Vous êtes sur la page 1sur 18

École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

Chapitre 8
Suites et séries de fonctions
F. Delacroix, École des Mines de Douai, 7 janvier 2011

Introduction
Présentation et objectifs
Ce chapitre pose essentiellement les bases des chapitres 9 et 10 dédiés à l’étude de séries
de fonctions particulières, et détaille les notions générales permettant la construction et
l’étude de nouvelles fonctions (en tant que limites de suites ou sommes de séries). Ces
notions peuvent également servir dans les questions liées l’approximation numérique de
fonctions, en approchant des grandeurs continues (des fonctions) par des sommes finies
(donc calculables).
On présente d’abord les notions de suites et séries de fonctions sur un mode « naïf », en
les considérant simplement commes des suites ou séries numériques munies d’un paramètre.
Tout l’objet de ce chapitre est alors l’étude des propriétés de la fonction limite (ou somme) :
d’abord son existence (modes de convergence) puis sa régularité (continuité, dérivabilité,
etc.). On propose également quelques théorèmes, dits de densité, d’approximation de
fonctions par des suites de fonctions d’un type particulier, phénomènes largement exploités
dans de nombreux problèmes de calcul et de modélisation numériques.
Prérequis:
Chapitre 7
Analyse et topologie (limites, continuité, dérivation, développements limités) (SUP)
Intégration (SUP)
Suites:
Chapitres 9, 10
Analyse complexe
Thermodynamique

Dans tout ce chapitre, E désigne un K-espace vectoriel normé (où K = R ou C). On


considère des fonctions définies sur une partie de E à valeurs dans K. Certains résultats
peuvent se généraliser à des fonctions à valeurs dans un espace vectoriel normé complet
(espace de Banach), par exemple un espace vectoriel normé de dimension finie.

1 Suites de fonctions
Soient A une partie de E, (fn )n∈N une suite de fonctions définies sur A.

1.1 Modes de convergence

1
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

Définition 1
On dit que la suite de fonctions (fn )n∈N converge simplement sur A vers une
fonction f si la fonction f est définie sur A et si, pour tout x ∈ A, la suite (de réels
ou complexes) (fn (x))n∈N converge vers f (x) ; c’est-à-dire

∀x ∈ A, ∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n > N, |f (x) − fn (x)| < ε.

La fonction f est alors appelée limite simple de la suite (fn )n∈N .


Le plus grand (au sens de l’inclusion) ensemble A sur lequel la suite (fn ) converge
simplement est appelé domaine de convergence simple de la suite (fn ).
Il s’agit donc d’une convergence à x fixé.
♠ Démontrer que la limite simple, si elle existe, est unique.
♠ Déterminer la limite simple de la suite de fonctions (fn ) définies sur R par

fn (x) = xn

en précisant le domaine de convergence simple. Illustrer graphiquement le phé-


nomène en représentant sur un même graphique les fonctions f0 , f1 , f2 et f3 .
♠ La limite simple d’une suite de fonctions C ∞ est-elle nécessairement continue ?
♠ Déterminer la limite simple de la suite de fonctions (fn )n∈N∗ définies sur R
par
1

n2 x si |x| 6


fn (x) = 1 n
1
si |x| >



x n
en précisant le domaine de convergence simple. Montrer que chaque fonction
fn est continue et bornée. La limite simple f est-elle continue ? bornée ?
Pour obtenir un minimum de conservation des propriétés de régularité par passage à
la limite, on est donc amené à considérer un autre mode de convergence, plus exigeant
que la convergence simple.
Définition 2
On dit que la suite de fonctions (fn )n∈N converge uniformément vers f sur A si

kf − fn k∞ = sup |fn (x) − f (x)| −−−→ 0


x∈A n→+∞

c’est-à-dire si

∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n > N, ∀x ∈ A, |f (x) − fn (x)| < ε.

On dit alors que la fonction f est limite uniforme de la suite (fn )n∈N

♠ Ecrire la négation de la convergence uniforme de (fn ) vers une fonction f .


Pour vérifier cette propriété, il est nécessaire de déjà connaître la limite f . La propo-
sition suivante permet de répondre à ce problème.

