Vous êtes sur la page 1sur 122

L'ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE

TECHNIQUES ET MÉTHODES
en usage à la Faculté de Théologie
de Paris, au ХПР siècle

AVANT-PROPOS

On ne peut guère, maintenant encore, aborder le problème des études au


Moyen Age, de leurs méthodes ou de leurs programmes, sans rencontrer
l'ouvrage de Charles Thurot : De Г organisation de renseignement dans
l'Université de Paris uu Aloyen Age, et sans s'y référer. Bien que paru en
1850, cet essai, — car il n'était originairement, qu'un essai en vue de la
licence, — demeure toujours l'ouvrage classique en la matière et même,
chose assez étrange, la seule étude d'ensemble sur ces problèmes.
Les études médiévales pourtant, ont fait pendant le siècle qui s'est écoulé
depuis la parution de ce travail, des progrès considérables. C'est par
milliers que l'on compte désormais les livres, par dizaines et centaines
même, les revues qui traitent de ces problèmes. Le livre de Ch. Thurot
continue à s'imposer.
Il est cependant sur quantité de points complété, précisé, dépassé.
Des textes nombreux ont été édités, des études ou des recueils, tel le
Charlularium Universitalis Parisiensis, de Denifle-Chatelain, ont été
compilés, des documents mis à jour, qui permettraient de le reprendre à
frais nouveaux.
Nul pourtant ne s'y est encore risqué. Et le travail présent n'arbore pas,
à vrai dire, cette ambition.
La raison en est sans doute que les prétentions énoncées jadis par
Ch. Thurot et le plan envisagé par lui, sont d'une ampleur telle qu'un seul
66 P. GLORIEUX

ouvrage n'y pourrait suffire, mais qu'il y faudrait toute une collection.
Son programme s'étendait, dans le temps, à tout le Moyen Age,
« c'est-à-dire, précise-t-il, depuis la fin du xne siècle où l'Université prit
naissance, jusqu'au commencement du xvie siècle où elle subit une révo
lution complète » ; dans le lieu, à toutes les facultés qui fonctionnent à
Paris : arts, théologie, droit, médecine. — Mais on ne pourrait négliger non
plus les autres Universités françaises, ou même les Universités étrangères,
dont l'organisation et la vie s'inspirent plus ou moins étroitement de celles
de Paris.
Pour avoir quelque chance d'aboutir, l'étude doit se limiter à des hori
zons plus restreints. Car, plus encore que la faculté des arts, celle de
médecine ou de droit, la faculté de théologie a fait et continue à faire
l'objet de nombreuses et savantes recherches. La valeur et le rayonnement
de ses maîtres ont été étudiés avec soin, ses méthodes, comme son ensei
gnement, suivis de près. Plus que toute autre, donc, elle se prête de ce
chef à un exposé méthodique qui prenne la relève de l'ouvrage de Thurot.
C'est donc assez naturellement vers elle que tout invite à se tourner en
premier lieu, les précisions obtenues à son sujet devant contribuer d'ail
leurs pour leur part à une compréhension plus exacte des autres facultés.
Il n'est pas question, toutefois, de retracer ici, même sommairement,
l'histoire de cette faculté, d'en inventorier les œuvres ou les maîtres,
moins encore d'étudier ses positions doctrinales tout au long du Moyen
Age. Mais pour rester dans la ligne de Ch. Thurot et répondre à la préoccu
pation qui l'avait animé, de mettre simplement en lumière les méthodes
et techniques en usage en son sein et de rassembler à ce propos, en profi
tant des recherches et des progrès réalisés depuis 1850, une somme aussi
complète et précise que possible de données sûres et clairement agencées.
L'étude même des doctrines, de tout le mouvement intellectuel de cette
période, devra d'ailleurs en bénéficier.
Tous les écrits, en effet, qui nous en sont parvenus, sont loin d'avoir
portée uniforme ou égale importance. Certains sont des ouvrages longue
ment pensés et soigneusement préparés ; d'autres sont de simples écrits
de circonstance, rapidement conçus et rédigés. Certains sont œuvre de
bacheliers ou même d'étudiants ; d'autres émanent de maîtres chevronnés.
Quelques-uns sont plutôt des exercices, même s'ils sont poussés assez loin ;
d'autres de véritables traités, s'efforçant d'approfondir un point de
doctrine et de l'exposer magistralement. Il importe de connaître non seule
ment le nom de l'auteur, mais aussi la qualité et le sens de l'œuvre, les
circonstances qui lui ont donné naissance.
Et c'est ici qu'interviennent, et qu'il importe de connaître, les méthodes
d'enseignement et les techniques en usage dans les écoles. A les ignorer ou
à se méprendre sur leur véritable portée, on risque le contresens dans
l'interprétation des œuvres ou documents.
Des lois précises, des traditions, respectables et respectées, président
l'enseignement au MOYEN AGE 67

aux manifestations diverses de la vie universitaire. C'est en fonction


d'elles qu'il s'agit d'interpréter les produits divers de la faculté, sans se
laisser déconcerter par leur texture même, sans attacher à un simple
exercice plus d'importance qu'il ne réclame, mais en sachant distinguer
à bon escient l'essentiel de l'accessoire, et rejoindre le fond solide sous la
forme parfois surannée.
Les renseignements qu'on trouvera ici groupés et classés, voudraient y
contribuer et faciliter par là même, l'intelligence des textes du Moyen Age.
On a voulu recourir dans ce but à la double source, complémentaire,
des Statuts et de la vie. Puisque les premiers existent, abondants et détaillés,
on se devait de les utiliser à plein, pour les renseignements qu'ils apportent
sur les institutions qu'ils ont contribué d'ailleurs à fixer. On sait, grâce
à eux, quelle est la ratio sludiorum ou le cursus honorum, le calendrier des
cours, les étapes à franchir pour accéder aux grades, la technique des cours,
des leçons, des disputes, les contrôles qui s'exercent, les obligations aux
quelles chacun, à son rang, est astreint.
Bien souvent cependant ils n'ont pas décrété a priori ce qu'il convenait
de faire, mais bien plutôt entériné ce qui existait déjà. Ils ont traduit la
vie, plus qu'ils ne l'ont créée.
Et la vie, à nouveau, a interprété leurs décisions, complété ce qu'ils
n'ont pas dit, ce que la coutume connaissait et transmettait, mais que
nous n'eussions pas connu sans les documents de tout genre qui en sont
demeurés les témoins et permettent d'interpréter à coup sûr des textes par
trop brefs, et parfois même des silences qui n'avaient rien de mystérieux
pour les contemporains.
La vie a infléchi aussi parfois des décisions ou des textes impersonnels,
dépassés par les événements ; elle permet de suivre, et de comprendre
l'évolution, d'ailleurs normale et légitime, d'institutions qui veulent
répondre aux besoins de leur temps.
C'est tout cela que le présent essai voudrait offrir dans ses pages :
non pas tant une étude détaillée et définitive, que des éléments d'étude et
de recherche, permettant de mieux comprendre, à travers ses techniques
et ses méthodes, l'enseignement distribué au Moyen Age dans les Univer
sités ;
non pas dans toutes les facultés (un seul volume n'y peut suffire), mais
du moins dans la faculté de théologie de Paris, comme dans les facultés
similaires de France et de l'étranger ;
non pas du xne au xvie siècle, comme Thurot se l'était proposé, mais,
puisqu'il faut se borner, des origines à la fin du xive siècle, quand la crise
du Grand Schisme, les exodus de nombreux maîtres et la création des
Universités d'Europe centrale, marquèrent un tournant particulièrement
grave dans la vie de l'Université.
PREMIÈRE PARTIE

LES STATUTS ET LA VIE

Section I. — Le Problème.
Art. 1. — De la Corporation à l'Université.
Art. 2. — Esprit et Méthode de l'enquête.

Seclion II. — Sources et Documentation.


Art. 1. — Textes et Documents officiels.
Art. 2. — Textes et Documents privés.

Section III. — Le Cadre.


Art. 1. — Universitas magistrorum.
Art. 2. — Le cycle universitaire. Régime des études.
Art. 3. — Calendrier.
Le Problème

1. — De la corporation à l'Université.

La fondation des Universités, dans les premières années du xine siècle,


tant à Paris qu'à Toulouse, Montpellier, Orléans ou, à l'extérieur, Oxford,
Cambridge, Padoue, Bologne, Salamanque, Coïmbre, etc., n'a pas été une
génération spontanée. L'enseignement, tant profane que sacré, avait
déjà une longue tradition et des méthodes éprouvées. De grands noms :
Abélard, Anselme de Laon, Jean de Salisbury, Pierre Lombard ; de
grandes écoles : Chartres, Orléans, Paris, Angers, Reims aussi, avaient
marqué fortement de leur empreinte le xiie siècle. A Paris même, les
écoles s'étaient multipliées : celle du cloître, du Petit-Pont, de Sainte-
Geneviève, de Saint-Victor, etc.
L'enseignement demeurait sous la haute direction de l'Église : les
études, la « clergie », étaient chose d'Église, et les étudiants considérés
comme des clercs, dont ils avaient le statut, les privilèges non moins que
les obligations. On était loin, en cela, d'une tutelle étroite et tatillonne.
Les autorités ecclésiastiques étaient nombreuses : chapitres, abbés,
prieurs, évêques, écolâtres. Dans leurs écoles, les maîtres jouissaient d'une
large autonomie.
Mais la diversité, tant des programmes que des méthodes, ne présentait
pas que des avantages ; l'expérience le montrait assez ; et le besoin de
regroupement ou d'organisation ne pouvait manquer de se faire sentir.
Sous quelles influences et à quelle occasion la cohésion des nombreux
éléments épars fut-elle obtenue, pour aboutir finalement à cette structure
que constitue l'Université? On ne sait trop, encore qu'on connaisse les
dates et que l'on constate le fait.
On ne peut faire abstraction toutefois de la transformation considérable
que subissait, en ces mêmes années, le monde du travail. Les corporations
de métiers, en pleine efflorescence, marquaient déjà profondément sur
le plan économique et social, les rapports humains et réglementaient la
production et le commerce. Elles groupaient tous les membres d'une
même profession, les défendaient contre eux-mêmes et contre les pressions
ou les concurrences extérieures ; elles assuraient les prix et la juste rému
l'enseignement au MOYEN AGE 71

nération du travail, les horaires aussi et les conditions de celui-ci, la for


mation des apprentis, l'accès à la maîtrise, la représentation du métier
devant les autorités civiles. Elles constituaient une force, officiellement
reconnue, aux avantages certains ; pour tous d'ailleurs.
Réduire la naissance et l'organisation des Universités à un pur épisode
de ce phénomène corporatif, serait fausser la réalité et faire preuve de
simplisme par trop court. Les réalités en jeu sont trop différentes, les
problèmes en cause également, pour autoriser semblable assimilation ou
dépendance.
Il ne se peut cependant que, plongée dès sa naissance dans cette atmo
sphère, l'Université n'en ait été aucunement affectée, qu'elle n'ait pas
été marquée plus ou moins de cet esprit, qu'elle n'ait profité de ces expé
riences et que, sans copier servilement, elle n'ait réussi à faire les transpo
sitions nécessaires et, en définitive, heureuses.
Aussi la comparaison entre les deux institutions : corporations et Uni
versité, en soulignant ce qui les rapproche et ce qui les sépare, peut-elle
aider à mieux en comprendre les lois, l'organisation et les statuts.
Elles ne se réduisent pas l'une à l'autre, tout d'abord. Elles sont dis
tantes de toute la distance qui sépare les «artes liberales », des « artes
mechanicae », l'esprit de la matière, la science du profit.
Les corporations s'occupent des métiers, pour aider ceux qui en vivent,
ceux qui produisent, mais aussi ceux qui achètent. Elles garantissent la
qualité de la marchandise, et donc les intérêts du consommateur tout en
sauvegardant, ou défendant l'intérêt de l'artisan. Elles ne sacrifient pas
l'un à l'autre. Ces intérêts en cause sont directement matériels, encore
qu'on veuille toujours leur conserver un caractère humain.
Les buts que poursuit l'Université sont d'autre nature. Sans ignorer
complètement les questions matérielles, elle vise avant tout à la qualité
de l'enseignement que ses maîtres ont mission de distribuer. Tout
s'ordonne à cela ; les statuts qu'elle se forge, les garanties qu'elle réclame,
les méthodes qu'elle adopte, les contrôles qu'elle exerce, sa structure
même enfin. Ses facultés, comme les quatre fleuves qui sortaient du paradis
terrestre, doivent abreuver la terre de leurs eaux pures et rafraîchissantes.
Elle est comme le four où se cuit le pain savoureux de la saine doctrine et
de la science. Ses maîtres ne poursuivent pas tant une carrière lucrative
qu'un apostolat intellectuel. Leur travail leur vaudra davantage de répu
tation et d'honneur que d'argent, au point que si le recteur vient à mourir
en charge, il a droit aux honneurs de la sépulture à Saint-Denys, auprès
des rois.
Il n'y a donc pas de commune mesure entre les deux institutions.
Et pourtant nombreuses sont les analogies que l'on peut, et qu'on se
doit, de relever entre elles.
Il y a d'abord, et essentiellement, regroupement et cohésion. De part
et d'autre on a éprouvé le besoin, et les bienfaits, de l'association. Comme
72 P. GLORIEUX

la corporation groupe tous les membres d'un même métier, l'Université


est par définition Г« Universitas magistrorum et studentium Porisius
commorantium ». Le mot ne désigne pas tant l'universalité du savoir (ce
sens viendra plus tard et demeurera secondaire), que l'ensemble des ensei
gnants et des enseignés. En quoi elle se distingue de la corporation qui ne
rassemble que les producteurs, non les consommateurs. Ici les intérêts
sont communs à tous, étroitement liés, car il n'y a pas d'enseignement
sans enseignés.
Mais tandis qu'en un lieu donné, il y a autant de corporations diffé
rentes que de corps de métiers, l'Université est un organisme unique qui
regroupe l'ensemble du corps professoral et des étudiants. Il y aura en
son sein des facultés distinctes ; il y aura même en outre, dans la faculté
des arts, une organisation par nations ; mais ce ne seront jamais que des
éléments divers d'un seul et même corps, régi pas les mêmes lois, gouverné
par les mêmes autorités supérieures.
L'Université est, par la force des choses, corps représentatif. Caractère
qu'elle partage avec la corporation, comme aussi avec les communes.
En raison de ses effectifs imposants, de leur cohésion, de la gravité surtout
et de l'importance des objectifs poursuivis, elle s'impose d'emblée à
l'attention des pouvoirs publics, temporels ou spirituels. Elle en obtient
reconnaissance officielle. Dès lors, elle est habilitée à présenter ses requêtes,
obtenir droits et privilèges, défendre ceux-ci s'ils sont négligés ou méprisés.
Elle fera appel des abus dont elle serait victime ; elle en appellera d'ailleurs
d'un pouvoir à l'autre, du roi au pape, d'un évêque au roi, ou du pape au
roi et au Concile, comme en l'épisode de Boniface VIII.
Elle prend la défense de ses membres, et pour soutenir ses revendications
ne craint pas de recourir à la grève, à la cessation des cours (non pas grève
des étudiants contre les maîtres, mais de toute l'Université, maîtres et
étudiants, contre le roi ou contre l'évêque). L'Université est une force
avec laquelle on compte.
A l'exemple des corporations encore, elle jouit dans son administration
et sa réglementation, d'une très large initiative et réelle autonomie.
Les autorités supérieures, roi ou pape, reconnaissent à l'organisme
qu'ils ont approuvé, pleine compétence pour se régir, c'est-à-dire se forger
ses lois et ses statuts et s'administer comme il l'entend. Mieux que qui
conque en effet, les maîtres groupés au sein de l'Université, savent ce qui
est bon, ou utile, ou indispensable, pour poursuivre leurs objectifs. 11 faut
leur faire confiance.
C'est effectivement ce qui a lieu. Qu'il s'agisse donc d'élaborer ses
statuts, de préciser ses programmes ou ses structures, puis, dans le cadre
ainsi tracé, de vivre et de s'administrer, l'Université s'organise comme elle
l'entend, en respectant pleinement le jeu de la démocratie. Les décisions
sont prises, aux divers échelons, après délibération et vote. Les maîtres
sont entendus en conseil de faculté ; les facultés représentées et entendues
l'enseignement au MOYEN AGE 73

au Conseil de l'Université. Des élections désignent les titulaires des charges;


ainsi que les représentants aux instances supérieures. Les hommes en
charge rendent compte de leur gestion devant leurs mandants. Les
modifications ou précisions à apporter aux statuts ou règlements, sont
sujettes à la même loi. L'approbation donnée par le roi ou le pape aux
décisions prises, couronne le tout, et assure la garantie suprême. Mais
l'initiative demeure à l'Université. Et si le pape intervient motu proprio,
c'est que la doctrine et l'orthodoxie le requièrent ; mais plus souvent, qu'il
a été saisi d'un appel, pour un conflit ou un débat.
Un dernier trait rapproche et distingue tout à la fois l'Université des
corporations ses voisines. Chacune de celles-ci a sa spécificité propre ;
ainsi en va-t-il de l'Université. Mais la chose y sera plus fortement accen
tuée.
Les intérêts qu'elle poursuit et qui la caractérisent, sont d'ordre intel
lectuel et spirituel, et non pas directement matériels comme pour les corpo
rations. Il s'agit d'instruire, de meubler des intelligences, et donc de leur
fournir des doctrines de qualité, en quelque ordre du savoir que ce soit,
non moins que des méthodes de travail efficaces. Valeur de la doctrine et
valeur de l'enseignement sont donc à assurer et à sauvegarder. Méthodes,
règlements, contrôles, seront pensés en fonction de cela.
Tous y sont intéressés, et tous ont à y gagner : non seulement les
étudiants qui se forment, mais encore la société toute entière à qui l'Uni
versité prépare des cadres ; les sciences tant spéculatives que pratiques et
les arts qui en retirent un essor nouveau, la doctrine et la culture qui
s'approfondissent. Les bulles pontificales rappellent souvent et exploitent
ces thèmes. L'Université est une source jaillissante à laquelle tout le pays
s'abreuve.
Il ne pourra donc être question, comme dans les corporations, de res
treindre ou réglementer la production pour assurer l'écoulement des pro
duits à un juste prix. L'Université accueille au contraire aussi largement
que possible, les étudiants de tous pays à qui elle distribue son enseigne
ment, aux moindres frais, quitte d'ailleurs à solliciter de Rome faveurs
et prébendes pour assurer la vie de ses maîtres. Si les examens sont stricts
et les promotions réduites, comme dans les corporations de métiers, ce
n'est pas pour éviter une concurrence dangereuse, mais pour assurer la
qualité de l'enseignement que les nouveaux maîtres pourraient dispenser
à leur tour.
Si l'Université a en commun avec les corporations, le souci de former
des maîtres, les siens, en raison même de sa spécificité, ne seront pas
que des compétences, des gens diserts, mais tout autant des enseignants.
Par la force des choses, elle est tout à la fois école et École normale.
Ses statuts et ses méthodes surtout, s'en ressentiront. Elle ne distribue
pas seulement un enseignement qui ait valeur en soi et arme pour la vie ;
mais elle forme aussi de futurs maîtres qui obtiendront d'elle licence
74 P. GLORIEUX

d'enseigner à leur tour. D'où les deux aspects, complémentaires et conju


gués, qu'on rencontre chez elle. Tous ses étudiants ne prétendent pas
forcément accéder à la maîtrise ; beaucoup se contentent de connaissances
plus ou moins étendues, contrôlées par les examens. Les autres n'y par
viennent pas tous non plus, et un filtrage sévère garantit la valeur des
promotions. Mais l'enseignement donné et les méthodes adoptées, sont
conçus en fonction de cette fin ultime.
Dans la hiérarchie des sciences, et des facultés, la théologie se trouve au
sommet ; elle couronne le tout et fait l'unité, en ramenant toutes choses à
Celui qui en est le principe et le terme. De là vient son importance parti
culière, et les soins jaloux dont le pape l'entoure.
Il ne faut pas le perdre de vue pour comprendre ce qui fera l'objet de
cette étude : les méthodes et les techniques en usage à l'Université, et
plus particulièrement à la faculté de théologie aux хшв et xive siècles.

2. — Esprit et méthode de l'enquête.

Il est du plus haut intérêt, si l'on ne veut pas prendre le change, de se


préciser, dès le départ, l'esprit de l'enquête à mener et la méthode à y
apporter.
L'Université, en effet, ne fut pas une création ex nihilo. Encore que nous
ne sachions rien, il faut le reconnaître, des pourparlers et des tractations
qui aboutirent concrètement à sa constitution, que nous ignorions d'où
ont pu venir les initiatives et quelles influences ont joué, une chose est
incontestable : c'est qu'on ne partait pas de zéro, mais que tous les élé
ments du problème étaient sur place et qu'il s'agissait seulement de les
coordonner.
L'enseignement supérieur est loin d'être alors une nouveauté, une
innovation. Il a déjà toute une longue histoire derrière soi ; il a sa tradition,
ou ses traditions ; il a des méthodes éprouvées ; mises soigneusement au
point. L'Église qui dans ses écoles cathédrales, monastiques, paroissiales
aussi, avait depuis le haut moyen age assuré l'enseignement élémentaire,
n'avait pas ignoré non plus l'enseignement supérieur, mais au contraire
l'avait favorisé : celui des arts libéraux, celui de la théologie et, à un
moindre degré, du droit et de la médecine.
C'est par délégation de l'évêque, de l'abbé ou de l'écolâtre, qu'on ensei
gnait ; mais l'autorisation n'en devait pas être refusée à qui en était digne.
De là vient, dès le xie siècle, mais surtout tout au long du xne siècle, la
multiplication de ces écoles privées, et leur regroupement en des centres
plus ou moins importants, plus ou moins renommés. De là aussi l'extrême
variété des enseignements comme des programmes. Chacun fait ses
expériences, pratique ses méthodes, sans exclure ni dédaigner les trou
vailles du voisin plus fortuné.
l'enseignement au MOYEN AGE 75

De ces confrontations se dégagent d'utiles enseignements, des principes


pédagogiques, mais parfois aussi des engouements ou des modes passa
gères. Des traditions se transmettent, des constantes se dégagent, dont
on ne peut pas ne pas tenir compte et qu'on ne songera même plus à
discuter. La mobilité des étudiants et des maîtres, ajoute encore aux
échanges et aux confrontations. Le succès de tel ou tel maître en renom,
ou de telle école réputée, incite aussi à la réflexion.
Quand maîtres et étudiants des diverses disciplines, à Paris d'abord,
puis ailleurs, se décidèrent à se grouper en une Université cohérente,
solidement charpentée et organisée, ils possédaient, en matière scienti
fique et pédagogique, un fonds considérable et d'incontestable valeur.
Il leur suffisait de l'inventorier, d'en élaguer les éléments moins sûrs et
de préciser les règles auxquelles tous, d'un commun accord, se soumet
traient.
Or, contrairement à ce que l'on eût attendu, et souhaité, on ne possède
pas sur ces accords originaux, sur les lois fondamentales de l'Université
et les Statuts qui précisèrent le fonctionnement des divers rouages, le
moindre recueil, non seulement un peu complet, mais même rudimentaire.
Les premières collections officielles un peu consistantes qui mériteraient
ce nom, les premières qu'a trouvées Denifle et qu'il a soigneusement rele
vées dans son Chartularium Univers itatis Parisiensis, ont été composées
la première entre 1335 et 1366, la seconde en 1385-1387.
Même alors, on est fort loin d'un exposé cohérent et suivi. Rien abso
lument qui rappelle les Statuts si précieux et détaillés, édictés par Robert
de Sorbon à la fondation de son Collège, puis, à son imitation, ceux des
autres Collèges, de Navarre, du Trésorier, etc. On est très loin également
des livres des métiers, tels que les connurent les corporations. Il n'y a ici
ni charte préalable dûment signée, non plus qu'un cahier des charges auquel
on se conformerait.
Il faut bien reconnaître que l'histoire de l'Université n'a pas commencé
par des textes. Ceux-ci viendront à leur heure, mais plus tard, au gré des
circonstances et des besoins. On peut, dans le Chartulaire de l'Université
les voir ainsi émerger, en ordre dispersé, selon que la nécessité s'en fait
sentir.
Il semblerait que l'entente qui s'est conclue certainement sur les trois
plans : de la structure, des garanties et des méthodes, ait été soumise au
contrôle de la vie, avant d'être fixée par écrit. De fait, au sein de chaque
faculté, comme au plan de l'Université, les conseils des maîtres avaient
autorité pour interpréter, non moins que pour surveiller. Les modifications
ou précisions, pouvaient ainsi être apportées en temps opportun, et les
rouages fonctionner sans qu'il fût besoin de multiplier les textes. La vie
semble bien avoir commandé souverainement, lourde d'ailleurs de tout
son passé.
Sans aucun doute, quelques lignes fondamentales avaient été définiesi
76 P. GLORIEUX

