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DIMANCHE 12 - LUNDI 13 MARS 2017

LES ENJEUX ÉCONOMIQUES DE LA PRÉSIDENTIELLE

Trente-six ans de hausse continue

Dette de l’Etat Dette des administrations

Les candidats
(1 722,6 milliards d’euros) 2 160,4 de sécurité sociale
(228,5 milliards d’euros)
milliards d’euros
de dette publique Dette des administrations
au 3e trimestre publiques locales
2016 (192,9 milliards d’euros)

face au fardeau
Dette des organismes divers
d'administration centrale
(16,5 milliards d’euros)

Signature du traité de Maastricht

de la dette publique
(7.02.1992)

20,8 %
Valéry
Certains promettent de réaliser des milliards Giscard
d’Estaing François Mitterrand
d’euros d’économies, d’autres privilégient
l’investissement. Tour d’horizon de mesures 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2

parfois douloureuses, souvent imprécises C’est la dernière fois que la France a enregistré Un endettement plus élevé que la moyenne de la zone euro
un budget excédentaire, avec un solde positif :
1974 8,5 milliards de francs de l’époque, soit un peu COMPARAISON DES DETTES PUBLIQUES, EN % DU PIB, EN 2016

C’
plus de 6,4 milliards d'euros d'aujourd'hui, et Allemagne 68,2
est l’un des premiers dos- croissance pour réduire le déficit autant que
l’équivalent 0,1 % du PIB.
siers brûlants que le pro- les rentrées fiscales le permettaient. Résultat : Royaume-Uni 88,6
chain gouvernement de- la France est entrée dans la crise de 2007 avec 91,5
C’est le montant de la charge de la dette Zone euro
vra traiter. Passé les légis-
latives, il lui faudra peaufi-
un déficit public de 2,5 % du PIB. Et la baisse
des recettes qui a suivi, engendrée par la ré-
41,8 (paiement des interêts) prévu pour 2017. Il s’agit France 96,4
milliards de l’équivalent de l’enveloppe consacrée à la
ner la trajectoire des cession, a creusé un peu plus encore la dette. d’euros défense. Espagne 99,7
finances publiques promise par le candidat
élu. Alors que notre dette publique s’établis- Etats-Unis 108,2
sait à 97,5 % du PIB au troisième trimestre Pourquoi faut-il le réduire ? de notre dette est détenue par des étrangers. Italie 132,8
Sur les 39,9 % restants, 18 % sont aux mains des
2016, soit sept points de plus que la moyenne
de la zone euro, le défi est double.
En théorie, les traités européens exigent que
nous ramenions progressivement la dette
60,1 % assureurs français, 7,7 % appartiennent aux banques
Grèce 179,7
Le futur président devra d’abord rassurer publique à 60 % du PIB. Mais qu’en disent les tricolores. Japon 250,4
les investisseurs et surtout nos partenaires économistes ? « Il n’existe aucun seuil à partir
de la zone euro sur sa volonté de respecter les duquel une dette devient tout à coup insoute-
règles budgétaires communes. Et ce, même nable », explique Jérôme Creel, économiste à
s’il projette d’entamer des négociations pour l’Observatoire français des conjonctures éco-
les rendre plus souples. Mais sa grande mis- nomiques (OFCE). En témoigne l’exemple du
Derrière Comment y parvenir ? 64 ans, permettrait de stabiliser la dette pu-
sion sera de garantir la résilience de notre Japon, dont l’endettement dépasse les 250 %. « Je ne laisserai pas mon pays partir en faillite », blique au niveau actuel : c’est probablement
modèle social, en préservant la capacité de « La soutenabilité dépend de critères comple- le débat assure le candidat des Républicains, François le domaine où nous avons le plus de marge
notre pays à le financer. Car derrière le débat xes, tels que l’écart entre la croissance du pays Fillon. Il promet 100 milliards d’euros d’éco- de manœuvre », suggère Patrick Artus, chez
parfois théorique sur la dette, les taux et les et ses taux d’emprunt, la capacité du gouverne-
sur la dette, nomies sur cinq ans, notamment en sup- Natixis. Faut-il aller plus loin ? Là aussi, cela
contraintes européennes, c’est bien la survie ment à dégager des excédents, sa crédibilité ou les taux et primant 500 000 postes de fonctionnaires. relève du choix politique – voire même, de
de l’Etat-providence français qui est en jeu. encore le niveau de chômage », ajoute François Emmanuel Macron vise 60 milliards d’euros société. Car un petit coup de rabot sur toutes
Ecalle, ancien conseiller maître de la Cour
les contraintes d’économies. Marine Le Pen espère économi- les dépenses, comme nous l’avons beau-