2
École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

Proposition 1
Si (fn )n∈N converge uniformément vers f , alors (fn ) converge simplement vers f .

La démonstration du fait que (fn ) ne converge pas uniformément vers f passe géné-
ralement par la mise en évidence d’une suite (xn ) de A convergente telle que fn (xn ) ne
tende pas vers f ( lim xn ).
n→+∞
♠ Démontrer cette proposition.
Souvent, la convergence de (fn ) vers f n’est pas uniforme sur A tout entier mais sur
certaines parties de A (par exemple sur tous les compacts de A). C’est alors une propriété
plus faible, toutefois suffisante dans bien des cas.
♠ Etudier la convergence simple puis uniforme de la suite de fonctions (fn )n∈N
définies sur ] − 1, 1] par

∀n ∈ N, ∀x ∈] − 1, 1], fn (x) = xn .

Montrer que la convergence est uniforme sur tout intervalle du type [−a, a] où
a ∈ [0, 1[.
♠ Etudier la convergence simple puis uniforme de la suite de fonctions (fn )n∈N∗
définies sur R par
1

n2 x si |x| 6


∀n ∈ N, ∀x ∈ R, fn (x) = n
1
sinon.



x
Montrer que la convergence est uniforme sur tout intervalle du type [a, +∞[,
où a > 0.

Proposition 2
Si (fn )n∈N et (gn )n∈N sont deux suites de fonctions convergeant uniformément res-
pectivement vers f et g, alors, pour tout λ, µ ∈ K, la suite (λfn + µgn )n∈N converge
uniformément vers λf + µg.

♠ Démontrer cette proposition à l’aide de l’inégalité triangulaire.

1.2 Espace des applications bornées


On note B(A, K) le K-espace vectoriel des applications bornées sur A à valeurs dans
K. La proposition suivante formalise un résultat du chapitre 1.
Proposition 3
L’application
B(A, K) −−−→ K
f 7−−−→ kf k∞ = sup |f (x)|
x∈A

est une norme sur B(A, K), appelée norme de la convergence uniforme sur A.

3
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

♠ En quoi l’hypothèse que les fonctions considérées soient bornées est-elle néces-
saire ?

Théorème 4
Soit (fn )n∈N une suite de fonctions de B(A, K). Les assertions suivantes sont équiva-
lentes :
(1) la suite (fn ) converge uniformément vers une fonction f ∈ B(A, K) ;
(2) la suite (fn ) converge vers une fonction f ∈ B(A, K) au sens de la norme k.k∞ :

fn − f −−−→ 0;

∞ n→+∞

(3) la suite (fn ) est uniformément de Cauchy, c’est-à-dire



∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀p, q > N, fp

− fq < ε.

Remarquons que l’assertion (3) du théorème 4 permet parfois de prouver la convergence


uniforme sans connaître la limite f . Elle sera mise à profit à la section 3.2 pour l’étude
des séries de fonctions.

1.3 Conservation des propriétés par convergence uniforme


1.3.1 Continuité

Théorème 5
Soit (fn )n∈N une suite de fonctions continues sur A convergeant uniformément vers
une fonction f sur A. Alors f est continue sur A.

♠ Que dire d’une suite de fonctions continues convergeant simplement vers une
fonction discontinue ? Reprendre les exemples précédents à la lumière de cette
remarque.

1.3.2 Limite

Théorème 6
Soient a un point adhérent à A, (fn )n∈N une suite de fonctions sur A convergeant
uniformément vers une fonction f sur A et telles que, pour tout n ∈ N, la limite

`n = x→a
lim fn (x)

existe et soit finie. Alors la suite (`n ) admet une limite ` et

` = lim f (x).
x→a

4
École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

Autrement dit, sous ces hypothèses, on a


   
lim
x→a n→+∞
lim fn (x) = lim lim fn (x) .
n→+∞ x→a

On démontre que ce résultat subsiste également lorsque K = R et a = ±∞.


♠ On considère la suite de fonctions (fn )n∈N∗ définies par
fn : R −−−→ R
x
x 7−−−→ Arctan .
n
Montrer que cette suite converge simplement vers la fonction nulle. En consi-
dérant les limites en +∞, montrer que la convergence n’est pas uniforme sur
R. Montrer qu’elle l’est sur tout compact de R.

