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Cas pratique de DIP

I. La compétence juridictionnelle
- déterminer si l’espèce est dans le cadre du champ d’application du Règlement Bruxelles I (civil et
commercial). Si ce n’est pas le cas, l’espèce est dans le champ du droit commun (Code civil et NCPC)
- vérifier qu’il n’y a pas de compétence exclusive des juridictions françaises
- application des dispositions générales du règlement Bruxelles I : art. 2 et suivants
ATTENTION aux règles spéciales comme pour les contrats de l’art. 5.
II. La loi applicable
- qualification lege fori : Caraslanis 1955
- voir si lois de police jouent en la matière
- déterminer le critère de rattachement : texte applicable, avantages/inconvénients du critère utilisé
ATTENTION : conflit mobile art. 3 du Code civil. Et voir Règlement Bruxelles I.
- si on nous demande de voir si application d’office possible, parler des droits disponibles ou non, de
la preuve de la loi étrangère… qui sont la fonction du juge
- voir si l’ordre public joue ou pas
- voir si un renvoi à une autre loi existe
III. Conclusion

Textes importants

- Convention de Bruxelles 1968 sur la compétence judiciaire et l’effet du jugement en matière civile et
commerciale. Cette convention a été un grand succès et adoptée à mesure que les Etats membres
arrivaient : 15 Etats membres puis étendue par convention de Lugano de 1988 à ceux qui ne faisaient
pas partis de l’UE. La convention de 1968 est devenue le règlement du 22 décembre 2001 Bruxelles I
- Convention de Rome 1980 sur la loi applicable aux obligations contractuelles est devenue le
règlement communautaire Rome I.
- Règlement du 11 juillet 2007 Rome II sur la loi applicable aux obligations non contractuelle, entrée
en vigueur le 11 juillet 2009.
- Convention 2004 de est devenue directive Polkenstein du 12 décembre 2006 relative aux services
dans le marché intérieur.

Séance 1 : Objet et sources du droit international privé


Vocabulaire

Droit International Privé : matière qui tend à régir une situation présentant un élément d’extranéité et
régissant les relations entre les personnes privées

Conflit de juridiction : concurrence de juridictions de différents ordres juridiques à connaître d’une


même situation
Conflit de lois : concurrence de lois de différents ordres juridiques à régir une même situation.
ATTENTION : plusieurs juridictions peuvent être compétentes mais une seule loi est applicable. De
même, un juge saisi peut appliquer toutes les lois du monde, par forcément la sienne.
For : juge saisi.

Règle de conflit : méthode de désignation des règles internationales applicables.


- indirecte : elle ne statue pas sur le fond mais désigne la loi applicable pour statuer sur le fond.
- bilatérale : désigne indifféremment la loi du for ou les lois étrangères.
- neutre : elle place sur un pied d’égalité la loi du for et les lois étrangères d’une part et elle est
indifférente au contenu de la loi appliquée d’autre part.
INFLECHISSEMENTS de la règle de conflit :
Clause d’exception (échappatoire) : la loi applicable à telle situation est telle loi à moins qu’il ne résulte
des circonstances qu’une autre loi est plus favorable.
Règle à coloration matérielle : En principe, la règle de conflit ne retient qu’une loi et une seule. Or, le
plus souvent dans la pratique contemporaine, la règle de conflit est assortie de plusieurs
rattachements. Elle perd alors sa neutralité et fait des choix substantiels.

Doctrine

Méthode bilatéraliste : on part de la situation et on cherche à quel ordre juridique elle doit être
rattachée. On délimite le champ d’application de toutes les lois du monde sans tenir compte de la
volonté d’application effective. Utilisée le plus souvent avec la règle de conflit.

Méthode unilatéraliste : on part des règles pour rechercher leur champ d’application territoriale et
déterminer si la situation peut se voir appliquer ces règles. Chaque ordre juridique applique le champ
d’application de sa loi.
Méthode emprunte de souveraineté :
> droit public, fiscal et pénal
> lois de police ou « dispositions internationales impératives » : on applique la loi du for sans passer
par le relai d’une règle de conflits : la loi du for est suffisamment impérative pour ne pas tolérer
l’application d’une loi étrangère. On parle de « loi d’application immédiate » : pas de médiation de la
règle de conflit, la loi française est appliquée de manière immédiate. Ces lois touchent à la législation
du travail, de la consommation, de la concurrence. Art 3 al.1 du Code civil : « les lois de police et de
sûreté obligent tous ceux qui habitent le territoire. » 
Préliminaire des règles de conflit principales : La procédure

Principe de soumission de la procédure à la loi du for


- les règles de procédure sont les règles de fonctionnement du service public de la justice
- les règles de procédure, tout ce qui se passe depuis la naissance d’un litige jusqu’au moment où il
va être tranché, ne visent qu’à une fin : assurer un débat équitable entre les parties. Il est préférable
que le tribunal applique les règles de procédure qu’il connaît donc les siennes propres afin d’éviter de
se fourvoyer avec des règles de procédure étrangères.