assurant au plan des facultés une suffisante homogénéité de structure,


tout en respectant le caractère spécifique et les libertés de chacun et, au
plan plus élevé de l'Université, les liaisons entre facultés et leur représen
tativité au sein des organismes communs. Seuls peut-être en ce domaine,
l'autorité et les droits du chancelier seront-ils assez délicats à établir, et
feront-ils à plusieurs reprises difficulté, surtout quand s'y mêleront les
questions de personnes. On recourra à Rome, le cas échéant.
D'autres points concernaient plus directement le règlement concret
des études et des étudiants, ceux entre autres qui touchaient aux garan
ties à exiger de ces derniers : assiduité, travail, discipline, mais aussi aux
garanties à leur assurer : continuité, suffisance et valeur de l'enseignement
qui serait distribué. C'est en somme le régime des études, les horaires, le
calendrier, les examens qui étaient là en cause et réclamaient toutes
précisions utiles. Sous une forme ou une autre, celles-ci ne pouvaient
évidemment manquer d'être fournies, même en l'absence de textes écrits.
Par contre, sur le troisième point énoncé plus haut, celui précisément
qui fait l'objet de notre enquête, à savoir les méthodes et techniques d'en
seignement, les documents se font beaucoup plus rares.
A vrai dire, il n'y a pas trop lieu de s'en étonner. Les procédés de fabri
cation ne faisaient pas l'objet de paragraphes spéciaux dans les statuts
des corporations ; non qu'ils fussent tenus secrets, mais ils étaient au
contraire monnaie courante, universellement connus et pratiqués de
tous ; pourquoi les eût-on rappelés ou précisés? Toutes proportions
gardées, il en va de même pour les méthodes en usage dans l'enseigne
ment ; elles forment la contexture même de celui-ci et nul ne les ignore.
On n'éprouve donc pas le besoin de les préciser, sauf en de rares circons
tances et de façon plutôt indirecte souvent.
Il faut donc s'attendre sur ce point à des difficultés plus grandes encore
que sur les autres : celles de la précarité des textes, des statuts, d'une part,
et celle aussi de leur interprétation satisfaisante.
Le travail doit donc consister tout d'abord à relever soigneusement
et à classer selon leur ordre chronologique, tous les textes fixant officielle
ment et imposant ne fût-ce qu'un détail concret, au plan des structures,
des garanties ou des méthodes, sans attendre que soient constitués les
deux recueils de statuts mentionnés plus haut. Cela doit permettre
précisément de déceler en ceux-ci les éléments stables et les apports
nouveaux, de préciser les causes et le sens de ces derniers et, par contraste,
de rechercher pour les autres les traditions plus ou moins anciennes dont
ils témoignent, de remonter ainsi jusqu'aux années de la fondation, sinon
même jusqu'à un état de choses plus ancien qui aurait été alors entériné.
En somme, de percevoir et suivre toutes les évolutions.
Cette moisson a été faite avec grand soin dans le Chartularium, de
Denifle-Chatelain. Il s'agira donc surtout de l'interpréter avec discerne
ment.
l'enseignement au moyen ace 77
Il est juste d'ajouter toutefois, que l'on peut recourir, dans ce but, à
d'autres textes, officiels eux aussi, qui, s'ils n'émanent pas de l'Université
de Paris, lui apportent commentaires et éclairage de valeur. Car la réserve
observée à Paris pour ce qui est de la formulation des statuts, ne se
retrouve pas, de même manière ni au même degré, dans les Universités
voisines : à Toulouse, par exemple, ou à Oxford ou à Bologne. On possède
là, et très tôt, des Statuts détaillés, fixés avec précision. Mais ces mêmes
Universités se réfèrent à Paris. Elles déclarent explicitement, par la voix
d'un Robert Grosseteste par exemple, pour Oxford, qu'elles entendent faire
ce que l'on fait à Paris, s'aligner sur ses décisions ou ses coutumes. Si elles
ne copient pas un texte absent, elles révèlent ce qui est, ce qui se fait.
Dès lors on peut, tout en observant toujours une certaine réserve, inférer
de leurs Statuts les lois en vigueur ou les pratiques en usage à Paris.
Il y a là, très certainement, une source de renseignements qu'il est
légitime d'utiliser.
Sans doute ne dira-t-elle pas encore tout ce que l'on souhaiterait savoir.
Et même enrichis de cet apport, les documents officiels auront-ils encore
besoin de commentaires et d'interprétations ; surtout en ce qui concerne
les méthodes et les techniques en usage, ce que nous avons comparé plus
haut aux procédés de fabrication dans les corporations de métiers.
En ce domaine, en effet, plus qu'en tout autre, où l'on pouvait dès le
point de départ aligner un acquis considérable et de bon aloi, les Statuts
dépendaient étroitement de la réalité, qu'ils n'avaient tout au plus qu'à
traduire, non à forger ; ils fixent ce qui est ; ils ne créent pas.
Encore ne fixent-ils pas tout, et n'entrent-ils pas dans les détails. De
simples allusions souvent, un mot parfois, pouvaient suffire amplement
pour ceux dont tous ces exercices constituent la vie quotidienne, le plus
clair de leurs journées. On parlera par exemple des disputes, pour préciser
leur fréquence ou leur caractère obligatoire. On dira peut-être quelle est
à ce propos la responsabilité du maître ou du bachelier. Mais on ne songera
même pas à dire comment elles se déroulent. A quoi bon? Dès sa première
semaine de cours l'étudiant a été initié. La lettre traduit et fixe la vie.
Celle-ci commande, elle éclaire et explique la lettre. On retrouve, en quel
que sorte, toutes proportions gardées, le problème de l'Écriture et de la
Tradition.
Il faut prendre conscience, avant d'établir l'inventaire ou de tenter
une interprétation, de ce jeu subtil auquel on ne peut se soustraire, de la
vie et du texte, de la pratique et des Statuts.
La vie est première ; elle restera même plus ou moins longtemps, seule
en scène. Les décisions officielles, à mesure qu'elles surgissent, s'y réfèrent,
l'entérinent, sans toutefois la cerner complètement, tant s'en faut. Les
documents, non officiels, qui livrent cette vie, qui permettent de la saisir
sur le vif — par exemple une reportation détaillée d'une dispute scolaire —,
sont les plus efficaces commentaires de tel texte des Statuts. C'est à eux
78 P. GLORIEUX

qu'on se doit donc de recourir en tout premier lieu. Ils permettent de saisir
l'exacte portée d'une décision et, par-delà les formules sommaires, d'entre
voir la réalité plus large qu'elles prétendent traduire. Il importe donc de
toujours confronter, dans la mesure du possible les textes avec la vie et de
commenter les textes par la vie.
La pratique, telle qu'elle apparaît à travers les documents du temps, a
précédé, et parfois même pendant une période assez considérable, la rédac
tion d'un statut officiel ; elle a même pu connaître, pendant ce laps de
temps, une évolution dont les étapes et le sens se laissent reconstituer.
Quand le point de Statut est édicté, il y a alors coïncidence entre la vie et
le texte, celui-ci fixant celle-là.
Mais le mouvement peut continuer encore, quoique au ralenti, en raison
du caractère officiel, obligatoire, du texte. Des circonstances nouvelles
peuvent intervenir en effet, et la vie présenter des requêtes non prévues et
des adaptations indispensables. Le texte devient inopérant, périmé ; ou
mieux il fait place à une rédaction remaniée qui tienne compte de l'état
de choses dont il est alors et l'écho et l'aboutissant.
On trouvera plus loin, de ceci, un exemple frappant dans l'évolution
qu'a connue, au cours des temps, la lecture des Sentences par le bachelier.
Les Statuts à eux seuls ne pourraient suffire ni à expliquer en quoi consiste
cette lecture, comment elle se déroule, ni moins encore à dire en quel sens
et pourquoi elle a évolué. Il faut pour cela partir de la vie, et interroger les
documents, heureusement nombreux et détaillés, qui la livrent au naturel.
Les Statuts cependant peuvent servir utilement de jalons pour retracer
cette histoire, ses vicissitudes et ses progrès, fournissant, dans leur
rédaction, des points fixes et précis.
Que l'un, du moins, n'aille jamais sans l'autre, ni la vie sans les textes,
ni surtout les textes sans la vie. Cet éclairage mutuel est l'indispensable
condition à observer pour qui veut aboutir à connaître les méthodes et
les techniques en usage dans l'enseignement au Moyen Age.
II. — Sources et Documentation

Pour mener à bien l'étude qu'on vient de dire, deux séries de documents
sont à interroger, dans l'esprit suggéré ci-dessus :
— textes et documents officiels (Statuts, actes, décisions, etc.) fixant
les positions et précisant les points de vue de l'autorité, déterminant ce qui
est à observer, etc.
— documents et textes privés (traités rédigés, recueils, notes, mé
moires, etc.) donnant du vécu, des travaux effectivement accomplis,
tâtonnements ou œuvres achevées. Ils n'ont aucune prétention parti
culière, mais sont le commentaire vivant des textes statutifiés.

1. — Textes el documents officiels

Il s'agit avant toute chose de ceux qui concernent la faculté de théologie


et son enseignement. — Les statuts des facultés voisines, surtout de celle
des arts, qui en est comme la propédeutique, ne sont pas à négliger non
plus, en raison des points communs qui peuvent exister entre elles. — Il
en va de même pour les Statuts de certaines Universités étrangères qui
reconnaissent elles-mêmes leur parenté et leur dépendance, en ces domai
nes, à l'égard de Paris.
D'autres documents officiels encore, tels par exemple les Statuts de
certains Collèges, ou de Studia religieux, qui monnayent pour leurs
membres les décisions plus générales de l'Université, peuvent rendre
témoignage à celles-ci ou les éclairer.

§ 1. Statuts.

Comme on y a fait allusion déjà, les Statuts de l'Université ou de la


faculté de théologie de Paris, ont été lents à venir. A la différence de ce
qui s'est passé ailleurs (Bologne, Oxford, sans parler des Collèges), ils
sont plutôt un point d'arrivée que de départ. Ils entérinent et consacrent
ce qui est, formulant en même temps pour l'avenir ce qui doit être.
80 P. GLORIEUX

Deux recueils plus importants se présentent ainsi ; encore n'ont-ils


pas la prétention d'être complets, non plus que logiquement ordonnés.
Le premier (on le désignera sous le nom de Statuts A) conservé par le
ras. Paris Nat. lat. 12461 f. 7-10v, se trouve édité par Denifle-Chatelain,
Charl. Univ. Paris, n. 1188 (H.691-697). Sa rédaction se situe entre 1335
(date de la Constitution de Benoit XII, reprise en son art. 10) et 1366
(remaniements et précisions des Statuts B), plus près sans doute de la
première date que de la seconde. Il témoigne d'un état de choses antérieur,
probablement même fort ancien.

Viennent d'abord :
« Regulae speciales pro qualibet facúltate. Et primo pro theologis >
(18 art.). « Sequitur pro canonistis » (14 art. — A leur suite, dans le manus
crit, étaient insérées des additions, du 21 janvier 1371, pour cette même
faculté. « Sequuntur statuta pro artistis » (12 art.).
Puis : « Sequuntur statuta pro omnibus facuitatibus » (4 art.). Ils
concernent les règles des congés et des jours fériés.

Pour ce qui est de la faculté de théologie, le texte porte :


« Hic sequuntur regule seu consuetudines aut statuta observata ab
antique tempore in venerabili facúltate theologica. »

On y trouve ainsi les précisions suivantes :


Art. 1-2 : les jours fériés. Art. 3-4 : sermons assignés à ces jours-là.
5-8 : suspensions partielles des cours, aux jours de disputes, etc. : horaire
à suivre à cette occasion.
9. Les Principia des Sententiaires. Ils ont lieu entre l'Exaltation de
la Sainte Croix et la Saint-Denys (14 septembre-9 octobre), et même
au-delà du 10, si le nombre des bacheliers le réclame. Les cours ne repren
nent qu'une fois tous les Principia terminés.
10. La scolarité requise pour être admis à lire : sept ans d'audition.
11. Le bibliste : « admissi ad lecturam Biblie debent solum legere duos
libros et tales sicut voluerint eligere, scilicet unum de Veteri Testamento
et alium de Novo, exceptis illis de quatuor Ordinibus Mendicantium, qui
debent Bibliam continue legere per duos annos, et etiam unus de S. Ber
nardo ».
12-13. Bacheliers sententiaires et bacheliers formés. — La lecture des
Sentences se termine le 29 juin, sauf retards à réparer. « Baccalarii qui
legerunt Sententias debent postea prosequi facta facultatis per quatuor
annos, antequam licentientur, scilicet praedicando, argumentando, res-
pondendo », ceci à moins de dispense papale. Ils attendent même cinq ans
quand l'année jubilaire ne tombe pas la quatrième année après leur lecture.
14. Sermons et collations des Ordres Mendiants.
15-16. Les Cursus bibliques. Précisions horaires.
l'enseignement au MOYEN AGE 81

17. Sermons des maîtres en théologie ; et collation sur le même thème.


18. Les actes requis du bachelier. « bachalarii in theologia tenentur
responderé de questione, in locis publicis, aliis bachalariis, quinquies ad
minus, antequam licentientur, scilicet in aula episcopi parisiensis quando
lit ibi aliquis novus magister in theologia ; item in vesperis alicujus magis-
tri ; item semel in aula Cerbonitaruni tempore quo magistri in theologia
non legunt, scilicet inter festum Apostolorum et festum Exaltationis sánete
Crucis (29 juin-14 septembre) ; item semel de Quolibeto in Adventu vel
circiter ; item semel in disputationibus generalibus antequam permitta-
tur sibi legere Sententias ».
Deuxième recueil (Statuts B). Éd. par Denifle, Chartui, n. 1189, II,
697-704, d'après le ms. Paris Nat. lat. 10402, f. 1 ss. (Un texte abrégé,
remanié après 1452, se lit dans les mss Nat. lat. 12851, f. 1 ss ; 12848,
f. 103 ss et Archiv. Nat. MM. 247, f. 1-16).
La rédaction, sous cette forme de compilation, se situe vers 1385-87
(postérieure à 1366, date des Statuts d'Urbain V par quoi elle commence)
et complétée en 1389. Ce n'est ni un remaniement ni une refonte, mais
une compilation reprenant des décisions dont quelques-unes même fort
anciennes, et comportant parfois des articles modifiés ou revisés.
On y trouve après : 1. Un prologue. 2. « statu tum Universitatis ».
3-13 : divers Statuta papalia: ceux d'Urbain V, du 5 juin 1366; englo
bant d'ailleurs, 12-13, ceux de Robert de Courçon.
14-15 : des décisions pro scolaribus (qu'ils apportent au cours et leur
Bible et les Sentences).
16-26 : pro cursoribus : conditions requises ; costume, lecture ; obliga
tions : 25 : « tenebitur inter primum cursum et Sententias responderé
semel in vesperiis, etiam semel in resumpta de expectatoria, si fuerit per
magistrum requisitus... » ...«ad minus semel in anno unam collationem
faceré ».
27. « Pro baccalariis Sententiarum et biblicis ordinariis ».
28-38. « Pro baccalariis Sententiarum ». 34 « tenebuntur... legere in
tertiis, diebus quibus magistri legent et quibus disputabitur post prandium
de temptativa, de Quodlibetis vel resumpta ».
37 «... ne sic super prologum et Ium Sententiarum instant quin possint
debite tractare materias II1, III1 et IV1 Sententiarum ad distinctiones
pertinentes ».
38. « ... item quod Carmelita faciat suum 2um principium I* die janua-
rii legibili, et alii baccalarii consequenter. Tertium faciat Carmelita I»
martii et alii consequenter ; quartum faciat ipse Carmelita, I* maii et alii
consequenter ».
39-59. « Pro baccalariis formatis ». 39 et 40 précisant 10.
41. Présence requise, in cappa, aux divers exercices ; trois absences
retardant d'un jubilé ; it. 46, aux sermons, messes, processions, etc.
82 P. GLORIEUX

49. « ...quod quilibet baccalarius formatus faciat quolibet anno duos de


actibus suis vel ad minus unum, quousque omnes actus suos compleve-
rint, ne sint duo actus solemnes facultatis in eadem hebdómada... Actus
autem ad quos tenentur sunt responsiones de Quodlibetis, sorbonica,
ordinaria et aula... omnes hujusmodi actus compleantur ante festum
S. Catharinae anni jubilaei ».
60-64. « pro magistris regentibus ».
65-71. «pro magistris regentibus et non regentibus».
70. Lecture sera donnée de ces Statuts deux fois par an (le premier
jour après Quasimodo, et après la messe de septembre), dans une congré
gation générale de la faculté, à laquelle sont tenus d'assister tous les
lecteurs, cursores, bacheliers formés, etc.

§ 2. — Les serments.

Documents officiels, eux aussi. Us redisent à leur façon, et souvent


précisent pour les différentes catégories et circonstances, les obligations
auxquelles on souscrit, ou dont on certifie s'être acquitté.
A rapprocher, comme date, des Statuts B, dont ils précisent l'applica
tion, donc de 1385-87 environ. Transmis par les mêmes manuscrits :
Paris, Nat. lat. 10402, f. 6-7 ; Archiv. Nat. MM. 261. f. 12-20. — Edition :
Denifle, Chart. II, 705-707, n. 1190.
Le contenu est le suivant, relatif à la faculté de théologie :
« Sequuntur juramenta pro cursoribus » : 1-3 ; — « pro religiosis solum »
4. — « pro omnibus bacalariis », 5-12 ; — « pro bacalariis Sententiarum »,
13-23 ; — « pro bacalariis formatis », 24-26 ; — « pro religiosis », 27 ; « pro
religiosis Mendicantibus et S. Bernardi », 28 ; — « pro aliis », 29 ; — « pro
omnibus », 30-32 ; — « que magistri novi prestare habent in prima congre-
gatione facultatis post eorum magisterium », 33-42.
Ces documents (Statuts et serments correspondants) témoignent d'un
état de choses antérieur, parfois même fort ancien. Ils ont été précédés et
sur certains points préparés, au gré des circonstances ou des besoins, par
des décisions émanant des diverses autorités ou instances : faculté de
théologie (des arts, de droit), Université, légats pontificaux, évêques.
On trouvera ces décisions, soigneusement relevées à leurs dates respec
tives, par Denifle, Chartul. Univ. Paris.
Voir à l'index : aux mots Universitas, facultas theologica. Actus,
baccalaureus. collatio. cursus, disputationes. examina, juramenta, lectio-
nes. principia, statuta, vacationes. vesperiae, etc.
Pour les Statuts des Universités étrangères, auxquelles il a été fait
allusion plus haut, voir en particulier :
l'enseignement au MOYEN AGE 83

Fournier, Les statuts et privilèges des Universités françaises, Paris, 1890.


Strickland Gibson, Statuta antiqua Universilalis Oxoniensis, 1931.
F. Ehrle, Statuta facultatis theologiae Bononiensis, Bologne, 1932.

§ 3. — Les statuts des divers collèges fondés auprès de l'Université,


peuvent fournir de leur côté des renseignements utiles, en ce sens qu'ils
monnaient, en quelque sorte, pour leurs membres et traduisent dans la
vie courante les décisions officielles qui les concernent au premier chef. On
trouvera textes ou indications pour
— La Sorbonne : P. Glorieux, Aux origines de la Surbonne. I. Robert de
Sorbon. L'homme. Le Collège; les documents. Paris, 1966, p. 189-203.
— Le Collège de Cluny. — Statuts du Collège de Cluny (1309-1319). Ed.
Denifle, Chart, n. 487.
— Le Collège de Navarre (1305-1315). Cf. Féret, La faculté de théologie,
III. 10-18 ; Launoy, Hisl. Colleg. Navarr., p. 41 ss.
— Collège du Cardinal Lemoine. Éd. Félibien, Hisl. de la ville de
Paris, V. 607-610.
— Collège de Narbonne (1317). — Éd. Félibien, ibid. V. 662.
— Collège du Plessis (1323). — Éd. Félibien, ibid. III. 378 ss.
— Collège de Marmoutier (1329). — Ibid. III. 395.
— Collège de l'Ave Maria. — Cf. A. L. Gabriel, Student life in Ave
Maria College in mediaeval Paris. — Notre-Dame, Ind. 1955, p. 319-378.
— Collège de Saint-Michel (1348). — Éd. Féret, La faculté de théologie,
III. 600-610.
— Collège de Maître Gervais (1370). — Éd. Féret, La faculté de théolo
gie, III. 632-662.

2. — Textes et documents privés

L'autre volet du diptyque met en regard de ce qui précède, — ne


disons pas : oppose — des documents qui n'ont pas valeur officielle, et n'y
prétendent aucunement. Ils sont les témoins du travail personnel, et de la
pratique par conséquent, des maîtres et étudiants astreints par ailleurs
aux règlements de l'Université, connaissant ceux-ci et les traduisant donc
dans la vie.
En un certain sens, tous les écrits ou traités qui nous sont parvenus de
cette époque, pourraient être ici invoqués.
Il existe toutefois, dans l'abondante littérature des xine et xive siècles,
certains recueils plus remarquables, parce que plus spontanés et plus
proches de la vie quotidienne, dont ils reflètent les démarches. Leurs
enseignements sont tout à la fois plus riches et plus parlants.
On a cru bon de les signaler ici. Chacun pourra y recourir le cas échéant,
84 P. GLORIEUX

et contrôler directement. La plupart d'ailleurs ont fait l'objet d'études qui


en facilitent l'intelligence.

[1] Anonyme (peut-être Jacques de Dinant, ou Etienne de Provins) —


recueil de questions ou d'actes soutenus par les maîtres en théologie de
Paris, de 1228 à 1236. Quelque 572 pièces, dont 184 de la main du compila
teur.
Ms. : Douai 434.
Cf. P. Glorieux, Les 572 questions du manuscrit de Douai 434, dans
R.T.A.M. 10 (1938) 123-267.
[2] Cahiers de références d'un étudiant en théologie de Paris (Raoul de
Colebruge?), de 1242 à 1247. — Transcriptions de textes ; notes prises aux
exercices scolaires, au cours du bachelier sententiaire, etc. Noms et réfé
rences.
Ms. : Paris Nat. lat. 15652 ; 15702.
Cf. M. D. Chenu, Maîtres et bacheliers de l'Université de Paris vers 1240,
dans Études d'Hist. lilt, doctr. du XIIIe siècle (Ottawa, 1932) I, 11-40;
Alexandri de Haies O. M., Summa Iheologica.. IV. (Quaracchi 1948) 346-
354 ; P. Glorieux, Les années 1242-1247 à la Faculté de théologie de Paris
dans RTAM. 29 (1962) 234-249.
[3] S. Bonaventure, Brouillon autographe de son Comment, in Sent.
Ms. : Assise 186.
Cf. Henquinet, Un brouillon autographe de S. Bonaventure sur le commen
taire des Sentences, dans Études Francise. (1932) 633-655, (1933) 59-85.
[4] Recueil anonyme de Questions Disputées à Paris, de 1256 à 1266 envi
ron. Transcription soignée d'une collection constituée par un étudiant qui
s'intéresse à S. Bonaventure, Pierre de Tarentaise et Gérard d'Abbeville.
Accessoirement, dans une deuxième partie, aux Quodlibets de S. Thomas.
Ms. Arras 873.
Cf. P. Glorieux, Un manuscrit méconnu: Arras 873, dans RTAM (1935)
81-86.
[5] Anonyme ; auditeur d'Eustache, O. M. Recueil de Questions Disputées
et de Quodlibets de celui-ci ; avec quelques questions aussi de Pierre de
Tarentaise et St. Thomas; v. 1263-66?
Ms. Vatic. Borgh. 139.
Cf. P. Glorieux, Maîtres franciscains de Paris: fr. Eustache, dans France
Franciscaine (1930) 125-171.
[6] Nicolas du Pressoir : ses premiers actes magistraux, 1273-74. —
Relevé de ses actes de maîtrise, Quodlibets, Questions Disputées intercalées.
Ms. Madrid Nación. 4008.
Cf. Ciencia Tomista (1925) 375.
[7] Godefroid de Fontaines. Recueil documentaire scolaire, groupant
surtout les dernières productions de la faculté de théologie ou des arts, vers
1270-72. Reportations ou transcriptions, utiles pour l'étudiant liégeois se
préparant par la maîtrise es arts aux études théologiques.
Ms. : Paris, Nat. lat. 16297.
Cf. P. Glorieux, Un recueil scolaire de Godefroid de Fontaines, dans
RTAM (1931) 37-53.
[8] Anonyme (Franciscain?). Notes et documentation pour la lecture des
Sentences. Sont méthodiquement utilisés le Comment, in Sent, de Barthé
lémy de Bologne ( ?), puis de Simon de Lens, et d'un troisième inconnu. —
Le compilateur aurait fait à Paris sinon un séjour continu du moins deux
l'enseignement au MOYEN AGE 85

séjours d'études, le premier avant 1270 au temps où lisait Barthélémy,


l'autre après 1277, quand Simon était sententiaire.
Ms. : Paris, Nat. lat. 16407.
Cf. G. Englhardt, Die Lehrlichlung des Cod. par. Bibl. nal. 16407, dans
Aus der Geisteswelt des Mittel. (Münster 1935), 804 ss. — E. Longpré,
L'œuvre scolaslique du cardinal Jean de Murro, О. F. M., dans Mélanges
A. Pelzer (1947) 467-492. — O. Lottin, Le commentaire sur les Sentences de
Jean de Murro est-il trouvél dans Rev. Hist. eccl. 44 (1949) 153-172 ; P. Glo
rieux, Nouvelle candidature pour le commentaire sur les Sentences de Paris
Nal. lat. 16407, dans RT AM 22 (1955) 312-322.
[9] Réportations anonymes — probablement d'un bachelier O. P., peut-
être Guillaume de Magno Saltu —, prises lors des disputes scolaires, à Paris,
vers 1276-1278. Quelques indications de noms, et identifications possibles.
Ms. : Paris Nat. lat. 14726 ; Arsenal 379.
Éd. P. Glorieux, Littérature Quodlibélique, I. 307-347 (ps. Anonyme IX) ;
F. Pelster, Scholastik, 1.238.
[10] Matthieu d'Aquasparta, Recueil autographe de ses actes magistraux,
Questions Disputées et Quodlibets de Paris, 1277-78.
Ms. Assise, com. 134.
Cf. V. Doucet, Bibl. Franc. Scholast. M. AE. XI (1935). Introd.
[11] Notes et relevés d'un étudiant (Thomas de Barneby?) des actes
scolaires tenus à Cambridge, 1277-1281, et Oxford, 1284-1291. Relevés
voisinant avec des transcriptions de questions éditées. Quelques positions
personnelles. Brefs échos de soutenances parisiennes.
Ms. : Assise Com. 158.
Cf. Little-Pelster, Oxford Theology and Theologians (Oxford, 1934) 1-145;
P. Glorieux, Le manuscrit d'Assise, Bibl. corn. 158, dans RTAM (1936)
282-295.
[12] Gervais du Mont Saint-Éloi. Extraits de ses disputes quodlibétiques,
s'échelonnant de 1282 à 1290. — 85 questions appartenant à huit Quod
libets qui se succèdent dans l'ordre.
Ms. : Paris, Nat. lat. 15350, f. 269-291.
Cf. P. Glorieux, Les Quodlibets de Gervais du Moni Saint-Éloi, dans
RTAM (1953) 129-135.
[13] Notes d'un étudiant (John Basset, O.M.?) présent à Oxford, au cours
des années 1286-1292. Témoignage parallèle à celui d'Assise 158, encore
qu'indépendant.
Ms. : Assise, Comm. 196.
Cf. D. Pouillon, Le Manuscrit d'Assise, Bibl. comm. 196. Description
dans RTAM (1940) 329-358.
[14] Anonyme (Franciscain anglais?). — Avant-projet de Commentaire
sur les Sentences. Extraits recueillis de diverses sources, et classés selon les
distinctions 1-15 du livre I. — Probablement vers 1291-92 à Paris.
Ms. : Paris, Mazar. 732 f. 169-228.
Cf. P. Glorieux, Un avant-projet de Commentaire sur les Sentences, dans
RTAM (1956) 260-276.
[15] Nicolas de Bar. — Extraits de Quodlibets parisiens, tenus de 1285 à
1304. ■— 170 questions précédées en général de leur attribution, relevées
selon leur ordre chronologique.
Ms. : Paris, Nat. lat. 15850 f. 10-42.
Cf. P. Glorieux, Notices sur quelques théologiens de Paris de la fin du
XIIIe siècle, dans AHLDMA, 1928, p. 201-238 ; Littérature Quodlibélique,
1.230-242; II. 199s.
86 P. GLORIEUX