1.3.3 Dérivabilité
On suppose dans cette partie que E = R et que A est un intervalle de R.
Théorème 7
Soit (gn )n∈N une suite de fonctions de classe C 1 sur A convergeant simplement vers
une fonction g et telle que la suite de fonctions (gn0 ) converge uniformément vers une
fonction f sur A. Alors g est dérivable sur A et g 0 = f .
Autrement dit, sous ces hypothèses,
 0
lim gn = lim (gn0 ).
n→+∞ n→+∞

♠ On le voit la convergence uniforme de la suite (gn ) n’est pas nécessaire. En


considérant la suite de fonctions (gn ) définie par
gn : [−1, 1] −−−→ R
s
1
x 7−−−→ x2 +
n
montrer qu’elle n’est pas non plus suffisante à elle seule.

1.3.4 Intégration
À nouveau on se place dans le cas où E = R et A = I est un intervalle borné de R.
Proposition 8
Soient (fn ) une suite de fonctions continues par morceaux absolument intégrables
sur un intervalle I borné, convergeant uniformément vers une fonction f continue par
morceaux sur I. Alors f est absolument intégrable sur I et
Z Z
f (x) dx = lim fn (x) dx.
I n→+∞ I

5
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

♠ Rappeler ce qu’on entend par « fonction absolument intégrable ».


♠ En considérant la suite de fonctions (fn ) définie par

fn : R −−−→ R
1

si |x| 6 n

x 7−−−→ n
0 si |x| > n,

montrer que ce résultat est faux si l’on ne suppose pas l’intervalle I borné.

Remarques
1. On n’a pas supposé que l’intervalle I était compact. Autrement dit, ce théorème
s’applique aux intégrales impropres sur un intervalle borné.
2. L’hypothèse de convergence uniforme est trop exigeante en général. On peut
citer à ce propos deux résultats beaucoup plus puissants issus de la théorie de
l’intégration de Lebesgue. De plus, ces théorèmes n’exigent pas que I soit borné.

Théorème 9 (Convergence monotone)


Soit (fn )n∈N une suite croissante de fonctions absolument intégrables sur un intervalle
I (quelconque) convergeant simplement vers une fonction f continue par morceaux sur
I. Z 
Alors f est absolument intégrable sur I si et seulement si la suite fn (x) dx
I n∈N
est majorée. Dans ce cas,
Z Z Z
f (x) dx = lim fn (x) dx = sup fn (x) dx.
I n→+∞ I n∈N I

♠ Que signifie exactement l’hypothèse que la suite de fonctions (fn ) est crois-
sante ? Z 
♠ Démontrer que sous ces hypothèses la suite fn (x) dx est croissante.
I n∈N

Corollaire 10
Soit (fn ) une suite décroissante de fonctions absolument intégrables sur un intervalle
I convergeant simplement vers une fonction f continue par morceauxZ sur I. 
Alors f est absolument intégrable sur I si et seulement si la suite fn (x) dx
I n∈N
est minorée. Dans ce cas,
Z Z Z
f (x) dx = lim fn (x) dx = inf fn (x) dx.
I n→+∞ I n∈N I

♠ Démontrer ce corollaire en appliquant le théorème 9 à la suite (−fn ).


Le résultat suivant est sans doute l’ un des plus importants de la théorie de l’intégrale
de Lebesgue.

6
École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

Théorème 11 (Convergence dominée de Lebesgue)


Soient I un intervalle de R, (fn )n∈R une suite de fonctions définies sur I convergeant
simplement vers une fonction f . On suppose également qu’il existe une fonction inté-
grable ϕ : I −−−→ R+ telle que

∀n ∈ N, ∀x ∈ I, |fn (x)| 6 ϕ(x) (domination).

