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Introduction

Le droit Constitutionnel est un droit politique, c’est-à-dire que c’est un droit qui encadre le phénomène politique. Le
phénomène politique, de « polis » la cité, qui est le cadre spatiale/géographique du pouvoir donc relève de la
politique tout ce qui concerne les individus et la société à laquelle ils appartiennent. Le droit constitutionnel c’est
celui qui décide comment les autres règles sont édictées, c’est finalement la traduction juridique d’un rapport de
force politique, il a un rapport étroit avec la notion de pouvoir.

Jean Rivero qualifiait le droit constitutionnel de «  droit qui sent la poudre  ».

C’est relation verticale de pouvoir à deux extrémités : il encadre le pouvoir politique et protège les citoyens. Il y a
une forme de tension entre autorité et liberté. C’est un droit qui constitue mais aussi qui protège les individus contre
les abus de pouvoir.

Partie 1 : Les fondements du droit constitutionnel


Le droit constitutionnel a un rapport étroit avec le pouvoir politique : il est à la fois cadre de ce pouvoir et
l’instrument qui permet la reconnaissance du citoyen.

Titre 1 : Le cadre du pouvoir politique


Ce qui différencie le pouvoir politique de n’importe quelle forme d’autorité : le choix, les sanctions possibles ne sont
pas les même. Le pouvoir politique s’exerce dans le cadre de l’Etat, le cadre juridique est aussi différent

Section I – La Constitution
C’est un acte juridique qui organise le pouvoir au sein de l’état.

§1. La diversité des constitutions.

A) Définitions

Définir la Constitution c’est se poser une question simple : est ce que la Constitution est différente des autres règles
de droit ? Evidemment, la réponse est non. Il y a différentes caractéristiques qui permettent de différences la
Constitution des autres règles : qu’est ce que contient la Constitution et quelle est sa forme de manière générale ?

1. La définition matérielle

« Matérielle » renvoie à la matière, au contenu. La Constitution c’est d’abord l’ensemble des règles les plus
importantes de l’Etat, c’est un pacte politique. C’est une forme de règle du jeu que doivent respecter les
gouvernants et les gouvernés. Georges Burdeau appelait cela une idée de droit. Cela traduit une représentation de
l’ordre social idéal.

Il y a des règles que l’on trouve dans toutes les constitutions : les règles qui sont associées au droit (ex : règle de
primogéniture mâle) On considère que les droits et libertés fondamentaux (liberté d’expression, droit de grève)
doivent faire partie de la Constitution car elles font partie des règles les plus importantes de l’Etat.

Art. 16 de la DDHC de 1789 dispose « toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la
séparation des pouvoirs déterminé n’a point de Constitution ».

Cette définition matérielle a tendance à évoluer au fur et à mesure du temps (ex : Règle d’or budgétaire : l’Etat ne
doit pas dépenser plus que ce qu’il possède pour ne pas s’endetter, on s’interdit de dépasser les ressources
disponibles). Ajouter une règle dans la Constitution c’est la sacralisé, on estime qu’elle exprime les valeurs
fondamentales de la société dans laquelle on vit.

La définition formelle

3 éléments : Qui adopte la règle ? Comment ? Quelle est sa valeur juridique ?

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C’est le pouvoir constituant qui adopte la Constitution (c’est l’aspect organique), en ayant recours à une procédure
spéciale et contraignante, solennel (aspect procédural). Elle a une valeur supérieure à toutes les autres règles de
droit : c’est la suprématie constitutionnelle (aspect normatif), elle impose à tous les autres échelons de la pyramide
des normes de respecter le contenu de la Constitution.

L’aspect formel c’est ce qui vient protéger les règles les plus importantes de l’Etat.

Supports

1. L’écriture

Dans une Constitution écrite on a les règles fondamentales consignées dans un document écrit (droits
fondamentaux, pouvoir exécutif)

Elle se compose comme cela : préambule, puis articles regroupés par thème.

Parmi les premières constitutions on peut compter la Constitution de Virginie (1776) et celle des Etats-Unis (1787. La
première en France date de 1791.

L’écriture fige la signification des règles de droit, une meilleures diffusion de ces dernières et un texte écrit est
beaucoup plus symbolique, ce qui est intéressant notamment sur le plan politique (fondation d’un nouvel état,
rupture). Cependant, l’écriture n’empêche pas que la Constitution soit modifiée (environs 15 modifications de la
Constitution française depuis 1791).

La coutume

C’était la première forme de Constitution historiquement. C’est une ensemble de règles qui sont nées de la coutume
et qui ne sont pas consignées dans un document écrit. Une règle coutumière est juridiquement obligatoire, pour 2
raisons : il faut qu’il y ai une répétition continue et durable d’une pratique, et que cette répétition soit étendue dans
le temps. De plus, chacun doit avoir la conviction que la pratique concernée est une règle obligatoire (opinio juris).

Pour connaître une règle de droit coutumière, il faut que les autorité la reconnaisse comme tel. De plus, même si elle
suit l’évolution de la société, elle reste difficile à changer.

Même dans les pays où la constitution est surtout coutumière, on peut retrouver des textes anciens écrits ayant une
valeur constitutionnelle. (Magna Carta de 1215, Habeas Corpus de 1679 et Bill of rights de 1689 en Grande
Bretagne).

Même lorsqu’il y a une constitution écrite, elle n’est parfois pas suffisante pour comprendre le régime politique.
Pour le Général de Gaule, la Constitution est : «  des esprits, des institutions et une pratique  » Un texte ne peut pas
tout prévoir notamment les rapports de force politiques. La pratique politique nait dans le silence du texte mais
aussi pour interpréter le texte (En France, le Conseil des ministres se réunit tous les mercredi, si ce n’est plus le cas
on peut parler de crise politique même si cela n’est pas inscrit dans la Constitution).

§2. La vie des constitutions

A) La naissance des constitutions

L’adoption d’une nouvelle constitution va dépendre de la stabilité du régime politique.

1. Le pouvoir constituant originaire

Il s’agit de l’ensemble des organes chargés de créer la Constitution. Il ne tient son pouvoir de personne, il est initial.
C’est parce qu’il est suffisamment fort qu’il s’érige lui-même en pouvoir constituant originaire. Il est initial,
inconditionnel, c’est un pouvoir de fait, il n’existe pas sur le plan juridique. Il peut faire ce qu’il veut tant sur la forme
que sur la matière de la Constitution : c’est un pouvoir souverain.

Dans l’idéal, la création d’une Constitution émane du peuple.

Les modalités d’élaboration des constitutions

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Elles sont très variables selon les lieux et l’époque.

Les modalités autocratiques : le pouvoir constituant est détenu par une seul homme ou un petit groupes d’homme,
par une charte ou constitution octroyée :le pouvoir de fait décide de sa propre volonté d’attribuer au peuple une
constitution sans lui demander son avis autant sur son contenu que sa composition, souvent à la suite de guerre
comme les constitutions internationalisées (Japon après la seconde guerre mondiale, Arabie Saoudite, charte de
1814) ou par une charte négociée : création autoritaire de la constitution dans la mesure où le peuple n’y participe
pas, elle survient lorsqu’on met au pouvoir une personne en échange d’une constitution (charte de 1830).

Quand l’écriture de la Constitution elle obéit toujours à deux modalités : elle est écrite par une Assemblée
constituante (élue par la peuple, c’est la plus fréquentes) comme après le printemps arabe en 2011. Cependant c’est
parfois le Comité consultatif constitutionnel (groupe d’experts non élu par le peuple) qui l’écrit comme en 1958 en
France. Une fois écrite, la Constitution est adoptée par ces Assemblées ou alors par référendum.

En 1958, la constitution a été semi démocratique, écrite par le Comité consultatif constitutionnel, mais cependant
adoptée par référendum.

La modification des constitutions

Elle a un enjeu extrêmement important, qui est d’essayer faire en sorte que la constitution soit stable et durable
dans le temps mais cela implique paradoxalement de pouvoir la modifier pour l’adapter aux circonstances politiques

C’est un processus très encadré d’abord parce que le système existe déjà et qu’on veut conserver la suprématie de la
constitution.

1. Le pouvoir constituant dérivé

Il se définit comme l’ensemble des organes chargés de réviser la constitution. Deux types de constitution : les
constitutions souples (Israël, Royaume Uni, Nouvelle Zélande ou Chine), facile à modifier dans lesquelles il n’y pas de
procédures spéciales de révisions contrairement aux constitutions rigides qui demandent d’obéir à une procédure
spéciale pour être modifiées (le plus souvent les constitutions écrites, pour que les membres de parlement ne la
modifient pas aussi facilement que la loi).

Les constitutions trop souples peuvent faire l’objet de détournement (1928). Cependant les constituions trop rigides
débouchent sur des crises politiques majeures (coup d’Etat pour modifier la Constitution).

Les modalités de modification de la Constitution

Une procédure de modification contraignante doit suivre plusieurs étapes : initiative, écrite, adoption. Le peuple n’a
pas l’initiative de la modification constitutionnelle, seul l’exécutif a ce pouvoir (USA) ou à l’exécutif et au législatif
(Allemagne).

En France, deux autorités possibles peuvent initier la révision, soit le Président sur proposition du 1 er ministre soit les
membres du parlement donc l’initiative est partagée entre les pouvoirs exécutif et législatif. Il faut ensuite rédiger
les dispositions qu’on veut instaurer dans la Constitution, soit de manière très simple par le parlement, soit par le
gouvernement, ou par une convention spécialement élue pour modifier la constitution. C’est au niveau de la
ratification que la procédure va être la plus contraignante, c’est-à-dire exiger une majorité qualifiée (majorité
supérieur à la majorité simple), ou exiger le recours au référendum (Irlande, Danemark, Suisse) pour convaincre la
population du bénéfice qu’apporterai la nouvelle constitution.

En France ; les deux chambres du parlement doivent valider le texte à la majorité simple dans des termes identiques
pour réviser la Constitution. Une fois que les deux chambres ont voté à majorité simple, pour valider la modification
de la Constitution il faut passer par le référendum ou le congres (= ensemble des sénateurs et des députés), à la
majorité des 3/5 (ce dernier moyen a été utilisé en 2000 pour le changement de mandat).

En France l’art. 89 interdit de modifier la forme républicaine du gouvernement, il y a une formulation similaire dans
la constitution de Guinée. En Allemagne, il est interdit de toucher à la structure fédérale de l'Etat et de modifier un
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certains nombres d'articles relatifs aux droits fondamentaux (art. 1 à 20). On ne peut pas modifier la constitution en
France lorsque le Président a les pleins pouvoirs ou si il y a une occupation ennemie sur le territoire. On ne peut
également pas modifier la Constitution en cas de « vacances » du Président.

Limites : rie n’empêche de supprimer les règles qui interdisent de modifier la constitution, problèmes
d’interprétation…

Notion de supra-Constitutionnalité : les articles qui ne peuvent pas être modifiés, on considère qu’ils sont au dessus
de la Constitution, ce sont des clauses d’éternité, principalement liées au fascisme.

Section II – L’état
On considère qu’il ne peut pas y avoir de constitution sans état ni d’état sans constitution. En 1914, il y avait à peine
une cinquantaine d’états dans le monde. Pourquoi et comment les états sont apparu ? Pourquoi les hommes
acceptent-ils de se soumettre à l’état et aux lois ?

§1. Définir l’Etat

A) Les attributs de l’Etat

A) La personnalité juridique

L’Etat n’existe pas : Burdeau «  personne n’a jamais vu l’Etat  », Duguit «  je n’ai jamais déjeuner avec l’Etat  ». L’Etat
est toute une série de manifestations extérieures, c’est une idée, c’est un nom qu’on donne à une entité abstraite
pour la faire exister.

L’état est une personne morale, dotée de la personnalité juridique et donc totalement distinct des autres individus,
c’est un phénomène d’institutionnalisation.

L’Etat est permanent, il survit à la disparition des gouvernants, et doit respecter ses engagements internationaux.

La souveraineté

C’est le pouvoir suprême, elle a des conséquences au niveau national et international.

Au niveau national, seul l’Etat a le pouvoir de contraindre les individus, et donc ne subit aucune concurrence sur son
territoire : il n’y a rien au dessus de l’Etat. De plus, elle implique le fait qu’il puisse écrire sa propre constitution.
L’état a la compétence de sa compétence (Jellinek) : c’est la seule autorité qui peut décider elle-même du pouvoir
qu’elle exerce.

Sur le plan international, la souveraineté est synonyme d’indépendance de l’Etat par rapport aux autorités
étrangères. Trois conséquences à ce principe d’indépendance : principe d’égalité, l’état n’est pas soumis au droit
international si il n’est pas consentant, et enfin le monopole de juridiction (seul l’Etat a en principe de droit de juger
les Hommes).

Cette souveraineté est indissociable de l’État : Olivier Beaud «  il n’y a pas d’Etat sans souveraineté  ».

La souveraineté de l’Etat présente 3 caractéristiques : elle est indivisible, il faut l’envisager comme un noyau dur
qu’on ne peux pas diviser entre plusieurs autorités, par principe, il ne peut pas y avoir d’autorité partagée. Elle est
aussi inaliénable, donc en principe l’Etat ne peut pas renoncer à sa souveraineté. Pour finir, elle est imprescriptible
(éternelle).

Les caractéristiques de l’Etat

1. Les éléments constitutifs de l’Etat

Le territoire, la population et un pouvoir politique organisés sont les 3 composantes de l’Etat. Ces éléments sont
cumulatifs, il ne peut pas y avoir un Etat sans un d’entre eux.

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Le territoire ou élément/composante géographique est un critère important : tout Etat dispose d’un territoire
délimité par des frontières et le respect de ses frontières est une condition d’indépendance et de sa souveraineté. Il
comprend la surface au sol, mais aussi l’espace sous-terrain, et enfin les eaux territoriales.

L’existe d’une population est l’élément humain  : sans population il n’y pas d’Etat car il est avant tout un groupe
humain qui forme une communauté politique C’est une ensemble de personne qui vivent sur le territoire et
partagent des intérêts communs. En principe, l’appartenance à la population d’un état implique la citoyenneté. C’est
celle population qui légitime le pouvoir de l’Etat, on considère que la souveraineté de l’Etat provient du peuple qui
accepte de s’y soumettre.

Etat nation : idée abstraite qui correspond à l’ensemble des hommes et des femmes qui partagent des valeurs et une
histoire communes. Pour chaque nation, il doit y avoir un état et on considère que la nation existait avant la nation.

En France, la conception de la nation est subjective, on s’intéresse à la volonté individuelle. Pour E. Reman la nation
est un vouloir vivre ensemble. La conception allemande est objective car elle ne s’intéresse pas à la volonté
individuelle, pour eux, la nation est le partage de la même culture, la même langue, les même langues voir le même
sang (on est allemand par hérédité (Fichte).

