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Laboratoire d’Economie Appliquée de Grenoble

APPROCHE ECONOMIQUE DE LA COORDINATION

DANS LES CHAINES LOGISTIQUES

DUVALLET Jeanne ; GOMEZ PADILLA Alejandra ; LLERENA Daniel

Document de travail GAEL ; 2006-01

- Janvier 2006 -

Institut National de la Recherche Agronomique - Université Pierre Mendès France


Unité Mixte de Recherche 1215
Domaine Universitaire - BP 47 - 38040 GRENOBLE Cedex 9
Tél. : 33 (0) 4 76 82 54 39 - Fax : 33 (0) 4 76 82 54 55
E-mail : vertier@grenoble.inra.fr - http://www.grenoble.inra.fr
6e Conférence Francophone de MOdélisation et SIMulation - MOSIM’06 - du 3 au 5 avril 2006 – Rabat- Maroc
« Modélisation, Optimisation et Simulation des Systèmes : Défis et Opportunités ».

APPROCHE ECONOMIQUE DE LA COORDINATION DANS LES


CHAINES LOGISTIQUES

Jeanne DUVALLET, Alejandra GOMEZ-PADILLA Daniel LLERENA

G.I.L.C.O. G.A.E.L.
E.N.S.G.I. / I.N.P.G. U.P.M.F / I.N.R.A.
46 avenue Felix-Viallet, 38031 Grenoble, France Université Pierre Mendès France, BP 47
jeanne.duvallet@gilco.inpg.fr, 38040 Grenoble Cedex, France
gomez-padilla@gilco.inpg.fr daniel.llerena@upmf-grenoble.fr

RESUME : Cette communication analyse l'influence que peuvent avoir les conditions contractuelles inter-entreprises
sur la coordination des flux physiques dans les chaînes logistiques. Notre travail propose une modélisation d'une
relation verticale stylisée entre deux entreprises qui interagissent via des flux physiques de produits et des transferts
monétaires. Sur la base d'un modèle de vendeur de journaux, dans un contexte de demande aléatoire avec ventes
perdues et stockage des invendus, nous montrons que la coordination des décisions prises par chaque entreprise dans
une chaîne logistique est tributaire des modalités des transferts monétaires entre les acteurs. Si le contrat classique de
« prix de gros » ne permet pas une coordination efficace (au sens d'une maximisation de la valeur globale de la
chaîne), nous proposons des variantes qui peuvent améliorer significativement les performances des entreprises et
atteindre une optimisation globale. Ainsi, un contrat intégrant le partage des coûts de stockage des invendus entre les
deux acteurs de la chaîne logistique permet de répartir les risques tout en améliorant la satisfaction de clients finaux.
Nous montrons également l'importance de la prise en compte des modalités contractuelles dans la détermination des
niveaux de recomplètement, ou plus généralement dans les décisions en matière d'approvisionnement.
.

MOTS-CLES : Supply Chain, Coordination, Efficacité, Contrats, Flux physiques, Recomplètement

1. INTRODUCTION. qu'il s'agit de coordonner au mieux pour satisfaire la


demande sur les marchés finaux.
Face à la concurrence exacerbée et à la complexification
des produits industriels, il est coutume de souligner que La coordination des flux physiques est au centre de
la performance individuelle des entreprises dépend de nombreux travaux sur les performances des chaînes
plus en plus de la performance globale de l'ensemble de logistiques (Tayur et al. 2003, De Kok et Grave 2004,
la chaîne logistique à laquelle elles prennent part. Les Silver et al. 1998). Un des axes de recherche
interdépendances au niveau de la gestion des flux physi- particulièrement prometteur porte sur l’influence des
ques de produits représentent de nos jours une caractéris- conditions contractuelles qui lient les entreprises sur
tique majeure des filières de production. Dès lors, beau- leurs comportements d’optimisation individuelle
coup d’entreprises décident de renforcer les relations (Larivière 2003, Cachon 2004, Gomez-Padilla 2005). La
avec leurs fournisseurs et leurs clients afin de rester coordination des décisions prises par chaque entreprise
compétitives. Les entreprises ont tendance, soit à inté- dans une chaîne logistique est alors tributaire des
grer de plus en plus leurs activités vers l’amont, soit à dispositifs contractuels, et plus particulièrement des
tisser des liens étroits avec leur fournisseur afin d’assurer formes que peuvent prendre les transferts monétaires
l’approvisionnement des matières premières indispensa- entre les acteurs. L'idée centrale est que ces dispositifs
bles à la fabrication des biens. Par ailleurs, les entrepri- contractuels sont intégrés dans les processus de décision
ses sont amenées à gérer leurs relations vers l’aval afin des entreprises, notamment au niveau de la
de satisfaire au mieux les principales exigences des détermination de leurs niveaux de production et
clients finaux, à savoir la qualité des produits et des ser- d'approvisionnement. On trouvera dans (Gomez-Padilla
vices, le délai de réponse et la disponibilité des produits, 2005) une typologie des contrats qui classifie et
et le prix final. Répondre à ces exigences nécessite pour hiérarchise les différents paramètres d’un contrat entre
les entreprises de mettre en place des dispositifs organi- un donneur d'ordres – noté DO – et un fournisseur – noté
sationnels, techniques mais également économiques. FO.
Notre principal propos dans cette communication est que
les contrats économiques entre les entreprises, en spéci- Notre travail propose une modélisation d'une relation
fiant les conditions d’échange des biens, vont influencer verticale stylisée entre deux entreprises qui interagissent
les décisions prises par les entreprises en matière de flux via des flux physiques de produits et des transferts
physiques. Or c'est justement ces décisions individuelles monétaires. Cette relation verticale reprend les
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caractéristiques du modèle de « vendeur de journaux » entreprises partenaires permettent de coordonner