Alors la fonction f est intégrable sur I et


Z Z
f (x) dx = lim fn (x) dx.
I n→+∞ I

♠ Montrer que la suite de fonctions (fn ) définies sur R+ par


 !n2
x2

1− 2


si 0 6 x 6 n
∀n ∈ N∗ , ∀x ∈ R+ , fn (x) = n



0 sinon

admet une limite simple que l’on déterminera. En admettant que

Z +∞ √
−x2 π
e dx =
0 2
Z +∞ 
déterminer la limite de la suite fn (x) dx .
0 n∈N∗

2 Théorèmes de densité
2.1 Fonctions continues par morceaux
Soient a, b deux réels tels que a < b.

Définition 3 (Rappel)
Une application f : [a, b] −−−→ K est dite continue par morceaux sur [a, b] s’il
existe une subdivision
a = a0 < a1 < a2 < · · · < an = b
de l’intervalle [a, b] telle que pour tout i ∈ {0, . . . , n − 1} la restriction f ]ai ,ai+1 [ se
prolonge en une fonction continue sur [ai , ai+1 ]. Une telle subdivision est dite adaptée
à f.

♠ Les fonctions dont le graphe est représenté ci-dessous sont-elles continues par

7
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

morceaux ?

a b a b

♠ Montrer qu’une fonction continue par morceaux sur [a, b] est bornée sur [a, b].
♠ Comment généraliser cette définition à un intervalle non compact ? Est-il alors
vrai qu’une fonction continue par morceaux est bornée ?

Définition 4
Une application f : [a, b] −−−→ K est dite en escaliers s’il existe une subdivision de
[a, b] (qu’on dit alors adaptée à f ) a = a0 < a1 < · · · < an = b de l’intervalle [a, b]
telle que, pour tout i ∈ {0, . . . , n − 1}, la restriction f ]ai ,ai+1 [ soit constante.

♠ Illustrer graphiquement cette définition.

Proposition 12
Les ensembles C 0 M ([a, b], K) et E([a, b], K) respectivement des applications continues
par morceaux et des applications en escaliers sur [a, b] à valeurs dans K sont des sous-
espaces vectoriels de B([a, b], K).

♠ Résumer sur un schéma les relations d’inclusion existant entre les espaces
E([a, b], K), C 0 M ([a, b], K), B([a, b], K) et C 0 ([a, b], K).
♠ Démontrer cette proposition.

Théorème 13 (Densité des fonctions en escaliers)


Toute fonction de C 0 M ([a, b], K) est limite uniforme d’une suite de fonctions en esca-
liers. On dit que E([a, b], K) est dense dans C 0 M ([a, b], K) pour la norme k.k∞ .

2.2 Fonctions continues sur un segment


Définition 5
Une fonction f : [a, b] −−−→ K est dite affine par morceaux s’il existe une subdivi-
sion a = a0 < · · · < an = b de l’intervalle [a, b] telle que, pour tout i ∈ {0, . . . , n − 1},
la restriction f ]ai ,ai+1 [ soit une fonction affine.

8
École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

♠ Illustrer graphiquement cette définition. Représenter également une fonction


affine par morceaux et continue.

Proposition 14
L’ensemble Af f M ([a, b], K) des fonctions affines par morceaux sur [a, b] est un sous-
espace vectoriel de C 0 M ([a, b], K).

♠ Démontrer cette proposition.


♠ Schématiser les relations d’inclusion existant entre les espaces de fonctions
E([a, b], K), Af f M ([a, b], K), C 0 M ([a, b], K), B([a, b], K), Af f M ([a, b], K) ∩
C 0 ([a, b], K), C 0 ([a, b], K).

Théorème 15 (Densité des fonctions affines par morceaux et continues)


Toute fonction continue sur [a, b] est limite uniforme d’une suite de fonctions affines
par morceaux et continues sur [a, b]. On dit que Af f M ([a, b], K) ∩ C 0 ([a, b], K) est
dense dans C 0 ([a, b], K).

f2

f1

f0

a b

Citons enfin le célèbre théorème suivant, qui est à la base de la construction des
« splines », également appelées courbes (et surfaces) de Bézier, utilisées en CAO, grâce
aux polynômes de Bernstein.
Théorème 16 (Théorème de Weierstrass)
Toute fonction f continue sur un segment [a, b] à valeurs réelles ou complexes est
limite uniforme d’une suite de fonctions polynômiales. Autrement dit, K[X] admet une
représentation dense dans C 0 ([a, b], K).
Si l’intervalle I n’est pas compact, la conclusion de ce théorème est fausse ; on n’a
qu’une limite simple.

