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20 | économie & entreprise 0123

MARDI 27 OCTOBRE 2020

Les nouvelles
constellations
visent le marché
des télécoms
et de l’Internet
à haut débit.
Illustration
d’un satellite de
communication
américain.
HANDOUT/AFP

Internet à l’assaut de l’espace


DOSSIER Porté par les échanges de données et dopé par les Starlink, le plus avancé des projets en cours,

L
proposerait un accès à ses satellites pour en-

e 22 septembre, la Station spa-


innovations technologiques qui ont fait baisser les coûts, viron 80 dollars (68 euros) par mois impli-
quant de se munir d’une « box » et d’une an-
tiale internationale (ISS) a ral-
lumé ses propulseurs et s’est éle-
le marché des satellites fascine les entreprises privées, tenne coûtant entre 100 et 300 dollars, selon
les indications fournies par SpaceX.
vée de quatorze kilomètres. Il ne telles SpaceX ou Amazon. Les projets de constellations
s’agissait pas de changer d’itiné-
se multiplient, menaçant l’espace de saturation
INTÉGRATION VERTICALE
raire ou de point de vue, mais La société affirme avoir déjà enregistré
d’éviter une éventuelle collision avec un 700 000 demandes d’information aux
morceau d’un lanceur japonais en orbite de- Etats-Unis. Le principal atout de Starlink –
puis 2018. Le choc aurait pu causer des dom- comme celui de Kuiper – est l’intégration
mages importants à l’ISS, qui se déplace à la verticale. SpaceX et Amazon maîtrisent
vitesse de… 27 500 km/h, dix fois la vitesse de gigantesques projets de constellations de ainsi d’un signal accessible à ses troupes toute la chaîne de valeur. Ils fabriquent les
d’une balle de fusil. C’était la troisième petits satellites pour offrir un accès à Inter- partout dans le monde. « UN UTILISATEUR lanceurs et les satellites, et les envoient eux-
manœuvre d’évitement opérée par l’ISS de-
puis le début de l’année. Pour sa part,
net à haut débit aux zones les plus reculées
de la planète. Ces projets sont portés par la
Le marché visé par les nouvelles méga-
constellations est celui des télécoms et de
DE SMARTPHONE mêmes dans l’espace. De plus, sous contrat
avec la NASA et d’autres opérateurs, SpaceX
l’Agence spatiale européenne (ESA) lance en transformation numérique de toutes les ac- l’Internet à haut débit. Qu’il s’agisse de A RECOURS, CHAQUE peut profiter des lancements qui lui sont
moyenne deux alertes de risque de collision tivités professionnelles et par la de- consulter la météo, de suivre un itinéraire commandés pour embarquer ses propres
par jour. En septembre 2019, elle a dû dérou- mande du grand public de disposer de dé- ou de visionner le dernier clip de son groupe JOUR, AUX SERVICES « grappes » de satellites. Et, grâce à ses lan-
ter son satellite Aeolus (conçu pour mesu- bits toujours plus importants pour être préféré, « un utilisateur de smartphone a re- ceurs réutilisables Falcon, l’entreprise d’Elon
rer les vents) afin d’éviter une collision avec connecté partout et tout le temps. cours, chaque jour, aux services fournis par
FOURNIS Musk a réduit le coût moyen de lancement
un satellite de la constellation Starlink de 40 satellites en moyenne », constate Jean-Luc PAR 40 SATELLITES au kilogramme de 8 000 dollars, au début
l’entreprise californienne SpaceX. Sur les MÉGACONSTELLATIONS Fugit, député et rapporteur des travaux de des années 2000, à moins de 4 000 dollars
5 500 satellites actuellement répartis sur les Fin 2020, le projet Starlink de SpaceX aura l’Office parlementaire d’évaluation des EN MOYENNE » en 2018. Reste à voir si les services d’Internet
trois orbites (basse, moins de 2 000 km, déjà placé un millier de satellites sur orbite. choix scientifiques et technologiques JEAN-LUC FUGIT
à haut débit offerts par la 5G ne vont pas
moyenne entre 2 000 et 36 000 km, haute à La société doit en lancer 12 000 dans les pro- (Opecst) sur les satellites et leurs applica- rapporteur de l’Office s’imposer sur le marché avant que les cons-
36 000 km), la moitié seulement sont opé- chaines années, et envisage d’en envoyer tions. Les nouveaux opérateurs veulent se parlementaire d’évaluation tellations ne soient pleinement opération-
rationnels. Autrement dit, quelque 2 700 sa- 30 000 de plus dans un second temps. Fin différencier des services existants en propo- des choix scientifiques nelles, rejouant le scénario du GSM et du té-
tellites, entiers ou en morceaux, et les dé- juillet, Kuiper, projet d’Amazon, a obtenu le sant des tarifs plus accessibles, un débit plus sur les satellites léphone satellite des années 1990.
bris des lanceurs qui les ont mis en orbite, feu vert des autorités américaines pour lan- élevé et un temps de latence réduit. Autre- S’il ne trouve pas son salut auprès des parti-
continuent de tournoyer dans l’espace. Au cer 3 200 satellites. Quant à OneWeb, ré- ment dit, un accès plus rapide et de culiers adeptes des séries vidéo ou des
vu des projets de lancement inscrits à cemment repris par le gouvernement bri- meilleure qualité autorisant le streaming, la gameurs frénétiques, le marché se dévelop-