Pourquoi l’endettement des comptes, aujourd’hui rédacteur du site européennes, ser la même somme en promettant une série coup fait ces dernières années, risque désor-
d’analyse des finances publiques Fipeco. de réformes aux contours flous. mais de dégrader la qualité des services pu-
public a-t-il autant monté ? Au regard de ces critères, le cas français est
c’est la survie Dans le détail, plusieurs leviers permet- blics plus qu’autre chose. En témoigne l’état
Depuis 1980, où elle ne représentait que plutôt rassurant, estime-t-il. Nous ne som- de l’Etat- tent de réduire la part de l’endettement dans dramatique de l’hôpital.
20,8 % du PIB, la dette publique tricolore ne mes pas au bord de la faillite. « Mais cela ne le PIB : la croissance, ingrédient le plus es- De véritables économies exigeraient des
cesse d’augmenter. « Ce phénomène s’observe veut pas dire que la dette peut continuer à se
providence sentiel, d’abord. L’inflation, ensuite, qui ac- choix radicaux, comme ceux qu’ont faits les
également dans la plupart des pays dévelop- creuser indéfiniment », prévient M. Creel. Si qui est en jeu célère le désendettement, mais peut se révé- Suédois. A la fin des années 1990, ils ont
pés », souligne Anne-Laure Delatte, écono- nous ne sommes pas vigilants, nous ris- ler coûteuse pour le pouvoir d’achat. Vien- revu à la baisse le périmètre de l’Etat en pri-
miste au Centre d’études prospectives et d’in- quons d’assister un jour ou l’autre à un effet nent ensuite la baisse des dépenses publi- vatisant des pans entiers de services publics
formations internationales (Cepii). La cause ? boule de neige, ce point de bascule où les in- ques – à 57 % du PIB, celles de la France sont (poste, rail, électricité) et converti les admi-
Chaque année, nos dépenses publiques (fonc- vestisseurs, doutant soudain de la capacité les plus élevées de la zone euro après la Fin- nistrations restantes aux méthodes du
tionnement de l’Etat, des administrations pu- de l’Etat à rembourser, relèvent leurs taux lande – ou la hausse des prélèvements obli- privé… Une révolution culturelle bâtie sur
bliques locales et des administrations de Sé- d’intérêt. Ce qui accélère les difficultés de gatoires – mais comme ils représentent déjà un fort consensus entre les partis. Savoir s’il
curité sociale) sont un peu supérieures à nos remboursement, et risque de provoquer, à 45 % du PIB, difficile d’envisager une hausse. est souhaitable et possible de la transposer
recettes. Le dernier budget excédentaire re- terme, un défaut de paiement… Quelle est la méthode la plus efficace ? Il n’y en France est un débat délicat.
monte à… 1974. Pour combler cet écart, nous La France a donc tout intérêt à au moins a bien sûr pas de consensus en la matière. Quant aux collectivités, s’il existe des pis-
avons donc emprunté sur les marchés, ce qui stabiliser la dette au niveau actuel. Voire la Les keynésiens prônent la hausse des inves- tes d’amélioration de la productivité, l’in-
a peu à peu creusé notre dette. réduire, défendent les économistes libé- tissements publics. En stimulant la crois- dispensable chantier du millefeuille terri-
Mais ce n’est pas tout. « Un tiers de la hausse raux, afin d’alléger le fardeau pour les géné- sance, ils permettent selon eux de regonfler torial nécessiterait une réforme d’ampleur
du ratio d’endettement observé entre 1978 et rations futures, ne pas s’exposer aux hu- les recettes publiques et donc de stabiliser la politiquement difficile à mener.
2008 est l’héritage de l’explosion des taux meurs des marchés et retrouver des marges dette : c’est le projet de Jean-Luc Mélenchon.
d’intérêt observée au début des années 1980 », de manœuvre pour investir. L’argent consa- Réduire le niveau de dépenses publiques, Faut-il craindre
ajoute Bruno Tinel, économiste à Paris-I-Pan- cré chaque année au versement des intérêts comme le défendent plutôt les centristes et
théon-Sorbonne. En outre, les gouverne- – environ 42 milliards d’euros – et aux nou- les libéraux, peut avoir un effet récessif à la hausse des taux ?
ments successifs, de droite comme de gau- veaux emprunts pourrait être consacré à court terme. « Baisser les dépenses de retrai- Depuis août 2016, les taux français à dix ans,
che, n’ont jamais profité des périodes de forte des projets plus productifs. tes, en augmentant l’âge de départ de 62 à suivant la tendance de l’ensemble des pays