9
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

3 Séries de fonctions
Les séries étant des suites particulières, les définitions et résultats du 1 s’étendent sans
modification au cas des séries de fonctions. La difficulté vient en général de l’impossibilité
d’exprimer la somme de la série.
Soit A une partie de R ou C.

3.1 Modes de convergence

Définition 6
X
Soit (fn )n∈N une suite de fonctions définies sur A. La série de fonctions fn est
la suite de fonctions (Sn ) définies par
n
X
∀x ∈ A, Sn (x) = fk (x).
k=0

Définition 7
Les définitions et notations vues pour les séries numériques se transposent directement
aux séries de fonctions. En particulier :
X
1) La série de fonctions fn converge simplement si la suite (Sn ) des fonctions
n>0
« sommes partielles
X »converge simplement, c’est-à-dire si, pour tout x ∈ A, la série
numérique fn (x) converge. Dans ce cas, la fonction somme de cette série est
la fonction +∞
X
fn : A −−−→ K
n=0 +∞
X
x 7−−−→ fn (x).
n=0
X
2) La série de fonctions fn converge uniformément si la suite (Sn ) des sommes
n>0
partielles converge uniformément. Autrement dit, cette série de fonctions doit
converger simplement et vérifier
n
+∞ !
X X
lim sup fk (x) − fk (x) = 0.

n→+∞ x∈A
k=0 k=0

♠ Montrer que si une série de fonctions fn converge simplement, alors la suite


P

de fonctions (fn ) converge simplement vers la fonction nulle.


♠ Qu’est-ce que le reste d’ordre n d’une série de fonctions convergente ?

Proposition 17
P
Pour qu’une série de fonctions fn simplement convergente soit uniformément conver-
gente, il est nécessaire et suffisant que la suite des restes converge uniformément vers
la fonction nulle.

10
École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

Il est de plus nécessaire (mais non suffisant) que la suite (fn ) converge uniformément
vers la fonction nulle.

♠ Démontrer cette proposition.

♠ Soit fn : x 7−−−→ xn . Quel est le domaine de convergence simple de la série de


P
fonctions fn ? Expliciter la fonction somme et le reste d’ordre n. Montrer
que cette série ne converge pas uniformément sur ] − 1, 1[. Montrer qu’il y a
convergence uniforme sur tout intervalle [−a, a] où 0 < a < 1.

Définition 8
P
Une série de fonctions fn est dite absolument convergente si la série de fonctions
|fn | est simplement convergente.
P

Proposition 18
P
Si une série de fonctions fn converge absolument, alors elle converge simplement et
+∞ +∞
X X
∀x ∈ A, f (x) 6 |fn (x)|.

n

n=0 n=0

♠ Démontrer cette proposition à l’aide d’un résultat sur les séries numériques
absolument convergentes.

3.2 Convergence normale


On introduit un nouveau mode de convergence, plus exigeant que la convergence uni-
forme mais plus facile à prouver, car il permet de s’affranchir de la nécessité de connaître
la somme de la série (ce qui est impossible en général), ou d’avoir une estimation du reste.

Définition 9
X
Une série de fonctions fn est dite normalement convergente sur A si les
n>0 X
fonctions fn sont bornées sur A et si la série numérique kfn k∞ converge.
n>0

♠ Rappeler la définition de kfn k∞ .

♠ En s’inspirant du critère de Cauchy uniforme pour les suites de fonctions (théo-


rème 4) et du critère de Cauchy pour les séries numériques, expliciter le fait,
P
pour une série de fonctions fn , d’être uniformément de Cauchy. Montrer que
P
c’est une condition nécessaire et suffisante pour que fn soit uniformément
convergente.

