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Compte rendu

Ouvrage recensé :

CASPAR, Philippe, L’individuation des êtres. Aristote, Leibniz et l’immunologie contemporaine

par Louis Brunet


Laval théologique et philosophique, vol. 42, n° 3, 1986, p. 405-407.

Pour citer ce compte rendu, utiliser l'adresse suivante :

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DOI: 10.7202/400268ar

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méthode d'Abrahim H. Khan est tributaire des rester fidèle à la présentation du discours du
procédés scientifiques de McKinnon (chap. 2) et penseur danois. En cela, tout est réussi. Khan ne
s'échelonne sur neuf étapes (steps): six étapes de se lance dans aucune digression. Son but n'est pas
consultation et de conception informatiques de maintenir un objectif personnel aléatoire qui
composent le rapport d'identification (phase one) dépasserait les propos de Kierkegaard, mais bien
et trois étapes ordonnatrices conduisent à son plutôt de lire le plus justement possible à la fois le
terme le rapport de disposition (phase two). discours comme il se présente et les mots comme
Chacune des parties de l'ouvrage analyse un ils le représentent (p. 5). La tâche ne fut certes pas
tableau (model) et se divise en trois sections : un facile, Kierkegaard n'ayant laissé aucun glossaire
commentaire du tableau, une reconstitution du de définitions du concept-clé « Salighed » (p. 111).
texte et, finalement, une discussion récapitulatrice
L'ouvrage d'Abrahim H. Khan est bien de
et critique. À l'intérieur de la section « commen-
notre temps. Sans aucune hésitation, j'en recom-
taire » (section A), Khan nous livre le nombre des
mande la lecture ou la consultation. La contribu-
mots-concepts (differential terms) qui manifestent
tion de Khan à la connaissance de l'œuvre de
la notion «Salighed» et qui proviennent du
Kierkegaard est de tout premier plan. Cet ouvrage
tableau (model). Après quoi, l'auteur ordonne les
est à ranger, en bibliothèque, à côté des publi-
expressions selon leurs variations et leurs implica-
cations du professeur McKinnon. Son contenu
tions. Ainsi donc, pour ne citer qu'un exemple, il
témoigne du professionnalisme de l'auteur. « Salighed
a retrouvé vingt-sept mots-concepts dans le Post-
as Happiness ?» donnera, croyons-nous, un souffle
Scriptum : treize noms communs, cinq verbes, six
nouveau au projet de porter la pensée kierkegaar-
adjectifs et trois adverbes (p. 40). La section
dienne à la transparence.
« reconstitution » (section B) reprend les mots-
concepts les plus révélateurs et les replace dans le Denis MONGRAIN
texte et le contexte. La troisième et dernière Collège de l''Abitibi-Témiscaminque
section («discussion») est un travail d'opinion
sur la conception kierkegaardienne ainsi que
l'étymologie et la traduction anglaise ou le pen-
dant anglo-saxon des mots-concepts danois. Philippe CASPAR, L'individuation des êtres —
Bien que toute cette première face de l'ouvrage Aristote, Leibniz et l'immunologie contem-
de Khan soit instructive quant à la présentation poraine, Le Sycomore, P. Lethielleux, Paris,
du concept « Salighed» dans l'œuvre de Kierke- 1985 (22 X 14 cm) 318 pages.
gaard, la face la plus enrichissante et, par surcroît,
la plus intéressante à la lecture est très certaine- Dans l'optique d'une tentative de coopération
ment la seconde qui contient une étude spécifique entre science et métaphysique pour édifier une
de la notion suivie de remarques formulées en nouvelle philosophie de la nature, Philippe Cas-
guise de conclusion. L'étude intitulée « The Con- par, à la fois docteur en médecine spécialiste de
cept Salighed» est divisée en trois parties : 1) la l'immunologie cellulaire et docteur en philosophie,
thèse, 2) la signification du concept «Salighed» traite du problème de l'individuation des êtres.
et 3) ses implications philosophiques et théolo- C'est dans la métaphysique d'Aristote que
giques. Cette étude en est une du vocabulaire l'A. cherche d'abord une réponse articulée et
danois en regard de la formulation anglaise avec systématique. Il organise la pensée du Stagirite
tout ce qu'une mise en parallèle peut avoir sur l'individuation des substances autour de quatre
d'avantages et de désavantages. Ainsi, dans la apories : 1° amené à n'accorder de réalité subs-
partie B (« The Meaning of Salighed»), il insiste tantielle qu'aux seuls individus, Aristote viderait
sur l'étrange parenté entre le mot abstrait en leur individuation de tout contenu ; 2° la finalité
langue danoise « Salighed» et le vocable anglais immanente aux êtres vivants échappe à l'individu,
«silly» (pp. 85 et sq.); ce qui a pour effet puisque ce dernier ne trouve sa vérité que dans sa
d'ajouter un sens nouveau à l'expérience déjà mort qui assure la perpétuation de l'espèce bio-
assez terrible dont Kierkegaard a témoigné par logique ; 3° la construction aristotélicienne d'une
l'expression « l'écharde dans la chair ». L'ouvrage hiérarchie des êtres comporterait des contradic-
d'Abrahim H. Khan ne possède pas cette grandi- tions internes et Aristote perdrait la vision spécu-
loquence qui fait la qualité ou le défaut des lative de l'unité intégrée des divers ordres de
commentaires. Khan a suivi le ton du raison- réalité ; 4° la résolution du problème de l'indivi-
nement kierkegaardien. Son souci majeur est de duation des substances à l'intérieur du cadre de la

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composition hylémorphique ne serait pas satis- sa pure gratuité première, comme aussi celui de la
faisante. métaphysique.