avec ventes définitivement perdues en cas de rupture, efficacement la chaîne logistique. Par ailleurs, notre
tout en y introduisant la possibilité de conserver pour les travail montre que - pour ce dernier contrat - les
périodes futures toutes les unités de produits qui décisions de l'entreprise aval (le DO) en termes de
n'auraient pas été vendues à une période donnée. Notre niveau de recomplètement ne sont pas identiques dans
analyse se place donc dans une perspective multi- une optique logistique (sans prendre en compte le
périodes où les décisions de l'entreprise en aval (le DO) contrat) à celles qui prévalent dans une optique de
en matière d'approvisionnement sont basées sur une maximisation des profits.
politique de recomplètement qui intègre explicitement
non seulement les coûts traditionnels de logistique (de La suite de notre travail est présentée de la manière
stockage et/ou de rupture) mais également les conditions suivante. Dans une deuxième section nous présentons les
de rémunération de l'entreprise amont (le FO). principales hypothèses de notre modèle, ainsi que les
résultats de l'optimisation globale de la chaîne. La
Dans un premier dispositif contractuel, à savoir le troisième section introduit le contrat de prix de gros. A
contrat de "prix de gros", nous constatons que partir de l'analyse des comportements stratégiques de
l'entreprise amont – le FO qui propose les termes du maximisation des profits individuels, nous démontrons
contrat – peut déterminer un prix unitaire fixe tel que que la coordination de la chaîne n'est pas efficace. La
l'entreprise aval (le DO) sera amenée à fixer un niveau section suivante est consacrée à l'analyse des contrats de
de recomplètement qui maximise les profits des deux rabais et de rachat et notamment leur capacité à
entreprises. Toutefois, ce niveau de recomplètement – et coordonner efficacement la chaîne. La cinquième section
les flux physiques qui en découlent – ne correspondent souligne l'importance de la prise en compte des
pas à une situation optimale pour la chaîne dans son modalités contractuelles dans la détermination des
ensemble. Nous retrouvons ici les résultats précurseurs niveaux de recomplètement, ou plus généralement dans
de l'économiste Spengler (1950) mettant en évidence le les décisions en matière d'approvisionnement.
problème de la double marginalisation dans un contexte
mono-période. En réalité, une situation optimale pour 2. LE MODELE DE VENDEUR DE JOURNAUX
l'ensemble de la chaîne peut être atteinte si le FO vend sa AVEC STOCKAGE DES INVENDUS.
production à un prix de gros correspond à un profit nul
pour ce dernier. Plus récemment, des travaux montrent Notre modèle de référence est un modèle de vendeur de
que la coordination optimale de la chaîne peut être journaux où deux entreprises, verticalement liées (un DO
obtenue avec un prix de gros égal au coût marginal du et un FO), doivent répondre à une demande aléatoire sur
FO sans pour autant impliquer un profit nul, à condition un marché final avec ventes perdues et impossibilité de
que ce coût marginal ne soit pas constant (Cho et stocker les invendus. Dans la résolution traditionnelle de
Gerchak 2001, Bernstein, Chen et Federgruen 2002). A ce modèle (Bresnahan et Reiss 1985, Pasternack 1985,
partir de cette situation initiale, nous proposons de Larivière et Porteus 2001, Cachon 2004), le DO doit
développer deux autres dispositifs contractuels qui commander une quantité de produits en sachant que ces
permettent d'améliorer significativement les produits ne seront plus utilisables à la fin de la période.
performances globales de la chaîne, à savoir le « contrat Dans la mesure où le DO fait face à une demande
avec rabais » et le « contrat avec rachat ». Le contrat incertaine, il doit commander en sachant que s’il
avec rabais a été particulièrement développé dans des commande trop, il aura des pertes pour les unités non
contextes où le DO peut améliorer ses performances de vendues, et que s’il ne commande pas assez, il subira des
ventes sur le marché final via des "efforts" coûteux pour pertes d'opportunités de ventes. Les analyses proposées
ce dernier (Tsay 2002, Krishnan et al. 2001). Il s'agit ici dans la littérature ont alors pour objectif de trouver,
d'inciter le DO à réaliser cet effort en lui proposant un selon différents scénarios contractuels, la quantité
rabais sur le prix unitaire d'achat au-delà d'une certaine optimale à commander du point de vue de la chaîne pour
quantité. Dans notre travail nous montrons que ce une période donnée.
dispositif contractuel permet d'améliorer la performance
de la chaîne sans qu'un effort de la part du DO sur le A la différence de ces travaux, nous proposons un
marché final existe mais toutefois sans atteindre une modèle où certes le DO doit toujours faire face à une
situation optimale. Le contrat avec rachat a été demande incertaine et sans possibilité de « backorders »,
initialement analysé dans des contextes mono période, mais où maintenant il peut stocker les produits invendus
où les produits vendus sur le marché final sont pour les vendre à la période suivante. Dans ce contexte,
"périssables" (Pasternack 1985). Plus récemment, il a été le programme du DO consiste alors à déterminer la
étudié comme un instrument permettant de manipuler la quantité à avoir en stock au début de chaque période, sa
compétition entre plusieurs distributeurs (Padmanabhan variable de décision étant le niveau de recomplètement,
et Png 1997). Concernant ce contrat, nous démontrons, noté Q (Dupont 1998). Nous gardons les hypothèses
dans un contexte où le produit n'est pas périssable, qu'il traditionnelles du modèle de vendeur de journaux sur les
est possible de déterminer un paramétrage du contrat tel rôles respectifs des acteurs : le FO propose un contrat
que les décisions individuelles des entreprises précisant les modalités financières de la transaction en
correspondent à la maximisation de la valeur créée et échange de la fourniture des quantités et le DO, en
vendue par la chaîne logistique dans son ensemble. En fonction de ces modalités, détermine sa stratégie
d'autres termes, les contrats basés sur un principe de optimale de recomplètement.
partage des coûts de stockage des invendus entre les
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2.1. Hypothèses du modèle contexte de ventes définitivement perdues, ce coût de


