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Caractéristiques de bitumes utilisés

en A l g é r i e

Guy
RAMOND
Assistant
Chargé de mission
Section Liants et matériaux routiers
Division Matériaux et structures de chaussées
Laboratoire central des Ponts et Chaussées

Nadir LARADI
Université des Sciences et de la technologie H. Boumédiène
Directeur de l'Institut de Génie civil

Monique P A S T O R
Technicien supérieur
Section Comportement physico-chimique des matériaux
Service Physico-chimie des matériaux
Laboratoire central des Ponts et Chaussées

Introduction
L ' i n d u s t r i e routière a l g é r i e n n e utilise actuellement deux
c a t é g o r i e s de bitume 40/50 et 80/100 :

>- la p r e m i è r e est f a b r i q u é e en A l g é r i e m ê m e ;
>- la seconde est soit f a b r i q u é e en A l g é r i e soit i m p o r t é e

RESUME d'Espagne.

Un examen sommaire en laboratoire de quelques L'analyse en laboratoire de quelques bitumes de c a t é -


bitumes u t i l i s é s par l'industrie r o u t i è r e a l g é -
gorie 40/50 et des constatations opérées sur chantier
rienne et d e s constatations d e chantier laisse
à penser qu'il peut s e poser d e s p r o b l è m e s laissent à penser que l'utilisation de ces bitumes peut
l i é s aux fluctuations d e s c a r a c t é r i s t i q u e s d e s poser différents p r o b l è m e s liés aux fluctuations des
liants à l ' a r r i v é e sur le chantier et à leur q u a -
c a r a c t é r i s t i q u e s des liants à l ' a r r i v é e sur le chantier et à
lité i n t r i n s è q u e .
leur qualité intrinsèque avec des conséquences en
L a simulation, e f f e c t u é e selon la p r o c é d u r e
R T F O T , de l ' é v o l u t i o n à l'enrobage d'un bitume m a t i è r e de formulation et conditions de fabrication et de
40/50 a m o n t r é que le lot t e s t é p r é s e n t a i t , selon mise en place des e n r o b é s [1] .
les c r i t è r e s f r a n ç a i s b a s é s sur d e s tests
conventionnels et sur d e s c a r a c t é r i s t i q u e s Nous é v o q u e r o n s le premier point, en nous limitant aux
r h é o l o g i q u e s , un vieillissement trop important.
L'analyse du liant r é c u p é r é dans un e n r o b é c a r a c t é r i s t i q u e s usuelles des bitumes, pour, compte tenu
c o n f e c t i o n n é a v e c cette c a t é g o r i e de bitume du climat a l g é r i e n , essayer de rapprocher les constata-
tend à confirmer cette é v o l u t i o n qui risque d'en-
tions de chantier de la qualité intrinsèque des liants, tout
t r a î n e r d e s fissures de fatigue thermique.
en étant conscient que la formule, les conditions de
Par ailleurs, c e bitume s e p l a ç a n t , avant toute fabrication et de mise en place des e n r o b é s jouent le plus
é v o l u t i o n , à l a plus b a s s e t e m p é r t u r e d e
ramollissement et à la plus grande p é n é t r a b i - grand rôle dans la qualité du r e v ê t e m e n t en place.
lité a u t o r i s é e , on peut donc craindre que d'autres
liants a v e c un vieillissement é q u i v a l e n t p r é -
sentent d e s risques plus importants.

C e p h é n o m è n e explique p e u t - ê t r e , au moins Considérations météorologiques


partiellement, car l a formule d e l ' e n r o b é joue
un r ô l e p r é p o n d é r a n t , un certain nombre d e Dans la région c o n s i d é r é e , une bande d'environ 200 km
d é f a u t s o b s e r v é s sur chantier. allant de la côte m é d i t e r r a n é e n n e vers les hauts plateaux,
MOTS C L É S : 31-52 - Bitume - Liant - on peut observer dans l ' a i r :
Laboratoire - Essai - Vieillissement - Enrobé -
Température - Qualité - Chantier - Climat - >- des t e m p é r a t u r e s maximales de l'ordre de 40 ° C ,
Algérie - Mesure - Déformation - Fissuration - >- des t e m p é r a t u r e s minimales de l'ordre de -5 ° C , et
Fatigue (mater.) - Caractéristiques
Construction routière. >*• des écarts de t e m p é r a t u r e entre le jour et la nuit de
20 ° C .