l’agenda des prochaines années, les risques tannique et l’opérateur de télécoms indien visioconférence, le jeu en ligne… pera certainement du côté des applications
de collision vont se multiplier. Bharti Global, il a déjà lancé 74 satellites et
L’orbite basse pourrait, en effet, ressem- prévoit d’en lancer 600 d’ici à 2022. « Ces ac-
bler bientôt à une autoroute les jours de
grands départs, car les projets de nouvelles
teurs ont changé la donne du spatial, mais
en volume uniquement. Leurs projets repré-
Un patrimoine commun menacé de privatisation
constellations se sont multipliés au cours sentent 70 % des satellites à lancer, mais, en
des dernières années, menaçant l’espace de valeur, les projets gouvernementaux restent le regain d’intérêt pour la con- n’est que, pour lancer un satellite, droit, responsable du master 2
saturation. Il vous est peut-être arrivé, par largement majoritaires et représentent 75 % quête spatiale met à mal les règles un opérateur doit obtenir l’autori- « droit des activités spatiales et télé-
nuit claire et loin des sources de lumière, de du marché ! », précise Steve Bochinger, de bonne conduite qui prévalaient sation de l’Etat dans lequel il opère. coms » à l’université Paris-Saclay.
voir plusieurs points lumineux se déplacer directeur général d’Euroconsult. jusqu’au début des années 2000, La question des débris devra être
en caravane dans le ciel. Il s’agissait proba- Les projets de réseaux satellitaires de tout d’abord dans le cadre de l’ac- « Nouveaux règlements » abordée en concertation avec ac-
blement d’un chapelet des satellites Star- télécommunications ne datent pas cord international sur les principes L’arrivée d’acteurs privés, la multi- teurs publics et privés. Les Etats ont
link que SpaceX lance par dizaines deux fois d’aujourd’hui. Dans les années 1990, plu- de l’exploration et de l’utilisation plication des lancements et les am- compris que, s’ils ne régulent pas, à
par mois ! Selon le cabinet Euroconsult, spé- sieurs projets de constellations visaient à pacifique de l’espace et des corps bitions des Etats-Unis fragilisent les terme, les activités spatiales seront
cialisé dans le secteur de l’espace, le nombre proposer des services destinés aux activités célestes, signé en 1967 par une cen- directives respectées jusque-là. menacées. « Les futurs services en
de petits satellites (moins de 500 kg) lancés dans des zones mal couvertes (bateaux, taine d’Etats dans le cadre des Na- « Les deux piliers du traité de 1967 – orbite nécessiteront de nouveaux rè-
en moyenne chaque année passerait de 181 avions, mines, exploitation forestière…). tions unies ; puis dans celui de l’ac- utilisation pacifique et non-appro- glements, car il ne s’agira plus de
entre 2010 et 2019 à 1 011 d’ici à 2029. Mais la norme GSM, arrivée en même cord de 1979, qui consacrait la non- priation – sont remis en question par s’éviter mais de se connecter les uns
Depuis les années 2010, le spatial a changé temps, s’est imposée pour la commu- appropriation de l’espace, de la les grandes dynamiques actuelles : aux autres, et ce quelle que soit la na-
d’ère. Il n’est plus la seule affaire des gouver- nication mobile. Peu de grands projets « pri- Lune et des corps célestes, « patri- la militarisation et la privatisation tionalité du dépanneur ou du satel-
nements, des agences spatiales, des orga- vés » de télécoms satellitaires ont survécu. moine commun de l’humanité ». du spatial. Les Etats-Unis ont adopté lite en panne », prédit Julien Mariez.
nisations internationales, ni des industriels En orbite basse, il reste les opérateurs Glo- « Mais seulement dix-huit pays, une loi qui autorise l’exploitation des Mais, à l’heure où les Etats-Unis,
qui fabriquent pour le compte des pré- balstar et Iridium, ce dernier ayant été dont aucune puissance spatiale, ont ressources par des sociétés privées, première puissance spatiale, légifè-
cédents. La miniaturisation et les innova- sauvé après avoir fait faillite en 1999. Leurs signé le traité de 1979 », précise Ju- dans le cadre du projet de retour sur rent unilatéralement, il ne sera pas
tions technologiques, la baisse du coût, tant principaux clients sont les acteurs du trans- lien Mariez, chef du service juridi- la Lune notamment, suivis par le facile d’obtenir un consensus sur
de la fabrication des satellites que de leur port aérien et maritime, les secteurs pétro- que du Centre national d’études Luxembourg et les Emirats arabes les règles à respecter et sur l’ins-
lancement, ont permis à des entreprises pri- lier et minier, les navigateurs et, pour Iri- spatiales (CNES). De plus, ces traités unis. La France y réfléchit », explique tance qui les fera appliquer. p
vées – SpaceX et Amazon en tête – de lancer dium, la défense américaine, qui dispose ne disent rien sur les orbites, si ce Philippe Achilleas, professeur de so. c.
0123
MARDI 27 OCTOBRE 2020 économie & entreprise | 21