FRANÇOIS FILLON BENOÎT HAMON MARINE LE PEN


La doctrine du candidat Les Républicains est résumée Le candidat du PS plaide pour un « moratoire sur le La candidate du Front national (FN) entend « faire
sur son site : « Je ne laisserai pas mon pays partir pacte de stabilité », qui régit les trajectoires de finances diminuer progressivement le déficit public à compter
en faillite ! » Il envisage des coupes claires d’une publiques des Etats membres. Et ce, afin de concevoir de 2019, après un effort significatif en 2018 [où
centaine de milliards d’euros durant le quinquennat un « nouveau traité [qui] exclura les dépenses ce ratio plongerait à 4,5 %] ». Le déficit serait ainsi
(réduction du poids du secteur public, « effort » d’investissement du calcul du déficit et introduira ramené à 1,3 % en 2022. « Parallèlement, la dette
des collectivités territoriales, retraite à 65 ans…), une logique de coordination et de coopération entre publique diminuera de près de huit points sur la
pour ramener le budget à l’équilibre en 2022. Etats pour tenir compte du cycle économique ». durée du quinquennat, pour atteindre 89 % du PIB ».

Analyse En matière de déficit public, les prévisions du programme Analyse La rénovation des traités européens est un impératif pour Analyse Mme Le Pen n’explique pas précisément comment elle compte
de M. Fillon ont déjà varié plusieurs fois. L’onglet « dette publique » M. Hamon, qui souhaite mettre en place un plan d’investissement arriver à ces niveaux de déficit et de dette. Elle y mentionne pêle-mêle
de son projet indique que « le déficit total restera très probablement européen de 1 000 milliards d’euros. L’Assemblée de la zone euro des « économies sur la gestion de la Sécurité sociale, sur la fraude sociale
au moins égal à 4,5 % du PIB d’ici à 2017 », mais le cadrage a déjà qu’il propose aurait d’ailleurs « pour mission de débattre publiquement et l’évasion fiscale (…), sur l’Union européenne, sur l’immigration (…),
été remanié deux fois. Dans sa dernière note datant du 23 février, et de décider du budget de la zone euro, mais aussi (…) des cibles à sur la réforme institutionnelle (…) et sur la délinquance », qui permet-
l’équipe de campagne prévoit désormais un déficit de 3,7 % en 2017, adopter dans la réduction des déficits », a indiqué le candidat PS (qui traient de dégager la somme impressionnante de « près de 60 milliards
et de 3,5 % l’année suivante. Ces revirements font peser des doutes vise une mutualisation des dettes nationales) au Monde daté vendredi d’euros » sur le quinquennat. Le tout « couplé à une croissance éco-
sur la crédibilité de la trajectoire budgétaire du candidat. Les obser- 10 mars. S’il semble avoir mis en sourdine l’idée, évoquée le 27 février nomique retrouvée », indique la candidate. Ses hypothèses semblent
vateurs s’interrogent aussi sur la capacité de l’économie française sur France Inter, de « ne pas rembourser » la dette française, M. Hamon très ambitieuses, avec une hausse du PIB à plus de 2 % dès 2018.
à résister au traitement de cheval que M. Fillon souhaiterait lui infliger souhaite clairement s’affranchir des cadres budgétaires européens D’autant que la perspective d’une accession au pouvoir du parti
dans un premier temps – et ce afin, explique-t-il, de lui donner actuels. Il mise sur un infléchissement des positions allemandes d’extrême droite et de son programme de sortie de l’euro électrise déjà
ensuite les conditions du rebond. La hausse de deux points de la TVA à la faveur des élections législatives de l’automne, pour lequel le parti les marchés financiers : le « risque Le Pen » est désormais considéré
(même si elle ne s’applique qu’au taux supérieur de cette taxe, soit social-démocrate SPD semble en bonne position. Un exercice ambi- comme la principale raison de la hausse des taux d’emprunt tricolores
20 %) envisagée afin de financer les mesures d’allégement de charges tieux lorsqu’on connaît la rigidité historique de Berlin sur ces sujets. sur les marchés. Difficile d’imaginer que l’application à la lettre
de 50 milliards d’euros – en majorité pour les entreprises – pourrait Surtout, M. Hamon n’a toujours pas communiqué de cadrage financier du programme du FN n’aurait pas de conséquences sur la dette,
peser sur la consommation, moteur de l’économie tricolore. ni de trajectoire budgétaire précis de son programme. détenue à 60 % par des investisseurs étrangers.
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DIMANCHE 12 - LUNDI 13 MARS 2017

