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PLAN COURS

Chapitre 1 : « La Terre dans l’Univers »

1.1 Introduction, Objets de la géologie


1.2 Origine du système solaire,
1.3 La Terre et les planètes du système solaire.

Chapitre 2 : « Dynamique interne de la Terre »

2.2 Structure du globe terrestre et géoïde


2.3 La Dérive des Continents et la répartition des terres et des mers.
2.4 La Tectonique des Plaques
2.5 Le champ magnétique terrestre
2.6 Les séismes
2.7 Les volcans
2.8 La déformation des roches : fractures ou failles
2.9 La formation des chaînes de montagnes : les plis et nappes de charriage

Chapitre 3 : « Les matériaux de la Planète »

3.1 Les Minéraux

o 3.1.1 De l’atome au cristal, au minéral.


o 3.1.2 Notion de cristallographie, les réseaux cristallins.
o 3.1.3 Classification des minéraux : les grands groupes de silicates.

3.2 Les Roches

o 3.2.1 Du minéral à la roche.


o 3.2.2 Les grands groupes de roches
o 3.2.3 Les roches magmatiques
o 3.2.4 Les roches métamorphiques
o 3.2.5 Les roches sédimentaires.

Chapitre 4 : « Dynamique externe de la Terre »

• 4.1 Les Continents


o 4.1.1 Les eaux de ruissellement
o 4.1.2 Le rabotage par les glaces
o 4.1.3 L'action du vent
o 4.1.4 Erosion et isostasie
o 4.1.5 Le littoral
• 4.2 Les Océans
o 3.2.1 Le relief des fonds océaniques
o 3.2.2 Les dépôts océaniques
o 3.2.3 La Vie dans les océans
o 3.2.4 L'océan régulateur de températures et de salinité
• 4.3 Les Ressources naturelles
o 4.3.1 Les eaux souterraines
o 4.3.2 Les combustibles fossiles
o 4.3.3 Les gîtes métallifères et les mines
• 4.4 Les Grands Cycles biogéochimiques
o 4.4.1 Le cycle de l'eau
o 4.4.2 Le cycle du carbone
o 4.4.3 Le cycle de l'oxygène
o 4.4.4 Le cycle de l'azote
o 4.4.5 Le cycle du phosphore
o 4.4.6 Le cycle du soufre
o 4.4.7 Les cycles biogéochimiques: perspective historique
o 4.4.8 Les gaz à effet de serre
o 4.4.9 Le réchauffement planétaire
o 4.4.10 Les causes des émissions de GES
o 4.4.11 Les conséquences du réchauffement planétaire
o 4.4.12 La fiabilité des modèles climatiques

Chapitre 5 : « Histoire de la Planète » ou Chronologie et Paléontologie

5.1 Chronologie des évènements ayant structuré la planète :

o 5.1.1 Les principes de stratigraphie


o 5.1.2 Discordances et lacunes stratigraphiques
o 5.1.3 Notion de formation et les divisions fondamentales du temps en géologie.

5.2 Paléontologie :

o Les fossiles stratigraphiques et fossiles de faciès.

Chapitre 6 : Géologie de l’Algérie


La dynamique interne de la terre, ou la géodynamique interne, concerne les mouvements
et les processus qui affectent l'intérieur de la Terre. Il s'agit essentiellement d'une
thermodynamique reliée à la déperdition de chaleur causée par la désintégration radioactive
de certains éléments. Une des manifestations les plus tangibles de cette dynamique est le
déplacement de plaques rigides (lithosphériques) à la surface de la planète, plaques qui
glissent sur du matériel plastique (asthénosphère). Cette mécanique est décrite par la théorie
de la tectonique des plaques, une théorie unificatrice qui vient expliquer de grands
phénomènes géologiques comme les tremblements de terre, les volcans, la déformation de la
croûte terrestre et la formation des grandes chaînes de montagnes. Mais avant la formulation
de cette théorie, il y eut une théorie précurseur, la théorie de la dérive des continents.

1.1 - La Dérive des Continents


La dérive des continents est une théorie proposée au début du siècle par le physicien-
météorologue Alfred Wegener, pour tenter d'expliquer, entre autres, la similitude dans le tracé
des côtes de part et d'autre de l'Atlantique, une observation qui en avait intrigué d'autres avant
lui. Wegener était un scientifique de son siècle, possédant une large gamme de connaissances
en géologie, géophysique, astronomie et météorologie. Il possédait, en outre, le courage, la
fièvre de connaître, l'indépendance, la rigueur intellectuelle, la logique et une bonne dose
d'intuition. Armé de tout ce bagage, il a pu formuler une hypothèse sur le déplacement des
continents. Il avait observé la complémentarité des lignes côtières entre l'Amérique du Sud et
l'Afrique; il y conçut l'idée qu'autrefois l'Afrique et l'Amérique n'avaient été qu'un seul et
même bloc qui se serait fragmenté en deux parties lesquelles se seraient ensuite éloignées
l'une de l'autre. C'est la théorie de la dérive des continents. Wegener avançait des "preuves"
pour appuyer sa théorie. Il serait plus juste de dire qu'il apportait des faits d'observation qui
pouvaient être expliqués par une dérive des continents.

1. Le parallélisme des côtes de l'Atlantique.

On observe en effet un certain parallélisme des lignes côtières entre d'une part les Amériques
et d'autre part l'Europe - Afrique.
Cela suggère que ces deux ensembles constituaient deux morceaux d'un même bloc.

Ce qui amena Wegener à concevoir que dans un passé lointain toutes les masses continentales
étaient réunies en un seul mégacontinent, la Pangée. Aujourd'hui, grâce à notre connaissance
de la tectonique des plaques, on utilise une reconstitution plus juste de cette Pangée, celle de
Bullard et coll.

2. La répartition de certains fossiles.

On retrouve, de part et d'autre de l'Atlantique, sur les continents actuels, les fossiles de plantes
et d'animaux terrestres datant de 240 à 260 Ma.
Comment des organismes terrestres n'ayant pas la capacité de traverser un si large océan ont-
ils pu coloniser des aires continentales si éloignées les unes des autres?. La réponse de
Wegener est simple: autrefois, tous ces continents n'en formaient qu'un seul, la Pangée,
présentant ainsi des aires de répartition cohérentes.

A noter qu'on a utilisé ici la reconstitution de Bullard et coll.

3. Les traces d'anciennes glaciations.

On observe, sur certaines portions des continents actuels, des marques de glaciation datant d'il
y a 250 millions d'années, indiquant que ces portions de continents ont été recouvertes par une
calotte glaciaire. Il est plus qu'improbable qu'il ait pu y avoir glaciation sur des continents se
trouvant dans la zone tropicale (sud de l'Afrique, Inde). De plus, il est anormal que
l'écoulement des glaces, dont le sens est indiqué par les flèches, se fasse vers l'intérieur d'un
continent (des points bas vers les points hauts; cas de l'Amérique du Sud, de l'Afrique, de
l'Inde et l'Australie). Cette répartition actuelle des zones glaciées n'est donc pas cohérente.

Le rassemblement des masses continentales à la Wegener donne un sens à la répartition de


dépôts glaciaires datant d'il y a 250 Ma, ainsi qu'aux directions d'écoulement de la glace,
relevées sur plusieurs portions de continents. La répartition sur la Pangée montre que le pôle
Sud était recouvert d'une calotte glaciaire et que l'écoulement de la glace se faisait en
périphérie de la calotte, comme il se doit.

4. La correspondance des structures géologiques.

Cela n'est pas tout que les pièces d'un puzzle s'emboîtent bien, encore faut-il obtenir une
image cohérente. Dans le cas du puzzle des continents, non seulement y a-t-il une
concordance entre les côtes, mais il y a aussi une concordance entre les structures géologiques
à l'intérieur des continents, un argument lourd en faveur de l'existence du mégacontinent
Pangée.
La correspondance des structures géologiques entre l'Afrique et l'Amérique du Sud appuie
l'argument de Wegener. La carte ci-dessous montre la répartition des blocs continentaux
(boucliers) plus vieux que 2 Ga (milliards d'années) selon la géographique actuelle.

Autour de ces boucliers, les chaînes de montagnes plus récentes ont des âges allant de 450 à
650 Ma. Les traits indiquent le "grain" tectonique de ces chaînes. À remarquer, dans les
régions de São Luis et de Salvador au Brésil, la présence de petits morceaux de boucliers. Le
rapprochement des deux continents (carte ci-dessous) montre qu'en fait les deux petits
morceaux des zones de São Luis et de Salvador se rattachent respectivement aux boucliers
ouest-africain et angolais, et qu'il y a aussi une certaine continuité dans le grain tectonique des
chaînes plus récentes qui viennent se mouler sur les boucliers. L'image du puzzle est
cohérente.
La correspondance des structures géologiques entre l'Amérique du Nord et l'Europe confirme
aussi l'idée de Wegener. Les trois chaînes de montagnes, Appalaches (Est de l'Amérique du
Nord), Mauritanides (nord-est de l'Afrique) et Calédonides (Iles Britanniques, Scandinavie),
aujourd'hui séparées par l'Océan Atlantique, ne forment qu'une seule chaîne continue si on
rapproche les continents à la manière de Wegener. Les géologues savent depuis longtemps
qu'effectivement ces trois chaînes ont des structures géologiques identiques et qu'elles se sont
formées en même temps entre 470 et 350 Ma.

Le géophysicien Wegener était bien au fait que la croûte continentale était plus épaisse sous
les chaînes de montagnes que sous les plaines, et que cette situation répondait au principe de
l'isostasie qui veut qu'il y ait un équilibre entre les divers compartiments de l'écorce terrestre
dû aux différences de densité. Il en conçut l'idée que les continents "flottaient" sur un médium
mal défini et qu'ainsi ils pouvaient dériver les uns par rapport aux autres.

Auriez-vous été convaincu par les arguments de Wegener qu'un jour un grand bloc
continental s'est fragmenté et que ses parties ont dérivé les unes par rapport aux autres? Les
contemporains de Wegener n'ont pas été convaincus de cette proposition révolutionnaire de la
dérive des continents; l'opposition fut vive. En fait, Wegener a démontré de façon assez
convaincante, qu'un jour, les continents actuels ne formaient qu'un seul mégacontinent, mais il
ne démontrait pas que ceux-ci avaient dérivé lentement depuis les derniers 250 Ma. À la
limite, on pourrait tout aussi bien invoquer certains scénarios des catastrophistes pour
expliquer les constatations de Wegener. Le problème majeur, c'est qu'il ne proposait aucun
mécanisme pour expliquer la dérive. Il démontrait bien que la répartition actuelle de certains
fossiles, de traces d'anciennes glaciations ou de certaines structures géologiques soulevaient
des questions importantes auxquelles il fallait trouver des explications. Mais ces constatations
ne sont pas suffisantes pour démontrer que les continents ont dérivé. Notons, qu'à l'inverse, si
les continents ont dérivé, il est nécessaire qu'il y ait un appariement entre les structures
géologiques et la répartition des fossiles.
Il faut signaler que l'hypothèse de Wegener était une hypothèse génératrice de science, parce
que les questions soulevées sont suffisamment sérieuses et fondées sur des faits réels pour
qu'on s'attaque à y répondre. Mais il aura fallu attendre plus de quarante ans pour que les
idées de Wegener refassent surface et qu'on se mette à la recherche du mécanisme de dérive
qui lui manquait. Entre autres, il avait manqué à Wegener les données fondamentales sur la
structure interne de la Terre.

La structure interne de la Terre

L'intérieur de la Terre est constitué d'une succession de couches de propriétés physiques différentes:
au centre, le noyau, qui forme 17% du volume terrestre et qui se divise en noyau interne solide et
noyau externe liquide; puis, le manteau, qui constitue le gros du volume terrestre, 81%, et qui se divise
en manteau inférieur solide et manteau supérieur principalement plastique, mais dont la partie tout à
fait supérieure est solide; finalement, la croûte (ou écorce), qui compte pour moins de 2% en volume
et qui est solide.

Deux discontinuités importantes séparent croûte, manteau et noyau: la discontinuité de Mohorovicic


(MOHO) qui marque un contraste de densité entre la croûte terrestre et le manteau, et la discontinuité
de Gutenberg qui marque aussi un contraste important de densité entre le manteau et le noyau. Une
troisième discontinuité sépare noyau interne et noyau externe, la discontinuité de Lehmann.
La couche plastique du manteau supérieur est appelée asthénosphère, alors qu'ensemble, les
deux couches solides qui la surmontent, soit la couche solide de la partie supérieure du
manteau supérieur et la croûte terrestre, forment la lithosphère. On reconnaît deux types de
croûte terrestre: la croûte océanique, celle qui en gros se situe sous les océans, qui est formée
de roches basaltiques de densité 3,2 et qu'on nomme aussi SIMA (silicium-magnésium); et la
croûte continentale, celle qui se situe au niveau des continents, qui est plus épaisse à cause de
sa plus faible densité (roches granitiques à intermédiaires de densité 2,7 à 3) et qu'on nomme
SIAL (silicium-aluminium). La couverture sédimentaire est une mince pellicule de sédiments
produits et redistribués à la surface de la croûte par les divers agents d'érosion (eau, vent,
glace) et qui compte pour très peu en volume.
L'intérieur de la Terre est donc constitué d'un certain nombre de couches superposées, qui se
distinguent par leur état solide, liquide ou plastique, ainsi que par leur densité. Comment
savons-nous cela? C'est par une sorte d'échographie de l'intérieur de la Terre qui a été établie
à partir du comportement des ondes sismiques lors des tremblements de terre. Les
sismologues Mohorovicic, Gutenberg et Lehmann ont réussi à déterminer l'état et la densité
des couches par l'étude du comportement de ces ondes sismiques. La vitesse de propagation
des ondes sismiques est fonction de l'état et de la densité de la matière. Certains types d'ondes
se propagent autant dans les liquides, les solides et les gaz, alors que d'autres types ne se
propagent que dans les solides. Lorsque qu'il se produit un tremblement de terre à la surface
du globe, il y a émission d'ondes dans toutes les directions. Il existe deux grands domaines de
propagations des ondes: les ondes de surface, celles qui se propagent à la surface du globe,
dans la croûte terrestre, et qui causent tous ces dommages associés aux tremblements de terre,
et les ondes de volume, celles qui se propagent à l'intérieur de la terre et qui peuvent être
enregistrées en plusieurs points du globe. Chez les ondes de volume, on reconnaît deux grands
types: les ondes de cisaillement ou ondes S, et les ondes de compression ou ondes P.

Les ondes sismiques de volume.

L'onde P se déplace créant successivement des zones de dilatation et des zones de


compression. Les particules se déplacent selon un mouvement avant-arrière dans la direction
de la propagation de l'onde, à la manière d'un "slinky". Ce type d'onde est assimilable à une
onde sonore. Dans le cas des ondes S, les particules oscillent dans un plan vertical, à angle
droit par rapport au sens de propagation de l'onde.
La structure interne de la Terre, ainsi que l'état et la densité de la matière, ont été déduits de
l'analyse du comportement des ondes sismiques. Les ondes P se propagent dans les solides,
les liquides et les gaz, alors que les ondes S ne se propagent que dans les solides. On sait aussi
que la vitesse de propagation des ondes sismiques est proportionnelle à la densité du matériel
dans lequel elles se propagent.
La brusque interruption de propagation des ondes S à la limite entre le manteau et le noyau indique
qu'on passe d'un solide (manteau inférieur) à un liquide (noyau externe). L'augmentation progressive
de la vitesse des ondes P et S dans le manteau indique une augmentation de densité du matériel à
mesure qu'on s'enfonce dans ce manteau. La chute subite de la vitesse des ondes P au contact manteau-
noyau est reliée au changement d'état de la matière (de solide à liquide), mais les vitesses relatives
continuent d'augmenter, indiquant une augmentation des densités. Plus en détail, au contact
lithosphère-asthénosphère, on note une légère chute des vitesses de propagation des ondes P et S
correspondant au passage d'un matériel solide (lithosphère) à un matériel plastique (asthénosphère).
Nomenclature pour les réflexions Nomenclature pour les ondes

• c : réflexion sur l'interface manteau-noyau externe • P : ondes P dans le


• i : réflexion sur l'interface noyau externe- noyau manteau
interne • S : ondes S dans le
• p : réflexion des ondes P à la surface du globe, à manteau
proximité du séisme • K : onde P dans le noyau
• s : réflexion des ondes S à la surface du globe, à externe
proximité du séisme • I : onde P dans le noyau
interne
• J : onde S dans le noyau
interne

La composition de la croûte terrestre est assez bien connue par l'étude des roches qui forment
la surface terrestre et aussi par de nombreux forages. Notre connaissance du manteau et du
noyau est, cependant, plus limitée. Malgré tous les efforts déployés à cet effet, aucun forage
n'a encore traversé le MOHO.

1.2 Une Théorie planétaire: la Tectonique des Plaques


Cette section présente comment se sont développés les concepts de la théorie de la tectonique
des plaques et surtout en quoi consiste cette théorie qui fournit aujourd'hui un modèle
unificateur expliquant les grands phénomènes géologiques qui affectent notre planète. Pour
bien comprendre le développement des idées qui ont conduit à la formulation de la théorie de
la tectonique des plaques, il est essentiel d'avoir quelques notions de base sur le magnétisme
terrestre. Un point de vocabulaire d'abord. La tectonique est cette partie de la géologie qui
étudie la nature et les causes des déformations des ensembles rocheux, plus spécifiquement
dans ce cas-ci, les déformations, à grande échelle, de la lithosphère terrestre. Une plaque est
un volume rigide, peu épais par rapport à sa surface. La tectonique des plaques est une
théorie scientifique planétaire unificatrice qui propose que les déformations de la lithosphère
sont reliées aux forces internes de la terre et que ces déformations se traduisent par le
découpage de la lithosphère en un certain nombre de plaques rigides (14) qui bougent les unes
par rapport aux autres en glissant sur l'asthénosphère.
Ces mouvements définissent trois types de frontières entre les plaques: 1) les frontières
divergentes, là où les plaques s'éloignent les unes des autres et où il y a production de
nouvelle croûte océanique; ici, entre les plaques A et B, et D et E; 2) les frontières
convergentes, là où les plaques entrent en collision, conséquence de la divergence; ici, entre
les plaques B et C, et D et C; 3) les frontières transformantes, lorsque les plaques glissent
latéralement les unes contre les autres le long de failles; ce type de limites permet
d'accomoder des différences de vitesses dans le déplacement de plaques les unes par rapport
aux autres, comme ici entre A et E, et entre B et D, ou même des inversions du sens du
déplacement, comme ici entre les plaques B et E.

1.2.1 - Les frontières divergentes

Nous savons qu'il existe un flux de chaleur qui va du centre vers l'extérieur de la terre, un flux
causé par la désintégration radioactive de certains éléments chimiques dans le manteau et qui
engendre des cellules de convection dans le manteau plastique (asthénosphère). A cause de
cette convection, il y a concentration de chaleur en une zone où le matériel chauffé se dilate,
ce qui explique le soulèvement correspondant à la dorsale océanique. La concentration de
chaleur conduit à une fusion partielle du manteau qui produit du magma. La convection
produit, dans la partie rigide de l'enveloppe de la terre (lithosphère), des forces de tension qui
font que deux plaques divergent; elle est le moteur du tapis roulant, entraînant la lithosphère
océanique de part et d'autre de la dorsale. Entre ces deux plaques divergentes, la venue de
magma crée de la nouvelle croûte océanique.

Le schéma suivant est un gros plan de la zone de divergence.


L'étalement des fonds océaniques crée dans la zone de dorsale, des tensions qui se traduisent
par des failles d'effondrement et des fractures ouvertes, ce qui forme au milieu de la dorsale,
un fossé d'effondrement qu'on appelle un rift océanique. Le magma produit par la fusion
partielle du manteau s'introduit dans les failles et les fractures du rift. Une partie de ce magma
cristallise dans la lithosphère, alors qu'une autre est expulsée sur le fond océanique sous forme
de lave et forme des volcans sous-marins. C'est ce magma cristallisé qui forme de la nouvelle
croûte océanique à mesure de l'étalement des fonds.

C'est donc ainsi qu'il se crée perpétuellement de la nouvelle lithosphère océanique au niveau
des frontières divergentes, c'est-à-dire aux dorsales médio-océaniques. Ce sont ces processus
qui expliquent comment s'est formé un océan comme l'Atlantique, ... une question chère à
Wegener.

Les schémas qui suivent illustrent les quatre étapes de la formation d'un océan.
L'accumulation de chaleur sous une plaque continentale cause une dilatation de la matière qui
conduit à un bombement de la lithosphère. Il s'ensuit des forces de tension qui fracturent la
lithosphère et amorcent le mouvement de divergence conduit par l'action combinée de la
convection mantellique et la gravité. Le magma viendra s'infiltrer dans les fissures, ce qui
causera par endroits du volcanisme continental; les laves formeront des volcans ou
s'écouleront le long des fissures. Un exemple de ce premier stade précurseur de la formation
d'un océan est la vallée du Rio Grande aux USA.

La poursuite des tensions produit un étirement de la lithosphère; il y aura alors effondrement


en escalier, ce qui produit une vallée appelée un rift continental. Il y aura des volcans et des
épanchements de laves le long des fractures. Le Grand Rift africain en Afrique orientale en est
un bon exemple.

Avec la poursuite de l'étirement, le rift s'enfonce sous le niveau de la mer et les eaux marines
envahissent la vallée. Deux morceaux de lithosphère continentale se séparent et s'éloignent
progressivement l'un de l'autre. Le volcanisme sous-marin forme un premier plancher
océanique basaltique (croûte océanique) de part et d'autre d'une dorsale embryonnaire; c'est le
stade de mer linéaire, comme par exemple la Mer Rouge.
L'élargissement de la mer linéaire par l'étalement des fonds océaniques conduit à la formation
d'un océan de type Atlantique, avec sa dorsale bien individualisée, ses plaines abyssales et ses
plateaux continentaux correspondant à la marge de la croûte continentale.

Les dorsales océaniques constituent des zones importantes de dissipation de la chaleur interne
de la Terre.

1.2.2 - Les frontières convergentes

Aujourd'hui, physiciens et astro-physiciens sont assez d'accord pour dire que la terre n'est pas
en expansion comme le proposait Carey. Si la surface de la terre est un espace fini, le fait que
les plaques grandissent aux frontières divergentes implique qu'il faudra détruire de la
lithosphère ailleurs pour maintenir constante la surface terrestre. Cette destruction se fait aux
frontières convergentes qui, comme le nom l'indique, marquent le contact entre deux plaques
lithosphériques qui convergent l'une vers l'autre. La destruction de plaque se fait par
l'enfoncement dans l'asthénosphère d'une plaque sous l'autre plaque, et par la digestion de la
portion de plaque enfoncée dans l'asthénosphère. Les résultats (séismes, volcans, chaînes de
montagnes, déformations; voir à la section 1.3) diffèrent selon la nature des plaques
(océaniques ou continentales) qui entrent en collision.

Un premier type de collision résulte de la convergence entre deux plaques océaniques. Dans
ce genre de collision, une des deux plaques (la plus dense, généralement la plus vieille)
s'enfonce sous l'autre pour former une zone de subduction (littéralement: conduire en-
dessous).
On enfonce du matériel moins dense (d~3,2) dans du matériel plus dense (d~3,3), du matériel
moins chaud dans du matériel plus chaud. L'asthénosphère "digère" peu à peu la plaque
lithosphérique. Il se produit un phénomène de fusion partielle de la plaque engloutie. Le
magma résultant (liquide), moins dense que le milieu ambiant, monte vers la surface. Une
grande partie de ce magma reste emprisonnée dans la lithosphère, mais une partie est expulsée
à la surface, produisant des volcans sous la forme d'une série d'îles volcaniques (arc insulaire
volcanique) sur le plancher océanique. De bons exemples de cette situation se retrouvent dans
le Pacifique-Ouest, avec les grandes fosses des Mariannes, de Tonga, des Kouriles et des
Aléoutiennes, chacune possédant leur arc insulaire volcanique, ainsi que la fosse de Puerto
Rico ayant donné naissance à l'arc des Antilles bordant la mer des Caraïbes Atlantique.

Un second type de collision est le résultat de la convergence entre une plaque océanique et
une plaque continentale. Dans ce type de collision, la plaque océanique plus dense s'enfonce
sous la plaque continentale.
Les basaltes de la plaque océanique et les sédiments du plancher océanique s'enfoncent dans
du matériel de plus en plus dense. Rendue à une profondeur excédant les 100 km, la plaque
est partiellement fondue. Comme dans le cas précédent, la plus grande partie du magma
restera emprisonnée dans la lithosphère (ici continentale); le magma qui aura réussi à se frayer
un chemin jusqu'à la surface formera une chaîne de volcans sur les continents (arc volcanique
continental). De bons exemples de cette situation se retrouvent à la marge du Pacifique-Est,
comme les volcans de la Chaîne des Cascades (Cascade Range) aux USA (incluant le Mont
St. Helens) résultat de la subduction dans la fosse de Juan de Fuca et ceux de la Cordillères
des Andes en Amérique du Sud reliés à la fosse du Pérou-Chili. Dans une phase avancée de la
collision, le matériel sédimentaire qui se trouve sur les fonds océaniques et qui est transporté
par le tapis roulant vient se concentrer au niveau de la zone de subduction pour former un
prisme d'accrétion.

Un troisième type de collision implique la convergence de deux plaques continentales.


L'espace océanique se refermant au fur et à mesure du rapprochement de deux plaques
continentales, le matériel sédimentaire du plancher océanique, plus abondant près des
continents, et celui du prisme d'accrétion se concentrent de plus en plus; le prisme croît.

Lorsque les deux plaques entrent en collision, le mécanisme se coïnce: le moteur du


déplacement (la convection dans le manteau supérieur et la gravité) n'est pas assez fort pour
enfoncer une des deux plaques dans l'asthénosphère à cause de la trop faible densité de la
lithosphère continentale par rapport à celle de l'asthénosphère. Tout le matériel sédimentaire
est comprimé et se soulève pour former une chaîne de montagnes où les roches sont plissées
et faillées. Des lambeaux de la croûte océanique peuvent même être coïncés dans des failles.
C'est la soudure entre deux plaques continentales pour n'en former qu'une seule.
Toutes les grandes chaînes de montagnes plissées ont été formées par ce mécanisme. Un bon
exemple récent de cette situation, c'est la soudure de l'Inde au continent asiatique, il y a à
peine quelques millions d'années, avec la formation de l'Himalaya.

1.2.3 - Les frontières transformantes

Les frontières transformantes correspondent à de grandes fractures qui affectent toute


l'épaisseur de la lithosphère; on utilise plus souvent le terme de failles transformantes. Elles se
trouvent le plus souvent, mais pas exclusivement, dans la lithosphère océanique. Ces failles
permettent d'accommoder des différences dans les vitesses de déplacement ou même des
mouvements opposés entre les plaques, ou de faire le relais entre des limites divergentes et
convergentes (ces failles transforment le mouvement entre divergence et convergence, de là
leur nom de failles transformantes). La fameuse faille de San Andreas en Californie est un
bon exemple de cette situation: elle assure le relais du mouvement entre la limite divergente
de la dorsale du Pacifique-Est, la limite convergente des plaques Juan de Fuca-Amérique du
Nord et la limite divergente de la dorsale de Juan de Fuca.
Elle affecte à la fois la lithosphère océanique et la lithosphère continentale. Elle constitue la
limite entre trois plaques: plaque de Juan de Fuca, plaque de l'Amérique du Nord et plaque du
Pacifique. Elle présente aussi l'inconvénient de traverser la ville de San Francisco! Au rythme
actuel du déplacement (~ 5,5 cm/an), la ville de Los Angeles sera au droit de San Francisco
dans 10 Ma.

A quel rythme se font ces mouvements de divergence et de convergence?

Les taux de divergence et de convergence ne sont pas identiques partout. La divergence varie
de 1,8 à 4,1 cm/an dans l'Atlantique et de 7,7 à plus de 18 cm/an dans le Pacifique. La
convergence se fait à raison de 3,7 à 5,5 cm/an dans le Pacifique. À noter le taux de
déplacement latéral relatif le long de la faille de San Andreas en Californie (~ 5,5 cm/an).

En résumé, lLa terre est un système où toutes les pièces, tous les éléments, forment une
grande machine mue par la thermodynamique.
Le moteur est constitué par l'action combinée de la gravité terrestre et des grandes cellules de
convection dans le manteau résultant du flux de chaleur qui va du centre vers l'extérieur de la
terre, un flux de chaleur qui est relié à la décomposition des éléments radioactifs contenus
dans les minéraux constitutifs du manteau. Ces cellules concentrent de la chaleur dans leur
partie ascendante, ce qui cause une fusion partielle du manteau tout à fait supérieur et une
expansion des matériaux. C'est cette expansion qui produit une dorsale médio-océanique
linéaire*. L'écoulement de l'asthénosphère sous la lithosphère rigide entraîne cette dernière; il
en découle des tensions au niveau de la dorsale, causant la divergence et le magmatisme
associé. Ainsi, il y a formation continuelle de nouvelle lithosphère océanique au niveau de la
dorsale et élargissement progressif de l'océan. En contrepartie, puisque le globe terrestre n'est
pas en expansion, il faut détruire de la lithosphère, ce qui se fait par enfoncement de
lithosphère océanique dans les zones de subduction qui correspondent aux fosses océaniques
profondes pouvant atteindre les 11 km (fosse des Marianes). Les dorsales sont disséquées par
des failles dites transformantes pour accommoder des différences de vitesses de divergence.

* A noter que l'iconographie de la tectonique des plaques présente toujours les dorsales
comme des droites sur un plan. En fait, il faut bien comprendre que, la terre étant une sphère,
le parcours de la dorsale est linéaire sur la surface de cette sphère. On représente aussi les
cellules de convection en deux dimensions; il faut faire un effort d'abstraction pour se les
représenter en trois dimensions, à l'intérieur de la sphère.

Le magnétisme terrestre

La compréhension du magnétisme terrestre a constitué un pas très important dans la


formulation de la théorie de la tectonique des plaques. Deux aspects du magnétisme retiennent
l'attention: le paléomagnétisme et les inversions du magnétisme terrestre. La découverte de
bandes d'anomalies magnétiques sur les planchers océaniques parallèles aux dorsales est
venue cautionner la théorie de l'étalement des fonds océaniques de Hesse.
1 - Le Paléomagnétisme

Bien que les Chinois aient découvert les premiers le magnétisme terrestre dès l'an 1040, il
revient à William Gilbert, physicien et médecin de la reine Elisabeth I d'Angleterre au 16e
siècle, d'avoir réalisé que si l'aiguille aimantée d'une boussole pointe invariablement vers le
Nord, c'est qu'il y a quelque chose, une sorte d'aimant placé au centre de la terre, et qu'il
devient possible de calculer la direction et l'intensité du champ magnétique en tout point de la
surface du globe.

La terre agit comme un dipôle magnétique, ou encore comme un aimant. Les lignes de forces
magnétiques établissent tout autour de la planète un champ magnétique terrestre. C'est la
raison pour laquelle l'aiguille d'une boussole s'aligne automatiquement selon les lignes de
force, dans une direction nord-sud.

Il aura fallu attendre près de deux siècles, soit vers la fin du 19e siècle, pour qu'on développe
le magnétomètre, un appareil capable de mesurer l'intensité du champ magnétique, ouvrant la
porte à l'exploration quantitative du champ magnétique terrestre. On se rend compte alors
qu'il y a des anomalies, i.e. des différences entre les intensités mesurées en un lieu donné et
les intensités théoriques calculées selon l'hypothèse de Gilbert: anomalie positive (champ réel
> champ théorique) et anomalie négative (champ réel < champ théorique).

Le physicien napolitain Macedonio Melloni (1853) découvre que chaque roche volcanique
possède sa propre aimantation. Il formule l'hypothèse que cette aimantation a été acquise lors
du refroidissement de la lave qui enregistre le champ magnétique terrestre de l'époque. Les
laves possèdent donc une "mémoire magnétique". Deux chercheurs français, Brunhes (1906)
et Mercanton (1910 à 1930), confortent la découverte de Melloni en y apportant les
fondements théoriques. Il a cependant fallu attendre l'après-guerre pour voir une utilisation
intensive de cette "mémoire magnétique".

C'est une percée technologique qui a lancé toute l'histoire. En 1952, le physicien anglais
Patrick Blackett, prix Nobel en 1948, invente, au cours de recherches sur les relations entre le
magnétisme terrestre et la rotation de la terre, le magnétomètre astatique, capable de mesurer
des champs magnétiques extrêmement faibles. En 1959, avec ses collaborateurs Keith
Runcorn et Ted Irving, il utilise l'appareil pour mesurer la mémoire magnétique des roches;
c'est la naissance d'une discipline qu'on appelle aujourd'hui le paléomagnétisme. On se rend
compte que grâce à cette mémoire, on peut déterminer la position des pôles magnétiques pour
diverses périodes géologiques à partir de roches dont l'âge est connu. Runcorn propose de
définir, époque par époque, la position d'un paléo-pôle magnétique pour diverses régions, un
travail minutieux qui consiste d'abord à définir pour l'Europe, une trajectoire de la
"promenade des pôles" (polar wandering) à travers les temps géologiques, puis ensuite de
faire le même exercice pour l'Amérique.

La carte ci-dessous présente une vue de l'hémisphère Nord centrée sur le pôle Nord
magnétique, selon la géographie actuelle. Le trait rouge indique la trajectoire apparente du
pôle nord magnétique terrestre établie à partir de plusieurs mesures du paléomagnétisme sur
des échantillons datant de l'Éocène au Cambrien, prélevés sur le continent européen. En trait
bleu, c'est la trajectoire établie à partir d'échantillons datant de l'Éocène au Silurien, prélevés
sur le continent nord-américain. En trait vert, c'est la trajectoire établie à partir d'échantillons
datant de l'Éocène au Jurassique, prélevés en Inde. E=Éocène (50 Ma); J=Jurassique (175
Ma); T=Trias (225 Ma); P=Permien (260 Ma); Ca=Carbonifère (320 Ma); S=Silurien (420
Ma); Cb=Cambrien (530 Ma). Les âges absolus (entre parenthèses) correspondent au milieu
de la période mentionnée.

Deux choses apparaissent anormales ici: 1) les trois trajectoires ne coïncident pas; il devrait
pourtant n'y avoir qu'une seule trajectoire puisqu'il n'y a qu'un seul pôle nord magnétique
terrestre; 2) plus on recule dans le temps, plus le pôle magnétique s'éloigne du pôle
géographique; on sait aujourd'hui que même si le pôle magnétique terrestre se déplace par
rapport au pôle géographique, ce déplacement est minime; les trajectoires représentées ici sont
donc beaucoup trop longues pour être réalistes. Durant l'intervalle entre la découverte du
paléomagnétisme et la formulation de la théorie de la tectonique des plaques, on a cru à cette
hypothèse du "polar wandering". Aujourd'hui, on comprend bien que la seule façon de
résoudre ce problème de l'apparente promenade des pôles à travers les temps géologiques et
de leur manque de concordance selon que les données viennent d'un continent ou l'autre est de
déplacer les masses continentales les unes par rapport aux autres. C'est d'ailleurs ainsi qu'on
parvient à reconstituer la position relative des continents pour chaque époque géologique. La
théorie de Wegener refait surface!

Wegener avait supposé que la Pangée avait existé depuis l'origine de la terre et qu'elle n'avait
commencé à se disloquer qu'autour des 200 Ma. La dérive des continents étaient pour lui un
phénomène irréversible: morcellement d'un mégacontinent originel en parties de plus en plus
petites. Mais les paléomagnéticiens (certains disent les paléomagiciens!) ne se sont pas arrêtés
aux derniers 200 Ma. Ils ont reculé jusqu'au début du Paléozoïque pour se rendre compte qu'il
y a eu des dérives continentales plus anciennes, antérieures à 300 Ma. Mais, toutes ces
reconstitutions laissèrent sceptique la communauté scientifique des années 50-début 60; de
nombreuses objections seront soulevées. Le tout-puissant physicien Harold Jeffreys,
adversaire irréductible de tout mobilisme, ira jusqu'à écrire que le marteau utilisé pour le
prélèvement des échantillons est responsable de l'aimantation!

On sait aujourd'hui, grâce à la théorie de la tectonique des plaques, que les continents ont
bougé tout au long de l'histoire géologique, et le paléomagnétisme est utilisé comme outil de
base pour reconstituer la position des continents aux diverses époques géologiques (voir
section 4: Histoire de la Planète).

2 - Les Inversions du Magnétisme terrestre

En 1906, Brunhes découvre que non seulement les laves ont une mémoire magnétique, mais
aussi que certaines montrent des inversions du magnétisme; en d'autres termes, que le dipôle
Nord-Sud aurait été à certaines époques Sud-Nord. A la même époque, le japonais
Matuyama ajoute une notion temporelle à ces inversions. Il date diverses coulées de laves et
conclut à l'existence d'inversions multiples à travers les temps géologiques. Les conclusions
de Matuyama tombent dans l'indifférence et l'oubli pour une période de près de 50 ans,
jusqu'à ce que les américains qui prenaient beaucoup leurs distances par rapport à l'application
du paléomagnétisme aux dérives continentales se passionnent pour les inversions de polarité
magnétique.

Le physicien américain J. Graham (1950) a été en quelque sorte l'étincelle dans le renouveau
d'intérêt pour les inversions. Il avait émis l'idée que les inversions de polarité magnétique ne
sont pas dues à une inversion du champ magnétique terrestre comme l'avait proposé
Matuyama, mais à un phénomène bien connu en physique des solides, l'auto-inversion, qui
interviendrait lors de la cristallisation de certains minéraux. Bien que fausse, cette proposition
a eu le mérite d'avoir amorcé un débat qui remit à l'ordre du jour le paléomagnétisme.

En 1960, John Reynolds du département de physique de Berkeley (Californie) et John


Verhoogen du département de géologie de la même université unissent leurs efforts pour
étudier des basaltes: l'un met au point une méthode de datation isotopique permettant d'avoir
des âges précis, l'autre s'applique à obtenir des mesures fiables d'orientation du
paléomagnétisme sur les mêmes échantillons. Ils démontrent rapidement le bien-fondé des
conclusions de Matuyama. Walter Elsasser de l'Université Princeton et Ted Bullard de
Cambridge en Grande Bretagne développent l'idée d'une dynamo centrale située dans le noyau
terrestre. Pour expliquer les retournements épisodiques du champ magnétique, ils conçoivent
que cette dynamo pourrait présenter des comportements instables.

Finalement, la réalité des inversions du champ magnétique va être démontrée entre 1960 et
1966 par deux équipes issues de Berkeley: une équipe du USGS (United State Geological
Survey) en Californie composée d'Alan Cox, Richard Doell et Brant Dalrymple, et une
équipe de l'ANU (Australian National University) formée de Ian McDougall et François
Chamalun. A partir de laves relativement récentes, ils construisent ensemble une échelle des
inversions de la polarité magnétique pour les derniers 4 Ma, une échelle applicable aux
U.S.A., à l'Europe, au Pacifique et à l'Australie, et qui a valeur mondiale.

Les schémas qui suivent expliquent comment on a utilisé les inversions du champ magnétique
terrestre pour construire une échelle magnétostratigraphique.

La figure A montre comment on peut établir une échelle magnétostratigraphique locale à


partir d'un empilement de coulées de laves, chacune bien datée. Les laves enregistrent, au
moment de leur cristallisation, le champ magnétique terrestre telle qu'il est à ce moment. Par
exemple, supposons que la première coulée date de -4,1 Ma; elle a enregistré la polarité de
l'époque, soit une polarité normale. La seconde coulée, datant de -3,4 Ma, une polarité
inverse, et ainsi de suite. Avec le temps, il se construit un édifice stratifié, constitué de coulées
de polarité, ou normale, ou inverse, et de plus en plus jeunes vers le sommet de la pile.
Supposons que l'on fasse un forage carotté dans cet édifice; on datera une suite d'échantillons
prélevés sur la carotte et pour chacun, on mesurera la polarité du paléomagnétisme (figure B).
On reportera les données sur une échelle de temps géologique, en indiquant la polarité (figure
C). Ainsi, dans notre exemple, un échantillon ayant donné un âge de -4,1 Ma a indiqué une
polarité normale (point rouge); un échantillon d'âge -3,4 Ma, une polarité inverse (point bleu),
et ainsi de suite. Plus on aura de points, plus notre échelle sera précise en ce qui concerne les
âges géologiques où il y a eu inversion magnétique (par exemple ici, la précision est plus
grande entre -0,8 et -0,9 Ma qu'entre -3,2 et -4,1 Ma) et la répartition temporelle des périodes
normales par rapport aux périodes inverses. C'est en regroupant les données de plusieurs
successions au monde (plusieurs échelles locales, obtenant ainsi une multitude de points)
qu'on est parvenu à construire l'échelle des derniers 4 Ma (figure D).

Durant cette période de temps, il y a eu plusieurs inversions (indiquées par les changements
de couleurs), mais on fait des regroupements en époques et en événements. Il y a eu des
époques où c'est la polarité normale (en rouge) qui a dominé (Bruhnes, Gauss) et des époques
où c'est la polarité inverse (Matuyama, Gilbert). A noter que les époques ont été dédiées aux
grands pionniers de notre compréhension du magnétisme terrestre, alors que les événements
portent des noms de lieux.

3. Les Anomalies magnétiques des Planchers océaniques

Lors des premières phases de l'exploration des fonds océaniques, les relevés de l'intensité du
champ magnétique à l'aide d'un magnétomètre tiré par un bateau avaient montré l'existence,
sur ces fonds, d'une alternance de bandes parallèles de magnétisme faible et de magnétisme
élevé. On s'expliquait mal cette situation.

Au début des années 1960, Vine, Matthews et Morlay ont apporté l'explication voulue et
montré que l'existence de ces bandes d'anomalie magnétique venait supporter l'hypothèse de
l'étalement des fonds océaniques de Hesse. La formation de lithosphère océanique à la dorsale
enregistre la polarité du champ magnétique terrestre au moment où cristallise le basalte. Le
plancher océanique qui s'étale se comporte comme la bande magnétique d'un magnétophone
qui fixe le son (ici, la polarité du champ magnétique) au fur et à mesure de son déroulement.
Ce sont ces différences de polarité magnétique qui sont responsables des anomalies de
l'intensité du champ. La polarité actuelle étant normale, les bandes d'intensité élevée
correspondent aux bandes de polarité normale, résultant d'un effet d'addition, alors que les
bandes d'intensité faible correspondent aux bandes de polarité inverse, résultant d'un effet de
soustraction. Les quatre schémas qui suivent montrent comment se construit dans le temps un
plancher océanique constitué de bandes parallèles, de polarités magnétiques alternant entre
normales et inverses, et symétriques de part et d'autre d'une dorsale.

1.3.1 - Les séismes

Les séismes ou tremblements de terre constituent un phénomène géologique qui de tout temps
a terrorisé les populations qui vivent dans certaines zones du globe.

Origine des tremblements de terre?

Lorsqu'un matériau rigide est soumis à des contraintes de cisaillement, il va d'abord se


déformer de manière élastique, puis, lorsqu'il aura atteint sa limite d'élasticité, il va se rompre,
en dégageant de façon instantanée toute l'énergie qu'il a accumulée durant la déformation
élastique. C'est ce qui se passe lorsque la lithosphère est soumise à des contraintes. Sous
l'effet des contraintes causées le plus souvent par le mouvement des plaques tectoniques, la
lithosphère accumule l'énergie. Lorsqu'en certains endroits, la limite d'élasticité est atteinte, il
se produit une ou des ruptures qui se traduisent par des failles. L'énergie brusquement
dégagée le long de ces failles cause des séismes (tremblements de terre). Si les contraintes se
poursuivent dans cette même région, l'énergie va à nouveau s'accumuler et la rupture
conséquente se fera dans les plans de faille déjà existants. A cause des forces de friction entre
les deux parois d'une faille, les déplacements le long de cette faille ne se font pas de manière
continue et uniforme, mais par coups successifs, dégageant à chaque fois un séisme. Dans une
région donnée, des séismes se produiront à plusieurs reprises le long d'une même faille,
puisque cette dernière constitue un plan de faiblesse dans la lithosphère. A noter que les
séismes ne se produisent que dans du matériel rigide. Par conséquent, les séismes se
produiront toujours dans la lithosphère, jamais dans l'asthénosphère qui est plastique.

Lorsqu'un séisme est déclenché, un front d'ondes sismiques se propage dans la croûte terrestre. On
nomme foyer le lieu dans le plan de faille où se produit réellement le séisme, alors que l'épicentre
désigne le point à la surface terrestre à la verticale du foyer. On distingue deux grands types d'ondes
émises par un séisme: les ondes de fond, celles qui se propagent à l'intérieur de la terre et qui
comprennent les ondes S et les ondes P, et les ondes de surface, celles qui ne se propagent qu'en
surface et qui comprennent les ondes de Love et de Rayleigh.
Les ondes P sont des ondes de compression assimilables aux ondes sonores et qui se
propagent dans tous les états de la matière. Les particules se déplacent selon un mouvement
avant-arrière dans la direction de la propagation de l'onde. Les ondes S sont des ondes de
cisaillement qui ne se propagent que dans les solides. Les particules oscillent dans un plan
vertical, à angle droit par rapport à la direction de propagation de l'onde. Les ondes de Love
ou ondes L sont des ondes de cisaillement, comme les ondes S, mais qui oscillent dans un
plan horizontal. Elles impriment au sol un mouvement de vibration latéral. Les ondes de
Rayleigh sont assimilables à une vague; les particules du sol se déplacent selon une ellipse,
créant une véritable vague qui affecte le sol lors des grands tremblements de terre.

Mesure d'un tremblement de terre?

Nous disposons de deux échelles pour évaluer les tremblements de terre: l'échelle de Mercalli
et l'échelle de Richter. Aujourd'hui, nous n'utilisons que celle de Richter, mais les séismes du
passé ne peuvent être évalués que selon celle de Mercalli.

L'échelle de Mercalli a été développée en 1902 et modifiée en 1931. Elle indique l'intensité
d'un séisme sur une échelle de I à XII. Cette intensité est déterminée par deux choses:
l'ampleur des dégâts causés par un séisme et la perception qu'a eu la population du séisme. Il
s'agit d'une évaluation qui fait appel à une bonne dose de subjectivité. De plus, la perception
de la population et l'ampleur des dégâts vont varier en fonction de la distance à l'épicentre. On
a donc avec cette échelle, une échelle variable géographiquement. Mais, à l'époque, on ne
possédait pas les moyens d'établir une échelle objective.

L'échelle de Richter a été instaurée en 1935. Elle nous fournit ce qu'on appelle la magnitude
d'un séisme, calculée à partir de la quantité d'énergie dégagée au foyer. Elle se mesure sur une
échelle logarithmique ouverte; à ce jour, le plus fort séisme a atteint 9,5 sur l'échelle de
Richter (Chili). Cette fois, il s'agit d'une valeur qu'on peut qualifier d'objective: il n'y a qu'une
seule valeur pour un séisme donné. Aujourd'hui, on utilise un calcul modifié du calcul originel
de Richter, en faisant intervenir la dimension du segment de faille le long duquel s'est produit
le séisme.

Localisation d'un tremblement de terre à la surface de la planète?

En moins d'une heure après un tremblement de terre, on nous annonce son épicentre.
Comment arrive-t-on à localiser aussi rapidement et avec autant de précision un séisme?

Les ondes P se propagent plus rapidement que les ondes S; c'est cette propriété qui permet de
localiser un séisme. Les ondes sismiques sont enregistrées en plusieurs endroits du globe par
des appareils qu'on nomme sismographes. En gros, il s'agit d'un appareil capable de "sentir"
les vibrations du roc; ces vibrations sont transmises à une aiguille qui les inscrit sur un
cylindre qui tourne à une vitesse constante. On obtient un enregistrement du type de celui-ci.
En un lieu donné, comme les ondes P arrivent en premier, il y aura sur l'enregistrement
sismographique un décalage entre le début d'enregistrement des deux types d'ondes; ici par
exemple, il y a un retard de 6 minutes des ondes S par rapport aux ondes P.

Les vitesses de propagation des deux types d'ondes dans la croûte terrestre ont été établies et
on possède par conséquent des courbes étalonnées, comme celle-ci.

Ce graphique nous dit, par exemple, que pour franchir une distance de 2000 kilomètres, l'onde
P mettra 4,5 minutes, alors que l'onde S mettra 7,5 minutes pour parcourir la même distance;
il y a un décalage de 3 minutes. Pour un séisme donné, il s'agit de trouver à quelle distance sur
ce graphique correspond le décalage obtenu sur l'enregistrement sismographique; on obtient
alors la distance entre le séisme et le point d'enregistrement. Dans notre exemple, la distance
qui correspond à un décalage de 6 minutes est de 5000 km. Ceci ne nous donne cependant pas
le lieu du séisme à la surface du globe. Pour connaître ce point, il nous faut au moins trois
enregistrements.
Dans cet exemple, considérons les enregistrements d'un séisme en trois points: Halifax,
Vancouver et Miami. Les enregistrements indiquent que le séisme se situe dans un rayon de
560 km d'Halifax, un rayon de 3900 km de Vancouver et un rayon de 2500 km de Miami. On
situe donc le séisme au point d'intersection des trois cercles, soit à La Malbaie. En pratique,
on utilise évidemment plus que trois points.

Tsunami et raz de marée: catastrophe consécutive à un séisme.

Le tsunami (nom tiré du japonais) engendre un phénomène particulièrement destructeur


consécutif à un mouvement du fond sous-marin généré par un séisme, une éruption
volcanique ou un glissement de terrain. Il est en quelque sorte sournois parce qu'il peut
survenir plusieurs heures après l'événement. Le 26 décembre 2004, l'île de Sumatra
(Indonésie) a connu un des plus grands séismes jamais enregistrés (M = 9,0). Ce dernier a
engendré un puissant tsunami qui s'est propagé dans tout le golfe du Bengale et dans l'océan
indien, causant une destruction indescriptible.

Les tremblements de terre et la tectonique des plaques.

Les séisme n'ont pas une répartition aléatoire à la surface de la planète, mais sont répartis
selon un schéma bien défini. Cette répartition ordonnée vient appuyer la théorie de la
tectonique des plaques, particulièrement, en ce qui concerne l'existence de zones de
subduction. On retrouve les séismes surtout aux frontières des plaques lithosphériques. De
plus, on distingue trois classes de séismes, en fonction de la profondeur où ils se produisent:
les séismes superficiels qui se produisent en faible profondeur, soit dans les premières
dizaines de kilomètres, et qui se retrouvent autant aux frontières divergentes, c'est à dire le
long des dorsales médio-océaniques qu'aux frontières convergentes au voisinage des fosses
océaniques; les séismes intermédiaires qui se produisent entre quelques dizaines et quelques
centaines de kilomètres de profondeur et se concentrent uniquement au voisinage des limites
convergentes; les séismes profonds qui se produisent à des profondeurs pouvant atteindre les
700 km, soit en pratique la base de l'asthénosphère, et qui se trouvent exclusivement au
voisinage de limites convergentes.
A la convergence de plaques, les trois classes de séismes se distribuent selon un modèle
défini. Prenons comme exemple la zone de convergence Kouriles-Japon dans le nord-ouest du
Pacifique.

On y voit que les trois classes de séismes se répartissent selon des bandes parallèles aux
fosses océaniques: d'est en ouest, séismes superficiels, séismes intermédiaires et séismes
profonds. Pour comprendre cette répartition, faisons une coupe (A-B) à la hauteur des
Kouriles.
Cette coupe montre que la plaque du Pacifique, à droite, vient s'enfoncer sous la plaque
eurasienne, à gauche, provoquant le volcanisme qui forme l'arc insulaire des Kouriles. Là où
les deux plaques lithospériques rigides entrent en collision et se courbent, les fractures dans la
lithosphère produisent des séismes de faible profondeur. L'enfoncement d'une plaque rigide
dans l'asthénosphère plastique ne se fait pas sans ruptures et fractures dans cette plaque, ce qui
déclenche des séismes intermédiaires et des séismes profonds. Puisque les séismes ne peuvent
être initiés que dans du matériel rigide, cassant, on a ici une belle démonstration qu'il y a bel
et bien enfoncement de plaque lithosphérique rigide dans l'asthénosphère, sinon il n'y aurait
pas de séismes intermédiaires et profonds. C'est la raison pour laquelle les séismes
intermédiaires et profonds sont confinés aux frontières convergentes. La répartition des foyers
des trois classes de séismes dans cette plaque qui s'enfonce explique la répartition des épi

A la divergence de plaques, la lithosphère océanique dépasse rarement les 10-15 km, ce qui
fait qu'il ne peut y avoir que des séismes superficiels. Les mouvements qui se produisent sous
la lithosphère (convection) se font dans une asthénosphère plastique et par conséquent ne
peuvent engendrer de ruptures.

Même si la grande majorité des séismes se situe aux frontières de plaques, il n'en demeure pas
moins qu'on connaît de l'activité sismique intraplaque, c'est à dire à l'intérieur même des
plaques lithosphériques. Par exemple, les séismes associés aux volcans de points chauds sur
les plaques océaniques sont communs (voir au point 1.3.2). Il y a aussi des séismes
intraplaques continentales, plus difficile à expliquer. Un cas près de nous est la séismicité de
la région de Charlevoix, au Québec.

1.3.2 - Les volcans

Comme les séismes, les volcans ne se répartissent pas de façon aléatoire à la surface de la
planète. Plusieurs se situent aux frontières de plaques (volcanisme de dorsale et de zone de
subduction), mais aussi à l'intérieur des plaques (volcanisme intraplaque, comme par exemple
le volcanisme de point chaud).
Le volcanisme de dorsale. - Nous savons, pour l'avoir observé directement grâce à
l'exploration sous-marine par submersibles, qu'il y a des volcans sous-marins tout le long des
dorsales, particulièrement dans le rift central, là où il se forme de la nouvelle lithosphère
océanique. La composition de la lave de ces volcans indique qu'on est tout près de la zone où
se fait la fusion partielle du manteau (voir la section 2.2.2 au sujet de la composition des laves
et de la fusion partielle). S'il n'y avait pas de tensions dans cette zone de dorsale, il n'y aurait
pas de fractures qui permettent justement au magma produit par la fusion partielle de
s'insinuer dans la lithosphère et de former des volcans. Ce volcanisme nous est connu par
l'exploration des fonds océaniques, mais aussi par un cas particulier, celui de l'Islande,
carrément assise sur la dorsale de l'Atlantique-Nord et qui est formée uniquement de volcans.
Dans ce cas, le volcanisme de la dorsale a réussi à s'élever au-dessus du niveau marin pour
former une île volcanique qui constitue un laboratoire naturel pour l'étude du volcanisme de
frontières divergentes. Certaines hypothèses récentes proposent, qu'en plus, il y aurait un
point chaud sous l'Islande, donc aussi du volcanisme de point chaud (voir plus bas).

Le volcanisme de zone de subduction. - Le volcanisme relié à l'enfoncement d'une plaque


sous l'autre va former des chaînons de volcans. La fameuse Ceinture de feu autour du
Pacifique est l'expression de ce volcanisme de convergence, mais selon qu'il s'agisse d'une
collision entre deux portions de lithosphère océanique, ou entre une portion de lithosphère
océanique et une portion de lithosphère continentale, la nature du volcanisme diffère. Dans le
cas où il y a convergence entre deux portions de lithosphère océanique, il y aura formation
d'un chaînon de volcans qui s'élèvent au-dessus de la surface des océans pour constituer un
arc insulaire. Par exemple, toute la portion de la Ceinture de feu qui se situe dans le Pacifique-
Ouest et le Pacifique-Nord est associée à ce type de collision. Dans le cas de la convergence
entre une portion de lithosphère océanique et une portion de lithosphère continentale, les
volcans se trouvent sur la marge du continent et forment un arc continental. Un bon exemple
de cette dernière situation est la Chaîne des Cascades (Cascades Range), dans l'ouest du
continent nord américain.
Ce diagramme montre les relations entre les trois plaques lithosphériques du Pacifique, de
Juan de Fuca et Nord-américaine. Au niveau de la zone de subduction, la plaque de Juan de
Fuca plonge sous la plaque nord-américaine, donnant ainsi naissance aux volcans de la
Chaîne des Cascades. Cette chaîne volcanique fait partie de la partie orientale de la Ceinture
de feu du Pacifique. Elle s'étend du Mont Garibaldi au nord de Vancouver jusqu'à Lassen
Peak dans le nord de la Californie. C'est dans cette chaîne volcanique que se trouvent, entre
autre, le volcan actif du Mont St. Helens, le Mont Rainier qui forme le plus haut sommet de la
chaîne, ainsi que le magnifique Crater Lake, un lac qui occupe le cratère de l'ancien volcan
Mazama dont la chambre magmatique a été littéralement vidée lors d'une éruption
extraordinaire il y a seulement 7700 ans.

Il est à noter que la composition des laves des volcans des deux types de convergence est
caractéristique de chacun des environnements (voir section 2.2.2).

Le volcanisme de point chaud. - Le volcanisme de point chaud est un volcanisme


intraplaque, qu'on retrouve principalement, mais pas exclusivement, sur la lithosphère
océanique. Les chaînons volcaniques de points chauds viennent appuyer la théorie de
l'étalement des planchers océaniques. Pour des raisons que l'on comprend encore mal, il se
fait en certains points à la base du manteau supérieur, une concentration locale de chaleur qui
amène une fusion partielle du matériel. C'est ce qu'on appelle un point chaud.
Le matériel fondu au niveau du point chaud est moins dense que le matériel ambiant; de ce
fait il remonte vers la surface et vient percer la lithosphère pour former un volcan. Ces
volcans de point chaud sont très abondants à l'intérieur des plaques lithosphériques, surtout
sur les portions océaniques des plaques. Les fonds océaniques du Pacifique en constituent un
bon exemple où on a une multitude de ces volcans, dont la plupart sont sous-marins (guyots),
mais dont un bon nombre percent la surface des océans pour former des archipels comme les
Carolines, les Marshall ou les îles Hawaii. Les points chauds sont stationnaires et peuvent
fonctionner pendant plusieurs millions d'années, jusqu'à 100 Ma même.

Les deux schémas qui suivent illustrent la formation d'un chaînon de volcans de points chaud.

Si une plaque lithosphérique se déplace au-dessus d'un point chaud qui fonctionne
sporadiquement, il se construit un chaînon de volcans. Les volcans les plus vieux se situent à
l'extrémité du chaînon qui est la plus éloignée du point chaud, alors que les plus jeunes se
situent à proximité du point chaud. On retrouve plusieurs de ces chaînons de volcans de point
chaud sur les plaques océaniques, comme par exemple, le chaînon qui va des îles Hawaii
jusqu'aux fosses Aléoutiennes-Kouriles (Chaînon Hawaï-Empereur) dans le Pacifique-Nord.
1.3.3 - La déformation des roches

Lorsqu'elle est soumise à des contraintes, la croûte terrestre se déforme. On peut définir
simplement la contrainte comme étant une force appliquée à une certaine unité de volume.
Tout solide possède une force qui lui est propre pour résister à la contrainte. Lorsque la
contrainte dépasse la résistance du matériel, l'objet est déformé et il s'ensuit un changement
dans la forme et/ou le volume. Il existe des cas où la déformation n'est cependant pas
perceptible à l'oeil nu mais détectée seulement par des appareils sensibles, et c'est le cas de la
déformation du matériel solide lors d'un tremblement de terre avant qu'il y ait bris.

Les contraintes peuvent déformer tout aussi bien un volume de pâte à modeler que tout un
segment de la croûte terrestre. La déformation peut être permanente ou non. Le bris d'un vase
qu'on échappe par terre est permanent, alors que la déformation d'une balle de tennis due à
l'impact sur la raquette est éphémère. On reconnaît trois principaux types de déformations qui
affectent la croûte terrestre: élastique, plastique et cassante (un quatrième type n'est pas
discuté ici, la déformation visqueuse qui s'applique aux liquides). Le schéma qui suit montre
la relation générale entre contrainte et déformation.

La première réponse d'un matériau à la contrainte est la déformation élastique. Quand la


contrainte est relâchée, le matériau reprend sa forme et son volume initial, comme la bande
élastique que l'on étire ou la balle de tennis frappée par la raquette. L'énergie emmagasinée
par le matériau durant la déformation est dissipée lorsque la contrainte est relachée; cette
énergie est transformée, par exemple, en mouvement dans le cas de la balle de tennis. Sur le
schéma, la relation contrainte-déformation est linéaire dans le cas de la déformation élastique.
À un point donné durant la déformation élastique, la relation contrainte-déformation devient
non linéaire: le matériau a atteint sa limite d'élasticité. Si la contrainte dépasse cette limite, le
matériau est déformé de façon permanente; il en résulte une déformation plastique
(l'écrasement d'une balle de pâte à modeler par exemple) ou une déformation cassante (le
verre qui se brise). Dans le cas de la déformation plastique, toute l'énergie est utilisée pour
déformer le matériau. Avec une augmentation de la contrainte, le matériau atteint un second
seuil, son point de rupture, et il casse; c'est la déformation cassante. Lorsqu'un matériau est
soumis à des taux de contraintes très rapides, la déformation plastique est minime ou même
inexistante.
Trois paramètres importants doivent être considérés lorsqu'on applique les concepts de
contrainte-déformation aux matériaux de la croûte terrestre: la température, la pression et le
temps. Température et pression augmentent avec la profondeur dans la croûte terrestre et
modifient le comportement des matériaux. D'une manière très générale, on aura la relation
suivante:

La ligne rouge délimite deux champs: le champ de la déformation cassante (qu'on dit aussi
fragile) et celui de la déformation plastique (qu'on dit aussi ductile). La ligne fléchée bleue
symbolise une augmentation progressive des conditions de température et de pression à
mesure que l'on s'enfonce dans la croûte terrestre. Cette relation nous indique que, de manière
générale, les roches de surface seront déformées de façon cassante, alors que les roches en
profondeur le seront de façon plastique. C'est dire que pour un type de roche donné, celui-ci
peut se retrouver sous un état fragile ou ductile, selon la profondeur à laquelle il se trouve
dans la croûte terrestre.