Séance 2 : Le statut personnel

Statut personnel : ensemble des questions concernant la personne dans les sociétés civiles.
Classiquement : statut individuel et statut familial.

Critères traditionnels de rattachement : nationalité et domicile


Nationalité
Art. 3 al.3 : « les lois concernant l’état et la capacité des personnes régissent les Français, même
résidant en pays étranger. »
- avantages : stabilité, lien certain (conditions d’attribution, passeport, conséquences d’ordre public)
- inconvénients :
> la perpétuation des statuts étrangers constitue un frein à l’intégration des immigrés.
> dans les relations de famille en présence de deux lois nationales différentes :
*appliquer cumulativement les lois nationales : cela revient à faire prévaloir la loi la plus restrictive
*appliquer distributivement les deux lois : Ferrari 1922 : cela revient à appliquer des lois différentes
suivant qu’on se place à une extrémité du lien ou à une autre. Ex : divorce.
* appliquer systématiquement la loi de l’une des parties à la relation : inégalité en présence d’un
divorce.

Domicile
Domicile international : élément matériel (établissement principal de la personne, le centre de ses
affaires) et un élément intentionnel (intention d’y demeurer pour un temps indéfini).
- avantage : soumettre l’individu à la loi du milieu dans lequel il vit habituellement
- inconvénient : l’incertitude, son imprécision, son instabilité éventuelle ; fraude de la déclaration
d’intention

Rivière 1953 : à défaut de nationalité commune, le rattachement subsidiaire est celui du domicile
commun des époux
Lewandowski 1955 : confirme l’arrêt Rivière
Corcos 1961 : en présence de deux nationalités différentes, il faut appliquer la loi française en tant
que loi du domicile.
Tarwid 1961 : le domicile pris en compte est le domicile de fait et non de droit.

Nouveau critère de rattachement : résidence habituelle


Résidence habituelle : établissement objectif dans un pays donné. On vise la loi du milieu effectif.
Critère repris par la Conférence de la Haye de DIP.
- avantage de la résidence habituelle : pas d’élément intentionnel, résidence continue, notion de fait
indépendante de toute décision d’une autorité publique
- inconvénient : s’agissant de personnes ayant une activité internationale et ayant plusieurs
établissements la résidence habituelle peut changer très facilement.

Place de la volonté : faculté de choix ou professio juris


Lorsqu’une situation se rattache à plus d’un Etat aucune des lois en présence ne jouit d’un titre
exclusif à s’appliquer : faculté de choix pour les parties. 

Séance 3 : Le statut réel

Statut réel : ensemble des modes d’acquisition propres au droit des biens (possession, acquisition,
prescription…) et de la teneur de ces droits (prérogatives du titulaire).
Les biens sont soumis à la loi du lieu de leur situation : lex rei sitae.

Immeubles
Pourquoi lex rei sitae ?
- Souveraineté : l’immeuble est un élément du territoire. Intérêt de réciprocité : chacun reste maître
chez soi donc personne n’empiète chez le voisin.
- Sécurité juridique : celui qui se propose d’acquérir un bien veut savoir exactement quels sont les
droits que des tiers pourront lui opposer.
- Certitude du rattachement

Problème de la force d’attraction du statut immobilier


Art. 3 al.2 : « Les immeubles, mêmes ceux possédés par des étrangers, sont régis par la loi
française. »
Stewart 1937 : la loi de situation de l’immeuble régit tous les droits de propriété et autres droits réels
immobiliers.

Statut immobilier :
- Droits réels et leurs prérogatives
- Acquisitions de droits réels par des modes propres

Pas du statut immobilier mais statut personnel :


- succession immobilière : Bendeddouche 1980 : « si la dévolution successorale d’immeubles situés
en France relève de la loi française, l’établissement de la parenté nécessaire au jeu de cette
dévolution est soumis à la loi personnelle des intéressés. »
- régimes matrimoniaux : Ganey 1525 : application de la loi du lieu de situation du premier domicile
commun
- capacité d’aliéner un immeuble

Volonté des parties et à défaut lex rei sitae : contrats constitutifs ou translatifs de droits réels (vente) :
Les parties ont la faculté de désigner la loi applicable et si elles ne l’ont pas fait, on recherchera quelle
est la loi des liens les plus étroits, normalement le lieu de situation de l’immeuble.