rupture représente une perte d'opportunité de vente qui
2.1.1 Demande, flux physique et quantités de produit peut être représentée par la marge unitaire perdue sur
Nous considérons la demande sur le marché final comme chaque unité de bien non vendue. Cette marge fait
aléatoire, d’espérance notée µ, de fonction densité f(y) et intervenir entre autres le prix de vente unitaire et le coût
fonction de répartition F(y). Nous faisons l’hypothèse d'achat auprès du FO. Or ce coût d'achat est directement
que la demande est stationnaire, indépendante de la lié aux conditions de transferts monétaires définies dans
période et identiquement distribuée. La quantité vendue le contrat. Par ailleurs une approche en terme de
par le DO sur le marché final est fonction de la demande maximisation du profit permet d’éviter d’introduire
et de son niveau de recomplètement Q (ce niveau explicitement ce coût de rupture qui est pris en compte
déterminant la quantité qk commandée par le DO à implicitement dans le comportement stratégique des
chaque période k). La demande Dk peut être inférieure au acteurs.
niveau de recomplètement Q, il reste alors en fin de
période des éléments invendus chez le DO, ou elle peut Au-delà de ces coûts traditionnels en logistique, il faut
être supérieure à ce niveau Q et le DO ne peut pas rajouter le montant des transferts monétaires entre les
satisfaire toute la demande, il y a rupture et la part de la deux acteurs, noté T. Ce montant représente
demande non satisfaite n’est pas reportée sur la période simultanément le coût d'approvisionnement en produit
suivante, elle est perdue. du DO et le chiffre d'affaires pour le FO qui
approvisionne le DO. En réalité, les modalités de ces
Il n’y a pas de restrictions concernant la capacité de transferts financiers sont traduites dans les conditions
production et de stockage chez les deux acteurs, le FO contractuelles qui précisent formellement la relation
pouvant ainsi fournir la totalité de la commande du DO. entre les quantités commandées par le DO et la
Par ailleurs, le délai de livraison est nul. rémunération du FO. Dans notre modèle nous
envisageons trois contrats : un contrat couramment
Etant donné l’hypothèse de stationnarité, l’espérance de désigné par « contrat de prix de gros » qui propose un
la quantité invendue qui reste en stock chez le DO est la prix unitaire fixe, un contrat proposant un prix unitaire
même pour toutes les périodes. Cette espérance dépend fixe accompagné d'un rabais sur les quantités
du niveau de recomplètement et sera notée I(Q). Nous commandées au delà d'un certain niveau (« contrat avec
notons Br(Q) l’espérance de la quantité en rupture et rabais ») et un contrat associant au prix unitaire fixe une
S(Q) l’espérance de ventes en régime stationnaire. participation du FO aux coûts de stockage (« contrat
Comme le DO commande à chaque période une quantité avec rachat »). Compte tenu de l’hypothèse de
qk égale aux ventes de la période précédente, en régime stationnarité de la demande finale, nous pouvons
stationnaire, l’espérance de la quantité commandée est exprimer de manière générale l'espérance des transferts
égale à l’espérance des ventes S(Q). Les expressions de monétaires en régime stationnaire en fonction de Q notée
ces espérances en régime stationnaire et en fonction de la E{T(Q)}.
loi de distribution de la demande finale sont présentées
ci-dessous (Cachon 2004, Gomez-Padilla 2005) : Si dans la littérature relative à la gestion des stocks et
aux politiques d'approvisionnement il est couramment
Q Q admis que les décisions optimales en matière de

∫ ∫
I(Q) = (Q − y ) f ( y )dy = F ( y )dy , recomplètement sont déduites d'un programme de
minimisation des coûts – les coûts de stockage et de
O O
rupture dans le cas présent –, dans ce travail nous
et de même il vient : introduisons comme fonction objectif des acteurs la
Q +∞ Q maximisation de leur profit individuel. En posant cette
S(Q ) = ∫
0
yf ( y )dy + Q ∫
Q
f ( y )dy = Q − ∫ F ( y )dy
O
hypothèse de comportement, nous intégrons
explicitement le risque lié aux ventes perdues qui
+∞ Q
représentent autant d'opportunités de profit perdues pour
Br (Q) = ∫
Q
( y − Q) f ( y )dy = µ − Q + ∫ F ( y )dy.
O
le DO, mais également pour le FO. Par ailleurs, cette
modification est d'autant plus justifiée que, pour certains
contrats, la prise en compte des modalités contractuelles
n'est pas sans influence sur la détermination du niveau de
2.1.2 Conditions de coût, transfert monétaire et recomplètement du DO et par conséquence sur la
fonctions objectifs performance de la chaîne dans son ensemble.
Les différents coûts supportés par le FO et le DO
demeurent fixes tout au long des périodes. Ces coûts Sur la base de ces hypothèses, et en posant P le prix sur
comprennent le coût unitaire de stockage chez le DO, le marché final (considéré comme fixe), nous pouvons
noté hr, et les coûts de production chez le FO et le DO, exprimer les fonctions de profits génériques des deux
notés respectivement cs et cr. Les coûts liés à la passation entreprises :
des commandes sont négligeables et sont donc
considérés comme nuls. De façon classique, on peut πr (Q) = ( P – cr) S(Q) – hr I(Q) – E{T(Q)} (1)
introduire aussi le coût unitaire de rupture, noté βr, il πs(Q) = E{T(Q)} – cs S(Q) (2)
représente le coût supporté par le DO lié au report de la
demande insatisfaite sur la période suivante. Dans notre
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Il est clair que le prix de vente sur le marché final couvre 3. CONTRAT DE PRIX DE GROS ET
les différents coûts. Pour cela il suffit que nous ayons P> COMPORTEMENTS STRATEGIQUES DES
hr+cr+cs . ACTEURS