96,4 %*
2 160,4 milliards d’euros au 3e trimestre 2016

* estimation
de la Commission
européenne

64,4 %
1 253,1 milliards
58,7 % d’euros en 2007
871,2 milliards
d’euros en 2000

ÉVOLUTION DE LA DETTE PUBLIQUE FRANÇAISE DEPUIS 1980,


EN % DU PIB
que et la mutualisation d’une partie des
dettes publiques de la zone euro au-delà de
60 % du PIB. En théorie – et cela se produit
L’endettement
SOURCES : FMI, COMMISSION EUROPÉENNE, FRANCE TRÉSOR, BLOOMBERG - INFOGRAPHIE LE MONDE
régulièrement sur tous les continents –, un
Etat peut en effet négocier un allégement de
sa dette avec ses créanciers, qui enregistrent
alors une perte.
Mais la France n’aurait intérêt à le faire
à 250 %, souci
Jacques Chirac Nicolas Sarkozy François Hollande que si elle était au bord du défaut de paie-
ment, car cela n’est pas sans conséquences.
Echaudés par leurs pertes, les investisseurs
mineur du Japon
exigeraient, en effet, des taux d’intérêt plus
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
élevés pour nous prêter à nouveau. Si La dette est détenue pour l’essentiel par les Japonais,
nous dégagions un excédent budgétaire les protégeant d’une attaque des marchés
Un déficit public loin de la cible des 3 % Les taux d’emprunt restent à un niveau suffisamment élevé pour nous permettre
des règles européennes historiquement bas de financer nos dépenses publiques sans
DÉFICIT PUBLIC FRANÇAIS, EN % DU PIB TAUX D’EMPRUNT FRANÇAIS À 10 ANS, EN % avoir à emprunter sur les marchés, ce ne se-
rait pas un problème. Mais ce n’est pas le
2007 08 09 10 11 12 13 14 15 2016 4,84 cas : en 2016, notre déficit public était de tokyo - correspondance
3,3 % du PIB. La hausse des taux pourrait
Les efforts du

