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Sauveteurs et événements

traumatiques
Prise en charge psychologique des victimes
et gestion du stress professionnel
Chez le même éditeur
Le geste suicidaire, par V. Caillard, F. Chastang, collection Les âges de la vie. 2010,
376 pages.
Drames en milieu scolaire - Protocole pour évaluer, soutenir, communiquer,
par J.-L. Pilet, C. Guihard, A. Obringer, D. Brice, collection Psychologie. 2009,
240 pages.
Guide infirmier des urgences, collectif. 2008, 760 pages.
Traumatismes psychiques - Prise en charge psychologique des victimes,
par L. Crocq, collection Psychologie. 2007, 328 pages.
Gestion du stress et de l’anxiété, 2e édition, par D. Servant, collection Pratiques
en psychothérapie. 2007, 256 pages.
Sauveteurs
et événements
traumatiques
Prise en charge psychologique
des victimes et gestion
du stress professionnel
Hélène Romano
Docteur en psychologie clinique, psychologue référente de la cellule
d’urgence médico-psychologique du Samu 94, psychothérapeute de la
consultation de psychotraumatisme du CHU Henri-Mondor à Créteil.

Élodie Verdenal-Gauteur
Psychologue référente du SDIS 95.
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ISBN : 978-2-294-70915-9

Elsevier Masson SAS, 62, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex


www.elsevier-masson.fr

Mise en pages réalisée par Thomson Digital (Mauritius) Ltd


Imprimé en Italie par LegoPrint, 38015 Lavis (Trento)
Dépôt légal : Juillet 2011
Préface
L’évolution sociétale fait que la violence est devenue de plus en plus fréquente.
Les personnes sont donc confrontées à des phénomènes traumatiques dont la
brutalité ne cesse d’augmenter. Le film de Stanley Kubrick « Orange mécani-
que » était probablement prophétique même s’il s’agissait d’une caricature.
Dans un autre registre, les conflits et les attentats, qui font partie de l’évolution
des modes d’action prolongeant la politique, sont « aseptisés » par les médias.
Les images qu’en ont les spectateurs ressemblent trop souvent à l’écran d’un
jeu vidéo. Pour autant, les combattants ou les victimes d’attentats sont toujours
confrontés à la même violence qu’auparavant.
L’évolution technologique a augmenté la densité d’informations, et donc la
brutalité du traumatisme psychologique à laquelle sont soumises les personnes
concernées est amplifiée.
Il en va de même pour la pratique médicale dont la technicité ne cesse
d’augmenter. Il est notable de constater que les prouesses dans le domaine de
la santé sont sans cesse mises en avant, véhiculant dans l’esprit du public et
des patients potentiels le fait que la médecine peut tout guérir. Pourtant, mal-
gré les progrès des techniques médicales, la souffrance est toujours présente.
Le traumatisme psychologique est d’autant plus vivace que la présentation
de la prise en charge d’un malade par les acteurs du système de santé est
prioritairement axée sur les aspects techniques et notamment sur les actes qui
vont être effectués. Ceci est d’ailleurs l’objet de débats puisque le paiement à
l’acte est parfois dénoncé. Dans d’autres pays, les organisations du système de
santé préconisent la rémunération des médecins au service plutôt qu’à l’acte
pour éviter une focalisation excessive sur la partie purement technique de la
pratique médicale.
Quoi qu’il en soit, tous ces faits (évolution de la société, évolution des
conflits et de la pratique de la médecine) font que la dimension humaine
est considérablement moins prise en compte. Ceci est incontestablement
le fait du progrès technologique. Pourtant la tâche des soignants ou des
personnes qui entourent les victimes ou les patients reste toujours sou-
mise aux mêmes nécessités. Celles-ci sont d’ailleurs enseignées dans les
écoles de médecine, les instituts de formation aux soins infirmiers, et d’une
façon générale, dans le cursus de toutes les personnes qui s’occuperont
des malades ou des victimes (à savoir que la première chose à faire, car
on ne peut pas tout guérir, est d’écouter, de parler et de réconforter). La
réduction du temps passé auprès du patient pour dialoguer avec lui est
directement liée aux contraintes budgétaires. Elle est également observée
dans la prise en charge des victimes de violence ou lors d’un conflit. C’est
dire l’importance, dans la prise en charge des patients ou des victimes, de
la dimension psychologique. À cet égard, l’ouvrage d’Hélène Romano et
Élodie Verdenal-Gauteur illustre l’importance capitale de cette dimension
relationnelle avec les personnes concernées, de telle sorte qu’à côté de la
pratique visant à réduire les séquelles ou les conséquences somatiques, il est
également important d’apporter une empathie, une compréhension et une
écoute pour réparer et soigner l’état moral du patient.
En effet, la réparation et le soin limités aux seules conséquences somatiques
sont dramatiquement insuffisants. Les équipes soignantes et médicales ont du
reste de moins en moins de temps à consacrer à cette partie-là, et pour autant
l’être humain, malgré les développements technologiques, n’a pas changé dans
ses besoins.
Bien sûr le corps doit fonctionner et ne doit pas être mutilé ni altéré, mais il
en est de même pour l’état psychologique. Le travail remarquable qui est fait
par les cellules d’urgence médico-psychologique est de ce point de vue-là très
précieux.
Cet ouvrage illustre parfaitement tous ces aspects qui méritent d’être connus
par ceux qui sont impliqués dans le domaine de la santé pour que la prise en
charge soit complète et qu’on ne découpe pas en morceaux relevant des divers
spécialistes ou intervenants l’intégrité de la personne humaine.

Professeur Jean Marty


Directeur médical du Samu 94
Introduction
La prise en charge des personnes impliquées dans les événements ­traumatiques
fait actuellement partie du quotidien des sauveteurs. Pourtant, cette ­attention
est relativement récente, puisqu’elle apparaît principalement à l’issue du second
conflit mondial pendant lequel de très nombreux civils ont été touchés
par la guerre.
Jusque-là, les médecins et psychiatres s’intéressaient tout particulièrement
aux réactions des militaires avec, pour objectif principal, le retour des combat-
tants sur le terrain des batailles. Il faut attendre la guerre du Vietnam et la pres-
sion politique des vétérans pour que des études systématiques soient décidées
et permettent de mieux évaluer et de quantifier les troubles susceptibles de se
manifester suite à l’exposition à un événement traumatique. Ce n’est qu’en
1980 que le syndrome caractéristique du traumatisme psychique devient un
véritable trouble, diagnostiqué sous le nom « état de stress post-traumatique »
(Post-Traumatic Stress Discorder) et classé dans le manuel officiel de l’Associa-
tion américaine des psychiatres (DSM III puis DSM IV). Tout au long de cette
période, les premières études sur les incidences des troubles post-traumatiques
sont ciblées sur des militaires. À partir des années 1980, les mouvements
de libération de la femme conduisent à ce que les syndromes présentés par
les victimes de viol, de violence conjugale et d’inceste soient mieux étudiés. Il
est alors constaté des similitudes avec les troubles présentés par les survivants
de guerre.
Progressivement, l’attention s’est ainsi portée sur la réalité du traumatisme
psychique et ses conséquences durables sur la population, qu’il s’agisse de mili-
taires, de professionnels comme de civils, adultes et enfants.
La situation actuelle est paradoxale  : d’un côté il existe une plus grande
reconnaissance de la réalité des blessures psychiques et des conséquences
potentiellement causées par un événement traumatique et, de l’autre, cette
prise en compte systématique conduit à une revendication identitaire collec-
tive du fait traumatique et le transforme en enjeu politique. La reconnaissance
sociale et politique du traumatisme psychique a, pour pendant, le risque de son
instrumentalisation qui conduit inévitablement à maintenir les sujets impliqués
dans un état de dépendance, de vulnérabilité et d’insuffisance psychique, celui
de victimes.
Trauma, événement traumatique, victime, catastrophe, sont aujourd’hui
devenus des « mots-tiroirs » remplis de fantasmes et de représentations mul-
tiples s’inscrivant dans un contexte où logique politique, logique judiciaire,
logique médiatique et logique soignante sont amenées à coexister. Au-delà de
tous ces enjeux, la confrontation avec le trauma peut avoir des ­conséquences
multiples et difficiles à prévoir, d’où la mise en place de soins psychiques
précoces pour les personnes impliquées au même titre que les soins soma-
tiques. Prendre en charge psychologiquement des victimes nécessite d’éviter
un certain nombre d’écueils : ne pas psychiatriser des réactions adaptées à des
VIII

événements ­critiques  ; éviter de proposer des prises en charge préformatées


et standardisées  ; avoir l’illusion qu’une unique intervention suffirait à empê-
cher, comme par magie, tous les risques de troubles post-traumatiques ; être
totalement contaminé par le trauma et perdre tous ses moyens.
Les soins psychologiques au plus près de l’événement traumatique ne sont
qu’une des réponses à apporter aux personnes impliquées dans un événement
traumatique mais ils ne peuvent être organisés sans cadre, sans limite et sans
réflexion éthique des professionnels qui y participent. Ils sont spécifiquement
assurés par des «  psy  » de l’urgence mais tout sauveteur, quelle que soit sa
profession, est amené dans le cadre de ce type de prise en charge à pren-
dre en compte la dimension psychologique pour ne pas blesser davantage la
victime par des mots ou des attitudes malencontreux. L’objectif de ce guide
est d’apporter aux sauveteurs des éléments de repérage sur la psychologie
d’urgence et leur permettre d’avoir des éléments concrets pour pouvoir, au
quotidien, assurer la prise en charge globale de ces impliqués.
Liste des auteurs
Hélène Romano : docteur en psychologie clinique, psychologue référente de la
cellule d’urgence médico-psychologique du Samu 94, psychothérapeute à la
consultation de psychotraumatisme du CHU Henri Mondor à Créteil.
Élodie Verdenal : psychologue référente du SDIS 95.
1 L’événement traumatique

Définition
Les sauveteurs interviennent dans des événements qui ont valeur de « crise »,
c’est-à-dire des situations aiguës qui débordent les capacités de régulation
habituelle des individus comme des institutions concernées, d’où l’appel des
secours. Deux types de crises sont à distinguer :
■ celles qui résultent d’un événement traumatique (mort violente, accident
funeste, incendie, inondation, explosion, prise d’otage, suicide, homicide,
catastrophe naturelle, accident de transport avec décès) ;
■ celles liées à des événements critiques dans des contextes non traumatiques
(grève, conflit syndical, manifestation sportive ou culturelle, etc.).
La distinction entre ces deux types d’événements est essentielle car ils n’entraî-
nent pas les mêmes effets et impliquent des prises en charge spécifiques : les
crises non traumatiques entraînent des inquiétudes au niveau individuel, des
perturbations au niveau administratif et peuvent occasionner des tensions entre
les personnes. Les événements traumatiques sont, quant à eux, déstructurants
psychiquement et peuvent conduire à des blessures psychiques des personnes
impliquées.
Cet ouvrage est consacré aux événements traumatiques. L’événement trau-
matique étant un événement qui confronte le sujet à une réelle menace de
mort ou à une menace pour son intégrité physique ou celle des autres. Il se
caractérise par sa soudaineté, sa violence, son intensité et par l’impossibilité
pour les personnes et l’institution qui s’y trouvent impliquées d’y résister.

❯❯ L’événement traumatique
• Violent.
• Soudain.
• Confronte au « réel de la mort ».
• Déborde le sujet dans ses capacités d’élaboration.
• Bouleverse l’équilibre institutionnel préalable.

La nature des événements traumatiques


Deux types d’événements traumatiques sont à distinguer  : les accidents qui
impliquent peu de victimes et les catastrophes qui concernent de très nom-
breuses victimes.

Les accidents
S’ils concernent peu de personnes (on considère habituellement moins de
10 blessés), il peut y avoir de nombreux témoins bouleversés par ce à quoi ils
ont assisté. Il existe différents types d’accidents :

Sauveteurs et événements traumatiques


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4 I. Du côté des impliqués

■ accidents domestiques (chutes, brûlures, noyades) ;


■ accidents de loisirs (pratique sportive) ;
■ accidents de transport (voiture, avion ou bateau privé) ;
■ accidents du travail (en particulier dans les entreprises du bâtiment et les
entreprises industrielles).

Les catastrophes
Les critères des catastrophes
Pour parler de catastrophe, différents critères sont retenus (Crocq L., 2007) :
■ fait suite à un événement néfaste ;
■ cause de nombreuses victimes en un même lieu et en un même temps (morts,
blessés psychiques, blessés somatiques, brûlés, irradiés, intoxiqués) ;
■ provoque des destructions de biens matériels ;
■ dépasse les moyens de secours habituels ;
■ altère ou paralyse les réseaux urbains  habituels (manque de production
d’énergie, manque d’eau et de nourriture, manque d’abris, difficultés de
circulation des biens et des personnes, saturation des lieux de soins ; débor-
dement dans la gestion des cadavres).
La classification des catastrophes
Les catastrophes sont habituellement classées selon leur cause.
■ Les catastrophes naturelles
Elles mettent en jeu les énergies naturelles (terre, eau, feu) :
• géologiques (tremblement de terre, avalanche, éruption volcanique, glisse-
ment de terrain) ;
• climatiques (tempête, ouragan, tsunami, inondation, sécheresse) ;
• bactériologiques (épidémies) ;
• animales (invasion de moustiques, de sauterelles, de rats, d’insectes).
■ Les catastrophes accidentelles et technologiques
Elles mettent en jeu les énergies «  artificielles  » qu’elles soient cinétique,
chimique, radioactive, biologique ou thermique :
• accidents de la circulation routière, ferroviaire, maritime ou aérienne ;
• écroulement d’habitation ou d’édifice, rupture de barrage ou de canalisation ;
• accident technique d’usine chimique, coup de grisou, accident de trans-
port de matières dangereuses, épandage chimique ;
• accident technique d’usine nucléaire, de plate-forme en mer, d’usine
chimique ;
• contamination d’origine biologique, chimique ou radioactive ;
• incendie d’habitation, d’industrie ou de forêt.
■ Les catastrophes de société
• catastrophes de guerre (bombardement, invasion d’un pays par une armée
ennemie, attaque par arme chimique, bactériologique ou chimique, acte
de terrorisme de guerre) ;
• émeutes destructrices, actions de malveillance, panique de la foule, famine
créée par dictature ou malveillance, terrorisme civil, prise d’otages.
1. L’événement traumatique 5

Les types d’événements catastrophiques (Tableau 1.1).


Tableau 1.1
Type d’événement Situation des impliqués Type de Type de blessure
traumatisme
– Tempêtes – Calfeutrés s’ils ont – Submersion – Fractures
– Cyclones réussi à se mettre à – Refroidissement – Écrasements
– Ouragans l’abri – Détresse ventila-
– Typhons avec – Plus ou moins dispersés toire par noyade
inondations (type – Suivant la trajectoire – Hypothermie
raz de marée - du vent ou l’intensité
tsunami) de la vague d’eau
– Peu accessibles : ense-
velis dans des maisons
détruites ou disparus
dans l’eau, la boue…
– Avalanches et – Isolés ou groupés –O  bstruction respi- – Détresse ventila-
glissements de dans habitations ou ratoire toire
terrains véhicules – T raumatisme méca- – Blessures : fractures
– Rarement accessibles nique – Compression
immédiatement car – Refroidissement – Hypothermie
ensevelies sous décom-
bres, neige, terre
– Dispersés certaines fois
assez loin par coulée
de neige ou de terre
– Tremblements – Dispersés dans toute – T raumatisme méca- – Blessures (plaies,
de terre la zone détruite nique fractures, écrase-
– Regroupées dans – P ar écrasement, ment, brûlures)
habitations compression, ense- – Déshydratation
– Pas ou peu accessibles velissement dans
(emmurés, ensevelis, décombres
incarcérés)
– Inondations – Dispersés suivant les – Submersion – Détresses ventila-
zones de refuge – Refroidissement toires par noyade
– Emportés, par les eaux – T raumatisme méca- – Hypothermies
– Peu accessibles si isolés nique par objets – Blessures (plaies,
dans les habitations et flottants fractures)
immergés
– Incendies d’habi- – Concentrés autour de –A gression ther- – Brûlures cutanées
tation la zone de feu mique et respiratoires
– Possiblement dispersés –A gression toxique – Intoxication par
si fuite panique –A gression méca- inhalation de gaz
– Accessibles en cas de nique toxique
fuite dans les zones – Agression psychique – Blessures si explo-
dégagées sion et défenes-
– Peu accessibles si dans tration
zones enfumées ou si
moyens d’accès habi-
tuels inutilisables
6 I. Du côté des impliqués

Tableau 1.1 (Suite)

Type d’événement Situation des impliqués Type de Type de blessure


traumatisme
– Accident ferro- – Dispersion plus ou – T raumatisme – Brûlures cutanées
viaire, maritime moins importantes thermique et respiratoires
ou de transport suivant l’ampleur de – Intoxication – Intoxication locoré-
de matériaux l’accident (explosion, gionale
– Industriels incendie, dégagement (peau, œil, système
gaz et produits toxi- respiratoire)
ques) et diffusion du – Intoxications géné-
produit à l’air libre ou rales par inhalation
dans habitations
– Plus ou moins accessi-
bles suivant la nature
de l’ambiance agres-
sive (toxique, thermi-
que, radioactive)
– Ensevelis si explosion
et effondrement dans
habitations
– Accidents – Groupés dans l’établis- – T raumatisme – Blessures : plaies,
d’installations sement industriel mécanique fractures…
industrielles – Dispersés à l’extérieur, – T raumatisme – Brûlures thermi-
à l’air libre ou dans thermique ques
les habitations suivant –A  tteinte toxique – Intoxication
l’extension du sinistre –A  tteinte radioactive locorégionale et
– Plus ou moins accessi- générale
bles suivant la nature – Contamination
de l’ambiance agressive radioactive ou
(toxique, thermique, irradiation
radioactive…)
– Attentats par – Concentrées autour – T raumatisme par – Blessures diverses :
explosifs de la charge explosive projection d’éclats plaies multiples,
– En milieu urbain – Dispersées dans – T raumatisme arrachements,
immeubles effondrés thermique polycriblages
– Accessibles à l’air libre – T raumatisme par – Brûlures cutanées
– Peu accessibles (incar- onde de choc et respiratoires.
cérées dans véhicules Blast (pulmonaire,
ou ensevelies dans abdominal, auditif,
locaux) crânien)
– Accident avec – Concentrés dans – T raumatisme – Blessures diverses
incendies dans le local ou aux abords par projection (plaies, polycri-
des locaux d’ha- du local atteint – T raumatisme blages)
bitation devant – Possibilité de disper- thermique direct – Blessures par bous-
du public et sion si fuite – T raumatisme culade ou défenes-
attentat – Difficilement accessible par onde de choc tration (fractures,
si mouvement de écrasements)
foule, si structures – Brûlures cutanées
effondrées ou feu et respiratoires
persistant – Blast pulmonaire
1. L’événement traumatique 7

Tableau 1.1 (Suite)

Type d’événement Situation des impliqués Type de Type de blessure


traumatisme
– Accidents du – Le plus souvent – T raumatisme – Blessures diverses :
trafic routier regroupés dans ou mécanique par plaies, fractures,
autour du véhicule (si environnement amputations,
éjectés) matériel écrasements
– Assez facilement – T raumatisme ther- – Brûlures cutanées
accessibles sauf si mique et respiratoires
incarcérées – Atteinte toxique – Intoxication par
inhalation de gaz
– Accidents – Le plus souvent – T raumatisme – Blessures diverses
ferroviaires avec regroupés dans le train mécanique par (plaies, fractures,
passagers – Accessibles si structu- environnement écrasements,
res peu déformées matériel amputations,
– Peu accessibles si compressions)
incarcérés
– Accidents – Concentrés dans – T raumatisme méca- – Blessures diverses :
d’avions l’avion ou autour de nique plaies, fractures,
l’appareil – T raumatisme écrasements
– Très souvent accessi- thermique – Brûlures cutanées
bles en l’absence de – Intoxication et respiratoires
persistance de feu si si incendie si incendie
incendie – Intoxication
si incendie
– Accidents mari- – Concentrés dans – S ubmersion – Détresses ventila-
times le navire – R efroidissement toires par noyade
– Dispersées sur grande – É ventuellement – Hypothermies
distance dans l’eau traumatisme méca- – Blessures (plaies,
ou embarcations de nique ou thermique fractures)
sauvetage (incendie) – Brûlures
– Accessibles sous
réserve d’accès au
navire (tempête…)
2 Les personnes impliquées
L’intérêt porté aux personnes impliquées dans des catastrophes, des accidents
ou des faits criminels est relativement récent, puisque le terme de « victimolo-
gie » n’apparaît qu’en 1947 où il est utilisé pour la première fois par Benjamin
Mendelsohn, avocat pénaliste d’origine roumaine, intervenant auprès des vic-
times de l’Holocauste.

La signification du terme « victime »


Le terme de victime n’a cessé d’évoluer. Initialement il apparaît à la fin du XVe
siècle sous l’expression « victima » qui définit une « créature vivante offerte aux
dieux ». Cette dimension sacrée et sacrificielle perdure jusqu’au XVIIe siècle où
le sens s’élargit pour couvrir également une notion infractionnelle : la victime
devient celle qui souffre des agissements d’autrui ou d’événements néfastes.
Par la suite, s’ajoute la notion de victimisation fortuite ou accidentelle. Le XXe
siècle se caractérise par la généralisation de ce terme qui recouvre des réalités
de plus en plus diverses avec une multiplication des définitions (infractionnelles,
sociales, politiques, médicales, naturelles, accidentelles, culturelles, écono-
miques, écologiques, etc.).
Actuellement, le terme de victime est de plus en plus utilisé avec une vulga-
risation qui entraîne de multiples confusions et souvent une stigmatisation des
personnes impliquées dans ce statut.

Définition
Une victime est une personne qui a subi un préjudice « notamment une
atteinte à leur intégrité physique ou mentale, une souffrance morale, une
perte matérielle ou une atteinte grave à leurs droits fondamentaux, en
raison d’actes ou d’omissions qui enfreignent les lois pénales en vigueur
dans un État membre, y compris celles qui proscrivent les abus criminels
de droit » (ONU).
La victime peut avoir conscience ou non d’avoir subi un préjudice.
Une attention toute particulière est à porter aux bébés, enfants et adultes
vulnérables souvent oubliés car n’étant pas en capacité de se plaindre
comme les adultes.

Le degré d’implication dans l’événement


Les personnes prises dans un événement traumatique ne le sont pas de la même
façon, ce qui nous amène à distinguer différents niveaux d’implication :
■ victimes directes ;
■ elles sont présentes au moment de l’événement et ont été directement expo-
sées. Elles peuvent être blessées physiquement, être indemnes physiquement

Sauveteurs et événements traumatiques


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10 I. Du côté des impliqués

mais blessées psychiquement ou décédées. Elles peuvent avoir été sujettes


(en ayant subi la situation) ou acteurs (en ayant provoqué involontairement
ou non l’accident) ;
■ victimes indirectes ;
■ elles ne sont pas présentes au moment de l’événement mais sont concernées
du fait de leur proximité émotionnelle avec les victimes directes. Il s’agit des
parents et de l’entourage des proches des victimes, endeuillés par la mort
d’un proche ou bouleversés parce qu’a subi leur proche rescapé ;
■ impliqués ;
■ sauveteurs et soignants ayant participé aux secours et aux soins mais aussi
décideurs, témoins et médias ayant assisté à des scènes éprouvantes.

Les réactions psychiques


L’événement traumatique peut conduire à des réactions immédiates et voire
à des réactions en différé, c’est-à-dire plusieurs heures, plusieurs jours, voire
plusieurs mois après l’événement. Ce qui n’est pas toujours compris par les
victimes et leurs proches ; et connu par les professionnels.
Au niveau de l’évaluation des sujets impliqués, le sauveteur doit, après s’être
assuré que la victime ne nécessite pas de soins médicaux d’urgence, être en
mesure d’effectuer un repérage de la souffrance traumatique sur le plan symp-
tomatique, comme sur le plan psychique. Ce temps d’évaluation est primor-
dial car certaines situations (état de stress dépassé, état décompensé) peuvent
nécessiter une hospitalisation d’urgence.

Définitions
Stress
• Réaction neurophysiologique.
• Réflexe qui peut être adaptatif (salvateur) ou dépassé (pathologique et
mise en danger).
Trauma
• Blessure psychique liée à la confrontation à un événement trauma-
tique.
• Les réactions immédiates.

Les réactions immédiates


En immédiat (encadré 2.1), les réactions sont multiples et peuvent concerner les
personnes impliquées comme les institutions (entreprises, écoles, hôpitaux, etc.).

Du côté des sujets victimes et impliqués


Sur le plan symptomatique
La période immédiate est riche de manifestations cliniques induites par les
réponses aiguës au traumatisme psychique. Classiquement trois types de
2. Les personnes impliquées 11

Encadré 2.1
Réactions en immédiat

Du côté des impliqués

Réactions somatiques :
� stress adapté ;
� stress dépassé ;
� état de dissociation aiguë.
Réactions psychiques :
� culpabilité ;
� altération du sentiment d’appartenance ;
� sentiment d’arbitraire.
Du côté des institutions
Syndrome d’Aliénation Traumatique

tableaux sont particulièrement décrits : le stress adapté, l’état de stress dépassé


et le syndrome de dissociation aiguë.
■ Le stress adapté
C’est une réaction adaptatrice, utile, salvatrice mais coûteuse en énergie et
accompagnée de symptômes gênants (tachycardie, pâleur, spasmes, douleurs
abdominales, tension psychique, pleurs). Le stress est dit « adapté » car la per-
sonne impliquée se met en alerte et adopte la bonne attitude pour se sauver et
sauver les autres quand cela est possible. Par exemple, se mettre à l’abri suite à
un accident de la voie publique.
■ L’état de stress dépassé
Il apparaît lorsque la situation vécue est trop intense, trop prolongée ou répé-
tée à courts intervalles. Les manifestations peuvent être bruyantes mais aussi
plus silencieuses :
• agitation, fuite panique, par exemple panique du stade du Heysel ou de
Furiani,
• sidération stuporeuse du sujet qui reste immobile, paralysé psychiquement
comme physiquement par ce qui vient de se passer, par exemple victimes
du tsunami paralysées sur la plage de Phuket face au mur d’eau, témoins
d’une fusillade en pleine rue commerçante qui restent prostrés au lieu de
se mettre à l’abri,
• actes automatiques (répétition de gestes simples, en apparence adaptés
mais qui dans le contexte sont totalement incongrus. Par exemple, une
femme qui continue de balayer son balcon sous la pluie alors que sa
maison est en train d’être détruite par les éboulements liés à une crue
massive).
■ Les expériences dissociatives péritraumatiques
L’altération de la conscience consécutive au choc traumatique peut entraîner
une dissociation des phénomènes psychologiques qui se traduit par un vécu de
12 I. Du côté des impliqués

distorsion de la réalité (dépersonnalisation, déréalisation) et par l’expression de


troubles inhérents (amnésie, actes automatiques). Ces expériences dissociatives
accompagnent souvent l’état de stress dépassé.
Ces réactions immédiates peuvent être majorées par le contexte de ce type
d’événements et les bouleversements qu’ils entraînent : douleur des blessures,
incertitude quant à la gravité de leurs blessures et/ou de celles de leurs proches,
inquiétude quant au devenir de leurs proches s’ils ne sont plus ensemble, insé-
curité avec la sensation d’être encore en danger, bruits environnants (secours,
cris et pleurs des victimes, propos des témoins), chaleur ou froid, odeurs, mul-
titude des intervenants, commentaires des sauveteurs et/ou des médias face à
l’événement, confrontation à des sauveteurs ne parlant pas leur langue, perte
des prothèses au cours de l’évacuation (auditive, dentaire, membres), etc.
Sur le plan psychique
La personne confrontée à un événement traumatique réagit par une terreur
extrême (effroi) et un fort sentiment d’impuissance face à l’horreur. Au-delà des
manifestations de stress que nous venons de décrire, trois principales réactions
psychiques sont habituellement relevées :
■ le sentiment d’arbitraire (l’événement traumatique est violent, soudain et
confronte brutalement le sujet à un vécu d’impuissance face à une vie qu’il
ne contrôle plus. « Je ne pensais pas qu’un truc pareil puisse arriver et le pire
c’est que ça vous tombe dessus, comme ça, qu’on n’y peut rien et que ça
peut arriver encore sans qu’on puisse l’arrêter » ; « On n’a rien fait, pourquoi
ça nous arrive à nous ? On n’a rien demandé et boum, ça vous tombe dessus,
comme ça, comme par hasard ») ;
■ la culpabilité (la victime tente par ce mécanisme de défense de lutter
contre ce sentiment d’arbitraire en se réappropriant une responsabilité
face à ce qui vient d’arriver. « Si j’avais su, jamais je ne serais allé là-bas »,
«  C’est de ma faute, c’est moi qui…  »  ; «  Je n’aurais pas dû insister, ce
ne serait jamais arrivé ». La culpabilité est à entendre comme une vérita-
ble «  béquille psychique  » qui, en immédiat, est le seul lien d’humanité
face à l’événement. Ainsi, si je suis coupable, la prochaine fois cela ne se
reproduira pas ;
■ l’altération du sentiment d’appartenance (elle témoigne de la déshumanisa­
tion extrême où peut conduire le traumatisme et correspond à un profond
sentiment d’étrangeté à l’égard de soi-même comme à l’égard de ses pro­
ches). L’événement traumatique brise l’unité du sujet, son sentiment d’iden-
tité et met en souffrance les liens interpersonnels préexistants. Au-delà du
représentable, il entraîne un effondrement de sens, une impossibilité de se
figurer ce qui est en train de se passer et de comprendre ce qu’il subit. Le sujet
ne se reconnaît plus et son entourage ne le reconnaît pas davantage : « Je ne
suis plus comme avant, je ne suis plus le même, je ne me reconnais pas » ;
« J’ai l’impression d’être devenu un étranger pour moi-même » ; « On avait
l’impression d’être seuls au monde ». Véritable gouffre existentiel, l’altération
du sentiment d’appartenance blesse l’identité d’humanité du sujet soumis au
travail obsédant et destructeur de l’événement qui continue à agir en lui par
le souvenir. La gêne, la peur, la honte peuvent majorer ce ressenti.
2. Les personnes impliquées 13

Du côté de l’institution
Face à la crise, l’impact de l’événement traumatique contamine non seulement
les sujets mais aussi les institutions, créant un chaos désorganisationnel plus ou
moins durable. C’est ce que nous désignons par le terme de Syndrome d’Alié-
nation Traumatique de l’Institution (le SATI) qui caractérise les bouleversements
institutionnels inhérents à l’onde de choc traumatique et les remaniements
consécutifs pour retrouver une fonctionnalité minimale.
L’événement traumatique vient rompre les tendances homéostatiques du
système institutionnel, met fin au sentiment de sécurité et le soumet à une
déstabilisation de son équilibre institutionnel et à une fragilisation des liens
institués. Cet effet de rupture implique la mise en place de stratégies d’éla-
boration et un nécessaire réaménagement susceptible de restaurer la base de
sécurité, indispensable pour assurer la continuité de l’enveloppe psychique de
l’institution.

À retenir
Le SATI
L’expression du SATI se manifeste par différents modes de déliaison institu­
tionnelle :
• atteinte des espaces psychiques ;
• précipitation défensive par l’organisationnel ;
• immobilisation et détérioration de la temporalité subjective ;
• mise en acte de procédures sacrificielles ;
• décisions confuses voire contradictoires ;
• production de discours, de signes, d’actes mais aussi de symptômes, de
dénis, de silences.
Ces dysfonctionnements sont majorés en cas d’événements traumatiques anté-
rieurs.

Les réactions post-immédiates


Un événement traumatique est potentiellement traumatogène c’est-à-dire qu’il
peut entraîner des troubles mais que ceux-ci ne sont pas systématiques. La
manifestation de ces troubles n’est pas linéaire c’est-à-dire que les troubles
peuvent s’exprimer rapidement mais aussi après un temps de latence, plusieurs
semaines voire plusieurs mois après l’événement.

Chez l’adulte
Les symptômes post-traumatiques
Les personnes impliquées dans un événement traumatique peuvent présenter
un certain nombre de symptômes dont un état de stress post-traumatique (Post
14 I. Du côté des impliqués

Traumatique Stress Disorder) caractérisé selon la classification internationale du


DSM IV, par différents critères.
1. La confrontation à l’événement traumatique
Le sujet a été exposé à un événement traumatique dans lequel les deux élé-
ments suivants étaient présents :
■ le sujet a vécu, a été témoin ou a été confronté à un événement ou à des
événements durant lesquels des individus ont pu trouver la mort ou être très
gravement blessés ou bien ont été menacés de mort ou de blessures graves
ou bien durant lesquels son intégrité physique ou celle d’autrui a pu être mise
en danger ;
■ la réaction du sujet à l’événement s’est traduite par une peur intense, un
sentiment d’impuissance ou d’horreur.
2. Les symptômes d’intrusion
L’événement traumatique est constamment revécu de l’une (au moins) des
façons suivantes :
■ souvenirs répétitifs et envahissants de l’événement provoquant un senti-
ment de détresse et comprenant des images des pensées ou des percep-
tions ;
■ rêves répétitifs de l’événement provoquant un sentiment de détresse ;
■ impression ou agissements soudains « comme si » l’événement traumatique
allait se reproduire (illusions, hallucinations, flash-back) ;
■ sentiment intense de détresse psychologique lors de l’exposition à des indices
externes ou internes évoquant ou ressemblant à un aspect de l’évènement
traumatique en cause ;
■ réactivité physiologique lors de l’exposition à des indices internes ou
externes pouvant évoquer un aspect de l’événement traumatique en
cause.
3. Les symptômes d’évitement et d’émoussement
La victime, pour ne pas raviver l’angoisse et la douleur, peut développer un
comportement d’évitement persistant des stimuli associés au traumatisme et
un émoussement de la réactivité générale (ne préexistant pas au traumatisme),
avec au moins trois des manifestations suivantes :
■ efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou les conversations associées
au traumatisme ;
■ efforts pour éviter les activités, les endroits ou les gens qui éveillent des sou-
venirs du traumatisme ;
■ incapacité à se rappeler un aspect important du traumatisme ;
■ réduction nette de l’intérêt pour des activités antérieurement importantes ou
réduction de la participation à ces mêmes activités ;
■ sentiment de détachement d’autrui ou bien sentiment de devenir étranger
aux autres personnes ;
■ restriction des affects ; par exemple incapacité à éprouver des sentiments ten-
dres ;
■ sentiment d’avenir « bouché », par exemple peur de ne pas pouvoir avancer
professionnellement, de ne plus se projeter dans une vie de couple, de ne
plus pouvoir avoir des enfants…
2. Les personnes impliquées 15

4. Les symptômes neurovégétatifs


Présence de symptômes persistants traduisant une activation neurovégétative
(ne préexistant pas au traumatisme) avec au moins deux des manifestations
suivantes :
■ difficultés d’endormissement ou sommeil interrompu ;
■ irritabilité ou accès de colère ;
■ difficultés de concentration ;
■ hypervigilance ;
■ réactions de sursaut exagérées.