Meubles
Choix de lex rei sitae
- Pendant longtemps : statut personnel : adage latin : « mobilia sequuntur persona » : les meubles
suivent la personne.
- Req 1872 : « la loi française est seule applicable aux droits réels dont sont l’objet les biens mobiliers
en France. »

ATTENTION : succession mobilière : loi du domicile du défunt


Moyens de transport : lieu d’immatriculation du bien, location permanente fictive.

Conflit mobile
On soumet à la catégorie du statut réel un meuble qui est déplacé d’un pays à un autre et donc se
trouve successivement soumis à deux lois.
Choix :
- raisonner en termes de droits acquis et donner la préférence au premier créancier
- le meuble se trouve en France, il faut lui appliquer le rattachement territorial
Société Diac 1969 : distinction : acquisitions des droits réels, loi source ; contenu des droits réels, loi
de situation du meuble.

Biens immatériels
Société Fox Europa 1959 : distinction : existence du droit d’auteur : loi source ; conditions de
protection de l’auteur : loi locale.

Séance 4 : Contrats et actes juridiques

Contrat international : contrat mettant en jeu les intérêts du commerce international (élément
d’extranéité)

Loi applicable au fond du contrat


Hésitations
Pendant des siècles, les contrats ont été considérés comme soumis à la loi du lieu de conclusion :
locus regit actum : prise en compte de la volonté des parties. Mais problème de la conclusion fortuite.

American Trading 1910 : loi applicable au contrat est celle désignée par les parties (volonté)
-> aucune des deux lois ne jouit d’un titre exclusif à s’appliquer : prédominance de la volonté : théorie
subjectiviste. Rappel de l’a. 1134 du Code civil
# Théorie objectiviste : il faut déterminer l’application de la loi objectivement : la liberté de choix ne
peut s’appliquer que dans la limite des dispositions impératives de l’ordre juridique.

Donc :
- conception unitaire : théorie de la localisation du contrat : en présence de volonté explicite/implicite
des parties, application de loi choisie. Sinon, application objective. Mais le plus souvent recherche
d’une volonté implicite : Mercator Press 1980. Nuance : en cas de trop forte discordance entre le
choix et ce qui aurait été l’application objective, l’application objective joue par intervention du juge.
Inconvénient : on ne peut pas choisir une loi tierce à la situation.
- conception dualiste : application de la volonté des parties. En cas d’absence de choix explicite,
application objective : Fourrure Renel 1959.

Droit positif : conception dualiste : Convention de Rome 1980


Art. 3 et 4 Convention de Rome de 1980 : liberté de choix et loi applicable à défaut de choix.

Art. 3§1 de la Convention de Rome de 1980. Le texte n’exige pas de lien entre loi choisie et contrat.
Volonté expresse ou implicite mais CERTAINE
Gardes fous :
1) art 3§3 disposition impérative interne : contrat purement interne : choix de la loi ne peut pas porter
atteinte aux dispositions impératives de la loi de cet Etat
2) art. 7 loi de police/disposition internationalement impérative : lors de l’application de la convention,
si loi X est applicable au contrat, il pourra être donné effet aux dispositions impératives de la loi d’un
autre Etat si ces dispositions impératives se veulent applicables quelque soit la loi du contrat et si les
rattachements le justifient.

Art. 4§1 : « les liens les plus étroits. » Principe de proximité


Art 4§2 : il est présumé que le contrat présente les liens les plus étroits avec l’Etat où est établie la
partie qui fournit la prestation caractéristique.
Ce n’est qu’une présomption simple : art. 4§5, clause d’exception joue quand la présomption n’a
manifestement pas fonctionnée. (Disparition de la clause d’exception dans projet Rome I)

Loi applicable à la forme du contrat


Principe : validité selon la loi du fond du contrat : art. 9 Convention de Rome
Locus regit (forman) actum : un acte valable en la forme selon la loi du lieu où il a été passé est
valable partout.
Pourquoi ?
- Les formes n’entrent en jeu que dès lors qu’on s’est mis d’accord sur le fond.
- d’une certaine manière, les formes sont interchangeables. En effet, souvent, les règles de forme sont
destinées à attirer l’attention de la personne qui passe l’acte sur l’importance de l’acte

Tempéraments
- caractère facultatif de la règle en matière de contrat : Cass. 1953 Chaplin : le contrat est valable s’il
satisfait aux exigences de la loi de conclusion du contrat ou de la loi du fond du contrat.
- les lois de police : règles de forme internationalement impératives destinées à assurer la protection
de certaines personnes. Ex : matière de droit à la consommation ou encore en matière de publicité
immobilière.

