de premières remarques prati­
ques et critiques, que l’on applique en général des taux différents pour diffé­
rents types d’opérations financières (obéissant à une loi exponentielle ou
à d’autres plus complexes : peu importe). Nous avions dit alors que l ’on ne
prend en considération, en mathématiques financières, qu’une seule opéra­
tion (avec un taux unique) à la fois.
Il faut cependant considérer maintenant simultanément plusieurs opéra­
tions effectuées dans des « comptes » (et alors en général avec des « taux »)
différents parce qu’ils constituent des composantes complémentaires d ’une
opération conçue de façon unitaire. Nous nous proposons d ’analyser ici
les mécanismes correspondants en nous référant à certains cas concrets signi­
ficatifs. Dans une toute autre optique, le système des comptes séparés peut
également servir d ’artifice permettant d ’expliquer (de façon significative
même du point de vue comptable) le fonctionnement de certaines « lois »
non divisibles.
Nous traitons ici les cas de l’amortissement américain et anglais, et des
applications dans le domaine de problèmes industriels.

a) Amortissement à Vaméricaine.
Dans l’amortissement que l’on considère habituellement, à annuité constante
à échéance retardée (ou amortissement à la française) nous savons (voir n° 29)
que les annuités (pour un débit initial « un » sont :

Cette décomposition des annuités permet d’interpréter l’opération comme


suit : je paye chaque année au créancier à titre d’intérêt sur le capital prêté.
En mettant de côté chaque année 1/s^j (en l ’employant au même taux/) j ’accu­
mule un capital qui atteint la valeur 1 (= (l/s^)s^) à l ’échéance des n années,
soit le capital à restituer.
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 249
Les deux annuités réunies constituent l’annuité globale l/a^; la décompo­
sition peut être soit purement théorique soit avoir une réalité comptable (si l’on
peut séparer les enregistrements correspondant aux deux parties) soit même
une réalité effective si l ’on confie la seconde opération à une tierce personne
(par exemple une banque) à qui le débiteur devra verser les annuités 1/s^j
afin que ce tiers puisse, en temps voulu, restituer le capital prêté par le créan­
cier.
Il n’y a donc rien de changé par rapport à l’amortissement à la française :
la « dette résiduelle », par exemple, sera toujours û ^ /a ^ , mais il vaudra
mieux employer la décomposition 1 — /s^ (si le tiers existe, ceci indiquera
réellement que la dette envers le créditeur est toujours 1, mais que j ’ai mis
de côté par ailleurs la partie s^/s^,).

b) Amortissement à Vanglaise.
Une fois admise la décomposition énoncée au point a), il est naturel de
supposer — si une tierce personne intervient réellement — que le taux d ’in­
térêt payé par celle-ci sur le montant qui s’accumule sera différent, et donc
inférieur à celui exigé sur le débit. Nous aurons alors un amortissement
à deux taux (ou à l ’anglaise) :
— Un taux i appelé taux de rémunération (annuité rémunératrice), pour
les intérêts à payer sur l ’ensemble de la dette;
— un taux i'(i' < i) appelé taux d ’accumulation (annuité reproductrice)
pour la capitalisation de la part de reconstitution qui vaudra 1/5’a (et
sera donc supérieur à 1/s^).
Dans l ’ensemble, l ’annuité (par dette unitaire) sera donc 1/s^j + i et sera
supérieure à 1/û^ : il est clair que le fait de recevoir un intérêt inférieur à i
sur la somme mise de côté équivaut à amortir dans des conditions plus
défavorables, c ’est-à-dire à un taux i* > i. Le taux z* est défini par la
relation

(301)

(où l ’on désigne par la valeur de pour i = /*). L’équation (301) est équi­
valente à

En remplaçant la différence
1 1
250 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

par la différentielle

et en résolvant l ’équation linéaire en i* qui en résulte, on obtient une valeur


approchée de i* C1) :
d_ _l
di S-.
ï = i — (i — /')

1 + 1S C Z= Z ,

= i. +, (i
/• — i ) — r«—
0 +,------
i'T 1 — V l
1 S JÏ, + 5 JÎ| — «(1 + l )

n(l + —^
—i + 0 — O
s£(l + 0 * " 1- » ( l + 0 n"1’
donc

s*| — n
Cette formule est exacte en première approximation (voir p. 14). Le fonds
que l’on constitue avec les parts 1/s'^ s’appelle en employant un terme anglais
« sinking fund ».
La dette résiduelle est 1 — s'p| /s'^ (s'^ /s'^ étant le capital accumulé au
bout de r années).

c) Applications dans le domaine industriel.