À retenir
Critères diagnostiques du PTSD
• Confrontation à un événement traumatique.
• Symptômes d’intrusion.
• Symptômes d’évitement et d’émoussement.
• Symptômes neurovégétatifs.
Pour pouvoir parler de PTSD, il faut que les critères durent plus d’un mois et
qu’ils entraînent une souffrance cliniquement significative ou une altération du
fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
PTSD aigu s’il apparaît dans les trois mois après l’événement.
PTSD chronique s’il dure plus de trois mois.
PTSD différé s’il apparaît au-delà de six mois après l’événement.

Chez l’enfant et l’adolescent


Les adultes essayent de décrypter la souffrance de l’enfant à travers leur propre
mode de réactions avec la crainte de « Ne pas savoir », de « Passer à côté », « De
faire des erreurs ». Pour accompagner un enfant traumatisé, le plus justement
possible et limiter les malentendus entre ce qu’il exprime ou n’exprime pas et ce
que l’on pense qu’il ressent, il est important de comprendre que la souffrance
ne se manifeste pas aussi clairement chez l’enfant que chez l’adulte, qu’elle
n’est pas exprimée d’emblée systématiquement et qu’elle varie selon chaque
enfant qui peut :
■ ne montrer aucun signe de souffrance psychique ;
■ manifester un réel détachement «  Ah bon… d’accord  » et retourner jouer
comme si de rien n’était ;
■ de façon plus ou moins différée, plusieurs jours voire plusieurs mois après le
décès, extérioriser sa peine par du chagrin, des pleurs, de la tristesse ;
■ également s’exprimer par des colères inexpliquées, une agressivité inhabi-
tuelle (à l’égard des proches comme de la personne décédée qui l’a « aban-
donné »), de l’agitation, de l’anxiété, de la révolte, des attitudes de régression,
des perturbations du comportement (sommeil, alimentation) ;
■ avoir des plaintes psychosomatiques : mal à la tête, douleurs abdominales,
etc.
16 I. Du côté des impliqués

À retenir
Manifestations post-traumatiques chez l’enfant et l’adolescent
• Dépression anaclitique.
• Troubles dépressifs.
• Manifestations somatiques.
• Dépendance anxieuse.
• Hypervigilance.
• Conduites régressives.
• Troubles du comportement.
• Symptômes post-traumatiques.
• Conduites auto-agressives.
• Identification au défunt.
• Réaction en faux self.
• Compulsion à soigner.

La dépression anaclitique
Le terme de dépression anaclitique est utilisé pour caractériser la dépression
chez le bébé. Les ruptures d’attachement chez les tout petits lorsque personne
ne vient remplacer affectivement la mère ou le père décédé(e), peuvent entraî-
ner des troubles sévères et durables. Différents travaux ont été menés sur les
conséquences liées aux séparations précoces dans l’enfance en particulier par
Spitz R. et Bowlby J., juste après la Seconde Guerre mondiale.
En absence de soins maternels, le bébé réagit par étapes.
■ Dans un premier temps
• Il proteste et manifeste sa détresse par des pleurs et une agitation,
• son agitation se transforme en gémissement plaintif.
■ Dans un second temps
• Il exprime son désespoir par une attitude de retrait, un refus du contact
souvent associé à des risques croissants d’infection, à des perturbations
somatiques, à des troubles alimentaires et des troubles du sommeil,
• les conséquences peuvent être dramatiques et mener au décès du bébé.
Par contre, lorsque le nourrisson traumatisé bénéficie d’un soutien affectif
de substitution adapté qui lui permet de retrouver une stabilité (par exemple,
quelqu’un prenant le relais de la mère disparue). Lorsqu’il reçoit les soins néces-
saires et est en sécurité, les troubles peuvent être limités et le bébé grandir et
évoluer positivement.
La dépendance anxieuse
Souvent peu repérée par les adultes ou lorsqu’elle l’est, elle reste mal comprise
voire totalement déniée. Elle se manifeste par :
■ un attachement excessif à l’autre, dans des attitudes de collage et d’agrip-
pement affectif chez le bébé comme chez l’enfant plus âgé. Toute nouvelle
situation est source de réelle angoisse et même les moments habituels de
séparation comme le fait d’aller à l’école, de rester seul dans une pièce de la
maison, deviennent insupportables à l’enfant ;
2. Les personnes impliquées 17

■ des peurs irrationnelles d’être lui-même tué, enlevé, ou de se perdre. Sa peur


de mourir peut s’accompagner d’un réel désir de mourir pour retrouver celui
qui vient de mourir. Les adultes qui entourent l’enfant peuvent être submer-
gés par la douleur et l’enfant peut craindre que ce parent disparaisse à son
tour ou ne l’abandonne ;
■ des troubles anxieux pathologiques qui handicapent le quotidien de l’enfant
(école, loisirs, vie familiale).
Pour limiter ces difficultés, il est important que les adultes puissent supporter
ces phases de dépendance anxieuse sans gronder l’enfant, sans les lui reprocher
et le rassurer sur le fait qu’il n’est pas seul et qu’ils sont là, bien présents, pour
lui, avec lui et qu’ils ne vont pas l’abandonner.

L’hypervigilance
L'enfant est en état d'alerte, surveille tout ce qui se passe autour de lui, lutte
pour ne pas dormir.
L’hypervigilance peut entraîner un épuisement physique et une grande
fatigue psychologique avec des troubles de la concentration, de l’attention, de la
mémoire avec des conséquences plus ou moins durables sur ses apprentissages.

Les conduites régressives


■ L’enfant régresse, inconsciemment à un stade antérieur de son développe-
ment où sa sécurité était assurée ;
■ l’enfant stagne dans son évolution développementale et ne fait pas les acqui-
sitions qu’il devrait faire à son âge ;
■ différentes manifestations sont repérables  : sucer son pouce, multiplier les
accidents de pipi, renforcer les rituels de coucher, réinvestir même à un âge
avancé un doudou abandonné depuis longtemps, etc. ;
■ parallèlement à une certaine immaturité affective, les enfants peuvent ­adopter
des conduites «  d’adultes miniatures  », et avoir une hypermaturité liée
aux exigences des adultes de leur entourage qui peuvent leur demander de
s’autonomiser très vite.

Les troubles du comportement


L’enfant ne manifeste pas directement son chagrin, il pleure peu voire n’exprime
aucune tristesse apparente :
■ la trace de sa douleur se traduit par des mises en acte qui permettent à
l’enfant d’extérioriser ce qu’il ne parvient pas à exprimer par des larmes ou
par des mots ;
■ le comportement de l’enfant change brutalement avec des conduites d’agita-
tion, d’hyperactivité qui peuvent alterner avec des phases de prostration.

Les troubles dépressifs


Chez l’enfant, la dépression se manifeste habituellement par ces principaux
symptômes :
■ un sentiment durable de tristesse ;
■ une apathie, une absence de plaisir et un désintérêt pour les activités habi-
tuelles (école, loisirs, jeux) ;
18 I. Du côté des impliqués

■ une instabilité de son humeur (anxiété, colère, caprices) ;


■ un retrait par rapport aux relations qu’il avait précédemment avec sa fratrie,
ses camarades ou les adultes de son entourage ;
■ un ralentissement cognitif et une inhibition intellectuelle pouvant conduire à
un fléchissement des résultats scolaires ;
■ une fatigue continue ;
■ des troubles du sommeil (difficultés d’endormissement, cauchemars, insom-
nies, hypersomnie chez des enfants qui dorment en permanence) ;
■ des troubles de la conduite alimentaire (refus de s’alimenter, phobie de cer-
tains aliments, boulimie, régurgitations, vomissements) ;
■ des idées de mort.

Les manifestations somatiques


Quand les mots sont trop difficiles à dire, le corps s’exprime et devient un sup-
port à la souffrance matérialisée par de multiples symptômes corporels (maux
de ventre, de tête, douleurs dans les articulations, troubles dermatologiques,
alopécie ou encore chute brutale et perte des cheveux, etc.).
Il est toujours essentiel de s’assurer qu’il n’y aucune cause organique avant
d’affirmer qu’il s’agit de troubles psychosomatiques.
Les plaintes somatiques se manifestent dans différents contextes :
■ l’enfant peut être dans l’impossibilité d’exprimer par des mots sa douleur et
c’est son corps qui sert de médiateur pour témoigner de son chagrin ;
■ l’enfant peut craindre de rajouter de la peine à ses proches s’il manifeste
directement son chagrin et ses plaintes s’expriment par le biais des souf-
frances de son corps ;
■ l’enfant peut consciemment ou non chercher à se rassurer sur l’attention de
ses proches à son égard, ses douleurs lui permettent d’attirer leur vigilance,
de les garder à ses côtés et de se rassurer sur le fait qu’ils prennent soin
de lui ;
■ l’enfant peut inconsciemment se punir dans un contexte d’expiation dou-
loureuse (s’il croit qu’il a une responsabilité dans la mort de son proche et
les douleurs somatiques deviennent symboliquement une façon de « payer »
cette faute) ;
■ le contexte familial interdit à l’enfant, de façon plus ou moins implicite, toute
manifestation habituelle du chagrin. Il ne doit ni pleurer, ni se plaindre et les
douleurs somatiques sont les seules qu’il puisse s’autoriser à exprimer.
Les symptômes post-traumatiques
Ensemble de symptômes marqués en particulier par des réactivations :
■ l’enfant revit la scène avec la même intensité, la même violence, la même ter-
reur, la même impuissance que lors de l’événement, même plusieurs années
après ;
■ réactivations qui peuvent se produire la nuit (cauchemars, terreurs nocturnes,
insomnies) ou le jour à l’occasion d’un bruit, d’une odeur, d’une image ou de
tout autre chose qui rappelle l’événement ;
■ pour lutter contre ces reviviscences l’enfant développe des stratégies d’hyper-
vigilance, multiplie les attitudes d’évitement, s’isole de ceux qui l’entourent.
2. Les personnes impliquées 19

Les conduites auto-agressives


■ La souffrance se retourne agressivement contre l’enfant qui peut se faire mal
ou/et à se mettre en danger ;
■ l’enfant peut même exprimer directement sa volonté de mourir pour rejoin-
dre la personne décédée ;
■ les attaques sur le corps peuvent être visibles (scarifications, morsures,
cheveux arrachés, tentatives de suicide) mais peuvent aussi s’exprimer à travers
des accidents à répétition et/ou des conduites dangereuses comme par exem-
ple traverser les voies de train, conduire un vélo ou un scooter à contre-sens,
marcher en équilibre sur un bord de fenêtre, etc.
Ces conduites peuvent être comprises comme des équivalents suicidaires
mais l’enfant peut aussi manifester une motivation consciente de mettre fin à
ses jours par de réelles tentatives de suicide ou par un suicide.
Ces passages à l’acte ont plusieurs sens : désir de rejoindre le proche décédé,
tentative de lutter contre une culpabilité consciente ou inconsciente, désir
d’échapper à la douleur insupportable que représente l’absence du proche,
volonté de s’identifier au défunt et de devenir comme lui.
Il est essentiel de ne pas les banaliser et de solliciter l’aide de professionnels
pour mettre en place un relais auprès de l’enfant ou de l’adolescent.
Les réactions d’identification au défunt
L’identification à la personne décédée est un moyen pour l’enfant de maintenir
la présence de son proche décédé à travers lui.
■ L’enfant s’approprie plus ou moins consciemment certains traits de caractère
du défunt, utilise des expressions de langage similaires, investit les mêmes
loisirs ;
■ réaction fréquente dans le cas de décès dans la fratrie ou lorsqu’un parent
meurt ;
■ réaction provisoire ou inscrite dans la durée ;
■ peut envahir tout l’espace de l’enfant qui ne parvient plus à exister en tant
qu’enfant et qui se positionne sans cesse à la place de celui qui est décédé ;
■ réaction d’identification qui peut s’exprimer via des manifestations soma-
tiques lorsque l’enfant présente des troubles proches de ceux de la personne
décédée. Par exemple, il souffre de maux de tête alors que son parent vient
de mourir d’un cancer cérébral.
Ces manifestations d’identification via la souffrance corporelle peuvent être
gênantes et handicaper véritablement son quotidien. Elles témoignent de l’inten-
sité de l’identification avec un enfant qui porte la douleur de son parent et qui en
est véritablement marqué dans son propre corps. Elles représentent aussi le besoin
de se rassurer sur la présence de son entourage et sur sa capacité à veiller sur lui,
autrement dit, « Si je suis malade, est-ce qu’ils s’occuperont aussi de moi ? »
Les réactions en faux self
■ Lesenfants qui vont, en apparence, ne rien montrer de leur douleur, réa-
gissent en «  faux self  », c’est-à-dire comme s’ils n’étaient pas touchés par
le drame qui leur arrive, comme s’ils n’étaient pas concernés par tous les
bouleversements de leur quotidien.
20 I. Du côté des impliqués

■ Ilstentent de vivre « comme avant » et dissimulent leur douleur en se sou-


mettant aux attentes de leur environnement. Ils peuvent ainsi surinvestir
l’école, poursuivre leurs activités périscolaires sans peine apparente, réaliser
de magnifiques dessins très éloignés de ce que l’on pourrait s’imaginer.
■ Les adultes sont souvent rassurés et peuvent à tort penser que l’enfant n’est
pas touché par le décès. À tort car, lorsque l’on offre à ces enfants ou ces
adolescents endeuillés un espace pour parler de leur chagrin, ils expliquent
que cette façon d’être leur permet de surmonter l’absence de celui qui vient
de mourir.
La compulsion à soigner
Certains enfants endeuillés font preuve très jeunes d’une compulsion à soigner,
à réconforter et à prendre soin des personnes de leur entourage :
■ devenus adultes, ils peuvent poursuivre et s’engager dans les métiers du soin,
des secours ou de la protection ;
■ les proches peuvent encourager cette réaction en insistant auprès de l’enfant
pour qu’il prenne soin de son parent endeuillé, de ses frères ou sœurs ;
■ cette attention excessive aux autres, peut aussi être comprise comme
l’expression d’un désir de réparation et de reprise de contrôle face à la mort
de l’être cher. Ainsi, l’enfant peut avoir des sentiments d’impuissance et/ou
de culpabilité à l’égard de cette mort et sa compulsion à soigner peut aussi
être comprise comme une façon inconsciente de réparer ce qu’il n’a pas pu
empêcher. En prenant soin des autres, il tente inconsciemment de se réparer
lui-même et de mettre à distance son anxiété et tout le chagrin qui le sub-
merge.

Synthèse des symptômes psychotraumatiques aigus


et chroniques (tableau 2.1)
Pour chaque individu, les réactions sont donc multiples, en immédiat comme
plusieurs jours voire plusieurs mois plus tard. Pour certains, il n’y aura pas de
réactions particulières, pour d’autres les réactions apparaîtront dès les premiers
instants et s’inscriront dans la durée. Enfin, certains impliqués ne manifesteront
pas de réactions immédiates mais développeront des troubles longtemps après
l’événement. Ce qui n’est pas toujours simple pour les victimes qui n’osent pas
toujours se plaindre de troubles ressentis plusieurs mois après l’événement. De
nombreuses études ont établi une corrélation entre l’apparition de symptômes
en phase immédiate (en particulier de stress dépassé) et l’apparition de PTSD
ultérieurement, sans que cela ne soit actuellement expliqué.

Les facteurs de vulnérabilité et les facteurs


de résilience
Les personnes ayant vécu un événement dramatique ne vont pas toutes déve-
lopper un syndrome psychotraumatique. Différents facteurs sont susceptibles
de venir renforcer les troubles exprimés dans l’immédiat ou en différé ; d’autres
facteurs vont permettre à la victime de se dégager de l’impact traumatique et
de trouver les ressources nécessaires pour continuer de vivre.
2. Les personnes impliquées 21

Tableau 2.1
Synthèse des symptômes psychotraumatiques aigus et chroniques.
Événement Symptômes Diagnostic DSM IV Diagnostic CIM-10
– Réactions immé- – Stress adapté – Réaction aiguë à un
diates = péritrauma- – Stress dépassé facteur de stress
tiques (de t 0 à 1 J)
– Réactions post- – Dissociation – État de stress aigu – PTSD transitoire
immédiates – Reviviscence – P TSD forme
– 2 jours à 1 mois – Évitement « aiguë »
– Activation physio-
logique
– Réactions diffé- – Reviviscence – P TSD forme aigüe – PTSD durable
rées ≥ 1 mois – Hypervigilance (de 1 à 3 mois) de 1 mois à 2 ans
– Évitement – P TSD forme « chro- – Modification
– Asthénie nique » ≥ 3 mois durable de la per-
– T roubles de l’adap- sonnalité
tation ≥ 2 ans

Facteurs liés à l’événement


Face à certains événements particulièrement violents, les personnes impliquées
sont débordées dans leur capacité de compréhension et envahies par un fort
sentiment d’étrangeté et d’impuissance, face à l’étendue de l’horreur. Par
exemple :
■ la destruction massive d’une ville ou d’une région dues à des catastrophes
industrielles (explosion d’AZF, Tchernobyl), des destructions militaires excep-
tionnelles (Hiroshima et Nagasaki, les bombardements intensifs), des catas-
trophes naturelles (tremblement de terre, tsunami, inondations, tornades,
etc.) ;
■ la vision apocalyptique de milliers de morts inconnus qui vient hanter les
sauveteurs et les rescapés (tsunami, incendie, attentats, camps de concen-
tration, charniers) ;
■ les blessures graves et les séquelles physiques importantes ou irréversibles,
des personnes impliquées.
La durée de l’événement
Lorsque l’événement s’inscrit dans la durée, les ressources individuelles et
collectives s’épuisent. La victime peut se sentir seule au monde, abandonnée,
incomprise. Par exemple, dans un incendie ou un tremblement de terre, la
personne immédiatement secourue a moins de risque de développer des trou-
bles que la personne ayant attendu des heures les secours, en pensant qu’on ne
la retrouverait jamais et qu’elle allait mourir.
La fréquence de l’événement
Lorsque la personne est exposée de façon répétée à l’événement traumatique,
les troubles post-traumatiques présentés sont souvent plus nombreux. Par
22 I. Du côté des impliqués

exemple une prise d’otage de quelques heures n’a pas les mêmes répercus-
sions qu’une prise d’otages de plusieurs jours voire de plusieurs années car les
victimes doivent, pour survivre, s’adapter à leur agresseur et ce processus peut
conduire à de réelles perturbations de leur espace psychique dont un méca-
nisme d’identification à l’agresseur (souvent désigné par l'expression « syndrome
de Stockholm »).
L’accumulation des éléments traumatisants
Lorsque la personne impliquée subit de nombreux dommages, la multiplication
de différents facteurs traumatisants peut majorer les troubles. Par exemple, une
jeune fille assiste à la mort de ses parents dans un incendie, son domicile est
détruit et elle se blesse gravement en sautant par la fenêtre pour se sauver.
L’exposition physique et visuelle
Plus la personne est proche du lieu de l’événement traumatique et plus elle a été
exposée, plus elle risque d’être blessée psychiquement. Sa présence au moment
de l’événement la place dans une situation où, psychiquement, ses défenses
sont mises à mal avec une intensité toute particulière et de façon beaucoup plus
dommageable que lorsqu’elle n’est pas présente directement. Par exemple, une
personne dont l’appartement a été détruit par un incendie, a plus de risque de
présenter des troubles post-traumatiques si elle était présente au moment de
l’incendie que si elle était absente et n’a découvert les dégâts qu’à son retour
du travail.

L’imprévisibilité de l’événement
Lorsque les impliqués sont en mesure de développer leurs capacités d’anticipation,
ils parviennent davantage à se préserver psychiquement que s’ils se trouvent vio-
lemment confrontés à quelque chose qui les dépasse, à un événement auquel ils ne
s’attendaient pas. C’est tout l’enjeu des exercices de prévention (incendie, séisme)
que d’amener les personnes à développer les compétences nécessaires pour limiter
l’effet de surprise et tous les risques inhérents (panique, mise en danger, etc.).
L’intentionnalité du mis en cause
Lorsque l’événement est causé intentionnellement par un autre être humain, c’est
un véritable crime commis contre l’identité du sujet victime. Les croyances et les
valeurs humaines fondamentales telles que la protection, la paix, la générosité,
l’altruisme, la solidarité, la morale, le respect de la vie, sont méprisées. Le vécu
traumatique blesse la victime au plus profond de son être car ces actes lui nient
toute altérité, toute reconnaissance en tant qu’être humain. Dans le cadre du tra-
vail thérapeutique, ces victimes témoignent des dégâts majeurs causés par cette
négation de leur état de sujet. La nature intentionnelle de l’acte peut venir dura-
blement renforcer le sentiment de désappartenance et la souffrance psychique.
Le lien d’autorité avec le mis en cause
Lorsque la victime subit des violences d’une personne faisant autorité (parents,
tuteur, responsable hiérarchique), les conséquences sont souvent plus domma-
geables car ce sont tous les liens de confiance en l’Autre qui sont mis à mal, avec
2. Les personnes impliquées 23

bien souvent des processus d’emprise mis en place par l’auteur, qui ne permet-
tent pas à la victime de se dégager facilement de ces violences. Par exemple, un
enfant victime d’inceste pendant de nombreuses années ne présentera pas les
mêmes troubles qu’un autre enfant, agressé une unique fois par une personne
qu’elle ne connaît pas.

Facteurs propres à la personne impliquée


Le sexe
Dans les études d’analyses des conséquences post-traumatiques d’un événe-
ment, les femmes sont repérées comme plus vulnérables face à un événement
traumatique que les hommes et présentant plus de troubles.

L’âge
Les enfants et les personnes âgées sont plus sensibles que les adultes dans la
force de l’âge. Ils n’ont pas les mêmes ressources affectives, les mêmes capacités
de compréhension de ce qui leur arrive ; pourtant ils sont souvent pris en charge
en seconde intention avec des arguments du type « Ils n’ont pas compris », « Ils
vont oublier », etc.
L’anticipation
Lorsque les personnes peuvent se préparer et apprendre à anticiper sur l’événe-
ment, l’impact traumatique est souvent moindre. C’est le cas par exemple des
professionnels des secours qui, habitués aux interventions d’urgence peuvent se
préparer psychiquement à l’intervention et se trouvent davantage protégés face
aux répercussions possibles. Ils n’en sont pas totalement préservés car il peut
arriver (en particulier en contexte de stress cumulatif) qu’ils soient également
touchés.

Responsabilité dans l’événement


Quand une personne est à l’origine d’un événement dramatique, le risque qu’il
développe un syndrome post-traumatique ou qu’il se suicide est plus élevé ; par
exemple un chauffeur qui ne respecte pas un feu et qui tue un piéton.

La représentation et l’évaluation personnelle


Les personnes impliquées peuvent élaborer une compréhension de l’événement
qui leur permet d’y donner sens et d’en supporter autrement les conséquences ;
par exemple, dans les contextes de guerre ou de conflits politiques, l’idéologie
qui approuve certains actes de violence peut conduire à des répercussions psy-
chotraumatiques moindres. La foi et les convictions religieuses peuvent égale-
ment contenir la détresse et diminuer l’impact traumatogène d’un vécu.
Les ressources psychiques préalables
Les personnes impliquées présentant, avant l’événement, une souffrance psy-
chique voire certains troubles psychopathologiques sont plus à risque de déve-
lopper un syndrome psychotraumatique en particulier en raison de réactivations
événement traumatiques antérieurs.
24 I. Du côté des impliqués

Le conflit de loyauté
Si, au moment de l’événement, la personne s’est trouvée en situation de conflit
de conscience, elle est susceptible de présenter une culpabilité importante
majorant les troubles présentés. Par exemple, une personne qui se sauve, sans
tenir compte d’appel à l’aide d’autres impliqués qui vont mourir.
La culpabilité
C’est un des mécanismes de défense utilisé inconsciemment par la victime pour
redonner du sens à ce qui arrive, en s’attribuant une responsabilité face à l’évé-
nement, ce qui lui permet de lutter ainsi contre l’arbitraire. Quand le sentiment
de culpabilité devient envahissant, il peut s’accompagner de comportements
d’autopunition (autodestruction, automutilation, comportement suicidaire,
incapacité à s’autoriser de vivre, sacrifice personnel au profit d’autrui, etc.).
La culpabilité peut être objective, notamment lorsqu’une personne a provo-
qué intentionnellement un événement traumatique, mais elle peut aussi s’expri-
mer sans paraître rationnelle pour le sauveteur. Ces grands-parents s’accusant
de la mort de leur enfant et petits enfants en Thaïlande suite au Tsunami, pour
les avoir « laissés partir » en sont un bon exemple.
Les stratégies de coping
Le coping permet la mise en place par le sujet de stratégies pour surmonter un
événement éprouvant et affronter les difficultés. Les personnes qui ont une ten-
dance à l’évitement développent plus souvent un syndrome psychotraumatique
que ceux qui, grâce à leurs stratégies de coping, adoptent une attitude active.

L’intelligence
Au sens de capacité de compréhension, elle permet au sujet de donner du sens
et une cohérence à l’événement et de se dégager du chaos inhérent.

Les ressorts culturels et religieux


Le recours aux références culturelles du groupe d’appartenance est très précieux
pour permettre au sujet de lutter contre l’adversité et résoudre les difficultés avec
le soutien des proches. La référence religieuse peut permettre de donner du sens
à un événement ressenti en immédiat comme insensé. La méconnaissance de ces
ressorts culturels et religieux peut conduire à des incompréhensions lors des prises
en charge face à des impliqués qui n’ont pas les mêmes ressources que les sauve-
teurs. Par exemple, la population haïtienne chantant des psaumes de louange à
Dieu pour le remercier de l’avoir préservée suite au séisme de janvier 2010.

L’humour
Face à l’adversité, l’humour permet de maintenir à distance ce qui est insuppor-
table mais, à l’extrême, il peut dégénérer en ironie cynique envers soi-même et
les autres et devenir alors contre-productif.
Facteurs liés au contexte
De façon assez paradoxale, une personne qui évolue rapidement dans la réso-
lution de son traumatisme peut être considérée comme une menace pour
2. Les personnes impliquées 25

sa communauté si celle-ci est repliée sur elle-même en réaction à l’événe-


ment traumatique. Si elle n’évolue pas au même rythme que les autres, si
elle s’individualise dans un moment où l’illusion groupale est importante,
elle court le risque d’être rejetée. L’unique survivant à un massacre peut ainsi
entraîner des réactions de rejet ou de stigmatisation car il symbolise la réalité
de l’horreur.
Par exemple, au Rwanda, une rescapée témoigne qu’elle parvient aujourd’hui,
malgré l’horreur subie (assassinat de ses enfants et de son mari, viol) à sur-
monter sa douleur et à continuer de vivre. Face aux réactions de ses proches,
elle a cependant rapidement appris à dissimuler l’amélioration de son état
psychologique car, en exprimant son mieux-être, elle s’était vue rapidement
marginalisée et exclue de son groupe d’appartenance.
La qualité des liens familiaux et sociaux
Lorsque la victime se retrouve seule suite à l’événement, incomprise, voire reje-
tée par ses proches, l’absence de soutien familial et social est un facteur suscep-
tible de renforcer le sentiment de désappartenance. Les proches peuvent être
bouleversés par ce qui s’est passé et ne plus être en état de prendre soin de la
victime. Ils peuvent aussi ne pas la croire, être énervés, agacés et impatients face
à cette membre proche qu’ils ne reconnaissent plus et dont ils ne comprennent
pas qu’il ne récupère pas davantage alors qu’il n’est pas mort. Si la personne
est socialement et/ou familialement isolée, elle ne bénéficie pas de soutien de
son entourage, ce qui l’oblige à faire des efforts d’adaptation qui finissent par
l’épuiser psychiquement et physiquement.
Les réactions du groupe social
Au-delà des proches, c’est tout le groupe social qui peut être en difficulté pour
prendre en charge les victimes. Celles-ci représentent les témoins de l’horreur
passée, elles sont la preuve de la réalité de faits et d’actes innommables, et cela
peut rapidement devenir insupportable pour la société qui se réfugie facilement
dans le déni « ça n’a pas existé » ou l’évitement « si, ça a existé, nous voulons
passer à autre chose et ne plus en entendre parler ». Par exemple, les rescapés
des camps de concentration après la Seconde Guerre mondiale ont rapidement
fini par ne plus témoigner, tant les réactions d’incrédulité étaient nombreuses et
les attitudes hostiles importantes ; les vétérans de conflits armés (guerre d’Algé-
rie, guerre du Vietnam ou conflit irakien) ont subi à leur retour plus de rejets
et d’indifférence que d’attention et de soutien face aux troubles présentés et à
leurs difficultés pour se réinsérer socialement.

Les procédures
Les événements traumatiques conduisent à de multiples procédures adminis-
tratives (assurances) et judiciaires. Elles projettent les victimes dans un monde
qu’elles méconnaissent, ce qui les conduit à être rapidement perdues et à se
tourner vers des associations spécialisées, quitte à en créer une spécifique à leur
situation. La durée, la complexité de ces démarches, la logique des institutions
concernées peuvent être source d’incompréhension du côté des victimes et venir
renforcer leur souffrance psychique, elles se sentent méprisées, malmenées,
26 I. Du côté des impliqués

abandonnées. Le coût (financier, temps passé, énergie dépensée) peut égale-


ment épuiser les victimes et leur entourage.
La dimension collective de l’événement
De nombreux événements traumatiques ont une dimension collective avec de
nombreuses victimes (séisme, inondations, crash d’avion, etc.). Les impliqués
peuvent développer des stratégies qui les amènent à ne pas se sentir totalement
isolés, même si chaque victime a une histoire singulière et des réactions spéci-
fiques. La dimension catastrophique, conduit à des processus de ritualisation
collective. Le « devoir de mémoire », les cérémonies de commémoration collec-
tive participent à cette restauration du sentiment d’appartenance. Dans certains
cas, cela peut être un réel facteur positif susceptible de restaurer le lien social
et de participer au processus de guérison psychologique. Dans d’autres cas,
cette dimension collective donnée aux rituels peut s’avérer plus problématique :
personnes figées dans le trauma, familles qui se disent « dépossédées de leur
mort » car l’intimité des cérémonies est rendue impossible par les hommages
nationaux.
Globalement, les facteurs de survictimisation, de et créativité et de rési-
lience dépendent de l’événement, de la personne et du contexte (tableaux
2.2, 2.3).

Tableau 2.2
Facteurs de survictimisation
Facteurs liés à l’événement Facteurs liés à la personne Facteurs liés au contexte
– Intensité et gravité – Sexe – F aible qualité du soutien
– Durée – Âge et vulnérabilité familial et social
– Caractère répétitif – Impréparation – Réactions négatives de la
– Multiplicité des facteurs – Rôle dans l’événement société
traumatisants – Perception personnelle –D  urée et complexité des
– Proximité physique – P ersonnalité et ressources procédures
– Imprévisibilité psychologiques –D  imension collective de
– Intentionnalité – Réactivation traumatique l’événement entraînant une
– Stress cumulatif perte d’identité des impli-
– Conflit de conscience qués et une uniformisation
– Atteinte des croyances des prises en charge
– Attribution causale
– Culpabilité

Tableau 2.3
Facteurs de créativité et de résilience
Facteurs liés à l’événement Facteurs liés à la personne Facteurs liés au contexte
– Accidentel – Résonances antérieures – T uteurs de développement,
– Bref – Intelligence de résilience et de créativité
– Unique – Estime de soi – Facteurs de résilience familiales
– Pas de multiplicité des – Hormone
facteurs traumatisants –H  abilité à résoudre
– Éloignement physique des problèmes
2. Les personnes impliquées 27

Les besoins des victimes


Confrontée à un événement traumatique, la victime a des besoins fondamen-
taux résumés par la pyramide de Maslow (figure 2.1) :
1. Les besoins vitaux de maintien de la vie
■ Être soigné.
■ Respirer.
■ Boire et manger est une nécessité pour l’organisme afin de maintenir la per-
sonne en bonne santé et lui permettre de récupérer.
■ Éliminer l’émotion liée au stress peut conduire à des envies pressantes
(« grande débâcle ») que la victime doit pouvoir effectuer alors que les condi-
tions matérielles ne s’y prêtent pas toujours.
■ Se mouvoir librement et maintenir une bonne posture.
■ Dormir et se reposer.
■ Maintenir la température en couvrant le blessé.
■ Être propre et protéger son corps en nettoyant ses plaies, en permettant à la
victime de pouvoir se laver dès que cela est possible et d’éviter de nouvelles
blessures.
2. Les besoins de protection et de sécurité
■ Sécurité physique et psychologique pour elle-même et pour ses proches,
stabilité familiale et professionnelle, ne pas se sentir seul.
■ Être informé sur ses propres réactions comme sur la catastrophe et sur les
démarches à effectuer.
■ Pouvoir informer ses proches et avoir des nouvelles des siens.
■ Se vêtir et se dévêtir et pouvoir protéger son corps en fonction du climat.
■ Normes sociales, décence, envies personnelles.
3. Les besoins de sentiment d’appartenance
■ Être respecté et traité dignement.
■ Exprimer ce qu’elle ressent en fonction de ses repères religieux et
culturels.
■ Affection et amour.
■ Communiquer avec la nécessité d’établir des liens avec les autres.
■ Estime de la part des autres et d’appartenance (faire partie d’un groupe).
■ Être rassuré sur la prise en charge de ses proches s’ils sont aussi impliqués.
■ Recouvrer son autonomie.
■ Être réintégré dans la communauté des vivants et retrouver sa place.
4. Les besoins d’estime de soi
■ Être considéré et respecté par les autres et en particulier par les sauveteurs.
■ Agir selon ses propres croyances et ses valeurs, idées ou représentations.
■ Se sentir utile et avoir de la valeur.
5. Les besoins d’accomplissement personnel et de réalisation de soi
■ S’occuper en vue de se réaliser c’est-à-dire accomplir des actions qui permet-
tent d’être autonome, assumer ses responsabilités, utiliser ses ressources pour
assumer son rôle.
■ Se divertir en se détendant physiquement et psychologiquement par des loi-
sirs et des divertissements. Chez les enfants, importance de pouvoir retrouver
la possibilité de jouer.
28 I. Du côté des impliqués

■ Apprendre avec nécessité d’acquérir des connaissances sur soi, sur son corps
et son environnement.
Les besoins de la victime sont multiples et cette classification permet au sau-
veteur de voir où sont les priorités dans la prise en charge des personnes impli-
quées. Il ne sert à rien par exemple de satisfaire les besoins d’accomplissement
personnel tant que les besoins vitaux ne sont pas assurés.

Figure 2.1
Pyramide de Maslow.
2. Les personnes impliquées 29

Le deuil
Qu’est-ce que le deuil ?
Dans la langue et la culture française, le même mot « deuil » signifie plusieurs
choses. Si l’on reprend la définition du dictionnaire il désigne à la fois :
■ la mort d’un être cher ;
■ l’état psychologique dans lequel se trouve la personne qui a perdu un être
cher ;
■ les rituels sociaux et culturels qui suivent la mort du disparu.
En français, c’est donc le même terme qui est utilisé pour parler de la souf-
france, des manifestations du chagrin et pour désigner les manifestations
sociales qui entourent la mort. Cela explique sans doute la confusion face à
l’utilisation de ce terme. Dans d’autres langues comme en anglais, ces différents
registres sont exprimés par des mots spécifiques :
■ grief, décrit les émotions telles que le chagrin, la peine, la douleur liée à la
mort ;
■ bereavement, le fait d’être en deuil ;
■ mourning, décrit le fait de porter le deuil en référence aux rituels, aux tradi-
tions vestimentaires des personnes endeuillées.