[16] Jean de Saint-Germain (John Germeyn). — Copiste ou auteur de


manuscrits de Worcester, dont Wore. Q. 99 et F. 69, recueils de Questions
Disputées soutenues à Oxford de septembre 1298 à janvier 1302; complétées
à Paris de 1310 à 1315 ; — Relevé de première main, du personnel enseignant
à Oxford, dans la première période ; précision et détails sur les maîtres de
Paris, dans la seconde.
Cf. Little-Pelster, Oxford Theology and Theologians с. A.D. 1282-1302
(Oxford 1934) ; P. Glorieux, Jean de Sainl-Germain, maître de Paris et
copiste de Worcester, dans Mélanges Aug. Pelzer (Louvain 1947) 513-529.
[17] Anonyme : Relevés des soutenances (Questions Disputées et Quod
libets) de Gonzalve, O.M. et d'autres contemporains. 1301-1303. — Les
deux manuscrits se complètent et s'expliquent : deux rédactions assez
différentes.
Ms. Avignon 1071 ; Troyes 661.
Cf. L. Amoros, dans Bibl. Franc. Schol. IX, Introd. — P. Glorieux,
Thomas de Baillg.
[18] François Caracciolo. Notabilia cancellarii. — Notes recueillies lors de
sa lecture in III Sent, et de ses premiers actes magistraux, 1308-1312, par
Jean de Saint-Germain.
Ms. : Worcester, F. 69 ; Barcelone, Ripoll, 77 bis.
Cf. Balié. Les Commentaires de Jean Duns Scot sur les quatre livres des
Sentences (Louvain, 1927) 161-185 ; P. Glorieux, Duns Scot et les с Notabilia
cancellarii», dans AFH (1931) 1-14; Jean de Saint- Germain, maître de
Paris et copiste de Worcester, dans Mélanges Pelzer (1947) 513-529 ; Fran
cois Caracciolo, chancelier de Paris, dans RTAM (1966) 115-136.
[19] Prosper de Reggio Emilia, О. S. A. : recueil de Questions Disputées,
ordinaires ou extraordinaires, soutenues à Paris au cours des trois années
scolaires 1311-1314. — 432 questions rassemblées en deux séries : la première
(208 questions) relevées presque au jour le jour et notées suivant l'ordre
chronologique ; la seconde (324 quest.) groupées par auteurs, un cahier
étant attribué à chacun. L'un d'entre eux conserve les interventions, prévues
ou effectives, de Prosper, bachelier puis maître.
Ms. : Vatic, lat. 1086 f. 101-327.
Cf. A. Pelzer, Prosper de Reggio Emilia, des Ermites de Sainl Augustin et
le ms. latin 1086 de la Bibl. Vaticane, dans Rev. Néo-Scol. de philosophie
(1928) 316-351 ; Id., Bibliothecae Apostolicae Valicanae codices manu-
scripli recensiti. Codices lalini. II (Vatican 1931) ; P. Glorieux, A propos du
Vatic, lai. 1086. Le personnel enseignant de Paris vers 1311-14, dans R ТАМ
(1933) 23-39.
[20] Pierre Roger : Principia et quaestiones collativae. Paris, 1320-21.
On l'y voit aux prises avec les autres bacheliers, particulièrement François
Meyronnes.
Ms. : Vatic. Borgh. 39, f. 299-341.
Cf. F. Ehrle, Der Senlenzenkommenlar Pelrus von Candía, dans Franz.
Stud. (1925) 39ss. ; surtout A. Maier, Der liierarische Nachlass des Pelrus
Rogerii (Clemens VI) in der Borghesiana, dans RTAM (1948) 322-356 ;
A. Pelzer, Les Repórtala Parisiensia, p. 452.
[21] Compilateur anonyme : Relevés et notes en vue de la réédition du
Comm. de Pierre de la Palud, in III Sent, vers 1317-1323. — Bon nombre
d'opinions relevées, opposées ou non à Pierre, se voient identifiées.
Ms. Barcelone, Arch. Coron. Aragon, Ripoll 77 bis.
Cf. A. Maier, Literarhistorische Notizen über P. Aureoli, Durandus und
l'enseignement au MOYEN AGE 87

den Cancellarius nach der Handschrift Ripoll. 77bis, in Barcelona, dans


Gregorianum (1948) 213-251.
[22] Alphonse Vargas, О. S.A. de Tolède : son Commentaire in I Sent., à
Paris en 1345. Précisions sur les bacheliers qu'il rencontre dans ses Principia.
Éd. Venise 1490. Treize manuscrits relevés par Stegmuller.
Cf. J. Kurzinger, Alfonsus Vargas Tolelanus und s. theol. Einleilungs-
lehre, dans Bauemkers, Beiträge... XXII (1930) 5.6.
[23] Jean de Falisca : Recueil personnel, notes, références, couvrant toute
sa carrière d'étudiant en théologie, cursor, sen te г, ti a ire, bachelier formé,
de 1350 à 1366 environ. Le tout axé sur le ms. Paris Nat. lat. 16408, composé
par lui, au jour le jour, mais complété par six ou huit autres manuscrits de
recueils.
Cf. P. Glorieux, Jean de Falisca. La formation d'un maure en théologie
au XIV siècle, dans AHDLMA (1966) 23-104.
[24] François Bacon, Carm. — Comment, in I-IV Sent. Texte avec les
principia ; quelques noms et détails sur les autres bacheliers, ses adversaires.
Paris, 1364-65.
Ms. : Paris Nat. lat. 15374 ; Rome, Archiv. Carmel. — Les Principia après
les I. I et III.
Cf. B. M. Xiberta, De scriploribus scholaslicis saec. XIV ex ordine Carme-
litarum (Louvain 1931) p. 394-413.
[25] Bonsemblantes Badoario, O.S. A. : ses principia, lors de sa lecture
des Sentences ; Paris, 1363. Quelques notations sur les bacheliers, ses
adversaires.
Ms. Munich Clm. 26711, f. 397-406 ; Vatic, lat. 981, f. 91-105.
[26] Jean Régis, O.M. — Principia et commentaire sur les Sentences,
suivis de la table. — La lecture est de 1369-70. Le texte, de la main du
bachelier, agrémenté de détails, des noms des autres bacheliers, etc. L'attri
bution à Gerson est inexacte.
Ms. : Paris, Nat. lat. 15156, f. 34M80.
Cf. P. Glorieux, Le Commentaire sur les Sentences attribué à Jean Gerson,
dans RTAM (1951) 128-139.
[27] Pierre d'Ailly. Recueil authentique, composé pour lui et sur ses ins
tructions, et orné de notes autographes, de ses premières œuvres théolo
giques, s'échelonnant de 1372 à 1393.
Ms. : Paris, Arsenal 520 (quinze pièces) ; Paris, Nat. lat. 3122 (24 pièces) ;
légués par lui au Collège de Navarre.
Cf. P. Glorieux, L'œuvre littéraire de Pierre d'Ailly, dans Mél. Science
Relig. (1965) 61-78.
[28] Pierre d'Ailly, Comment, in I-IV Sent. — Détail des principia et des
disputationes collativae, avec mention des interventions, 1376-77.
Ed. Paris, s.d. ; Bruxelles, 1478 ; Venise, 1500, etc.
[29] Pierre (Philarète) de Candie : Comment, et Principia in I-IV Sent.
1378-1380. — Son texte. — Dans les Principia, notation des bacheliers qui
interviennent.
Ms. : Erfurt, Ampi. Q.94, f. 1-203-226. — 45 manuscrits relevés dans
Stegmüller.
Cf. F. Ehrle, Der Senlenzenkommenlar Peters von Candia, dans Franz.
Stud. (1925) 27-47.
[30] Jean Courtecuisse. — Principia, actes scolaires, actes magistraux, etc.
1373-1389.
Cf. A. Coville, dans Bibl. École Chartes (1904), 469-529.
88 P. CLOKIEUX

[31] Richard de Basoches : réportation de la lecture des Sentences de


Pierre Plaoust. — 1392-93. — Relevé, au jour le jour, du Commentaire et
des actes du bachelier. — Parfois allusions à des événements contemporains
ou des faits personnels.
Ms. : Paris, Nat. lat. 3074.
Cf. P. Glorieux, L'année universitaire 1392-1393 à la Sorbonne à travers
les notes d'un étudiant, dans Rev. Sc. Relig. (1939) 429-482.
[32] Anonyme (O.M.?). — Relevé du résumé par Theobald de Narnia, du
Comment, in Sent, de Scot. — Il y a inséré, cahier 86-92, toute la série des
onze questions disputées en Sorbonne, durant l'été 1409.
Ms. : Tours 359.

L'œuvre des grands maîtres. — On ne peut oublier toutefois ni passer


sous silence, toute une série d'autres documents qui, pour être moins
typiquement groupés que ceux qui précèdent, n'en sont pas moins des
témoins de premier ordre des techniques et méthodes médiévales. Il
s'agit de l'œuvre scolaire elle-même des grands maîtres qui ont illustré
alors la faculté de théologie, et qui en ont connu les lois.
Tous leurs ouvrages, sans doute, ne rentrent pas dans le cadre ici traité,
car tous n'ont pas fait l'objet d'enseignement (telle par exemple la Somme
théologique de S. Thomas ou sa Summa contra Gentiles), Si les Commen
taires sur les Sentences ont été lus, certainement, tous les commentaires
scripturaires ne firent pas nécessairement l'objet de cours magistraux,
non plus que les traités polémiques ; et tous les sermons qui nous en sont
restés ne furent pas tous sermons universitaires. Il importe donc de
choisir, de ne citer qu'à bon escient ce qui, dans cette œuvre parfois
considérable, peut venir éclairer nos problèmes ; mais il importe tout
autant de ne pas le négliger.
Qu'il suffise de rappeler ici sommairement ce qu'on peut demander à
chacun d'eux : Sent. : Commentaire sur les Sentences ; — ES. : commen
taires magistraux sur des livres de l'Écriture ; — QD. : Questions dispu
tées ; — Quodl. : Disputes quodlibétiques ; — serm. : sermons universi
taires.
On se référera pour chacun d'eux aux éditions courantes ou aux textes
bien connus par ailleurs. Se référer aussi au Répertoire des maîtres en
théologie.
Pour faciliter les recherches, on a suivi dans les grandes lignes l'ordre
chronologique et, dans chaque période, classé les maîtres selon leurs
appartenances diverses.
[33] Des débuts à 1270 environ. — Dominicains. — Roland de Crémone :
Sent. ES. — Hugues de Saint-Cher : Sent. ES. QD. serm. — Jean de Saint-
Gilles : serm. — Guérie de Saint-Quentin : ES. QD. Quodl. serm. —
Godefroid de Bléneau : ES. serm. — Albert le Grand : Sent. ES. QD. serm. —
Jean Pointlasne : Sent. serm. — Thomas d'Aquin : Sent. ES. QD. Quodl.
serm. — Pierre de Tarentaise : Sent. ES.QD. Quodl. serm. — Guillaume
d'Antona : ES. serm. — Hannibald : Quodl. serm. — Séculiers. Etienne Lang
L ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE 89

ton : ES. QD. serm. — Jean d'Abbeville : ES. serm. — Philippe le Chancelier :
serm. ■— Gui d'Orchelles : QD. — Guiard de Laon : QD. serm. — Eudes de
Châteauroux : ES. QD. Quodl. serm. — Guillaume d'Auvergne : ES. Serm. —
Gauthier de Château-Thierry : ES. QD. serm. — Jean Pagus : Sent. — Pierre
l'Archevêque : Sent. — Adam : Sent. — Etienne de Poligry : Sent. ES. QD. —
Robert de Sorbon : ES. serm. — Guillaume de Saint-Amour ES.QD. —
Gérard d'Abbeville : Sent. QD. Quodl. serm. — Franciscains : Alexandre de
Halès : Sent. QD. Quodl. serm. — Jean de la Rochelle : ES.QD. serm. —■
Bonaventure : Sent. QD. serm. — Eudes Rigauld : Sent. ES.QD. serm.
— Guillaume de Meliton : ES.QD. serm. — Gilbert de Tournai : Sent. serm.
— Eustache : Sent. QD. Quodl. serm. — Guillaume de Bario : QD. Quodl.
serm. — Gauthier de Bruges : Sent. QD. serm.
[34] De 1270 à 1300. — Dominicains. — Jean de Varzy : ES. serm. —
Romain de Rome : Sent. serm. — Ferrer : Quodl. serm. — Bernard de
Trilia : QD. Quodl. serm. — Séculiers. — Adénulfe d'Anagni : Quodl. serm.
— Ranulphe d'Hombières : QD. serm. — Nicolas du Pressoir: QD. Quodl.
serm. — Henri de Gand : QD. Quodl. serm. — Godefroid de Fontaines :
QD. Quodl. — Franciscains : — Jean Peckham : Sent. ES.QD. Quodl. serm.
— Guillaume de la Mare : Sent. QD. serm. — Matthieu d'Aquasparta :
Sent. ES.QD. Quodl. serm. — Barthélémy de Bologne : QD. serm. —
Guillaume de Falegar : QD. serm. — Jean de Galles : ES. serm. — Arlotto
da Prato : Sent. QD. serm. — Richard de Mediavilla : Sent. QD. Quodl. serm
— Raymond Rigauld : QD. Quodl. serm. — Jean de Murrho : ES. QD.
Quodl. — P. J. Olieu : ES. Sent. QD. Quodl. — Vital du Four : Sent. ES.
QD. Quodl. — Cisterciens : Jean de Limoges : Sent. ES. — Jean de Weerde :
Quodl. serm. — Cluny : Gui : Quodl. serm. — Val des Écoliers: Evrard :
serm. — Laurent de Poulengy : QD. serm. — Jean de Châtillon : Quodl. —
Moni-Sainl-Eloi : Gervais : Quodl. serm. — O.S. A.: Gilles de Rome : Sent.
ES. QD. Quodl. serm. — Jacques de Viterbe : Sent. QD. Quodl. serm.
[35] De 1300 à 1320. — Dominicains : Bernard d'Auvergne : QD. serm. —
Rémi de Florence : ES. QD. Quodl. serm. — Eckhart : Sent. ES. QD. serm.
— Jean Quidort : Sent. QD. Quodl. serm. ■— Jacques de Metz : Sent. —
Hervé Nédellec : Sent. ES. QD. Quodl. — Durand de Saint-Pourçain :
Sent. QD. Quodl. serm. — Pierre de la Palud : Sent. ES. QD. serm. —
Jean de Naples : QD. Quodl. serm. —■ Séculiers: Pierre d'Auvergne : Quodl.
— Jean Lesage : QD. Quodl. — Thomas de Bailly : Quodl. — Jean de
Pouilly : QD. Quodl. — Raoul de Hotot : Sent. QD. Quodl. — François Ca-
racciolo : QD. Quodl. — Thomas de Wylton : QD. Quodl. Franciscains :
Simon de Lens : Sent. Quodl. serm. — Guillaume de Ware : Sent. — Gonzalve :
QD. — Pierre d'Angleterre : Sent. Quodl. — Alexandre d'Alexandrie :
Sent. ES. Quodl. — Scot. : Sent. QD. Quodl. — Nicolas de Lyre : Sent. ES.
Quodl. serm. — Martin d'Abbeville : QD. Quodl. — Salomon : QD. —
Jacques d'Ascoli : QD. Quodl. — Bertrand de la Tour : Quodl. serm. —
Guillaume d'Alnwick : Sent. QD. Quodl. — Pierre Auriol : Sent. ES. QD.
serm. — Cisterciens: Rénier de Clairmarais : Quodl. — Humbert de Prully :
Sent. serm. — Jacques de Thérines : Quodl. — Jacques Fournier : ES. serm.
— Val des Écoliers: Jean du Val : QD. — Mnnl-Sainl-Éloi : André : Quodl.
— Jean : QD. Quodl. — O.S. A. : Arnauld de Toulouse : QD. serm. —
Alexandre de Hongrie : QD. serm. — Henri d'Allemagne : QD. Quodl.
serm. — Grégoire de Lucques : QD. Quodl. — Alexandre de San Elpidio :
ES. Quodl. —■ Augustin d'Ancone : Sent. ES. Quodl. serm. — Prosper
de Reggio : QD. Quodl. — Carmes: Gérard de Bologne : QD. Quodl. —
Gui Terré : Sent. ES. QD. Quodl.
III. — Le Cadre

La vie universitaire se déroule en un cadre bien précis, qui en explique


certaines particularités et en fait mieux comprendre le jeu. Même s'il ne
touche pas directement aux méthodes en usage, il ne leur est pourtant pas
indifférent, et ses répercussions peuvent être plus ou moins directes ou
lointaines ou subtiles. D'où la raison de ce développement qui n'est pas
simple curiosité ni hors d'oeuvre.
Ce cadre est essentiellement d'ordre juridique, aux rouages précis, offi
ciellement reconnus. Le cadre matériel, lui, est inexistant. L'Université
ne loge pas ses étudiants, encore qu'elle s'efforce de les défendre contre
les exploitations de tout genre dont ils sont menacés. Elle ne les abrite
même pas. Elle ne possède ni bâtiments, ni salles de cours, ni locaux
réservés. Pour leurs cours, ses maîtres s'organisent comme ils le peuvent,
louant et entretenant à leurs frais les salles où ils recevront leurs étudiants.
Pour ses réunions officielles, elle demande l'hospitalité des Mathurins, de
Saint-Jacques ou de l'évêché avec ses grandes salles. Elle n'a pas d'église
à elle, ni de chapelle ; et là encore recourt aux églises paroissiales ou aux
chapelles des couvents. Les acquisitions de terrains ou de bâtiments ne
viendront que beaucoup plus tard.

1. Universitas rnagislrorum

A l'exemple des corporations dont elle s'inspire, l'Université est un


groupement libre de maîtres et d'élèves, aux objectifs précis, aux droits
comme aux obligations reconnus par les autorités civiles et religieuses,
aux règlements comme à l'organisation déterminés par elle-même et
constamment mis au point par ses organismes directeurs.
Son titre exact est « Universitas magistrorum et studentium Parisius
(ou Oxon. ou Bonon.) commorantium » : L'Université, c'est-à-dire
l'ensemble des maîtres et des étudiants qui se trouvent à Paris (Oxford,
Bologne, etc.).
Son but est de distribuer un enseignement de qualité et de conférer à
ceux qui en sont dignes et se sont soumis à ses exigences, la « licentia
l'enseignement au MOYEN AGE 91

docendi », le droit d'enseigner par toute la terre, qu'elle a reçu elle-même


des autorités supérieures, avec l'approbation pontificale.
Son champ englobe toutes les catégories du savoir, toutes les sciences
humaines et divines. Quatre facultés les distribuent ; la faculté de théo
logie pour les sciences sacrées ; celle des arts pour les sciences profanes
(celles qui s'enseignent actuellement dans nos facultés des lettres et des
sciences) ; la faculté de droit pour le droit canonique et le droit civil :
celle de médecine enfin.
Ces facultés ne sont ni complètement indépendantes, ni uniformisées.
Chacune a ses lois, et ses statuts propres. Chacune a ses organismes direc
teurs dont elle nomme et renouvelle les membres. Chacune se gère en
toute responsabilité.
Cependant des instances supérieures regroupent les représentants
responsables de ces facultés. Des statuts généraux, élaborés par l'ensemble,
ou des décisions prises à ce stade par l'Université, s'imposent à tous et
doivent être observés à tous les degrés. Au sommet enfin, les évêques
conservateurs des privilèges et surtout le chancelier, assurent l'unité,
tranchent les débats s'il y a lieu, et sont les représentants sur place de
l'autorité suprême, le Pontife romain.

§ 1. — Le personnel.

Au sein des facultés, et par elles de l'Université, évoluent les maîtres,


les étudiants, et les candidats à la licence, les futurs maîtres ; un peu
comme dans les corporations se rencontrent maîtres, apprentis et compa
gnons.
Les maîtres sont, en chaque faculté, ceux qui ayant obtenu licence
d'enseigner, peuvent tenir école. Tous cependant ne sont pas régents,
n'exercent pas effectivement. La raison en est que le nombre des chaires
est limité et qu'il faut, pour enseigner, qu'une chaire soit vacante. La
liberté qui existait au siècle précédent, d'ouvrir école comme on voulait et
où l'on voulait, s'est trouvé restreinte et a été réglementée dans l'Univer
sité.
En faculté de théologie, à Paris, il n'y a primitivement (1207, 1218)
que huit chaires, dont trois appartiennent de droit aux chanoines de
Notre-Dame ; c'est d'ailleurs du cloître Notre-Dame qu'était née l'Uni
versité. En 1254, le nombre est passé à douze, dont trois sont tenues par
les Mendiants (deux par les Prêcheurs, une par les Mineurs). Six demeurent
donc aux séculiers. Plus tard, le chiffre augmentera encore. Il demeure
donc bien des maîtres non-régents, qu'ils aient résilié leurs fonctions ou
n'aient pas encore trouvé de chaires.
Les maîtres régents tiennent école, c'est-à-dire que, non seulement ils
enseignent personnellement, mais qu'ils assument la pleine responsabilité
de leurs étudiants, auditeurs ou bacheliers, qu'ils surveillent leur travail,
92 P. GLORIEUX

président leurs exercices, de dispute par exemple ou de leçons ; qu'ils


déterminent les programmes ; qu'ils se préoccupent également des pro
blèmes matériels, local ou autres. Ils auront évidemment leur mot à dire
dans les promotions aux grades.
Avec leurs collègues, également régents, ils constituent le conseil de la
faculté, qui est amené à se prononcer sur les personnes et sur les choses,
à proposer les modifications jugées nécessaires, ou opportunes, aux règle
ments ou aux statuts ; à prendre les décisions qui intéressent, à un titre
ou l'autre, la vie de la faculté. Ils ont à leur tête leur doyen : doyen d'âge
ou d'ancienneté dans l'enseignement. Ils discutent et décident en pleine
liberté ; mais leurs décisions doivent être entérinées par l'Université. —
C'est également à eux que les autres facultés ont recours, comme à un
tribunal compétent, pour juger des problèmes où la doctrine peut être en
cause.

Les étudiants. — Ils constituent la masse mouvante de l'Université.


Du fait de leur inscription et de leur acceptation, ils sont considérés
comme clercs, jouissant par le fait, même s'ils n'ont pas l'intention d'accé
der aux ordres majeurs et à la prêtrise, des garanties et des privilèges
accordés aux clercs : privilège du for ; privilège du canon. Ils ne relèvent
plus de la justice civile, mais de la justice ecclésiastique, et, s'ils sont cou
pables de délit, mis en prison d'Église. Mais en contre partie, ils sont
astreints aux obligations des clercs, tenus d'assister aux exercices religieux
de l'Université : messes, sermons, processions, etc. Ils doivent être réservés,
garder la modestie dans leur tenue et leur conduite. La pratique, il est
vrai, démentait parfois la théorie.
La vie matérielle des étudiants n'est pas toujours facile. Les plus privi
légiés sont ceux qui appartiennent à un ordre religieux. Puis les membres
d'un Collège ; mais ces Collèges sont rares encore et, vers le milieu du
xme siècle, ne groupent guère plus de deux ou trois cents membres.
L'immense majorité se loge et vit comme elle peut, selon les ressources
que chacun possède. Beaucoup cherchent un travail rémunérateur, ou
vivent d'expédients plus ou moins avouables.
Les étudiants à Paris, viennent de tous les horizons, lorsque des crises
politiques, guerres ou autres, ne les empêchent pas. — A la faculté des
arts, ils se groupent, suivant leur origine, en quatre Nations : anglo-
allemande, picarde, normande et française ; cette dernière absorbant aussi
les pays du Midi. Chacune de ces Nations veille aux intérêts de ses mem
bres, a son organisation propre, son bureau, son budget, etc. Les étudiants
des autres facultés, sans plus appartenir aux dites Nations, gardent
cependant plus ou moins le contact avec elles, puisqu'ils sont tous passés
par la faculté des arts. Cette faculté possède en outre un recteur, le recteur
de l'Université même, qui est un de ses membres, élu par tous par une
élection à deux degrés, pour trois mois d'abord, puis un semestre, puis deux
l'enseignement au MOYEN AGE 93

et trois ans, et dont les prérogatives et les honneurs sont considérables. Il


est surtout un représentant officiel.
Au point de vue scolaire, chaque étudiant doit avoir un maître qui
l'ait accueilli dans son école, et qui réponde de lui. Il choisit, de préférence,
quelqu'un de même pays d'origine, de même nation que lui, mais la chose
n'est pas obligatoire. On peut s'attacher librement à qui l'on veut, les
raisons du choix étant souvent des plus variées, depuis la réputation du
maître jusqu'à ses tarifs.
Les modalités du travail : fréquence des cours, participation aux
exercices, répétitions, récitations, etc. sont précisées pour chaque faculté
par ses statuts et ses règlements internes, appliqués et interprétés par le
maître. C'est sur tout cela qu'en fin d'année, ou en fin d'études, celui-ci
portera son jugement.
Les candidats à la licence. — Tous les étudiants ne briguaient pas
nécessairement la licence ou la maîtrise, sauf peut-être à la faculté des
arts, dont les grades étaient requis pour pouvoir accéder aux autres
facultés.
A la faculté de théologie, pendant une première période qui ne durait
pas moins de cinq ans — les cinq années d'audition comme on disait —
l'étudiant était plutôt passif ; il suivait ou subissait des cours. Il prenait
quand même parfois une part un peu active, s'initiant dans des rôles
mineurs, à la discussion et à la prédication.
C'est après cela qu'il entrait, s'il s'en croyait les capacités, et le goût,
dans la catégorie des bacheliers, des chargés de cours, candidats à la
licence et à la maîtrise. D'auditeur, il devenait lecteur. — Il exposait à
son tour les livres qu'il avait entendu commenter : l'Écriture Sainte,
pendant deux ans : son premier et son second cursus ; le livre des Sentences
pendant deux ans aussi, au хше siècle, puis en une seule année plus tard.
Bachelier bibliste, bachelier sententiaire, il devenait alors bachelier formé
et, à ce titre, pendant trois nouvelles années, il participait, aux côtés du
maître, à la vie de l'école et à la formation des étudiants.
Le nombre de ces candidats était nécessairement réduit, en raison même
du petit nombre des chaires et de celui des promotions. Dans ces conditions
beaucoup d'étudiants, à la fin de leurs années d'audition, renonçaient à
poursuivre leur effort. Ceux qui persévéraient, faisaient à leur tour l'objet
d'éliminations plus ou moins sévères. On arrivait ainsi, en fin de compte,
à des promotions assez réduites, où seuls demeuraient les sujets de valeur.
Des chiffres que l'on possède, pour les années 1400-1413, donnent une
moyenne de dix par an, répartis d'ailleurs assez inégalement durant cette
période.