V
3,74 donc se révéler plus coûteuse qu’un allége- ertigineux ! Le montant gouvernement
1,07 ment concédé par nos créanciers. de la dette publique du
en la matière
– 2,5 Japon devrait atteindre
– 3,2 – 3,5 – 3,3 1 116 400 000 000 000 de yens, restent limités
– 4,8
–4 –4 Pourquoi la BCE n’achète-t-elle soit 9 266 milliards d’euros, à la fin
– 5,1 de l’exercice 2016, clos fin mars. A
pas directement 246,6 % du PIB, selon l’OCDE, c’est Malgré cela, les efforts du gou-
– 6,8 0,10 les dettes publiques ? la plus élevée du monde. Et elle n’a vernement en la matière restent
– 7,2 Depuis mars 2015, la Banque centrale euro- guère de chances de baisser dans limités. Le budget pour l’exercice
MARS 2005 10 MARS 2017
péenne (BCE) rachète une partie des dettes les années à venir, tant le gouver- 2017 s’établit à 97 500 milliards
publiques de la zone euro circulant sur le nement semble peu enclin à s’y de yens, soit 733 milliards de yens
marché secondaire, où s’échangent les titres attaquer vraiment. Ses services se de plus qu’il y a un an, pour des
déjà émis. Cela a permis de faire baisser les sont même « amusés » à calculer recettes attendues à 63 100 mil-
industrialisés, sont remontés de 0,1 à 1,05 %. l’ensemble des pays membres dans la crise. taux d’intérêt et de mettre les Etats les plus son évolution future : si rien ne liards de yens. L’écart entre les
L’écart avec les taux allemands (le « spread ») Les Allemands, qui étaient réticents à adop- fragiles à l’abri de la spéculation. change, elle pourrait culminer à… dépenses et les recettes sera cou-
s’est également creusé, témoignant de ter l’euro, y sont farouchement attachés. Dès lors, pourquoi ne prêterait-elle pas di- 600 % du PIB d’ici à 2060 ! vert par de nouvelles émissions
l’inquiétude des investisseurs face à une « L’ennui, c’est que ces seuils ne reposent sur rectement aux gouvernements, leur évitant Pour spectaculaire qu’elle appa- d’obligations souveraines.
éventuelle victoire du Front national. aucun critère économique objectif », résume ainsi de passer par les marchés financiers ? raisse, la dette nippone est pour- Côté dépenses, la tendance haus-
Mais, pour l’instant, il n’y a aucune raison l’économiste Guy Abeille, ancien haut fonc- C’est ce que suggère le candidat de la France tant toujours considérée comme sière semble difficile à inverser. La
de céder à la panique. D’abord, parce que les tionnaire, bien placé pour le savoir. C’est en insoumise, Jean-Luc Mélenchon. une valeur refuge. Malgré son ni- sécurité sociale représente, par
taux restent à un niveau historiquement effet lui qui, en 1981, avait suggéré avec L’idée est à première vue séduisante. Mais veau, elle n’expose pas le pays à exemple, 32,5 % du budget de
bas – avant la crise de 2007, ils dépassaient quelques autres le chiffre de 3 % à François elle est plus complexe à mettre en œuvre un risque de défaut de paiement. l’exercice 2017, contre 17,6 % de ce-
les 4,5 %. « Si leur remontée s’accompagne Mitterrand… Chiffre repris onze ans plus qu’il n’y paraît. Ce financement direct des Motif ? Elle est pour l’essentiel lui de 2000. Et le vieillissement ac-
d’une hausse modérée de la croissance et de tard par les Européens. Etats par la BCE (pour cela l’institut moné- détenue par les Japonais. En sep- céléré de la population devrait, se-
l’inflation, comme on peut l’espérer, l’effet Surtout, cette limite, rarement respectée taire créerait de la monnaie pour acheter les tembre 2016, selon le ministère lon le gouvernement, augmenter
sera neutre pour les finances publiques », par la France, manque de finesse. En effet, obligations : c’est la fameuse planche à des finances, 36,7 % l’étaient par les coûts de la sécurité sociale de