Séance 5 : Les délits civils : La responsabilité civile/extracontractuelle

La loi désignée sert à déterminer les conditions et l’étendue de la responsabilité.

Principe : lex loci delicti : loi du lieu de commission du délit


- Doctrine préconisait que le rattachement de la responsabilité extracontractuelle soit la lex fori : la
responsabilité civile était répressive, liée au droit pénal
- Lautour 1948 : « en droit international privé français, la responsabilité civile extracontractuelle est
régie par la loi du lieu où le délit a été commis. »
Justifications :
> toutes les personnes agissant dans un même Etat doivent être soumises aux mêmes règles de
conduite par souci d’harmonisation.
Du point de vue des parties concernées, auteur et victime du dommage, l’application de la loi du lieu
du délit se justifie : ce n’est pas une surprise, cela correspond à leur entendement.
Du côté des Etats, les règles de comportement sont largement des règles d’ordre public et le bon
ordre sur le territoire veut que chacun réponde de ses actes selon les critères de prudence en vigueur.
> le lieu où le délit a été commis est le seul rattachement objectif à la situation
> prévisibilité et certitude : les évènements matériels (acte, fait générateur) sont localisables. La
reconnaissance universelle de la règle permet d’éviter le forum shopping qui permet à la victime de
porter son action devant le tribunal qui appliquerait sa loi qui serait plus généreuse en matière de
responsabilité civile.

Atténuations

Le loci delicti ne représente pas forcément le centre de gravité de la situation : caractère fortuit : les
éléments matériels de la situation ne sont pas significatifs par rapport à l’ensemble des autres
éléments.

Rattachement subsidiaire : la technique de la prise en considération

Dans le cas des accidents de la circulation, la Convention de la Haye de 1971 sur la loi applicable aux
accidents de la circulation routière pose le principe de la loi du lieu de l’accident « mais lorsque tous
les véhicules impliqués sont immatriculés dans le même Etat, on applique la loi du lieu
d’immatriculation. »
Toute règle de droit a deux éléments : conditions (prise en considération) et effets (imputation).
Principe : conditions de la loi du lieu de l’accident
Rattachement subsidiaire : effets de la loi du lieu d’immatriculation du véhicule.

Dissociation géographique des éléments matériels du délit (« délits complexes »)

La détermination du lieu de survenance du délit fait problème car les éléments matériels du délit (fait
générateur et dommage) sont répartis en différents territoires.

Possibilités :
- soit l’un soit l’autre mais aucun rattachement n’est convaincant : ils correspondent aux atteintes
respectives des parties. (fait générateur, défendeur et dommage, victime)
- application cumulative des deux lois : la responsabilité de l’auteur engagée si elle l’est selon loi du
fait générateur et loi du lieu du dommage. Cela revient à prendre ce qu’il y a de plus exigeant dans
chacune des deux lois
- rattachement alternatif au choix du demandeur (victime) : Théorie allemande, ubiquité du délit. Mais
si on donne le choix au demandeur, cela peut paraître excessivement favorable pour lui et sévère
pour le défendeur.
- il faudrait permettre au juge de choisir auquel de ces deux lieux le délit se rattache le plus
étroitement. Inconvénient : pratiquement, il faut faire un procès pour connaître la loi applicable.
- proper law : les liens les plus étroits, groupement des points de contact en fonction de la politique
législative, des intérêts en jeux. Conception subjective

Droit positif : art. 4 et 5 du règlement communautaire du 11 juillet 2007 dit Rome II : liberté de choix
par les parties. En l’absence de choix, lex loci delicti sauf si auteur et victime du dommage ont leur
résidence habituelle dans le même Etat (loi de cet Etat s’applique). Clause d’exception : liens
manifestement plus étroits.