11
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

Théorème 19
X P
Soit fn une série de fonctions normalement convergente sur A. Alors fn converge
n>0
uniformément et absolument sur A. De plus, la fonction somme est bornée sur A et
vérifie
∞ ∞

X X

fn 6 kfn k∞ .

n=0 ∞ n=0

♠ En majorant |fn (x)|, pour tout x ∈ A, par le terme général d’une série conver-
gente, montrer que la série de fonctions converge absolument. En déduire que
la fonction somme est bornée et vérifie l’inégalité donnée dans le théorème 19.
♠ En utilisant le fait que la série numérique kfn k∞ est de Cauchy, montrer
P
P
que la série de fonctions fn est uniformément de Cauchy. Conclure.
♠ Montrer que la série de fonctions définissant la fonction ζ de Riemann est
normalement convergente sur tout intervalle du type [a, +∞[.

Les relations entre les différents modes de convergence pour une série de fonctions
peuvent être schématisées par le diagramme d’implications suivant :


ne concerne que les sé-
Convergence normale =⇒ Convergence absolue
ries de fonctions
⇓ ⇓

concerne les suites et
Convergence uniforme =⇒ Convergence simple
les séries de fonctions
| {z } | {z }
convergence globale convergence ponctuelle

♠ Montrer, par des contre-exemples bien choisis, que chaque implication dans ce
diagramme est « à sens unique ».

3.3 Conservation des propriétés


On reformule les résultats de la section 1.3 dans le cadre des séries de fonctions. Soit
P
fn une série de fonctions définies sur A.
Théorème 20 (Conservation de la continuité)
Si
– pour tout n ∈ N, la fonction fn est continue sur A ;
P
– la série fn converge uniformément sur A, ou sur tout compact de A ;

X
alors la fonction somme est continue sur A.
n=0

♠ Montrer que la fonction ζ de Riemann est continue sur ]1, +∞[.

12
École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

Théorème 21 (Limite de la somme)


Soit a un point adhérent à A. On suppose que
– pour tout n, la limite `n = lim fn (x) existe et est finie ;
P x→a
– la série fn converge uniformément sur A.
P
Alors la série numérique `n converge et
∞ ∞ ∞ 
! 
X X X
lim fn (x) = `n = lim fn (x) .
x→a x→a
n=0 n=0 n=0

♠ Utiliser la contraposée du théorème 21 pour prouver que la série définissant


la fonction ζ de Riemann n’est pas uniformément convergente sur ]1, +∞[
(considérer les limites en 1+ ).
On suppose maintenant que E = R et que A est un intervalle de R.
Théorème 22 (Dérivation de la somme)
On suppose que
– pour tout n, la fonction fn est de classe C 1 ;
P
– la série fn converge simplement sur A ;
– la série fn0 converge uniformément sur A.
P
∞ ∞
!0 ∞
fn0 .
X X X
1
Alors la fonction somme fn est de classe C sur A et fn =
n=0 n=0 n=0

X
♠ Soit la série de fonctions fn où
n>0
fn : R∗+ −−−→ R
x 7−−−→ e−nx .

Montrer que fn converge simplement sur R∗+ et expliciter sa somme. Montrer


P

que fn0 est uniformément convergente sur tout intervalle [a, +∞[ où a > 0.
P

X
En déduire que fn est de classe C 1 sur R∗+ et expliciter la relation obtenue.
n=0

Théorème 23 (Intégration de la somme)


P
Soit fn une série de fonctions continues par morceaux sur un intervalle I, simplement
convergente sur I et telle que Z
– pour tout n, l’intégrale |fn (x)| dx converge ;
I
XZ
– la série numérique |fn (x)| dx converge.
n>0 I

X
Alors la fonction somme fn est intégrable sur I et
n=0

∞ ∞ Z
Z ! 
X X
fn (x) dx = fn (x) dx .
I n=0 n=0 I

13
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

4 Exercices
4.1 Suites de fonctions
Les exercices 1 et 2 sont à préparer.

Exercice 1
Soit la suite de fonctions (fn )n∈N définies sur R par fn (x) = e−nx .
1. Démontrer que le domaine de convergence de la suite (fn ) est R+ . Expliciter la fonction
f , limite de la suite (fn ), sur R+ .
2. La convergence de (fn ) vers f est-elle uniforme sur R+ ?
3. Soit a ∈ R∗+ . Démontrer que (fn ) converge uniformément vers f sur [a, +∞[.