Le temps est aussi un facteur très important lorsqu'on discute de déformation. Si on étire
brusquement (temps court) un cylindre de pâte à modeler, il casse; si on y va plutôt lentement
(temps long), il se déforme de façon plastique. En ce qui concerne la déformation des roches,
le facteur temps, qui se mesure ici en millions d'années, se doit d'être considéré. Il est difficile
d'imaginer qu'on puisse plier des couches de roches dures, ... à moins qu'on y mette le temps
géologique.

Un autre paramètre à ne pas négliger est la composition de la roche. Certaines roches sont
cassantes de nature (comme les calcaires, les grès, les granites), d'autres plutôt plastiques
(comme les roches argileuses).

Les roches sédimentaires sont à l'origine disposées en couches à peu près horizontales
puisqu'elles proviennent de la transformation de sédiments qui se sont déposés à l'horizontale.
Mais on les retrouve souvent inclinées, déformées, affectées par des plis et des failles,
particulièrement dans les chaînes de montagnes. Les contraintes responsables de la
déformation des roches de la croûte terrestre ont des sources multiples. Les déformations
résultent le plus souvent des mouvements des plaques lithosphériques qui se traduisent par
des contraintes qui modifient la forme des roches, leur volume et, dans certains cas, leur
composition chimique et minéralogique.
Il y a fondamentalement deux types de contraintes qui déforment les roches: les contraintes de
compression et celles de tension. Dans la compression, les forces convergent; elles peuvent
être coaxiales ou non. La déformation d'un jeu de carte sous contraintes de compression
illustre la différence. Dans le cas d'une contrainte de compression coaxiale, les cartes vont
s'arquer, comme illustré ici:

Si les contraintes ne sont pas coaxiales, il va se développer du cisaillement; le jeu de carte se


déforme par le glissement des cartes les unes sur les autres:

Dans la tension, les contraintes divergent et ont pour effet d'étirer le matériel.

Les schémas qui suivent illustrent la déformation des couches de roches sous des régimes de
contraintes en compression et en tension. Prenons comme volume de départ, un empilement
de couches de roches non déformées à l'horizontal.

Les plis constituent la manifestation d'un comportement plastique (ductile) des roches sous
l'effet de contraintes de compression.
Pour décrire les plis, on utilise les termes d'anticlinal quand le pli se ferme vers le haut et de
synclinal lorsqu'il se ferme vers le bas. Les plis sont dits droits lorsque le plan axial est
vertical. A l'autre extrême (non illustré ici), il y a les plis couchés, lorsque le plan axial est
horizontal. Entre les deux, il y a les plis déjetés et les plis déversés. Les plis droits résultent de
contraintes de compression coaxiales, les plis déjetés et déversés de contraintes qui ne sont
pas coaxiales.

La déformation cassante se traduit par des plans de cassures, les failles.


Par convention, on nomme toit le compartiment qui se situe au-dessus du plan de faille, et
mur celui qui est au-dessous. Le rejet est le déplacement net des deux compartiments. Les
contraintes de compression produisent des failles inverses (plan de faille abrupte) ou de
chevauchement (plan de faille près de l'horizontale). Dans ces deux cas, le toit monte par
rapport au mur. Les contraintes de tension produisent des failles normales et listriques; le toit
descend par rapport au mur. Les failles de décrochement (ou de coulissage) constituent un cas
particulier; elles se produisent par le déplacement de deux compartiments l'un par rapport à
l'autre dans un plan horizontal. On les retrouve en régimes compressifs ou extensifs.

Une application très importante de tout cela, c'est qu'en étudiant la géométrie des terrains
déformés, le géologue est en mesure de définir la nature des contraintes qui ont produit une
géométrie donnée et d'en déduire l'histoire de la dynamique d'une région.

Ce chapelet de volcans est un bon exemple de la marque laissée sur le plancher océanique par
le déplacement d'une plaque au-dessus d'un point chaud. Il a été établi que les volcans
d'Hawaii, à l'extrémité sud du chaînon, sont tout à fait récents; ils sont plus jeunes que 1 Ma.
L'âge des volcans le long du chaînon est de plus en plus vieux à mesure qu'on s'éloigne
d'Hawaii. Le plancher océanique au niveau de la fosse de subduction des Aléoutiennes date de
80 Ma. C'est dire qu'il a fallu 80 Ma pour former le chaînon en entier. Ce dernier s'est formé
par le déplacement de la plaque du Pacifique au-dessus d'un point chaud situé sous les îles
Hawaii.

Le tracé et les âges du chaînon Hawaii-Empereur nous renseignent sur deux choses: 1) la
direction du déplacement s'est brusquement modifiée durant le déplacement de la plaque, il y
a 40 Ma; durant la période entre -80 et -40 Ma, la plaque s'est déplacée selon le sens et la
direction de la flèche rouge, donnant naissance au chaînon Empereur, alors que depuis 40 Ma,
le déplacement se fait selon le sens et la direction de la flèche bleue, avec comme résultat le
chaînon d'Hawaii; 2) connaissant la distance du déplacement entre deux volcans d'âge connu,
on peut calculer la vitesse moyenne du déplacement de la plaque entre ces deux points, ici par
exemple, une vitesse moyenne de 6,7 cm/année entre Hawaii et le point de changement de
direction du déplacement de la plaque (soit à Kimmei, une distance de 2700 km entre les deux
points). On ne sait pas vraiment depuis combien de temps fonctionne ce point chaud puisque,
si des volcans ont été formés il y a plus de 80 Ma, ils ont été engloutis en même temps que la
plaque du Pacifique dans la zone de subduction des Aléoutiennes-Kouriles et digérés avec elle
dans l'asthénosphère.

1.3.4 - La formation des chaînes de montagnes

S'il est une question qui a longtemps embarrassé les géologues, c'est bien la formation des
grandes chaînes de montagnes, comme les Rocheuses, les Alpes, les Himalayas ou les
Appalaches. Tout modèle explicatif de la formation d'une chaîne de montagnes se doit
d'expliquer, puis d'intégrer, chacun des principaux attributs qui caractérisent toutes les
grandes chaînes.

1) Les roches sédimentaires, c'est-à-dire ces roches qui proviennent de la transformation de


sédiments comme les sables et les boues, sont très abondantes dans les chaînes de montagnes
et contiennent des fossiles d'organismes marins, ce qui implique que les sédiments dont elles
sont dérivées se sont déposés dans un milieu marin; de plus, leur composition montre qu'une
grande partie de ces sédiments se sont déposés dans un bassin océanique. Première
conclusion: avant de se retrouver dans une chaîne de montagnes, tout le matériel sédimentaire
se trouvait dans un océan.

2) Il y a aussi des roches métamorphiques dans les chaînes de montagnes, ces roches qui sont
d'anciennes roches sédimentaires ou ignées transformées sous l'effet de températures et de
pressions très élevées. Ces roches métamorphiques occupent une portion bien définie de la
chaîne de montagnes. Il faut savoir que le lieu dans la croûte terrestre où il existe à la fois des
températures et des pressions très élevées, c'est en profondeur, à au moins quelques
kilomètres sous la surface. Seconde conclusion: les roches métamorphiques résultent de la
transformation des roches sédimentaires et ignées de la chaîne de montagnes, en profondeur,
dans la croûte terrestre.

3) Un autre attribut important des chaînes de montagnes, c'est qu'elles contiennent souvent
des lambeaux de croûte océanique (basaltes) coincés dans des failles. Troisième conclusion:
non seulement, les sédiments qui forment la chaîne de montagnes se sont-ils déposés dans un
bassin marin, mais aussi, sur de la croûte océanique basaltique.

4) S'il est une caractéristique commune à toutes les grandes chaînes de montagnes, c'est bien
le fait que les roches y sont déformées à des degrés divers. Depuis longtemps, les géologues
qui étudiaient la géométrie de la déformation dans les chaînes de montagnes savaient bien
qu'il fallait des forces de compression latérales pour produire une telle géométrie. Il leur
fallait donc trouver un mécanisme responsable de ces compressions. Il leur fallait aussi
trouver un mécanisme responsable du soulèvement de tout ce matériel déposé dans un bassin
océanique qui compose la chaîne.
5) Le plus souvent, il y a une zone de roches sédimentaires non déformées qui jouxte la
chaîne déformée proprement dite. Ces roches sédimentaires sont de même âge que celles de la
chaîne et représentent habituellement d'anciens sédiments déposés sur les plateaux
continentaux.

Avant la théorie de la tectonique des plaques, il y avait un superbe débat entre les
"horizontalistes" pour qui la formation d'une chaîne de montagnes se faisait sous l'action de
forces de compression latérales, et les "verticalistes" qui eux évidemment invoquaient de
grandes forces verticales. A cette époque le mouvement des plaques était inconnu, ce qui
laissait passablement de place à l'imagination!

La théorie de la tectonique des plaques vient réconcilier horizontalistes et verticalistes en


proposant un modèle qui tient compte des compressions latérales et du soulèvement d'une
énorme masse de matériel et en identifiant le moteur responsable des forces nécessaires à la
formation d'une chaîne de montagnes déformée.

Les schémas qui suivent illustrent les grandes étapes de la formation d'une chaîne de
montagnes. Partons de ce qu'on appelle une marge continentale passive (c'est-à-dire une
marge où il n'y a pas de mouvements tectoniques significatifs, où il y a absence d'une zone de
subduction), comme par exemple celle de l'Atlantique actuelle, où s'accumule sur le plateau
continental et à la marge du continent un prisme de sédiments provenant de l'érosion du
continent.

En s'éloignant de plus en plus de la zone de divergence (non illustrée sur ce schéma), la


lithosphère devient de plus en plus dense, simplement parce qu'elle refroidit de plus en plus.
Vient un moment où sous la poussée du tapis roulant et l'augmentation de densité, cette
lithosphère se fracture et l'une des lèvres s'enfonce sous l'autre, créant une zone de
subduction. Le mouvement de translation latérale d'une seule plaque (schéma ci-dessus) se
transforme alors en un système de collision entre deux plaques (schéma ci-dessous), une
plaque continentale et une plaque océanique. On est passé d'une situation de marge passive à
une situation de marge continentale active. Au large du continent, il se forme un arc
volcanique insulaire.
Le chevauchement progressif de la plaque océanique sur ce qui reste de plaque océanique du
côté continental concentre le matériel qui se trouve sur les fonds océaniques pour former un
prisme d'accrétion qui croît à mesure de la fermeture entre l'arc volcanique et le continent. La
zone de subduction se transforme en zone d'obduction: la collision entre l'arc volcanique et le
continent crée un chevauchement important de tout le matériel du prisme d'accrétion sur la
marge continentale. L'activité ignée cesse et de grandes masses de roches ignées (en rouge)
peuvent rester coincées dans la lithosphère.

Finalement, la poursuite du mouvement concentre encore plus de matériel et forme une chaîne
déformée que l'on qualifie de chaîne de montagnes immature, en ce sens que la dynamique
n'est pas terminée. La marge de cette chaîne immature peut se transformer en une nouvelle
zone active (subduction), ce qui permet à la collision de se poursuivre et instaure du
volcanisme d'arc continental sur la nouvelle chaîne.
Un bel exemple de cette dernière situation est la Cordillère des Andes, reliée à la collision de
la plaque océanique de Nazca et la partie continentale de la plaque de l'Amérique du Sud.

Mais la véritable chaîne de montagnes mature est celle qui sera formée par la collision entre
deux plaques continentales. Dans cette situation, à mesure que se referme l'étau constitué par
le rapprochement des deux plaques, il se construit, comme dans le cas précédent, un prisme
d'accrétion qui croît progressivement par la concentration du matériel dans un espace de plus
en plus restreint, et la chaîne de montagnes s'érige peu à peu.

Avec la collision des deux plaques et la cessation du mouvement, la chaîne a atteint sa


hauteur maximum et acquis ses caractéristiques.
Il y aura une zone de roches non déformées jouxtant les roches déformées de la chaîne,
parfois de façon symétrique de part et d'autre de la chaîne. Il y aura aussi des roches
métamorphiques très déformées aux racines de la chaîne, car ces dernières se forment sous
des températures et des pressions très élevées. On trouvera aussi des lambeaux de croûte
océanique basaltique coïncés dans des failles. Dans les Appalaches du Québec par exemple,
on a de ces vestiges de croûte océanique dans la région de Thetford Mines. De grandes
masses de roches ignées (batholithes et plutons) resteront coincées dans la lithosphère
continentale. Un des beaux exemples de chaîne de montagnes formée par la collision entre
deux plaques continentales, c'est l'Himalaya qui a été formé par la collision récente, il y a à
peine 10 Ma, d'une plaque dont la portion continentale constitue aujourd'hui l'Inde et une
grande masse continentale, l'Asie. La chaîne n'est d'ailleurs pas encore réellement stabilisée
puisqu'elle se soulève encore.

Ces dernières années, on s'est rendu compte que dans plusieurs chaînes de montagnes, la
situation n'est pas aussi simple. Ces chaînes sont souvent composites, c'est à dire qu'elles sont
formées d'un collage de plusieurs morceaux qui possèdent chacun leurs caractéristiques
propres. Ces morceaux correspondent à des petites masses continentales, des microcontinents,
qu'on appelle d'un affreux terme, les terranes, une transposition du terme anglais "terranes".

Prenons comme exemple le cas de la Cordillère de l'Ouest nord-américain qui est formée de
plusieurs éléments accolés les uns aux autres. On a nommé ce mécanisme de construction
d'une chaîne de montagnes par collages successifs, l'accrétion des terranes. Des
microcontinents (terranes) d'origines variées (agglomérats d'îles volcaniques, fragments de
plaques continentales) sont transportés par le tapis roulant des fonds océaniques.
Lorsqu'ils arrivent en collision avec une grande plaque continentale, ces terranes sont arrachés
à la plaque qui les transporte et collés à la marge de la grande plaque continentale, car leur
densité est trop faible pour qu'ils puissent être enfoncés dans l'asthénosphère. Il peut
s'accumuler ainsi plusieurs de ces morceaux "exotiques".

On a souvent tendance à considérer que les reliefs de l'Ouest de l'Amérique du Nord


correspondent aux Rocheuses. En fait, les Rocheuses ne constituent qu'une chaîne linéaire
immature; sa limite géologique orientale est soulignée par la ligne barbelée rouge sur cette
carte.
A l'ouest de la chaîne, on retrouve plusieurs entités physiographiques, dont la Sierra Nevada,
la Sierra Madre, la chaîne des Cascades, la chaîne côtière, le Grand Bassin, le plateau de
Colombia, etc. Sur une carte géologique, on découvre qu'en fait toute cette portion occidentale
de la plaque continentale nord-américaine est formée d'un collage de terranes, chacun
représenté ici par des couleurs différentes, et qui se sont additionnés depuis 200 Ma (consulter
un atlas géographique pour faire la correspondance entre les entités physiographiques
énumérées et les terranes de cette carte).

Les grandes chaînes de montagnes se forment donc par convergence de plaques


lithosphériques. On retrouve aujourd'hui des chaînes matures à l'intérieur de plaques
lithosphériques continentales (exemples: l'Himalaya, les Ourals, les Pyrénées, etc.), et c'est
tout à fait normal puisqu'elles sont issues de la soudure de deux plaques continentales. Seul le
cadre de la tectonique des plaques peut expliquer cette situation. Ainsi, la théorie de
l'expansion de la terre (Carey, 1953) ne peut rendre compte de cette présence intraplaque de
chaînes plissées contenant des lambeaux de croûte océanique.

En conclusion ...

Tout ce qui précède tend à démontrer que la théorie de la tectonique des plaques est
unificatrice et qu'elle rend compte des grands phénomènes géologiques de la planète. Est-ce à
dire que nous avons tout compris? Certainement pas. Nous avons compris le cadre général
unificateur, mais il reste encore des inconnues, la principale étant les processus du manteau
reliés particulièrement aux cellules de convection qu'on tient pour le moteur de la tectonique
des plaques.
2.1.1 - La structure de la matière

Nous savons tous que les matériaux de notre planète sont constitués d'éléments chimiques,
comme l'hydrogène, l'oxygène, le fer, le nickel, etc.... Il y en a 106 dans le tableau périodique
des éléments de Mendeleef.

Ces éléments sont formés par des atomes, l'unité de base de la matière. Voici un modèle
simplifié de l'atome:

L'atome consiste en un noyau central composé de protons (charges positives) et de neutrons


(aucune charge), entouré d'électrons (charge négative) qui gravitent autour du noyau. Toute la
masse est concentrée dans le noyau, les électrons ayant une masse négligeable. La masse
atomique d'un atome est donc donnée par la masse du noyau, soit le nombre de protons + le
nombre de neutrons. Chaque atome possède un numéro atomique qui est donné par le
nombre de protons.

Si on monte d'un cran dans l'organisation de la matière, il y a les molécules qui sont formées
d'un assemblage d'atomes qui sont liés entre eux par deux principaux types de liens: les liens
ioniques et les liens covalents.

Le lien ionique est assuré par un transfert d'électron(s) d'un atome à l'autre. On présente ici
l'exemple du NaCl (sel): le transfert d'un électron du sodium (Na) au chlore (Cl) produit une
molécule stable, le chlorure de sodium (NaCl), dans lequel les atomes sont sous leur forme
ionique (les ions Na+ et Cl-).
Dans le lien covalent, les atomes s'unissent par partage d'électrons. C'est le cas, par exemple,
des gaz hydrogène (H2), Oxygène (O2) et chlore (Cl2).

2.1.2 - L'espèce minérale

Encore un cran au-dessus des molécules, on a les minéraux. Ceux-ci sont constitués d'atomes
et de molécules, et se définissent sur deux critères indissociables: la composition chimique et
la structure atomique. En simplifiant, on peut dire que le minéral, c'est la matière ordonnée.
Le minéral halite est un exemple simple qui illustre bien la dualité de la définition de l'espèce
minérale. Sa composition chimique est NaCl, le chlorure de sodium (le sel de table!). Le
minéral halite possède une structure atomique déterminée qu'on dit cubique. On l'appelle
cubique parce que l'arrangement des atomes, en alternance régulière entre les Cl et les Na,
forme une trame cubique comme le montre ce modèle (schéma de gauche).
En réalité, les ions sont tassés les uns sur les autres, mais conservent toujours la même
structure (schéma de droite).

Même si chaque minéral possède une composition chimique définie, on admet certaines
variations. Ainsi, il peut y avoir substitution de certains ions pour d'autres. Par exemple, le
minéral olivine a la composition (Fe,Mg)2 SiO2, ce qui signifie que la proportion entre le fer
et le magnésium peut varier. Les substitutions d'ions dans les minéraux sont en grande partie
contrôlées par la taille et la charge des ions, ce qu'illustre le schéma qui suit.

Ainsi, il sera facile de faire des substitutions d'ions de taille et de charge semblables, comme
de substituer le fer (Fe) au magnésium (Mg), ou le sodium (Na) au calcium (Ca), mais il sera
plus difficile de substituer du potassium (K) ou de l'oxygène (O) à l'aluminium (Al).
2.1.3 - L'identification des minéraux?

Les minéraux possèdent des propriétés physiques qui permettent de les distinguer entre eux et
qui deviennent des critères d'identification. Ces critères sont précieux, tant pour le spécialiste,
que pour le collectionneur amateur. Ce qui attire d'abord l'oeil, c'est bien sûr la couleur et la
forme cristalline des minéraux, mais il y a bien d'autres propriétés. Plusieurs de ces propriétés
peuvent être observées sans l'aide d'instruments et sont d'une grande utilité pratique.

Couleur

Il y a une grande variété de couleurs chez les minéraux, mais c'est là un critère qui est loin
d'être absolu. Des spécimens de couleurs différentes peuvent représenter le même minéral,
comme le quartz qui présente plusieurs variétés selon la couleur qui va de l'incolore limpide
(cristal de roche), au blanc laiteux, au violet (améthyste), au rouge (jaspe), au noir enfumé, au
bleu, etc., alors que des spécimens qui ont tous la même couleur peuvent représenter des
minéraux tout à fait différents, comme ces minéraux à l'éclat métallique qui ont tous la
couleur de l'or: la pyrite qu'on appelle l'or des fous, la chalcopyrite qui est un minerais duquel
on extrait le cuivre, ... et l'or. Il faut noter que la couleur doit être observée sur une cassure
fraîche, car l'altération superficielle peut modifier la couleur, particulièrement chez les
minéraux à éclat métallique.

Éclat

L'éclat des minéraux, c'est l'aspect qu'offre leur surface lorsqu'elle réfléchit la lumière. On
distingue deux grandes catégories: l'éclat métallique, brillant comme celui des métaux, et
l'éclat non métallique que l'on décrit par des termes comme vitreux (comme le verre), gras
(comme si la surface était enduite d'huile ou de graisse), adamantin (qui réfléchit la lumière
comme le diamant), résineux (comme la résine), soyeux (comme la soie), etc.

Trait

Une propriété qui a trait à la couleur, mais qui est un peu plus fiable et dont le test est facile à
réaliser, c'est le trait. Il s'agit en fait de la couleur de la poudre des minéraux. Cette propriété
se détermine sur la trace laissée par le minéral lorsqu'on frotte ce dernier sur une plaque de
porcelaine non émaillée (en autant que la dureté de la plaque est supérieure à celle du minéral
- voir dureté). Par exemple, l'hématite, un minéral dont on extrait le fer, possède une couleur
noire en cassure fraîche mais un trait brun rougeâtre sur la plaque de porcelaine. La pyrite, de
couleur jaune or, laisse un trait noir.

Dureté

La dureté d'un minéral correspond à sa résistance à se laisser rayer. Elle est variable d'un
minéral à l'autre. Certains minéraux sont très durs, comme le diamant, d'autre plutôt tendres,
comme le talc, un des principaux constituants de la fameuse "pierre de savon". Les
minéralogistes ont une échelle relative de dureté qui utilise dix minéraux communs, classés du
plus tendre au plus dur, de 1 à 10. Cette échelle a été construite par le minéralogiste autrichien
Friedrich Mohs et se nomme par conséquent l'échelle de Mohs.
Sur cette échelle, on a quelques points de repères. Des minéraux comme le talc et le gypse
sont si tendres qu'ils sont rayés par l'ongle. Pas étonnant qu'on utilise le talc dans les poudres
pour la peau. La calcite est rayée par une pièce de cuivre de un cent, alors qu'une lame de
canif, en acier, saura rayer tous les minéraux de dureté inférieure à 5, mais ne pourra rayer les
feldspath et le quartz. Un morceau de corindon, très dur, un minéral qu'on utilise dans les
abrasifs, pourra rayer le quartz, mais sera rayé par un diamant.

Densité

La densité des minéraux est une propriété mesurable; elle est une constante physique qui
caractérise un minéral donné. Beaucoup de minéraux ont une densité qui se situe autour de
2,7 gr/cm3, soit 2,7 fois plus lourd qu'un volume égal d'eau. Mais certains ont une densité
relativement faible, comme le sel qui a une densité de 2,1; d'autres se situent à l'autre extrême,
comme la galène (sulfure de plomb) avec une densité de 7,5 et l'or dont la densité est de 19,3.

Forme cristalline

La forme cristalline est souvent ce qui donne la valeur esthétique d'un minéral. Chaque
minéral cristallise dans un système donné, ce qu'on appelle un système cristallin. Un minéral
donné reproduira toujours les mêmes formes régies par ce système. Par exemple, la halite
cristallise dans le système cubique. La calcite cristallise dans le système rhomboédrique, un
système où les trois axes sont de longueur égale et où les angles entre les axes sont identiques,
mais différents de 90°. Le quartz commun cristallise dans le système hexagonal; on aura des
cristaux à six côtés, et, dans les formes pyramidales, on aura une pyramide à six faces à
chaque extrémité.

Clivage

Le clivage est une propriété très importante des minéraux. Il correspond à des plans de
faiblesse dans la structure cristalline. Puisqu'il s'agit de plans de faiblesse, un minéral va donc
se briser facilement le long des plans de clivage, alors qu'il ne se brisera jamais selon ses faces
cristallines. Ainsi, si on frappe (un bon coup de marteau!) un cristal de pyroxène ou
d'amphibole (voir les silicates au point 2.1.4), on obtiendra toujours les mêmes angles entre
les faces des morceaux, quelle que soit la dimension de ces derniers. Par exemple, la calcite
possède un clivage rhomboédrique, avec des plans à 75° et 105°. Par contre, si on brise un
cristal de quartz qui est un minéral sans clivage, on obtient des fragments avec des cassures
très irrégulières (comme si on brisait un tesson de bouteille). Les micas se débitent en feuilles
grâce à leur clivage selon un plan unique.

Effervescence

Les minéraux de la classe des carbonates sont décomposés chimiquement par les acides
(acides chlorhydrique, muriatique, acétique); cette réaction chimique dégage des bulles de gaz
carbonique, un phénomène qu'on qualifie d'effervescence (un bouillonnement). Selon les
minéraux carbonatés, cette effervescence se produit, sur la masse minérale même ou sur la
poussière, à froid ou à chaud. Un excellent moyen de vérifier l'authenticité des bijoux de
rhodochrosite ou de malachite!

Propriétés optiques

Les propriétés optiques constituent un élément diagnostique fondamental dans l'identification


d'un minéral. Mais la détermination de ces propriétés relève plutôt du spécialiste. En géologie,
les moyens techniques permettent d'amincir des tranches de minéraux collées sur des lamelles
de verre si minces (30 micromètres) qu'elles deviennent tout à fait transparentes. On peut
alors étudier ces minéraux au microscope, comme font les biologistes avec des tissus ou des
microorganismes. Chaque groupe de minéraux possède ses propriétés optiques, c'est à dire
qu'ils transmettent différemment la lumière et qu'ils produisent des couleurs caractéristiques
lorsqu'ils sont observés en lumière polarisée, ce qui, en bout de ligne, permet de les identifier.

2.1.4 - Les principaux minéraux constitutifs de l'écorce terrestre

Le tableau qui suit présente la proportion des éléments chimiques les plus abondants dans la
croûte terrestre.

On y voit que deux éléments seulement, Si et O, comptent pour près des trois quarts (74,3%)
de l'ensemble des matériaux. Il n'est donc pas surprenant qu'un groupe de minéraux composés
fondamentalement de Si et O avec un certain nombre d'autres ions et nommés silicates,
compose à lui seul 95% du volume de la croûte terrestre. A noter que cette répartition n'est
applicable qu'à la croûte terrestre. On considère que le noyau est composé presqu'uniquement
de fer et de nickel, ce qui est bien différent de ce qu'on présente ici. Lors de la formation de la
terre, les éléments légers, comme l'oxygène et le silicium ont migré vers l'extérieur, alors que
les éléments plus lourds, comme le fer, se sont concentrés au centre.
Tous les silicates possèdent une structure de base composée des ions Si4+ et O2- (schéma de
gauche).

Si on relie les centres des oxygènes, on obtient un volume qui forme un tétraèdre, le tétraèdre
de base (schéma de droite). Le silicium occupe le centre du tétraèdre. Le calcul des charges
électriques montre qu'un tétraèdre est chargé négativement.

A des fins de simplification dans la construction de modèles, on représente ainsi le tétraèdre


de base.

Le tableau qui suit présente les principales caractéristiques des silicates.


Dans les minéraux, les charges doivent être neutres. Il y a deux façons de neutraliser les
charges: lier ensemble les tétraèdres par leurs oxygènes (liens tétraèdre à tétraèdre), ou ajouter
des ions positifs, comme des fer, des magnésium, ou des potassium (liens métalliques).

Dans le cas de tétraèdres isolés, la structure est chargée à -4, comme on l'a vu plus haut dans
le calcul des charges; les traits rouges illustrent ici les pôles négatifs correspondant aux 4
oxygènes.

Lorsque chaque tétraèdre partage un oxygène (en bleu sur le schéma qui suit), on obtient une
chaîne simple de tétraèdres. Il en résulte que pour chaque tétraèdre deux charges négatives ont
été neutralisées et qu'il en reste deux autres à neutraliser (les traits rouges); la structure est
chargée à -2.

Lorsque deux chaînes simples s'unissent par leurs oxygènes (en bleu sur le schéma qui suit)
pour former des chaînes doubles, on obtient une structure de formule générale Si4O11, chargée
à -6.
Lorsque des chaînes doubles s'unissent, chaque tétraèdre partage trois oxygènes (en bleu sur
le schéma qui suit); la formule générale est Si4O10 avec une charge de -4. On aura une
structure en couche.

C'est à partir de ces quatre structures de base, tétraèdre isolé, chaîne simple, chaîne double et
couche, que seront formés les silicates. Les groupes des olivines, pyroxènes, amphiboles et
micas seront formés par l'addition d'ions métalliques positifs comme le fer, le magnésium, le
calcium, le potassium, etc., qui viendront neutraliser la structure (lien métallique).

Cas 1 : Liaisons de tétraèdres isolés par des ions métalliques : l'olivine. Plusieurs tétraèdres
isolés sont unis par leurs quatre pôles négatifs grâce à des ions positifs Fe ou Mg; c'est le
minéral olivine. La proportion de fer et de magnésium peut varier.

Cas 2 : Liaison de chaînes simples par des ions métalliques: les pyroxènes. Autour d'une
chaîne simple, les positions disponibles pour les ions fer et magnésium se trouvent en
périphérie et au sommet de la chaîne (voir plus haut). Ici encore, la proportion de fer et de
magnésium est variable. La vue en bout d'une chaîne simple montre la position qu'occupent
les ions fer et/ou magnésium, au sommet et en périphérie. Ces ions unissent ensemble
plusieurs chaînes, montrées ici encore en bout, pour former les pyroxènes.

Les liens assurés par les ions métalliques, fer ou magnésium, sont plus faibles que les liens
assurés par le partage d'oxygène entre les pôles de tétraèdres. C'est ce qui est responsable de
l'existence de deux plans de faiblesses (lignes rouges) à angle droit. Ces plans de faiblesses
correspondent au clivage. Les pyroxènes se caractérisent donc par deux plans de clivage, à
90° l'un de l'autre.

Cas 3 : Liaison de chaînes doubles par des ions métalliques: les amphiboles. Dans le cas des
amphiboles, on a toujours l'unité de base silicium-oxygène, mais ici une certaine quantité
d'atomes d'oxygène est remplacée par des radicaux hydroxyles (non illustrés sur le modèle). A
la différence des pyroxènes, on a ici des chaînes doubles. Les positions disponibles pour les
ions fer et magnésium se trouvent en périphérie et au sommet de la double chaîne (voir plus
haut). La vue en bout d'une chaîne double montre la position qu'occupent les ions fer et/ou
magnésium au sommet et en périphérie. Ces ions unissent plusieurs chaînes pour former les
amphiboles.
Comme dans le cas des pyroxènes, il y a des plans de faiblesses qui passent par les liens les
plus faibles (lignes rouges) et qui définissent les clivages. Dans ce cas, les plans sont à 120° et
le complément 60°. Les amphiboles possèdent donc deux plans de clivage, l'un à 120° et
l'autre à 60°.

Cas 4 : Liaison de couches de tétraèdres par des ions métalliques: les micas. Dans le cas des
micas, dont la structure de base est formée de couches planaires de tétraèdres, les positions
disponibles pour les ions fer et magnésium se trouvent au sommet de la couche (voir plus
haut), comme le montre la vue en bout d'une couche. Chez les micas il y a deux types de
couches planaires: la couche tétraédrique, notée T et formée des tétraèdres silicium-oxygène
(une certaine quantité d'aluminium peut se substituer au silicium), et la couche octaédrique,
notée O et formée des ions Fe-Mg et des oxygènes. Ces deux types de couches forment des
feuillets, lesquels sont unis par de gros ions, comme le potassium dans le cas de la muscovite,
un micas commun. Les micas possèdent un plan de clivage, parallèle aux couches.
Dans le cas du quartz, il n'y a pas d'ions métalliques puisque tous les coins des tétraèdres sont
liés entre eux par leurs oxygènes pour former un réseau tridimensionnel. Il n'y a pas de plans
de faiblesse, donc pas de clivage.
Chez les feldspaths, la structure est plus complexe. Les tétraèdres sont de deux sortes : des
tétraèdres SiO4 et des tétraèdres AlO4. Ceux-ci forment un réseau tridimensionnel où les coins
des tétraèdres sont liés par les oxygènes, avec des ions positifs Na, K, Ca se situant dans les
interstices du réseau chargé négativement.

Il y a un autre groupe de minéraux qu'on retrouve fréquemment à la surface du globe, les


carbonates. Ils sont un des principaux constituants des roches sédimentaires (exemple : les
calcaires, ce qu'on appelle communément la pierre à chaux). Leur structure est relativement
simple comparée à celle des silicates: des complexes négatifs (CO3)2-, liés par des ions
positifs tels Ca, Mg, Fe. Chez la calcite, CaCO3, les (CO3)2- sont liés par des Ca2+ pour former
une structure rhomboédrique typique de ce minéral.

Le tableau qui suit présente les minéraux les plus communs dans les principaux groupes et
leurs usages.
2.1.5 - L'origine des minéraux

Les principaux processus qui conduisent à la formation de minéraux sont les suivants.

• Cristallisation d'un liquide qui, par refroidissement, passe de l'état liquide à solide.

Exemples : passage de l'eau à la glace; cristallisation par refroidissement d'un


magma*.

• Précipitation chimique à partir d'une solution sursaturée par rapport à un minéral.


Exemples : la formation des agates*; la formation des dépôts de cavernes
(spéléothèmes)*; les minéraux de la séquence évaporitique*.

• Cristallisation de vapeurs.

Exemple : la cristallisation du soufre autour des fumerolles (émanations de gaz riches


en H2S provenant de la chambre magmatique) sur les volcans.

• Transformation (recristallisation) de minéraux existants en formes cristallines


différentes de l'original.

* Exemples présentés ci-dessous.

La cristallisation par refroidissement d'un magma

Nous savons tous que la matière peut exister sous trois états, solide, liquide ou gazeux. La
température et la pression sont les deux principaux facteurs qui règlent l'état sous lequel se
trouve la matière. Le diagramme qui suit se nomme un diagramme de phases; c'est celui de
l'eau. Il illustre de façon simple les relations entre états de la matière et température-pression.

Il montre que l'eau peut exister sous trois états, solide, liquide ou gazeux (vapeur), selon les
conditions de température et pression. On voit par exemple, qu'à pression ambiante (1 atm.),
on n'obtiendra jamais de l'eau liquide plus chaude que 100° C, mais qu'à pression plus élevée,
cela est possible; c'est le cas de la cocotte-minute. Tout au long des courbes solide-liquide et
liquide-vapeur, les deux phases sont en équilibre. Au point triple, les trois phases sont en
équilibre. Dépassé le point critique, défini par la température critique (Tc) et la pression
critique (Pc), les phases liquide et gazeuse ne peuvent plus être distinguées. De tels
diagrammes ont été construits pour plusieurs minéraux et sont très utiles pour connaître l'état
de ces minéraux sous des températures et pressions variables comme c'est le cas à l'intérieur
de la croûte terrestre ou du manteau. Ainsi, chaque minéral possède son point de fusion
(passage du solide au liquide) qui correspond aussi à son point de cristallisation (passage du
liquide au solide) à une pression donnée.

Plusieurs minéraux de la croûte terrestre cristallisent à partir d'un magma, c'est-à-dire, de la


roche fondue. Cette cristallisation obéit à certaines règles. Dans un magma dont la
température est supérieure à 1200° C, comme au niveau du manteau supérieur par exemple,
les minéraux sont tous sous leur phase liquide. Si ce magma est introduit dans la croûte
terrestre, il subit un abaissement de pression et se refroidit progressivement. En supposant
qu'on maintienne la pression constante, c'est-à-dire, à un niveau constant dans la croûte, les
minéraux cristallisent lorsqu'ils atteignent la température correspondant à leur limite solide-
liquide (température de cristallisation). Comme cette limite n'est pas la même pour tous les
minéraux, ceux-ci ne cristallisent pas tous en même temps, mais à tour de rôle, selon leur
température de cristallisation, à mesure que se refroidit le magma. C'est ce qu'exprime le
diagramme qui suit.

Avec un abaissement de la température du magma, les minéraux dont la température de


cristallisation est la plus élevée sont les premiers à cristalliser. Le premier est l'olivine. Le
second groupe à se former comprend les pyroxènes. A ce stade, le magma aura épuisé son
bagage en olivine. Puis avec la cristallisation des amphiboles, puis de la biotite, le bagage en
pyroxènes est épuisé. Avec l'abaissement progressif de la température, suivent le quartz, les
feldspaths potassiques et la muscovite. On a donc une suite de cristallisation bien définie,
contrôlée par la température. On appelle cette suite une suite discontinue, parce qu'il s'agit
dans chaque cas de minéraux distincts (composition et structure cristalline distinctes). Dans ce
diagramme, il y a aussi une suite continue, celle des feldspaths plagioclases. On dit une suite
continue, parce que la seule variable significative est la proportion de calcium par rapport au
sodium. A l'extrémité "chaude", on a le plagioclase calcique (CaAl2Si2O8, anorthite) et, à
l'extrémité "froide", le plagioclase sodique (NaAlSi3O8, albite).
Cette suite de cristallisation a été établie par Normand Bowen, en 1928. Elle demeure valide
dans ses grandes lignes, mais dans le détail, il y a des variations selon les conditions locales,
comme par exemple les quantités d'eau ou de gaz dans les magmas.

A mesure que les minéraux cristallisent dans la chambre magmatique, i.e. dans la poche où
s'est introduit le magma, les cristaux sédimentent, s'accumulent à la base de la chambre. Il se
fait donc une ségrégation, et les roches issues de la cristallisation du magma (roches ignées)
auront des assemblages de minéraux différents selon qu'on est à la base, au milieu ou au
sommet de la chambre magmatique. Ainsi, le premiers assemblage à se former est un
assemblage d'olivine et de pyroxènes : c'est l'assemblage ultramafique. Ensuite, il y a un
assemblage de pyroxènes et d'amphiboles : c'est l' assemblage mafique. Un assemblage
d'amphiboles, biotite et quartz est qualifié d'assemblage intermédiaire, tandis qu'un
assemblage des minéraux les plus "froids", est qualifié de felsique. On parle donc de roches
ignées ultramafiques, mafiques, intermédiaires ou felsiques (voir plus bas).

La formation des agates

Bien qu'à première vue ce ne soit pas évident, il y a toutes sortes de fluides, de solutions, qui
circulent dans les roches de la croûte terrestre, et ce, à des profondeurs très importantes, allant
jusqu'à plusieurs kilomètres. Les vitesses de circulation ces fluides sont très lentes, mais il
faut se placer dans une perspective de temps géologique. Ces solutions circulent, entre autres,
dans les grandes fractures. Elles peuvent provenir des zones chaudes du manteau et être
constituées de l'excès de vapeur d'eau d'un magma. Ou encore, il peut s'agir de l'eau qui avait
été piégée dans les bassins sédimentaires profonds. Si ces solutions sont sursaturées par
rapport à certains sels ou minéraux, elles vont les précipiter. Ainsi, les beaux spécimens à
grands cristaux qu'on retrouve dans des veines proviennent d'un tel processus. L'or et l'argent
de ces veines ont été formés ainsi.

Ces belles géodes ou ces belles agates qu'on nous vend dans les boutiques de minéraux ont été
formées par la précipitation de minéraux dans une cavité de la roche, à partir d'une solution.
Par exemple, le quartz (SiO2) des agates a été précipité à partir de fluides sursaturés par
rapport à la silice et circulant dans les formations rocheuses. S'il y a dans ces formations
rocheuses des cavités, comme c'est souvent le cas dans des roches volcaniques par exemple, le
quartz va précipiter sur les parois de la cavité pour former une première couche de cristaux.
On aura à ce stade une géode, c'est-à-dire, une cavité tapissée de cristaux. Avec le temps et la
poursuite de la circulation des fluides sursaturés en silice, d'autres couches vont
successivement se former. Leur composition peut varier avec des variations dans la
composition des fluides. C'est ce qui produit souvent des différences de couleurs entre les
diverses couches d'une agate. Certaines agates montrent une cavité centrale, comme dans
l'illustration ci-dessus, simplement parce que les processus de précipitation n'ont pas été
complétés jusqu'au remplissage total de la cavité.

La formation des dépôts de cavernes

Des dépôts spectaculaires comme les stalactites et les stalagmites des cavernes se forment à
partir d'une solution riche en sels minéraux, laquelle subit un dégazage important lorsqu'elle
atteint les parois internes de la caverne. Les cavernes sont creusées dans des terrains calcaires
sous l'effet d'une dissolution à grande échelle par les eaux de pluies qui sont naturellement
acides (d'où la dissolution) et qui, s'infiltrant dans les fractures, agrandissent progressivement
ces dernières pour finalement créer tout un réseau de cavernes et de galeries souterraines. Les
stalactites et les stalagmites, ainsi que les autres formes de dépôts (boucliers, draperies, etc.),
sont composés de calcite, plus rarement d'aragonite (une forme métastable du CaCO3), et se
forment par précipitation sur les murs et le plancher de la caverne à partir de l'eau qui
ruisselle.

Cette eau provient de la surface, par infiltration à travers les fractures du calcaire. Cette
solution contient du CO2 et passablement d'ions calcium (Ca2+) et de radicaux HCO32- acquis
de la dissolution des calcaires. Dans les roches juste au-dessus de la caverne, la pression du
CO2 contenu dans la solution se trouve à plusieurs atmosphères, à cause du poid de la roche
(pression lithostatique dans les calcaires : 2,7 atmosphères/10 mètres ou 270 atm/km).
Lorsque la solution arrive aux parois de la caverne, sa pression passe subitement de plusieurs
atmosphères à une atmosphère, puisque la pression dans la caverne est à peu près la même
que celle de la surface du fait que la caverne communique avec la surface. Il se produit alors
un phénomène de dégazage du CO2. L'équation sur le schéma est l'expression chimique du
processus. La variable la plus mobile dans cette équation est le CO2, un gaz. La perte subite
de pression fait que la solution dégage du CO2. D'ailleurs, on voit toujours dans l'eau qui
ruisselle sur les murs d'une caverne, des bulles de CO2 qui s'échappent. Ce dégazage de la
solution force un rééquilibrage chimique : la réaction se fait de la gauche vers la droite et le
CaCO3, la calcite, précipite au toit (stalactites, draperies), sur les murs et au plancher
(stalagmites, boucliers) de la caverne pour former ces structures spectaculaires.

Les minéraux de la séquence évaporitique

Plusieurs cristaux, et parmi les plus beaux spécimens, se forment aussi à partir de solutions
sursaturées en certains éléments chimiques, c'est-à-dire une solution qui contient plus de sels
qu'elle ne peut en dissoudre. Les cristaux précipitent à partir de la solution selon divers
processus. L'évaporation est un de ces processus. Un bon exemple est la suite de minéraux qui
précipitent quand s'évapore de l'eau de mer. Les schémas qui suivent illustrent de façon très
simplifiée comment se forme cette suite.

L'eau de mer contient une panoplie importante d'ions en solution, dont des ions positifs tels le
calcium, le sodium et le potassium, des ions négatifs tels le chlore, et des radicaux négatifs
comme CO3 et SO4. L'évaporation ne se débarasse que de l'eau, ce qui fait qu'au fur et à
mesure de l'évaporation, la solution devient de plus en plus saline, c'est-à-dire que les sels se
concentrent de plus en plus.

L'eau de mer normale a une salinité de l'ordre de 35 ppm. A cette salinité, elle est légèrement
sursaturée par rapport au carbonate de calcium, CaCO3 (calcite et aragonite). Ce dernier
précipite naturellement et dépose une couche de cristaux de CaCO3 au fond du bocal.

Avec la poursuite de l'évaporation, et par conséquent l'augmentation de la salinité, la solution


devient sursaturée par rapport à un autre sel, le CaSO4 hydraté (gypse); la solution (le milieu)
est dite pénésaline. Le gypse précipite. Puis, avec encore une augmentation de la salinité,
vient la phase de précipitation du chlorure de sodium, NaCl (halite, le sel commun); la
solution (le milieu) est dite saline.
La dernière phase avant l'évaporation totale est le chlorure de potassium, KCl (sylvite,
communément appelée potasse); la solution (le milieu) est hypersaline.

On obtient donc une suite bien spécifique de minéraux précipités à mesure de l'évaporation de
l'eau de mer. C'est la suite évaporitique ou ce qu'on appelle plus communément les évaporites.
Au moins trois de ces minéraux interviennent dans les activités humaines: le gypse, entre
autre pour la fabrication des panneaux de gypse, le sel de table et ... de routes, et la potasse
dans les fertilisants.

Si on tentait d'obtenir la suite évaporitique en évaporant l'eau d'un seul bocal d'eau de mer, on
obtiendrait très peu de produits. Il faut que les choses se passent à beaucoup plus grande
échelle. Comment cela se traduit-il dans la nature?

La précipitation des minéraux évaporitiques se fait, entre autres, dans les grandes lagunes en
bord de mer, lagunes qui se mesurent en plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres carrés,
dans des régions où l'évaporation excède la précipitation.
Le gros de l'alimentation en eau de ces lagunes vient de la mer. L'évaporation concentre la
solution et les minéraux évaporitiques s'accumulent au plancher de la lagune. Pour une région
donnée, il s'établira une sorte d'équilibre entre l'alimentation de la lagune en eau marine et
l'évaporation, ce qui fait que la salinité de l'eau demeurera à peu près constante. En fonction
de cette salinité, c'est l'un ou l'autre des minéraux de la séquence qui précipite. Le plus
souvent, on oscille entre la calcite et le gypse; on se rend plus rarement au sel et encore moins
souvent à la potasse. Il n'en demeure pas moins que c'est ainsi que se sont formés, tout au long
des temps géologiques, ces grands dépôts de sels (ex., Iles-de-la-Madeleine durant le
Carbonifère) ou de potasse (ex., en Saskatchewan au Dévonien).

Dans une variante du système évaporitique, les minéraux cristallisent et croissent à l'intérieur
du sédiment. Il s'agit de grandes plaines en bordure de mer qui s'étendent sur des centaines de
kilomètres carrés, mais dont la surface est à peine quelques mètres au-dessus du niveau marin.
C'est ce qu'on appelle la sebkha. On trouve, entre autres, de ces sebkhas dans le Golfe
Persique et dans le nord-ouest de l'Australie.

Le sous-sol de ces grandes plaines est alimenté principalement par l'eau marine. L'évaporation
qui se fait à la surface de la plaine augmente la salinité des eaux souterraines qui précipitent
alors les minéraux évaporitiques. Le plus souvent, le système se stabilise au gypse, avec
parfois des cristaux de sel. Les minéraux cristallisent et croissent à l'intérieur même du
sédiment. La sebkha ne se développe pas exclusivement en bordure de mer, mais partout où
on peut concentrer des eaux salines dans la nappe phréatique et les évaporer. Ainsi, certaines
plaines dans le désert où on a concentré périodiquement des eaux salines provenant de
l'érosion de formation riches en sels minéraux contiennent des minéraux évaporitiques. Les
magnifiques roses des sables sont un exemple de ce phénomène. Elles se sont développées à
l'intérieur des sables d'une sebkha désertique et sont composées de grains de sable cimentés
par du gypse, de là les formes cristallines de ce dernier.

2.2 - Du Minéral à la Roche

Trois grands types de roches forment la croûte terrestre. Le schéma qui suit présente, en un
coup d'oeil, ces trois grands types, ainsi que les processus qui conduisent à leur formation.
Ainsi présenté, il véhicule l'idée de la cyclicité des processus.

Le magma est à l'origine de la formation de la croûte terrestre, d'abord au niveau des dorsales
océaniques, puis, par addition à la croûte déjà présente, aux niveaux des points chauds et des
zones de subduction/obduction. Il constitue donc le coeur de ce diagramme; il en est le point
de départ et le point d'arrivée du cycle. La première phase du cycle est constituée par la
cristallisation du magma, un processus qui conduit à la formation d'un cortège de minéraux
silicatés. C'est ce premier processus de cristallisation qui forme les roches ignées, ainsi
appelées pour faire image : les roches qui viennent du feu de la terre!

Lorsqu'elles sont amenées à la surface du globe par les processus dynamiques de la tectonique
des plaques, lors de la formation de chaînes de montagnes par exemple, et qu'elles sont
exposées aux intempéries de la surface, les roches ignées s'altèrent et se désagrègent en
particules de tailles variées. L'érosion par l'eau, la glace et le vent transportent les particules
pour former un dépôt meuble, un sédiment (gravier, sable, boue). Puis ce sédiment se
transforme progressivement en roche qui évidemment s'appelle une roche sédimentaire,
littéralement une roche déposée. Cette transformation se fait selon un ensemble de processus
qu'on appelle la diagenèse, le principal processus étant la cimentation des particules entre
elles.

Dans les chaînes de montagnes, une portion du matériel sédimentaire est enfouie sous des
conditions de températures et de pressions très élevées; les roches sédimentaires se
transforment alors en roches métamorphiques, littéralement des roches ayant acquis une
autre forme. Ce processus de transformation sous l'effet de températures et de pressions
élevées est le métamorphisme. Comme les roches sédimentaires, les roches ignées peuvent
aussi être soumises aux processus du métamorphisme et produire des roches métamorphiques.
Il y a des façons autres que l'enfouissement aux racines des chaînes de montagnes pour former
des roches métamorphiques, comme par exemple la cuisson au contact d'une masse intrusive
chaude.

Il n'y a pas que les particules provenant de l'érosion des roches ignées qui forment les
sédiments; l'érosion des roches métamorphiques et des roches sédimentaires produira aussi
des sédiments et éventuellement des roches sédimentaires.

Le retour au magma (flèches violettes) boucle le cycle : au niveau des zones de subduction, il
y a enfoncement dans l'asthénosphère de plaque lithospérique océanique, soit de roches
ignées, avec des quantités mineures de sédiments, de roches sédimentaires et/ou de roches
métamorphiques. Une partie de ce matériel est fondu pour fournir les magmas de zones de
subduction, alors qu'une autre partie est digérée et recyclée dans l'asthénosphère, et est
susceptible d'être fusionnée ultérieurement en magma.

Les rubriques qui suivent présentent le détail de ce grand cycle des roches.

• la cristallisation fractionnée
• le nom des roches ignées
• la fusion partielle
• le magmatisme de dorsale et la séquence ophiolitique
• le magmatisme de zone de subduction
• le magmatisme de point chaud
• l'activité magmatique et ses produits
• les volcans
• l'altération superficielle
• le transport des particules
• la sédimentation
• la diagenèse
• le nom des roches sédimentaires

• le métamorphisme de contact
• le métamorphisme régional et la foliation
• le métamorphisme de choc
• le nom des roches métamorphiques

2.2.1 - Les roches ignées

Les magmas tirent tous leur origine du manteau. Les roches magmatiques, issues de la
cristallisation des magmas, devraient donc avoir toutes la même composition. Ça n'est pas le
cas. Pourquoi? Pour bien répondre à cette question, il est essentiel de connaître deux
processus importants: la cristallisation fractionnée et la fusion partielle.

La cristallisation fractionnée.

Comme on l'a vu plus haut, la cristallisation fractionnée, c'est-à-dire le fait que la


cristallisation des silicates dans un magma se fasse dans un ordre bien défini, selon la suite
réactionnelle de Bowen, produit des assemblages minéralogiques différents : ultramafiques,
mafiques, intermédiaires et felsiques. Ces quatre assemblages définissent quatre grands types
de roches ignées.
Prenons comme exemple la cristallisation d'un magma qui refroidit dans une chambre
magmatique (schéma ci-dessous).

Les critaux ne vont pas se former tous en même temps comme l'exprime la série de Bowen.
Les premiers minéraux à cristalliser seront évidemment les minéraux de haute température,
olivine d'abord, pyroxènes et amphiboles ensuite. Ces cristaux vont se former dans le magma
et vont sédimenter vers la base de la chambre magmatique pour former une roche riche en
olivine, pyroxène et amphibole, une roche ignée mafique, un gabbro par exemple (roche ignée
"A" sur le schéma). Le liquide résiduel sera donc appauvri en ces minéraux; on aura donc un
magma de composition différente de sa composition initiale. Ce magma aura une composition
disons intermédiaire.
Si ce magma est introduit dans une chambre secondaire (schéma ci-dessus) et qu'il poursuit
son refroidissement, les premiers minéraux à cristalliser seront les amphiboles, les biotites, le
quartz et certains feldspaths plagioclases, ce qui produira une roche ignée intermédiaire, une
diorite par exemple (roche ignée "B" sur le schéma). Si ce magma fait son chemin jusqu'à la
surface, on aura des laves andésitiques. Ainsi, à partir d'un magma de composition donnée, on
peut obtenir plus d'un type de roche ignée.

Le nom des roches ignées.

L'assemblage ultramafique donne lieu à une roche particulière, composée


presqu'exclusivement d'olivine, avec un peu de pyroxènes, une roche très peu abondante à la
surface même de la terre, la péridotite. Cette dernière constitue principalement le manteau.
L'assemblage mafique donne des basaltes ou des gabbros, des roches qui sont riches en
pyroxènes et en feldspaths plagioclases calciques, avec possiblement une petite quantité
d'olivine ou d'amphiboles. L'assemblage intermédiaire constitue les andésites et les diorites.
Ce sont des roches composées d'amphiboles et de feldspaths plagioclases dont le contenu en
calcium et sodium est intermédiaire entre les deux pôles, avec possiblement un peu de quartz
et de biotite. Pour sa part, l'assemblage felsique fournit des rhyolites et des granites dont la
composition principale est le quartz, le feldspath potassique et le feldspath sodique, avec un
peu de micas comme la biotite et la muscovite.

Le tableau qui suit présente de façon un peu plus précise que la figure précédente la
composition des roches ignées.
La différence entre basalte et gabbro, andésite et diorite, rhyolite et granite, ne se situe pas au
niveau de la composition qui est la même pour chacune des paires, mais au niveau de la
cristallinité, soit la taille des cristaux. Un magma qui s'introduit dans la croûte terrestre peut se
frayer un chemin jusqu'à la surface et donner lieu à des coulées de laves qui, en cristallisant,
forment des corps extrusifs : volcans sous-marins ou volcans continentaux. Le magma peut
aussi rester coïncé dans la croûte et y cristalliser pour former des corps intrusifs. La
cristallisation à la surface de la croûte est rapide, ce qui produit de très petits cristaux; la roche
résultante sera une roche à fins cristaux qu'on ne distingue généralement pas à l'oeil nu
(aphanitiques), même à l'aide d'une loupe. Par contre, lorsque le magma cristallise à l'intérieur
de la croûte terrestre, l'abaissement de sa température est lent et, pour simplifier, plus la
cristallisation sera lente, plus les cristaux seront gros, généralement bien visibles
(phanéritiques). On a donc deux grands groupes de roches ignées: les roches ignées
extrusives, à fins cristaux, et les roches ignées intrusives, à cristaux grossiers. Les magmas
ultramafiques sont ceux qui se forment en toute fin de fusion partielle et n'atteignent jamais la
surface; de là le manque d'un équivalent extrusif à la péridotite.

La fusion partielle.

Le processus de fusion partielle est en quelque sorte l'inverse du processus de cristallisation


fractionnée. Si on augmente progressivement la température d'un matériel solide composé
d'un assemblage de minéraux silicatés, cet assemblage passe entièrement ou partiellement de
la phase solide à la phase liquide. Pourquoi partiellement? Parce que, comme dans le cas du
refroidissement d'un magma où tous les minéraux ne cristallisent pas tous en même temps,
ceux-ci ne fondent pas non plus tous en même temps lorsqu'ils sont chauffés. A une pression
donnée, le point où un minéral passe de sa phase solide à sa phase liquide est sa température
de fusion (qui est la même que la température de cristallisation; une question de point de vue).
Si on augmente progressivement la température d'un assemblage solide de silicates, les
premiers minéraux à fondre sont les minéraux de basse température, ceux qui se situent au bas
de la suite de Bowen, c'est-à-dire, le quartz, les feldspaths potassiques et sodiques, et la
muscovite. La fusion n'est alors que partielle, puisqu'on obtient un mélange de solide et de
liquide, une sorte de "sloche" (nos amis français diraient gadoue). Dans ce cas-ci, la phase
liquide possède une composition felsique (quartz, feldspaths potassique et sodique,
muscovite), alors que la phase solide est composée de cristaux de plagioclase calcique, de
biotite, d'amphibole ou de pyroxène, selon la composition du solide originel. Si ce liquide est
extrait du mélange et remobilisé (introduit le long de fractures ou dans une autre chambre par
exemple), ce magma felsique formera, en cristallisant, des rhyolites ou des granites, selon
qu'il atteigne la surface ou demeure à l'intérieur de la croûte. Avec une augmentation de la
température, les plagioclases de calcicité intermédiaire, les biotites et les amphiboles seront à
leur tour fondus et produiront un magma intermédiaire; et ainsi de suite pour les autres
minéraux, jusqu'aux olivines, si évidemment le mélange silicaté originel en contenait.

On voit bien ici le principe de la fusion partielle : à mesure de l'augmentation de la


température, il se produit une séparation en deux phases, une phase liquide et une phase
solide, le tout formant une sorte de sloche, soit des cristaux solides qui baignent dans un
liquide. Il est important de comprendre ici que la composition des phases solides et liquides
change au fil de l'évolution thermique de la sloche. Le liquide peut être extrait de la sloche et
remobilisé par des processus naturels à n'importe quel stade de l'évolution thermique, ce qui
fait qu'on obtiendra des magmas de composition variées et partant des roches ignées de
compositions variées.

Voyons comment tout cela s'applique dans les principales zones où il y a du magmatisme, soit
aux dorsales océaniques, dans les zones de subduction et aux points chauds.

Le magmatisme de dorsale et la séquence ophiolitique.

Les dorsales océaniques sont des zones très importantes où agit le magmatisme; la lithosphère
océanique s'y regénère perpétuellement. Il se fait une fusion partielle du manteau sous la
dorsale à cause de la concentration de chaleur due à la convection. Il s'agit d'une fusion de
péridotite. Comment peut-on affirmer qu'il s'agit d'une fusion partielle de péridotite et
conclure en conséquence que le manteau est composé de péridotite, puisqu'on n'a pas encore
réussi à forer à travers le MOHO et qu'on ne possède donc pas d'échantillons du manteau
actuel?

On a deux évidences indirectes.

La première nous vient des grandes chaînes de montagne plissées où on retrouve parfois des
lambeaux de lithosphère océanique. A la base de ces lambeaux, il se trouve des péridotites,
une évidence qu'il y avait des péridotites sous les croûtes océaniques anciennes.

La seconde évidence indirecte tient dans la composition même de la croûte océanique. Cette
dernière se forme par la cristallisation d'un magma issu de la fusion partielle de la partie
supérieure du manteau. Ce magma s'introduit, de manière plus ou moins continue, dans la
croûte océanique, dans une chambre magmatique, une sorte de grande poche.
A cause du flux de chaleur et de la venue continuelle de magma venant du bas, il s'établit dans
la chambre magmatique des cellules de convection. Le magma silicaté se refroidit aux parois
de la chambre, amenant la cristallisation d'une partie des silicates (cristallisation fractionnée),
ceux de haute température. Il se forme, à la base de la chambre magmatique, une sorte de
stratification due à la convection qui redistribue une partie de la phase solide qui sédimente.
C'est ce qui explique cette stratification qui se retrouve à la base de la croûte océanique.
L'accumulation des cristaux de cet assemblage mafique produit ici un gabbro. Une partie du
magma réussit à se frayer un chemin jusqu'à la surface pour former les épanchements de laves
qui se forment dans le rift central des dorsales et qui, en cristallisant, donne des basaltes. Ces
épanchements se font à la faveur d'un réseau de fractures créées par les forces de tension qui
agissent dans cette zone. Une partie du magma cristallise dans ces fractures, et à mesure de
l'étalement des planchers océaniques, on aura la formation d'un réseau de dykes et filons de
gabbro.

On voit ici que les processus magmatiques produisent une croûte océanique possédant des
caractères particuliers qui s'expriment sous forme d'une séquence verticale. Sous la croûte
océanique, il y a la péridotite du manteau supérieur, une roche ultramafique composée
d'olivine et d'un peu de pyroxènes. Au-dessus, les roches de la croûte océanique sont
mafiques, c'est-à-dire qu'elles sont composées de pyroxènes, d'un peu d'olivine et de
plagioclase calcique. Comme elles ne contiennent pas de minéraux des assemblages
intermédiaires et felsiques, on est forcé de conclure que le magma qui les a formées provient
de la fusion partielle d'un matériau ne contenant pas ces minéraux qui auraient été les
premiers à fondre et par conséquent à fournir des magmas intermédiaires ou felsiques. C'est là
notre seconde évidence indirecte qui permet de conclure à un manteau de péridotite.