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Comme le revêtement noir absorbe les rayons L'élimination de ces valeurs conduit à constater,
solaires, la température maximale en surface de malgré tout, que :
la route est beaucoup plus élevée que la tempéra- >- les températures de ramollissement ( T ) B A

ture de l'air. peuvent aller de 62 à 49 °C. Selon les spécifica-


Une étude américaine, menée dans le cadre du tions françaises, cette plage couvre les classes
S H R P (Stratégie Highway Research Progam) [2, 20/30, 35/50 et 50/70 (fig. 1) ;
3], a proposé une estimation de la température >- les pénétrabilités peuvent couvrir une plage
maximale en surface d'un enrobé par la formule : allant de 55 à 41 1/10 mm ;
2
les pénétrabilités et les températures de
T - T = 0,00618 L + 0,2289 L + 24,4
s a
ramollissement correspondent sensiblement aux
où spécifications françaises antérieures à f992
concernant la catégorie 40/50 (fig. 1).
>» T et T sont respectivement les températures
a s

de l'air et de la surface de l'enrobé, en °C, Mais, il faut également observer que les caracté-
>- L est la latitude en degrés. ristiques données dans le tableau I ne sont issues
que d'analyses étagées sur neuf ans dans un
L a température minimale T„ en surface est prise dépôt déterminé. En outre, les fluctuations à long
égale à la température minimale de l'air, soit terme qu'elles tendent à décrire sont moins
-5 °C. gênantes que des variations à court terme qui ne
permettraient pas à l'ingénieur d'adapter la for-
Si l'on considère que la latitude est de l'ordre de
mule des enrobés. Ces deux remarques incitent à
36 degrés, on aura :
interpréter prudemment les résultats de ces
T - T , = 24,6
s mesures.

L a température maximale de surface T, est donc


d'environ 64,6 °C (à l'intérieur de l'enrobé, la TABLEAU I
température est légèrement inférieure). Caractéristiques de bitumes algériens 40/50
(valeurs obtenues au CTTP)

Date Quantité Pénétrabilité


(t) (C) (1/10 mm)
Fluctuation de la qualité des liants
L a qualité des approvisionnements sur chantier Décembre 1987 2406 56 42
dépend des caractéristiques des liants à la sortie Janvier 1988 2185 59 41
des raffineries, mais aussi de leur évolution
Décembre 1988 2673 52 45
éventuelle au cours des transports et des stoc-
kages entre la raffinerie et le dépôt, puis entre le Janvier 1989 1500 53 48

dépôt et le chantier. Juillet 1992 2200 63 52

Août 1992 1800 54 47


Les analyses n'ont porté que sur des liants pré-
levés en dépôt et sur chantier. Septembre 1992 2141 55 52

Octobre 1992 1300 60 42

Octobre 1992 2300 64 45


Fluctuation des approvisionnements
reçus dans un dépôt Novembre 1992 1610 64 30

Décembre 1992 2500 60 21


Une série de mesures effectuées en Algérie par
Janvier 1993 1200 49 47
l'Organisme de contrôle technique des travaux
publics ( C T T P ) , sur des liants de catégorie 40/50 Mars 1993 1420 62 45

approvisionnés au port d ' A l g e r au cours de la Avril 1993 1200 56 43


période allant de d é c e m b r e 1987 à juin 1996 (ta- Mai 1993 1500 55 45
bleau 1), tend à montrer que :
Août 1993 700 51 49
>- les températures de ramollissement ( T ) B A
Septembre 1993 2000 55 50
couvrent une plage allant de 64 à 49 °C,
Octobre 1993 1000 54 47
>- les pénétrabilités varient de 54 à 21 1/10 mm.
Novembre 1993 1000 55 48
Toutefois, i l faut noter que les analyses corres-
Mai 1994 2300 59 47
pondant aux bitumes prélevés en novembre et
Juin 1994 2600 60 46
décembre 1992 correspondent plus à des 20/30
q u ' à des 40/50. Par ailleurs, les résultats obtenus Janvier 1995 2500 50 50