Il existe aussi des états pluri nations, en Belgique on a les flamands et les Wallon, au kongo on a les Téké et les
Yombé. Au Liban, pour éviter les tensions on impose que les institutions soient partagées (Président musulman
maronite, premier ministre musulman Sunnite et Président de l’Assemblée Chiite). Souvent les état pluri nationaux
sont étés qui ne sont pas formés naturellement mais crées de manière arbitraire sur plan à la suite de guerres par
exemple.

A contrario, on a aussi des nations divisées entre plusieurs états (coréens, kurdes).

Pour finir, il ne suffit pas d’un territoire et d’une population, il suffit aussi que cette dernière ai un pouvoir organisé,
avec un pouvoir de contrainte. On dit donc que l’Etat a le monopole de la violence légitime (M. Weber). L’Etat doit
assurer ses fonctions régaliennes (police, justice et monnaie). De plus, un Etat qui ne peut pas assurer l’Etat n’en est
plus un.

Les différentes formes d’Etat.

Il y a 3 formes principales d’Etat : l’Etat unitaire, l’Etat fédéral et l’Etat régional

1. L’état unitaire est la forme la plus simple mais aussi la plus répandue et plutôt dans les Etats de petite ou
moyenne taille (France, Irlande, japon, Danemark). Il n’y a qu’un seul ordre juridique et qu’une seule
organisation politique. Il n’y a qu’une seule constitution et les lois s’appliquent de manière uniforme sur tout
le territoire. Il n’y a qu’un seul chef de l’Etat, un seul gouvernement et un seul Parlement. Cela n’implique
pas que le pouvoir n’est jamais appliqué au niveau local : décentralisation et déconcentration. Lorsqu’un état
est centralisé, tous les pouvoirs sont exercés au niveau de la capitale : cela permet plus d’égalité entre les
territoires. On a eu en France un processus de décentralisation et qui découle de deux lois : celle de 1982 et
celle de 2003. Les autorités locales en France sont les collectivités territoriales (régions, départements,
communes). Ces CT sont caractérisées par leurs compétences définies, un territoire délimité. Elles sont
dotées comme l’Etat de la personnalité morale (une commune peut agir en justice) et ont également des
instituions (assemblée délibérante, pouvoir exécutif). Cette décentralisation permet une meilleure
connaissance des enjeux locaux.

La déconcentration est une modalité plus ancienne d’exercice du pouvoir au niveau local. L’Etat conserve
toutes les compétences. Les autorités déconcentrées n’ont aucune autonomie, elles appliquent seulement
ce qui est décidé à Paris. Il s’agit d’agents administratifs non élus (préfets, recteurs). Grâce à ce mode, il y a
une efficacité des décisions. Cependant, contrairement à la décentralisation, la déconcentration ne reforme
pas la démocratie locale.

Dans les Etats unitaires on conjugue souvent la décentralisation et la déconcentration (art. 1 er : la France est
une république indivisible, […] son organisation est décentralisée). Au niveau de la commune, la maire est à
la fois représentant de la décentralisation (école) et de la déconcentration (mariage).
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L’état fédéral : association d’états qui sont superposés de manière à former une structure à deux étages.
C’est donc un Etat composé de plusieurs états. On a une structure d’abord composée par l’Etat fédéral ai
niveau supérieur qui est doté de sa propre constitution, et au niveau inférieur il y a les entités fédérées qui
ont leur propre constitution (Etats en Etats Unis, cantons en suisse, Länders en Allemagne ou en Autriche,
provinces au Canada). Il est composé d’un double ordre juridique, très rependu dans le monde et
notamment pour les pays de grande taille (Brésil, Chine…). Les états sont formés par de moyens principaux :
par association ou dissociation d’états. Une association d’état est un regroupement de plusieurs états en un
seul, en écrivant une constitution fédérale. Une dissociation d’état se produit lorsqu’un seul état unitaire
décide de se décomposer pour devenir un Etat fédéral (Belgique, Mexique). C’est aussi une façon de séparer
encore plus les pouvoirs, cela permet aussi de garantir la diversité culturelle et aussi d’avoir une
différenciation des règles de droit en fonction des régions, il y a une meilleure adaptation à la culture locale

Principe de superposition : deux ordres juridiques avec leur constitution, deux ordres politiques. Mais
lorsqu’il y a une contradiction entre loi locale et nationale, l’ordre juridique national l’emporte. Principe
d’autonomie : bénéficie aux entités fédérales, elle peuvent avoir leur propre constitution, législation et
juridictions (jugent seulement au niveau local). Et enfin, le principe de participation permets aux états
fédéraux de participer au fonctionnement de l’Etat fédéral.

Aux Etats Unis, pour modifier la constitution, il faut recueillir l’accord de 2/3 des sénateurs et des ¾ des états
fédérés.

C’est toujours la constitution fédérale qui détermine la répartition des pouvoirs, et c’est la Cour Suprême qui
est gardienne de cette répartition. L’état fédéral n’intervient quand dans les domaines listés dans la
constitution (défense, économie, diplomatie, commerce).

Le principe de subsidiarité c’est le principe en vertu duquel on considère que c’est au niveau local qu’on est
le mieux placé pour prendre des décisions car plus proche des gens

L’état régional est intermédiaire entre l’état fédéral et l’état unitaire. Ce sont des états qui étaient unitaires
à l’origine et qui ont décidé de laisser une grande autonomie à leurs collectivités territoriales (Italie, Espagne,
Grande Bretagne). Ils sont le fruit de l’échec de la centralisation, car réalisée de manière excessive, elle ne
tient pas compte du pluralisme culturel. Cette autonomie est d’abord administrative (instituions différentes
selon les régions), elle est aussi financière (chaque région a son propre budget) et enfin elle est aussi
législative (dans chaque région il y a des lois particulières). Il existe depuis plus de 10 ans entre la catalogne
et l’état espagnol et même une volonté d’indépendance, l’art. 155 de la constitution espagnole a permit de
mettre la catalogne sous tutelle.

Unitaire Fédéral Régional


2
Ordres juridiques 1 1
(Superposition)
Autonomie Non Oui Oui
Participation Non Oui Non

§2. Comprendre l’Etat

1. Aux origines de l’Etat

1. Les origines historiques

Le mot Etat est né au XVIe siècle, sous la plume de Machiavel mais aussi de J. Bodin (1576). Il renvoie à l’idée d’un
pouvoir politique qui est d’abord temporel, non religieux et unifié, indépendant. L’objectif était de légitimer la
construction des Etats modernes : le traité de Westphalie (1648) a mit un terme à de nombreuses guerres sur le
territoire européen et a posé le principe de la reconnaissance mutuelle des états européens. L’état a d’abord été une
puissance avant d’être une source de droit. C’est d’abord parce qu’il a été une puissance matérielle/militaire qu’il a
pu ensuite étiqueter des règles et régler les conflits.

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Les origines théoriques

On se demande d’un point de vue philosophique pourquoi les Hommes acceptent ils de se soumettre à des règles. Il
y a deux théories opposées à propos de cette origine : théorie abstraite (théorie de contrat social) qui poste l’idée
que chacun a choisit de faire parti d’un état (l’Etat est quelque chose de choisit) et une théorie concrète où l’Etat est
plutôt quelque chose de subit, puisque c’est une évolution nécessaire qui est une conséquence du regroupement
des Hommes.

Les théories abstraites sont appelées théories contractualisées (Platon, Grotius, Spinoza…). Selon Locke et Hobbes il
y avait un avant l’état qu’on appelle état de nature avant que les Hommes ne s’organisent en société. Puis les
hommes, par le bisais d’un pacte social ont décidé de s’associer. Pour Hobbes, l’état de nature se caractérise par la
violence et l’anarchie et le contrat social vise à assurer la sécurité des Hommes, ce qui abouti à créer un état
totalitaire : le Léviathan. Pour Locke, l’état crée par le contrat est un état qui vise à protéger les propriétés de
l’individu. Pour JJ. Rousseau, le but de l’Etat a pour objectif d’apporter l’égalité entre les citoyens, le contrat social
amène donc à la démocratie.

Dans théorie concrète, l’Etat est une conséquence du regroupement naturel des individus qui ont besoins les uns des
autres, on a donc l’élaboration de règles et la désignation d’un chef. L’idée est de considérer que l’aboutissement
ultime de ces regroupements humains est l’Etat (théorie défendue par R. Carré de Malberg et Karl Marx).

Aux confins de l’Etat

1. Un Etat redéfini par le haut

Toutes les institutions internationales viennent remettre en cause l’importance de l’Etat comme organisation
politique. Il y a une volonté depuis longtemps de créer une UE politique, mais les souverainistes s’y opposent
fortement pour de nombreuses raisons : une partie des pouvoirs n’est plus exercée par l’Etat mais par l’UE, on a
aussi un contrôle aux frontières moins importants, c’est l’UE qui frappe la monnaie, certains traités commerciaux
entre Etats sont imposés par l’UE, les politiques d’asile et d’immigration sont gérés par l’Etat. De plus, on a une
grosse diversité de langues et de cultures (cependant c’est aussi le cas des Etats pluri nationaux, il y a aussi une
volonté du vouloir vivre ensemble). La création de la citoyenneté européenne en 1976 est aussi vivement critiquée
(éligibilité aux élections municipales et européennes). En contre argument, on peut dire que les états gardent leur
indépendance et leur constitution, qu’il est possible de sortir de l’UE (Brexit).

Le droit de l’UE a une valeur supérieur au droit français (80% du droit français en est inspiré).

Un Etat redéfini par le bas

L’état se voit reconnaître une autonomie à ses régions puisqu’on voit apparaître de moins en moins une implication
de la part de la population.

L’état nation est une idée dominante en Europe occidentale et en France, selon laquelle l’existence d’un état doit
coïncider avec l’existence d’une nation. En France, d’après le principe d’unité, on dit que la République est
« indivisible » (art. 1er de la Constitution). En théorie, ceci s’oppose au fédéralisme.

Il y a plusieurs conséquences à ce principe :

L’unicité du peuple français : on considère qu’il n’y a qu’un seul peuple français. Dans une décision du 9 mais 1991, le
conseil constitutionnel a considéré que la création d’un peuple corse était impossible car on ne peut pas distinguer
les français selon leurs origines, races ou religions. 

Le principe d’unicité des règles de droit signifie que tout le territoire est soumis au même droit. Ces principes sont
peu à peu remis en cause par l’évolution. 

L’unicité du peuple par exemple, certaines populations sont reconnus d’une certaine face. La corse bénéficie d’un
statut spécifique depuis le 13 mais 1991. E. Macron a même proposé de mettre dans la Constitution un statut du
« peuple corse ». 

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Il y a aussi des territoires d’outre mer qui bénéficient d’un statut particulier. En Nouvelle-Calédonie, il y a même une
véritable citoyenneté. À l’époque des colonies, la France a mis en place le statut de l’indigénat, l’idée étant que les
même règles ne peuvent être appliquées à tout le monde. L’identité Kanak est liée à la terre, donc il y a une
différence essentielle avec la vision de la nation en France. Dès le départ, on a séparé l’identité française de la Kanak.
Suite à plusieurs attentats, assassinats dans les années 80, les accords de Nouméa ont été signé le 5 mais 1998. Ils
ont consisté à l’arrêt des violences en contre partie que les néo-calédoniens puissent obtenir leur propre nationalité
(droit à l’auto-détermination : le peuple doit décider du pays dans lequel il veut vivre). Ce statut a été provisoire
pendant 20 ans, car la situation économique, démographique ne permettait pas de déclarer l’indépendance. C’est
donc le 4 novembre 2018 que le gouvernement a demandé au peuple néo-calédonien s’il souhaitait être
indépendant, et celui-ci a répondu non. Donc le statut reste le même avec une double citoyenneté. 

Il existe un droit de vote spécial conféré à un corps électoral restreint. Seulement une partie du peuple peut voter.
Qui en fait parti ? Ceux qui étaient Kanak à l’origine. Il faut soit vivre sur le territoire depuis plus de 20 ans, soit avoir
des ancêtres Kanak. 

Le fait d’appartenir à ce corps électoral restreint donne trois droits : 

• Accéder à la fonction publique locale;


• Les seuls à pouvoir élire les membres du congrès de la Nouvelle-Calédonie; 
• Les seuls à pouvoir voter sur l’indépendance du territoire. 

Cette citoyenneté est spéciale, car il y a deux parties distinctes du peuple français. L’état nation est remis en cause,
car on reconnaît une sorte de nation néo-calédonienne. 

Enfin, le principe d’unité des règle de droit :  Le projet de 2017 propose de revenir sur le principe fondamental
d’homogénéité des règles de droit, tt ce de deux manières. Il permet la différenciation des compétences en les
collectivités territoriales. C’est une atteinte au principe puisque en fonction d’où on se trouve, on va s’adresser à
différentes institutions. Ce presto de forme des institutions prévoit aussi la différenciation des règles de droit. C’est à
dire qu’on aura des règles différents sur le territoire. Ce qui fait penser à un état fédéral plus qu’unitaire. 

L’état nation est donc remis en cause pas le haut (union européenne) et le bas (différentes composantes du peuple
français et différenciation de la règle de droit).

Titre 2 : la figure de l’individu-citoyen. 


Le droit constitutionnel protège aussi l’individu, il n’encadre pas seulement le pouvoir politique. C’est le droit
constitutionnel qui fait de l’individu un citoyen. 

Section I – La démocratie et la citoyenneté

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Le droit constitutionnel pose les règles relatives à la démocratie et il protège les individus contre les abus de pouvoir.
Donc il joue un rôle de reconnaissance du citoyen et de protection. 

Demos = peuple  / Kratos = le pouvoir, l’autorité

La démocratie est un régime politique dans lequel le peuple a le pouvoir. Elle s’oppose au régime autoritaire, la
monarchie absolue (le pouvoir aux mains d’un seul homme), l’oligarchie (le pouvoir est devenu par un petit groupe
d’hommes), la théocratie (le pouvoir est détenu par des religieux). 

La citoyenneté vient du latin civis (celui qui a le droit de cité), c’est un statut juridique qui donne accès à l’ensemble
des droits politiques. Le fait d’être citoyen permet de participer à la vie politique, notamment par l’exercice du droit
de vote. On remarque donc le lien indéfectible entre citoyen et démocratie. Si un citoyen ne participe pas à la vie
politique, il n’y a pas de démocratie. On dit que le peuple en souverain, ça signifie que c’est lui qui est à la source du
pouvoir de l’Etat. On admet que l’Etat est doté d’un pouvoir suprême mais seulement car il détient son pouvoir du
peuple. Mais le peuple, en occident n’exerce jamais totalement le pouvoir.

§1. Le principe de souveraineté

Pourquoi les gouvernés acceptent d’être gouvernés ? 

Le mot souverain s’applique à la fois à l’Etat et au peuple.

A) Un concept hybride

Le mot souverain vient du latin «  summa ( ce mot a deux significations) potestas  », qui signifie le pouvoir ou
l’autorité. Summa = soit ce qui est le plus haut (en français, le sommet), soit ce qui est le plus essentiel (en français,
le sommaire). Au sens de ce qui est le plus haut, la souveraineté renvoie à l’Etat, et au sens de ce qui est le plus
essentiel, c’est une source de légitimité. 

