Vous êtes sur la page 1sur 4

MOOC « Les fondamentaux de la

procédure pénale »

L’exercice et l’extinction de l’action civile

Marc RIVET
Juge d’instruction

La victime dispose d’une option. Elle peut exercer son action civile soit devant la juridiction
répressive (I), soit, séparément de l’action publique, devant la juridiction civile (II).

I - L’action civile exercée devant la juridiction répressive

Examinons ses moyens (A) et ses effets (B).

A - Les moyens

La victime emprunte la « voie de l’intervention » lorsqu’elle agit alors que l’action publique a
déjà été mise en mouvement par le ministère public. Elle devient partie au procès pénal
pour obtenir la réparation de son dommage. Cette intervention peut avoir lieu dès le stade
de l’enquête, à tout moment de l’instruction et devant la juridiction de jugement. A peine
d’irrecevabilité, cette constitution de partie civile doit se réaliser avant que le ministère
public ne prenne ses réquisitions.

La victime emprunte la « voie de l’action » lorsque le ministère public n’a pas engagé de
poursuites. La victime peut alors mettre en mouvement l’action publique en se constituant
partie civile de deux façons : soit par la citation directe, soit par la plainte avec constitution
de partie civile.

La citation directe : il s’agit pour la victime de faire citer directement le prévenu devant la
juridiction de jugement par un exploit d’huissier. La citation doit énoncer les faits poursuivis
et viser le texte de la loi qui les réprime. La victime utilise la citation directe lorsqu’elle
possède suffisamment de preuves de la culpabilité de l’auteur des faits. La partie civile a
l’obligation de comparaître à l’audience. Si elle ne comparaît pas ou qu’elle n’est pas
représentée à l’audience, elle est considérée comme se désistant de sa constitution de
partie civile.

La plainte avec constitution de partie civile : elle est le plus souvent utilisée lorsque l’auteur
des faits est inconnu ou encore lorsque la victime ne dispose pas de preuves suffisantes
contre la personne qu’elle soupçonne. Formellement, la plainte avec constitution de partie

Centre national de la fonction publique territoriale 1


MOOC « Les fondamentaux de la
procédure pénale »

civile est une plainte datée et signée, adressée au doyen des juges d’instruction du TGI, dans
laquelle la victime fait part, expressément, de son intention de se constituer partie civile
et/ou de demander des dommages et intérêts. Comme pour la citation directe, la plainte
doit contenir les informations relatives à l’infraction. Le juge d’instruction ordonne la
communication de la plainte au procureur de la République pour qu’il prenne ses
réquisitions. Le procureur de la République joue alors un rôle de filtre.

Il peut :

 décider de suivre la plainte et prendre un réquisitoire introductif contre personne


dénommée ou non dénommée;
 demander au juge d’instruction, lorsqu’il estime que la plainte n'est pas suffisamment
motivée ou justifiée, d'entendre la partie civile et, le cas échéant, d'inviter cette
dernière à produire toute pièce utile à l'appui de sa plainte;
 saisir le juge d’instruction de réquisitions de non informer, lorsqu’il estime qu’une cause
affecte l’action publique elle-même ou que les faits ne peuvent légalement comporter
une poursuite ou n’admettent aucune qualification pénale.
 face au nombre croissant des constitutions de partie civile abusives ou dilatoires, la loi
est venue encadrer plus strictement les conditions de la constitution de partie civile en
matière délictuelle. Désormais la plainte avec constitution de partie civile n’est
recevable qu’à la condition que la victime ait préalablement porté plainte, qu’elle
démontre que le ministère public n’entend pas poursuivre et qu’un délai de 3 mois s’est
écoulé depuis le dépôt de plainte demeuré sans réponse.

B - Les effets de la constitution de partie civile

Ils sont de deux ordres :

 D'une part, lorsqu’elle a lieu par voie d’action, la constitution de partie civile entraîne la
mise en mouvement de l’action publique.
 D'autre part la constitution de partie civile attribue à la victime la qualité de partie au
procès pénal, comme le ministère public.

Le fait que la victime devienne partie au procès pénale entraîne à son tour plusieurs
conséquences :
 elle peut obtenir des dommages et intérêts en réparation de son préjudice et la
juridiction est tenue de statuer sur cette demande ;

Centre national de la fonction publique territoriale 2


MOOC « Les fondamentaux de la
procédure pénale »

 elle peut saisir le juge d’instruction afin qu’il soit procédé à certains actes (audition,
confrontation, transport sur les lieux ...) ;
 en matière criminelle, la victime partie civile doit être informée par le juge d’instruction,
tous les 6 mois, de l’état d’avancement de l’information ;
 elle ne peut être entendue, interrogée ou confrontée, à moins qu’elle n’y renonce,
qu’en présence de son avocat qui a accès au dossier ;
 les actes importants de procédure doivent lui être notifiés ;
 elle peut exercer les voies de recours, c'est-à-dire d’abord interjeter appel des
ordonnances du juge d’instruction lui faisant grief et des jugements rendus par les
tribunaux correctionnels et de police mais uniquement sur ses intérêts civils.

II - L’action civile exercée devant la juridiction civile

L’action civile exercée devant la juridiction civile obéit aux règles de la procédure civile
puisqu’il s’agit d’une action en responsabilité civile. Cela permet notamment à la victime qui
ne souhaite pas que l’auteur de l’infraction soit condamné pénalement (par exemple parce
que celui qui a dégradé sa voiture est le fils d’un voisin avec lequel elle entretient de bonnes
relations), d’obtenir malgré tout la réparation de son dommage.

III- L’extinction de l’action civil (prescription et autres causes)

A - La prescription de l’action civile

La règle est a priori simple : lorsque l'action civile est exercée devant une juridiction
répressive, elle se prescrit selon les règles de l'action publique. Lorsqu'elle est exercée
devant une juridiction civile, elle se prescrit selon les règles du code civil (le délai de droit
commun de la prescription civile, autrefois fixé à 30 ans, est désormais de 5 ans).

B - Les autres causes d’extinction de l’action civile

L’action civile peut s’éteindre de manière indépendante de l’action publique dans plusieurs
hypothèses :

 elle peut s’éteindre par la transaction, qui est un « contrat par lequel les parties
terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître ». La

Centre national de la fonction publique territoriale 3


MOOC « Les fondamentaux de la
procédure pénale »

transaction ne fait pas obstacle à l’exercice de l’action publique mais elle éteint l’action
civile.
 elle peut s’éteindre par le désistement de la partie civile, qui concerne uniquement la
participation de la victime au procès pénal. En effet, lorsqu’elle choisit la voie pénale, la
victime peut se désister, lors du procès, et l’abandonner en cours de procédure au profit
de la voie civile.
 elle peut s’éteindre par la renonciation de la victime, par laquelle la victime déclare
expressément qu’elle ne réclamera pas de réparation du dommage subi. Cette
renonciation à l'action civile ne peut arrêter ni suspendre l'exercice de l'action publique.
 elle peut s’éteindre enfin par l’effet de la chose jugée . La chose jugée interdit à la
victime qui a déjà obtenu une décision définitive d’agir en réparation devant quelque
juridiction que ce soit, pénale ou civile.

Centre national de la fonction publique territoriale 4

Vous aimerez peut-être aussi