Exercice 2
Montrer que la suite de fonctions (fn ) définie par

∀n ∈ N, ∀x ∈ R, fn (x) = Arctan(nx)

converge uniformément sur tout intervalle du type [a, +∞[ avec a ∈ R∗+ . Y a-t-il conver-
gence uniforme sur R+ ? Sur R∗+ ?

Exercice 3
Etudier la convergence simple puis uniforme des suites de fonctions (fn ) suivantes en
précisant le domaine de convergence.

a) fn (x) = xe−nx b) fn (x) = sin xe−nx c) fn (x) = nx2 e−nx


nx
d) fn (x) = e) fn (x) = x2n ln x f ) fn (x) = xn (1 − x)
1 +
 √ nx n x
h) fn (x) = n cosn x sin x
n
g) fn (x) = x 10 + 1 − x i) fn (x) = 2
x +n
2

 sin nx
si x ∈ R \ πZ

x
j) fn (x) = x e n k) fn (x) =  x sin x
0 si x ∈ πZ

Exercice 4
Soit (fn )n∈N la suite de fonctions définies sur l’intervalle [0, 1] par

fn (x) = nxn (1 − x)

1. Etudier la convergence simple et la convergence uniforme de la suite (fn ).


2. Calculer et comparer
Z 1  Z 1 
lim fn (x) dx et lim fn (x) dx.
n→∞ 0 0 n→∞

3. Comment pouvait-on prévoir ce résultat ?

14
École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

Exercice 5
On considère la suite de fonctions (fn )n∈N définie sur R∗+ par
( )
1
fn (x) = inf n, √ .
x

Etudier la convergence simple de la suite (fn ) vers une fonction f à préciser. Etudier le
mode de convergence de (fn ) vers f sur l’intervalle [a, +∞[ (où a > 0 est fixé). La suite
(fn ) converge-t-elle uniformément sur R∗+ ?

Exercice 6
Soit la suite de fonctions (fn )n∈N définies sur [0, 1] par :

fn (x) = nα xe−nx

où α ∈ R∗+ .
1. Montrer que la suite (fn )n∈N converge simplement. Pour quelles valeurs de α la conver-
gence est-elle uniforme ?
2. Comparer Z 1  Z 1 
2 −nx 2 −nx
lim n xe dx et lim n xe dx.
n→∞ 0 0 n→∞

Exercice 7
Soit f : R → R une application continue. Pour tout n ∈ N∗ , on définit la fonction
fn : R → R par
1
3n Z n
∀x ∈ R, fn (x) = f (x + t)(1 − n2 t2 ) dt
4 − n1
Montrer que la suite (fn ) converge simplement vers f sur R et uniformément sur tout
intervalle [a, b].

Exercice 8

1. Etudier la convergence de la suite de fonctions (fn )n∈N∗ définie par

1

n − n2 |x|

si |x| 6

∀n ∈ N , ∀x ∈ R, fn (x) = n
0

sinon.

2. Montrer que pour toute fonction ϕ ∈ C 0 (R, R),


Z +∞
lim fn (x)ϕ(x) dx = ϕ(0).
n→∞ −∞

15
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

Exercice 9
s
1
Soit (fn )n∈N∗ la suite de fonctions définies sur R par fn (x) = . x2 +
n2
1. Etudier le mode de convergence de (fn ) sur R ; étudier la dérivabilité de fn et de la
limite simple de la suite.
2. Etudier la convergence de la suite (fn0 ).

Exercice 10
Soit ϕ la fonction définie sur [−1, 1] par ϕ(t) = 3t − 4t3 .
1. Montrer que ϕ([−1, 1]) ⊂ [−1, 1] et que ϕ est 9-lipschitzienne.
2. On définit la suite de fonctions (fn )n∈N∗ sur [−1, 1] par la récurrence :

∀x ∈ [−1, 1], f1 (x) = x
x x
   

∀n ∈ N , ∀x ∈ [−1, 1], fn+1 (x) = 3fn − 4fn3
3 3

Montrer que
|x|3
∀n ∈ N∗ , ∀x ∈ [−1, 1], |fn (x) − sin x| 6
2 × 3n
et conclure.

4.2 Séries de fonctions


Les exercices 11, 12 et 13 sont à préparer.