Le même concept s’applique souvent à des cas tels que ceux analysés au numéro
40 : au lieu de penser en termes du calcul de l ’amortissement à un certain taux,
on pense séparément à payer l ’intérêt sur la valeur entière et à prévoir de

d d
0 En rappelant que ^./(w) = ^ /< M (v°ir P- 175) on obtient :

(I /J_\ u — 1 _ U* — 1 — nun~1 (u — 1)
d i \s nJ ~ du un — 1 “ (un — l)2

( h* — 1) / ( h — 1 ) — / I« » - 1 " O + O” -1

- (« - 1 ) [(«» - 1 ) / (« - 1 ) ] “ -
Noter que dans le texte on désigne par s'«i la valeur de pour / = /' et non la dérivée de s^j.
Même remarque pour a'#*.
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 251

reconstituer le capital en constituant une réserve à un taux~différent.


En voici un exemple.
Quelle est la valeur V d’un gisement qui produira un revenu annuel / pen­
dant N années (en perdant ensuite toute valeur) si l ’on destine une partie
de ce revenu à la reconstitution de la valeur initiale F à un taux V inférieur
au taux i que l ’on attend de l ’investissement? On a

Pour i' = i l ’on obtiendrait à nouveau la valeur Ian trouvée pour un pro­
blème analogue (6, n° 40).

77. — Remarques sur les opérations à plusieurs taux


Même les opérations dont les diverses parties constituantes obéissent à
des taux différents sont incohérentes du point de vue théorique et donneraient
lieu à des anomalies si celles-ci n ’étaient pas corrigées par des restrictions
adéquates ou des circonstances secondaires. Il suffirait de répéter presque
à la lettre les remarques faites pour le cas a) du numéro 75 : le client a toujours
intérêt à compenser dans la mesure du possible les opérations actives et pas­
sives en acceptant d’avoir (comme dans le cas de compte courant) tantôt une
seule opération active et tantôt une seule opération passive; autrement, il
se trouverait avec une dette à intérêt élevé tout en ayant un dépôt lui rappor­
tant un faible intérêt.
Dans le cas de l ’amortissement, le débiteur aura intérêt à restituer une
partie de la dette au lieu de la laisser inchangée (en payant un intérêt élevé
sur le total du montant) tout en mettant de côté un capital (en percevant un
intérêt inférieur). Il se peut que le créancier n ’ait accordé le prêt au taux i
qu’à condition d ’assurer l ’investissement du capital au taux i pour toute
la durée n : il n ’acceptera donc pas des restitutions partielles anticipées.
Un exemple encore plus net : le cas de l ’emprunteur qui a obtenu un prêt
à taux d ’intérêt élevé d ’une banque et qui dépose ensuite dans cette banque,
dans un compte courant, les montants dont il dispose petit à petit. Il est clair
que du point de vue mathématique, il aurait avantage à effectuer les dépôts
comme remboursement du prêt, et les prélèvements comme augmentation
du montant de celui-ci. Mais il est évident que ceci est impraticable étant donné
la rigidité de l ’opération de prêt, et voilà pourquoi il est naturel d’avoir recours
pour déposer un montant fluctuant à une forme qui a, au plus, un caractère
de « liquidité », comme celle du compte courant.
En tout cas, pour éviter des anomalies, il faut que d ’une façon ou d5une
autre (cf. ce qui a été dit au numéro 75 à propos des lois non divisibles) inter­
252 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

viennent certaines règles ou freins ou circonstances particulières empêchant


le transfert d ’un compte à un autre pour choisir la voie la plus avantageuse.
Celle-ci consisterait, nous le répétons, à toujours avoir le montant en un seul
compte : dans le compte avec le taux le plus élevé admis pour des opéra­
tions passives s’il est positif, ou inversement s’il est négatif, par analogie
avec le cas du compte courant.