Préliminaire de la mise en œuvre des règles de conflit : La fraude à la loi


La manipulation éventuelle de la règle de conflit peut susciter une fraude à la loi (violation particulière
de la loi qui a pour particularité de s’abriter derrière les règles de droit elles-mêmes.) Effets : nullité du
statut acquis.
- utilisation de la règle de conflit dans un domaine où un élément est modifiable par les parties (De
Beauffremont 1878 Ex : nationalité) ou en présence d’un changement de qualification du rapport de
droit (Caron 1985)
- preuve d’une intention frauduleuse : dans le seul but de se soustraire à la loi normalement
compétente
Donc 3 étapes :
1) situation incontestablement soumise à une loi donc situation intègre
2) cette situation est internationalisée par un changement de nationalité, de domicile… Et des droits
nouveaux sont acquis sous l’empire de la loi nouvelle, en particulier un changement de statut
3) les droits ainsi acquis sous l’empire de la loi nouvelle (stade 2)) sont exercés dans le ressort de la
loi évincée (stade 1)). Le comportement de l’intéressé dément son intention affichée, et la fraude.

Séance 6 : Les problèmes de qualification

Le conflit de catégories
Lorsqu’une situation soulève un conflit de lois, il faut rapporter cette situation à une règle de conflit
donc à une catégorie de rattachement donné. En cas d’hésitation entre deux catégories, conflit de
catégorie.

La règle de conflit désigne la règle juridique applicable à une situation. Donc caractère synthétique et
global de la règle de conflit. Ex : statut personnel, statut réel, contrats, délits civils…

Cheminement pour choisir entre les catégories :


1) Déterminer si le rattachement d’une catégorie est adopté à la question posée, caractère fonctionnel
de la règle de conflit. Le but poursuivi par la règle de conflit (qui se manifeste par l’élément de
rattachement) est-il adapté à la question posée ? On recherche la nature juridique dominante de la
question posée.
2) Epoux Silvia 1957 : adéquation du rattachement à la question : bien que la règle de conflit
s’exprime dans un enchainement catégorie-rattachement, le rattachement constitue un facteur
d’inclusion d’une question dans une catégorie plutôt que dans une autre. Ainsi :
> la qualification de la solution de catégorie peut correspondre à la solution du droit interne : caractère
systémique et codification de la règle. Présomption simple qui peut être désavouée par une analyse
sur le fond.
> la qualification peut être différente de la solution interne : la bonne qualification doit être appliquée.
3) Epoux Patiňo 1963 : en cas de liaison systématique entre les questions posées, la question
principale détermine la catégorie de rattachement de la question subsidiaire. Ex : Incapacité : statut
personnel donc action en nullité, statut personnel.

Le conflit de qualification
Qualification choisie par le for peut être différente de celle retenue par le système étranger. Conflit de
qualification.
Discussion
Deux choix :
- s’en remettre à la qualification lege causae (que le droit étranger donne à la question).
Avantage : chaque loi doit entrer en jeu avec ses propres qualifications
Inconvénient : les règles de conflits forment un tout, si on élargit une catégorie, on en diminue une
autre
- s’en tenir pour le juge saisi à la qualification de son propre système juridique : qualification lege fori
Avantages : souveraineté, en présence de deux considérations différentes, il n’y a pas lieu de préférer
celle qui n’est pas du for,
Inconvénient : les conflits de lois ne sont plus un conflit de souverainetés mais une question de droit
privé.

Droit positif : qualification lege fori


Caraslanis 1955 : principe de la qualification lege fori affirmé.
Il faut qualifier la question de droit qui est constituée de l’assimilation des faits allégués par le
demandeur à la prétention.

La qualification lege fori ne concerne pas l’ensemble de l’ordre juridique seulement la loi applicable. 

Séance 7 : Le renvoi

La qualification effectuée, deux difficultés peuvent se rencontrer :


- constatation qu’un droit étranger désigné par la règle de conflit renvoie vers une autre loi en vertu
d’un autre rattachement donc problème de renvoi
- le rattachement s’est déplacé, modification du fait de l’écoulement du temps qui fait que la situation
est soumise à deux lois différentes : conflit mobile (cf. statut réel : droits acquis sous empire de loi
ancienne conservés, loi nouvelle pour le reste).

Tous les systèmes n’adoptent pas le même rattachement pour une catégorie donnée. Cette situation
peut déboucher sur des conflits positifs (2 ordres juridiques sont compétents pour régir une même
situation) ou des conflits négatifs (2 ordres juridiques se considèrent incompétents et se désignent
mutuellement comme compétents).