Définition
• Le deuil ce n’est donc pas (que) la mort mais c’est avant tout une expé-
rience de perte absolue, un événement qui vient interrompre la relation
nécessairement unique qu’une personne entretient avec une autre, par
exemple lors d’une disparition, d’une séparation très brutale et défini-
tive ou lors de la mort d’un proche.
• La violence du deuil est liée à l’intensité des liens qui existaient au préa-
lable avec cette personne.

Que veut dire « faire son deuil » ?


Cette expression vise à décrire le processus mis en place par le psychisme
pour faire face à la perte de l’être cher et transformer sa présence en une
absence. Le deuil n’est pas un état figé, c’est une période de la vie qui
débute dès l’annonce de la perte d’un être cher et qui se poursuit tant que
la douleur de l’absence empêche le vivant d’élaborer cette disparition. Nous
pourrions dire que le deuil est un processus psychique qui permet la traver-
sée du chagrin.
30 I. Du côté des impliqués

À retenir
Le travail de deuil
• N’est pas une maladie, il n’est pas anormal.
• Processus psychique qui prend du temps.
• Multiples expressions possibles selon les cultures, les religions.
• Inauguré par une crise et marqué par différentes étapes :
– refus d’admettre la perte manifesté par le déni, le choc, la colère, la protes-
tation,
– irruption de sentiment comme le désarroi, la peur, le désespoir, la tristesse,
la culpabilité, la colère contre soi-même,
– réorganisation avec acceptation et nouvel équilibre intérieur psychique et
physique.

Le deuil est un «  processus psychique  », marqué par des manifestations


diverses qui permettent à la personne endeuillée de faire face aux bouleverse-
ments de la perte, d’intégrer cette rupture, de tolérer et de dépasser l’angoisse
qu’elle suscite et les conflits psychiques qui en résultent. Le déroulement du
deuil, ses différentes étapes constituent ce qui a été désigné par Freud comme
le « travail de deuil », c’est-à-dire ce processus inconscient que le sujet effectue
en plusieurs étapes sans en avoir la maîtrise. Dans nos sociétés occidentales,
plusieurs temps peuvent être dégagés dans ce long cheminement qui permet
aux proches de continuer à vivre. Chaque étape a des durées variables et pour
chaque personne endeuillée l’expérience est spécifique. Pour certains, la dou-
leur est particulièrement forte au début, pour d’autres les jours et les semaines
qui suivent la perte de l’être cher se déroulent de façon automatique et ce n’est
que bien plus tard que la douleur s’exprime. Schématiquement trois temps sont
habituellement relevés dans les sociétés occidentales :
■ le premier temps est celui de la sidération et du choc qui suit immédia-
tement le temps de l’annonce. C’est un choc violent irrecevable pour les
proches du défunt et ce d’autant plus qu’elle survient brutalement, de
façon inattendue d’autant plus si elle touche des personnes en bonne santé
et jeunes. Si la mort est de l’ordre de la vie, l’annonce de la mort est un
temps traumatique au sens où elle projette les proches dans une ère de
l’inconcevable, de l’inélaborable qui se traduit par une anesthésie des émo-
tions. La souffrance psychique s’exprime alors à l’état brut sans limite, sans
aucune contenance dans les cris, les pleurs, la colère, l’incompréhension,
la stupeur ou la sidération. La personne qui apprend la mort d’un proche
ne comprend pas ce qui se passe, ne peut pas croire ce qui lui est dit, ne
peut plus élaborer les informations reçues c’est-à-dire qu’elle ne peut plus
traduire et rendre intelligible cette nouvelle. « C’est un cauchemar », « En
un instant, la vie s’arrête », « Tout a basculé en une fraction de seconde de
la vie à l’horreur », « Je ne pouvais pas y croire, je ne voulais pas y croire, il
m’avait dit au revoir ce matin et nous devions nous retrouver pour déjeuner
2. Les personnes impliquées 31

à midi, ça n’a pas pu lui arriver, pas à lui », « En un instant on s’est retrouvé
dans le cauchemar » ;
■ le deuxième temps est marqué par l’irruption des sentiments et par
une période de désorganisation et de désespoir. Suite au choc initial de
l’annonce, la personne confrontée à la réalité de la perte peut présenter
un état dépressif réactionnel avec des altérations au niveau somatique
(troubles de l’appétit, du sommeil), au niveau intellectuel (difficultés de
concentration, pertes de mémoire), au niveau affectif (sensibilité accrue,
tristesse, culpabilité, inhibition, isolement social). Du jour au lendemain, le
proche est privé de celui qu’il aimait et se trouve confronté à la douleur de
l’absence. Le « travail de deuil » conduit à la fois à un travail de renonciation
et de restructuration qui prend du temps, beaucoup de temps. La douleur
de cet état peut être intense, déchirante ou au contraire silencieuse et lan-
cinante. Intégrer « la mort psychologique » du disparu confronte souvent à
de forts sentiments inconscients de culpabilité qui peuvent venir renforcer
la douleur du deuil. La manifestation du chagrin atteste que ce mouvement
d’acceptation de la réalité matérielle et psychique de la perte est en train de
s’effectuer ;
■ le troisième temps est celui de la réorganisation qui témoigne de l’adaptation
de l’endeuillé à la perte. C’est une étape d’intériorisation de la relation avec la
personne qui a été perdue. La mort nous prive de la possibilité de maintenir
la réalité matérielle avec l’être disparu : «Je ne peux plus la prendre dans mes
bras, je ne peux plus lui parler, lui raconter d’histoires ». La perte nécessite
un travail d’intériorisation qui vise à accorder à l’être disparu une autre place
à l’intérieur de nous dans un monde où il sera représenté grâce aux rappels
des souvenirs, aux traces, photos, objets lui ayant appartenu. La période
dépressive s’estompe progressivement, l’endeuillé retrouve d’autres objets
d’investissement, réinvestit une vie sociale et parvient peu à peu à vivre avec
l’absence de l’être aimé. La personne perçoit un nouvel équilibre physique et
psychique.
Au final, le deuil est une réaction du psychisme à la perte, qui conduit à
une transformation, à une maturation qui est tout sauf l’oubli. Chaque deuil
est singulier et se caractérise par un processus qui n’obéit pas à une évolution
constante et linéaire. Pour chaque endeuillé, ces étapes seront plus ou moins
longues, plus ou moins douloureuses.

Le deuil chez l’enfant


La douleur du deuil ne s’exprime pas chez l’enfant comme chez l’adulte. Le tra-
vail de deuil chez l’enfant est spécifique en fonction de son niveau de maturité
psychoaffective et de ses capacités cognitives. Pour parler de deuil, l’enfant doit
être capable de se détacher psychiquement de l’objet perdu, il doit être capable
de reconnaître ce qui est lui et ce qui est extérieur à lui.
Tant qu’il n’est pas capable de se détacher intérieurement, environ jusqu’à
6 mois, le terme de deuil n’est pas véritablement approprié, ce qui ne signi-
fie pas que le bébé ne ressent rien. Il est touché mais davantage par les
32 I. Du côté des impliqués

perturbations de son environnement que par la mort en elle-même. Si la per-


sonne décédée est celle qui s’occupe habituellement de lui, il ressent la rupture
d’attachement et souffre des conséquences de la séparation avec la personne
qui s’occupe de lui et de ce qu’il perçoit comme détresse au niveau de son
entourage. Il peut exprimer sa douleur de multiples façons : protestation, dés-
espoir, détachement.
Lorsque l’enfant grandit et comprend que la mort est une séparation irréversi-
ble et universelle, ses réactions ressemblent à celles des adultes mais, comme nous
l’avons vu, elles se manifestent de façons différentes selon son âge, sa maturité
et son niveau de développement. Un temps de choc au moment de l’annonce
auquel succède une phase dépressive marquée par des réactions de tristesse, de
désespoir, de repli permettent à l’enfant d’élaborer progressivement la séparation
et d’apprendre à gérer la douleur liée à l’absence et les sentiments exprimés.
La dernière étape est celle de l’apaisement lorsque l’enfant a réussi à donner
au proche décédé une autre place symbolique et peut désormais réinvestir le
monde qui l’entoure.

Les complications du deuil


Si le deuil est un processus « normal », certaines réactions de sujets endeuillés,
qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes, témoignent de difficultés particulières.
Selon les situations, on parlera de deuil compliqué, de deuil pathologique ou
de deuil traumatique.
■ Les deuils compliqués correspondent aux situations où le processus de deuil
ne s’amorce pas et se trouve bloqué. Le travail de deuil a alors un déroule-
ment inhabituel. Il peut s’agir :
• du deuil différé lorsque la personne endeuillée continue pendant plusieurs
semaines voire plusieurs mois de vivre comme si rien n’était arrivé et ne
manifeste dans un premier temps aucune réaction face à la réalité de la
perte. Elle continue de s’organiser comme si la personne décédée allait
revenir. La douleur du deuil se manifeste bien plus tard,
• du deuil inhibé dès lors que l’endeuillé ne manifeste que très peu d’émotions en
rapport avec la mort de l’être cher. Cela s’explique par le fait qu’il reconnaît la
perte mais refuse inconsciemment les émotions et la douleur qui y sont liées,
• du deuil chronique qui se prolonge sans fin, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de
réinvestissements extérieurs et la relation au défunt devient celle d’un culte
envahissant. La personne décédée est idéalisée, sublimée.
■ Le deuil pathologique entraîne une modification pathologique de l’état
mental de l’endeuillé, sans que celui-ci n’en ait manifesté auparavant, qu’il
s’agisse de décompensation, développement d’un comportement dangereux
pour lui-même ou pour son entourage.
■ Le deuil post-traumatique fait suite à une situation où le sujet a lui-même
été confronté à un événement traumatique et a échappé personnellement
à la mort tout en ayant perdu des proches connus ou inconnus. Les
syndromes post-traumatiques viennent se surajouter aux réactions du deuil et il
est souvent difficile de faire la part entre ces deux registres de la souffrance
psychique à savoir celui de la perte irréparable et celui du trauma.
2. Les personnes impliquées 33

À retenir
Les complications du deuil

Deuil compliqué
• deuil différé ;
• deuil inhibé ;
• deuil chronique.
Deuil pathologique
• Manifestations de troubles psychiatriques suite au deuil.
Deuil post-traumatique
• La personne endeuillée a vécu un événement traumatique au cours duquel
un de ses proches est mort (ou plusieurs proches décédés).
3 L’organisation des secours

Les acteurs de l’urgence


Les Samu
Définition
■ Service d’Aide Médical d’Urgence.
■ Service hospitalier implanté dans l’hôpital du chef-lieu de département.

Missions
■ Assurer une écoute médicale 24  heures/24 par le Centre 15 (Centre de
­ éception et de Régulation des Appels).
R
■ Déterminer et déclencher dans le délai le plus rapide la réponse la mieux
adaptée à la nature de l’appel (figure 3.1).
■ Participer à la mise en œuvre des plans de secours.
■ Participer aux tâches d’éducation sanitaire et de prévention dans le domaine
des soins d’urgence des médecins et des paramédicaux, des ambulanciers et
des secouristes. Formations assurées par les Centre d’Enseignement des Soins
d’Urgence (Cesu).
■ Missions sur leur département, en réforme au niveau national (tempête de
1998, inondations de mars 2010) ou au niveau international (ex. tremble-
ment de terre au Pakistan et en Haïti).

Moyens d’intervention
■ Moyens propres aux Samu : les équipes de réanimation préhospitalières du
Service Mobile d’Urgence et de Réanimation (Smur)  ; la Cellule d’Urgence
Médico-Psychologique.
■ Partenaires extérieurs : autres équipes de Smur des départements et secteurs
limitrophes  ; Smur pédiatrique, médecins généralistes, corps de sapeurs-
­pompiers et leurs médecins, ambulanciers privés, hélicoptères sanitaires
­(privés ou sécurité civile).

Organisation
■ Appel au 15 possible pour toute personne et a fortiori tout professionnel.
■ Appel réceptionné par l’ARM (Assistant de Régulation Médicale) qui recueille
les premières informations (motif de l’appel, identité de l’appelant lieu,
etc.).
■ Le médecin régulateur interroge l’appelant afin de compléter les renseigne-
ments médicaux et de décider de la réponse la plus appropriée à l’état du
patient et au degré d’urgence.

Sauveteurs et événements traumatiques


© 2011 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
36 I. Du côté des impliqués

Figure 3.1
Schéma d’appel au 15.

Les CUMP
Définition
■ Cellules d’Urgence Médico-Psychologique.
■ Implantées dans chaque Samu.
Missions
■ Assurer les soins psychiques au plus près d’un événement traumatique de
nature collective et la prise en charge médico-psychologique immédiate des
victimes.
■ Soutien psychique aux sauveteurs si cela est nécessaire.
■ Intervention dans trois situations très précisément réglementées par la circu-
laire du 28 mai 1997 (DH/EO4-DGS/SQ2 n°97/283) confirmée et complétée
par celle du 20 mai 2003 (DHOS/O2/DGS/6C n° 2003/235) :
• plan Rouge (exemple, incendies parisiens de l’été 2006) ;
3. L’organisation des secours 37

• événements catastrophiques (exemple, accueils aéroportuaires suite aux vio-


lences ivoiriennes, au conflit libanais et tchadien, tsunami, tremblement de
terre d’Haïti) ;
• événements à forte implication psychologique et de nature collective (exemple,
mort dans un établissement scolaire, accident du travail mortel ou suicide
en entreprise).

Moyens d’intervention
■ Moyens propres au Samu, en lien permanent avec les équipes Smur et la
régulation du Samu.
■ Partenaires extérieurs avec renfort possible d’autres CUMP en cas d’interven-
tions longues en France (accueil aéroportuaire) ou à l’étranger (exemple tsu-
nami de 2006, séisme d’Haïti de 2010).

Organisation
■ Déclenchée par un appel au 15 en accord avec le médecin régulateur et le
coordonnateur de la CUMP (figure 3.2).
■ Équipe composée d’un psychiatre (mi-temps) d’un psychologue ou infirmier
(mi-temps), d’une secrétaire mi-temps, d’une équipe de volontaires (infirmiers,
psychologues, psychiatres) sollicités en fonction du type d’intervention.

Les SDIS
Définition
Services Départementaux d’Incendie et de Secours

Missions
■ Secours et évacuation des personnes sinistrées.
■ Lutte,protection et prévention des incendies.
■ Actions d’évaluation et de lutte contre les risques NRBC.

Moyens d’intervention
■ Moyens propres au SDIS soit engins de secours spécifiques et de lutte contre
l’incendie.
■ Partenaires extérieurs autrement dit autres équipes des SDIS des départe-
ments et secteurs limitrophes, Samu et Smur pédiatriques, médecins géné-
ralistes, corps de sapeurs-pompiers et leurs médecins, ambulanciers privés,
hélicoptères sanitaires (privés ou sécurité civile).

Organisation
Le numéro d’appel est le 18.
Il existe deux types de sapeurs-pompiers :
■ SP militaires représentés par les Sapeurs Pompiers de Paris (BBSP) et les Marins
Pompiers de Marseille.
■ SP civils pour le reste de la France.
En zone urbaine, ils sont professionnels et en zone rurale, ils sont générale-
ment volontaires.
38 I. Du côté des impliqués

Figure 3.2
Procédure de déclenchement de la CUMP.

Les services de la police et de la gendarmerie


Définition
La Gendarmerie dépend du ministère de la Défense et s’occupe habituellement
des zones rurales. Les services de la Police dépendent du ministère de l’Intérieur
et interviennent essentiellement dans les grandes villes.
Organisation
Le numéro d’appel est le 17.
3. L’organisation des secours 39

Missions
■ Protéger les personnes et les biens.
■ Garantir la sécurité publique en balisant les zones d’interventions.
■ Assurer le maintien de l’ordre public (exemple empêcher les destructions et
pillages et en assurant l’accès sécurisé sur les lieux de l’accident).
■ Réaliser les démarches d’identification, de recherche de témoins et de ­proches,
de dénombrement des victimes, de récupération des corps.

Les associations de secours


Définition
La Croix-Rouge Française et la Protection Civile sont composées essentiellement
de bénévoles qui sont le plus souvent des secouristes diplômés. Ce sont les
associations les plus fréquemment sollicitées. Elles n’ont pas de numéro d’appel
direct pour les civils, mais sont déclenchées directement par les autorités (pré-
fets).
Organisation
Intervention en liens étroits avec celles du Samu et des SDISS. Sur le site des
événements, ces sauveteurs se mettent à la disposition du Directeur des Opé-
rations de Secours.
Missions
■ Intervention lors des situations d’urgence auprès des populations civiles en
France comme à l’étranger.
■ Mise à disposition des autorités publiques pour les organisations sportives,
culturelles, religieuses concernant de nombreuses personnes afin d’assurer, si
nécessaire, les premiers secours.

Les différents plans de secours


La nécessité de pouvoir coordonner rapidement les secours pour assurer une
prise en charge optimale (encadré 3.1) a conduit les autorités à mettre en place
un système de planification comportant des plans complémentaires entre eux,
couvrant l’ensemble des risques et des menaces.

Encadré 3.1
Évaluation pour optimiser les secours.
� de la situation ;
� de l’état et du nombre des personnes impliquées ;
� des ressources disponibles ;
� des besoins immédiats (humains, matériels).
Cette évaluation détermine le choix du plan de secours et des modalités d’inter-
vention.
40 I. Du côté des impliqués

Ces plans portent sur la prévention, la gestion de la situation exceptionnelle


mais également sur la post-crise. Ils sont déclinés aux différents niveaux territo-
riaux pour faciliter la mobilisation des moyens et les échelons de coordination.

Plans de sécurité civile


Il s’agit du plan Orsec, du Plan Rouge et des Plans Sanitaires Spécialisés.
Plan ORSEC
Les plans Orsec (Organisation de la Réponse de SECurité civile (3 décrets
d’application du 13  septembre  2005 suite à la loi de modernisation de la
sécurité civile du 13 août 2004) représentent l’ensemble des puissants moyens
mis en œuvre lorsqu’en présence d’un sinistre important, les moyens locaux
sont insuffisants. Le déclenchement du plan Orsec est à l’initiative du Préfet
et organise la mobilisation, la mise en œuvre et la coordination des actions
de toute personne publique et privée concourant à la protection générale des
populations. Le dispositif opérationnel est adapté à la nature, à l’ampleur et à
l’évolution de l’événement par son caractère progressif et modulaire.

 Types de plan Orsec


• Plan Orsec zonal décidé par le Préfet de zone de défense : ce sont des
grandes zones car la zone Ouest regroupe le 1/4 de la France. Il est par
exemple déclenché lors de grandes inondations.
• Plan Orsec départemental décidé par le Préfet.
• Plan Orsec maritime décidé par le Préfet maritime.
• Plan communal de sauvegarde décidé par le maire d’une commune.
Les différents services mobilisés sont placés sous une direction unique,
celle de la DOS - Direction des Opérations de Secours :
• premiers secours et sauvetage assurés par les Sapeurs-Pompiers ;
• soins médicaux et entraide assurés par la DDASS (ou DRASS)
et le Samu ;
• Police et renseignements assurés par la Police et la Gendarmerie ;
• liaisons et transmissions assurées par le STI – Service de Transmission
de l’Intérieur ;
• transports et travaux assurés par la DDE – Direction Départementale
des Équipements et le Conseil Général.
Ces cinq services sont déclenchés à chaque fois, mais selon les événements
certaines unités ne sont pas impliquées autant que d’autres. À chaque fois que
le plan Orsec est déclenché dans un département, il est mis en place un PC
opérationnel à proximité de l’événement, qui reste en liaison avec le PC fixe
situé à la préfecture.
Le plan rouge
Il a pour objectif de déterminer les procédures de secours d’urgence en vue de
remédier aux conséquences d’un accident catastrophique à effets limités et de
recenser les moyens à affecter à cette mission pour porter secours à de nom-
breuses victimes. Ce plan est un échelon intermédiaire avant le déclenchement
du plan Orsec.
3. L’organisation des secours 41

La direction des opérations de secours est assurée par le Préfet (DOS) selon
le même schéma organisationnel que le plan Orsec avec la mobilisation des
différents services de secours :
■ Commandant des Opérations de Secours - COS : le chef de corps départe-
mental des Sapeurs Pompiers ;
■ Directeur Sauvetage Incendie secours - DSI : un officier Sapeur-pompier dési-
gné par le Cos ;
■ Directeur des Secours Médicaux - DSM : un médecin désigné par le directeur
médical du Samu ;
■ Officier de Police Judiciaire ou Officier de Gendarmerie Nationale - OPJ,
OGN ;
■ cadre de la DDASS.

Déclenchement du plan rouge


Il peut être immédiat (notion d’emblée de très nombreuses victimes), et en cas
de déclenchement excessif, il peut être arrêté rapidement, par exemple lors
d’un incendie évalué comme potentiellement grave, mais au final sans blessé
grave et avec des services de secours non débordés.
Plans Sanitaires Spécialisés
Ces plans concernent des problèmes sanitaires (plan variole, plan SRAS, plan
pandémie grippale, plan canicule, plan grand froid, plan inondation, plan
blanc, plan Iode, plan antibiotiques). Ils permettent de mobiliser les profes-
sionnels du soin et les structures sanitaires pour répondre à la prise en charge
spécialisée de grand nombre de personnes impliquées, dans un contexte sani-
taire critique.

Plans de défense civile


Ce sont des plans très spécialisés permettant une prise en charge spécifique
pour protéger et venir en secours aux civils. Ils sont de trois types :
Plans d’intervention
■ Biotox, Piratox, Piratome, Piranet, Pirate-mer, Piratair, Intrusair, Piratext.
Plan de protection
■ Vigipirate avec différents niveaux selon l’évaluation du risque d’attentats.
Plans ressources
■ Plan délestage.
■ Plan hydrocarbure.

L’organisation logistique en urgence


L’organisation des secours dépend de la nature de l’événement, des circonstan-
ces de survenue, des conséquences matérielles et humaines (nombre de blessés,
de décès). L’ensemble de ces éléments détermine les modalités d’intervention
pour adapter la prise en charge des impliqués (encadré 3.2).
42 I. Du côté des impliqués

Encadré 3.2
Types de prise en charge à envisager.
� Médicale et sanitaire
� Psychologique
� Juridique
� Matérielle et économique
� Sociale et administrative

Commandement
Commandement des Opérations de Secours - COS
Il est assuré par le directeur du SDIS ou son représentant, qui dirige l’ensemble
du Plan Rouge :
■ mise en place ;
■ exécution ;
■ coordination des opérations.
Il est identifiable par le port d’une chasuble avec l’inscription COS, idem pour
le véhicule qui doit être facilement repérable.
Directeur des secours Médicaux - DSM
Il s’agit du médecin directeur du Samu ou médecin chef du SDIS ou de leur
représentant.
Il est le seul compétent pour prendre les décisions d’ordre médical :
• dirige le Poste Médical Avancé – PMA ;
• supervise la prise en charge médicale des victimes du lieu de l’accident
jusqu’au PMA ;
• ordonne leur évacuation du PMA vers les centres hospitaliers.
Il est identifiable par le port d’une chasuble avec l’inscription DSM, idem pour
le véhicule qui doit être facilement repérable.

Chaîne de secours
La chaîne de secours s’organise en trois temps : le ramassage, le soin, l’évacua-
tion.
Noria de ramassage
Le terme noria signifie série et correspond dans ce cadre des secours d’urgence,
à l’ensemble des actions mises en place pour la prise en charge des victimes :
■ ramassage et acheminement des victimes, sous le contrôle médical, du lieu
de l’accident vers le PMA ;
■ la noria est assurée par les sapeurs pompiers et les secouristes, qui prodiguent
les premiers gestes de secours et établissent une fiche médicale pour chacune
des victimes blessée ;
■ la noria doit gêner le moins possible le début de l’enquête judiciaire devant
déterminer les causes et circonstances de l’accident ;
3. L’organisation des secours 43

■ les
intervenants sont identifiables par le port d’un brassard, d’uniforme ou de
tenues spécifiques à leurs corps de métiers.
PMA - Poste Médical Avancé
Il est placé sous l’autorité du DSM et assuré par les médecins et infirmiers du
Samu et des Smur, du SDIS, des secouristes. Les intervenants sont identifiables
par le port d’un brassard ou tenue de couleur blanche. Le PMA est habituelle-
ment matérialisé par une ou plusieurs tentes ; mais peut également selon les
situations d’intervention être installé dans un local (café, gymnase, etc.).
La prise en charge des victimes se fait par leur identification et un tri en
4 zones :
■ la zone Urgences Absolues (UA) regroupe les victimes gravement blessées
avec pour objectif la stabilisation des fonctions vitales avant évacuation
urgente ;
■ la zone Urgences Relatives (UR) regroupe les victimes légèrement blessées
qui reçoivent les premiers secours et soins avant évacuation vers un hôpital si
nécessaire ;
■ la zone d’accueil et de réconfort regroupe les victimes indemnes et permet
la mise en place du pôle d’urgence médico-psychologique, l’identification et
le comptage des victimes et, selon les cas, de recueillir les renseignements
nécessaires à l’enquête judiciaire ;
■ la zone mortuaire regroupe les victimes décédées ou NTBR (Not To Be Reani-
mated).
PUMP – Poste d’Urgence Médico-Psychologique
C’est l’espace dédié à la prise en charge des victimes psychiques. Il est placé
sous l’autorité du coordonnateur de la CUMP, en lien permanent avec le PMA
et le DSM.
Toutes les victimes prises en charge par le PUMP sont examinées par un
urgentiste avant leur évacuation (hôpital ou domicile).
Il est habituellement matérialisé par une tente ou dans un espace spécifique
avec l’indication « PUMP ». Il est le plus souvent situé à proximité du PMA, mais
suffisamment éloigné pour limiter les effets traumatiques liés à la vision des
victimes UA et UR.
Les intervenants sont des professionnels du soin psychique (psychiatres, psy-
chologues, infirmiers) identifiables par le port d’un brassard, d’une chasuble ou
d’une tenue blanche avec l’indication « CUMP » ou « Samu ».
Noria d’évacuation
Elle est sous l’autorité du DSM qui décide de l’évacuation des victimes blessées
du PMA vers les centres hospitaliers, après régulation du CRRA (Centre de Régu-
lation du Samu) en fonction :
■ de la nature et de la gravité des blessures ;
■ de la disponibilité des lits et des équipes soignantes hospitalières.
Les moyens d’évacuation d’urgence sont assurés par les SMUR ou les
sapeurs-pompiers pour les évacuations d’urgence et par les associations de
secouristes ou les ambulanciers pour le transport sanitaire des blessés légers
44 I. Du côté des impliqués

et des impliqués psy. Les moyens sont habituellement terrestres mais peuvent
éventuellement être aériens (hélicoptère, avion sanitaire).

Les PSM - Postes Sanitaires Mobiles


Description
■ Implantés dans des hôpitaux sièges de Samu et/ou de Smur ils sont gérés par
une Commission Nationale d’Actualisation qui se réunit une fois par an.
■ Deux niveaux : PSM1 pour une prise en charge avec peu de victimes graves
et PSM2 pour la prise en charge de très nombreuses victimes graves. En 2007
on recensait 88 PSM1 et 21 PSM2.
■ Dispositifs projetables sur le site de la catastrophe qui permettent la mise
à disposition des sauveteurs, des moyens médico-pharmaceutiques et logis­
tiques nécessaires à une prise en charge massive de victimes.
■ Dispositifs uniformisés  : tous les professionnels de l’urgence connaissent la
composition des PSM qui sont standardisés et donc utilisables par tous, sur
tout le territoire. Les PSM peuvent être mobilisés et projetés 24 heures sur 24
en tout lieu du territoire national avec la mobilisation de différents PSM en
fonction du type des besoins.
■ Peuvent être envoyés à l’étranger dans le cadre de l’aide humanitaire de la
France suite à des catastrophes, comme par exemple le tremblement de
terre du Pakistan en octobre  2005. Dans ces cas-là, des moyens médico-
pharmaceutiques spécifiques sont mis en place (Opex - OPérations EXtérieures).
■ Peuvent également être utilisés pour assurer la couverture sanitaire de grands
événements, tels que la commémoration en 2004 du 60e anniversaire du
débarquement allié en Normandie ou le congrès du G8 en juin 2003 à Évian.
Responsabilités
Les PSM sont sous l’autorité du HFD (Haut Fonctionnaire de Défense), sous
la responsabilité du directeur de l’établissement hospitalier et du directeur
médical du Samu et leur gestion dépend du directeur médical du Samu et du
pharmacien de l’hôpital.
Déclenchement
La décision de déclencher un PSM1 revient au directeur médical du Samu ou
du régulateur de garde.
L’engagement d’un PSM2 dépend du HFD (événement national ou inter-
national) ou du Préfet de zone de défense (événement régional) ou du médecin
directeur du Samu (événement départemental).
Composition
Le PSM est composé de containers comportant des médicaments et du matériel
médical et logistique nécessaire à la prise en charge des victimes.
Il existe deux niveaux de PSM :
■ PSM 1 conçu pour la prise en charge de 25 blessés graves qui comporte :
• 1 lot polyvalent de 11 malles (300 kg-1 m3) regroupant du matériel médico-
chirurgical et des produits pharmaceutiques,
3. L’organisation des secours 45

• 1 tente avec son dispositif d’éclairage et de thermorégulation,


• 1 groupe électrogène mobile,
• 3 obus d’O2,
• 1 lot de brancards et de couvertures,
• 1 remorque.
■ PSM 2 conçu pour traiter 500 victimes qui comporte :
• 1 lot polyvalent de 156 malles (5,5 tonnes, 24 m3) regroupant un impor-
tant matériel médico-chirurgical et des produits pharmaceutiques,
• 1 tente avec son dispositif d’éclairage et de thermorégulation,
• 1 groupe électrogène mobile ;
• 3 obus d’O2 ;
• 1 lot de brancards et de couvertures ;
• 1 remorque ;
• 1 lot de moyens de radiocommunication tactique, numériques et cryptables.
4 L’indemnisation des victimes

La procédure judiciaire
Comprendre le système judiciaire
Principes fondateurs
Le système juridique français s’organise autour de quatre grands principes de
bases :
■ l’état détient le monopole de la justice. Ainsi, aucune autorité, autre que les
tribunaux institués par la loi, ne peut rendre les jugements ;
■ la séparation des pouvoirs. La Constitution prévoit la séparation du pouvoir
judiciaire et des pouvoirs publics ;
■ la séparation des fonctions judiciaires. Il existe les juridictions d’instructions
chargées de déterminer l’existence de l’infraction et les juridictions de juge-
ment si les charges qui pèsent sur la personne mise en cause nécessitent un
jugement par l’autorité compétente. Les juridictions de jugement se pronon-
cent sur la culpabilité ou l’innocence de la personne poursuivie ;
■ le principe d’égalité. Chacun devant être à égalité devant la justice, les magis-
trats sont rémunérés par l’état. La justice nécessite cependant le concours
d’auxiliaires de justice (avocats, avoués, huissiers, etc.) que les personnes
concernées doivent rémunérer. Pour les personnes sans ressource, une aide
juridictionnelle est possible après constitution d’un dossier et d’une demande
adressée auprès le Tribunal de Grande Instance.
Organisation
En France, le système judiciaire (tableaux 4.1.1, 4.1.2, 4.1.3 et figure 4.1) est
composé du ministère public (parquet) et de la magistrature assise (siège). Ces
noms sont hérités de l’époque monarchique où les Procureurs du Roi se tenaient
debout sur un parquet alors que le magistrat chargé de trancher les litiges était
assis. Actuellement, la magistrature assise est celle qui juge les litiges et la magis-
trature debout, celle qui représente la société et requiert la sanction.
Le ministère public : le Parquet
Il est compose d’un procureur, d’un avocat général, de substituts du procureur
nommés par décret du Président de la République sous proposition du Garde
des Sceaux après avis du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Il est :
■ irrécusable ;
■ irresponsable (au sens d’irrépréhensible) ;
■ indépendant vis-à-vis des juridictions de jugement et des juridictions d’ins-
truction et de la partie lésée ;
■ indivisible ;

Sauveteurs et événements traumatiques


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48 I. Du côté des impliqués

Tableau 4.1.1
Juridictions de l’ordre judiciaire
Juridictions de droit commun
Juridictions répressives Juridiction civile
Tribunal de Police. Tribunal correctionnel Cour d’Assises Tribunal de grande
instance (TGI)
Juge unique, magis- 3 juges professionnels 3 juges 3 juges (exceptionnelle-
trat professionnel (exceptionnellement professionnels et ment juge unique pour
juge unique pour 9 jurés certaines affaires)
certains délits)
Contraventions Délits Crimes Toutes affaires sauf
compétence attribuée
textuellement à juridic-
tion d’exception. Référés,
requêtes, juge des affaires
familiales
Cour d’appel Cour d’appel Recours possible Cour d’appel

Tableau 4.1.2
Juridictions d’exception
Tribunal Tribunal de Conseil de Tribunal des Tribunal paritaire
d’instance (TI) commerce prud’hommes affaires de des baux ruraux
sécurité sociale
Juge unique, 3 juges élus par – 2 juges – Le président – 1 juge d’ins-
magistrat les commerçants élus par les du TGI tance
professionnel employeurs – 1 juge élu par – 2 juges élus
– 2 juges élus un employeur par des fermiers
par les salariés et 1 juge élu par – 2 juges élus
un salarié par les bailleurs
– Actions – Litiges entre – Litiges qui – Litiges des – Litiges concer-
possessoires, en commer- ont trait aux assujettis avec les nant les baux
bornage, loyers, çants, actes relations de organismes de ruraux
litiges portant sur de commerce, travail salarié Sécurité Sociale – Référés
sommes infé- procédures – Référés – Référés
ri­eures à 8 000 € collectives de
– Référés Société
– Référés
Cour d’appel Cour d’appel Cour d’appel Cour d’appel Cour d’appel
(sauf litiges por- (sauf litiges por- (sauf litiges por-
tant sur moins tant sur moins tant sur moins
de 4 000 €) de 2 000 €) de 4 000 €)
4. L’indemnisation des victimes 49

Tableau 4.1.3
Juridictions de l’ordre administratif
Tribunal administratif Conseil d’État
3 juges professionnels Présidé par le premier ministre et composé d’un
Chef du conseil d’État et de conseillers d’État :
magistrats ou personnes choisies en raison de
leur expérience professionnelle
Litiges avec l’Administration Rôle consultatif et rôle contentieux dans le
cadre de litiges avec l’Administration
Cour administrative d’appel Conseil d’État

Figure 4.1
Représentation simplifiée des procédures judiciaires.
50 I. Du côté des impliqués

■ hiérarchisé (ses membres sont amovibles et révocables) ;


■ agit au nom de la société lorsqu’un fait a causé un trouble social ;
■ lance et exerce l’action publique ;
■ dirige l’activité des officiers et agents de Police judiciaire du ressort de son
tribunal ;
■ est chargé de l’exécution des décisions de justice.