78. — Schéma d’interprétation fondé sur la décomposition en


plusieurs comptes

Même à propos de l’étude des cas traités au numéro 74, on peut dire que nous
nous étions implicitement fondés sur une décomposition en plusieurs comptes,
car on avait écrit M(t) = S r M r(t) et l’on pouvait interpréter les composantes
M r(t) (ayant, en vertu de la loi de capitalisation supposée, une intensité d’inté­
rêt qui peut se déterminer plus aisément) comme faisant l’objet d’autant de
comptes séparés. Dans ce cas, on avait cependant une simple juxtaposition
de comptes, en ce sens que chacun d’entre eux fonctionnait individuellement
comme si les autres n ’existaient pas; en particulier, les intérêts affluaient tou­
jours aux comptes correspondants.
Pour chaque M r(t), on a une équation différentielle, donnant le montant
en fonction des mouvements et de la loi de capitalisation.
Les cas les plus intéressants en substance, permettant l’emploi de modèles
d’interprétation d ’un type nouveau, sont surtout ceux où l’équation différen­
tielle donnant M r dépend également de la variation des autres comptes. Ceci
se produit (sans insister sur l ’aspect mathématique correspondant, ce qui
exigerait des remarques préalables disproportionnées), tant dans le cas où le
niveau des différents M r conditionne l’attribution de certains mouvements à
tel ou tel compte, que dans le cas où les intérêts d ’un compte affluent vers un
autre compte.
On a déjà vu certains exemples du premier type de situation (qui préciseront
de façon concrète nos explications) : on peut considérer le compte courant
à trois intensités S~, S+, S++ comme étant constitué de trois comptes distincts,
avec la clause que le montant entier est transféré au premier compte dès qu’il
devient négatif, au troisième compte dès qu’il dépasse Mo, au second compte
dès qu’il entre dans l’intervalle (0, Mo). Une variante : si le troisième compte
ne doit recevoir que ce qui est (éventuellement) supérieur à Mo, quand M(t) > M0
nous aurons dans le deuxième compte le montant fixe Mo, dans le troisième
M(t) — Mo, et les intérêts du second compte et du troisième compte afflueront
vers ce dernier.
L’exemple le moins complexe du second type d’opération nous donnera
une nouvelle interprétation de la capitalisation simple, au moyen de la scission
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 253

de l’opération en deux comptes : le compte capitaux et le compte intérêts.


Le premier varie par les mouvements de versements ou de retraits ; les intérêts
du premier affluent au second où ils s’accumulent sans produire d ’intérêt.
Il existe des variantes un peu plus complexes du même cas : pour un compte
courant dont le solde peut également devenir négatif, nous pourrons avoir
en plus du compte capitaux, deux comptes intérêts, l’un pour les intérêts actifs
et l’autre pour les intérêts passifs. En imaginant que même les intérêts produisent
eux-mêmes de l ’intérêt, mais que ceux-ci vont dans l’autre compte, et ainsi de
suite, on pourra obtenir une interprétation (théorique seulement, naturelle­
ment) de la capitalisation composée (loi exponentielle).

79. — La capitalisation simple (interprétée au moyen des comptes


capitaux et intérêts)
Considérons maintenant le cas d’un compte de capitaux, dont nous dési­
gnerons le montant par Afi(t) et un compte d ’intérêts dont nous désignerons
le montant par M 2(t). Dans le compte capitaux, M±(t) reste constant tant qu’il
n’y a pas de mouvement; si l’on se réfère au cas qui se prête le mieux à une
interprétation mathématique du problème, nous supposerons que le mouve­
ment est donné par un flux <p(t) et nous aurons
M{(0 = 9 (t).
Dans le compte intérêts, M 2O) varie par suite de l’afflux des intérêts en
M i(0, et nous aurons donc :
M û t) = S •
En intégrant :