sur les prélèvements de juillet 1992. octobre Février 1995 2500 57 52


1992 et mai 1996 présentent, a priori, des ano- Mai 1996 2500 62 55
malies car ils conduisent à de trop faibles sus-
Juin 1996 2500 55 55
ceptibilités thermiques (IP Pfeiffer > 1.1).

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Fig. 1 - Caractéristiques usuelles
des liants analysés.

Évolution des approvisionnements Caractéristiques d'un liant algérien,


sur chantier évolution et risques potentiels
Les conditions de transport et de stockage entre
L'évolution potentielle des bitumes lors de l'en-
le dépôt et le chantier peuvent aussi être une
robage est estimée, dans de nombreux pays, au
source de fluctuation de la qualité des liants. A
travers de l'essai R T F O T (Rolling Thin Film
titre d'exemple, on peut citer l'évolution d'un
Ovcn Test) effectué scion la norme N F T 6 6 - 0 3 2
bitume entre le dépôt du port d'Alger et les dif-
d'août 1992. On considère que l'évolution réelle
férentes centrales d'enrobage. Les résultats des
du liant est généralement légèrement surestimée,
analyses effectuées par le C T T P sont montrés
ce qui correspond à une hypothèse :
dans le tableau II.
- optimiste en ce qui concerne la résistance aux
On peut constater que l'évolution du liant n'est déformations permanentes, qui exige des consis-
pas négligeable. tances élevées,
TABLEAU II
^ pessimiste en ce qui concerne la résistance à
Évolution des bitumes la fissuration par fatigue thermique, qui exige de
entre le dépôt et les différentes centrales faibles raideurs.

Lieu Pénétrabilité L'évolution potentielle des bitumes à long terme,


de prélèvement fC) (1/10 mm) sur chantier, est estimé par l'essai P A V (Pressure
Ageing Vcssel).
Dépôt du port d'Alger 50 56
Centrale
55 47
de Draa Ben Kheda Caractéristiques usuelles et utilisation de
Centrale de Blida 55,5 48 l'abaque de Van der Poel [5, 6]
Centrale
55 52
de Sour El Ghozlan
Examen des caractéristiques usuelles
Centrale du jardin d'essai 57 42
Les spécifications françaises actuelles [7] sont
données dans le tableau III.
Conséquences des variations
d'approvisionnement des chantiers [4] TABLEAU III
Spécifications portant sur la classe 35/50
Compte tenu des fluctuations de qualité mon-
Liant Avant RFTOT Après RFTOT
trées dans les paragraphes précédents, la prévi-
sion du comportement des enrobés et donc leur
Pénétrabilité 35 à 50 -
formulation est complexe et peut conduire à des (1/10 mm)
m é c o m p t e s . Les risques sont, par ailleurs, ampli-
T B A C'C) 50 à 56 > 52
fiés par l'évolution des liants à l'enrobage, cette
évolution dépendant simultanément de la nature AT B A CO - <8
du liant, du type de la centrale et de sa conduite, Pénétrabilité
> 60
-
du matériau minéral et de la formule choisie. résiduelle (%)

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Examinons le liant 40/50 prélevé au dépôt d ' A l - TABLEAU V
Spécifications SHRP sur les liants
ger, p r é c é d e m m e n t étudié au paragraphe « Évolu-
tion des approvisionnements sur chantier », et son IGI(f)/sin <t>(f) G(t) m
évolution potentielle à l'enrobage. Ses caractéris- Fréquence (Pa) (Pa)
tiques usuelles, avant et après R T F O T , sont résu- ou temps
de charge Avant Après Après RTFOT + PAV
m é e s dans le tableau I V . RTFO RTFOT