L’orbite terrestre bientôt saturée de satellites privés ?


Nombre de satellites autorisés par le régulateur
américain pour les 3 principales constellations
Starlink, la plus grande des futures constellations de satellites
Projet de l’entreprise américaine SpaceX visant à proposer un accès
Internet haut débit via une constellation de petits satellites (moins
( de 500 kg) 3 200
placés en orbite terrestre basse (moins de 2 000 km d’altitude). Kuiper (Amazon)

Nombre de satellites
prévus à terme par Space X

Nombre actuel de satellites en orbite


dans le projet Starlink 12 000
Environ 5 500 dont 42 000 Starlink
(Space X)
2 787 actifs

2 000
OneWeb

2015 2018 2019 2020


72,9 %
des 2 787 satellites Annonce du projet Autorisation du régulateur américain Déploiement des Plus de 800
actifs naviguent en orbite par Elon Musk, de mettre en orbite 12 000 satellites. premiers satellites satellites
800 satellites fondateur de SpaceX
terrestre basse de la constellation sont en orbite
appartenant à SpaceX Lancement des premiers prototypes
sont déjà en orbite de satellites

Le modèle de Starlink, symbole de la nouvelle course à l’espace


Les petits satellites pour les télécommunications, comme ceux de Starlink,
seront de plus en plus nombreux à l’avenir, notamment grâce à la baisse
des coûts de lancement.
Utilisation des petits satellites lancés, en % Estimation du coût de lancement Chiffre d’affaires de la conception
Nombre moyen de petits satellites dans l’orbite terrestre basse, en dollars/kg et du lancement des petits satellites,
lancés par an en milliards de dollars
Prototypes technologiques 12 16 000
1 011
91 % 39 15
12 000
des petits satellites Observation terrestre 51,3
lancés en 2019 l’ont été 56 8 000
32
Télécoms 14,6
181 en orbite terrestre
basse (dont accès à Internet) 4 000
11
18 Autres 17 0
2010-2019 2020-2029 2010-2019 2020-2029 1987 2018 2010-2019 2020-2029
Sources : SpaceX, ESA, UCS, Euroconsult, Sénat, Bank of America Merrill Lynch Infographie : Le Monde, Audrey Lagadec, Maxime Mainguet