Mi(t) = Mi(0) + J 9 (z) dz, (302)

f
M 2(t) = M2(0) + 8 • Mi(x) dx, (303)
J0
et donc

M 2(t) = M2(0) + S/Mi(0) + 8 r âx r œ(z) dz


JO J0

= M2(0) + 8tMi(0) + 8 J o * - zM z) dz 0 - (303')

C1) L’expression 8J 0¿[J*<p(z) d2] dx que l’on obtiendraiten remplaçant dans l’équation (30 3)Mi (x
par sa valeur dans l’équation (302) en négligeant l ’intégrale de la constante Mi(0) calculée à part
est habituellement écrite sous la forme équivalente àj^d* J*<p(z) dx qui est celle utilisée dans le
texte
254 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

Le montant total des deux comptes, M (t) = M i(t) + M z(t), est égal à

Pour interpréter et justifier le passage de


rt rx rt rt rt
S dx <p(z) dz à S dz <p(z) dx = S (t — z)<p(z) dz
Jo Jo Jo J z Jo
nous remarquerons que S(<p(z) dz) dx est l ’intérêt produit entre les instants x
et \x + dx par le montant <p(z) dz versé entre les instants z et z + dz. Il faut
donc considérer cet intérêt élémentaire en se référant à tous les x supérieurs
à z (et inférieurs à t ), c ’est-à-dire comme on le dit en analyse, l ’intégrale double
de <p(z) étendue au triangle OAB (voir fig. 56) qui est le lieu des points (x, z)
tels que z < x < t.
Le passage dont nous avons parlé consiste à considérer dans le premier cas
les intérêts produits entre x et x + dx pour tous les z précédents (et donc

O t x

Fig. 56.
dx J*<p(z) dz) en en faisant ensuite la somme lorsque x; varie de 0 à t (obtenant
ainsi po dx j > ( z ) dz); dans le deuxième cas, lorsqu’on considère par contre
les intérêts produits par chaque montant élémentaire <p(z) dz depuis l ’instant z
du versement jusqu’à la fin, c ’est-à-dire jusqu’à t (intérêts égaux à dz jl<p(z) dx
= (t — z)(p(z) dz) et en faisant ensuite la somme lorsque z varie de 0 à t (ce
qui nous donne — z)<p(z) dz). En substance, nous appliquons donc dans
notre cas particulier la formule suivante valable pour une fonction quelconque
f(x, z) de deux variables (que nous supposerons limitée dans le triangle OAB) :

dz / (x, z) dx.
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 255

On retrouve ces deux manières de calculer une intégrale double (}) à propos
des deux méthodes « directes » et « scalaires » de calcul du solde d ’un compte
courant à une époque donnée T (clôture d ’exercice : et nous supposerons que
la clôture effective coïncide avec la clôture supposée).
Soient Mo ( = solde de l’exercice précédent), M i, M 2 les montants aux instants
0, h, ¿2(0 < h < t 2 < T). Supposons que ces montants soient constants à
l ’intérieur de ces intervalles : soient M (t) = Mo pour 0 < t < t±9M(t) = M±
pour h < t < t 2 , M (t) = M 2 pour t 2 ^ t < T. Le raisonnement restera
valable, naturellement, pour un nombre quelconque de versements ou de
prélèvements calculés entre 0 et T (nous avons pris T = 2 dans ce cas pour
plus de simplicité); supposons, pour fixer les idées, que l ’on ait M i < Mo
c ’est-à-dire que, à l ’instant t\ l ’on fasse le prélèvement Mo — M \ ( = verse­
ment du montant négatif M i — Mo) et que l ’on ait M 2 > M \ , c ’est-à-dire
que l ’on fasse à l ’instant t 2 le versement (positif) M 2 — M\.
^SM(t)

SM2
SM0
SM, *3
*1
R2
O T
F ig . 57.