§2. Effectifs.
Quels pouvaient être enfin les effectifs globaux de l'Université?
Il est malaisé, presque impossible de le dire. Les chiffres d'abord
94 P. GLORIEUX

peuvent varier beaucoup selon les périodes. Quand la grande peste


ravagera toute l'Europe, quand la guerre sévit entre la France et l'Angle
terre (c'est alors que la Nation anglaise prit le nom de Nation allemande),
quand après les crises internes de l'Université de Paris, se fondèrent les
Universités d'Europe centrale, l'afflux des étrangers se fit évidemment
plus réduit.
D'autre part, les appréciations des chroniqueurs sont souvent sujettes
a caution, quand ils s'agit de chiffres ; pour un même événement elles
peuvent varier du simple au double. Enfin, on peut ou non englober dans
ce chiffre, tout le personnel subalterne, ni enseignants ni enseignés, qui
gravitent autour de l'Université et lui appartiennent en vérité : appari
teurs, bedeaux, scribes, libraires, etc. Et il ne faut pas oublier non plus
les religieux des différents ordres, dont les maisons d'étude se multiplient
à Paris et y sont prospères.
Les chiffres proposés varient de 1000 ou 1300 (Ch. Thurot) à 10000
(Denifle), mais encore à quinze, vingt et même trente mille. Celui de
Denifle est peut-être le plus vraisemblable. Mais il faudrait, pour l'établir,
partir de documents certains, avec des estimations acceptables : tel celui
des étudiants qui assistent aux discours de Guillaume de Saint-Amour ;
ou des auditeurs, religieux cette fois, des Collations de S. Bonaventure ;
telles les souscriptions recueillies pour l'appel au Concile, au temps de
Philippe le Bel et Boniface VIII, celles relevées un siècle plus tard dans
l'affaire de Petit et du tyrannicide.
Il faudrait en analyser les éléments, par facultés si possible, pour voir
les proportions qui existent entre elles. Pour chacune de celles-ci, préciser
le nombre de chaires et les étudiants qui se pressent autour d'elles. Étudier,
en partant des chiffres des promotions, comme ceux qui ont été donnés
plus haut, l'effectif possible au départ de chacune. Belever aussi dans les
actes ou les comptes des diverses nations, qui ont été éditées dans l'Auc-
tuarium Universilalis Parisiensis, les renseignements qu'ils peuvent
fournir sur ce sujet. Interroger également les Roluli, les Bôles que l'Uni
versité adressait à la Curie romaine, pour obtenir pour ses membres,
faveurs ou bénéfices.
Le travail est délicat et il est à craindre que l'incertitude subsiste long
temps encore.

2. Le cycle universitaire. Régime des études

Nul n'accède de plain-pied à la maîtrise, pas plus à l'Université que dans


les corporations. La préparation en est lente et laborieuse. Les étapes en
sont précisées en détail par les Statuts, ainsi que les épreuves à subir pour
passer d'un stade à l'autre.
On s'en tiendra ici à la seule faculté de théologie.
l'enseignement au MOYEN AGE 95

§ 1. — L'étudiant.
Il faut d'abord, pour être admis en faculté, être âgé de 17 ans au moins,
être de naissance légitime, être passé par la faculté des arts et y avoir
conquis la maîtrise. — Il faut en outre être agréé par un maître dont
l'étudiant fréquentera l'école, et qui répondra de lui devant la faculté.
Il est astreint dès lors, pendant les sept années d'audition qui s'ouvrent
devant lui, — c'est le nom qu'on donne à cette première période où
l'étudiant n'a guère qu'un rôle passif — à assister régulièrement à toutes
les leçons du bibliste, du sententiaire, du maître, qui se donnent dans
l'école ; aux discussions et exercices qui ont lieu surtout l'après-midi ; à
être présent aussi à tous les actes de la faculté et de l'Université qui se
passent au dehors de son école : disputes ordinaires ou extraordinaires,
séances inaugurales des bacheliers ou des maîtres ; exercices religieux :
messes, prédications, processions, etc.
Il doit même, quand il en est requis par le maître, prendre une part plus
active à certains exercices, de dispute par exemple, où il interviendra
comme opponens tout au moins.
Il lui faut enfin, durant ces années, donner devant l'auditoire univer
sitaire, deux sermons du soir, deux collations (B. 27; serm. 12), ou un
sermon et une collation « in propria persona, ut in eloquentia et in arte
praedicandi comprobetur » (B. 27).
Pendant ses quatre premières années d'audition, l'étudiant devra
toujours se présenter au cours en y portant et le texte de la Bible et celui
des Sentences (B. 14-15) de façon à pouvoir s'y référer, contrôler ou noter.

§ 2. — Le chargé de cours.

A l'expiration de ses sept (puis six) années d'audition, l'étudiant peut


s'essayer à l'enseignement, en vue de la licence et de la maîtrise. Il devien
dra « cursor », chargé de cours ou bachelier. — Le terme de cursor prévaut
pour les deux premières années, où il donne son premier, puis son second
cursus. Cf. les Statuts de Cluny : (Chart. II, 1187, art. 8) « apti.. ad legen-
dum solemniter aliquem librum Bibliae, cujusmodi lectura in studio
Parisiensi cursus communiter appellatur ». Mais il est dit aussi bachelier
(bachelier bibliste, avant de devenir bachelier sententiaire, puis bachelier
formé).
Pour être admis, il lui faut d'abord justifier, et cela sous serment, d'avoir
satisfait à toutes les obligations, de temps, de présence aux leçons et exer
cices, de participation et de prédication énoncées plus haut (St. АЛО ;
В. 16, 27 ; serm. I, 12).
Sa demande et ses titres sont examinés en réunion de faculté par sept
maîtres au moins « coram quibus talis volens admitti, tempus suum proba-
verit per cédulas magistrorum, sententiariorum et etiam biblicorum, aut
% P. GLORIEUX

ad minus per tres testes ydoneos, deponentes de honéstate vitae, morum


et tempore sex annorum » (В. 22). Quatre de ces maîtres font alors leur
rapport qu'ils présentent à la faculté (B. 65).
Si ce candidat est admis, il prête serment de fidélité aux Statuts, de
respect à l'égard des maîtres, de loyauté à l'égard de tous (B. 23, serm. 2).
Il prend connaissance de ses obligations et s'engage, toujours sous
serment, à les tenir. Il devra commencer son cours dans les trois mois qui
suivent son admissibilité (B. 21). Il lira un livre de la Bible, chaque année,
Ancien et Nouveau Testament alternativement. Il est libre de choisir
ceux qu'il lui plaît (A. II ; B. 28). Il lira cursorie, ordinate (В. 18) sans
interruption notable (B. 21). Il ne lira pas plus d'un chapitre par leçon
(B. 19). Les biblistes qui appartiennent à des Ordres religieux lisent, eux,
rapidement, cursorie, pendant leurs deux années, à la suite, tous les livres
de la Bible.
Le cursor fera précéder ses deux cursus d'un principium ou inlroilus
solennel (A. 15). Il peut lire à telle heure qu'il lui plaît, pourvu que ce ne
soit pas l'heure choisie par le sententiaire (A. 15).
Au cours de ses deux années de bibliste, il doit intervenir à plusieurs
reprises, comme respondens, dans des exercices solennels de la faculté :
une fois dans la dispute de temptativa (c'est le nom que prend la dispute
ordinaire) sous son maître ; (ou bien dans une sorbonique, au lieu de cette
dispute, sous un maître étranger) ; une fois également lors de vespéries ;
une autre encore à la résompte d'un maître, de expectatoria (B. 25 ; serm.
II). Une amende de deux sols, à percevoir par le bedeau, sanctionne les
manquements à ces deux derniers cas.
Il demeure encore astreint à donner au moins un sermon chaque année
(B. 26).
II est tenu enfin, quand il participe à quelque exercice de la faculté ou
de l'Université, de s'y rendre et s'y présenter en épitoge. * Postquam incepe-
ritis cursum primum, incedetis per villam, eundo ad sermones et pro-
cessiones Universitatis et missas, tarn facultatis quam Universitatis, et ad
scolas, disputationibusque et vesperiis et aulis intereritis in hulcea » (B. 17,
serm. 3).
Les cours qu'il donne ne le dispensent pas d'assister comme par le passé
à tous les autres exercices de l'école : leçons du maître, du bachelier sen
tentiaire, des autres cursores, exercices de discussion au sein de l'école ou
de la faculté, séances extraordinaires, actes religieux de l'Université, etc.
Sur tous ces points, il est contrôlé comme les autres étudiants.
On ne peut lire la Bible, avant d'avoir atteint sa 25e année.

§ 3. — Le Senlentiaire.
Pour être admis à lire les Sentences, le cursor doit avoir satisfait à
toutes les obligations qui lui avaient été imposées et dont il avait promis
de s'acquitter. Il en témoigne sous serment (serm. 11 et 15), en particulier
l'enseignement au MOYEN AGE 97

de sa présence aux cours et exercices pendant neuf ans « saltern per


majorem partem ordinarii singulorum novem annorum » (serm. 15).
Ses dires sont contrôlés, d'après les témoignages de son maître et des
autres bacheliers, en réunion du conseil de faculté. De même pour les
soutenances des questions disputées, les votes des bacheliers qui y ont
assisté et qui ont été recueillis par le maître (par le prieur de Sorbonne pour
la sorbonique) sont transmis à ce jury qui apprécie, avant de l'admettre.
Le doyen ou son remplaçant demande également aux maîtres si le candi
dat ne leur a jamais manqué de respect (B. 63, 68).
Une fois admis, le futur sententiaire se fait inscrire, huit jours au moins
avant la fin de l'Ordinaire précédent, auprès de l'appariteur. Cette ins
cription doit servir à établir l'ordre de préséance (primogeniturae in gradu
baccalariorum), les places des religieux demeurant toujours sauves (B. 35).
Le bachelier doit lire sous un maître régent, actuellement résidant à
Paris (serm. 17). Il indique le nom de celui-ci lors de sa prestation de
serment.
Il doit commencer ses cours au temps fixé, et continuer la lecture des
quatre livres jusqu'aux vacances. Si, pour une raison de maladie ou
autre, il doit interrompre celle-ci, il complétera durant les vacances
(serm. 18).
Il ne doit pas travailler, ou enseigner, sur notes d'autrui, ni s'étendre
par trop sur le Premier livre, au détriment des autres (serm. 22). Chaque
livre sera précédé d'un principium, conformément aux Statuts (B. 38,
serm. 23).
Il ne semble pas que d'autres obligations, de disputes ou sermons, lui
soient prescrites, en raison du travail considérable qu'il a alors à fournir
Elles viendront dans les années qui suivent.
Il lui est enfin recommandé d'être sincère et équitable dans les jugements
et appréciations qu'on pourra requérir de lui sur les autres bacheliers ou
cursores (serm. 16).

§ 4. — Le bachelier formé.
Dernier stage imposé au bachelier qui en a terminé avec le Commentaire
sur les Sentences, avant qu'il puisse accéder à la licence. Pendant quatre
années pleines, celle de la licence y comprise, il doit demeurer à Paris,
continuer à assister aux leçons du maître et des autres bacheliers, prendre
part aux exercices communs, en particulier soutenir certaines disputes,
prêcher, etc. Tout ceci se trouve clairement précisé par les Statuts.
— Présence continuelle à Paris pendant ces quatre années. Les absences
ne peuvent excéder deux mois par an (serm. 24). Les jours de départ et de
retour doivent en être notifiés au bedeau principal pour que la faculté
puisse contrôler. Faute de quoi, sa promotion sera retardée d'un jubilé, de
deux ans (B. 47).
98 P. GLORIEUX

— Assistance obligatoire, en épitoge, à tous les actes scolaires un peu


solennels : « lectionibus, vesperiis, aulis, disputationibus ordinariis, et
aliis quibuscumque disputationibus magistralibus et disputationibus in
Sorbona » (B. 41), sous peine d'amende d'un quart de franc à chaque fois.
Plus de trois absences à ces actes au cours d'une année, retardent sa
promotion de deux ans. Seules excusent la maladie ou une raison grave,
certifiée par deux témoins, au moins, devant un maître et un bedeau.
Cette assistance doit servir à apprécier l'assiduité, la qualité du travail
et la valeur personnelle de ceux qui interviennent à titre actif dans ces
exercices. Les jugements ainsi portés par tous les bacheliers présents, et
recueillis par le président de séance, seront transmis au conseil de faculté,
quand il aura à se prononcer sur l'admission ou la promotion de tel ou
tel (B. 63).
— Assistance obligatoire également aux actes religieux de l'Univeisité :
« sermonibus magistralibus, processionibus Universitatis et missis tain
Universitatis quam facultatis » (B. 46). Le bachelier y porte la chape.
Toute absence est passible de deux sols d'amende, perçus par le bedeau
principal qui, en cas de refus, en réfère à la faculté (B. 46 ; serm. 26).
— Obligation de donner personnellement chaque année un sermon
avec sa collation ; plus une collation après un sermon magistral, s'il est
averti deux mois à l'avance. Le refus entraîne un retard de deux ans pour
la promotion (B. 48 ; serm. 30).
— Le bachelier formé est redevable enfin, avant sa licence, de cinq
interventions scolaires à raison de une, ou au maximum, de deux dans
l'année. « Bachalarii in theologia tenentur responderé de questione in locis
publicis aliis bachalariis, quinquies ad minus antequam licentientur, scili
cet in aula episcopi Parisiensis quando fit ibi aliquis novus magister in
theologia ; item in vesperiis alicujus magistri ; item semel in aula Cerboni-
tarum tempore quo magistri in theologia non legunt, scilicet inter festum
Apostolorum et festum exaltationis sanctae Crucis ; item semel de
Quolibet in adventu vel circiter ; item semel in disputationibus genera-
libus » (A. 19). Un peu plus tard, on n'exigera plus de lui que quatre actes
solennels : « responsiones de Quolibet, Sorbonica, ordinaria et aula » (В. 49).
L'intervention aux vesperies d'un nouveau maître ne sera plus requise.
Toute infraction à ce règlement le retarde d'un jubilé.
La licence el les nouveaux maures. — Tous les actes du bachelier formé
doivent être terminés avant la sainte Catherine de l'année jubilaire, de
sorte qu'il puisse profiter de la promotion qui doit avoir lieu cette année-là
et ne pas se voir remis à deux ans.
La séance d'examen des candidats et des titres, se tient le premier jour
lisible après la Toussaint. Tous les maîtres de la faculté, régents ou non,
présents à Paris, sont convoqués par le chancelier pour relever les deman
des et dresser la liste des candidats, contrôler les absences de ceux-ci au
cours des quatre années, et les excuses ou raisons alléguées (B. 49) ; appré
l'enseignement au MOYEN AGE 99

cier la qualité de leur travail et de leurs soutenances, en dépouillant les


jugements portés sur chacune d'elles par les autres bacheliers ou maîtres
qui y asbistèrent, et qui furent recueillis et transmis par le président de
séance (B. 63).
C'est en tenant compte de tous ces éléments que se prononce en dernier
ressort la faculté pour l'admission ou le refus à la licence. Les décisions
sont prises en séance plénière ; les deux tiers des voix sont requises.
En règle générale, on ne refuse pas ceux dont l'activité scolaire (présence
et interventions) est convenable, à moins que n'interviennent des questions
de moralité, naissance illégitime, etc. Nul par ailleurs ne peut être maître
avant 35 ans.
La faculté transmet ses propositions au chancelier, la liste étant établie
avec l'ordre de préséance.
Le chancelier envoie alors à chacun son signetum, avec convocation
pour le lendemain, in aula episcopi.
Devant tous les maîtres, bacheliers et étudiants, les candidats compa
raissent à l'appel de leur nom ; ils prêtent les serments d'usage et
reçoivent enfin du chancelier la licence.
Suivent alors les festivités et réjouissances, après la visite de remercie
ments au chancelier et aux maîtres.

§ 5. — Les maîtres.
La maîtrise est le terme et l'aboutissant normal de cette longue et
laborieuse préparation. — Comme dans les corporations ce sont les maîtres
qui assurent à l'Université et sa valeur et son rayonnement, dans l'ordre
de l'enseignement.
Leur collège est composé des maîtres régents, en exercice, qui possèdent
une chaire et tiennent école, et des autres. Ils constituent tous ensemble
le conseil de la faculté. — Les réunions en sont fixées au jour de la messe
mensuelle. D'autres, extraordinaires, peuvent avoir lieu sur convocation.
Les décisions doivent être prises aux deux tiers des votants. L'ordre de
préséance y suit les dates de promotion.
Lors de la séance de leur promotion, le chancelier leur a rappelé leurs
droits et privilèges. « Deinde dicit eis cancellarius quod flectant genua, ob
reverentiam Dei et Sedis Apostolicae. Et auctoritate Dei omnipotentis et
apostolorum Petri et Pauli et Sedis Apostolicae, dat eis licentiam dispu-
tandi, legendi et praedicandi et omnes actus exercendi in theologica facúl
tate qui ad magistrum pertinent, in nomine Patris et Filii et Spiritus
Sancti » (Chart. 1185). Ils ont le droit d'enseigner, et donc de tenir école,
avec tout ce que cela comporte, et ce, par toute la terre, dans la limite
cependant des chaires disponibles, fixée par les Statuts des diverses
facultés.
Le serment qu'on leur a fait prêter alors, insiste sur les obligations
qu'ils contractent, surtout en ce qui concerne l'appréciation qu'ils auront
100 P. GLORIEUX

à porter sur les divers actes des étudiants ou bacheliers dans les séances
qu'ils auront présidées ; l'indépendance et loyauté dont ils doivent faire
preuve ; le secret qu'ils doivent garder sur les jugements des autres bache
liers (B. 60, 62 ; serm. 33, 36, 39).
Les Statuts leur rappellent aussi le costume qu'ils doivent porter ;
les actes qu'il devront soutenir lors de leur inceptio ; les sermons auxquels
ils peuvent être astreints par délibération de la faculté ou des maîtres
désignés à cet effet (B. 66 ; serm. 40).
Ces mêmes statuts ne sont guère prolixes sur les autres obligations du
maître. Il semble que celui-ci ait grande latitude pour l'organisation de son
travail et la conduite de son école.
Rien n'est imposé, apparemment, concernant la fréquence des leçons et
des disputes. Les documents que l'on possède traduisent, de fait, une très
grande variété entre les divers maîtres, à ce propos. Sans doute est-ce la
concurrence qui maintient un certain niveau assez élevé. Et cela peut
expliquer en partie la crise des années 1250-1257 et l'opposition soulevée
alors par les séculiers contre les Mendiants.
Le maître a évidemment la priorité dans tous les exercices. Il lit quand
Prime sonne à Saint-Jacques (A. 5). Quand il tient dispute en son école, il
est seul à lire le matin ; les autres maîtres, ainsi que les bacheliers s'abs
tiennent (A. 8) ; il n'y a évidemment pas d'autre dispute non plus ce jour-
là.
Le maître est inamovible, à moins de faute grave ou d'erreur contre la
foi, après jugement alors prononcé par l'autorité supérieure. Voir le cas
de Guillaume de Saint-Amour.

3. Le Calendrier

§ 1. — L'année scolaire.

L'année scolaire chevauche sur deux années civiles. Il y a lieu de s'en


souvenir quand on suit la carrière d'un auteur ou qu'on veut retracer
discussions ou conflits d'idées. Elle commence à l'Exaltation de la Sainte-
Croix pour se terminer le 13 septembre.
L'enseignement y est distribué d'un bout de l'année à l'autre, sans
interruption. C'est dire qu'il n'y a pas de vacances. Il y a cependant, du
29 juin au 14 septembre, une période de moindre travail, — le petit
ordinaire, par opposition au reste de l'année, appelé le grand ordinaire, —
pendant laquelle les maîtres cessent leurs leçons. Pour eux, ce sont
d'authentiques vacances.
Tous les jours de l'année cependant, ne sont pas jours ouvrables. Sans
parler des dimanches et fêtes d'obligation, le calendrier de l'Université
(éd. Denifle, Chartul, n. 1192) comporte un certain nombre de jours avec la
L'ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE 101

mention « non legitur », quelquefois avec la précision « non ultra tertiam »


ou encore, pour les samedis de Carême « non legitur post prandium ».
Le chiffre de ces jours « non legibiles » se monte à 79. — Les Statuts
(Stat. A, pro omnibus facultatibus) précisent en outre qu'on ne lit pas
aux cinq fêtes de la Vierge, à celles des douze Apôtres, des quatre Évan-
gélistes, des quatre docteurs. Par contre, ces jours-là, il y a sermon univer
sitaire. A la mort d'un maître, on ne lit nulle part (quelle que soit donc la
faculté à laquelle il appartenait), l'après-midi des vigiles ni le jour des
funérailles. Enfin, on ne lit nulle part non plus, quand il y a procession
générale de l'Université. (Or. en 1412 par exemple, lors des conflits entre
Armagnacs et Bourguignons, il y eut procession tous les jours, du 1er au
13 juin, dont l'une, le 3, groupa quelque cinquante-deux mille personnes.)
De fait, le nombre des jours de cours est moins considérable encore que
ces chiffres ne donneraient à croire. Des documents très sûrs montrent
qu'en 1392-93, le bachelier Pierre Plaoust ne donna que 132 leçons en
tout sur les Sentences.
Il est vrai que les cours proprement dits, ne commençaient que le
10 octobre (à Oxford, la messe de rentrée, pour la reprise des cours, avait
lieu le 10 octobre ; celle de clôture, le 6 juillet, en l'octave des SS. Apôtres.
Les jours « non legibiles » y sont beaucoup moins nombreux qu'à Paris).
Le premier mois de l'année scolaire, de l'Exaltation de la Sainte-Croix
à la Saint Denys, était réservé aux Principia des bacheliers, à raison de
un par jour (cf. infra p. 138) et en tête de chacun des trois autres trimestres
ces mêmes séances reprenaient, quoique à un rythme plus rapide.
Par ailleurs, comme on a dit, plus haut (supra, p. 100) quand un maître
tenait dispute, il était seul à lire, rapidement, le matin. Toutes les autres
écoles chômaient, se réservant pour assister à la séance de l'après-midi.
De même, lors des actes solennels d'un nouveau maître, les séances qui
s'étalaient sur deux jours, supprimaient également tous les cours de la
faculté.
Il y avait enfin les fêtes de l'Université — telle la fameuse foire du
Lendit, le 12 juin -— ou les fêtes patronales des facultés voisines, qui
aboutissaient à un résultat identique. La nation normande honorait
spécialement la Vierge, la picarde saint Nicolas, l'anglaise saint Edmond,
la française saint Thomas de Cantorbery, puis saint Guillaume de Bourges.
Sans parler des divers événements, heureux ou graves de la vie poli
tique, qui se répercutaient, eux aussi, au sein de l'Université.
Il faut leur ajouter encore les suspensions, volontaires, de cours, les
grèves scolaires, auxquelles l'Université pouvait avoir recours, pour
faire respecter ses droits, pour protester contre des abus plus ou moins
graves dont ses membres, maîtres ou étudiants, auraient été victimes, et
qui duraient des semaines, des mois et même une fois des années, tant
qu'elle n'avait pas obtenu réparation.
Ainsi peut s'expliquer le décalage entre les chiffres des calendriers
officiels et ceux des documents concrets, entre les Statuts et la vie.
102 P. GLORIEUX

§ 2. — La journée scolaire.

L'emploi du temps est assez différent, en théologie, de ce qu'il était à


la faculté des arts. Dans celle-ci la part des exercices à faire et des leçons
à apprendre était importante ; la matinée se passait à vérifier le travail
de l'élève, à corriger ses compositions, à lui faire réciter ses leçons. L'après-
midi était au contraire réservée à l'enseignement du maître, qu'on l'appelât
« declinatio », en grammaire, ou « lectio ». Le maître y lisait les auteurs,
les expliquait, les commentait et à leur propos indiquait les lectures à
faire ou les exercices à composer. La classe se terminait parfois par une
pieuse causerie « quasi collatione quadam », et la récitation du De profundis
et du Pater.
En théologie, par contre, c'est la matinée qui est surtout réservée aux
leçons du maître et du bachelier. Quand le maître donne sa leçon, quand
il lit « magistraliter », il se réserve généralement le début de la matinée, de
prime à tierce, de sept heures à neuf heures. Le Sententiaire lui succède et
lit entre tierce et sexte, jusque vers midi (St. A. 5 ; B. 34). Par contre, si le
maître ne lit pas, le Sententiaire prend sa place quand sonne Prime.
Quant au bibliste, au cursor, il peut choisir l'heure qui lui plait pourvu
du moins qu'elle ne soit pas réservée déjà au Sententiaire, ni au maître
a fortiori (A. 15). Il se peut d'ailleurs que plusieurs biblistes lisent parallè
lement ; ils doivent alors s'entendre entre eux. De même, semble-t-il,
pour les Sententiaires quand la lecture des Sentences s'étendait sur deux
ans et qu'un maître pouvait ainsi avoir deux bacheliers lisant sous lui.
L'après-midi se trouvait occupée soit par les leçons du bibliste, si elles
n'avaient pu trouver place plus tôt, soit le plus souvent par des exercices
de dispute, sous la direction du maître ou d'un bachelier. Toutefois la
dispute ordinaire, présidée par le maître, prenait de suite une importance
plus grande qui en faisait un acte de faculté, entraînant dans toutes les
autres écoles suppression des leçons le matin, et assistance à cette séance
l'après-midi.
La situation se retournait d'ailleurs à chaque fois qu'un exercice solen
nel de ce genre : dispute ordinaire, quodlibet, vesperies ou aulique, se
tenait dans telle ou telle des autres écoles. Les exercices particuliers se
trouvaient supprimés dans toutes les autres, et les étudiants se rendaient
là où devait se tenir la dispute.
Le nombre et la fréquerce de ces exercices, tant pour chaque école que
pour l'ensemble de la faculté, n'étaient pas précisés par les Statuts. Ils
dépendaient du zèle et de la disponibilité des maîtres. Chacun faisait part
de ses intentions à l'appariteur, qui en avertissait suffisamment à l'avance
les autres maîtres.
Une certaine interdépendance existait également entre facultés ; c'est
ainsi qu'il n'y avait pas disputes en théologie quand on ne lisait pas à la
faculté des arts.
Certaines après-midi sans doute devaient être un peu creuses.
l'enseignement au MOYEN AGE 103

Chez les religieux, par contre, comme bientôt dans les Collèges : Sor
bonne, etc. où les étudiants se trouvent encadrés, il y a, dans la soirée,
des séances de travail en commun, répétitions, collations, exercices divers.
Les jours de fête, de leur côté, pas plus que les dimanches, ne sont
complètement vides d'obligations : les offices universitaires, la messe, les
sermons, un le matin et un autre le soir, souvent, retiennent étudiants et
maîtres.
Il est difficile, par contre, de préciser l'emploi du temps pendant la
période d'été, celle du petit ordinaire. Le cours du maître n'a pas lieu.
Le bachelier sententiaire complète alors les leçons qui ont pu manquer
durant l'année, mais ce retard peut n'être pas considérable, ou même ne
pas exister. Il en va de même pour le bibliste.
On sait que c'est durant ces mois d'été que se tenait chaque semaine,
le vendredi, au Collège de Sorbonne, la dispute qui lui a emprunté son
nom : la sorbonique.
DEUXIÈME PARTIE

MÉTHODES ET TECHNIQUES

Section I. — La leçon.
Art. 1. — Le maître et la leçon ordinaire.
Art. 2. — Le bachelier et la lecture des Sentences.
Art. 3. — Le cursor.
Art. 4. — Répétitions et collations.