1. Un attribut de l’Etat

La souveraineté ici désigne le pouvoir suprêmde l’Etat. Sur le plan international, c’est le fait que l’Etat soit
indépendant tandis que sur le plan interne, la souveraineté est synonyme de puissance de commandement : seul
l’Etat a le monopole de la violence légitime (l’Etat a la compétence de sa compétence). D’un point de vue matériel,
cette souveraineté implique des fonctions régaliennes (rendre la justice, faire les lois, battre la monnaie, ou encore
assurer la diplomatie et faire la guerre). 

2. Une source de légitimité. 

La souveraineté n’est pas seulement un attribut de l’Etat, il est aussi la source de la légitimité du pouvoir de l’Etat. 

La souveraineté du peuple est la qualité de l’être réel ou fictif au nom duquel est exercé pouvoir. C’est à dire que cet
être réel ou fictif peut être Dieu, le peuple, la nation, un prophète, un roi etc. C’est la personne dont on estime
qu’elle détient le pouvoir à l’origine. 

Ce double sens est du au fait que sous l’ancien régime, le roi cumulait les deux formes de souveraineté.
Louis XIV : « L’Etat c’est moi » (sous entendu la souveraineté); Louis XV : « c’est en ma seule personne que réside la
puissance souveraine ». Le roi n’avait pas besoin de justifier les origines de son pouvoir. 

À la révolution, cette logique de la monarchie absolue a été rompu par la biais d’une dissociation entre celui qui
légitime le pouvoir et celui qui l’exerce. Car les Hommes politiques ne sont pas propriétaires du pouvoir qu’ils
exercent, ils en sont seulement les titulaires provisoires. Le pouvoir est prêté, délégué par quelqu’un d’autre. 

Donc aujourd’hui, dans une logique démocratique, il faut distinguer les deux sens de la souveraineté.  

B) Des théories multiples

Pour renforcer la souveraineté royale, on a fait la théorie de la souveraineté populaire (Rousseau) et celle de la
souveraineté nationale (Sieyès).
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1. La souveraineté populaire

À l’origine, la souveraineté appartient au peuple, l’ensemble des Hommes vivants sur un territoire donné. Il s’agit de
quelque chose de très concret. Ceci implique que l’individu est pris en compte dans ses particularités. Chaque
membre du peuple détient une fraction de souveraineté. C’est l’addition de toutes ces particularités qui fait que le
peule est souverain. Donc on devrait être capable d’exprimer notre volonté et de participer à la vie politique. 

La théorie de la souveraineté populaire implique quatre grandes conséquences : 

• La théorie de l’électorat-droit : l’électorat est un droit, chacun a le droit de participer au vote. 


• Le suffrage universel : le suffrage reconnu à tous sans discriminations. En France, il est proclamé en 1791.
Par la suite, il y a eu une succession de régimes autoritaires donc le suffrage universel n’est maintenu que depuis le 5
mars 1848. Mais le suffrage nécessite la nationalité française, la majorité mais le vote des femmes (21 avril 1944)
n’existait pas. En 1893, la Nouvelle-Zélande est le premier pays a reconnaître le droit de vote des femmes, l’Autarcie
en 1902, l’Allemagne en 1912, la Turquie en 1930 etc c’est la Suisse qui fut le dernier pays a reconnaître le droit de
vote des femmes en 1971. 
• La démocratie directe : le peuple existe réellement, il doit donc pouvoir exercer lui même sa souveraineté.
Rousseau : « la souveraineté ne peut pas être représentée ». Il y a plusieurs techniques de démocratie directe :
le referendum (peu en France car ils sont rarement organisés et strictement encadrés). En France, il existe un
referendum constituant (art. 9 de la Constitution); un referendum législatif (art. 11) pour créer une loi; et le
referendum d’initiative partagée, car l’initiative est conjointe : il faut qu’un cinquième des parlementaires aient
recueilli le soutient d’un dixième des électeurs = 4,6 millions de signatures (actuellement en cours pour
l’ADP). L’initiative citoyenne, qui peut déboucher sur l’adoption d’une loi, voire une modification de la Constitution.
De plus, si assez d’électeurs se réunissent, ils peuvent abroger la loi. Les pétitions, qui débouchent sur l’ouverture
d’un débat. Par exemple, la Constitution Suisse oblige l’assemblée à discuter d’un sujet. Les assemblées locales, qui
convient les habitants dans les cantons suisses. Le pouvoir de révocation, grâce auquel les citoyens peuvent
révoquer un élu s’il ne produit pas un travail satisfaisant, comme par exemple aux Etats-Unis, en Californie (recall),
au Venezuela (tous les électeurs peuvent décider de renvoyer un élu à la moitié de son mandat, il suffit de faire une
pétition qui doit recueillir au moins autant de signatures que quand il a été élu).
• Le mandat (pouvoir donné à autrui en droit privé) impératif : c’est le pouvoir accordé à l’élu de faire une
action prédéterminée selon des modalités auxquelles on ne peut pas déroger. C’est à dire que l’élu doit respecter la
volonté du peuple qu’il l’a élu. Sinon il peut être révoqué par le peuple. 

Avantage de cette théorie : le système est plus démocratique. En revanche, cette théorie contribue à une
fragmentation du corps social. Puisque chacun détient une partie de souveraineté, chacun peut défendre ses droits.
C’est la mise en avant des différences avec le risque d’une dictature de la majorité, du communautarisme ou encore
du clientélisme politique (l’élu ne cherche pas à satisfaire l’intérêt général mais seulement ceux qui votent pour lui).

2. La souveraineté nationale. 

Elle défend l’idée que la souveraineté appartient à la nation et non au peuple. La nation est une entité abstraite et
collective qui est composée de l’ensemble du peuple mais aussi des générations passées et futures. Pourquoi ? Parce
que ces générations partagent les mèmes traditions, mœurs etc. On ne se contente pas d’additionner les individus,
on ajoute une idée au dessus comme le vouloir vivre ensemble en France.

La nation est une idée distincte des membres qui la compose. On ne peut pas isoler, chaque individu de la nation,
elle est indivisible. Ce qui compte est l’intérêt général. 

La souveraineté ne peut pas être fragmentée, donc la nation ne peut pas exercer elle même la souveraineté, elle doit
être représentée

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Cette souveraineté implique quatre conséquences : 

• L’électorat-fonction : une théorie en vertu de laquelle l’électorat n’est pas un droit qui appartient à tout les
individus mais une fonction qui appartient à certains individus. La fonction en question est d’identifier la
volonté de la nation. C’est à dire qu’on restreint cette fonction à un groupée personnes jugées aptes.
• Le suffrage restreint : il n’est pas reconnu à tous les membres d’une population, il est limité. Il existe le
suffrage censitaire suffrage (en fonction des ressources financières) et le suffrage capacitaire (en fonction
des capacités intellectuelles).

• Démocratie indirecte : ou démocratie représentative. La nation est abstraite et a besoin de représentants


pour s’exprimer. Nos représentants ne sont pas censés exprimer notre volonté mais parler à la place du
peuple. Les députés ne représentent pas leur circonscription mais la nation entière. Le représentant n’est
pas l’image de la nation mais il n est la tête, il pense et veut à la place des citoyens et en leur nom.

Le mandat représentatif : présente 4 caractéristiques. Il est général, libre donc il peut être exercé ou non. De
plus, il est irrévocable et parfait. Il n’y a pas besoin de l’accord du peuple après la décision de l’élu. Une fois
élue, la personne au pouvoir est complètement indépendante du peuple ; on met l’accent sur l’unité de la
nation et l’intérêt général et non les individus et leurs particularités.

Cela peut conduire à l’oubli des minorités, on peut passer rapidement à une souveraineté parlementaire car
il n’y a pas de contrôle sur leurs décisions.

En mettant l’accent sur l’intérêt général, on oublie les débats et les discussions possibles. La France a toujours hésité
entre la souveraineté populaire et la souveraineté nationale. La souveraineté populaire a surtout été mise en avant
avec la constitution de 1793 « La souveraineté réside dans le peule », art.26, art.29. Art.3 de la DDHC « Le principe
de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». Constitution de 1958 : La souveraineté nationale
appartient au peuple, qu’il l’exerce par ses représentent et par la loi du référendum. Aucune section du peuple ni
aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. De plus, elle précise que tous les mandats impératifs sont nuls la
constitution actuelle est ambivalente (art.3). En pratique, c’est la façon dont on va utiliser les outils qui vont donner
une connotation nationale ou populaire à la souveraineté.

§2. L’exercice de la souveraineté

On ne s’intéresse plus à savoir qui est à l’origine du pouvoir de l’Etat mais plutôt comment cela se traduit
concrètement. EN France l’exercice de la souveraineté se traduit par un principe politique et un statut juridique. Le
principe politique est la démocratie représentative et son statut juridique est la citoyenneté

A) La démocratie

La démocratie est née au Vie siècle avant JC et théorisée par Platon et Aristote notamment ; Elle a d’abord été
exprimée d’assemblée de citoyens qui se réunissaient sur la place publique (Agora) et il y avait aussi des personnes
tirées au sort pour gérer les affaires publiques (Magistrats). 3 principes : prince d’égalité entre les citoyens, principe
de participation à la vie politique et enfin principe de la liberté d’opinion.

En réalité, la démocratie a fait l’objet d’une longue période de reflux et c’est à l’époque des lumières (XVIIe XVIIIe
siècle) qu’elle a été théorisée. C’’est aujourd’hui l’élément fondamental des régimes politiques modernes.

1. Le principe

Le principe démocratique correspond en principe à la souveraineté populaire parce qu’elle donne une fraction de
souveraineté à chacun, donc elle repose sur un principe d’égalité et de la liberté. L’intérêt des gouvernés doit être
transcrit par les gouvernants. A. Lincoln : « le gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple ». C’est à dire
que c’est le peuple lui même qui est censé se commander et c’est les intérêts des citoyens qui sont défendus. Ce
principe est reprise dans la Constitution française actuelle. 

Le citoyen participe à la vie politique (par le peuple), et on garantit les droits des individus (pour le peuple).
Concrètement, on identifie une démocratie évoluée si elle prend en compte les deux aspects. À l’époque
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contemporaine, on observe le développement des démocraties. Par exemple, en Espagne ,en Grèce, au Portugal.
Ensuite dès 1980, en Amérique latine, avec par exemple la Bolivie. Dans les pays de l’Est en 1990 et dans certains
pays de l’Afrique subsaharienne. Puis, récemment, en 2011 avec les printemps arabes. 

Il y a cinq conditions principales pour qu’une démocratie s’implante dans un pays : 

• L’organisation d’élections libres et régulières.


• L’application d’un suffrage universel et égal (un homme = une voix).
• Le pluralisme doit respecté (plusieurs candidats, partis aux élections). 
• Une reconnaissance des minorités et de l’opposition.
• La garantie des droits des individus. 

Pour que la démocratie se développe, il faut que les citoyens soient éduqués, d’où l’importance qu’est donné à
l’ONU pour l’éducation. La liberté d’information, qui est en danger, et qui permet de se faire un opinion. Les libertés
collectives, de manifestations, le droit de grève. Amélioration du niveau de vie, et enfin, pour favoriser a démocratie,
il faut des partis politiques structurés. 

Le démocratie s’exerce rarement de manière direct. Dans la plupart des cas, le système représentatif est retenu. 

1. Le système représentatif

C’est un régime dans lequel l’exercice du pouvoir est confié à des représentants. Ils sont caractérisés par 2 éléments
essentiels : une assemblée parlementaire et l’existence de partis politiques.

Les assemblées parlementaires ont pour origine les états généraux qui se réunissaient dès le XIVe siècle. Ce sont ces
états généraux qui se sont transformés en Ass. Constituante en 1789. Le monocaméralisme existe dans un certain
nombre de pays mais reste rare (Israël, Suède, Danemark, Finlande, Grèce, Portugal etc… Souvent, le parlement est
divisé en 2 chambres : chambre haute et chambre basse. La chambre basse représente la nation vivante, on l’élit de
manière directe. Par exemple, en France, les députés sont élus tous les 5 ans par le peuple. La chambre haute est
toujours élue de manière indirecte et joue un rôle de modération de la chambre basse. Dans les états fédéraux, la
chambre haute représente les entités fédérées. En France, le Sénat représente les collectivités territoriales (régions,
départements, communes). Ce sont les élus locaux qui désignent les sénateurs. En Angleterre, l’aristocratie est
représentée par la Chambre des Lord. Ce bicaméralisme peut être égalitaire donc les deux chambres ont les même
droits (il faut donc avoir l’accord des deux pour faire passer une loi) ou inégalitaire donc on donne l’avantage à une
des deux chambres comme c’est le cas en France, où l’AN (basse chambre) à l’avantage par rapport au Sénat. Les
deux fonctions principales des parlements sont la délibération et le contrôle. La fonction de délibération est la
fonction par laquelle les parlementaires délibèrent : ils discutent des lois avant de les adopter. En France, on donne
une importance très grande au pouvoir exécutif, or il n’exerce pas de fonction de délibération. Les projets de loi sont
rédigés par des énards et sont contrôlés par le pouvoir législatif.

Les partis politiques sont des groupements de citoyens qui partagent les même idées politiques et qui se
rassemblent pour la conquête du pouvoir. Dans un certain nombre de pays, il n’existe que deux grands partis
(démocrates et républicains) -> bipartisme. Dans le multipartisme, il existe une multiplicité de partis politiques.

Le principe de pluralisme est reconnu à l’art.4 de la Constitution française. Deux manières de le garantir : contrôle du
financement des partis. En France, on a fait le choix du financement public des partis politiques pour éviter toute
corruption, le financement des personnes privées est limité à 7500 euros par an, et pour un don de plus de 150
euros il faut faire un chèque. Tous les comptes de campagne doivent être publiés et déposés dans un centre qui
contrôlent cela. Ce financement public signifie que ce sont les impôts qui paient les campagnes. Le système d’équité
du temps de parole est imposé pour respecter ce principe, mais cela ne tient pas compte du temps de parole sur
internet. Aujourd’hui on dit que ce système représentatif est en crise : manque de représentativité des élus (ils sont
trop éloignés du peuple), taux d’abstention aux élections de plus en plus élevés, montée des partis extrêmes,
manifestations violentes du peuple qui cherche à s’exprimer…

Pour remédier à cela, on pourrait renforcer les syndicats, laisser plus de place à la volonté/désir du peuple, faciliter
l’accès au vote, obliger les gens à voter.
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Pour rapprocher les élus du peuple, on pourrait réduire leurs privilèges, favoriser la participation locale, diversifier le
recrutement des élites en ouvrant davantage les concours de sciences po et de l’ENA.