Dans le détail, la croûte océanique montre quatre zones, de bas en haut : d'abord, des cumulats
lités ou stratifiés composés de gabbro, une stratification résultant de l'action combinée de la
convection et de l'accumulation des cristaux de haute température à la base de la chambre
magmatique; puis, des gabbros massifs issus de la cristallisation aux parois de la chambre
magmatique; suit un complexe filonien, niveau caractérisé par les dykes et filons gabbroïques
dus à la cristallisation dans les fractures de tension; finalement, au-dessus de la pile, les
basaltes issus des épanchements volcaniques. Cette croûte océanique fait de 5 à 15 km
d'épaisseur.

Les géologues appellent cette séquence, une séquence ophiolitique, ou plus sommairement,
les ophiolites. On la reconnaît dans ce qu'on interprète comme des lambeaux de croûte ou de
lithosphère océanique dans les chaînes de montagnes plissées anciennes, ce qui vient
conforter cette interprétation. Puisqu'elle est le résultat de processus bien spécifiques et
puisqu'on la reconnaît dans des chaînes très anciennes, elle permet de conclure que les chaînes
de montagnes se sont formées à partir de matériel déposé sur des planchers océaniques formés
selon des mécanismes semblables à ceux qui agissent aujourd'hui. Par exemple, on retrouve la
séquence ophiolitique dans les roches de la région de Thetford Mines; la séquence a été
étudiée par une équipe de géologues de l'Université Laval qui ont démontré qu'il s'agit bien
d'un morceau du plancher de l'océan (Océan Iapétus) dans lequel s'est accumulé le matériel
qui ultérieurement a formé la chaîne de montagnes des Appalaches.

Le magmatisme de zone de subduction : cas de l'arc insulaire.

On a vu dans la section 1 qu'il y a du magmatisme associé aux zones de subduction et que,


dans le cas de collision de lithosphère océanique contre lithosphère océanique, il s'exprime
par la formation d'un arc volcanique insulaire.

L'enfoncement d'une plaque sous l'autre entraîne, grâce au tapis roulant des fonds océaniques,
des sédiments riches en minéraux de basses températures comme le quartz (SiO2), mais aussi
les felspaths et les argiles (micas). En profondeur, il y a fusion partielle, et le matériel fondu
est un mélange de trois choses : la péridotite de la lithosphère inférieure, la croûte basaltique-
gabbroïque de la lithosphère supérieure, et les minéraux de basses températures des sédiments
entraînés dans la subduction. Contrairement aux zones de dorsales où la fusion partielle de
péridotite ne pouvait donner qu'un magma mafique, ici la fusion partielle de ces trois entités
qui contiennent toute la palette des silicates pourra fournir des magmas de composition variée.
Il peut se faire une ségrégation des magmas intermédiaires lorsque les températures atteintes
seront intermédiaires, ce qui produit les volcans andésitiques des arcs insulaires, ou encore si
les températures de fusion atteignent des niveaux plus élevés, il se produit des magmas
mafiques alimentant des coulées de laves basaltiques en surface.
Le magmatisme de zone de subduction : le cas de l'arc continental.

Lorsqu'il y a collision entre lithosphère océanique et lithosphère continentale, il se forme un


arc volcanique continental.

Le magmatisme s'apparente à celui des arcs insulaires, mais avec des variantes. Ainsi, le
volume de sédiments sur le plancher océanique en bordure des continents est plus imposant,
et il se construit un prisme d'accrétion important. Une plus grande quantité de silicates de
basses températures est entraînée dans la subduction. La fusion partielle affecte ici aussi la
péridotite de la lithosphère inférieure, la croûte basaltique-gabbroïque de la lithosphère
supérieure et les minéraux de basses températures des sédiments. Dans les premières phases
de la fusion partielle, on pourra produire des magmas intermédiaires et même par endroits des
magmas felsiques. Dans les phases plus chaudes, on produira les magmas mafiques qui
peuvent alimenter des plateaux de basalte sur certains continents. Dans ces croûtes
continentales épaisses, on accumulera aussi des grands stocks granitiques qui peuvent
correspondre aux fusion de basses températures et qui à cause de leur faible fluidité ne
pourront parvenir jusqu'à la surface.

Le magmatisme de point chaud.

Le magmatisme de point chaud est responsable de la formation des volcans intraplaques,


particulièrement des volcans intraplaques océaniques, comme ceux qu'on retrouve nombreux
dans le Pacifique.
Ce magmatisme provient de la fusion partielle de la péridotite du manteau. Le magma est
donc un magma mafique qui produit des volcans basaltiques, comme ceux des îles Hawaii ou
de la Polynésie.

L'activité magmatique et ses produits.

La cristallisation de magma à l'intérieur ou à la surface de la croûte terrestre produit des corps


magmatiques. Les trois blocs-diagrammes qui suivent illustrent les principaux corps
magmatiques hérités de l'activité magmatique dans une région, et leur mise à nu au fil de
l'érosion.
Le bloc-diagramme A résume les principaux phénomènes géologiques susceptibles d'être
retrouvés dans une région affectée par le magmatisme. L'expression en surface de ce
magmatisme est généralement minime en volume par rapport au magma sous-jacent qui lui
donne naissance et qui formera les grands corps intrusifs. En surface, le magmatisme se
traduit par des volcans qui peuvent produire des champs de laves. Certains grands champs de
laves sont aussi issus de longues fissures.

Le bloc-diagramme B résume la situation post-magmatisme, après que l'érosion ait commencé


son modelage de la surface et enlevé une couche de matériaux. En surface, on aura divers
corps extrusifs (on dit aussi volcaniques; du dieu du feu, Vulcain) : volcans ou plateaux de
basaltes. Divers corps intrusifs (on dit aussi plutoniques; du dieu des enfers, Pluton) pourront
avoir été mis à nu par l'érosion : laccolites, dykes, necks volcaniques. Les roches ignées étant
plus résistantes à l'érosion que les roches sédimentaires encaissantes, les corps magmatiques
auront tendance à former des reliefs positifs.

Le bloc-diagramme C présente la situation à un stade plus avancé d'érosion où ont été mis à
nu les grands batholites, souvent granitiques.

Les volcans.

Regardons d'un peu plus près les volcans. Il existe plusieurs classifications plus ou moins
détaillées des volcans, certaines insistant sur un aspect ou l'autre du volcanisme. Nous nous
limiterons ici aux principales manifestations de ces appareils qui terrorisent les populations
qui vivent à leur voisinage. En simplifiant, disons qu'il y a deux extrêmes: les volcans qui
crachent des laves très fluides et ceux qui ont toutes les peines du monde à cracher la moindre
lave. Pourquoi?

Pour former des champs de laves comme illustré plus haut, il faut que la lave puisse s'écouler
aisément; en d'autres termes, il faut qu'elle soit fluide. Un facteur très important qui contrôle
la fluidité d'un magma est son contenu en silice (SiO2). Un faible contenu en silice donne des
magmas fluides, alors, qu'à l'autre extrême, un contenu élevé en silice augmente de beaucoup
la viscosité des magmas qui ont alors peine à s'écouler. Les magmas mafiques contiennent
peu ou pas de silice; ils sont donc fluides et produisent des laves qui s'écoulent facilement. Un
magma felsique, riche en silice, a beaucoup de difficulté à s'écouler et forme très difficilement
des laves. Ceci a une grande importance sur le comportement des volcans. Il y a donc des
volcans à laves pauvres en silice (volcans-boucliers) et des volcans à alimentation
magmatique riche en silice (stratovolcans). Et, il y a évidemment des intermédiaires entre ces
extrêmes.

Chez le volcan-bouclier (qu'on dit aussi volcan tranquille), l'alimentation magmatique est
mafique, contenant peu de silice, produisant des laves basaltiques. Ce type de volcanisme se
manifeste aux dorsales océaniques, aux points chauds et possiblement associé à certaines
zones de subduction.

A cause de la grande fluidité des laves, ces volcans sont des édifices composés surtout de
laves cristallisées et dont les flancs ont des pentes peu prononcées, généralement inférieures à
15° au sommet. On y voit souvent des éruptions de flancs. Les volcans de l'Islande sur la
dorsale médio-Atlantique ou ceux des îles Hawaii, des Marshalls, ou des Carolines sont de
bons exemples. Les laves de ces volcans peuvent atteindre des vitesses d'écoulement de 30
km/h, mais en général leur vitesse est de 10 à 300 m/h.

Chez le stratovolcan (qu'on dit souvent volcan explosif), le magma est si riche en silice qu'il
n'arrive pas à s'écouler hors du volcan. Ces volcans vont surtout cracher des gaz et du matériel
pyroclastique. Ce sont de véritables terreurs. Puisque la lave ne parvient pas à s'écouler, les
gaz qu'elle contient y construisent un pression qui va grandissante, jusqu'à l'explosion. Le
matériel y est alors pulvérisé et, mélangé aux gaz, crée un nuage dense très chaud (jusqu'à
800° C) qui s'écoule très rapidement sur les flancs du volcan, à des vitesses dépassant les 150
km/h. C'est la nuée ardente qui sème la destruction. Il y a aussi des cendres qui sont éjectées
dans la haute atmosphère, jusqu'à des altitudes d'une vingtaine de kilomètres et qui ensuite
sont dispersées tout autour de la planète. Ce sont ces cendres qui causent des effets de voile
importants et qui peuvent amener des abaissements de la température moyenne de la planète.
Par exemple, 1816 a été l'année sans été en Amérique, à cause de l'éruption du Tambora en
Indonésie qui est considéré comme le volcan ayant émis le plus de cendres volcaniques qui
sont demeurées plusieurs années en suspension dans l'atmosphère; les journaux de l'époque
nous disent qu'il a gelé en juin, juillet et août au Québec, et que toutes les récoltes furent
perdues.

Le stratovolcan est stratifié, dû aux dépôts pyroclastiques successifs. Des petits volcans de
cendres y sont souvent associés. Les stratovolcans ont des flancs à pentes plutôt abruptes. On
retrouve souvent ces volcans associés aux zones de subduction, principalement dans les arcs
volcaniques continentaux. Le mont St. Helens dans la chaîne des Cascades aux U.S.A. est un
bel exemple de stratovolcan.

2.2.2- Les roches sédimentaires

Si les roches ignées forment le gros du volume de la croûte terrestre, les roches sédimentaires
forment le gros de la surface de la croûte. Quatre processus conduisent à la formation des
roches sédimentaires: l'altération superficielle des matériaux qui produit des particules, le
transport de ces particules par les cours d'eau, le vent ou la glace qui amène ces particules
dans le milieu de dépôt, la sédimentation qui fait que ces particules se déposent dans un
milieu donné pour former un sédiment et, finalement, la diagenèse qui transforme le sédiment
en roche sédimentaire.

Le matériel sédimentaire peut provenir de trois sources : une source terrigène, lorsque les
particules proviennent de l'érosion du continent; une source allochimique, lorsque les
particules proviennent du bassin de sédimentation, principalement des coquilles ou fragments
de coquilles des organismes; une source orthochimique qui correspond aux précipités
chimiques dans le bassin de sédimentation ou à l'intérieur du sédiment durant la diagenèse.

L'altération superficielle.

Les processus de l'altération superficielle sont de trois types: mécaniques, chimiques et


biologiques. Les processus mécaniques (ou physiques) sont ceux qui désagrègent
mécaniquement la roche, comme l'action du gel et du dégel qui à cause de l'expansion de l'eau
qui gèle dans les fractures ouvre progressivement ces dernières. L'action mécanique des
racines des arbres ouvre aussi les fractures. L'altération chimique est très importante :
plusieurs silicates, comme les feldspaths, souvent abondants dans les roches ignées, sont
facilement attaqués par les eaux de pluies et transformés en minéraux des argiles
(phyllosilicates) pour former des boues. Certains organismes ont la possibilité d'attaquer
biochimiquement les minéraux. Certains lichens vont chercher dans les minéraux les éléments
chimiques dont ils ont besoin. L'action combinée de ces trois mécanismes produit des
particules de toutes tailles. C'est là le point de départ du processus général de la
sédimentation.

Le transport.

Outre le vent et la glace, c'est surtout l'eau qui assure le transport des particules. Selon le
mode et l'énergie du transport, le sédiment résultant comportera des structures sédimentaires
variées: stratification en lamelles planaires, obliques ou entrecroisées, granoclassement,
marques diverses au sommet des couches, etc. Les roches sédimentaires hériteront de ces
structures. Le transport des particules peut être très long. En fait, ultimement toutes les
particules devront se retrouver dans le bassin océanique.

La sédimentation.
Tout le matériel transporté s'accumule dans un bassin de sédimentation, ultimement le bassin
marin, pour former un dépôt. Les sédiments se déposent en couches successives dont la
composition, la taille des particules, la couleur, etc., varient dans le temps selon la nature des
sédiments apportés. C'est ce qui fait que les dépôts sédimentaires sont stratifiés et que les
roches sédimentaires issues de ces dépôts composent les paysages stratifiés comme ceux du
Grand Canyon du Colorado par exemple.

La diagenèse.

L'obtention d'une roche sédimentaire se fait par la transformation d'un sédiment en roche sous
l'effet des processus de la diagenèse. La diagenèse englobe tous les processus chimiques et
mécaniques qui affectent un dépôt sédimentaire après sa formation. La diagenèse commence
sur le fond marin, dans le cas d'un sédiment marin, et se poursuit tout au long de son
enfouissement, c'est-à-dire, à mesure que d'autres sédiments viennent recouvrir le dépôt et
l'amener progressivement sous plusieurs dizaines, centaines ou même milliers de mètres de
matériel. Les processus de diagenèse sont variés et complexes : ils vont de la compaction du
sédiment à sa cimentation, en passant par des phases de dissolution, de recristallisation ou de
remplacement de certains minéraux. Le processus diagénétique qui est principalement
responsable du passage de sédiment à roche est la cimentation. Il s'agit d'un processus
relativement simple : si l'eau qui circule dans un sédiment, par exemple un sable, est
sursaturée par rapport à certains minéraux, elle précipite ces minéraux dans les pores du sable,
lesquels minéraux viennent souder ensemble les particules du sable; on obtient alors une
roche sédimentaire qu'on appelle un grès. Le degré de cimentation peut être faible, et on a
alors une roche friable, ou il peut être très poussé, et on a une roche très solide. La
cimentation peut très bien se faire sur le fond marin (diagenèse précoce), mais il est aussi
possible qu'il faille attendre que le sédiment soit enfoui sous plusieurs centaines ou même
quelques milliers de mètres de matériel (diagenèse tardive).

L'induration (cimentation) d'un sédiment peut se faire tôt dans son histoire diagénétique, avant
l'empilement de plusieurs mètres de sédiments (pré-compaction), ou plus tardivement, lorsque
la pression sur les particules est grande due à l'empilement des sédiments.
Dans le cas de la cimentation pré-compaction (schéma du haut), les fluides qui circulent dans
le sédiment précipitent des produits chimiques qui viennent souder ensemble les particules.
Exemple : la calcite qui précipite sur les particules d'un sable et qui finit par souder ces
dernières ensemble. La compaction d'un sédiment (schéma du bas) peut conduire à sa
cimentation. Ainsi, la pression élevée exercée aux points de contact entre les particules de
quartz d'un sable amène une dissolution locale du quartz, un sursaturation des fluides
ambiants par rapport à la silice et une précipitation de silice sur les parois des particules
cimentant ces dernières ensemble.

Le nom des sédiments et roches sédimentaires.

La dénomination des sédiments et roches sédimentaires se fait en deux temps.

D'abord selon la taille des particules (la granulométrie) chez les terrigènes et les
allochimiques. Deux tailles sont importantes à retenir : 0,062 et 2 mm. La granulométrie
n'intervient pas dans le cas des orthochimiques puisqu'il s'agit de précipités chimiques et non
de particules transportées.

Ensuite, on complète la classification par la composition minéralogique. La composition des


particules des terrigènes se résume au quartz, feldspath, fragments de roches (morceaux
d'anciennes roches qui ont été dégagés par l'érosion) et minéraux des argiles (par exemple, les
sables des plages de la Nouvelle-Angleterre sont surtout des sables à particules de quartz avec
un peu de feldspaths). Quant aux allochimiques, ce sont principalement des calcaires, ce qui
est réflété par le suffixe CAL dans le nom. Les particules des allochimiques sont formées en
grande partie par les coquilles ou morceaux de coquilles des organismes (calcite ou
aragonite). Les sédiments des zones tropicales sont surtout formés de ces coquilles, comme
par exemple les sables blancs des plages du Sud! Chez les orthochimiques, le nom est
essentiellement déterminé selon la composition chimique.

2.2.3 - Les roches métamorphiques

Les roches métamorphiques sont issues de la transformation de roches ignées ou


sédimentaires sous l'effet de température et/ou de pressions élevées. Deux grands types de
métamorphisme produisent la majorité des roches métamorphiques : le métamorphisme de
contact et le métamorphisme régional. Un troisième type est plus restreint : le métamorphisme
de choc.

Le métamorphisme de contact.

Le métamorphisme de contact est celui qui se produit dans la roche encaissante au contact
d'intrusifs. Lorsque le magma encore très chaud est introduit dans une séquence de roches
froides, il y a transfert de chaleur (les flèches) et cuisson de la roche encaissante aux bordures.

Les minéraux de cette roche sont transformés par la chaleur et on obtient une roche
métamorphique. Ainsi, les calcaires argileux dans lesquels s'est introduit le magma qui forme
aujourd'hui le Mont-Royal, ont été transformés, tout autour de la masse intrusive, en une
roche dure et cassante qu'on nomme une cornéenne. On appelle cette bordure transformée,
une auréole métamorphique. Sa largeur sera fonction de la dimension de la masse intrusive,
de quelques millimètres à plusieurs centaines de mètres, allant même à quelques kilomètres
dans le cas des très grands intrusifs.

Le métamorphisme régional et la foliation métamorphique.

Le métamorphisme régional est celui qui affecte de grandes régions. Il est à la fois contrôlé
par des augmentations importantes de pression et de température. C'est le métamorphisme des
racines de chaînes de montagnes. Le métamorphisme régional produit trois grandes
transformations: une déformation souvent très poussée de la roche, le développement de
minéraux dits métamorphiques et le développement de la foliation métamorphique. Dans ce
dernier cas, les cristaux ou les particules d'une roche ignée ou sédimentaire seront aplatis,
étirés par la pression sous des températures élevées et viendront s'aligner dans des plans de
foliations; c'est la foliation métamorphique caractéristique de ce type de métamorphisme.

Le métamorphisme de choc.

Le métamorphisme de choc est celui produit par la chute d'une météorite à la surface de la
planète. Le choc engendre des températures et des pressions énormément élevées qui
transforment les minéraux de la roche choquées, des températures et des pressions qui sont
bien au-delà de celles atteintes dans le métamorphisme régional.

Le nom des roches métamorphiques.

Le gros des roches métamorphiques (en volume) provient du métamorphisme régional. Selon
le degré de métamorphisme régional, il se développe une suite bien spécifique de minéraux.
Ces minéraux deviennent donc, pour une roche métamorphique donnée, des indicateurs du
degré de métamorphisme qu'à subit la roche. A partir des assemblages minéralogiques, on
peut établir le niveau des pressions et des températures à laquelles a été soumise la roche, et
ainsi évaluer sa profondeur d'enfouissement dans les racines d'une chaîne de montagne.
Comme pour les roche ignées et sédimentaires, on applique un certain nombre de noms aux
roches métamorphiques. Le tableau qui suit présentent les plus courants en fonction du degré
de métamorphisme.
La dynamique externe de la terre, ou la géodynamique externe, concerne l'évolution
dynamique de la surface de la Planète. L'eau, la glace, le vent, sculptent les surfaces
continentales. Les paysages obtenus reflètent la nature, la composition et l'architecture des
formations géologiques. Les continents s'aplanissent et tendent vers un niveau de base, celui
des océans. Si les processus d'érosion dominent les continents, ce sont plutôt les processus de
la sédimentation qui prévalent dans les océans. Il existe un lien certain entre géodynamique
interne et géodynamique externe : la dynamique reliée à la tectonique des plaques vient
souvent rajeunir les reliefs des continents; la topographie des océans et son évolution sont
aussi tributaires de la tectonique des plaques.

On appelle souvent la terre, la planète bleue. Cela n'est pas étonnant, car comme le montre la
coupe ci-dessous, les océans couvre 71% de la surface de la planète. Les points extrêmes du
relief de la surface de la lithosphère sont : le mont Everest dans l'Himalaya, le point le plus
haut, à 8 848 m, et la fosse des Mariannes, le point le plus profond dans l'océan, à 11 034 m
de profondeur. On a donc un dénivelé total de 20 000 m (20 km).

Les couches superficielles de la Planète contiennent les ressources naturelles minérales


essentielles à la survie de l'Homme: eaux souterraines, combustibles fossiles et gîtes
métallifères. Plusieurs de ces ressources originent des processus de surface.

Si la planète Terre est capable de maintenir de l'eau liquide à sa surface, condition essentielle
pour l'apparition et le maintien de la Vie, c'est en grande partie parce qu'elle possède des
systèmes naturels de recyclage des éléments essentiels à cette Vie: carbone, azote, phosphore,
soufre et oxygène. Ultimement, ces systèmes de recyclage sont liés à la tectonique des
plaques. Dans cette perspective, l'analyse des interactions entre atmosphère, hydrosphère,
litho/asthénosphère et biosphère permet de mieux comprendre les enjeux actuels en ce qui
touche les changements climatiques.

3.1 - Les Continents


La surface des continents est perpétuellement modelée par trois agents principaux : l'eau, la
glace et le vent. Dans ce chapitre, on verra comment agissent ces trois agents et quels en sont
les résultats. Globalement, les continents tendent à s'éroder, ce qui entraîne une diminution de
l'épaisseur de la croûte continentale qui, en vertu du principe de la compensation des masses,
causera une remontée isostatique.

Il existe une zone tampon entre continent et océan : le littoral soumis à la fois aux processus
terrestres et marins.

3.1.1 - Les eaux de ruissellement

Le schéma qui suit présente de façon simple le bilan hydrique de la surface terrestre.

On y voit que moins de 7% de l'eau du cycle total est disponible pour modeler les continents
par ruissellement, mais il s'agit d'un agent très efficace.

C'est bien connu, les eaux de ruissellement creusent les vallées. La profondeur, la largeur et
les formes de ces dernières se modifient avec le temps. Les schémas qui suivent illustrent ces
modifications.
Le stade de jeunesse d'une vallée fluviale se caractérise par du creusement qui conduit à la
formation d'une vallée étroite en forme de V; les reliefs sont accentués le long du cours d'eau
et on retrouve chutes, cascades et rapides.

A l'étape de la maturité, le cours d'eau aplanit ses reliefs et diminue son gradient de pente; il
commence alors à éroder latéralement, élargissant la vallée et créant, par ses dépôts, une
plaine d'inondation. Cette dernière se construit par l'apport constant de sédiments issus de
l'érosion en amont et par l'épandage dans la vallée de ces sédiments durant les périodes de
débordement dues aux crues.
Le stade de vieillesse de la vallée est atteint lorsque celle-ci est beaucoup plus large que les
plus larges méandres du cours d'eau. A noter que les tributaires du cours d'eau principal
contribuent eux aussi à aplanir les reliefs adjacents.

Le schéma qui suit illustre comment agissent les processus d'érosion et de dépôt dans un cours
d'eau méandrique.

Dans un méandre (profils du haut et du bas), l'érosion se fait sur la rive concave, à pente raide,
là où la vitesse du courant est la plus grande, alors que le dépôt se fait sur l'autre rive,
convexe, là où la vitesse du courant est plus faible, formant une terrasse alluviale (ou barre de
méandre). Le couple érosion-dépôt entraîne une migration latérale du méandre, causant un
élargissement de la vallée au stade de maturité et une remobilisation des sédiments au stade
de vieillesse de la vallée.
Pour bien saisir comment se fait l'aplanissement de tout un continent ou d'une partie de
continent sous l'action des eaux de ruissellement, il est une notion importante à connaître : le
profil d'équilibre d'un cours d'eau et son ajustement à un niveau de base.

Ce profil d'équilibre s'établit par l'ajustement à un niveau de base. Ce niveau de base est défini
par le niveau d'eau du réservoir dans lequel se jette le cours d'eau (autre cours d'eau plus
important, lac, réservoir hydroélectrique, mer, etc.). Ainsi, un cours d'eau qui se jette dans un
lac creusera son lit jusqu'à ce qu'il atteigne son profil d'équilibre défini par le niveau d'eau du
lac.

Sur ce schéma, l'échelle verticale est fortement exagérée. En fait, à l'équilibre, le gradient de
pente du cours d'eau est très faible.Tant que le lac est présent, le cours d'eau ne peut éroder
plus bas que ce profil.

Si de manière naturelle ou anthropique le lac est drainé (comme par exemple, le lac 1 sur le
schéma qui suit), le cours d'eau recommence à creuser et ajuste son profil à un nouveau
niveau de base, ici le niveau du lac 2.

Avec le drainage du lac 2, un nouveau profil d'équilibre s'établit. Ultimement, le niveau de


base est le niveau marin.
Ceci explique comment les continents tendent à être érodés jusqu'au niveau marin (niveau
zéro). Cela est théorique, car dans la nature, il y a des événements qui font qu'on atteint
rarement une telle situation, entre autre, à cause de la dynamique de la tectonique des plaques.

Les travaux humains peuvent contribuer à modifier de façon significative le profil des cours
d'eau: un abaissement du niveau de base par des travaux de creusement par exemple risque
d'entraîner des problèmes d'érosion à la grandeur de toute une région. A l'inverse, la
construction de barrages créant un lac de barrage entraîne l'accumulation de sédiments.

Les changements du niveau de base peuvent se faire aussi à l'échelle planétaire. Nous savons
par exemple que, dans le passé, le niveau des mers a fluctué constamment. Il y a un certain
nombre de causes à ces fluctuations, les deux principales étant les changements de volume
des océans reliés à la tectonique des plaques et le stockage de glaces aux pôles durant les
glaciations.

Un abaissement du niveau des mers entraîne, pour les continents, un changement du profil
d'équilibre des cours d'eau. Voici, par exemple, comment évoluera le relief d'une région dont
le niveau de base aura été abaissé. Prenons une région qui a atteint son niveau d'équilibre (le
niveau marin par exemple); il s'agit de ce qu'on appelle une pénéplaine.
Si le niveau de base est abaissé (flèche), le cycle de l'érosion est remis à zéro et la région,
plane au départ, accusera des reliefs de plus en plus accentués à mesure que les cours d'eau
creuseront pour atteindre leur profil d'équilibre par rapport au nouveau niveau de base.
Lorsque ces derniers auront atteint leur profil d'équilibre, la région s'aplanira progressivement
pour devenir une nouvelle pénéplaine.
3.1.2 - Le rabotage par les glaces

Si les eaux de ruissellement constituent un agent d'érosion très important, l'eau sous sa forme
solide, la glace, est aussi très efficace pour modeler les surfaces continentales.

Lorsque les températures moyennes d'une région se situent sous 0°C, les précipitations se font
le plus souvent sous forme de neige et, surtout, les fontes ne sont pas suffisantes pour
empêcher qu'il n'y ait accumulation de neige et de glace. On reconnaît deux grandes zones
d'accumulation des glaces : les régions polaires et les régions en hautes altitudes. On aura
conséquemment deux grands groupes de glaciers : les calottes polaires, et les glaciers alpins
(ou de montagnes), en hautes altitudes.

Les calottes polaires

On estime que les glaces couvrent aujourd'hui à peu près 10% des masses continentales. La
calotte polaire de l'Antarctique est la plus grande et la plus épaisse. Elle couvre pratiquement
tout le continent antarctique.

A son centre, la glace atteint une épaisseur de 4 000 m. C'est une énorme quantité de glace.
Les forages faits à travers ces glaces par les soviétiques en 1988 ont montré que les premiers
2 000 m avaient mis 150 000 ans à s'accumuler, soit un taux annuel moyen d'accumulation de
glace de 1,3 cm. Plus récemment, en 1998, un forage a atteint 3623 m de profondeur,
représentant 400 000 ans d'accumulation pour un taux annuel moyen de 0,9 cm.

L'autre calotte polaire, celle du Groenland, est un peu plus mince, 3 000 m au centre. Des
forages complétés en 1992 par un consortium de 8 pays européens ont montré qu'il a fallu 250
000 ans pour accumuler ces 3 000 m, soit un taux moyen semblable à celui de l'Antarctique de
1,2 cm/an.

Cette masse de glace crée une surcharge énorme sur la croûte continentale. Compte tenu de la
densité de la glace qui est de l'ordre de 2,7 fois moindre que celle des roches de la croûte
terrestre continentale, on peut simplifier en disant qu'ajouter 2 700 m de glace, c'est comme
ajouter une épaisseur de 1 000 m de roches à la croûte continentale. Comme la lithosphère
continentale "flotte" sur l'asthénosphère, cette surcharge, qui se fait dans un laps de temps
géologique très court, a pour effet d'enfoncer le continent.

Les glaciers alpins

On réfère à la glaciation qui se confine aux hautes montagnes comme à la glaciation alpine,
différente de la calotte polaire; alpine, parce que c'est dans les Alpes que ce type de glaciation
a d'abord été décrit. En hautes montagnes, on aura deux types de glaciers: la calotte alpine
formant une grande superficie de glace couvrant les sommets, à partir de laquelle s'écoulent
des glaciers alpins confinés aux vallées (on dit aussi glaciers de montagnes, glaciers de
vallées). Dans les secteurs montagneux qui se situent au-dessus de la limite des neiges
persistantes, c'est-à-dire sous 0°C en moyenne, l'eau s'accumule sous forme de neige qui se
compacte en glace. Mais la glace ne peut s'accumuler indéfiniment. Puisque les zones
d'accumulation ne sont pas confinées, la glace s'écoule. Il peut paraître difficile de concevoir
que la glace s'écoule, mais, en faisant intervenir le facteur temps, la glace se comporte comme
un matériau plastique, ou tout au moins semi-plastique. Le poids du matériel à la zone
d'accumulation initie et conduit l'écoulement de la glace en poussant sur toute la masse qui
s'écoule. Cet écoulement est lent: 180 m/an pour les plus grands glaciers des Alpes, de 90 à
150 m/an pour les glaciers plus petits.

Le schéma suivant illustre le système glaciaire alpin.

Le glacier se répand sur une certaine distance. Rendu à une altitude où les températures
moyennes sont au-dessus de 0°C, il y a fonte et évaporation au front du glacier. Si les
températures annuelles moyennes et le taux de précipitation demeurent assez constants sur
une période de temps assez longue, soit plusieurs dizaines ou même centaines d'années, il
s'établit un équilibre entre l'alimentation, la vitesse d'écoulement, et la fonte et évaporation au
front, ce qui fait que le front du glacier demeure stationnaire. Si au contraire, il y a
augmentation ou diminution des températures moyennes, le front retraite ou avance. Sur le
glacier et au front du glacier, la fonte de la glace produit des eaux de circulation qui
distribuent les sédiments piégés dans le glacier et forment, à l'avant du glacier, une plaine
d'épandage.

Les glaciers alpins sculptent la montagne d'une manière bien caractéristique, facilement
reconnaissable. Les schémas qui suivent illustrent ce modelage. Les glaciers empruntent
souvent un relief déjà modelé par les cours d'eau. Rappelons que les vallées creusées par les
cours d'eau ont un profil en V (voir à la section 3.1.1).
Durant la glaciation, l'écoulement des glaces creuse à nouveau les vallées.

L'épaisseur d'un glacier se mesure généralement en plusieurs dizaines, parfois même jusqu'à
quelques centaines de mètres. C'est une masse importante qui agit sur la roche de fond comme
un bulldozer. Le creusement n'est pas instantanné, mais se fait progressivement à mesure de
l'écoulement sur de longues périodes de temps. Progressivement, vont se creuser des vallées
qui peuvent atteindre des centaines de mètres de profondeur. Ces vallées auront un profil bien
caractéristique en U (on dit aussi en auge).

Après la fonte des glaces, on aura un paysage de cirques glaciaires (anciennes zones
d'accumulation de la glace), de vallées dites en U (auges glaciaires), de pics et d'arêtes
délimitant des vallées suspendues résultant du creusement par des glaciers plus petits venant
se fondre dans le glacier principal.
Le substrat rocheux porte la marque des glaciers: les roches sont moutonnées (arrondies par le
frottement), ou cannelées, ou encore striées par les cailloux entraînés dans la glace, ce qui
permet de déterminer la direction et le sens d'écoulement de la glace une fois le glacier
disparu.

Le glacier arrache des matériaux au substrat rocheux; tout ce matériel sédimentaire produit
directement par l'action de rabotage de la glace sur la roche porte le nom général de moraine.
Les eaux de fonte du glacier redistribuent les matériaux glaciaires sur une plaine d'épandage;
il y a tout un cortège de dépôts qu'on dit fluvio-glaciaires. Le retrait du glacier laisse sur
place tous ces dépôts qui caractérisent les paysages glaciaires.

Voici les principaux dépôts qui caractérisent le paysage post-glaciaire :


Moraine frontale: dépôt formé au front du glacier, quand le glacier a atteint son avancé
maximum et qu'il est stationnaire, par l'amoncellement des fragments rocheux de toutes tailles
arrachés au substrat par le glacier, ainsi que des sédiments produits par l'abrasion de la glace
sur la roche. Ce mélange de sédiments s'appelle un till.

Moraine de fond: dépôt morainique sous le glacier.

Moraine latérale: dépôt morainique aux marges du glacier confiné.

Drumlin: moraine de fond remodelée par l'avancé du glacier.

Esker: dépôt fluvio-glaciaire serpentiforme formé par des cours d'eau confinés qui se
situaient à l'intérieur ou sur le glacier; la fonte du glacier laisse un lacet de sédiments.

Kame: dépôt fluvio-glaciaire dans une cavité ou une dépression du glacier qui, après la fonte
forme de petits monticules.

Kettle: dépression dans une moraine ou un dépôt fluvio-glaciaire créée par la fonte d'un bloc
de glace emprisonné dans les matériaux.

3.1.3 - L'action du vent

Le vent constitue un facteur important d'érosion et de transport des sédiments à la surface de


la planète. Il est particulièrement actif dans les régions sèches où la végétation est quasi-
absente, comme les déserts. Les régions désertiques, qu'on définit comme les régions qui
reçoivent moins de 20 cm de précipitations/an, couvrent près du tiers de la surface terrestre.
Les grands déserts du monde (Sahara, Kalahari, Gobi, les déserts d'Australie) se trouvent
entre les latitudes 10° et 30° de part et d'autre de l'équateur.
Ces régions sont constamment sous des conditions de haute pression atmosphérique où
descend l'air sec, ce qui est aussi vrai pour les régions polaires qui sont aussi considérées
comme désertiques compte tenu qu'elles reçoivent moins de 20 cm/an de précipitations (en
équivalent pluie).

La répartition des déserts est déterminée par la circulation atmosphérique qui, elle, dépend de
la radiation solaire.

L'air chauffé dans les régions équatoriales a tendance à monter. Il se crée donc à l'équateur, un
flux d'air ascendant qui détermine une zone de basse pression: le creux équatorial. Arrivé dans
la haute atmosphère plus froide, cet air ascendant très humide condense et forme les nuages et
pluies de la zone équatoriale. L'air se débarasse donc de son humidité; il s'assèche. Il
redescend au niveau des latitudes 30°, sous forme d'un air très sec, pour former une zone de
haute pression. Ce couple ascension-descente forme une cellule de circulation atmosphérique,
la cellule tropicale. Ceci engendre une autre cellule atmosphérique, la cellule tempérée qui
crée, autour des latitudes 60°, des courants ascendants. Plus vers les pôles, les cellules
polaires vont ramener dans les cercles polaires de l'air sec. Il en résulte que les régions qui se
situent à la hauteur des latitudes 30° et 90°, dans les deux hémisphères, sont balayées par de
l'air sec.

C'est pourquoi on y retrouve les grandes zones désertiques, non pas à l'équateur, comme on
pourrait le penser puisqu'il y fait le plus chaud, mais autour des latitudes 30°. Il peut sembler
paradoxal de qualifier les cercles polaires de déserts, mais effectivement, même s'il y fait
froid, ce sont des déserts où les précipitations sont minimes.

Dans les déserts, l'agent principal d'érosion et de transport des matériaux est le vent. Si le vent
peut agir si efficacement pour éroder et transporter les particules, c'est qu'il n'y a ni humidité,
ni végétation pour retenir celles-ci et les stabiliser. Le vent qui balaie la surface du sol
entraîne donc facilement ces particules. Les particules sont transportées selon trois modes.

Les plus grosses se déplacent par roulement ou glissement (traction) à la surface du sol, sous
l'effet de la poussée du vent ou des impacts des autres particules. Les particules de taille
moyenne (sables) se déplacent par bonds successifs (saltation). Les particules très fines
(poussières) sont transportées en suspension dans l'air (loess), souvent sur de très grandes
distances.

Il en résulte deux structures importantes des déserts : les pavements de désert et les champs de
dunes.

Le vent entraîne les particules de la taille des sables, mais n'a pas l'énergie nécessaire pour
soulever ou rouler les plus grosses particules. Ainsi, ces plus grosses particules se concentrent
progressivement à mesure de l'ablation des sables pour former finalement une sorte de
pavement qui recouvre les sables et les stabilise, ce qui, par exemple, permet aux véhicules
robustes de rouler aisément.

Les sables transportés par le vent s'accumulent sous forme de dunes.


Ces dernières se déplacent, sous l'action du vent, par saltation des particules sur le dos de la
dune; elles viennent se déposer sur le front de la dune, soit par avalanche, soit parce qu'elles
sont piégées par le tourbillon que fait le vent à l'avant de la dune. C'est ce qui cause la
structure interne en laminae parallèles inclinées qui indiquent le sens du déplacement de la
dune.

3.1.4 - Érosion et isostasie

A l'échelle continentale, l'érosion par les eaux de ruissellement, la glace et le vent tend à
aplanir les reliefs vers un profil de base qui est le niveau des mers.

Selon le principe d'isostasie (rappelons que la lithosphère "flotte" sur l'asthénosphère),


l'ablation d'une tranche de matériaux à la surface d'un continent entraîne un rééquilibrage des
masses; il y a remontée de l'ensemble de la lithosphère continentale.

De cette manière, la croûte continentale s'amincit progressivement; on tend vers la pénéplaine


et vers une épaisseur de croûte continentale qui soit compatible avec l'épaisseur de la croûte
océanique, en conformité avec les densités respectives des deux croûtes.
En contrepartie, la surcharge due à l'addition de sédiments sur la lithosphère océanique crée
un enfoncement qu'on appelle de la subsidence.

"How many years can a mountain exist


Before it's washed to the sea?" (Bob Dylan).

Poser cette question, c'est s'interroger sur la perrenité de choses qui semblent faites pour durer
toujours. Mais, on le sait, les montagnes s'érodent. Combien faut-il de temps (géologique)
pour effacer un relief montagneux?

L'étude comparative des volumes de sédiments dans les bassins océaniques issus de l'érosion
de diverses chaînes de montagnes anciennes et des volumes restants des chaînes a permis d'en
arriver à une certaine approximation exprimée par cette courbe.

Il y a deux paramètres antagonistes à considérer: l'érosion qui abaisse la chaîne et le


rééquilibrage isostatique qui la soulève. On considère que l'érection de la chaîne ne dure que
quelques millions d'années à peine, soit de 2 à 5 Ma. Dans la dernière phase de l'érection de la
chaîne, on peut dire que le taux d'érosion est égal au taux de soulèvement. On estime qu'à la
fin de cette phase, pour une surrection absolue de 6000 m, il y a eu l'équivalent de 1000 m
d'érosion; la surface de la chaîne se trouve donc à 5000 m d'altitude. L'érosion sera plus
efficace sur des reliefs jeunes et accentués que sur des reliefs plus vieux aplanis. Il s'ensuit
que le taux d'abaissement sera plus élevé au départ et qu'il décroîtra progresssivement avec le
temps. Le rééquilibrage isostatique par rapport à l'érosion se fait dans une proportion de 4:5
(c'est-à-dire que pour 5 m d'érosion, il y a une remontée de 4 m). Le taux initial d'érosion de la
chaîne est évalué à 1 mètre par 1000 ans (= 1000 m/Ma), ce qui donne un taux net
d'abaissement de la chaîne de 200 m/Ma (soit une érosion de 1000 m et une remontée de 800
m pour respecter le rapport de 4:5). Mais le rythme de l'érosion diminue avec l'aplanissement
progressif des reliefs. La courbe montre qu'après 15 Ma, la surface est abaissée à la moitié de
sa hauteur initiale et que le taux net d'abaissement de la surface y est de 100 m/Ma. Après 30
Ma, la surface est abaissée au quart de sa hauteur initiale, avec un taux d'abaissement net de
50 m/Ma. En 60 Ma, la chaîne de montagnes est réduite à un nouveau segment de bouclier qui
progressivement tend vers le profil de base (niveau zéro) qui serait atteint théoriquement après
90 Ma.

Dans la nature, il n'est pas évident que la chaîne va se rendre à son stade de pénéplaine. Les
reliefs peuvent être rajeunis, par exemple à la faveur de soulèvements reliés à la dynamique
de la tectonique des plaques, ou être inhibés et même recouverts de sédiments par un
enfoncement (subsidence) sous le niveau de base, par exemple, sous le poids des glaces.
Même s'il s'agit ici d'une généralisation, il n'en demeure pas moins que ce genre d'études offre
des ordres de grandeur.

3.1.5 - Le littoral : zone tampon entre continent et océan

Le littoral est cette zone de transition entre continent et océan. Il est soumis à deux ensembles
de processus, les processus continentaux et les processus marins. Il est le lieu d'arrivée de tout
le matériel érodé sur le continent, mais il est aussi le lieu de transit de ces matériaux qui
ultimement seront redistribués dans la grande fosse qu'est l'océan. Une partie du matériel
sédimentaire qu'on retrouve au littoral provient de l'érosion des côtes, mais, en volume, le
gros de ce matériel provient de l'érosion des surfaces continentales et est amené au littoral en
des points bien spécifiques, les deltas, qui constituent la décharge des grands cours d'eau.
Ces détritus sédimentaires sont redistribués le long du littoral par les courants littoraux. Une
partie du matériel pourra retourner au continent lorsqu'arraché sur les plages par le vent et
transporté pour former des dunes côtières. Mais le gros du matériel sera éventuellement
apporté vers la haute mer de diverses façons.

L'appareil deltaïque

Les deltas constituent des lieux d'accumulation sédimentaire impressionnants, tant en


superficie qu'en épaisseur. Ils construisent de grandes plaines marécageuses qui constituent
des écosystèmes très importants à la surface de la planète. De plus, ils forment des corps
sédimentaires très propices à la formation de réservoirs d'hydrocarbures comme, par exemple,
le delta du Mississippi.

La vue en plan de la figure qui suit montre un cours d'eau qui vient se jeter en mer.
Les sédiments dans le cours d'eau sont chenalisés, c'est-à-dire confinés au cours d'eau. Ils sont
transportés souvent avec une vitesse assez élevée. Lorsque la charge du cours d'eau arrive
dans la mer, le courant perd son énergie et les sédiments se dispersent, en s'étalant sur un
delta : une zone d'accumulation triangulaire en plan (de là le terme de delta).

La vue en coupe montre comment, avec l'apport continue de sédiments, le delta avance
progressivement : il prograde. Des quantités énormes de sédiments s'empilent. Le delta du
Mississippi, par exemple, a déposé 4000 m de sédiments durant le dernier million d'années,
soit un taux d'accumulation de 4 m par 1000 ans, ce qui est un taux énorme à l'échelle
géologique. Il a progradé de près de 100 km durant les derniers 5000 ans.

L'avancé du delta construit une vaste plaine, la plaine deltaïque, dont la surface se maintient
à peu près au niveau de la mer, de là l'origine de ces marais qui caractérisent les plaines
deltaïques; par exemple les fameux bayous de la Louisiane. C'est au front deltaïque que se
déposent les sédiments les plus grossiers, sables et graviers, amenés par le cours d'eau
principal ou ses tributaires. On appelle ces sédiments la charge de fond, car ce sont les
sédiments qui sont transportés sur le fond des cours d'eau. La charge de suspension, cette
portion des sédiments qui est maintenue en suspension pour une certaine distance et qui se
dépose plus au large vient former ce qu'on appelle le prodelta. Ces sédiments fins sont gorgés
d'eau et forment des pentes assez fortes. C'est là une situation propice aux glissements de
terrains sous-marins qui, par exemple, causent énormément de problèmes aux plates-formes
de forages pétroliers ancrées sur le delta du Mississippi.

Le régime sédimentaire littoral et l'aménagement des côtes

Une grande partie des sédiments déposés sur les deltas est redistribuée le long du littoral.
Cette redistribution se fait principalement grâce aux courants littoraux qui sont des courants
parallèles à la côte.

Les vagues engendrées en mer par le vent sont le moteur de ces courants. Lorsqu'elles
frappent le rivage avec un certain angle, ce qui est le plus souvent le cas, elles empilent l'eau
qui devra donc se déplacer dans le même sens que la propagation de la vague, parallèlement
au rivage. Ces courants littoraux transportent continuellement les sables de la plage.

Pour une région donnée, divers paramètres servent à établir le budget sédimentaire de la côte.
L'interaction de ces paramètres se traduira par un bilan à l'équilibre, une accrétion de la plage
ou par l'érosion de la côte.
Cet état se maintient aussi longtemps que les conditions ne sont pas modifiées, soit par la
nature elle-même, soit par l'intervention de l'homme. L'aménagement du territoire côtier doit
tenir compte de ce budget. Voici deux exemples pour illustrer les effets de l'intervention
humaine sur l'évolution du profil littoral.

L'installation d'une jetée par quelqu'un qui souhaite protéger son bout de plage des vagues
peut avoir des conséquences indésirées.

Dans ce cas, il y avait un équilibre entre les entrées et les sorties de sable, et surtout une
certaine constance dans le transport littoral. La jetée vient bloquer le transport du sable,
amenant de l'accumulation en amont de la jetée; ce sable n'étant plus apporté en aval de la
jetée, il se crée un déficit qui laisse libre cours à l'érosion par les vagues de la plage.

La construction d'un brise-lames fait en sorte qu'à l'ombre du brise-lames, il n'y a plus de
vagues (l'effet recherché), mais il n'y a plus de courant ni de transport et, par conséquent, il y
a de l'accumulation; mais un peu plus loin, les vagues regénèrent le courant qui se chargera de
transporter la plage.
3.2 - Les Océans

Les océans couvrent 70% de la surface de la Planète. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il
s'agit d'un élément important. L'océan est la grande fosse dans laquelle se retrouve, en bout de
ligne, les matériaux qui ont été arrachés aux continents. Mais l'océan produit aussi ses propres
matériaux sédimentaires, principalement par la Vie qu'elle soutient. Un réservoir d'eau aussi
immense ne peut faire autrement qu'agir comme régulateur de grands cycles géochimiques.
Dans la seconde moitié du XXème siècle, l'homme a exploré cet océan et y a fait des
découvertes étonnantes.

3.2.1 - Le relief des fonds océaniques

Le relief des fonds océaniques est un héritage de la tectonique des plaques.

Voyons d'abord les grandes lignes du relief des fonds océaniques exprimé par la figure
suivante.
Le plateau continental, correspondant à la marge de la croûte continentale, est de
bathymétrie (profondeur d'eau) très faible comparativement au reste de l'océan, de zéro à
moins de 200 mètres. Sa pente moyenne est très faible, 0° 7' seulement. Le talus continental
a une pente de l'ordre de 4° seulement, mais qu'on représente le plus souvent, dans notre
iconographie habituelle, comme très abrupte. Par rapport au plateau continental, il s'agit
néanmoins d'un changement de pente relativement brusque, créant une rupture de pente
importante et marquée. Cette rupture se fait à une profondeur de 132 mètres en moyenne. A la
base du talus, il y a une sorte de bombement qu'on appelle le glacis continental. Toute cette
zone qui va, du rivage jusqu'à la base du glacis, forme ce qu'on appelle la marge
continentale.

Le bassin océanique proprement dit est formé de la plaine abyssale (4000 à 6000 mètres de
profondeur) et la crête médio-océanique (2000 à 3000 mètres). Des fosses profondes
caractérisent le pourtour du Pacifique (la fosse des Mariannes atteint les 11 033 mètres).

On comprend mieux l'origine de ces reliefs lorsqu'on sait comment se forme un océan. La
topographie d'une marge continentale a hérité du processus de rifting, d'abord continental,
puis océanique. Le plateau continental correspond à la croûte continentale, et la rupture de
pente, à la terminaison de cette croûte. La couverture sédimentaire vient adoucir les reliefs de
la croûte. Le glacis correspond à l'empilement des sédiments à la base du talus. Dans la figure
ci-haut, il s'agit d'une marge océanique dite passive, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'activité
tectonique significative: croûte océanique et croûte continentale font partie de la même plaque
lithosphérique. Dans la figure qui suit, la marge est dite active, à cause de la collision entre
deux plaques. Les fosses profondes correspondent à des zones de subduction et constituent la
frontière entre les deux plaques lithosphériques.
3.2.2 - Les dépôts océaniques

Dans son ensemble, la charge sédimentaire du littoral n'est qu'en transit; en bout de piste, le
gros des sédiments qui proviennent de l'érosion des continents va se retrouver surtout sur le
glacis aux pieds du talus.
Un partie de la charge sédimentaire du littoral est transportée vers le large (l'offshore),
principalement par suspension. Il s'agit des sédiments à particules fines, soit les boues et les
sables très fins. Occasionnellement, lors des grandes tempêtes par exemple, des sables un peu
plus grossiers peuvent être amenés dans l'offshore; mais, dans l'ensemble, l'offshore, et
particulièrement la marge du plateau continental, se caractérisent par l'empilement de
sédiments plutôt fins. L'autre partie de la charge sédimentaire du littoral, soit les sédiments
plus grossiers, sables et graviers, est apportée à la base du talus, sur le glacis continental. Ces
sédiments sont chenalisés dans les canyons sous-marins qui, à plusieurs endroits, entaillent le
plateau continental. Ces canyons sont le plus souvent les vestiges d'une érosion qui s'est faite
durant des périodes où le niveau des mers était beaucoup plus bas qu'aujourd'hui; certains
prennent leur source tout près du littoral.

Les sédiments y sont transportés par divers mécanismes, tels les avalanches, le glissement en
masse, les courants de turbidité, ou la simple reptation (un glissement très lent de la masse
sédimentaire). Il se forme des cônes sédimentaires très volumineux à l'embouchure des
canyons, de véritables deltas des grandes profondeurs. A la marge du plateau continental, au
voisinage de la rupture de pente et sur le talus, l'accumulation des matériaux crée des masses
sédimentaires souvent en équilibre fragile et le moindre séisme ou simplement les effets de la
surcharge contribuent à briser l'équilibre, amenant fréquemment des avalanches qui entraînent
de grandes masses de sédiments qui se déposent sur le glacis et construisent ainsi ce dernier.

La sédimentation à la marge continentale est donc principalement terrigène, c'est-à-dire que


les matériaux proviennent de l'érosion des continents. Mais l'océan contribue aussi à produire
ses propres sédiments. Le plancton est un des éléments essentiels des océans.

Le plancton constitue l'ensemble des microorganismes qui vivent à la surface des océans, dans
une couche qui fait jusqu'à plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur et qui dépasse même les
100 mètres par endroits; c'est une véritable soupe organique. Une grande proportion de ces
microorganismes possède un squelette minéralisé, soit en carbonate de calcium (CaCO3, le
minéral calcite ou aragonite), comme par exemple les foraminifères ou certaines microalgues
du nannoplancton, soit en silice (SiO2), comme les diatomées et les radiolaires. Après la mort
d'un individu, son squelette devient une particule sédimentaire. Il s'ensuit que la surface des
océans produit une pluie continuelle de très fines particules. Cette pluie, composée de
matières organiques non encore oxydées (M.O.), de CaCO3 (calcite et aragonite) et de silice
(SiO2) produit une couche sédimentaire sur le plancher océanique. Il existe une limite
naturelle en milieu océanique qu'on appelle la CCD (carbonate compensation depth = niveau
de compensation des carbonates) et qui a une influence importante sur la composition des
sédiments des fonds océaniques. Le plancher océanique se trouve par endroits sous ce niveau,
mais en d'autres endroits au-dessus de ce niveau.

En somme, le gros des sédiments au large des marges continentales est produit par l'océan lui-
même, biologiquement; ces sédiments forment, à la grandeur des plaines abyssales et des
zones de dorsales, une couche composée d'un mélange de matières organiques, de silice et
possiblement de carbonates, avec des proportions variables d'argiles et de poussières
atmosphériques.

Au milieu des années 1970, une découverte étonnante, les sources hydrothermales des fonds
océaniques, a mis en évidence un type très particulier de dépôts océaniques: des dépôts
métallifères de sulfures massifs. Ces dépôts se font à la faveur d'un système hydrothermal aux
dorsales médio-océaniques illustré par le schéma suivant:

Des sources hydrothermales jaillissent de grandes cheminées, les fumeurs noirs, sur les fonds
océaniques. Elles proviennent du mélange de deux types de fluides: 1) les fluides
hydrothermaux magmatiques, issus des vapeurs d'eau qui s'échappent du magma qui
cristallise; ces fluides hydrothermaux qui peuvent être chargés en métaux dissouts s'infiltrent
dans les fractures de la croûte océanique et remontent vers la surface; 2) l'eau de mer qui
s'infiltre aussi dans les fractures de la croûte; ces eaux marines ont des températures de l'ordre
de 2°C, un pH marin légèrement alcalin de 7,8 et sont oxydantes; elles contiennent
passablement d'ions sulfates (SO42-), mais sont très pauvres en métaux. Le mélange se fait en
grande profondeur (quelques milliers de mètres). C'est un mélange hydrothermal à 350°C,
bien différent de l'eau marine, qui est craché par les sources des fonds océaniques. Il est éjecté
avec des vitesses de 2 à 4 cm/sec; il est réducteur et son pH est acide (3,5); il contient de
l'hydrogène sulfuré (H2S) et, surtout, il est très chargé en métaux tels que le fer, le
manganèse, le zinc et le cuivre. C'est ce qui conduit à une accumulation de sulfures massifs
métallifères.

Comme le montre le schéma qui suit, lorsque le mélange de la source hydrothermale


rencontre l'eau marine riche en ions sulfates, il se forme d'abord un collet de sulfate de
calcium (CaSO4; anhydrite) par précipitation chimique; puis à la faveur d'une réaction
chimique entre ce sulfate de calcium et les ions métalliques de la solution chaude, le sulfate
est remplacé par les sulfures de fer, de zinc et de cuivre.

La présence d'inclusions d'anhydrite persistant dans les sulfures métalliques témoigne de ce


processus de remplacement. Progressivement, se construit la cheminée par croissance de son
collet de sulfate de calcium qui, exposée à la solution chaude métallifère, se transforme en
sulfure métallique.

Il y a un autre aspect important relié à l'existence de ces sources hydrothermales. Ce système


agit comme une pompe très efficace qui aspire l'eau de mer à travers la croûte océanique et la
réinjecte dans le bassin océanique au niveau des sources. On évalue qu'il faut de 6 à 10
millions d'années (Ma) pour que tout le volume d'eau des océans passe à travers cette pompe;
en d'autres termes, l'eau des océans est recyclée à chaque 6 à 10 Ma.
3.2.3 - La Vie dans les océans

Trois zones marines benthiques retiendront ici notre attention, à cause de leur importance
géologique: les plateaux continentaux calcaires, l'écosystème récifal corallien et les oasis des
fonds océaniques.

Les plateaux continentaux calcaires

Au chapitre de la sédimentation en milieu marin, on a surtout insisté, à la section 3.2.2 ci-


haut, sur le fait que l'érosion des continents était le principal contributeur à la charge
sédimentaire sur la marge continentale (charge terrigène). Mais cela n'est pas toujours vrai. Il
arrive que la vie dans les océans soit si prolifique qu'en certains endroits elle contribue
énormément à cette charge sédimentaire.

Ces endroits, ils sont vastes: ce sont les plateaux continentaux et les plates-formes insulaires
qui se situent, en gros, entre les latitudes 30° N et 30° S (pour simplifier, disons les mers
tropicales). Sur ces plateaux, la vie benthique (celle qui se trouve sur le fond des mers) est
abondante, grâce à la combinaison de trois éléments essentiels à sa prolifération: une intensité
d'illumination élevée parce qu'en milieu peu profond, une température chaude et une bonne
oxygénation de l'eau grâce à une production importante par les photosynthétiseurs. Un grand
nombre d'organismes sécrètent un squelette calcaire (calcite ou aragonite) qui après la mort de
l'organisme contribue à la charge sédimentaire sous forme de particules (charge
allochimique). En fait, sur les plateaux des mers tropicales, ce sont essentiellement ces
sédiments issus de la production biologique qui dominent. Les beaux sables blancs des plages
tropicales en sont un bon exemple. On parle alors de plateaux ou de plates-formes calcaires.

Les taux de production des sédiments calcaires sont très élevés: on cite des chiffres de 1
m/millier d'années (Ka), ce qui est énorme à l'échelle géologique. (Le petit calcul fait plus
haut sur les taux de sédimentation des turbidites indique un taux de 30 cm/Ka, 3 fois moins
qu'ici). A titre de comparaison, le taux de sédimentation terrigène sur le delta du Mississipi est
de l'ordre de 4 m/Ka, soit 4 fois plus que pour les calcaires. Mais il faut voir que
l'accumulation sur un delta est localisée en un point et ne s'étend pas sur tout un plateau
continental. On peut dire que de façon générale, le taux de la sédimentation calcaire contrôlée
par la production biologique dépasse de beaucoup celui de la sédimentation terrigène. La vie
produit donc une masse impressionnante de sédiments calcaires et il n'est pas surprenant que
les séquences anciennes de roches sédimentaires soit si riches en calcaires.

L'écosystème récifal corallien

Si le gros de la biomasse océanique se situe au niveau du plancton, le maximum de la


biodiversité se trouve au niveau des récifs coralliens. En effet, on peut dire que le récif
corallien est aujourd'hui le dépositaire et le ceuset de la plus grande biodiversité marine, au
même titre que la forêt équatoriale l'est pour la biodiversité terrestre.

Les récifs coralliens se retrouvent sur les plateaux continentaux calcaires ou les plates-formes
insulaires en zone tropicale. Ils forment des barrières à la marge des plateaux continentaux, et
on les appelle alors des barrières récifales, ou encore une frange autour des îles volcaniques,
et on les appelle des récifs insulaires ou des atolls.
Lorsque les coraux s'implantent à la marge des plateaux continentaux, ils forment une barrière
à l'énergie venant de la haute mer.

Une des barrières récifales les mieux développées, et la plus longue, est la Grande Barrière
d'Australie qui se situe à la marge nord-orientale de ce continent. Elle borde le plateau
continental sur une distance de plus de 2000 km. Elle agit comme un amortisseur par rapport
aux processus de la haute mer.

Les vagues viennent se casser sur le récif. Les coraux devront y être robustes pour résister.
Cet amortisseur crée, entre la barrière et la côte, une zone où l'énergie, le brassage, est plus
faible: c'est le lagon. Il va s'y développer, entre autres, des récifs isolés où les formes plus
fragiles pourront proliférer.

La barrière de Belize, dans la mer des Caraibes est aussi une très belle barrière récifale. Elle
s'étend de la Pointe du Yucatan, au nord, jusqu'au golfe du Honduras, au sud, une distance de
plus de 600 km. Au niveau du Yucatan, le plateau continental est très étroit et la ceinture est
très près de la côte; il s'agit alors de ce qu'on appelle un récif frangeant. Par contre au niveau
du Bélize, la ceinture se situe de 20 à 30 km au large des côtes et forme une véritable barrière
récifale.

Les constructions récifales coralliennes se retrouvent aussi à la marge des étroites plates-
formes qui se développent autour des îles volcaniques des arcs océaniques, comme dans le cas
des petites Antilles, ou des volcans de point chaud, comme ceux du Pacifique. Quand on parle
de récifs coralliens, on évoque le plus souvent ces atolls de la Polynésie, avec de superbes
lagons bleus, îles paradisiaques, palmiers, petites huttes de bambous, etc, etc. Ces atolls sont
des récifs qui se sont développés après la formation de volcans de point chaud, à mesure que
ceux-ci s'éloignent de leur source. Les schémas qui suivent expliquent la formation d'un atoll.

On sait que le plancher océanique s'abaisse progressivement par rapport au niveau marin à
mesure que la plaque tectonique qui le supporte s'éloigne de la dorsale qui la forme, à cause
de son refroidissement progressif. Parce qu'il est transporté par une portion de plaque
océanique, un volcan de point chaud va aussi s'enfoncer progressivement à mesure de son
éloignement du point chaud qui l'a formé. Il faut aussi tenir compte que le volume de la
plaque ainsi que celui de l'appareil volcanique lorsque ces derniers sont à la hauteur du point
chaud diminueront à mesure de l'éloignement du point chaud.

Lorsqu'un volcan de point chaud a percé la surface marine pour former une île en zone
tropicale, les rives de cette île sont baignées par des eaux chaudes, bien illuminées et
oxygénées.

Durant la vie du volcan ou immédiatement après qu'il a cessé son activité, les coraux viennent
coloniser les fonds peu profonds et construire tout autour de l'île une frange récifale: c'est le
stade initial, le récif frangeant.

Avec le déplacement latéral de la plaque, il y a abaissement progressif de l'appareil


volcanique par rapport au niveau marin. Si les coraux sont capables de maintenir un rythme
de construction suffisant pour suivre le rythme de l'abaissement, la construction se fait
verticalement et délimite peu à peu entre elle et la côte de l'île une zone lagunaire.
A ce stade, il s'est développée une étroite plate-forme insulaire, avec sa petite barrière récifale
et son lagon. Avec la poursuite de l'abaissement de la plaque océanique, le sommet du volcan
en vient à être totalement submergé. La construction verticale de la marge récifale forme un
anneau, avec au centre le fameux lagon bleu: c'est l'atoll.

