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Corrigé télétravail Semaine 3 – Classes de 1eres A

et B
Lecture Linéaire n°19 – La scène du pavillon (4eme partie)
Dans cet extrait, M de Nemours rend une visite secrète à Mme de Clèves, dans le pavillon de sa
maison de campagne de Coulommiers. Il la surprend en train de regarder son portrait.

Caractéristiques du texte :

QUOI ? Un récit et description

COMMENT ? registre lyrique

POURQUOI ? révélation involontaire de l’amour de Mme de Clèves pour M. de Nemours, incursion


dans la sensualité et l’intimité de Mme de Clèves

Plan du texte :

§1 Entrée de M de Nemours et description de Mme de Clèves

§2 réaction de M de Nemours

§3 le dilemme de M de Nemours

1ere partie : §1 Entrée de M de Nemours et description de Mme de Clèves

- Une visite liée à l’interdit : insistance sur l’importance des obstacles au début du texte :
« palissades » avec « fort hautes » et « encore derrière » avec CC de but « pour empêcher
qu’on ne pût entrer » et CC de conséquence « en sorte qu’il était assez difficile de se faire
passage » (ligne 2). M de Nemours est là alors que cela lui est interdit et ne va pas respecter
cette interdiction ce qui va entraîner des ennuis : motif récurrent dans le conte de fée ( cf. Le
cabinet fermé à clé dans Barbe Bleue…). La visite de M de Nemours doit être vue
symboliquement comme une pénétration dans l’espace intime de Mme de Clèves. Le thème
de la sensualité qui est présent dans ce texte en est une preuve.
- Le jeu des regards : L’action réside essentiellement dans le regard de M de Nemours :
multiplication du verbe « voir » dans tout le texte sous plusieurs formes : « il vit », « voir »,
« la vue » (polyptote), rappelons-nous d’ailleurs l’importance du regard dans la carte du
Tendre. Du coup, le lecteur comme M de Nemours est placé en position de voyeur qui va
surprendre Mme de Clèves dans son intimité grâce au point de vue interne. Le lecteur
regarde M de Nemours qui regarde Mme de Clèves qui regarde le portrait de M de
Nemours ! = mise en abyme des regards. N’oublions pas non plus que pendant toute cette
scène, un gentilhomme envoyé par M de Clèves observe M de Nemours !!!
- Les émotions de M de Nemours  : ce sont ses sentiments dont il est question : lexique des
émotions « un trouble et une émotion » (ligne 6) : redondance pour insister sur l’intensité
des émotions de M de Nemours, « transport » (ligne 9) est un terme qui désigne une
émotion forte au 17eme siècle
- La sensualité et l’intimité de Mme de Clèves : surprise dans sa solitude « il vit qu’elle était
seule » (ligne 8) et son intimité, mise en valeur de son corps dans sa partie dénudée : « il
faisait chaud, et elle n’avait rien sur sa tête et sur sa gorge, que ses cheveux confusément
rattachés » (lignes 9-11) : à noter que « la gorge » représente le haut de la poitrine donc
partie du corps liée à l’érotisme. Le corps féminin est ainsi évoqué dans sa sensualité avec en
plus la chaleur de l’atmosphère. Le cheveux « confusément rattachés » insistent sur le
caractère intime de la scène car en société, les cheveux sont coiffés. Le lieu est aussi lié à la
sensualité puisqu’il s’agit d’  « un lit de repos » (lignes 10-11).
- Un aveu involontaire : l’aveu se fait grâce au fétichisme ( adoration d’objets liés à une
personne) avec la couleur des rubans indiquée ligne 13 « mêmes couleurs qu’il avait portées
au tournoi » (rappel ici des romans courtois du Moyen Age où les chevaliers se battent aux
couleurs de leur belle, … cf aussi Game of Thrones pour les images mentales…) , la canne des
Indes «  qu’il avait portée quelques temps » (ligne 14) montre que Mme de Clèves a volé
( « sans faire semblant de la reconnaître » ligne 15) un objet de M de Nemours ( comme M
de Nemours avait volé le portrait de Mme de Clèves !) puis tableau du siège de Metz (ligne
19). A travers ce tableau, les 2 amants se regardent indirectement : M de Nemours en vrai
regarde Mme de Clèves qui le regarde dans le tableau ! : réunion des 2 amants séparés par
les codes de la société ( ou plus précisément par l’application rigoureuse de l’éducation reçue
par Mme de Clèves).
Les gestes de Mme de Clèves reflètent aussi son amour pour M de Nemours : « une grâce et
une douceur… cœur » (ligne 18) ; son regard est aussi révélateur : « attention », « rêverie »,
« passion » ligne 20 : moment sensuel voire érotique pour les 2 personnages , mais qui passe
uniquement par le regard.

2eme partie : la réaction de M de Nemours


- Changement de point de vue : il s’agit ici d’un commentaire de la narratrice qui devient
omnisciente (particulièrement perceptible dans la dernière phrase)
- Force des émotions avec prétérition de la ligne 22 (la prétérition consiste à exprimer une
idée tout en disant qu’elle est impossible à exprimer). Rythme ternaire en 8 syllabes : « voir
au milieu de la nuit,/ dans le plus beau lieu du monde, / une personne qu’il adorait » aux
lignes 22-23, insiste sur le caractère extraordinaire de cette scène ; anaphore du verbe VOIR
toujours pour insister sur l’importance du regard dans le sentiment amoureux (cf. Carte du
Tendre) ; le présentatif « c’est » (ligne 25) insiste aussi sur cette scène extraordinaire : c’est
aveu d’amour involontaire et extraordinaire en effet. Hyperbole également avec
multiplication des négations des lignes 25-26 : « jamais, ni, nul » pour montrer la force des
émotions de M de Nemours mais aussi e caractère extraordinaire et donc héroïque des
personnages.