professionnelles telles que l’Internet des eux aussi, de nouveaux satellites plus per- spatiales (CNES). La loi française de juin 2008 de tels services pourraient être fournis par
objets, l’automatisation et l’interconnexion formants et plus nombreux. « AU DÉBUT DES relative aux opérations spatiales comporte des satellites spécifiques qui se ravitaille-
des usines, les liaisons entre véhicules quels
qu’ils soient, y compris autonomes, les smart
Conséquence de cette nouvelle ère du spa-
tial, l’espace commence à être passablement
ANNÉES 2000, UNE un chapitre sur la protection de l’espace.
Concrètement, les satellites doivent intégrer
raient à des stations d’accueil elles-mêmes
en orbite », anticipe Sabrina Andiappane. En
cities, l’e-santé et autres projets s’appuyant encombré, surtout en orbite basse, et la si- TRENTAINE DE PAYS dès leur conception leur neutralisation au février, le remorqueur spatial MEV-1 (Mis-
sur de l’Internet à haut débit en temps réel. tuation ne peut qu’empirer. On dénombre terme de leur durée de vie. « En moyenne, au sion Extension Vehicle 1) de l’Américain
L’annonce de Microsoft, mardi 20 octobre, aujourd’hui environ 20 000 débris de plus INVESTISSAIENT bout de quinze ans, soit ils entrent dans l’at- Northrop Grumman a ainsi « capturé » un
préfigure peut-être ce marché de l’« industrie de 10 cm, pour la plupart identifiés, dont la mosphère et se décomposent pour ceux en or- satellite de télécommunications à court de
spatiale » version XXIe siècle alliant l’amont collision d’origine est connue et qui peuvent
DANS LE SPATIAL, bite basse, soit, pour les satellites géostation- carburant et l’a remis en orbite géostation-
et l’aval, soit les infrastructures, les données être suivis au télescope. S’y ajoutent les dé- ILS SONT 85 naires à 36 000 km, ils sont désorbités, c’est-à- naire pour une durée de cinq ans. L’ESA a
qu’elles transmettent et les applications fai- bris plus petits : au total, il y aurait 130 mil- dire orientés vers un “cimetière” », explique pour sa part confié le projet Adrios à un con-
tes grâce à ces données. Le géant de lions de débris de plus de 1 mm. « Cela repré- AUJOURD’HUI ! » Sabrina Andiappane, responsable des servi- sortium mené par la start-up suisse ClearS-
Redmond a révélé la signature de partena- sente environ 8 000 tonnes, c’est la masse de STEVE BOCHINGER
ces en orbite pour le groupe d’électronique, pace. Doté de 100 millions d’euros, ce projet
riats avec les opérateurs SpaceX et le luxem- la tour Eiffel, ce n’est pas énorme, mais, à la vi- directeur général d’aéronautique et de défense Thales. Ces ser- doit concevoir un démonstrateur qui ira ré-
bourgeois SES afin d’assurer à ses clients des tesse de 7 km/seconde, le moindre débris peut d’Euroconsult vices consistent à prolonger la durée de vie cupérer un étage du lanceur Vega, laissé en
connexions sécurisées par satellites à sa causer d’importants dommages. Et ; s’il est des satellites en les ravitaillant en carburant orbite basse en 2013. Adrios devrait être opé-
plate-forme cloud Azure. Microsoft lance possible de dérouter la Station spatiale ou un ou en les réparant directement sur leur or- rationnel en 2025. D’ici là, Starlink, Kuiper et
également un data center clés en main, c’est- satellite opérationnel depuis le sol, on ne peut bite pour les maintenir en fonctionnement. OneWeb auront ajouté quelque 5 000 nou-
à-dire un conteneur autonome capable de pas agir sur les débris pour modifier leur tra- D’autres projets en cours visent à la récu- veaux satellites dans cette orbite. De quoi
fonctionner dans des conditions climatiques jectoire », explique Pierre Omaly, expert dé- pération des satellites « morts » ou des gros corser encore les choses pour Adrios. p
et d’approvisionnement en énergie critiques, bris spatiaux au Centre national d’études débris, afin de les dérouter. « Dans le futur, sophy caulier
et connecté aux utilisateurs via des satellites.
L’alliance du spatial et du cloud au service de
l’économie numérique. Jean-Yves Le Gall : « L’avenir du spatial, ce sont les applications »
ENJEUX STRATÉGIQUES
A cet engouement pour les communica- le président du Centre national D’autre part, les satellites bénéfi- grandes lignes du spatial pour la pro- Alors qu’est-ce qui suscite le regain
tions satellites et la multiplication des pro- d’études spatiales (CNES), Jean-Yves Le cient de plus en plus d’innovations, et chaine décennie ! d’intérêt pour le spatial ?
jets commerciaux s’ajoute l’arrivée sur la Gall, revient sur le bouleversement en notamment de la miniaturisation. Ce L’explosion des applications. Il y a
scène du spatial de nouvelles puissances. cours dans l’industrie spatiale. qui permet, là aussi, d’abaisser les Est-ce ce regain d’intérêt qui fait quinze ans, lorsqu’on parlait du spa-
« Au début des années 2000, une trentaine de coûts. Conséquence : de nombreuses que les projets de constellation tial, on parlait surtout des lanceurs et
pays investissaient dans le spatial, ils sont 85 Vous affirmez que nous sommes entreprises veulent et peuvent faire de satellites sont aujourd’hui des satellites. Le marché mondial des
aujourd’hui ! Il y a beaucoup de nouveaux en- entrés dans une nouvelle ère, que du spatial. Toutefois, il y a encore peu si nombreux ? lanceurs est de 5 milliards de dollars,
trants institutionnels sur ce marché, car les vous appelez le « post-NewSpace », d’investisseurs privés qui se lancent, Il y a beaucoup de projets de cons- celui des satellites de 15 milliards, ce-
capacités d’analyse de données élargissent le qu’entendez-vous par là ? car le domaine reste très risqué. En re- tellations, mais peu sont ou seront lui des applications de plusieurs dizai-
champ des applications à la gestion des res- Les cinq dernières années ont mar- vanche, les investissements publics opérationnels. Le projet Starlink de nes de milliards. L’avenir du spatial,
sources naturelles, à l’agriculture, mais aussi qué un tournant pour le spatial en ont augmenté. Au cours des dernières SpaceX a démarré concrètement, ce sont les applications. Le secteur est
à la sécurité, à la surveillance du territoire, général et pour le CNES en particu- années, le budget du CNES a pro- avec environ un millier de satellites très capitalistique, les barrières à l’en-
etc. », affirme Steve Bochinger. lier. De nouveaux investisseurs ont gressé de 10 à 15 % par an, et il atteint qui devraient être en orbite fin 2020. trée lourdes. Les infrastructures né-
Si les enjeux économiques du spatial pren- apporté des financements privés et 2,8 milliards d’euros. Celui de l’Agence SpaceX a un avantage compétitif cessitent des investissements impor-
nent une nouvelle importance, ce n’est tou- des méthodes différentes. Ils ont spatiale européenne (ESA) est de fort : il bénéficie d’un coût d’accès à tants. Mais le post-NewSpace et son
tefois pas au détriment des enjeux stra- complètement changé les façons de 14,4 milliards d’euros pour la période l’espace très bas puisqu’il fabrique à modèle économique, qui associe in-
tégiques et de souveraineté. L’arrivée dans le faire et ont développé des techno- 2020-2024. Quant à Bruxelles, son la fois les lanceurs, qu’il réutilise plu- vestissements publics et privés, ren-
secteur de la Chine et celles, plus récentes, logies qui ont fait bouger les lignes. budget pour 2021-2027 atteint sieurs fois, et les satellites. Mais il se dent le spatial accessible grâce aux ap-
de l’Inde, des Etats du Golfe et même de C’est ce que l’on a appelé le New- 14,9 milliards d’euros… Tout cela sus- retrouve en compétition avec la 5G et plications. Le signal et les données
l’Afrique, qui s’est dotée d’une agence spa- Space. Aujourd’hui, nous pouvons cite un regain d’intérêt pour le spatial. il constate à présent que le marché émis par les satellites sont gratuits,
tiale en 2019, ne sont pas dues seulement à faire un premier bilan. Je dirais que le Le post-NewSpace est ce nouveau est inférieur à ses prévisions… Le les applications développées pour
des préoccupations sociétales. Certes, ces changement a porté sur deux points. modèle qui conjugue avancées tech- débat est le même qu’il y a vingt ans les exploiter sont monnayables. Les
pays visent à développer des applications D’une part, l’arrivée de nouveaux nologiques permises par les nou- avec les projets de constellations grandes applications de localisation,
civiles pour leurs populations, mais égale- lanceurs a abaissé le coût de l’accès à veaux venus, investissements privés, pour les télécoms. En fait, aucun n’a de météo, de suivi du climat, etc. sont
ment à protéger leurs frontières et leurs l’espace. Ariane 6 et Vega C en Eu- retour des Etats avec de forts inves- trouvé l’équilibre financier. Le télé- basées sur ce modèle. C’est en cela
armées en dehors de leurs territoires, à rope, SpaceX et Blue Origin aux tissements publics et de nouvelles phone par satellite a été supplanté que l’espace est un moteur de déve-
lutter contre le terrorisme, à espionner Etats-Unis ont développé la réutilisa- relations avec les industriels, plus par le GSM. La question est de savoir loppement économique, sociétal et
d’autres puissances à l’aide des technologies tion, sujet sur lequel tout le monde matures, à qui les agences confient comment les grands projets actuels environnemental. p
les plus avancées. Et, pour cela, ils lancent, travaille, y compris le CNES. des contrats clé en main. Voilà les coexisteront avec la 5G. propos recueillis par so. c.
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MARDI 27 OCTOBRE 2020