B) La citoyenneté

C’est le statut juridique qui permet a un individu de participer à la vie politique. Dans les démocraties
représentatives, indirectes, cela signifie que la citoyenneté est synonyme de droit de vote. Ce droit de vote a
plusieurs conditions et modalités. 

1. Les conditions d’exercice de la citoyenneté

Pour pouvoir être électeur, il faut avoir la nationalité française. En France, les étrangers ne peuvent pas voter,
contrairement à d’autres pays tels que le Chili. De plus, il faut avoir la majorité et jouir de ses droits civils et
politiques. C’est à dire qu’il ne faut ni être incapable ni indigne (crimes et délits qui privent du droit de vote). C’est
plutôt rare en France, mais au RU, la plupart des détenus ne peuvent voter. Enfin, il faut être inscrit sur une liste
électorale. Depuis 1997, les jeunes majeurs sont automatiquement inscrits.

Les conditions pour être élus sont plus limitées. Par exemple, aux Etats-Unis, il faut avoir au moins 35 ans pour être
président. Certaines condamnations pénales donnent lieu à l’inéligibilité. Enfin, il existe certaines incompatibilités,
interdiction de cumuler certaines fonctions. On ne peut pas être député et PDG d’une grande entreprise publique. 

Ils sont peu restrictives, c’est le principe de suffrage universel. 

2. Les modalités d’exercice de la citoyenneté

De quelle manière le droit de vote s’exerce ? 

Plusieurs conditions sont nécessaires au bon déroulement d’un scrutin. La première condition est la détermination
des circonscriptions (territoire dans lesquels on vote pour élire). C’est important que chacune des circonscriptions
comportent le même nombre de personne. En France, on ne modifie pas la taille des circonscriptions 1 an avant les
élections.  Le vote est secret, fait dans un isoloir. Car si tout le monde sait pour qui X vote, cet individu peut subir une
pression, manipulation. En 1913 ont été introduit l’isoloir et l’enveloppe pour éviter la fraude. Autre condition, le
caractère personnel du vote. En principe, on vote nous-même. Cependant, des dérogations strictement encadrées
sont possibles. L’idée ici est de limiter les abus. Et enfin, le principe de sincérité du scrutin est important. Il implique
l’annulation de l’élection dès lors qu’il y a fraude. Pour éviter l’insécurité du scrutin, on a instauré les urnes
transparentes. Malgré cela, il arrive qu’il y ai encore des fraudes. 

Pour que le scrutin traduise la volonté des électeurs, les modes de scrutin sont très importants.

C’est une technique de calcul d’un résultat électoral. C’est une formule qui permet de traduire le nombre de vote en
résultat électorales. Tocqueville : « le mode de scrutin est la loi fondamentale de la démocratie ». 

Il y plusieurs modes de scrutin. 

Le scrutin uninominal et scrutin de liste :

En France par exemple, le scrutin est uninominal pour les présidentielles, les législatives. En effet, on élit un seul
nom. Lorsqu’on vote aux législatives, on vote en fonction de nos circonscriptions, d’où les 577 députés. 

L’objectif des partis politiques est de faire gagner leur candidat. Dans un scrutin de liste, il y a autant de candidats
que de sièges à pourvoir et l’objectif est d’avoir autant de sièges que possible. Dans le scrutin uninominal, on induit
une personnalisation du vote. On vote pour quelqu’un plus que pour son parti. À l’inverse, dans un scrutin de liste,
on vote plutôt des idées. Cependant, on voit souvent la tête de liste au coté du candidat, pour les municipales par
exemple. Dans certaines scrutin de liste, ces listes peuvent faire l’objet d’un vote préférentiel. C’est à dire qu’on a le
droit de barrer et changer de place le nom d’un candidat. 

Il existe aussi le panachage. On « fabrique » notre liste avec des personnes de différents partis politiques. Le vote
préférentiel et le panachage sont plutôt anecdotiques aujourd’hui. 
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Le scrutin à un ou deux tours :

Les présidentielles sont un scrutin à deux tours. Pour être élu au premier tour quand même, il faut obtenir la
majorité absolue, donc 50% et une voix. En France, on fonctionne aussi par majorité relative, c’est à dire en fonction
du plus grand nombre de voix. Le fait de faire deux tours donne plus de légitimité aux candidats. Dans un scrutin à
deux tours, au premier tour on choisit vraiment, et au second tour on élimine.

Aux législatives, trois candidats sont au second tour. On prend les candidats qui ont plus de 12,5% des voix. 

À l’inverse, dans certaines pays il y a un scrutin à un tour, c’est celui ou celle qui a le plus de voix qui l’emporte. Ce
qui pousse donc à voter pour les grands partis. 

Les inscrits sont tous ceux qui sont sur les listes électorales et qui potentiellement votent. Ensuite, on parle des
votants, le nombre votants équivaut à la participation (les inscrits - les abstentionnistes). Les suffrages exprimés, ils
comptent pour le calcul du résultat du vote (votants - votes blancs - votes nuls).

Un vote nul n’est pas valable, par exemple, si on vote pour quelqu’un qui n’existe pas. Et un vote blanc, c’est quand
on vote mais qu’on ne met rien dans l’enveloppe. On distingue les votes blancs des votes nuls. Les blancs sont
comptabilisés mais non pris en compte. C’est à dire que si on vote blanc, nous ne sommes pas abstentionniste. Mais
on ne prend pas en compte notre voix dans le suffrage exprimé. 

Si les votes blancs sont comptabilisés et majoritaire, l’élection n’est pas valable, comme par exemple au Pérou. 

Les citoyens aujourd’hui, pour participer à la vie politique, doivent se tourner vers des candidats dont ils ne sont pas
proches. Ce qui est contraignant dans le cadre du vote blanc. 

Il existe trois modes de scrutin principaux :

• Le scrutin majoritaire : 

Celui qui gagne l’élection est celui qui obtient la majorité des suffrages exprimés. Par exemple, la présidentielle en
France. Cela signifie les autres partis politiques n’obtiennent rien du tout. 

• Le scrutin proportionnel :

On reparti le nombre de sièges proportionnellement au nombre de voix obtenues. Par exemple : 60% des voix = 67%
des sièges. Le scrutin à la proportionnel est donc un scrutin de liste. Il est le plus répandu dans le monde (Grèce,
Autruche, Portugal, Pologne) pour les assemblées. 

On calcule le quotient électoral, de la manière suivante : on prend le nombre de voix et on divise par le nombre de
sièges. Exemple : 1000:100 = 10, il faut 10 voix pour obtenir un siège. Plus il y a de la participation, plus il faut de voix
pour un siège. Généralement on a aussi un seuil de représentativité, pour avoir un siège, il faut avoir un certain
nombre de voix. 

• Le scrutin mixte :

On obtient un certain nombre de sièges de manière majoritaire et le reste à la proportionnelle. Pour illustrer, si on a
100 sièges à attribuer et que 50% sont attribués de façon majoritaire, alors 50% sont attribués de façon
proportionnelle. C’est le cas à la chambre basse en Allemagne (Bundestag). Ce mode scrutin existe en France pour
les élections régionales. Dans le projet de réforme des institutions, il est dit que 15% des députés pourraient être
élus à la proportionnelle. 

Listes  A =  B =  C =  D =  E = 
Scrutins  8 12 280 300 400
Majoritaire 0 0 0 0 100
Proportionnel 0 1 28 30 40

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0 0 0 0 50
Mixte (50%)
1 1 14 15 20

Le scrutin à la proportionnelle représente mieux les opinions de la population, donc les minorités sont mieux
représentées. C’est donc plus démocratique. En France, on a recours au scrutin majoritaire car il est plus simple,
c’est plus lisible pour les électeurs. Ici, la liste E a une victoire plus nette et visible. Le scrutin majoritaire engendre le
vote utile, il favorise les partis déjà importants en nombre de voix. Ça veut dire qu’à contrario, il ne représente pas
les minorités politiques. Ce scrutin permet d’avoir de la cohérence entre les voix et les décisions. Il induit la
discussion, négociation, et coalition avec d’autres partis car il n’y a pas de majorité. Cela induit aussi une instabilité
gouvernemental. 

L’inconvénient majeur de ce mode scrutin est qu’il ne représente pas l’ensemble des votants (« scrutin de voleurs). 

Le scrutin mixte a été inventé pour combiner les avantages des deux autres. Il permet d’avoir une majorité tout en
ayant une forme de représentativité.

Section II – La protection des gouvernés


Dans les démocratie contemporaines, le droit de vote ne suffit, les individus doivent voir leurs droits fondamentaux
reconnus. C’est pourquoi le droit constitutionnel cherche à protéger les individus des abus de pouvoir. Et pour
protéger, on utilise la garantie des droits et la séparation des pouvoirs.

§1. La garantie des droits

A) La proclamation des droits et des libertés

Ce sont des droits qui bonifiaient à l’individu quelque soit sa nationalité, son lieu de résidence, son origine ou sa
richesse. Toute personne bénéficie de droits fondamentaux, même si elle réside illégalement en France.

1. Des origines diverses

L’idée est qu’on accorde une place singulière à l’individu et non pas à la communauté. En Europe occidentale, on
privilégie l’individu et ses droits naturels. L’Homme, parce qu’il est Homme, a des droits naturels, d’où l’expression
des droits de l’homme inventée par Locke. C’est grâce aux philosophes des Lumières qu’on connaît les droits
naturels. Avec Rousseau, le principe d’égalité est « né », s’est affirmé. Le principe de séparation des pouvoirs
s’inspire de Montesquieu, il a aussi été à l’origine du droit à la sûreté (ne pas être arbitrairement détenu). Grâce à
Diderot et Voltaire, on connaît aujourd’hui la liberté de conscience et d’opinion. Locke a défendu le droit de
propriété comme étant un droit naturel. La traduction juridique de cette philosophie juridique est la déclaration de
droits (1ère : 1776 en Occident avec la déclaration de l’indépendance des États-Unis). La 2ème, très importante, est
la DDHC. La déclaration universelle des droits de l’Homme a été adoptée dans le cadre de l’ONU, en 1948 (date
d’une profonde rupture). Les déclarations vont de pair avec des ruptures historiques.

On considère qu’il y a trois générations de droits :

• Les droits civils et politiques : ce sont des droits par lesquels on protège l’individu contre l’État. On considère
que la menace est l’État. Par exemple, le respect de la vie privée, ou le droit de propriété.

• Les droits sociaux, ils sont apparus après la 2nd GM, ce sont des droits d’avoir quelque chose (non pas de
faire quelque chose). Par exemple, le droit à la protection de la santé, le droit à l’éducation, le droit de grève.
Ces droits permettent une meilleure qualité de vie. L’individu ne s’oppose pas à l’état, il fonctionne avec lui.

• Les droits environnementaux, ils se sont forgés à l’époque contemporaine. On considère qu’ils doivent être
protégés en dehors de tout État. Ils sont attachés à l’humanité toute entière. Par exemple, le droit de vivre
dans un environnement sain (c’est la Constitution portugaise qui reconnaît ce droit en premier), le principe
de précaution. 
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C’est une classification théorique qui n’a pas de portée juridique, il n’y a pas de hiérarchie entre ces droits. Ces
différents droits ont des régimes juridique différents. Les droits sociaux sont moins bien protégés par l’État.

2. Des supports multiples

Deux principaux supports pour les droits fondamentaux : la constitution et les traités internationaux

En France, la constitution est appelée bloc de constitutionnalité. Cette expression a été forgée par Louis Favoreu. Le
bloc de constitutionnalité désigne l’ensemble des principes et des règles à valeur constitutionnelle dont le respect
s’impose à tous y compris au législateur. On parle de bloc car on amasse en son sein différents types de textes et
notamment la constitution en elle-même qui comprend très peu de droits fondamentaux (principe d’égalité art.1 et
principe de liberté individuelle art.66). C’est le juge constitutionnel qui a crée le bloc de constitutionnalité par une
décision rendue le 16 juillet 1971 : liberté d’association. C’est l’une des décisions la plus importante en droit
constitutionnel en France. Dans cette décision, le conseil décide que le préambule de la constitution est une
véritable règle à valeur constitutionnelle et en décidant cela il a fait une véritable révolution juridique. Dans ce
préambule, il y a renvoie à d’autres textes, et en décidant qu’il avait une valeur constitutionnelle, le conseil leur a
donné la même valeur. Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel, a qualifié cette décision de « big
bang révolutionnaire ». On intègre aussi la DDHC de 1798, la préambule de la constitution de 1946 (droits sociaux) et
les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République (PFRLR). Ce sont des principes auxquels il est fait
référence dans la Constitution de 1946. Ils ont été réinterprété par le juge constitutionnel. Par exemple, le principe
d’indépendance des professeurs d’université, le fait de traiter différemment les mineurs en matière pénale.

3 critères sont nécessaires pour identifier un PFRLR :

 Le principe doit être fondamental et pas anecdotique

 Le principe doit avoir été reconnu par la loi de manière constante et depuis avant 1946

 La loi doit être républicaine : on exclue donc directement toutes les lois adoptées sous le régime de Vichy

On intègre aussi à ce bloc la Charte de l’environnement de 2004, dont a renvoie à été intégré au préambule en 2005.

Il y a aussi une garantie des droits fondamentaux par les traités internationaux. Ils sont multiples et on les trouve
principalement dans le cadre des Nations Unies et en Europe. Dans le cadre de l’ONU, on a la DUDH (déclaration
universelle des droits de l’Homme) de 1948.

On trouve aussi le pacte relatif aux droits civils et politiques (1966) et le pacte relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels. Cependant, aucun juge n’existe au niveau international pour faire appliquer ces textes.

En France, ce sont les traités européens qui sont le plus souvent invoqués et notamment la Charte des droits
fondamentaux de l’UE (2001) ainsi que CEDH qui relève du Conseil de l’Europe et non pas de l’UE (1950). Ces textes
ont conduit à une modification importante des lois en France plus particulièrement en droit pénal (présence de
l’avocat en garde à vue) et en droit des étrangers (art.8 : droit de mener une vie familiale normale). A côté de ces
textes, il existe un juge qui en sanctionne la non connaissance.

B) La justice constitutionnelle

La justice constitutionnelle peut se définir comme l’ensemble des techniques juridictionnelles permettant de garantir
la suprématie de la constitution. Elle est synonyme de contrôle de constitutionnalité : on contrôle toute une série
comme la loi ou les décisions de justice par rapport à la constitution, on fait une comparaison entre les deux. La
conséquence de cela est la neutralisation des lois contraires à la constitution. L’émergence de cette justice à été mise
en contradiction avec l’idéal démocratique.

1. L’émergence de la justice constitutionnelle

L’idée de créer un juge constitutionnel a été compliquée : la conception européenne de la loi explique que celle-ci ne
peut être autre que l’expression de la volonté générale. Du fait de cette philosophie inspirée par JJ. Rousseau, la loi a
été sacralisée, et on lui a voué un véritable culte : c’est le légicentrisme.

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Si on autorise les juges à abroger la loi, on prend le risque d’un gouvernement des juges (Edouard Lambert).