L e bitume tel quel se placerait aux limites de la


1,6 H z 3

classe 35/50 (cf. tableau III). Sa pénétrabilité > 1.10 3


> 2,2.10
à T,
résiduelle (62 %) serait acceptable, mais son 60 s à T 0 < 1.10 8
> 0,3
accroissement de T après R T F O T , 9,5 ° C ,
B A
+ 10 ° C

serait excessif, la norme ne tolérant, pour cette


Notations
catégorie, qu'une augmentation inférieure ou <f>(f) : angle de phase à la fréquence f = 1,6 Hz.
égale à 8 ° C afin de limiter les risques de fissura- IG*l(f) : norme du module à la fréquence f = 1,6 Hz.
tion par fatigue thermique. O n peut donc G(t) : module en cisaillement au temps de charge
craindre un p h é n o m è n e de fissuration par fatigue t = 60 s.
thermique. m : pente logarithmique (m = dlg G(t)/dlg t) du
module G(t) au temps de charge t = 60 s.

TABLEAU IV
Caractéristiques du liant 40/50
prélevé au dépôt d'Alger TABLEAU VI
Caractérisation des liants
Liant Avant RTFOT Après RTFOT selon la procédure française des avis techniques

Avant RTFOT
Pénétrabilité 50 31
(1/10 m m ) Fréquence
IGI(f)
TBA

IP
( ° C )

Pfeiffer
56

0,2
65,5

0,95
(Pa)
n
7,8 H z à T , > 1.10 4
-

7,8 H z à T 0 8
< 1.33.10 > 27
+ 26,2 ° C
Caractéristiques performancielles estimées
grâce à l'abaque de Van der Poel -
C
7,8 H z à 40 'C > 45

Les valeurs requises par les spécifications améri- Notations


ty(f) : angle de phase à la fréquence f = 7,8 Hz.
caines [8, 9], essentiellement basées sur la rhéo-
IG*l(f) : norme du module à la fréquence f = 7,8 Hz.
logie, sont données dans le tableau V . Elles défi-
nissent les limites d'emploi des liants compte
tenu des températures T„ et T , définies au para-
graphe « Considérations météorologiques ». Les L a caractéristique d)(f) = 27 degrés ne fait pas, à
bornes à T, sont destinées à lutter contre l'ornié- proprement parler, partie des avis techniques.
rage et celles à T +10 ° C contre la fissuration à Elle a été ajouté i c i pour tenir compte d ' é t u d e s
0

basse température. plus récentes.

En France, i l existe actuellement, et indépen- Les mesures de (|)(f), IG*I(f), G(t) et m impliquent
damment des spécifications, un autre mode de de disposer d'appareillages spécialisés. Toutefois,
caractérisation des liants faisant partie des « avis on peut estimer IGI(f), G(t) grâce à l'abaque de
techniques ». Egalement basé sur la rhéologie, i l Van der Poel. Cette méthode, basée sur une étude
tend également à définir les limites d'emploi des statistique de nombreux bitumes, ne nécessite que
liants compte tenu des températures T et T , afin (l
la connaissance de T et 1TP, mais ne permet pas
B A

d'éviter, dans la mesure du possible, l'orniérage, d'estimer avec une précision suffisante (i)(f) et m .
la fissuration par retrait e m p ê c h é à basse t e m p é - Par contre, s'il est possible d'admettre que le sinus
rature et la fissuration par fatigue thermique. de l'angle de phase est proche de 1, dans les condi-
Actuellement, cette m é t h o d e est essentiellement tions de température et de fréquences choisies,
utilisée pour caractériser les bitumes modifiés IG*I(f) est un bon estimateur de IGI(f)/sin c[)(f), du
par des polymères pour lesquels i l n'existe pas moins pour les bitumes purs.
de spécifications et doit être considérée, avec
Il est donc possible d'estimer une partie des
d'autres données, comme une aide à la décision
grandeurs de la classification selon la norme
dans le choix d'un liant. Les valeurs requises
S H R P et selon les avis techniques.
sont données dans le tableau V I . L a borne à T,
est destinée à lutter contre l'orniérage, celle à T ()
Appliqué aux températures, fréquences et temps
+26.2 ° C contre la fissuration à basse tempéra- de charge de la classification S H R P , l'abaque
ture et celle à 40 ° C contre la fissuration par permet la construction du tableau V I I pour le
fatigue thermique. bitume 40/50 prélevé au port d'Alger.