Les magistrats du siège : les juges


Les magistrats peuvent être soit des professionnels recrutés par concours (tribu-
naux de grande instance), soit des juges non professionnels élus (prud’hommes,
tribunaux de commerce) ou désignés (jurés de la cour d’assises). La constitution
garantit l’indépendance des magistrats.
■ Fonctions des magistrats du siège :
• juge des enfants, spécialement chargé des problèmes de l’enfance au
civil (mineur en danger) comme au pénal (mineur délinquant). Il prend
des mesures de sauvegarde, d’éducation et de protection à l’égard des
mineurs. Il préside le tribunal pour enfant,
• juge d’Instruction, saisi des affaires pénales par le Parquet. Il instruit «  à
charge et à décharge » une instruction qui doit être secrète et non contra-
dictoire. Différentes mesures lui permettent de rassembler les éléments
utiles à la manifestation de la vérité  : audition, confrontation, expertise,
perquisition et saisies, écoutes téléphoniques, enquête de personnalité,
garde à vue, mandats, contrôle judiciaire,
• juge aux affaires familiales, spécialisé dans certains domaines du droit de
la famille. Il se prononce sur les divorces et les séparations de corps et leurs
conséquences : fixation et exécution du lieu de résidence des enfants, des obli-
gations alimentaires, de l’attribution et de l’exercice de l’autorité parentale,
• juge de l’application des peines, intervient après un jugement pénal pen-
dant l’exécution de la peine et après la sortie de prison,
• juge de la liberté et de la détention, spécialement compétent pour ordon-
ner, pendant la phase d’instruction, le placement en détention provisoire
d’une personne mise en examen ou la prolongation d’une détention provi-
soire et pour examiner les demandes de mise en liberté. Il est saisi par une
demande motivée du juge d’instruction,
• juge des référés, peut rendre à très brefs délais (donc dans des situations
d’urgence) une décision provisoire, mais immédiatement applicable,
• juge de la mise en état, instruit les dossiers en matière civile pour que les
affaires soient en état d’être jugées. Il veille à la régularité des procédures et
à la communication des pièces.

La plainte
La plainte simple
Modalités de dépôt d’une plainte simple
La plainte est une démarche permettant de poursuivre en justice l’auteur de
faits qui, s’il est déclaré coupable, sera condamné pénalement : amende, prison
ferme, sursis.
4. L’indemnisation des victimes 51

La forme de la plainte simple est libre :


■ la victime peut rédiger une lettre avec accusé de réception dans laquelle elle
expose les faits dont elle a été victime. La lettre est envoyée au Procureur de
la République du Tribunal de grande instance du lieu de l’infraction ou du
domicile de l’auteur de l’infraction, si la victime le connaît ;
■ si le Procureur de la République donne suite, il la transmet aux services de
police ou de gendarmerie compétents afin qu’une enquête soit menée. Le
plaignant est alors auditionné afin de préciser l’objet de sa plainte, les circons-
tances des faits et tous éléments demandés par le Procureur ;
■ la plainte peut être déposée directement au commissariat de police ou à
la brigade de gendarmerie, si possible du lieu de l’infraction. En vertu du
principe dit du guichet unique, tout service de police ou de gendarmerie est
normalement dans l’obligation de recevoir la plainte d’un citoyen, quel que
soit le lieu où l’infraction, objet de celle-ci, a été commise ;
■ lors de son audition, la victime apporte l’ensemble des pièces ou documents
en sa possession afin d’attester ce qu’elle dit et de déterminer le montant de
son préjudice ;
■ le plaignant n’est pas obligé de qualifier juridiquement l’infraction, ni de
faire référence aux articles du code pénal applicable, contrairement aux
plaintes avec constitution de partie civile (comme en cas d’audition en tant
que témoin), il est indispensable de ne transmetre que ses coordonnées pro-
fessionnelles. Les procédures pénales étant basées sur le contradictoire, les
personnes mises en cause auront accès aux pièces d’instruction et inévita-
blement à l’adresse personnelle des victimes ou témoins, s’il l’ont transmise,
■ en cas de plainte dans un context professionnel

Les suites de la plainte


Le Procureur donne suite et décide soit de :
• faire mener une enquête par la Police ou la Gendarmerie ;
• renvoyer l’affaire directement devant le tribunal de Police ou le tribunal
Correctionnel avec comparution immédiate ;
• transmettre à un juge d’instruction.
Le Procureur ne donne pas suite et la plainte est dite « classée sans suite ». Le
classement sans suite ne signifie pas que l’infraction n’a pas eu lieu mais, qu’en
l’état, le ministère public n’a pas suffisamment d’élément pour caractériser
l’infraction.

La plainte avec constitution de partie civile


Modalités de dépôt de plainte avec partie civile
Pour s’assurer qu’un juge est bien saisi, la victime peut déposer une plainte avec
constitution de partie civile. La victime doit avoir été victime d’un délit ou d’un
crime, car la plainte avec constitution de partie civile n’est pas admise pour
les contraventions. Il faut pouvoir se prévaloir d’un dommage qui peut n’être
qu’éventuel à ce stade de la procédure.
Depuis le 1er  juillet 2007, la plainte avec constitution de partie civile doit
obligatoirement être précédée d’une plainte simple auprès du Procureur de la
52 I. Du côté des impliqués

République (sauf pour les crimes, les délits de presse et certaines infractions au
code électoral).
La plainte avec constitution de partie civile ne peut être validée que si le plai-
gnant justifie avoir porté plainte auprès du Procureur de la République et que :
■ soit celui-ci a décidé de ne pas poursuivre ;
■ soit il n’a pas répondu dans un délai de 3 mois.
Qu’il s’agisse d’une plainte simple ou d’une plainte avec constitution de
partie civile, le retrait de la plainte n’entraîne pas automatiquement l’arrêt des
poursuites : le parquet (Procureur) peut décider de poursuivre même si la vic-
time ne le veut plus, comme cela est fréquemment le cas dans les situations de
violences intrafamiliales.

La main-courante
C’est une simple déclaration faite au commissariat ou à la gendarmerie pour
consigner des faits dans l’hypothèse d’un futur dépôt de plainte, ceci pouvant
constituer un début de preuve dans une procédure ultérieure. En notant le jour,
l’heure et le numéro d’enregistrement de sa déclaration, il sera plus facile d’en
retrouver la trace. La personne doit penser à demander à l’officier de police
ou de gendarmerie qui prend cette main courante, de bien lui en donner les
références exactes. Aucune poursuite ni aucune démarche judiciaire n’a lieu
suite à cette main-courante. Afin d’éviter trop de surcharge de procédures, les
victimes sont souvent fortement incitées à ne déposer qu’une main courante ;
cependant, le refus de plainte n’est pas légal.

Les délais de prescription pénale de l’action


publique
Les délais de prescription ont été créés dans un souci de sécurité juridique. Pour
que les faits soient poursuivis lorsqu’une infraction est commise, celle-ci doit être
portée à la connaissance du ministère public par la victime, par les services de
Police ou de Gendarmerie ou par toutes personnes intéressées, durant un laps
de temps fixé par la loi. L’infraction peut alors être poursuivie par le ministère
public puis par un tribunal qui peut sanctionner les agissements répréhensibles.
Passé ce délai, si aucune poursuite n’a été engagée, l’action publique non mise
en œuvre par le ministère public s’arrête ; il y a donc prescription. Le point de
départ de l’infraction est en principe le jour de la commission de l’infraction.
Passé ce délai, il ne sera donc plus possible de poursuivre l’auteur et il ne sera
plus accessible à la sanction pénale.

Le délai général
Le délai de prescription varie en fonction du type d’infraction :
■ pour les crimes, le délai de prescription est de 10  ans (article  7 du Code
Pénal) ;
■ pour les délits, le délai de prescription est de 3 ans (article 8 du Code Pénal) ;
■ pour les contraventions, le délai de prescription est de 1 an (article 9 du Code
Pénal).
4. L’indemnisation des victimes 53

Le délai spécifique
Certaines causes aggravantes rallongent le délai de prescription. Par exemple,
si l’infraction est commise sur un mineur de 15 ans et moins, si elle est accom-
plie par un ascendant ou une personne ayant autorité (parents, grands-parents,
professeurs, tuteurs…) ou encore lorsque la victime a été mise en contact avec
l’auteur des faits grâce à l’utilisation d’un réseau de télécommunications tel que
l’Internet et les « chats » :
■ pour les crimes, le délai de prescription est de 20 ans (article 133-2 du Code
Pénal) ;
■ pour les délits, le délai de prescription est de 10 ans (article 133-3 du Code
Pénal) ;
■ pour les contraventions, le délai de prescription est de 3 ans (art. 133-4 du
Code Pénal).
Les personnes mineures peuvent donc porter plainte ou se faire connaître du
ministère public après leur majorité car la loi française prévoit que la prescrip-
tion soit suspendue pendant la minorité de l’enfant et ne commence à courir
qu’après sa majorité.

À retenir
• Pour les crimes commis sur un mineur (exemple viol), la victime pourra donc
agir jusqu’à ses 38 ans. En effet, le calcul s’effectue à partir de ses 18 ans, puis
20 ans sont ajoutés qui correspondent au délai de prescription.
• Pour les délits commis sur un mineur (exemple agressions sexuelles), la vic-
time pourra agir jusqu’à ses 28 ans calcul : 18 ans (majorité) + 10 ans (délai
de prescription).
• Les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles.

Les recours spécifiques


Les victimes d’infractions : la CIVI
Modalités de saisie
Toute personne ayant été victime d’une infraction pénale peut, sous certaines
conditions, en demander l’indemnisation en s’adressant à la CIVI – Commission
d’Indemnisation des Victimes d’Infraction. Cette commission siège auprès du
Tribunal de Grande Instance. La victime doit adresser sa demande (directement
ou par l’intermédiaire d’un avocat) au choix, auprès de la CIVI :
■ dont dépend son domicile ;
■ qui a jugé l’infraction ;
■ qui a déjà été saisie de la même infraction par une autre victime.
La possibilité de demander une indemnisation se transmet aux ayants droit
de la victime décédée, qui peuvent donc déposer une demande en son nom,
mais également en réparation de leur propre préjudice s’ils sont victimes par
contrecoup (par exemple l’époux d’une policière décédée par balle dans le
54 I. Du côté des impliqués

cadre de ses fonctions et maman d’un petit enfant). L’indemnisation peut être
limitée, voire refusée, en cas de faute avérée de la victime (exemple cambrioleur
blessé par le propriétaire de l’habitation « visitée »).

Conditions de recevabilité
Pour déposer une requête auprès de la CIVI, la victime doit avoir subi un préju-
dice résultant de faits volontaires ou non et qui présentent le caractère matériel
d’une infraction. La réparation peut être intégrale ou partielle en fonction de la
gravité du préjudice.
■ Indemnisation intégrale (art.706-3 du Code de procédure pénale) lorsque les
faits :
• ont entraîné la mort, une incapacité permanente ou une incapacité totale
de travail supérieure à un mois,
• sont constitutifs de viol, d’agression sexuelle, d’atteinte sexuelle sur mineur
ou de traite des êtres humains, sans condition d’incapacité minimum.
■ Indemnisation partielle (art. 716-14 du Code de procédure pénale) si la vic-
time a subi :
• un dommage corporel entraînant un arrêt de travail ou d’activité de moins
d’un mois,
• un vol, une escroquerie, un abus de confiance, une extorsion de fonds ou
la détérioration d’un bien lui appartenant.
Pour prétendre à une indemnisation, la victime doit remplir les conditions
suivantes :
■ ses ressources mensuelles doivent être inférieures au montant du plafond de
l’aide juridictionnelle partielle (1  328  € au 1er  janvier 2008) augmenté en
fonction du nombre de personnes à charge (159 € par mois pour les deux
premières personnes à charge, 101 € pour les suivantes) ;
■ l’indemnisation de son préjudice par ses assurances personnelles, sa mutuelle,
sa sécurité sociale ou tout autre débiteur se révèle insuffisante ou impossi-
ble ;
■ les faits doivent avoir entraîné dans sa vie des troubles graves, qui devront
être évalués par une expertise.
L’indemnisation, dans ce cas, est plafonnée à trois fois le plafond de res-
sources fixé pour l’attribution de l’aide juridictionnelle partielle, soit actuelle-
ment 3 984 €.

Conditions de nationalité
Si l’infraction a été commise sur le territoire national, peuvent être indemni-
sés :
■ les sujets de nationalité française ;
■ les ressortissants de l’Union Européenne et de l’Espace Économique euro-
péen ;
■ les personnes de nationalité étrangère en séjour régulier (au jour de l’infra-
ction ou de la demande d’indemnisation).
Si l’infraction a eu lieu à l’étranger, seules les personnes de nationalité fran-
çaise peuvent prétendre à l’indemnisation.
4. L’indemnisation des victimes 55

Conditions de délai
Le délai à respecter pour présenter sa demande est de trois ans à compter de
la date de l’infraction. Si une procédure judiciaire a été engagée, le délai est de
1 an à compter de la dernière décision de justice. Le droit à indemnisation existe,
même si les faits sont prescrits ou couverts par l’amnistie et même si l’auteur est
inconnu, décédé ou irresponsable en raison de son état psychiatrique.
Organisme payeur
Le fond de garantie des victimes d’actes de terrorisme et d’autres infractions
(FGTI) est l’organisme payeur depuis la loi du 6 juillet 1990. Il est alimenté par
une somme prélevée sur chaque prime d’assurance. Après indemnisation de la
victime, le fond de garantie se retourne contre le responsable du dommage.

Les victimes d’accidents de la voie publique


Depuis la loi du 5 juillet 1985 (loi Badinter) les victimes d’accidents de la circu-
lation n’ont plus à apporter la preuve du dommage pour en demander répa-
ration. C’est à la personne mise en cause d’apporter la preuve qu’elle n’a pas
réalisé de faute ou d’imprudence.
Organisme payeur
Le fond de garantie automobile est chargé d’indemniser les victimes lorsque le
responsable du dommage n’a pas été retrouvé ou n’est pas assuré.
Conditions de recevabilité
L’indemnisation des dommages résultants des atteintes à la personne des vic-
times est la règle, dans tous les cas, même si elles ont commis une faute. La seule
exception est la faute inexcusable de la victime si elle a été la cause exclusive de
l’accident, mais cette exception est levée pour les victimes de moins de 16 ans
ou de plus de 70 ans et pour celles qui ont un taux d’incapacité permanente ou
d’invalidité de 80 % ou plus.
L’indemnisation des dommages aux biens par la victime est limitée ou exclue
en cas de faute commise par la victime.

Les victimes d’actes terroristes


■ La loi du 9 septembre 1990 a mis en place un système d’indemnisation des
atteintes corporelles subies par les victimes d’actes de terrorisme et d’attentats.
■ Ce dispositif a été complété par la loi du 23  janvier  1990, qui étend aux
victimes d’actes terroristes commis depuis le 1er janvier 1982 le bénéfice des
dispositions du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de
guerre, applicables aux victimes civiles de guerre (exemple, adolescents vic-
times de l’attentat du Caire).
■ La victime ne peut pas être indemnisée deux fois mais peut choisir la répa-
ration la plus avantageuse pour elle : soit civile, soit militaire. Il lui faut pour
cela subir des expertises pour évaluer son préjudice (corporel, esthétique,
matériel, souffrance endurée, Incapacité Temporaire Totale, Incapacité Per-
manente Partielle, etc.).
56 I. Du côté des impliqués

Organisme payeur
Le fond de garantie des victimes d’actes de terrorisme et d’autres infractions
(FGTI) indemnise intégralement les dommages corporels des victimes blessées
et les préjudices moraux et économiques des ayants droit des victimes décé-
dées. Les dommages aux biens sont uniquement pris en charge par les contrats
d’assurance des victimes.
Condition de nationalité
Le FGTI indemnise toutes les victimes, quelle que soit leur nationalité, d’actes
de terrorisme survenus en France à compter du 1er janvier 1985. Pour les actes
de terrorisme survenus à l’étranger, le fond de garantie indemnise les seules
victimes de nationalité française.
Conditions de recevabilité
Pour être qualifié d’acte de terrorisme, l’événement doit réunir deux critères :
■ être une infraction en relation avec une entreprise individuelle ou collective ;
■ avoir pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la
terreur.
Conditions de délai
La victime, ou ses ayants droit, dispose d’un délai de 10 ans à compter de la
date de l’acte terroriste pour saisir le fond de garantie.
5 Les réactions possibles
du sauveteur

Les mécanismes de défense


■ Processus psychiques inconscients utilisés par le sujet pour se protéger d’une
réalité perçue comme dangereuse et rejeter hors conscience les émotions
difficiles ou insupportables.
■ Servent à diminuer l’anxiété ou la souffrance ressentie pour permettre au
sujet de faire face à la situation.
■ Habituellement, leur utilisation est banale, souple, normale et participe à
contribuer aux traits de caractère.
■ En situation de stress extrême, ils peuvent être exacerbés et venir envahir le
fonctionnement psychique du sujet.
■ Chez les sauveteurs, les principaux mécanismes de défense repérables sont :
• le déni, qui permet de se détacher comme si ce n’était pas vrai. Ce qui peut
conduire le professionnel à être dans l’incapacité d’entendre ce qui lui est
dit et de penser la situation,
• la banalisation, pour limiter sa propre émotivité. Elle peut conduire le pro-
fessionnel à minimiser ce que la personne impliquée ou un collègue essaye
de lui dire et/ou à renforcer son sentiment de culpabilité en lui laissant
croire que ce qu’il subit n’est pas si grave,
• l’identification projective, «  se mettre à la place de…  », ce qui fait que le
professionnel n’est plus à sa place, perd son identité de sauveteur et ses
capacités,
• l’évitement, conduit le professionnel à tenter d’échapper à la prise en
charge, soit en évitant les impliqués, soit en ne se rendant pas disponible
auprès des collègues,
• la fascination qui conduit à agir très vite, avec une sorte de court-circui-
tage des processus habituels de pensée et une invalidation de tout esprit
critique, ce qui conduit à des passages à l’acte sans respect des procédures
habituelles. Cette fascination peut conduire à de multiples collusions ins-
titutionnelles et entraîner également de véritables confusions de rôle, plus
personne n’étant à sa place. Ainsi, des médecins se prennent pour des
policiers, des secouristes pour des médecins, des policiers pour des juges,
des travailleurs sociaux pour des thérapeutes, etc.,
• l’ironie, est une façon pour le sauveteur de tenter de prendre une distance
par rapport aux événements auxquels il est confronté, mais cet humour est
souvent blessant pour ceux qui sont visés,
• le mensonge qui consiste à mentir délibérément à une personne (impliqué
ou collègue) pour ne pas avoir à gérer la violence émotionnelle de la situa-
tion. Par exemple, dire « ça va aller, tout va bien » alors que le sauveteur sait

Sauveteurs et événements traumatiques


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60 II. Du côté des professionnels

pertinemment que la personne à qui il s’adresse va apprendre d’ici peu,


qu’il y a des morts dans son entourage.

Le stress
Définition
Le stress vient du latin stringere  : mettre en tension. Le stress définit aussi
bien une situation subie par l’organisme que la réaction de celui-ci à cette
situation. Les mécanismes du stress ont pour fonction de nous permettre de
faire face à une situation difficile et de nous y adapter au mieux. L’absence de
stress peut donc être dommageable car nos ressources ne sont pas mobilisées
à leur maximum et notre performance sera limitée. Le stress est donc fonda-
mentalement utile, mais à la condition que les réactions biologiques et psy-
chologiques soient déclenchées à bon escient et dans des limites acceptables.
Lorsque les limites sont atteintes et débordées, le stress n’est plus adapté, ce
qui peut conduire à un stress cumulatif potentiellement dommageable pour la
personne concernée.

Définitions
Le stress est une réponse physique et psychologique qui répond à une
nécessité de s’adapter à son environnement.
L’anxiété est une émotion alors que le stress fait référence à une situation
qui nous oblige à nous adapter.

Le stress reste une notion subjective puisqu’un même événement n’aura pas
les mêmes répercussions pour tous les individus concernés. Et pour chacun, la
même situation pourra être appréhendée de façon totalement différente, en
fonction de facteurs individuels et contextuels.

Le stress « normal » ou stress adaptatif


C’est une réaction « immédiate, biologique, physiologique
et psychologique d’alarme, de mobilisation des ressources
et de défense de l’individu face à une agression ou une menace »
(Crocq L).

Cette réponse de l’organisme agressé est donc un phénomène naturel, nor-


mal et utile à la survie car il permet de faire face efficacement aux situations
exceptionnelles. Il agit à trois niveaux :
■ il concentre l’attention sur la situation menaçante (vigilance et concentration
accrues) ;
■ il mobilise l’énergie nécessaire à l’évaluation de la situation et à la prise de
décision (augmentation des facultés de perception et rapidité de leur inté-
gration) ;
■ il prépare à l’action adaptée à l’agression.
5. Les réactions possibles du sauveteur 61

Tableau 5.1
Les effets gênants du stress adaptatif
Au niveau émotionnel Inquiétude
Peur
Sentiment d’insécurité
Anxiété diffuse
Perte de confiance en soi
Sentiment d’impuissance ou au contraire de toute puissance
Agacement, irritation, colère
Sidération
Au niveau comportemental Agitation motrice avec gestes non coordonnés
Agressivité verbale et/ou gestuelle
Ralentissement psychomoteur (gestes lents)
Inhibition (absence de réaction motrice)
Au niveau physique et Augmentation du rythme cardiaque
physiologique Respiration difficile
Tension musculaire
Rougeur ou pâleur
Chair de poule
« Nœud à l’estomac »
Tremblements
Envie impérieuse d’uriner, voire perte de contrôle des sphincters
(« grande débâcle »)

La réaction de stress normal (tableau 5.1) se déroule habituellement en trois


phases :
■ Phase d’alarme où les moyens de défense sont mobilisés de manière urgente
pour réagir rapidement au(x) agents stresseur(s). Le stress peut causer
l’apparition de réactions caractéristiques au niveau somatique (tachycardie,
hypersécrétion gastrique, sueurs, etc.) et au niveau psychique (hyperactivité,
fébrilité, euphorie ou, a contrario, un sentiment de détresse, de sidération,
d’oppression, etc.) :
• cerveau (le stress limite «  provisoirement  » la sensation de douleur. La
mémoire et la réflexion sont améliorées,
• yeux (les pupilles se dilatent pour assurer une meilleure vision),
• cœur (la tension artérielle augmente et le pouls s’accélère),
• poumons (plus grande consommation d’oxygène),
• foie (le sucre stocké sous forme de glycogène est libéré en glucose),
• rate (les gélules rouges se répandent dans l’organisme afin d’apporter de
l’oxygène aux muscles),
• glandes surrénales (elles sont stimulées et sécrètent en quantité de l’adré-
naline et de la noradrénaline),
• intestins (la digestion se ralentit pour permettre à l’organisme de délivrer
l’énergie nécessaire aux muscles),
• cheveux et poils se hérissent.
62 II. Du côté des professionnels

■ Phase d’adaptation lorsque les premiers signes physiques de la réaction


d’alarme ont disparu. Le corps s’adapte et la résistance s’élève au-dessus de la
normale. L’organisme mobilise un second niveau de ses ressources :
• glandes surrénales qui sécrètent du cortisol en quantité et régule le méta-
bolisme ;
• foie qui transforme les réserves de graisse en énergie disponible pour
l’organisme ;
• hippocampe, le centre de la mémoire et de l’apprentissage est activé ;
• réponse immunitaire affaiblie pour mieux mobiliser l’énergie disponible.
■ Si l’élément stresseur persiste, la défense est maintenue jusqu’à un certain
seuil et les réserves d’énergie nécessaire s’épuisent. L’organisme ne peut plus
s’adapter car les dépenses énergétiques sont trop importantes.
■ On peut constater :
• cerveau (la quantité de cortisol devient toxique pour les neurones avec une
fatigabilité importante, une irritabilité, un repli sur soi voire des troubles
dépressifs),
• système immunitaire (la disparition progressive des cellules de défense
affaiblit l’organisme et le rend plus sensibles aux agents pathogènes exté-
rieurs),
• intestins (la muqueuse de l’intestin se fragilise),
• circulation sanguine (l’augmentation de la pression artérielle et les varia-
tions brutales du rythme cardiaque endommagent l’élasticité des vais-
seaux).
■ Phase de récupération, c’est lorsque l’agent stressant est géré, la tension
baisse, la personne se détend et peu à peu, les réserves énergétiques se
reconstituent.

Le stress cumulatif
La réaction de l’individu au stress peut être comparée à un compteur car
beaucoup d’événements peuvent se trouver accumulés (les petits problèmes
du quotidien, les tensions professionnelles, les pressions institutionnelles, le
contexte social, les situations à risque, les événements de vie, etc.).
Le stress cumulatif résulte :
■ soit d’une exposition prolongée au stress (parfois mineur, prévisible mais
répétitif). On parle alors de stress chronique. La métaphore souvent utilisée
est celle de la goutte d’eau. Ainsi, seule et unique, une goutte d’eau n’occa-
sionne pas de dégâts sur une pierre, mais lorsque les gouttes ne cessent de
tomber, elles finissent par entraîner l’érosion des pierres les plus résistantes.
De la même façon, l’accumulation de « petits stress » peut venir à bout des
personnes les plus résistantes ;
■ soit de l’accumulation d’une série d’événements difficiles, au niveau profes-
sionnel et/ou privé. Cette forme de stress se développe habituellement pro-
gressivement mais son apparition est d’autant plus rapide que :
• les possibilités de récupération sont insuffisantes (manque de sommeil, de
vacances, de périodes de récupération entre deux missions, absence de
loisirs, etc.) ;
5. Les réactions possibles du sauveteur 63

• la personne présente des facteurs personnels de vulnérabilité (expériences


antérieures hautement stressantes ou traumatiques, non assimilées et non
élaborées).
Au cours d’une intervention, différents facteurs de stress peuvent se cumuler :
■ exigences liées au temps avec surcharge de travail ou, a contrario, périodes
d’inactivité forcée, nécessité de travailler rapidement et efficacement, longue
durée d’intervention ;
■ exigences liées aux conditions matérielles avec nécessité de s’adapter à la
météo (intempéries, fortes chaleurs) et à des lieux qui ne sont pas conçus
pour cela (pas de confort, problèmes logistiques, promiscuité, problèmes de
communication, etc.) ;
■ exigences physiques avec conditions difficiles, contraintes physiques, repas
aléatoires, manque de sommeil ;
■ exigences émotives avec environnement difficile (exemple certains quartiers
ressentis comme dangereux), situations d’insécurité et de danger, contact
avec les familles en détresse, dégagement de corps, confrontation à des corps
très abîmés ;
■ exigences mentales dès lors que les interventions d’urgence exigent de pen-
ser avec précision, d’établir des priorités et de prendre des décisions rapides
et efficaces dans une situation chaotique.
Le stress cumulatif peut s’exprimer de différentes façons.
■ Au niveau professionnel
• Détérioration progressive de l’efficacité professionnelle matérialisée par une
difficulté de concentration, une fuite ou hyperactivité stérile, une rigidité
dans la manière de penser, une résistance excessive au changement, un
évitement etc. ;
• perte d’objectivité quant à ses propres performances professionnelles et
celles des autres avec surévaluation ou dévalorisation, sentiment d’incom-
pétence et de non légitimité ;
• augmentation du nombre d’erreurs commises.
■ Au niveau relationnel
• Apparition d’attitudes inhabituelles comme irritabilité, larmes faciles,
méfiance injustifiée, attitude pessimiste, etc. ;
• modification de l’estime de soi, de la vision et du monde et des autres (atti-
tude négative envers soi-même, le travail, la vie, les collègues, les décideurs
et responsables politiques, etc.) ;
• déshumanisation de la relation à l’autre prise avec cynisme, humour déplacé,
sexisme, racisme, intolérance, jugements et critiques, agressivité ;
• retrait des relations sociales et repli sur soi ou plus rarement quête impor-
tante auprès des proches (famille, amis, collègues) avec besoin d’être
écouté, demande d’aide.
■ Au niveau comportemental
• Troubles du sommeil, de l’appétit (boulimie ou anorexie) ;
• tendance à recourir à des substances psychoactives (alcool, médicaments
psychotropes, drogues).
■ Au niveau somatique
• Fatigue excessive ;
64 II. Du côté des professionnels

• problèmes de santé soudains (maux de tête, troubles gastro-intestinaux,


maux de tête, infections rhino-pharyngées et grippales répétées ou prolon-
gées, problèmes dermatologiques, palpitations, vertiges, perturbation du
sommeil, etc.) ;
• aggravation d’un problème de santé existant au préalable ;
• majoration des troubles de l’humeur (variation importante de l’humeur,
exacerbation de la sensibilité, crises de larme et de colère, état dépressif,
angoisses, etc.).

Le stress dépassé
Confronté à une situation extrême, le sujet peut voir ses mécanismes habituels
de régulation du stress totalement débordé et se trouver en situation de stress
dépassé. Comme nous l’avons rappelé dans la première partie, le stress adap-
tatif peut sauver le sujet mais le stress dépassé, le met en danger car ses réac-
tions ne sont plus du tout adaptées à la situation. Trois types de réactions sont
habituellement décrits :
■ sidération matérialisée par une inhibition, une incapacité à faire quoi que
ce soit, le sauveteur reste prostré devant ses collègues comme auprès des
victimes ;
■ agitation incoordonnée qui perturbe les collègues, met du désordre dans
l’organisation ;
■ fuite panique entraînant un abandon de poste, recul et fuite devant l’obs-
tacle et les difficultés sans savoir véritablement pourquoi ni vers où (contrai-
rement à la fuite adaptée où le sujet sait parfaitement pour quelles raisons il
s’enfuit) ;
■ conduite automatique mettant en avant des gestes mécaniques inadaptés à
la situation ; par exemple un pompier qui se met à nettoyer le camion alors
que tous ses collègues s’activent pour les secours.
Ces réactions sont importantes à repérer car le professionnel est incapable
de faire ce qui lui a été demandé ; il ne s’en rend pas compte et peut se mettre
en danger. Par ailleurs, pour ses collègues, ces réactions déroutantes peuvent
conduire à des attitudes de reproches, de rejet et d’incompréhension. Il est alors
essentiel de pouvoir en parler en équipe pour mieux les comprendre.

À retenir
Les réactions de stress dépassé sont les traces de l’impact traumatique subit par
la personne.
Elles ne sont pas volontaires et doivent être comprises comme une blessure
psychique.

Le burn-out ou épuisement professionnel


Le burn-out est un terme actuellement beaucoup utilisé mais il n’est pas si récent
puisqu’il apparaît dès les années 1950. La métaphore souvent utilisée est celle
des moteurs dont le manque de carburant peut conduire à une surchauffe à
5. Les réactions possibles du sauveteur 65

l’origine de dégâts matériels importants, voire de bris définitif de la mécanique.


C’est un terme initialement exclusivement prévu pour décrire les conséquences
d’un stress professionnel.

Définition
Le burn-out, ou épuisement professionnel, résulte de l’épuisement des
mécanismes d’adaptation au stress subit dans le cadre du travail. Il affecte
généralement les professionnels qui ont en charge la responsabilité de
personnes et/ou qui poursuivent des objectifs difficiles à atteindre.

Les situations à risque pour le professionnel sont celles où il existe :


■ un déséquilibre entre ses tâches professionnelles et les moyens dont il dispose
pour les réaliser ;
■ une ambiguïté et/ou un conflit entre son rôle et celui d’un collègue ;
■ une difficulté à communiquer avec ses collègues ou ses supérieurs hiérar-
chiques ;
■ le sentiment de manque de contrôle sur son environnement de travail ;
■ la perception que son travail n’a plus de sens ;
■ le manque de congruence entre ses attentes face au travail et la réalité de
celui-ci ;
■ un manque de soutien et de reconnaissance ;
■ une charge de travail trop importante.
Dans ces situations, le sauveteur peut être insatisfait ou douter de la valeur de
son travail parce qu’il compare les résultats obtenus avec une norme idéale ou
avec ce qu’il désire réellement accomplir. La pression hiérarchique et institution-
nelle vient renforcer sa souffrance. Il peut se plaindre d’une fatigue continue et
d’épuisement mental, se sentir démotivé et incompétent, vouloir s’échapper de
sa situation professionnelle actuelle, se montrer irritable et souffrir de troubles
psychosomatiques.
Lorsque l’épuisement apparaît brutalement, notamment après une période
de manque de sommeil et de détente ou de carence alimentaire, on parle de
« flame-out ». À l’inverse du burn-out, le flame-out se récupère rapidement à la
faveur d’une courte période de repos (vacances, week-ends prolongés).
Manifestations du burn-out
■ Perte de toute motivation ;
■ fatigue intense souvent associée à une hyperactivité épuisante. Les jours de
repos ne permettent plus de récupérer de cette fatigue et le professionnel
reprend son travail tout aussi épuisé ;
■ agressivité permanente et sentiment d’être sans cesse agressé, explosions de
colère ;
■ crises de larmes, tristesse, découragement, idées dépressives ;
■ conduites auto-agressives, conduites addictives (alcool, automédication) ;
■ culpabilité et impression d’être responsable de tout ce qui arrive de mal, sen-
timent de ne pas être à sa place ;
66 II. Du côté des professionnels

■ atteinte de l’estime de soi ;


■ perte de l’autocritique et impossibilité de reconnaître son état.

La traumatisation vicariante et la fatigue


de compassion
La fatigue de compassion est une forme particulière du burn-out ou épuisement
professionnel touchant les intervenants de la relation d’aide. C’est l’expérience
de la rencontre avec la personne traumatisée qui constitue en elle-même
l’événement traumatique, par le fait que le sauveteur s’identifie aux victimes
touchées par le traumatisme. D’autres auteurs utilisent la dénomination « trau-
matisation vicariante  ». La traumatisation vicariante et la fatigue de compas-
sion ont pour effet majeur, une modification de la vision de soi et du monde :
perte du sentiment de sécurité et de confiance, perte de la capacité à être en
connexion avec les autres, désespoir ; cynisme, désillusions, perte de l’estime
de soi, négativité au travail, tendance au blâme et aux reproches personnels,
identification à la victime.

Les ressources pour prévenir le stress


Les facteurs de stress peuvent avoir des répercussions négatives dans les dif-
férents domaines de la vie du professionnel  ; il est pour cela important de
le prévenir et lorsqu’il se manifeste de bien le prendre en charge, sans le
banaliser. Les facteurs de protection face au stress professionnel sont liés à des
ressources internes mais également au contexte professionnel et aux facteurs
extérieurs.
Les ressources internes
Ces facteurs contribuent à renforcer positivement la vision que les profession-
nels ont d’eux-mêmes (nouvelles possibilités personnelles, sentiment de valeur
et d’estime de soi). Ils renforcent les valeurs humaines fondamentales et les rela-
tions interpersonnelles (ouverture, empathie). Ils permettent aux professionnels
de surmonter plus facilement les événements stressants et de mieux résister aux
effets de l’épuisement professionnel.
Les compétences sociales
■ Être sociable ;
■ être à même d’établir une communication de bonne qualité ;
■ avoir le sens de l’humour ;
■ être empathique ;
■ pouvoir relativiser ;
■ être capable de solliciter du soutien et d’accepter de l’aide en cas de besoin.

