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Définitions

Débouter

Rejeter la prétention d’un demandeur, si le tribunal juge que celle-ci n’est pas fondée en droit, peu importe
que celle-ci soit recevable en la forme.

Confirmation d’un jugement

Décision juridictionnelle par laquelle un jugement rendu en première instance est confirmé, en totalité ou en
partie.

Infirmation d’un jugement

Annulation, en totalité ou en partie, par la Cour d’Appel d’un jugement rendu par une juridiction de 1er
degré.

Cassation

Annulation du jugement ou de l’arrêt déféré devant la Cour de Cassation. Celle ci peut-être partielle ou
totale.

Introduction du Commentaire d’Arrêt

Cour d’Appel de Rennes, 19 Novembre 2018

Le cas de Bixente Lizarazu, déclaré « Vincent » lors de sa naissance puis rectifié à l’âge adulte, n’est
pas isolé. En effet, les prénoms portant la marque d’une langue régionale se heurtent très souvent à
l’hermétisme des tribunaux, comme l’illustre l’arrêt du 19 Novembre 2018 rendu par la Cour d’Appel de
Rennes.
En l’espèce, un officier d’état civil inscrit le prénom d’un enfant nommé Fanch, sans tilde sur le n. Par
la suite, l’acte de naissance de l’enfant est rectifié en mentionnant l’ajout du tilde, conformément à l’origine
bretonne du prénom.
Le 13 Septembre 2017, le Tribunal de Grande Instance de Quimper rend un jugement invalidant
ladite rectification: les parents de l’enfant interjettent appel. Le 19 Novembre 2018, la Cour d’Appel de
Rennes rend un arrêt infirmatif de la décision de première instance.
Afin de rejeter la rectification du prénom Fañch, le ministère public avait relevé une incompatibilité entre le
choix du prénom et la circulaire du 23 juillet 2014, qui dressait la liste des signes diacritiques admis pour le
choix d’un prénom, excluant dès lors le tilde sur le n.
L’apposition d’un tilde sur un prénom d’origine bretonne est-il contraire à l’intérêt de l’enfant?
La Cour d’appel de Rennes répond par la négative à cette question, en arguant le fait que l’emploi
du tilde n’était pas inconnu de la langue française, ne desservait pas l’intérêt de l’enfant. Par ailleurs, le choix
de la graphie « Fañch » n’allait pas à l’encontre de la circulaire susmentionnée, dont il fut rappelle qu’elle
était par ailleurs dénuée de valeur normative.
Cet arrêt met ainsi en lumière la reconnaissance de l’influence des langues régionales, à l’instar du
basque, breton ou du corse, sur la culture française: ainsi, le prénom de l’enfant devient un marqueur à part
entière de son origine vis-à-vis de ses pairs, et non une nuisance à son intérêt futur. La décision de cet arrêt
sera dès lors confirmée le 17 octobre 2019, date à laquelle la Cour de Cassation rejeta le pourvoi formé par le
ministère public.
Si l’arrêt consacre la reconnaissance des prénoms d’origine régionale comme marqueurs de l’identité du sujet
de droit (I), il met également en lumière la difficulté pour le ministère public de mettre en oeuvre et
d’appréhender une telle démarche (II).
Cass Civ 1 25 Octobre 2005

Une ressortissante franco-suisse souhaite modifier son prénom « Brigitte » en « Bibi » auprès de l’état
civil français, qui refuse d’accéder à sa demande.
Une juridiction de premier degré rend une décision inconnue, la partie mécontente interjette appel.
Le 5 septembre 2002, la Cour d’Appel de Colmar rend un arrêt: Mme X épouse Y se pourvoit en cassation.
Le 25 octobre 2005, la Cour de Cassation casse et annule l’arrêt suscité.
La Cour d’appel avait ainsi décidé que, malgré le fait qu’une décision du Conseil d’état helvétique, eu égard à
la nationalité de l’intéressée, l’avait autorisée à changer de prénom, la demande de Mme X n’était pas
conforme à la caractérisation de son intérêt légitime.
Une décision d’un pays francophone autorisant le changement de prénom d’une personne est-elle
caractéristique de l’intérêt légitime de cette dite personne?
Le Cour de Cassation répond par l’affirmative, en affirmant « qu'en statuant ainsi alors que la décision du
Conseil d'Etat helvétique du canton du Valais avait autorisé Mme Y... à porter le prénom de "Bibi Marie", élément permettant à
lui seul de caractériser l'intérêt légitime, la cour d'appel a violé le texte susvisé »
Arrêt caractéristique de l’adaptation du droit à l’évolution des moeurs: les juridictions françaises ne
peuvent interdire un changement de nom approuvé par une juridiction étrangère. Cet arrêt nous montre une
nouvelle manifestation de la condition d’intérêt légitime à changer de prénom, permettant ainsi une
meilleure application de l’article 60 du Code Civil.