6 B U L L E T I N D E S L A B O R A T O I R E S D E S P O N T S E T C H A U S S É E S - 225 - M A R S - A V R I L 2000 - R É F . 4245 - P P . 3-11


T A B L E A U VII
Comparaison du liant 40/50 algérien
Courbes de Black du bitume 40/50
avec les exigences SHRP

IGI(f)/sin o(f)
Fréquence ou estimé par IGI(f) 90
temps de charge
Avant RTFO Après RTFOT 80

vT *
1,6 Hz à T, 3.10 3
1.10 4
-CJ 70 •
-»—
Cl
60 s à T + 10 X 2..10 6
•ë 60 •
0

Ci w

« 50
(O
*» • •
T A B L E A U VIII .c
a 1D
40
Comparaison du liant 40/50 algérien o>
avec les caractéristiques demandées ° 30
O)
par les avis techniques < 20
••^
**
Avant RTFO Après RTFOT 10

Fréquence n
IGI(f) 0(f) <D(f) 10' 1 o 5
10 6 7
1o 10 p 9
10
(Pa) (°) (°) Module IG*I (Pa)

7,8 Hz
1.10 4
- 4.10" -
à T, Fig. 2 - Courbe complète du bitume tel quel prélevé au port d'Alger.
7,8 Hz Non Non
7.10 6
1.10 7

à T 0 calculable calculable
7,8 Hz Non Non
- III
à 40 ° C calculable calculable

— tel que
L a comparaison des tableaux V et V I I montre — RTFOl
que, pour les valeurs calculables, ce bitume ren- — RN 5
I
trerait dans les spécifications pour les bornes à
T, concernant l'orniérage. O n ne peut pas savoir
s'il serait compatible avec les bornes à T faute ()

d'avoir effectué l'essai P A V et, de toutes façons,


m ne serait pas calculable ; toutefois, la valeur
de G(t) obtenue après R T F O T laisse supposer
que l'évolution au P A V ne serait pas redhibitoire 10 1o 7
6

du moins en ce qui concerne G(t) (tableau VIII). Module IG*I (Pa)

L a comparaison des tableaux V I et VIII (partie Fig. 3 - Courbes à 7,8 Hz


gauche) montre que. pour les valeurs calculables, ce bitu- du bitume tel quel et après évolution simulée ou réelle.
me serait conforme aux exigences des avis techniques.
La valeur (|)(f) à 40 °C ne peut pas être calculée, ce
qui est regrettable car c'est une borne destinée à Les variations du module et de l'angle de phase
lutter contre la fissuration par fatigue thermique et en fonction de la température sont présentées sur
nous avons vu au paragraphe « Examen des carac- les figures 4 et 5. On confirme que l'évolution à
téristiques usuelles » que l'accroissement de T B A l'enrobage :
au cours du R T F O T impliquait ce type de risque. ~~ rigidifie le liant aux températures de service
élevée et diminue la susceptibilité thermique,
diminue l'angle de phase, augmentant ainsi la
Caractéristiques rhéologiques des liants contribution élastique au module.
Examinons tout d'abord la courbe de Black (fig. 2)
On note aussi que les modules, avant et après
du bitume 40/50 prélevé au port d'Alger. O n
R T F O T , à la température maximale T , sont res-
voit que ce bitume est très structuré car il présente 4 4
pectivement de 2,3.10 et de 5.10 Pa alors que
de nombreuses « vagues » m ê m e à relativement
basse température. Son évolution à l'enrobage, l'estimation à partir de l'abaque de V a n der Poel
4 4

simulée par le R T F O T ou réelle (fig. 3), ne fera conduisait à 1.10 et 4.10 Pa. Cet écart n'a rien
qu'accroître cette structure diminuant par ce fait d'étonnant compte tenu du caractère approché de
m ê m e les susceptibilités thermique et cinétique. l'abaque.