Néanmoins, l’expérience du totalitarisme a montré que la loi pouvait déboucher à de très graves violations des droits
fondamentaux. De là est née l’idée qu’il fallait aussi se protéger contre la loi. On est venu chercher une vieille idée
forgée par Kelsen, juriste autrichien qui a inventé l’idée de justice constitutionnelle. La France a toujours été
extrêmement en retard sur cette question là et en 1795, on a voulu instaurer une jurie constitutionnaire sous
proposition de Sieyès. On a aussi voulu confier ce rôle au sénat en 1799 et 1852. En 1946, on a voulu créer un comité
constitutionnel, composé de parlementaires et présidé par le chef de l’Etat. En 1958, on crée le conseil
constitutionnel, premier véritable juge constitutionnel. Il a été crée pour être un conseil du gouvernement, le conseil
constitutionnel était le chien de garde de l’exécutif. C’est par sa propre décision qu’il s’est érigé gardien des libertés
et droits fondamentaux.

Il y a eu plusieurs arguments en faveur de la justice constitutionnelle :

• La constitution est elle aussi l’expression de la volonté générale. Cet argument est d’autant plus pertinent
que le plus souvent, le peuple a donné son accord par référendum.

• Le plus souvent, les lois sont écrites par le gouvernement et non par les parlementaires. La légitimité
démocratique est donc similaire à celle du juge constitutionnel.

• Il faut distinguer entre l’écriture et la fabrication de la loi qui appartient aux parlementaires et son contrôle.
G. Vedel disait « le juge constitutionnel a seulement la gomme et pas le crayon ».

• Le juge n’a pas le dernier mot : si les parlementaires veulent faire passer la loi, ils ont toujours possibilité de
modifier la constitution pour faire disparaître la contradiction. Par exemple, en 1999 on a voulu instaurer
une loi en faveur de la parité en politique. Elle imposait une alternance de femmes et d’hommes pour les
listes de candidature aux élections régionales. Le Conseil constitutionnel a estimé que cela était contraire au
principe d’égalité, le législateur a donc modifié la constitution pour y inscrire le principe de parité (art. 3).

Les juges ne sont pas élus mais présentent trois avantages :

• Indépendance : ils ne font pas partit d’un parti politique

• Impartialité

• Compétence juridique qui leur permet de lire la constitution et la loi pour mieux les comparer

La justice constitutionnelle est aujourd’hui considérée comme un instrument principal de l’état de droit qui est l’idée
que l’état est soumis aux règles de droit. Il y a des règles de droit qui encadrent l’action de l’Etat. Une réforme
adoptée le 23 juillet 2008 prévoit une révision constitutionnelle qui instaure une nouvelle procédure : la QPC, entrée
en vigueur le 23 mars 2010.

Elle permet à tout justiciable de contester la loi si elle est contraire aux droits et libertés que la constitution garantie.
Cette une révolution car chacun peut contester une loi dès lors qu’on considère qu’elle est contraire aux lois et
libertés fondamentales lors d’un procès.

2. La modélisation de la justice constitutionnelle

La justice constitutionnelle est née aux Etats-Unis. On a tiré deux modèles de justice constitutionnelle : le modèle
américain et le modèle européen.

Les Etats-Unis sont le berceau de la justice constitutionnelle. Ce contrôle a été crée de toute pièce par la Cour
Suprême elle-même. Cette décision révolutionnaire date de 1803 : c’est la décision Marbury/Madison.

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La justice constitutionnelle aux US est orientée vers la protection des droits du citoyens, et on considère que le
modèle américain de justice constitutionnelle présente 5 caractéristiques :

• Contrôle diffus dans l’organisation judiciaire  : tous les juges ont le droit de contrôler la constitutionnalité des
lois. La Cour Suprême vient juste homogénéiser les décisions des juges

• Contrôle concret : il s’exerce dans le cadre d’un procès ordinaire concret

• Contrôle a posteriori : il s’exerce toujours après l’entrée en vigueur de la loi

• Contrôle exercé par voie d’exception : c’est à l’occasion d’un procès qu’on pose accessoirement la question
de la constitutionnalité de la loi, ce n’est pas l’objet principal du litige

• Effet de la décision du juge : cette décision a toujours un effet relatif, c’est l’autorité relative de chose jugée,
elle ne s’impose qu’aux partis concernés par l’instance, c’est un effet inter partes.

Ce contrôle rend la constitution accessible. Mais, comme c’est un contrôle diffus qui n’a qu’un effet relatif et qui
reste à l’appréciation du juge, il y a un risque d’inégalité entre les justiciables.

On retrouve aussi ce modèle en Europe notamment en Suède ou au Danemark. On le trouve aussi au Japon, ou
encore en Amérique du Sud (Argentine, Brésil).

Le modèle européen a été crée par Hans Kelsen et s’est développé d’abord en Espagne (1978), Portugal (1976),
Grèce (1979). Il présente 5 caractéristiques différents du modèle américain :

• Contrôle concentré : il est exercé par un juge spécialisé qui est en dehors du système judicaire. Les juges
ordinaires n’ont pas le droit de faire cela, c’est une conséquence du légicentrisme. On distingue donc la Cour
Suprême non spécialisée (US) et la cour constitutionnelle qui est spécialisée (FR)

• Contrôle abstrait : en principe, il n’est pas effectué au cours d’un procès mais en dehors de tout litige
concret

• Contrôle a posteriori ou a priori  : En France, avant 2010 la conformité des lois pouvaient être vérifiée
seulement avant leur promulgation, il ne tenait donc pas compte des faits.

• Contrôle par voie d’exception ou par voie d’action  : on peut attaquer directement la loi pour qu’elle soit
abrogée si on la considère contraire à la constitution, on permet donc au juge d’être saisit uniquement car la
loi est contraire à la constitution.

• Effet de la décision du juge : la décision fait autorité de chose jugée (erga omnes) et cela permet l’égalité
entre les justiciables ; il suffit d’un seul justiciable pour que la loi disparaisse. Cela créer une solidarité entre
les justiciables.

Ce modèle est présent dans d’autres pays comme les anciens pays colonisés d’Afrique (Côte d’Ivoire et Sénégal),
dans les nouvelles démocraties en Europe de l’Est (Bulgarie, Roumanie).

En Afrique du sud on a un modèle mixte : tous les juges peuvent contrôler la loi, mais leur décision doit être analysée
par le Cour Suprême.

§2. La séparation des pouvoirs

C’est le premier instrument qui a été utilisé dans l’histoire. Il y a un lien très net entre garantie des droits et
séparation des pouvoirs (art.16 de la DDHC).

Le principe de séparation des pouvoirs se définit comme un principe d’organisation politique selon lequel une même
autorité publique ne doit pas exercer toutes les fonctions de l’Etat. Même si la souveraineté est unique et indivisible,
elle se décline en trois grandes fonctions de l’Etat :

• Fonction législative : édicter les règles de droit

• Fonction exécutive : exécuter les règles de droit


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• Fonction judiciaire : régler ou résoudre les litiges

A) Les origines de la séparation des pouvoirs

Le principe est dépendant des circonstances historiques qui ont donné lieu à sa théorisation.

1. Les origines historiques

Le principe est né de la volonté toute entière de rompre avec la monarchie absolue qui est un régime dans lequel le
roi concentrait dans ses mains tous les pouvoirs. Le principe de séparation des pouvoirs est né en Angleterre à partir
du XIIIe siècle car en Angleterre la monarchie présentait deux caractéristiques différentes de celle de France. Auprès
du Roi il y avait une représentation des campagnes, et il avait aussi une forme d’alliance implicite entre les seigneurs
féodaux et le peuple tandis qu’en France, le peuple avait davantage à craindre des Seigneurs que du roi.

Dès le XIIe siècle, le roi d’Angleterre se voit contraindre de partager son pouvoir et dès 1265, le Parlement se réunit :
King in Parliament -> Le roi n’existe pas sans son parlement. Ce dernier est composé de différentes entités : le roi, le
conseil privé du roi, les lords, délégués des comtés et des bourgs qui sont à l’origine de la chambre des communes
(chambre basse).

La principe de séparation des pouvoirs a été importé en France par Montesquieu avec son ouvrage L’esprit des lois
(1748). Il commence par faire un constat :  « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est
porté à en abuser : il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites ». C’est une vision pessimiste de l’homme dont il tire une
leçon : « il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir ».

2. Des origines intellectuelles

En réalité, Aristote, dans son ouvrage La Politique (Ive siècle avant JC), distinguait trois fonctions différentes dans la
cité :

• Délibérer sur les affaires publiques (législatif)

• Organiser l’autorité (exécutif)

• Rendre la justice (judiciaire)

John Locke, auteur britannique, dans son ouvrage Traité du gouvernement civil (1690) distingue trois fonctions de
l’Etat :

Faire la loi (législatif)

Exécuter les lois (exécutif)

Faire la guerre et la paix, conclure des alliances et des traités, défendre les intérêts de l’Etat (pouvoir
fédératif)

Il est le premier à préconiser une séparation en plusieurs autorités l’exercice des fonctions. Il souligne aussi la
puissance du pouvoir législatif. Pour lui, il n’y a aucune égalité entre ces pouvoirs : celui de faire les lois et le plus
important.

Ces donc sur ces bases que Montesquieu va développer sa propre théorie de séparation des pouvoirs ; Il distingue 3
puissances : législative (faire la loi et l’abroger), exécutrice (exécuter les lois, faire conduire les relations
internationales, faire régner la sécurité) et enfin la puissance de juger qui renvoie à la fonction de régler les litiges
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entre particuliers et punir les crimes. Quand on parle de séparation du pouvoir il faut distinguer le pouvoir entendu
par fonction et par organe (autorité, institution). Le pouvoir législatif renvoie à la fonction de faire les lois et de
l’organe qui est le Parlement. Dans le pouvoir exécutif on a la fonction exécutive avec organe le président et son
gouvernement. Le pouvoir judiciaire a pour fonction la justice, et comme organe l’ensemble des juges.

Le parlement a la fonction législative car la fabrication de la loi résulte d’une discussion, d’une délibération tandis
que le pouvoir exécutif est mieux exercé par une seule personne ou un petit groupe car il y a un impératif
d’efficacité. La fonction judiciaire est quand à elle mieux exercée par des magistrats professionnelles qui sont à la
fois compétents et indépendants.

On va faire en sorte que ces autorités soient nommées différemment les unes des autres. D’un point de vu
théorique, on considère qu’il y a égalité et indépendance entre les 3 pouvoirs.

Montesquieu qualifie le pouvoir judiciaire de « puissance en quelque façon nulle ». L’idée c’est que le « juge n’est
que la bouche de la loi » : il dit à l’oral ce que la loi dit à l’écrit, ce n’est pas lui qui décide, il ne fait que transcrire ce
qui est écrit dans la loi. C’est pour cela qu’en France on parle d’autorité judiciaire et non pas de pouvoir judiciaire.

B) La fonction de la séparation des pouvoirs

Cette théorie a deux utilités principales : une utilité pratique et une utilité théorique. La fonction pratique est claire :
éviter les abus de pouvoir. L’utilité théorique c’est identifier le type de régime politique. Les régimes politiques sont
classifiés en fonction des relations qui existent entre pouvoirs législatif et judiciaire.

1. Un instrument de limitation des pouvoirs

En réalité, ce principe était négatif car son premier objectif était de limiter la confusion des pouvoirs. Dans la
première constitution de 1791, il y avait une séparation beaucoup trop rigide entre le roi et l’Assemblée, et la crise
s’est résolue par la décapitation du roi. La crise de la constitution de 1795 (Régime du directoire) s’est résolue par un
coup d’état de Bonaparte.

Cette théorie ne devait pas être entendue à la lettre mais comprise dans le sens où les pouvoirs ne devaient pas être
compris dans les même mains : « tout serait perdu si le même Homme ou le même corps exerçait ces trois
pouvoirs » -> il fait référence à ce qu’il se passait dans l’ancien régime. Le régime de Vichy est un exemple de
concentration totale du pouvoir avec le Maréchal Pétain, le Premier empire (1804-1814) de Bonaparte est aussi un
exemple de régime de confusion des pouvoirs. Il arrive dans certaines hypothèses que ce soit le Parlement ou
l’Assemblée qui concentre tous les pouvoirs : c’est le régime d’Assemblée ou régime Conventionnel comme en 1792
après la décapitation du roi de France.

Ce n’est pas seulement un principe négatif mais aussi un principe relatif. En réalité, il n’y a pas de réelle étanchéité
entre les trois fonctions. En France, le pouvoir exécutif participe à la fonction législative avec les projets de lois et
inversement, le Parlement participe à la fonction exécutive, il peut ratifier les traités internationaux . Le pouvoir
judiciaire participe à la fonction législative en appliquant la loi. On emploi le mot organe pour montrer que le corps
de l’Etat est unique, les organes, malgré le fait qu’ils soient indépendants, doivent fonctionner ensemble.

Pour Eisen Mann, la théorie des pouvoirs séparés est une illusion. Pour Léon Duguit, ce principe est une théorie
théologique, donc relève de l’ordre de la croyance, et compare les trois pouvoirs à la trinité.

Montesquieu nous dit que « les trois pouvoirs doivent aller de concert » c’est-à-dire fonctionner ensemble.

On fait la distinction entre la faculté de la statuer qui est la possibilité de décider quelque chose et la faculté de
d’empêcher qui est un pouvoir négatif qui est de faire d’empêcher quelque chose, faire obstacle à l’abus de pouvoir.
Dans la fonction législatif, le Parlement est le seul organe ayant la faculté de statuer. Les deux autres organes ont
simplement une faculté d’empêcher : le juge dispose d’une faculté d’empêcher l’application de la loi si elle est
contraire à la constitution, comme le Président qui peut refuser de promulguer la loi. Chaque organe dispose d’un
pouvoir principal mais aussi de moyens d’empêcher les autres pouvoirs de fonctionner comme les contre pouvoirs :
médias (Quatrième pouvoir), syndicats (font parti des corps intermédiaires : groupes qui s’interposent entre la
population et le gouvernement, ce sont des contre pouvoirs institutionnels), ONG, Cours Européennes, Juges,

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manifestation, militaires, religieux. Ces contre pouvoirs comportent aussi deux risques principaux : ils peuvent être
anti-démocratiques et mettre en danger la démocratie et ils privilégient les intérêts particuliers et non pas l’intérêt
général.

Un outil de classification des régimes politiques

Lorsque Montesquieu et Locke ont formé leur théorie, les partis politiques n’existaient pas. Désormais les rapports
exécutif/législatif sont différents. Il y a un lien politique entre parlement et gouvernement. Le gouvernement non élu
à besoin d’un parlement pour être légitime, et un parlement composé de trop de personnes a besoin d’un
gouvernement et d’un visage pour être présenté à l’opinion public. On distingue deux modes de séparation des
pouvoirs :

• La séparation souple : donne lieu au régime parlementaire, on accepte l’idée d’une collaboration entre
l’exécutif et le législatif qui est la conséquence d’un gouvernement non élu qui dépend du parlement, ce qui
est le cas de la plupart des régimes parlementaires européens. Le gouvernement est responsable
politiquement devant le parlement. Ce dernier peut renverser le gouvernement s’il le souhaite. et la
séparation stricte.

