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Les Lumières

Un courant intellectuel et philosophique couvrant une bonne partie de XVIIIe siècle, en gros
de 1715 à 1789. Un mouvement qui dépasse largement les frontières françaises et qui se
définit par une communauté d’objectifs ou de thèmes – culte de la raison, confiance au
progrès, aspiration au bonheur, devoir d’instruction, esprit d’émancipation, critique des abus
et des préjugés.

Qu’est-ce que les Lumières ?

Le terme lumières est repris au lexique religieux à partir du latin lumen, éclat divin, et
luminaria, flambeau. Le mot entre dans la langue française au XIIe siècle et prend vite un
sens figuré : « ce qui éclaire et guide l’esprit, ce qui rend visible les obscurités. »
On s’accorde par ailleurs à rapprocher le mot de son homologue allemand Aufklarung qui
s’impose vers la fin du XVIIIe siècle et qui donnera à Kant l’occasion d’une célèbre mise au
point : « Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’Homme d’une minorité qui n’est
imputable qu’à lui. La minorité, c’est l’incapacité de se servir de son entendement sans
tutelle d’un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement :
telle est donc la devise des Lumières.  » 
Le terme se retrouve dans les autres langues européennes : Enlightement, Illuminismo ; et
désigne toujours cette foi en la raison et en intelligence évoquée par le philosophe allemand.

Une époque de mutation

Le domaine que nous appelons « Lumières » est délimité par deux dates : 1715, la fin du
règne de Louis XIV, et 1789, le début de la Révolution française. Entre le déclin du Roi-Soleil
et écroulement de l’Ancien Régime, ou encore de la fin du rayonnement « classique » à
l’apparition de la sensibilité « préromantique ». Période de transition donc, mais également
période riche et féconde en mutation. À la mort de Louis XIV, son arrière-petit-fils, Louis XV
est proclamé roi et le duc d’Orléans devient régent. Les huit années de Régence marquent
un changement radical dans le climat politique et social. Duc d’Orléans gouverne de façon
plus libérale, augmente les pouvoirs du Parlement, encourage le relâchement des mœurs.
Louis XV perdra progressivement l’estime de ses sujets par des choix maladroits en matière
politique, sociale ou idéologique. L’interdiction de L’Encyclopédie, l’exécution du protestant
Calas tout autant que la Guerre de Sept Ans et l’affaire des Parlements achèvent de dégrader
l’image du pouvoir et de favoriser l’esprit de contestation. À son arrivée sur le trône, Louis
XVI hérite d’une situation agitée d’une opposition radicalisée qu’il ne parviendra pas à
maîtriser.
L’essor du livre

Le recul relatif de l’analphabétisme, les progrès dans l’impression et surtout la diffusion des
livres permettent de répandre le savoir. Tout le monde écrit. Encore plus de monde lit et
attend du livre à la fois un divertissement, une information et une « instruction ». Le peuple
et la campagne restent souvent exclus de la vie intellectuelle.
Les périodiques se développent et de nombreux journaux parfois spécialisés reçoivent la
collaboration d’écrivains de renom (Marivaux, Voltaire, Diderot…).
Parallèlement à cette évolution, le statut d’écrivain change. Convaincu de son indépendance
(il n’est plus un courtisan stipendié par un mécène), de son droit à la libre parole et de sa
mission de diffuseur des lumières, l’auteur de livres ne recule devant aucun sujet, défie la
censure par ses hardiesses et s’impose comme un acteur important du paysage socio-
culturel.
Le modèle anglais (très influent) pousse les hommes de plume à réclamer une considération
qui leur était jusque-là refusée et même à s'organiser pour obtenir une législation en
matière de propriété littéraire.

La vie de l’esprit

Quatre lieux particuliers, les salons, les cafés, les clubs et les académies servent à la
diffusion des idées et des goûts. Dans les salons, tenus exclusivement par des femmes (la
duchesse du Maine, Madame Lambert, Madame Necker…), naissent beaucoup d’idées ou
d’œuvres littéraires. Les cafés, comme le Laurent, Le Procope ou Le Gradot, sont d’autres
foyers de subversion intellectuelle. De même, à un degré moindre les clubs, copiés de
l’Angleterre où l’on raisonne, débat, conteste… En province, entre 1715 et 1789 seront
fondées vingt-huit Académies dont la fonction est de décerner des prix, d’encourager des
travaux scientifiques, historiques ou littéraires.
Le siècle aime à converser. L’écriture épistolaire prolonge cet art de la conversation qui
représente la face mondaine d’une aspiration générale à la liberté d’expression, de goût et
de pensée.