Les nouvelles
constellations
visent le marché
des télécoms
et de l’Internet
à haut débit.
Illustration
d’un satellite de
communication
américain.
HANDOUT/AFP

Internet à l’assaut de l’espace


DOSSIER Porté par les échanges de données et dopé par les Starlink, le plus avancé des projets en cours,

L
proposerait un accès à ses satellites pour en-

e 22 septembre, la Station spa-


innovations technologiques qui ont fait baisser les coûts, viron 80 dollars (68 euros) par mois impli-
quant de se munir d’une « box » et d’une an-
tiale internationale (ISS) a ral-
lumé ses propulseurs et s’est éle-
le marché des satellites fascine les entreprises privées, tenne coûtant entre 100 et 300 dollars, selon
les indications fournies par SpaceX.
vée de quatorze kilomètres. Il ne telles SpaceX ou Amazon. Les projets de constellations
s’agissait pas de changer d’itiné-
se multiplient, menaçant l’espace de saturation
INTÉGRATION VERTICALE
raire ou de point de vue, mais La société affirme avoir déjà enregistré
d’éviter une éventuelle collision avec un 700 000 demandes d’information aux
morceau d’un lanceur japonais en orbite de- Etats-Unis. Le principal atout de Starlink –
puis 2018. Le choc aurait pu causer des dom- comme celui de Kuiper – est l’intégration
mages importants à l’ISS, qui se déplace à la verticale. SpaceX et Amazon maîtrisent
vitesse de… 27 500 km/h, dix fois la vitesse de gigantesques projets de constellations de ainsi d’un signal accessible à ses troupes toute la chaîne de valeur. Ils fabriquent les
d’une balle de fusil. C’était la troisième petits satellites pour offrir un accès à Inter- partout dans le monde. « UN UTILISATEUR lanceurs et les satellites, et les envoient eux-
manœuvre d’évitement opérée par l’ISS de-
puis le début de l’année. Pour sa part,
net à haut débit aux zones les plus reculées
de la planète. Ces projets sont portés par la
Le marché visé par les nouvelles méga-
constellations est celui des télécoms et de
DE SMARTPHONE mêmes dans l’espace. De plus, sous contrat
avec la NASA et d’autres opérateurs, SpaceX
l’Agence spatiale européenne (ESA) lance en transformation numérique de toutes les ac- l’Internet à haut débit. Qu’il s’agisse de A RECOURS, CHAQUE peut profiter des lancements qui lui sont
moyenne deux alertes de risque de collision tivités professionnelles et par la de- consulter la météo, de suivre un itinéraire commandés pour embarquer ses propres
par jour. En septembre 2019, elle a dû dérou- mande du grand public de disposer de dé- ou de visionner le dernier clip de son groupe JOUR, AUX SERVICES « grappes » de satellites. Et, grâce à ses lan-
ter son satellite Aeolus (conçu pour mesu- bits toujours plus importants pour être préféré, « un utilisateur de smartphone a re- ceurs réutilisables Falcon, l’entreprise d’Elon
rer les vents) afin d’éviter une collision avec connecté partout et tout le temps. cours, chaque jour, aux services fournis par
FOURNIS Musk a réduit le coût moyen de lancement
un satellite de la constellation Starlink de 40 satellites en moyenne », constate Jean-Luc PAR 40 SATELLITES au kilogramme de 8 000 dollars, au début
l’entreprise californienne SpaceX. Sur les MÉGACONSTELLATIONS Fugit, député et rapporteur des travaux de des années 2000, à moins de 4 000 dollars
5 500 satellites actuellement répartis sur les Fin 2020, le projet Starlink de SpaceX aura l’Office parlementaire d’évaluation des EN MOYENNE » en 2018. Reste à voir si les services d’Internet
trois orbites (basse, moins de 2 000 km, déjà placé un millier de satellites sur orbite. choix scientifiques et technologiques JEAN-LUC FUGIT
à haut débit offerts par la 5G ne vont pas
moyenne entre 2 000 et 36 000 km, haute à La société doit en lancer 12 000 dans les pro- (Opecst) sur les satellites et leurs applica- rapporteur de l’Office s’imposer sur le marché avant que les cons-
36 000 km), la moitié seulement sont opé- chaines années, et envisage d’en envoyer tions. Les nouveaux opérateurs veulent se parlementaire d’évaluation tellations ne soient pleinement opération-
rationnels. Autrement dit, quelque 2 700 sa- 30 000 de plus dans un second temps. Fin différencier des services existants en propo- des choix scientifiques nelles, rejouant le scénario du GSM et du té-
tellites, entiers ou en morceaux, et les dé- juillet, Kuiper, projet d’Amazon, a obtenu le sant des tarifs plus accessibles, un débit plus sur les satellites léphone satellite des années 1990.
bris des lanceurs qui les ont mis en orbite, feu vert des autorités américaines pour lan- élevé et un temps de latence réduit. Autre- S’il ne trouve pas son salut auprès des parti-
continuent de tournoyer dans l’espace. Au cer 3 200 satellites. Quant à OneWeb, ré- ment dit, un accès plus rapide et de culiers adeptes des séries vidéo ou des
vu des projets de lancement inscrits à cemment repris par le gouvernement bri- meilleure qualité autorisant le streaming, la gameurs frénétiques, le marché se dévelop-
