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Les Animaux Malades de la Peste

I Le Recours à des personnages fortement typés

1/ Des animaux à caractère humain (anthropomorphique)

- Le Lion: représente la royauté: souhaite se présenter comme l’idéal de l’Honnête


Homme, alors qu’il met tout en place pour se disculper: hypocrisie

Emploi du pronom personnel « Nous »: usage de la Royauté (Louis XIV s’exprimait ainsi) +
associer le peuple à son crime

- Le Renard: archétype du courtisan, flatteur, obséquieux: emploi de l’adverbe trop +


exagération « Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, est-ce un
péché ? » (QR+hyperbole+gradation)

- Le Loup: jeu de mot entre les homophones « quelque peu clerc » et « clair » / archétype
du pouvoir religieux, qui impose le choix de l’âne par son discours, qualifié de
« harangue » (discours prononcé devant une assemblée de personnes importantes) hyperbole=
manipule la foule en les incitant à choisir l’Âne

- L’Âne: représente le peuple: établit la confession de ses actes (passé simple + imparfait
de narration) = « je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net » = preuve de la franchise et de la
naïveté de l’Âne

2/ La Richesse du Récit

- L’auteur présente une grande diversité de personnages stéréotypés sous les traits
d’animaux, chacun représentant une classe de la société au XVIIe s:

- emploi de discours variés qui retiennent l’attention du lecteur: discours direct pour le
Lion, l’Âne et le Renard, « discours indirect pour le Loup:

- Réaction de la foule ex: vers 58: « Manger l’herbe d’autrui! Quel crime abominable »:
hyperbole + antiphrase donne une dimension théâtrale qui accroche le lecteur, qui caractérise
l’instinct grégaire de la foule qui réagit au discours du Renard et du Loup

- longueurs des vers: hétérométrique: octosyllabes (8s) + alexandrins (12s) : donne du


rythme au récit, suscite l’intérêt du lecteur

II Un récit en tension

1/ Progression du récit

- Schéma Narratif: rappelle celui des contes, caractérise la visée plaisante de l’apologue

- Situation Initiale: Définition de la Peste (v1-v6) + Impact sur la Société (v7-v14)

- Element Perturbateur: le Roi cherche un coupable à sacrifier pour calmer les


dieux

- Péripéties: Discours du Roi, intervention du Renard, confession de l’Âne

- Element de Résolution: le discours du Loup

- Situation Finale: condamnation de l’Âne

- Récit court et concentré, permettant au lecteur d’être dans l’attente des péripéties

=> Changement de rythme à la fin de la fable: permet d’éviter d’ennuyer le lecteur.

2/ Plaire et Instruire

- Doctrine inspire de l’auteur romain Horace: histoire facile à lire au discours direct qui doit
plaire au lecteur (placere) et l’instruire par une morale (docere)

- L’auteur présente différentes stratégies adoptées par les animaux afin de se défendre et
de nommer un bouc -émissaire. v.42= les animaux s’associent au Renard, et n’osent « trop
approfondir »: mise en lumière des manigances et intrigues des nobles à la Cour de Louis XIV,
renforcée par l’oxymore « chimérique empire ».

- « Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins, Au dire de chacun, étaient de
petits saints. » = PVG qui montre l’injustice de la situation, la rapidité des décisions et du
jugement

III Une Plaidoirie visant l’établissement d’une société plus juste

1/ Le constat des injustices

- La Fontaine constate une justice arbitraire et paradoxalement injuste envers les plus
faibles.

- v. 57: « Sa peccadille fut jugée un cas pendable. »: allitération en [p] et [c], consonnes
dures représentant une décision dure et injuste (peccadille: broutille, affaire mineure ≠ pendable,
qui mérite la pendaison)

- La Fontaine montre que la justice est plus clémente envers ceux qui ont une rang plus
élevé dans la société et appartiennent à une classe supérieure

2/ Un Message adressé au Monarque

- La Fontaine établit le parallèle entre le Lion et Louis XIV: il l’incite ainsi à ne pas se
laisser flatter par les courtisans, ni à donner trop d’importance aux discours extrêmes des
hommes de religion, mais ) rendre une justice qui protégeait les faibles (expressions péjoratives
« pelé, galeux » accentuent la misère de l’Âne condamné (par extension, celle du Peuple)

- v61-62: parallélisme à la fin de la fable: Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » = Morale explicite qui incite le Roi à
dispenser une justice qui ne tiendrait pas compte de la classe sociale

Conclusion

Ici, en nous racontant un récit peuplé d’animaux anthropomorphiques, La Fontaine fait


honneur à l’inspiration antique du Classicisme, en reprenant la doctrine du poète latin Horace,
tout en effectuant une dénonciation manifeste de l’injustice des décisions de justice du Roi.

La Fontaine, dans de nombreuses fables, dénonce de manière subtile les dérives du


pouvoir monarchique de droit divin. Ainsi, dans « Le Loup et l’Agneau », restée célèbre par sa
morale qui introduit la fable « La raison du plus fort est toujours la meilleure », il établit le constat
d’une injustice de traitement entre les puissants et les faibles. Ici, l’Agneau, naïf et candide, se fait
dévorer par le Loup, qui abuse de son autorité de manière arbitraire sur son territoire, s’arrogeant
le droit d’interdire l’accès du ruisseau à l’Agneau, et le tuant pour montrer l’exemple.