Le sens de l’autonomie
■ Pouvoir agir avec indépendance ;
■ avoir un profond sentiment d’identité personnelle ;
■ avoir de l’estime de soi ;
■ être capable d’établir des limites entre soi et les autres.
5. Les réactions possibles du sauveteur 67

L’habilité à résoudre les problèmes


■ Pouvoir faire preuve d’abstraction ;
■ savoir observer et être capable d’analyse ;
■ accepter de faire un travail sur soi (introspection) ;
■ être pragmatique ;
■ faire preuve de flexibilité dans la façon de penser ;
■ être à même de trouver des solutions alternatives ;
■ pouvoir s’intégrer dans un processus d’apprentissage continu ;
■ savoir s’ajuster aux attentes (les siennes et celles de l’extérieur).

La capacité à se projeter dans l’avenir


■ Pouvoir repérer ses besoins et identifier ses attentes ;
■ avoir des projets pour l’avenir et être capable d’anticiper ;
■ se fixer des objectifs et des buts à atteindre ;
■ éprouver un sentiment d’utilité et de compétence personnelle ;
■ être patient et persévérant ;
■ supporter la frustration face à des choses qui n’arrivent pas ;
■ porter un regard positif sur le monde extérieur et faire preuve d’optimisme.

Les ressources externes


Les ressources interpersonnelles
La capacité à surmonter des événements éprouvants est aussi liée à la qualité du
réseau social et des liens entre collègues. Les mécanismes de soutien ambiant
agissent comme un espace de protection et procurent un réservoir de ressources
qui permet de faire face efficacement au stress.
Ces facteurs sont en particulier :
■ la compréhension, le soutien et l’affection de la famille ;
■ les relations significatives et satisfaisantes au niveau amical ;
■ les relations positives avec les collègues ;
■ la solidarité et le soutien de la part des collègues ;
■ l’intégration dans des réseaux de professionnels permettant d’échanger et de
partager des expériences.
Les ressources organisationnelles de l’équipe
La façon dont l’équipe est organisée et la manière dont le service et l’institution
sont structurés, participent à renforcer ou non, les capacités de résistance indivi-
duelles et collectives face à un événement traumatique. Au sein d’une équipe et
d’un service, les facteurs dépendants de l’organisation agissant comme facteurs
de protection sont :
■ le respect de chacun ;
■ la valorisation et la reconnaissance du travail effectué ;
■ le respect de la place de chacun ;
■ un cadre de fonctionnement clair et cohérent ;
■ une communication efficace entre pairs ainsi qu’avec la hiérarchie ;
■ la possibilité d’exprimer ses opinions, ses besoins, ses attentes sans crainte des
jugements ;
68 II. Du côté des professionnels

■ la présence de postures professionnelles permettant la résolution de


conflits ;
■ une fonction, un statut et une position clairement définis et reconnus en
définissant profil de poste, rôle, tâches, objectifs ;
■ la mise à disposition de moyens adaptés aux tâches et aux objectifs ;
■ la possibilité d’avoir des contacts sociaux positifs ;
■ l’acceptation d’un apprentissage mutuel ;
■ l’attention portée à chacun et au groupe suite à une intervention (débrie-
fing).

Les réactions post-traumatiques


Période post-immédiate
De 2 jours à 1 mois après l’événement, elles marquent l’entrée dans la névrose
traumatique :
■ peuvent apparaître après une phase de latence de quelques jours à plusieurs
mois ;
■ se manifestent par :
• des reviviscences soit des visions en flash ou des terreurs nocturnes,
• des difficultés d’endormissement et troubles du sommeil,
• une fixation mentale sur l’événement (rumination),
• une euphorie excessive ou un retrait par rapport aux activités personnelles
et/ou professionnelles.

Période chronique
Dure plus de 3 mois, c’est l’état de stress post-traumatique caractérisé par dif-
férents symptômes.

Symptômes de reviviscence
■ Visions hallucinatoires, cauchemars, vécus comme si l’événement venait de se
reproduire ;
■ ces reviviscences sont soit spontanées, soit réactivées suite à un stimulus
olfactif (odeur incendie, odeur de cadavre), auditif ou visuel.

Symptômes névrotiques généraux


■ Asthénie physique, psychique et sexuelle ;
■ anxiété, phobie et rituels obsessionnels ;
■ troubles psychosomatiques ;
■ troubles des conduites addictives de tabac, alcool.

Altération de la personnalité
■ Attituded’alerte, sursauts, hypervigilance et évitement ;
■ pertede motivation, retrait du groupe ;
■ égocentrisme, impression d’être abandonné et incompris ;
■ conduites auto-agressives.
5. Les réactions possibles du sauveteur 69

La prévention thérapeutique
La Prévention à court terme
Tous les éléments permettant au sauveteur d’anticiper l’événement sont suscep-
tibles d’en limiter l’impact traumatique.
Différentes actions peuvent être menées.
Avant toute intervention
■ Sensibilisation ;
■ entraînements et exercices.
Au moment du départ
■ Informations maximales sur la mission pour s’y préparer (type d’événement,
composition de l’équipe, nombre des victimes, état des victimes, risques
inhérents à la mission, matériel envisagé, durée prévisible ;
■ définition précise de la mission sur place et des tâches à accomplir afin de
limiter l’inconnu et l’incertitude : « Ma mission/ma tâche consiste à… » ; « Je
suis responsable de… » ; « L’objectif est de… » ;
■ si le départ correspond à un renfort à l’étranger, il faut s’informer sur le pays :
coutumes, mœurs, langue, religion, climat, partenaires locaux, moyens de
transport, conditions d’hébergement, alimentation, etc.
Sur site
■ Discipline et respect des consignes ;
■ attention portée à soi-même et à chacun des sauveteurs ;
■ limiter le stress cumulatif (aménagement de plages de repos – récupération,
sommeil  –, manger régulièrement, maîtriser la consommation d’alcool, de
tabac et de médicaments ;
■ faire circuler l’information et communiquer de façon claire et précise ;
■ éviter de s’isoler et développer l’écoute avec les collègues ;
■ accepter ses limites en sachant se tenir en retrait, passer le relais ou renoncer ;
■ se soutenir mutuellement et se montrer attentifs aux éventuelles réactions des
collègues ;
■ développer le travail d’équipe ;
■ solliciter éventuellement l’expérience d’un « psy » pour soutien et prise en
charge immédiate (defusing).
Au décours de la mission
■ Remercier l’ensemble de l’équipe (ceux partis en intervention, ceux restés à la
base pour assurer la continuité du service) ;
■ débriefing technique avec le responsable de la mission ;
■ débriefing psychologique avec un psychologue ou un psychiatre ;
■ offrir un soutien ou une aide à tout membre de l’équipe qui rencontrerait un
malaise ou des difficultés dans le respect de la confidentialité ;
■ attention portée aux proches (conjoints, enfants) si le sauveteur est blessé ;
■ en cas de mission à l’étranger, il est essentiel de préparer les membres de
l’équipe à la réintégration de la vie quotidienne et de proposer aux familles
70 II. Du côté des professionnels

un temps d’échange avant le retour et juste après. L’expérience vécue peut


bouleverser les systèmes de valeurs et de représentations préexistants et dans
certains cas troubler les relations car les sauveteurs ne se reconnaissent plus
et paraissent comme différents, voire étrangers pour leurs proches.

À retenir
Apprendre à partager ses émotions avec le groupe et s’autoriser à le faire est
la meilleure des préventions face au burn-out : mettre des mots sur le ressenti,
transmettre l’événement avec toutes les émotions, c’est commencer à s’en
dégager.
• Mais l’expression des émotions est libre et ne doit pas être obligatoire ;
• chacun parle de soi et pour soi ;
• pas d’interprétation ni de jugement de valeur sur les témoignages des
autres.

La prévention à long terme


■ Par la sélection lors du recrutement initial ;
■ par la formation, l’information et l’entraînement des sauveteurs aux situations
traumatiques qu’ils sont susceptibles de rencontrer ;
■ par des bonnes connaissances des notions essentielles de psychologie, de
juridique tout autant que des connaissances médicales ;
■ par une formation sur la gestion du stress ;
■ par la mise à disposition d’espaces de parole libre et confidentiels, de consul-
tations médicales et psychologiques.
6 La prise en charge
psychologique des victimes
par les sauveteurs

Les objectifs
Le sauveteur doit, par son action auprès des personnes impliquées dans l’événe-
ment, participer à la chaîne de soin et de prise en charge. L’objectif de sa mis-
sion est de porter secours et d’apporter à chaque victime et/ou son entourage
la prise en charge la plus adaptée dans un respect permanent de son humanité
et de sa dignité en tant que sujet. Lors d’événements traumatiques, la victime
et/ou ses proches peut avoir des réactions inhabituelles et manifester différents
signes de souffrance (physique et/ou psychique) qu’il s’agit de prévenir et de
soulager lorsqu’ils s’expriment. Les comportements inhabituels et la souffrance
psychique peuvent s’aggraver au cours de l’intervention et témoignent alors
d’une détresse psychique intense qu’il convient de prendre en compte comme
toute autre détresse.

Les types d’interventions


La prise en charge de personnes victimes d’événement traumatique confronte
à un contexte d’urgence où de multiples éléments sont à prendre en consi-
dération.

À retenir
Il s’agit d’assurer :
• les secours immédiats ;
• la collaboration avec l’ensemble des intervenants ;
• un soutien psychologique pour les victimes et leurs proches ;
• une aide psychosociale pour les victimes et leurs proches ;
• un relais pour une éventuelle prise en charge ultérieure.

Les principes
Porter secours, c’est être capable d’établir une relation d’aide auprès des per-
sonnes impliquées en respectant le cadre posé par les responsables de l’orga-
nisation des secours. Il n’existe pas d’outils prêts à penser la relation d’aide et
le soutien psychologique. Pour chaque impliqué la relation est à repenser car
chaque personne est différente et renvoie le sauveteur à des choses différentes.
La prise en charge de victimes n’est pas du bon sens car certains mots, certaines

Sauveteurs et événements traumatiques


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72 II. Du côté des professionnels

attitudes peuvent véritablement blesser les personnes impliquées et venir aggra-


ver la détresse ressentie. Le sauveteur doit donc apprendre à savoir parler, mais
aussi à savoir se taire en adoptant une attitude de présence silencieuse mais
attentive et disponible auprès des victimes.

Attitude verbale et non verbale


La posture physique
La position du sauveteur à l’égard de la victime est primordiale car elle symbo-
lise sa capacité à s’adapter aux besoins de la personne dont elle s’occupe.
■ S’ajuster physiquement à la victime, c’est se mettre au même niveau visuel en
ne pas restant debout si la victime est assise ou allongée afin d’éviter à la victime
tout sentiment d’infériorité. L’intervenant peut adopter une attitude en miroir
en prenant les gestes et la posture de la personne dont il s’occupe. De cette
façon, le sauveteur témoigne symboliquement à la victime qu’il est attentif à ce
qu’elle vit. Cela doit être fait naturellement et non de façon caricaturale.
■ Certains gestes ou comportements peuvent s’exprimer spontanément, du
côté du sauveteur comme de la victime, car ils sont culturellement codés
(geste d’ouverture ou de fermeture des jambes ou des bras). Il peut être
intéressant de les repérer car ils témoignent de ressentis que la personne peut
avoir du mal à exprimer.
■ L’attitude générale du sauveteur doit être respectueuse de la personne qu’il
prend en charge : éviter les soupirs et attitudes d’exaspération, les mains dans
les poches, la désinvolture, l’humour déplacé et l’ironie, une posture ou une
attitude supérieure, voire méprisante…
Le regard
■ Maintenir un lien par le regard avec la personne prise en charge est indispen-
sable mais difficile.
■ L’horreur de la situation et de ce qu’ont pu vivre les victimes peut entraîner
chez les sauveteurs des réactions d’effroi, de dégoût, de gêne ou de panique.
Sans avoir prononcé un seul mot, le sauveteur renvoie involontairement par
ce regard, une impression de rejet ; autrement dit, du côté de la victime « Si
je suis regardée avec une telle frayeur, un tel dégoût, c’est donc bien vrai que
je vis l’horreur et que je suis quelqu’un de dégoûtant… ». Le sauveteur doit
donc apprendre à contrôler ses émotions pour offrir aux victimes le regard le
plus neutre possible par rapport à l’intimité de la victime.

La voix
■ Parlerlentement sur un ton calme et assuré, afin d’être bien compris et d’être
rassurant.
■ Ne jamais crier, ne jamais menacer ou insulter les personnes impliquées,
même si leurs propos et leur attitude sont provocants.

Le respect
Il passe très souvent par le vouvoiement et l’usage de la politesse en nommant
les personnes par leur nom dès que celui-ci est connu, pour limiter l’impression
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 73

de désappartenance : « Madame X, Monsieur Y. ». Ne pas utiliser le prénom, qui


marque une proximité qui pourrait paraître aux victimes déplacée, sauf pour
les mineurs. Le respect et la correction sont permanents y compris pour une
personne agressive ou présentant des troubles psychiatriques. Le vocabulaire
utilisé est adapté en fonction de l’interlocuteur, sans pour autant infantiliser la
personne blessée et il est essentiel de s’assurer que la personne comprend bien
ce qu’on lui dit.

Le contact physique
Le contact n’est pas appréhendé de la même façon selon les situations, les
cultures et les états émotionnels :
■ la zone intime s’étend dans un rayon de 30 à 50 cm autour de nous ;
■ la zone personnelle concerne l’espace jusqu’à 1  mètre, c’est la zone du
­rapport amical ;
■ la zone publique est située au-delà et correspond à la zone sociale des contacts
avec des personnes étrangères.
Respecter une certaine distance et ne pas approcher brutalement puis tou-
cher une victime sans le lui demander ou le lui expliquer, s’il s’agit de soins. Par
exemple, la prévenir qu’elle va être examinée et qu’il est nécessaire qu’on l’aide
à défaire sa chemise ; lui expliquer calmement les gestes réalisés.

Le langage
■ Adapter son langage à la personne prise en charge et s’ajuster au plus juste
de ce qu’elle peut comprendre ;
■ ne pas utiliser un vocabulaire trop subtil auprès d’une personne qui semble
avoir des difficultés de compréhension ;
■ ne pas parler de façon infantile à une personne qui utilise elle-même un voca-
bulaire élaboré ;
■ si un problème de compréhension de langue par une personne d’origine
étrangère apparaît, il est essentiel de rechercher sur site un éventuel traduc-
teur (parmi les proches de la victime) pour médiatiser la prise en charge ou
de solliciter les services administratifs de la préfecture pour avoir un traduc-
teur ;
■ préparer les personnes sollicitées pour la traduction en définissant bien
les attentes (traduction mot pour mot et non réinterprétation), rappel du
respect de la confidentialité et leur consacrer, après cette prise en charge
de la victime, un temps spécifique pour qu’ils puissent exprimer leur res-
senti.

Les mots et attitudes à privilégier


■ Savoir se présenter (nom et organisation) ;
■ agiravec retenue sans agressivon ni intrusion ;
■ savoir se taire et accepter d’apporter une présence silencieuse mais attentive
et bienveillante  : dans ce type d’événement, les mots sont rarement d’un
grand recours. Il est par contre essentiel pour les victimes et leur entourage
de ne pas se sentir seuls et abandonnés ;
74 II. Du côté des professionnels

■ humaniser la relation et parler à la première personne : le « on » est totale-


ment impersonnel et laisse la victime dans un état d’insécurité ;
■ accepter les manifestations de détresse de la victime sans la juger : colère,
culpabilité, incrédulité ;
■ s’assurer que les besoins vitaux de la victime sont garantis et vérifier qu’elle
est le plus confortablement installée. Si les conditions sont rudimentaires, le
lui dire en lui expliquant que c’est passager, par exemple : « Pour l’instant,
nous vous installons ici, ce n’est pas très confortable mais ici vous êtes en
sécurité et nous pouvons nous occuper de vous et dès que cela sera possible
nous trouverons un autre lieu » ;
■ respecter son envie ou son refus de parler et ne pas faire d’intrusion avec
injonction d’exprimer ce qu’elle ressent ;
■ respecter sa vie privée et ne pas poser des questions trop intrusives (le sauve-
teur n’est pas un agent de police) ;
■ rassurer la victime sur ses réactions ;
■ l’informer de l’organisation des secours et de ce qui est prévu pour la suite de
sa prise en charge si le sauveteur en a connaissance, autrement dit, ne pas lui
inventer des histoires en pensant la rassurer et s’engager sur des points que le
sauveteur ne maîtrise pas ;
■ ne pas se précipiter et prendre le temps nécessaire à la prise en charge ;
■ lorsque cela est possible, lui proposer qu’un secouriste l’accompagne pour
chercher ses affaires ou s’en charger si elle ne peut pas se déplacer ; ou pour
rester auprès d’elle pour les démarches administratives si elle le souhaite ;
■ lui proposer de prévenir des proches ou si elle ne peut pas s’exprimer, se
renseigner pour tenter d’avertir au plus vite son entourage ;
■ si l’intervention a lieu au domicile de la victime, rester discret et ne pas faire
de commentaires déplacés sur les lieux ;
■ ne pas rester seul et travailler en équipe. Dans une équipe, la diversité est une
richesse qui permet d’assurer la complémentarité des actions. Au niveau des
équipes de secouristes, il peut par exemple être convenu qu’un sauveteur
prenne en compte l’urgence vitale et qu’un autre soit chargé de s’intéresser à
la souffrance psychique ou psychosociale de la victime ou de son entourage.
Au cours des différentes interventions, il est souhaitable que ce ne soit pas
toujours le même équipier secouriste ;
■ assurer une bonne coordination entre intervenants et entre services pour limi-
ter l’attente des victimes et leur éviter de répéter de multiples fois ce qu’elles
ont déjà dit ;
■ ne pas hésiter à demander des renforts ;
■ protéger les victimes des médias.

Les mots et attitudes à éviter


■ Presser la victime et la contraindre à aller à un rythme qui n’est pas le sien,
sauf bien sûr pour les évacuations ;
■ culpabiliser la victime et juger ses réactions : « Vous réalisez ce que vous avez
fait ? » « Si vous aviez fait… » ; « Vous n’auriez jamais dû… » etc. ;
■ ne pas utiliser les termes comme « erreur », « faute » et les critiques ;
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 75

■ ne pas respecter les mécanismes de défense exprimés par exemple en décul-


pabilisant de manière intempestive la victime en lui assénant : « Ce n’est pas
de votre faute » ; « Vous ne pouvez rien y faire ». Si la victime exprime en
immédiat un sentiment de culpabilité, c’est la manifestation d’un mécanisme
de défense. Le nier et lui dire « Non, ce n’est pas de votre faute, vous n’êtes
pas coupable » est une façon de dire à la victime que ce qu’elle pense n’a
aucune valeur et que vous, sauveteur, vous savez mieux qu’elle ce qu’elle res-
sent. En immédiat, cela soulage le sauveteur, mais n’est d’aucune aide pour
la victime. Ce sera éventuellement le travail du psy de mieux comprendre
le sens de cette culpabilité et d’aider la victime à s’en dégager. Le sauveteur
peut par contre dire à la victime « Aujourd’hui vous vous sentez coupable… »
ce qui laisse envisager que demain les choses puissent, demain, être diffé-
rentes  ; «  Pouvez-vous m’expliquer ce qui vous amène à penser que c’est
de votre faute », ce qui ouvre la voie aux croyances de la victime quant à sa
culpabilité ; médiatiser ce qu’il ressent « J’entends bien que vous vous sentez
coupable, je ne pense pas comme vous et pour moi… » ce qui renvoie à la
victime un respect de ce qu’elle pense tout en lui offrant une autre pers­
pective ;
■ dénier l’inquiétude de la victime en lui disant par exemple de se cal-
mer ou dédramatiser alors qu’elle a de bonnes raisons d’être stressée et
inquiète ;
■ la rassurer à tort et donner de faux espoirs alors que le sauveteur n’a aucun
élément du contexte. Par exemple, lui dire « Ça va aller », « Tout va bien »
alors que la victime est sans nouvelle de ses proches et qu’elle ne sait pas s’ils
sont ou non décédés ;
■ forcer la compréhension de la situation alors que la victime est en état de
stress dépassé et dans l’incapacité de comprendre ce qui arrive, par exemple
répéter de façon très brusque à un impliqué que son proche vient de mourir
alors que cette personne est en état de stress dépassé ;
■ banaliser la gravité de la situation en disant par exemple «  Ce n’est pas
si grave  » ou dans le cas d’un suicide «  C’était sa décision, c’est mieux
ainsi » ;
■ connoter dramatiquement ce qui est vécu, « C’est atroce, c’est épouvantable,
c’est l’horreur ». Ces mots sont à bannir de votre vocabulaire car ils renvoient
la victime vers le cauchemar. Mieux vaut privilégier des termes moins violents
tels que « difficile, douloureux » ;
■ projeter la victime dans une temporalité dans laquelle elle n’est pas, par
exemple dans le cas de décès de jeunes enfants, «  Vous verrez, avec le
temps, ça ira mieux », « Vous êtes encore jeune, vous pourrez avoir d’autres
enfants » ;
■ donner des informations non vérifiées, par exemple annoncer qu’une per-
sonne est décédée comme la rumeur le dit sans s’assurer auprès de la préfec-
ture que c’est bien le cas ;
■ « saouler » la victime de paroles et de consignes ;
■ avoir des attitudes d’ingérence dans la vie privée de la victime en prenant des
décisions sans l’en informer alors qu’elle est en état d’exprimer son avis ;
76 II. Du côté des professionnels

■ raconter sa vie privée à la victime ou se mettre à parler de sujets totalement


déplacés, par exemple les scores du dernier match alors que les familles atten-
dent la liste des décédés ;
■ agir seul sans tenir compte des consignes et rester seul alors que l’on se sait
débordé par la situation ;
■ s’identifier à la victime et lui imposer ses propres représentations face au
trauma et à la mort ;
■ se perdre dans une extrême compassion (« Ma pauvre… ») ou dans une indif-
férence et un rejet préjudiciable à l’équilibre psychique du sauveteur comme
à celui de la victime ;
■ être fasciné par la spectacularisation de l’horreur ;
■ psychiatriser des réactions émotionnelles et mépriser leur sens culturel et/ou
religieux, par exemple en sédatant des personnes pleurant trop bruyamment ;
■ multiplier les intervenants et contraindre la victime à répéter encore et encore
ce qu’elle a déjà dit ;
■ agresser verbalement la victime, se moquer, s’énerver après elle ou se plain-
dre et manifester devant elle son désaccord avec l’équipe ;
■ se précipiter sans réfléchir et sans penser aux actions qui vont être menées ;
■ montrer les dysfonctionnements de l’équipe devant la victime ou ses
­proches ;
■ prendre des photos des victimes, qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes ;
■ monnayer des renseignements concernant l’événement, l’identité des vic­
times à la presse ;
■ au moment du départ, utiliser des expressions culturellement bien codées
mais inadaptées à la situation, par exemple « bonne journée » : la victime res-
sent alors une impression de totale incompréhension face à ce qu’elle est en
train de vivre. Il est important d’apprendre à quitter les victimes autrement,
par exemple leur rappeler que si elles ont besoin d’aide, elles peuvent contac-
ter tel ou tel service.

À retenir
La prise en charge consiste à s’ajuster à chaque personne de façon respectueuse
et humanisante.

Éthique des sauveteurs


Au sens large, l’éthique est la science de la morale. Au sens d’éthique pro-
fessionnelle, cela regroupe les notions, les principes, les valeurs morales qui
permettent de juger d’un acte ou de l’absence d’un acte comme acceptable ou
inacceptable dans le cadre des activités professionnelles.
Il s’agit de :
■ respecter les victimes en tant que sujets et ne pas les réduire à un objet de
soins ;
■ savoir rester à sa place et agir selon ses compétences sans par exemple jouer
au médecin, à l’assistante sociale, au policier etc. ;
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 77

■ savoir reconnaître ses limites et passer le relais à d’autres (le sauveteur ne


peut pas tout, il n’est pas tout mais simplement un maillon dans la chaîne de
soin) ;
■ savoir partir et accepter de quitter les victimes (le sauveteur peut se trouver
contaminé par l’impact traumatique de l’événement et se sentir en miroir
avec ce qu’éprouve la victime. Sans s’en rendre compte, le sauveteur risque
alors d’utiliser la victime pour panser sa propre détresse et ne plus parvenir à
la laisser).

Les étapes de la prise en charge


médico-psychologique
L’aide aux personnes victimes s’échelonne sur différents niveaux, de la prise en
charge psychologique d’urgence (repérage, defusing) à des techniques diffé-
rées (débriefing, psychothérapie). Il est important pour les professionnels d’être
parfaitement informés de ces différentes techniques pour apporter le soutien
psychologique adapté à la situation. En immédiat, les mêmes choses ne peu-
vent pas être dites qu’en différé, car les victimes ne sont pas dans le même état
psychologique.

Principes généraux

Porter attention à chacun


• Personnaliser l’accueil et la prise en charge ;
• expliquer ce qui est fait ;
• restaurer le sentiment d’identité ;
• rassurer ;
• ne pas laisser une victime seule ;
• faciliter les contacts avec les proches.
Restaurer la personne dans ses compétences
• Lui redonner confiance ;
• valoriser ce qu’elle parvient à faire ;
• la soutenir pour mobiliser ses ressources, lui laisser un maximum de
contrôle et formuler l’aide en lui laissant des choix.
Assurer une protection
• Protection matérielle (lieu sécurisé et sécurisant);
• protection sensorielle (bruits, odeurs);
• protection médiatique (journalistes, badauds).
Garantir une prise en charge globale
• Pas de contradictions entre intervenants ;
• proposer une prise en charge plurielle (médicale) ;
• psychologique, sociale, judiciaire ;
• évaluer, orienter et prévenir.
78 II. Du côté des professionnels

Repérage et tri
Arrivés sur les lieux et selon les consignes données par les responsables de la
coordination des secours, il s’agit, en immédiat, comme nous l’avons décrit
dans la première partie de cet ouvrage, de repérer les victimes et d’évaluer la
gravité des lésions : urgences absolues ou relatives, soins sur place ou évacua-
tion, prises en charge spécialisées, etc.
Un bilan complet est passé pour chaque victime et une fois les soins soma-
tiques assurés, il est proposé une prise en charge médico-psychologique aux
victimes psychiques repérées :
■ pour les personnes en état de stress dépassé, une prise en charge individuelle
est mise en place pour protéger la personne et la « réanimer psychiquement »
progressivement.
Il est important de les isoler, de ne jamais les laisser seuls et de leur parler
en leur donnant des éléments de contexte pour les raccrocher peu à peu à la
réalité, par exemple « Madame, je suis Monsieur X, je suis infirmier au Samu,
nous avons été appelés à 10 heures pour un incendie, il est 11 heures… » ;
■ pour les personnes en état de stress adapté et seulement si elles le sou­
haitent, il est proposé une prise en charge médico-psychologique sous
forme d’entretiens individuels, familiaux ou collectifs mais dans ce cas-là,
uniquement avec des groupes constitués de personnes se connaissant avant
l’événement.

Savoir se présenter
■ La première prise de contact est primordiale pour la qualité de la suite de la
prise en charge. Dès les premiers moments d’intervention, le professionnel du
soin psychique se présente, rassure le sujet sur sa sécurité, le situe dans une
représentation temporelle et reste centré sur des questions en rapport avec
l’événement ;
■ cette attitude lui permet dans un premier temps de repérer et d’évaluer l’état
psychologique du sujet et dans un second temps d’envisager et de lui propo-
ser la prise en charge la plus adaptée ;
■ le sauveteur se met au niveau de la personne impliquée, donne son nom, sa
fonction et rappelle à la victime qu’il est présent pour l’aider et lui apporter
de l’aide ;
■ le sauveteur peut demander à la victime comment elle s’appelle mais évitera
les attitudes trop familières qui consisteraient par exemple à appeler la ­victime
par son prénom et à la tutoyer, sauf pour les enfants. Pour les adolescents il
est important de leur demander ce qu’ils préfèrent ;
■ un bon contact avec la personne blessée physiquement et/ou psychiquement
peut l’apaiser et limiter l’apparition d’un comportement inhabituel ;
■ l’explication de la situation rend la victime plus autonome, tout en la rassu-
rant ;
■ si des premiers soins sont effectués, le soignant doit expliquer avec des mots
simples, les gestes qu’il effectue, en faisant participer, autant que possible, la
victime.
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 79

Le defusing
Différents termes sont donnés au temps de verbalisation au plus près de
l’événement : « defusing », « déchoquage », « accueil à chaud », « réanimation
psychique ».

Définition
Le defusing
• Entretien à chaud, immédiat ;
• en individuel ou en groupe d’appartenance (personnes ayant vécu la
même chose) ;
• les objectifs sont de repérer les personnes en état de stress dépassé, de
prévenir les réactions psychologiques défavorables.

Ce premier temps d’expression émotionnelle autorise le sujet à s’exprimer


face à un professionnel capable de contenir les émotions ressenties : détresse,
frayeur, sentiment d’impuissance, culpabilité, étrangeté. Le professionnel, par
cette fonction de « porte-parole », offre au sujet victime un espace favorable
pour essayer de redonner du sens à ce qu’il est en train de vivre.
Cette fonction de réassurance, de contenance, ne vise pas à étouffer, limiter
ou interdire l’expression traumatique, mais tout au contraire à la contenir.
■ Ces entretiens immédiats sont habituellement courts (10 à 30 minutes) ;
■ ils peuvent se tenir dans le PUMP ou en dehors en fonction du contexte de
l’intervention ;
■ ils sont non intrusifs (« Avez-vous envie d’en parler ? ») et doivent laisser au
sujet la possibilité de différer ce temps d’expression (« Si vous le souhaitez,
vous pouvez venir me parler à tel endroit » ; « Je reste à votre disposition si
vous avez besoin de parler ») ;
■ ils s’inscrivent dans une continuité de soins et il est important de ­propo­ser
aux victimes une possibilité de prochain rendez-vous ou de leur trans-
mettre les coordonnées de professionnels susceptibles de les prendre en
charge.
La restauration du sentiment d’appartenance, la réhumanisation des sujets
victimes passent par le respect de leurs expressions traumatiques et des méca-
nismes de défense exprimés. Il s’agit de reconnaître la souffrance ressentie sans
chercher à la banaliser ou à la minorer et d’accepter les processus de dégage-
ment sans vouloir dédramatiser ou déculpabiliser. Par exemple : « Pouvez-vous
me dire, que vous est-il arrivé ? » ; « Pouvez-vous me dire ce qui s’est passé » ;
« Comment vous sentez-vous maintenant ? ».
Parler, se libérer de la tension émotionnelle, ne suffit pas pour que le récit
et le questionnement fassent sens pour le sujet. Pour que la parole ait cette
dimension psychiquement apaisante, il est nécessaire que l’écoute proposée
soit réparatrice c’est-à-dire qu’elle relance l’activité psychique, notamment
80 II. Du côté des professionnels

la capacité de liaison et de figurabilité du sujet. Sans réponse réflexive,


cette reprise est en panne et le travail de restauration de l’altérité est dans
l’impasse.

Principes du defusing
• Libre et non imposé ;
• individuel, familial ou en groupe constitué de personnes se connaissant
avant l’événement ;
• assurer une présence calme et sécurisante ;
• respecter l’humanité de la victime, son intimité, sa dignité ;
• respecter les références culturelles et religieuses de la victime ;
• repérer des manifestations pathologiques telles que stress dépassé,
réactions psychiatriques franches comme délire, confusion etc. ;
• inviter le sujet à parler uniquement s’il n’est pas en stress dépassé ;
• rassurer sur les symptômes ressentis ;
• informer sur l’événement, les réactions possibles mais non systéma-
tiques dans les jours à venir ;
• transmettre des informations sur les lieux possibles de prise en charge ;
• réorienter les victimes en dehors du PUMP, en fonction de leur état
psychique (sujets qui peuvent être évacués, qui nécessitent une sur-
veillance, qui requièrent une aide sociale, etc.)

L’écoute
Le fait qu’une personne en état de détresse soit capable de parler est, en soi,
plutôt rassurant. La parole permet à la personne impliquée de récupérer une
certaine activité  : de passive, elle devient active. Il est important d’éviter de
valider ou d’invalider des propos tenus en état d’urgence, propos que la victime
pourrait par la suite regretter. L’écoute doit se faire sans jugement de valeurs,
sans volonté de dominer l’autre ou d’imposer son point de vue, sans couper
la parole et interrompre la victime (sauf comportement logorrhéique, délirant
ou confusionnel). L’authenticité de l’écoute de la souffrance de la victime, du
recueil de toutes paroles quelles qu’elles soient, a une fonction humanisante,
rassurante, soulageante. L’apaisement de la victime participe à sa coopération
aux soins. L’écoute est aussi celle du silence. Ainsi, il faut savoir respecter les
silences des victimes, les reconnaître :
■ silence hostile et colère à l’égard du sauveteur quand le visage est fermé et le
regard est agressif ;
■ silence de réflexion lorsque la victime essaie de reprendre des forces et de
retrouver ses esprits ;
■ silence de retrait dès lors que la victime « décroche » et se plonge dans un
monde intérieur, son regard devient vague et ne nous entend plus.
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 81

Quelques principes pour être à l’écoute


• S’ajuster à son interlocuteur ;
• ne pas accaparer la parole (l’impliqué ne peut s’autoriser à parler si
l’intervenant parle en permanence) ;
• assurer un environnement sécurisant ;
• limiter les parasitages extérieurs (bruits, interruptions) ;
• rester patient et se montrer disponible face à une personne difficile ;
• maîtriser ses émotions (rester calme, ne pas porter de jugement de
valeur ou faire de reproches) ;
• repérer les moments de «  décrochages  » (envie de dormir, pensées
personnelles sur des événements extérieurs) pour se ressaisir et rester
disponible ;
• soutenir la parole de l’interlocuteur (reformulations).