Section II. — La Dispute.


Art. 1. — La Question Disputée.
Art. 2. — La Dispute de Quolibet.
Art. 3. — La Sorbonique.

Section III. SÉANCES INAUGURALES.

Art. 1. — L'inceptio du cursor.


Art. 2. — Le Principium du Sententiaire.
Art. 3. ■— Les actes de maîtrise.

Section IV. — Le Sermon.


Art. 1. — Les sermons universitaires.
Art. 2. — Sermons extra-universitaires.

Section V. — Les contrôles.

Section VI. — Les instruments de travail.

Appendice : Bibliographie.
Introduction

Dans l'enseignement qu'il distribue au sein de la faculté de théologie,


le rôle du maître est triple :

— il doit transmettre, tout d'abord, et présenter à ses auditoires une


doctrine claire, solide, substantielle, cohérente, à laquelle ils puissent se
référer pour leurs tâches à venir ;
— il doit former ses étudiants au travail de réflexion et d'assimilation
personnelle, leur apprendre aussi à s'exprimer ;
— il doit les inciter enfin, et les initier, à la transmission du message
ainsi découvert, et qui n'est pas pure spéculation, mais message de vie et
de vérité.

Pour répondre à ces préoccupations, l'enseignement présentera un


triple aspect : il se fera tour à tour leçon, dispute et sermon ; leçon, pour
exposer et transmettre la doctrine ; dispute, pour habituer au dialogue et
par lui à la réflexion et à l'exacte traduction de la pensée ; sermon, pour
garder à la théologie son caractère de science sacrée et non pas profane.
C'est pourquoi, d'ailleurs, ce dernier trait lui est propre, tandis que la leçon
et la dispute se retrouvent dans toutes les autres facultés.
Le trinôme, souvent repris dans les écrits du temps, n'a donc rien
d'arbitraire ni de déconcertant. « In tribus igitur » dira Pierre le Chantre
( Verb, abbrev. с I, P.L. 205, 25) « consistit cxercitium sacrae scripturae :
circa lectionem, disputationem et praedicationem ». Et saint Thomas en
soulignera heureusement l'exacte portée : « de his tribus officiis, scilicet
praedicandi, legendi et disputandi, dicitur Tit. I, 9 « ut sit potens exhor
tan » quantum ad praedicationem, « in doctrina sana » quantum ad lec
tionem, « et contradicentes revincere » quantum ad disputationem >
(Breoe Principium in Sacram Script. Opuse, éd. Mandonnet, IV. 494).
Le maître toutefois n'est pas seul en cause ; les étudiants sont également
concernés et engagés en ce triple travail ; le maître lit et fait lire ; il dis
pute et fait disputer ; il prêche et fait prêcher. La raison en est ce qu'on a
dit plus haut, que la faculté de théologie est tout à la fois école d'enseigne
l'enseignement au MOYEN AGE 107

ment supérieur et école normale. Elle entend former des clercs ouverts
aux problèmes théologiques, mais aussi de futurs maîtres.
Il va de soi que, en chacun de ces trois domaines, méthodes et tech
niques seront diversement adaptées et poussées selon qu'il s'agira de
maîtres ou d'étudiants. Et comme les étudiants à leur tour, constituent
diverses catégories suivant leur ancienneté et leurs progrès dans les
études : auditeurs, chargés de cours, biblistes, sententiaires, bacheliers
formés, on se doit d'observer ces nuances dans les recherches et les exposés
qui vont suivre.
Les divisions et subdivisions de cette partie s'imposent d'elles-mêmes
Trois sections correspondant aux trois fonctions fondamentales : la leçon ;
la dispute ; le sermon. A l'intérieur de chacune d'elles, les particularités
concernant le maître, le bachelier, l'étudiant s'il y a lieu.
Entre la deuxième et la troisième sections, empruntant d'ailleurs à
l'une et à l'autre, une section complémentaire groupera, pour la clarté de
l'exposé, ce qui touche à un certain nombre de séances inaugurales.
Enfin, deux sections supplémentaires rassembleront renseignements et
détails utiles, d'une part sur les contrôles qui s'exercent au sein de la
faculté, de l'autre sur les divers instruments de travail mis à la disposition
des usagers, maîtres et étudiants.
I. — La lectio

Profondément marqué dès ses origines par la découverte de l'antiquité


et de ses richesses, l'enseignement du Moyen Age est essentiellement à
base d'autorité. On ne peut rivaliser — et on n'y prétend aucunement —,
ni avec les grands maîtres, ni avec les grands textes qu'ils ont laissés.
Toute l'ambition consiste à les comprendre, les approfondir, les assimiler
et quand il s'agira de grammaire ou de rhétorique, à les imiter.
Chaque discipline, chaque faculté donc, possède ainsi et les maîtres qui
font autorité, les « auctores », et leurs ouvrages qui deviennent textes
d'enseignement.
Tels seront Donat et Priscien en grammaire, Cicerón et son De inven-
tione, la Rhétorique à Herennius, Quintilien et VInslitulio oratoria, en
rhétorique ; Porphyre, Boece et surtout Aristote, en dialectique ; Boece
et Capella en arithmétique ; Hygin et Ptolémée en astronomie ; Galien et
Constantin l'Africain en médecine ; le Corpus juris, le Décret, en droit.
De nombreux textes viendront s'y ajouter, à mesure que les traducteurs
gréco- ou arabo-latins élargiront le champ des découvertes.
Voir tout ceci parfaitement exposé par Alexandre Neckham, dans son
Sacerdos ad altare (éd. C. H. Haskins, Studies in the History of Mediaeval
Science (Cambridge (Mass.) 1924, p. 372-376).
Mais partout, à leur égard, le procédé d'enseignement est fondamentale
ment le même. La leçon part du texte que le maître, le « lector », présente
et commente. Le mot « lectio » garde toute sa saveur étymologique. On
lit un texte qui fait autorité ; on l'explique ; on l'expose ; on l'exploite.
On passe de la « littera » au « sensus » puis à la « sententia ».
Explication littérale d'abord, des mots et des phrases, suivant leur
enchaînement immédiat, dans la construction de la phrase. Les obscurités
ou difficultés de vocabulaire ainsi résolues, le « sensus » se dégage, la signi
fication que donne à première vue la « littera » ; c'est-à-dire pratiquement
la traduction en langage clair du passage étudié. Vient alors la « sententia »
le sens plus profond que l'auteur a voulu attacher à son texte. C'est lui
surtout que l'on recherche, par tous les moyens de l'étude : rapproche
ments, confrontations, explicitations. On rejoint par là la pensée du
maître, sa doctrine.
l'enseignement au MOYEN AGE 109

Plus tard, on 1э condensera en une formule, qui à son tour constituera


une sentence, puis des recueils, florilèges ou sommes.
L'enseignement pourra évidemment s'en tenir à une simple exégèse,
plus ou moins poussée ; le lecteur n'est alors qu'un « récitateur », « qui
eadem auctorum verba et ex ipsorum causis eisdem pronuntiat » ; ou il
peut être un « interprète », « qui obscure ab auctoribus dicta notioribus
verbis déclarât ». Jamais toutefois il ne peut se poser en « auctor » (Ms.
Paris. Nat. lat. 18094, f. lv). — Il pourra s'enfermer en son texte, comme
en un savoir définitif ; ou au contraire le prendre comme point d'appui
pour s'ouvrir plus largement à la connaissance des objets et des réalités.
Toujours cependant la « lectio » demeure à la base de tout enseignement.
Le procédé s'impose doublement à la faculté de théologie : comme
formule de travail universellement admise dans toutes les disciplines, la
pensée se développant autour d'un texte faisant autorité en la matière ;
mais surtout parce que la théologie tire toute sa substance, toute sa certi
tude, de la parole divine. La « sacra pagina » est le texte qui s'impose entre
tous, qui ne peut être sujet à discussion, qu'on reçoit «reverenter et aman
ter».
C'est d'elle seule qu'on doit partir. On l'éclairera par les commentaires,
également autorisés, des Pères en qui s'exprime la Tradition ; par la Glose,
qui reprend ou condense ceux-ci ; on y ajoutera la réflexion et l'ordonnan
cement des théologiens. Le recours à cette autorité du texte sacré n'est
donc pas seulement question de méthodologie, mais de vie et d'être.
A toutes les étapes de l'enseignement, la « lectio » est donc la première
démarche. « Trimodum est lectionis genus : docentis, discentis vel per se
inspicientis. Dicimus enim : lego librum Uli, et lego librum ab illo, et lego
Iibrum » (Hugues de Saint Victor, Didascalicon, III, 8). Subie par l'audi
teur, donnée avec les nuances et variantes qui conviennent, par les divers
lecteurs : bibliste, sententiaire ou maître, c'est elle, ainsi que tous ses
procédés qu'on rencontre toujours. Objet et méthode variant d'après la
qualité, ou la classe, du lecteur.

1. — Le maître el la leçon ordinaire

Le maître est essentiellement celui qui tient école. La leçon est un des
éléments de sa tâche, mais non le seul, ni toujours l'élément prépondérant.
Selon sa conception du travail et de la formation des étudiants, selon ses
goûts aussi et ses traditions, il pourra accorder plus ou moins d'impor
tance, par exemple, à la dispute qu'il jugera plus formatrice, ou à la colla
tion et au sermon ; et dans l'enseignement proprement dit, à celui qu'il
distribue par ses divers bacheliers ou celui qu'il donne personnellement.
Cela explique sans doute la réserve, un peu étrange, gardée par les
Statuts sur les normes de l'enseignement magistral, la fréquence et la
110 P. GLORIEUX

durée des leçons, leur teneur même. On sait seulement (St. A. 5, 6, 8) que
le maître ne lit pas entre la fête des SS. Apôtres et l'Exaltation de la
Sainte-Croix (le petit ordinaire) ; pour lui les vacances existent ; que sa
leçon, quand il la donne, se situe au début de la journée, à prime de
Saint-Jacques (de 7 à 9 heures du matin) ; que le bachelier sententiaire
lui cède alors le pas ; que lorsqu'un maître doit soutenir une dispute dans
l'après-midi, il est le seul de toute la faculté à donner sa leçon le matin.
On ignore toutefois s'il doit assurer un chiffre minimum de leçons dans
l'année, et quelle peut être à cet égard la normale. On a cependant l'impres
sion qu'assez fréquentes au début du xiu' siècle, ces leçons magistrales
ont été en s'espaçant et se raréfiant par la suite, cédant le pas à d'autres
exercices, dont les disputes, et à l'enseignement des bacheliers. Saint
Thomas, suivant le P. Mandonnet, aurait fait deux cours hebdomadaires
à Paris ; et à Naples, en fin de carrière, un cours quotidien ; mais ce ne sont
là qu'hypothèses. A l'autre extrémité de la période ici étudiée, par contre,
le chancelier Gerson qui poursuit son enseignement magistral et prend
pour thème l'évangile de Saint Marc, n'en commente en l'espace de
dix ans (de 1401 à 1411) que les trois premiers chapitres. Dans les quinze
leçons qui en sont restées, il y rattache, on le devine, les problèmes les
plus divers.
Technique. — Le livre de texte est l'Écriture, la sacra pagina. Le
maître est pleinement libre dans le choix des livres qu'il entend commenter,
alternant généralement, mais non nécessairement, entre l'Ancien et le
Nouveau Testament. Dans l'Ancien Testament sont choisis de préférence
la Genèse, les livres prophétiques, les Psaumes, le Cantique, Job ; dans
le Nouveau Testament, les évangiles, de Matthieu et Jean surtout, les
épîtres, l'Apocalypse.
Tous les Commentaires, du xnie et xive siècles, que l'on possède sur
l'Écriture Sainte, n'ont pas nécessairement fait l'objet de l'enseignement
magistral, bien qu'en dehors de ces perspectives leur utilité s'impose
moins. Leur usage scolaire se trahit parfois, par exemple dans la distri
bution du texte non pas suivant les chapitres mais suivant les leçons ;
dans l'insertion, au cours du commentaire, de véritables questions dis
putées, etc. On pourrait ainsi reconstituer la teneur d'une leçon, ses
proportions, le nombre de leçons consacrées à un livre, etc. Dans son
Commentaire sur Saint-Jean par exemple, saint Thomas distribue en
144 leçons toute la matière des 21 chapitres de l'Évangile. La leçon porte
sur un plus ou moins grand nombre de versets, de trois (ou même deux et
un) à dix ou quatorze. Si ce commentaire s'est étendu sur deux années,
on peut ainsi calculer la moyenne de ses leçons hebdomadaires.
La technique demeure empruntée aux disciplines profanes, à la façon
d'y lire les livres de base.
On entend saisir d'abord l'agencement des parties et la suite du discours,
par tout un système de divisions, qui se veut logique et exhaustif ; et qui
L'ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE 111

mène des grandes partitions du livre aux diverses péricopes, jusqu'aux


phrases et membres de phrases. Utile, quand il s'agit d'un traité logique
ment construit, ce procédé peut être moins heureux quand il s'agit
d'écrits historiques ou d'oeuvres occasionnelles comme sont des épîtres.
Par contre, il astreint à une exégèse serrée du texte, loin des facilités de
la paraphrase.
Cette exégèse fait l'objet de F« expositio », la seconde démarche, portant
en premier lieu sur la lettre, puis sur le sens littéral qui s'en dégage une
fois le texte bien précisé et compris ; enfin sur la « sententia », le sens
profond que l'auteur a entendu transmettre.
En cela, en cette « expositio », le commentaire magistral trouve son
point de départ ; soit qu'il s'efforce de définir et serrer de plus près les
concepts, soit qu'il cherche à approfondir les raisons ayant motivé les
affirmations ou les démarches de l'auteur sacré, ou expliquant les faits.
L'analyse rationnelle se double d'ailleurs assez naturellement des inter
prétations symboliques auxquelles s'ouvre légitimement l'Écriture ; les
quatre sens : littéral, allégorique, moral, anagogique, dont elle est suscep
tible peuvent se voir exposés ou exploités par le maître.
Bien souvent encore, c'est vers une véritable explication théologique
qu'il s'orientera. Le texte en effet pose des questions, soulève des pro
blèmes, dont la solution ne se trouve pas dans le seul contexte. Il doit
être confronté à tout l'enseignement de l'Église, au travail des théologiens
en quête de meilleure compréhension ou de plus savante synthèse. Par
delà le sens du texte, c'est en définitive la solution des problèmes dogma
tiques ou moraux que l'on veut trouver, les éléments d'une construction
systématique que l'on s'efforce de discerner et d'élaborer.
Il n'est pas superflu de rappeler, d'autre part, que dans ses leçons
d'introduction générale à ses cours, ou dans celles qui précèdent chaque
livre, le maître prend position, la plupart du temps, sur le Canon des
livres saints, sur l'ordre et la division des livres de la Bible, sur les prin
cipes de l'exégèse, sur les divers sens de l'Écriture et celui qui conviendra
au livre qu'il va aborder.
On trouvera une liste critique des principaux maîtres en théologie et de
leurs commentaires scripturaires au xnie siècle, dans С Spicq. Esquisse
d'une histoire de iexégèse latine au Moyen Age (Paris, 1944) 318-348. Quant
au Reperlorium biblicum Medii Aevi, de F. StegmOller (Madrid, 1950-61)
c'est toute la production biblique du Moyen Age qu'il entend relever et
non plus les seules leçons magistrales ici envisagées, encore qu'on les y
trouve en bonne place. Voir également supra p. 88 [33-35].

2. — Le bachelier el la lecture des Sentences

Pièce maîtresse dans la formation du futur maître en théologie, la


lecture des Sentences joue un peu, à sa façon, le rôle du « chef-d'œuvre »
réclamé du compagnon et futur maître dans les corporations de métier.
112 P. GLORIEUX

Le rapprochement n'est pas factice, ni forcé. De part et d'autre on veut


que, avant d'accéder à la maîtrise, le candidat ait fait concrètement la
preuve de ses capacités et de la valeur de son travail. Le chef-d'œuvre
n'est pas improvisé, mais préparé de longue date. Il est le résultat d'un
travail persévérant ; d'un travail personnel aussi, original, car on ne se
contente pas d'une simple copie ; d'un travail de bon aloi enfin, qui doit
obtenir l'approbation des experts.
Pour mettre à l'essai le futur maître en théologie et juger non pas
seulement de son assiduité ou de sa bonne volonté, mais de sa valeur, le
bachelier qui en a terminé avec ses « cursus » de bibliste est appelé à
« lire », toujours sous le contrôle de son maître, les quatre livres des
Sentences de Pierre Lombard. D'où son titre et sa qualité de bachelier
sententiaire.
Le choix de cet ouvrage comme livre de texte à commenter, s'est avéré
particulièrement heureux. (On sait qu'il a été maintenu en cette qualité
jusqu'au début de ce siècle, dans certains pays, comme l'Espagne).
Dans les quatre livres des Sentences, Pierre Lombard s'était en effet
proposé d'aborder et de grouper, suivant un plan librement conçu par lui,
mais logiquement ordonné, tous les problèmes qui relèvent de la théologie.
Sous les grandes divisions adoptées pour ses quatre livres d'abord : Dieu,
un et trine ; la création (visible et invisible, l'homme, la chute) ; l'Incarna
tion et l'œuvre de salut du Christ ; les sacrements, moyens de sanctifica
tion, et les fins dernières ; puis, en chacun d'eux, sous les distinctions
qu'ils comportaient, et les articles ou subdivisions de celles-ci, tous les
problèmes trouvaient place.
Pour chacun, le Lombard avait surtout accumulé les éléments de
solution, les autorités, les « sententiae » des Pères ou théologiens antérieurs,
sans s'astreindre toujours à prendre nécessairement position.
L'imposer comme livre de texte, c'était donc obliger le bachelier à
prendre un contact étroit avec toute la théologie, à passer en revue tous
ses problèmes ; c'était l'inviter à les approfondir, à prendre position le
cas échéant, donnant les raisons de son choix. — Le cursor bibliste en
effet ne lit, sommairement d'ailleurs, que deux livres de l'Écriture à son
choix. Le maître, quand il enseigne, prend pour texte tel livre qu'il lui
plaît, et aborde seulement les sujets qu'il veut. Le Sententiaire doit faire
un tour d'horizon, théologique, complet.
Épreuve réelle, qui supposait une préparation sérieuse et très poussée,
aboutissant finalement à quelque chose d'analogue au « chef-d'œuvre »
requis ailleurs. C'est lui surtout qui déciderait du sort du bachelier et de
son ascension aux grades ultérieurs.

Une œuvre préparée.


Un tel commentaire ne s'improvise pas. Les Statuts entendent qu'il
soit préparé de longue date et qu'il soit œuvre personnelle.
L'ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE 113

Le contact est pris par l'étudiant dès sa première année. Il assiste


chaque jour à la leçon du bachelier sententiaire. La chose se renouvelle
pendant ses six années d'audition et ses deux années de bibliste. A quatre,
ou huit reprises (selon que la lecture s'étend sur deux ou un an) il entend
commenter par des bacheliers successifs le texte du Lombard.
Il lui est demandé par les Statuts d'apporter chaque fois au cours,
pendant ses quatre premières années, le texte même, afin de pouvoir
toujours s'y référer et vérifier allusions ou citations.
Les documents, confirmant en cela les Statuts, montrent que très tôt
en vue du commentaire qu'il aura à bâtir lui-même, l'étudiant multiplie,
notes, copies, réflexions et se constitue sa propre documentation.
Cela ressort, entre autres :
— des nombreux manuscrits des Sentences de Pierre Lombard, dont
les marges, intentionnellement larges, sont plus ou moins abondamment
recouvertes de notes ou gloses, qu'on parvienne ou non à identifier celles-ci.
— du fait fréquemment attesté, des reportations prises par les étudiants
aux leçons du bachelier. On n'hésitera pas à faire appel à elles soit pour
accuser, soit pour justifier un bachelier en difficulté. Tel l'épisode de
Jean Quidort, de Paris, où celui-ci peut alléguer pour se défendre le
témoignage de trois ou quatre reportations. Telles les reportations prises
au cours des années 1242-1247 (par Raoul de Colebruge, peut-être).
Telle la réportation si précise et détaillée, prise au jour le jour, par Richard
de Bazoques, de la lecture des Sentences de Pierre Plaoust.
— des recueils un peu plus éclectiques parfois, composés en vue de ce
commentaire à venir, que le but en soit ou non explicite, que les éléments
s'en trouvent ou non classés selon l'ordre des distinctions et des livres.
Voir en ce sens le recueil de Paris Nat. lat. 16407, s'inspirant de Barthélémy
de Bologne, Simon de Lens et un autre Mineur [8] ; ou l'avant-projet,
pour le 1er livre des Sentences, de Paris Mazar. 732 (vers 1291 à Paris) [14]
ou les recueils de Jean de Falisca, aux intentions nettement déclarées ;
— des brouillons enfin, et des rédactions partielles de ce qui sera le
commentaire authentique et définitif. Ainsi le brouillon autographe de
saint Bonaventure [3] ; ainsi certains essais de Jean de Falisca [23], de
Prosper de Reggio [19], de Jacques de Trisanto.
De tous les travaux de la faculté, sans doute est-ce l'œuvre la plus
longuement préparée.

Une œuvre personnelle.


Cette préparation lointaine s'imposait, car le Commentaire sur les
Sentences se doit en outre d'être une œuvre personnelle, particulièrement
ardue.
Il ne s'agit pas, pour le bachelier, d'être simplement un répétiteur
114 P. GLORIEUX

honnête, mais un penseur personnel, capable de devenir un maître dans


toute l'acceptation du terme.
Les Statuts y veillent à leur façon. Ils lui interdisent de lire ou donner
ses cours, sur notes ou cahiers d'autrui. S'ils autorisent les notes per
sonnelles, ils ne veulent pas, par souci pédagogique, d'un texte complète
ment rédigé qu'il se bornerait à lire. Il doit dominer suffisamment sa
matière pour parler d'abondance.
Il doit posséder toute la matière théologique, car il est tenu de lire, dans
leur ordre, les quatre livres des Sentences, où tous les problèmes relevant
de la théologie se trouvent abordés.
Si, en raison de l'abondance des matières ou du manque de temps, il est
amené à faire un choix dans les questions qu'il traitera, il devra légitimer
celui-ci et fournir les raisons de ses options.
Si, au cours de sa lecture il croit devoir s'écarter de telle ou telle opinion
du Maître, il devra évidemment justifier sa position et présenter ses argu
ments.
Là où le Lombard ne s'est pas prononcé, le bachelier peut, et doit
même, choisir parmi les opinions en présence et argumenter en consé
quence.
Comme la théologie est une science en continuel progrès et mouvement
il ne peut ignorer les problèmes nouveaux que Pierre Lombard n'a pas
connus, les solutions ou systèmes différents, les discussions en cours. Il ne
se peut que son Commentaire ne les reflète.
Choix, éliminations, prises de position en un champ aussi vaste, aussi
universel que celui des quatre livres, supposent ou développent une réelle
maîtrise déjà chez le bachelier qui s'adonne à ce travail. Ce n'est pas en
vain que l'âge minimum requis du candidat à la lecture des Sentences
est fixé par les Statuts à vingt-neuf ans.
Sur la valeur intrinsèque de ces Commentaires, il est possible de se
former un jugement objectif, sur pièces authentiques. Aucune autre
œuvre de cette époque en effet, ne fournit documentation aussi abon
dante. Dans son Reperlorium Commenlariorum in Senlenlias Petri Lom-
bardi ( Wurzburg, 1947) Fr. Stegmüller n'a pas relevé moins de 1407 numé
ros.
Ce chiffre, de son côté, témoigne de l'importance attachée à cette
œuvre et au travail qu'elle représentait pour le bachelier. On tient à
rédiger, souvent à publier, son Commentaire sur les Sentences, alors qu'on
néglige la plupart des autres productions scolaires. Pour certains, elle
devient comme une œuvre de base, qu'on révise, qu'on tient à jour, qui
recevra deux, trois rédactions successives (ainsi Durand de Saint-
Pourçain, Pierre de la Palud, Scot, Pierre de Tarentaise, Ockham).
l'enseignement au MOYEN AGE 115

§ 1. — Le Commentaire même et son évolution.


Sur la façon concrète dont on lit les Sentences et les règles qu'on y
doit suivre, les Statuts sont des plus sobres et discrets. Sans doute font-ils
crédit à la tradition et à la vie. Ils insistent surtout sur la lecture suivie :
on doit observer l'ordre des livres et des distinctions ; et sur une équitable
répartition : on ne doit pas développer un livre (spécialement le Premier)
au détriment des autres.
B. 7. : « quod legant textum ipsum ordinate et exponant ad utilitatem
auditorum ».
B. 37. : « ne sic supra prologum et Ium Sententiarum insistant quin
possint debite tractare materiam 21, 31 et 41 Sententiarum ad distinctiones
pertinentes ».

— et le serment imposé au bachelier reprend cette même préoccupation :


serm. 22 : « quod non legetis in quaternis per alios confectis, пес sic
insistetis supra prologum Sententiarum aut Ium librum quin possetis
debite tractare materias aliorum trium librorum ».

Un autre article rappelle qu'il s'agit de théologie et non de philosophie.


Aussi le bachelier ne doit-il pas traiter :
« quaestiones aut materias lógicas vel philosophicas nisi quantum textus
Sententiarum requirat, aut solutiones argumentorum exigant ; sed moveant
et tractent quaestiones theologicas, spéculatives aut morales, ad distinc
tiones pertinentes » B. 6 ; rappelant en cela les Statuta papalia d'UrbainV.

C'est aux œuvres elles-mêmes, à la vie, qu'il faut s'adresser pour


comprendre la technique même du Commentaire et percevoir aussi
l'évolution qu'elle a subie.

§ 2. — Le procédé de la lectio.