l’agenda des prochaines années, les risques tannique et l’opérateur de télécoms indien visioconférence, le jeu en ligne… pera certainement du côté des applications
de collision vont se multiplier. Bharti Global, il a déjà lancé 74 satellites et
L’orbite basse pourrait, en effet, ressem- prévoit d’en lancer 600 d’ici à 2022. « Ces ac-
bler bientôt à une autoroute les jours de
grands départs, car les projets de nouvelles
teurs ont changé la donne du spatial, mais
en volume uniquement. Leurs projets repré-
Un patrimoine commun menacé de privatisation
constellations se sont multipliés au cours sentent 70 % des satellites à lancer, mais, en
des dernières années, menaçant l’espace de valeur, les projets gouvernementaux restent le regain d’intérêt pour la con- n’est que, pour lancer un satellite, droit, responsable du master 2
saturation. Il vous est peut-être arrivé, par largement majoritaires et représentent 75 % quête spatiale met à mal les règles un opérateur doit obtenir l’autori- « droit des activités spatiales et télé-
nuit claire et loin des sources de lumière, de du marché ! », précise Steve Bochinger, de bonne conduite qui prévalaient sation de l’Etat dans lequel il opère. coms » à l’université Paris-Saclay.
voir plusieurs points lumineux se déplacer directeur général d’Euroconsult. jusqu’au début des années 2000, La question des débris devra être
en caravane dans le ciel. Il s’agissait proba- Les projets de réseaux satellitaires de tout d’abord dans le cadre de l’ac- « Nouveaux règlements » abordée en concertation avec ac-
blement d’un chapelet des satellites Star- télécommunications ne datent pas cord international sur les principes L’arrivée d’acteurs privés, la multi- teurs publics et privés. Les Etats ont
link que SpaceX lance par dizaines deux fois d’aujourd’hui. Dans les années 1990, plu- de l’exploration et de l’utilisation plication des lancements et les am- compris que, s’ils ne régulent pas, à
par mois ! Selon le cabinet Euroconsult, spé- sieurs projets de constellations visaient à pacifique de l’espace et des corps bitions des Etats-Unis fragilisent les terme, les activités spatiales seront
cialisé dans le secteur de l’espace, le nombre proposer des services destinés aux activités célestes, signé en 1967 par une cen- directives respectées jusque-là. menacées. « Les futurs services en
de petits satellites (moins de 500 kg) lancés dans des zones mal couvertes (bateaux, taine d’Etats dans le cadre des Na- « Les deux piliers du traité de 1967 – orbite nécessiteront de nouveaux rè-
en moyenne chaque année passerait de 181 avions, mines, exploitation forestière…). tions unies ; puis dans celui de l’ac- utilisation pacifique et non-appro- glements, car il ne s’agira plus de
entre 2010 et 2019 à 1 011 d’ici à 2029. Mais la norme GSM, arrivée en même cord de 1979, qui consacrait la non- priation – sont remis en question par s’éviter mais de se connecter les uns
Depuis les années 2010, le spatial a changé temps, s’est imposée pour la commu- appropriation de l’espace, de la les grandes dynamiques actuelles : aux autres, et ce quelle que soit la na-
d’ère. Il n’est plus la seule affaire des gouver- nication mobile. Peu de grands projets « pri- Lune et des corps célestes, « patri- la militarisation et la privatisation tionalité du dépanneur ou du satel-
nements, des agences spatiales, des orga- vés » de télécoms satellitaires ont survécu. moine commun de l’humanité ». du spatial. Les Etats-Unis ont adopté lite en panne », prédit Julien Mariez.
nisations internationales, ni des industriels En orbite basse, il reste les opérateurs Glo- « Mais seulement dix-huit pays, une loi qui autorise l’exploitation des Mais, à l’heure où les Etats-Unis,
qui fabriquent pour le compte des pré- balstar et Iridium, ce dernier ayant été dont aucune puissance spatiale, ont ressources par des sociétés privées, première puissance spatiale, légifè-
cédents. La miniaturisation et les innova- sauvé après avoir fait faillite en 1999. Leurs signé le traité de 1979 », précise Ju- dans le cadre du projet de retour sur rent unilatéralement, il ne sera pas
tions technologiques, la baisse du coût, tant principaux clients sont les acteurs du trans- lien Mariez, chef du service juridi- la Lune notamment, suivis par le facile d’obtenir un consensus sur
de la fabrication des satellites que de leur port aérien et maritime, les secteurs pétro- que du Centre national d’études Luxembourg et les Emirats arabes les règles à respecter et sur l’ins-
lancement, ont permis à des entreprises pri- lier et minier, les navigateurs et, pour Iri- spatiales (CNES). De plus, ces traités unis. La France y réfléchit », explique tance qui les fera appliquer. p
vées – SpaceX et Amazon en tête – de lancer dium, la défense américaine, qui dispose ne disent rien sur les orbites, si ce Philippe Achilleas, professeur de so. c.
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MARDI 27 OCTOBRE 2020 économie & entreprise | 21