Formes du renvoi
- renvoi au 1er degré : l’ordre juridique du for désigne un ordre juridique étranger qui a son tour
renvoie à l’ordre juridique du for
- renvoi au 2nd degré : l’ordre juridique du for désigne un ordre juridique étranger qui désigne un
troisième ordre juridique.

Discussion
A l’encontre du renvoi
- souveraineté : porte atteinte à l’ordre juridique du for : méconnaissance des prescriptions des règles
de conflit du for
- critiques d’ordre logique : le renvoi peut prendre 3 formes :
> cabinet des miroirs/jeu de tennis international : l’ordre juridique du for désigne un ordre juridique
étranger qui désigne à son tour l’ordre juridique du for… Pourquoi s’arrêter à un moment donné ?
Mais bonne administration de la justice et refus du deni de justice y obligent. Appliquer la loi du for est
plus simple et plus commode.
> chaîne de désignation sans fin : A désigne B qui renvoie à C qui renvoie à D…
En faveur du renvoi
- la souveraineté ne fonctionne plus : les règles de conflit ne sont plus que des règles de droit privé
- rocher de Bronze : une situation produit des effets depuis longtemps. Le renvoi a intérêt à jouer
quelque soit le juge saisi afin que la loi appliquée soit toujours la même et permette les effets de la
situation. Harmonie internationale des solutions.
- à l’encontre du cabinet des miroirs : bonne administration de la justice et refus du deni de justice y
obligent. Appliquer la loi du for est plus simple et plus commode.
- à l’encontre de la chaîne de désignation sans fin : rare qu’il y ait plus de 3 ou 4 renvois.

Droit positif
Admission de principe du renvoi de rattachement
Forgo 1878 : admission du renvoi. Solution de principe reprise par Soulié 1910 et Birchall 1939.
Patiňo 1950 semble accepter le renvoi au second degré. De toute façon aucune porte fermée.
Refus logique du renvoi par exception : justification tenant à la règle de conflit
- en matière de contrat, loi des liens les plus étroits ; Gouthertz 1972 : en matière de RM, choix des
parties ; matière immobilière, loi de situation de l’immeuble.
- refus du renvoi de qualification par la Cass.

C’est une question d’interprétation de la règle de conflit. Ce sont les considérations qui président au
choix du rattachement qui doivent présider à l’admission ou au rejet du renvoi.

ATTENTION Terminologie : la loi française DESIGNE la loi anglaise qui RENVOIE à une autre loi.

Séance 8 : L’application de la loi étrangère par la règle de conflit bilatérale

Application de la règle de conflit


Faut-il systématiquement déclencher la règle de conflit ou ne la déclencher que lorsque les parties le
demandent ?

Art 12 NCPC impose au juge de trancher le litige conformément aux règles applicables. Donc la règle
de conflit devrait s’appliquer. Mais l’application de la loi étrangère peut conduire à des difficultés
pratiques.

Bisbal 1959 : la règle de conflit est facultative si elle désigne une loi étrangère mais obligatoire si elle
désigne la loi du for. Donc pratiquement si on applique la loi du for, on n’a toujours raison.
Rebouh 1988 : la règle de conflit a un caractère impératif quelque soit la loi qu’elle désigne.
Coveco 1990 : en principe, la règle de conflit est supplétive. Mais elle est impérative si elle présente
deux conditions non cumulatives : droits indisponibles et origine conventionnelle internationalement de
la règle de conflit.
Mutuelles du Mans 1999 : en principe, la règle de conflit est supplétive. Mais elle est impérative
(application d’office par le juge) s’il s’agit de droits indisponibles.

Etablissement du contenu de la loi étrangère


Il faut en apporter la preuve. Le juge n’est pas présumé connaître la loi étrangère.

Charge de la preuve
Lautour 1948 : c’est au demandeur en justice d’apporter la preuve de la teneur de la loi. Critère de la
prétention.
Amerford 1993 : c’est à celui qui invoque l’application de la loi étrangère de prouver que son
application amènerait une solution différente de l’application de la loi du for. Critère de l’intérêt.
Itraco 2005 : le juge a un rôle dans la recherche du contenu de la loi étrangère : il peut intervenir
d’office ou à la demande des parties. Il peut se satisfaire des éléments fournis par les parties ou
rechercher lui-même des éléments prouvant le contenu de la loi étrangère.