Les Sentences de Pierre Lombard se voient appliquer à elles aussi, le


procédé en usage à chaque fois qu'on « lit », qu'on expose un livre de texte,
qu'il s'agisse d'un traité d'Aristote, d'un chapitre du Décret, d'un livre
d'Euclide ou de Boèce ou de tout autre auteur classique. Ce procédé étant
universellement connu et employé, les Statuts n'éprouvent pas le besoin
de le préciser.
Théoriquement, on y peut distinguer trois temps, trois démarches :
la « divisio textus » ; 1'« expositio » ; F« explicatio textus », ou les « dubia
circa litteram ».
Le premier est une analyse logique du plan suivi par l'auteur, des
divisions et subdivisions adoptées, en liaison d'ailleurs avec le contexte
immédiat ou plus lointain. La leçon se rattache à un ensemble et fait
progresser la pensée.
116 P. GLORIEUX

L'exposUio constitue le véritable commentaire : littera, sensus, senten-


tia. Par delà la lettre, on s'efforce de rejoindre, de découvrir le sens
profond, d'en pénétrer et juger les raisons, d'apprécier les arguments et,
le cas échéant, de porter un jugement et de prendre position.
En fin de leçon trouvent place, s'il y a lieu, des remarques d'ordre
textuel : explication de formules plus difficiles ou plus rares, etc. Ce sera
l'explicalio textus.
Les commentaires sur les Sentences d'un saint Thomas, d'un saint
Bonaventure, fournissent des applications très claires de cette méthode
aux trois éléments.
Sa partie centrale, Yexposilio, porte davantage, par la force même
des choses, sur des thèses que sur des textes. Elle n'est donc pas un
commentaire suivi d'un texte à élucider, mais bien plutôt une étude des
problèmes abordés ou tout au moins suggérés par Pierre Lombard, ou de
certains d'entre eux du moins, quand sur un sujet donné un choix s'im
posera.
Dans leur énoncé, ces problèmes ne revêtent donc pas nécessairement la
formulation qu'ils ont dans les Sentences. D'où la variété que présentent
pour une même distinction, les questions proposées par différents bache
liers. Les Commentaires, malgré leur grand nombre, ne se répètent pas.
La plupart du temps ces exposés revêtent l'allure de la discussion :
arguments pour et contre, solution, réponse aux objections soulevées.
Le bachelier qui a choisi lui-même les problèmes à traiter, prend position.
Il peut fort bien, et est même invité à conclure, là où le Maître des Sen
tences s'en est abstenu. Il peut aussi se séparer des solutions apportées
par celui-ci, s'il a des raisons sérieuses à faire valoir et des arguments à
alléger. — On sait d'ailleurs que, assez tôt, une liste a été dressée des
positions, des « articuli in quibus Magister Sententiarum communiter non
tenetur ».

Répartition des leçons.

Avant d'entrer dans le détail concret de chaque leçon, le bachelier a dû


envisager la distribution des quatre livres des Sentences et la répartition
de leurs distinctions au cours de l'année scolaire. L'ouvrage de Pierre Lom
bard ne comporte pas moins de 182 distinctions : 48 pour le livre I ; 44
pour le livre II, 40 pour le IIIe et 50 pour le IVe. L'année scolaire qui
s'étendait du 1er septembre au 29 juin, ne comportait, déduction faite
des jours fériés, des repos de Noël et de Pâques, que 42 semaines. Il en
fallait déduire encore les jours de soutenances, de principia, d'actes
magistraux, etc. où le bachelier ne lisait pas. L'exemple concret, tout à fait
sûr, d'un Pierre Plaoust, montre que son année scolaire 1392-1393 offre
un total de 132 leçons seulement.
Tant que la lecture des Sentences s'étendait sur deux années, la répar
l'enseignement au MOYEN AGE 117

tition des matières pouvait se faire sans trop de peine. Le problème fut
deux fois plus grave, et presque inextricable, quand le bachelier dut lire
les quatre livres en une seule année : faire tenir 182 distinctions en 132
leçons, chaque distinction comportant par ailleurs un nombre variable
de questions ou d'articles (de 2 ou 3, à 7 ou 8 parfois).
Ce problème d'arithmétique explique, en partie, l'évolution enregistrée
pour la lecture des Sentences.
Un premier essai de solution tend à réduire, et bientôt à éliminer, de la
leçon les deux parties extrêmes : la « divisio textus », et les « dubia circa
litteram », pour consacrer plus de temps à la partie centrale : Г« expo-
sitio ».
Ceci bientôt paraît insuffisant pour traiter sérieusement tant de multi
ples et graves problèmes (encore que le cours du bachelier occupât une
grande partie de la matinée). On élimine, plus ou moins sévèrement, soit
des questions au cœur des distinctions, soit des distinctions au cœur des
livres, soit même plus tard des livres entiers.
Parfois on en réserve un certain nombre pour les aborder en d'autres
occasions : principia, Questions Disputées, sorbonique, etc. ; (ou même
après la maîtrise, tels un Henri de Gand, un Pierre Jean Olieu qui, devenus
maîtres, centreront leurs Questions Disputées sur les thèmes des Sentences) ;
ou bien on les sacrifie bel et bien.
On réduit ainsi considérablement le nombre des problèmes à aborder et
d'autre part on leur accorde des développements toujours plus grands,
consacrant à la même question plusieurs leçons, parfois même plusieurs
semaines.
Le nombre des questions retenues, proportionnel d'abord à l'importance
des livres, cesse finalement d'en tenir compte. Un François Bacon, en
1365, offre dans son Commentaire 12, 2, 2 et 10 questions pour les livres I-
IV respectivement ; Pierre d'Ailly (en 1376) en a 14, 0, 1,6; Pierre de
Candie (1378) en a 6, 3, 1, 1 ; Pierre Plaoust (1392) 6, 0, 1, 0.
Le Commentaire sur les Sentences finit par se ramener à des questions
choisies sur les Sentences, chacune d'elles constituant un véritable traité ;
la préférence, très nette, demeurant accordée aux problèmes du 1er livre.
D'où les recommandations des Statuts, relevées plus haut.
D'où également, pour être en règle avec ces exigences, la pratique
étrange et toute formaliste, connue par les notes de Richard de Bazoques :
à la fin de chaque cours, le bachelier résume en deux ou trois points les
conclusions de la distinction que son calendrier lui imposerait s'il suivait
ponctuellement l'ordre des Sentences à raison d'une distinction par jour.
Ainsi fait par exemple Pierre Plaoust, commençant sa pseudo-lecture, ses
« distinctiones textuales », du livre I au début d'octobre, celle du IIe livre
le 30 décembre ; celle du IIIe le 27 mars ; du IVe enfin le 18 mai.
Ceci n'influe aucunement d'ailleurs sur les questions effectivement
choisies et développées par lui au cours.
118 P. GLORIEUX

Le choix des questions.


Il est le fait du bachelier. — Dès le début, mais surtout à mesure que
s'accentue cette évolution. Le Commentaire ne s'en tient pas strictement
au texte de Pierre Lombard, qui propose d'ailleurs et suggère, plus qu'il
ne tranche. On peut ajouter, omettre, formuler différemment, choisir.
Ce choix, en règle générale, n'est pas arbitraire, ni capricieux.
Il est fonction, souvent, de l'intérêt objectif des questions, de l'intérêt
subjectif du bachelier, des discussions en cours, de la problématique
nouvelle ;
— intérêt objectif : tout n'a pas même valeur ni importance dans les
problèmes soulevés par les Sentences : à côté des questions fondamentales
il y a des points de détail, de simples curiosités, des choses secondaires.
Il est très légitime d'établir un ordre de priorité, de négliger ou éliminer
certains problèmes ;
— intérêt subjectif : le tempérament intellectuel, les études ou préfé
rences du bachelier, guideront aussi son choix. Selon qu'il est spéculatif
ou pratique, métaphysicien ou canoniste, orienté vers les questions
scientifiques, tel un Barthélémy de Bologne ou un Thierry de Freiberg, il
insistera sur telle ou telle question où il se sent davantage à l'aise ou peut
mieux se faire valoir ;
— discussions en cours : il ne peut faire abstraction de l'actualité avec
laquelle tous les actes scolaires auxquels il prend part, le mettent en
contact : crise averroïste, pouvoirs des religieux, Immaculée Conception,
nominalisme, unité des formes, etc., etc. Dans la mesure où tout cela
suscite des problèmes, il se doit de les aborder ;
— problématique nouvelle : par delà des questions concrètes, plus ou
moins brûlantes, il y a des courants de pensée qui affectent plus profon
dément la réflexion théologique et mettent en question positions ou
systèmes qu'on croyait acquis, définitifs. Ce sont là motifs nouveaux, et
suffisants, pour orienter un choix.
Le Commentaire sur les Sentences sera, concrètement, la résultante de
toutes ces influences. Le choix des questions, l'importance à leur accorder,
la façon de les aborder et de les traiter s'expliquent par là.
Le bachelier est jugé sur pièces. Le Commentaire est une œuvre difficile,
préparée de longue date, éminemment personnelle comme est le « chef
d'oeuvre » des corporations de métier. Les non-valeurs s'éliminent ; les
esprits faux se trahissent. L'épreuve demeure redoutable.
Les nombreux Commentaires qu'on possède, illustrent on ne peut mieux
et justifient tout ceci.
Pour ce qui concerne les Principia, voir Sect. Ill, 2.
Pour le contrôle, voir Sect. V.
l'enseignement au MOYEN AGE 119

3. — Le bachelier biblique et ses cours

Le « cursus » marque les débuts dans l'enseignement du futur maître.


Jusqu'alors l'étudiant n'a été qu'un auditeur plus ou moins passif, encore
qu'il ait pris part à des disputes et donné quelques sermons. Il commence
ici à assumer un rôle actif ; il est chargé de cours. Par conséquent, il « lit »
puisque c'est la forme normale de l'enseignement ; et il commence par
l'Écriture qui est le livre de base. Sa charge de « cursor » ou « bachelier
biblique » ou « bibliste » s'étalera sur deux ans, le premier et le second
cursus.
L'obligation. — Précisée par les Statuts A. 11 ; B. 18, 19 ; et les serm. 5
et 6.
Toutes les conditions requises étant présentes, et sa candidature ayant
été acceptée, il doit commencer son cours dans les trois mois qui suivent
son inscription. Il choisit librement les livres qu'il entend commenter, à
raison de deux par année, un de l'Ancien, un du Nouveau Testament.
Il doit débuter par un «principium» (infra, p. 137) où il fait l'éloge de
l'Écriture et la présentation de son livre. Il doit lire ensuite de façon
suivie, sans interruption notable, jusqu'à achèvement du livre. Il ne peut
lire plus d'un chapitre par séance ; il peut par contre s'étendre autant qu'il
le juge nécessaire.
Quant aux bacheliers (biblici) des quatre Ordres Mendiants et celui
de saint Bernard, ils lisent tous les livres de la Bible, à la suite, au cours
de leurs deux années. Survivance peut-être d'une règle imposée à tous à
l'origine et atténuée ensuite pour les séculiers ; ou exigence des Ordres
eux-mêmes, entérinée par la faculté ? On ne sait.
Technique. — Cette lecture de l'Écriture par le bachelier se fait « cur-
eorie », de façon non pas superficielle mais rapide, non pas magistraliter.
Exposé ou critique textuelle seulement, elle n'aborde pas les problèmes
de doctrine posés par le texte, et n'entre pas dans le détail des diverses
interprétations possibles : allégorique, symbolique, anagogique, etc.
Celles-ci ne sont pas de sa compétence ni de son domaine.
Le but du lecteur est de faire comprendre le texte en son sens littéral :
divisions et subdivisions, construction, enchaînement ; préciser le sens des
formules ou des termes ambigus, insolites ou difficiles. Il recourt pour cela
à la Glose et aux commentateurs autorisés : « legetis cursus vestros ordinate
textum exponendo et glossas notabiles declarando secundum modum
antiquitus approbatum » (serm. 6).
11 n'a pas à viser à l'originalité, mais bien plutôt à la précision et à la
clarté, faisant profiter ses auditeurs des éclaircissements qu'il a obtenus
lui-même, et notés, au cours de ses années d'audition ou de ses lectures.
Il ne semble pas que, en général, ce cours soit rédigé ; les notes, inter
120 P. GLORIEUX

linéaires ou marginales, inscrites sur sa Bible, quelque schéma directeur,


doivent lui suffire pour parler d'abondance sur le texte qu'il présente en
l'ayant sous les yeux. Aussi ne possède-t-on que très peu de documents
pour illustrer les données des Statuts ou des serments, à l'exception des
principia qui, eux, sont rédigés souvent et conservés.

A signaler, vers 1225-1230, les Glossae divinorum librorum, de Robert de


Sorbon (éd. Tournemine, Commentaires de Menochius, 1719. II. 599-612)
qui semblent bien répondre à ce signalement.
Les deux cursus de Pierre d'Ailly, l'un en 1374 : Expositio super Cántica
Canlicorum (éd. dans ses Tractatus et sermones), l'autre en 1375, sur l'Évan
gile de Saint-Marc. On n'en possède plus le texte, mais uniquement le
« principium » ou Г« introitus », qui inaugura cette lecture (Gerson, Opera
Omn. 1.610-617).

4. — Répétitions et collations

La collation est un genre difficile à classer. Suivant l'étymologie jointe


à l'histoire, le mot est susceptible de trois acceptions différentes, qu'il
reçut effectivement dans le langage du xine siècle (sans parler d'un
quatrième sens, tout matériel : le repas léger pris le soir, particulièrement
aux jours de jeûne).
La collation peut désigner soit le sermon donné le soir, par opposition
à celui du matin ; soit une conférence spirituelle ou théologique ; soit un
échange de vues, une discussion entre membres d'une communauté. Dans
le premier cas, elle relève de la prédication ; dans le second, elle confine
au genre leçon ; dans le troisième, au genre dispute. Le second et le
troisième pouvant également être rapprochés de la répétition.
Seules les deux dernières acceptions nous retiendront ici.

§ 1. — La collation-répétition.

A la différence de la faculté des arts, où les étudiants sont tenus en


haleine par des travaux variés : récitations, répétitions, exercices scolaires
organisés au sein même des écoles qu'ils fréquentent, la faculté de théolo
gie ne connaît, semble-t-il, ni n'organise rien de tel, sauf initiative privée,
toujours possible, de tel ou tel maître. L'étudiant semble laissé à lui-
même pour son travail personnel d'assimilation.
Des répétitions cependant existent, échanges de vues, « collationes »,
en marge de l'école et du maître, entre des étudiants constituant des
communautés plus ou moins strictes, à commencer par ceux des ordres
religieux, puis ceux des collèges.
On a dans ce sens, en 1259, les recommandations du Chapitre Général
des Frères Prêcheurs à Valenciennes : « Item quod fiant repetitiones de
quaestionibus et collationes de quaestionibus semel in septimana ubi hoc
l'enseignement au MOYEN AGE 121

potest commode observan » (cf. Chartul. Univ. Paris. 1. 335). Plus expli
cite encore, le statut de l'abbé Theobald de Saint-Victor, vers 1264-71
[ibid. 694) « Omni autem tempore, ad minus semel in septimana, die
veneris aut alia die qua commodius fieri poterit, ad conferendum vel ad
disputandum super certa quaestione volumus convenire, sicut in aliis
religionibus scolares habentibus est fieri consuetum ; quam tarnen quaes-
tionem unus illorum, cui magister studentium injunxerit, exponet et susti-
nebit ». A.d conferendum : à mettre en commun, confronter.
De même encore au Collège de Cluny, décision vers 1309-1319 (Chart.
1187) : «propter exercitium collationis et disputationis, melius enim est
conferre quam legere, quia quod obscurum est aut dubium, citius declara-
tur et percipitur conferendo ». Une fois par semaine ou par quinzaine
au moins se tiendront ces discussions, de logique, philosophie et théologie
alternativement « in quibus disputationibus et collationibus notificandis
opportune per aliquem studentium... veritas amicaliter inquiratur ».
Collation égale donc échange de vues, discussion amicale entre étu
diants, sur un sujet d'étude proposé à l'avance, le tout mené par un des
leurs.
Même pratique en Sorbonne pour les membres du Collège. Le calendrier,
dans l'Obituaire, porte à plusieurs reprises les mentions : « collatio in aula
et in capella ; collatio in capella ; non est collatio intus ; non est collatio
in capella nee in aula ; collatio in capella tantum ; collatio tantum in
aula ; collatio solum in capella ; collatio in mensa et in capella ». Une
décision de 1344 (Aux origines de la Sorbonne..., I, p. 224 s) précise la
tenue des disputes hebdomadaires. Elles ont lieu le samedi, sous la
direction du maître des étudiants (simple sociétaire et étudiant, lui aussi,
désigné le 29 juin pour l'année scolaire à venir). Elles ne se confondent
pas cependant avec la collation. Pour celle-ci, voir une autre décision
de 1327 (ibid., p. 217).
La collation est donc, en marge des écoles et des maîtres, un échange
de vues ou discussion assez libre, plutôt qu'une dispute au sens strict.
Elle porte sur des thèmes choisis et proposés d'avance par le magister
studentium, qui désigne aussi les interlocuteurs. C'est lui qui surveille et
mène la réunion. Celle-ci se tient une fois par semaine ou par quinzaine.
Les formules employées dans le calendrier de Sorbonne engagent
cependant à distinguer, même dans ces collations, comme une double
série, l'une plutôt doctrinale, reprenant des problèmes de cours, des sujets
théologiques ; l'autre plutôt spirituelle, achevant religieusement la jour
née de travail (comme les exercices monastiques traditionnels pouvaient
revêtir ce double sens) Ainsi s'expliquerait la formule : « in aula, in mensa »,
d'une part ; « in capella », d'autre part.
122 P. GLORIEUX

§ 2. — La collation-conférence.

L'existence d'œuvres aussi imposantes que les Collaliones Oxonienses


de Duns Scot, ou ses Collaliones Parisienses ; que les Collaliones in Hexae-
meron de Saint Bonaventure, celles De decern praeceplis ou De sepiera
Donis du même auteur, oblige à examiner un autre sens du mot collalio,
plus proche de la leçon que de la dispute ou de l'échange de vues qu'on
vient de dire.
On a l'impression qu'un enseignement s'y trouve donné, de façon
positive, assez développé puisque s'étendant sur un nombre plus ou moins
considérable de séances. Il n'est pas leçon magistrale : Duns Scot n'est
pas encore maître alors ; et Saint Bonaventure n'est plus régent. On y
trouve par ailleurs les traces de l'argumentation et de la dispute.
Il se peut que la collation, en ce cas, soit comme l'amplification de
l'exercice précédent. Si, en effet, le rôle du magister studentium, du
directeur de séance, quel que soit son nom, est pour des motifs parti
culiers tenu par un personnage hors classe, ses interventions et surtout
la rédaction qui s'ensuivra, pourront être plus ou moins considérables et
prendre l'allure d'une conférence assez voisine d'un cours ou d'une leçon.
Elle demeure collation cependant, parce que tenue pour et dans un
groupe donné ; exercice hors cadre, en marge de l'école, du maître et de
ses « lectiones ». Elle se rapproche de la leçon, en raison de la personnalité
de celui qui mène. Elle peut enfin s'ouvrir à des auditoires plus larges (et
ce sera le cas pour Saint Bonaventure) si la communauté à laquelle elle
est primitivement destinée, y consent.
La collation ainsi entendue demeure cependant exceptionnelle. C'est
l'acception précédente qui demeure la règle.
II. — La dispute

Introduction

Réservant pour la section suivante des exercices qui ne sont exclusive


ment ni leçons, ni disputes ni sermons, mais qui relèvent à la fois de l'un
et de l'autre genre ou même des trois, on n'examinera ici que les disputes
proprement dites.
Elles ont d'ailleurs revêtu diverses formes ou formalités : disputes ordi
naires, disputes quodlibétiques, quaestiones collativae, sorbonique, etc.
Le trait commun qui les marque toutes et les caractérise, est l'alter
nance des objections, des exposés et des réfutations, jointe à la multiplicité
des acteurs. Ce n'est pas seulement une question qui, pour exciter l'intérêt
ou éviter la monotonie, prend allure de discussion en proposant des
raisons pour et contre, une solution, et des réponses aux objections (tels
les articles de la Somme théologique : « videtur quod non... sed contra..-
respondeo dicendum... Ad primum... ». Mais il s'agit de véritable dialogue,
avec l'imprévu des objections et, si besoin est, des instances.
Quant à la distinction entre les diverses disputes, elle tiendra au
nombre et à la qualité des acteurs qui interviennent ; à la qualité de celui
qui préside et mène ; à la façon enfin dont sont choisies et proposées les
questions.

1. — La Question Disputée

La dispute est née de la leçon, par l'intermédiaire de la question. Elle


est devenue rapidement exercice autonome, ayant sa physionomie propre,
ses lois et ses traditions. C'est à ce dernier stade qu'elle sera étudiée ¡ci,
comme constituant le second membre du trinôme : « legere, disputare,
praedicare ».
Le texte de la sacra payina qui fait l'objet de sa leçon, pose au maître
de nombreux problèmes ; il « fait question » continuellement, non pas de
façon factice mais réelle. A la différence du bachelier bibliste qui lit
« cursorie » et passe outre à ces difficultés, le rôle du maître est de les
124 P. GLORIEUX

résoudre, de les approfondir, de les aborder franchement pour en élaborer


toute une doctrine théologique. Il signale donc et étudie ces questions à
mesure qu'elles se présentent et qu'il les juge utiles.
Il les traite souvent selon le procédé d'une question disputée, en oppo
sant arguments pour ou contre, en exposant sa solution avec les raison
qui l'étayent, en répondant aux objections alléguées. Ce procédé demeu
rant encore dans le cadre de sa leçon.
Parfois cependant certaines questions gagneraient à être traitées plus à
fond, et même à voir l'auditoire s'y intéresser plus directement. Elles
vont faire alors l'objet d'un exercice distinct, d'une dispute proprement
dite, dont le thème a été suggéré par la leçon, mais dont le déroulement
lui demeure étranger. C'est la disputalio ou question disputée.
Celle-ci finira même par être totalement indépendante et détachée de
la leçon, son thème n'étant plus en relation avec elle, mais proposé par
le maître pour tel ou tel motif à sa convenance.
Dans cet exercice, le maître n'est plus seul en cause, mais ses étudiants
et bacheliers y prennent une part active, intervenant pour attaquer,
défendre ou exposer. La Question Disputée devient alors un instrument
de formation des plus précieux, de réelle valeur, obligeant l'étudiant à
préciser sa pensée, à l'exposer clairement, à la nuancer, à en améliorer
toujours l'expression, la présentation. De là vient l'importance qu'elle a
prise dans les méthodes d'enseignement.

§ 1. — Réglementation.

La dispute (quaestio disputata ; quaestio ordinaria ; tentativa) demeure


toujours exercice du maître (à la différence de la « questio collativa », des
«principia» des Sententiaires, ou de la Sorbonique), mais elle est en
même temps acte de la faculté.
Elle est organisée par le maître, dans son école, et destinée première
ment à ses étudiants, qui en sont auditeurs et acteurs. Le maître choisit le
jour de la soutenance, ainsi que le thème de la dispute.
Celle-ci se tient l'après-midi, entre none et vêpres (ou même complies).
Ce jour-là il est seul maître à lire le matin. Aucune autre école ne peut
tenir soutenance ou dispute cet après-midi.
Les étudiants des autres maîtres peuvent y assister (par quoi cet
exercice d'école est en même temps acte de faculté). Les bacheliers formés
sont même tenus à le faire.
Non seulement l'assistance, mais une certaine participation aux Ques
tions Disputées est obligatoire.
Ainsi le cursor avant d'aborder les Sentences doit avoir répondu deux
fois dans semblables disputes (dont une fois * sub magistro alterius na-
tionis », préciseront les Statuts (A. 18, B. 29). Ainsi le bachelier formé
devra répondre « de tentativa et de ordinaria principali, non sub suo
l'enseignement au MOYEN AGE 125

magistro » (Stat. B. 53). — Ce souci de répondre « sub alio magistro »


est beaucoup plus accusé à Oxford, où l'on souhaitait que le bachelier
réponde sous tous les maîtres régents, à tour de rôle.
Le bachelier formé peut d'ailleurs présider la « questio tentativa »,
comme fait le maître pour la « questio ordinaria ».
Les présences à ces divers exercices sont contrôlées, aussi bien par le
maître pour ses propres étudiants, que par les bacheliers formés et les
appariteurs pour ceux des autres maîtres.

§ 2. — Technique. Déroulement.
La dispute met aux prises un (ou plusieurs) répondants et un certain
nombre d'opposants, d'objectants, les uns et les autres désignés par le
maître, ou du moins agréés par lui quand il s'agit de bacheliers étrangers.
Le thème en a été proposé à l'avance par le maître, et annoncé dans
toutes les écoles de la faculté.
Le maître garde la responsabilité et la direction de la discussion, même
si c'est son bachelier qui répond, non pas pour lui mais sous lui, sous son
contrôle, tant technique que doctrinal.

La « Discussio ».
Le nombre des objections (et des objectants) est des plus variables
selon le sujet, l'auditoire, l'inspiration, etc. De même l'alternance entre
objections et réponses ; parfois chaque objection étant immédiatement
suivie de la réplique à laquelle l'adversaire peut répondre, en subsumant
à plusieurs reprises. Parfois, quand le répondant a précisé son intention
et distribué la matière en quelques grands points, les objections sont
groupées sur un premier, puis un second point, etc., et suivies de leur
réponse. Parfois toutes les objections, venant de divers côtés, sont énon
cées avant que le maître, ou le bachelier, annonce sa réponse.
Celle-ci est souvent à deux temps. Prise de position d'abord, plus ou
moins longuement développée, sur l'objet du débat. Elle comprend toutes
les divisions ou distinctions nécessaires, avec les arguments qui fondent
chaque affirmation, et dans lesquels déjà doit se trouver la réponse aux
objections ou difficultés amoncelées par les adversaires. Puis reprise de
ces objections, assez souvent suivant leur ordre de présentation, et
réponse en fonction de la thèse.
Le maître a toujours le droit, tout au long de la séance, d'intervenir
s'il le juge à propos : pour venir en aide par exemple à un bachelier
embarrassé, en lui suggérant une distinction ou un moyen terme ; pour
préciser une réponse juste, mais incomplète ; pour rectifier ou désavouer
une réponse moins exacte ; pour proposer une solution peut-être totale
ment différente. En ce cas, il « détermine » c'est-à-dire qu'il tranche le
débat, prend nettement position et justifie celle-ci par ses arguments.
126 P. GLORIEUX

La plupart du temps, cependant, il laisse l'argumentation se dérouler et


le bachelier conclure. Il se réserve toutefois de reprendre tout le problème
lors de son prochain cours. Ce sera la séance de « determinatio » après
la séance de « discussio ». Les Statuts et les actes d'Oxford toutefois
montrent bien que la seconde séance demeure toujours facultative. En ce
cas le maître conclut et détermine rapidement, en fin de séance publique
de dispute. De même à Bologne, en 1264, la « determinatio magistralis »
est un acte solennel, rare, qui occupe toute la matinée.