L'A. aborde ensuite trois facettes constitutives Ce livre censé «dépasser des impasses -> passe
des individus vivants découvertes par l'immuno- cependant parfois à côté et, surtout en ce qui
logie moderne : 1° la réalité d'un organisme pensé concerne la pensée d'Aristote, voit des impasses
comme une unité intégrée de structures et de simplement parce que certains problèmes dépas-
fonctions; 2° une individualité moléculaire ori- sent son auteur. Caspar reproche à Aristote de
ginairement donnée dans le génome et 3° une n'avoir pas bien dégagé la spécificité et l'autono-
histoire moléculaire comportant entre autres la mie respectives des démarches biologiques et
mémoire immunitaire et les mutations somatiques. métaphysiques (p. 184). Mais quand il dit: « En
refusant de laisser s'exprimer librement la réalité
En une troisième partie, l'A. conçoit le vaste proprement biologique des êtres vivants que révèle
édifice leibnizien comme une métaphysique d'abord leur observation, Aristote prive sa philo-
déconnectée de la démarche expérimentale et sophie première de ce contrôle puissant que cons-
gravitant essentiellement autour de la question de titue l'affirmation directe et première de la nature
l'individuation des substances. Parce qu'elle cul- par elle-même » (p. 109), il y a de quoi se demander
mine dans un idéalisme métaphysique n'accordant si ce reproche ne devrait pas être retourné contre
qu'aux seules Monades (ces substances simples celui-là même qui l'a proféré. Les apories ou
qui constituent les points métaphysiques ultimes «noyaux d'inintelligibilité » que Caspar croit
du réel) l'unité et l'individualité, la conception déceler dans l'élucidation par Aristote du pro-
leibnizienne de l'individu traduit l'impuissance de blème de l'individuation des substances, je crois
la raison métaphysique à penser en vérité l'unité les déceler plutôt dans ses propres tentatives
des individus complexes qui constituent la trame d'élucidation de la pensée d'Aristote. Ainsi, la
du concret. soi-disante « aporie du cadre hylémorphique»
origine de ce qu il n'arrive pas à voir comment
L'A. en conclut que le problème de l'individu ''unité « métaphysique », i.e. conférée par la forme
ne peut être résolu pour lui-même, ni dans une substantielle à un composé, s'harmonise avec
démarche purement métaphysique, ni dans une l'unité numérique qui découle de la matière
approche purement scientifique, pas plus que comme principe d'individuation. L'individuation
dans la doctrine systématique d'Aristote. Il pro- par la matière seule rendrait problématique le
pose donc de rencontrer ce problème par une surgissement d'une unité métaphysique à partir
approche neuve qui articule, sans les confondre ni d'une matière nombrée. Comme si la matière
les contraindre, la raison métaphysique et la pouvait être principe d'individuation sans en
raison scientifique. Caspar élabore cette approche même temps faire partie d'un composé en lequel
en proposant une philosophie de la nature centrée nécessairement une forme vient actualiser la
sur le thème de l'individu vivant. matière.

Son exposé de philosophie naturelle s'articule L'A. introduit encore une fausse difficulté en
autour de quatre sujets déterminés : 1° compa- opposant l'unité du composé à l'unité de la forme
raison et confrontation des doctrines leibnizienne et en insinuant à tort et bien gratuitement
et aristotélicienne avec les résultats de la biologie qu'Aristote n'aurait pas une pensée cohérente sur
moderne sur le problème de l'individu ; 2° la le lien entre ces types d'unité. Dans la même
question du principe d'individuation dans le veine, l'« aporie biologique de la finalité » (p. 111)
monde vivant ; 3° la question du commencement consiste à soutenir que la structure profonde de la
de l'existence biologique individuelle ; 4° le pro- métaphysique et de la théologie négative d'Aris-
blème de l'intelligibilité de l'individu en biologie tote brise irrémédiablement la consistance propre
contemporaine et son répondant philosophique, de la finalité immanente de l'individu, sous pré-
l'intellection indirecte de l'individu d'après texte que la métaphysique du changement subs-
Thomas d'Aquin. tantiel impose l'unité, l'insécabilité et l'immuta-
bilité des formes. Comme si, du silence d'Aristote
Enfin, l'A. tente de saisir l'articulation entre sur le sort éternel de l'individu humain, on pouvait
la raison métaphysique et la raison scientifique et conclure qu'il réduit la finalité immanente aux
croit la trouver dans la beauté, dont l'attirance individus à leur situation dans l'économie générale
mystérieuse sur l'esprit humain constituerait le des espèces. Je passe sur les autres apories, qui
ressort ultime de la démarche scientifique, dans font tout autant problème.