Cass Civ 1 5 septembre 2018

Suite à son divorce, un père requiert l’annulation de sa reconnaissance en paternité, ainsi que la
reprise par l’enfant du nom de sa mère.
Une juridiction de 1er degré rend une décision inconnue. Puis, la partie mécontente interjette appel.
Le 24 Mai 2016, la Cour d’appel de Bordeaux rend un arrêt: la mère et la fille se pourvoient en Cassation.
Le 5 septembre 2018, la Cour de Cassation casse et annule l’arrêt susvisé.
Afin d’accueillir la demande du père, l’arrêt avait retenu que le consentement de l’enfant était inutile, cette
dernière étant mineure au moment de la saisine de la juridiction.
Le consentement d’un enfant majeur est-il requis lors du changement de son nom de famille du à
une modification de son lien de filiation?
La Cour de Cassation répond par l’affirmative, en rappelant « qu’en statuant ainsi, alors que Mme X...,
majeure à la date du jugement modifiant le lien de filiation, devait consentir au changement de son nom, qui en était la
conséquence, la cour d'appel a violé le texte susvisé ; »
Cet arrêt rappelle une précision intéressante, la majorité doit s’apprécier à la date du jugement qui
introduit le changement de lien de filiation, et non celle de la demande! Ainsi, la portée de l’article 61-3 du
Code Civil est établie de manière bien plus claire.

Cass Civ 1 11 Mai 2016

Suite à la reconnaissance en paternité du père biologique de sa fille, la mère de celle-ci souhaite


qu’elle porte également le nom de famille de son père.
Une juridiction de premier degré rend une décision inconnue: la partie mécontente interjette appel.
Le 19 mars 2015, la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence rend un arrêt, Mme X se pourvoit en cassation.
Le 11 mai 2016, la Cour de Cassation rejette son pourvoi.
Mme X fait grief à l’arrêt attaqué qu’en refusant d’accoler le nom de son père à celui de sa mère,
l'intérêt de son enfant était manifestement bafoué. De plus, les bonnes relations entre l’enfant et son grand-
père paternel justifient l’accolage du nom de famille du père, comme un moyen de préserver ses origines.
Le refus d’accoler le nom du père, dénué d’autorité parentale, à celui de la mère est-il contraire à
l’intérêt légitime de l’enfant?
La Cour de Cassation répond par la négative, en rappelant que « que son nom n'avait pas d'incidence sur le
lien de filiation, qui était judiciairement établi et n'était plus contesté, d'autre part, qu'accoler au nom de la mère celui d'un père
qui n'entendait pas s'impliquer dans la vie de l'enfant et s'intéresser à lui risquait de confronter en permanence ce dernier au rejet
dont il était l'objet de la part de son père »
Au regard du contexte familial, il n’est pas toujours de l’intérêt de l’enfant de porter le nom du père,
notamment quand celui-ci n’a pas l’autorité parentale et ne souhaite pas nouer de lien avec sa fille:
l’appréciation souveraine des juges du fond du contexte familial déterminent la conformité à l’intérêt
supérieur de l’enfant. Ici, le nom n’a pas d’importance sur le lien de filiation: le fait de pas le porter ne l’exclut
pas.

Cass Com 12 mars 1985 (Arrêt Bordas)