2.2. Optimisation globale de la chaîne logistique Nous désignons par « contrat de prix de gros » le contrat
par lequel le DO paye au FO un prix unitaire w par unité
L'optimisation globale de la chaîne logistique consiste à commandée. Dans un premier temps nous étudions ce
rechercher le niveau de recomplètement qui permet de contrat car d'une part il s'agit d'un contrat couramment
maximiser le profit total de la chaîne, à l'image d'une utilisé dans le monde des affaires, et d'autre part il repré-
gestion centralisée de cette dernière. sente le contrat de référence pour notre étude. Pour éviter
les cas triviaux où le DO ou le FO font des pertes, nous
L’espérance de profit pour la chaîne, notée Π(Q), est la faisons de plus les hypothèses P>w+cr et w>cs.
somme des espérances de profit du DO et du FO :
Comme indiqué ci-dessus, l’espérance des quantités
Π(Q) = πr(Q) + πs(Q) commandées par le DO est égale à l’espérance de ventes
S(Q). L’espérance du transfert pour le contrat de prix de
Par la somme de (1) et (2), l’espérance de profit global gros est alors donnée par :
est donnée par :
E{T(Q)} = w S(Q) (5)
Π(Q) = ( P – cr – cs ) S(Q) – hr I(Q) (3)
3.1. Comportements des acteurs de la chaîne
On note ainsi que le profit global est indépendant du
contrat (les transferts monétaires étant internes à la 3.1.1 Stratégie du DO
chaîne). Ainsi, sans rien présupposer des conditions Rappelons que les modalités contractuelles sont fixées
contractuelles entre DO et FO, il est possible de détermi- par le FO. Dans le cas du contrat de prix de gros, ce der-
ner le niveau optimal de recomplètement. En vérifiant nier propose au DO un prix unitaire fixe w. Ainsi, pour
que la fonction de l’espérance de profit est concave, nous un prix w donné, le DO détermine le niveau de recom-
montrons qu’il existe un niveau de stock nominal qui plètement qui maximise son profit. En remplaçant l'espé-
maximise cette espérance. rance du transfert par (5) dans (1), nous obtenons :

La dérivée première de l’espérance de profit de la chaîne πr(Q) = (P – cr – w)S(Q) – hr I(Q)


est donnée par :
La solution issue du programme de maximisation pour
Π’(Q) = (P – cr – cs)S’(Q) – hr I’(Q) un prix w donné est alors :

avec I’(Q) = F(Q) et S’(Q) = 1 – F(Q). On en déduit : hr


F(Qr*) = 1 − (6)
(P-cr + hr ) − w
Π’(Q) = (P – cr – cs)(1-F(Q)) – hr F(Q).

Il existe donc un niveau de recomplètement qui maxi- ce qui est équivalent à :


mise l’espérance du profit de la chaîne, noté Q° tel que :
⎡ hr ⎤
Qr* = F −1 ⎢1 − ⎥ (6’)
hr (P-c + h ) − w
F(Q° ) = 1 − (4) ⎣ r r ⎦
P-cr + hr − cs
L'équation (6)' représente en réalité la "fonction de réac-
soit : tion" du DO. En d'autres termes, elle indique la quantité
optimale, notée Qr*, que le DO va commander pour
hr maximiser son profit à un prix w donné.
Q° = F − 1( 1 − ).
P-cr + hr − cs
3.1.2 Stratégie du FO :
Compte tenu du comportement du DO, le FO intègre
Cette quantité Q°, optimale du point de vue de la chaîne, dans son propre programme de maximisation de profit la
est indépendante du contrat entre les deux acteurs, et par relation entre w et Qr. En remplaçant l'espérance du
conséquent de leurs comportements stratégiques. Elle transfert par (5) dans (2), nous obtenons :
constitue notre point de référence pour mesurer
l'efficacité de la coordination des deux acteurs lorsque
πs(Q,w) = (w – cs) S(Q) (7)
ces derniers maximisent leurs profits en fonction des
modalités contractuelles qui les lient.
et de la relation (6), nous pouvons déduire :
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F(Q)
w(Q) = P − cr − hr (8) 10
1 − F(Q)
8
w(Q)
En combinant (7) et (8), le profit du FO s'écrit : 6