Les oasis des fonds océaniques

Pendant longtemps, en fait jusqu'à la découverte en 1977 des oasis des fonds océaniques
associés aux sources hydrothermales, on avait la certitude tranquille que toute la chaîne de la
vie sur terre dépendait entièrement de la photosynthèse. La découverte d'un peuplement
animal très dense associée aux sources hydrothermales, par 2500 mètres de fond, en absence
de toute lumière, avait de quoi bouleverser cette certitude. Les découvertes se sont faites
d'abord sur deux zones, la dorsale des Galapagos et la dorsale du Pacifique à 13° N, qui ont
été étudiées en détails, chacune comprenant quatre sites. Ces sites présentaient une faune si
riche qu'on leur a donné des noms évocateurs tels que le Jardin des Roses, le Banc des
Moules, le Jardin du Paradis, le Menu Fretin, etc. On sait qu'il n'y a pas que des sources
chaudes à 350°C comme celles qui forment les sulfures métallifères. Il y a aussi les sources
tièdes, à 15 ou 20°C, et intermédiaires (jusqu'à 40°C); c'est principalement autour de ces
sources que se retrouve le peuplement animal. En fait, on a réalisé que la température de l'eau
dans les peuplements les plus denses ne dépasse pas les 15°C.

On y a découvert que la biomasse, c'est-à-dire la quantité de matière vivante par unité de


volume, est de 10 000 à 100 000 fois plus grande sur ces sites que dans le milieu environnant.
Cette biomasse est constituée de formes variées qui pour la plupart sont nouvelles pour la
science.
Parmi les espèces dominantes, il y a de grands vers tubicoles qu'on appelle Riftia, qui vivent
dans un tube blanc nacré se terminant par un panache rouge et qui forment des buissons
denses, hauts de 2 mètres; à lui seul, un individu de tour de taille de 4 à 5 centimètres peut
atteindre 1,5 mètre de long. On y trouve aussi deux espèces de bivalves géants, sortes de
moules ou de palourdes, des ophiures, des crabes, des petits gastéropodes, des vers serpulidés,
des anémones de mer et des petits crustacées qui ressemblent à des homards.

Plutôt que d'utiliser la lumière comme source d'énergie première pour synthétiser des
carbohydrates comme le font les végétaux (processus de la photosynthèse), il y a ici des
bactéries qui tirent l'énergie d'un élément chimique très abondant dans le milieu des sources
hydrothermales, le soufre. C'est le processus de la chimiosynthèse. Ces bactéries se
retrouvent en symbiose dans les tissus des grands vers tubicoles. Dans une certaine mesure,
les vers constituent donc le premier maillon de la chaîne alimentaire. On a découvert aussi par
la suite que les grands bivalves possédaient eux aussi cette bactérie chimiotrope. Plus tard, on
a découvert sur la dorsale de l'Atlantique, des sortes de petites crevettes aveugles qui couvrent
de peuplements très denses les parois des cheminées et qui ont elles aussi ces bactéries
chimiotropes comme symbiotes.

Depuis, on a découvert qu'il existe de tels oasis en dehors des dorsales océaniques et qu'il y a
plusieurs situations qui peuvent amener l'émission de fluides sur les planchers océaniques. On
y a découvert que la chimiosynthèse ne se limite pas au soufre, car on trouve des faunes qui
dépendent d'autres produits tels le méthane (CH4) et l'azote de l'ammoniaque (NH3).

Cette découverte des oasis des fonds océaniques est importante. Non seulement est-elle venue
bouleverser notre compréhension de la vie au fond des océans, mais aussi remettre en
question nos hypothèses sur l'apparition de la vie sur terre (voir section 4).
3.2.4 - L'océan régulateur de températures et de salinité

Les océans couvrent 70% de la surface de la planète et forment un réservoir énorme qui agit
comme un régulateur très important. Nous nous limiterons ici qu'à deux aspects du rôle de
grand régulateur qu'est l'océan: l'océan régulateur des températures atmosphériques et l'océan
régulateur de sa propre salinité. Nous verrons plus loin (section 3.4) que l'océan joue un rôle
primordial dans plusieurs grands cycles biogéochimiques, entre autres, les cycles de l'oxygène
et du carbone.

L'océan régulateur des températures atmosphériques

Il y a une nette relation entre la circulation des eaux océaniques et les températures
atmosphériques. Les courants de surface sont reliés au régime des vents et contribuent à
réguler les températures atmosphériques. Durant la période estivale, l'océan absorbe les fortes
radiations solaires, les stocke sous forme de chaleur et redistribue ensuite cette dernière grâce
au divers courants océaniques de surface qui déplacent les masses d'eau chaude vers les
latitudes polaires et les masses d'eau froide vers les zones équatoriales et tropicales où elles
viennent se réchauffer.

Cet échange nord-sud a une forte influence sur les températures atmosphériques. On évalue
que s'il n'y avait pas ce régulateur, le flux de chaleur des latitudes méridionales vers les hautes
latitudes serait deux fois moindre, avec la conséquence que les contrastes entre les climats
seraient encore plus marqués: il ferait plus froid aux pôles et plus chaud à l'équateur.

Les courants profonds ne sont pas directement influencés par le régime des vents, mais sont
plutôt contrôlés par les changements de température et de salinité des masses d'eau. Les
océanographes ont reconnu un cycle important de la circulation océanique à l'échelle de
l'ensemble des océans et à une échelle de temps de l'ordre d'un millier d'années. C'est la
circulation thermohaline.

Il s'agit d'une boucle qui prend son origine dans l'Atlantique-Nord où les eaux froides
(refroidies par les vents froids du Canada), salées, denses et bien oxygénées plongent vers les
profondeurs, s'écoulent vers le sud sur les fonds océaniques tout au long de l'Atlantique,
traversent l'Océan Indien, puis remontent vers le nord le long du Pacifique, pour refaire
surface dans le Pacifique-Nord, froides et mal oxygénées. Ces eaux se réchauffent et
s'oxygènent tout au long de leur parcours en surface, du Pacifique à l'Atlantique, et, refroidies
à nouveau dans l'Atlantique-Nord, plongent pour recommencer le cycle. Il faut environ 1000
ans pour un aller-retour. C'est l'océan global (selon Broeker, 1995, Scientific American, v.
273).

Atmosphère et océan forment un couple intimement lié. La circulation atmosphérique


influence les courants marins et vice versa. Le meilleur exemple de cette relation intime est le
fameux phénomène El Niño.

L'océan régulateur de sa propre salinité

Qui ne s'est pas demandé un jour pourquoi l'eau de la mer est salée, alors que celle des lacs et
rivières ne l'est pas? L'eau marine contient en effet une quantité relativement importante de «
sels » dissouts (et non uniquement du sel, NaCl). Les constituants primaires des sels marins
sont, par ordre d'importance, les ions chlore Cl- (18,98 g/kg), sodium Na+ (10,56 g/kg), sulfate
SO42- (2,65 g/kg), magésium Mg2+ (1,27 g/kg), calcium Ca2+ (0,40 g/kg) et potassium K+ (0,38
g/kg). Sauf pour le calcium dont la quantité peut varier d'un endroit à l'autre, la proportion
entre chacun des ions est assez constante à la grandeur des océans. Avec d'autres ions en
quantité moindre, ces principaux ions comptent pour 35 g/kg en moyenne dans les océans,
qu'on exprime plus communément en pour-mille, soit 35‰, la salinité dite normale de
l'océan. On a vu à la section 2 du cours que ces ions peuvent se lier entre eux pour former les
minéraux de la séquence évaporitique, la calcite (CaCO3), le gypse (CaSO4.nH2O), la halite
(NaCL, le sel de table) et la sylvite (KCl).

D'où viennent ces ions? Tous ces ions proviennent de l'altération superficielle des roches, un
processus qu'on a brièvement abordé au point 2.2.2 et qui est discuté plus en détail, plus loin
dans le cadre de certains grands cycles biogéochimiques (section 3.4). L'eau qui circule sur et
dans les roches s'accapare les ions solubles et les transporte vers l'océan. On évalue que les
rivières apportent entre 2,5 et 4 milliards de tonnes de sels dissouts dans les océans chaque
année. L'eau s'évapore à la surface des océans, laissant derrière les sels. Une partie de cette
eau évaporée (eau pure, sans sel) retourne aux continents où elle ruisselle, altère les roches et
rapporte à l'océan de nouveaux sels. À recevoir ainsi continuellement des ions, les océans
deviendraient-ils progressivement de plus en plus salés!

C'est ce qu'a cru un scientifique irlandais (John Joly) au début du 20ème siècle. Il faut savoir
qu'à cette époque, la radioactivité qui aujourd'hui nous sert à dater les roches n'était pas
connue (la méthode n'a été mise au point qu'au milieu du 20ème siècle) et que par conséquent
l'âge de la Terre était on ne peut plus mal connu; on s'accrochait à l'âge de 100 Ma que Lord
Kelvin avait « calculé » en 1866. Cet irlandais s'est donc dit, à partir d'une vieille idée d'un
astronome britannique (Sir Edmund Halley) du début du 18ème siècle, que si l'océan avait
commencé à se « saler » au début de l'histoire de la Terre, il ne s'agissait que de diviser le
volume total des sels de l'océan actuel par le volume apporté chaque année par les rivières
pour connaître le nombre d'années qu'il a fallu pour apporter tout ce sel, donc l'âge de la
Terre. Ses calculs l'ont amené à proposer un âge se situant entre 80 et 89 millions d'années, un
âge plutôt « conservateur » par rapport à l'âge de 4,55 milliards d'années (4550 millions
d'années) que l'on a déterminé par la méthode radiométrique. En fait, si on reprenait les
calculs de Joly avec les valeurs des volumes que l'on évalue beaucoup mieux aujourd'hui, on
arriverait à un âge de ... 13 millions d'années!

Alors, force est de conclure que l'océan se débarrasse annuellement d'une quantité de sel égale
à celle que lui apportent les cours d'eau. Il faut donc des puits de sel.

• Dans certaines régions côtières du globe, l'évaporation importante contribue à


précipiter les minéraux de la séquence évaporitique et à stocker ces sels dans les
sédiments et roches sédimentaires.
• Le captage de plusieurs ions par les organismes du plancton ou du benthos qui les
utilisent pour former leur squelette ou leur coquille minéralisés (CaCO3, SiO2); après
la mort de l'organisme, les restes minéralisés se déposent sur les fonds marins et sont
incorporés dans les sédiments et les roches sédimentaires.
• Les embruns marins sont constitués d'eau salée, puisqu'il ne s'agit pas d'évaporation,
mais carrément de fines gouttelettes transportées par les vents vers les zones côtières
continentales.
• À la surface des océans, de minuscules bulles d'air viennent éclater (comme à la
surface de votre verre de pepsi ou de votre coupe de champagne, c'est selon vos
habitudes de consommation) projetant de l'eau salée qui immédiatement s'évapore,
laissant de minuscules cristaux de sels qui sont entraînés par les vents ascendants vers
l'atmosphère et transportés vers les continents où ils vont se déposer avec les pluies.
En somme, la salinité actuelle des océans ne représente pas le résultat d'une accumulation
progressive de sels, mais l'équilibre entre ce qui entre et ce qui sort de l'océan.

3.3 - Les Ressources naturelles

La planète Terre nous fournit une palette diversifiée de ressources naturelles essentielles à
notre vie, parmi lesquelles les ressources minérales comme l'eau, les métaux et les
combustibles fossiles qui constituent des aspects importants des activités de recherche et
développement en géologie appliquée.

Dans cette troisième partie de la section 3, nous allons traiter de trois ressources principales:
les eaux souterraines (les eaux de ruissellement ayant été vues au point 3.1.1), les
combustibles fossiles et les gîtes métallifères.

3.3.1 - Les Eaux Souterraines

On a vu dans une section précédente qu'une partie des eaux de précipitation ruissellent à la
surface des continents pour former les cours d'eau, alors qu'une autre partie s'infiltre dans le
sol pour donner ce qu'on appelle les eaux souterraines.

Les eaux souterraines constituent une provision d'eau potable inestimable pour l'humanité.
Dans plusieurs pays, c'est pratiquement la seule source d'approvisionnement. Au Québec,
nous sommes habitués à compter sur les eaux de ruissellement (lacs, rivières, fleuve) pour
notre approvisionnement en eau potable, mais de plus en plus, individus et municipalités se
tournent vers cette richesse que constituent les nappes phréatiques. Celles-ci contiennent un
volume énorme d'eau exploitable. En milieu urbain ou industriel, les nappes phréatiques
peuvent devenir rapidement fragiles à la surexploitation ou à la contamination. Géologues et
ingénieurs géologues commencent à peine à faire l'inventaire de cette ressource et à
développer des outils pour une protection et une exploitation rationnelles.

Contrairement à la croyance souvent répandue que ces eaux sont stockées dans des sortes de
rivières ou de grands lacs souterrains, les eaux souterraines sont contenues dans les pores des
sédiments ou des roches.

En fait, il faut savoir que la croûte terrestre contient des fluides jusqu'à de très grandes
profondeurs, pratiquement sur toute son épaisseur, soit plusieurs milliers de mètres. Quand on
parle d'eaux souterraines, on se réfère, en pratique, aux eaux qui se trouvent dans la partie
superficielle de la croûte, quelques centaines de mètres au maximum, celles qui sont propres à
notre consommation. Plus on s'enfonce dans la croûte, plus l'eau devient riche en divers sels
minéraux et métaux, ce qui la rend impropre à la consommation.

Si les matériaux du sous-sol sont perméables, les eaux de pluie s'infiltrent et finissent par
s'accumuler à partir d'un certain niveau, ce qui délimite deux grandes zones en ce qui
concerne les eaux souterraines: la nappe phréatique, une zone où toutes les cavités (pores du
sédiment, fractures des roches, cavernes, etc.) sont saturées en eau; la zone vadose, une zone
où les cavités contiennent principalement de l'air avec un peu d'eau (celle attachée aux parois
des cavités).

La nappe phréatique correspond au volume d'eau de la zone phréatique, alors que le niveau
phréatique (en anglais: water table) correspond à la surface supérieure de la zone phréatique.
Le terme de nappe phréatique est aussi souvent employé comme synonyme de niveau
phréatique. La circulation dans la zone vadose se fait à la verticale. Mais dans la nappe
phréatique, l'eau souterraine circule un peu comme à la suface, c'est-à-dire latéralement
comme l'indiquent les flèches. Il peut arriver qu'il y ait localement dans du matériel aquifère,
une zone de matériaux aquicludes, comme une couche d'argile par exemple. Cette couche
forme une barrière à l'eau et permet l'accumulation d'une lentille d'eau dans la zone vadose.
On parle alors de nappe perchée. C'est par exemple ce genre de nappe qui peut donner
naissance à une source.

L'approvisionnement en eau potable

Elle se fait par deux types de puits: le puits de surface et le puits artésien.

On appelle puits de surface un puits qui s'approvisionne directement dans la nappe


phréatique. Le pompage dans un puits de surface a pour effet de former autour du puits un
cône de dépression. Un excès de pompage abaissera le niveau phréatique et pourra contribuer
à assécher d'autres puits avoisinants.
Le puits artésien est un puits qui s'approvisionne dans un aquifère confiné par un aquiclude
et mis sous pression à la faveur d'une zone de recharge. Le schéma qui suit montre que la
recharge en eau de l'aquifère se fait à partir de la surface du terrain, créant dans l'aquifère une
pression croissante avec la profondeur.

Au point où on a percé l'aquiclude, la pression dans l'aquifère fait en sorte que l'eau va jaillir
si la bouche du puits se situe sous la surface piézométrique. Si la bouche du puits se situait au-
dessus de la surface piézométrique, il n'y aurait pas de jaillissement; l'eau atteindrait dans le
puits la hauteur de la surface piézométrique. C'est une question d'équilibre entre la zone de
recharge ouverte à la pression atmosphérique et le puits aussi ouvert à la pression
atmosphérique (le principe des vases communicants). Ceci explique qu'il faut une zone de
recharge qui soit au-dessus de la bouche du puits. On pourrait avoir facilement un puit
artésien dans une plaine qui borde une zone montagneuse, si la recharge se fait en montagne,
mais il serait impossible d'avoir un puits artésien jaillissant si la zone de recharge ne se
trouvait que dans la plaine.

La contamination d'une nappe phréatique


L'enfouissement des substances polluantes doit tenir compte de la nature des terrains. Ce
postulat qui semble pourtant des plus évidents n'est pas toujours pris en considération.

Par exemple, un enfouissement sur des matériaux poreux comme les sables et les graviers ne
peut conduire qu'à une dispersion des contaminants sur de grandes distances, lentement mais
sûrement.

On croit généralement que l'enfouissement sur le roc solide est un gage de sécurité. La roche
est souvent fracturée; elle peut alors être très perméable et constituer un excellent aquifère.

La roche de fond n'est pas toujours homogène. Même si l'ensemble des couches apparaît à
première vue non fracturé et imperméable, il faut bien s'assurer qu'il n'y a pas une ou des
couches qui soient perméables et qui pourrait agir comme transporteurs de contaminants.
Un enfouissement dans les argiles offre beaucoup moins de risques, car ce genre de sédiment
est passablement imperméable.

Il faut bien s'assurer cependant que la couche d'argile soit suffisamment épaisse pour que
l'enfouissement n'atteignent pas des couches sous-jacentes qui seraient perméables.

Un autre type de contamination est fréquent dans les régions côtières. Il s'agit de la
contamination des puits par l'eau salée. En bord de mer, dans les régions de plaines surtout,
les eaux salées, plus denses que les eaux douces potables, s'infiltrent sous ces dernières
jusqu'à une certaine distance à l'intérieur du continent. L'eau douce "flotte" en quelque sorte
sur l'eau salée.

Le pompage de l'eau douce entraîne la création normale d'un cône de dépression à la surface
de la nappe phréatique; en réaction à ce cône de dépression, il se forme un cône inverse sous
la lentille pour rééquilibrer les masses de densités différentes.
Un surpompage entraînera un abaissement du niveau phréatique et, en réaction, une remontée
de la surface des eaux marines phréatique. Un puits qui pendant un certain temps a pompé de
l'eau douce peut subitement se mettre à pomper de l'eau salée, comme l'indique le schéma qui
suit.

Une montée du niveau marin s'accompagnera d'une montée de la nappe phréatique marine
sous la plaine littorale, entraînant le pompage d'eau salée dans les puits. C'est là une situation
qui risque de se produire avec la montée prévue du niveau des mers reliée au réchauffement
climatique en cours et qui peut s'avérer particulièrement désastreuse dans les zones deltaïques
à forte densité de population.

Les terrains karstiques

Les eaux souterraines modèlent les terrains calcaires d'une façon bien particulière: les eaux de
pluies dont sont issues les eaux souterraines sont naturellement acides et dissolvent le calcaire
en circulant dans les fractures de la roche, créant tout un réseau de cavernes. Ces terrains
calcaires sont appelés des terrains karstiques (du mot karst, terrains calcaires de Yougoslavie).

L'évolution des terrains karstiques est la suivante.


Pour un terrain donné, le niveau de la nappe phréatique correspond en gros au niveau des
cours d'eau. Comme ces eaux phréatiques sont acides, elles développent tout un réseau de
cavités en s'infiltrant le long des moindres fractures et en les aggrandissant par dissolution.

Avec le creusement des cours d'eau qui tendent vers leur niveau de base, il y aura abaissement
progresssif du niveau de la nappe phréatique. Le réseau de cavités progresse en profondeur au
même rythme, développant un beau réseau de cavernes.

Les terrains vont devenir un véritable gruyère avec, par exemple, des effondrements qu'on
appelle des dolines et qui rendent ces terrains souvent dangereux.

Les terrains calcaires font certes la joie des spéléologues en présentant parfois des cathédrales
de stalagtites, stalagmites, draperies et dépôts de cavernes de toutes sortes (voir au point
2.1.5), mais ils constituent de véritables dangers pour la construction. Le terme général de
spéléothèmes est utilisé pour tous ces dépôts.

L'hydrothermalisme

L'hydrothermalisme constitue un cas particulier chez les eaux souterraines. On sait que la
température du sous-sol augmente avec la profondeur. Les mineurs savent bien qu'il fait plus
chaud à mesure que l'on descend dans la mine. Cette augmentation de température est de
l'ordre de 30°C par kilomètre (3°C par 100 mètres) dans la plupart des terrains où il n'y a pas
eu de magmatisme récent: c'est ce que l'on appelle le gradient géothermique. Dans les
terrains qui ont connu récemment du magmatisme (volcanisme, par exemple), le gradient
géothermique est beaucoup plus élevé que 30°C/km. Des eaux chaudes à très chaudes peuvent
remonter à la surface, donnant lieu à de l'hydrothermalisme.

Un bon exemple d'hydrothermalisme nous est donné par les geysers et sources chaudes du
Parc Yellowstone aux U.S.A. Dans ce parc national américain (nord-ouest du Wyoming), on
peut observer les manifestations spectaculaires de l'hydrothermalisme, telles les geysers, les
sources chaudes, les lacs de boues chaudes et tous les dépôts qui y sont associés. Cette portion
de la plaque continentale nord-américaine se situe au-dessus d'un point chaud qui a produit du
volcanisme intraplaque il y a à peine quelques centaines de milliers d'années. Aujourd'hui, le
magma se refroidit et la chaleur se dissipe dans la croûte continentale, créant un flux de
chaleur constant, comme l'indique le schéma qui suit.

Les eaux de surface, c'est-à-dire les eaux de pluies, s'infiltrent dans les fractures de la croûte,
sont réchauffées et, comme dans le cas de l'hydrothermalisme des fonds océaniques, elles sont
ramenées à la surface grâce à ce flux de chaleur qui établit une cellule de convection.

Les eaux hydrothermales sont acides et produisent énormément de dissolution. Elles créent
des réseaux de cavités dans le sous-sol qui est composé par endroits de rhyolite (roche
volcanique) et ailleurs de calcaires.
Le flux de chaleur chauffe l'eau des cavités qui progressivement passe en vapeur. La pression
dans les cavités d'un réseau donné augmente progressivement, comme dans une marmite
couverte, jusqu'à ce que, la pression devenant trop élevée, la vapeur soit évacuée subitement,
vidant tout le réseau, comme lorsque saute le couvercle de la marmite. C'est le geyser. Le
cycle recommence avec le remplissage à nouveau des cavités par l'eau qui, chauffée, passe en
vapeur, puis explose. C'est le cas du fameux geyser "Old Faithfull" à Yellowstone qui, depuis
des dizaines d'années, fait éruption périodiquement à chaque heure. A Yellowstone, il n'y a
pas que des geysers, il y a aussi des sources d'eaux chaudes qui forment des petits chaudrons
bouillonnants ou des petits étangs chauds alimentés par des sources provenant d'un réseau où
les eaux ne sont pas confinées.

Les eaux des sources hydrothermales et des geysers sont chargées en sels minéraux acquis en
profondeur. Avec l'écoulement des eaux en surface, ces sels minéraux précipitent pour former
des amoncellements de dépôts siliceux ou calcaires.

3.3.2 - Les combustibles fossiles

Quand on parle des combustibles fossiles, on se réfère aux hydrocarbures, pétrole et gaz
naturel, ainsi qu'au charbon.

Les hydrocarbures

Les hydrocarbures viennent de la matière organique. On a vu précédemment, qu'il y a deux


sources principales de sédiments dans un bassin océanique: la charge terrigène provenant de
l'érosion des continents, qui se dépose d'abord sur les deltas et est ensuite dispersée sur le
plateau continental où elle dépose préférentiellement dans la partie offshore du plateau, puis
finalement apportée au pied du talus sur le glacis continental; la charge allochimique
provenant du bassin même, principalement de la couche de plancton.
Dans les deux cas, les sédiments contiennent une certaine quantité de matière organique qui,
dans le cas des terrigènes, a été transportée avec les particules minérales et enfouie
rapidement, se trouvant ainsi protégée de l'oxydation. Dans le cas des allochimiques, cette
quantité est représentée par la fraction de la biomasse du plancton qui n'a pas été oxydée
durant la sédimentation. Ces quantités de matière organique peuvent atteindre les 10, 15 et
même 20% du volume du sédiment. Compte tenu du grand volume de sédiments déposé, le
volume de matière organique est donc aussi très important.

Qu'arrive-t-il à cette matière organique piégée dans le sédiment?

L'eau au-dessus du sédiment peut contenir une certaine quantité d'oxygène libre (O2); c'est
selon la circulation au fond du bassin. Par contre, dans le sédiment, le peu d'oxygène libre
qu'il peut y avoir est rapidement consommé par l'oxydation d'une partie de la matière
organique, ce qui fait que les conditions dans le sédiment deviennent rapidement des
conditions anoxiques, c'est-à-dire sans O2; on dit qu'il s'agit d'un milieu anaérobie. La matière
organique, composée de carbone, hydrogène, oxygène et azote (CHON) est, dans ce milieu,
protégée de l'oxydation, mais non de l'action des bactéries anaérobies. Ces bactéries sont
celles qui n'ont pas besoin d'oxygène libre, mais qui viennent chercher, dans les molécules
organiques, l'oxygène et l'azote dont elles ont besoin pour leur métabolisme; en simplifiant,
elles soustraient donc des CHON, les O et les N, laissant les carbones (C) et les hydrogènes
(H): c'est la dégradation biochimique de la matière organique.

Les carbones et les hydrogènes s'unissent alors pour former de nouvelles molécules
composées principalement de ces deux éléments et qu'on appelle des hydrocarbures (HC).
Une des premières molécules à se former est le CH4, le méthane (gaz naturel). Ce méthane se
forme dans les couches supérieures du sédiment; on dit qu'il s'agit d'un gaz biogénique, parce
qu'il est le produit de la dégradation biochimique. A mesure de l'empilement des sédiments
sur le plancher océanique (ce qui se mesure en milliers de mètres), les molécules d'HC sont
amenées à des températures et pressions de plus en plus élevées; c'est l'enfouissement. A
partir d'ici, les molécules d'hydrocarbures vont devenir de plus en plus complexes. La
dégradation passera de biochimique (régie par les bactéries) à thermique (régie par
l'augmentation de température). Le schéma qui suit résume ce qui se passe à mesure de
l'enfouissement et comment se forme l'huile et le gaz.

L'axe horizontal du diagramme exprime le pourcentage d'hydrocarbures générés; l'axe


vertical, la profondeur d'enfouissement. Dans le premier 1000 mètres, ce sont toujours les
bactéries qui agissent. Le processus dominant dans cette zone est la dégradation
biochimique qui transforme les matières organiques en un hydrocarbure qu'on appelle
kérogène, une sorte de pétrole embryonnaire. Sous les 1000 mètres, la dégradation
biochimique est remplacée par une transformation contrôlée par l'augmentation de la
température; c'est la dégradation thermique. L'enfouissement conduit, d'une part à une
transformation progressive du sédiment en roche et, d'autre part, à cette dégradation
thermique des kérogènes. A 2000 mètres par exemple, une partie des kérogènes se transforme
en huile, un peu plus de 10% ici, une plus petite partie en gaz, et la plus grande partie poursuit
sa transformation. Entre 2000 et 3000 mètres, c'est là que le kérogène produit le plus d'huile.
Sous les 3000 mètres, la production d'huile devient insignifiante. Par contre, à partir de 2500
mètres, la production de gaz s'accélère et devient importante. Il s'agit d'un gaz qu'on qualifie
de thermogénique, puisqu'il est le produit de la dégradation thermique des kérogènes. A 3500
mètres, on ne produit plus d'huile, mais beaucoup de gaz. La dégradation thermique conduit
progressivement à des phénomènes de carbonatisation qui transforment les kérogènes non
transformés en huile ou en gaz en résidus de carbone. Si l'enfouissement dépasse les 4000
mètres, tout est cuit et les pétroles, huile et gaz, sont détruits.
On voit donc qu'il y a des conditions spécifiques d'enfouissement pour former huile ou gaz.
En language pétrolier, on appelle "fenêtre à l'huile" cette fourchette de profondeurs ou se
forme l'huile, et "fenêtre à gaz" là où se forme le gaz. Ce qui explique aussi que dans un
champ de pétrole il y a pratiquement toujours de l'huile et du gaz.

Ces valeurs de profondeurs ne sont pas absolues; elles sont indicatives, car le gradient
géothermique peut varier d'une région à l'autre. En effet, ce qui importe, c'est la température à
laquelle ont été portés les kérogènes. On sait que le gradient géothermique, défini par le flux
de chaleur qui traverse la croûte terrestre, peut varier d'une région à l'autre. Une région qui a
connu du magmatisme récent aura un gradient géothermique plus élevé qu'une région où le
magmatisme a cessé depuis longtemps et, par conséquent, les pétroles s'y formeront à de plus
faibles profondeurs.

A ce stade-ci, on est encore bien loin d'un champ de pétrole. Il faut satisfaire encore à
plusieurs conditions; seules les deux premières conditions ont été remplies: accumuler de la
matière organique dans les sédiments protégés de l'oxygénation, et avoir atteint les conditions
d'enfouissemen spécifiques à sa transformation en pétrole. Tout ce que l'on a, c'est une
certaine quantité d'hydrocarbures liquides et gazeux, sous forme de gouttelettes disséminées
dans la roche.

En volume, ces gouttelettes représentent peu. Rappelons qu'au départ on avait quelque chose
comme 10 ou 15% de matière organique et qu'une partie seulement de cette matière a été
transformée en pétrole. La roche dans laquelle se forment les gouttelettes d'hydrocarbures est
appelée roche-mère. Il faut en arriver à ce que les gouttelettes se concentrent, en se déplaçant
par exemple. C'est le processus de la migration. Il faut que les conditions géologiques soient
telles que les gouttelettes en viennent à être expulsées de la roche-mère, puis transportées dans
une roche perméable pour venir se concentrer dans ce qu'on appelle une roche-réservoir où
le pétrole se trouve dans les pores de la roche; une sorte de roche éponge.

La migration des gouttelettes de pétrole se fait grâce au déplacement de l'eau dans les
formations rocheuses. En effet, les eaux souterraines se trouvent non seulement dans les
couches superficielles, mais aussi en grande profondeur où elles circulent très lentement. Ce
sont elles qui, en migrant, entraînent les gouttelettes de pétrole.

Et puis, ce n'est pas tout d'avoir roche-mère, migration et roche-réservoir, mais encore faut-il
que les hydrocarbures soient piégés, c'est-à-dire qu'il faut que le réservoir soit scellé pour
empêcher la migration de se poursuivre. Il y a plusieurs situations géologiques qui fourniront
ce piège.
Une situation commune et recherchée, c'est le piège au sommet de plis anticlinaux où
alternent roches perméables et roches imperméables (piège structural A). Les fluides se
déplacent, des points de plus forte pression aux points de plus faible pression, c'est-à-dire de
bas en haut (flèches rouges). Ces fluides sont un mélange d'eau et de gouttelettes d'huile et de
gaz. A cause de la barrière à la migration que forme la couche imperméable, les fluides
s'accumulent dans la partie haute du pli. Il se fait une séparation des phases selon leurs
densités respectives (comme dans un pot de vinaigrette). Le gaz occupera la partie la plus
haute, suivi de l'huile puis de l'eau.

Une autre situation propice à la formation d'un piège est offerte lorsque les fluides circulant
dans une couche perméable sont coincés sous des couches imperméables dans un biseau
formé par le déplacement des couches à la faveur d'une faille (piège structural B).

Des lentilles de roches ou de sédiments très perméables contenus dans des couches
imperméables peuvent aussi servir de pièges (partie inférieure droite du piège structural C).
Par exemple, c'est la situation sur le delta du Mississippi où les sédiments imperméables
boueux, riches en matières organiques à l'origine, servent de roche-mère et les lentilles de
sable, de réservoirs. Les discordances angulaires, lorsque recouvertes par des couches
imperméables, offrent aussi une situation intéressante (partie supérieure droite du piège
stratigraphique C).

Il y a aussi des pièges qui sont associés aux dômes de sel (pièges mixtes D). Lorsque les
diapirs de sel se sont mis en place (un peu à la manière d'un intrusif), ils ont retroussé les
couches et créé des biseaux qui sont scellés par les couches imperméables et par le sel lui-
même qui est imperméable.
Le charbon

La formation des charbons diffère de celle des hydrocarbures, huile et gaz. Ils sont issus des
végétaux terrestres qui s'accumulent dans les zones anoxiques, comme les grands marécages.
Ces végétaux sont des produits de la photosynthèse, soit des carbohydrates (carbone,
hydrogène et oxygène).

Progressivement, avec l'empilement et l'enfouissement sous les sédiments, les volatiles


(oxygène, hydrogène et azote) sont libérés et le carbone se concentre. A la phase où le dépôt
contient 50% de carbone, on a la tourbe. Avec la poursuite de l'enfouissement, le dépôt se
tasse, les volatiles s'échappent et le carbone se concentre de plus en plus. A 72% de carbone,
on a la lignite, à 85% le bitume, puis à 93% l'anthracite, le charbon proprement dit.

3.3.3- Les gîtes métallifères et les mines

Tout comme les dépôts de combustibles fossiles, les gîtes métallifères, une ressource naturelle
essentielle, naissent d'une conjoncture géologique bien particulière.

Il y a diverses façons de classer les gîtes métallifères. Une façon simple est de les regrouper
selon les processus qui les ont formés.
Les gîtes reliés aux processus superficiels

Ceux-ci forment un groupe important. L'altération superficielle, principalement l'altération


chimique, peut conduire à la concentration de métaux. Par exemple, l'altération sous des
conditions climatiques chaudes et très humides de roches ignées felsiques riches en feldspaths
conduit à libérer l'aluminium des feldspaths et à le combiner à des radicaux OH pour former
un hydroxyde d'aluminium hydraté, la bauxite, qui est le minérais d'aluminium qu'on importe
des Antilles, de l'Amérique du Sud ou de l'Afrique du Sud pour faire l'extraction de
l'aluminium.

L'or alluvionnaire est un autre exemple de gîte relié aux processus de surface. Les pépites d'or
qu'on retrouve dans les sables des rivières (alluvions) proviennent de l'érosion de veines ou de
filons qui contenaient de l'or natif. Cet or a été transporté par les cours d'eau sous forme de
particules qui se sont arrondies (l'or est très tendre), puis déposées. Quand il y a des
concentrations significatives en or dans des dépôts alluvionnaires, on appelle ces dépôt des
placers.

Les grandes concentrations de fer qu'on retrouve dans le fossé du Labrador constituent un
autre type de gîtes relié aux processus sédimentaires. Ces concentrations se sont formées sur
les fonds des mers des temps Protérozoïque, il y a plus de 2 Ga.

Les gîtes reliés aux processus de l'activité ignée

Les processus de l'activité ignée sont responsables de plusieurs types de gîtes métallifères. Les
gîtes reliés au métamorphisme sont les gîtes métasomatiques qui en réalité pourraient être
classés avec les gîtes hydrothermaux.

Pour illustrer ces types de gîtes, le schéma qui suit montre un grand corps intrusif qui s'est mis
en place dans une séquence de roches sédimentaires.

Au moment de sa mise en place, le magma était de la roche en fusion dans laquelle il y avait
aussi des éléments métalliques: fer, cuivre, titane, or, argent, etc..

Un premier ensemble de gîtes est constitué par les processus de ségrégation magmatique.
Durant la cristallisation du magma, il peut se produire des ségrégations très locales de métaux
qui donnent des concentrations éventuellement exploitables. Ce type de gîte se trouve dans la
roche magmatique même. Comme exemple de gîtes issus de ségrégation magmatique, on peut
signaler les grands gîtes d'ilménite (oxyde de titanium) près de Havre St-Pierre sur la
moyenne Côte nord qui se retrouve dans une roche ignée intrusive très riche en feldspaths,
l'anorthosite, le fameux granite noir, et qui constitue la principale réserve mondiale de ce
minérais. Le diamant vient d'une concentration de carbone dans une roche ignée ultramafique
qu'on appelle kimberlite et qui se forme dans les cheminées profondes des volcans. Les
pegmatites sont des roches magmatiques à très grands cristaux qui contiennent parfois des
minéraux riches en éléments normalement rares (lithium, nobélium, tantale, zirconium,
uranium, thorium, etc.) et en quantité suffisante pour être exploités.

Le second ensemble de gîtes sont ceux qui sont reliés aux processus hydrothermaux. On sait
que les sources hydrothermales des fonds océaniques déposent des sulfures massifs. C'est
ainsi qu'on explique aujourd'hui plusieurs gîtes de sulfures massifs riches en cuivre, plomb,
zinc, nickel de la ceinture de l'Abitibi, la zone la plus riche en mines au Québec. Outre ces
dépôts des sources sur les fonds océaniques, il y a d'autres types de dépôts associés aux
processus hydrothermaux. Ainsi, lors de la mise en place d'un intrusif et durant son
refroidissement, il se fait des fractures dans la roches encaissante. Les fluides hydrothermaux
provenant du magma, c'est-à-dire les eaux chargées de métaux comme l'or, l'argent, le cuivre
et bien d'autres, circulent dans ce réseaux de fractures et viennent précipiter ces métaux sous
forme de sulfures ou d'éléments natifs pour former des veines. Les fameux filons et veines
d'or de l'Abitibi ont été formés par les fluides hydrothermaux qui sont venus précipiter dans
les grandes failles.

Les fluides hydrothermaux qui circulent à partir de la masse intrusive, au contact avec celle-ci
ou dans le réseau de fractures peuvent venir minéraliser la roche encaissante (plages rouges
sur le schéma). C'est ce qu'on appelle de la minéralisation de métasomatisme. Certains types
de roches sont plus sensibles à ce genre de minéralisation que d'autres. Par exemple, les
calcaires (briquettes bleues sur le schéma) sont plus susceptibles que les autres roches d'être
minéralisés en cuivre s'ils sont traversés par des solutions riches en cuivre; on les appelle alors
des skarns.

Les minéralisations en cuivre de la région de Murdochville en Gaspésie constituent un bon


exemple de cette minéralisation de type métasomatique.
Les couches calcaires du Dévonien inférieur de la région de Murdochville contiennent des
horizons calcaires qui ont été minéralisés en cuivre à la faveur de fluides hydrothermaux issus
d'une masse intrusive sous-jacente qui a transformé localement le calcaire en skarn.

Les modes d'occurrence des gîtes métallifères

Le schéma qui suit expose trois situations par rapport à la surface.

La couverture de sédiments au-dessus de la roche solide est souvent appelée le mort-terrain.


Une première situation est celle que recherche le prospecteur traditionnel, c'est-à-dire le
gisement dont une partie affleure. C'est grâce à la découverte d'indices minéralisés à
l'affleurement (un "showing" en langage de prospecteur), qu'on soupçonne d'abord la
possibilité d'un gisement. C'est la situation la plus simple, puisque on peut déjà faire des
analyses sur des prélèvements de surface. Si ces analyses s'avèrent positives et qu'on veuille
procéder à des forages exploratoires, le fait de pouvoir observer la structure des roches sur le
terrain guidera la position et l'orientation des forages.

Une seconde situation est celle où le gisement perce à la surface de la roche de fond, mais est
recouvert par le mort-terrain: c'est le gisement enfoui. Evidemment ce type de gisement
échappe à l'oeil du prospecteur. Il faut donc compter sur d'autres méthodes de prospection
pour pouvoir le détecter (voir complément d'info ci-dessous).

Le troisième type de gisements est celui qui se trouve entièrement à l'intérieur de la masse
rocheuse: c'est le gisement aveugle.
3.4 Les grands cycles biogéochimiques et les changements
climatiques

La planète Terre est un système, c’est-à-dire un ensemble composé d’éléments variés mais
intimement reliés entre eux et fonctionnant comme un tout complexe. On a vu au premier
chapitre que la tectonique des plaques constituait un sous-système très important de ce
système. Dans cette section 3.4, nous verrons comment les grands cycles biogéochimiques
constituent une autre facette de ce système planétaire et comment ils sont en définitive reliés à
la tectonique des plaques.

Si la planète Terre est capable de maintenir de l'eau liquide à sa surface, condition essentielle
pour l'apparition et le maintien de la Vie, c'est en grande partie parce qu'elle possède des
systèmes naturels de recyclage des éléments essentiels à cette Vie: carbone, azote, phosphore
et soufre, auxquels il faut ajouter les molécules O2 (oxygène libre) et H2O (eau). Ultimement,
ces systèmes de recyclage sont liés à la tectonique des plaques. Nous allons examiner ici ces
grands systèmes naturels de recyclage, en prenant comme toile de fond, les quatre grandes
composantes du système Terre: atmosphère, hydrosphère, litho/asthénosphère et biosphère;
cette dernière est placée au centre sur la figure ci-dessous, bien sûr pour satisfaire notre nature
anthropocentriste, mais surtout pour mettre en évidence cette spécificité de la Terre qui exerce
un contrôle primordial sur l'ensemble du recyclage: la Vie. Les flèches indiquent qu'il y a une
interaction constante entre ces quatre grandes composantes.

Quelques termes utiles.


Biomasse: masse totale de la matière organique des organismes vivants dans un réservoir
donné.
Effet de serre: mécanisme naturel par lequel la surface d’une planète est réchauffée grâce à
l’absorption des radiations infrarouges par les gaz de son atmosphère.
État stationnaire: condition sous laquelle l'état d'une composante d'un système est inchangé
dans l'espace et le temps. Par exemple, il entre la même quantité de cette substance dans un
réservoir qu'il en sort.
Flux: transfert d'une substance d'un réservoir à un autre.
Gaz à effet de serre: gaz qui, dans l’atmosphère d’une planète, absorbent les radiations
solaires infrarouges et les redirigent vers la surface, contribuant ainsi à augmenter la
température de surface de cette planète. Dans l’atmosphère terrestre, les principaux gaz à effet
de serre sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O), la vapeur
d’eau (H2O) et les chlorofluorocarbures (CFC), ces derniers d’origine exclusivement
anthropique, les autres ayant une origine mixte, naturelle et anthropique, sauf H2O qui est
d'origine essentiellement naturelle.
Puits: un terme à la mode pour désigner le captage d'un élément et son stockage dans un
réservoir.
Réservoir: partie d'un système qui peut accumuler, stocker ou être la source d'une certaine
quantité d'une des composantes du système.
Temps de résidence: le temps moyen qu'une substance demeure dans un réservoir donné
dans un état stationnaire par rapport aux processus qui ajoutent ou soustraient de cette
substance au réservoir. S'exprime par la masse totale d'une substance dans le réservoir divisée
par l'ajoût ou la soustraction de cette même substance au réservoir.

3.4.1 Le cycle de l'eau

Les planétoïdes, comètes et astéroïdes qui ont formé la planète Terre par leur accrétion
contenaient toute l’eau de notre planète. Après cette accrétion, qui s'est terminée il y a 4,55
Ga (milliards d’années), la Terre a connu une période intense de dégazage qui a libéré l’eau
sous forme de vapeur par l’intermédiaire des volcans. Aussi longtemps que la température
terrestre s’est maintenue au-dessus de 100 °C, cette vapeur fut gardée dans l’atmosphère,
créant un effet de serre important. Quand la température est descendue sous les 100 °C, la
vapeur atmosphérique a condensé pour former les océans. On ne sait trop quand ceux-ci sont
apparus, mais on a des évidences de la présence des océans il y a quelques 3,8 Ga comme en
témoignent les premières roches sédimentaires, des roches qui nécessitent la présence d’eau
pour se former (altération de massifs rocheux, érosion, transport et dépôt des particules,
comme nous l'avons vu au point 2.2.2). Une faible quantité de vapeur d’eau est demeurée
dans l’atmosphère, suffisamment pour maintenir un certain niveau d’effet de serre (avec le
CO2 venant aussi des volcans) sans lequel notre planète serait une boule de glace. Cela
explique aussi que la lithosphère et l’asthénosphère contiennent un immense volume d’eau.

La circulation annuelle de l'eau constitue le plus grand déplacement d'une substance chimique
à la surface de la Planète. Par les processus de l'évaporation-précipitation et la circulation
océanique, l'eau transfère, des tropiques aux pôles, une grande partie de l'énergie calorifique
reçue par la Terre et constitue ainsi le régulateur des températures du globe. Ces déplacements
de l'eau déterminent les patrons climatiques de notre planète. Autre élément important pour la
survie de notre espèce, la quantité d'eau disponible annuellement est le facteur déterminant de
la croissance des plantes terrestres et par conséquent influence énormément la productivité
primaire. Le ruissellement des eaux continentales transfère les produits de l'altération
physique et chimique vers les océans.
On a vu plus haut (point 3.1.1) quel était le bilan hydrologique de la surface terrestre, sur la
base du cycle externe précipitation-ruissellement-évaporation. La figure ci-dessous présente le
cycle complet (externe et interne) de l'eau à l'échelle du globe terrestre tout entier.

Sur cette figure, les boîtes représentent les réservoirs, les flèches bleues les flux du cycle
externe, et les flèches rouges les flux du cycle interne. Selon les conditions de température et
de pression, l'eau se retrouve sous trois états: solide, liquide et vapeur.

Le cycle externe est celui qui est observable directement. L'énergie solaire transforme l'eau
liquide en vapeur. L'évaporation se fait principalement au-dessus des océans (84%). Les vents
et autres mouvements de l'atmosphère redistribuent la vapeur d'eau; celle-ci retombe sous
forme de pluie qui, au niveau des continents, ruisselle et retourne à l'océan (section 3.1.1).
Comme on l'a vu précédemment, une certaine quantité d'eau est stockée sous forme de glace
(section 3.1.2). L'eau (liquide et solide) constitue l'agent essentiel de l'altération et la
désagrégation des roches de la croûte terrestre et contribue ainsi au recyclage de plusieurs
éléments.

Le cycle interne est celui qui concerne la circulation de l'eau entre l'océan, la lithosphère et
l'asthénosphère. Un important volume d'eau s'infiltre dans les pores et les fractures de la
couverture sédimentaire sur la lithosphère; on évalue à 330.106 km3 ce réservoir. Un autre
volume important d'eau s'infiltre dans les fractures de la lithosphère. On n'a qu'à penser à ce
système de pompage que constituent les sources hydrothermales au niveau des dorsales
médio-océaniques. Cette eau est un agent fort efficace de l'altération chimique des basaltes
océaniques, modifiant les propriétés physico-chimiques et la composition de la croûte
océanique et contribuant à la composition chimique de l'eau de mer. La subduction de la
lithosphère dans l'asthénosphère introduit aussi de l'eau dans cette dernière. Les minéraux du
manteau même contiennent une énorme quantité d'eau. Ensemble, lithosphère et
asthénosphère contiennent un volume d'eau évalué à 400.106 km3.

Le tableau suivant permet de comparer le volume des divers réservoirs d'eau dans les deux
cycles.
On y voit immédiatement l'importance du réservoir océanique, ainsi que celle des réservoirs
du cycle interne. Il n'en demeure pas moins que l'eau stockée dans les glaciers, qui en
comparaison apparaît peu importante, compte tout de même pour un volume appréciable; un
réchauffement climatique qui amènerait une fonte importante aurait comme conséquence une
élévation significative du niveau marin. On peut s'amuser à des petits calculs simples. Compte
tenu que la surface des océans est de 3,6.108 km2, si toute la glace stockée dans les calottes
glaciaires et les glaciers fondait, la montée du niveau marin serait de 120 mètres; si le quart
seulement du réservoir de glace fondait, la montée serait de 30 mètres. Farfelu? Peut-être pas
autant qu'il n'y paraît. N'oublions pas que durant les deux derniers millions d'années (le Grand
Âge Glaciaire), on a connu des fluctuations très importantes du niveau marin qui a oscillé
entre +7 et -130 mètres au gré des phases d'englaciation et de fonte. Évidemment, on ne tient
pas compte dans ce calcul simpliste des rétroactions comme des changements inévitables dans
la circulation atmosphérique, des taux d'évaporation modifiés, des changements dans la
circulation des eaux océaniques, de l'isostasie et surtout de la dilatation des eaux océaniques
reliées à leur réchauffement.

Des interruptions importantes dans l'état stationnaire du cycle de l'eau sont causées, entre
autres, par les périodes de glaciation continentale. Celles-ci affectent particulièrement la
circulation des océans et l'interaction océan-atmosphère. Ainsi, un refroidissement global
abaisse les taux d'évaporation, entraînant une réduction de la circulation de l'air humide dans
l'atmosphère et des précipitations. Par exemple, on évalue que durant la dernière glaciation, il
y a 18 Ka (milliers d'années), la précipitation totale fut de 14% inférieure à celle d'aujourd'hui,
entraînant une expansion de la désertification, une diminution importante de la productivité
primaire terrestre, ainsi qu'une accentuation de l'érosion éolienne des sols désertiques. Une
glaciation entraîne aussi un changement dans les taux globaux du transfert, des continents aux
océans, des matières dissoutes et en suspension dans l'eau. Durant les périodes de glaciation,
une plus grande surface continentale est exposée à l'érosion parce que le niveau marin est plus
bas (-120 mètres, il y a 18 Ka), ce qui entraîne un apport accru de matériaux dans l'océan. Une
telle situation augmente le niveau de nutriments dans le milieu marin et une augmentation de
la productivité primaire.
L'eau est le support essentiel sans lequel tous les grands cycles biogéochimiques ne sauraient
exister. Tout changement climatique risque de se répercuter sur son cycle et par conséquent
perturber les patrons globaux de la végétation, les taux d'altération des roches continentales et,
en bout de ligne, les grands cycles biogéochimiques.

3.4.2 Le cycle du carbone

L'hydrogène (H), l'hélium (He), l'oxygène (O) et le carbone (C) sont, dans l'ordre, les
éléments les plus abondants dans le cosmos. Sur Terre cependant, ce sont l'oxygène et le
silicium qui dominent, le carbone venant en quatorzième place seulement.

Le recyclage des éléments à travers les diverses composantes à la surface de la Planète est
fortement lié au fait que la Terre est une planète vivante. L'élément le plus critique attaché à
ce recyclage est sans contredit le carbone. Depuis que le cycle biologique du carbone est
apparu sur Terre, il a en quelque sorte transformé cette planète en un système fermé qui assure
sa continuité. Il est le constituant majeur de deux gaz à effet de serre, CO2 et CH4, sans lequel
il ne saurait y avoir de vie sur terre ; son recyclage influence particulièrement la productivité
biologique et le climat. Le cycle global du carbone implique des processus qui agissent en
milieu terrestre et en milieu océanique et où interviennent des réactions chimiques
biologiques et non-biologiques. On ne peut discuter sérieusement de changements climatiques
sans connaître le B.A.-Ba de ces processus.

Précisons d'abord que dans la nature, le carbone se retrouve sous deux formes: le carbone
organique (Corg) et le carbone inorganique (Cinorg). Il est souvent utile de faire la distinction. Le
Corg est celui qui est produit par des organismes vivants et qui est lié à d'autres carbones ou à
des éléments comme l'hydrogène (H), l'azote (N) ou le phosphore (P) dans les molécules
organiques ou les hydrocarbures. Le Cinorg est celui qui est associé à des composés
inorganiques, c'est-à-dire des composés qui ne sont pas et n'ont pas été du vivant et qui ne
contiennent pas de lien C-C ou C-H, comme par exemple le carbone du CO2 atmosphérique
ou celui des calcaires CaCO3.

Le cycle global du carbone

La figure ci-dessous présente le cycle global du carbone et ses flux entre les quatre sphères
"superficielles" de la Planète: lithosphère, hydrosphère, biosphère et atmosphère. Y est
indiquée aussi la dimension des réservoirs de carbone impliqués, exprimée en Gtc (Gtc =
gigatonnes en équivalent carbone), c'est-à-dire en milliards de tonnes métriques de carbone.
On y voit que le grand réservoir de carbone est constitué par les roches sédimentaires. Un
autre grand réservoir est l'océan; on verra qu'il s'agit en fait de l'océan profond (plus de 100
mètres de profondeur). C'est dire que la pellicule superficielle de la planète recèle
relativement peu de carbone, mais ce carbone est ô combien important pour la Vie et
l'influence qu'il y exerce. Au niveau des flux entre les réservoirs, on évalue que le temps de
résidence d'un atome de carbone est de 4 ans dans l'atmosphère, de 11 ans dans la biosphère,
de 385 ans dans l'hydrosphère superficielle (océan de 0 à 100 m), de plus de 100 Ka (milliers
d'années) dans l'océan profond et de quelques 200 Ma (millions d'années) dans la lithosphère.
Il est important de se rappeler de ces valeurs relatives dans toute discussion sur l’impact des
gaz à effet de serre, en particulier le CO2, sur les changements climatiques et les échelles de
temps impliquées.

Dans le cycle global du carbone, il y a une hiérarchie de sous-cycles opérant à diverses


échelles, de la décennie (le recyclage du CO2 par les plantes) aux centaines de millions
d'années (le recyclage du carbone organique par l'intermédiaire des roches sédimentaires ou
des hydrocarbures par exemple). Les processus physiques, chimiques et biologiques agissent
ensemble et sont si intimement liés qu'il devient difficile de les départager. Pour fin de
simplification, nous allons examiner séparément le recyclage des deux types de carbone: le
cycle du carbone organique et celui du carbone inorganique. Il faut bien réaliser cependant
que cette séparation est artificielle et qu'en réalité ces deux cycles sont intimement liés. Mais
elle est susceptible d'aider à mieux comprendre un système très complexe.

Le cycle du carbone organique

Le cycle court du carbone organique

La figure qui suit résume les deux cycles, court et long, du Corg, avec un chiffrage des flux et
des réservoirs exprimé en Gtc.

Pour le cycle court, on parle de processus qui s'étalent sur des temps inférieurs au siècle. Le
processus de base du recyclage du carbone à court terme est le couple photosynthèse-
respiration, c'est-à-dire la conversion du Cinorg du CO2 en Corg par la photosynthèse, et
subséquemment l'inverse, la conversion du Corg de la matière organique en Cinorg par la
respiration. Il faut considérer trois réactions de base.
D'abord, la photosynthèse qui utilise l'énergie solaire pour synthétiser la matière organique
en fixant le carbone dans des hydrates de carbone (CH2O):

La matière organique est représentée ici par CH2O, la forme la plus simple d'hydrate de
carbone. En réalité, il s'agit de molécules beaucoup plus grosses et plus complexes dont la
base demeure les éléments C, H et O, mais auxquels viennent se joindre d'autres éléments en
faibles quantités comme l'azote (N), le phosphore (P) et/ou le soufre (S). Cette partie de la
matière organique correspond à la productivité primaire, et les organismes impliqués
(bactéries, algues et plantes) sont les producteurs primaires. Ceux-ci captent l'énergie
solaire et la transforment en énergie chimique qu'ils stockent dans leurs tissus. Cette dernière
est transférée aux organismes consommateurs, incluant les animaux. Il est intéressant de
noter que dans la nature la biomasse des consommateurs est bien inférieure (ne comptant que
pour environ 1% de la masse totale) à celle des producteurs primaires.

Les consommateurs tirent leur énergie de celle qui est contenue dans les producteurs
primaires en ingérant leurs tissus et en respirant. La respiration est l'inverse de la
photosynthèse: à partir de l'oxygène libre O2, elle transforme toute matière organique en CO2:

Il s'agit d'une réaction qui nécessite la disponibilité d'oxygène libre O2. Dans la nature, une
partie de la matière organique est respirée (oxydée) par les animaux ou les plantes elles-
mêmes; une autre partie se retrouve dans les sols terrestres ou les sédiments marins. La
décomposition se fait sous l'action de micro-organismes, bactéries et champignons. Ces
micro-organismes forment deux groupes: ceux qui utilisent l'oxygène libre O2 pour leur
métabolisme, ce sont les aérobies, et ceux qui utilisent l'oxygène des molécules de la matière
organique même en absence d'oxygène libre, ce sont les anaérobies. La décomposition
aérobie produit du CO2 (équation 2). Dans les milieux anoxiques (sans oxygène libre), les
anaérobies décomposent la matière organique par le processus de la fermentation.

La fermentation produit du dioxyde de carbone et du méthane (l'hydrocarbure le plus simple,


avec une seule molécule de carbone).

Ces deux gaz peuvent s'échapper dans l'atmosphère oxygénée. Le méthane, qui est un gaz à
effet de serre 20 fois plus efficace que le CO2, est alors oxydé et se transforme rapidement en
dioxyde de carbone. En fait, son temps de résidence dans l'atmosphère n'est que de 10 ans,
mais il ne faut pas oublier qu'il se transforme en CO2, … ce qui n'est guère mieux pour notre
planète. Une partie du méthane demeure cependant dans le sédiment où il forme des
réservoirs de gaz naturel (voir section 3.3.2 - Les combustibles fossiles). On vient de
découvrir (Science, v. 293, juillet 2001) qu'un important volume de méthane est "bouffé" par
des bactéries sur les fonds océaniques mêmes. On est tenté d'ajouter: fort heureusement!

Le cycle long du carbone organique

Les processus discutés plus haut (photosynthèse, respiration, fermentation) affectent le cycle
du carbone organique, et en particulier l'équilibre du CO2 atmosphérique, sur une échelle de
temps inférieure au siècle. Sur des échelles de temps beaucoup plus longues, ce sont les
processus de nature géologique qui deviennent les contrôles les plus importants, des processus
qui agissent sur des milliers et des millions d'années. Il s'agit de processus tels l'enfouissement
des matières organiques dans les sédiments et roches sédimentaires, leur transformation en
combustibles fossiles et leur altération (oxygénation) subséquente. Les flux de carbone reliés
à ces processus sont faibles; en revanche, les réservoirs sont immenses (voir figure du cycle
du carbone organique plus haut) et le temps impliqué très long.

Le remplissage de l’immense réservoir que constituent les roches sédimentaires,


principalement les schistes, s'est fait petit à petit au cours des temps géologiques, avec deux
accélérations importantes, d’abord lors de l'explosion de la vie métazoaire il y a quelques 600
Ma (millions d'années), puis lors de l’avènement de la grande forêt il y a 360 Ma. Le flux de
carbone est faible, mais s'étend sur une longue période de temps. Il en est ainsi pour
l'oxydation du réservoir de carbone qui se trouve dans les kérogènes, hydrocarbures et
charbons. Celle-ci s'est faite au gré de l'exposition à l'air ou aux eaux souterraines oxygénées
des roches sédimentaires et de leur contenu, lorsque les mouvements tectoniques qui ont
affecté la croûte terrestre ont amené ces roches vers la surface. On évalue le temps de
résidence du carbone organique dans ce réservoir à plus de 200 millions d'années, soit en gros
le laps de temps correspondant au dépôt des sédiments et matières organiques dans un bassin
océanique, à l'enfouissement et la transformation des sédiments en roches sédimentaires, et
finalement le soulèvement et l'émergence lors de la formation d'une chaîne de montagne.
L'extraction et la combustion des pétroles, gaz et charbons que nous pratiquons allègrement
sont venues transformer une partie de ce cycle long en cycle court.

Le cycle du carbone inorganique

On a vu que l'interaction photosynthèse-respiration-fermentation est le noeud du cycle du


carbone organique. Il y a cependant d'autres processus de recyclage du carbone qui impliquent
cette fois le carbone inorganique, entre autres, celui qui est contenu dans le dioxyde (CO2) et
dans les calcaires (CaCO3). Les réservoirs importants de Cinorg sont l'atmosphère, les océans,
ainsi que les sédiments et roches carbonatées, principalement les calcaires CaCO3, mais aussi
les dolomies CaMg(CO3)2. Pour bien comprendre ce cycle, il est essentiel d'avoir d'abord
quelques notions de base sur la chimie du carbone inorganique dans l'eau.

La figure qui suit résume le cycle du carbone inorganique, en indiquant la dimension des
réservoirs (chiffres noirs) et les flux (chiffres rouges) entre ces réservoirs.
L'échange entre le CO2 atmosphérique et le CO2 de la surface des océans a tendance à se
maintenir à l'équilibre. L'altération chimique des roches continentales convertit le CO2 dissout
dans les eaux météoriques (eaux de pluies et des sols) en HCO3- qui est transporté dans les
océans par les eaux de ruissellement. Les organismes combinent ce HCO3- au Ca2+ pour
secréter leur squelette ou leur coquille de CaCO3. Une partie de ce CaCO3 se dissout dans la
colonne d'eau et sur les fonds océaniques; l'autre partie s'accumule sur les planchers
océaniques et est éventuellement enfouie pour former des roches sédimentaires carbonatées.
Ces dernières sont ramenées à la surface après plusieurs dizaines de millions d'années par les
mouvements tectoniques reliés à la tectonique des plaques. Une partie du carbone des roches
carbonatées est recyclée dans les magmas de subduction et retournée à l'atmosphère sous
forme de CO2 émis par les volcans.

3.4.3 Le cycle de l'oxygène libre et le couplage CO2 - O2

Un cycle géochimique essentiel à la Vie sur terre est en grande partie contrôlé par l'océan. Il
s'agit du cycle de l'oxygène libre (O2). Si la vie a pu se maintenir et proliférer à la surface du
globe, c'est qu'elle a inventé un mécanisme de défense contre ce poison violent pour elle
qu'est l'oxygène, ainsi que la capacité d'exploiter cette ressource. Ce mécanisme, c'est la
respiration. En même temps qu'elle inventait ce mécanisme, elle en devenait dépendante.