On peut faire le calcul des intérêts (« méthode scalaire ») en effectuant la


somme des intérêts produits par Mo entre 0 et /1, par M \ entre t\ et t 2 , par M 2
entre ¿2 et T :
I = 8Mo(h — 0) + SMi(i2 — /1) + 8M2( T — /2).
Dans la figure 57, les trois éléments de sommes sont donnés par les surfaces
des rectangles Ri, R 2 , Rs.
(*) La formule analogue dans le domaine discret serait :
n k n n
0 0 oh
celle-ci a déjà été appliquée au chapitre III (voir n° 31) :
n k
(ia>3 - = Z» 1—« - 1 — i—
l 1 1 h
256 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

On peut obtenir la même somme en faisant simplement la somme algé­


brique des intérêts produits par chaque versement (positif ou négatif) à partir
de l’instant auquel a eu lieu le versement jusqu’à la fin de l’exercice (« méthode
directe ») :
I = SM0( r — 0) — S(Mo — Ml) ( T — h) + S(M2 — Ml) ÇT — t2)
= SMo(T — 0) + S(Mi — Mo) ( T — h) + 3(M2 — Ml) { T — t2).
D ’après la figure 58, on peut voir que l’on obtient I en soustrayant de la
surface du rectangle OQDA (de côté SMo et T) celle du rectangle CEDB (de

\8M(t)

SM2 H
8M0-
B
-D
¿M, F B3 - E

Q
~Ô~
Fig. 58.

côté S(Mo — M i) et T — ti), et en y ajoutant ensuite celle du rectangle FEHG


(de côté S(M2 — M i) et T — î2). Il est clair que la figure ainsi obtenue (et
donc sa surface) est égale à la précédente.
Voyons brièvement également le cas de trois comptes (avec des intérêts
actifs et passifs) ; sans reprendre les commentaires déjà faits, écrivons

M ( 0 = <?(0>
n
Mi(f) = Mo(i) + <p(z) d z ;

'>0
si Mi(t) |
. < o’
si Mi(t) j1 < 0.
L > o’
en remarquant que l ’on peut écrire

m 2(o = — {M i(0 + | M i(0 1 }, Mi(t) = y { M i ( 0 - | M i ( 0 | } ,


AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 257

On peut obtenir une expression explicite de M2(0 et M z{t) si l ’on sait égale­
ment calculer J | M\(t) | dt. Sans insister sur ce point, disons qu’on l’obtient
sous la même forme que dans l’équation (303') pour jM i(0 d t, à condition
d ’intervertir le signe de la fonction intégrante (t — z)<p(z) dans les intervalles
où M i est négatif.
Voyons enfin le système qui permet de relier entre eux, conformément
à ce point de vue, l’interprétation de l’intérêt simple et de l ’intérêt composé
(continu). Désignons, comme dans le premier exemple, par M±(t) et Mz(t) le
montant du compte capitaux et du compte intérêts; supposons cependant
que le compte intérêts produise aussi des intérêts et que ceux-ci affluent vers
un troisième compte de manière à constituer un montant compte
« intérêts des intérêts »; de même, les intérêts produits par les intérêts des inté­
rêts vont à un quatrième compte « intérêts des intérêts des intérêts » et ainsi
de suite à l’infini. M n(t) sera le montant du « compte intérêts d’ordre n — 1 »
et M(t) sera la somme de la série des M n{t).
Considérons premièrement le cas où l’on n’a pas de mouvements de capitaux :
on aura alors M ± (t)= C = Cte. Et donc (en supposant M n{0) = 0 pour n > 1)

M2O) = = SC, d’où M2(/) = CS J d / = CS/;

Mi(t) = SM2(/) = SCS/, d’où M3(/) = CS2 / d/ = C(S/)2/2;

CS3 f
Mi(t) = §M 3(t) = SCS2/2/2, d’où Mi(t) = - J - Y d/ = C(S/)3/3 ! ;

Et, en général, si l’on trouve


Mn(t) = C(S/)re_1/(« — 1)!,
d ’après
M;+i(/) = 8Mn(t) = SCSn_1/w_1/(« — 1)!,
on en déduit

= ( f z i f y j ^ " 1 di = C (S /)> !.

Et la loi est démontrée par induction (de n à n + 1).


