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Priscille DUCET

LE MONDE SOUTERRAIN ET SES ORIGINES


DANS LA LITTÉRATURE DU XVIIIE SIÈCLE

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Thèse à la carte
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Si aujourd’hui, la notion de «voyage au centre de la terre » paraît définitivement acquise à Jules
Verne grâce à son œuvre éponyme, on ignore souvent qu’à peine un siècle plus tôt, six autres œuvres
relatant une descente dans le monde souterrain furent produites, qui engendrèrent le genre dit des

« voyages souterrains. » Il est vrai qu’elles n’ont guère marqué les mémoires : qui aujourd’hui connaît en
effet Le Voyage souterrain de Niels Klim de Ludvig Holberg (1742) ; Icosameron de Casanova (1788) ;
Lamekis du Chevalier de Mouhy (1736) ; Le voyage de Groenland de Simon Tyssot de Patot (1720) ;
L’aventurier français de Robert-Martin Lesuire (1782) et l’anonyme Relation d’un voyage du pôle sud au pôle

nord par le centre du monde (1721) ? En plein siècle des Lumières, on ne peut certes que rester perplexe
face à ces mondes parallèles défiant les lois de notre planète et peuplés par des créatures insolites ; aussi,
de là à ne leur prêter aucun intérêt ni valeur littéraire, il n’y a qu’un pas à faire. D’où viennent donc ces
mondes souterrains, et quelles étaient les intentions de leurs auteurs ?

Ce sont à ces questions que cette étude s’efforce de répondre. En premier lieu, il a fallu réfléchir
aux origines du voyage souterrain et à étudier son évolution des premiers textes jusqu’aux Lumières, ce qui
nous a rapidement amenée à la descente aux enfers : aux quatre coins de la planète, la plupart des

traditions religieuses comme mythologiques désignent invariablement le monde souterrain comme le monde
des morts. Et toutes ces traditions figurent également au moins un voyage souterrain d’exception, celui d’un

être élu qui descend au royaume des morts mais en remonte vivant, transformé et prêt à accomplir ou
poursuivre une mission importante qui changera sa vie et celle de son peuple. Ce « mythe de l’Ascension

», première étape de la réalisation du Grand Œuvre des Alchimistes, ne nous quittera plus puisque les

voyages souterrains du XVIIIe siècle vont au final s’en avérer une nouvelle version modernisée, où le monde
souterrain prend son vrai visage, celui d’un monde parallèle où la lumière est perpétuelle, symbole de la

Sagesse et de la Connaissance.
Les voyages souterrains du XVIIIe siècle sont donc intimement liés à la tradition alchimique ;

toutefois, l’étude du monde souterrain à proprement parler dans la deuxième partie de ce travail, et plus
précisément celle de la Nature souterraine et des mœurs des peuples souterrains, révèlent de nombreux
éléments qui illustrent pertinemment les grandes questions philosophiques des Lumières, ainsi le mythe du
bon sauvage, l’utopie ou encore la langue idéale. Pour conclure, on verra que le voyage souterrain dans la

lignée du mythe de l’Ascension a largement survécu aux Lumières : aux XIXe et XXe siècles, les Voyage
au centre de la terre de Jules Verne et de Collin de Plancy ; Voyage en Orient de Gérard de Nerval ou
encore Voyages en kaléidoscopes d’Irène Hillel-Erlanger en reprennent en effet le flambeau. Enfin, avec la

légende de l’Agartha, créée au début du XXe siècle, c’est un royaume souterrain réellement existant auquel
rêvent les esprits aujourd’hui.
En résumé, le voyage dans le monde souterrain tel qu’il fut représenté dès les premiers textes
jusqu’à aujourd’hui, est un voyage initiatique qui représente la descente en soi, à la recherche de la partie
divine de l’Homme.

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