L’orbite terrestre bientôt saturée de satellites privés ?


Nombre de satellites autorisés par le régulateur
américain pour les 3 principales constellations
Starlink, la plus grande des futures constellations de satellites
Projet de l’entreprise américaine SpaceX visant à proposer un accès
Internet haut débit via une constellation de petits satellites (moins
( de 500 kg) 3 200
placés en orbite terrestre basse (moins de 2 000 km d’altitude). Kuiper (Amazon)

Nombre de satellites
prévus à terme par Space X

Nombre actuel de satellites en orbite


dans le projet Starlink 12 000
Environ 5 500 dont 42 000 Starlink
(Space X)
2 787 actifs

2 000
OneWeb

2015 2018 2019 2020


72,9 %
des 2 787 satellites Annonce du projet Autorisation du régulateur américain Déploiement des Plus de 800
actifs naviguent en orbite par Elon Musk, de mettre en orbite 12 000 satellites. premiers satellites satellites
800 satellites fondateur de SpaceX
terrestre basse de la constellation sont en orbite
appartenant à SpaceX Lancement des premiers prototypes
sont déjà en orbite de satellites

Le modèle de Starlink, symbole de la nouvelle course à l’espace


Les petits satellites pour les télécommunications, comme ceux de Starlink,
seront de plus en plus nombreux à l’avenir, notamment grâce à la baisse
des coûts de lancement.
Utilisation des petits satellites lancés, en % Estimation du coût de lancement Chiffre d’affaires de la conception
Nombre moyen de petits satellites dans l’orbite terrestre basse, en dollars/kg et du lancement des petits satellites,
lancés par an en milliards de dollars
Prototypes technologiques 12 16 000
1 011
91 % 39 15
12 000
des petits satellites Observation terrestre 51,3
lancés en 2019 l’ont été 56 8 000
32
Télécoms 14,6
181 en orbite terrestre
basse (dont accès à Internet) 4 000
11
18 Autres 17 0
2010-2019 2020-2029 2010-2019 2020-2029 1987 2018 2010-2019 2020-2029
Sources : SpaceX, ESA, UCS, Euroconsult, Sénat, Bank of America Merrill Lynch Infographie : Le Monde, Audrey Lagadec, Maxime Mainguet