• La séparation stricte : c’est le régime présidentiel. Il implique une indépendance très forte entre l’exécutif et
le législatif. Elle se traduit par le fait que le gouvernement n’est pas une émanation du parlement, il a sa
propre légitimité, qui rend inutile la responsabilité politique.

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Partie 2 : La pratique du droit constitutionnel
Titre 1 : la diversité des régimes politiques
On distingue principalement 2 formes de régimes politiques en fonction des rapports entre exécutif et législatif.

Section I – Le régime présidentiel


Il est considéré comme un régime de séparation strict entre législatif et exécutif.

§1. Un régime de séparation stricte des pouvoirs

A) Définition du régime présidentiel

Expression inventée en 1867 par W. Bagehot et qui a forgé cette expression peut de temps après la naissance des
Etats Unis pour décrire précisément le régime politique instauré aux Etats Unis. A l’époque, il estime que le Président
prend l’ascendant par rapport aux autres organes.

Elle est cependant source de confusion : un régime présidentiel n’est pas forcément un régime dans lequel le chef de
l’Etat est un président. Par exemple en 1791 il s’agissait d’un régime de séparation stricte des pouvoirs, le chef de
l’Etat entait un roi et non pas un président. Dans le régime instauré en 1995, le chef de l’Etat était un directoire
composé de plusieurs personnes. Un régime présidentiel n’est pas forcément un régime politique dans lequel le
pouvoir exécutif domine les autres pouvoirs. Pour finir, il ne faut pas confondre régime présidentiel et régime
présidentialiste qui sont des régimes autoritaires avec un parti unique et des assemblées minces.

2 critères de définition du régime :

• Pouvoirs exécutif et législatif sont indépendants l’un de l’autre

• Chacun a une fonction spécifique

1. L’indépendance organique

Législatif et exécutif sont deux organes indépendants, ils se font face dans les institutions (ils sont placés sur un pied
d’égalité). Le parlement est désigné de manière indépendante du pouvoir exécutif, et le chef de l’Etat ne dépend pas
du parlement pour être désigné. Le chef de l’Etat est désigné soit par l’élection soit par l’hérédité (si c’est un roi). Le
chef de l’Etat ne doit rien aux parlementaires, il dispose de sa propre légitimité, cela se traduit aussi par
l’impossibilité d’une révocation mutuelle : les parlementaires ne peuvent pas mettre fin au mandat du chef de l’Etat
et inversement. On a dans un régime parlementaire une responsabilité politique : responsabilité dans les actes
politiques (ne pas voter le budget par exemple), la sanction prononcée est de nature politique (destitution).

Aux Etats-Unis on a pas de responsabilité politique : le chef de l’Etat n’est pas responsable devant le Parlement donc
la procédure d’ «  empechement  » est de nature pénale.

Il n’y a pas de gouvernement dans un régime présidentiel : aux Etats-Unis, les ministres sont les collaborateurs
personnels du chef de l’Etat, y lui rendent personnellement des comptes, sont responsables uniquement devant le
chef de l’Etat, ce sont des secrétaires. Ils n’ont pas accès aux congrès, ne peuvent pas parler devant les
parlementaires. Il n’y a pas d’intermédiaire entre les parlementaires et le chef de l’Etat : c’est un exécutif mono
Céphale. A l’inverse, dans un régime présidentiel, le parlement ne peut pas être dissout par le chef de l’Etat, qui
dispose d’un blocage très important.

2. La spécialisation fonctionnelle

Puisque les deux pouvoirs sont indépendants d’un point de vue organique, il faut que chacun puisse exercer sa
mission de manière autonome. En principe, la fonction législative est réservée au Parlement : le chef de l’Etat n’a pas
l’initiative des lois, il ne peut proposer de nouvelles lois. De plus, ceux qui sont ministres ne peuvent pas être
parlementaire. A l’inverse, la fonction exécutive est exclusivement réservée au chef de l’Etat. En théorie, le
parlement n'a pas son mot à dire en terme de guerre, de diplomatie, de politique internationale.

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Il dispose d'un pouvoir réglementaire autonome : « executive orders ». En réalité, aucune séparation stricte ne peut
se maintenir dans le temps sans collaboration. Tous les régimes politiques qui appliquent cette séparation de façon
trop stricte disparaissent comme dans la monarchie de 1791 où on a décapité le roi.

La collaboration entre exécutif et législatif reposent sur plusieurs principes : ils doivent exercer leur pouvoir de
manière conjointe, et ils doivent disposer de moyens de pression réciproques de manière à surmonter les éventuels
blocages (checks & balances aux Etats-Unis).

B) La pratique du régime présentiel

1. La nécessité d’une collaboration entre les pouvoirs

Décision Nixon 1974 : La Cour Suprême affirme que les pouvoirs séparés n’ont pas été conçus pour agir dans une
absolue indépendance.

Un pouvoir est chargé d’une fonction en particulier (faculté de statuer) mais pour aussi avec une faculté de blocage
(d’empêcher) : le parlement est le seul à pouvoir voter la loi (faculté de statuer) mais le Président dispose d’un droit
de véto (faculté d’empêcher). A l’inverse, le chef de l’Etat est le seul à pouvoir négocier les traités internationaux
(faculté de statuer) mais le parlement doit ratifier des plus important (faculté d’empêcher). L’indépendance des
organes n’implique pas l’indépendance des fonctions.

2. L’existence de mécanismes de Check&Balances

Signifie « freins et contrepoids ». On décrit ici une machine institutionnelle qui permet de créer un équilibre entre les
pouvoirs. Ce sont des mécanismes de pression réciproque. Par exemple, le droit de véto reconnu au chef de l’Etat, le
vote du budget (moyen de pression du parlement sur le chef de l’Etat), refus des nominations présidentielles…
Contrairement à ce que son nom laisse supposer, le régime présidentiel est un régime qui donne beaucoup de
moyens de pression au parlement.

§2. L’exemple des États-Unis

Le régime présidentiel n’existe pas seulement au États-Unis : on le retrouve au Pérou, Venezuela, brésil ou encore
Libéria. La plupart de ces Etats finissent pas dériver vers un régime présidentialiste.

A) L’organisation des pouvoirs

Cette organisation a été pensée par les pères fondateurs des Etats Unis qui ont procédé aux re lectures des théories
de Locke et Montesquieu, ils ont donc mit en place une séparation stricte des pouvoirs. Les pouvoirs sont désignés
de manière autonome, et disposent chacun d’une fonction spécifique.

1. Une désignation autonome

Au moment de la constitution, on a choisit la souveraineté du peuple. Cela se traduit par la mise en place d’un
suffrage universel mais aussi l’instauration d’une République.

Le pouvoir exécutif c’est les secrétaires mais aussi et surtout le Président et le Vice-Président. Le Président est élu
pour un mandat de 4 ans renouvelable une seule fois et ce depuis le 22 e amendement (1951) parce que Roosevelt à
l’époque en était à son 4e mandat. Pour être élu, il faut être citoyen de naissance, avoir plus de 35 ans et résider sur
le territoire depuis plus de 14 ans. EN principe, il s’agit d’une élection au suffrage universel indirect et ce dans le but
de préserver les intérêts des Etats Fédérés. La campagne électorale qui débouche sur l’élection du Président est
d’une durée d’un an. Deux phases durant cette campagne électorale : la phase partisane, qui s’étend de janvier à
août et qui a pour objectif de désigner les candidats. Cette phase est interne au parti politique. Une fois les candidats
désignés, la phase institutionnelle de septembre à décembre, va permettre de désigner le président des Etats-Unis.
Dans la première phase, on a aussi un scrutin indirect : dans chaque état sont désignés des délégués. Il existe 4000
délégués pour le parti démocrate et 2000 délégués pour le parti Républicain. Au mois d’août, au sein de chaque
partie, les délégués se réunissent pour la convention nationale. Ces délégués vont alors désigner le candidat officiel
du partie. Cela se décide à la majorité absolue des suffrages exprimés pour désigner le ticket présidentiel. Ce ticket
est le binôme Président-Vice Président. Ces délégués ne décident du ticket seulement au mois d’août.
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La loi fédérale ne prévoit rien sur la désignation des délégués, ce sont les parties qui décident de la manière de faire.
Il existe donc deux modalités de désignation des délégués : tout d’abord le système des primaires qui est largement
majoritaire aujourd’hui (70% des Etats) et consiste à laisser les électeurs décider qui sera candidat officiel du partie.
La deuxième modalité est celle des caucus, qui ne fait pas appel aux électeurs : le choix des candidats se fait de
manière internet au partie. Les militants/sympathisants du partie se réunissent et décident qui est pour eux le
meilleur candidat.

C’est donc un processus à deux étages : élections des délégués par la voie des caucus ou des primaires entre juillet et
août, et ces délégués se réunissent en août au sein de la convention nationale où il élisent le binôme candidat aux
élections.

La phase institutionnelle se déroule en deux étapes. De grands électeurs sont désignés par le peuple, ils se
regrouperont dans le collège électoral et procéderont à l’élection du président des Etats-Unis. La date d’élection des
grands électeurs est unique : le mardi qui suit le premier lundi de novembre. Ces grands électeurs sont au nombre
de 538, ce qui correspond au nombre de parlementaires (nombre de grands électeurs = nombre de parlementaires
pour chaque électeur). Il s’agit d’un scrutin de liste : vote pour la liste Républicaine ou pour la liste Démocrate
(chaque liste vote pour le binôme qui lui est associé).

C’est aussi un scrutin majoritaire à un tour « winner takes all » : dans chaque Etat fédéré, un seul partie va gagner.
Cela induit une surreprésentation des Etats les plus peuples, ce sont les swing states, ils font basculer les résultats
(Californie : 55 grands électeurs, Floride : 29). Cette règle implique aussi que le partie qui ai perdu l’Etat n’y soit pas
du tout représenté.

Les grands électeurs se réunissent dans le collège électoral en décembre, le lundi qui suit le deuxième mercredi du
mois. Ils désignent en tant que tel le Président des Etats-Unis et cela se fait à la majorité absolue (270 voix). La
proclamation des résultats se fait le 6 janvier, et l'investiture du nouveau Président le 20 janvier.

Aux Etats-Unis, le congrès est l’organe qui organise le pouvoir législatif. Il est composé de deux chambres : la
chambre des représentants et le sénat.

La chambre des représentants représente le peuple américain, elle est composée de 435 membres avec une
répartition proportionnelle en fonction de la population des Etats. La mandat des députés est de 2 ans et il existe
trois conditions d’éligibilité : avoir plus de 25 ans, être citoyen américain depuis plus de 7 ans et résider dans l’Etat.
Son fonctionnement repose sur les commissions permanentes : ce sont de petits groupes de parlementaires qui sont
regroupés par thématique (affaires étrangères, affaires sociales…). Il y a une vingtaine de commissions. Cette
chambre est présidée par un speaker qui fait la police des débats, c’est en général le leader du parti majoritaire.

Le sénat représente les Etats fédérés donc il est composé de 100 membres (environ 2 par Etat). Le mandat est de 6
ans et est renouvelé par tiers. Trois conditions d’éligibilité : avoir plus de 35 ans, être citoyen américain depuis plus 9
ans et résider dans l’Etat. En théorie, la présidence du sénat est confiée au vice-président des Etats-Unis mais en
pratique c’est souvent le leader du partie majoritaire qui joue ce rôle. Le fait que le Président ne puisse couper la
parole au sénateur a donné lieu au Filibustering qui est une pratique qui constitue à parler en continu pendant des
heures pour faire obstacles à l’action du gouvernement en lisant par exemple la Bible ou l’annuaire. Le seul moyen
de mettre fin à la prise de parole de l’un d’’entre eux est un vote de la part d’au moins 60 sénateurs.

Pour les deux chambres, le scrutin est un scrutin de liste majoritaire à 1 tour ce qui implique un renforcement du
bipartisme. La fréquence des élections, en moyenne tous les deux ans, implique que les parlementaires sont
quasiment en permanence en campagne. A la moitié du mandat du Président, il y a des élections législatives
susceptibles d’induire une opposition au congrès. Cela est une conséquence de la volonté des pères fondateurs de la
démocratie américaine pour garantir la séparation des pouvoirs et renforcer l’indépendance entre le législatif et
l’exécutif.

2. Des fonctions distinctes


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A titre principal, les fonctions exécutives et législatives sont exercées de manière autonome par le congrès d’une
part et le Président d’autre part.

La fonction exécutive est d’abord confiée au Président et au vice-président des Etats-Unis. Le président dispose de
pouvoirs propres : ce sont des pouvoirs qui lui appartiennent et qu’il peut exercer de manière autonome. Il est
commandant en chef des armées, c’est lui qui négocie les traités, possède un droit de grâce, il dirige l’administration
fédérale. Le spoil system (système du dépouillement) qui consiste à renouveler quasiment intégralement les
membres de la haute fonction publique fédérale. Il est aussi le seul à pouvoir faire des propositions du budget, et il
promulgue les lois.

Le vice-président a surtout un rôle honorifique, il peut à l’occasion présider le Sénat mais surtout il a vocation a
remplacer le président en cas de vacance du pouvoir : décès, démission, destitution ou incapacité. Cela s’est déjà
produit à 9 reprises. Il est considéré comme le suppléant du Président.

Le congrès est spécialisé à titre principe dans la fonction législative, et dispose de pouvoirs extrêmement importants.
W.Wilson a qualifié le régime américain comme « régime congressionnel ». Il a le monopole de l’action législative,
les parlementaires sont les seuls à pouvoirs proposer une loi, mais aussi pouvoir la discuter et l’adopter. Les deux
chambres sont libres de s’auto organiser. De plus, il doit voter le budget et exerce une fonction de contrôle qui se
manifeste par des commissions d’enquête qui se traduisent parfois par des pratiques invalides : elles peuvent forcer
un membre du gouvernement à venir répondre à leurs questions.

B) La pratique de la séparation des pouvoirs

3 éléments expliquent la longévité du régime américain, qui sont des atténuations au caractère rigide/strict de la
séparation des pouvoirs. Il existe des techniques de dialogue entre législatif et exécutif, et la procédure
d’impeachment qui permet au congrès de faire pression sur le Président. De plus, la culture politique américaine est
une culture de compromis.

1. Les techniques de dialogue politique

Ces techniques sont des mécanismes de partage des deux fonctions.

La partage de la fonction législative : le congrès est principalement en charge de cette fonction mais le Président
peut y participer via 3 mécanismes :

• Tout d’abord, il a l’initiative législative indirecte. De plus, du fait du parlementarisme de couloir (discussions
qui ont lieu hors des hémicycles), les lois qui ont le plus de chances d’être adoptées par les parlementaires
sont celles qui ont le soutien du Président. Pour finir, chaque année, le Président s’adresse au Congrès en
prononçant un discours de politique générale (le discours sur l’Etat de l’Union) il peut donner un cap et
suggérer des propositions de loi.