Même si le rayonnement UV brise les molécules de vapeur d’eau (H2O) et de dioxyde de


carbone (CO2) atmosphériques et produit ainsi de l’oxygène libre (O2), cette production est
insignifiante en volume. L’O2 est essentiellement un sous-produit de la photosynthèse, ce
processus qui, à partir du CO2 et de l'eau, utilise l'énergie solaire pour fixer le carbone dans
des hydrates de carbone (CH2O), la matière des premières cellules végétales, ou encore des
formes très simples de bactéries. Cette réaction dégage de l'oxygène comme nous l’avons vu
au point précédent 3.4.2 et comme le répète l’équation au haut du schéma qui suit.

Le cycle de l’oxygène est donc un cycle court, attaché au cycle court du carbone organique.
Au niveau des continents, la végétation, comme par exemple celle des grandes forêts, produit
une certaine quantité d'oxygène grâce à l'activité de photosynthèse des végétaux. Le bilan net,
sur plusieurs années, d'une forêt mature est pratiquement nul. C'est-à-dire qu'elle consomme
autant d'oxygène qu'elle en produit, ne fournissant aucune quantité significative
supplémentaire d'oxygène à l'atmosphère pour la respiration des animaux. C'est pourquoi il est
faux de qualifier la grande forêt amazonienne de poumon de la Terre. Il y a bien d'autres
raisons de vouloir protéger la forêt amazonienne, mais pas celle-là. C’est là une donnée
importante à considérer lorsqu’on parle de puits de carbone dans la problématique actuelle des
émissions de gaz à effet de serre.

C'est l'océan qui pratiquement à lui seul joue le rôle de régulateur de l'oxygène
atmosphérique. La composante végétale du plancton, le phytoplancton, produit de l'oxygène
grâce à la photosynthèse. Comme sur les continents, cet oxygène est utilisé pour la respiration
par la composante animale du plancton, le zooplancton, et par les autres animaux marins,
ainsi que pour l'oxydation de la matière organique. Cependant, une partie seulement de la
matière organique est oxydée, l'autre partie se dépose au fond de l’océan et est incorporée
dans les sédiments (voir au point 3.2.2 - les dépôts océaniques) où elle est gardée à l'abri de
l'oxygène. Comme on l’a vu plus haut (point 3.4.2), cette matière organique sera
éventuellement ramenée à la surface terrestre sous forme de combustibles fossiles, pétrole et
charbon, ou de kérogènes, beaucoup plus tard dans le cycle géologique. Finalement, une
partie de l'oxygène océanique est donc libérée dans l'atmosphère. Celle-ci est utilisée pour la
respiration des animaux terrestres et dans les divers processus d’oxydation, comme celui du
fer Fe2+. Dans une grande mesure, c’est donc le taux d’enfouissement du carbone organique,
ainsi que celui de l’oxydation des matériaux terrestres qui vont contrôler le taux d’émission et
la teneur en O2 dans l’atmosphère.

La courbe qui suit présente les variations de la teneur en oxygène libre de l’atmosphère par
rapport au niveau actuel pour les derniers 600 Ma. Elle est déduite du taux d’enfouissement
(séquestration) et d’altération du carbone organique et des sulfures (pyrite) pour la même
période tel qu’établi par le modèle mathématique de R.A. Berner et D.E. Canfield (1989).

Bien que la marge d’erreur (zone en rose pâle) apparaisse relativement grande, force est de
reconnaître que les teneurs en oxygène atmosphérique ont varié durant cette période de temps
géologique et que le Carbonifère-Permien a connu une augmentation importante.

Puisque l’oxygène atmosphérique est le produit de la photosynthèse et que cette dernière


utilise le dioxyde de carbone, il y a donc un couplage évident entre les taux d’O2 et de CO2
dans l’atmosphère. Plus la photosynthèse consommera du CO2, plus elle émettra de l’O2. On
devrait donc s’attendre à des augmentations sensibles de la concentration atmosphérique en
O2 durant les périodes de grande activité photosynthétique. Si le tout est accompagné d’un
enfouissement accéléré des produits de la photosynthèse (= séquestration de carbone), moins
d’oxygène libre sera utilisé pour la respiration et plus la teneur en oxygène de l’atmosphère
augmentera. C’est ce qui s’est produit au Carbonifère-Permien avec l’avènement, à la fin du
Dévonien, des plantes vasculaires et la colonisation des surfaces continentales par la grande
forêt (voir au point 3.4.7).
3.4.4 Le cycle de l’azote

On a vu que la vie sur terre influence profondément la composition de l’atmosphère en


produisant du dioxyde de carbone CO2 et du méthane CH4 à travers les processus de la
respiration et la fermentation reliés au recyclage du carbone. La Vie a aussi influencé la
composition de l’atmosphère à travers le recyclage d’un autre élément, l’azote (N). Ce gaz est
le premier en importance dans l’atmosphère terrestre (78%). Il s’y trouve sous sa forme
moléculaire normale diatomique N2, un gaz relativement inerte (peu réactif). Les organismes
ont besoin d’azote pour fabriquer des protéines et des acides nucléiques, mais la plupart ne
peuvent utiliser la molécule N2. Ils ont besoin de ce qu’on nomme l’azote fixée dans lequel les
atomes d’azote sont liés à d’autre types d’atomes comme par exemple à l’hydrogène dans
l’ammoniac NH3 ou à l’oxygène dans les ions nitrates NO3-. Le cycle de l’azote est très
complexe; le schéma suivant en présente une simplification.

Trois processus de base sont impliqués dans le recyclage de l’azote: la fixation de l’azote
diatomique N2, la nitrification et la dénitrification.

La fixation de l’azote correspond à la conversion de l’azote atmosphérique en azote utilisable


par les plantes et les animaux. Elle se fait par certaines bactéries qui vivent dans les sols ou
dans l’eau et qui réussissent à assimiler l’azote diatomique N2. Il s’agit en particulier des
cyanobactéries et de certaines bactéries vivant en symbiose avec des plantes (entre autres, des
légumineuses). La réaction chimique type est:
Dans les sols où le pH est élevé, l’ammonium se transforme en ammoniac gazeux:

La réaction nécessite un apport d’énergie de la photosynthèse (cyanobactéries et symbiotes de


légumineuses). Cette fixation tend à produire des composés ammoniaqués tels l’ammonium
NH4+ et son acide conjugé l’ammoniac NH3. Il s’agit ici d’une réaction de réduction qui se fait
par l’intermédiaire de substances organiques notées {CH2O} dans l’équation 1.

La nitrification transforme les produits de la fixation (NH4+, NH3) en NOx (soient NO2- et
NO3-), des nitrites et nitrates. C’est une réaction d’oxydation qui se fait par catalyse
enzymique reliée à des bactéries dans les sols et dans l’eau. La réaction en chaîne est de type:

soit:

La dénitrification retourne l’azote à l’atmosphère sous sa forme moléculaire N2, avec comme
produit secondaire du CO2 et de l’oxyde d’azote N2O, un gaz à effet de serre qui contribue à
détruire la couche d’ozone dans la stratosphère. Il s’agit d’une réaction de réduction de NO3-
par l’intermédiaire de bactéries transformant la matière organique. La réaction est de type :

L’activité humaine contribue à l’augmentation de la dénitrification, entre autres, par


l’utilisation des engrais qui ajoutent aux sols des composés ammoniaqués (NH4+, NH3) et des
nitrates (NO3-). L’utilisation des combustibles fossiles dans les moteurs ou les centrales
thermiques transforme l’azote en oxyde d’azote NO2-. Avec N2 et CO2, la dénitrification émet
dans l’atmosphère une faible quantité d’oxyde d’azote N2O. La concentration de ce gaz est
faible, 300 ppb (parties par milliard). Cependant, il faut savoir qu’une molécule de N2O est
200 fois plus efficace qu’une molécule de CO2 pour créer un effet de serre. On évalue
aujourd’hui que la concentration en N2O atmosphérique augmente annuellement de 0.3% et
que cette augmentation est pratiquement reliée entièrement aux émissions dues à la
dénitrification des sols. Les études des carottes glaciaires de l’Antarctique ont montré que la
concentration en N2O atmosphérique était de 270 ppb à la fin du dernier âge glaciaire (il y a
10 000 ans) et que cette concentration s’est maintenue à ce niveau jusqu’à l’ère industrielle où
elle a fait un bond pour atteindre son niveau actuel de 300 ppb; une augmentation de 11%.

3.4.5 Le cycle du phosphore


Comme dans le cas de l’azote (N), le phosphore (P) est important pour la Vie puisqu’il est
essentiel à la fabrication des acides nucléiques ARN et ADN. On le retrouve aussi dans le
squelette des organismes sous forme de PO4. Dans la Terre primitive, tout le phosphore se
trouvait dans les roches ignées. C’est par l’altération superficielle de ces dernières sur les
continents que le phosphore a été progressivement transféré vers les océans. On a calculé qu’il
a fallu plus de 3 Ga (milliards d’années) pour saturer les océans par rapport au minéral apatite
[Ca5(PO4)3OH], un phosphate. Le cycle du phosphore est unique parmi les cycles
biogéochimiques majeurs: il ne possède pas de composante gazeuse, du moins en quantité
significative, et par conséquent n’affecte pratiquement pas l’atmosphère. Il se distingue aussi
des autres cycles par le fait que le transfert de phosphore (P) d’un réservoir à un autre n’est
pas contrôlé par des réactions microbiennes, comme c’est le cas par exemple pour l’azote.

Pratiquement tout le phosphore en milieu terrestre est dérivé de l’altération des phosphates de
calcium des roches de surface, principalement de l’apatite. Bien que les sols contiennent un
grand volume de phosphore, une petite partie seulement est accessible aux organismes
vivants. Ce phosphore est absorbé par les plantes et transféré aux animaux par leur
alimentation. Une partie est retournée aux sols à partir des excréments des animaux et de la
matière organique morte. Une autre partie est transportée vers les océans où une fraction est
utilisée par les organismes benthiques et ceux du plancton pour secréter leur squelette; l’autre
fraction se dépose au fond de l’océan sous forme d’organismes morts ou de particules et est
intégrée aux sédiments. Ces derniers sont transformés progressivement en roches
sédimentaires par l’enfouissement; beaucoup plus tard, les roches sont ramenées à la surface
par les mouvements tectoniques et le cycle recommence.

Le schéma qui suit résume le cycle du phosphore.

Le phosphore est un élément limitant dans plusieurs écosystèmes terrestres, du fait qu’il n’y a
pas de grand réservoir atmosphérique de phosphore comme c’est le cas pour le carbone,
l’oxygène et l’azote, et que sa disponibilité est directement liée à l’altération superficielle des
roches. Il n’est pas clair si cette limitation est applicable à l’océan, mais la plupart des
chercheurs considèrent qu’elle le serait sur une longue échelle de temps. L’activité humaine
intervient dans le cycle du phosphore en exploitant des mines de phosphate, en grande partie
pour la fabrication des fertilisants. Ajoutés aux sols en excès, les phosphates sont drainés vers
les systèmes aquatiques. Puisque le phosphore est souvent un nutriment limitatif dans les
rivières, les lacs et les eaux marines côtières, une addition de phosphore dans ces systèmes
peut agir comme fertilisant et générer des problèmes d’eutrophisation (forte productivité
biologique résultant d’un excès de nutriments).

3.4.6 Le cycle du soufre

Tout comme l’azote et le phosphore, le soufre est un élément essentiel à la Vie. À l’origine de
la Terre, le soufre était contenu dans les roches ignées, principalement dans la pyrite (FeS2).
Le dégazage de la croûte terrestre et subséquemment l’altération sous des conditions aérobies
ont transféré à l’océan une grande quantité de soufre sous la forme de SO42-. Quand SO4 est
assimilé par les organismes, il est réduit et converti en soufre organique qui est un élément
essentiel des protéines. Comme dans le cas de l’azote, les réactions microbiennes sont
déterminantes dans le cycle du soufre.

La compréhension du cycle global du soufre acquiert une grande importance pour l’économie
minérale et dans le débat sur les changements climatiques et la pollution atmosphérique.
Plusieurs métaux, dont le cuivre, le zinc, le plomb, sont extraits des sulfures des dépôts
hydrothermaux. Dans certains cas, des réactions microbiennes sont utilisées pour concentrer
des sulfures métalliques à partir de solutions diluées. Le soufre est un constituant important
des pétroles et des charbons et leur combustion libère du dioxyde de soufre SO2 dans
l’atmosphère. Pouvoir départager les sources naturelles des sources anthropiques des
composés du soufre dans l’atmosphère est fondamental pour cerner les causes des pluies
acides et leur impact sur les écosystèmes.

Les composés du souffre sont multiples. Les principaux sont les suivants:

a) dans l’atmosphère, à l’état gazeux:

• le soufre réduit comme dans le diméthylsulfure (acronyme: DMS) dont la formule


chimique est CH3SCH3 et le carbonyl de sulfure COS,
• le dioxyde de soufre SO2,
• les sulfates en aérosols SO4.

b) dans les systèmes aquatiques: les composés majeurs sont les sulfates dissouts SO4-

c) dans les sédiments et les roches sédimentaires:

• les sulfures métalliques, surtout la pyrite FeS2,


• les évaporites: gypse CaSO4. nH2O et anhydrite CaSO4,
• les matières organiques.

Le schéma qui suit résume à grands traits le cycle global du soufre.


Au niveau du cycle océanique, le DMS est un produit naturel issu de la décomposition des
cellules du phytoplancton dans la couche supérieure de l’océan. Il s’échappe dans
l’atmosphère pour former moins de 1% de la totalité des gaz atmosphériques. Néanmoins, il a
une influence sur les climats. En quelques jours, il est oxydé en dioxyde (SO2), puis en sulfate
(SO4) qui condense en minuscules particules aérosols. Celles-ci agissent comme noyaux pour
la formation de gouttes de pluie et de nuages. Ces nuages vont réfléchir une partie du
rayonnement solaire et ainsi tempérer le réchauffement de la Planète. Mais ils vont aussi
éventuellement contribuer à des précipitations acides à cause de la réaction des aérosols avec
la vapeur d’eau et les radiations solaires.

Le carbonyl de sulfure COS est produit à partir des sulfures organiques dissouts dans l’eau de
mer et acquis en partie de l’érosion continentale. Il s’échappe par la surface des océans vers
l’atmosphère. Il est inerte dans la troposphère, mais s’oxyde en sulfates dans la stratosphère
pour former une couche tout autour de la Planète. Tout comme les nuages de la troposphère,
cette couche de sulfates en aérosols va réfléchir une partie du rayonnement solaire, avec le
même effet de modération sur la chauffe de la Planète.

Une autre influence naturelle importante sur le cycle du soufre est celle des volcans. Parmi les
gaz qu’ils émettent jusque dans la stratosphère, il y a les sulfates SO4 en aérosols qui viennent
s’ajouter à ceux qui sont issus du COS. Couplées aux émissions de cendres créant un effet de
voile, ces émissions de sulfates peuvent résulter en des refroidissements à très court terme.
Ainsi, on évalue que le Pinatubo aux Philippines qui a fait éruption en 1991 a abaissé la
température planétaire moyenne de 1 °C pendant une année dû à l’effet combiné des
émissions de cendres et de SO4.

Au niveau des continents, l’altération et l’érosion des sulfures métalliques, ainsi que le
transport de poussières de sulfates (gypse et anhydrite) dans les déserts transfèrent du soufre
aux océans. Les gaz biogéniques des sols anaérobies et des marécages contiennent aussi du
H2S, ainsi que du DMS et COS en moindre quantité, lesquels sont libérés dans l’atmosphère.
Mais la plus grande contribution en composés sulfurés vient de la combustion des pétroles et
des charbons qui contiennent pratiquement toujours du soufre. Ce sont des émissions de
sulfates SO4, mais surtout de dioxyde de soufre SO2. Ce dioxyde sous l’effet des radiations
solaires se combine avec la vapeur d’eau et les radicaux OH pour former de minuscules
gouttes de H2SO4 (acide sulfurique), un processus en partie responsable des pluies acides. Le
flux anthropique de ces gaz excède par endroits de beaucoup le flux naturel. On peut dire que
globalement le flux principal dans l’échange de soufre entre la surface de la Planète et
l’atmosphère est celui d’origine anthropique relié à la combustion des hydrocarbures et des
charbons.

3.4.7 Les grands cycles biogéochimiques: perspective historique

Dans les sections précédentes (3.4.1 à 3.4.6), on a examiné les grands cycles biogéochimiques
surtout tel qu’ils fonctionnent présentement. Notre planète a une histoire de 4,56 Ga (milliards
d’années). Ces cycles n’ont pas tous commencé au début de cette histoire, pas plus qu’ils
n’ont fonctionné comme ils le font aujourd’hui. Pour bien comprendre comment a évolué le
système Terre, il est important d’étudier ces grands cycles biogéochimiques dans la
perspective du temps géologique. Nous verrons que cette histoire met en évidence
l’intervention prépondérante de la Vie dans ces cycles.

L’Hadéen: de -4,56 à -4,03 Ga

On nomme Hadéen cette période des tous débuts de la Terre dont nous ne possédons aucun
vestige rocheux. Les archives de l’histoire géologique de notre planète sont les roches, et
puisque la roche la plus vieille connue a été datée à 4,03 Ga, l’histoire géologique
documentée dans les roches commence donc à 4,03 Ga, avec la période archéenne (voir 4.1.3
Le calendrier géologique)

C’est durant l’Hadéen que poussières cosmiques, astéroïdes, météorites et planétoïdes se sont
entrechoqués et agglomérés pour former la Terre primitive. Les météorites que nous
recueillons aujourd’hui nous donnent des indications sur l’âge et la composition primaire de
la Planète. La température devait être très élevée, à cause des chocs de collision et de la
dégradation radioactive de certains éléments des minéraux (uranium, thorium, potassium) du
matériel originel, résultant en un océan de magma. La différenciation par densité de ce
matériel en fusion a fait en sorte que le matériel le plus dense (fer, nickel) s’est enfoncé vers
le centre sous l’effet de la gravité pour former le noyau, que le matériel un peu moins dense
(minéraux ultramafiques) a formé une épaisse couche autour du noyau, le manteau, et que le
matériel le plus léger (minéraux mafiques à felsiques) a formé une mince pellicule externe, la
croûte. C’est ainsi qu’on a obtenu une terre zonée.

Combien de temps a-t-il fallu pour que se complète cette accrétion et différenciation terrestre?
La Terre a commencé à se former il y a 4,56 Ga. Cet âge du début de la formation de la Terre
correspond à celui des météorites. D’une taille initiale égale à un planétoïde d’une dizaine de
kilomètres, on évalue qu’il a fallu quelques 120 à 150 Ma (millions d’années) pour qu’elle
atteigne sa taille actuelle, soit entre -4.41 et -4.45 Ga. Les continents apparurent plus tard,
vers la fin de la différenciation. Ils sont les seuls qui gardent la mémoire des premiers temps
de l’histoire terrestre, les planchers océaniques étant perpétuellement détruits dans les zones
de subduction. Comme mentionné plus haut, l’âge de la plus vieille roche connue est de 4,03
Ga. Cependant, on a découvert dans des roches légèrement plus jeunes dans l’ouest de
l’Australie des zircons, minéral presque indestructible, d’âge se situant entre -4,1 et -4,2 Ga.
La présence de ce minéral recyclé dans les roches en question indique qu’il y avait une ou des
surfaces continentales il y a 4,1 ou même 4,2 Ga, soit peut-être quelques 200 Ma seulement
après la fin de l’accrétion terrestre.

Le dégazage de cette Terre primitive a probablement formé une première atmosphère


composée d’hydrogène (H), argon (Ar), azote (N), néon (Ne) et hélium (He). Cependant, la
faible teneur de la Terre en ces éléments suggère que cet atmosphère a été rapidement perdue,
possiblement balayée par les vents solaires. Le dégazage subséquent du manteau à travers les
volcans, qui devaient être beaucoup plus nombreux à l’époque, a produit une seconde
atmosphère ou prédominaient l’azote (N), le dioxyde de carbone (CO2) et la vapeur d’eau
(H2O), avec du dioxyde de soufre (SO2) et peut-être du chlorure d’hydrogène (HCl), de
l’ammoniac (NH3) et du méthane (CH4), une atmosphère plus dense que celle d’aujourd’hui.
On peut aisément penser que c’était là une planète nettement hostile à la Vie.

Cette Terre primitive s’est progressivement refroidie. L’eau qui ne se trouvait que sous forme
de vapeur dans l’atmosphère à cause des températures supérieures à 100°C a commencé à
condenser et à tomber en pluie lorsque les températures sont passées sous les 100°C. Les gaz
atmosphériques se sont dissouts dans ces gouttes de pluie pour former des acides carbonique
(H2CO3), nitrique (HNO3), sulfurique (H2SO4) et chloridrique (HCl), produisant des pluies
acides. Ces dernières sont venues altérer chimiquement la toute nouvelle croûte terrestre
silicatée. Il en est résulté la formation des premiers sédiments. Ces réactions chimiques ont
commencé à changer l’atmosphère, entre autres par le captage du CO2 relié à l’altération
chimique, un processus discuté au point 3.4.2.

On ne sait trop si la Vie est apparue dans ce contexte de la fin de l’Hadéen. Les premières
preuves de sa présence sur terre remonte à il y a 3,76 Ga, donc à l’Archéen.

L’Archéen: de -4,03 à -2,5 Ga

Astronomes et astro-physiciens considèrent qu’au début de l’Archéen la luminosité du Soleil,


et partant l’énergie transmise à la Terre par rayonnement solaire, était de 75% celle
d’aujourd’hui. Si la composition de l’atmosphère avait été semblable à celle d’aujourd’hui, la
Terre aurait été une boule de glace. La seule façon de résoudre ce dilemme est de considérer
que l’atmosphère du début de l’Archéen était plus riche qu’aujourd’hui en gaz à effet de serre,
tels la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone CO2, le méthane CH4, l’ammoniac NH3 et/ou
l’oxyde nitreux N2O. Pour diverses raisons, les chercheurs dans ce domaine considèrent
aujourd’hui que les gaz à effet de serre dominants étaient la vapeur d’eau et le CO2, avec peut-
être du méthane. On évalue que la concentration en CO2 était 100 fois plus élevée
qu’aujourd’hui et que la température devait se situer autour de 60°C. Il n’y avait pas
d’oxygène libre O2 dans l’atmosphère au début de l’Archéen.
Un tournant critique dans l’histoire des températures terrestres est qu’il a fallu que se fasse
l’élimination d’une partie de ce CO2 atmosphérique, sinon la Terre serait devenue aussi
chaude que Vénus à cause de l’effet de serre causé par ce gaz. Le captage du CO2 s’est fait
grâce à la précipitation de calcaires (CaCO3) et du dépôt des matières organiques primitives,
le tout progressivement stocké dans les roches sédimentaires (voir au point 3.4.2).

On évalue à quelques 50.106 Gtc le carbone présentement stocké dans les roches
sédimentaires. Tout ce carbone a été soustrait au CO2 atmosphérique. Compte tenu des taux
d’altération et du transport et dépôt des produits de cette altération (Ca2+, HCO3-, SiO2), on
peut calculer qu’il aurait fallu un temps inférieur au milliard d’années (plusieurs centaines de
millions d’années tout de même) pour stocker toute cette quantité de carbone. À ce rythme,
l’atmosphère aurait été vidée de son CO2 bien avant la fin de l’Archéen (celui-ci a duré 1,5
Ga), et la Terre devenue une boule de glace. Il faut donc qu’une certaine quantité de CO2 ait
été retournée à l’atmosphère pour maintenir cet effet de serre si nécessaire au maintien de
l’eau liquide à la surface du Globe. Le mécanisme responsable de ce retour de CO2 à
l’atmosphère est la tectonique des plaques qui recycle perpétuellement les planchers
océaniques dans les zones de subduction où, sous des températures et des pressions élevées, le
CaCO3 et le SiO2 stockés dans les sédiments et les roches se métamorphisent en silicates
(CaSiO3), une réaction qui dégage du CO2. Les matières organiques, aussi séquestrées dans les
roches et sédiments, dégagent aussi du CO2 dans ces conditions. Tout ce CO2 est retourné à
l’atmosphère grâce aux volcans. Il s’agit donc là d’un cycle long du carbone qui fonctionne
depuis le début de l’Archéen, soit depuis 4 Ga, et qui régule le CO2 atmosphérique.

Il y a donc une relation entre les concentrations en CO2 de l’atmosphère et la tectonique des
plaques. Ces concentrations vont varier avec les variations dans l’activité de la tectonique des
plaques. En somme, on peut dire que ce qui a rendu et qui rend encore notre terre habitable,
c’est bien sûr sa position par rapport au soleil (ni trop près, ni trop loin), mais aussi la
tectonique des plaques.

On ne sait trop à quel moment la Vie est apparue à l’Archéen, mais on a de bonnes raisons de
croire qu’elle était déjà sur terre il y a 3,76 Ga comme en témoignent les roches du Groupe
d’Isua au Groenland (voir 4.3.2 La longue vie solitaire des bactéries pour plus de détails).
Parmi les premières bactéries apparues, il y avait les pourpres et les vertes, capables d’oxyder
le soufre réduit (S2- dans les sulfures comme la pyrite FeS2) en sulfate (SO42-, comme dans
l’anhydrite CaSO4). Ces bactéries furent donc reponsables de la dissolution de sulfates dans
l’hydrosphère, dès les premiers temps de l’Archéen, une première modification du milieu
physico-chimique par des organismes vivants. La production d’oxygène libre O2 a commencé
avec l’arrivée des premières bactéries capables de faire la photosynthèse, les cyanobactéries,
qu’on appelle aussi les algues bleues-vertes. Celles-ci nous sont connues comme fossiles dans
les roches sédimentaires, à partir de -3,5 Ga (3500 Ma). C’est le début du cycle court du
carbone. La production d’O2 est minime à l’Archéen, mais prendra son essor au
Protérozoïque. C’est aussi le début de la formation de la couche d’ozone (O3) bloquant les
UV.

Le Protérozoïque: de -2,5 Ga à -544 Ma

Au début du Protérozoïque, la production d’oxygène libre est encore faible et l’atmosphère est
réductrice. Les stromatolites, ces colonnes de CaCO3 construites par les cyanobactéries,
avaient commencé leur développement à l’Archéen (autour de -3,5 Ga); ils vont prendre
énormément d’expansion au Protérozoïque et contribuer à soustraire du CO2 de l’atmosphère
grâce à la photosynthèse effectuée par les cyanobactéries et à stocker du carbone dans le
CaCO3 dont ils sont constitués (voir Stromatolites).

Les températures terrestres n’ont pas toujours été constantes. La surface de la Planète a connu
des alternances de périodes chaudes et de périodes froides. En anglais, on a désigné les
périodes chaudes de « greenhouse » et les froides de « icehouse », deux termes imagés que je
me permets de traduire par « planète-serre » et « planète-igloo ». On verra plus loin qu’il y a
encore plus froid que planète-igloo, la planète « boule de neige »! Pour toute l’histoire
géologique, on a documenté cinq grandes périodes de planète-igloo qui se sont traduites
chacune par une ou plusieurs glaciations:

• autour de -2,3 Ga (glaciation huronnienne),


• entre -1 Ga et -544 Ma, avec quatre maxima dont les périodes sturtienne, Varanger et
sinienne,
• à la fin de l'Ordovicien, à -450 Ma,
• au Carbonifère, circa -300 Ma,
• depuis la fin du Pliocène, il y a 2 Ma.

C’est dire que nous sommes présentement dans une période de planète-igloo (voir Le Grand
Âge Glaciaire en Amérique au point 3.1.2).

Ces alternances de planète-serre et de planète-igloo ont eu une profonde influence sur le cycle
de l’eau (voir au point 3.4.1). Elles constituent aussi un bel exemple de rétroaction négative
qui en fait explique en partie l’existence de ces alternances.

• En période de réchauffement vers une planète-serre, l’atmosphère contient de plus en


plus de vapeur d’eau, ce qui entraîne une suite de réactions en chaîne: augmentation
des pluies sur les continents, augmentation de l’altération chimique des silicates,
augmentation de la production et de l’apport dans les océans de Ca2+, HCO3- et SiO2,
augmentation de la précipitation de CaCO3, augmentation du stockage du carbone
dans les sédiments et roches sédimentaires, ce qui en bout de ligne constitue un
captage du carbone et une diminution de la concentration de CO2 atmosphérique,
laquelle résulte en une diminution de l’effet de serre et un refroidissement du climat
conduisant à une planète-igloo.
• En période de refroidissement vers une planète-igloo, moins de vapeur d’eau dans
l’atmosphère cause une diminution de l’altération chimique, d’où une diminution du
captage du CO2 atmosphérique par l’altération. Le carbone stocké dans le CaCO3 des
sédiments et roches sédimentaires durant la période de planète-serre précédente sera
englouti dans les zones de subduction et retourné à l’atmosphère sous forme de CO2
par les volcans, d’où une augmentation de l’effet de serre et des températures, et le
retour à une planète-serre.

Deux périodes de planète-igloo ont marqué le Protérozoïque. La première, autour des -2,3 Ga,
correspond à une période de glaciation majeure, la Glaciation huronnienne. Deux causes sont
invoquées pour expliquer cette glaciation: a) la prolifération massive des stromatolites à
compter de -2,5 Ga qui a abaissé drastiquement la concentration en CO2 de l’atmosphère et
par conséquent a diminué de façon importante l’effet de serre; b) une diminution dans
l’activité de la tectonique des plaques entraînant une diminution des émissions de CO2 par les
volcans.

La seconde période de planète-igloo du Protérozoïque correspond, en gros, au temps


Néoprotérozoïque (entre -1000 et -544 Ma), une longue période froide qui aurait duré plus de
450 Ma. Plus précisément, elle a été marquée par quatre glaciations importantes: vers -940
Ma, de -760 à -700 Ma (Glaciation sturtienne), de -610 à -580 Ma (Glaciation Varangar ou
marinoenne) et la dernière vers -550 Ma (Glaciation sinienne) au tournant du Précambrien-
Cambrien. Cette dernière fut plutôt douce, mais l’avant-dernière, la Varanger, aurait été
particulièrement sévère; certains y réfèrent comme une période de « terre boule de neige » qui
a sévi pendant une trentaine de millions d’années.

Durant la période allant de -2,2 à -1,6 Ga, le Protérozoïque a connu le dépôt d’un volume
exceptionnel de roches sédimentaires riches en fer dans lesquelles le fer se trouve sous sa
forme oxydée Fe3+, comme par exemple dans le minéral hématite Fe2O3. Ces roches qu’on
appelle « formations de fer » constituent la source de 90% du fer qu’on extrait des mines. La
présence de ces formations de fer indique le début de l’oxygénation de l’atmosphère-
hydrosphère. On a vu que durant tout l’Archéen, l’atmosphère était à toute fin pratique
réductrice, ce qui est aussi vrai pour l’hydrosphère. Le gros des eaux de la Planète était
anoxique, avec un énorme volume en fer réduit Fe2+ en solution. Les premières venues
d’oxygène libre dans l’atmosphère au tout début du Protérozoïque grâce à la photosynthèse
des cyanobactéries a oxydé les couches superficielles de l’hydrosphère, transformant le Fe2+
en Fe3+. Ce dernier n’est pas soluble dans l’eau et par conséquent a précipité sous forme solide
dans les formations de fer. Cette précipitation a consommé de l’oxygène libre et a sans doute
ralenti pour un temps l’oxygénation de l’atmosphère. Voir aussi L’oxygénétion de
l’atmosphère).

Vers -1,4 Ga, sont apparues les eucariotes, de nouvelles cellules à noyau, aérobies (tolérant
l’oxygène libre) et capables de photosynthèse, comme les algues unicellulaires. Elles sont
responsables d’une oxygénation rapide de l’atmosphère, étant beaucoup plus efficaces que les
cyanobactéries pour produire de l’O2. (N’oublions pas que ces formes de vie existent toujours
et qu’on peut comparer leurs « performances » respectives). On évalue que l’atmosphère avait
atteint son taux actuel en oxygène libre à la fin du Protérozoïque.

Le Protérozoïque se termine avec un réchauffement du climat terrestre. Le mégacontinent


Rodinia (voir La période Protérozoïque au point 4.2.1 Les temps précambriens) se fragmente
vers les -650 Ma et l’activité de la tectonique des plaques est grande, ce qui entraîne une
augmentation de la concentration en CO2 de l’atmosphère et amorce en conséquence un
réchauffement planétaire qui prendra effet au tout début du Phanérozoïque.

Le Phanérozoïque: les derniers 544 Ma


L’histoire des cycles biogéochimiques et des grands changements climatiques est beaucoup
mieux connue qu’aux temps précédents. La raison tient dans une bien meilleure connaissance
des séquences sédimentaires, dans l’abondance et la diversité des fossiles qui aident à
comprendre les paléomilieux et à dater plus facilement les couches géologiques et à la
résolution beaucoup plus fine des datations, le tout permettant de mieux comprendre la
paléogéographie et son évolution dans le temps.

http://www.scotese.com/sitemap.htm. On y trouve une série de cartes paléogéographiques (les


mêmes qui sont présentées aux points 4.2.2 et 4.2.3) et de cartes paléoclimatiques pour tout le
Phanérozoïque.

On peut résumer ainsi l’histoire climatique du Phanérozoïque:

• la première demie du Paléozoïque (Cambrien à Dévonien; de -544 à -360 Ma) fut une
période de planète-serre, si on exclut une brève période de glaciation à la fin de
l'Ordovicien (voir plus bas),
• la seconde demie du Paléozoïque et le tout début du Mésozoïque (Carbonifère,
Permien et tout début Trias : de -360 à -240 Ma) ont constitué la 3ème période de
planète-igloo,
• le gros du Mésozoïque (-240 à -65 Ma) fut un retour à une période de planète-serre,
• le Cénozoïque (-66 Ma à aujourd’hui) amorça la 4ème période de planète-igloo sur
laquelle nous vivons présentement.

Le diagramme qui suit présente les variations de la teneur en CO2 atmosphérique durant le
Phanérozoïque. Il s’agit de la courbe connue sous le nom de GEOCARB II, basée sur un
modèle mathémathique et analytique établi par Robert A. Berner en 1994 (Am. Jour. Science)
et 1997 (Science). On y voit le nombre et la répartition des points qui ont servi à construire la
courbe, ainsi que la marge d’erreur reliée à la méthode. RCO2 exprime une proportion, c’est-
à-dire le nombre de fois le niveau actuel du CO2 atmosphérique (soit 300 partie par million,
valeur d’avant l’ère industrielle). Exemple: à l’Ordovicien, le niveau de CO2 a été jusqu’à 22
fois plus élevée que juste avant l’ère industrielle.
Deux courbes des températures de surface se superposent à cette courbe, l’une (la droite
orangée) calculée uniquement en fonction de la variation dans le temps de l’intensité du
rayonnement solaire, sans tenir compte de la présence de CO2, l’autre (bleue) calculée en
tenant compte de la variation temporelle de l’intensité du rayonnement solaire, couplée aux
teneurs en CO2 atmosphérique (effet de serre).

Les faits saillants de la courbe du CO2 durant les quelques derniers 600 Ma sont les suivants:
1) la concentration atmosphérique de CO2 fut plus élevée dans la première demie du
Paléozoïque qu’elle ne le fut pour les derniers 400 Ma; 2) le Carbonifère-Permien a connu
une chute drastique du niveau de CO2 atmosphérique; 3) après cette chute, les niveaux de CO2
ne sont jamais remontés à leur position du début du Paléozoïque; 4) les niveaux de CO2
baissent progressivement depuis le Trias, avec une accélération à partir du Cénozoïque.

La forte concentration de l’atmosphère en CO2 durant la période du Cambrien au Dévonien


est due au fait que l’activité de la tectonique des plaques était assez élevée, entraînant un
dégazage en CO2 par les volcans, et que le captage du CO2 atmosphérique était limité. En fait,
le seul puits de carbone significatif à cette époque était relié au processus de l’altération
superficielle des silicates continentaux qui, par captage du CO2 atmosphérique, conduisait au
stockage du carbone dans le CaCO3 des sédiments et roches sédimentaires marines, un
processus dont nous avons discuté plus haut. La production biologique primaire était
pratiquement limitée à la vie marine à cette époque et par conséquent le volume de matière
organique pouvant être stoké était peu important.

C’est l’avènement des plantes vasculaires à racines et la colonisation de vastes surfaces


continentales à la fin du Dévonien qui a sérieusement modifié le décors et accéléré le stockage
du carbone, de deux manières. D’abord par l’action des racines des plantes vasculaires qui
accélèrent l’altération chimique des silicates en profondeur dans les sols et captent ainsi le
CO2 atmosphérique, libérant une quantité de produits beaucoup plus grande que
précédemment et augmentant substantiellement le stockage du carbone dans les sédiments et
roches sédimentaires marines. Puis, cette végétation terrestre a produit une énorme quantité de
matière organique qui est venue s’accumuler dans les marécages et les zones côtières marines.
Les décomposeurs (bactéries, champignons) capables d’oxyder cette nouvelle matière
organique (entre autres les lignines) n’étaient pas encore apparus sur terre à cette époque; ils
ne viendront que plus tard, au Mésozoïque. En effet, l’oxydation de la lignine dans la
biosphère actuelle est assurée par les champignons supérieurs dont les plus anciens fossiles
connus remontent au Trias. Ce qui fait que ces matières se sont accumulées, ont été
progressivement transformées en charbon et ont constitué un véritable tonneau des Danaïdes,
un puits de carbone sans fond. Le Carbonifère-Permien contient le gros des réserves en
charbon de la Planète. De là cette chute drastique du niveau de CO2 à la fin du Dévonien et le
maintien d’un bas niveau tout au long du Carbonifère-Permien.

À la fin du Permien - début du Mésozoïque, c’est la Pangée. Les surfaces continentales sont
vastes, car le niveau marin est bas. Le puits de carbone de l’altération superficielle fonctionne
encore bien. Mais le début du Mésozoïque est une période de forte activité tectonique: c’est la
fragmentation de la Pangée et l’ouverture de l’Océan Atlantique. Le dégazage au niveau des
dorsales et des volcans de zone de subduction est intense et émet une grande quantité de CO2.
Le niveau de CO2 atmosphérique se reconstruit, mais ne reviendra pas à son niveau de la
première demie du Paléozoïque. L’altération continentale à travers les pluies acides et les
racines des plantes va continuer à agir comme puits de carbone, mais les nouveaux
décomposeurs des végétaux terrestres vont contribuer à diminuer énormément le stockage du
carbone sous forme de charbon.

À partir de - 80 Ma, on note une chute significative du niveau de CO2 atmosphérique. On sait
qu’il y a une nette diminution de l’activité tectonique aux dorsales médio-océaniques à partir
de ce moment, ce qui aurait diminué les émissions de CO2 reliées au dégazage par les volcans.
Cependant, cette diminution de l’activité tectonique n’est sans doute pas suffisante pour
expliquer la chute plus importante à partir de -30 Ma. Une hypothèse récente relie cette chute
à la collision de l’Inde avec l’Asie. Cette collision a créé une gigantesque chaîne de
montagnes, l’Himalaya, avec au nord des terrains surélevés, le plateau du Tibet. Les
nouveaux reliefs de la chaîne auraient offert des surfaces rocheuses facilement érodables et
altérables chimiquement, contribuant efficacement au captage du CO2. En même temps, le
soulèvement du plateau tibétain aurait favorisé les grandes pluies saisonnières (mousson) et
fourni l’eau nécessaire à l’altération chimique au front de l’Himalaya. Ce serait là un autre
exemple de l’implication de la tectonique des plaques dans un des grands cycles
biogéochimiques. Finalement, les glaciations des 2 derniers Ma (Pléistocène) ont contribué au
captage du CO2 atmosphérique et son piégeage dans les sédiments marins en offrant à
l’altération chimique de plus grandes surfaces continentales durant les périodes de bas
niveaux marins (jusqu’à -135 mètres).
Il y a une corrélation assez évidente entre la courbe des variations des niveaux de CO2 et celle
des variations des températures. Le rôle du CO2 en tant que gaz à effet de serre apparaît bien
démontré ici. Point n’est besoin d’élaborer longuement sur ce sujet. Si les températures du
Mésozoïque se retrouvent au même niveau que celles de la première demie du Paléozoïque
pour une teneur atmosphérique en CO2 bien inférieure, c’est qu’il y a eu, au Mésozoïque, une
augmentation dans l'intensité du rayonnement solaire (courbe orangée).

Un événement climatique important qui n’a pas été détecté par le modèle de la courbe des
températures est une brève période de glaciation qui eut lieu à la fin de l’Ordovicien. Cette
glaciation est bien documentée par la présence de dépôts glaciaires (tillites) sur les masses
continentales qui se situaient à l’époque au pôles sud (voir carte paléoclimatique du milieu et
fin Ordovicien de Scotese à http://www.scotese.com/mlordcli.htm). Elle est aussi fort
probablement responsable d’une des cinq grandes extinctions de masse (voir L'extinction de
la fin de l'Ordovicien à la section 4.3.3 sous Les grands chambardements de la vie: les
extinctions de masse ).

La 3ème période de planète-igloo a conduit à un âge glaciaire important, les glaciations


permo-carbonifères. Celles-ci nous sont connues par les nombreux dépôts glaciaires qui ont
été répertoriés sur la grande masse continentale qu’était la Pangée, principalement dans
l’hémisphère sud, du pôle juqu’à la frontière entre les zone tempérée et tropicale (voir carte
paléoclimatique du Permien de Scotese à http://www.scotese.com/epermcli.htm). On se
souviendra que la distribution de ces dépôts a été utilisée par Alfred Wegener comme l’un des
arguments appuyant l’idée d’une ancienne Pangée et de la dérive des continents (voir Les
traces d’anciennes glaciations à la section 1.1 La dérive des continents).

Finalement, la 4ème période de planète-igloo s’est amorcée avec le Cénozoïque, et sa


première grande glaciation (le stade glaciaire Nébraskien) a débuté il y a 2 Ma. Nous vivons
depuis dans ce Grand Âge Glaciaire. Il y a fort à parier que nous sommes présentement dans
un stade interglaciaire, attendant une prochaine englaciation, ... à moins que nos émissions
accélérées de CO2 atmosphérique amène un réchauffement si important qu’il mettra fin à cette
4ème période de planète-igloo et amorcera une nouvelle période de planète-serre! Allons voir
au point suivant.

3.4.8 Les gaz à effet de serre (GES)

Nos inquiétudes concernant les changements climatiques actuels et à venir sont centrées sur le
réchauffement planétaire. « Effet de serre » et « réchauffement planétaire » sont deux termes
qui sont souvent considérés comme interchangeables, alors qu’ils ne le sont pas puisqu’ils
réfèrent à deux phénomènes différents. L’effet de serre est un phénomène naturel qui
maintient les températures de la surface planétaire plus élevées qu’elles ne le seraient s’il était
absent. Tel qu’utilisé dans le contexte actuel, le réchauffement planétaire réfère à une
augmentation des températures terrestres causée par les activités anthropiques (industrie,
agriculture, mode de vie, etc.).

Le réchauffement planétaire est un sujet complexe parce qu’il implique plusieurs parties du
système Terre. Il est aussi un sujet controversé parce qu’il n’est pas facile de discriminer entre
les influences naturelles et les influences anthropiques. Et parce qu’elles découlent de notre
monde industrialisé et de nos modes de vie, les causes du réchauffement sont et seront très
difficiles à éliminer ... si jamais nous souhaitons le faire.
Les opinions sont partagées quant au réchauffement planétaire parmi les chercheurs et les
divers organismes impliqués. Certains, peu nombreux, n’y croient carrément pas, considérant
qu’il s’agit d’une sorte d’hystérie collective et que les chiffres sont triturés pour faire croire à
la catastrophe imminente. Mais la grande majorité est persuadée qu’il y a eu effectivement
réchauffement durant le dernier siècle. Certains hésitent encore à relier ce réchauffement aux
activités anthropiques, alors que d’autres, beaucoup plus nombreux, sont persuadés qu’Homo
sapiens (sapiens en latin = sage!) altère présentement le climat terrestre et qu’il continuera à
le faire dans le futur. Les espèces se succèdent sur la Planète depuis près de 4 milliards
d’années. Homo sapiens est la première à comprendre suffisamment celle-ci pour pouvoir
sciemment la modifier et contrôler son devenir.

Dans l’atmosphère terrestre, les principaux gaz à effet de serre sont la vapeur d’eau (H2O), le
dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O) et les
chlorofluorocarbures (CFC). Les CFC ont une origine exclusivement anthropique, alors que
CO2, CH4 et N2O ont une double origine, naturelle et anthropique. De loin la plus abondante
dans l’atmosphère, la vapeur d’eau n’est pas directement reliée aux activités de l’homme. Les
quantités respectives de ces gaz dans l’atmosphère sont indiquées au tableau suivant:

Les gaz à effet de serre n’ont pas tous la même capacité d’absorption du rayonnement
infrarouge; en clair, leur efficacité en termes d’effet de serre est variable. Ainsi, le méthane
est 21 fois plus efficace que le dioxyde de carbone et les CFC-12 (fréon-12), 15 800 fois plus
efficaces. C’est la vapeur d’eau qui est la plus grande responsable de l’effet de serre. Au
second rang c’est le CO2. En effet, en tenant compte des teneurs actuelles des gaz et de leur
efficacité à agir comme gaz à effet de serre, on peut dire, en simplifiant les calculs, que dans
l’atmosphère terrestre actuelle, c’est le CO2, après l’eau, qui est le grand contributeur à l’effet
de serre; le méthane représente l’équivalent d’un dixième de la contribution du CO2, le N2O
un centième et les CFC de un à deux centièmes. Il n’est donc pas surprenant que l’on cible les
émissions de CO2 dans l’analyse des causes du réchauffement planétaire. Par ailleurs, si les
CFC ne sont pas de grands contributeurs à l’effet de serre, il n’en demeure pas moins qu’ils
sont extrêmement nocifs pour la couche d’ozone.

Il n’y a pas de doute qu’un réchauffement ou un refroidissement climatique est directement


relié à la quantité des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, en particulier le CO2 et dans une
bien moindre mesure le CH4, deux gaz reliés au cycle du carbone. Le problème majeur qui
interpelle les chercheurs dans le domaine est de faire la part des choses entre les émissions
naturelles et celles qui sont d’origine anthropique. Examinons les faits à la page suivante.

3.4.9 Vivons-nous réellement un réchauffement planétaire?

Notre étude de l’histoire géologique des climats au point précédent 3.4.7 nous a montré que
depuis la fin du Mésozoïque les températures terrestres ont progressivement chuté et que nous
sommes présentement dans une période de planète-igloo et même, depuis 2 Ma, carrément
dans un Grand âge glaciaire (voir la répartition des stades glaciaires et interglaciaires des
derniers 2 Ma).

La courbe qui suit trace cette chute depuis le début du Tertiaire (Selon University Corporation
for Atmospheric Research/Office for Interdisciplinary Earth Studies (UCAR/OIES), 1991;
cité dans Mackenzie, 1998).

Les deux autres graphiques qui suivent sont tirés de UCAR/OIES (1991) et du rapport
d’évaluation de 1990 de l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) (appellation
française, GIEC - Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat), cités
dans Mackenzie, 1998. Le graphique A présente les fluctuations de température durant les
derniers 18 milliers d'années. Depuis 10,000 ans, nous sommes dans un stade interglaciaire,
alors qu'entre 10,000 et 18,000 ans, nous étions en pleine englaciation (la glaciation
wisconsinienne), ce qui se reflète nettement sur la courbe des températures. Le graphique B
montre les fluctuations de température durant le dernier millénaire.
À noter qu'entre le milieu du 15ème siècle et le milieu du 19ème siècle, on aurait connu une
période où les conditions climatiques, à la grandeur du globe, furent sensiblement plus froides
qu'aujourd'hui, de l'ordre de 1°C. Les climatologues ont appelé cette période le Petit Âge
glaciaire. Les écrits de la Renaissance font état par contre d'une période relativement chaude
durant le Moyen-Âge.

Il est à noter cependant que dans son dernier rapport d’évaluation scientifique (2001), l’IPCC
(GIEC) modifie ses conclusions au sujet de cette idée, sur la base de nouvelles données
exprimées par les graphiques suivants qui présentent les fluctuations durant le dernier
millénaire dans l’hémisphère nord, telles que reconstituées à partir des anneaux des arbres,
des coraux, des carottes glaciaires et des documents historiques (courbe bleue), ainsi que des
mesures instrumentales (coube orangée) pour le dernier siècle. La zone grise exprime la
marge d’erreur de deux écarts-types.
D’une façon générale, on voit sur ce graphique qu'il y a une légère baisse continue (trait
rouge) depuis le 11ème siècle jusqu'au 20ème siècle et qu'il n’y a pas d’évidences que ces
périodes chaude du Moyen Âge et froide du Petit Âge glaciaire aient affecté l’ensemble de la
Planète. Le Petit Âge glaciaire serait plutôt une variation locale centrée sur l’Europe de
l’Ouest. Ce dernier graphique montre aussi que le taux d’augmentation et la durée du
réchauffement au 20ème siècle n’ont aucun précédent durant tout le millénaire; ils ne peuvent
être considérés comme une simple récupération de ce qui a été appelé le Petit âge glaciaire, un
argument parfois avancé pour expliquer ce réchauffement.

Malgré tout ce froid planétaire dans lequel nous baignons, les températures terrestres se sont
élevées durant les derniers 150 ans comme le montre cette courbe fréquemment citée de leurs
fluctuations pour la période 1856-1995 (selon les rapports d’évaluation scientifique de
l’IPCC, 1990, 1996 et 2001). Les barres grises indiquent les écarts de températures moyennes
annuelles par rapport à la moyenne des températures de la période 1961-1990 (ligne 0). La
courbe rouge représente les valeurs moyennes annuelles filtrées.
Le réchauffement est plus important dans l’hémisphère nord que dans l’hémisphère sud. Les
deux cartes qui suivent, construites selon les scénarios A2 et B2 du SRES (ces scénarios sont
présentés plus loin), montrent bien cette différence importante entre les deux hémisphères et
surtout un réchauffement inquiétant aux latitudes arctiques.
3.4.10 - Y a-t-il une relation de causalité entre nos émissions de gaz
à effet de serre, surtout de CO2, et ce réchauffement?

On peut difficilement douter que la dernière décennie du 20ème siècle a connu un


réchauffement exceptionnel. Reste à savoir si nos émissions de gaz à effet de serre en sont
responsables.

Établissons d’abord qu’il y a une relation directe entre fluctuations des teneurs en gaz à effet
de serre et les fluctuations des températures. Le graphique qui suit montre un beau
parallélisme entre fluctuations des températures et fluctuations des teneurs en CO2 et en CH4.

Sources:
Courbe du CO2 : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig3-2.htm
Courbe du CH4 : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig4-1.htm
Il s’agit ici des teneurs en CO2 et CH4 obtenues par l’analyse de minuscules bulles d’air
piégées dans la glace de la carotte du sondage de Vostok, ainsi que des températures déduites
des isotopes stables de l’oxygène. Les fluctuations de température sont indiquées selon leur
déviation par rapport aux températures de 1993 (année de l'étude). La largeur des courbes du
CO2 et du CH4 exprime la marge d’erreur des évaluations. On peut toujours se demander si ce
sont des variations dans les teneurs en CO2 et CH4 atmosphériques qui ont amené des
variations de température ou plutôt l’inverse, des variations de températures qui ont contrôlé
les teneurs en CO2 et CH4 atmosphériques. N’oublions pas ici les variations reliées aux
paramètres orbitaux de la Terre et les cycles de Milankovich.

La figure qui suit montre les changements de teneur en CO2, CH4 et N2O au cours du dernier
millénaire. Ces données sont basées sur les carottes de glace et les anneaux des arbres de
divers sites de l’Antarctique et du Groenland (les divers symboles sur les courbes), avec en
plus les données provenant d’échantillons atmosphériques pour les dernières décennies (ligne
noire sur la courbe du CO2 et partie terminale de la courbe du CH4). On peut difficilement nier
une augmentation exponentielle depuis l’ère industrielle de ces trois gaz à effet de serre.

Sources :
Courbe du CO2 : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig3-2.htm
Courbe du CH4 : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig4-1.htm
Courbe du N2O : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig4-2.htm
Voici quelques chiffres qui décrivent bien ces augmentations, chiffres extraits du 3ème rapport
d’évaluation (2001) de l’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) qui conclut «
qu’il y a des évidences nouvelles et plus fortes que le gros du réchauffement des derniers 50
ans est attribuable aux activités humaines ».

• La teneur atmosphérique en CO2 a augmenté de 31% depuis 1750. La teneur actuelle


n’a jamais été dépassée durant les derniers 420 000 ans, ni même vraisemblablement
durant les derniers 20 millions d’années. De plus, le taux d’augmentation de la teneur
en CO2 atmosphérique a été en moyenne de 1,5 ppm (0,4%) par année (variation de
0,9 à 2,8 ppm) durant les deux dernières décennies; un tel taux d’augmentation ne
s’est pas produit durant au moins les derniers 20 000 ans.
• On évalue que trois-quarts des émissions anthropiques de CO2 dans l’atmosphère
durant les derniers 20 ans sont dus à la consommation des combustibles fossiles. Le
quart restant est dû en grande partie au changement de pratiques dans l’utilisation des
terres, en particulier la déforestation.
• Présentement, l’océan et les continents captent ensemble la moitié seulement des
émissions anthropiques de CO2.
• La teneur atmosphérique en CH4 a augmenté de 151% (soit 1060 ppb) depuis 1750 et
continue d’augmenter. La teneur actuelle n’a pas été dépassée durant les derniers 420
000 ans. Un peu plus de la moitié des émissions de CH4 sont anthropiques
(combustibles fossiles, ruminants, rizières).
De plus, les émissions de monoxydes de carbone (CO) ont récemment été identifiées
comme une cause de l’augmentation des teneurs en CH4.
• La teneur atmosphérique en N2O a augmenté de 17% (soit 46 ppb) depuis 1750 et
continue d’augmenter. La teneur actuelle n’a pas été dépassée durant au moins le
dernier milliers d’années. Environ le tiers des émissions de N2O est anthropique
(agriculture, alimentation du bétail, industrie chimique).
• Depuis 1995, les teneurs atmosphériques de plusieurs des CFC qui sont à la fois nocifs
pour la couche d’ozone et à la fois des gaz à effet de serre, augmentent plus lentement
qu’auparavant ou même diminuent, grâce au protocole de Montréal. Par contre, leurs
substituts, bien que plus amicaux pour la couche d’ozone, sont aussi des gaz à effet de
serre et leur teneur augmentent.

Dans le 3ème rapport d’évaluation de l’IPCC (2001), on trouve aussi les résultats d’une
modélisation qui simule les changements de température à la surface terrestre depuis 1960.
Les résultats sont comparés à la courbe des températures réellement mesurées et on tente de
séparer les causes naturelles des causes anthropiques. Les trois graphiques qui suivent
expriment ces résultats. Sur les trois, la ligne rouge correspond aux températures mesurées et
le profil en gris au modèle. Le profil en A ne tient compte que de causes naturelles (variations
solaires, activité volcanique); celui en B, que des causes anthropiques (émissions de gaz à
effet de serre, aérosols sulfatés); celui en C, de la somme des causes naturelles et
anthropiques.
Source : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig12-7.htm

On voit bien que les causes naturelles seules ne peuvent expliquer l’augmentation des
températures des dernières décennies (graphique A): il y a peu de correspondance entre le
profil du modèle qui ne tient compte que des causes naturelles et la courbe des températures
mesurées. Le profil qui tient compte plutôt des causes anthropiques (graphique B) colle un
peu mieux à la courbe des températures mesurées, mais c’est vraiment celui qui additionne les
deux types de causes (graphique C) qui colle le plus à la réalité. En clair, ces résultats
démontrent deux choses: 1) que les paramètres utilisés pour la modélisation sont valables, ce
qui n’exclut pas la possibilité qu’il y en ait d’autres; 2) que le réchauffement planétaire que
nous vivons est en majeure partie causé par des activités anthropiques.

En développant des modèles prévisionnels pour les teneurs en gaz à effet de serre et en
aérosols pour les climats futurs, le 3ème rapport d’évaluation de l’IPCC (2001) en arrive aussi à
la conclusion que « les effets des activités d’origine anthropique vont continuer à changer la
composition de l’atmosphère tout au long du 21ème siècle ».

• Il est virtuellement certain que les émissions de CO2 dues à la consommation des
combustibles fossiles seront l’influence dominante sur la tendance à l’augmentation de
la teneur atmosphérique en CO2 durant le 21ème siècle.
• Avec l’augmentation des teneurs atmosphériques en CO2, l’océan et les continents
vont capter une fraction de moins en moins grande des émissions anthropiques de
CO2.
• Au tournant du prochain siècle, on évalue que la teneur atmosphérique en CO2 se
situera entre 540 et 970 ppm, selon le modèle utilisé, soit de 90 à 250% au-dessus de
la teneur étalon de 280 ppm en 1750.

Tous les modèles développés prévoient une augmentation des températures terrestres
moyennes et du niveau des mers. La figure qui suit présente les prévisions pour le prochain
siècle selon six scénarios développés à partir de divers modèles complexes.
Source : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig9-14.htm

Sur cette figure, SRES signifie Special Report on Emission Scenarios. Ces scénarios ont été
développés par l’IPCC à compter de 1996 pour remplacer ceux d’une modélisation plus
ancienne identifiés ici comme IS92. Un ensemble de 40 scénarios, dont 35 utilisent des
données sur la totalité des gaz influençant le climat, ont été développés en tenant compte de
facteurs démographiques, économiques et technologiques susceptibles d’influencer les
émissions futures de gaz à effet de serre et de soufre. Il est à noter que ces scénarios ne
tiennent pas compte des initiatives en cours ou proposées pour réduire les émissions, tel le
protocole de Kyoto. Ces 40 scénarios ont été groupés en quatre familles, A1, A2, B1 et B2;
sur le graphique, la famille A1 a été subdivisée en trois sous-familles. Les scénarios présentés
correspondent à ces regroupements.

• Famille A1 : décrit un monde futur à croissance économique très rapide, une


population mondiale qui atteint un sommet au milieu du siècle et qui diminue ensuite,
et l’introduction de technologies nouvelles et plus efficientes. Les traits dominants
sont la convergence des régions, l’augmentation des interactions culturelles et
sociales, avec une réduction substantielle des différences régionales. Les trois sous-
familles de A1 expriment leurs différences principalement dans leur choix au niveau
des énergies : A1T choisit des sources d’énergie non fossiles, A1F1 est fortement
centrée sur les énergies fossiles, et A1B tente un équilibre entre toutes les sources
d’énergie.
• Famille A2 : décrit un monde très hétérogène. Le trait dominant est l’auto-suffisance
et la préservation des identités locales. La convergence des patrons de fertilité entre les
régions est très lente, ce qui résulte en une augmentation continue de la population. Le
développement économique est d’abord orienté régionalement et sur la croissance
individuelle. Les changements technologiques sont plus fragmentés et plus lents que
chez les autres familles.
• Famille B1 : décrit un monde convergent qui, comme en A1, possède la même
population mondiale qui culmine au milieu du siècle et décline par la suite. Elle s’en
distingue par un changement rapide des structures économiques qui se dirigent vers
une économie de services et de l’information, avec une réduction du matérialisme et
l’introduction de technologies propres et efficientes au niveau des ressources.
L’emphase est mise sur des solutions globales quant à la durabilité du développement
économique, social et environnemental, incluant une amélioration de l’équité, mais
sans initiatives additionnelles concernant le climat.
• Famille B2 : décrit un monde où l’emphase est mise sur des solutions locales en ce qui
concerne la durabilité du développement économique, social et environnemental.
C’est un monde où la population mondiale croît continuellement, mais à un rythme
plus lent que A2. Le développement économique se situe à un niveau intermédiaire et
les changements technologiques sont moins rapides et moins diversifiés par rapport à
B1 et A1. Bien que ce scénario soit aussi orienté vers la protection de l’environnement
et l’équité sociale, il est centré sur le local et le régional.

Quelque soit le scénario le plus probable dans cette nouvelle modélisation (SRES), on doit
donc s’attendre à une augmentation des températures se situant entre 1,4 et 5,8°C vers la fin
de ce siècle, une prévision à la hausse par rapport à la modélisation précédente (2ème rapport de
l’IPCC, 1995) qui indiquait une fourchette de 1,0 à 3,5°C. Les modèles climatiques nous
disent aussi que le réchauffement planétaire ne se fera pas de façon uniforme à la surface du
Globe. Ainsi, le réchauffement des surfaces continentales sera plus élevé que la moyenne
globale. Aussi, le réchauffement des régions nordiques de l’Amérique du Nord et de l’Asie
centrale excède de 40% le réchauffement global dans tous les modèles, avec ce que cela
implique sur la fonte des glaces. Par contre, le réchauffement est plus faible que la moyenne
dans le sud et le sud-est de l’Asie en été et le sud de l’Amérique du Sud en hiver. Plusieurs
modèles indiquent que la tendance des températures de surface dans le Pacifique tropical à
présenter un patron de type El Niño devrait se poursuivre, c’est-à-dire un réchauffement plus
important dans le Pacifique-Est que dans le Pacifique-Ouest, impliquant un déplacement vers
l’est des précipitations.

Ayant bien établi qu'il y a bel et bien réchauffement planétaire et que les activités
anthropiques en sont la causes, voyons maintenant quelles en seront les conséquences. ... Page
suivante.

3.4.11 - Les conséquences d’un réchauffement planétaire

Nous allons examiner ici quatre des principales conséquences d'un réchauffement planétaire.

a) La montée du niveau des mers.