La reformulation
Face à une victime, il est fréquent de ne plus trop savoir que dire, comment
dire. Il peut alors être précieux d’utiliser la reformulation afin de s’assurer
que l’on a bien compris ce que la victime a voulu nous dire. La reformulation
permet aussi à la victime de mieux prendre conscience de ce qu’elle pense
ou de préciser ce qu’elle vient de dire. C’est un lien de confiance qui s’éta-
blit entre la personne impliquée et le sauveteur, il doit pour cela être utilisé
naturellement. Si les phrases de reformulation sont employées de façon très
plaquée, la victime risque d’être agacée et d’interpeller le sauveteur : « Vous
ne faites que répéter ce que je vous dis ». Il est alors important de s’en excuser,
en expliquant pour quelles raisons on les a utilisées : « Je suis désolé mais je
voulais juste m’assurer que j’avais bien compris ce que vous étiez en train de
me dire ».
Il existe plusieurs formes de reformulation :
■ La reformulation en écho c’est-à-dire que le sauveteur reprend le mot-clé de
la phrase ou souligne le mot qui lui semble le plus important ; par exemple :
« Je ne serai plus jamais comme avant » : « Plus jamais ? ».
■ La reformulation en reflet répète les idées avec les mêmes termes ou des
­termes équivalents ; par exemple : « Je n’en peux plus, je n’y arriverai jamais » :
«Vous pensez que vous n’y arriverez jamais ? ».
■ La reformulation inversée qui n’utilise pas exactement les termes qui viennent
d’être prononcés mais traduisent l’implication de ce qui vient d’être dit ; par
exemple : « Je suis incapable de m’en sortir ». « À votre avis, tous les autres
sont mieux que vous et plus capables d’y arriver ? ».
■ La reformulation déductive lorsque le sauveteur émet une hypothèse pour
préciser la position de la personne ; par exemple « Vous me dites que… peut-
être que… ».
■ La reformulation appui consiste à répéter ce qui vient d’être dit en insistant
sur le fait qu’il s’agisse d’une idée bien acquise et conforte la personne dans la
82 II. Du côté des professionnels

décision ou dans une démarche positive ; par exemple « D’après ce que vous
me dites, vous avez décidé de… ».
■ La reformulation biaisée qui n’exploite qu’une partie de l’information pour
essayer d’avancer. Par exemple, lorsque la personne répète pour la énième
fois le même problème mais aborde en même temps une autre chose, on
souligne davantage l’élément nouveau.
■ La reformulation du ressenti immédiatdès lors que le sauveteur reprend ce
qui vient d’être dit par la victime et fait part de son ressenti. Par exemple :
« Quand vous me dites que… j’ai l’impression qu’il y a de la colère ».
■ La reformulation clarification qui englobe l’ensemble des éléments qui ont
été donnés de façon confuse et les reformule pour tenter d’en faire une syn-
thèse plus claire. Par exemple, «  Si je comprends bien, dans tout ce que
vous m’avez dit, c’est comme si vous n’étiez plus d’accord avec les décisions
d’hébergement qui ont été proposées ? »

Informer et communiquer
Si la victime est en état de comprendre :
■ lui transmettre un certain nombre d’informations (noms, coordonnées, liens
avec les autres impliqués, etc.) ;
■ lui demander de préciser des points importants pour sa prise en charge (anté-
cédents médicaux, traitements en cours) ;
■ ne pas multiplier les questions auprès d’une personne vulnérable psychique-
ment (le sauveteur n’est pas un officier de Police ou de Gendarmerie) ;
■ questions posées avec une attitude de soutien, c’est-à-dire un accompagne-
ment non verbal (regard, mouvement du visage) ou de petits mots pour
soutenir et relancer les propos de la victime (« Ah, d’accord, bien, etc. ») ;
■ éviter les questions intrusives ou trop privées, qui risquent de bloquer tota-
lement la victime et d’entraîner des réactions négatives à l’égard des sauve-
teurs ; par exemple, demander à des réfugiés d’un pays en guerre qui ont
perdu tous leurs biens, leur adresse et leur mode d’habitation.

La fin d’intervention
■ Du côté de la victime, lui expliquer qu’elle n’est pas abandonnée et qu’elle
ne restera pas seule. Faire le lien avec d’autres collègues, d’autres lieux et pro-
fessionnels (milieu hospitalier, médecin, services sociaux de la mairie, service
d’aide aux victimes etc.).
■ Du côté du sauveteur, prendre le temps de s’auto-évaluer, de réfléchir sur ce
qu’il vient de faire ou de dire. Ce temps d’autocritique peut être très rapide
sur site et plus long et approfondi de retour à la base. Cela est indispensable
pour lui permettre de ne pas s’épuiser psychiquement, de réajuster éventuel-
lement sa façon de faire et de rester disponible pour les autres impliqués et
ses équipiers.

Le débriefing
Le débriefing psychologique est un entretien plus approfondi qui peut être indi-
viduel ou collectif et qui se tient dans les jours qui suivent la situation critique.
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 83

Définition
• Intervention standardisée en différé, plusieurs jours après l’événement ;
• utilise une technique de verbalisation ;
• en individuel ou en groupe d’appartenance (personnes ayant vécu la
même chose) ;
• exprimer le vécu, les ressentis, les symptômes dans un cadre protégé avec
un animateur (débriefeur) garant de tout risque de survictimisation.
Objectifs
• atténuer l’impact ;
• mettre en valeur la récupération ;
• repérer et évaluer les personnes nécessitant des soins plus approfondis.

Cette technique a été conçue initialement pour des militaires (soldats, pom-
piers)  ; elle s’est récemment généralisée dans les années quatre-vingts à la
population civile.
Les objectifs du débriefing ne sont pas de faire disparaître les réactions mais
de tenter de mobiliser les ressources individuelles et sociales des impliqués.
Le transfert de cette technique militaire qui comporte des étapes précises, à
des personnes civiles, a nécessité des aménagements dans le temps et dans le
cadre. Par exemple, pour des professionnels (qui ont l’habitude de cette tech-
nique et qui l’investissent plus facilement), une seule séance est habituellement
proposée. Pour des civils, non familiarisés, l’expérience permet de savoir qu’une
prise en charge unique, sans aucun suivi ni reprise n’est absolument pas efficace
et peut même conduire à des effets délétères, en particulier renforcer les sen-
timents d’abandon. Si un débriefing de groupe est organisé, il est indispensa-
ble qu’il le soit avec des personnes ayant vécu la même chose. Autrement,
les témoignages des uns risquent de blesser les autres et les résultats seraient
contraires à ceux attendus ; en France, c’est l’intervention psychologique post-
immédiate qui est recommandée par les victimes civiles (tableau 6.1).

À retenir
En pratique habituelle auprès de populations civiles
• Defusing en immédiat ;
• débriefing à 48-72 heures (1 à 2 séances) ;
• dans tous les cas « tars, talk and time » : laisser pleurer, laisser parler, prendre
du temps.

Les comportements inhabituels


Un comportement inhabituel est un comportement qui ne correspond pas à la
façon d’être ordinaire de la personne concernée. Il est souvent accompagné par
84 II. Du côté des professionnels

Tableau 6.1
Comparaison entre le débriefing classique (Critical Incident Stress Debriefing
théorisé par Mitchel) et l’Intervention Psychologique Post-Immédiate (théorisé
par Clara Duchet, 2006)
Organisation Débriefing IPPI
Animateurs Professionnels formés à la technique Professionnels formés à la
CSD : psychologues, psychiatres, technique IPPI : psychologues,
Ass.Soc., infirmiers, cadres psychiatres, infirmiers, cadres
Nombre d’anima- 2 (1 leader + 1 co-animateur) 2-3 (1 leader + 1 ou 2 co-
teurs animateur)
Nombre de De 5 à 12 3 à 15
participants
Type de participants Équipes professionnelles Blessés psychiques civils
Préalablement constituées Groupe d’appartenance : person-
nes ayant vécu la même chose
Principes Libre choix de participation Libre choix de participation
Confidentialité Confidentialité
Ne pas quitter la séance Ne pas quitter la séance
Respect de ce qui est révélé Respect de ce qui est révélé
Pas d’obligation de parler Pas d’obligation de parler
Égalité entre les participants Égalité entre les participants
P rise en charge individuelle après le P rise en charge individuelle
travail de groupe si nécessaire après le travail de groupe si
nécessaire
Protocole Parfaitement structuré : –D  éroulé moins strict et
1. Introduction sur les principes du attention plus importante aux
débriefing ; ressentis
2. description ; – R espect du rythme de chacun :
3. réflexion sur les faits ; 1. Introduction sur les principes ;
4. réactions apparues pendant et 2. n arration des faits depuis
après l’événement critique ; l’événement ;
5. symptômes ressentis depuis les 3. émotions et ressentis ;
faits ; 4. clôture : les différents aspects
6. enseignement théorique : le lea- de l’expérience sont repris à
der résume les émotions, pensées, partir des éléments apportés
impressions, vécus de tous les par chacun.
participants ; – P as d’enseignement théorique,
7. conclusion : réponses aux ques- d’interprétation ni de sugges-
tions, transmissions de contacts. tion.
Objectifs R éduire les troubles post-trauma- Prévenir les troubles
tiques
Retour sur le terrain des profes- – Informer, conseiller les civils sur
sionnels les prises en charge possibles
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 85

des troubles de la communication, des troubles de la relation ou/et une altéra-


tion du langage. La victime peut avoir conscience de son état ou non. Lorsque
les proches ne sont pas aussi touchés, il est fréquent qu’ils aient du mal à sup-
porter cet état et soient désemparés face à un proche qu’ils ne reconnaissent
plus. Ce type de comportement peut nécessiter l’intervention des sauveteurs
pour éviter une mise en danger de la victime ou l’aggravation des troubles.
Plusieurs causes peuvent être à l’origine d’un comportement inhabituel.

Les causes physiques


Les maladies
Particulièrement celles qui entraînent :
■ une baisse du taux de sucre dans le sang (malaise hypoglycémique du diabé-
tique) ;
■ un manque d’oxygénation du cerveau, par exemple une détresse respira-
toire ;
■ une fièvre élevée ;
■ une baisse excessive de la température corporelle de la victime (hypother-
mie) ;
■ une tumeur ou des lésions cérébrales.

Les traumatismes
■ Un traumatisme crânien ;
■ des hémorragies graves ;
■ des douleurs intenses…

La prise de toxiques qu’elle soit ou non volontaire


■ L’alcool,avec intoxication aiguë ou sevrage ;
■ les stupéfiants ;
■ les médicaments…

Les causes psychiques


L’événement traumatique peut conduire à des réactions inhabituelles de la part
de sujets qui réagissent de façon totalement différente à ce qu’ils sont et ce
qu’ils font habituellement. La souffrance psychique est liée à la blessure psy-
chique occasionnée par l’événement traumatique. Elle n’est pas systématique.
Elle est spécifique à chaque personne impliquée et ses manifestations sont très
variables selon les sujets.
En immédiat
Elle se caractérise par :
■ des comportements inhabituels qui correspondent aux réactions de stress
dépassé que nous avons décrites précédemment et qu’il est indispensable
de prendre en compte en s’assurant auprès d’un urgentiste qu’il n’y a pas de
problèmes somatiques sous-jacents ;
■ le risque est, dans la précipitation liée à la catastrophe, de psychiatriser toutes
les réactions anormales et de passer à côté de problèmes somatiques qui
86 II. Du côté des professionnels

peuvent s’avérer dramatiques, par exemple un état confusionnel mis sur le


compte du stress alors qu’il est lié à un syndrome frontal non diagnostiqué et
qu’il risque de conduire au décès du patient.

En différé
Elle se caractérise par :
■ une douleur morale ;
■ une altération voire une rupture du contact habituel avec l’extérieur ;
■ un sentiment d’étrangeté dès lors que la victime ne se reconnaît plus et son
entourage ne la reconnaît pas davantage.

Les conduites à tenir face au comportement


inhabituel des impliqués
Les comportements inhabituels peuvent nécessiter une intervention urgente
pour éviter à la victime de se faire mal ou de blesser d’autres personnes. Les
urgences d’ordre psychiatrique correspondent aux situations où la victime :
■ est en état de stupeur ;
■ est anxieuse ;
■ est agitée ;
■ est agressive et/ou violente ;
■ veut, menace ou a tenté de se suicider.

Inhibition et état de stupeur


La stupeur est l’opposé de l’agitation. La victime nous donne à voir et à « enten-
dre  » son silence, comme si elle ne pouvait plus parler. Son regard est vide,
« ailleurs », hébété, sans accroche possible avec le regard du sauveteur. Elle reste
souvent prostrée dans la même position comme si elle ne pouvait plus bouger
et habituellement elle ne refuse pas :
■ la présence de l’équipier ou d’un tiers ;
■ les paroles de l’équipier.

Conduite à tenir
Les victimes en état d’inhibition stuporeuse sont rarement repérées
rapidement, car elles ne font pas de bruit et ne dérangent pas les
secours. Il s’agit pour les sauveteurs de ne pas banaliser ce type de
souffrance psychique et de la prendre en charge au même titre qu’un
état d’agitation pour ne pas laisser la personne impliquée dans un état
de stupeur déshumanisant. Sortir la victime du site et la mettre à l’abri,
car elle n’est plus en mesure de se protéger ; lui parler en lui donnant
les éléments de contexte et en lui expliquant ce qui est mis en place
pour elle  ; ne pas la laisser seule et trouver un «  adulte-relais  » qui
pourra veiller sur elle.
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 87

Anxiété
La victime « se sent mal », présente un fort sentiment d’insécurité, de danger
immédiat, de peur de « devenir folle » ou de mourir prochainement. La victime
est le plus souvent agitée mais peut à l’inverse présenter un état de stupeur et de
pétrification émotionnelle. Une victime anxieuse présente deux risques majeurs :
un geste auto-agressif (blessures, mise en danger et comportement à risques,
tentative de suicide…) ou la décompensation d’une maladie sous-jacente
(exemple infarctus du myocarde, embolie pulmonaire, diabète, asthme).
On remarque souvent que :
■ la présence d’un intervenant ou d’un tiers est acceptée si elle n’est pas intru-
sive ;
■ elle ne s’oppose pas toujours à ce qu’on l’aide.

Conduite à tenir
La personne en difficulté a besoin de dire et de partager ce qu’elle
éprouve et le sauveteur peut essayer de favoriser cette expression verbale.
Elle a besoin d’entendre qu’elle est comprise. L’écoute doit être attentive
et authentique, ce qui facilitera la confiance et la prise en charge de la
victime.

Agitation
Cette agitation se traduit par une hyperactivité de la victime, d’intensité et
de durée variable. La personne tient des propos incohérents, parle beaucoup,
bouge dans tous les sens, ne parvient pas à fixer son attention ou à se contrôler.
Cette agitation suscite souvent une réaction d’intolérance de l’entourage et
certaines fois des sauveteurs. Un des risques est que ce comportement ne mette
en danger cette personne, d’autres victimes et dans certains cas les sauveteurs.
On remarque souvent que la personne :
■ refuse de parler ou parle de façon confuse et incohérente ;
■ se sent persécutée et menacée ;
■ ne supporte pas d’être approchée ;
■ refuse la présence des intervenants ;
■ refuse toutes les aides qui lui sont proposées.

Conduite à tenir
La présence du sauveteur ne doit pas être oppressante (pour limiter les
risques d’aggravation de l’agressivité). Il est nécessaire d’être vigilant
pour ne pas se mettre en danger, prévenir tant que possible tout risque
pour la victime et, la mettre dans un lieu calme, sans contact trop direct
avec la vision des victimes et des secours. Lui parler calmement sans lui
montrer que l’on a peur, permet souvent de diminuer l’agitation et de la
rassurer peu à peu.
88 II. Du côté des professionnels

Agressivité et violence
Cette violence peut se manifester, au début, par une certaine agitation et/ou
une instabilité et dégénérer plus ou moins rapidement par des passages à l’acte
violent envers soi-même, envers l’entourage et/ou les professionnels.
L’agressivité
Elle peut-être :
■ directement liée au contexte de l’événement (conflits familiaux, sinistres
matériels, violence intentionnelle, etc.) ;
■ consécutive aux conditions d’intervention suite à l’événement (chaleur,
bruits, fatigue, faim, déshydratation, temps d’attente, incertitude, manque
de compréhension, mauvaise communication, ingérence dans les affaires
personnelles de la victime, douleurs physiques non apaisées, annonce de la
mort d’un proche, etc.) ;
■ favorisée ou provoquée par la prise de substances toxiques (alcool, drogue)
ou par un problème somatique (tumeur cérébrale, épilepsie, accident vascu-
laire-cérébral, hypoglycémie, etc.). Il est donc nécessaire de réaliser un bilan
complet pour rechercher des signes éventuels traduisant une cause physique
à ce comportement inhabituel.
Tout comportement agressif ne conduit pas à un passage à l’acte, mais il est
important de repérer l’état de tension exprimé par certaines victimes et de le
prendre en charge pour limiter l’escalade et la libération de la violence.
Les signes de violence imminente
■ La victime a du mal à rester en place ou assise ;
■ discours inadapté, bizarre, confus et parfois obscène ou injurieux ;
■ niveau verbal élevé ou cris ;
■ actes récents de violence (verbale et/ou physique) ;
■ utilisation ou port d’arme, présence d’objets pouvant servir d’arme ;
■ agitation psychomotrice progressive ;
■ lésions cérébrales, diffuses ou frontales ;
■ agitation après un état catatonique ;
■ intoxication (alcool, drogue) ;
■ délire paranoïde chez un patient psychotique ;
■ violence dirigée par des patients ayant des hallucinations auditives ;
■ épisode dépressif majeur de type mélancolique ;
■ certains épisodes maniaques ;
■ impulsivité non contrôlée évoquant un trouble de la personnalité ;
■ menaces de mettre fin à ses jours (par défenestration ou en se projetant sur
des rails ou sur la route, etc.).
Évaluation du risque de violence
■ Expression directe de menaces ;
■ existence d’une victime désignée ;
■ antécédents connus dans l’histoire du patient (actes de violence, actes anti-
sociaux, impulsivité non contrôlée par exemple tentative de suicide, consom-
mation de toxiques) ;
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 89

■ facteurs majorant le contexte de souffrance psychique (deuil, conflits conju-


gaux) ;
■ facteurs majorant le contexte de stress (inquiétude non apaisée, sentiment
d’abandon, impression d’être agressé) ;
■ considération des caractéristiques sociodémographiques soit, le sexe
(homme), l’âge (15-24 ans), le niveau socio-économique (bas), les supports
sociaux (rares) ;
■ la nature préméditée de l’impulsion violente ou sa spontanéité ;
■ association de troubles psychiatriques (troubles psychotiques).

Conduite à tenir
Devant une victime violente ou qui présente des signes d’agressivité, les
intervenants tentent souvent de prévoir l’acte dangereux et ne pensent
pas toujours à se protéger, ce qui est pourtant indispensable pour mettre
en place des tentatives de prévention.

Se protéger soi-même
■ Maintenir une distance physique (longueur d’un bras) en restant face à la per-
sonne agressive mais suffisamment loin pour se mettre à l’abri d’un coup ;
■ ne pas rester seul face à la personne et ne pas lui tourner le dos ;
■ solliciter un tiers si nécessaire pour l’évaluation.

Prévenir l’acte dangereux


■ Prévoir la possibilité de s’écarter, si nécessaire, voire de quitter rapidement
l’espace ou la pièce ;
■ ne pas regarder fixement la personne, cela peut être vécu comme une agres-
sion et entraîner des réactions violentes ;
■ s’approcher de la personne agressive en se faisant voir et en se présentant et
non par surprise ;
■ parler calmement, fermement mais sans crier ;
■ enlever les objets susceptibles de servir d’armes (cutter, ciseaux, etc.) et veiller
à ce que les fenêtres soient fermées (risque de défenestration) ;
■ préciser à la victime que les intervenants sont uniquement là pour lui appor-
ter de l’aide et de l’assistance ;
■ éviter tout propos et geste menaçants ou toute attitude laissant à penser à la
victime qu’elle est « piégée » ;
■ recueillir (tant que possible) le plus d’informations possibles sur la personne
(proches, autres professionnels) avant de la prendre en charge (antécédents de
violence, événements de vie récents, consommations de substances toxiques) ;
■ évaluer les effets de la présence de l’entourage sur la personne (aggravant ou
apaisant) et, en fonction, isoler ou non la personne en détresse ;
■ ne pas laisser la personne sans surveillance ;
■ empêcher un acte auto-agressif voire un suicide (utiliser tout ce qui est néces-
saire pour éviter que le patient ne se blesse) ;
90 II. Du côté des professionnels

■ empêcher les actes violents vers les autres (mettre à l’abri les autres impli-
qués).
Si la communication est restaurée
Si, et seulement si, ces conditions de sécurisation de l’espace de prise en charge
sont assurées, le sauveteur peut tenter de dialoguer :
■ tenter de rester le plus calme possible ;
■ considérer l’impliqué(e) avec attention, sans marque de sympathie déplacée,
ni de familiarité (prénom, tutoiement) ;
■ tenter de créer un environnement favorable au dialogue (trouver un endroit
le plus calme possible pour éviter le regard des témoins et la propagation de
la violence au reste du groupe) ;
■ écouter la personne sans juger ses propos (le droit de s’exprimer et d’énoncer
ses revendications conduit la personne à décharger une partie de son agres-
sivité) ;
■ porter attention aux besoins fondamentaux et à l’état physique de la ­personne
(cela a souvent comme effet de soulager son angoisse et permet également
de voir s’il n’existe pas d’autres plaintes) ;
■ montrer à la personne qu’elle est écoutée, attentivement, en utilisant par
exemple la reformulation (l’agressivité cache souvent une détresse impor-
tante qu’il s’agit de repérer) ;
■ dire que l’on a perçu l’agressivité (ignorer l’agressivité ne peut que la renfor-
cer. Par exemple : « Je comprends que vous puissiez penser cela… », « Je vois
que vous êtes en colère… », mais éviter les justifications : « Ce n’est pas de
ma faute » ; « C’est la règle ») ;
■ travailler en équipe mais en faisant en sorte qu’un seul et même sauveteur
parle à la victime (ne pas hésiter à se relayer) ;
■ ne pas se sentir personnellement impliqué par l’agressivité qui appelle souvent de
notre part la même réaction de rejet et d’agressivité (comportement en miroir) ;
ne pas prendre « au pied de la lettre » les propos incohérents, les menaces et les
injures ; ne pas prendre pour soi-même en tant qu’individu les attaques et
les critiques formulées (habituellement les personnes sont agressives à l’égard de
ce que représentent les sauveteurs et non contre eux en tant que sujet) ;
■ éviter de mentir et de faire du chantage pour se faciliter la prise en charge (le
sauveteur peut avoir l’illusion que cela fonctionne, mais cela est vite délétère
dès que la victime réalise qu’on lui a menti et tout dialogue devient alors
impossible) ;
■ essayer de repérer ses propres projections agressives à l’égard du patient vio-
lent (percevoir ses propres réactions émotionnelles, corporelles et cognitives
pour ne pas être soi-même débordé).
Si toute communication est impossible
■ Ne pas répondre à la violence par la violence ;
■ savoir passer le relais si la situation dégénère (reconnaître et admettre ses
propres limites) ;
■ si une contention physique est nécessaire, elle sera provisoire (attente de la
Police, apaisement) et coordonnée à plusieurs, ferme mais rassurante et non
brutale ;
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 91

■ solliciteréventuellement les renforts des forces de l’ordre pour éviter toute


contamination de la violence et contenir les débordements ;
■ si la personne est en possession d’une arme, il n’est pas du rôle du sauve-
teur de tenter de la désarmer. Cela reste la mission des forces de l’ordre et il
convient de se mettre à l’abri sans faire preuve d’héroïsme.

Tentative de suicide ou menace suicidaire


■ Le suicide est la première cause de mortalité avant 35 ans.
■ 8 patients sur 10 préviennent de leur passage à l’acte suicidaire.
Facteurs les plus prédictifs du risque suicidaire
Ils sont classés par ordre d’importance (Litman, et al.) :
■ antécédent de tentative de suicide ;
■ âge ≥ 45 ans ;
■ dépendance alcoolique ;
■ colère, rage, violence ;
■ comportement suicidaire antérieur ;
■ sexe masculin ;
■ réticence à accepter de l’aide ;
■ épisode dépressif plus prolongé que d’habitude ;
■ trouble anxieux sévère ;
■ insomnie répétée invalidante ;
■ patient ayant déjà été traité dans un service de psychiatrie ;
■ perte ou séparation récente ;
■ perte de la santé physique ;
■ chômage ou retraite ;
■ célibat, veuvage ou divorce.
La personne suicidaire est dans un état de rupture de son équilibre relationnel
avec elle-même et son environnement. Elle se considère en situation d’échec et
de souffrance insupportable avec l’impossibilité d’y échapper. La tentative de
suicide est investie comme une des sorties possibles de la crise avec bien sou-
vent la volonté que « cela s’arrête » bien plus que de vouloir mourir (tableaux
6.2, 6.3).

Conduite à tenir
• S’il s’agit d’une TS médicamenteuse ou toxique, prendre les boîtes,
y compris vides, ou les flacons des produits absorbés et les remettre
immédiatement aux soignants ;
• parler et entrer en relation authentique avec la victime peut parfois
stopper son geste ;
• éviter de porter un avis personnel sur le geste envisagé ou réalisé par la
victime ;
• tant que possible, déléguer un autre intervenant auprès des proches de
la victime pour les écouter et avoir des renseignements sur les événe-
ments de vie pouvant conduire à cet état de détresse.
92 II. Du côté des professionnels

Tableau 6.2
Évaluation du risque suicidaire (Adam, 2000).
Facteurs Haut risque Faible risque
Profil démographique et social
Âge ≥ 45 ans ≤ 45 ans
Sexe Masculin Féminin
Statut marital Divorcé ou veuf Marié
Emploi Chômage Employé
Relations interpersonnelles Conflictuelles Stables
Milieu familial Chaotique ou conflictuel Stable
Santé
Physique Maladie chronique Bonne santé
Hypochondriaque Se sent en forme
Prise de médicament Faible prise de médicament
excessive
Mentale Dépression sévère Dépression modérée
Psychose Névrose
Trouble panique Anxiété d’intensité modérée
Trouble grave de la Personnalité normale
personnalité
Abus de substance Alcoolisme social
Activité suicidaire
Idées suicidaires Fréquentes Rares
Intenses Faibles
Prolongées Transitoires
Tentatives de suicide Nombreuses, rapprochées Première fois
Préméditées Impulsive
Secours improbables Secours évidents
Intention déterminée de Souhait de changement surtout
mourir
Communication intérieure Communication extériorisée
(reproche) (colère)
Ressources
Personnelles Faible réussite Bonne réussite
Pauvreté ou mauvais contrôle Affects présents et contrôlés
des affects normalement
Sociales Peu de relations Bonnes relations
Socialement isolé Socialement intégrée
Famille insensible Famille préoccupée
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 93

Tableau 6.3
Synthèse des conduites à tenir
Réactions de l’impliqué Comportement à adopter
Inquiétude, incertitude –N  e pas chercher à rassurer surtout si vous
n’êtes pas certains des informations.
– R ester présent, même silencieusement.
Désarroi –D
 onner des repères sur l’événement, l’orga-
nisation des secours.
Confusion, perte du sens de la réalité –N
 e pas laisser la personne seule, donner des
repères très matériels (temps, lieux).
Sidération, état de choc, mutisme – R ester présent aux côtés de l’impliqué,
l’assurer qu’il n’est pas seul et que vous êtes
disponible.
Peur, anxiété – Rassurer sur les dispositifs mis en place, écou-
ter pour en comprendre toutes les raisons.
Méfiance, refus de toute aide –N
 e pas prendre ce rejet à titre personnel,
l’accepter et rester disponible.
Colère, recherche de coupable –N
 e pas émettre de jugement de valeur et
laisser la personne s’exprimer.
Auto-agressivité, menaces suicidaires – P rotéger la personne contre elle-même, ne
pas la laisser seule.
Sentiments de culpabilité –N
 e pas vouloir déculpabiliser d’emblée, pour
comprendre les croyances qui étayent cette
culpabilité.
Pleurs, cris, tristesse – S upporter les manifestations de détresse
bruyante, ne pas les psychiatriser, offrir un
espace sécurisé.
Agitation – R ester calme, tenter d’apaiser par le discours
et l’attitude.
Violence – P rotéger le sujet et les autres (objets), rester
calme.
Désir de s’échapper – R econnaître la difficulté de la situation,
rassurer la personne sur le fait qu’elle pourra
partir et l’inviter à rester pour qu’elle puisse
être bien prise en charge.

À retenir
• Une tentative de suicide n’est jamais un acte anodin.
• Quelle que soit la banalité apparente du geste et de ses conséquences, la
victime devrait toujours être accompagnée à l’hôpital pour un avis psychia-
trique.
(Recommandations conférence de consensus de 2000 sur la crise suicidaire).
94 II. Du côté des professionnels

Les proches
L’entourage se compose de la famille (parents, enfants, fratrie) et des proches
(camarades, collègues, amis). La prise en charge de l’entourage est indispen-
sable pour limiter les effets de contamination de l’événement traumatique et
faciliter la bonne coordination des secours, mais elle est souvent difficile et peut
rapidement complexifier la prise en charge.

Conduite à tenir
• Gérer l’angoisse de l’entourage : les proches peuvent demander à parti-
ciper aux secours, s’opposer aux soins, refuser l’évacuation dans tel ou
tel hôpital. Si une décision contraire à ce qu’ils souhaitaient est prise,
il est important de leur expliquer, en les orientant par exemple dans
un hôpital non demandé en raison du manque de lits dans l’hôpital
souhaité.
• Respecter les références culturelles des familles tant que cela ne met pas
en péril la vie de la victime. Si le sauveteur méconnaît les pratiques à
l’œuvre dans la culture de la victime, il peut demander aux proches leur
avis pour s’ajuster et ne pas projeter ses propres besoins.
• Informer et communiquer : pour faciliter la prise en charge et éviter les
confusions et malentendus, il est essentiel de demander aux proches
de désigner un représentant de la famille auprès duquel le responsa-
ble communiquera les informations concernant la victime. Le sauveteur
est tenu au secret professionnel et n’a pas le droit de tout raconter à
l’entourage notamment si la victime est mineure et non protégée juridi-
quement.
• Être attentif aux manifestations de leur souffrance psychique  : les
proches peuvent présenter des manifestations de détresse psychique
intense à prendre en charge en immédiat mais également bien souvent
en différé.
• Garder une juste distance : éviter de se mettre à la place des familles
pour rester à sa place de sauveteur et continuer d’être efficace dans la
prise en charge.

Les cas particuliers


La foule
Comprendre les phénomènes de foule
■ Le phénomène de masse prime toujours sur les réactions individuelles ;
■ en quelques instants, des comportements collectifs inadaptés peuvent dégé-
nérer en fuite panique, entraînant de nombreuses victimes étouffées ou écra-
sées (exemple, stade de Furiani, stade du Heysel) ;
■ face à une foule, il est important que les services de secours soient parfaite-
ment coordonnés et qu’ils restent très attentifs aux premiers signes de débor-
dement avec des contacts radios permanents ;
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 95

■ une fois le processus déclenché, il est exceptionnel de parvenir à l’enrayer ;


■ en cas de débordement, il est illusoire de s’imaginer pouvoir être efficace en
se plongeant dans la foule (le sauveteur risque d’être à son tour happé, piégé
et ne plus être d’aucune utilité) ;
■ se tenir en « dispositif de sortie », prêt à intervenir une fois que la foule sera
canalisée.
En cas de simples attroupements
■ Demander calmement mais fermement aux personnes présentes de s’écarter.
Il peut être envisagé de confier des tâches à accomplir (téléphoner, porter du
matériel…) aux témoins en état de le faire, ce qui a habituellement pour effet
de diminuer leur angoisse ;
■ si l’attroupement émet des signes d’hostilité ou gêne les secours, prévenir
immédiatement son autorité de tutelle et la Police afin d’obtenir un renfort et
ne pas se retrouver en position d’insécurité (exemple, jet de pierres) ;
■ intervention des forces de l’ordre pour baliser la zone et en interdire l’accès à
tout non professionnel. Le fait de pouvoir tant que possible protéger visuel-
lement les secours (bâche, tente) évite la fascination des témoins, la prise de
photos ou de films et facilite leur dispersion ;
■ limiter les personnels de secours autour de la victime, – la présence de nom-
breux personnels de secours autour du patient peut être un facteur d’angoisse
pour la victime et son entourage. Le personnel qui ne participe pas directe-
ment à l’intervention doit s’écarter afin de respecter un minimum d’intimité
pour la victime, au cours du bilan et de la réalisation des gestes de secours.
Seuls les personnels de secours qui participent aux soins et, éventuellement,
un proche de la victime, peuvent rester à ses côtés.

Les victimes présentant un handicap


S’adapter au handicap pour ne pas renforcer les difficultés de la victime. Par
exemple, communiquer par écrit avec les personnes malentendantes  ; pren-
dre le temps d’expliquer et de détailler précisément aux personnes aveugles ce
qui est fait, de s’assurer que les personnes handicapées motrices sont placées
dans une position la plus confortable possible, de veiller à ce que le matériel
(fauteuil, béquilles), les prothèses et les traitements médicamenteux puissent
être en possession de la victime dès que possible, etc.

Les personnes âgées


■ Facilement bouleversées par la perte de leurs repères habituels (espace,
temps, habitudes) ;
■ très fatigables ;
■ handicaps fréquents (vue, mobilité, audition) ;
■ difficultés de compréhension.
Il est important de prendre le temps de leur expliquer calmement ce qui est
mis en place et ne pas hésiter à leur répéter à plusieurs reprises en leur donnant
des repères simples et compréhensibles (voie calme, articulation des mots).
Repérer leur état de fatigue est également une priorité qui peut rapidement
96 II. Du côté des professionnels

nécessiter une hospitalisation. Enfin, dès que possible, il est nécessaire de leur
permettre de récupérer au plus vite leurs prothèses éventuelles (dentaires, audi-
tives, lunettes) et traitements médicaux.

Les personnes d’origine étrangère


■ Solliciter
les services de traducteurs, (via la préfecture, services hospitaliers) ;
■ éviterde projeter une vision éthnocentrée de la prise en charge en respectant
les propres référents culturels des victimes et en n’interprétant pas selon ses
seules représentations, les manifestations de douleur exprimées par la personne
impliquée. Autrement dit, ne pas oublier que ce qui nous apaiserait, n’est pas
forcément ce qui va détendre la personne dont nous nous occupons.