• Le deuxième mécanisme dont il dispose est le droit de véto, il a la faculté d’empêcher l’entrée en vigueur
d’une loi. En principe, le Président à 10 jours pour promulguer une loi adoptée par le parlement. Mais, il a le
droit de refuser de promulguer la loi ; il renvoie le projet de loi au congrès en disant qu’il refuse et pourquoi.
Ce refus ne peut s’exercer que sur la loi entière, il n’existe pas d’item veto (véto partiel), donc soit il accepte
toute la loi soit il refuse toute la loi. Le Congrès peut surmonter le véto du Président mais à condition de
voter la loi à la majorité des 2/3. Pour renforcer son pouvoir le président a inventé le pocket veto : à chaque
fin de cession parlementaire (avant les fêtes de fin d’année), le président peut utiliser cette technique pour
refuser de promulguer la loi sans avoir à le justifier (il a « oublié » de promulguer la loi) et le parlement ne
pourra pas surmonter son veto puisque c'est la fin de cession.

• Le dernier mécanisme est le contrôle de la loi via le contrôle de la Cour Suprême. Les 9 juges de la Cour
Suprême sont nommés à vie par le Président : « ils ne démissionnent jamais et meurent rarement ». C’est la
Cour Suprême qui a décidé la fin de ségrégation raciale en 1958, et qui a reconnu le droit à l’avortement en
1973.

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A l’inverse, le Congrès participe aussi au pouvoir exécutif. Il participe au vote du budget, et peut faire pression sur le
président en refusant de le voter et donc paralyser totalement l’action de l’Etat. C’est ce qu’il s’est produit en 2013
avec le shutdown : faute de vote du budget du congrès, toutes les institutions publiques étaient bloquées et les
fonctionnaires ne recevaient plus de salaire. De plus, il peut contrôler les nominations en les approuvant à la
majorité des 2/3. Ces nominations représentent 60.000 personnes dont les secrétaires du président. Il participe aussi
à la ratification des traités à la majorité des 2/3. Pour contourner ces blocages politiques, il existe désormais les
executive agreements dont la validité a été accordé par le Cour Suprême en 1937. Le Congrès doit aussi donner son
accord en matière de guerre et ce depuis 1973 dès lors que l’intervention militaire dure plus de 60 jours. Les
commissions d'enquête ont un poids important puisqu’elles ont beaucoup de pouvoir et sont très suivies par les
médias et l’opinion publique et c’est une manière pour le Congrès de faire pression sur le Président.

2. Procédure d’impeachment

C’est une procédure de mise en cause de la responsabilité pénale des agents publics. En principe, elle n’a pas
vocation à sanctionner des fautes politiques mais pénales, la seule sanction prononcée est la destitution, et après
avoir été destituée, la personne est jugée devant les tribunaux ordinaires. Cette procédure peut toucher le Président
et tous les fonctionnaires. Plusieurs hypothèses permettent la mise en cause de ces personnes : trahison, corruption,
et autres crimes et délits.

Il y a deux étapes à cette procédure :

• La mise en accusation : elle est faite par la chambre des représentants à la majorité simple

• Jugement par le Sénat à la majorité des 2/3. Pour éviter tout conflit d’intérêt, dans ce cas là, il est présidé
non pas par le vice président mais par le président de la Cour suprême.

Cette procédure a lieu trois fois dans l’Histoire constitutionnelle américaine, mais n’a jamais aboutie à la destitution
du Président. En 1868, il a été reproché à A. Johnson son indulgence vis-à-vis des Etats du Sud qui étaient les vaincus
de la guerre de Sécession. La procédure a échoué a une voix près. En 1974, on a reproché à R. Nixon l’affaire du
Watergate, une affaire d’espionnage politique avec des moyens publiques. La procédure n’a pas aboutit puisque
Nixon a démissionné avant. En 1999, il a été reproché à Bill Clinton d’avoir eu une relation extra-conjugale avec sa
secrétaire. Cela n’a jamais abouti avec un échec au Sénat qui n’a jamais obtenu la majorité au 2/3.

Cette procédure existe dans d’autres pays comme au Brésil. L’objectif est de trouver un équilibre entre la protection
de l’exécutif, qu’il ne puisse pas être renversé facilement et la garantie de la loi, il faut éviter un sentiment
d’impunité.

3. L’influence de la vie politique américaine

C’est une particularité du régime américain, il y a quatre éléments de la vie politique qui favorisent la souplesse du
fonctionnement du régime :

• Culte de la Constitution et attachement aux valeurs démocratiques

• La structure fédérale de l’Etat favorise la division du pouvoir et évite les dérives autoritaires et va dans le
sens de la pérennité du régime

• Fréquence des élections : élections importantes tous les deux ans, ce renouvellement permanent fait qu’il y
a une alternance plus forte entre républicains et démocrates qui favorise la cohabitation. Il y a cohabitation
lorsque pouvoir et législatif ne sont pas du même partie. Le président est obligé avec une Congrès qui lui est
souvent « hostile », il y a donc toujours un équilibre entre les pouvoirs

• Structure des parties politiques : les clivages politiques sont très différents de ce qu’il se passe en Europe. Il y
a le bipartisme, mais ils ont un contenu politique différent en fonction des Etats concernés, il y a un clivage
Nord (libéraux) / Sud (conservateurs). Plutôt qu’une majorité partisane, on constitue une majorité d’idée (E.
Faure), il n’y a donc pas de discipline parlementaire
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Section II – Le régime parlementaire
Le premier à s’être développé historiquement, et contrairement au régime américain, c’est un régime né de la
pratique avant d’être pensé. Il est né en Angleterre. En France deux auteurs l’ont théorisé : Chateaubriand et B.
Constand. C’est le régime politique le plus rependu dans le monde mais se décline de façon différente selon les
Etats.

§1. Un régime de séparation souple des pouvoirs

A) La définition du régime parlementaire

C’est un faux-ami, dans un régime parlementaire, le parlement n’est pas forcément prédominant, c’est même
souvent l’inverse.

On peut retenir deux critères de définition du régime parlementaire : existence d’un exécutif bicéphale et existence
d’une collaboration entre les pouvoirs.

1. Un exécutif bicéphale

Les deux têtes du pouvoir exécutif sont le chef d’Etat et le chef de gouvernement qui peut être le premier ministre
(France), chef de cabinet, chandelier (Allemagne). Ces deux figues jouent un rôle différent : le chef d’Etat assure la
permanence et la continuité de l’Etat tandis que le chef de gouvernement dirige la politique du pays, c’est aussi un
intermédiaire entre chef d’Etat et gouvernement, il dirige la politique de la nation. L’apparition d’une deuxième
figure d’autorité est liée à la naissance du régime en Angleterre.

A l’origine en Angleterre seul le conseil privé était aux côtés du roi. Il était composé de seigneurs et de nobles qui
accompagnait le roi dans la gouvernance du pays mais ils défendaient avant tout leurs propres intérêts et
notamment en matière fiscale. En conséquence, le roi se méfiait de ce conseil et des recommandations qu’ils
pouvaient lui faire. Il va donc, à partir du XVII, réunir d’autres conseillers qu’il choisit lui-même pour l’aider à gérer
les affaires de l’Etat. Ils vont prendre l’habitude de se réunir régulièrement, c’est ce qui va donner naissance au
cabinet. Ce cabinet est devenu indépendant en 1721 à la suite du couronnement de Georges 1 er qui ne parle pas
anglais mais allemand et il va donc nommer quelqu’un pour le représenter au réunion du cabinet : Lord Robert
Walpole qui est donc le premier 1er ministre de l’histoire britannique. Mais, jusqu’en 1937, le 1 er ministre n’avait
aucune existence officielle.

Au fil du temps, ce cabinet autonome est devenu politiquement responsable. Cette évolution a été progressive et
non réfléchie. A l’origine, le roi était irresponsable de ses actes mais pour autant, il existait une responsabilité
individuelle des ministres. Cette responsabilité ministérielle était la procédure d’impeachment en deux étapes (mise
en accusation par la chambre des communes puis jugement par la chambre des Lords) et avec comme peine
emprisonnement, exil, peine de mort. On prévoyait donc des sanctions pénales mais sans préciser pour quelle faute.
En 1742, le premier 1er ministre est menacé de cette procédure pour des raisons politiques et démissionne, qui
admet par la même qu’il doit rendre des comptes aux Assemblées parlementaires. En 1768, cela a été renouvelé par
William Pitt l’Ancien : c’est la naissance de la responsabilité politique des ministres au Royaume-Uni. En 1782, la
responsabilité politique devient collective. Face à une menace d’impeachment pesant sur l’un de ses ministres, Lord
North, chef de cabinet, annonce la démission collective du cabinet au nom de la solidarité gouvernementale. On
passe donc d’une responsabilité pénale individuelle à une responsabilité politique collective.

Puisque le roi n’est pas responsable mais que les ministres le sont, ils vont tous signer à côté du roi sur tous les actes
qu’il prend (pour assumer la responsabilité des actes royaux): c’est la procédure de contreseing. En assumant la
responsabilité des actes du roi, les ministres vont s’approprier son pouvoir, ils deviennent co-décisionnaires.

Aujourd’hui, le chef de l’Etat reste politiquement irresponsable, il est intouchable et ne peut pas être renversé.

Il existe plusieurs modalités de la mise en cause de la responsabilité politique du gouvernement : l’investiture (le
gouvernement demande un vote favorable au Parlement au début de son mandat, et si il est refusé, le
gouvernement démissionne), la question de confiance (le gouvernement demande au Parlement si il lui accorde sa
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confiance). Il existe un autre mécanisme à l’initiative du parlement – la notion de censure – qui lui permet de voter
pour tenter de renverser le gouvernement.

En France, il existe 3 mécanismes regroupés à l’art. 49 de la Constitution : la question de confiance (se fait à la
majorité simple), la motion de censure (1/10 des parlementaires doivent être d’accord pour enclencher la
procédure, puis délai de 48H de réflexion entre le dépôt de cette motion et le vote qui se fait à la majorité absolue)
ainsi que le vote bloqué (le gouvernement fait passer une loi en force sauf si le parlement vote une motion de
censure).

En contrepartie de cette responsabilité politique du gouvernement, il existe le droit de dissolution : fait de pouvoir
mettre un terme au mandat des parlementaires dans leur ensemble ce qui provoque des élections anticipées. En
principe ce pouvoir s'exerce sur la Chambre basse.

Ce droit de dissolution vient aussi d’Angleterre. En 1784, W. Pitt, chef de cabinet, est en conflit avec le parlement et
demande au Roi d’Angleterre de dissoudre la chambre des communes. C’est la première fois que le droit de
dissolution est mis en œuvre. L’objectif de W. Pitt est de provoquer des élections, pour que le peuple tranche le
conflit : soit il donne raison aux parlementaires dissous, soit au gouvernement. Parfois, ce droit a été utilisé pour
écraser l’Assemblée et instaurer un régime autoritaire comme Charles X en 1830 en France.

2. Une collaboration fonctionnelle

La collaboration entre pouvoirs est caractéristique des régimes parlementaires et est forcée par une forme
d’équilibre de la Terreur. En principe, le pouvoir exécutif a toujours la majorité puisque sinon il risque d’être
renversé.

Elle se manifeste par quatre indices supplémentaires : le contreseing, les ministres disposent d’un droit d’accès au
parlement, le partage de l’initiative législative (gouvernement et parlement peuvent proposer de nouvelles lois),
possibilité de cumuler les fonctions de ministre et de parlementaire.

B) La pratique du régime parlementaire

1. Les variantes du régime parlementaire

On distingue deux grands types ; les régimes monistes et dualistes.

Un régime parlementaire moniste est un régime politique dans lequel le gouvernement est politiquement
responsable seulement envers le parlement. C’est l’hypothèse dans laquelle le chef d’Etat a peu de pouvoir et peu
de légitimité : il n’a que des fonctions honorifiques ou symboliques . Seul le Parlement a suffisamment de poids
politique pour peser sur le gouvernement. Malgré l’existence de deux têtes à l’exécutif, le chef de l’Etat est
totalement effacé donc il n’y a qu’un seul lien entre le chef du gouvernement et de chef de parlement. Il est
majoritaire en Europe (Royaume-Uni, Espagne, Allemagne…). Ce régime a été théorisé en France par Adolph Thiers :
un roi règne mais ne gouverne pas.

Dans un régime dualiste, le gouvernement est politiquement responsable à la fois devant le Parlement et le
président/chef d'Etat, ceci renvoie à un double degré de responsabilité. Donc, le chef d’Etat a beaucoup de pouvoir
et de légitimité, son droit de regard sur le choix du gouvernement est conséquent. C’est le modèle qui s’applique en
France et au Portugal. Cela a été théorisé par Guizot, le chef de gouvernement du Roi Louis-Philippe : le trône n’est
pas un fauteuil vide (1830).

2. Les dérives du régime parlementaire

Il y une collaboration forcée des pouvoirs : l’équilibre des pouvoirs reposent sur la menace d’une révocation
mutuelle. Parfois, un déséquilibre se crée, il peut bénéficier au législatif (Régime d’Assemblée) ou à l’exécutif
(Régime semi-présidentiel).

Le régime d’assemblée est un régime politique caractérisé par la toute puissance du législatif, l’exécutif ne pouvant
plus agir en principe. Ce régime existe lorsque le droit de dissolution n’est plus utilisé donc le gouvernement est sans
cesse renversé. Sous la IIIe république en France, le droit de dissolution était beaucoup trop encadré, et n’a plus été
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utilisé : les pouvoirs sont donc déséquilibrés au profit des parlementaires. On parle à ce moment là de souveraineté
parlementaire. Cela est renforcé par le mode de scrutin proportionnel.

Un régime semi présidentiel est un régime parlementaire conférant une grande légitimité et des pouvoirs
importants au chef de l’Etat. Cette qualification est actuellement employée en France. Au cours des IIIe et Ive
République en France, le régime parlementaire a dérivé vers un régime d’Assemblée, et c’est pour éviter un retour à
ce régime qu’on a instauré un régime semi présidentiel. Le chef de l’Etat est élu au suffrage universel direct, et des
pouvoirs importants lui ont été accordés. On a aussi instauré toute une série de mécanismes de parlementarisme
rationnalisé : il y aurait l’idée de rationnaliser le régime parlementaire donc limites les excès, les dérives… On
retrouve l’encadrement de la motion de censure avec le fait d’imposer un délai de 48H. Cela a pour but de limiter le
recours à la censure par les parlementaires : on a donc un affaiblissement des assemblées parlementaires.

§2. L’exemple du Royaume-Uni

A) L’organisation des pouvoirs

Le régime parlementaire britannique se caractérise par deux éléments : d’une part, un gouvernement à double
visage et d’autre part un parlement bicaméral.