Profits
4 profit de la chaîne
Profit FO
⎧ F(Q) ⎫
π s (Q, w(Q)) = ⎨P − cr − hr − c s ⎬S(Q) (9) 2
Profit DO
⎩ 1 − F(Q) ⎭ 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
A noter que dans cette dernière expression, la variable de -2

décision du FO devient le niveau de recomplètement qui Niveau de recomplètement


maximiserait son profit compte tenu de la réaction du
DO au prix unitaire w qu'il proposerait. A partir de la Figure 1. Contrat de prix de gros : Profits en fonction du
dérivation de (9) et en connaissant la loi de la demande, niveau de recomplètement Q
il est possible de déterminer le niveau de recomplète-
ment optimal du point de vue du FO, noté Qs*. Sur ce graphique nous retrouvons le résultat relativement
intuitif concernant la fonction de réaction du DO au prix
Ainsi, à ce niveau Qs* va correspondre un prix unitaire proposé par le FO. Plus ce prix est faible, plus le FO
fixe donné par (8) et, face à cette proposition de prix de fixera un niveau de recomplètement élevé et plus son
gros, le DO va effectivement fixer son niveau de recom- profit sera important. Parallèlement, si une baisse de w
plétement à ce niveau, comme l'indique l'équation (6)'. fait augmenter dans un premier temps le profit du FO (la
En d'autres termes, l'intégration de la fonction de réac- baisse de sa marge unitaire étant plus que compensée par
tion du DO par le FO aboutit à ce que Qr* = Qs*. Nous la hausse des commandes du DO), ce dernier atteint un
noterons dans toute la suite Q* ce niveau optimal pour maximum pour un prix w* = 8,06.
un contrat de prix de gros.
Nous pouvons aussi constater que l'optimum du profit
3.2. Application numérique et efficacité de la chaîne global de la chaîne n'est pas atteint avec ce contrat dans
logistique la mesure où les comportements stratégiques des deux
acteurs induisent un niveau de recomplètement inférieur
A titre d'illustration, et sans perdre en généralité, nous à celui de la chaîne prise dans son ensemble. A noter que
précisons la loi de la demande sur le marché final et les ce résultat est indépendant de notre analyse numérique.
valeurs prises par les différents paramètres. Nous adop- En effet, en comparant les équations (4) et (6), et en se
tons une loi uniforme [m ; M]. Par un changement rappelant que par hypothèse w > cs, il est aisé de consta-
d’échelle, nous nous ramenons à une loi uniforme sur [0 ter que l'on a toujours :
; 1]. Nous fixons le prix sur le marché final à 10, le coût
de production du FO à 2, celui du DO à 0,5. Le coût uni- Q*= Qr* = Qs* < Q° (10)
taire de stockage par période est fixé à 1.
4. CONTRAT AVEC RABAIS ET CONTRAT
A partir de ces valeurs et pour cette loi de la demande, AVEC RACHAT : VERS UNE EFFICACITE DE
en reprenant les équations (3) et (4), nous pouvons calcu- LA COORDINATION.
ler le niveau optimal pour la chaîne dans son ensemble
Q0 = 0,88 et nous obtenons pour le contrat de prix de Dans le cas du contrat de prix de gros, nous avons mon-
gros les valeurs présentées dans le tableau ci-dessous : tré qu’il existe un prix unitaire w* qui maximise
l’espérance de profit du FO. Le niveau de recomplète-
Niveaux de Prix w Profit FO Profit DO ment du DO est alors Q*.Il s’agit maintenant pour le FO
recomplètement de proposer au DO des contrats qui inciteront le DO à
Q* = Qr* = Qs* 8,06 2,52 0,43 augmenter son niveau de recomplètement et qui permet-
= 0,59 tront au FO d’augmenter son profit. Nous présentons le
Analyse globale contrat de rabais et celui de rachat. Dans les deux cas le
Q° = 0,88 Profit de la chaîne FO peut fixer les paramètres du contrat de façon à faire
3,31 augmenter le niveau de recomplètement du DO. Dans le
Tableau 1. Contrat de prix de gros contrat de rabais, le FO diminue le prix de façon à inciter
le DO à commander davantage, dans le cas de contrat de
Les principales fonctions de notre modèle peuvent être rachat, le FO participe aux frais de stockage et nous
représentées dans le graphique suivant: montrerons qu’il peut même ainsi conduire à la coordi-
nation efficace de la chaîne.

4.1. Contrat avec rabais

Dans un contrat de rabais, le FO veut inciter le DO à


établir un niveau de recomplètement plus élevé que par
le simple contrat de prix de gros, ce qui permettra au FO
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de vendre plus en incitant le DO à acheter d’avantage.


Pour ce faire, le FO demande au DO le prix unitaire w* ⎛ Q ⎞
⎜ ⎟
pour les unités achetées jusqu’à un seuil, puis un prix
unitaire (w* – r) pour les quantités suivantes. Il s’agit
π s(Q,r) = (w* − cs )S(Q) − r ⎜ Q − Q* − F(y)dy ⎟
⎜ ⎟ ∫
pour le FO d’améliorer les résultats obtenus avec un ⎝ Q* ⎠
contrat de prix de gros, c'est-à-dire à d'inciter le DO à Et en intégrant la fonction de réaction :
commander au-delà de Q*. Pour cela, le DO fixe le seuil
π s (Q, r (Q)) = ( w * −cs ) S (Q) −
à partir duquel le rabais est appliqué au niveau de (12)
Q
recomplètement Q* du contrat de prix de gros et il lui F (Q)
reste à fixer le rabais r de façon à maximiser son profit
(hr
1 − F (Q ) ∫
− ( P − cr − w*))(Q − Q * − F ( y )dy )
Q*
global.
De cette expression on peut déduire par dérivation le
Pour analyser ce contrat, nous allons tout d’abord niveau maximal pour le DO et le rabais optimal. Dans le
expliciter, pour une période k quelconque, la commande cas de l’exemple numérique précédent il vient :
qk du DO au FO et le transfert financier T(qk) du DO
vers le FO. La commande dépend de la demande Dk-1 de
Niveaux de Profit FO Profit DO
la période précédente puisque le DO recomplète son
recomplètement
stock jusqu’au niveau Q. Plus précisément nous
Qr* = Qs* = 0,76 2,76 0,49
obtenons le tableau ci-dessous :
Tableau 3. Contrat de rabais
Situation Quantité Transfert du DO au
On visualise l’évolution du rabais et des profits en
physique FO fonction du niveau de recomplètement Q sur la figure ci-
Dk −1 < Q * q k = Dk −1 T (q k ) = w * q k dessous :
Q* ≤ Dk −1 < Q q k = Dk −1 T (q k ) = w * Q *
+ ( w * − r )(q k − Q*) 10
Q*
Dk −1 > Q qk = Q T (q k ) = w * Q * 8
w*
+ ( w * − r )(Q − Q*) 6
Rabais r
Profits