Les enfants
■ Les enfants n’ont pas le même niveau de compréhension de ce qui se passe
que les adultes ;
■ ils n’ont pas les mêmes capacités de langage que les adultes, ni les mêmes
repères spatio-temporels ;
■ adapter les supports à la prise en charge en proposant des objets de médiation
(peluches, dessins, etc.) sans jamais les imposer (exemple, certains enfants
détestent dessiner) ;
■ rassurer l’enfant sur le fait qu’il n’est pas seul ;
■ leur parler et expliquer avec des mots simples l’organisation en cours, même
s’il s’agit d’un bébé (il ne comprendra pas comme un plus grand, mais votre
voix, votre attitude, le rassurera) ;
■ ne jamais leur mentir ;
■ ne pas obliger l’enfant à parler ;
■ s’assurer que la langue utilisée est connue de l’enfant ;
■ supporter qu’il puisse pleurer sans chercher à l’hyperstimuler (chatouille, jeux
forcés) ;
■ permettre à l’enfant de retrouver d’autres enfants (exemple, les adolescents
préfèrent se retrouver en petits groupes plutôt que seuls) ;
■ les enfants ont les mêmes droits en tant que patients : « le consentement du
mineur ou du majeur sous tutelle doit être systématiquement recherché s’il est
apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision » (art. 1111-4 du Code
de santé publique) ;
■ informer dès que possible les parents de ce qui a été mis en place pour leur
enfant ;
■ renseigner les parents sur les troubles possibles pour limiter toute banalisation
voire déni des troubles post-traumatiques ;
■ si l’enfant traumatisé se retrouve tout seul, préférer une orientation vers un
service de pédiatrie plutôt que vers le commissariat ou la gendarmerie ;
■ en cas d’évacuation pour une hospitalisation, respecter la législation sur les
droits de l’enfant :
• si le mineur accepte d’être hospitalisé mais refuse que ses parents soient infor-
més, les sauveteurs doivent respecter la loi et n’ont pas à avertir les parents.
Dans l’urgence, le médecin peut se dispenser d’obtenir le consentement du
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 97

ou des titulaires de l’autorité parentale sur les décisions médicales à pren-


dre lorsque le traitement ou l’intervention s’imposent pour sauvegarder la
santé du mineur, dans le cas où l’enfant s’oppose expressément à la consul-
tation du ou des titulaires de l’autorité parentale afin de garder le secret sur
son état de santé (art. 1111-5 du Code de santé publique),
• si le mineur est seul et s’oppose à son évacuation, l’évacuation a lieu si néces-
saire par les forces de l’ordre si l’urgence prime. Ne rien faire, expose les
sauveteurs à des poursuites pour non-assistance à personne en danger,
• si le mineur est seul et n’est pas en état de donner son consentement (trop
jeune ou hors d’état de s’exprimer), l’urgence prime sur les formalités
administratives et l’enfant est hospitalisé, la famille sera jointe par la suite,
• si les parents refusent la prise en charge et s’il n’y a pas d’urgence vitale,
les sauveteurs font signer aux parents une décharge indiquant le refus de
soin, signée également par le médecin et un témoin choisi habituellement
parmi les autres membres de l’équipage. Si le pronostic vital est engagé et
que les parents refusent les soins (exemple, refus de transfusion sanguine
par les témoins de Jéhovah), les forces de l’ordre préviennent le Procureur
qui autorise la prise en charge médicale et prend les mesures nécessaires à
l’encontre des parents afin de protéger le mineur.

Les victimes d’agressions sexuelles


Une agression sexuelle induit toujours une souffrance psychique importante et
les victimes sont souvent en incapacité de verbaliser.

Conduite à tenir
• Tant que possible préférer un interlocuteur du même sexe que la victime
(il peut être difficile pour la victime de communiquer avec une personne
du même sexe que son agresseur).
• Éviter d’allonger la victime et de se rassembler autour d’elle.
• Préférer la position semi-assise qui sera beaucoup moins angoissante,
même pendant le transport. Dans cette situation, le sauveteur réalise un
bilan qu’il transmet à son chef ou au médecin régulateur, sans oublier
d’effectuer les gestes de secours nécessaires en cas de détresse vitale.
• Penser à recouvrir la victime si elle est dénudée, par un drap ou une
couverture pour maintenir son intimité.
• Ne jamais la laisser seule pour éviter tout risque de majoration de
l’anxiété (terreur que l’agresseur revienne).
• Éviter de questionner intensivement la victime sur ce qui s’est passé
mais assurer, même lors de la réalisation des gestes de secours s’ils sont
indispensables, un réconfort moral en attendant le relais médical.
• Veiller à ne pas déshabiller la victime sauf si les gestes de secours l’impo-
sent et à ne pas déplacer les objets aux alentours.
• Différer les soins de lavage et en expliquer les raisons à la victime  :
constats médico-légaux indispensables et les prélèvements ne pourront
pas être faits s’il n’y a plus de traces.
98 II. Du côté des professionnels

Refus de soins et de transport


Afin de protéger les droits de la victime et éviter toute poursuite pénale à
l’encontre des professionnels des secours, la législation en matière de refus de
soins et de transport doit être respectée.

À retenir
Seule une personne majeure, juridiquement capable, saine d’esprit, clairement
informée des risques qu’elle encourt, est en droit de refuser son transport vers
une structure hospitalière. Dans la même logique, elle peut refuser les soins que
l’on peut lui apporter.

En cas de refus :
■ le médecin régulateur peut mettre en œuvre les mesures administratives
nécessaires à décharger la responsabilité des secours et surtout les mesures
alternatives pour assurer les soins au patient sans hospitalisation ;
■ si une victime présente un comportement inadapté, le médecin peut consi-
dérer qu’elle n’est pas suffisamment saine d’esprit pour refuser les soins et le
transport. Si la victime est en danger, une hospitalisation sous contrainte peut
être décidée ;
■ le transport d’une victime vers un hôpital sous la contrainte ne peut se faire
qu’après intervention d’un médecin ou en présence d’un officier de Police
judiciaire.

La prise en charge des décès


Immanquablement, le sauveteur sera confronté, un jour ou l’autre, au décès
d’une victime, qu’il soit naturel, accidentel ou intentionnel.
Contextes multiples : la mort peut survenir, avant l’intervention des secours,
en cours d’intervention à la suite de gestes de réanimation inefficaces ou soudai-
nement, dans les suites d’intervention lors du transport ou de l’hospitalisation.
Un corps peut aussi être découvert longtemps après le décès.
■ Adopter une attitude respectueuse vis-à-vis du mort et de ses proches ;
■ présence auprès des proches après l’annonce du décès d’une personne (fac-
teurs de réassurance) ;
■ supporter des réactions déroutantes des familles (agressivité, stress dépassé,
indifférence apparente) ;
■ ne pas psychiatriser d’emblée les réactions (la majorité des manifestations
présentées par les membres de la famille à l’annonce du décès sont tout à
fait naturelles et ne relèvent pas forcément d’un professionnel de la santé
mentale) ;
■ réactions très différentes selon les professionnels (l’expérience de vie, l’his-
toire de chacun des professionnels des secours ne les rendent pas identiques
pour la gestion de cette angoisse) ;
■ échanger après l’intervention (l’échange verbal entre collègues, avec le
­responsable d’équipe ou un médecin, aide les membres de l’équipe à se
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 99

reconnaître comme appartenant ensemble au monde des vivants). Chacun


des intervenants doit pouvoir provoquer cet échange s’il perçoit une charge
émotionnelle trop intense liée à cette intervention.

L’identification
Les événements traumatiques peuvent provoquer un nombre élevé de vic-
times et, bien souvent, l’identification des corps est difficile (exemple, accident
d’avion). Cette identification relève de la compétence d’équipes médico-légales
spécialisées agissant sous réquisition des autorités judiciaires : UPIVC (Unité de
la Police nationale d’Identification de Victime de Catastrophe), UGIVC (Unité
de Gendarmerie d’Identification de Victime de Catastrophe), CIVMC Cellule
d’Identification des Victimes Militaires de Catastrophe. Il est indispensable que
rien ne soit déplacé avant leur intervention afin de sauvegarder les indices éven-
tuels et un certain nombre de précautions conservatoires sont à prendre.
■ Mise en place immédiate d’un périmètre de sécurité (par les forces de l’ordre)
pour interdire l’accès à toute personne non autorisée ;
■ ne pas toucher aux débris (restes humains, objets) et ne pas les déplacer tant
que les indices n’ont pas été relevés et que les autorités n’ont pas donné leur
accord ;
■ quadrillage de la zone de catastrophe pour procéder, après identification, au
ramassage systématique des débris et au transport des victimes.

L’annonce de la mort
■ Situation individuelle (le diagnostic de mort est un acte médical et l’annonce
est effectuée par un médecin) ;
■ catastrophe collective (annonce effectuée par un responsable administra-
tif – mairie, préfecture, ministère) ;
■ le temps de l’annonce est un temps traumatique, un temps suspendu qui se fige
dans la mémoire (longtemps après, les mots, le visage des personnes, le contexte
(lieu, jour, météo), restent ancrés dans la mémoire des personnes endeuillées) ;
■ celui qui prononce le mot mort est définitivement le porteur de cette funeste
nouvelle et peut inconsciemment être perçu comme celui qui aurait une res-
ponsabilité dans ce décès, c’est pour cela qu’il est tant que possible préférable
que l’annonce soit faite par une personne moins impliquée affectivement ;
■ ce ne sont jamais les psychiatres ou psychologues qui annoncent car, si tel
était le cas, ils ne pourraient plus être dans une relation d’écoute et d’aide des
personnes impliquées.

Prise en charge des familles


Suite à un événement traumatique, la prise en charge des familles et des atten-
dants est particulièrement délicate. Les familles sont souvent regroupées dans
un lieu anonyme (aéroport, salle de mairie, gymnase) qui ne facilite pas l’espace
d’intimité si précieux dans ces moments. Habituellement, différentes réactions
sont constatées :
■ refus et déni au moment de l’annonce de l’événement et du fait que leurs
proches soient peut-être victimes ;
100 II. Du côté des professionnels

■ attente anxieuse (de plusieurs heures à plusieurs jours) avec manifestation de


détresse psychologique variable selon les personnes ;
■ espoir tant que la liste des personnes décédées n’est pas officiellement éta-
blie ;
■ manifestations de colère, de déni, d’incrédulité face à la réalité de la mort de
leur proche ;
■ désir d’aller sur site pour « vérifier » la réalité de l’horreur ;
■ réaction ambivalente quant au fait d’avoir possiblement le corps à identifier :
peur à l’idée d’être confronté au corps (souvent endommagé) mais aussi
besoin de le visualiser pour matérialiser la réalité de sa mort ;
■ manifestations de colère, d’agressivité à l’égard des mis en cause et des auto-
rités supposées responsables et certaines fois des sauveteurs.
La position du sauveteur face à des familles endeuillées est délicate. Il s’agit
d’adopter la juste distance entre empathie fusionnelle et distance, voire indiffé-
rence apparente. Dans ces situations, les professionnels de la CUMP sont habi-
tuellement présents et la prise en charge se fait de façon pluridisciplinaire.
Elle consiste à :
■ repérer et prendre en charge des manifestations aiguës de détresse psy­
chique comme crise d’agitation, autoagressivité, troubles somatiques graves
(malaises cardiaques), évanouissement, etc. ;
■ accompagner les personnes endeuillées en étant disponible sans étouffer les
familles, en leur permettant d’exprimer, si elles le souhaitent, leurs émotions
mais ne pas les y forcer et en proposant de les accompagner lors de certaines
démarches (retour sur le site, reconnaissance du corps) ;
■ organiser l’aspect logistique en établissant une liste des personnes disparues
avec le maximum d’éléments d’informations disponibles (taille, poids, âge,
particularité, vêtement, etc.) ; recensement des familles, gestion de leur ravi-
taillement, leur hébergement, leur déplacement ;
■ adapter le dispositif en organisant le relais des équipes et la transmission des
informations pour permettre aux familles de ressentir une continuité dans
la prise en charge ; solliciter d’autres professionnels si nécessaire pour pren-
dre en charge certaines difficultés (sage-femme, pédiatre, assistante sociale,
etc.) ;
■ porter attention aux collègues sauveteurs car ces situations sont très éprou-
vantes émotionnellement et peuvent conduire les sauveteurs à un épuisement
psychique dangereux pour eux-mêmes comme pour les victimes. Importance
de mettre des limites au sauveteur si le coordonnateur perçoit un surinvestis-
sement inadapté.

Prise en charge des enfants endeuillés


Représentation de la mort chez l’enfant
La compréhension de la mort chez l’enfant n’est pas la même que chez l’adulte
tout simplement parce qu’il n’a pas la même maturité affective, ni les mêmes
capacités cognitives que les plus grands. Il va souvent davantage percevoir les
choses sans forcément être en mesure de mettre des mots dessus et s’exprimer
avec son vocabulaire et ses réactions d’enfant.
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 101

En grandissant, l’enfant acquiert petit à petit une perception de ce qu’est


la mort grâce à l’évolution de ses capacités de compréhension, mais aussi en
fonction de ses expériences et des événements qu’il est amené à vivre et de ce
qu’on lui en dit ;
■ l’enfant n’a pas la même relation à la réalité que les adultes ;
■ ses capacités de compréhension ne sont pas au même niveau de maturité,
ses expériences sont limitées, son sens critique n’est pas encore bien déve-
loppé ;
■ il met en avant des théories selon une logique propre qui peut apparaître bien
incompréhensible aux adultes qui ont oublié comment ils pensaient lorsqu’ils
étaient enfants. Une chose peut coexister avec son contraire, c’est-à-dire que
pour l’enfant, le vrai et le faux, le réel et l’imaginaire, ce qu’il est et ce qui lui
arrive sont souvent confondus. Dans la représentation qu’il se fait du monde
qui l’entoure, quelqu’un peut ainsi être à la fois bon et méchant, exister dans
son imaginaire et dans la réalité, être mort et vivant ;
■ pour arriver à intégrer la réalité de la mort, l’enfant a constamment besoin
de renforcements objectifs c’est-à-dire de mots justes, assurés, d’explications
précises, concrètes pour rester en contact avec la réalité ;
■ il existe d’importants écarts entre des enfants du même âge qui sont liés aux
nombreux facteurs qui influencent sa compréhension et qui vont lui permet-
tre de donner du sens à cet événement, par exemple la maturité affective,
le niveau cognitif, le niveau d’autonomie, le contexte familial, la qualité des
interactions avec ses proches, les difficultés passées, etc. ;
■ l’idée de la mort s’élabore ainsi progressivement et fait partie intégrante du
développement de l’enfant. Les conceptions infantiles de la mort s’étayent à
partir de toutes ces expériences que l’enfant vit et s’enrichissent en fonction
de ce qu’il peut entendre de la mort dans son entourage familial mais aussi
avec ses camarades et ses copains d’école.

Pour le bébé
■ Lorsque la mort d’un parent survient alors que le bébé a moins de 6 mois :
• le bébé est encore dans un état fusionnel avec sa mère,
• il n’a pas les ressources psychiques suffisantes pour pouvoir penser la dispa-
rition comme le ferait un enfant plus âgé,
• il perçoit surtout les changements dans la qualité du maternage qu’il avait
avant et ressent la détresse du parent endeuillé.
■ Lorsque la mort d’un parent survient après 6 mois :
• le bébé est à une période où il est capable de se penser comme différent et
distinct de son parent,
• la disparition brutale du parent peut être ressentie avec une profonde
détresse et une intensité d’autant plus forte qu’il ne peut en appréhender
la durée car il est trop jeune pour se représenter la notion de temporalité.

De 18 mois à 6 ans
L’enfant accède au langage, ses capacités cognitives se développent, sa matu-
rité psychoaffective se renforce et ses progrès lui permettent de s’interroger
102 II. Du côté des professionnels

autrement sur le monde qui l’entoure et de pouvoir progressivement échanger


ses théories avec les dires des adultes.
■ Les représentations de la mort
Pour le jeune enfant :
• la mort ce n’est pas irréversible,
• la mort ce n’est pas universel,
• la mort ça s’attrape.
Habituellement, pour les enfants qui n’ont jamais été confrontés à la mort,
avant 6 ans, la mort ce n’est pas « pour toujours », c’est-à-dire que pour le jeune
enfant, la mort est un événement réversible lorsqu’il dit par exemple, « on meurt
mais après on n’est plus mort ». L’enfant a alors une vision assez rudimentaire
de la mort ; il la perçoit comme un événement imposé de l’extérieur, la décrit
comme un « long sommeil », un « long voyage », une « autre façon de vivre ».
La mort est pour l’enfant jeune un phénomène passager dont la notion d’irré-
versibilité et d’universalité n’est pas encore acquise. Le recours à l’imaginaire
est très présent, la mort est souvent représentée par des personnages irréels
(fantôme, revenant, esprit) et les jeunes enfants jouent naturellement avec la
mort : « Pan t’es mort ! » et le cow-boy qui vient de se faire tirer dessus se relève
au bout de quelques minutes tout comme la princesse qui venait de boire de la
soupe empoisonnée ressuscite au bisou du prince charmant. « C’est pour sem-
blant », « C’est pas pour de vrai », « C’est pour de faux », « Tu fais le faux vrai
mort », « On dirait que t’es mouru » sont autant d’expressions de jeunes enfants
qui témoignent de leur perception non mortifère de la mort, leur croyance en
une mort provisoire étant renforcée par les personnages des dessins animés et
des jeux vidéo qui meurent et ressuscitent sans limite.
■ La toute puissance de la pensée magique
• Le tout-petit se pense seul au monde, responsable de tout ce qui peut arri-
ver autour de lui et croit fermement que ses paroles suffisent à provoquer
les événements,
• l’enfant est facilement convaincu que tout ce qui se passe autour de lui
provient de ce qu’il a pensé ou de ce qu’il a voulu (le fait de penser, de dire
certaines choses a le même pouvoir que des actes),
• si la mort survient à cette période, l’enfant peut être persuadé que cette
mort arrive à cause de lui si, à un moment donné, il a secrètement espéré la
disparition de cette personne. Par exemple si, dans un moment de colère, il
en vient à souhaiter la mort du petit frère ou de la petite sœur qui accapare
ses parents et qu’effectivement cela se produit, il peut facilement s’attribuer
la responsabilité de ce décès et être convaincu que son comportement, ses
pensées ont eu l’effet d’une baguette maléfique et que s’il avait été plus
gentil, plus sage, plus obéissant, ce petit frère ou cette petite sœur serait
encore vivant(e),
• l’enfant peut aussi interpréter des bribes de secrets et s’imaginer des situa-
tions bien pires que la réalité, car l’enfant de cet âge a tendance à croire
véritable tout ce qui lui est dit ou ce qu’il entend. C’est pour cela qu’il est
préférable de ne pas cacher la mort d’un proche pour éviter que l’enfant ne
se crée des scénarios ou ne se culpabilise davantage en s’imaginant respon-
sable de ce qui est arrivé. Pour l’aider, apaiser sa détresse et le poids de sa
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 103

culpabilité, il peut être important de lui dire que les pensées ne tuent pas,
en généralisant à d’autres personnes : « Tu sais, des fois, il y a des enfants
petits ou grands qui se fâchent avec quelqu’un qu’ils aiment. Ils peuvent
être jaloux, en colère et certaines fois vouloir qu’ils disparaissent  ; mais
quand ce proche meurt alors les enfants peuvent croire que c’est parce
qu’ils y ont pensé que cela est arrivé. Tu sais, de nombreuses personnes
peuvent avoir de pareilles idées mais ce n’est pas cela qui provoque la
mort ».
■ Crainte de la contamination
• L’enfant perçoit la mort comme une maladie qui se propage et peut se
transmettre,
• la crainte d’attraper la mort peut entraîner des réactions déroutantes chez
les enfants informés du deuil d’un proche de leur camarade. Ils peuvent le
mettre à l’écart, l’isoler voire le rejeter par crainte d’être à leur tour touchés
par la mort.
De 6 à 11 ans
■ L’enfant commence à réaliser que la mort peut le toucher et concerner ses
proches ;
■ il acquiert progressivement la notion que la mort est universelle et irréversi-
ble ;
■ la mort est comprise comme un principe général d’évolution qui se déroule
selon certaines règles de cessation des fonctions biologiques mais persiste
encore la confusion entre la mort et un mort ;
■ les questions sont, à cet âge-là, plus fréquentes car l’enfant cherche à compren-
dre le monde qui l’entoure et est en quête d’informations. « Le corps, il se
transforme comment pour devenir un squelette ? », « Comment on est sûr
que le cœur, il est bien arrêté ? », « Pourquoi il s’arrête de battre le cœur ? »,
« Il y a quoi après, une fois qu’on est mort ? » ;
■ vers 10 ans l’enfant a habituellement compris que la mort est irréversible et
universelle et qu’elle n’a rien à voir avec ce que racontent les contes de fées
et les dessins animés ;
■ les mécanismes de défenses sont plus opérants et si l’angoisse reste présente,
l’enfant a plus de ressources pour l’affronter. Il comprend mieux les choses
qui se passent autour de lui et les réactions des adultes de son entourage.
Ses capacités cognitives en pleine évolution lui permettent d’apprendre à
composer avec la réalité mais il reste très sensible à l’attitude et aux propos
des gens qui l’entourent. Il peut par exemple interpréter le silence des adultes
comme un manque de confiance à son égard, voire un rejet.
À l’adolescence
■ La conception de la mort de l’adolescent se rapproche de celle des adultes ;
■ la transformation de son corps d’enfant en corps d’adulte entraîne de nom-
breux bouleversements physiologiques, psychologiques et émotionnels ;
■ il s’intéresse au sens de la vie comme au sens de la mort et peu à peu la
mort devient un événement qui peut aussi le concerner et qui n’est plus une
possibilité éloignée ;
104 II. Du côté des professionnels

■ chez certains adolescents, la mort suscite une réelle anxiété, pour d’autres
une fascination, une aspiration romantique et certains livres, certains films
viennent renforcer ces nouvelles représentations ;
■ l’adolescent endeuillé est d’autant plus en difficulté pour exprimer ce qu’il
ressent, qu’il a grandi dans un contexte où parler de la mort est tabou ;
■ l’adolescent recherche un réconfort auprès d’autres adolescents ;
■ ses attentes quant aux informations concernant la mort sont ­importantes.
Toute omission, toute mauvaise information relative au décès ou tout
mensonge sont alors ressentis avec beaucoup de violence et l’adolescent
peut exprimer des sentiments de colère, d’incompréhension, de trahison, de
­persécution, ou de rejet à l’égard du monde des adultes.

Les soins au corps


Les soins au corps sont essentiels (tableaux 6.4, 6.5) et marquent le respect à
l’égard des défunts mais également à l’égard de leurs proches.

Tableau 6.4
Soins du corps
Au plus près de l’annonce La toilette mortuaire Après le décès
Dans un travail d’accompa- Prévenir la famille après constatation Vérifier les objets
gnement, prendre connais- du décès par le médecin : appartenant au
sance auprès des familles de – r etirer les appareillages sur et autour défunt :
leurs attentes, anticiper les du défunt ; – informer la famille
questions matérielles : – t enir compte des mesures d’hygiènes de ce qui a été
– personnes à prévenir ; relatives à certaines affections (HIV, réalisé ;
– démarches et déroulement hépatite,…) ; – accompagner les
des soins lors d’un décès – fermer correctement les yeux du proches au moins
dans le service ; mort (micropore, stéri-strip, tampons jusqu’au seuil de la
– choix du patient éventuel- humides sur les paupières) ; chambre ;
lement formulés avant son – t oilette d’hygiène de tout le corps – inviter la famille
décès et de sa famille (vête- (eau, savon) ; à apporter les
ments, positionnement, – réfection des pansements ; derniers détails
appartenance religieuse, obstruction des orifices naturels avec (nœud de cravate,
souhait de participer ou non du coton ; foulard, coif-
aux soins du corps, rapatrie- – soins du visage permettant de fure…) ;
ment, retour à domicile…) ; retrouver l’apparence habituelle de la – favoriser la
– lien éventuel avec une personne (remettre l’appareil dentaire, possibilité d’un
assistance sociale (formalités obstruction correcte de la bouche…) ; temps d’intimité
administratives, organisation – h abiller et/ou recouvrir le corps d’un entre la famille et
des obsèques, renseigne- drap ; le défunt, tout en
ments, contacts avec des – positionner la dépouille ; restant disponible ;
associations d’aide avec identifier le défunt (avec des fiches – offrir une boisson
familles…). adaptées) ; chaude ou froide.
– laisser la literie et l’environnement
propres ;
– s ignifier le décès dans le dossier de
soins.
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 105

Tableau 6.5
Soins du corps après le décès en tenant compte des appartenances religieuses
du défunt
Le bouddhisme Le christianisme L’islam Le judaïsme
– Toucher le moins pos- – P as de soins spéci- – R éaliser une toi- – Prévenir la famille le
sible à la dépouille en fiques, une simple lette d’hygiène plus tôt possible (au
proférant des gestes toilette d’hygiène (eau + savon) moment de l’agonie)
préférentiellement suffit (eau + savon) – F ermeture cor- – Éviter certains
lents et doux –H  abillement : recte des yeux contacts physiques
– Fermer correctement vêtements prévus – P référer ne pas pendant l’agonie
les yeux à cet effet ou habiller le mort, (hormis les soins)
– Réaliser une toilette chemise de l’hôpital mais le recouvrir – Réaliser une toilette
d’hygiène (eau + en attendant des ou l’entourer d’hygiène (eau +
savon ou eau + eau précisions de la part d’un drap, tête savon)
de Cologne) de la famille non comprise – Paupières et bouche
– Habillement : chemise – P ositionnement – P ositionnement correctement closes
de l’hôpital ou du corps : mains du corps : cou- Positionnement du
vêtements s’ils sont jointes doigts croi- ché sur le dos, corps : bras posés de
disponibles. sés à hauteur de la droit, les bras le chaque côté du corps,
– Possibilité de recouvrir poitrine, ou mains long du corps: les mains tournées
le corps d’un drap à posées l’une sur – Importance du paumes vers le bas,
condition qu’il soit l’autre à plat sur le soutien de la bien ouvertes, les
blanc ventre, ou les bras communauté doigts légèrement
– Positionnement du le long du corps auprès des écartés.
corps : veiller à ce –O  rnement : objet(s) proches – Le corps, tête
que la tête soit droite, de piété… À – P articipation comprise, strictement
plutôt fléchie sur la prendre en compte active de la à plat
poitrine mais pas d’ex- selon les souhaits communauté – Ne jamais laisser le
tension vers l’arrière. du défunt et/ou de religieuse. corps nu, le revêtir
Bras laissés le long du sa famille d’une chemise facile
corps mains tournées – Importance de à retirer par la suite
paumes vers le bas, la présence des – Recouvrir la
ou bien paumes vers proches pendant dépouille d’un drap,
le haut (en coupe), au l’accompagne-ment visage compris
niveau de l’abdomen et au moment de – Ne rien remettre
– Contexte extérieur : l’agonie. sur le plan matériel
pas d’excès tant au (parure, lunettes,
niveau des bruits, de foulards…).
la lumière, que des
présences humaines.

Recouvrir le corps
Sur la voie publique, il convient de protéger au maximum des regards exté-
rieurs le corps (veste, drap, couverture…), afin de ne pas le laisser exposé. Cela
permet d’éviter que des témoins ne prennent des photos avec leur téléphone
portable (technique dite de l’Happy slaping) de la victime.
Ne pas déplacer le corps sans autorisation
Le déplacement du corps ne peut se faire que sous certaines conditions :
■ après accord des services de Police ou de Gendarmerie, s’il s’agit d’une mort
accidentelle, violente ou brutale ;
106 II. Du côté des professionnels

■ ensuivant les consignes du responsable d’équipe et du médecin sur place,


qui s’informent des désirs et volontés de la famille afin de respecter leurs
convictions religieuses ou culturelles. Dans les cas des chapelles ardentes avec
de multiples personnes décédées, il est important d’accéder, tant que possi-
ble, aux volontés des familles.
Rites mortuaires selon les confessions
Selon les confessions, les soins apportés au défunt varient. Il est important, pour
respecter l’entourage, d’avoir un minimum de notion des us et coutumes et
de ne pas hésiter à demander aux proches ce qu’ils souhaitent. Mais, dans
certaines situations, il est difficile voire impossible pour les familles de pouvoir
accomplir ces rites, par exemple dans les cas d’autopsies médico-légales ou de
décès à l’étranger avec un corps rapatrié dans un cercueil scellé.
Catholicisme
Il n’y a pas de soins spécifiques pour la préparation du défunt, une simple toi-
lette est prévue. L’habillement dépend du choix des familles. Le corps est habi-
tuellement positionné mains jointes à hauteur de la poitrine, ou mains posées
l’une sur l’autre à plat sur le ventre, ou les bras le long du corps.
Protestantisme
Il n’y a pas de soins spécifiques, une simple toilette suffit. L’habillement dépend
du choix des familles. Les mains peuvent être jointes et les doigts croisés à
hauteur de la poitrine, elles peuvent aussi être posées l’une sur l’autre à plat sur
le ventre. Dans le doute, il est préférable de laisser les bras le long du corps.
Judaïsme
Le traitement rituel du corps est minutieux et doit être accompli par des per-
sonnes habilitées. La toilette est effectuée de préférence par une personne du
même sexe que la victime. Le corps est revêtu d’habits de toile blanche, le
visage recouvert d’un bonnet. Les yeux et la bouche doivent être clos, les bras
le long du corps, les mains tournées paumes vers le bas, bien ouvertes. La tête
repose habituellement sur un sachet de terre d’Israël.
Islam
Tant que le défunt n’a pas été lavé, les proches peuvent le toucher. Dès que la
toilette est effectuée, il leur devient impossible de le toucher sous peine de le
souiller. La tête du défunt est tournée vers la Mecque. L’enterrement doit être
réalisé le plus tôt possible (24 heures après le décès et 48 heures si retour au
pays d’origine), ce qui pose des problèmes lorsque des autopsies sont réalisées
ou lorsque les corps ne sont pas retrouvés.
Orthodoxie
Le corps est lavé indifféremment par un homme ou une femme de la famille
et habillé de vêtements choisis par les proches. Un bandeau de papier imprimé
d’icônes est mis sur le front du défunt et une icône du Christ est placée entre
les mains croisées.
6. La prise en charge psychologique des victimes par les sauveteurs 107

Hindouisme
La toilette mortuaire est effectuée par le fils aîné du défunt ou à défaut le chef de
famille. Le corps est parfumé, revêtu de vêtements neufs et blancs.
Bouddhisme
Le corps est touché le moins possible. Les yeux sont fermés, bras le long du
corps, les pieds tournés vers l’ouest. Le corps peut être recouvert d’habits blancs
et une pièce de monnaie peut être placée dans la bouche du défunt, ce qui
dans la tradition populaire sert à payer le gardien de l’autre monde. Le corps est
aspergé d’eau bénite.
7 La communication
en gestion de crise
La maîtrise et la diffusion de l’information durant la crise sont extrêmement
importantes et nécessitent des moyens spécifiques, aussi bien pour la communi-
cation tactique (sur la zone d’engagement des ressources directement disponi-
bles), que pour la communication stratégique : entre les moyens de zone et le
reste du dispositif en particulier la base arrière et le centre de commandement.

Au sein de l’équipe
L’événement traumatique est un événement qui déstructure les fonctionnements
habituels des secours et en particulier les moyens de communication. Ceux-ci
peuvent être coupés, rendus difficiles par la géographie (distances importantes,
tunnel, métro) mais ils restent indispensables pour pouvoir communiquer sur le
site. Tous les services de secours sont actuellement équipés de moyens de commu-
nication et les sauveteurs normalement entraînés à leur utilisation : communica-
tion directe (messagers-estaffettes, téléphone de campagne, tunneliers), réseau
téléphonique, radio, téléphone satellitaire, Internet et réseau informatique, etc.
Il s’agit de :
■ tenter au plus vite de restaurer les moyens de communication ;
■ respecter la hiérarchie des transmissions.

Avec les autres professionnels


La coordination entre professionnels est indispensable pour assurer la bonne
réussite des secours et des prises en charge adaptées pour les victimes. S’il existe
certaines fois des tensions entre corps de métiers, le temps de la catastrophe
n’est pas un temps où ces difficultés doivent s’exprimer. Chaque professionnel
doit respecter l’organisation logistique, les missions qui lui sont confiées et la
hiérarchie mise en place sur le terrain. Chaque institution a sa propre logique
d’intervention, ses contraintes opérationnelles et ses systèmes d’information ; le
seul lien fonctionnel est le patient.
Il s’agit :
■ d’être informé de tous les professionnels intervenants ;
■ de diffuser les informations disponibles dans son dispositif et de les corréler
aux informations des autres partenaires pour ajuster la gestion des secours.

La gestion des médias


Les aspects positifs des médias
Dans de tels contextes, les médias permettent aux responsables politiques et
institutionnels d’informer, c’est-à-dire de communiquer des nouvelles à l’aide
de mots, de sons et/ou d’images.

Sauveteurs et événements traumatiques


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110 II. Du côté des professionnels

Il s’agit de renseigner la population sur ce qui vient de se passer, en particulier :


■ information sur le type d’événements ;
■ nombre de victimes ;
■ organisation des secours ;
■ déroulement de l’enquête et avancées des investigations ;
■ démarches à effectuer ;
■ modalités d’information : numéro vert, coordonnées des services publics et
des associations susceptibles de venir en aide ;
■ dates et lieux des commémorations ;
■ conséquences immédiates et durables pour les individus et pour la société.
Par le support des radios, de la télévision, de multiples informations peuvent
ainsi être transmises. Cette fonction explicite de la couverture médiatique peut, si
elle est bien maîtrisée, c’est-à-dire si elle reste factuelle sans être contaminée par
l’impact du trauma, participer à une réassurance des personnes impliquées, de
leurs familles et contenir les sentiments de déshumanisation fréquemment ressen-
tis lors de ce type d’événement. Là où il n’y a que chaos, incompréhension et perte
des repères et des croyances, elle apporte une certaine rationalité susceptible de
participer à la restauration de la base de sécurité mise à mal par l’événement. La
transmission d’informations sur les moyens de secours et sur les possibles prises
en charge signifie, en particulier aux personnes directement impliquées, qu’elles
ne sont pas abandonnées. Quant à celles qui sont très à distance de l’événement,
cela leur permet de se rassurer sur le fait que si elles étaient impliquées en cas
de pareille catastrophe, elles seraient aussi secourues. En ce sens, l’information
médiatique participe à la limitation de la déliaison institutionnelle et sociale et
permet à chaque personne de se réinscrire, par cette gestion collective de l’émo-
tion, dans une identité de groupe et dans une continuité humanisante.