Mode de preuve

Le contenu de la loi étrangère est un fait. Donc preuve par tout moyen. Mais aménagements :

- Le certificat de coutume est une attestation écrite sur la teneur d’un droit étranger. Mais pour le juge,
cela ne constitue qu’un élément d’information dépourvu de force obligatoire.
> Le certificat de coutume peut émaner d’autorités officielles (ambassades, consulats étrangers en
France ou français à l’étranger), d’une autorité semi publique (chambre de commerce) : le certificat de
coutume ne contiendra que les renseignements les plus généraux.
> Le certificat de coutume peut être délivré par un particulier : un professionnel d’une branche donnée
(banquier, assureur…) ou un professionnel du droit (avocat, notaire, professeur). Ces certificats seront
beaucoup plus précis. Mais grave défaut : sont rémunérés par celui qui les produise : réponse
favorable à celui qui a demandé l’attestation.

- Une convention européenne relative à l’information sur le droit étranger de Londres du 7 juin 1968,
applicable en France en 1972, a été conclue pour remédier aux problèmes du certificat. Cette
convention permet à une autorité judicaire d’un Etat contractant, en matière civile et commerciale,
d’obtenir de l’autorité judiciaire d’un autre Etat contractant relativement à un cas concret une réponse
précise sur les règles applicables à ce cas dans un but unique d’information.

Défaut de preuve : application subsidiaire de la loi française


Il arrive qu’aucun élément de preuve convaincant ne soit apporté concernant le droit étranger
applicable. On parle de défaillance de la loi étrangère. Dans ce cas, la lex fori est applicable à titre
subsidiaire.

Contrôle de l’application de la loi étrangère


- Principe : interprétation souveraine des juges du fond : la preuve de la loi étrangère est la preuve
d’un fait.
- La Cass. exerce un contrôle disciplinaire :
> motivation nécessaire des décisions : En cas d’application de loi étrangère, les juges du fond ne
peuvent pas se borner à déclarer qu’ils appliquent le droit étranger, ils doivent préciser les dispositions
qu’ils appliquent et justifier l’interprétation qu’ils adoptent.
> contrôle de la dénaturation : Lorsque la convention comporte une clause claire et précise donc
dépourvue de toute ambiguïté, les juges n’ont pas la liberté de lui faire dire autre chose : art. 1134 du
Code civil : Montefiore 1961. La motivation a changé : art. 3 du Code civil : ce qui est dénaturé, ce
n’est pas le document mais le droit étranger. On vise la dénaturation intellectuelle (ce qu’elle
réellement la loi) et non pas la dénaturation matérielle (le document apportant la preuve).

L’exception d’ordre public international : application in concreto


Elle marque les limites et les conditions de la tolérance de l’ordre juridique du for à l’égard des
institutions étrangères. Si une étrangère ne peut pas s’appliquer, on applique la loi du for
subsidiairement.

Contenu de l’ordre public international


- Lautour 1948 : valeurs fondamentales d’un ordre juridique dont certaines sont considérées comme
ayant une portée universelle (Droits de l’Homme).
- prise en compte de la politique législative d’un pays qui applique ses valeurs fondamentales. Ex :
divorce par consentement mutuel. Application des lois de police.

Degrés de réaction de l’ordre public international

1) Effet plein : éviction de la loi étrangère et application subsidiaire de la loi du for

2) Effet atténué
La réaction de l’OP à l’encontre d’une situation née régulièrement à l’étranger et à laquelle on se
propose de donner effet en France n’est pas la même que si la situation avait due être jugée en
France. Tolérance pour les droits acquis à l’étranger sans fraude.
Rivière 1953 : la réaction de l’OP n’est pas la même suivant qu’il s’agit d’appliquer la loi ou de
reconnaître les droits acquis à l’étranger sans fraude. Chemouny 1958 : confirmation de Rivière.

3) L’ordre public de proximité


Sarah 1993 : il faut examiner in concreto l’application de la loi étrangère. Plus la force du lien de la
situation avec la France est grande, plus l’OP a vocation à s’appliquer.

Séance 9 : Conflits de juridictions
ATTENTION : il ne s’agit plus de savoir quelle est la loi compétente mais la juridiction compétente !

Compétence des juridictions françaises


Les règles de compétence

Scheffel 1962 : deux intérêts :


- principe : les juridictions françaises sont compétentes pour connaître de litige entre étrangers relatifs
à leur statut personnel.
- méthode de dégagement des compétences de juridiction : art 14 et 15 du Code civil qui sont des
privilèges de juridictions (possibilité d’aller devant les juridictions françaises lorsque le demandeur/le
défendeur est français) sont insuffisant donc Scheffel considère qu’il faut déterminer d’autres chefs de
compétence : l’extension des règles de compétence internes permet de déterminer des règles de
compétence internationales : art 42 et suiv. NCPC.
Pourquoi ? les règles de compétence en droit interne ont pour objet le bon ordre sur le territoire, la
commodité des parties et la bonne administration de la justice. Même chose au niveau international.