La « Determinatio » magistrale.
La « discussio » a rempli son rôle d'exercice d'assouplissement, d'entraî
nement dialectique. Mais la dispute se doit aussi d'assurer le progrès de
la pensée, d'apporter un approfondissement des problèmes soulevés. Le
maître doit y veiller.
Il le fait en reprenant, au premier jour lisible qui suit cette séance, les
grands traits de la discussion et en « déterminant », en apportant sa
réponse au problème ; non plus celle d'un bachelier ou d'un contradicteur,
mais celle qu'il préconise, avec les raisons qui la fondent.
C'est dans son école, devant ses étudiants et pour eux seuls, cette fois,
qu'il agit ainsi. Comme ils ont assisté à la séance de dispute et pris des
notes, il peut passer rapidement sur ce qu'il juge acquis, et s'appesantir
davantage sur ce qui demeurait encore en question ou était insuffisamment
présenté, à son goût.
Il peut pour cela reprendre dans l'ordre tout le déroulement de la
séance, ou grouper différemment objections, réponses, exposés, pour la
clarté de son enseignement. Il peut faire ou non allusion aux positions
prises par le bachelier, les désavouer, ou les compléter ou les renforcer.
De ce fait, la dispute prend sa pleine valeur doctrinale, à côté de la valeur
d'exercice qu'elle a remplie déjà.
C'est évidemment cette seconde séance, et non la précédente, qui livre
la pensée authentique du maître. С est sur elle, et non sur les faiblesses
possibles d'un bachelier, qu'on se doit de le juger. Et ses Questions
Disputées, si jamais il les publie, livreront ce second texte et non pas
l'autre.
Il se peut, cependant, qu'au gré de réportations plus ou moins officielles,
on possède d'une dispute donnée l'un ou l'autre état, ou même tous les
deux :
— le relevé de la discussion : avec son décousu, ses reprises, la série des
objections et des réponses ; l'exposé du bachelier ; les instances des assis
tants ; parfois la mention et les noms de ceux qui sont intervenus. C'est
la séance prise en direct.
— le relevé de la « determinatio ». Révisé ou non par le maître, il livre
sa pensée et ses mises au point ; avec références explicites ou non, à la
l'enseignement au MOYEN AGE 127

séance précédente ; avec la mise en ordre qu'il lui a imprimée. C'est la


portée exacte de son enseignement qu'on y peut trouver, sur le sujet
proposé ;
— l'un et l'autre relevés, dus à des auditeurs et réportateurs différents.
Cela permet de contrôler la fidélité de la seconde séance par rapport à la
première ; les remaniements plus ou moins considérables que le maître se
permet d'apporter ; de voir comment est assuré le passage d'un simple
exercice à un efficace et authentique enseignement.

§ 3. — La vie du genre.
La Question Disputée est parmi toutes les activités scolaires en usage
au Moyen Age, celle qui s'est maintenue le plus constamment et avec le
succès le plus grand.
Aucune fréquence n'est imposée pour son usage : « interdum expedit
disputare » dit Humbert de Romans ; certains maîtres cependant en font
un usage répété et presque exclusif parfois. Pendant son premier enseigne
ment parisien, saint Thomas a tenu les 253 soutenances de son De Verilale
à raison de 84, 84 et 85 par année scolaire, soit deux disputes régulières
par semaine. Dans son second séjour, les 101 questions du De Malo, les
21 du De anima, 36 De virtulibus, 5 De Unione Verbi incarnali. On
possède ainsi de lui 518 disputes au moins.
Avec des succès divers, selon les maîtres ou les périodes, cet exercice
se maintient donc tout au long des хшв et xive siècles.
Il est par définition un exercice d'argumentation, de dialectique, pour
la formation et l'entraînement des étudiants, et il peut de ce chef porter
sur n'importe quel sujet (à la façon des Insolubilia et des Sophismata, à
la faculté des arts). Mais il est aussi œuvre magistrale et doit contribuer
au progrès doctrinal.
Ainsi est-il souvent prise de position et insertion dans une controverse ;
tel le De opere manuali religiosorum, de Saint Thomas (Quodl. VII, 16-18)
ou les Quaesl. 4 De perfeclione evangélica, de Saint Bonaventure dans la
controverse soulevée par Guillaume de Saint-Amour ; tel le De pueris in
religione admiltendis, de Saint Thomas encore, dans les discussions contra
Geraldinos ; telle sa Quaesl. Disp. 6 De Malo, sur le libre-arbitre, dans la
lutte anti-averroïste de 1270-71, etc.
Souvent aussi toute une série de Questions Disputées, reliées entre
elles idéologiquement, permettra d'explorer à fond un point de doctrine.
Elles peuvent servir de terrain d'élaboration de traités ; que le plan soit
prévu dès l'origine ou que le groupement soit effectué plus tard, avec
insertion même d'autres questions isolées. Ainsi se préparent le De peccato,
le De passionibus d'Alexandre de Halès ; la Summa de crealuris d'Albert
le Grand ; les Quaestiones 118 in librum Hum Sententiarum de Pierre
Jean Olieu ; la Summa Iheologica d'Henri de Gand.
128 P. GLORIEUX

L'histoire du genre demanderait à être élaborée en partant d'un inven


taire complet. Elle devrait tenir compte des trois facteurs qu'on vient
de dire : dialectique, polémique, doctrinal, qui justifient l'institution et
expliquent son maintien et ses succès divers.
Il y aurait toutefois à tenir compte également de l'essor nouveau pris
par les « quaestiones collativae » des bacheliers, au début de chaque tri
mestre (infra, p. 140), comme aussi du fait que le bachelier formé peut
diriger la quaestio tentativa, au lieu et place du maître.

Un répertoire général des Questions Disputées est en projet ; il en relèvera


plusieurs milliers. Revoir en attendant, dans l'oeuvre des grands maîtres
supra [33-35] les auteurs de Quest. Disp.
Pour Oxford, voir les remarques de Little-Pelster sur la fréquence des
disputes d'après le ms. Assise 158. Les nouveaux maîtres, dans les quarante
jours qui suivent leur inceptio, tiennent dispute à chaque « dies disputa-
bilis » (ibid., p. 38-40).

2. — La dispute de quolibet

Le nom. — Elle est diversement désignée : « quaestio extraordinaria »,


par opposition aux disputes ordinaires ; « quaestio ou disputatio solem-
nis », en raison de son importance ; « communis », non réservée à la seule
école du maître ; « generalis », pour le même motif, et peut-être aussi à
cause de l'étendue de ses thèmes ; « de quolibet » enfin (ou quodlibetalis,
quodlibetica) soit, en explicitant « de quolibet a quolibet » ou « ad volun
ta tem cujuslibet » (Humbert de Romans) ; les questions peuvent porter sur
n'importe quel sujet ; elles peuvent être proposées par n'importe quel
assistant.
La chose. — Déjà au xne siècle, dans les disputes d'un Simon de Tour
nai, par exemple, ou d'un Pierre de Poitiers, on constate que plusieurs
questions pouvaient être abordées au cours d'une même séance ; pratique
qui se retrouve encore au xine siècle, par exemple dans les Questions
Disputées De Malo ou De Veritale de Saint Thomas, lorsqu'une question
est trop brève ou trop simple pour occuper à elle seule toute une séance.
La pluralité des questions, toutefois, ne suffit pas à constituer le quod-
libet. Son caractère particulier tient 1) à la diversité de ces questions
ainsi soulevées ; tous les sujets qui de près ou de loin touchent à la science
sacrée, peuvent s'y voir aborder : Écriture Sainte, théologie, droit cano
nique, philosophie, morale, casuistique, etc. ; 2) au fait qu'elles sont
proposées non plus par le maître à qui, de ce chef, échappe l'initiative,
mais par n'importe quel assistant ; l'auditoire n'étant plus constitué
seulement par les étudiants habituels du maître, mais largement ouvert à
tous : maîtres, bacheliers étrangers, personnages ou curieux.
Il s'ensuit non seulement solennité et affluence plus grandes, mais
l'enseignement au MOYEN AGE 129

surtout difficulté accrue, tant en raison du nombre plus considérable des


questions soulevées (la moyenne se situe autour de 15 à 20, mais le chiffre
peut monter jusqu'à 34 (Triv. I), 39 (Triv. III), 41 (Hen. V), 44 (Trab. I),
47 (Rig. IV), 53 (Peckh. Ill), qu'en raison de leur caractère imprévisible,
même si certaines sont dans l'air ; en raison surtout des problèmes ardus
qu'elles peuvent poser, quelle qu'ait été l'intention qui en a déterminé le
choix.
Aussi la dispute quodlibétique est-elle d'abord un exercice magistral
décidé par le maître, dirigé et contrôlé par lui ; même si bacheliers ou
étudiants y interviennent, ce n'est jamais que « sous » le maître. La chose
était vraie déjà de toute Question Disputée, de toute dispute ordinaire
(supra, p. 125) en tant que moyen d'enseignement et de formation à la
disposition du maître régent ; elle l'est à plus forte raison pour cet exercice
solennel, autrement délicat, en raison du nombre et de la qualité de ceux
qui peuvent intervenir, et surtout du champ très largement étendu des
problèmes qui peuvent s'y voir discuter : doctrine, érudition, orthodoxie
sont en cause. Il appartient au maître d'y veiller.
En raison de cette difficulté d'ailleurs, nul maître n'est astreint à s'y
soumettre. Ce genre de discussion demeure libre. Bien des maîtres ne s'y
risquent pas ; d'autres ne prolongent guère l'expérience. Par contre
certains apprécient la publicité qui peut leur en résulter et semblent y faire
consister le plus clair et le meilleur de leur production littéraire ; tels par
exemple Henri de Gand, Godefroid de Fontaines, Jean de Pouilly,
Jean de Naples, Vital du Four, etc.
Pour les mêmes motifs, cet exercice parce que difficile et délicat s'avère
extrêmement formateur pour ceux qui s'y livrent sous le maître, en qualité
d'adversaire (opponens) ou défenseur (respondens, responsalis) ; que leur
participation se borne à quelques épisodes (quelques objections ou ré
ponses seulement) ou à l'ensemble (réponse à tout ou partie des questions).
On ne sait pas trop d'ailleurs quel pouvait être le nombre des répondants,
ni comment se répartissaient les charges.
L'expérience du moins dut se montrer concluante. Ce qui primitivement
était initiative privée, et pratique facultative, se vit bientôt adopter par
la Faculté, et devint finalement un des tests, une des obligations à laquelle
durent s'astreindre les bacheliers avant de pouvoir accéder à la maîtrise.
La chose est en effet attestée par les Statuts :
Stat. A. 18. — « bachalarii in theologia tenentur responderé de quaes-
tionibus in locis publicis aliis bachalariis quinquies ad minus antequam
licentientur, scilicet... semel de Quolibeto, in adventu vel circiter... »
B. 34. — « tenentur (Sententiarii) legere in tertiis in diebus quibus magis-
tri legunt, et quibus disputatur post prandium de temptativa, de Quolibetis
et resumpta. » (it. serm. 21).
B. 49. — « quod quilibet bachalarius formatus faciet quolibet anno
duos de actibus suis vel ad minus unum... Actus ad quos tenetur sunt :
responsiones de quolibetis, sorbonica, ordinaria et aula ».
130 P. GLORIEUX

В. 43. — Les Sententiaires des religieux doivent avoir soutenu un


Quodlibet avant leur quatrième principium. Les séculiers répondront de
quolibet avant leur licence. Celui qui en est dispensé verra le Quodlibet
commué en un sermon à donner après sa maîtrise. Il donnera en gage deux
francs au bedeau principal. — Les réponses au quodlibet ne doivent pas être
lues, mais données par cœur sous peine de voir annuler la soutenance.
A Bologne (Statuts de 1364). — « Si ad ipsum annualis regentia cathedrae
de jure transient, tenetur pluries disputare, et semel de quolibet semelque
magistraliter determinare... Quisquís igitur magistrorum annualem regen-
tiam de jure tenuerit, debet pluries disputare, ut dictum est, ut scilicet
ordinarii et responsales et opponentes, ta m formati bachalarii quam lecturi
sub ipso, valeant audiri. Item debet t enere quodlibetum in quo responsalis
est bachalarius actu legens, et saltem semel in anno determinare. » (Ehrle,
Slai. fac. theol. Bonon., p. 45).

Ils insistent davantage, comme on peut le voir, sur l'obligation que sur
la technique ou le déroulement de l'exercice. Celui-ci est supposé connu, le
Quodlibet n'étant en effet qu'une des formes, extraordinaire il est vrai,
que peut revêtir l'exercice scolaire de la dispute.
On y retrouve donc les acteurs et les gestes habituels : des adversaires
(objiciens) qui formulent leurs objections, qui insistent, subsument, etc. ;
des défenseurs qui répondent aux difficultés proposées et les résolvent en
forme, mais qui surtout énoncent leur thèse, l'exposent en la détaillant
comme bon leur semble, et la prouvent à grand renfort d'arguments, de
raison ou d'autorité.
Sous ce thème générique se situent les différences spécifiques :
1. — Fréquence : à la différence des Questions Disputées qui peuvent
être hebdomadaires ou plus fréquentes encore, il n'y a par an que deux
sessions de disputes quodlibétiques : session d'Avent (in Natali ; de Natali)
à la seconde semaine de l'Avent ; session de Carême (de paschate ; in
pascha) entre le troisième dimanche de Carême et le dimanche des
Rameaux. Plus tard, semble-t-il, vers 1335 déjà, seule subsiste la session
d'Avent.
2. — Nombre et choix des questions. Dans sa Question ordinaire, le
maître fixe à l'avance, pour ses étudiants, la date de la soutenance et les
questions qu'on y abordera. Dans le Quodlibet, ce choix lui est imposé de
l'extérieur, des assistants qui, en début de séance, soulèvent les problèmes
qu'ils veulent voir aborder, les accompagnant, en règle générale, d'un
certain nombre d'arguments ou d'objections; la mention «sine argu-
mentis » est rare et signale l'exception. Le maître a le droit d'écarter ou de
récuser telle question qu'il ne veut pas traiter ; mais il n'en use guère.
Le procédé est assez semblable à celui d'une conférence de presse. Des
questions nouvelles peuvent même être soulevées occasionnellement « a
latere », en cours de discussion, comme aussi de nouvelles objections être
apportées. Le nombre des problèmes ainsi soulevés est variable ; facile
L'ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE 131

ment une vingtaine, parfois plus, et la variété des matières abordées peut
être considérable. D'autre part, le maître peut également, soit directement,
soit par l'entremise de ses étudiants, suggérer les problèmes qu'il aurait
l'intention ou le désir de traiter.
3. — Les acteurs. — Dans la Question Disputée, tout se déroule « in
scholis propriis » devant l'auditoire ordinaire, entre le maître, ses bache
liers et ses étudiants, les rôles étant répartis d'avance pour que chacun
s'initie à l'argumentation. Dans la dispute quodlibétique, les acteurs
sont, en bonne partie, des étrangers. Ceux qui soulèvent les questions
argumentent généralement contre la solution escomptée, ou pour soutenir
et faire valoir leur propre position. Des étudiants peuvent y joindre leurs
difficultés. Le responsalis est en général un bachelier formé, qui s'acquitte
ainsi de son obligation. Il se peut qu'il y en ait plusieurs se succédant en
une même séance. On ne « répond » pas d'ailleurs uniquement sous son
propre maître ; les Statuts de 1385 exigent même qu'on l'ait fait sous un
maître étranger.
La responsabilité du maître en est accrue d'autant, et ses interventions
peuvent se faire assez nombreuses, à chaque fois qu'il le juge utile et
comme il l'entend ; soit pour réfuter plus pertinemment une objection ou
pour approuver une solution ; pour y apporter des nuances ou la compléter ;
pour la critiquer au besoin et reprendre s'il le veut le problème en son
entier. C'est lui qui est responsable des débats et qui, au point de vue doc
trinal prend position, détermine, au sens technique du mot. La dispute
quodlibétique est ainsi sa dispute ; il pourra l'éditer et se l'attribuer en
toute rigueur.
4. — La séance de determinatio. — Au premier jour lisible après la
séance de discussion, donc deux ou trois jours après celle-ci, le maître
reprend devant son auditoire habituel tous les sujets abordés, pour
donner sur chacun son avis définitif, pour déterminer. La chose se vérifie
déjà, plus ou moins régulièrement, pour les Questions Ordinaires. Elle est
plus opportune, et pratiquement nécessaire ici, en raison du nombre des
questions soulevées, de leur éparpillement, de l'improvisation forcée de
l'argumentation et des solutions, du caractère plus ou moins satisfaisant
de ces dernières. Il importe que les étudiants puissent tirer profit, au point
de vue doctrinal, des vues échangées, comme ils l'ont déjà fait, au point
de vue de l'argumentation proprement dite.
Le maître cette fois, est seul à parler. Il reprend sur notes (les siennes ou
les reportations prises par ses bacheliers et étudiants) tout le détail de la
séance précédente. Il lui imprime cependant un certain ordre : rapprochant
des sujets voisins, qui s'éclaireront ainsi et se préciseront mutuellement ;
répartissent ces groupes sous des classifications plus larges ; établissant
enfin entre toutes un certain ordre logique, dont il choisit lui-même les
principes à son gré ; tout ceci en vue de mettre un peu de clarté et de suite
132 P. GLORIEUX

dans le désordre originel. Il reprend donc, l'une après l'autre, les 20, 25, 30
questions soulevées en séance publique, en rappelant pour chacune
d'entre elles objections, réponses, arguments apportés, en faisant siennes
les solutions données, ou les rectifiant et complétant. Il donne ainsi sur
chaque point sa position personnelle définitive ; il détermine.
Cet exposé — et la rédaction qui pourra suivre — fournit donc authenti-
quement ses positions doctrinales. On peut y recourir et s'y référer.
5. — La rédaction, de son côté, trahira assez souvent la main et la
personnalité du maître, surtout pour ce qui concerne les procédés de
classification et les formules de présentation adoptés. Les premiers vont
de la simple enumeration des questions, puis de groupes sommairement
constitués et juxtaposés, à des divisions et subdivisions binaires ou ter
naires, aux principes assez simples d'abord, puis de plus en plus recherchés
et compliqués, chaque auteur demeurant en cela pleinement libre de son
choix. Quant aux formules de présentation, elles varient du quodlibet
ordinaire et du quodlibet ex abrupto aux Quodlibets à introduction, à
sommaire, ou enfin à prologue (cf. Divers Thomas, PI. 1939 p. 76-83).
Chacun demeure toujours, sur l'un et l'autre point, pleinement maître
de son choix, mais assez souvent un maître s'en tient à la formule qu'il a
choisie au début et que l'on peut suivre à travers son œuvre. Il y a aussi
des tendances ou des modes qui trahissent le temps ou le lieu. Assez sou
vent enfin, surtout dans les ordres religieux, on peut relever sur ce point
des apparentements assez nets et prononcés. Éléments non négligeables
quand il s'agit d'identifier ou de dater ces productions littéraires.

Histoire et évolution du genre.


Née à Paris, peut-être lors de la grande grève scolaire (1229-1231) et
sans doute dans les écoles des Mendiants, la dispute quodlibétique a
obtenu presque aussitôt droit de cité, et imposé son genre et ses lois propres,
pratiquement celles de la Dispute Ordinaire, adaptées à ses exigences
caractéristiques, de quolibet a quolibet.
Ni sur le principe même de cette dispute ni sur sa technique, il n'y a à
enregistrer, semble-t-il, de changements ou d'évolutions sensibles, au sein
de la faculté de théologie. Les modifications constatées dans les formules
ou les procédés de rédaction et de présentation, sont à la vérité de portée
et d'intérêt secondaires.
Les quelques points qui ont pu évoluer concernent :
1. le contenu ou la matière de ces disputes. — Théoriquement et dès le
début elles peuvent toucher à tous les sujets qui relèvent plus ou moins
directement et strictement de la science théologique ; soit un champ
extrêmement étendu. Pratiquement, une tendance se manifeste dans le
sens d'une importance croissante, d'une montée, accordée au spéculatif
l'enseignement au MOYEN AGE 133
sur le pratique, à la subtilité et à la recherche sur l'exposé plus direct et
plus simple, dans le sens de la difficulté et de la complexité. Les quodlibets
plus anciens accordent plus de place à la morale, la sacramentaire, la
casuistique, les problèmes concrets ; ceux de la fin du хше et du xive s.
semblent préférer les problèmes de métaphysique, de philosophie, de
haute spéculation abstraite. Ils tendent à la dialectique, au formalisme et
deviennent sophistiqués.
Se reporter aux textes nombreux et explicites, puisqu'on connaît
quelque 356 quodlibets, dont 1 19 édités. Les étudier dans leur ordre chro
nologique, et établir les comparaisons sur ces divers points : constance des
techniques, évolution des tendances.
2. Le passage du maître au bachelier. — Leurs rôles ne changent pas ;
c'est toujours le maître qui soutient la dispute, qui la dirige ; le bachelier
n'intervient, n'argumente que sous le maître. Mais l'intérêt semble se
déplacer de l'un vers l'autre. Dans les débuts, le Quodlibet est ordonné
plutôt à l'avantage et à la glorification du maître ; celui-ci soutient ces
disputes avec complaisance.
C'est ainsi que Gérard d'Abbeville en a 20 à son actif ; Godefroid de Fon
taines et Henri de Gand, 15 ; Jean de Naples, 13 ; saint Thomas, 12 ;
Hervé Nédellec, 10 ; Pierre Jean Olieu et Gervais du Mont-Saint-Éloi, 8 ;
Raymond Rigauld et Guérie de Saint-Quentin, 9 ; Gilles de Rome et Guil
laume d'Ockham, 7 ; Gui Terré, Thomas de Bailly, François Caracciolo,
Matthieu d'Aquasparta, Nicolas Trivet, 6 ; Durand de Saint-Pourçain et
Eustache de Grandcourt, 5 ; Alexandre de Halès, Bernard de Trilia, Gérard
de Bologne, Jacques de Viterbe, Nicolas de Lyre, Roger Marston, Thomas
de Sutton, 4 ; Eustache, Hugues de Saint-Cher, Jean Baconthorp, Jean de
Weerde, Pierre d'Angleterre, Pierre de Saint-Denys, Richard de Mediavilla,
Robert Holcot, Vital du Four, 3 ; etc.
La rédaction en est soignée, la collection tenue à jour. Pour certains
(Henri de Gand, Godefroid de Fontaines, Pierre d'Auvergne, Jean de
Pouilly, Roger Marston) les Quodlibets dominent et absorbent presque
leur activité littéraire.
Puis l'intérêt présenté par cet exercice semble décroître ; on apprécie
davantage celui qu'il offre pour la formation du bachelier. D'où l'obliga
tion imposée par les Statuts, la place que les quodlibets prennent dans
les recueils des étudiants (Worcester, Prosper de Reggio, Jean de Falisca),
la préparation en vue de ces soutenances, les «argumenta excogitata», etc.
Plus tard, d'autres exercices lui faisant concurrence, le Quodlibet perd
sa place de premier plan ; on peut alors le racheter par un sermon, etc.
Il reste cependant jusqu'au bout une pièce maîtresse, un élément
important de la formation du futur maître.

Expansion et adaptations.
La valeur pratique de ce moyen a été rapidement reconnue, d'où son
adoption dans les Universités autres que celle de Paris, et sa réglementa
134 P. GLORIEUX

tion par leurs Statuts (ainsi Oxford, Toulouse, Cologne, la Curie ; plus
tard Vienne, Heidelberg, Cracovie, etc.) ; d'où également, son emploi dans
les centres d'études des Ordres religieux, avec les adaptations qui s'impo
saient, le principe de la « disputatio de quolibet a quolibet » son élément
caractéristique, demeurant toujours sauf.
La formule déborda rapidement le cadre de la faculté de théologie, et
fut copiée par les facultés voisines, des arts, de médecine, de droit. Elle y
subit toutefois des modifications sensibles. Chacune de ces transpositions
mériterait une étude approfondie ; certaines ont été tentées déjà.

3. -— La Sorbonique

Le nom indique tout à la fois le lieu d'origine et le lieu de soutenance


de cette dispute.
C'est en effet au Collège de Sorbonne qu'elle a pris naissance. Elle se
trouve être ainsi d'initiative privée. Autant qu'on en peut juger, elle dut
être instituée pour meubler un peu les longues semaines de la période d'été
au cours desquelles cessaient les leçons des maîtres et se trouvaient sus
pendus nombre d'exercices scolaires, entre autres les disputes, puisqu'il
n'y avait alors ni principia, ni disputes quodlibétiques, ni probablement
disputes ordinaires.
On crut bon (et peut-être l'initiative vint-elle de Robert de Sorbon
lui-même) d'assurer aux membres du Collège, tous étudiants en théologie,
au moins une séance hebdomadaire de dispute pendant cette période
creuse de l'année scolaire (il n'est pas question alors de vacances propre
ment dites, mais seulement de moindre travail). Les résultats durent
en être heureux, car l'instituticn se trouva bientôt adoptée, puis imposée,
par la faculté.
Celle-ci dut même, plutôt que de créer de toutes pièces un exercice
nouveau, profiter tout à la fois et du local, la grande salle de Sorbonne où
se déroulaient ces disputes, et de l'institution mise au point par le Collège.
D'où le nom de Sorbonique qui demeurera attaché à cette forme de dis
pute.

§ 1. Réglementation.

L'adoption de cet exercice, puis son caractère obligatoire, se situent


avant 1312. On le voit en effet paraître à cette date parmi les exercices
scolaires auxquels s'astreint l'Augustin Prosper de Reggio : « questio ad
quam respondí in Sorbona » (Vatic, lat. 1086, q. 167). C'est donc à tort
qu'on l'a présenté comme inventé par François de Meyronnes ; le « Certa
men Mayronicum » est très probablement la « quaestio collativa » dont il
aurait lancé le genre dans ses discussions avec Pierre Roger.
Les Statuts qui ont entériné cette dispute sorbonique, l'imposent au
L'ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE 135

bachelier formé comme l'un des exercices dont il doit s'acquitter avant
d'accéder à la licence.
Tenentur responderé de questione... quinquies ad minus antequam Iicen-
tientur, scilicet... semel in aula Cerbonitarum, tempore quo magistri in
theologia non legunt, scilicet inter festum Apostolorum et festum exalta -
tionis sanctae Crucis (A. 18 ; it. В. 49 ; serm. 33).

C'est vrai également du cursor biblique qui, après son premier cursus et
avant les Sentences devait répondre à une tentative sous son maître ou à
une Sorbonique :
Item quod quilibet cursor in theologia, inter primum cursum et Sententias
tenebitur responderé ad minus semel de disputatione temptativa sub
magistro aut in Sorbona, loco temptative, et sub magistro alterius natio-
nis (B. 29).

En outre l'assistance à toutes ces soutenances est requise de tous les


bacheliers, formés ou non, et contrôlée par le prieur de Sorbonne :
quilibet baccalarius formatus existens Parisius tenebitur interesse in
cappa... omnibus quibuscumque disputationibus publicis magistralibus et
disputationibus in Sorbona... omni excusatione cessante... Et de absentibus,
habebit judicare... prior in Sorbona, absentiam deflcientium uni magistro
presente bedellum referre (B. 41).