ajoute Pierre Aldama, doctorant en écono- elle ne fait pas la différence entre les dépen- billets), interdit par les traités européens, la Banque du Japon, 24,7 % par les 700 milliards de yens par an.
mie à Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Dans le ses de fonctionnement et celles qui aug- peut en effet déclencher une inflation ex- institutions financières du pays Le gouvernement espère limiter
cas contraire, nos emprunts nous coûteront mentent mécaniquement pendant les cri- cessive et ravageuse pour le pouvoir d’achat et 21,8 % par les assureurs locaux. cette hausse à 500 milliards de
plus cher. ses, comme les aides aux chômeurs. En exi- des ménages. C’est ce qui s’est passé dans Seuls 6,7 % étaient aux mains yens en baissant les pensions de
geant de réduire les déficits pendant les ré- l’Allemagne des années 1920. d’étrangers, contre par exemple, retraite, en augmentant la part des
cessions, elle a donc tendance à aggraver les Surtout, ce n’est pas une solution miracle. 60 % pour la dette française. coûts assumés par les plus de
Comment la limite de 3 % choses… « Le problème, c’est qu’on ne peut Elle n’absoudrait pas la France d’entrepren- Résultat : le Japon est à l’abri d’un 70 ans les plus aisés et en dimi-
pas se passer de règles communes, puisque dre les réformes nécessaires pour assurer scénario catastrophe où les inves- nuant les prix des traitements les
du PIB pour le déficit public nous partageons la même monnaie », ré- le financement de long terme – et la survie – tisseurs étrangers, inquiets de la plus onéreux. Mais ces calculs
est-elle devenue un totem ? sume M. Ecalle. Mais il existe de nombreu- de son modèle social. p capacité de rembourser du gou- n’anticipent pas le fait que la géné-
Emmanuel Macron, le candidat d’En mar- ses propositions pour les améliorer. Par marie charrel vernement, fuiraient pour placer ration du baby-boom dépassera
che ! promet d’y revenir dès cette année, exemple, en retirant les investissements et audrey tonnelier leur argent dans d’autres pays. Et les 75 ans au début des années
le socialiste Benoît Hamon veut la rené- d’avenir de la mesure du déficit. ce, d’autant que les institutions fi- 2020. Un seuil important car à par-
gocier… La limite de 3 % du PIB pour le dé- A lire sur Lemonde.fr, nancières nippones continuent tir de cet âge, les Japonais bénéfi-
ficit public, tout comme celle de 60 % pour les tribunes d’acheter les obligations émises cient d’une meilleure prise en
la dette, a été instaurée en 1992 par le traité Renégocier ou instituer de deux économistes : par l’Etat, même si elles ne rappor- charge, synonyme de coûts plus
de Maastricht. L’idée était alors de faire Alain Trannoy (école d’économie tent plus rien. Les obligations à dix importants pour les organismes
converger les finances publiques des Etats
un moratoire sur notre d’Aix-Marseille, Association française ans affichent en effet des taux sociaux. Plus généralement, le
membres en vue de l’introduction de la dette est-il possible ? de science économique - AFSE) d’intérêt de 0 %. Les taux sont gouvernement continue de tabler
monnaie unique. Et d’éviter que les déra- Benoît Hamon, le candidat PS, prône l’ins- et Xavier Ragot (Observatoire français même négatifs pour celles dont la sur l’amélioration de l’économie
pages budgétaires des uns n’entraînent tauration d’un moratoire sur la dette grec- des conjonctures économiques - OFCE) maturité est inférieure ! pour réduire l’endettement. Il
maintient ainsi officiellement son
Frileuses sur la gestion d’actifs objectif d’atteindre l’équilibre bud-