Une des conséquences à laquelle on pense en premier lieu lorsqu’on invoque un


réchauffement planétaire est la montée du niveau des mers, avec ses effets néfastes sur les
terres basses côtières (inondations, vulnérabilité aux tempêtes), comme les Pays-Bas ou les
grandes plaines deltaïques (Bangladesh, Louisianne, etc.). Cette montée des eaux est le plus
souvent attribuée à la seule fonte des calottes glaciaires. Nuançons.

L'histoire des derniers 140 milliers d'années nous apprend que les fluctuations du niveau des
mers se sont faites au gré des alternances de stades glaciaires et interglaciaires, avec des
chutes atteignant les 135 mètres.
Les chercheurs évaluent que le niveau marin s’est élevé de 12 cm depuis 1880. Il n’est pas
simple d’évaluer cette élévation puisque la croûte terrestre n’est pas stable partout: dans une
grande partie du Canada et de l’Europe, la croûte se soulève à cause du réajustement
isostatique suite à la dernière glaciation, alors que dans certaines zones comme les zones
deltaïques, elle s’abaisse à cause du poids des sédiments. Cette élévation progressive de 12
cm depuis 1880 est concordante avec le réchauffement observé. Deux facteurs sont à
considérer quand on cherche à cerner les causes d’une élévation du niveau marin: la fonte des
glaces, bien sûr, mais aussi la dilatation thermique des eaux océaniques. En fait, on évalue
que près de la moitié de l’élévation a été causée par la dilatation des eaux de la couche
supérieure de l’océan reliée à leur réchauffement. Le réchauffement des eaux de l’océan
profond causera aussi une montée du niveau marin, mais cette fois à beaucoup plus long
terme, compte tenu que la circulation thermohaline est beaucoup plus lente. On a calculé
qu’un réchauffement de 0,5°C des eaux de surface (le réchauffement depuis 1880) ont
entraîné, par dilatation, une élévation de 5 cm. Les autres 7 cm de la montée des eaux depuis
1880 correspondent à la fonte des glaciers de montagne. Par exemple, on a observé des
retraits importants de glaciers dans les Alpes durant les deux derniers siècles et plusieurs
glaciers des Andes retraitent rapidement présentement. On peut donc s’attendre à ce que la
fonte des glaciers de montagne contribue à gonfler l’eau des océans dans un proche avenir.

Le graphique qui suit exprime les prévisions de montée du niveau marin, selon les mêmes
scénarios (SRES, IPCC 2001) que pour le réchauffement planétaire.
Source : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig11-12.htm

Pour le siècle à venir, l’IPCC prévoit que:

• la couverture neigeuse et le couvert de glaces océannes de l’hémisphère nord vont


encore diminuer.
• Les glaciers de montagne et les calottes glaciaires vont continuer à fondre.
• Par contre, le volume de la calotte de l’Antarctique devrait plutôt augmenter à cause
de précipitations plus importantes reliées au réchauffement global, tandis qu’au
contraire, celui de la calotte du Groenland devrait diminuer à cause d’une
augmentation de la fonte et du ruissellement dépassant le volume des précipitations,
l’hémisphère nord demeurant plus chaud que l’hémisphère sud.
• Conséquemment, le niveau marin devrait connaître une élévation se situant entre 9 et
88 centimètres, selon le scénario impliqué, à cause de la dilatation thermique de
l’océan supérieur et de la fonte des glaces. Il s’agit là d’une élévation moindre que
celle qui avait été prévue dans le 2ème rapport d’évaluation (1995), l’amélioration des
modèles ayant minimisé la contribution de la fonte des glaces.

b) L’impact sur les écosystèmes

Les différents types de plantes ont différents mécanismes de fixation du carbone, ce processus
qui fait que durant la photosynthèse le CO2 est converti en carbone organique. Sans entrer
dans les détails, disons que pour certaines plantes, ce mécanisme passe par la synthèse de
composés à trois atomes de carbone. C’est ce qu’on appelle la photosynthèse C3 qui implique
les plantes dites plantes C3. Il y a aussi la photosynthèse C4, impliquant des composés à quatre
atomes de carbone, et conséquemment les plantes C4 (maïs, canne à sucre, pâturages). Les
plantes C4 sont capables de photosynthétiser à des teneurs atmosphériques de CO2 bien
inférieures à celles qui sont nécessaires pour les plantes C3, mais aussi, elles répondent plus
mal que les plantes C3 à une augmentation des teneurs en CO2; ce qui implique que dans un
scénario d’augmentation du CO2 atmosphérique certaines cultures seront défavorisées par
rapport à d'autres.

Au sein même du monde des plantes C3, différents types de plantes répondront de façons
différentes aux changements de température et de taux d’humidité qui accompagneront les
variations de teneurs en CO2. Ainsi, certaines espèces d’arbres supportent mieux les
augmentations de température et de teneurs en CO2 que d’autres. Par exemple, le pin et le
bouleau supportent bien les teneurs élevées en CO2, alors que le tremble et l’épinette
dépérissent quand les températures deviennent trop chaudes. En somme, sans entrer dans les
détails, on peut dire que l’abondance relative et la distribution de certaines espèces de
végétaux dans un écosystème donné risquent d’être modifiées par un réchauffement
planétaire, avec ce que cela implique sur les autres végétaux et la vie animale.

Les changements de température provoquent un déplacement des limites entre les zones de
température et conséquemment de la migration des espèces dont la répartition géographique
est contrôlée par la température. Ainsi on pourrait assister à la migration d’insectes nuisibles
aux cultures ou tout simplement aux humains aujourd’hui confinés aux zones tropicales vers
les zones tempérées actuelles, élargissant leur territoire de façon substantielle (exemple,
l’insecte vecteur de la malaria qui ne peut supporter les hivers froids). La rapidité avec
laquelle les changements de température se font pourront aussi avoir une influence. Certaines
espèces pourraient ne pas avoir la rapidité de réaction suffisante (reproduction, colonisation)
pour suivre le changement et carrément disparaître.

Dans le domaine marin, un réchauffement des eaux de la tranche de surface peut affecter la
vie benthique. Les coraux en sont un bon exemple. La fameuse maladie blanche qui affecte
présentement les récifs coralliens est considérée comme étant reliée au réchauffement de
l’eau. Le coraux expulsent leur symbiotes algaires (zooxanthelles) et se voient ainsi dépérir
(voir Vers une nouvelle décimation s4/decimation.coraux.html). On évalue aujourd’hui que
20% des récifs coralliens ont été détruits et que 40% sont en danger, par diverses causes dont
le réchauffement des eaux superficielles.

c) L’impact sur la circulation de l’océan global (circulation thermohaline)

On a vu plus haut (point 3.2.4) que la circulation de l’océan global forme une boucle qui
prend son origine dans l'Atlantique-Nord où les eaux froides (refroidies par les vents froids du
Canada), salées, denses et bien oxygénées plongent vers les profondeurs. Il s’agit d’un cycle
de 1000 ans environ. C’est cette plongée des eaux froides et denses de l’Atlantique-Nord qui
constitue en quelque sorte le moteur de cette circulation en boucle. C’est la remontée locale
(upwelling) de ces eaux froides riches en nutriments qui alimentent le plancton en surface et
qui contribuent ainsi à la forte productivité biologique marine dans certaines régions, par
exemple au niveau des pêcheries, comme sur les Grands Bancs de Terre-Neuve ou les côtes
du Pérou. C’est aussi cette circulation thermohaline (i.e., reliée aux gradients de température
et de salinité) qui redistribue la chaleur.

Un ralentissement, ou à la limite un arrêt, dans le transport des masses d’eau océaniques aura
certes une influence néfaste sur la ressource halieutique et les climats en général. L’effet El
Niño est un bon exemple de l’interrelation climat-circulation océanique-ressources marines.
Un tel ralentissement peut être causé, au point de départ de la boucle, par un réchauffement
des eaux de surface dans l’Atlantique-Nord et par une diminution de leur salinité par la fonte
des glaces du Groenland et de l’Arctique.

Le graphique qui suit montre, à partir de plusieurs modèles, que déjà la circulation
thermohaline décline depuis quelques décennies et que, sauf pour deux modèles, cette
diminution ira en s’accentuant. Le zéro de base correspond à la moyenne des années 1961-
1990.
Source : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig9-21.htm

Certains modèles vont même jusqu’à prévoir qu’une augmentation de 1% par an de la teneur
atmosphérique en CO2 pendant 100 ans entraînera une coupure nette de la circulation
thermohaline. Un autre modèle conclut qu’avec une augmentation de 1% par an, la coupure se
produira lorsque la teneur atteindra 4 fois la teneur de base (280 ppm). Rappelons-nous que le
taux d’augmentation de la teneur en CO2 atmosphérique a été en moyenne de 1,5 ppm (0,4%)
par année durant les deux dernières décennies (voir plus haut).

d) L’impact sur « le temps qu’il fera » et les événements climatiques extrêmes

Le dernier rapport d’évaluation de l’IPCC présente une liste de changements probables à ce


niveau reliés au réchauffement planétaire.

1. Des maxima de température plus élevés et un plus grand nombre de jours chauds dans
pratiquement toutes les zones continentales.
2. Des minima de température plus élevés, moins de jours froids et de jours de gel dans
pratiquement toutes les zones continentales.
3. Des écarts de température réduits dans la plupart des zones continentales.
4. Une augmentation de l’indice de chaleur (une combinaison température-humidité qui
mesure les effets sur le confort des humains) dans la plupart des zones continentales.
5. Un plus grand nombre d’événements extrêmes au niveau des précipitations.
6. Une augmentation de l’assèchement estival continental, entraînant une augmentation
des risques de sécheresse.
7. Une augmentation dans l’intensité des vents de pointe des cyclones tropicaux.
8. Une augmentation des moyennes et des maxima de précipitations reliées aux cyclones
tropicaux.
Plusieurs de ces changements ont déjà été observés et même quantifiés dans certains cas
durant la dernière moitié du 20ème siècle. Les changements 1 à 5 sont qualifiés de très
vraisemblables (probabilité de 90 à 99% qu’un énoncé soit vrai), les autres de vraisemblables
(probabilité de 66 à 90%) pour le 21ème siècle.

Tous ces résultats et ces données sont-ils fiables? Question légitime.

3.4.12 - Quelle crédibilité peut-on accorder aux données du passé


et à la modélisation prévisionelle?

Pour comprendre les climats futurs et leurs changements, nous nous référons beaucoup à
l’histoire des climats anciens et actuels, une démarche uniformitariste (actualisme) vue
différemment qu'à l'habitude.

Rappel : le principe d’uniformitarisme (aussi appelé actualisme), cher aux géologues,


dit que « le présent est la clé du passé ».
Ici, c’est le passé qui devient la clé du futur. Nous avons des données factuelles (écrits,
mesures, relevés, etc.) sur un certains nombres de paramètres climatiques, en gros pour les
deux ou trois derniers siècles, et quelques unes plus vagues pour les deux ou trois derniers
millénaires (écrits historiques). En ce qui concerne l’histoire plus ancienne, nous devons nous
fier aux données issues des travaux des géologues et paléontologues, des données qui
découlent de l’observation, de l’analyse et de l’interprétation. Ce cours vous donne maints
exemples de la nature et du degré de fiabilité de ces données géologiques (voir en particulier
la section 4 et le point 3.4.7).

Dans son 3ème rapport d’évaluation (2001), l’IPCC présente un tableau qui, entre autres,
exprime le degré de compréhension qu’ont les scientifiques par rapport aux divers agents qui
ont contribué aux changements de l’irradiation terrestre pour les dernières 250 années. On y
voit que le niveau de confiance est assez élevé en ce qui concerne les données sur les gaz à
effet de serre, mais qu’il devient très faible en ce qui concerne les aérosols et autres
contributeurs. Une telle constatation est à mettre en perspective dans l’évaluation du degré de
fiabilité des modèles climatiques.
Source : http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/fig6-6.htm

Le sommet ou la base des rectangles correspond aux valeurs centrales ou aux meilleures
évaluations des données publiées. Les lignes verticales expriment l’écart d’incertitude basé
sur les écarts dans les données publiées.

Pour qui se préoccupe de savoir ce qu’il adviendra de notre planète dans les décennies, siècles
et millénaires à venir, et plus particulièrement au niveau des changements climatiques
amorcés, il y a deux groupes de démarches possibles : d'une part, la boule de cristal, les
feuilles de thé, l’astrologie, votre voisine et tutti frutti, et d'autre part, les méthodes de
modélisation numérique (rien à voir avec la numérologie!); c’est l’un ou l’autre, les deux
souffrant d’une incompatibilité définitive. Certains politiciens ont préféré choisir les
premières, mais les scientifiques ont préféré jusqu’à aujourd’hui le second groupe et
s’attachent à produire des modèles climatiques les plus représentatifs possibles de la nature et
de ses comportements.

Un modèle climatique est en quelque sorte un gros logiciel, un gros programme pour
ordinateur, à l’aide duquel on tente de résoudre une équation longue et complexe dans
laquelle les innombrables variables et constantes sont les paramètres physiques, chimiques et
biologiques, ainsi que les lois naturelles qui définissent le climat et son évolution dans
l’espace et le temps. Dans le cas qui nous préoccupe, l’espace est la surface entière de la
Planète que l’on matérialise par une infinité de noeuds (points d’intersection d’une maille plus
ou moins serrée) et le temps peut être les décennies et siècles passés ou le siècle à venir. À
partir d’une série de paramètres définis introduits dans le modèle, on fait « tourner » ce
dernier qui finalement résoudra l’équation selon certaines variables recherchées, telles la
température, la teneur en CO2 ou l’ampleur des fluctuations du niveau marin.

La fiabilité du modèle et surtout du résultat obtenu est beaucoup fontion de la compréhension


que l’on a des lois de la nature et des interactions entre les divers paramètres climatiques. On
doit admettre que physiciens, chimistes, géologues et climatologues connaissent assez bien
ces lois depuis au moins quelques décennies et qu’en fait, la limite à la modélisation était la
capacité de traitement informatique, une limite passablement repoussée aujourd’hui. En plus
des paramètres physiques, chimiques et biologiques, on a vu plus haut qu’on introduit dans la
modélisation, depuis qu’on est certain que les activités humaines ont une influence directe sur
les changements climatiques, les paramètres sociétaux (économie, politique, comportement
social, etc.).

Il faut cependant réaliser que si nous connaissons adéquatement les lois naturelles régissant
individuellement chacun des paramètres impliqués, nous éprouvons encore souvent beaucoup
de difficulté à cerner les interactions entre les paramètres, même si on fait présentement
d’immenses progrès en ce domaine. On l’a dit plus haut, la planète Terre est un système
complexe, un ensemble composé d’éléments variés, intimement reliés entre eux et
fonctionnant comme un tout. Nos modèles veulent représenter ce système ou une partie de ce
système. Dans le cas de modèles climatiques, le fait qu’ils peuvent adéquatement représenter
une réalité connue, comme par exemple la concordance entre le modèle et les observations
dans le cas de l’augmentation des températures depuis 1860 présenté plus haut, nous conforte
dans leur fiabilité.

Cela dit, il est un domaine où la modélisation climatique trouve ses limites: c'est notre
compréhension très limitée des effets de seuil. La réponse d'un processus à une perturbation
donnée n'est pas toujours linéaire, c'est-à-dire qu'elle n'est pas nécessairement proportionnelle
à la perturbation. Pour utiliser une analogie, une augmentation de la tension sur une bande
élastique par faibles incréments entraînera son étirement progressif, jusqu'à ce qu'on atteigne
un seuil où un seul incrément, aussi faible soit-il, fera casser la bande élastique, un effet
disproportionné par rapport à la taille de la dernière perturbation et au-delà duquel il n'y a pas
de retour possible. Personne présentement ne peut dire où se situe le seuil de température au-
delà duquel la machine terrestre risque de s'emballer.

En définitive, il ne faut pas voir les modèles climatiques prévisionnels comme définitifs et
sans faille. L’avancement des connaissances les rendront toujours perfectibles. Et ce n’est pas
parce qu’ils sont imparfaits qu’ils sont faux et inutiles comme voudrait le laisser croire une
certaine presse. Il ne faut pas tomber dans le piège de la pensée simpliste et réductrice,
comme celle des créationnistes qui refutent l’évolution parce que les évolutionnistes ne
s’entendent pas sur certains mécanismes de l’évolution. Ce n'est pas parce qu'on est pas
certain si Un Tel est arrivé à 15h15 ou à 15h25 qu'on doit conclure qu'il n'est pas venu! Ce
n’est pas parce que le modèle ne peut prévoir avec précision l’augmentation des températures
ou la montée du niveau des mers qu’on doit le mettre à la poubelle ... et sortir sa boule de
cristal ou l’horoscope chinois. Les valeurs avancées par le modèle sont susceptibles d’être
revisées à la hausse ou à la baisse, mais une chose est certaine, c’est qu’il y a et qu’il y aura
réchauffement planétaire, qu’il y a et qu’il y aura montée du niveau des mers.
4.3 - La Vie sur Terre

Dans le chapitre précédent (4.2), nous avons brossé les grands traits de l'histoire des
continents et des océans à travers les temps géologiques, ce qui, dans une certaine mesure, a
permis de planter le décor pour ce chapitre qui traite de l'histoire de la Vie sur la planète
Terre.

La biosphère terrestre constitue l'unicité de notre planète dans le système solaire. Nous savons
aujourd'hui que la Vie est apparue très tôt dans l'histoire de la Terre, il y a au moins 3,5
milliards d'années, que pendant près de 3 milliards d'années ce fut le règne quasi exclusif des
bactéries et des algues, qu'il y a à peine 600 millions d'années, il y eut une éclosion rapide de
la diversité biologique, une sorte de "big bang" de la Vie, et que nous observons aujourd'hui le
résultats de cette éclosion.

On traitera ici de l'apparition de la vie sur Terre et de son développement subséquent, en


insistant sur les documents géologiques et paléontologiques. Les fossiles que contiennent les
roches sédimentaires constituent les archives à l'aide desquelles les historiens de la Terre que
sont géologues et paléontologues parviennent à décrypter la Vie ancienne et son évolution.

4.3.1 Les premiers pas de la Vie sur Terre

La question de l'origine de la vie est une question qui touche la corde sensible, les entrailles
de l'Homme; elle s'adresse directement à son émotivité et à sa subjectivité. Tenter de
comprendre la structure atomique d'un minéral ou de définir les paramètres de la fusion
partielle du manteau ne relève pas des préoccupations métaphysiques de l'Homme. Mais
s'attaquer à un problème comme l'origine de la Vie, c'est trop souvent tenter de concilier
science, religion, mythes et croyances de toutes sortes, un exercice pour le moins périlleux.

De l'Antiquité jusqu'au milieu du 19e siècle, les savants ont éprouvé énormément de
difficultés à aborder ce sujet de manière objective. Pendant des siècles, la seule théorie qui
soit restée généralement admise, et ce malgré des réfutations expérimentales probantes, est la
théorie de la génération spontanée, une théorie dont s'accommodaient assez bien les religions.

La génération spontanée.

On retrouve les traces d'une telle croyance dans les écrits les plus anciens de la Chine, de
l'Inde ou de l'Égypte ancienne: des bambous donnent naissance aux pucerons, en autant que
leurs jeunes pousses soient repiquées par temps chaud et humide; les mouches et les parasites
naissent spontanément à partir d'ordures et de sueurs; les boues laissées par les inondations du
Nil engendrent spontanément des grenouilles, des crapauds, des serpents, des souris et même
des crocodiles.

C'est Aristote qui a réussi la synthèse des idées accumulées jusqu'à son époque et qui a
formulé la thèse de la génération spontanée: "les plantes, les insectes, les animaux peuvent
naître de systèmes vivants qui leur ressemblent, mais aussi de matière en décomposition
activée par la chaleur du soleil".
Jusqu'à la Renaissance, les écrits abondent en récits d'observations de génération spontanée,
mêlés de légendes diverses. Même durant la Renaissance qui est une période de grands
bouleversements en ce qui concerne la conception de l'Univers, de grands penseurs comme
Descartes, Newton et Bacon soutiennent l'idée de la génération spontanée. On passe même à
l'expérimentation pour conforter la théorie. On propose des recettes pour fabriquer des souris
à partir de grains de blé et d'une chemise sale imprégnée de sueur!

Au milieu du 18e siècle, le grand naturaliste Buffon est un ardent défenseur de la génération
spontanée. Mais le doute commence à s'installer. Un savant italien, l'abbé Spallanzani, fait des
expériences qui semblent montrer que lorsqu'on stérilise bien le système, il n'y a pas de
génération spontanée. La polémique s'installe; la controverse va durer un siècle. Il faudra
attendre Louis Pasteur, en 1860, pour clore le débat. Pasteur démontre, en mettant au point un
protocole de stérilisation fiable, que la vie ne peut venir spontanément de la matière inanimée,
du moins à l'échelle d'un laboratoire humain. On connaît l'importance de cette découverte
pour la médecine. C'en était fait de la théorie de la génération spontanée.

La vision de Darwin

L'autre grand naturaliste qui a profondément influencé le développement des idées sur
l'origine de la Vie, c'est Charles Darwin, contemporain de Pasteur. Darwin n'a pas
véritablement traité de l'origine de la vie comme telle, malgré le titre de son magistral traité
"l'Origine des Espèces" où il s'attachait plus à démontrer comment se formaient et évoluaient
les espèces. Darwin était biologiste et géologue; il possédait la notion du temps géologique. Il
proposait que l'évolution s'était faite à travers les temps géologiques, selon une complexité
croissante, du plus simple au plus complexe. Cela impliquait que les premiers êtres devaient
être des formes très simples, des micro-organismes.

La panspermie.

Pour clore cette histoire des idées sur l'origine de la vie avant le 20e siècle, il faut signaler une
autre théorie qui est née à la fin du siècle de Pasteur et de Darwin: la vie serait venue du
cosmos. Cette théorie a été développée par l'allemand Richter, en 1865. Selon ce dernier, les
corps célestes libèrent des particules qui contiennent des germes de micro-organismes appelés
cosmozoaires et qui ont été amenées sur terre par les météorites. L'idée a aussi été reprise au
tout début du 20e siècle, en 1906, par le savant suédois Svante Arrhenius, prix Nobel de
chimie, mais sous une forme plus élaborée: la panspermie.

La soupe primitive des biochimistes.

Après les travaux de Pasteur et de Darwin, il devenait inévitable que la pensée rationaliste
tente d'étendre à la matière inerte les concepts de l'évolution. Il était de plus en plus difficile
de concevoir la genèse des êtres vivants en dehors du développement évolutif de la matière.
On tente de faire le pont entre la physique et la chimie. Deux hommes principalement ont
contribué à l'essor de cette démarche qu'on qualifie souvent de démarche biochimiste: le
biochimiste Oparine et le biologiste Haldane.

Alexandr Ivanovitch Oparine (1894-1980), un biochimiste soviétique, a développé ses idées


sur l'évolution de la matière inanimée vers la matière vivante, en proposant une théorie
conceptuelle de l'apparition de la vie. Il faut signaler que bien qu'on attribue généralement
cette conceptualisation à Oparine, un biologiste anglais, John Haldane (1892-1964), a aussi
proposé à peu près la même chose, au même moment et de façon indépendante. On devrait
donc à la vérité de parler de la théorie d'Oparine-Haldane.

Pour ces deux hommes de sciences, il faut sortir du cercle vicieux qui dit que seule la vie peut
produire la vie. Et il faut aller chercher les évidences de l'origine de la vie à partir de la
formation de la Terre. Les deux schémas qui suivent expliquent la vision d'Oparine et
d'Haldane sur l'origine de la vie ou, devrait-on dire plus justement, l'origine des molécules
organiques essentielles à la vie.

Au moment de la formation de la terre, il y a 4,55 Ga, il s'est établie une relation entre la
Terre (T) et le Soleil (S), une relation qu'Oparine et Haldane comparent à une réaction
chimique.

Dans une réaction chimique, il y a trois composantes essentielles: les réactifs (des composés
chimiques), le réacteur (par exemple, un ballon, une fiole ou un bécher) et une source
d'énergie (par exemple, la chaleur). Dans les premiers temps de la formation de la terre, ces
trois composantes étaient en place: le réacteur, l'atmosphère terrestre; la source d'énergie, le
soleil; les réactifs, tous ces gaz et composés chimiques émis tant par le soleil que par la terre.
Pour Oparine et Haldane, la clé de la proposition, c'est la composition de l'atmosphère
primitive de la Terre. Le cœur du Soleil est riche en éléments tels que l'hydrogène (H),
l'oxygène (O), l'azote (N) et le carbone (C). L'atmosphère du soleil est constituée d'hydrogène.
Les éléments du cœur se combinent vite à l'hydrogène de l'atmosphère solaire pour former des
gaz, comme le CH4 (méthane), le NH3 (ammoniaque) et l'H2O (vapeur d'eau), tous des gaz
transmis à l'atmosphère terrestre. D'autre part, le dégazage de la terre, entre autres par les
volcans, émet des gaz comme l'H2O, le CO2, l'H2S. Le résultat final de tout ceci est que
l'atmosphère primitive aurait été composée de gaz comme le CH4, l'H2O, le NH3, le CO2, et le
H2S, une atmosphère bien différente de celle que l'on connaît aujourd'hui. Toutes ces
molécules légères flottaient donc autour de la planète. Tout était en place pour la grande
réaction chimique, celle qui va donner naissance aux premières molécules organiques dans la
soupe primitive.

Les radiations UV venant du soleil (la source d'énergie principale) brisent les molécules
simples de l'atmosphère primitive et libèrent des radicaux très réactifs qui rapidement se
combinent pour former des molécules plus grosses, plus complexes et plus lourdes. On peut
aussi considérer que les décharges électriques que sont les éclairs, ainsi que les volcans, ont
fourni une source énergétique additionnelle. Avec la condensation des vapeurs d'eau qui
forme des nuages dans la haute atmosphère puis qui retombent en pluie, toutes ces nouvelles
molécules tombent à la surface de la planète, dans les nouveaux océans. Ces nouvelles
molécules, sont des molécules composées de C-H-O-N (carbone-hydrogène-oxygène-azote),
des molécules qu'on dit organiques. C'est le bouillon primitif, la soupe primitive. C'est dans
cette soupe primitive que les molécules organiques auraient progresssivement évolué vers les
molécules vivantes.

Pour Oparine et Haldane, les deux conditions essentielles au développement de la vie ont été
fixées à ce moment: les bases de sa composition chimique, CHON; et une source d'énergie
permanente, l'énergie solaire. Il faut réaliser que tout cela était conceptuel; aucune
expérimentation n'avait été tentée.

Il a fallu attendre le milieu des années 1950 pour qu'un jeune doctorant, Stanley Miller, qui
travaillait dans le laboratoire de Harold Urey, prix Nobel de chimie, à l'Université de Chicago,
se lance dans une aventure des plus périlleuses pour un aspirant au doctorat: tenter de
reconstituer en laboratoire les conditions postulées par Oparine et Haldane pour l'apparition
de la vie, tout au moins de la fabrication des molécules de la vie. Il conçut un montage où le
réacteur est un système fermé, parfaitement stérile, dans lequel on peut faire le vide.

Dans un ballon où il y a de l'eau (H2O), il introduit les gaz CH4, NH3 et H. Sous l'effet de la
chaleur produites par une flamme, l'eau est vaporisée. Il y a donc un mélange gazeux de H2O,
CH4, NH3 et H (les réactifs) qui est libéré dans le système: c'est l'atmosphère primitive
d'Oparine et Haldane. Grâce à deux électrodes, des étincelles sont produites pour simuler les
éclairs: c'est la source d'énergie. Suivant la théorie d'Oparine-Haldane, c'est là que devraient
se former les molécules organiques. Un réfrigérant amène la condensation de la vapeur d'eau
qui entraîne avec elle les molécules nouvellement formées: c'est la pluie. Finalement, le tout
s'accumule dans la base du montage: ce sont les océans primitifs.

C'est à la base de ce montage que les molécules organiques devraient s'être accumulées. Il ne
restait qu'à analyser cette "soupe primitive". C'était là la composante téméraire du projet de
Miller. Comment parvenir à analyser tous ces produits. Cela peut paraître simple pour le non
initié, mais pour l'homme de laboratoire, surtout à l'époque, c'était une tâche des plus
difficiles. Malgré toutes les difficultés, Miller a réussi à isoler un certain nombre de
molécules, et surtout à démontrer qu'il avait produit ces fameuses molécules organiques
prédites par Oparine-Haldane.
Par la suite, plusieurs laboratoires se sont lancés dans le même genre d'expérimentation et on
finalement confirmé les résultats de Miller. Les bases d'une discipline scientifique nouvelle
venait d'être jetées: la chimie prébiotique, c'est-à-dire la chimie des molécules juste avant la
vie, ces molécules qui ont servi à fabriquer la vie. On a découvert dans cette "soupe primitive"
des molécules organiques qui aujourd'hui constituent la base de la matière vivante, certains
disent les briques de la vie. En voici des exemples:

Si par exemple, une molécule de vapeur d'eau (H2O) est combinée avec une molécule de
méthane (CH4), deux gaz supposément présents dans l'atmosphère primitive, on obtient une
molécule de formaldéhyde, formée d'un carbone, de deux hydrogènes et d'un oxygène. Si
cinq de ces molécules de formaldéhyde sont combinées, on obtient une molécule complexe
qu'on appelle le ribose, qui est un sucre à 5 carbones, une des briques du vivant. Si méthane
(CH4) et amoniaque (NH3) sont combinés, on obtient l'acide cyanhydrique composé d'un
carbone et de deux oxygènes. Si cette molécule d'acide cyanhydrique est multipliée par 5, on
a l'adénine, un des nucléotides essentiel à la formation de l'ADN. Si trois produits, le
formaldéhyde (obtenu par la combinaison eau et méthane), l'eau et l'acide cyanhydrique
(obtenu par la combinaison méthane et amoniaque) sont combinés, on obtient des molécules
très importantes pour la vie, des acides aminés dits biologiques qui sont essentielles à la
synthèse des protéines et qui conduisent à la formation de glucose.

Mais il faut bien réaliser ici qu'on n'a pas synthétisé la vie: on a synthétisé les molécules
essentielles à la construction de la vie, certaines briques de la vie; mais un tas de briques ne
fait pas encore un édifice. La force de l'expérience de Miller et des autres expérimentations
qui ont suivi est d'avoir démontré que les molécules de base pour la vie peuvent être
fabriquées dans les milieux naturels. Mais il est important de comprendre qu'on n'a pas
démontré que ces synthèses se sont faites nécessairement dans l'atmosphère primitive selon le
scénario d'Oparine-Haldane.

Cette chimie prébiotique fondée sur la fabrication de molécules organiques à partir de ce


qu'on croyait être l'atmosphère primitive se butte à un certain nombre de problèmes. Il y a
trois problèmes majeurs: la composition de l'atmosphère primitive, la concentration des
molécules dans l'océan primitif, et les interactions chimiques dans la soupe primitive.

1) La composition de l'atmosphère primitive.

Oparine, Haldane et Miller postulent une atmosphère de méthane, d'eau, d'ammoniaque, de


gaz carbonique et d'hydrogène sulfuré, une atmosphère construite à partir de composés venant
en partie du Soleil et en partie du dégazage de la Terre. Aujourd'hui, on considère qu'il est peu
probable que l'atmosphère terrestre ait été formée de cette façon. L'atmosphère aurait plutôt
été formée par le seul dégazage du manteau de la terre, durant les premiers temps de sa
formation (voir au point 3.4.7). Les volcans auraient été beaucoup plus nombreux
qu'aujourd'hui. On a de bonnes raisons de croire que l'atmosphère des premiers temps de la
Terre était composée principalement de vapeur d'eau (H2O), de dioxyde de carbone (CO2) et
d'azote (N), avec des quantités mineures de méthane (CH4), d'ammoniaque NH3 et de dioxyde
de soufre (SO2), mais sans hydrogène, ni oxygène. Aujourd'hui, les chimistes du prébiotique
s'accordent à dire que l'atmosphère idéale aurait dû être riche en méthane, azote et eau. Cela
n'est pas l'atmosphère d'Oparine-Haldane. Ces chimistes sont aussi d'accord pour dire qu'une
atmosphère riche en CO2 serait tout à fait défavorable aux premières formes de vie. Or cela
pose un problème: le CO2 est essentiel pour créer et maintenir l'effet de serre sans lequel il n'y
aurait pas d'eau sous forme liquide sur la terre en maintenant une température au-dessus du
point de congélation. Pas de CO2, pas d'eau liquide; mais l'eau liquide est essentielle à la
chimie des molécules prébiotiques! C'est le cercle vicieux.

2) La concentration des molécules prébiotiques dans la soupe primitive.

Les chimistes s'entendent pour dire que pour que les réactions voulues se fassent, il faut une
concentration très grande des produits, plus grande que cette pluie de molécules dans les
océans primitifs n'aurait pu le permettre. Certains contre-argumentent en proposant que la
concentration aurait pu être suffisante dans les gouttelettes de pluie avant leur dilution dans
l'océan et que c'est là que ce seraient formées les molécules, ou encore dans des grêlons.

3) Les interactions chimiques dans la soupe primitive.

Il devait y avoir énormément de produits chimiques dans cette soupe, des produits qui
pouvaient soit aider les réactions (des catalyseurs) ou, au contraire, les empoisonner (des
inhibiteurs). On est encore loin de comprendre toutes ces interactions. En laboratoire, on
travaille avec des systèmes simples, simplifiés même, et déjà les manipulations s'avèrent très
complexes. On devra de plus en plus faire appel aux modélisations théoriques pour mieux
arriver à cerner la réalité naturelle.

Quoiqu'il en soit, avec les expériences de Miller, on est encore loin de la synthèse de la vie;
on n'en n'est qu'aux molécules prébiotiques. Pour passer au stade de vie, ces molécules
organiques doivent réussir sur quatre plans: utiliser l'eau liquide; se fabriquer une enveloppe
qui leur permettra de garder leurs constituants et de contrôler les échanges avec l'extérieur,
utiliser les composés chimiques du milieu pour satisfaire leurs besoins nutritifs et
énergétiques; et être capables de faire des copies conformes ou presque, en d'autres termes, de
se reproduire. Toujours selon la démarche biochimiste, les molécules prébiotiques ont passé
avec succès l'examen, mais on ne sait trop comment. Les expériences de laboratoire sur les
chaînes d'acides aminées, les acides nucléiques ARN et ADN, et les protéines, apportent
plusieurs éléments de réponse, mais pas la réponse encore. Les biochimistes cherchent encore
la bonne combinaison qu'ils ont bon espoir de trouver.

On peut résumer ainsi les étapes essentielles qu'auraient franchies les molécules prébiotiques
dans leur cheminement vers la vie.
Les molécules prébiotiques auraient d'abord inventé un mécanisme qui leur aurait permis
d'utiliser les produits organiques du milieu: le mécanisme de la fermentation. C'est la
naissance des premiers hétérotrophes, c'est-à-dire des cellules qui se nourrissent de n'importe
quelles matières (molécules) organiques en abondance dans l'eau. Cette fermentation produit
des déchets, dont le CO2. Un second mécanisme utilisant le CO2 aurait ensuite été inventé: la
photosynthèse, utilisant comme source d'énergie, l'énergie solaire. Ce sont les premiers
autotrophes, des cellules qui se nourissent des seuls éléments minéraux. Les produits de la
photosynthèse sont des matières organiques sous forme de carbohydrates (CH2O)n et de
l'oxygène libre (O2). On connaît la suite: l'oxygène sera utilisé lors de l'invention d'un
troisième mécanisme: la respiration, qui produira comme déchets le CO2. Voilà que le cycle
oxygène-CO2 est bouclé. Ce n'est qu'avec la production d'oxygène photosynthétique que ce
gaz s'accumulera dans l'atmosphère et qu'éventuellement se formera la couche d'ozone
protégeant la vie des radiations UV.

Un dernier problème est posé à l'hypothèse voulant que la vie soit apparue à la surface des
océans: une atmosphère primitive sans oxygène, donc sans couche d'ozone, devait laisser
passer toutes les radiations UV; un bien grand péril pour la vie!

Les oasis des fonds océaniques

On a vu à la section 3 de ce cours (3.2.3 - La Vie dans les océans) que les géologues et
géophysiciens ont découvert à la fin des années 1970, au niveau des dorsales médio-
océaniques, des sources hydrothermales causant la précipitation de sulfures massifs et
soutenant une vie exhubérante.

Comme il est mentionné à la section 3, les découvertes se sont faites d'abord sur deux zones
qui ont été étudiées en détails sur quatre sites pour chacune: sur la dorsale des Galapagos et
sur la dorsale du Pacifique à 13° N. Ces sites présentaient une faune si riche qu'on leur a
donné des noms évocateurs tels que le Jardin des Roses, le Banc des Moules, le Jardin du
Paradis, le Menu Fretin, etc. On sait qu'il n'y a pas que des sources chaudes à 350 °C comme
celles qui forment les sulfures métallifères. Il y a aussi les sources tièdes, à 15 ou 20 °C, et
intermédiaires (jusqu'à 40 °C); c'est principalement autour de ces sources que se retrouve le
peuplement animal. En fait, on a réalisé que la température de l'eau dans les peuplements les
plus denses ne dépasse pas les 15 °C. On y a découvert que la biomasse, c'est-à-dire la
quantité de matière vivante par unité de volume, est de 10 000 à 100 000 fois plus grande sur
ces sites que dans le milieu environnant.

Les oasis des fonds océaniques sont des zones florissantes de vie en milieu tout à fait
aphotique (sans lumière). En absence de possibilité de photosynthèse, c'est la chimiosynthèse
qui fourni l'énergie primaire à la vie. Des bactéries dites chimiotrophes tirent leur énergie du
soufre (S) abondant dans ce milieu (sous forme de H2S) et convertissent le carbone
inorganique du milieu en carbone organique. Ces bactéries se distinguent des hétérotrophes
qui, elles, façonnent leurs propres constituants cellulaires à partir de matières organiques du
milieu, et des autotrophes qui fabriquent le carbone organique à partir du CO2 en utilisant
l'énergie solaire.

Plusieurs ont proposé qu'il s'agissait là d'un environnement idéal pour l'apparition de la vie sur
terre:

• il y a une source d'énergie intarissable, le H2S provenant des fluides du magma sous-
jacent;
• le processus de la chimiosynthèse y est effectif;
• la vie est protégée des radiations UV sous plus de 2500 m d'eau;
• c'est un système qui existe depuis le tout début de la terre et qui devait être encore plus
actif durant la formation de la première croûte océanique.

Mais, il n'y a pas unanimité, et un des principaux opposants est Stanley Miller. Le contre-
argument utilisé par Miller apparaît cependant quelque peu simplifié: il a démontré que la
stabilité des acides aminés à des températures de 350 °C était très précaire et qu'il serait
surprenant que les premières formes de vie soient nées à de telles températures. On doit lui
rétorquer que l'environnement hydrothermal n'est pas homogène. Les température de 350 °C
n'existent que dans les cheminées chaudes; aussitôt expulsées, ces eaux se mêlent aux eaux
ambiantes et la température s'abaisse rapidement. De plus, il y a les sources tièdes, à des
températures inférieures à celles qu'on suppose pour la soupe primitive. Le thermodynamicien
et géochimiste Everett Shock a montré que les synthèses organiques sont possibles dans les
contraintes de l'environnement des sources hydrothermales. Des chercheurs japonais ont
présenté les résultats préliminaires d'expériences de simulation, à l'effet que dans un milieu
aqueux, un mélange de méthane, d'azote et de CO2 à 260-325 °C pouvait produire des acides
aminés; mais ces expériences sont pour le moment examinées avec circonspection par la
communauté scientifique.

D'autres opposants à l'idée d'une origine de la vie reliée aux sources hydrothermales
profondes utilisent l'argument de la courte durée de vie d'une cheminée, une cinquantaine
d'année. C'est vrai pour une cheminée donnée, mais sur un même site, il y a plusieurs
cheminées; certaines meurent pendant que d'autres naissent.

Aujourd'hui on sait que les sources hydrothermales ne se retrouvent pas qu'aux dorsales
océaniques. Par exemple, on a découvert au pied de l'escarpement au large de la Floride, par
3200 m de fond, des oasis associés à des sources riches en H2S; ces sources proviennent de
l'eau qui percole à travers toute la colonne de sédiments. Au large de l'Orégon, dans la zone
de subduction associée à l'enfoncement de la plaque Juan de Fuca, on a aussi trouvé de la vie
associée à des sources riches cette fois en NH3 (amoniaque) et CH4 (méthane); ces sources
proviennent de l'expulsion de l'eau des sédiments à cause de la compression due à la
subduction. Dans la fosse du Japon (zone de subduction) on a trouvé par 3800 et 5800 m de
fond des organismes semblables aux moules qui vivent au dépend du CH4. Les scénarios
possibles pour l'apparition de la vie sur les planchers océaniques, à la faveur de la
chimiosynthèse, ne manquent pas.

Trouvera-t-on un jour un de ces systèmes hydrothermaux fossilisé qui pourrait nous donner
quelques indications sur les premières formes de vie et possiblement nous apprendre comment
elles sont apparues? C'est peu probable, car les planchers océaniques sont perpétuellement
recyclés dans les zones de subduction. Le plus vieux plancher connu date de 170 Ma; c'est
bien peu par rapport à l'âge de l'apparition de la vie sur Terre (autour de 3,5 Ga).

La vie sur la pyrite

Certains, comme Gunther Wachterhauser, essaient de se détacher de la contrainte de


l'évolution de molécules prébiotiques comme le proposent les biochimistes. Ce dernier
propose que les organismes vivants primitifs auraient été des molécules organiques
autocatalytiques qui auraient utilisé directement le CO2, un peu comme le font les plantes, et
qui auraient tiré leur énergie de la pyrite (sulfure de fer) à laquelle elles auraient été attachées.
Ces molécules auraient formé un film organique sur la pyrite et proviendrait de la réduction
du CO2 par le H2S et le fer à l'état réducteur (état du fer dans la pyrite). Il y aurait donc eu une
relation intime entre molécules organiques vivantes primitives et la pyrite. Il est intéressant de
noter que la pyrite est un des minéraux les plus abondants dans le milieu des sources
hydrothermales.

La panspermie (bis)
On a vu plus haut, qu'au début du siècle, certains ont proposé que la vie était venue du
cosmos. Si on fait exception de toutes ces théories ésotériques qu'on accepte facilement sans
jugement critique de nos jours, ce qui a ravivé un certain intérêt pour l'hypothèse cosmique,
c'est la découverte de molécules organiques dans certaines météorites. Les grosses météorites
se vaporisent littéralement lorsqu'elles touchent le sol, alors que les petites (quelques
centimètres à quelques dizaines de cm de diamètre) demeurent intactes. On a extrait de
certaines petites météorites des molécules organiques qui présentent des structures
ressemblant aux membranes des cellules vivantes. On a aussi isolé un pigment jaune capable
d'absorber de l'énergie à partir de la lumière. Certains proposent que ce pigment pourrait avoir
agi comme la chlorophyle des végétaux dans le processus de photosynthèse.

Les météorites représentent peu en volume. Mais les poussières cosmiques qui atteignent
continuellement notre planète sont évaluées en volume à 100,000 fois le volume des
météorites qui ont été conservées sur terre. Ces poussières auraient pu transporter des
molécules organiques comme celles des météorites. Cela signifie-t-il qu'il s'agit d'une vie
venant de l'espace? Il faut voir qu'il y a tout un monde entre la présence de molécules
organiques (non vivantes) et la matière vivante. Il n'en demeure pas moins qu'on ne peut
balayer du revers de la main ce genre d'évidence et qu'on se doit d'explorer le sujet.
Évidemment, ce genre d'observation soulève toute la question d'une vie extra-terrestre, une
question qui ne peut être résolue de façon dogmatique et qui demande qu'on s'y penche avec
sérieux et objectivité.

Darwin a écrit:

"La vie est apparue dans un petit étang chaud, dans lequel il y avait un riche bouillon
de produits chimiques organiques, à partir desquels s'est formé le premier organisme
primitif à la suite d'une longue période d'incubation durant les temps géologiques".

Comme on vient de le voir, les hypothèses mises de l'avant aujourd'hui sont bien loins de cette
image d'Épinal. Les chimistes et biochimistes voient naître la vie grâce à des réactions
chimiques rapides, dans une atmosphère primitive bouleversée par les radiations solaires, les
éclairs et les volcans. D'autres voient apparaître la vie dans des sources hydrothermales
chaudes, dans les profondeurs des océans. D'autres finalement voient venir la vie du cosmos.

Rien à voir avec le petit étang calme de Darwin et un développement lent et progressif,
comme le veut d'ailleurs l'idée darwinienne de l'évolution.

Que conclure de tout cela?

La zone du système solaire où pression et température permettent la présence de l'eau liquide


qui semble un prérequis à la vie est très étroite; seule la Terre se trouve dans cette zone. Il est
probable que la vie soit apparue sur terre à cause de ces conditions. La vie existe peut-être
dans le cosmos sous forme de molécules rudimentaires qui ne peuvent trouver de terrain
fertile pour leur développement que sur terre.

Une question fondamentale se pose: la vie doit-elle n'avoir qu'un seul mode d'origine? Est-il
concevable que la vie soit née à partir de plus d'un mécanisme?
Quelque soit le scénario que l'on invoque pour l'apparition de la Vie sur Terre, il n'en demeure
pas moins une réalité: cette Vie est apparue très tôt dans l'histoire de la Terre, et elle a par la
suite évoluée. Cette évolution a d'abord été très lente et il a fallu 3 milliards d'année avant que
n'explose la biodiversité; 3 milliards d'années où pratiquement seules les bactéries ont occupé
tout l'espace disponible. C'est le sujet du chapitre suivant

4.3.2 La longue vie solitaire des bactéries et des algues

Si nos archives géologiques, c'est-à-dire les roches, ne nous ont pas donné la réponse quant à
l'origine de la vie, elles nous renseignent sur la façon dont cette vie, une fois implantée, s'est
développée. Elles nous renseignent sur au moins quatre points importants:

• quelles ont été les premières formes de vie, du moins celles qui ont été conservées
fossiles,
• comment celles-ci se sont modifiées et ont donné naissance à d'autres formes,
• à quel moment chacune est apparue,
• quand et comment est apparue et s'est développée l'atmosphère oxygénée en
relation directe avec les premières formes de la vie.

Ce sont ces aspects que vont développer cette rubrique (4.3.2) et la suivante (4.3.3).

On a vu que la terre est née il y a 4,55 Ga. Précédemment, on a exprimé le temps géologique
sur une échelle divisée en ères, périodes et époques. Pour cette étude du développement de la
vie, nous allons utiliser ici un mode de représentation qui se veut plus imagé: l'horloge
géologique de la Vie.

Pour concrétiser le temps géologique depuis la formation de la Terre (4,55 Ga), on peut
comparer tout ce temps à une période de 12 heures, ce qui permet de situer chaque événement
sur une horloge.

Disons que la Terre a été formée à minuit (0h00) et qu'aujourd'hui il est midi (12h00).
1h33

C'est la première roche datée; il s'agit des premières roches ignées de l'Archéen datées à 4,03
Ga.

1h58

Les plus vieilles roches sédimentaires connues datent de 3,76 Ga (série d'Isua dans l'ouest du
Groenland), soit à 1h58 sur l'horloge; elles indiquent la présence d'eau (la soupe primitive!),
mais on n'y a décelé aucune trace de vie sous forme fossile. Cependant, l'analyse des isotopes
du carbone de ces roches a indiqué un enrichissement en isotope 12 par rapport à l'isotope 13,
ce qui pour le géochimiste est une indication de la présence de matière organique. On suppose
donc, sur cet argument indirect, qu'il y avait déjà de la vie sur terre à ce moment et que les
roches sédimentaires ont gardé la trace chimique de cette vie. Il n'y a pas de fossiles dans ces
roches, seulement un enrichissement en carbone-12.

2h45

Ce n'est que dans des roches datant de 3,5 Ga, soit à 2h45 sur l'horloge, 300 Ma après les
premiers sédiments, qu'apparaissent les premiers fossiles de bactéries. En effet, ces fossiles
les plus vieux ont été découverts en 1987 dans deux gisements différents, en Afrique du Sud
et en Australie. Les paléontologues Schopf et Parker y ont découvert, dans des couches
associées à des stromatolites, des sphéroïdes carbonacées de 2,5 mm de diamètre, se
présentant souvent en amas, et montrant des évidences de division binaire. Ces sphéroïdes
sont accompagnés de tubulures et de filaments. On y voit, sans pouvoir le démontrer, une
nette ressemblance avec les cyanobactéries.

4h37

Puis on a retrouvé, dans des roches datant de 2,8 Ga, dans l'ouest de l'Australie, à 4h37 sur
l'horloge, des structures filamenteuses qui ont apparamment tout de la cyanobactérie. Il faut
savoir que les cyanobactéries, qu'on appelait autrefois les algues bleues-vertes ou les
cyanophycées sont des bactéries particulières qui font la photosynthèse. C'est dire qu'elles
produisent de l'oxygène. Elles ont une autre qualité fondamentale: elles résistent aux
rayonnement UV. Ces bactéries sont très abondantes aujourd'hui et comme on le voit elles
sont apparues assez tôt dans l'histoire de la terre. On peut relier l'oxygénation de l'atmosphère
terrestre à leur apparition.

6h43

Les premiers véritables fossiles de cyanobactéries furent retrouvés dans des roches vieilles de
2 Ga, soit à 6h43 sur l'horloge, dans les cherts du Gunflint sur les rives du Lac Supérieur en
Ontario. C'est là un des plus beaux gisements de cyanobactéries fossiles qu'on connaisse. Les
micro-organismes y sont superbement conservés dans des stromatolites cherteux, c'est-à-dire
composés de silice (SiO2) à grains très fins. On y trouve de véritables filaments
cyanobactériens, des sphéroïdes bactériens à membrane épaisse comme celle qui protège
aujourd'hui les nitrogénases contre l'oxygène libre, ainsi que des spores.
Toutes ces bactéries dont on vient de parler sont des cellules procaryotes, c'est-à-dire des
cellules dont le noyau n'est pas nettement séparé du cytoplasme, contrairement aux cellules
eucaryotes où le noyau est enveloppé d'une membrane protégeant entre autres l'ADN.

8h17

Les cellules eucaryotes fossiles les plus anciennes datent d'il y a 1,4 Ga, 8h17 sur l'horloge.
Ce sont des cellules plus grosses que les précédentes (procaryotes). Les procaryotes ont des
tailles inférieures à 10 µm, les eucaryotes vont de 10 à 100 µm. Elles montrent une
organisation beaucoup plus complexe de la matière vivante, avec l'individualisation du noyau.

De 10h25 à 12h00

À partir de 600 Ma (10h25 sur l'horloge), il y aura une sorte d'accélération dans le
développement de la Vie: d'abord de nombreux animaux étranges (la faune d'Édiacara),
considérés par certains comme les premiers métazoaires connus (organismes pluricellulaires),
ainsi que les premiers squelettes minéralisés; puis, ce que certains ont appelé le "big bang" de
la vie, avec la faune de Burgess (-525 Ma). Pour présenter la relativité du développement de
la vie, l'horloge indique la durée de vie des fameux dinosaures (de 11h19 à 11h48, soit de -
230 à -66 Ma); quant à l'homme, c'est un animal de dernière minute, étant apparu vers les
11h58 (il y a moins de 1 Ma).

4.3.3 La Vie s'organise et ... se désorganise

C'est à la toute fin du Précambrien, vers -600 Ma, que sont apparus les animaux
multicellulaires, les métazoaires. Très rapidement, il y eut une explosion de la diversité
biologique, au point que quelques 75 millions d'années plus tard, soit autour de 525 Ma, on
connut une biodiversité, en termes de plans de vie (phyla), qui fut la plus élevée de tous les
temps géologiques, incluant le nôtre. Depuis cette période, la vie a évolué avec, dans
l'ensemble, une complexité croissante. Mais cette évolution est loin d'avoir été linéaire
comme le propose la vision classique darwinienne. Elle fut plutôt en "dents de scie", ponctuée
entre autres par de grands chambardements que furent les extinctions de masse.

Dans ce chapitre, nous allons brosser, à grands traits, le tableau de cette portion de l'histoire
de la vie. À grands traits, car il n'est pas possible ici de présenter toutes les leçons acquises de
la paléontologie en ce qui touche l'évolution.

L'explosion de la diversité

Une des périodes clé du développement de la vie sur terre se situe entre -600 et -520 Ma. C'est
là que la diversité biologique a littéralement explosé.
On peut considérer que cette explosion de la diversité s'est faite en deux pulsations: un
moment préparatoire, la faune d'Édiacara, puis la grande explosion, ce que certains appellent
le "big bang" de la vie, représentée par la faune des schistes de Burgess.

Avant d'examiner chacune de ces trois faunes et voir ce qu'elles nous enseignent, il faut ouvrir
une courte parenthèse sur la façon dont les paléontologues de la première moitié du 20e siècle
appréhendaient ces nouvelles faunes.

Ces paléontologues avaient été profondément marqués par la pensée de Darwin sur
l'évolution. Que la vie avait évolué progressivement d'une manière linéaire, selon la sélection
naturelle, du plus simple au plus complexe, était à toutes fins pratiques devenu un fait acquis.
On ne peut d'ailleurs leur en tenir rigueur, car ils travaillaient le plus souvent sur des groupes
bien définis et sur des échelles de temps très courtes; ils pouvaient effectivement, à l'intérieur
des groupes qu'ils étudiaient, établir des lignées évolutives où se reconnaissaient bien ancêtres
et descendants. Cette façon de voir avait une implication très directe sur la méthode
paléontologique: chaque organisme fossile avait un ancêtre qui devait être moins complexe -
on disait moins évolué - et des descendants qui eux se devaient d'être plus "évolués". En
pratique, lorsqu'on trouvait une forme énigmatique très ancienne dont on n'arrivait pas à bien
saisir l'affinité biologique, on tentait de trouver à qui elle pouvait bien avoir donné naissance
et on pouvait ensuite la classer dans ce groupe en disant voilà l'ancêtre.

Le tableau qui suit présente la répartition dans le temps et la diversité relative, selon les
données les plus récentes, des faunes dont nous discuterons. Il vous aidera à mieux suivre la
discussion. On a ici un intervalle de 70 millions d'années parmi les plus importants en ce qui
touche l'évolution de la vie.
La faune d'Édiacara

La faune d'Édiacara est apparue il y a quelques 600 Ma et une grande partie de ses éléments
est brusquement disparue 56 millions d'années plus tard, à - 544 Ma. Certains considèrent
cette première faune comme correspondant à l'apparition des métazoaires [= organismes
pluricellulaires, c'est-à-dire ceux qui possèdent des cellules diversement spécialisées, soit pour
l'absorbtion des nutriments, le transport de diverses substances, la reproduction, etc.; par
opposition à protozoaires, organismes dont les cellules remplissent toutes les mêmes
fonctions, sans distinction].

Elle a d'abord été découverte dans les monts Édiacara en Australie, de là son nom. Par la
suite, on a découvert une vingtaine de sites répartis sur les cinq continents. Ce point est
important à signaler: il ne s'agit pas d'un assemblage d'organismes qui est apparu en un seul
lieu particulier et qui y aurait été confiné, à cause de conditions spéciales à cet endroit, mais
une faune répartie à la surface du globe, une faune qui représente une véritable étape dans le
développement de la vie.

Un autre caractère très important de la faune d'Édiacara est qu'elle est composée en grande
partie d'organismes à corps mous, c'est-à-dire des organismes sans squelette minéralisé. C'est
donc dire que tout ce qu'on retrouve, c'est l'empreinte de l'animal sur le sédiment, et non
l'animal fossilisé; ceci implique que l'interprétation joue un rôle important dans la
compréhension de cette faune.

Ci-dessous quelques formes qu'on y trouve, représentées selon l'iconographie traditionelle. En


fait, il s'agit de dessins interprétatifs qui datent du début des années 80. L'interprétation
traditionnelle de cette faune est de considérer ses membres comme des représentants primitifs
de groupes plus jeunes, essentiellement des membres de l'embranchement des cnidaires
(coraux mous et médusoïdes), des annélides (vers segmentés) ou des arthropodes. Ces
exemples montrent ici des organismes ressemblant, soit à des méduses (a), soit à d'autres
cnidaires modernes comme les coraux mous (b), ou encore à des arthropodes nus ou à des
vers annélides (c). Par contre, (d et e) ne ressemblent à aucun animal connu.

On a donné le nom de vendobiotes à ce groupe d'organismes énigmatiques (de la période de


temps où cette faune a vécu, le Vendien, intervalle de temps de la fin du Protérozoïque).
[Dessins extraits de Cloud, P., 1983, La Biosphère. Pour la Science, novembre 1983, numéro
spécial 73]. Ci-dessous, une reconstitution de la communauté des vendobiotes sur le fond
marin telle que conçue par l'interprétation traditionnelle. [Selon une vitrine du Smithsonian
Museum à Washington. Photo: P.-A. Bourque, 1995].
Un spécialiste de l'étude des traces fossiles, Adolph Seilacher des Universités de Tubingen
(Allemagne) et de Yale (USA), a proposé une façon tout à fait différente d'interpréter cette
faune. En utilisant les principes de la morphologie fonctionnelle, il a conclu que les
vendobiotes n'ont pu fonctionner comme leurs supposés équivalents modernes, malgré une
certaine similitude superficielle de leur apparence extérieure. Ils appartiendraient tous plutôt à
un même groupe taxinomique, dans la mesure où ils ne représentent que des variations sur un
même plan d'organisation anatomique: une forme aplatie divisée en parties formant un
matelassage, constituant peut-être un squelette hydraulique, un peu à la manière d'un matelas
pneumatique.

[Source: A. Seilacher, 1984, cité dans Gould, S. (1991), La Vie est belle, Éditions du Seuil].

Ainsi, sur la rangée du haut, on a des formes à croissance unipolaire, c'est-à-dire dont la
croissance part d'un seul point: ce sont les coraux mous et les vers annélides ou arthropodes
nus de l'interprétation traditionelle. Sur la rangée du milieu, des formes à croissance bipolaire
de part et d'autre d'une ligne centrale. Et sur la rangée du bas, des formes à croissance radiaire,
à partir d'un point central; ce sont les méduses et les disques de l'interprétation précédente.

Dans la mesure où cette organisation ne ressemble à aucune de celles que nous connaissons
actuellement, Seilacher a proposé que les vendobiotes constituent une expérience totalement
distincte dans l'histoire de la vie. Il voit ces organismes comme des amas de cellules formant
une sorte de matelas pneumatique protoplasmique étalé sur les fonds marins et absorbant
passivement les nutriments du milieu, possiblement avec l'aide de symbiotes algaires. Cette
expérience aurait finalement échouer, constituant une extinction précambrienne.

Le paléontologue Bruce Runnegar de l'Université de Californie continue pour sa part de


considérer les vendobiotes comme les ancêtres de cnidaires comme les coraux mous et les
médusoïdes, ou de certaines grandes algues marines, ou encore de vers ou d'arthropodes.
Il s'est fait beaucoup de travaux de recherches sur la faune d'Édiacara ces dernières années.
Nous avons appris, entre autres, que la faune d'Édiacara n'est pas monolithique.

1. Elle n'est pas uniquement composée des vendobiotes: on y a découvert des pistes et
terriers fossiles, ce qui implique qu'il y avait des organismes actifs remaniant les
sédiments, ainsi que des petites coquilles (voir ci-dessous, sous faune tommotiennne);
ces organismes ne pouvaient être que des métazoaires.
2. Elle montre, en fait, dans l'intervalle de 56 millions d'années où elle a vécu, une
évolution dans sa diversité. Les assemblages de -600 Ma présentent une diversité très
faible; en fait, il ne s'agit que de simples disques de type vendobiotes, sans aucune
structures de remaniement, ni de petites coquilles. À partir de -560 Ma environ, on
note une augmentation de la diversité, avec un apogée vers 550 Ma, où apparaissent
les structures de remaniement et les petites coquilles. À -544 Ma, c'est l'extinction
subite d'une grande partie des organismes d'Édiacara, dont les énigmatiques
vendobiotes.

Il reste encore pas mal de chemin à faire avant que l'on comprenne bien cette faune
d'Édiacara. Mais on peut dire d'ores et déjà qu'à côté de cette faune classique que sont les
vendobionts qui n'étaient peut-être pas des métazoaires, il y avait des organismes actifs,
certainement métazoaires, qui remobilisaient les sédiments et une faune coquillère à squelette
minéralisé.

La faune tommotienne

Une étape importante de l'évolution après l'apparition des métazoaires est la minéralisation
des squelettes. De ce point de vue, la faune tommotienne a longtemps été considérée comme
faune clé. Elle tire son nom de Tommot, une petite ville de Sibérie. Comme la faune
d'Édiacara, elle est aussi reconnue un peu partout au monde. Elle est apparue il y a 530 Ma et
fut de courte durée (quelques millions d'années seulement). Jusqu'à ces dernières années, on la
considérait comme la première faune dotée de parties dures. Elle contient certains organismes
d'aspect moderne, mais la plupart consiste en de minuscules lames, tubes, aiguilles, calottes
ou coupoles d'affinités incertaines comme illustré ci-dessous (A à C).
Illustrations : (A-C) A. Y. Rozanov (1986), cité dans Gould, S. J., 1991., La vie est belle,
Éditions du Seuil; (D) Clarkson, E.N.K., 1993, Invertebrate Palaeontology and Evolution,
Chapman & Hall)

Les paléontologues l'appellent la "faune à petites coquilles". Il s'agit peut-être simplement de


fragments épars des premiers types de coquilles encore imparfaitement constituées. Peut-être
que ces pièces recouvraient des animaux bien connus et que ceux-ci développèrent plus tard
des coquilles plus élaborées constituant leur signature classique dans les archives fossiles.
Mais peut-être que la plupart des étrangetés tommotiennes représentent des organismes
uniques en leur genre qui sont apparus précocement et qui sont disparus rapidement.