3eme partie : le dilemme de M de Nemours


- Surprise de M de Nemours : « hors de lui-même » avec l’intensif « tellement », expression
de la conséquence : « qu’il demeurait immobile… » : expression de l’étonnement de M de
Nemours devant cet aveu involontaire. Point de vue interne de nouveau.
- Le dilemme : se montrer ou non ? car importance de l’interdit ici : il est entré sans
permission dans l’intimité de Mme de Clèves : verbes de pensée pour montrer l’hésitation « 
il crut », « « il pensa », il réfléchit « parce qu’elle serait plus éloignée… » : il analyse la
situation et multiplication des exclamations en fin de texte et du lexique des émotions :
« trouble », « crainte » , « peur »… finalement, il renoncera à se faire voir par Mme de
Clèves.

Conclusion : une scène de roman précieux dont l’action est centrée sur le regard des personnages et
sur leurs sentiments. Topos littéraire de l’aveu mais très original car involontaire et sans parole.
Analyse des réactions des personnages également selon le principe des romans précieux. Texte
sensuel qui reprend à la fois des aspects du conte (l’interdit outrepassé) et du roman courtois du
Moyen Age.

Révision des outils pour l’écrit : Exercices de la page 125 sur la notion de personnage et de héros

1� Identifier les caractéristiques du héros traditionnel

a� Le portrait du duc de Nemours permet d’apprendre que c’est un homme idéal tant sur le plan
physique qu’intellectuel. C’est un homme sociable qui fait l’unanimité puisqu’il plaît également « aux
hommes et aux femmes » (l. 8). b� Le personnage est valorisé par les nombreuses hyperboles de
l’extrait : « chef-d’œuvre » (l. 1), « admirable » (l. 2), « incomparable » (l. 4), « extraordinaire » (l. 8).
Les superlatifs relatifs « le mieux fait et le plus beau » (l. 3) permettent de montrer qu’il surpasse
tous ses contemporains.

2� Analyser la construction du personnage

a� Le surnom « La Bette », diminutif d’Élisabeth, s’éclaire par l’assimilation du personnage à un


animal puisqu’elle a « un entêtement de mule » (l. 13). Le texte joue sur l’homonymie entre « bête »
et « Bette » pour caractériser le personnage de manière péjorative.

b� Bien que personnage éponyme, la cousine Bette est ridiculisée par le portrait péjoratif qui est fait
d’elle et qui la présente comme une femme sans goût, gâtant ce qui lui passe entre les mains et
incapable de trouver sa place dans la société. Personnage principal du roman, elle n’apparaît
toutefois pas comme une héroïne.

� Comprendre la nature du personnage

a� On comprend que le personnage est SDF à Paris puisqu’il sort du « métro » (l. 15) et qu’on lui
conseille de passer aux « Buttes-Chaumont » (l. 17). Malgré les conseils qu’il reçoit, Vernon est seul
comme le montre le verbe « l’abandonner » (l. 17). Il est en mauvaise santé puisqu’il « respirait
difficilement, depuis quelques jours » (l. 22). Enfin, il a du mal à accepter sa situation puisqu’il essaie
de passer « pour un cadre en goguette » (l. 24). L’extrait apparaît donc comme un tournant puisque
le personnage se met à faire la manche, sans y avoir réfléchi, simplement parce qu’il n’a plus le choix.

b� Le roman ne cherche pas à émouvoir en utilisant explicitement les ressorts du pathos,


néanmoins, le lecteur se sent touché par cette déchéance qui gagne le personnage, d’autant plus
qu’il lui ressemble. L’identification, qui fonctionne avec ceux qui donnent au SDF, fonctionne
également auprès des lecteurs.

4� Identifier et étudier différentes formes d’anti-héros


a� A : Charroselles est ridiculisé par le portrait péjoratif et même caricatural, qui est fait de lui. B. Le
comte d’Eppstein se caractérise par sa noirceur et sa violence, qui en font un personnage inquiétant
et dangereux. C. Le personnage de Camus apparaît comme un homme ordinaire n’ayant pas été
capable d’agir en héros face à une situation sortant de l’ordinaire. C’est sa passivité qui fait de lui un
anti-héros. b� Le personnage de Charroselle invite à rire, quand le comte d’Eppstein fait peur. Les
sentiments du lecteur à l’égard du personnage de Camus peuvent être plus ambigus car si le lecteur
peut se sentir indigné face à sa passivité, il peut aussi s’interroger sur ses propres réactions en
pareille situation : aurait-il été capable de réagir de manière pertinente, au bon moment ? N’aurait-il
pas lui aussi été tétanisé par la surprise, la peur ou d’autres sentiments plus obscurs ?

A retenir : très important : bien comprendre que la notion de HEROS a évolué au fil du temps
dans la littérature : au début c’est un demi-dieu (dans l’antiquité), puis au Moyen Age et 17eme
siècle, le « héros » de roman (c’est-à-dire d’histoires écrites en roman -ancien français- et non en
latin) est un personnage idéal de la société, comme des chevaliers ou princes et princesses. Petit
à petit, le personnage de roman va évoluer vers un homme ordinaire par exemple, les ouvriers
de Zola, les bourgeois de Flaubert, jusqu’à devenir par exemple un SDF comme dans l’exercice 3.
Certains personnages sont même parfois très surprenants comme un homme qui se transforme
en cafard dans le roman de Kafka qui s’appelle « la métamorphose ». Ainsi il faut s’interroger sur
la définition de l’héroïsme en littérature qui a beaucoup évolué.

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