Tableau 2. Contrat de rabais : Fonction de transfert selon


la demande
4
Profit de la chaîne

2 Profit FO
On en déduit l’espérance du transfert financier du DO Profit DO
vers le FO : 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1

E{T (Q)} = w * S (Q)


-2
si Q < Q*,
Niveau de recomplètement
Q
si Q > Q*, E{T (Q)} = w * S (Q) − r (Q − Q * − F ( y )dy )
∫ Figure 2. Contrats avec rabais : Profits et rabais en
Q* fonction du niveau de recomplètement Q
(11)
Ce qui nous permet d’exprimer les profits du FO et du Le rabais r est non nul uniquement pour des niveaux de
DO et comme précédemment de calculer la fonction de recomplètement suffisamment grands. Le niveau de
réaction du DO qui est alors utilisée par le FO pour fixer recomplètement ainsi déterminé est bien supérieur à
le rabais r. celui Q* obtenu dans le cas du contrat de prix de gros et
le profit de chacun des acteurs a augmenté. Mais le
4.1.1 Stratégie du DO résultat cumulé de la chaîne reste encore inférieur au
Lorsque les modalités contractuelles sont fixées par le résultat optimal global de la chaîne. Comme (w*- r > cs),
FO, le DO détermine le niveau de recomplètement qui on vérifie que ceci reste vrai en toute généralité :
maximise son profit. La démarche est identique à ce qui
a été fait dans le paragraphe précédent et on obtient le Q*<Q*rabais < Q° (13)
niveau de recomplètement en fonction du prix de gros et
du coût de stockage et de la loi de la demande : 4.2. Contrat avec rachat

⎡ ⎤ On propose maintenant un autre type de contrat par


hr
Qr* = F −1 ⎢1 − ⎥ lequel le FO participe aux frais de stockage du DO, ce
⎣ (P-cr + hr ) − (w*-r) ⎦ qui incitera le DO à prendre davantage de risques, c'est-
à-dire ici à augmenter son niveau de recomplètement. Un
4.1.2 Stratégie du FO tel contrat est désigné dans le modèle de vendeur de
Compte tenu du comportement du DO, le FO intègre journaux par « contrat avec rachat ». Ici dans notre
dans son profit la relation entre le rabais qu’il propose et contexte, il n’y a pas de rachat à proprement parler
le niveau de recomplètement fixé par le DO. D’après puisque les invendus sont gardés par le DO pour les
l’expression du transfert financier, on obtient si Q ≥ Q*
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périodes suivantes, mais simplement participation aux alors la chaîne est coordonnée efficacement :
frais de stockage.
Q*< Q*rachat = Q°
Le prix d’achat unitaire est w* tel que déterminé dans le
contexte d’un contrat de prix de gros. Mais pour chaque Dans le cas de notre exemple numérique, on obtient :
unité qui reste en stock, le FO s’engage à verser au DO
une somme b. L’espérance du transfert financier entre Niveaux de Profit FO Profit DO
les deux acteurs de cette chaîne est alors recomplètement
Qr* = Qs* = Q0=0.88 2,67 0,64
E{T (Q)} = w * S (Q) − b I (Q) . Tableau 4. Contrat avec rachat

4.2.1 Stratégie du DO Avec les mêmes valeurs que précédemment nous


Lorsque les paramètres du contrat sont fixés, le DO visualisons sur le graphe ci-dessous, les différents
maximise son profit en déterminant le niveau de profits. On met ainsi en évidence que pour les deux
recomplètement optimal. Dans ce contexte le profit du acteurs et pour la chaîne, c’est le même niveau de
DO est : recomplètement qui assure le maximum de profit.