L’élargissement du monde

Une des caractéristiques du siècle est le « cosmopolitisme ». Cette ouverture au monde


s’exprime de deux manières. En premier lieu la curiosité pousse les penseurs et philosophes
à emprunter aux voisins ou à traverser les frontières. L’influence anglaise en matière de
réflexion scientifique et politique est fondamentale, attestée par exemple par les Lettres
anglaises ou philosophiques de Voltaire et la diffusion des thèses de Locke ou de Newton en
France. Voltaire est invité par Frédéric II de Prusse et Diderot par Catherine de Russie. Enfin
les écrivains pratiquent les langues étrangères et le français se lit partout en Europe.
L’autre façon de s’ouvrir au monde est avec les voyages lointains et l’exotisme. Des
diplomates, des savants, des aventuriers parcourent le monde et ramènent des récits qui
nourrissent l’imaginaire ou la fantaisie et en même temps ouvrent une réflexion sur
l’ethnocentrisme.

La figure du philosophe

Le mot philosophe désigne un homme qui se sert de sa plume pour défendre des idées
audacieuses, un écrivain contestataire qui refuse les préjugés, un esprit universel qui se
pique de science mais aussi de belles-lettres. La fonction sociale du philosophe s’ajoute à sa
naturelle mission intellectuelle. Il doit guider les hommes sur la voie du progrès et de la
sagesse, notamment en dénonçant les impostures et en critiquant les abus. Il est un
combattant du vrai et « Il faut tout examiner, tout remuer sans exception et sans
ménagement », comme écrit Diderot dans L’Encyclopédie. Les superstitions, le fanatisme, le
dogmatisme ne doivent pas échapper à son esprit critique. (cf. Dumarsais, «Philosophe»,
Encyclopédie).

L’encyclopédisme

L’époque des Lumières est celle de la croyance au savoir universel. Reprenant les idéaux
humanistes de Renaissance, les philosophes souhaitent comprendre et expliquer l’univers
grâce à un travail minutieux d’observation et d’analyse. L’homme de pensée rêve
d’embrasser les champs multiples de la connaissance.
Cette volonté ambitieuse se cristallise par exemple dans l’œuvre du naturaliste Buffon,
auteur de l’Histoire naturelle générale et particulière. L’autre entreprise est L’Encyclopédie
dirigée par Diderot (cf. le sous-titre - Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des
métiers. L’ouvrage de Diderot est le plus important des ouvrages publiés, il demandera vingt
et un ans de travail.
Il s’agissait au départ de publier une traduction de la Cyclopoedia de l’anglais Chambers.
Diderot prévoit de réaliser d’une part la synthèse des connaissances les plus modernes et
d’autre part, de vulgariser ce savoir pour le rendre accessible au plus grand nombre.
Le système de renvois permet de dépasser les limites de l’ordre alphabétique pour établir
entre les articles les relations fructueuses. L’ordre est alphabétique, mais cet alphabet
apparait raisonné, on précise la science à laquelle se rapporte chaque article.
Pour favoriser le progrès et rendre l’homme heureux l’encyclopédiste doit rendre accessible
à tous le savoir universel. L’attention portée aux métiers et techniques, fait du travail et des
classes moyennes le moteur du progrès social. L’Encyclopédie réhabilite le travail manuel, le
rôle de l’artisan et sa participation au progrès. Chaque science est le signe de la libération
humaine.
Les encyclopédistes ont évité la censure par une ironie subtile : faux éloges, fausse naïveté,
etc.
Les fondements conceptuels des Lumières