professionnelles telles que l’Internet des eux aussi, de nouveaux satellites plus per- spatiales (CNES). La loi française de juin 2008 de tels services pourraient être fournis par
objets, l’automatisation et l’interconnexion formants et plus nombreux. « AU DÉBUT DES relative aux opérations spatiales comporte des satellites spécifiques qui se ravitaille-
des usines, les liaisons entre véhicules quels
qu’ils soient, y compris autonomes, les smart
Conséquence de cette nouvelle ère du spa-
tial, l’espace commence à être passablement
ANNÉES 2000, UNE un chapitre sur la protection de l’espace.
Concrètement, les satellites doivent intégrer
raient à des stations d’accueil elles-mêmes
en orbite », anticipe Sabrina Andiappane. En
cities, l’e-santé et autres projets s’appuyant encombré, surtout en orbite basse, et la si- TRENTAINE DE PAYS dès leur conception leur neutralisation au février, le remorqueur spatial MEV-1 (Mis-
sur de l’Internet à haut débit en temps réel. tuation ne peut qu’empirer. On dénombre terme de leur durée de vie. « En moyenne, au sion Extension Vehicle 1) de l’Américain
L’annonce de Microsoft, mardi 20 octobre, aujourd’hui environ 20 000 débris de plus INVESTISSAIENT bout de quinze ans, soit ils entrent dans l’at- Northrop Grumman a ainsi « capturé » un
préfigure peut-être ce marché de l’« industrie de 10 cm, pour la plupart identifiés, dont la mosphère et se décomposent pour ceux en or- satellite de télécommunications à court de
spatiale » version XXIe siècle alliant l’amont collision d’origine est connue et qui peuvent
DANS LE SPATIAL, bite basse, soit, pour les satellites géostation- carburant et l’a remis en orbite géostation-
et l’aval, soit les infrastructures, les données être suivis au télescope. S’y ajoutent les dé- ILS SONT 85 naires à 36 000 km, ils sont désorbités, c’est-à- naire pour une durée de cinq ans. L’ESA a
qu’elles transmettent et les applications fai- bris plus petits : au total, il y aurait 130 mil- dire orientés vers un “cimetière” », explique pour sa part confié le projet Adrios à un con-
tes grâce à ces données. Le géant de lions de débris de plus de 1 mm. « Cela repré- AUJOURD’HUI ! » Sabrina Andiappane, responsable des servi- sortium mené par la start-up suisse ClearS-
Redmond a révélé la signature de partena- sente environ 8 000 tonnes, c’est la masse de STEVE BOCHINGER
ces en orbite pour le groupe d’électronique, pace. Doté de 100 millions d’euros, ce projet
riats avec les opérateurs SpaceX et le luxem- la tour Eiffel, ce n’est pas énorme, mais, à la vi- directeur général d’aéronautique et de défense Thales. Ces ser- doit concevoir un démonstrateur qui ira ré-
bourgeois SES afin d’assurer à ses clients des tesse de 7 km/seconde, le moindre débris peut d’Euroconsult vices consistent à prolonger la durée de vie cupérer un étage du lanceur Vega, laissé en
connexions sécurisées par satellites à sa causer d’importants dommages. Et ; s’il est des satellites en les ravitaillant en carburant orbite basse en 2013. Adrios devrait être opé-
plate-forme cloud Azure. Microsoft lance possible de dérouter la Station spatiale ou un ou en les réparant directement sur leur or- rationnel en 2025. D’ici là, Starlink, Kuiper et
également un data center clés en main, c’est- satellite opérationnel depuis le sol, on ne peut bite pour les maintenir en fonctionnement. OneWeb auront ajouté quelque 5 000 nou-
à-dire un conteneur autonome capable de pas agir sur les débris pour modifier leur tra- D’autres projets en cours visent à la récu- veaux satellites dans cette orbite. De quoi
fonctionner dans des conditions climatiques jectoire », explique Pierre Omaly, expert dé- pération des satellites « morts » ou des gros corser encore les choses pour Adrios. p
et d’approvisionnement en énergie critiques, bris spatiaux au Centre national d’études débris, afin de les dérouter. « Dans le futur, sophy caulier
et connecté aux utilisateurs via des satellites.
L’alliance du spatial et du cloud au service de
l’économie numérique. Jean-Yves Le Gall : « L’avenir du spatial, ce sont les applications »
ENJEUX STRATÉGIQUES
A cet engouement pour les communica- le président du Centre national D’autre part, les satellites bénéfi- grandes lignes du spatial pour la pro- Alors qu’est-ce qui suscite le regain
tions satellites et la multiplication des pro- d’études spatiales (CNES), Jean-Yves Le cient de plus en plus d’innovations, et chaine décennie ! d’intérêt pour le spatial ?
jets commerciaux s’ajoute l’arrivée sur la Gall, revient sur le bouleversement en notamment de la miniaturisation. Ce L’explosion des applications. Il y a
scène du spatial de nouvelles puissances. cours dans l’industrie spatiale. qui permet, là aussi, d’abaisser les Est-ce ce regain d’intérêt qui fait quinze ans, lorsqu’on parlait du spa-
« Au début des années 2000, une trentaine de coûts. Conséquence : de nombreuses que les projets de constellation tial, on parlait surtout des lanceurs et
pays investissaient dans le spatial, ils sont 85 Vous affirmez que nous sommes entreprises veulent et peuvent faire de satellites sont aujourd’hui des satellites. Le marché mondial des
aujourd’hui ! Il y a beaucoup de nouveaux en- entrés dans une nouvelle ère, que du spatial. Toutefois, il y a encore peu si nombreux ? lanceurs est de 5 milliards de dollars,
trants institutionnels sur ce marché, car les vous appelez le « post-NewSpace », d’investisseurs privés qui se lancent, Il y a beaucoup de projets de cons- celui des satellites de 15 milliards, ce-
capacités d’analyse de données élargissent le qu’entendez-vous par là ? car le domaine reste très risqué. En re- tellations, mais peu sont ou seront lui des applications de plusieurs dizai-
champ des applications à la gestion des res- Les cinq dernières années ont mar- vanche, les investissements publics opérationnels. Le projet Starlink de nes de milliards. L’avenir du spatial,
sources naturelles, à l’agriculture, mais aussi qué un tournant pour le spatial en ont augmenté. Au cours des dernières SpaceX a démarré concrètement, ce sont les applications. Le secteur est
à la sécurité, à la surveillance du territoire, général et pour le CNES en particu- années, le budget du CNES a pro- avec environ un millier de satellites très capitalistique, les barrières à l’en-
etc. », affirme Steve Bochinger. lier. De nouveaux investisseurs ont gressé de 10 à 15 % par an, et il atteint qui devraient être en orbite fin 2020. trée lourdes. Les infrastructures né-
Si les enjeux économiques du spatial pren- apporté des financements privés et 2,8 milliards d’euros. Celui de l’Agence SpaceX a un avantage compétitif cessitent des investissements impor-
nent une nouvelle importance, ce n’est tou- des méthodes différentes. Ils ont spatiale européenne (ESA) est de fort : il bénéficie d’un coût d’accès à tants. Mais le post-NewSpace et son
tefois pas au détriment des enjeux stra- complètement changé les façons de 14,4 milliards d’euros pour la période l’espace très bas puisqu’il fabrique à modèle économique, qui associe in-
tégiques et de souveraineté. L’arrivée dans le faire et ont développé des techno- 2020-2024. Quant à Bruxelles, son la fois les lanceurs, qu’il réutilise plu- vestissements publics et privés, ren-
secteur de la Chine et celles, plus récentes, logies qui ont fait bouger les lignes. budget pour 2021-2027 atteint sieurs fois, et les satellites. Mais il se dent le spatial accessible grâce aux ap-
de l’Inde, des Etats du Golfe et même de C’est ce que l’on a appelé le New- 14,9 milliards d’euros… Tout cela sus- retrouve en compétition avec la 5G et plications. Le signal et les données
l’Afrique, qui s’est dotée d’une agence spa- Space. Aujourd’hui, nous pouvons cite un regain d’intérêt pour le spatial. il constate à présent que le marché émis par les satellites sont gratuits,
tiale en 2019, ne sont pas dues seulement à faire un premier bilan. Je dirais que le Le post-NewSpace est ce nouveau est inférieur à ses prévisions… Le les applications développées pour
des préoccupations sociétales. Certes, ces changement a porté sur deux points. modèle qui conjugue avancées tech- débat est le même qu’il y a vingt ans les exploiter sont monnayables. Les
pays visent à développer des applications D’une part, l’arrivée de nouveaux nologiques permises par les nou- avec les projets de constellations grandes applications de localisation,
civiles pour leurs populations, mais égale- lanceurs a abaissé le coût de l’accès à veaux venus, investissements privés, pour les télécoms. En fait, aucun n’a de météo, de suivi du climat, etc. sont
ment à protéger leurs frontières et leurs l’espace. Ariane 6 et Vega C en Eu- retour des Etats avec de forts inves- trouvé l’équilibre financier. Le télé- basées sur ce modèle. C’est en cela
armées en dehors de leurs territoires, à rope, SpaceX et Blue Origin aux tissements publics et de nouvelles phone par satellite a été supplanté que l’espace est un moteur de déve-
lutter contre le terrorisme, à espionner Etats-Unis ont développé la réutilisa- relations avec les industriels, plus par le GSM. La question est de savoir loppement économique, sociétal et
d’autres puissances à l’aide des technologies tion, sujet sur lequel tout le monde matures, à qui les agences confient comment les grands projets actuels environnemental. p
les plus avancées. Et, pour cela, ils lancent, travaille, y compris le CNES. des contrats clé en main. Voilà les coexisteront avec la 5G. propos recueillis par so. c.