On peut penser que ces liants sont microscopi- A 7,8 H z , le liant tel quel atteint un angle de 45° à
quement hétérogènes et contiennent des asphal- 21,5 °C, après R T F O T cette m ê m e valeur d'angle
tènes très interactifs s'associant en agglomérats n'est atteinte que pour 35,5 °C. Cela confirme la
plus ou moins stables selon la température et forte évolution de T constatée au paragraphe « Exa-
B A

peut-être m ê m e la fréquence. men des caractéristiques usuelles ».

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Par ailleurs, à la température T +26,2 soit 21,2 ° C 0

et pour une fréquence de 7.8 H z , le module du liant


6
tel quel est de 5,5.10 Pa pour un angle de 45°
Isochrones de la norme du module, de l'angle de phase et de l'inverse
environ, alors que le module après R T F O T est
de complaisance de perte à 7,8 Hz du bitume 40/50 7

tel quel et après évolution simulée ou réelle proche de 1.10 Pa et son angle de phase d'environ
35 degrés. On remarquera que l'abaque prévoyait
h 7
respectivement 7.10 Pa et 1.10 Pa.
Les exigences des avis techniques sont donc
Module [G*] (Pa)
satisfaites et on ne devrait pas observer de fissu-
ration par retrait e m p ê c h é à basse température,
sous réserve, toutefois, d'une faible évolution
ultérieure par vieillissement en place.

Les variations de l'inverse de la complaisance


(1/J"(f) = IGI(f)/sin c|)(f)) de perte sont présen-
tées sur la figure 6. Les valeurs de 1/J"(f), avant
et après R T F O T , à la température maximale T,
4 4
sont respectivement de 2,8.10 et de 6.10 Pa. Le
rapprochement de ces valeurs avec celles de
IGI(f) montrent que l'influence du sinus de
l'angle de phase est faible.
En résumé, ces résultats confirment que :
^ aux températures maximale T, et minimale T , 0
Fig. 4 - Norme du module.
le liant 40/50 satisfait aux exigences des avis tech-
niques mais que évolution à l'enrobage est forte ;
>- aux températures de service élevées, 1 ' influence
du sinus de l'angle de phase est faible et donc
IGI(f) est un bon estimateur de IGI(f)/sin Q(f).

Les valeurs seuils des avis techniques sont


— tel quel
atteintes respectivement pour 72,3 ° C en ce qui
— RTFOT
— RN 5 concerne le liant tel quel et 70 °C dans le cas du
bitume après R T F O T .

Conséquences pratiques
-30 -20 -10 10 20 30 40 50 60 70
Température ( C) Les conséquences pratiques des caractéristiques
mesurées sur ces liants sont à examiner sur trois
plans d'importance décroissante, compte tenu du
Fig. 5 - Angle de phase.
climat algérien :
déformations permanentes,
~- fissuration par fatigue thermique [10],
>• fissuration à basse température.
L a faible valeur de T obtenue sur le 40/50 tel
U A

quel pourrait faire craindre des risques de déforma-


tions permanentes si l'évolution du liant à l'enrobage
était faible. Mais son fort accroissement lors du
R T F O T laisse à penser que ces risques sont limités,
du moins si la formule de l'enrobé est correcte. Les va-
leurs de module calculées grâce à l'abaque expriment
différemment cette m ê m e idée qui se trouve
-30 -20 -10 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 confirmée par les essais rhéologiques effectués.
Température (°C)
Toutefois, un liant aussi structuré pourrait pré-
senter une sensibilité particulière à l'histoire
Fig. 6 - Inverse de la complaisance de perte.
thermique ; la reprise de structure après l'enro-
bage n'étant pas instantanée, des déformations
pendant les premières heures ne sont pas totale-
ment à exclure.