π r (Q) = ( P − c r − w*) S (Q) − (hr − b ) I (Q) 5


4,5
4
Il est maximal lorsque : 3,5
profit de la chaîne

3
( P − c r − w*)(1 − F (Qr* )) − (hr − b) F (Qr* ) = 0 (14) Profits 2,5
2 Profit FO
1,5
Ce qui permet de déterminer le niveau optimal du DO en 1 Profit DO
fonction des paramètres du contrat : 0,5
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
⎡ hr − b ⎤
Qr* = F −1 ⎢1 − ⎥ Niveau de recomplètement
⎣ (P-c r + hr ) − (w* + b) ⎦
Figure 3. Contrats avec rachat : Profits en fonction du
4.2.2 Stratégie du FO niveau de recomplètement Q
Le profit du FO dépend du niveau de recomplètement du
DO et des paramètres du contrat w* et b : Les deux acteurs ont augmenté leur profit par rapport au
contrat de prix de gros, le profit global de la chaîne est
maximum.
π s (Q) = ( w * −c s ) S (Q) − b I (Q)
4.3. Conclusion
qui est optimal si :
Nous avons ainsi mis en évidence comment le FO peut
( w * −c s )(1 − F (Qs* )) − bF (Qs* ) = 0 . (15) jouer sur le contrat et ses paramètres pour augmenter son
propre profit ou pour coordonner efficacement la chaîne.
Cette dernière équation détermine le niveau de Avec le contrat avec rabais, il est possible pour le FO de
recomplètement du DO qui maximiserait le profit du FO. déterminer un paramétrage qui améliore sa situation en
Le FO va donc fixer le prix de rachat b de façon à ce que terme de profit et la performance globale de la chaîne.
le niveau de recomplètement maximal pour le DO soit Avec le contrat avec rachat, il est possible de trouver un
celui qui maximise son profit : Qs*=Qr*. A partir des jeu de paramètres tel que le profit global de la chaîne soit
équation (14) et (15) on obtient : optimal, en d’autre terme il est possible avec un système
décentralisé des décisions d’atteindre le même résultat
qu’avec une décision centralisée.
( P − cr − cs )(1 − F (Qr* )) − hr F (Qr* ) = 0
Mais cette analyse des relations entre DO et FO a été
On reconnaît ainsi l’équation (4) qui détermine le niveau menée de façon à maximiser les profits des acteurs, ce
optimal global pour la chaîne soit Q0. Dans ce contexte qui n’est pas l’approche classique en logistique par
de contrat avec rachat, le FO a le pouvoir de proposer un minimisation des coûts. La comparaison entre les deux
prix de rachat au DO qui l’incite à choisir le niveau de approches fait l’objet du paragraphe suivant.
recomplètement qui maximise le profit global de la
chaîne. Ce prix de rachat est défini par : 5. MINIMISATION DES COUTS OU MAXIMI-
SATION DES PROFITS ?
⎛ P − cr − w * ⎞
b = hr ⎜⎜1 − ⎟ Nous avons mené une étude économique en fixant le
⎝ P − cr − cs ⎟⎠
niveau de recomplètement du DO de façon à maximiser
son profit individuel. Il a alors été nécessaire d’expliciter
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le contrat liant les deux acteurs avant de déterminer le En 3.1.1 nous avons exprimé l’espérance de profit du
niveau de recomplètement optimal. DO en fonction de l’espérance de ventes et l’espérance
de stock. Comme l’espérance de ventes et l’espérance de
Nous allons maintenant considérer la détermination du quantité en rupture calculées en 2.1.1 s’expriment en
niveau optimal de recomplètement du point de vue que fonction de l’espérance de la demande : µ=S(Q)+Br(Q),
nous qualifierons de « logistique ». De façon classique on peut exprimer le profit du DO en fonction des
en gestion des stocks, le niveau de recomplètement est espérances de stock et de rupture :
défini de façon à minimiser les coûts, en général il s’agit
alors des coûts de rupture et des coûts de stockage. La πr(Q) = (P – cr – w) µ –(P – cr – w) Br(Q) – hr I(Q)
notion de coût de stockage a été bien explicitée ici, mais πr(Q) = (P – cr – w) µ −Cr(Q)
dans l’approche par profits nous n’avons pas eu à
préciser la notion de coût de rupture. Nous allons voir où le coût de rupture βr est défini de façon naturelle
que cette notion est directement liée à la nature et aux comme la marge unitaire :
paramètres du contrat entre DO et FO. De plus il existe
certains contrats pour lesquels les deux démarches sont
équivalentes pour des coûts de rupture bien définis, mais
βr = P – cr – w (17)
dans le cas du contrat avec rabais nous montrerons que
et la maximisation du profit du DO est alors équivalente
l’approche par maximisation du profit ne peut pas se
à la minimisation des coûts.
ramener à une approche par minimisation des coûts. Il
est donc fondamental de prendre en compte le contrat
5.2.2 Contrat avec rabais
même dans une démarche « logistique ».
Dans le cas du contrat avec rabais, on a exprimé en (11)
l’expression de l’espérance du transfert financier.
5.1. Minimisation des coûts :
L’espérance de profit du DO ne s’écrit pas alors
uniquement en fonction des coûts :
Il est classique en gestion de stocks de déterminer le
niveau de recomplètement qui minimise les coûts
prenant en compte les coûts de stockage et les coûts de πr(Q) = (P – cr – w) µ – (P – cr – w) Br(Q) – hr I(Q)
Q
rupture. Comme nous l’avons introduit en 2.1.2, le coût
unitaire de rupture βr représente la perte d’opportunité de + r ( Q-Q*- ∫ F ( y)dy )
ventes dans notre contexte de ventes perdues (sans Q*
« backorders »). Nous verrons dans le paragraphe
suivant comment définir ce paramètre en fonction du Il n’y a pas équivalence entre les approches par
contrat. Mais si nous supposons ce paramètre connu, maximisation des profits ou par minimisation des coûts,
l’espérance des coûts en régime stationnaire pour le DO le dernier terme n’étant pas intégré dans les coûts de
s’écrit simplement : stockage et de rupture.

Cr(Q) = hr I(Q) + βr Br(Q) 5.2.3 Contrat avec rachat


Par la même démarche, à partir de l’expression de
en notant comme précédemment I(Q) l’espérance des l’espérance de profit montrée en 4.2.1 on obtient :
quantités en stock et Br(Q) l’espérance des quantités en
rupture. Ces expressions ont été définies et calculées en π r (Q ) = ( P − c r − w*) µ −
2.1.1 . La quantité Qmin qui minimise ces coûts est
( P − c r − w*) B r (Q ) − (hr − b ) I (Q )
définie par (Dupont, 1998) :