Cependant, la découverte récente d'organismes à squelette minéralisé, dans des couches de la


fin du Précambrien et du début du Cambrien (entre -550 et -540 Ma, donc en partie
contemporaines de la faune d'Édiacara), reporte l'apparition de la minéralisation des squelettes
antérieurement à la faune tommotienne.

La faune tommotienne est importante à un autre titre: elle marque aussi l'apparition d'un
groupe d'organismes appartenant fort probablement à l'embranchement des éponges (Porifera)
et qui n'a vécu que jusqu'à la fin du Cambrien, les archaeocyathes (D). Ces derniers
représentent les premiers bioconstructeurs qui ont édifié, en association avec des
communautés microbiennes calcifiantes (calcimicrobes), des masses organiques de 1 à 2
mètres de hauteur par quelques mètres de diamètre sur les fonds marins. Ces masses sont les
précurseurs de cet écosystème récifal complexe qui s'est développé dès la fin de l'Ordovicien
(voir rubrique suivante).

Jusqu'à tout récemment, les évolutionnistes considéraient qu'il y avait un "trou" important
entre faune d'Édiacara et faune tommotienne (voir par exemple Gould, 1991, La vie est belle,
Seuil) indiquant une décimation importante à la fin du Précambrien. On réalise aujourd'hui
que, si les vendobiotes semblent effectivement disparus, plusieurs autres organismes, dont les
responsables des traces fossiles de remaniement et la faune coquillère, constituent un pont
entre faunes d'Édiacara et tommotienne.

La faune de Burgess

La troisième faune de cette période clé de l'évolution de la vie est la faune du Schiste de
Burgess, la faune du "big bang". Par rapport aux deux faunes précédentes, elle constitue
effectivement une véritable explosion, en termes de diversité et de complexité des organismes
qui la constituent.

Cette faune, d'abord découverte dans le Schiste de Burgess dans le Parc national de Yoho, en
Colombie-Britannique, a été retrouvée dans plusieurs parties du monde: Groenland, Europe,
Chine, Australie et ailleurs en Amérique du Nord. Il s'agit donc d'une faune de répartition
mondiale. Elle est apparue il y a 528 Ma et disparue brusquement à -510 Ma, représentant un
intervalle de temps de presque 20 millions d'années.

Le Schiste de Burgess, comme tout schiste, résulte de l'induration d'une boue. Ce qui
distingue cependant ce schiste des autres schistes, une roche très abondante à la surface du
globe, c'est qu'il contient une faune fossile unique dans toute l'histoire de la vie sur Terre. Les
animaux du Burgess vivaient probablement sur des talus de boue accumulés au pied d'une
muraille massive presque verticale. Ce genre d'habitat ne constitue pas une situation
exceptionnelle, mais tout à fait ordinaire; on ne peut donc invoquer de particularité écologique
pour expliquer la singularité de la faune de Burgess. Ce qui est exceptionnel, c'est la
conservation des parties molles de plusieurs de ces organismes qui s'est sans doute faite à la
faveur d'un enfouissement rapide causé par des coulées de boue. L'absence d'oxygène et de
nécrophages dans le milieu d'enfouissement expliqueraient la conservation.

Le site fossilifère du Schiste de Burgess fut découvert en 1909 par le paléontologue américain
Charles Doolittle Walcott, alors secrétaire de la Smithsonian Institution de Washington. Il
consacra une bonne partie de sa carrière de chercheur à la description de cette faune, jusqu'à
sa mort en 1927. Il fallut attendre la fin des années 1960 pour que Harry Whittington de
l'Université de Cambridge (Angleterre), en collaboration avec Simon Conway Morris et
Derek Briggs, procède, sous l'impulsion de la Commission géologique du Canada, à une
réévaluation en profondeur de cette faune.

Walcott était un spécialiste des faunes cambriennes et des trilobites en particulier. En accord
avec les vues de son époque qui voulaient qu'une faune cambrienne soit l'embryon (donc une
faune primitive) des faunes plus jeunes, il lui fallait classer chaque organisme dans un groupe
connu. La force de l'équipe de Whittington a été de sortir de cette ligne de pensée et de
reconnaître que plusieurs formes représentent des plans d'organisation anatomique inconnue
aujourd'hui.

La somme actuelle des organismes décrits par l'équipe de Whittington se chiffre à 120 genres.
Parmi ceux-ci, 33 genres sont des organismes ordinaires, appartenant à des embranchements
que l'on connaît bien, et qui possèdent un exosquelette (éponges, algues, brachiopodes,
trilobites, échinodermes, mollusques). Cependant, on dénombre 87 genres d'organismes à
corps mou (c'est-à-dire sans squelette), ce qui fait l'unicité de cette faune. La présence
d'organismes qui représentent des formes qui ne se retrouveront plus par la suite dans les
temps géologiques est aussi unique. Entre autres, huit genres représentent autant
d'embranchements qui n'ont pas survécu. Chez les arthropodes, on trouve 24 types
fondamentaux d'organisation, alors que seulement 4 ont persisté. Actuellement, on a classé
comme "animaux divers" ou "problematica", près de 40 formes, parmi lesquelles la
probabilité de découvrir de nouveaux types d'organisation sont fortes.

Voici quelques exemples des trouvailles du Schiste de Burgess qui représentent chacune des
essais infructueux d'embranchements (phyla). Tous ces dessins sont de Marianne Collins dans
Gould, S.J., 1991, La vie est belle, Editions du Seuil, sauf celui d'Hallucigenia par Ramsköld
(1992).
Parmi ces bêtes étranges, il en est une qui a donné de sérieux maux de tête à Simon Conway-
Morris, ce qui explique le nom que ce dernier lui a donné: Hallucigenia. Tous les spécimens
du site de Burgess en Colombie-Britannique examinés par Conway-Morris lui ont permis de
faire la reconstitution suivante: un animal à corps allongé avec, d'un côté 7 paires d'épines
droites, rigides et non-articulées, sauf à la jonction du corps, et de l'autre côté une seule
rangée de 7 appendices flexibles. Conway-Morris n'avait donc d'autre choix que de conclure
que l'animal devait se déplacer sur ses paires d'épines, comme sur des échasses. Imaginez un
animal qui se déplace sur des échasses rigides pointues dans de la boue, ce qui était le substrat
où vivaient les animaux du Burgess. Hallucinant!

Ce n'est qu'au début des années 90 qu'on a découvert, en Chine, des spécimens beaucoup
mieux conservés que ceux du Schiste de Burgess, montrant en fait que les appendices
flexibles que Conway-Morris voyait sur le dos de l'animal se trouvaient par paires (Ramsköld,
L., 1992. The second leg row of Hallucigenia discovered. Lethaia, v. 25, p. 221-224). Ces
appendices étaient certainement mieux adaptées à la marche dans la boue que les échasses de
Conway-Morris.

Cette découverte venait aussi résoudre une des énigmes de la faune de Burgess: ainsi orienté,
Hallucigenia s'apparente à des organismes connus, les onychophores, animaux de la forêt
pluviale tropicale et tempérée (Ramskold, L. et X.-G. Hou, 1991. New early Cambrian animal
and onychophoran affinities of engimatic metozoans. Nature, v. 351, p. 225-228).

Outre ces étrangetés dont on ne connaît pas l'affinité, il y eut aussi des essais infructueux dans
le groupe des arthropodes où seulement 4 essais sur 24 ont persisté. Voici quatre exemples qui
portent toutes les caractéristiques fondamentales de l'embranchement des arthropodes. Elles
font partie de ces 20 types d'organisation qui n'ont pas réussi.
Finalement, il faut signaler un tout petit animal, le tout premier chordé, trouvé dans le Schiste
de Burgess. Notre ancêtre. S'il n'avait survécu à la décimation du stock initial de Burgess,
nous ne serions peut-être pas là!

La grande conclusion à laquelle sont arrivés Whittington et ses collaborateurs est que la faune
du Schiste de Burgess montre une extraordinaire différence entre la vie actuelle et celle d'un
lointain passé: avec un beaucoup plus petit nombre d'espèces, le Schiste de Burgess présente
une diversité des plans d'organisation anatomique bien plus grande que la gamme que l'on
peut observer actuellement dans le monde entier. En un instant géologique, au milieu du
Cambrien, presque tous les embranchements modernes ont fait leur apparition, en même
temps qu'une vaste gamme de formes animales qui sont autant d'expériences anatomiques,
mais qui ne survivront pas très longtemps. Les 500 Ma suivants n'ont vu naître aucun
embranchement (sauf peut-être les bryozoaires), seulement des variantes sur des modèles de
base établis.

L'étude de cette faune nous enseigne que l'histoire de la vie multicellulaire a été dominée par
la décimation d'un vaste stock initial, qui s'était constitué en peu de temps lors de l'explosion
cambrienne. L'histoire des 500 derniers Ma a été caractérisée par la restriction de la disparité,
suivie de la prolifération de quelques types d'organisation stéréotypée, et non pas par
l'expansion générale de la gamme des plans anatomiques et d'un accroissement de la
complexité, comme le voudrait notre conception de l'évolution selon un cône de diversité
croissante.

La biodiversité de l'écosystème récifal

Durant toute la période qui va du début du Cambrien, c'est-à-dire du Big Bang jusqu'à la fin
du Dévonien, la vie était principalement (mais pas exclusivement) confinée aux mers. Cette
vie s'organisait. Il y eut prolifération de genres et d'espèces à l'intérieur des embranchements
établis, mais pas de nouveaux plans de vie, sauf l'apparition des bryozoaires à l'Ordovicien.

Il y eut de beaux succès. Par exemple, c'est durant cette période que vont se diversifier les
chordés, notre embranchement, avec entre autres, les poissons.

La vie marine benthique, c'est-à-dire celle qui vit sur le fond des mers, était constituée d'une
variété d'organismes à coquillage, comme les brachiopodes qui formaient des communautés
diversifiées se répartissant selon la profondeur d'eau et le type de substrat sur lequel ils
vivaient. Les mollusques, moules, palourdes, colimaçons, abondaient dans diverses zones
écologiques. Il y avait aussi les trilobites qui vivaient dans la vase et qui seront pratiquement
décimés à la fin du Dévonien; un seul petit groupe survivra jusqu'à la fin du Permien, où il
sera alors complètement effacé de la planète. Les échinodermes, avec principalement les lys
de mer qui ont formé par endroits de véritables prairies sous-marines. Les éponges ont réussi
très tôt, dès le début du Cambrien, à construire de grands monticules organiques,
probablement en association avec des communautés de bactéries.

Dès la toute fin de l'Ordovicien-début du Silurien, l'écosystème récifal dont on a discuté au


chapitre sur les océans (voir La Vie dans les océans) était implanté. On y a vu que cet
écosystème est responsable pour l'édification de grandes barrières récifales à la marge des
plateaux continentaux ou encore des atolls comme ceux du Pacifique.

Voyons d'un peu plus près de quoi il s'agit.

Le récif corallien : un écosystème des plus réussis

Par définition, un récif est un rocher ou groupe de rochers à fleur d'eau, généralement au
voisinage des côtes; il constitue souvent un écueil à la navigation. On le dit corallien lorsqu'il
a été construit par les coraux. Les coraux sont les grands bâtisseurs des récifs actuels, assurant
la charpente de ces mégapoles des mers. Présenter le récif corallien comme une mégapole,
c'est vouloir insister sur l'interaction qu'il y a entre les membres de toute une troupe d'acteurs,
chacun jouant un rôle essentiel au fonctionnement de l'écosystème. Avec les bâtisseurs de
condominiums coralliens, il y a toute une cohorte d'organismes: algues calcaires encroûtantes
qui solidifient la structure, éponges qui font office d'usines de purification des eaux, grands
nettoyeurs que sont les poissons, les oursins et les mollusques de toutes sortes,
photosynthétiseurs microbiens et algaires qui favorisent la précipitation chimique du
carbonate de calcium, producteurs de sédiments (algues calcaires, coquillages de toutes
sortes) qui contribuent à remblayer la structure et ainsi la solidifier, lui permettant de résister à
l'énergie des vagues. Mais il y a aussi ceux qui contribuent à détruire l'édifice: corrodeurs
lithophages, poissons friands de coraux, certaines éponges perforantes, ainsi que la grande
ennemie des coraux, l'étoile de mer Acanthaster, ... et l'Homme.

La charpente corallienne engendre une infinité de niches écologiques procurant un habitat à


des dizaines de milliers d'espèces de plantes et d'animaux, ce qui contribue à la singularité de
cet écosystème et à sa biodiversité très élevée. Tout comme on considère la grande forêt
équatoriale comme l'un des principaux dépositaires de la biodiversité terrestre actuelle, on
peut dire que le récif corallien est le principal dépositaire de la biodiversité marine.
L'écosystème récifal fut aussi l'un des grands creusets de l'évolution des espèces marines à
diverses époques géologiques.

Les coraux et leurs alliés construisent des récifs qui prennent diverses formes: atolls
encerclant les îles du Pacifique, récifs frangeants du Yucatan et des Caraïbes, grandes
barrières à la marge des plateaux continentaux, telles la barrière de Bélize dans la mer des
Caraïbes, qui s'étend sur près de 300 kilomètres et, le joyau, la Grande Barrière d'Australie
qui s'étire sur plus de 2000 kilomètres. Ces barrières jouent un rôle important de protection
des côtes contre les effets des ouragans.

Un écosystème ancien

L'écosystème récifal n'est pas neuf. L'interrogation des archives paléontologiques nous
apprend que les premières constructions assimilables à des récifs sont apparues il y a environ
deux milliards et demi d'années (2,5 Ga), au début de la période protérozoïque (schéma ci-
dessous), mais que ces récifs n'avaient rien de la biodiversité actuelle : ils n'étaient que des
amas de stromatolites, des structures construites par les bactéries et les algues, car, comme on
l'a vu, les organismes multicellulaires n'étaient pas encore apparus à la surface de la Terre.
Il aura fallu attendre la fin de la période ordovicienne (autour de 450 Ma), et surtout les temps
siluriens et dévoniens (entre 410 et 360 Ma), pour voir apparaître une communauté récifale
présentant une diversité approchant celle que nous connaissons aujourd'hui. Au Silurien, en
particulier, l'écosystème récifal se présentait comme le grand dépositaire de la biodiversité
planétaire. En effet, la biodiversité des milieux terrestres y était très faible, infime par rapport
à ce que l'on connaît aujourd'hui; les plantes primitives commencaient à peine à coloniser les
terres et le monde animal terrestre se résumait à quelques insectes, scorpions et mollusques.

A cette époque, les grands bâtisseurs n'étaient pas les coraux, mais un groupe d'organismes
aujourd'hui éteints, les stromatoporoïdés, sortes d'éponges au squelette massivement calcifié
et à formes de croissance variées.

Il y avait bien des coraux, mais ils y jouaient un rôle secondaire. Il n'appartenaient pas au
même groupe que les coraux modernes (les Scléractinia) qui ont des symbiotes algaires, mais
à deux autres groupes aujourd'hui disparus et dont on connaît mal l'affinité biologique et
l'écologie: les Rugosa et les Tabulata

Par la suite, la communauté récifale a connu des succès et des insuccès. Ainsi, elle fut
décimée à la fin du Dévonien (360 Ma) lors d'une extinction qui a emporté plus de 65% de
toutes les espèces des terres et des mers. Elle est réapparue à la période triassique (autour de
230 Ma), cette fois avec des coraux comme ceux que l'on connaît aujourd'hui, mais fut
décimée à nouveau au début du Crétacé (140 Ma) pour une raison que nous comprenons
encore mal. Finalement, la communauté récifale telle que nous la connaissons aujourd'hui est
réapparue il y a à peine une cinquantaine de millions d'années.

Sur le plan plus large de l'évolution, on a ici un exemple, non pas d'un plan de vie, mais d'un
écosystème qui existe depuis longtemps et qui n'a pas subi de modifications fondamentales
depuis son apparition, sauf une permutation au niveau des groupes d'organismes.

Le Québec aussi a connu sa grande barrière récifale.

On l'a vu, la tectonique des plaques fait bouger les continents à la surface de la planète. Il y a
quelques 420 Ma, à la fin du Silurien, le Québec n'occupait pas la position géographique
nordique qu'il occupe aujourd'hui, mais se trouvait dans la zone tropicale, au sud de
l'équateur.

Les eaux qui baignaient les côtes de l'ancien continent Laurentia, ce continent formé en
grande partie du bouclier canadien, étaient chaudes. Une longue barrière récifale de quelques
1000 kilomètres bordait la marge du plateau continental de l'époque. Les forces tectoniques
qui ont déformé la croûte terrestre et conduit à la formation des Appalaches québécoises il y a
quelques 380 Ma ont exhumé des parties de cette grande barrière silurienne, par exemple, le
long de la côte de la Baie des Chaleurs, au nord de Murdochville, dans la région du Lac
Témiscouata, au sud de Rimouski et dans les Cantons de l'Est.

La barrière a été construite par les stromatoporoïdés, aidés des coraux anciens, des éponges et
d'encroûtements bactériens qui se calcifiaient rapidement. Par endroits, les masses calcaires
ainsi construites atteignent les 800 mètres d'épaisseur. En plus de présenter un intérêt
scientifique certain pour ceux qui cherchent à comprendre la vie passée et son évolution, elles
offrent un potentiel économique non négligeable, entre autres, comme réservoirs potentiels
pour les hydrocarbures, comme pierre ornementale (marbre) ou comme matériaux calcaires de
base.

Le necton: poissons et autres organismes entre deux eaux

Tout ce dont on a discuté dans les pages précédentes concerne essentiellement les organismes
du benthos marins, c'est-à-dire ceux qui vivent sur ou dans les sédiments du fond marin, les
épibenthiques et les endobenthiques, respectivement. Au Paléozoïque, les organismes
nectoniques, ceux qui se déplacent entre deux eaux, se sont rapidement développés et ont
proliféré. Deux groupes retiennent l'attention, les céphalopodes et les poissons.

Les céphalopodes

Les céphalopodes (littéralement, une tête avec des pieds) constituent un groupe de mollusques
carnivores et chasseurs, ayant une tête portant des tentacules et se propulsant entre deux eaux
en expulsant de l'eau par un siphon. Pieuvre, calmar, seiche et nautile actuels font partie de ce
groupe. Ceux qui nous intéressent ici sont ceux qui possèdent un squelette externe, vivant
dans une coquille conique droite ou enroulée. Les formes droites ont été prolifiques à partir de
l'Ordovicien, alors que les formes enroulées l'ont été surtout à partir du Dévonien. Sauf le
Nautilus, une forme enroulée, ils ont été décimés à la fin du Crétacé lors de la grande
extinction qui a emporté entre autres les dinosaures.

Les poissons

On a presqu'envie de dire que le Dévonien, c'est l'ère des poissons. Ils sont apparus à la fin du
Silurien et se sont diversifiés durant le Dévonien pour donner naissance à tous ceux qu'on
connaît maintenant. Pratiquement, tous les grands groupes actuels étaient déjà là.
Les premiers poissons sont apparus à la fin du Silurien (vers -420 Ma). C'étaient des poissons
sans mâchoire (Agnathes) qui sont pratiquement tous disparus au Dévonien; le seul survivant
de ce groupe est la lamproie actuelle. Rapidement, ils ont donné naissance aux poissons à
mâchoire: les placodermes, poissons cuirassés dont le corps était protégé par une véritable
armure fabriquée de plaques de carbonate de calcium (ex., le célèbre Bothriolepis du site
fossilifère de Miguasha, en Gaspésie), et les sélaciens, des poissons cartilagineux (ex., les
requins actuels). Ils ont aussi conduit aux poissons osseux primitifs, les ancêtres des poissons
osseux actuels. Parmi ces poissons osseux primitifs, il y a les crossoptérygiens; le fameux
coelacanthe Latimeria qui vit dans l'archipel des Comores, en Afrique, et qu'on qualifie de
fossile vivant, est le seul survivant des crossoptérygiens. Par ailleurs, les crossoptérygiens ont
donné naissance au premier amphibien à la fin du Dévonien (vers -370 Ma).

Puis, au début du Carbonifère, on est passé de l'amphibien au premier reptile par l'invention
de l'oeuf amniote qui libérait les amphibiens du milieu marin, ... une histoire à suivre à la
rubrique suivante.

De la mer à la terre: un passage réussi

Lorsqu'on discute ou qu'on présente la venue des vertébrés sur la terre ferme, on laisse
toujours entendre que le milieu terrestre, c'est-à-dire le milieu à l'air libre, était tout à fait
dénudé de vie, que ces pauvres animaux sont arrivés dans un désert. Il n'en est pourtant rien.

Les premières formes de vie à coloniser les continents furent probablement les
cyanobactéries; comme nous l'avons vu précédemment, ce sont des micro-organismes
capables de résister aux rayons ultra-violets et qui sont apparus sur terre il y a au moins 2,8
milliards d'années. Ces cellules ont dû faire face à deux problèmes pour passer du milieu
marin à la terre ferme: 1) l'eau douce qui tend à s'infiltrer dans la cellule et vient dissoudre les
sels essentiels à sa survie; 2) la sécheresse qui risque de déshydrater la cellule. Il semble donc
que les cyanobactéries aient réussi à résoudre ces problèmes puisqu'on trouve dans les sols
précambriens, des taux anormalement élevés en carbone 12, indiquant la contribution des
photosynthétiseurs à la fixation du carbone.

Les algues vertes, qui étaient déjà présentes dans le milieu marin depuis au moins le
Cambrien, ont suivi à l'Ordovicien-Silurien. Elles ont procédé à l'implantation des végétaux
terrestres en inventant deux mécanismes importants: les spores pour la reproduction et les
racines pour l'alimentation.

Les premières formes de végétaux terrestres furent les bryophytes, des plantes qui restent au
ras du sol, comme les mousses. On retrouve des spores de bryophytes dès la fin de
l'Ordovicien. Puis, à la fin du Silurien, sont apparues les premières plantes vasculaires, c'est-
à-dire des plantes munies de cellules capables de transporter l'eau.

Du côté animal, on a découvert des fossiles d'arthropodes ressemblant aux scorpions,


associés à des plantes vasculaires dans des couches du Dévonien inférieur. Dans des couches
à peine plus jeunes de quelques millions d'années, on a trouvé des arthropodes qui
appartiennent au même groupe que les insectes et les myriapodes actuels.

Tout cela, plusieurs millions d'années avant que le premier vertébré amphibien viennent
mettre le pied sur terre! En fait, on considère qu'à la fin du Dévonien, au moment de l'arrivée
des amphibiens, un grand nombre d'invertébrés avaient déjà rejoint la terre ferme: escargots,
insectes, araignées, scorpions.

En cette fin du Dévonien, les arbres étaient déjà présents, mais c'est dans la seconde moitié
du Carbonifère que la grande forêt de type équatorial s'est développée. Celle-ci devait
ressembler à cette illustration.
Il y avait de grands arbres à écailles, Lepidodendron (1), à très haut port; on connaît des
troncs fossiles qui atteignent 35 m de longueur et on estime la hauteur totale de l'arbre à plus
de 40 m. Il y avait aussi un grand arbre columnaire, Sigillaria (2), mesurant 30 m et plus,
terminé par des bouquets de longues feuilles d'un mètre. Puis Cordaites (3), un autre grand
arbre de 30 m, élancé, avec un tronc de 60 cm de diamètre et de longues feuilles. Calamites
(4), plante arborescente ou semi-arborescente, croissant en bordure des plans d'eau, formant
un axe dressé de 15 à 20 m, une sorte de prêle géante. Finalement, un arbre-fougère (5)
pouvant atteindre les 20 m de hauteur, avec un tronc de 60 cm de diamètre.

Cette grande forêt a certes contribué à une augmentation du niveau d'oxygène de l'atmosphère
terrestre au Carbonifère (voir oxygénation de l'atmosphère terrestre), mais elle a surtout
contribué à accumuler d'énormes quantités de charbon, de là le nom de cette période du
Carbonifère. Par la suite, on n'a jamais connu d'accumulations aussi importantes de charbon.
Cela tient fort probablement au fait que les spécialistes de la transformation des végétaux
nouvellement arrivé sur terre, c'est-à-dire les bonnes bactéries, n'étaient pas encore nés.

Mais revenons à nos vertébrés marins en mal de quitter la mer. On peut se demander:
pourquoi ont-ils voulu coloniser le milieu terrestre? On pourrait toujours avancer que la
compétition devenait difficile en milieu marin, mais on peut aussi supposer que le simple fait
de vouloir profiter de ressources immenses inexploitées offrait un attrait certain. Non
seulement des ressources alimentaires, mais des ressources en oxygène, l'air étant
évidemment beaucoup plus riche que l'eau en cette ressource. Mais nous sommes là en terrain
tout à fait spéculatif.

Ces vertébrés marins qui veulent quitter l'eau pour la terre ont à résoudre un certain nombre
de problèmes. Un de ces problèmes, et non le moindre, c'est la pesanteur. Ceux qui ont fait
de la plongée sous-marine en scaphandre autonome (SCUBA) connaissent bien cette
sensation de la quasi apesanteur, cette grande liberté de mouvement que procure le support de
l'eau. Chez les poissons, la colonne vertébrale est adaptée à la nage, principalement, aux
mouvement latéraux ondulatoires. Chez les amphibiens, cette colonne doit s'adapter pour
soutenir le poids des viscères, une force dirigée vers le bas. De nouveaux muscles doivent
donc se développer pour répondre aux nouvelles conditions.

La locomotion constitue un second problème de taille pour les nouveaux habitants de la terre
ferme. Les nageoires du poisson sont conçues pour un mouvement bien particulier, la
natation, un mouvement bien différent de la marche. À ce titre, un poisson du nom
d'Eusthenopteron, un des joyaux de la faune à poisson du site de Miguasha en Gaspésie (on l'a
baptisé le prince de Miguasha), est vu comme un des chaînons évolutifs très important entre
poissons et tétrapodes primitifs (animaux à quatre pattes). Ses nageoires montrent un
arrangement des os qui préfigure l'arrangement des os des pattes des tétrapodes. Un autre
poisson du site de Miguasha (site d'âge Dévonien supérieur, autour de -370 Ma), Elpistostege,
est considéré comme étant encore plus près du premier tétrapode.

Un troisième problème auquel ont dû faire face les nouveaux candidats à la vie sur la terre
ferme est le désèchement, un problème qu'ils n'ont résolu que partiellement; les premiers
amphibiens sont demeurés cantonnés près de l'eau.

Un quatrième problème touchait le mode de reproduction. Les poissons pondent leurs oeufs
dans l'eau. Les premiers amphibiens n'ont pas résolu ce problème; ils ont continué à en faire
autant. Ils demeuraient donc dépendant de l'eau à ce point de vue. Il faudra attendre les
reptiles pour se libérer de cette contrainte.

Un dernier problème que les amphibiens semblent avoir réglé relativement facilement, c'est
l'utilisation de l'oxygène à partir de l'air plutôt que de l'eau.

En somme, on peut dire que les amphibiens ont réussi à mettre au point toutes sortes
d'innovations "technologiques" dans le domaine du transport des charges et de la mécanique
du mouvement, innovations qui leur ont permis de se tenir debout et de se déplacer sur terre.
Par contre, ils sont restés tributaires de l'eau, entre autres pour la reproduction.

Ce qui a permis aux nouveaux habitants terrestres de s'affranchir de l'eau et finalement d'aller
coloniser l'intérieur des terres, c'est l'invention de l'oeuf amniotique, l'oeuf qui possède une
coquille semi-perméable qui enveloppe les réserves alimentaires permettant à l'embryon de se
développer dans un endroit sûr et bien protégé. Cette invention est le fait des reptiles qui très
rapidement ont dominé les milieux terrestres.

Selon les archives paléontologiques, les premiers reptiles dateraient du début du Carbonifère.
On saute ici des étapes, mais disons que ces premiers reptiles, qui étaient relativement petits,
ont donné naissance aux grands sauriens, ces fameux dinosaures, qui ont dominé l'ère
Mésozoïque, surtout durant les périodes Jurassique et Crétacé. Puis, à la fin du Crétacé, ces
grandes bêtes furent terrassées; elles furent complètement éliminées de la carte. Et c'est grâce
à cette décimation que les mammifères, tous petits jusque là, ont connu un essor fabuleux qui
les a amené là où ils sont aujourd'hui, incluant une espèce parmi les autres, l'Homo sapiens.

Mais qui a bien pu tuer les dinosaures? La réponse à la rubrique suivante ...

Les grands chambardements de la vie: les extinctions de masse

Les extinctions de masse qui ont eut lieu à travers les temps géologiques constituent un aspect
des plus énigmatiques, mais combien passionnant, pour celui qui étudie l'évolution de la vie.

Depuis pas mal longtemps, les archives paléontologiques nous avaient enseigné qu'il y avait
eu des moments de grand chambardement de la vie dans les temps géologiques. On a vu par
exemple, que de grands changements fauniques avaient servi à délimiter les grandes ères
lorsqu'on a construit le calendrier des temps géologiques. Ces grands chambardements
correspondent à ce qu'on appelle des extinctions de masse, un phénomène qui a forcé la vie à
se réorganiser à plusieurs reprises durant les temps géologiques.

Les extinctions de masse à travers les temps géologiques

On considère que la biodiversité actuelle représente tout au plus 1% de toutes les espèces qui
ont vécu dans le passé. En clair, cela signifie que 99% des espèces se sont éteintes. Cette
extinction n'est pas linéaire, c'est-à-dire qu'elle n'est pas uniquement le fait de remplacement
progressif d'une espèce par une autre, comme par exemple sous l'impulsion de la sélection
naturelle. Cela ne signifie pas que le remplacement progressif n'a pas existé: il n'a simplement
pas été le seul processus impliqué. Les extinctions d'espèces ont procédé souvent par
soubresauts.

Plusieurs de ces soubresauts ont été répertoriés à travers les temps géologiques par les
paléontologues. Ce tableau nous montre la répartition temporelle des principaux.

Il y a des degrés dans l'ampleur d'une extinction de masse. Ici, les barres horizontales de
couleurs diverses indiquent plusieurs extinctions; leur longueur se veut proportionnelle à
l'ampleur de l'extinction. On se réfère le plus souvent aux cinq grandes.

• À la fin de l'Ordovicien (autour de -445 Ma): un tiers de la faune marine s'est éteinte;
les trilobites furent particulièrement affectés.
• À la fin du Dévonien (-360 Ma): l'écosystème récifal a été fortement atteint; les récifs
disparaissent pour ne revenir que beaucoup plus tard, au Trias, cette fois, érigés non
plus par les stromatopores et coraux Rugosa et Tabulata, mais par les coraux
Scléractiniens et des calcispongiaires; les poissons marins sont affectés, alors que ceux
d'eau douce le sont beaucoup moins; peu de trilobites survivent (une seule famille).
• À la fin du Permien (-248 Ma): c'est la plus grande crise; plus de la moitié des familles
d'organismes marins disparaissent et les vertébrés terrestres sont décimés; on évalue
qu'environ 95% des espèces sont disparus de la surface du Globe.
• À la fin du Trias (-206 Ma): les ammonoïdes et les nautiloïdes, des organismes
nectoniques, sont particulièrement affectés.
• À la fin du Crétacé (-65 Ma; l'extinction K-T pour Crétacé-Tertiaire): c'est la fameuse
disparition des dinosaures; avec eux sont disparus, le plancton marin, les rudistes, les
ammonites et presque tous les habitants des fonds marins; ont survécu, les petits
mammifères, les plantes terrestres, les poissons et certains coraux.

Qu'est-ce qui cause une extinction de masse?

On parle ici d'extinction de masse, c'est-à-dire l'extinction simultanée de plusieurs espèces


non apparentées et de constitutions variées. Cette définition est importante à retenir lorsqu'on
tente de déterminer les causes d'une extinction. Certains événements peuvent causer
l'extinction d'une seule espèce, sans nécessairement causer celles de plusieurs autres. Par
exemple, un virus, comme le virus HIV chez l'homme, peut causer la disparition totale de
cette espèce à la surface du globe, sans entraîner nécessairement les autres espèces.

Pour expliquer les extinctions de masse, il faut chercher des causes universelles. On peut
considérer deux grands ensembles de causes: 1) des causes biologiques, comme par exemple
l'effondrement de vastes systèmes écologiques, ou encore la disparition de tout le plancton; 2)
des causes physiques, comme par exemple, la détérioration marquée du climat, la chute de
grandes météorites, du volcanisme exceptionnel ou une configuration particulière des masses
continentales. Bien sûr, les premières sont souvent le résultat des secondes.

Au chapitre des causes biologiques, deux conceptions extrêmes s'opposent en ce qui


concerne les systèmes écologiques. L'idée la plus véhiculée de ce qu'est un écosystème est
que les communautés animales et végétales sont des systèmes délicats, formés de
dépendances et d'interactions en équilibre harmonieux, mais facilement perturbables. Ces
systèmes sont souvent vus comme le résultat de millions d'années d'adaptation réalisés dans le
cadre de l'évolution et que par conséquent, retirer une seule pièce du système risque de tout
détruire.

À l'autre extrême, il y a ceux qui prétendent que les communautés sont une collection
d'espèces dont les habitats se trouvent coïncider par hasard dans l'espace, chacune des espèces
s'efforçant de vivre du mieux qu'elle peut en étant opportuniste, se nourrissant de tout ce qui
se présente.

Ces deux façons de voir les choses revêtent un grande importance pour comprendre les causes
des extinctions de masse. Si la première vision est la bonne, des événements plutôt anodins
vont causer des extinctions de masse en tuant une seule espèce. Si au contraire, c'est la
seconde vision qui est la bonne, il faudra des événements extraordinaires touchant plusieurs
espèces non apparentées à la fois. Les archives géologiques et paléontologiques semblent
donner raison à la seconde en ce qui concerne les extinctions de masse.

Au chapitre des causes physiques, celles qu'on a le plus souvent invoquées dans le passé pour
expliquer les extinctions de masse sont les changements climatiques et les variations du
niveau des mers qui en découlent. Jusqu'au début des années 1980, l'hypothèse qu'on
retrouvait dans la plupart des manuels de géologie ou de paléontologie concernant l'extinction
Crétacé-Tertiaire (celle qui a entraîné la disparition des dinosaures) était un changement
climatique important qui avait affecté autant les aires terrestres que marines, un changement
climatique (glaciation? mouvement des plaques tectoniques?) ayant entraîné une détérioration
des conditions de vie sur la terre ferme et un abaissement du niveau des mers, ce qui aurait
fait disparaître plusieurs espèces terrestres et marines.

Deux chercheurs, Jablonski et Flassa, ont tenté, en 1984, de tester cette relation extinction-
abaissement du niveau des mers. Par exemple, ils ont calculé quel serait le taux d'extinction, à
l'échelle planétaire, si tous les organismes vivants actuellement sur les plateaux continentaux
disparaissaient, disons par un abaissement du niveau des mers de l'ordre de 135 m. Ils ont pris
comme groupe cible les mollusques, un groupe abondant. La réponse obtenue est de 13%. Par
comparaison, le niveau d'extinction pour ce seul groupe à la fin du Permien a été de 52%. Il
semble donc que ce ne soit pas là une cause suffisante.

Un autre exemple va dans le même sens. La dernière grande glaciation du Pléistocène a


abaissé le niveau des mers jusqu'à -130 m, de quoi dénuder pratiquement tous les plateaux
continentaux. Bien qu'on ait noté une baisse de la biodiversité marine, on n'a noté aucune
extinction qui pourrait être qualifiée de masse. La raison est finalement simple: les
abaissements du niveau marin reliés aux changements climatiques ou à la tectonique des
plaques sont relativement lents: les organismes ont le temps de migrer, de s'adapter. Il faut
trouver des causes plus catastrophiques pour expliquer ces extinctions.

Pour discuter plus à fond des causes des extinctions, commençons avec le cas le plus
médiatisée et qui, depuis que les enfants américains sont tombés en amour avec les
dinosaures, excite l'imagination populaire: l'extinction qui a entraîné la disparition de ces
grosses bêtes. Comment et pourquoi sont disparus les dinosaures, à la fin du Crétacé, il y a 65
millions d'années?

Qui a tué les dinosaures?

Durant des décennies, les paléontologues (et bien d'autres amoureux des grosses bêtes) ont
recherché la cause de la disparition subite des dinosaures à la fin du Crétacé. Une multitude
d'explications ont été suggérées, pour la plupart axées sur la vision darwiniste de la sélection
naturelle: la compétition entre les espèces, la mésadaptation de certaines fonctions qui mènent
à l'élimination des mésadaptés et les adversités de la vie ou du milieu qui forcent les espèces à
s'adapter ou disparaître. Voici quelques exemples.

• La compétition: les petits mammifères auraient mangé les oeufs des grands
dinosaures, ce qui aurait empêcher l'éclosion de leur progéniture, ... et la victoire de
David sur Goliath; c'est une hypothèse qui a souvent été invoquée.
• La mésadaptation de certaines fonctions: c'est une hypothèse énoncée dans les années
1950 et qui voudrait qu'une augmentation de la température globale ait rendu les
dinosaures stériles. On sait que les testicules des mammifères ne fonctionnent que
dans un intervalle de température bien spécifique; une trop grande chaleur les
empêchent d'être productives. C'est pourquoi celles des mammifères pendent à
l'extérieur du corps. On a donc mis ici dinosaures et mammifères dans le même sac.
• Les adversités: on sait que les angiospermes, les plantes à fleurs, sont apparues vers la
fin du règne des dinosaures. Certaines contiennent des substances psychotropes et les
animaux d'aujourd'hui ont appris à les éviter, entre autres à cause d'un goût trop amer.
Nos pauvres dinosaures ne le savaient pas et ils sont morts d'overdose! Quelle
adversité! La science est souvent tributaire de la culture: cette hypothèse a été
proposée par un psychiâtre californien dans les années 1960!
On aura compris que toutes ces hypothèses ne sont pas très convaincantes, même si elles ont
connu leur heure de gloire. Aujourd'hui, les hypothèse les plus crédibles se rattachent aux
cataclysmes naturels, tels les chutes d'astéroïdes ou du volcanisme exceptionnel.

Avant d'évaluer ces hypothèses, il y a une donnée fondamentale dont on doit tenir compte en
ce qui concerne l'extinction K-T: il n'y a pas que les dinosaures qui sont disparus, mais avec
eux, 75% des espèces à la surface de la planète, ce dont ne prenaient pas en compte les
hypothèse précédentes. Ainsi, avec les dinosaures, sont disparus:

• presque tout le plancton


• presque tous les habitants des fonds marins, incluant les rudistes, des mollusques
bivalves très florissants
• plusieurs organismes du necton, comme les ammonites, des mollusques nectoniques
parfaitement adaptés
• une grande partie de la végétation terrestre

Seuls sont passés à travers la crise:

• les petits mammifères terrestres,


• les plantes terrestres,
• quelques poissons
• et quelques coraux.

Il faut tenir compte de cette donnée fondamentale qui nous dit qu'il s'agit là d'une véritable
extinction de masse, c'est-à-dire la disparition simultanée de plusieurs espèces non
apparentées et de constitutions variées.

a) L'hypothèse de l'astéroïde (météorite)

Au début des années 1980, on s'est affranchi de la recherche de causes dites normales pour
s'aventurer dans l'examen de causes extrêmes. Cet affranchissement est venu d'une
proposition des chercheurs Walter et Luis Alvarez, père et fils, l'un physicien (prix Nobel de
physique), l'autre géochimiste, à l'effet que l'extinction K-T aurait été causée par la chute d'un
astéroïde qui aurait projeté des tonnes de matériaux dans l'atmosphère et profondément
bouleversé les conditions de vie à la surface de la planète.

Ces deux chercheurs ont eu l'idée de vérifier si, non seulement la vie, mais les sédiments
avaient aussi enregistré un événement important qui pourrait expliquer l'extinction. Ils ont
choisi d'analyser une séquence de roches sédimentaires à grains très fins, des schistes, qui
justement contiennent les couches de cette limite du Crétacé-Tertiaire. En d'autres termes, ils
ont étudié une séquence continue qui présentait les couches sous la limite, à la limite et au-
dessus de la limite K-T. Ils espéraient donc pouvoir déceler des changements, si changements
il y avait.

Ils ont découvert une anomalie géochimique très importante au niveau de la limite K-T, une
concentration anormalement élevée d'iridium. L'iridium est un élément très rare dans les
roches terrestres, mais pas dans les cailloux qui nous viennent de l'espace, les météorites.
C'est là qu'ils ont formulé l'idée d'un impact météoritique, la chute d'un astéroïde. [Question
de sémantique: astéroïde = petite planète ou morceau de planète se déplaçant dans le système
solaire; météorite = la roche elle-même qui constitue l'astéroïde et qui nous parvient lors de la
collision de ce dernier avec notre planète].

Cette météorite, comme toutes les grandes météorites, se serait pulvérisée, vaporisée au
contact de la terre et aurait projeté dans l'atmosphère, un immense nuage de poussière qui se
serait rapidement dispersé tout autour de la planète, voilant le soleil et créant une sorte d'hiver
nucléaire, une avant-première en quelque sorte de ce que risque de produire l'homme un jour!
Les gros organismes comme les dinosaures qui dépendent d'une nourriture abondante seraient
disparus en peu de temps, de même que le plancton qui dépend de la photosynthèse, avec tout
ce que cela entraîne comme conséquences pour la vie marine. Les spores et les graines des
plantes terrestres ont sans doute pu patienter et attendre quelques années le retour des temps
meilleurs. Les petits mammifères ont peut-être trouvé leur nourriture parmi les graines.

L'iridium de la météorite aurait été distribué, avec les poussières, à la grandeur de la terre,
puis déposé avec les retombées de poussières. On devrait donc retrouver cet iridium un peu
partout dans les sédiments de cet âge: c'est en effet le cas.

Depuis, plusieurs observations sont venues s'ajouter à l'argument de l'iridium: présence de


quartz de haute température et de sphérules de verre typiques des impacts météoritiques;
présence anormale de carbone issu de la suie qui indique qu'il y a eu de grandes incendies à
cette époque; plus récemment, la découverte par une équipe française de magnétites
nickellifères qui ne peuvent se former qu'en présence d'oxygène et d'une grande quantité de
nickel et qui sont pratiquement absente à la surface de la planète. Ces magnétites nickellifères
se forment lorsqu'une météorite riche en nickel entre en contact avec l'atmosphère oxygénée
de la terre. Ainsi, elles n'existent pas sur la lune, puisqu'il n'y a pas d'atmosphère oxygénée.

La cerise sur le gâteau: on a découvert au début des années 1990, 10 ans après la proposition
des Alvarez, le cratère météoritique (astroblème) correspondant en âge à la frontière Crétacé-
Tertiaire. Il s'agit de l'astroblème de Chicxulub, dans le nord-ouest de la péninsule du
Yucatan, au Mexique (Carte paléogéographique de l'époque). Cet astroblème fait 260 km de
diamètre, soit trois fois celui de Manicouagan au Québec, un des grands astroblèmes connus.
Il présente un escarpement de 3000 m et est enfoui sous plusieurs centaines de mètres de
sédiments. Il a affecté en partie le continent et en partie le plateau continental peu profond. On
évalue que l'impact fut équivalent à un séisme de magnitude supérieure à 10. La dimension de
la météorite est évaluée à 10 km de diamètre et l'énergie cynétique dégagée à 100 millions de
mégatonnes. De quoi perturber sérieusement l'atmosphère terrestre, créer un tsunami
important, créer un effet de voile autour de la planète et causer des incendies à l'échelle tout
au moins continentale.

Nulle doute donc qu'il y a eu un impact météoritique il y a 65 Ma. Doit-on pour autant
conclure qu'il est responsable de l'extinction de masse K-T?

b) l'hypothèse du volcanisme exceptionnel

On a démontré qu'à la fin du Crétacé il y a eu sur le continent indien, pendant sa migration


vers le nord (carte paléogéographique de l'époque), un volcanisme exceptionnellement intense
relié à un point chaud. On a appelé les dépôts de laves résultants, les Traps du Deccan [traps =
escaliers; empilement de coulées de laves formant les falaises en escaliers du plateau du
Deccan dans le sud de l'Inde], une épaisseur considérable de laves, près de 2500 m, sur une
superficie immense qu'on évalue à plus de 2 millions de km2. On peut dire que c'est là, en
effet, un événement exceptionnel. Un tel volcanisme a pu chambarder l'atmosphère par des
émissions importantes de CO2 et/ou de SO4, causant une intensification de l'effet de serre
entraînant une augmentation de la température, des changements climatiques très importants,
des pluies acides causées par des émissions d'hydrogène sulfureux par les volcans, des
modifications probables des eaux océaniques, etc. On peut facilement penser que la vie sur la
planète aurait été profondément affectée.

Comme pour la chute de la météorite, aucun doute que ce volcanisme a eu lieu, mais est-il
responsable de l'extinction de masse?

c) Une relation de cause à effet?

De la coïncidence de deux événements, il ne découle pas nécessairement une relation de cause


à effet. La présence de X sur les lieux d'un accident ne fait pas de lui le responsable de
l'accident. Voilà tout le dilemme. On a fait aujourd'hui, sans nuance, un dogme voulant que la
météorite soit la responsable exclusive de l'extinction K-T et de la disparition des dinosaures.

Récemment, Vincent Coutillot, dans un ouvrage de vulgarisation très intéressant (La Vie en
Catastrophes, Fayard, 1995) a montré que l'événement volcanique exceptionnel de la fin du
Crétacé s'était produit sur une courte période d'environ un demi-million d'années à peine et
que l'éjection de CO2 aurait été de d'ordre de dix fois supérieure à ce que l'on connaît
aujourd'hui. Un demi-million d'années représente tout de même un intervalle de temps plus
long que la chute d'une météorite, mais un tel volcanisme en si peu de temps a de quoi
détériorer sérieusement le climat.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'un ou l'autre des deux scénarios constituent à
première vue un candidat sérieux dans la recherche des causes de l'extinction K-T. Chacun
aurait pu pertuber l'atmosphère terrestre au point de détruire la chaîne trophique
photosynthèse-herbivores-carnivores et conduire à une extinction de masse. La paléontologie
peut-elle apporter une réponse?

Certains ont proposé qu'en fait les dinosaures étaient déjà sur leur déclin et qu'il n'était pas
nécessaire d'invoquer un événement catastrophique pour leur disparition. On a cependant
démontré que, sur une base statistique, la diversité des dinosaures était aussi grande durant les
deux derniers millions d'années de leur existence que durant tout le Crétacé. Mais encore là, il
faut éviter de se centrer sur les dinosaures et examiner l'ensemble de la faune.

Ainsi, deux études (Archibald et Bryant, 1990; Sheehan et Fastovski, 1992) ont montré que
88% des espèces qui vivent sur la terre ferme se sont éteintes, alors que par contre 90% des
espèces d'eau douce ont survécu. Une telle situation peut s'expliquer par la nature de la chaîne
alimentaire à laquelle participe chaque groupe: les espèces qui participaient à la chaîne
alimentaire reliée aux plantes vivantes (herbivores) sont disparues (dinosaures, la plupart des
vertébrés terrestres), alors que celles qui participaient à la chaîne alimentaire reliée aux
détritus (les détritivores) laissés dans les lacs, les cours d'eau, les sols, les racines, etc. ont
survécu. C'est ce qui a pu faire la différence entre les dinosaures et les petits mammifères; ces
derniers n'étaient pas adaptés à brouter les végétaux, mais étaient plutôt insectivores,
omnivores ou détritivores. On peut en dire autant pour les espèces marines: le plancton qui
dépend de la photosynthèse et toute la vie benthique ou nectonique qui filtre le plancton sont
disparus, alors que les détritivores comme les poissons sont passés à travers la crise. Chez les
oiseaux, ceux qui vivaient en forêts sont disparus, alors que ceux des rives marines ont
survécu.

Il apparaît assez clairement que l'évènement qui a causé l'extinction K-T en est un qui a
perturbé sérieusement la chaîne alimentaire à partir de la photosynthèse. Dans les deux cas,
chute de météorite ou volcanisme exceptionnel, les quantités énormes de poussières et de gaz
éjectées dans l'atmosphère ont créé un voile qui a fort probablement inhibé la photosynthèse
pour plusieurs années, avec les conséquences que l'on connaît sur la chaîne alimentaire.

Peut-être que le volcanisme à lui seul n'aurait pas été suffisant pour créer une extinction et
qu'il a fallu le coup de grâce de l'astéroïde? Peut-être, à l'inverse, que l'astéroïde seul n'aurait
pas suffit s'il n'y avait eu d'abord ce volcanisme exceptionnel? Peut-être faut-il la coïncidence
d'au moins deux événements extrêmes pour causer une extinction de masse? Les quatre autres
extinctions peuvent-elles nous apprendre quelque chose à ce sujet?

Les autres extinctions de masse

L'extinction de la fin du Permien constitue la plus grande crise entre toutes; on évalue que
95% des espèces sont disparus, contre de 60 à 75% pour les quatre autres crises (75% pour
l'extinction K-T). Mais ici, aucune trace de chute d'un astéroïde: pas d'iridium, pas
d'impactites, pas de quartz de haute température, pas de magnétite nickellifère, pas de
concentrations anormales en carbone, pas de cratère météoritique; rien de ce qui nous sert à
diagnostiquer un tel événement catastrophique.

Par contre, du volcanisme exceptionnel a bien eu lieu vers la fin du Permien-tout début du
Trias, un volcanisme daté à 248 ± 2 Ma en Sibérie. Les Traps de Sibérie sont formés d'une
épaisseur de 3700 m de laves, déposées en moins d'un million d'années, sur une superficie de
350 000 km2, représentant moins de 3% du volume des Traps du Deccan. Peut-être pas
suffisant pour produire une extinction de l'ampleur de celle de la fin du Permien. Mais ...

Mais, à la fin du Permien, on a connu une situation extraordinaire: toutes les masses
continentales étaient rassemblées en un seul mégacontinent, la Pangée.
En quoi cela peut-il affecter la vie sur la planète? La configuration actuelle des continents et
des océans permet, entre autres, un patron de circulation océanique qui régule la distribution
des températures à la surface de la planète, d'où une régulation des climats (Section 3 - Les
océans - L'océan régulateur des températures atmosphériques). Une configuration comme
celle de la fin du Permien, avec un seul grand continent et un seul grand océan, a conduit à
une mauvaise circulation qui aurait causé une détérioration des climats et une anoxie partielle
des bassins marins. Aussi, la configuration actuelle en plusieurs petites masses continentales
procure une grande superficie de plateaux continentaux où prolifère la vie marine benthique,
alors que la configuration d'une seule grande masse diminue de beaucoup cette superficie
disponible pour la vie marine benthique. On a vu aussi précédemment que l'accumulation de
chaleur sous un mégacontinent soulève celui-ci, d'où une émergence progressive des plateaux
continentaux. Il faut voir cependant que le rassemblement des continents pour former la
Pangée n'est pas un événement subit, donc que l'on pourrait invoquer à lui seul pour causer
une extinction de masse qui, elle, intervient dans un laps de temps relativement court.

Le volcanisme de Sibérie a peut-être été le coup de grâce à une détérioration progressive des
conditions de vie sur terre qui durait depuis quelques dizaines de millions d'années. Ajoutons
aux causes possibles de cette détérioration, que certains chercheurs avancent, sur la base d'une
anomalie importante en carbone-12 à la toute fin du Permien, qu'il y aurait eu une
déstabilisation massive des hydrates de méthane des fonds marins, produisant une émission
importante du gaz méthane dans l'atmosphère, un gaz à effet de serre très efficace qui aurait
entraîné une augmentation substancielle (4 à 5 °C) des températures.

L'extinction de la fin de l'Ordovicien (autour de -445 Ma) présente aussi un cas intéressant
et des causes différentes des deux précédentes. Comme pour le Permien, aucune trace de
chute de météorite. On note cependant un événement très important à la fin de l'Ordovicien:
une grande glaciation qui s'est concrétisée par la présence d'une calotte glaciaire au pôle sud.
Mais une glaciation est-elle suffisante pour causer à elle seule une extinction de masse de
l'envergure de celle de la fin de l'Ordovicien? Il semble bien que non, puisque la grande
glaciation du Pléistocène (les deux derniers millions d'années) n'a pas eu cet effet.

Pourtant, les études les plus récentes sur l'extinction de la fin de l'Ordovicien concluent à la
relation glaciation-extinction. Sans entrer dans les détails, disons qu'il faut tenir compte ici
d'un second paramètre très important qui vient s'ajouter à celui de la glaciation: la dimension
des plateaux continentaux de l'époque. La carte qui suit est celle qui représente la
configuration des continents et des océans au milieu de l'Ordovicien.

On voit bien sur cette carte que les plateaux continentaux sont immenses par rapport aux
terres émergées (voir, par exemple, les continents Laurentia, Siberia et Baltica), formant ce
qu'on appelle de grandes mers épicontinentales. Cette carte représente la situation au milieu
de l'Ordovicien, mais la situation n'avait pas vraiment changée à la fin de l'Ordovicien en ce
qui concerne la dimension des mers épicontinentales (carte non disponible dans la série des
cartes de C.R. Scotese). Outre le refroidissement du climat, l'effet principal d'une glaciation
est de causer un abaissement du niveau des mers, un abaissement qui peut exposer l'ensemble
des plateaux continentaux. À l'Ordovicien, la vie était essentiellement cantonnée dans les
mers, surtout dans ces grandes mers épicontinentales peu profondes. On évalue à environ une
centaine de mètre l'abaissement du niveau marin, ce qui a vidé une grande partie des mers
épicontinentales. Voilà donc à nouveau la coïncidence de deux situations exceptionnelles,
glaciation et présence de grandes mers épicontinentales, qui peut-être a permis une extinction
de masse.

Quant aux deux autres grandes extinctions, l'extinction de la fin du Dévonien (-360 Ma) et
l'extinction de la fin du Trias (-208 Ma), on cerne mal pour le moment leurs causes. Chute
de météorites? Pas certain. On connaît un des beaux cratères météoritique, celui de
Manicouagan au Québec, qui date de la fin du Trias, plus précisément à -214 Ma; la
coïncidence des âges n'est pas idéale. De plus, on évalue la météorite à environ 5 km de
diamètre, ce qui est la moitié de celle de Chicxulub (extinction K-T). Quant à la fin du
Dévonien, on a retrouvé quelques évidences suggérant un impact météoritique, mais rien
d'aussi certain que le cas de Chicxulub. On sait aussi qu'il y eut un événement anoxique marin
très important, mais on en cerne mal la cause.

On aimerait bien pouvoir identifier une cause unique aux grandes extinctions de masse; c'est
malheureusement ce qui est le plus souvent véhiculé, ... en citant toujours le cas de la
météorite de Chicxulub. C'est tellement plus simple. Mais la géologie et la paléontologie nous
enseignent deux choses: 1) que les causes peuvent être multiples; 2) qu'il n'est pas certain
qu'une de ces causes, aussi catastrophique soit-elle, puisse à elle seule conduire à une
extinction de masse. Il est peut-être nécessaire d'avoir la coïncidence de plus d'un événement
extrême. N'oublions pas qu'en terme de probabilités, ce qui apparaît improbable à notre
échelle, comme par exemple la coïncidence d'une chute de météorite et d'un volcanisme
exceptionnel, le devient à l'échelle des temps géologiques.

La périodicité des extinctions

Les paléontologues Raup et Sepkoski ont attiré l'attention sur l'aspect périodique des
extinctions. On ne parle pas ici uniquement des cinq grandes discutées plus haut, mais de
plusieurs extinctions de moindre importance, mais qui demeurent toujours des extinctions de
masse. En compilant les fluctuations numériques des familles et des genres marins depuis le
Permien, c'est-à-dire pour les derniers 285 millions d'années, ces chercheurs ont mis en
évidence une périodicité de 26 Ma dans les extinctions.
Pour certains, une telle évidence renforce l'hypothèse d'une cause extra-terrestre, mais on est
loin d'avoir cerné l'explication à cette périodicité.

Dans quelle mesure, les extinctions de masse ont-elles eu une influence sur l'évolution de la
vie? A voir à la rubrique suivante ...

Lectures suggérées

• Courtillot, V., 1995, La Vie en Catastrophes. Fayard, Les Chemins de la Science, 278
p.
• Raupp, D. M., 1993, De l'Extinction des Espèces - Sur les Causes de la Disparition des
Dinosaures et de quelques milliards d'autres. Gallimard NRF Essais, 233 p.
• Leaky, R. et Lewin, R., 1997, La 6ème Extinction - Evolution et Catastrophes.
Flammarion, 339 p.

Les leçons de la paléontologie

L'évolution de la vie à travers les temps géologiques est généralement perçue comme un
processus linéaire, une longue marche vers le progrès, réglée par la sélection naturelle
seulement. L'iconographie habituelle la représente le plus souvent comme un cône de
diversité croissante, un arbre avec de plus en plus de branches, même si à l'occasion certaines
d'entre elles se sont éteintes (traits rouges).
La paléontologie nous enseigne que cette conception ne correspond pas à la réalité.

La croissance de la biodiversité?

La biodiversité actuelle est très grande au niveau du nombre des espèces à l'intérieur d'un
groupe donné. Mais l'explosion du Cambrien a montré qu'au niveau des plans de vie,
représentrés par divers embranchements, la biodiversité fut plus grande, à cette époque,
qu'elle ne l'a jamais été. Par exemple, chez les arthropodes, un groupe aujourd'hui très
diversifié qui va du homard au maringouin, seuls quatre plans de base ont survécu sur 24
essais au Cambrien (faune de Burgess).

L'analogie suivante permet de mieux saisir ces différences de diversité. Dans le monde des
moyens de transports, il y a peu de plan de base: la bicyclette, l'automobile, le train, l'avion,
une diversité relativement faible; mais il y a une diversité élevée, soit une infinité de variantes
à l'intérieur de chacun. L'automobile n'a pas changé de plan de base depuis son invention par
Henry Ford, mais ô combien de modèles par la suite!

Rapidement, après la longue vie solitaire des bactéries et des algues, les plans de base ont été
établis, plus qu'il n'en fallait même. Il serait plus juste de parler des broussailles de la diversité
plutôt que de l'arbre de la diversité croissante.
Les extinctions de masse: moteur de l'évolution

S'il est certain que la sélection naturelle est un processus qui agit sur l'évolution, elle ne
saurait être seule. Si elle était le seul processus à régler l'évolution, cette dernière serait
prédictible. C'est ainsi que certains voient dans l'évolution une finalité, sa réussite: l'espèce
humaine. Mais, on ne peut nier que des événements fortuits, imprédictibles, aléatoires, non
contrôlés par la dynamique biologique, sont venus modifier le cours de l'évolution en effaçant
de la planète des groupes entiers et forcant à une réorganisation.

Les grandes catastrophes n'ont pas réussi à éteindre complètement la vie sur terre, mais à
chaque fois, un très petit nombre d'espèces ou de genres dans les principaux embranchements
a réussi à passer à travers pour se diversifier à nouveau. La conséquence la plus directe d'une
extinction de masse – ce qui offre énormement d'intérêt pour le paléontologue de l'évolution –
est l'apparition d'une flore et d'une faune de récupération qui donnent lieux assez rapidement à
des assemblages nouveaux, à une réorganisation de la vie. Fait intéressant à noter: les
recherches les plus récentes semblent indiquer que la communauté la plus rapide à coloniser
les espaces nouveaux est la communauté des bactéries qui précède les communautés à
métazoaires, comme si on refaisait l'histoire du Précambrien-Cambrien à chaque fois.

Le hasard et l'évolution

Il faut se rendre à l'évidence qu'on se doit de faire une bonne place au hasard dans l'évolution
de la vie. C'est le hasard qui a fait que Pikaia, un pauvre petit chordé, le premier, qui se
trouvait dans la faune de Burgess, a échappé à la disparition de plusieurs grands groupes au
milieu du Cambrien. C'est le hasard qui a fait que les gros dinosaures ont été terrassés par une
chute d'astéroïde et/ou du volcanisme exceptionnellement intense à la fin du Crétacé, que les
petits mammifères ont pu profiter de cette disparition pour se développer et ... que finalement
nous sommes là. En somme, il semble bien que ceux qui ont survécu sont ceux qui ont tiré le
bon numéro.

Il devient difficile de croire à une finalité de l'évolution. Pour utiliser l'image de Stephen Jay
Gould, si on rebobinait la bande enregistreuse de la vie à zéro, et si on la remettait en marche
pour un nouvel enregistrement, quelles sont les chances qu'elle nous présente la même
histoire? Quasi nulles si on pense aux catastrophes, grandes et petites, qui ont changé le cours
de l'évolution. De plus, " la probabilité pour que ce scénario fasse apparaître une créature
ressemblant, même de loin, à un être humain est effectivement nulle, et celle de voir émerger
un être doté d'une conscience, extrêmement faible" (S.J. Gould, L'éventail du vivant, Seuil,
1997).

L'évolution: une lente marche vers le progrès?