Rappel : art 42 et 43 NCPC : en principe, for du défendeur (codéfendeurs) ; art 46 fors alternatifs
(contrat, délit, aliment et contribution aux charges du mariage ; art 44 for du lieu de situation de
l’immeuble ; art 45, lieu du dernier domicile du défunt pour les successions : art 325 demande
incidente, for de demande principale

Les rapports entre privilège de juridictions (art. 14 et 15 C.civ) avec les autres règles de compétence

Orliac 1985 : les règles de principe sont les règles générales de compétence. Par exception, on
applique les art. 14 et 15 du Code civil.
Pratiquement, on utilise art 14 et 15 pour obtenir un jugement à l’encontre d’une personne domiciliée à
l’étranger qui a des biens en France. Cela permet l’exécution de la décision.

Reconnaissance en France des jugements étrangers


Exequatur : décision judiciaire rendant exécutoire un jugement étranger. Conditions de l’exequatur ?
Munzer 1964 pose 5 conditions mais certaines ont disparu.

1) Compétence du tribunal étranger


Simitch 1985 : deux conditions : a) aucun chef de compétence ne doit attribuer de compétence
exclusive à la juridiction française (immeuble, voie d’exécution et clause attributive de juridiction) et b)
le litige est lié de manière caractérisé au pays étranger.
Prieur 2006 : les art 14 et 15 ne sont plus des compétences exclusives de la juridiction française.
2) Régularité de la procédure
Bachir 1967 : la procédure est bien respectée (droits de la défense et OP procédural dont
contradictoire)
3) Application de la loi compétente d’après la règle de conflit : Abandonné par Cornelissen 2007.
4) Conformité à l’OP international (joue avec l’effet atténué)
5) Absence de toute fraude à la compétence : pas de soustraction à la compétence du juge
normalement compétent : pas de forum shopping.

Séance 10 : Le droit communautaire : le règlement du 22 décembre 2000 Bruxelles
I sur la compétence des tribunaux et la reconnaissance des décisions en matière
civile et commerciale
IMPORTANT : Pour les questions de contentieux privé international, le règlement est plus souvent
applicable que le droit commun.

Champ d’application

Art 1 du règlement : en matière civile et commerciale donc exclusion du droit public, matière fiscale et
douanière.
Et au sein du droit privé, cela exclut le droit de la famille, les successions, les testaments.

Règles de compétence
Principe
Art 2 al.1er : Le règlement s’applique lorsque le défendeur est domicilié dans la communauté.

Exceptions
Dérogations facultatives prévues par art. 5 à 7 du règlement

Art 5 :
- en matière contractuelle : devant le tribunal du lieu où l’obligation qui sert de base à la demande a
été ou doit être exécutée
- en matière d’obligation alimentaire : devant le tribunal du lieu où le créancier d’aliment a son domicile
ou sa résidence habituelle
- en matière délictuelle ou quasi délictuelle : devant le tribunal du lieu où le fait dommageable s’est
produit ou risque de se produire
- porter un litige contre une maison mère situé dans un Etat membre dans un autre Etat membre si le
litige est relatif à l’exploitation de la succursale, l’agence ou l’autre établissement.

Art 6 : sur le fondement d’une compétence dérivée : appel en garantie et demande reconventionnelle

ATTENTION : lorsque le litige porte sur un immeuble situé dans la Communauté, les tribunaux de cet
Etat membre sont exclusivement compétents. Peu important le lieu du domicile du défendeur.

Les clauses attributives de juridiction lorsque la clause désigne un tribunal de la Communauté : la


clause doit recevoir effet dans tous les Etats membres.

Reconnaissance et exécution des décisions

Si on veut les faire exécuter, la procédure est simplifiée (la procédure n’est pas contradictoire, le
tribunal local examine la décision et accorde la formule exécutoire si rien d’anormal et ensuite
notification de la décision à l’autre partie qui peut exercer un recours).

Quant au contrôle exercé par le juge, il est allégé. Le juge n’a pas le droit de contrôler la compétence
du juge d’origine parce qu’on fait une totale confiance au système judiciaire étranger communautaire.
On contrôle l’existence de la notification et l’ordre public.

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