βr βr On a vu que dans le contrat avec rachat le FO participe


F (Q min ) = , soit Q min = F −1 ( ), (16) au coût de stockage selon un coût unitaire b, ce qu’on
β r + hr β r + hr retrouve dans l’expression ci-dessus. Ainsi en définissant
le coût de rupture comme en (17) et en prenant soin de
Lorsque les coûts unitaires sont connus, et si la loi de la faire intervenir dans le coût de stockage le paramètre du
demande est connue, on détermine ainsi le niveau contrat, les deux démarches maximisation du profit et
optimal de recomplètement en terme de minimisation minimisation des coûts sont équivalentes.
des coûts.
5.3. Bilan
5.2. Impacts des contrats Selon les contrats le fait de minimiser les coûts ou de
Ainsi qu’il a été dit en 2.1.2 le coût unitaire de rupture maximiser le profit peut entraîner des décisions
prend en compte la perte d’opportunité de ventes. Pour le différentes en terme de niveaux de recomplètement
définir nous allons donc revenir aux différents contrats optimal. Il apparaît clairement que les coûts unitaires de
étudiés dans ce travail, et faire le lien entre la stockage ou de rupture doivent être définis en cohérence
maximisation des profits traitée précédemment et la avec les paramétrages du contrat.
minimisation des coûts présentée dans ce paragraphe.
6. CONCLUSION
5.2.1. Contrat de prix de gros Dans cette communication, nous avons analysé les
impacts que peuvent avoir les conditions contractuelles
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entre les entreprises sur la performance de la chaîne Cachon G. P., 2004. Supply Chain Coordination with
logistique. Partant d'un contrat initial de "prix de gros" Contracts, dans De Kok, A.G., Grave, S. C. Hand-
dans un modèle de vendeur de journaux avec possibilité books in Operations Research and Management Sci-
de stockage des invendus, nous avons étudié des ence, 11: Supply Chain Management: Design, Coor-
améliorations possibles en proposant deux formes de dination and Operation, Elsevier.
contrats qui introduisent soit un rabais sur le prix unitaire Cho R.Y. and Gerchak Y., 2001. Efficiency of independ-
à partir d'un certain seuil de recomplètement, soit un ent downstream firm could counteract coordination
partage des coûts de stockages des invendus entre les difficulties, University of Waterloo Working Paper.
deux acteurs. Nous avons déterminé que pour ce dernier De Kok A. G. and Grave S. C. (eds.), 2004. Handbooks
contrat il est possible de trouver un paramétrage qui in Operations Research and Management Science,
amène les deux entreprises à un niveau de 11: Supply Chain Management: Design, Coordina-
recomplètement optimal au niveau de la chaîne tion and Operation, Elsevier.
logistique tout en gardant les objectifs de maximisation Dupont L., 1998. La Gestion Industrielle, Hermès, Paris.
des profits individuels. Par ailleurs, nous avons démontré Gomez-Padilla A., 2005. Modélisation des relations ver-
que la prise en compte de modalités contractuelles dans ticales : une approche économique et logistique.
les politiques de réapprovisionnement – notamment dans Thèse de Doctorat, I.N.P. de Grenoble.
la détermination du niveau de recomplètement - est une Gomez-Padilla A., Duvallet J. And Llerena D., 2005.
condition d'efficacité de la chaîne en matière de Contract typology as a Research Method in Supply
coordination. Chain Management, dans : Kotzab H., Seuring S.,
La présente étude peut être prolongée notamment au Müller M and Reiner G. (eds), Research Methodolo-
niveau de la détermination des paramètres des contrats gies in Supply Chain Management, Physica, Heidel-
de rabais et de rachat lorsque ces derniers sont établis de berg, P. p. 525-538.
manière ad hoc, et non par rapport à un contrat initial de Krishnan H., Kapuscinski R. and Butz D, 2001. Coordi-
prix de gros. Il s'agira alors d'analyser le choix du FO en nating contracts for decentralized supply chains with
matière de contrat dans un ensemble ou "menu" de retailer promotional effort, University of Michigan
contrats et d'établir ainsi quels contrats seront choisis et Working Paper.
quelles en sont leurs propriétés en termes d'efficacité de Larivière MA and Porteus E., 2001. Selling to the news-
la coordination. vendor : an analysis of price-only contracts. Manu-
facturing and Service Operations Management, 3(4),
REMERCIEMENTS 293-305.
Ce travail s’inscrit dans le cadre d’un programme de Larivière M.A., 2003. Supply chain contracting and
recherche financé par la Région Rhône Alpes, coordination with stochastic demand, dans Tayur S.,
COPILOTES (n° 03 014285 01/02), dont l’objectif est Ganeshan R. et Magazine M. Quantitative Models for
d’apporter aux entreprises un référentiel et des outils leur Supply Chain Management, 6fth edition, Kluwer,
permettant de qualifier et d’évaluer la performance de USA.
leurs chaînes logistiques. Padmanabhan V and Png IPL, 1997, Manufacturer's re-
turns policy and retail competition. Marketing Sci-
------------------------------------------------------------------- ence, 16(1), 81-94.
Pasternack B., 1985. Optimal pricing and returns policies
REFERENCES for perishable commodities. Marketing Science, 4(2),
166-176.
Bernstein, F, Chen, A and Federgruen A, 2002. Vendor Silver E.A., Pyke D.F. and Peterson R., 1998. Inventory
managed inventories and supply chain coordination : Management and Production Planning and Schedul-
the case with one supplier and competing retailer re- ing, John Wiley & Sons.
tailers. Duke University Working Paper. Tayur S., Ganeshan R. and Magazine M., 2003. Quanti-
Bresnahan T and Reiss P., 1985. Dealer and manufac- tative Models for Supply Chain Management, 6fth
turer margins. Rand Journal of Economics, 16(2), edition, Kluwer, USA.
253-268. Tsay A., 2002. Risk sensitivity in distribution channel
partnership : implications for manufacturer return po-
licies. Journal of Retailing, 78, 147-160.

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