Exercice 11
ne−nx converge uniformément sur tout intervalle [δ, +∞[, où
X
Montrer que la série
n>0
δ ∈ R∗+ . Y a-t-il convergence uniforme sur R∗+ ? Calculer, pour tout a, b ∈ R∗+ , l’intégrale

Z b " +∞ #
−nx
X
ne dx.
a n=0


ne−nx .
X
En déduire la valeur de
n=0

Exercice 12
2
n x e−nx converge sur R. On note f sa somme.
X
Montrer que la série de fonctions
n>0
En considérant une primitive de f , expliciter f . La fonction f est-elle continue en 0 ?

16
École des Mines de Douai — FIAASMathématiques Suites et séries de fonctions

Exercice 13

Pour tout n ∈ N∗ on considère la fonction

fn : ] − 1, 1[ −−−→ R
tn
t 7−−−→ sin(nt).
n

Montrer que la série fn converge simplement sur ] − 1, 1[ et que sa somme est dérivable.
P

Calculer cette dérivée.

Exercice 14

1. Déterminer le domaine de définition de la fonction

+∞
X (−1)n
f : x 7−−−→ .
n=0 n + x

Etudier la continuité et la dérivabilité de f .


2. Etablir une relation entre f (x + 1) et f (x) et montrer que
Z 1
tx−1
f (x) = dt.
0 t+1

3. Déterminer un équivalent de f (x) aux voisinages de 0 et +∞.

Exercice 15

1. Montrer que la fonction


+∞
X e−nx
f : x 7−−−→ 2
n=0 1 + n

est bien définie et continue sur R+ .


2. Etudier la dérivabilité de f sur R∗+ . Montrer que, pour tout p ∈ N,

p
n e−nx
∀x ∈ R∗+ , |f 0 (x)| >
X
2
n=0 1 + n

et en déduire que f n’est pas dérivable en 0.


3. Montrer que lim f = 1.
+∞

4. Donner le tableau de variations de f et tracer l’allure de son graphe.

17
Chapitre 8 MathématiquesÉcole des Mines de Douai — FIAAS

Exercice 16
Soient a, b ∈ R tels que a < b et f0 ∈ C 0 ([a, b], R). Pour tout n ∈ N∗ et tout x ∈ [a, b],
on pose Z x
fn (x) = fn−1 (t) dt.
a
X
1. Monter que la série fn converge uniformément sur [a, b]. Sa somme est notée F .
n>0
2. Montrer que Z x
∀x ∈ [a, b], F (x) = f0 (x) + ex e−t f0 (t) dt.
a

Exercice 17
On considère la fonction
f : R∗+ −−−→ R
+∞
X 1
x 7−−−→ 2
.
n=1 n + n x

1. Montrer que f est bien définie et de classe C 1 sur R∗+ .


 
2. Calculer f 1
p
pour tout p ∈ N∗ .
3. Déterminer un équivalent de f (x) aux voisinages de 0 et +∞.

Exercice 18
Soit la fonction
f : R∗+ −−−→ R
+∞
X (−1)n
x 7−−−→ .
n=0 n!(n + x)

1. Vérifier que f est bien définie et de classe C ∞ sur R∗+ . Calculer f (1).
2. Etudier le signe de f puis son sens de variation. Montrer que, pour tout x ∈ R∗+ :
1
x f (x) − f (x + 1) = .
e
En déduire des équivalents simples de f aux voisinages de 0 et +∞.

Exercice 19
Soit (un )n∈N une suite de fonctions réelles définies sur un domaine D, à valeurs positives,
telle que pour tout x ∈ D la suite (fn (x))n∈N soit décroissante et vérifiant la propriété
suivante :
∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n ∈ N, (n > N ) =⇒ (∀x ∈ D, un (x) < ε).
(−1)n un converge uniformément sur D. Appliquer
X
Montrer qu’alors la série de fonctions
n>0
ce résultat aux séries de fonctions définies ci-dessous :
(−1)n x
 
n
X X
√ (D = R) et (−1) sin (D = [−a, a] avec a > 0).
n>0 2 n + cos x n>1 n

18

Vous aimerez peut-être aussi