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Par contre, l'augmentation de T est plutôt B A ce qui implique des risques de fatigue thermique.
inquiétante du point de vue de la fissuration par Par contre, à la température T„ +26,2 °C, soit
fatigue thermique car, en admettant la validité de 21,2 °C, son module est d'environ 7.10 Pa et son 6

la simulation R T F O T , le bitume se placerait, angle de phase d'environ 36 degrés : les risques de


avant tout vieillissement in situ, dans un inter- fissuration par retrait e m p ê c h é à basse tempéra-
valle de T (64 à 68 °C) où les risques de fissu-
B A ture sont donc a priori faibles.
ration ne sont pas négligeables [11] d'autant que
Les variations de l'inverse de la complaisance
l'évolution in situ est probablement plus rapide
complexe sont données sur la figure 6. L'inverse
en Algérie qu'en Europe. Il n'est peut être pas
de la complaisance complexe, à la température
inutile de rappeler que. sur les routes du sud de 4

la France, tous les bitumes récupérés ayant une maximale T, est de 6,5.10 Pa, valeur a priori
T supérieure ou égale à 70 °C ont systémati- suffisante pour limiter l'orniérage.
B A

quement conduit à une fissuration de l'enrobé. Les essais rhéologiques confirment que le liant
L'examen des résultats concernant le module récupéré après un mois de circulation a des
confirme cette analyse, l'angle de phase n'attei- caractéristiques très proches de celles estimées
gnant 45 degrés à 7,8 H z , que pour une tempéra- par le R T F O T . Les conclusions pratiques évo-
ture de 35,5 °C, ce qui correspond également à quées au paragraphe « Conséquences pratiques »
une zone à risques potentiels. Cette tendance ne restent donc globalement inchangées et l'on peut
peut, en effet, q u ' ê t r e aggravée par l'évolution dire que :
en place, qui est favorisée par : le liant évolue beaucoup à l'enrobage et cette
>- un fort ensoleillement et une température éle- évolution continuera sur route, surtout si la com-
vée, pacité est faible et la température élevée. L a
>- un pourcentage de vide élevé. forte évolution constatée fait craindre, à terme,
une mauvaise résistance à la fatigue thermique et
Dans la région considérée, il ne devrait pas y la naissance de fissures ;
avoir de fissuration liée aux basses températures, >- l'enrobé, si sa formule est correcte, devrait
la température minimale étant de - 5 °C. bien résister aux déformations permanentes. Par
contre, i l pourrait présenter quelques difficultés
au cours des premières heures, si la reprise de
structure est lente ;
Évolution réelle et conséquence
>- les risques de fissuration par retrait e m p ê c h é
Le tableau I X résume les caractéristiques usuelles à basse température sont a priori faibles.
d'un bitume 40/50 récupéré sur la R N 5 à Alger.
En outre, i l faut remarquer que le bitume tel quel
On peut noter que le liant récupéré après un mois
analysé (prélèvement au port d'Alger) avait, avant
de circulation a des caractéristiques proches de
tout vieillissement, une T de 50 °C. Il est. de ce
celles estimées par le R T F O T . B A

point de vue, à la limite des classes 35/50 et 50/70


La comparaison des tableaux I V et I X montre que selon les spécifications françaises. On peut donc
les pénétrabilités et les T du bitume récupéré n A supposer, sans trop s'engager, qu'il existe sur le
sont équivalentes, aux facteurs d'incertitude près. marché algérien actuel des liants de T plus B A

élevée présentant donc des risques de fatigue ther-


TABLEAU IX
Caractéristiques du liant récupéré mique bien plus importants.
sur la RN5 à Alger

Liant R é c u p é r é RN 5
Constatations in situ
P é n é t r a b i l i t é (1/10 mm) 29
Dans les environs d'Alger, de Blida, de M é d é a et
T (°C) 66,5
B A
de Sétif, les chantiers confectionnés, dans le
IP 0,97 passé, avec ce type de bitume présentent pour la
plupart d'importants défauts, en particulier, des
arrachements et des fissures.
Les courbes de Black du bitume 40/50 extrait
sont montrées sur la figure 3, où l'on voit que le Ces défauts, souvent apparus très rapidement,
bitume récupéré est légèrement plus structuré et tendent à accréditer l'hypothèse d'un liant « trop
moins susceptible que le bitume ayant subi le vieillissant » mais il est impossible de conclure
RTFOT. définitivement sans autre analyse des enrobés.