EMMANUEL MACRON JEAN-LUC MÉLENCHON Loyales, fidèles, les banques japo-


naises se montrent frileuses sur la
gétaire – hors du service de la dette
– d’ici à la fin de l’exercice 2020.
gestion d’actifs. Mais acheter ces Des prévisions très optimistes.
obligations d’Etat leur offre égale- Selon le conseil de politique éco-
« Ne pas réduire nos dépenses courantes et notre Le candidat de La France insoumise est le moins ment des avantages. En effet, grâce nomique et fiscale, un organe di-
dette serait irresponsable (…) ; ne pas investir exigeant en matière de réduction du déficit public. à une régulation avantageuse, ces rigé par le premier ministre
pour leur futur le serait tout autant », peut-on lire Il prévoit de le ramener à 2,5 % du PIB en fin de titres n’apparaissent pas comme Shinzo Abe, le scénario idéal, à
sur le site du candidat d’En marche !. Respecter quinquennat, tout en baissant la dette publique un actif risqué dans leur bilan. Ils savoir celui d’une croissance an-
les 3 % de déficit dès le début du mandat est un de 95,8 % à 87 % du PIB. Une trajectoire que peuvent être revendus et surtout, nuelle de 3 % dans un contexte in-
prérequis pour tenter de convaincre Berlin de mettre M. Mélenchon attribue à son vaste programme de servir de garantie pour des opéra- flationniste, accompagnée de la
en place un « budget de la zone euro ». relance (investissements, hausse du smic de 15 %…). tions de refinancement. hausse de la TVA de 8 % à 10 % dès
Evidemment, cette dette colos- octobre 2019, devrait permettre
Analyse L’ambition de M. Macron d’approfondir les mécanismes Analyse Le programme de M. Mélenchon se fonde, comme celui sale pose plusieurs problèmes. de réduire le déficit de la balance
de l’UE pourrait se heurter à la bonne volonté du partenaire allemand, de la plupart des candidats, sur des hypothèses de croissance Nombre d’économistes s’inter- primaire. Mais pas de dégager un
farouchement attaché à son indépendance budgétaire. L’objectif de l’économie très optimistes (2 % de hausse du PIB dès 2018, alors rogent sur sa trajectoire à long excédent, comme l’espère M. Abe.
des 3 % du PIB de déficit pourrait être difficile à tenir compte tenu que celui-ci n’a crû que de 1,1 % l’an dernier). De plus, le plan d’inves- terme – les arbres ne montent De plus, on peut douter que le Ja-
des dépenses que contient son programme, et des mesures ajoutées tissement de 100 milliards d’euros qu’il envisage, avec un financement pas jusqu’au ciel, même au Ja- pon bénéficie d’une conjoncture
dans son cadrage budgétaire du 24 février : exonération de la taxe par l’emprunt, repose sur l’idée que « 1 euro d’argent public investi pon. En outre, son service (la économique aussi favorable ces
d’habitation pour 80 % des ménages, allégements de cotisations sur génère 2 à 3 euros d’activité et de recettes publiques ». Or, les écono- somme que l’Etat paie chaque prochaines années. La dernière
les heures supplémentaires, réforme de la fiscalité du capital nette- mistes ne s’accordent pas tous sur ce multiplicateur, surtout valable année pour honorer sa dette, hausse de la TVA, de 5 % à 8 % en
ment favorable aux hauts revenus… D’autant que les économies dans le cas d’un pays en récession. Enfin, le projet du candidat dont les intérêts) mobilise tous avril 2014, a eu un effet désastreux
prévues (60 milliards d’euros en fin de quinquennat), laissent les ob- dessine une économie fermée. La hausse du smic et de la fiscalité les ans près de 30 % du budget sur la consommation. Alors que
servateurs dubitatifs sur la façon d’y parvenir sans ajuster drastique- des entreprises risquerait d’éroder la compétitivité des entreprises public. Une brusque remontée l’Archipel est englué dans la crois-
ment la dépense publique ou reculer l’âge de la retraite. Deux leviers tricolores. M. Mélenchon souhaite également renégocier les traités des taux d’intérêt, liée à une sance et l’inflation faibles depuis
dont M. Macron jure pour l’heure qu’il ne les actionnera pas. Nombre européens afin que la Banque centrale européenne puisse racheter éventuelle perte de confiance ou des années, le PIB a peu de chan-
de mesures de « modernisation » et de plus grande « efficacité » de la les dettes nationales. En cas d’échec, la France « reprendrait sa sou- à une crise financière extérieure ces de progresser de 3 %, comme
fonction publique reposent sur des changements de comportements veraineté monétaire », c’est-à-dire sortirait de l’euro. Un dispositif au pays, pourrait avoir des consé- l’espère le gouvernement… p
des agents, dont on sait qu’ils sont les plus délicats à mettre en place. aux conséquences potentiellement ravageuses pour notre économie. quences catastrophiques. philippe mesmer

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