En faisant la somme (cf. série exponentielle) (42'), on obtient
M(/) = 2„M„(/) = S„C (S/)7«! = C eât;

en partant de l’intérêt simple et en ajoutant les intérêts d ’intérêts et ainsi de


suite, on obtient l ’intérêt composé; les termes du développement en série de
l’exponentielle s’interprètent comme le montant des intérêts des différents
ordres (intérêts = terme linéaire; intérêts des intérêts : terme quadratique, etc.).
258 LEÇONS DE MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES

En passant au cas général, avec des mouvements à flux continu <p(t) (et nous
supposerons pour simplifier l ’écriture, M i{0) = 0), nous aurons :

Mi(t) (p(z) dz, M 2(t) z)<p(z) dz


- t - j > -
(comme ci-dessus)
Ct' t ft fX

Mz{t) = B M^(x) dx = S2 dx \ (x — zW z) dz
o Jo Jo

= S2 J <p(z) dz J (x — z) dx = S2 j* ^ ^ Z" y(z)^z O >

et ensuite Í1) de la même façon


(\W Ct
Mn+l(t) = T {t — z)n<p{z) dz.
ni

En faisant la somme des séries, on obtient

M (i) = S nM nif) = £ „ | o [ § ( -^ TZ- V (z) d z

= J * y ( z ) [ s ro[8(' ~ z)]”] dz = { > ) etf<e_z) dz;

On retrouve ainsi par d’autres méthodes l ’équation (90) exprimant le résultat


de la capitalisation à intérêt composé. On notera que les montants M n+i(t)
peuvent s’interpréter comme étant constitués par les intérêts d’ordre n produits
entre z et t par le versement <p(z) dz effectué en z (conformément à l ’équation
M n+i(t) = C(8t)n/n\ du cas précédent).

80. — Remarques ultérieures

Revenons au cas de la capitalisation simple, pour ajouter quelques remarques.


En attendant, comparons l ’interprétation donnée ci-dessus (n° 79) avec celle
fondée sur les lois non divisibles.
Si M = C( 1 + St), l’intérêt produit entre t et t + dt est CS d t. En le suppo­
sant produit par le montant C + C St, l’intensité est décroissante (1/(1 + St))
en raison de la présence d’intérêts qui sont déjà venus à échéance (et l’on pro­
cédait ainsi au n° 72); selon la présente interprétation, l ’intérêt venu à échéance

C1) On applique la règle d’inversion de l’ordre des intégrations dans les intégrales doubles (men­
tionnée à la page 255).
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 259
CSt n ’est compté dans ce rapport et l’intensité est constante. La différence réside
dans le fait suivant : on imagine soit que le capital produira des intérêts à
intensité constante et que les intérêts seront improductifs, soit que le capital
et les intérêts produiront des intérêts avec une même intensité, prise comme
moyenne. Il ne s’agit pas de deux cas différents, mais de deux interprétations
différentes de la même réalité. Chacun pourra choisir l ’une ou l ’autre, et la
préférer, ou s’en tenir à l ’interprétation considérée comme une approximation
(n° 69).
On remarquera que pour expliciter la dernière interprétation, il est naturel
de désigner le paramètre de la capitalisation simple par S ; ceci est particulière­
ment utile si l’on veut comparer celle-ci avec la capitalisation composée fondée
sur une série exponentielle. Ceci n’empêche pas que, en d ’autres occasions,
on désigne le même paramètre par i. On remarquera cependant que dans la
capitalisation simple, le paramètre a en même temps la valeur d ’une « intensité »
(référée au capital, interprétation donnée au n° 72) et d’un « taux annuel »
(ceci mise à part l’unité de mesure : soit année-1 soit nombre pur). Il est parti­
culièrement recommandable d ’utiliser la lettre i quand la capitalisation simple
(comme c ’est ordinairement le cas, cf. n° 69) s’applique à l ’intérieur de périodes
annuelles. Dans l ’interprétation fondée sur deux comptes, compte de capitaux
et compte d ’intérêts, ceci revêt une signification concrète et claire. A la fin
de chacune de ces périodes annuelles, le compte intérêts est clôturé et son solde
est versé au compte capitaux. De cette manière, les intérêts commencent
automatiquement à partir de ce moment-là à produire eux-mêmes des intérêts
qui deviennent partie intégrante du capital; on dit dans le langage de la compta­
bilité que les intérêts ont été « capitalisés » (mais l’on doit cependant noter
qu’il y a un risque d ’ambiguïté entre cette capitalisation au sens d ’un verse­
ment au compte capitaux, et la capitalisation au sens des mathématiques finan­
cières, c’est-à-dire « le report à un instant ultérieur », soit l ’inverse de
« l’escompte »).
Disons enfin que l ’on pourrait interpréter de manière analogue l’escompte
commercial, en distinguant un compte capitaux et un compte d’escompte
(le premier productif et le deuxième non productif). Cela est cependant plus
artificiel. Au moment de verser C = M( 1 — dt) en échange de M à l’intérieur
d ’une période t, je devrais enregistrer non pas C, mais M dans le compte capi­
taux et l ’escompte M — C = C dt (avec le signe opposé) dans le compte
d ’escompte. Si le compte capitaux produit des intérêts avec une intensité d,
et que j ’imagine de faire affluer au compte d ’escompte cet intérêt, au bout de
la durée contractuelle t, l ’intérêt a atteint le niveau du montant initial C dt
du compte d’escompte, et il reste uniquement le montant M au compte capi­
taux, qui s’annulera avec l’encaissement du montant M dû à cet instant-là.
EXERCICES SUR LE CHAPITRE VI