Les limites des médias


Les médias ne sont pas là pour communiquer, ce qui impliquerait une réci-
procité des échanges et inscrirait l’événement dans une intersubjectivité, c’est-
à-dire dans une expérience de co-construction du sens de l’événement faite
d’ajustements successifs pour penser l’innommable et élaborer au-delà du
chaos. Les médias sont là pour informer, transmettre à sens unique un certain
nombre de données.
L’influence des images est devenue telle, qu’elle est en passe de remplacer la
réalité en ce sens où l’événement ne semble exister que s’il est aussi certifié par
la caméra et l’écran de télévision.
■ L’image rend l’événement réel et la réalité virtuelle finit par remplacer les
vraies réalités.
■ Le besoin constant d’informations et d’images, le contexte d’urgence qui
favorise le court-circuitage de toute élaboration, la pression de l’audimat
comme celles des responsables institutionnels et politiques peuvent conduire
à des manquements préjudiciables à la crédibilité de l’information  : réalité
occultée, déniée ou banalisée, informations parcellaires, fausses ou menson-
gères, diffusion d’informations non vérifiées, inadéquation entre les images et
le sujet concerné, etc.
7. La communication en gestion de crise 111

Répercussions pour les sujets impliqués dans


l’événement traumatique médiatisé
En immédiat
Pour les victimes de ce type d’événements, la confrontation aux médias peut
être particulièrement douloureuse :
■ elle est souvent oppressante par les multiples caméras et les dizaines de jour-
nalistes qui assaillent micros en main le(s) rescapé(s) quitte à les bousculer ;
■ elle renforce le sentiment d’étrangeté par les nombreux malentendus entre
ceux qui témoignent et les images diffusées  : «  Ils ont sorti ma phrase du
contexte », « Leur commentaire me fait dire le contraire de ce que je pense »,
« Ils ont coupé au montage le plus important pour ne garder que ce qui les
intéressait  », «  Je leur avais interdit de me filmer le visage, je voulais bien
témoigner mais sans être reconnu, leur floutage c’est du bidon, tout le monde
sait que c’est moi qui aie été agressé », « Ils font bien dire à leurs images ce
qu’ils veulent » ;
■ elle participe à la désillusion lorsque les victimes et/ou leurs familles utilisent
les médias pour valoriser leur plainte, défendre leur cause et tenter d’obtenir
réparation avec une conviction absolue que LA vérité passera par l’image
alors que le montage, les commentaires et la subjectivité du journaliste leur
échappent et que sa vérité n’est pas la leur ;
■ elle contribue à stigmatiser les sujets impliqués dans un statut de victime et
renforce la confusion entre restauration psychique et réparation judiciaire ;
■ elle peut conduire à une fascination des sujets victimes par leur propre image,
telle cette patiente qui a réalisé un « book », à partir des multiples photos
prises par les médias suite à l’accident dont elle a été victime.
En différé
Plusieurs jours, voire plusieurs mois ou années après l’événement, l’impact de
ces images traumatiques au niveau des victimes est souvent considérable car :
■ elles participent à figer l’horreur de l’événement ;
■ elles confrontent les impliqués à une image qu’ils n’avaient pas intégrée de
cette façon-là : « Quand je me suis vu, je ne me suis pas reconnu », « Je ne
m’étais pas vue comme ça », « C’était l’horreur, j’étais comme un mort vivant,
le jour de l’accident je n’avais pas réalisé que j’étais atteint à ce point » ;
■ elles participent au sentiment de déshumanisation éprouvé par les victimes
d’événements traumatiques ;
■ le droit à l’image reste un leurre puisque soit la diffusion a déjà eu lieu, soit elle
est annoncée (émission à des dates anniversaires) et dans ce cas-là, l’impliqué
doit faire valoir ses droits face aux cabinets d’avocats de médias puissants…

Place du sauveteur face aux médias


Les sauveteurs doivent faire preuve d’une éthique irréprochable visant à proté-
ger les victimes de toute intrusion ou agression journalistique (encadré 7.1) :
■ ne pas participer par des photos, des films à cette spectacularisation média-
tique ;
112 II. Du côté des professionnels

Encadré 7.1
De quelques recommandations face aux médias…
ƒƒ Protéger les victimes des médias.
ƒƒ Ne jamais communiquer directement.
ƒƒ Renvoyer les médias vers le responsable des opérations.
ƒƒ Ne jamais transmettre les coordonnées des victimes aux médias.

■ la demande de renfort par les forces de l’ordre est certaines fois nécessaire
pour renforcer le cordon de sécurité et écarter les caméramen et photo-
graphes des personnes impliquées et du site d’intervention des secours ;
■ l’obligation de réserve doit être respectée. De ce fait, les sauveteurs de terrain
n’ont pas à communiquer aux médias. Leurs propos risquent d’être sortis du
contexte, d’être utilisés pour illustrer le contraire de ce qu’ils pensent et si le
nom et l’institution d’appartenance du sauveteur apparaissent sans qu’il ait
eu l’accord de sa hiérarchie d’être interviewé, il risque un blâme pour non-
respect de son obligation de réserve ;
■ seuls les responsables sont habilités à communiquer de par leurs fonctions et
leur position hiérarchique ;
■ le même respect en différé plusieurs semaines ou plusieurs mois après l’évé-
nement en particulier lors des dates anniversaire ou des procès, la même
éthique s’impose, marquée par un respect permanent à l’égard des victimes.
Par exemple, ne pas citer le nom des victimes ou illustrer des articles par des
photos de victimes non floutées, qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes.
8 Les droits et devoirs
des professionnels

Le secret professionnel
Définition
Le secret professionnel (article 226-13 du Code Pénal) est une information déte-
nue par un professionnel qu’il cache à autrui. Pour le dépositaire de cette infor-
mation, c’est une obligation de se taire qui lui est imposée par la loi sous peine
de sanction pénale selon l’article 226-13 : « La révélation d’une information à
caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par
profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie
d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». L’article 226-13
ne liste plus les professionnels astreints au secret professionnel. Toute personne
dépositaire d’une information à caractère secret est concernée. Cette personne
peut en être dépositaire soit par état (prêtre) ou par profession (exemple méde-
cin, avocat, etc.), soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire.

Levée du secret professionnel


C’est l’article 226-14 du Code Pénal qui autorise la levée du secret professionnel
en donnant les cas où l’obligation de secret professionnel est levée. Cet article a
été modifié par la loi du 2 janvier 2004 relative à l’accueil et à la protection de
l’enfance (les modifications de rédaction sont soulignées).
L’article 226-13 n’est pas applicable dans les cas où la loi impose ou autorise
la révélation du secret. En outre, il n’est pas applicable :
■ à celui qui informe les autorités judiciaires, médicales ou administratives de
privations ou de sévices, y compris lorsqu’il s’agit d’atteintes sexuelles dont il
a eu connaissance et qui ont été infligées à un mineur ou à une personne qui
n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son incapacité
physique ou psychique ;
■ au médecin qui, avec l’accord de la victime, porte à la connaissance du pro-
cureur de la République les sévices ou privations qu’il a constatées sur le plan
physique ou psychique dans l’exercice de sa profession et qui lui permettent
de présumer que des violences physiques, sexuelles ou psychiques de toute
nature ont été commises. Lorsque la victime est mineure, son accord n’est pas
nécessaire.

Sauveteurs et événements traumatiques


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114 II. Du côté des professionnels

L’obligation de signalement
Définition
L’article 40 du Code Pénal donne obligation à tout fonctionnaire de signaler au
Procureur :

« Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exer-
cice de ses fonctions acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu
d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce
magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

Il est indifférent que le crime ou le délit ait lieu à l’intérieur ou à l’extérieur de


l’établissement, qu’il ait été commis par un élève, un agent en service ou hors
service, ou par une personne étrangère à l’institution.

Sanction en cas de défaut de signalement


La non-dénonciation de crime – article 431-1 du CP

« Le fait pour quiconque ayant connaissance d’un crime dont il est encore pos-
sible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles
de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en
informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de 3 ans d’empri-
sonnement et de 45 000 euros d’amende. »

La non-dénonciation de mauvais traitements envers un mineur


de 15 ans – article 434-3 du CP

« Le fait, pour quiconque ayant eu une connaissance de mauvais traitements


ou privations infligés à un mineur de 15 ans ou à une personne qui n’est pas
en mesure de se protéger en raison de son âge, d’une maladie, d’une infirmité,
d’une déficience physique ou psychique ou d’un état de grossesse, de ne pas
en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de 3 ans d’em-
prisonnement et de 45 000 euros d’amende. »

Omission d’empêcher une infraction – article 223-6 alinéa 1 du CP

« Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui
ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la
personne, s’abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d’emprison-
nement et de 75 000 € d’amende. »

Non-assistance à personne en péril – art.223-6 alinéa 2 du CP

«  Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de por-


ter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les
8. Les droits et devoirs des professionnels 115

tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un
secours. »

Les modalités et contenu du signalement


Le signalement part avant tout de l’évaluation de l’enfant ou de la personne
adulte vulnérable  considérée en danger  : femme enceinte, personne âgée,
personne handicapée, adulte sous tutelle. Il doit contenir différents éléments
d’information (tableau 8.1). Pour les enfants, si la situation est évaluée par les
professionnels comme une situation d’enfant en risque, il est nécessaire de rédi-
ger une Information préoccupante et de l’adresser à la Cellule de Reccueil des
Informations Préoccupantes (CRIP) du Conseil Général.

Tableau 8.1
Contenu du signalement
L’auteur du signalement : Le destinataire :
Nom – Prénom : M. Le Procureur de la République
Fonction : Tribunal de Grande Instance de…
Établissement/institution : Ou
Adresse professionnelle et téléphone : M. Le Président du Conseil Général de…
Informations sur la victime : Informations éventuellement données par
Nom : Prénom : la victime sur l’auteur présumé :
Date de naissance : Lieu : Nom :
Adresse : Prénom :
établissement/institution : Âge :
Composition de la famille : Liens avec la victime :
Éléments significatifs sur son développement, Autres informations :
son environnement et cadre de vie :
Résumé de l’évaluation pluridisciplinaire :
Éléments motivant le signalement :
Énoncé précis des propos rapportés par l’enfant/l’adulte vulnérable ou des faits observés
directement :
Circonstances de la révélation ou du constat (date, lieu, contexte, préciser si la révélation est
spontanée ou si les propos viennent après des questions posées) :
Mentionner, si l’enfant/l’adulte vulnérable en a parlé, le lieu, la période, la fréquence des faits
signalés.
Attitudes et propos des parents s’ils ont été reçus :
Autres observations (signalement antérieur, actions déjà menées, suivi social ou/et mesure
d’assistance éducative déjà en cours) :
Autres personnes ayant connaissance de la situation (par exemple les parents qui auraient
parallèlement porté plainte) :
Date et signature
Pièces jointes : bulletin qui mettrait en évidence une dégradation de la situation personnelle,
relevé d’absence, écrits de la victime qui auraient amené à la révélation, certificat médical du
médecin du service, etc.
Important : ce document est complété uniquement à partir des informations dont vous
disposez.
Vous n’êtes pas autorisé à mener une enquête.
116 II. Du côté des professionnels

Le contenu du certificat médical


Le certificat médical peut être rédigé par le médecin de l’institution (école, PMI,
hôpital, entreprise), par un médecin des urgences ou par un médecin libéral
(tableau 8.2 et encadré 8.1).

L’obligation et le devoir de réserve


Protection du professionnel par son institution
Les sauveteurs dépendant de la fonction publique sont protégés légalement
lorsqu’ils sont en activité, selon la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, article 11 :

« Les fonctionnaires et les agents non titulaires, ont droit à une protection et le
cas échéant à une réparation lorsqu’ils ont fait l’objet, à l’occasion de leurs fonc-
tions, de menaces, d’outrages, de voies de fait, d’injures ou de diffamations. Ils
ont droit à une protection, dans certaines circonstances, en cas de poursuites
pénales et civiles engagées par un tiers pour faute de service. ».

Obligation de réserve
Les sauveteurs dépendant de la fonction publique ont une obligation de réserve
qui, si elle n’est pas respectée, peut conduire à des sanctions, des blâmes voire
à des radiations. Le principe de neutralité du service public interdit par exemple
au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quel-
conque.
La réserve n’a pas trait uniquement à l’expression des opinions. Elle impose
au fonctionnaire d’éviter en toutes circonstances les comportements portant
atteinte à la considération du service public par les usagers. Par exemple, sur le
terrain, les sauveteurs n’ont pas à faire part aux impliqués de leurs désaccords et
de leurs critiques à l’égard des responsables organisant les secours.

Tableau 8.2
Certificat médical
Identité du médecin rédacteur : Le destinataire :
Nom, prénom : M. Le Procureur de la République
Institution : Tribunal de Grande Instance de…
Adresse professionnelle et téléphone : Ou
M. Le Président du Conseil Général de…
Informations sur la victime : Informations éventuellement données par
Nom : Prénom : la victime sur l’auteur présumé :
Date de naissance : Lieu : Nom :
Adresse : Prénom :
établissement/institution : Âge :
Composition de la famille : Liens avec la victime :
Éléments significatifs sur le développement, Autres informations :
son environnement et cadre de vie :
8. Les droits et devoirs des professionnels 117

Encadré 8.1
Résumé de l’évaluation pluridisciplinaire.
Conditions dans lesquelles le médecin a été sollicité : à la demande de….
préciser s’il s’agit ou non d’une réquisition.
Énoncé précis des propos rapportés par la victime devant le médecin ou des
faits observés directement : « l’enfant m’a dit… ».
Attitude et comportement de la victime au cours de l’examen (confiant,
craintif, refus d’être examiné, pleurs, prostré, excité, plaintes somatiques, état
de choc etc.).
Constatations personnelles du praticien suite à l’examen : examen soma-
tique, examen génital et anal (selon les lieux d’exercice des médecins), des-
cription des lésions éventuelles (siège, étendue, nombre, caractère ancien ou
récent, élément de gravité), retentissement psychologique.
Antécédents médicaux :
Attitudes et propos des proches (parents, fratrie ou descendants) s’ils ont été
reçus.
Autres observations :
Examens complémentaires demandés ou réalisés : prélèvements sanguins,
gynécologiques, radio, etc.
Traitements éventuels  : contraceptif d’urgence, traitement prophylactique,
anxiolytique, etc.
Appréciation de l’incapacité totale de travail ITT : préciser « sous réserve de
complications, des séquelles pourraient persister donnant lieu à une Incapa-
cité Permanente Partielle à expertiser ultérieurement » ; en particulier pour les
séquelles psychologiques et l’évaluation des symptômes post-traumatiques.
En conclusion : « l’enfant présente (ou non) des signes compatibles des traces
de violences récentes et une réaction psychique compatible (ou non) avec
l’agression qu’il dit avoir subie (ou avec l’agression suspectée). L’absence de
lésion ne permet pas de conclure à l’absence d’une agression sexuelle ».
Date, heure et signature avec tampon du service
Mention : « certificat fait à la demande de… et remis en main propre à… pour
faire valoir ce que de droit ».

Obligation de discrétion professionnelle


L’obligation de discrétion professionnelle est rappelée par la loi n° 83.634 du
13 juillet 1983, article 26 :

« Les fonctionnaires doivent faire preuve de discrétion professionnelle pour tous


les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l’exercice
ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions. En dehors des cas expressément
prévus par la réglementation en vigueur, notamment en matière de liberté
d’accès aux documents administratifs, les fonctionnaires ne peuvent être déliés
de cette obligation de discrétion professionnelle que par décision expresse de
l’autorité dont ils dépendent. ».
118 II. Du côté des professionnels

Adresses utiles
Les Savu
Les Services d’Aide aux Victimes d’Urgence sont destinés à soutenir psychologi-
quement et techniquement (renseignements juridiques et démarches adminis-
tratives) les victimes d’actes d’infractions pénales. Conçus et initiés en 2002
par Jean-Louis Borloo, alors Ministre délégué de la Ville, ils sont implantés sur
quelques sites pilotes et ne sont pas actuellement généralisés sur tout le terri-
toire. Fonctionnant 7/7 jours, les équipes sont habituellement constituées d’un
psychologue et d’un juriste et se rendent directement au domicile de la victime,
au commissariat ou sur la voie publique. La victime peut être accompagnée par
l’équipe du Savu dans le cadre des démarches hospitalières, telle que consul-
tation aux UCMJ ou hospitalisation aux urgences.

Les UCMJ
Ces Unités de Consultation Médico-Judiciaire sont rattachées aux hôpitaux mais
dépendent du Ministère de la Justice. Ce sont uniquement des lieux d’expertise
médicale des dommages causés par l’événement sur l’individu : enfant ou adulte,
victime ou mis en cause. Ces services d’urgences sont un outil de la justice et c’est
uniquement sur réquisition, après dépôt de plainte de la victime ou enquête du
Parquet, que celle-ci est reçue très rapidement, habituellement dans les heures
qui suivent l’agression. Autrement dit, une victime ne peut se rendre directement
aux UCMJ pour être examinée par un médecin légiste. Elle doit impérativement
être passée au préalable au commissariat ou à la Gendarmerie. Les UCMJ ne sont
en aucun cas des lieux de suivi psychothérapeutique. Éventuellement, en fonc-
tion des structures, un espace d’écoute animé par des psychologues d’associa-
tions d’aide aux victimes, est ouvert pour les patients qui le souhaitent et animés
par des associations d’aide aux victimes avec pour objectif de répondre à des
questions strictement juridiques, administratives ou d’orienter sur des prises en
charge psychothérapeutiques extérieures. Il n’existe actuellement qu’une UCMJ
intégralement dédiée aux enfants à l’hôpital Armand Trousseau (Paris).

Les lieux de prise en charge thérapeutique


Les professionnels de la santé mentale
En différé, les professionnels orientent les prises en charge préférentiellement
vers des psychothérapies individuelles ou familiales. Ces psychothérapies peu-
vent s’effectuer dans différentes structures (publiques ou privées) et être menées
par des psychiatres, psychologues, psychanalystes ou psychothérapeutes.
Les psychiatres
Ce sont des docteurs en médecine. Ils ont donc accompli le cycle complet des
études de médecine et se sont spécialisés en psychiatrie. À l’issue de leur Examen
Classant National (anciennement concours de l’internat), ils se spécialisent en
psychiatrie dont l’internat dure 4 ans. L’internat est validé quand l’ensemble des
stages de 6 mois requis ont été effectués (diplôme d’études spécialisées DES),
8. Les droits et devoirs des professionnels 119

suivi d’une thèse d’exercice portant le plus souvent sur un thème de la spécia-
lité, laquelle est généralement soutenue dans la dernière année d’internat.
Les psychiatres s’occupent donc du diagnostic, de la prévention et du trai-
tement des troubles mentaux chez les enfants, adolescents (pédopsychiatres),
adultes, et personnes âgées. Ils peuvent exercer soit dans le système public
(psychiatrie de secteur, Centre Hospitalo-Universitaire), soit en libéral (cabinets,
cliniques), soit encore dans différentes structures associatives.
Ils ont la possibilité de prescrire une médication et d’hospitaliser les patients.
Leurs honoraires sont remboursés sauf pour ceux qui sont hors convention.
Dans le cadre spécifique du psychotraumatisme, les psychiatres peuvent
intervenir dès l’immédiat (psychiatre coordonnateur de CUMP), en post-immé-
diat (débriefing ou Intervention Psychothérapeutique Post-Immédiate) ou en
différé (consultations).
Les psychologues
Ils suivent un cursus universitaire de psychologie de 5  ans afin d’obtenir un
Master 2 Professionnel, anciennement intitulé D.E.S.S. (Diplôme d’Études Supé-
rieures Spécialisées). La mission fondamentale du psychologue est de faire recon-
naître et respecter la personne dans sa dimension psychique. La psychologie
comporte diverses orientations et spécialités cliniques. Il peut remplir d’autres
missions, comme le conseil, l’enseignement de la psychologie, l’évaluation,
l’expertise, la formation, la recherche, etc. Ces missions peuvent s’exercer dans
divers secteurs professionnels  : hôpital, institutions et associations du secteur
social, justice, services de la petite enfance, de la prévention et de la santé. Il
peut aussi exercer en libéral. Les consultations n’étant pas effectuées suite à des
prescriptions médicales, elles ne sont pas remboursées.
La prise en charge des victimes d’événements traumatiques est habituelle-
ment assurée par un psychologue clinicien dont l’activité porte sur la compo-
sante psychique des individus, considérés isolément ou collectivement.
Les psychothérapeutes
Le titre de psychothérapeute est depuis la loi du 30 juillet 2004 « Réservé aux
professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes. L’inscription
est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le dépar-
tement de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la dispo-
sition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations
suivies par le professionnel. (L’inscription sur la liste visée à l’alinéa précédent est
de droit pour les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes
autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par
l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions
d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires
de leurs associations. » (décret n°2010-534 du 20 mai 2010)
Il reste un certain flou quant aux formations effectives de certains psycho-
thérapeutes et des risques de dérives sectaires, face à des victimes en demande
d’aide et donc particulièrement influençables suite à un événement trauma-
tique. Les consultations n’étant pas effectuées suite à des prescriptions médica-
les, elles ne sont pas remboursées.
120 II. Du côté des professionnels

Les psychanalystes
Ils sont formés au sein de sociétés de psychanalyse et ont l’obligation d’avoir
fait leur propre psychanalyse. Cette fonction suit les principes du fondateur Sig-
mund Freud. Les psychanalystes peuvent venir de différentes orientations pro-
fessionnelles, autres que celles du soin psychique (exemple, philosophe, ensei-
gnant, etc.) et avoir décidé de devenir psychanalyste. En outre, psychologues
et psychiatres font parfois également le choix de se former à la psychanalyse et
donc de devenir psychanalystes.
Les outils cliniques fondamentaux de la psychanalyse sont : une écoute spé-
cifique de l’inconscient du sujet à travers ses associations libres, ses mécanismes
de défense, son refoulement, une analyse des relations infantiles aux images
parentales projetées sur la personne du psychanalyste et l’interprétation qu’en
fait alors le professionnel. Ce processus demande un cadre spécifique de prise en
charge où le patient est allongé sur un divan et le psychanalyste en retrait pour
une neutralité bienveillante, une écoute flottante, et des interprétations ponc-
tuelles. Aujourd’hui, de nombreux « psy » utilisent les concepts de la psychana-
lyse et les adaptent à un autre cadre que celui de la psychanalyse classique.
Quel que soit le choix du « psy », il est indispensable de s’assurer de sa com-
pétence auprès d’autres personnes afin d’éviter les professionnels sans scrupule
qui, sans aucune formation spécifique, s’autoproclament victimologues et s’im-
provisent thérapeutes.

Les diverses possibilités de prise en charge en différé


Les psychothérapies d’inspiration psychanalytique
ou psychodynamique (dans le cadre de la prise en charge
du trauma)
La prise en charge du psychotraumatisme a poussé les professionnels à réamé-
nager le cadre classique de la psychanalyse, qui pouvait être vécu comme une
seconde violence faite au sujet. Le patient ne sera pas allongé sur un divan,
mais en face à face, et le « psy » sera actif dans la relation car, la neutralité bien-
veillante, l’écoute flottante, le silence du psychanalyste, habituellement recom-
mandés, peuvent se révéler ici malveillants et avoir des effets ravageurs. Dans
cette situation clinique, les psychiatres, psychologues et psychanalystes doivent
contenir une verbalisation de l’événement comme une « greffe de paroles » :
proposer un sens, mettre un sens propre au sujet, en rapport avec son histoire.
Ici, la construction du récit doit permettre au fur et à mesure de mettre en
évidence des vécus infantiles douloureux, des contextes familiaux avec précarité
des liens affectifs, des traumas anciens ou deuils compliqués… L’événement
traumatique actuel est donc venu réactiver ces traumas qui n’avaient pas été
parlés, pensés, élaborés auparavant. Les conséquences traumatiques poussent
le sujet à trouver un sens en lien avec son histoire avec l’aide du psychanalyste.
Les thérapies cognitivo-comportementales
Ces techniques cognitivo-comportementales s’adressent aux trois symptômes
principaux de l’État de Stress Post-Traumatique –  intrusion, évitement, et
8. Les droits et devoirs des professionnels 121

a­ ctivation neurovégétative – en adaptant les techniques utilisées dans les trou-


bles anxieux, dépressifs ou dans la gestion du stress : exposition, thérapie cogni-
tive, entraînement à la relaxation, gestion du stress, résolution de problème.
Ici, les souvenirs traumatiques seront réévoqués minutieusement, dans le détail,
dans un environnement rassurant, jusqu’à ce qu’ils ne soient plus associés à des
réponses émotionnelles et cognitives aversives et que l’anxiété ait significative-
ment diminué.
L’ E.M.D.R.
Eye Movement Desensitization and Reprocessy, ou désensibilisation et restructura-
tion par les mouvements oculaires rapides. Cette méthode a été introduite aux
États-Unis, en 1985, par Shapiro, et en France, en 1995 par Bonne F.
Le patient doit ici imaginer une scène de l’événement traumatique, tout en se
concentrant sur ses pensées et réponses émotionnelles. Pendant ce temps-là, il
suit des yeux les mouvements rapides des doigts du thérapeute. Il y aura répé-
tition des séances jusqu’à ce que le patient ne ressente plus aucune anxiété à
l’imagination des scènes traumatiques et puisse adopter des pensées positives
dans ce même temps.
Il manque toutefois des études permettant de valider cette approche théra-
peutique.
Les techniques de relaxation
Elles sont fréquemment associées aux thérapies cognitives et comportementales
et visent un apaisement du stress et de l’anxiété selon différentes méthodes.
Dans le cadre de patients victimes d’événements traumatiques, ces thérapies ne
sont pas recommandées dans l’immédiat mais peuvent être utilisées en différé.
Les deux techniques principales sont :
■ le « training autogène » de Schultz est une technique de relaxation permet-
tant d’aborder différentes phases  : pesanteur, chaleur, organique, cœur, et
respiration afin d’aboutir à une réduction du stress et de l’anxiété, un état de
relaxation et de détente ;
■ la relaxation progressive selon la méthode Jacobson, est une méthode de
relaxation neuromusculaire où le contrôle somatique exerce un rôle sur la
réponse psychique. Le relâchement musculaire recherché doit aboutir à une
détente mentale.
Ces deux techniques ont toute leur place dans la gestion du stress et de
l’anxiété, états consécutifs aux événements traumatiques et étant très souvent
réactivés, revécus par le sujet lors de situations rappelant l’agression, l’accident,
l’incendie…
Spécificités de la prise en charge de l’enfant et de l’adolescent
Une spécificité est à souligner dans le cadre des prises en charge d’enfants et
d’adolescents. L’approche est quelque peu modifiée et demande une formation
pour le professionnel.
Si les modalités d’intervention peuvent rester les mêmes – immédiat, ­post-immédiat,
différé, et groupe, approche familiale ou individuelle – les ­manifestations cliniques
sont variables, et l’établissement d’une relation thérapeutique dépend des
122 II. Du côté des professionnels

moyens d’expression de l’enfant en rapport avec son niveau de développement,


qui seront plus ou moins atteints par le trauma. Il sera alors préférable d’utili-
ser une médiation par différents types de jeux, ou des dessins, qui offriront une
figuration à ce qui vient faire trauma, donnant alors accès aux vécus internes de
l’enfant. Dessins et jeux sont des outils diagnostiques et thérapeutiques précieux
à n’utiliser que par des professionnels formés et habitués à leur utilisation, afin
d’éviter toute interprétation malencontreuse.
Toutes ces manifestations symptomatiques évolueront favorablement ou défa-
vorablement en fonction du niveau de développement de l’enfant, de ses anté-
cédents, des répercussions traumatiques au niveau familial (si toute la famille est
touchée par le trauma, il est beaucoup plus difficile pour l’enfant de conserver
le sentiment interne de sécurité nécessaire à son développement et naissant des
interactions avec ses parents), et de son contexte socioculturel d’origine.
La prise en charge doit ici tenir compte des répercussions relationnelles au
sein de la famille et de la fratrie. C’est pourquoi il peut être proposé des théra-
pies familiales, thérapies de couples, et suivi psychothérapeutique des fratries.
Des orientations sur les associations spécialisées qui vont délivrer des conseils
par rapport aux droits des victimes seront souvent très complémentaires.
Les thérapies familiales
L’événement traumatique peut entraîner des modifications profondes et dura-
bles au sein d’une famille et d’un couple : changement de caractère de la vic-
time, séquelles physiques et/ou psychiques importantes, bouleversements de
l’équilibre familial préalable, conséquences économiques désastreuses, etc. La
victime et ce qu’elle a vécu peuvent devenir l’objet de tous les problèmes et
il est alors souvent important en fonction des patients rencontrés, de prendre
un temps de reprise familiale. Cela est particulièrement précieux lorsqu’il s’agit
d’enfants ou adolescents.
Les principes d’entretien restent les mêmes et chacun exprime son vécu, ses
ressentis, émotions, et sentiments.

Aucune orientation théorico-clinique ne vaut plus qu’une autre, certaines


peuvent même être véritablement complémentaires. Le tout est de répondre
au cas par cas en fonction du sujet.

Les lieux de soins


Dans le secteur public
Les Centres Médico-Psychologiques pour enfants et adultes (CMP)
Ils fonctionnent par sectorisation c’est-à-dire que le sujet est pris en charge en
fonction de son lieu d’habitation. Il est parfois plus facile pour le patient de
se rendre dans un centre près de chez lui. Dans ces centres, psychiatres, psy-
chologues et infirmiers sont là pour accueillir l’individu et l’orienter pour une
prise en charge psychothérapeutique vers un des psychiatres ou psychologues
du centre.
8. Les droits et devoirs des professionnels 123

Les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (CMPP)


Ils sont spécialisés dans la prise en charge des enfants et adolescents. Ils sont
souvent associatifs et c’est pour cela qu’ils accueillent tous parents et enfants
indépendamment de leur lieu d’habitation. Le fonctionnement et les thérapeu-
tiques proposés sont les mêmes que dans les CMP.
L’inconvénient pour les structures type CMP et CMPP est souvent le délai
d’attente pour obtenir une première consultation (parfois plusieurs mois), mais
les prises en charge sont gratuites.
Les Centres Hospitaliers Universitaires
Ils proposent des prises en charge spécifiques du psychotraumatisme.
Le contact avec ces différents lieux spécialisés peut s’établir par l’intermédiaire
des coordonnateurs des Cellules d’Urgence Médico-Psychologiques via le 15
(numéro du Samu). Ici, il est possible d’avoir plus facilement accès aux consul-
tations avec un délai de prise en charge plus rapide (moins d’une semaine).

Les maisons de la justice et du droit


Placées sous l’autorité des chefs du Tribunal de grande instance, les maisons de
justice et du droit constituent un lieu d’accès au droit (accueil, aide, informa-
tion, consultation…) pour le public et notamment les victimes. Elles assurent
également une permanence judiciaire de proximité avec des avocats, des huis-
siers, des notaires, des associations de médiation familiale, des conciliateurs de
justice, un délégué du médiateur de la République.

Les associations
Il est important de ne pas confondre associations d’aide aux victimes et asso-
ciations de victimes.

Les associations d’aide aux victimes


Ce sont des structures spécialisées composées de professionnels assurant
l’accueil et la prise en charge des victimes. Les services des associations d’aide
aux victimes sont proposés à titre gratuit.

Les associations de victimes


Elles sont créées et animées par des victimes d’événements traumatiques. Leurs
objectifs sont principalement d’échanger sur leur vécu et d’essayer de mutua-
liser leurs moyens pour mieux défendre leurs intérêts, en particulier lors des
procédures judiciaires et des éventuels procès.
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127

Liste des abréviations


AMU : aide médicale urgente
ARM : assistant de régulation médicale
CG : conseil général
CMP : centre médico-psychologique pour enfants et adultes
CMPP : centre médico-psychopédagogique
CNUMP : Comité national de l’urgence médico-psychologique
CUMP : cellule d’urgence médico-psychologique
CRRA : centre de réception et régulation des appels
CS : centre de secours
CSS : classement sans suite
DSM : directeur des secours médicaux
MC : main courante
ONL : ordonnance de non lieu
PMA : poste médical avancé
PPI : plan particulier d’intervention
SAMU : service d’aide médical urgente
SAU : service d’accueil des urgences
SDIS : service départemental d’incendie et de secours
UMH : unité mobile hospitalière
UR : urgence relative
VSL : véhicule sanitaire léger
Index

A confiance, 54
accident(s), 3 confrontation, 10, 14
– de la vie publique, 11 Conseil d’État, 49
actes Conseil Général, 115
– automatiques, 11 coping, 24
– terroristes, 55 Cour d’appel, 48
adolescence, 103 CRIP, 115
adolescent, 121 Croix-Rouge française, 39
adulte vulnérable, 115 croyances, 75
agitation, 11, 87 culpabilité, 11, 12, 59
agressions sexuelles, 54, 97 CUMP, 36
agressivité, 63, 88 D
aide psychosociale, 71
altération du sentiment d’appartenance, 11 débriefing, 82
annonce de la mort, 99 décès, 98
anxiété, 68, 87 defusing, 79, 83
arbitraire, 12 délire, 80
associations, 123 déni, 59, 96
attachement, 16 dépendance anxieuse, 16
attentats, 21 dépression anaclitique, 16
deuil, 29
B – compliqué, 32
banalisation, 59 – pathologique, 32
bébé, 101 – traumatique, 32
burn-out, 64 devoir de réserve, 116
directeur
C – des Opérations de Secours, 39
catastrophe(s), 4 – des Secours Médicaux - DSM, 42
– collective, 99 dissociation, 21
Centres Hospitaliers Universitaires, 123 dissociation aiguë
Centres Médico-Psychologiques pour – état de, 11
enfants et adultes
– (CMP), 122 E
Centres Médico-Psycho-Pédagogiques écoute, 80
(CMPP), 123 E.M.D.R., 121
certificat médical, 116 enfants, 96
CIVI – Commission d’Indemnisation des – endeuillés, 100
Victimes d’Infraction, 53 épuisement professionnel, 64
Communication, 109 équipe, 109
compulsion à soigner, 20 état
conduite(s) – d’agitation, 86
– addictives, 68 – de dissociation aiguë, 11
– auto-agressives, 19 éthique, 76
– automatique, 64 évaluation, 10
– régressives, 17 événement traumatique, 3, 109

Sauveteurs et événements traumatiques


© 2011 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

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130 Sauveteurs et événements traumatiques

évitement, 14, 24, 59 personnes âgées, 95


expertise, 118 plainte, 50
exposition, 22 plans de secours, 39
police, 38
F poste
familles, 99 – d’Urgence Médico-Psychologique, 43
fascination, 59 – Médical Avancé, 42
fatigue de compassion, 66 prescription pénale, 52
fond de garantie des victimes d’actes prévention, 69
de terrorisme et d’autres infractions prise de toxiques, 85
(FGTI), 56 prise en charge
foule, 94 – médico-psychologique, 77
fratrie, 94 – thérapeutique, 118
fuite panique, 64 Procédure judiciaire, 47
Procureur, 114
G protection, 77
Protection Civile, 39
gendarmerie, 38
psychanalystes, 120
gestion de crise, 109
psychiatres, 118
psychologues, 119
H
psychothérapeutes, 119
handicap, 95 psychothérapies d’inspiration psychanalytique
honte, 12 ou psychodynamique, 120
hypervigilance, 17 pyramide de Maslow, 26

I R
identification projective, 59 réactions
incendie, 21 – en faux self, 19
indemnisation, 47, 54 – en immédiat, 11
information préoccupante, 115 – psychiques, 10
inhibition, 86 références culturelles, 80
intrusion, 14 reformulation, 81
ironie, 59 refus de soins, 98
relaxation, 121
J religions, 30
juges, 50 résilience, 20
risque suicidaire, 91
M rites mortuaires, 106
main-courante, 52 rituels, 68
maisons de la justice, 123
manifestations somatiques, 18 S
mécanismes de défense, 59 Samu, 35
médias, 109 SDIS, 37
mémoire, 61 secours, 71
mensonge, 59 secret professionnel, 113
mineure, 113 sens culturel, 76
mort, 99 sentiment d’appartenance, 12
services d’Aide aux Victimes d’Urgence, 118
N sidération, 64
neurovégétatifs, 14 – stuporeuse, 11
signalement, 113
P soutien psychologique, 71
stress, 60
parquet, 47 – adaptatif, 60
partie civile, 51 – cumulatif, 62

C0100.indd 130 7/5/11 9:22:28 PM


Index 131

– dépassé, 64 troubles
stupeur, 86 – psychosomatiques, 68
survictimisation, 26 – dépressifs, 17
symptômes post-traumatiques, 13
Syndrome d’Aliénation Traumatique, 11, 13 U
système judiciaire, 47 UCMJ, 118
urgences
T – absolues, 43
tentative de suicide, 91 – relatives, 43
thérapies
– cognitivo-comportementales, 120 V
– familiales, 122 verbalisation, 79
traumatisation vicariant, 66 victime(s), 9, 10
travail de deuil, 30 viol, 53, 54
tribunal violence, 88
– administratif, 49 vulnérabilité, 20
– de grande instance, 123

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