1. Un gouvernement à double visage

En Angleterre le roi tient ses fonctions de l’hérédité, c’est-à-dire de sa naissance et il est totalement irresponsable.
De ce fait, ses prérogatives sont limitées. Il exerce des fonctions honorifiques : la reine incarne la continuité de l’Etat
avec les cérémonies officielles. Elle dirige aussi l’Eglise anglicane et est à la tête de Commonwealth. Elle dispose
également d’un droit de grâce.

La plupart des pouvoirs de la reine sont en réalité exercé par le premier ministre comme la nomination des membres
du cabinet. Le discours du trône est prononcé par la reine au moment de l’ouverte de la session parlementaire début
octobre. De plus, la Reine n’est pas libre de sa décision : le choix du premier ministre.

Les britanniques sont extrêmement attaché à leur monarque qui obéit à un principe de neutralité politique. Il ne
participe pas aux réunions du cabinet et ne donne pas son opinion dans les médias. C’est une figure très présente en
Angleterre mais seulement de manière culturelle et symbolique.

Le gouvernement joue donc un rôle de premier plan dans l’exercice du pouvoir exécutif. En France, ce
gouvernement est composé de 3 étages : on a d’abord le ministère composé d’environ 100 personnes, toujours
choisit parmi les parlementaires. Ensuite, on a la cabinet, composé de 20 membres et est une émanation d’une
partie du ministère. Les membres du cabinet sont les ministres les plus importants (justice, finance, affaires
étrangères). Pour finir, le 1er ministre est le leadeur de la majorité parlementaire. Ses pouvoirs sont très importants
car c’est lui qui nomme les autres ministres, il conduit la politique de la nation, il dirige l’administration.. Il a aussi le
droit d’initiative des lois et en pratique 90% des lois sont écrites par lui ou ses collaborateurs. Il aussi le monopole de
l’initiative du budget.

2. Un parlement bicaméral

Le pouvoir législatif est exercé par deux chambres qui disposent de pouvoirs très importants : « le parlement peut
tout faire sauf changer un homme en femme ». On estime que le parlement est tout puissant.

La chambre des communes est la chambre basse, composée de 650 députés ayant un mandat de 5 ans. Le scrutin est
uninominal majoritaire à 1 tour.

Cette chambre est présidée par un speaker qui dispose de pouvoirs très importants pour réguler les débats. De plus,
elle a un pouvoir très important en matière législative, a un fonction de pouvoir de contrôle du gouvernement, elle
vote le budget et c’est la seule à pouvoir renverser le gouvernement. En contrepartie, c’est aussi la seule a pouvoir
être dissoute.

La chambre des Lords a une légitimité beaucoup moins grande qui se traduit pas une réduction, au fil du temps, de
ses pouvoirs. En effet, elle représente l’aristocratie britannique. Elle comporte 850 membres appelés Lords ou Pairs.
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Historiquement, on retrouve deux types de membres : les religieux et les non religieux (Lors). Certains Lords étaient
nommés à vie par le roi, d’autres étaient héréditaires, et enfin les Lords judicaires (« Law lords ») qui étaient au
nombre de 12 et qui jouaient un rôle de Cour Suprême. A l’époque contemporaine, plusieurs réformes ont été
menées pour démocratise cette composition de la chambre des Lords. En 1999, on a supprimé les Lords héréditaires.
En 2005, on supprime les law Lords et on crée une Cour Suprême britannique. Cependant, les membres sont
toujours nommés à vie et il y a toujours les Lords ecclésiastiques. On a aussi en parallèle diminuer de manière
drastique les pouvoirs donnés à la chambre des Lords et ce par le Parliament Act de 1911 et 1949. Pour l’adoption
des lois, la chambre des Lords ne possède qu’un droit de veto suspensif et dure maximum 1 an. Donc son seul
pouvoir est de pouvoir retarder l’adoption d’une loi. Une matière de budget, elle peut seulement bloquer le budget
pendant un mois. Depuis 1832, la chambre des Lors n’a plus le pouvoir de renverser le gouvernement.

B) La pratique de la séparation des pouvoirs

Trois évolutions majeures ont joué sur le fonctionnement du régime.

1. L’évolution de la responsabilité ministérielle

Il existe 3 modalités de remise en cause de la responsabilité du gouvernement qui se font toutes à la majorité
absolue des membres (326 voix).

La première modalité correspond à la motion de censure qui est à l’initiative du parlement. Elle peut se faire par le
refus de voter le budget : si la chambre des communes refusent de voter le budget, cela implique la démission du
gouvernement. Cela est très symbolique puisque le cabinet à un monopole pour le vote du budget. La dernière
modalité correspond au refus de voter l’adresse : c’est une réponse des parlementaires au discours du trône, elle
correspond à un vote de confiance.

Cette remise en cause dans l’époque contemporaine n’intervient jamais donc cela tombe en désuétude. Cela est une
conséquence du fait que le gouvernement a toujours une large et stable majorité. Cette majorité est renforcé par le
mode de scrutin. Aujourd’hui, le gouvernement est plus responsable envers son parti politique qu’envers le
parlement qui ne cherche plus à le renverser.

2. La métamorphose du droit de dissolution

Auparavant, le premier ministre était totalement libre de demander au roi de dissoudre la chambre des communes à
n’importe quel moment.

Le 15 septembre 2011, on réforme prévoit que la dissolution n’est plus possible sauf dans deux cas : si la chambre
des communes le demande elle-même (c’est une forme d’autodissolution). Cette demande ne peut être faite qu’à la
majorité des 2/3. Autre hypothèse : la chambre des communes a renversé un gouvernement et elle ne parvient pas à
proposer un nouveau gouvernement dans les 14 jours il y a une dissolution automatique.

En pratique, on utilise plus la motion de censure ni le droit de dissolution.

3. Les singularités de la vie politique britannique

Il y a trois éléments caractéristiques de la vie politique au Royaume-Uni : le bipartisme (deux partis politiques
dominent la vie politique) avec les travailleurs et les conservateurs. Le partie conservateur est l’héritier des Tories
qui étaient les défenseurs du pouvoir royal au XVIIIe siècle. Le partie travailliste, le Labour, est un partie qui a été
crée en 1906 avec le soutien des syndicats. Ce clivage politique est désormais totalement remis en cause par le
Brexit avec la division entre ceux qui lui sont favorables et ceux qui souhaitent rester dans l’UE.
Le gouvernement de cabinet : le cabinet domine la vie politique au Royaume-Uni. Cela est expliqué par le fait que la
motion de censure n’est plus utilisée, donc le gouvernement n’a plus de risque d’être renversé. De plus, le
gouvernement à une majorité très claire du fait du mode de scrutin. Le dernier élément est le statut donné à
l’opposition : dans tous les régimes elle a vocation a remplacer le pouvoir en place. Pour exister, elle critique l’autre
partie et doit faire des contre propositions. Au Royaume-Uni, le bipartisme implique que l’opposition est unique et
donc donne un poids considérable à l’opposition et donc le Royaume-Uni a donné un statut très protecteur à

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l’opposition : elle a un droit d’être informée et d’établir l’ordre du jour à la chambre des communes. Des moyens
humains et financiers lui sont aussi dédiée Le Shadow cabinet est le cabinet au sein de l’opposition.

Titre 2 : Les expériences constitutionnelles françaises


La France a expérimenté un grand nombre de régime politique. Après la Révolution, on a connu une grande
instabilité constitutionnelle et politique. Cette instabilité est attribuée à l’idéalisme français car à vouloir créer le
régime idéal mais non praticable.

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Il y a eu des régimes de confusion totale des pouvoirs mais aussi des régimes de séparation des pouvoirs qui peuvent
être eux-mêmes séparés entre séparation souple et séparation stricte. Il y a eu un mouvement de balancier entre
différents régimes politiques

Section I – La mise à l’épreuve de la séparation des pouvoirs après la révolution


Du point de vue de la séparation des pouvoirs on peut distinguer deux grandes périodes : 1789-1814. Cette période
se caractérise par une alternance entre des régimes de confusion des pouvoirs et des régimes de séparation stricte
des pouvoirs. La seconde période s’étend de 1814 à 1870 et elle se caractérise par une émergence lente du
parlementarisme.

§1. Une alternance des régimes de confusion des pouvoirs et de séparation stricte des pouvoirs

La révolution a eu pour objet de faire table rase du passé et de rompre avec la monarchie absolue. A cette occasion,
on redécouvre la théorie de la séparation du pouvoir et les révolutionnaire veulent la mettre en pratique : c’est la
naissance du constitutionnalisme, c’est-à-dire l’idée qu’un simple texte peut suffire à limiter les pouvoirs. Le
problème est que les régimes qu’ils instaurent sont caractérisés par une séparation trop stricte entre les pouvoirs et
cela implique une impossibilité de surmonter les conflits et les bocages de la vie politique. Les régimes concernés
chutent et débouchent sur l’instauration d’un régime de confusion des pouvoirs.

La monarchie constitutionnelle de 1791 à 1792 : légitimité distincte de l’exécutif et du législatif, monopole de


l’initiative législative revient aux parlementaires. Pas de responsabilité politique et pas de dissolution possible.

La convention 1792-1793/4 : régime de confusion des pouvoirs au profit d’un petit groupe d’hommes.

Le directoire 1795-1799 : caractérisé par une division extrême des pouvoirs et de manière même extrême à
l’intérieur des pouvoirs, pas de responsabilité politique ni de dissolution possible et l’exécutif n’a pas l’initiative des
lois. La constitution est beaucoup trop difficile à modifier et le régime s’effondre par un coup d’état de Napoléon
Bonaparte.

Le consulat 1799-1804 : l’exécutif concentre entre ses mains tous les pouvoirs,, il maîtrise la fabrication des lois,
contrôle de manière très stricte la justice, il a un droit de dissolution mais pas de responsabilité politique en contre
partie. Caricature de ce régime dans le cadre du premier Empire en 1804 qui est une aggravation de la confusion des
pouvoirs.

§2. L’émergence du régime parlementaire

En France, le régime parlementaire est apparu de manière très timide et très progressive, suite à l’échec de la
séparation stricte des pouvoirs. Il est apparu dans la pratique avant d’être consacré par les textes constitutionnels.
L’apparition de régime parlementaire ne s’est pas faites de manière linéaire et continue mais plutôt par des actes,
des mouvements vers l’avant et vers l’arrière.

4 régimes politiques sont concernés :

1814-1830 : première restauration

1830-1848 : seconde restauration

1848-1852 : seconde république

1852-1870 : second Empire

Le point commun entre ces quatre régimes est qu’il ne s’agit pas de régimes parlementaires mais à certains moment
la pratique s’en est rapprochée. On observe des avancées vers la démocratie, mais aussi des retours en arrière vers
des régimes plus autoritaires.

 Première restauration par la charte du 4 juin 1814 : il y a dans ce régime constitutionnel une ébauche de
pratique parlementaire. Il y a une assemblée parlementaire élue (chambre des députés), les ministres
doivent rendre des comptes à cette assemblée, il y a un droit de dissolution qui bénéficie au roi, il y a un

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accès des ministres à l’Assemblée et enfin les fonctions de ministre et parlementaire sont compatibles. Ce
n’est pas un régime démocratique car on met en place une souveraineté royale et non pas nationale et le
suffrage est censitaire. Dans la pratique politique le système est déséquilibré au profit du roi : il s’approprie
la fabrication des lois (monopole de l’initiative), il doit consentir à tous les amendements parlementaires et il
a aussi un droit de véto. De plus, il dispose de pouvoirs exceptionnels : il peut légiférer par voix
d’ordonnance en dehors de tout débat parlementaire. Il manque quelques aspects parlementaires
essentiels : la responsabilité politique des ministres qui n’est que pénale et individuelle, le droit de
dissolution par voix de conséquence n'est pas une contre partie de cette responsabilité politique. Mais, la
pratique politique se rapproche d’un régime parlementaire. Cela se voit par la formation d’un cabinet avec
un chef à sa tête. Le président du conseil est chargé des relations avec le parlement et c’est lui qui essuie les
critiques à la place du roi. De plus, la dissolution n’est utilisée que lorsqu’il y a un conflit entre le cabinet et le
parlement. Enfin la technique de l’adresse : il y a un discours du trône au moment de l’ouverture de la
session parlementaire et en réponse ils votent l’adresse au roi. Cette adresse comporte des observations,
des recommandations mais aussi des critiques envers la politique du cabine. En 1821, Les parlementaires
critiquent Richelieu, président du conseil qui démissionne. Il n’y a pas de véritable responsabilité politique
car le cabinet n’est pas obligé de démissionner mais on pause le principe d’un lien de confiance entre le
cabinet et le parlement. Il y a une rupture dans la pratique politique avec l’arrivée de Charles X en 1824 : il va
s’approprier la fabrication des lois, porte atteinte aux droits et libertés et surtout il va utiliser le droit de
dissolution à des fins autoritaires. Ce régime va se terminer par une révolution en juillet 1830.

 Seconde restauration : on assiste à une démocratisation puisqu’on passe d’une souveraineté royale à une
souveraineté nationale. De plus, l’initiative des lois est partagée, l’accord du roi pour faire appliquer la loi est
supprimé. C’est la pratique qui se rapproche du régime parlementaire. Le droit de dissolution n’est appliqué
qu’en cas de conflit entre le gouvernement et le parlement. 3 techniques se développent pour instaurer un
dialogue entre gouvernement et parlement : l’adresse, la question de confiance et la technique de
l’interpellation. D’un point de vue juridique, le gouvernement n’est pas obligé de démissionner, c’est
seulement dans la pratique qu’il s’oblige à le faire (c’est l’ancêtre de la notion de censure). Pour les
républicains, qui sont de plus en plus nombreuse, l’ensemble de ces instruments conservent encore une
place trop grande pour le roi. Une nouvelle révolution a lieu : c’est la journée parisienne du 24 février 1848.

 Seconde République : parenthèse où le président est directement élu par le peuple, il n’y a pas de droit de
dissolution et pas de responsabilité politique du gouvernement. Elle se termine par un coup d’état.

 Second Empire : au cours du second empire, on observe à nouveau l’émergence d’un certain
parlementarisme. Au début, il s’approche du régime autoritaire du premier empire, puis s‘élargit vers un
régime parlementaire avec le retour du cabinet. En 1860, il y a un élargissement du droit d’amendement
ainsi qu’un retour de l’adresse. En 1867, l’interpellation remplace l’adresse. A compter de 1869, plusieurs
signes montrent un rapprochement de régime parlementaire, partage de l’initiative des lois, droit d’accès
aux chambres pour les ministres… En 1870, on cherche à adopter une nouvelle constitution qui va permettre
d’adopter un régime parlementaire en France. La défaite de Sedan marque la fin du Second Empire. La
troisième république est proclamée en 1870. Cet épisode marque la fin d’un long processus de maturation
du régime parlementaire en France.

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