1. Si — comme cela se produit généralement pour de courtes périodes — on


prend comme unité de temps un Æ-ième d’année au lieu d’une année,
comment faut-il modifier la formule M = C( 1 + it) (i étant le taux annuel).
Écrire explicitement les formules correspondant aux cas particuliers
où l’unité de temps est le jour, ou bien le mois i 1).
2. On prête un capital de 1500 francs le 13 octobre et son montant, calculé
selon un système de capitalisation simple à 5,5 % par an, est remboursé
le 14 juillet de l’année suivante. Calculer ce montant (2).
3. Connaissant le capital initial M(0), le montant M(t) à l ’instant déterminé t,
ainsi que le taux z, dans le cas où la loi de capitalisation appliquée est une
loi polygonale-exponentielle (voir n° 69, 72, etc.), déterminer les fractions
d’année h' (initiale) et h" (finale). On distinguera deux cas selon que l ’on
connaît ou non le nombre entier n d’années pendant lesquelles on a appli­
qué la loi exponentielle (en désignant par [i] l ’entier maximum contenu
dans i, l’on peut avoir n = [t] ou bien n = [t] — 1...). Discussion.
4. Un capital de 10 000 F placé à 5 % par an a produit en trois ans et
5 mois un montant de 11 807,56 francs. Pendant certaines fractions
d’année, on a suivi la loi de capitalisation simple (c’est-à-dire, dans
l’ensemble, la loi polygonale-exponentielle, cf. n° 69, etc.). On sait que
l’opération a commencé en début du mois. Déterminer ce mois (en remar­
quant qu’il existe plus d’une solution.)
5. En supposant que le flux de versement soit <p(t) = t~at et l’intensité
d’intérêt S(¿) = Q~ct(a > 0, c > 0), calculer M(t), V(t), Ü(t). Utiliser
soit les formules (295), (296), (297) soit, en ayant transformé l ’unité de
temps, les formules (295'), (296'), (297').

C1) Selon deux conventions différentes, on pourra supposer un an = 365 jours (« année civile »)
ou bien un an = 360 jours (« année commerciale »). Dans ce dernier cas, les mois (« commerciaux »)
ont tous 30 jours; et il est évident que si l’on prend comme unité de mesure le mois, on se place
dans cette hypothèse.
(2) De nombreux calendriers indiquent pour chaque jour de l’année le nombre de jours écou­
lés depuis le 1er janvier et le nombre de jours restant jusqu’au 31 décembre.
AUTRES CAS QUE LA LOI EXPONENTIELLE 261

6. Résoudre la qestion précédente en supposant que


<p(0 = — t, 8(t) = erct.