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En revanche, les apories à l'endroit de Leibniz accès pratique et facile à une telle manne de
sont pertinentes. Caspar a bien vu comment renseignements.
l'idéalisme métaphysique leibnizien fait manquer
Ce premier tome présentait cependant une
la vérité de l'être concret. Et pour finir, bien qu'il
difficulté : la dimension confessionnelle conférée
contienne des réflexions intéressantes sur les
à l'inventaire ne correspondait pas tout à fait aux
limites de la science expérimentale et la nécessité
impératifs de la recherche actuelle. Aussi l'auteur
d'une philosophie de la nature et d'une méta-
a corrigé son approche dans le Tome II. Pour les
physique pour satisfaire le besoin d'intelligibilité
années qui vont de 1970 à 1975 il supprime la
de l'esprit humain, le livre de notre médecin-
limite confessionnelle et augmente le nombre des
philosophe se serait terminé davantage en beauté
revues qu'il dépouille en ajoutant même bon
s'il nous avait épargné son envolée finale sur la
nombre d'ouvrages publiés en collaboration. Il
beauté comme fondement ontologique de la phi-
profite alors de l'occasion pour compléter la
losophie de la nature, au sein d'une «aisthèsis»
matière traitée dans le Tome I, en ajoutant toute
originaire de l'esprit... Mais malgré mes réactions
la production non catholique à partir de l'année
de rejet à certaines des idées qu'il exprime, loin de
1930. Ceci fait, le Tome II ne constituait plus une
moi l'intention d'immuniser les esprits contre ce
simple suite du Tome I, mais formait avec lui
livre. C'est tout de même extraordinaire de voir
une vaste enquête bibliographique qui couvre
qu'un médecin a attrapé à ce point le virus de la
quarante-cinq ans de production.
philosophie qu'il se donne la peine d'écrire un
livre pour mieux transmettre sa belle maladie. Pour bien comprendre la portée du Tome III,
il faut tenir compte de cette façon de procéder de
Louis BRUNET l'auteur. Il poursuit le dépouillement des revues
et des ouvrages publiés de 1975 à 1983 mais
chaque fois qu'il en ajoute à sa liste, il les traite
toujours à partir de l'année 1930. Il complète un
Paul-Émile LANGEVIN, Bibliographie biblique, dépouillement déjà entrepris et il englobe sans
tome III, Québec, Presses universitaires de cesse des champs de recherche nouveaux.
l'Université Laval, 1985, 18 X 25.5 cm, Liv En voici un exemple.
— 1902 p.
La première partie — «L'introduction à la
Paul-Emile Langevin nous livre le Tome III d'un Bible», constituait un dixième du Tome I. Un
instrument de travail qui a déjà fait ses preuves tiers du Tome III lui est consacré. La rubrique
auprès de ceux qui poursuivent sur la Bible des Orient y contient 1 636 références ; la rubrique
études de caractère exégétique, théologique, spiri- Philologie, 3 359 références ; la rubrique Archéo-
tuel ou pastoral. Mais attention, les trois tomes logie, 2630 références. La rubrique Mésopotamie
ne font pas que se succéder chronologiquement, est elle-même subdivisée en 23 sous-rubriques et
ils se complètent et s'enrichissent l'un l'autre et contient 382 références. Et ce ne sont là que
ce, même au niveau de périodes qui semblent quelques exemples, de telle sorte que cette Biblio-
avoir déjà été couvertes par cette vaste enquête graphie biblique devient instrument précieux non
bibliographique. Chaque fois que l'auteur ajoute seulement pour les biblistes mais pour tous ceux
des rubriques nouvelles, il revient toujours au qui s'intéressent aux civilisations anciennes du
« terme a quo » qu'il s'est fixé, l'année 1930. Pour Moyen-Orient.
en saisir toute la portée, il ne sera pas vain de
L'impression est d'une netteté remarquable.
faire un bref retour sur le contenu des deux
Les rubriques sont bien dégagées et une grande
premiers tomes.
variété de caractères est utilisée pour indiquer les
Publié en 1972, le Tome I présentait une divers niveaux de rubriques. Il faut cependant
bibliographie où les références classées prove- apporter beaucoup d'attention à la numérotation
naient en premier lieu de 70 revues catholiques des références. Les Tomes I et II les présentent
publiées entre les années 1930 et 1970 inclusi- selon un ordre cumulatif pour atteindre un total
vement et rédigées dans les langues française, de 54 510 références. Pour éviter de trop gros
anglaise, allemande, italienne, espagnole et por- chiffres l'auteur reprend le Tome III ka)l, puis à
tugaise. C'était déjà un travail considérable de b)l au début de la troisième partie. Ceci est
classifier 21294 références et de constituer un particulièrement important lorsqu'on consulte la
système de rubriques qui permette d'avoir un liste des rubriques qui, chose fort intéressante,

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