Un éditeur souhaite s’opposer à l’utilisation de son nom de famille comme dénomination d’une
société anonyme, créée à l’origine sous forme de SARL par lui-même et son père.
Une juridiction de premier degré rend une décision inconnue: la partie mécontente interjette appel.
Le 8 novembre 1984, la Cour d’Appel de Paris rend un arrêt: les associés se pourvoient en cassation.
Le 12 mars 1985, la Cour de Cassation casse et annule l’arrêt susvisé.
Afin d’accueillir la demande, les juges du fond avaient estimé qu’il n’existait aucune convention sur l’inclusion
du nom de famille comme dénomination sociale, ce dernier pouvait dès lors être retiré à tout moment.
L’inaliénabilité et l’imprescriptibilité du nom de famille peuvent-ils être invoqués afin d’empêcher son
utilisation comme dénomination sociale?
La Cour de Cassation répond par la négative, en affirmant que « que le principe de l’inaliénabilité et de
l’imprescriptibilité du nom patronymique, qui empêche son titulaire d’en disposer librement pour identifier au même titre une autre
personne physique, ne s’oppose pas à la conclusion d’un accord portant sur l’utilisation de ce nom comme dénomination sociale ou
nom commercial »
C’est un arrêt de principe: à partir du moment où la dénomination sociale contient le nom d’une
personne, celle-ci acquiert une valeur pécuniaire: le nom de la personne devient alors propriété de la société,
qui peut l’utiliser même sans l’accord de la personne physique concernée. Jurisprudence reprise dans l’Arrêt
Petrossian de la Cour d’Appel de Paris du 13 janvier 1993: il n’est pas nécessaire d’insérer dans les statuts
d’une société des dispositions concernant l’usage du nom patronymique comme dénomination sociale.

Cass Soc 12 Juillet 2005

Le contrat de travail d’un avocat stagiaire d’un cabinet contenait une clause imposant à ce dernier de
résider dans un périmètre proche du cabinet. De plus, le Conseil de l’Ordre des Avocats avait émis un avis
invalidant cette clause
Une juridiction de premier degré rend une décision inconnue: la partie mécontente interjette appel.
Le 16 février 2004, la Cour d’Appel de Pau rend un arrêt, le Conseil de l’Ordre des Avocats se pourvoit en
cassation. Le 12 Juillet 2005, la Cour de Cassation casse et annule l’arrêt susvisé.
Afin de maintenir la clause, les juges du fond avaient estimé qu’une telle stipulation n’avait pour but
que de favoriser l’intégration du stagiaire au sein de l’entreprise, permettant une meilleure disponibilité de sa
part pour améliorer la qualité de ses services.
Une clause de résidence non justifiée par la nature de la tâche d’un contrat de travail va-t-elle à
l’encontre de la liberté de choisir son domicile?
La Cour de Cassation répond par l’affirmative, en affirmant que « toute personne dispose de la liberté de
choisir son domicile et que nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives des restrictions
qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées au but recherché »
La liberté de choix de domicile est ainsi réaffirmée comme un marqueur inaliénable de la personne,
ne pouvant rendre légitime les clauses de résidences trop générales présentes dans certains contrats de travail.
Ainsi l’arrêt affirme la protection de la liberté individuelle du salarié, tout en limitant la liberté contractuelle
de l’employeur.
Cass Soc 24 Janvier 2007

A la suite de son congé parental, une personne exerçant la fonction de vendeuse dans une agence de
pompes funèbres à Valenciennes souhaite suivre son conjoint muté à Avignon. La salariée, malgré
l’injonction de son employeur et le fait qu’elle ne puisse être embauchée dans une agence d’Avignon, refuse
de revenir occuper son ancien poste. Suite à un licenciement pour faute grave, la salariée saisie la juridiction
prud’homale en paiement d’indemnités de rupture et en réparation du préjudice subi.
Une juridiction de premier degré rend une décision inconnue; la partie mécontente interjette appel.
Le 17 décembre 2004, la Cour d’Appel de Douai rend un arrêt: la salariée se pourvoit en cassation.
Le 24 Janvier 2007, la Cour de Cassation casse et annule l’arrêt susvisé.
Afin de débouter la salariée de ses prétentions, les juges du fond avaient estimé que l’agence de
pompes funèbres n’était pas obligée de proposer un poste à l’intéressée à Avignon, et que l’abandon de poste
caractérisé justifiait son licenciement pour faute grave.
Le refus d’un employeur d’attribuer à un salarié une nouvelle affectation pour raison familiale
sérieuse viole-t-il son droit au respect de son domicile et de sa vie privée?
La Cour de Cassation répond par l’affirmative, en rappelant que « que la décision de l’employeur informé
depuis plusieurs mois de cette situation, de maintenir son affectation à Valenciennes, portait atteinte de façon disproportionnée à la
liberté de choix du domicile de la salariée et était exclusive de la bonne foi contractuelle »
Sous le respect du domicile du salarié, c’est bel et bien le respect de la vie privée et famille qui est
rappelé ici: cet arrêt s’inscrit dans une jurisprudence constante qui rappelle que l’employeur doit tenir
compte des obligations impérieuses du salarié (Cass Soc 12 janv 1999 / Cour d’appel de Versailles 24 février
2006)