La raison : pour balayer les préjugés et le faux savoir des siècles précédents, les philosophes
souhaitent fonder leur réflexion et leurs écrits sur la raison, arme de la critique et de la
vérité. Autant que moyen d’accès à la sagesse, la raison est source d’émancipation et de
bonheur car elle invite à rejeter toute métaphysique.
L’expérience : les grandes orientations philosophiques (Empirisme, Sensualisme) procèdent
de la volonté de soumettre l’univers à un examen critique inspiré des sciences exactes.
La nature : la nature devient la référence nécessaire de description de l’univers :
comprendre les comportements humains sans recourir à la religion, cultiver la sensibilité au
contact d’un spectacle chargé d’émotion.
La sensibilité : à côté de l’esprit de sérieux véhiculé par le « rationalisme critique », le siècle
voit se développer tout un courant qui réhabilite l’émotion et les sens. Reprenant les thèses
de Locke et de Condillac, Helvétius ou Diderot tireront le sensualisme vers le matérialisme.
Plus idéaliste, Rousseau fera de la sensibilité l’expression de la vertu et de la vérité de l’être.
Le bonheur : la pensée des Lumières donne au mot bonheur un sens laïque qu’on peut
rapprocher du plaisir. La recherche du bonheur est à l’origine de la démarche philosophique
visant à la connaissance, à l’instruction, au progrès, à la maîtrise de soi-même. Le bonheur
est fourni par la nature et par la sensibilité.

Les objets du combat

La littérature – confondue avec la philosophie – doit, pour les Lumières, servir la pensée et
combattre l’obscurantisme. Ce militarisme littéraire vise essentiellement deux domaines : la
religion et la politique. En matière religieuse, les Lumières rejettent, au nom du
rationalisme, les dogmes théologiques à l’origine, pense-t-on, de la superstition, de
l’intolérance et du fanatisme. Le débat métaphysique paraît stérile, les principes chrétiens
étant bafoués par un clergé corrompu. La conception d’un Dieu omnipotent et rédempteur
est remplacée par l’image déiste d’un créateur simple de l’univers, ou carrément niée par
l’athéisme scientifique de certains matérialistes comme Diderot.
La bataille politique est encore plus importante. Les philosophes refusent le modèle
monarchique de droit divin qu’ils aspirent à remplacer par un gouvernement « éclairé », de
nature constitutionnelle à l’image de celui que connaît l’Angleterre. Le monarque
réformateur idéal sera celui qui s’éloigne de l’arbitraire et de l’intolérance, qui œuvre dans le
sens de la liberté (de pensée, d’expression, d’action en matière économique par exemple).

Les formes littéraires


Les véritables œuvres de théorie ou de combat – essais, discours, dictionnaires, mémoires,
pamphlets – écrites souvent dans une prose élégante et accessible (L’Esprit des Lois de
Montesquieu, Le Contrat social de Rousseau) ; se développe une littérature satirique ou
subversive parce que les œuvres sont censurées (L’Esprit des Lois) ou sont contraintes d’être
imprimées à l’étranger sous peine d’être brulées sur le bucher (Dictionnaire philosophique).
Le conte philosophique est récit imaginaire assez court qui se fixe comme intention de
véhiculer un message moral ou philosophique. Voltaire (Candide) et Diderot ont illustré ce
genre en l’accommodant volontiers à la mode orientale.
Le roman épistolaire inspiré de l’anglais Richardson et dont le modèle, largement imité,
reste Les Lettres persanes de Montesquieu mais aussi Les Liaisons dangereuses de Pierre
Choderlos de Lacos ou Julie ou la Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau.
Le roman-dialogue dont Diderot s’est fait une spécialiste (Jacques le fataliste et son maître,
Le Neveu de Rameau).
L’invention romanesque permet aussi l’expression de la sensibilité, soit qu’elle décrive la
douloureuse confrontation avec le monde (Manon Lescaut de l’Abbé Prévost ; La Vie de
Marianne de Pierre Marivaux, le roman social), soit qu’elle décrive la froide manipulation du
sentiment (Crébillon fils, Pierre Choderlos de Laclos, marquis de Sade).
L’esprit des Lumières gagne tous les territoires de la littérature puisque même la poésie,
genre déclinant à l’époque, permet, de Voltaire à Chénier, d’exprimer des émotions
sentimentales.
Le théâtre est aussi concerné. Genre très vivace à l’époque surtout sous la forme de la
comédie où on peut retenir les noms de Lesage, Marivaux, Diderot et Beaumarchais (Le
Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro).
Une tonalité spécifique s’accorde à la volonté démystificatrice du siècle : l’ironie. Sous la
forme de l’antiphrase, du paradoxe, du badinage ou la parodie, l’écriture ironique devient
l’emblème de l’irrévérence et de la liberté.

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