7. Une rente annuelle à annuité constante unitaire à échéance différée est


considérée dans un système de capitalisation défini par S(Q = et. Déter­
miner M (t), V(t), Ü(t).
8. Déterminer la valeur de l’usufruit à l’instant t = 0 d ’un capital unitaire
payable dans 20 ans, si l ’on a 8{t) = 1/(1 + Q. Quelle serait l ’intensité
constante donnant le même résultat? (Voir exercice suivant).
9. Démontrer que tant le montant que l’usufruit à l’instant t d ’un seul
paiement effectué à l’instant r restent inchangés si l’on remplace l’intensité
8{t) par sa valeur moyenne dans l ’intervalle ( t, t ), c’est-à-dire si l ’on sup­
pose 8 = l/(r — t) j]8(z) dz. En appelant la valeur moyenne de S(Q
dans l’intervalle (t, tj¿) exprimer l ’équation (100), dans le cas S = 8(t)
en utilisant les valeurs
10. Démontrer que si le taux instantané d ’intérêt est 8+ (constant) dans le
cas où 0 < M(t) < Mo, alors que pour M (t) > Mo l ’on applique le
taux S+ pour Mo et 8++ (constant) pour l ’excédent M (t) — Mo, alors,
pour M(t) — Mo, l ’équation différentielle

M'(t) = (s + + S++)M (0 — S++Mo

reste valable. Déduire de là l ’expression de M(t).


Imprimerie B ussière à Saint-A m and (Cher), France. — 21-7-1969.

Dépôt légal : 3e trimestre 1969.


№ d’édition : 6218 № d'impression : 2993.

Imprimé en France.
Suite du premier rabat

Comme cet ouvrage s’adresse à des


étudiants, à des économistes et à des prati­
ciens de la finance, banquiers ou chefs
d ’entreprises, l’auteur, guidé par le souci de
l’efficacité pédagogique, n ’a pas hésité à
placer en tête de son exposé le rappel d ’un
certain nombre de notions mathématiques.
Il y a, en effet, des notions mathématiques
très simples qu’il faut posséder clairement et
appliquer d ’instinct ; or, leur modestie par
rapport aux notions théoriques plus élevées
les font trop souvent négliger.

Bruno de F inetti a consacré la plus


grande partie de son activité de recherche
au calcul des probabilités et s’est intéressé
également aux mathématiques de l’écono­
mie, plus particulièrement aux problèmes
ayant trait à la critique des fondements
ou se rattachant à l’incertitude, à la proba­
bilité et à la statistique.

Pendant une longue période se situant


entre l’obtention de sa licence ès sciences
mathématiques et sa nomination à une
chaire d’Université, il a associé l’activité de
recherche et ses cours universitaires à une
activité pratique : d ’abord au Bureau central
des statistiques d ’Italie (entre autres :
construction des tables de mortalité), et
ensuite auprès d ’une compagnie d ’assurances
(comme actuaire et comme responsable de
l’organisation mécanographique).

Il est l’auteur de nombreuses publications,


notamment « Iyezioni di matemática finan-
ziaria» et «Iyezioni di matemática atturiale»,
et d ’exposés moins techniques comme «I^a
Matemática per le applacazioni economiche »
(en collaboration avec F. Minisola) et
« Economía delle assicurazioni » (en colla­
boration avec F. Emanuelli).

Une sélection de ses études dans le domaine


de l’économie, avec le titre « Un matemá­
tico e l’econoinia » et le livre «Teoria delle
probabilita » où il expose systématiquement
ses conceptions, à plusieurs égards originelles,
vont paraître prochainement.

En outre B. de F inetti s’occupe active­


ment des problèmes didactiques et concep­
tuels concernant l’enseignement des mathé­
matiques et des sciences en général, soit
comme membre de la Commission italienne
pour l’enseignement des mathématiques,
soit comme auteur de livres d ’enseignement.

DUNOD, ÉDITEUR. PARIS


COLLECTION «STATISTIQUE ET PROGRAMMES ÉCONOMIQUES»

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Essai de théorie
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Ancien élève de l’École polytechnique
Ingénieur des Ponts et Chaussées
Associé de recherches en économie à l ’ Université Harvard
Professeur d’économie politique associé à l’ Université Stanford

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