Dans son dernier ouvrage de vulgarisation, Stephen Jay Gould (L'éventail du vivant, Seuil,
1997) apporte des arguments plutôt convainquants à la non existence du progrès dans
l'évolution. Pour conclure sur les leçons que nous donne la paléontologie, citons un bref
extrait de ce livre. " Je crois que les spécialistes les mieux avertis de la vie ont toujours eu le
sentiment que les archives fossiles décevaient l'espoir d'y trouver le réconfort désiré pour la
pensée occidentale : un signal clair de l'existence d'un progrès se traduisant par une
complexité sans cesse croissante, au cours du temps, de la vie dans son ensemble. Les
données immédiates confirment ce sentiment, car, comme dans le passé, la plupart des
environnement sont encore aujourd'hui dominés par des formes organiques élémentaires
[bactéries]. Face à une telle évidence, les défenseurs du progrès (...) se sont alors
désespéremment raccrochés à un autre argument (...). Ils se sont étroitement focalisés sur
l'histoire de l'organisme le plus complexe et ont invoqué la complexité sans cesse croissante
de cet organisme au fil du temps comme un substitut fallacieux au progrès de la vie dans son
ensemble (p. 207).

GOULD, S.J., 1997, L'éventail du vivant - Le mythe du progrès. éditions du Seuil, Paris, 303
p. Le dernier ouvrage de l'auteur qui vient compléter (et non répéter) son précédent bouquin
(La vie est belle, 1991, Seuil). Une réflexion sur les notions de diversité et de progrès vues à
travers la méthode statistique dont dépend la paléontologie évolutionniste. Le titre dit tout :
l'évolution comme une longue marche vers le progrès est un mythe si on considère tout
l'éventail du vivant et non une seule de ses composantes. Un "must" pour tous ceux que
l'évolution questionne.

Terminons sur une note divertissante. Certains suggèrent que les extinctions ne sont venues
interrompre que temporairement des tendances générales établies depuis longtemps vers une
augmentation de la complexité des comportements. On sait par exemple que le rapport
dimension du cerveau/dimension générale du corps a conduit chez les mammifères à la
conscience humaine. On a relevé que cette tendance à l'augmentation de ce rapport avec le
temps géologique a existée aussi chez les dinosaures; en fait, les mammifères l'ont poursuivie.
Il existait, vers la fin du Crétacé, un petit dinosaure bipède qui possédait des "mains"
préhensiles et un gros cerveau (rapport cerveau/corps au-dessus de la moyenne de ses
congénères). En extrapolant, sur la base de la courbe de l'augmentation du rapport
cerveau/corps des mammifères, on peut dire que s'il n'y avait pas eu d'extinction K-T, une
créature dinosaure aurait atteint aujourd'hui (peut-être même avant) le rapport cerveau/corps
des humains. Quel beau sujet de film! Allez monsieur Spielberg!
La Planète Terre a une longue histoire: 4,55 milliards d'années (Ga). Pour l'historien
de la Terre qu'est le géologue, le temps géologique est matérialisé par des successions de
roches. Or la plus vieille roche datée a donné un âge de 4,016 Ga. C'est dire que cette partie
de l'histoire de la Terre entre -4,55 et -4,016 Ga nous est peu connue. Pour décrypter l'histoire
de la Planète, il nous faut un calendrier des temps géologiques qui soit fiable. Au 19º siècle,
on a établi un tel calendrier fondé sur des méthodes de datations relatives principalement
grâce à l'étude des fossiles. Mais ce n'est que dans la première moitié de notre siècle que la
découverte de la radioactivité est venue nous fournir une échelle de temps absolue et, qu'entre
autre, on a pu établir l'âge vénérable de notre planète.

L'étude des chaînes de montagnes a démontré que la théorie de la tectonique des plaques
(section 1.2) est applicable à l'histoire ancienne de la Terre. On a appris, grâce au cadre que
fournit cette théorie, que la fragmentation d'un mégacontinent comme la Pangée de Wegener
et l'ouverture progressive d'un océan comme l'Atlantique actuel est un phénomène qui s'est
produit plus d'une fois dans l'histoire de la Planète.

Bien sûr, l'unicité de la Planète Terre est la présence de Vie à sa surface, du moins jusqu'à
preuve du contraire. L'origine de cette Vie demeure un sujet préoccupant. Les découvertes
récentes remettent en question un certain nombre de nos "certitudes" à ce sujet. La
paléontologie nous apprend quelle a été la nature des premières traces de Vie et comment
cette dernière s'est développée par la suite.

Cette quatrième section traitera de ces divers aspects; on y trouvera les sujets suivants
(cliquez sur la fenêtre pour accéder à la rubrique désirée).

4.1 - Le temps géologique

Pour nous, le temps, notion abstraite, se matérialise le plus souvent par la trotteuse de
l'horloge qui marque les secondes, les minutes ou les heures, le calendrier qui indique les
jours, les mois, les années. En géologie, le temps est le plus souvent matérialisé par une
séquence de roches, comme cet empilement de couches bien visibles sur les parois du Grand
Canyon du Colorado.
Cet empilement matérialise le temps géologique: temps de dépôt d’une première succession
de couches, métamorphisme de ces couches conduisant à la formation d’un massif de roches
métamorphiques, soulèvement et longue période d’érosion de ce massif concrétisée par une
discordance, dépôt d’une seconde succession de couches sédimentaires, puis érosion récente
du tout responsable du spectacle que nous offre aujourd'hui le Grand Canyon. Une histoire
que l'on sait aujourd'hui s'être étendue sur quelques 2,5 milliards d'années.

La photo suivante met en évidence la discordance angulaire entre le massif de roches


métamorphiques et la séquence de roches sédimentaires le recouvrant. Cette discordance
représente une longue période d'érosion (plusieurs centaines de millions d'années).
Cette dernière photo (ci-dessous) présente une partie de la séquence sédimentaire au-dessus
de la discordance angulaire. Il y a dans cette séquence, plusieurs autres discordances moins
importantes qui s'expriment par une absence de dépôts correspondant à des périodes de temps
données ou par de l'érosion (surfaces de ravinement). Depuis que la séquence est bien datée,
on sait par exemple que les temps Ordovicien et Silurien, ainsi qu'une partie des temps
Carbonifère et Permien, ne sont représentés que par des discordances d'érosion.
Les roches sédimentaires témoignent du temps qu'ont pris les sédiments à se déposer. Les
roches intrusives représentent des événements plus ponctuels, du temps plus court. Les
surfaces de ravinement ou les discordances représentent aussi du temps, mais du temps où les
dépôts ont été érodés. Une telle succession constitue les archives de l'historien de la terre
qu'est le géologue. La séquence du Grand Canyon représente ici 2,5 milliards d'années
d'histoire.

Aujourd'hui, on peut avancer ce chiffre avec certitude, mais il a fallu passablement de temps
avant qu'on mette au point, puis qu'on raffine, les méthodes de datation, et qu'on développe
finalement un calendrier géologique fiable sur lequel on peut greffer les événements décryptés
dans les roches. Les méthodes de datation ont d'abord été relatives (recoupements,
discordances, fossiles) avant d'être "absolues" (radiométrie).

4.1.1 Les datations relatives

Comme l'indique le terme, ces méthodes permettent d'établir l'âge des couches ou des corps
géologiques les uns par rapport aux autres. En d'autres termes, on établira lequel, entre deux
corps géologiques, est le plus jeune ou le plus vieux, sans aucune connotation d'âge absolu qui
serait exprimé en nombre d'années. Il y a deux grands groupes de méthodes de datation
relative: les méthodes physiques et les méthodes paléontologiques.

Méthodes physiques de datation relative.

Un premier concept de datation relative a été présenté en 1669, par un physicien danois,
Nicolas Steno. Il s'agit du principe de l'horizontalité primaire des couches sédimentaires et
du principe de superposition.

Simpliste, peut-être, mais il n'est pas toujours évident, dans des couches plissées à la verticale
ou encore déversées, renversées et même couchées par les mouvements orogéniques
(formation des chaînes de montagnes), quel est le sens de la superposition originelle et par
conséquent quelles couches sont les plus vieilles et lesquelles sont les plus jeunes.

En 1830, Charles Lyell a proposé, dans son remarquable traité "Les principes de la Géologie",
un second concept de datation relative des couches géologiques, la règle des recoupements:
un corps rocheux qui en recoupe un autre est nécessairement plus jeune que celui qu'il
recoupe.

Simpliste à nouveau, mais fondamental. Ces observations se font à toutes les échelles, au
niveau d'un petit affleurement de quelques mètres carrés, jusqu'au niveau d'une région de
plusieurs dizaines de kilomètres carrés.

C'est au début du 19e siècle qu'on a compris l'importance de reconnaître des structures bien
particulières dans les successions de roches, les discordances, pour établir des datations
relatives. On reconnaît deux principaux types de discordances: discordance d'érosion et
discordance angulaire.

a) Discordance d'érosion: l'exemple ci-dessous illustre ce qu'on entend par ce type de


discordance.

Cette surface irrégulière entre roche ignée et roche sédimentaire, dans l'exemple ci-haut, est
une discordance d'érosion. Dans les exemples précédents, le temps géologique est représenté
par le temps de dépôt des couches ou par la mise en place d'intrusions qui représentent des
événements courts en temps. Ici, la discordance d'érosion représente aussi du temps
géologique, mais du temps où, non seulement il n'y a pas eu de dépôt, mais où il y a eu
érosion, suppression de dépôt.
b) Discordance angulaire: l'exemple qui suit illustre en séquence comment se forme une
telle discordance.

Comme dans le cas précédent, cette discordance représente du temps géologique, ici, tout le
temps du plissement et de l'érosion.

Méthodes paléontologiques de datation relative.


Parallèlement au développement des méthodes physiques de datation relative par la
superposition, les recoupements et les discordances, une méthode qui deviendra la plus
utilisée, et qui demeure toujours la plus utilisée, a vu le jour au milieu du 18e siècle. C'est la
méthode de datation par les fossiles.

C'est en creusant dans des couches horizontales à des fins de construction de canaux en
Angleterre, qu'un ingénieur du nom de William Smith s'est rendu compte que d'un site à
l'autre, il retrouvait toujours la même succession de roche. Il en était rendu au point que, s'il
commençait à creuser dans un type donné de roche, il pouvait prédire quelle roche il
retrouverait ensuite. Non seulement cela était vrai pour la composition de la roche, mais aussi
pour les fossiles qu'il y trouvait. En effet, les couches dans lesquelles il creusait était très
riches en fossiles. Smith voyait très bien que, pour une couche donnée, l'assemblage des
fossiles qui s'y trouvaient différait des assemblages des couches sous- et sus-jacentes. De plus,
l'ordre vertical dans lequel il retrouvait ces divers assemblages était le même d'un site à
l'autre. Il venait de découvrir la loi des successions fauniques, ... mais sans trop le savoir.

En effet, ce n'est qu'un siècle plus tard que Charles Darwin publia sa théorie de l'évolution qui
mettait en évidence que les assemblages fauniques avaient changé avec le temps et que
chaque temps géologique était caractérisé par un assemblage faunique qui lui était propre. Par
conséquent, à partir du moment où l'on sait que tel temps géologique se caractérise par tel
assemblage faunique, on est en mesure de dire qu'une couche qui contient le dit assemblage
date de ce temps.

Les fossiles constituent les objets servant aux datations. Sommairement définis, les fossiles
sont les restes d'animaux, incluant leurs pistes, qu'on retrouve dans un sédiment ou une roche.
Les fossiles peuvent être très abondants dans certaines couches. Ils ont longtemps constitué la
méthode par excellence de datation des couches géologiques et continuent à être l'outil
privilégié. Depuis le temps qu'on les étudie, on a constitué des archives importantes, des
sortes de catalogues qui répertorient les divers genres et espèces, avec les localités où ils ont
été récoltés, ainsi que leurs âges respectifs selon l'échelle relative des temps géologiques. On
s'est rendu compte, entre autres, que certains fossiles ont une durée de vie très longue, alors
que d'autres n'ont été trouvés que dans des intervalles de temps très courts. Ces derniers sont
utiles pour la datation puisqu'ils représentent un temps précis, alors que les fossiles à longue
durée de vie sont peu utiles.

On utilise communément trois façons de dater les couches par les fossiles: par les fossiles
pilotes, par assemblages fossilifères et par lignées évolutives.

a) La méthode des fossiles pilotes. Cette méthode utilise évidemment les fossiles à courte
durée de vie qui indiquent des âges bien précis. Une couche contenant un de ces fossiles
pourra donc être datée avec assez de précision. Cependant, on ne trouve pas toujours de tels
fossiles.

b) La méthode des assemblages fossilifères. Cette méthode se fonde sur la somme des
fossiles trouvés dans une couche donnée. On assume que tous les fossiles trouvés ensemble
sur une couche sédimentaire représentent des organismes qui ont tous vécu au même temps.
Les deux schémas qui suivent expliquent la méthode.

Supposons que l'on veuille connaître quand la photo suivante a été prise.
L'âge de cette photo de famille, c'est-à-dire le moment ou a été pris le cliché, est relativement
facile à déterminer si on sait que le père a vécu de 1903 à 1973 (bande verte), que sa fille est
née en 1934 et vit toujours, et que le petit-fils est né en 1972 mais décédé en bas âge, en 1980.
La seule période de temps où ces trois personnes ont été vivantes en même temps est en 1972-
73, d'où l'âge de la photo.

On fait de la sorte avec les fossiles. Prenons un assemblage de fossiles (A, B, C, D et E) qui se
trouve dans une même couche. On consulte les catalogues pour connaître quelle a été la durée
de vie de chacun des organismes qu'ils représentent.

Si on y apprend que A est connu du Silurien inférieur au Carbonifère inférieur, que B est
connu du Dévonien inférieur au Carbonifère supérieur, que C a une durée de vie très longue
qui va de l'anté-Ordovicien au post-Carbonifère, que D va de l'Ordovicien supérieur au
Dévonien inférieur, et que E va du Silurien supérieur au Dévonien supérieur, le seul temps où
ces formes ont pu se retrouver ensemble dans le même milieu correspond au temps où elles
ont pu vivre toutes en même temps, soit le Dévonien inférieur. L'assemblage et la couche qui
le contient datent donc du Dévonien inférieur. Aucun de ces fossiles pris individuellement
n'aurait pu fournir un âge aussi précis.

c) La méthode des lignées évolutives. La recherche paléontologique sur l'évolution de divers


groupes biologiques durant les temps géologiques a mis en évidence plusieurs lignées
évolutives, souvent sur de courtes durées de temps. Pour illustrer l'utilité de ces lignées pour
les datations relatives, prenons l'exemple d'une lignée évolutive des espèces d'un genre donné,
soit les espèces A, B, C, D et E, avec un bon contrôle de la répartition temporelle de chacune
des espèces.

Puisqu'il s'agit d'une lignée évolutive, la durée de vie d'une espèce marque un temps bien
précis. La présence d'une de ces espèces dans une couche, fixe donc une limite d'âge précise à
cette couche; par exemple, si on trouvait l'espèce C, on saurait que la couche doit avoir un âge
Dévonien moyen.

Une échelle relative des temps géologiques.

C'est grâce aux méthodes de datation relative, que les géologues et surtout les paléontologues
européens ont construit, au siècle passé, une échelle relative des temps géologiques. Voici
cette échelle:
Remarquez qu'il n'y a ici aucun temps exprimé en nombre d'années. En fait, on avait une très
vague idée du temps réel impliqué. Les limites entre les principales unités ont été établies
principalement sur des changements fauniques importants (flèches rouges). Ainsi, la limite
entre le Paléozoïque (litt., la vie ancienne) et le Mésozoïque (litt., le milieu de la vie)
correspond à la grande extinction de la fin du Permien où 95% des espèces sont disparues de
la surface du Globe, alors que la limite entre le Mésozoïque et le Cénozoïque (litt., la vie
récente) correspond à la disparition de plusieurs groupes dont les dinosaures. Le
Protérozoïque (litt., antérieurement à la vie) a été ainsi nommé car on croyait à l'époque que la
vie n'avait commencé qu'au Cambrien (aujourd'hui, on sait qu'elle est beaucoup plus
ancienne).

Chaque période géologique porte un nom qui lui a été donné au 19e siècle par les géologues
de l'Europe de l'Ouest ou de Grande Bretagne: le Cambrien (Cambria, le nom romain du Pays
de Galles), l'Ordovicien et le Silurien (d'après le nom des tribus celtes, les Ordovices et les
Silures, qui vivaient au pays de Galles durant la conquête romaine), le Dévonien (d'après le
Devonshire County en Angleterre où ces roches furent étudiées pour la première fois), le
Carbonifère (roches riches en charbon), le Permien (d'après la province de Perm, en Russie,
où ces roches furent étudiées pour la première fois), le Trias (roches qui se divisent en trois
unités en Europe), le Jurassique (d'après le Jura en France et en Suisse où des roches de cet
âge furent étudiées pour la première fois), le Crétacé (creta, mot latin pour craie; appliqué
pour la première fois à des falaises blanches le long de la Manche).

4.1.2 Les datations radiométriques

On a vu à la section précédente (4.1.1) que les méthodes de datation relatives, principalement


par les fossiles, n'ont pas permis d'obtenir une idée du temps géologique réel. Non seulement
ne connaissions-nous pas l'âge des diverses couches géologiques, mais on ne connaissait
même pas l'âge de la Terre. Il fallut attendre la découverte de la radioactivité par Marie et
Pierre Curie, au début du 20e siècle, pour avoir enfin cet outil qui permit de se faire une idée
réaliste du temps géologique, c'est-à-dire obtenir des âges géologiques absolus, et de
déterminer l'âge vénérable de notre planète.

Cet outil, la datation radiométrique, utilise certains éléments chimiques qui ont la propriété de
se désintégrer radioactivement. En calculant le temps qu'a mis une certaine portion d'un
élément contenu dans un minéral à se désintégrer, on obtient l'âge de formation de ce minéral.

Qu'est-ce que la radioactivité?

Comme on l'a vu à la section 2, l'atome est composé d'un noyau (protons + neutrons) autour
duquel gravitent les électrons. Toute la masse de l'atome est concentrée dans le noyau, les
électrons ayant une masse négligeable.

Par définition:

Masse atomique = noyau = nombre de protons (+) + nombre de neutrons (±)


Numéro atomique = nombre de protons (+)

La radioactivité est due à l'instabilité du noyau qui se désintègre par émission d'énergie,
principalement sous deux formes:

• particule α = 2 protons (+) + 2 neutrons (±) :

D’où une perte de 4 dans la masse atomique et une perte de 2 dans le numéro
atomique;
• particule β = 1 électron (-) :

Cet électron vient du noyau; il faut donc aller le chercher chez un neutron (±) qui alors
devient un proton (+). Il y a donc gain d'un proton, d'où un gain de 1 au numéro
atomique, mais aucun changement de masse atomique, car l'électron a une masse
négligeable.

Un exemple : la désintégration de l'uranium 238 (238U) en plomb 206 (206Pb)

L'émission de 8 α entraîne la perte de 8 x (2 protons + 2 neutrons), ce qui signifie une perte de


32 à la masse atomique, ainsi que la perte de 8 x 2 protons qui signifie une perte de 16 au
numéro atomique.

L'émission de 6 β entraîne la perte de 6 électrons, donc pas de changement à la masse


atomique, mais un gain de 6 au numéro atomique.

Le bilan des gains et pertes s'établit donc ainsi:

Masse atomique: 238 - 32 = 206

Numéro atomique: 92 - 16 + 6 = 82 (numéro atomique du Pb)

La désintégration se fait par étapes successives, selon la suite:


La Datation radiométrique

La réaction de désintégration peut se résumer ainsi: un élément parent (l'uranium dans


l'exemple ci-haut) se transforme progressivement en un élément rejeton (ici le plomb). Cette
désintégration met un certain temps à se faire; c'est ce paramètre temps qui nous intéresse.

Ici, le temps est le temps total pour que tout l'élément parent soit transformé en élément
rejeton.

On peut illustrer ainsi la progression de la désintégration :

Après un temps 1 (t1), une partie de la quantité originelle d'élément parent (P) aura été
transformée en une quantité R1 d'élément rejeton; il ne restera qu'une quantité P1 de l'élément
parent, ce qui peut s'exprimer par le rapport R1 sur P1. Après un temps 2 (t2), on obtiendra un
rapport R2 sur P2, plus grand que le précédent, ... et ainsi de suite.

La valeur du rapport R sur P est donc fonction du temps de désintégration. Le taux de


désintégration est différent d'un type de désintégration à l'autre, mais toujours le même pour
une désintégration donnée. Comme on connaît bien les constantes de désintégration pour les
diverses réactions qu'on utilise couramment, on est capable de calculer le temps de
désintégration pour une valeur donnée du rapport R sur P, à l'aide de ces constantes. Ce qu'on
calcule, c'est le temps qu'a mis la désintégration à se rendre à cette proportion entre rejeton et
parent. Voilà un point très important en ce qui concerne les datations radiométriques: ce qu'on
détermine, c'est depuis combien de temps la désintégration a lieu ou, si on préfère, depuis
combien de temps a commencé la désintégration.

En pratique, il s'agit d'utiliser des minéraux qui contiennent des éléments radioactifs, comme
par exemple le zircon, un silicate de zirconium (ZrSiO4). Dans ce minéral, une certaine
quantité du zirconium peut être substituée par l'uranium, soit (U, Zr)SiO4, ce qui rend le
minéral utile pour les datations. Au moment où le minéral cristallise, il incorpore une certaine
quantité d'uranium, mais pas de plomb. L'uranium va commencer, à ce moment, à se
désintégrer radioactivement. En déterminant le rapport plomb sur uranium (rejeton/parent) par
analyse en spectrométrie de masse dans un zircon donné, lequel zircon se trouve par exemple
dans un granite, on peut calculer depuis combien de temps se fait la désintégration ou, en
d'autres termes, il y a combien de temps qu'a cristallisé le zircon. Comme il a cristallisé en
même temps que le granite qui le contient, c'est en ce sens qu'on obtient l'âge du granite, c'est-
à-dire le moment de sa formation. C'est pourquoi, on parle d'âge radiométrique, c'est-à-dire un
âge obtenu par la mesure des produits de la radioactivité.

Dans le cas de notre sablier, la courbe d'écoulement du sable s'exprime par une droite, une
relation linéaire, représentée sur le graphique ci-dessous, où sont mis en relation, le
pourcentage de l'élément parent et le temps exprimé en minutes.
Supposons qu'il s'agisse d'un sablier d'une heure. Après un quart d'heure, le quart du volume
de sable se sera écoulé et il restera 75% du sable dans la partie supérieure du sablier. Après
une demie heure, il en restera 50%, et après trois quarts d'heure, il n'en restera que 25%.

Dans le cas de la radioactivité, la réaction de désintégration n'est pas linéaire, mais


exponentielle: elle s'exprime par la courbe ci-dessous qui montre que le taux de désintégration
diminue avec le temps. Le taux de désintégration est très rapide au début, et décroît par la
suite.

Des mesures en laboratoire ont montré que la désintégration suit une règle simple : la moitié
des atomes parents qui se trouvent dans un système fermé se désintègre pour former des
atomes rejetons dans un intervalle de temps fixe. Cet intervalle s'appelle la demie-vie. En
clair, la demie-vie, c'est le temps nécessaire pour que la moitié de l'élément parent soit
désintégrée. Attention, ce n'est pas la moitié de la vie de la désintégration, c'est le temps
nécessaire pour que la moitié de l'élément parent soit désintégrée.

Voici une illustration qui permet de mieux visualiser ce qu'on entend par demie-vie. Prenons
la réaction Uranium 238 - plomb 206 qui a une demie-vie de 4,5 Ga.
Après une demie-vie, i.e. 4,5 Ga, il restera la moitié de l'élément parent. Après un autre 4,5
Ga, soit au total 9 Ga, la moitié de ce qui restait sera désintégré, il restera donc le quart de
l'élément parent. Et ainsi de suite.

Cela va s'exprimer de la façon suivante sur notre courbe de désintégration. Sur l'axe
horizontal, le nombre de demies-vies, chacune de longueur égale. On voit bien que
progressivement, les quantités d'élément parent diminuent à chaque demie-vie.

Voici quelques unes des désintégrations utilisées le plus couramment.:


Et le fameux Carbone-14?

A chaque fois qu'il est question de datation de roches ou d'autres matériaux anciens, on
invoque inévitablement l'incontournable Carbone-14 (14C). Le 14C est en effet une méthode
très utile pour la datation de certains matériaux géologiques, et particulièrement de matériaux
archéologiques.

La méthode utilise la réaction de désintégration du carbone-14 en azote-14. Il faut savoir que


le carbone commun dans la nature a une masse atomique de 12 (12C). Il se combine à
l'oxygène atmosphérique (O2) pour former du CO2 dans lequel le carbone a une masse
atomique de 12, soit le 12CO2. Mais en plus du 12C, il y a aussi, en bien plus faible quantité, du
carbone de masse 13 (13C) et du carbone de masse 14 (14C); ces trois formes, de masse
atomique différente pour un même élément, sont ce qu'on appelle des isotopes. Le 12C et le
13
C sont des isotopes stables, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas radioactifs, tandis que le 14C est un
isotope radioactif; c'est lui qu'on utilise pour les datations.

Pour bien comprendre la méthode, il nous faut voir d'où vient le 14C et comment ce 14C est
fixé, avec du 12C, par les organismes vivants, végétaux et animaux.
Le bombardement des gaz de la haute atmosphère par les rayons cosmiques fait que l'azote, de
masse atomique 14 (14N) se transforme en 14C qui se combine à l'oxygène libre (O2) pour
former du CO2, mais un CO2 particulier où le carbone est de masse atomique 14, soit le
14
CO2. Ce 14CO2 se mélange au CO2 qui vient des autres sources, comme des volcans et de
l'oxydation des matières organiques ou, aujourd'hui, de la combustion des hydrocarbures. Le
CO2 qui provient du cycle photosynthèse-oxydation des matières organiques est aussi
particulier. En effet, la photosynthèse consomme du CO2 atmosphérique, c'est-à-dire un CO2
qui contient en partie du 12C et en partie du 14C. C'est donc dire que la matière organique des
végétaux et des animaux (qui consomment les végétaux) contiendra une certaine quantité de
14
C. C'est ce 14C qui est utilisé pour les datations

Au départ donc, toute matière organique vivante (végétaux ou animaux) contient du 12C et du
14
C (ainsi qu'une faible quantité de 13C). La proportion entre 14C et 12C dans les tissus
organiques et le squelette métabolisés par l'organisme demeure la même tout au long de la vie
de l'organisme, un rapport correspondant à celui qui se trouve dans le CO2 atmosphérique. En
pratique, on peut donc dire que l'horloge démarre avec la mort de l'organisme; la proportion
commence alors à changer à cause de la désintégration du 14C et du fait que le 12C demeure
stable. Le produit de la désintégration du 14C, l'azote 14, est un gaz qui s'échappe dans la
nature. En pratique, puisque le 12C est stable, on mesure le rapport entre, 14C et 12C.
Connaissant le rapport qui existe dans la nature entre 14C et 12C, ainsi que la constante de
désintégration, on peut comme dans les autres méthodes, calculer le temps qui s'est écoulé
depuis la mort de l'organisme qui a fixé le carbone dans ses tissus ou son squelette. Par
conséquent, l'âge que l'on obtient avec la méthode du 14C, c'est l'âge de la mort de l'organisme
(du bois, des coquillages, de la tourbe, des tissus de lin, cotton, laine, etc...).

Mais la proportion 14C/12C est-elle vraiment demeurée constante à travers les temps
géologiques?
Dans la méthode de datation par 14C, on prend pour acquis que la proportion 14C/12C n'a pas
changé avec le temps géologique, ... ce qui n'est pas vrai. En effet, on sait aujourd'hui que
cette proportion a varié avec le temps. On le sait par exemple en comparant l'âge obtenu à
partir du 14C et l'âge obtenu en comptant les anneaux des arbres (dendrochronologie) ou
encore les varves (dépôts saisonniers) dans les lacs. On sait que la production de 14C a été en
général plus élevée dans le passé, ce qui implique que les âges non corrigés sont en fait plus
jeunes que ce qu'ils devraient être en réalité. C'est pourquoi, il faut apporter des corrections.
Ainsi, pour la période entre -20 et -40 Ka, on apporte une correction de l'ordre de 10% (on
vieilli les âges de 2 à 3 Ka); ce pourcentage diminue pour des âges plus récents. Même avec
un facteur aussi grand que 10% (ce qui n'est pas le cas), le suaire de Turin ne pourrait être
vieilli de ...700 ans! (voir plus bas).

La croyance populaire est à l'effet qu'on puisse dater n'importe quoi avec le 14C. Il faut bien
voir, et c'est très important, que cette méthode ne s'applique qu'aux matériaux qui ont déjà
été vivants, comme du bois, des coquilles, du lin, etc. Inutile de penser dater des outils de
métal ou des pointes de flèches en silex (SiO2) avec cette méthode.

Il y a une autre limitation très importante à la méthode : le temps impliqué. Avec les méthodes
de l'uranium-plomb, du rubidium-strontium ou même du potassium-argon (voir plus-haut), la
demie-vie s'exprime en milliards d'années. Avec le 14C, on parle d'une demie-vie de 5730 ans.
Le schéma qui suit montre l'implication d'une demie-vie aussi courte.
Au temps 0, on a 100% de 14C (barre rose). Après 5730 ans (la demie-vie de la
désintégration), la moitié du 14C est désintégrée. Après un autre 5730 ans (11,460 ans au
total), la moitié de la moitié est désintégrée; il reste le quart du 14C originel. Après un autre
5730 ans, il en reste 1/8, ... et ainsi de suite. Après 74,490 ans, il reste 1/8192 (= 0,000122) du
14
C originelle. C'est peu, d'autant plus qu'au départ, la quantité de 14C par rapport au 12C était
déjà faible. Analyser une si faible quantité devient très difficile. En pratique donc, le 14C est
utile pour dater des objets qui ne sont pas plus vieux que 75 000 ans. On parle ici non plus en
milliards, ni même en millions d'années, mais bien en quelques dizaines de milliers d'années
seulement.

Le 14C est une méthode très utile en archéologie et en histoire. Elle a été utile pour clore
certains débats: le suaire de Turin qui aurait servi à ensevelir le corps du Christ a été daté en
1988, par trois équipes indépendantes, dans une fourchette d'âge entre 1260 et 1390 ans, donc
un suaire fabriqué au Moyen-Âge. Le bois du soi-disant trône de St-Pierre a aussi été daté du
Moyen-Age.

La méthode est aussi utilisée en géologie des dépôts superficiels qui souvent sont plus jeunes
que la limite de 75 000 ans. Les dépôts de la Mer Champlain par exemple qui n'ont que
quelques 9 000 à 12 000 ans d'âge sont datés au 14C, en utilisant les coquilles et le bois fossile
de ces dépôts.

4.1.3 Le calendrier géologique

Depuis la mise au point des méthodes de datations radiométriques, on a obtenu des âges
"absolus" répartis tout au long de l'échelle relative des temps géologiques.
On a rapidement appris que les ères géologiques sont loin de représenter des durées de temps
égales (partie gauche du schéma). Le Précambrien qui faisait figure de parent pauvre sur le
tableau originel constitue, en temps, presque 90% de tout le temps géologique, alors que les
trois autres ères ne comptent ensemble qu'à peine pour un peu plus de 10%. La raison de cette
disproportion sur le tableau originel est simple: les ères Paléozoïque, Mésozoïque et
Cénozoïque, qui ensemble forment le Phanérozoïque, sont fossilifères, avec des faunes
diversifiées, alors que le Précambrien l'est si peu. Comme l'échelle a été construite à partir des
fossiles, il n'est pas surprenant que les trois ères supérieures soient beaucoup mieux connues.

On nomme Hadéen cette période des tous débuts de la Terre que nous connaissons très mal
puisque nous ne possédons aucun vestige rocheux. Les archives de l’histoire géologique de
notre planète sont les roches, et puisque la roche la plus vieille connue a été datée à 4,03 Ga,
l’histoire géologique documentée dans les roches commence donc à 4,03 Ga, avec la période
archéenne ... jusqu'à ce qu'on trouve une roche terrestre plus vieille et qu'on repousse la limite
inférieure de l'Archéen.
4.2 - L'histoire des continents et des océans
Nous avons vu dans la première section du cours, la dynamique interne de la Terre, que les
continents bougeaient les uns par rapport aux autres, que des océans se formaient et
s'ouvraient, alors que d'autres se refermaient. Cette dynamique est décrite par la théorie de la
tectonique des plaques.

Depuis quand, dans l'histoire de la Terre, cette tectonique des plaques fonctionne-t-elle?
C'est à cette question que nous allons tenter de répondre dans ce chapitre.

Notons pour la compréhension de ce qui va suivre que les géologues utilisent les abréviations
suivantes quand il s'agit de milliers, de millions et de milliards d'années:

Ka = millier d'années

Ma = million d'années

Ga = milliard d'années

Nous avons divisé cette histoire des continents et des océans en quatre rubriques, plus une
conclusion:

4.2.1 Les temps précambriens

On considère que le système solaire s'est formé par la condensation d'un gigantesque nuage de
gaz et de poussières et que les planètes, dont la Terre, se sont formées par accrétion de
matières il y a 4,55 Ga. La différenciation chimique a amené vers le centre de la terre les
éléments lourds, comme le fer et le nickel, et a concentré dans le manteau, puis finalement
dans la croûte, des éléments de moins en moins lourds. Cet âge de 4,55 Ga pour la formation
de la terre nous est donné par la datation des météorites et non par la datation de roche
terrestres.

L'élément stable de la croûte terrestre, c'est la croûte continentale. En effet, on a vu dans la


première section de ce cours, qu'à cause de la tectonique des plaques, la croûte océanique est
perpétuellement recyclée. Si on fait exception des lambeaux de croûte océanique qui sont
coincés dans les chaînes de montagnes anciennes, donc dans de la croûte continentale, les plus
vieilles croûtes océaniques datent d'au plus 170 Ma. Ce sont donc les continents qui vont nous
fournir les principales archives nécessaires pour faire l'histoire de la terre.

La question de départ se pose ainsi : quand et comment se sont formés les premiers noyaux
de croûte continentale?

Quand?

Pour répondre à ce premier volet de la question, tout ce qu'on peut dire, c'est que l'âge des
plus vieilles roches terrestres a été établi à 4,03 Ga par datation radiométrique. L'histoire des
quelques 550 Ma qui ont précédé l'Archéen, c'est-à-dire entre -4,55 et -4,03 Ga, nous est mal
connue puisque nous ne possédons pas de roches représentant ce temps. Nous avons discuté
de cette période au point 3.4.7. Ces premières roches datées à 4,03 Ga devaient appartenir à
de la croûte continentale puisqu'elles n'ont pas été recyclées dans les zones de subduction
comme l'ont été et le sont toujours les planchers océaniques (croûte océanique). Les premiers
noyaux de croûte continentale ont donné des âges radiométriques qui s'étendent entre -4,03 et
-2,5 Ga, soit correspondant à la période archéenne. Cependant, on a découvert dans des roches
légèrement plus jeunes dans l’ouest de l’Australie des zircons, minéral presque indestructible,
d’âge se situant entre -4,1 et -4,2 Ga. La présence de ce minéral recyclé dans les roches en
question indique qu’il y avait une ou des surfaces continentales il y a 4,1 ou même 4,2 Ga,
soit peut-être quelques 200 Ma seulement après la fin de l’accrétion terrestre.

La planisphère qui suit montre la répartition actuelle des premiers noyaux continentaux.

Ces premiers noyaux archéens se retrouvent au coeur des boucliers précambriens (plages
vertes sur la planisphère) et occupent une surface bien inférieure à la surface actuelle des
continents. Évidemment, c'est là leur répartition actuelle qui n'a rien à voir avec celle du
Précambrien.

Comment?
Pour répondre au second volet de notre question, à savoir comment se sont formés les
premiers noyaux continentaux, il nous faut examiner la nature des roches qui les composent.
On retrouve trois grands ensembles de roches :

- les roches vertes


- les terrains granito-gneissiques
- les roches sédimentaires

Les roches vertes (une traduction de greenstones) forment une suite de laves différenciées, du
basalte aux andésites, qui ressemblent à la fois aux volcanites de dorsale et aux volcanites de
zones de subduction.

Les terrains granito-gneissiques sont formé de gneiss (roche métamorphique) provenant de


transformation de roches ignées felsiques ou de schistes argileux, contenant de grands
intrusifs granitiques.

Les roches sédimentaires sont le produit de l'altération et de l'érosion par l'eau ou le vent
d'anciens massifs rocheux. La roche sédimentaire la plus ancienne date de 3,8 Ga (datation
radiométrique), indiquant l'existence des processus d'altération et d'érosion par l'eau (les
premiers océans).

Comment expliquer ces assemblages lithologiques? Nous n'avons pas d'explication définitive.
Tout ce qu'on peut constater, ce sont les résultats, les produits qui nous disent qu'il est fort
probable que des mécanismes comme ceux qui sont associés à la tectonique des plaques ont
joué: fusion partielle du manteau produisant des laves de dorsale et de zone de subduction;
métamorphisme dans des zones de subduction pour produire les terrains granito-gneissiques;
altération des premières roches formées, érosion et dépôt conduisant aux premières roches
sédimentaires, dès 3,8 Ga.

La période archéenne qui couvre en temps, un milliard et demi d'années, demeure la moins
bien connue. Tout ce qu'on peut avancer, c'est que les premiers noyaux continentaux étaient
en formation et que des océans ont occupé une partie de la surface terrestre à compter de 3,8
Ga. On peut supposer aussi que cette nouvelle croûte terrestre était bombardée d'une pluie de
météorites, une pluie beaucoup plus intense qu'aujourd'hui. L'étude de cette période archéenne
constitue aujourd'hui un domaine très actif de la recherche en géologie et en géophysique.

Qu'y avait-il avant 4,03 Ga?

On ne le sait vraiment pas, puisque nous n'avons pas de véritables archives géologiques que
sont les roches. On peut supposer que la croûte océanique était en formation, mais nous n'en
avons pas de vestiges. Il est toujours possible qu'on retrouve un jour des roches plus vieilles
que 4,03 Ga et qu'on en apprenne alors plus sur cette période.

La période protérozoïque

Si la période archéenne correspond à la formation des premiers noyaux continentaux à la


surface de notre planète, la période suivante, le Protérozoïque, correspond à la croissance des
masses continentales. En effet, après l'établissement des premiers noyaux continentaux à
l'Archéen, le volume de la croûte continentale a augmenté tout au long du Protérozoïque qui a
une durée de près de 2 Ga. Cette croissance du volume des masses continentales est exprimée
par la courbe suivante :

On y voit que de - 4,03 à -2,5 Ga, (période archéenne) le volume des noyaux continentaux est
demeuré modeste, soit moins de 30% (par rapport au volume actuel des masses continentales)
à la fin de l'Archéen. La croissance s'est faite surtout durant le Protérozoïque, entre -2,5 Ga et
-544 Ma. À la fin du Protérozoïque, le volume des masses continentales avait, à toutes fins
pratiques, atteint celui que nous connaissons aujourd'hui.

Le bouclier précambrien qui forme l'ossature de l'Amérique du Nord est un bon exemple de
croissance de la masse continentale de l'Archéen à la fin du Protérozoïque. La carte
géologique simplifiée qui suit montre que le bouclier est composé de trois grands ensembles
de roches.
Le premier ensemble (vert) est fait des roches les plus vieilles qui ont donné des âges
radiométriques se situant entre -4,03 et -2,5 Ga, donc datant de la période archéenne. On y
voit par exemple, qu'un bon morceau du Québec est constitué de roches archéennes. La
fameuse ceinture de roches vertes de l'Abitibi, riche en mines, fait partie de cet Archéen.

Le second ensemble (jaune) est formé de roches qui ont donné des âges radiométriques se
situant entre -2 et -1,6 Ga, donc appartenant au Protérozoïque inférieur. En plusieurs endroits,
ce Protérozoïque inférieur recoupe l'Archéen. De deux choses l'une: ou bien l'Archéen nord-
américain était formé de plusieurs petits noyaux continentaux et les formations protérozoiques
sont venues s'ajouter autour de ces noyaux, ou bien l'Archéen ne formait qu'un seul noyau qui
a été fragmenté en microcontinents déplacés par la tectonique des plaques, et les matériaux
protérozoiques déposés dans des océans entre les microcontinents; ces derniers se seraient
ensuite à nouveau rassemblés, coinçant les matériaux protérozoiques dans un nouveau
continent plus grand. Les historiens du Précambrien penchent actuellement vers la seconde
hypothèse.

Le dernier morceau qui forme le bouclier est la bande rose, formée de roches qui datent de -
1,3 à -1 Ga, soit du Protérozoïque supérieur; on appelle cette bande la province géologique de
Grenville. Il s'agit de roches métamorphiques, d'un métamorphisme très élevé, qui
représentent les racines d'une haute chaîne de montagne aujourd'hui en grande partie érodée,
une chaîne de montagnes qu'on estime avoir été aussi haute que l'Himalaya actuel.
Il y a environ 700 Ma, les masses continentales de la planète étaient suffisamment
rassemblées pour qu'on puisse parler d'un mégacontinent, une sorte de Pangée de l'époque. Ce
continent a été appelé Rodinia. On a identifié ici un certains nombre de masses continentales
qui sont les nôtres aujourd'hui, mais ils faut bien voir que ce ne sont là que des repères; nous
savons que le découpage actuel de nos masses continentales n'existe que depuis l'ouverture de
l'Atlantique, il n'y a que quelques 170 Ma. Les bandes rouge-orangé indiquent des orogènes
(chaînes de montagnes) de même âge que la chaîne de Grenville. AM: Amazonia. AO:
Antartica oriental. AUS: Australia. B: Baltica. C: Congo. G: Groenland. I: India. K:
Kalaharia. M: Madagascar. S: Siberia.

Signalons ici qu'on retrouve côte-à-côte les blocs continentaux qui aujourd'hui forment le
bouclier de l'Amérique du Nord et celui de l'Amérique du Sud. Entre les deux, il y a la chaîne
de Grenville, cet Himalaya de la fin du Protérozoïque. Il est probable que cette chaîne soit
issue de la collision entre ces deux masses continentales.

En somme, on peut dire que l'histoire des continents au Précambrien, une ère qui couvre près
de 3 milliards et demi d'années d'histoire, soit près de 90% du temps géologique, se résume à
l'établissement des premiers noyaux à l'Archéen et à leur croissance au Protérozoïque. C'est
bien peu connaître en comparaison de tous les événements qu'on a répertoriés pour la période
qui va du Cambrien (544 Ma) à nos jours.
4.2.2 Du Cambrien à la Pangée (250 Ma)

Si nous commençons à peine à comprendre les détails de l'histoire précambrienne, l'histoire


du Phanérozoïque (regroupement du Paléozoïque, Mésozoïque et Cénozoïque) nous est
beaucoup mieux connue. Les raisons en sont simples : les couches précambriennes sont moins
bien connues que les couches phanérozoïques du fait qu'elles sont souvent enfouies sous ces
dernières; et surtout, les couches phanérozoïques sont riches en fossiles diversifiés, permettant
de faire de bonnes datations, alors que le Précambrien ne contient que des bactéries impropres
aux datations. Le bon contrôle des âges au Phanérozoïque a donc permis de reconstruire la
géographie pour divers intervalleS de temps donnés (ce que les géologues appellent la
paléogéographie).

Mais comment en sommes-nous arrivés à replacer géographiquement les masses continentales


pour un temps géologique donné?

Nous allons présenter l'histoire qui va du Cambrien jusqu'à la Pangée (de 544 à 250 Ma) à
travers une suite de cartes paléogéographiques qui montrent comment les masses
continentales se sont déplacées et les océans ont évolué durant cet intervalle de temps, selon
la dynamique décrite par la théorie de la tectonique des plaques.

Voici donc cette histoire, une sorte de valse des continents, présentée selon une série de cartes
paléogéographiques qui illustrent comment continents et océans ont évolué durant cette
période qui va du Cambrien à la formation de la Pangée à la fin du Carbonifère. Pour rendre
cette histoire de la valse des continents un peu plus concrète, nous allons y accrocher l'histoire
de la formation de la chaîne de montagnes la plus près de nous, les Appalaches, cette chaîne
qui s'étend du nord de la Floride jusqu'à Terreneuve, en passant par le Québec où les
Appalaches sont aussi appelées Monts Notre-Dame.

On a vu, dans la section précédente, qu'il y a 700 Ma, un mégacontinent, Rodinia, rassemblait
toutes les masses continentales. Par la suite, ce mégacontinent s'est fragmenté et des
morceaux de croûte continentale ont commencé à "dériver" les uns par rapport aux autres,
entraînés par le déplacement de plaques tectoniques relié à la fabrication de nouveaux
planchers océaniques et au processus du tapis roulant.
Cette première carte montre la position du continent Rodinia il y a 600 Ma, soit à la fin du
Précambrien.

À la fin du Précambrien (Néoprotérozoïque), entre -650 et -600 Ma, une accumulation de


chaleur sous le grand continent Rodina a soulevé celui-ci et créé des forces de tension qui ont
progressivement développé des rifts continentaux, entre autres à la hauteur de la chaîne de
Grenville; ceux-ci vont contribuer à disperser les pièces.

Vers -560 Ma, deux continents ont commencé à se détacher de Rodinia et à s'individualiser.
Les géologues ont nommé ces anciens continents Laurentia et Siberia. Laurentia, en gros,
correspond aux masses continentales précambriennes qui forment une bonne partie de
l'Amérique du Nord actuelle, moins la Floride, plus le Groenland et l'Écosse. Sibéria
correspond au bouclier sibérien.

20 Ma plus tard, un troisième continent, Baltica, s'est détaché de Rodinia au tout début du
Cambrien, il y a 540 Ma. Baltica correspond aux terrains précambriens de la Scandinavie
actuelle, la Russie, la Pologne et le nord de l'Allemagne.

Ce qui restait de Rodinia était une grande masse continentale qu'on a appelé Gondwana
englobant le Précambrien de l'Amérique du Sud, de l'Afrique, de l'Australie, de l'Antarctique,
du sud de l'Europe et de la Chine. Les flèches indiquent le déplacement relatif des trois petits
continents. Progressivement s'ouvrait un océan entre Laurentia et Gondwana, un océan que les
géologues ont appelé l'Océan Iapétus et dont l'évolution sera particulièrement scrutée ici
puisqu'elle a conduit à la formation de nos Appalaches. On doit donc supposer l'existence
d'une dorsale médio-océanique entre Laurentia et Gondwana.

Cet océan s'ouvrait grâce à l'étalement des fonds océaniques à partir d'une dorsale. Dans cet
océan se déposaient des sédiments. Sur le plateau continental de Laurentia par exemple, se
déposaient des sédiments d'eau peu profonde: sables, boues, calcaires. Une faune et une flore
localement abondantes vivaient sur ces fonds marins et ont été incorporées dans les
sédiments. Plus au large, des quantités énormes de sédiments provenant de l'érosion de la
chaîne de Grenville se déposaient au pied du talus continental, sur le glacis.

Durant pratiquement tout le Cambrien, la marge de Laurentia correspondait au modèle de


marge passive que nous avons vu à la section 1 de ce cours (formation des chaînes de
montagnes). À ce stade, Gondwana demeurait relativement stationnaire.

Il y a 500 Ma, à la toute fin du Cambrien, une cinquantaine de Ma après le début de


l'ouverture de Iapetus, il s'est développé à la marge sud de Laurentia, une zone de subduction,
créant du même coup un arc volcanique insulaire. Le mouvement s'était renversé. On est
passé d'un océan de type Atlantique, i.e. en ouverture avec marges passives, à un océan de
type Pacifique, en fermeture, avec marges actives.
Un enfoncement de la croûte océanique au large de Laurentia a formé une zone de subduction
et induit un arc insulaire volcanique dont on retrouve aujourd'hui des vestiges dans les
Appalaches du Québec. Des épanchements volcaniques venant de l'arc insulaire se mêlaient
aux grandes épaisseurs de boues et de sables qui s'accumulaient entre la marge continentale et
l'arc volcanique

Cette situation correspond au modèle de transformation d'une marge continentale passive en


une marge active que nous avons vu à la section 1 de ce cours (formation d'une chaîne de
montagnes).

Quelques 20 Ma plus tard, il y a 480 Ma, au début de l'Ordovicien, la fermeture de Iapetus se


poursuivait et les arcs volcaniques insulaires fonctionnaient toujours. Au sud, un chaînon de
petites masses continentales s'était détaché de Gondwana et amorçait sa migration vers le
nord.
Vers la fin de l'Ordovicien, il y a 450 Ma, Iapetus continuait à se refermer. L'arc volcanique
insulaire qui se trouvait au large de Laurentia entra en collision avec la marge continentale de
Laurentia: une chaîne de montagne s'est formée, la chaîne taconnienne, la première phase de
la formation des Appalaches.

Il s'est agi d'une collision de type lithosphère océanique contre lithosphère continentale pour
former une chaîne de montagnes immature.
Jouxtant la chaîne taconnienne, il y avait une zone de roches non déformées, la Plate-forme du
St-Laurent, correspondant aux sédiments déposés sur le plateau continental. Une grande partie
de la chaîne taconnienne a été transportée sur la Plate-forme du St-Laurent, à la faveur d'une
grande zone de décollement, la faille Logan (trait gras rouge sur la figure). Cette collision est
assimilable au chevauchement, soulèvement et déformation des sédiments du bassin, puis de
la formation d'une chaîne plissée immature, un sujet présenté à la section 1 de ce cours
(formation d'une chaîne de montagnes).

Au début du Silurien, il y a 440 Ma, l'espace océanique (Iapétus) entre Laurentia, Baltica et
Siberia continuait à se refermer. En particulier, Baltica accompagné du chaînon de
microcontinents se rapprochait de Laurentia. L'un de ces microcontinents, le plus occidental,
était Avalonia (Avalonia tire son nom de la péninsule d'Avalon à Terreneuve qui est formée
par cet ancien microcontinent). Le pôle sud était occupé par la marge sud de Gondwana, plus
particulièrement le nord de l'Afrique actuelle. Signalons ici qu'on connaît au Maroc des
dépôts glaciaires d'âge Ordovicien supérieur; pas surprenant, puisque le nord de l'Afrique se
situait au pôle sud. Depuis le début du Cambrien, Gondwana était demeuré passablement
stationnaire. Il amorce ici sa migration vers le nord. L'espace océanique entre au nord Baltica
et au sud Gondwana a été appelé l'Océan Rhéïque.
Au milieu du Silurien, il y a 430 Ma, Iapetus était un océan étroit entre Laurentia et Baltica.
La collision Baltica-Laurentia s'amorçait au sud. Gondwana migrait vers le nord.

La faible élévation de la chaîne taconienne a permis une érosion rapide qui, couplée à un
enfoncement tectonique, a amené un envahissement progressif de la mer. Il s'est donc
développé, entre Laurentia et Avalonia, un bassin marin (toujours l'océan Iapétus) qui durant
tout le Silurien et une grande partie du Dévonien recevra les sédiments provenant de l'érosion
de la jeune chaîne taconienne et du continent Laurentia, ainsi que des épanchements
volcaniques reliés possiblement à une zone de subduction au large de la chaîne taconienne.

Au Québec, dans le bassin de Gaspésie, les suites sédimentaires se déposaient dans des
milieux relativement peu profonds de type plateau continental. Par exemple, c'est vers la fin
du Silurien que s'y est développée une grande barrière récifale qui va de la pointe de la
Gaspésie, jusqu'aux Cantons de l'Est; ce qui forme aujourd'hui le sud du Québec se trouvait
alors dans la zone tropicale, autour des 25° au sud de l'équateur. Sur la plate-forme d'Anticosti
(partie de la Plate-forme du St-Laurent) se déposaient des calcaires en eaux peu profondes.
Les relations entre la plate-forme d'Anticosti et le bassin de Gaspésie sont pour le moment
mal comprises.
À la fin du Silurien - début Dévonien, il y a quelque 420 Ma, l'Océan Iapetus était presque
refermé.

Durant la période allant de -420 à - 380 Ma la collision se fera progressivement du sud vers le
nord pour former la chaîne acadienne au sud (seconde phase des Appalaches) et la chaîne
calédonienne au nord entre le Groenland et la Scandinavie. Cette grande chaîne acadienne-
calédonienne est venue souder Baltica à Laurentia pour former une plus grande masse
continentale.

Au niveau des Appalaches, les sédiments et les roches volcaniques qui s'étaient déposés
durant tout le Silurien et une grande partie du Dévonien dans l'océan Iapetus ont été soulevés
et déformés pour construire la chaîne acadienne, la seconde phase des Appalaches, qui est
venue se superposer à la chaîne taconienne. Au sud, l'océan Rhéïque se refermait
progressivement entre Gondwana et le nouveau continent Laurentia-Baltica.

Au milieu du Dévonien, il y a 380 Ma, l'ensemble des masses continentales se regroupait.


L'océan Rhéïque était presque fermé. C'était le début de la collision entre Gondwana et
Laurentia-Baltica, deux grandes masses continentales. Ce fut le dernier soubresaut des
Appalaches.
La collision se terminera 20 à 40 Ma plus tard, autour de -340 Ma, avec la fermeture du bras
de mer entre les deux masses continentales et la formation de la chaîne des Mauritanides
(Maroc), aussi appelée la chaîne hercynienne.
C'est finalement à la fin du Carbonifère, il y a 300 Ma, que s'est terminé le regroupement des
pièces continentales pour former ce mégacontinent de Wegener, la Pangée, une histoire de
près de 300 Ma. Ce mégacontinent de la Pangée va demeurer stable jusqu'à la fin du Trias,
soit pour une période d'environ 100 Ma, où il commencera à se fragmenter pour donner
naissance, entre autres, à l'Atlantique (page suivante).
4.2.3 Le démembrement de la Pangée : du Jurassique à nos jours

Il aura fallu plus de 200 Ma pour rassembler tous les morceaux de la Pangée, soit de
l'Ordovicien au Permien. Il en faudra 200 autres, soit de la fin du Trias à aujourd'hui, pour
disperser les morceaux de la Pangée, une dispersion qui se poursuit toujours. Puisque ces
événements sont les plus près de nous, en temps, nous avons des détails plus précis, surtout
qu'en plus, cette fois, nous connaissons les planchers océaniques.

Au Trias et au début du Jurassique, les principaux mouvements se sont faits du côté de la


Téthys, un océan à l'est de la Pangée.
La fragmentation de la Pangée a commencé fin-Trias/début-Jurassique, mais c'est vers la fin
du Jurassique, il y a 160 Ma, que la fragmentation est devenue plus évidente et qu'elle a
commencé à individualiser les masses continentales que nous connaissons aujourd'hui.

Deux ruptures orientées est-ouest sont bien visibles sur la carte. Au nord, il y a ouverture
d'une mer linéaire qui sépare d'une part la masse continentale de l'Amérique du Nord et
d'autre part, un bloc formé des masses continentales de l'Amérique du Sud et de l'Afrique
(coupe ci-dessus). Au sud, l'ouverture se fait en ciseaux, le pivot se situant au niveau de
l'actuel Gibraltar, créant un embryon de mer linéaire entre d'une part, le bloc Amérique du
Sud et Afrique, et d'autre part, un bloc formé des masses continentales rassemblées de
l'Antarctique, l'Inde et l'Australie.

Au début du Crétacé, il y a 120 Ma, l'ouverture de la mer linéaire au nord s'accentue. C'est
l'embryon de l'océan Atlantique. La rupture du sud est consommée. Les deux blocs
continentaux sont séparés; c'est l'embryon de l'Océan Indien. Il est à noter que le bloc
Antarctique-Inde-Australie commence à se disloquer.
Il y eut un début de rupture entre l'Amérique du Sud et l'Afrique. Une dorsale ouvrit un océan
entre le bloc de l'Afrique-Amérique du Sud et le bloc de l'Antarctique-Inde-Australie; une mer
linéaire commence à se développer.

Un peu plus tard au Crétacé, soit il y a 80 Ma, la séparation entre l'Amérique du Sud et
l'Afrique fut définitive; une longue mer linéaire, avec une dorsale médiane, divisait ces deux
continents.
Le petit bloc continental qui deviendra l'Inde est détaché des autres masses continentales et est
en pleine migration vers le nord. Cette migration va se faire entre deux longues failles
transformantes. Au nord, la Téthys continuait à se refermer.

Au début du Tertiaire (Éocène), il y a 40 Ma, l'océan Atlantique était véritablement


individualisé. L'Inde a rejoint une série de microcontinents qui commencent à s'agglomérer.
La Téthys se refermait de plus en plus pour former progressivement le système alpin (au sens
géologique du terme) en Afrique du Nord, et de l'Europe à l'Iran. C'est ici qu'est née la
Méditerranée.

Au Miocène, il y a à peine 10 Ma, la configuration des continents et des océans ressemblent


passablement à ce que nous avons aujourd'hui. L'Inde a embouti tous ces microcontinents et
les a comprimés vers la Chine pour former l'Himalaya.
Finalement la poursuite de tous ces mouvements a conduit à la configuration actuelle des
continents et des plaques lithosphériques.
4.2.5 - En guise de conclusion sur l'Histoire des continents et des
océans...

On pourrait résumer de façon succincte l'histoire des continents et des océans à travers les
temps géologiques, par les quelques points suivants.

L'Archéen, la période la plus vieille du Précambrien, a vu la formation des premiers noyaux


continentaux, alors qu'au Protérozoïque, c'est l'augmentation du volume des masses
continentales par leur accrétion qui a dominé.

On pourrait dire que le Paléozoïque se caractérise par : un temps, deux mouvements. Premier
mouvement, c'est le démembrement du mégacontinent Rodina de la fin du Protérozoïque.
Deuxième mouvement, c'est le rassemblement qui conduit à la Pangée. Ce grand
rassemblement cause des collisions entre les plaques, collisions qui produisent des chaînes de
montagnes, comme le système Appalaches-Calédonides, le système Mauritanides-Hercynides
et la chaîne des Ourals.

On serait presque tenté de dire que l'histoire du Mésozoïque-Cénozoïque, c'est l'histoire de


l'Atlantique. Mais il y a plus. C'est le démembrement de la Pangée certes, mais ici aussi des
collisions de plaques ont produit des chaînes de montagnes, comme les Pyrénées, le système
des Alpes et des Atlas, les cordillères des Amériques et, la petite dernière, l'Himalaya.

On vient de voir que durant les temps géologiques, il y a eu des rassemblements de continents
pour former des mégacontinents et des périodes où ces mégacontinents ont été fragmentés et
leurs pièces dispersées; une sorte de valse des continents. Manifestement, la tectonique des
plaques a été active pratiquement tout au long de l'histoire de la Terre, du moins depuis le
Protérozoïque.

Une telle histoire suscite des questions.

• Pourquoi un grand continent comme la Pangée ou Rodina en arrive-t-il à se


fragmenter?
• Y a-t-il eu plusieurs de ces rassemblements-démembrements dans le passé?

Nous n'avons pas de réponses définitives à ces questions, mais au moins une hypothèse
intéressante. C'est l'hypothèse avançée par les chercheurs Nance, Worsley et Moody (Pour la
Science,1988) qu'on a qualifié de "cycle des mégacontinents". Cette hypothèse veut qu'un
mégacontinent comme la Pangée, par exemple, entouré de zones de subduction, reste
immobile par rapport au manteau. Comme la conductivité thermique de la croûte continentale,
c'est-à-dire sa capacité à transporter la chaleur, est la moitié de celle de la croûte océanique
qui l'entoure, le mégacontinent agit comme une plaque isolante. La chaleur s'accumule donc
sous celui-ci; les matériaux prennent de l'expansion, amenant un soulèvement du continent. Il
s'établit des tensions dans le continent, tensions qui vont contribuer à fragmenter la masse
continentale.
Après la fragmentation, les morceaux se détachent de la masse principale et s'abaissent en s'en
éloignant. La chaleur accumulée se dissipe par la croûte océanique qui possède une meilleure
conductivité thermique. Un bloc immobile reste surélevé.

On considère que le continent africain actuel est un exemple d'un tel bloc. Des morceaux de
l'Afrique se détachent, comme l'Arabie, au nord-est et tout ce qui se trouve à l'est du Grand
Rift. Il se forme autour de ce bloc, des mers linéaires qui vont s'ouvrir progressivement et
vieillir.

Pourquoi les pièces vont-elles par la suite se rassembler? L'explication tient dans le
vieillissement de la lithosphère océanique aux marges d'un océan qui s'agrandit de plus en
plus.

A la marge d'un océan de type Atlantique, caractérisé par une marge passive où toute la
plaque se déplace dans le même sens, l'action combinée du refroidissement de la lithosphère
océanique et la charge des sédiments va entraîner une subsidence accélérée qui va conduire à
la création d'une zone de subduction.
La marge devient active, le mouvement de la plaque continentale est inversé et les deux
plaques convergent. Les masses continentales se rassemblent à nouveau et le cycle
recommence.

Les travaux les plus récents sur la géologie du Précambrien ont permis d'identifier au moins
quatre, peut-être même cinq de ces mégacontinents des temps anciens et qu'il y a eu une
certaine cyclicité dans leur formation et leur démembrement; chaque fois, ils se sont
fragmentés, démembrés et dispersés.

On leur a même donné des noms : Vaalbara que d'autres ont appelé Ur, le plus ancien, qui
aurait existé entre 3,2 et 2,9 Ga; Kenorland, aussi appelé Hudsonia, qui aurait existé entre 2,2
et 2,1 Ga; Columbia, qui est assez bien défini aujourd'hui et qui s'est étendu de 1,8 et 1,5 Ga;
puis Rodinia, entre 1 Ga et 750 Ma; finalement la Pangée de Wegener, il y a 300 Ma. On
commence à soupçonner l'existence d'un autre autour des 2,6 Ga. Ces continents ont eu des
durées de vie se situant entre 100 et 300 Ma. On voit donc une périodicité de 300 à 500 Ma
dans la formation de tels mégacontinents.

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