Les variations du module et de l'angle de phase en Le bilan du comportement des chaussées bitumi-
fonction de la température sont données sur les neuses réalisées dans les villes algériennes citées
figures 4 et 5. A 7,8 H z , le liant récupéré atteint un plus haut et sur les réseaux routiers a montré
angle de 45 degrés pour une température de 40 °C, l'existence de fissures superficielles et d'autres

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dégradations (essentiellement des arrachements), Les différents essais réalisés sur les bitumes
comme le montre la figure 7, se développant récupérés de ces couches ont montré une évolu-
d'une manière anarchique dans les couches de tion très rapide des caractéristiques du bitume, ce
roulement [12]. Ces fissures intéressent tout ou qui nous amène à formuler l'hypothèse que ces
partie de la couche de roulement, sans que la bitumes utilisés en Algérie s'avèrent être très
structure de la chaussée soit mise en cause. susceptibles au vieillissement.

Fig. 7 - D é g r a d a t i o n s apparues sur le r é s e a u routier a l g é r i e n

;
- f

alter

• ' S R L * x*. .• ' . ' « P * "

a. Fissures et arrachements. c. Arrachements.

b. Arrachements. d. Fissures.

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Conclusions

L a simulation, effectuée selon la procédure Par ailleurs, ce liant se place, avant toute évolu-
R T F O T , de l'évolution à l'enrobage d'un bitume tion, à la plus basse température de ramollissement
40/50 a montré que le lot testé présentait, selon les et à la plus grande pénétrabilité autorisée. On peut
spécifications françaises, un vieillissement trop donc craindre que d'autres liants avec un vieillis-
fort. L'analyse du liant récupéré dans un enrobé sement équivalent présentent des risques plus
confectionné avec cette catégorie de bitume tend à importants.
confirmer cette évolution, qui risque d'entraîner Ce p h é n o m è n e explique probablement un certain
des fissures de fatigue thermique. nombre de défauts observés sur chantier.

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novembre-décembre, pp. 3-12. N° .1 1064102195, IGCIUSTHB, MESRS, Alger.

ABSTRACT

The properties of the bitumens used in Algeria

G . R A M O N D , N. LARADI, M. P A S T O R
A brief laboratory study of s o m e of the bitumens u s e d by the Algerian road construction industry and observations
In the field lead to the view that problems may arise from irregularities in the properties of the binders delivered to
the worksite and from their intrinsic qualities.

The R T F O T w a s u s e d to simulate the c h a n g e that takes place on coating in the c a s e of a 40/50 pen bitumen. T h e
results s h o w e d that, with reference to F r e n c h criteria b a s e d on conventional tests and on the basis of Theological
criteria, the tested batch underwent e x c e s s i v e ageing. A n a l y s i s of the binder recovered from a mix manufactured
with the s a m e type of binder confirmed this c h a n g e which is likely to lead to thermal fatigue cracking.

In addition, a s prior to any c h a n g e the bitumen in question had the lowest permitted softening point and the highest
permitted penetration, it is to be feared that greater risks will be a s s o c i a t e d with other binders subjected to similar
ageing.

This p h e n o m e n o n may explain a number of defects that have been o b s e r v e d in the field, at least partially a s the
formula of the mixture plays a decisive role.

C a r a c t é r i s t i q u e s de bitumes u t i l i s é s e n A l g é r i e

B U L L E T I N D E S L A B O R A T O I R E S D E S P O N T S E T C H A U S S É E S - 225 - M A R S - A V R I L 2000 - R É F . 4245 - P P 3-11 11

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