§ 2. — La pratique.
Les documents, trop rares, qui demeurent sur ces disputes, viennent
corroborer les exigences des Statuts.
Ils soulignent l'existence et la permanence de cet exercice à travers
tout le xive siècle. Ils sont en effet datés de 1312 (Prosper de Reggio), de
1342 (lettre do Nicolas d'Autricourt à fr. Bernard 0. M. : « et ad evitandum
tales absurditates, distinxi in aula Serbone in disputationibus... », cf.
Paris, Nat. lat. 16409, f. 44v (faisant allusion à une dispute antérieure
1338-1340) ; de 1392 (Pierre Plaoust) ; de 1365-66 (Jean de Falisca) ;
de 1377-1381 (Pierre d'Ailly) ; de 1409 (ms. Tours 359 ; Anon. 0. M.).
Ce dernier document, particulièrement intéressant, donne le relevé de
toutes les disputes soutenues en Sorbonne, entre le 29 juin et le 24 sep
tembre 1409, durant la période d'été, en chacun de ses onze vendredis : 5,
12, 19, 26 juillet ; 2, 9, 16, 23 et 30 août ; 6 et 13 septembre, die veneris
ante festum sánete crucis (l'exaltation de la Sainte Croix tombant cette
année le samedi 14 septembre 1409). On y trouve la succession des bache
liers, le dernier étant un Prêcheur, l'avant-dernier un Carme, le 9e un
séculier : maître Guillaume de Barville, les premiers, des Mineurs. A la
première et à la dernière séances, le prieur de Sorbonne fait une collation
sur le thème : Ecce beatificamus eos qui sustinuerunt.
La Sorbonique est donc un exercice complémentaire de dispute (pour la
136 P. GLORIEUX

période d'été), soutenue par les bacheliers, et à leur usage surtout, sous la
présidence du prieur de Sorbonne (qui n'est pas encore, lui non plus,
maître en théologie).

§ 3. — Technique.
Les manuscrits ont gardé et transmis un certain nombre de thèmes
abordés dans ces disputes ; mais sans grands détails cependant. Ils disent
peu de choses sur le déroulement même des séances.
Dans la mesure où la décision du 14 novembre 1344 (Chartul. Univ.
Paris, II, n. 1096) peut être considérée comme étendant à tous les samedis
de l'année ce qui se faisait durant l'été, le vendredi, on aurait les princi
pales dispositions de cette dispute. Les sujets en étaient proposés par le
prieur, sans doute au début de la période. C'est lui qui dirige et rappelle
à l'ordre si besoin est. Les répondants sont des bacheliers. Il y a un « oppo-
nens principalis », qui ne peut aligner plus de huit arguments, les autres
étant limités à trois. Le « respondens » n'a droit qu'à trois conclusions,
pour chacune desquelles il ne peut alléguer que deux arguments, d'autorité
et de raison, sans corollaires. Après le principal « opponens », peuvent
intervenir le maître des étudiants, le prieur, les maîtres en théologie qui
le veulent, les bacheliers et étudiants, dans leur ordre d'ancienneté et de
dignité, ceux qui viennent de l'extérieur s'insérant à leur place dans ces
séries. C'est à la fin que le répondant détermine et conclut comme on a dit.
On n'a pas de relevés complets de semblables disputes. Dans le relevé
des sorboniques de 1409 (du ms. de Tours) on trouve effectivement aux
quest. 2, 5, 11, les trois conclusions autorisées. — Dans le cas de Pierre
d'Ailly (Gerson, Op. Omn. I, 617-620) où la question proposée était
« utrum esse tria supposita unius naturae sit perfectio simpliciter simplex »
il répond également par une « conclusio tripartita ». Un de ses adversaires
était un bachelier de Saint Bernard. — Même nombre de conclusions dans
les diverses soutenances relevées par Jean de Falisca en 1363-66.
Ce qui a été dit parfois sur la teneur de cette dispute et sa prétendue
séance qui s'étendrait de six heures du matin à sept heures du soir, doit
être écarté comme fantaisiste, du moins pour la période qui nous concerne
ici.
Il y a place certainement pour de nouvelles recherches et de nouvelles
études.
III. — Séances inaugurales

On a cru bon de grouper sous cette rubrique, un peu en marge de la


division tripartite annoncée en tête de cette Partie : lecture, dispute,
sermon, toute une série d'exercices scolaires qui ne se laissent pas réduire
strictement à l'un ou à l'autre de ces genres, mais qui empruntent à deux
d'entre eux, sinon même aux trois, et qui tiennent ainsi à la fois de la
dispute et de la leçon, ou de la collation et de la dispute.
Plutôt que de les ramener d'autorité à l'un ou à l'autre de ces genres, on
a préféré les rassembler sous un même titre qui soulignera ainsi leur
originalité sans les couper totalement des sections voisines déjà étudiées,
et qu'ils viennent illustrer ou confirmer pour leur part.
Leur trait commun, à tous, est le caractère de séance exceptionnelle,
d'exercice solennel, qu'ils présentent. Les actes magistraux par lesquels
un nouveau maître inaugure son enseignement et prend possession de sa
chaire, sont un événement unique dans sa carrière. Ils revêtent une
solennité particulière qui se traduira en des séances à la structure assez
compliquée.
De même le principium, ou les principia, qui marquent pour le bachelier
le début longtemps attendu et soigneusement préparé de sa lecture du
livre des Sentences, tranche nettement sur la grisaille des cours qui vont
suivre tout au long de l'année.
Et de même, toutes proportions gardées, pour le bachelier bibliste, le
« cursor », quand il entame chacun des livres de l'Écriture qui feront
l'objet de ses deux « cursus ».
Les particularités de ces séances ou exercices extraordinaires demandent
à être relevées de façon précise parce que d'une part, elles sont parfois
assez compliquées, et que par ailleurs elles constituent dans la vie scolaire,
à côté des exercices ordinaires, des épreuves redoutables qu'on n'affronte
pas sans appréhension ; qu'il faut donc connaître exactement.

1. — L'Inceplio du cursor

Une certaine solennité a toujours marqué, on le conçoit d'ailleurs fort


bien, le début d'un enseignement, quel qu'il soit. Leçon inaugurale, prise
de contact avec l'auditoire, avec le livre aussi et la matière qui vont faire
138 P. GLORIEUX

l'objet de l'étude, autant de raisons qui appellent un certain éclat pour


cette séance d'ouverture.
En règle générale, on y trouvera une présentation, en forme d'éloge,
du livre qui va être abordé et commenté. Cet élément de base se verra
affecté, à mesure qu'on monte dans la hiérarchie ou qu'on avance dans
le temps, d'éléments divers qui lui donnent un caractère assez différent et
compliqué. C'est l'évolution à laquelle on assiste un peu partout.
Pour le bibliste, la lecture qu'il entreprend des livres de la Bible doit
être précédée, en début d'année, à chacun de ses « cursus », d'un éloge de
l'Écriture. Il en choisit le thème à sa convenance, amorçant ou non la
division des livres saints, pour aboutir à celui qu'il doit étudier. Du moins
doit-il le faire à sa première lecture. Ce sont là les « Introitus in Sacram
Scripturam ».
D'après les Statuts : « biblici autem incipiunt immediate post omnes
bachalarios, et principium eorum non continet questionem, sed scripturae
sacrae commendationem et partitionem ; cursorum autem principia solam
commendationem scripturae » (Chart. Univ. Paris., II, 694, n. 6).
Les témoins de ces introitus ou acccssus, sont plutôt rares. Le cursus
en effet n'est encore qu'oeuvre de débutant, qu'on oublie vite pour penser
surtout aux Sentences à venir. Il se peut cependant que l'intéressé ait
conservé ses principia et les ait consignés par écrit.
Documents : quelques rares recueils : ainsi Naples Naz. VII. F. 21,
2« partie (f. 374 ss) et 5e partie (f. 1-96).
Quelques auteurs : Matthieu d'Aquasparta, « Omnis scriba doctus...
Haec omnia liber vitae » (cf. V. Doucet, Introd. in Quesl. Dispul. de
gralia, p. lix-lxi) ; — P. J. Olieu : Principia sex (cf. Répert. 327 a) ; —
Jean de la Rochelle, Generalis introitus, 302 h ; — Pierre Auriol, 351 с —
Guérie de Saint-Quentin, Introitus in Ezechielem (Rép. 4 g) ; — St Thomas
d'Aquin, Principium, 14 e; — Guillaume d'Antona, 18 a ; — Rémi de Flo
rence, 56 z ; — Eudes de Châteauroux, 137 a.

2. — Le Principium du Sententiaire

Chacun des quatre livres des Sentences comporte, dans le texte même
du Lombard, un prologue. Avant d'en entreprendre la lecture et le
commentaire, le bachelier est tenu, en une séance hors cadre, à présenter
le livre en question, à en faire tout à la fois l'éloge et l'analyse.
La chose est vite institutionnalisée, au point que les leçons régulières ne
commenceront pas avant que tous les lecteurs de l'année n'aient, l'un après
l'autre, donné cette leçon inaugurale, à raison de un par jour. La série
commence avec l'Exaltation de la Sainte-Croix (14 septembre) pour se
terminer au plus tard à la Saint Denys (10 octobre). Même cérémonial
au début du second semestre, quand on ne lisait encore que deux livres
l'enseignement au MOYEN AGE 139

par an. Plus tard, quand la lecture des quatre livres se fera en une seule
année, les principia se tiendront en octobre, au début de janvier, le
1er mars et le 1er mai.
L'ordre de succession lui-même n'est pas laissé au hasard : c'est toujours
un Carme qui commence la série (cette règle n'est donc pas antérieure
à 1295, puisque les Carmes n'eurent pas de chaire à Paris avant cette
date) et un Prêcheur qui termine. Entre eux on suit, pour les séculiers,
l'ordre d'inscription ou d'âge.

Les Statuts.
St. A. 9. — Bachalarii qui debent legere Sententias, et Uli qui habent
legere Bibliam in quatuor ordinibus Mendicantium, debent faceré principia
6ua infra festum Exaltationis S. Crucis et festum b. Dionysii. Et supposito
quod tot sint quod non possint complere, tarnen non sit in quolibet die
nisi unum principium. Et semper in primis S. Jacobi, immediate post
predictum festum b. Dionysii, illi qui non fecerunt, facient. Nec legitur
aliqua hora in ipsa facúltate quousque omnia predicta principia sint facta
totaliter et completa.
В. 38. — Quod Carmelita faciat suum secundum principium prima die
januarii legibili, et alii baccalarii consequenter. Tertium faciat Carmelita
prima Martii, et alii consequenter. Quartum faciat ipse Carmelita prima
Maii, et alii consequenter.
Serm. 23 : principiabitis temporibus assignatis in statuto.

Quant aux statuts de Bologne, ils précisent ainsi :


A prima die legibili in exordio Octobris incipiant lecturi bachalarii... ita
quod unus solus principiet una die, et secundus sequenti, et sic per ordinem...
Et omnes incepturi omnesque graduati... et graduandi... et studentes,
intersint singulis predictorum principas in quibus premittitur brevis collatio
pro commendatione sacre doctrine vel librorum Sententiarum ; 2° fit protes
tatio (fldei) ; 3° proponitur questio theologica utilis et illa studiose pertrac-
tetur. Qui modus etiam in omnibus aliis tribus Sententiarum principiis
observan debet.

La pratique et la vie.
A l'origine, l'exercice relève autant du discours et sermon que de
l'exposé ou leçon. Il comporte essentiellement l'éloge du livre des Sen
tences ; ce qui implique une certaine présentation de son contenu, avec ses
principales divisions.
Le texte ou thème est choisi au gré du bachelier. Parfois de façon à
pouvoir être repris aux quatre principia, soit qu'il implique plus ou moins
le nombre quatre, ou qu'il soit susceptible de quatre applications ou
symbolismes différents. En l'un ou l'autre cas, il doit à chaque fois servir
à souligner plus particulièrement l'objet du livre auquel il s'appliquera :
Dieu, la création, la Rédemption, les sacrements.
Dans le premier des quatre principia, le thème est suivi la plupart du
140 P. GLORIEUX

temps d'une analyse succincte de l'ensemble de l'œuvre du Lombard et


de son plan général.
De cet état de choses encore relativement simple, témoignent la plupart
des Commentaires sur les Sentences du хше siècle, édités ou non, qui nous
ont été conservés. Parfois, dans les manuscrits, les quatre principia se
trouvent groupés et reproduits à part ; assez souvent chacun demeure en
tête du livre auquel il se rapporte.
Pour le stade suivant, celui des « quaestiones collativae », se reporter
à la documentation citée plus haut (supra p. 86 s.) ; soit, à titre de rappel :
[20] Les Principia de Pierre Roger, in I.IV.II.III Sentent, et les Repli-
caliones que leur a données François de Meyronnes, O.M. Recueil personnel
de Pierre Roger, semble-t-il. Année scolaire 1320-21.
[22] Alphonse Vargas, О. S. A. — Le Principium et le Comment, in lum
Sent. — Soutenu à Paris en 1344-45. — On y voit intervenir Alphonse de
Portugal, Pierre de Cros, Ferrand, Jean Ferrati, Rodulphus (de Cornario,
O.M.?), Jean Scot (de Rath), François de Tarvisio, Jean de Magno Monas
terio.
[23] Jean de Falisca.
[25] Bonsambiante Baduarius, O.S. A. — et ses quatre principia sur les
Sentences. A Paris en 1362-63. — Il y argumente contre Pierre de Cluni,
Jean de Calore, Alain, et des bacheliers O.M., O.P., Carm., des Bernardins,
de Sorbonne.
[24] François Bacon, Carm. — Principia en tête de chacun des quatre
livres, à Paris, en 1364-65. — Il trouve en face de lui, Nicolas de Saint-
Saturnin, O.P. ; Hugues de Montfort, O.P., Jean de Ripa, Richard Barbe,
Nicolas Oresme, Antoine, O.M.
[26] Jean Regis (de St-Nazaire) O.M. — Ses principia, vers 1369. — On y
voit intervenir Richard de Bellomonte, François Christophe, Jean Textor,
de Navarre ; Dominicus O.P. ; Onofrius de Florence ; Jean Corbechon, O.S.A
et Jean de Dyodone.
[29] Pierre de Candie. — Principia I-IV. — Se trouvent mentionnés,
comme adversaires : Gérard de Kalkar, François Robin? de Saint-Mihiel,
Lambert de Marchia, un bachelier O.P., un autre O.S.A., un autre Carme. —
Étude et édition des Principia, par F. Ehrle, dans Franz. Stud. 9 (1925)
39-47.
Un peu plus tard — au début du xive siècle, semble-t-il — le discours
ou collatio, donne naissance à une question proposée par le bachelier et
soutenue par lui. Elle se rapporte aussi bien au thème de la collation
qu'au livre auquel celle-ci introduit. Ce sera la « quaestio collativa »,
œuvre spécifique du bachelier, puisque lui-même en choisit le thème et en
assure la soutenance.
Plus tard encore, cette « quaestio collativa » cessant d'être isolée,
s'articule avec celles des bacheliers voisins. L'ensemble des principia ainsi
soutenus, à raison de un par jour lisible, en tête de chaque trimestre,
constitue comme un tournoi entre les bacheliers sententiaires de la
faculté. On se répond ainsi d'une soutenance à l'autre, parfois d'un
trimestre à l'autre, sinon même d'une année à l'autre.
l'enseignement au MOYEN AGE 141

La technique. — Une fois la question posée, le bachelier énonce successi


vement les arguments pour et contre ; puis expose sa position propre, la
ramenant à un certain nombre de conclusions, chacune de celles-ci étayée
par un ou plusieurs arguments en forme. C'est là qu'il se réfère, pour les
approuver, les discuter ou les réfuter, aux positions prises par les bache
liers qui l'ont précédé. Il termine le tout en reprenant les objections du
début.
Ceux qui le suivent en font autant. Ceux qu'il a réfutés lui donnent la
réplique au trimestre suivant ; et lui-même pourra répondre aux critiques
dont il aura été l'objet. Assez souvent il donne le nom de ses adversaires
ou du moins l'Ordre auquel ils appartiennent. Les renvois sont également
précis : partie, conclusion, argument. On tient une comptabilité exacte,
qu'on ait assisté personnellement à la soutenance ou qu'on en ait obtenu
une reportation.
Les idées ou principes énoncés dès les premiers principia commandaient
déjà implicitement les développements ultérieurs et les portaient en
germe. Les objections ou réserves apportées successivement par les
autres bacheliers amènent approfondissements ou mises au point. Malgré
le nombre des bacheliers et le choix qu'ils ont fait de leur question, la
discussion se meut et se maintient somme toute en un cercle assez précis
et étroit.
Il semblerait que l'importance croissante accordée à cet exercice
compense le discrédit dans lequel tombe vers ses mêmes dates la dispute
ordinaire.

3. — Les actes de maîtrise

La promotion à la maîtrise est entourée du maximum de solennité. Elle


s'étend sur deux journées, au cours desquelles tous les cours et autres
exercices sont suspendus. Tous les maîtres régents y sont présents, ainsi
que tous les bacheliers formés et les autres.
Toutes les démarches préliminaires ayant été dûment accomplies, le
futur maître, « magister aulandus », communique huit ou quinze jours
avant la date fixée, à tous les maîtres et bacheliers formés, les questions
qui seront soumises à la discussion au cours des deux séances à venir.
Au nombre de quatre, ces questions ont été librement choisies et proposées
par lui. Elles alimenteront respectivement chacun des quatre actes de
cette promotion solennelle, deux aux vespéries, deux à l'aulique.

§ 1. Statuts et documents.
Le silence des Statuts sur le déroulement de ces actes est presque
total, pour Paris du moins. Plus que jamais c'est la vie qui commande,
les traditions établies et suivies depuis longtemps.
142 P. GLORIEUX

Ceux de Bologne par contre, sont très explicites. Reproduits par Denifle,
Charlul. Univ. Paris, II, p. 593 ss : « De tempore et modo Vesperiarum ».
— « De tempore et modis in multiplici actu aule ». — « De actibus quos
aulator magister tenetur faceré... », d'après ms. Bologne, Bibl. semin., f.
13 s ; postérieur à 1362.
Précisions analogues, à Toulouse (1366), Vienne (1389), Cologne (1393),
Oxford.

Documents.

[36] S. Thomas d'Aquin. — Recommendatio S. Scripturae : Rigans mon


tes. — Le seul élément qui demeure de ses actes de maîtrise. — Ne pas
oublier d'ailleurs, dans quelles conditions il a été promu. — Avril 1256.
Ed. : Salvatore, Duo sermoni... ; Pègues-Maquart. 365-377 ; Lethielleux,
Opúsculo (1927) IV. 491.
[37] Cantor Peronae. —- Vespéries ou aulique. — 1270-71. — Sous Gérard
d'Abbeville. Plus de 24 maîtres y sont présents, dont S. Thomas et Peckham.
Cf. R. Marston, Quaesl. Disput., p. 116.
[38] Nicolas du Pressoir. — Actes de maîtrise ; en 1273. — On possède
les quatre questions. Son aulique sous Jean d'Alleux. — Ms. : Madrid 4008.
Cf. A.F.H. 1933, p. 214.
[39] Anon. (Henri de Gand?). — Résompte, à Paris ; v. Г275. — Sur l'éter
nité du monde et des pierres.
Cité par Thierry de Freiberg ; cf. E. Krebs, Meister Dietrich (1906) 160.
[40] Matthieu d'Aquasparta. — Actes de maîtrise. 1277. — Extraits
conservés dans son recueil authentique, Todi 14 et Arsenal 379, f. 239. On y
lit la « Recommendatio S. Scripturae » et trois des questions de sa soute
nance, vespéries et aulique.
Cf. Quaracchi, Mallh. d'Aquasp. Quaesl. Disp. (1903) 1.1-22 ; P. Glorieux,
Litt. Quodl. 1.345-7.
[41] Jean de Trussebut O.M. — Vespéries à Cambridge. 1277-78. — Jean
de Letherings est respondens. — Ms. : Assise 158 f. 76T. Cf. Little-Pelster,
Oxford Iheol. 113.
[42] Richard Knapwell O.P. — Vespéries à Oxford. 1284 env. — On voit
intervenir Willelmus O.P. (G. de Hothun?). — Ms. : Assise 158, f. 30.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 90.
[43] Robert de Worsted, O.M. — Vespéries à Cambridge. 1280-81. —
Interviennent Thomas de Bongay, Barthélémy de Stalam. — Ms. Assise
158, f. 44.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 107.
[44] Nicolas de Hocham O.M. — Vespéries à Oxford. 1286-87. — Alain de
Wakerfleld y intervient. — Ms. : Assise 158, f. 96T.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 88.
[45] Walter de Knolle O.M. — Vespéries, Oxford 1287. — Présidence de
Nicholas Ocham ; réponse de Pershore. — Ms. : Assise 158, f. 341.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 76 s
[46] Robert de Winchelsea. —■ Vespéries. Oxford 1288. — Ms. : Assise 158,
f. 342»-343».
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 103.
l'enseignement au MOYEN AGE 143

[47] Hugues de Sneyt O.P. — Vespéries. Oxford 1288. — Ms. : Assise 158,
f. 343'-344*.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 100.
[48] Jean de Monmouth. — Vespéries. Oxford 1289. — Présidence de
Robert de Winchelsea. — Ms. : Assise 158, f. 340.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 97.
[49] Robert de Bromyard. — Vespéries. Oxford 1289-90. — Thomas de
Malmesbury, de même Hugo Sneyt, est respondens. — Ms. Assise 158 f. 219,
235
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 75.
[50] Jean de Pershore, O.M. — Vespérie et inceptio. — Oxford 1291. —
Intervient Hugues de Hertepol, O.M. — Ms. : Assise 158 f. 330.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 128.
[51] Juvenal. О. S.A. — Vespéries. Oxford (Paris?) 1291. — Ms. Assise
158, f. 333'.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 89.
[52] Jean de Alderford. — Vespéries. Oxford 1291. — Présidence de
Gilbert de Stratton. Réponse de Lee. — Ms. : Assise 158, f. 336.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 134-137.
[53] Guillaume de Mackelsfield, O.P. — Vespéries. Oxford 1300. —Sutton
intervient. — Ms. : Worcester, Q.99, f. 1 1 » ; 28.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 273.
[54] Philippe de Bridlington, O.M. — Vespéries. Oxford 1300. — Inter
viennent Tifford, Stratton, Buckfast. — Ms. : Worcester Q.99, f. 63.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. 255.
[55] Pierre de Baldeswell. O.M. —■ Vespéries et inceptio. Oxford 1300. —
Interviennent Hicham, Kirkebi, Stratton, Buckfast, Wedesfleld, Feversham.
— Ms. : Worcester Q.99, f. 69ss.
Ed. Little-Pelster, Oxford theol. 348-357.
[56] Durand de Saint-Pourçain. — Actes de maîtrise. 1302. On a l'intitulé
et le texte de toutes les questions, sauf la première ; donc vespéries et
aulique. De même la résompte. — Mss. : Vatican 1086, f. 164 s. ; 171»;
Paris Nat. lat. 14572 f. 170».
Cf. J. Koch, Durandus de S. Porciano, p. 161-168.
[57] Gilles de Ligny, O.M. — Actes de maîtrise. Sept. 1304 ; — Sont
conservées ses vespéries (cf. Scot, Repórtala Paris, dist. 18 q. 2) ; son
aulique [ibid. dist. 18 q. 3 : Utrum sit necessarium poneré habitum causari
in anima Christi proper actum fruitionis verae). Jean Scot est le « respon-
salis » ; Gilles, le « magister aulandus » ; Alain de Tongres le « magister
aulator ». Intervient aussi un mag. Goffredus (peut-être Godefroid de Fon
taines, remplaçant le chancelier). Cf. Ms. Valencia 139, f. 113.
Cf. E. Longpré, Élude sur les Réporlalions de Duns Scot, dans Mélanges de
Wulf 457.
[58] Thomas de Wylton. — Actes de maîtrise. 1312. — On possède ses
Vespéries et son aulique. — Dans le recueil de Prosper de Reggio. — Ms. :
Vatic, lat. 1086.
[59] Prosper de Reggio Emilia. ■— Actes de maîtrise. 1er et 2 mars 1316. —
On possède l'intitulé des quatre questions ; l'aulique où il intervient, ainsi
que Pierre de Saint-Denys et François Caracciolo, le responsalis étant
Alain ; la quaestio magistrorum qu'il préside, où intervient Gérard de Saint-
Victor. — Ms. : Vatic, lat. 1086, n. 308, 310.
144 P. GLORIEUX

[60] Sibert de Века, Carm. — Vespéries, v. 1317. — Il y renvoie dans son


Quodl. LU.
Cf. Xiberta, Anal. Ord. Carm. 1922, 308.
[61] Nicolas Oresme. — Résompte, au Collège de Navarre. 1362. —
Ms. : Paris, Nat. lat. 16535, f. 111-115'.
[62] Jean de Calore. —• Vespéries. 1363. — On a l'intitulé de la 2e question
et la brève intervention du bachelier Jean de Falisca.
Cf. P. Glorieux, Jean de Falisca, p. 92.
[63] Anon. —■ Aulique. 1364 env. — On en possède le texte, dans Paris
Nat. lat. 16535, f. 139M40*. — Jean de Falisca y intervint ; Paris N. lat.
16408.
Cf. P. Glorieux, Jean de Falisca, p. 92 s.
[64] Guillaume de Fontfroide. — Aulique, vers 1365. — On a le relevé de
l'intervention de Jean de Falisca, bachelier responsalis. — Ms. : Paris Nat.
lat. 16408, f. 44-48.
Cf. P. Glorieux, Jean de Falisca, p. 96s.
[65] Etienne de Chaumont. — Vespéries et aulique, vers 1370. — Ms. :
Paris Nat. lat. 16409, f. 1-26.
Cf. P. Glorieux, Jean de Falisca, p. 38.
[66] Jean de Bâle. ■— v. 1371. — Vespéries : Utrum vultus íilialis eterna
forma idealis primum sit principium. — Ms. : Munich, Clm. 26711, f. 381-396.
[67] Anon. Aulique ; v. 1379-81. — Pierre d'Ailly, bachelier responsalis. —
Le texte de son intervention édité Gerson, Op. Omn. E. du Pin, 1.641-646 :
De legitimo dominio.
[68] Pierre d'Ailly : actes de maîtrise. — 10 et 11 avril 1381. — On possède
l'intitulé des quatre questions ; le texte de ses Vespéries (Gerson, Op.
Omn., éd. du Pin I 662-671), de sa Recommendatio S. Scriplurae (603-610),
de sa Résompte (672-693).
[69] Philippe Parent. — Aulique. 19 mars 1393. — Le texte de l'interven
tion de Pierre Plaoust, bachelier responsalis. — Ms. : Paris Nat. lat. 3074,
f. 24-29.
Cf. P. Glorieux, L'année universitaire, 434 s.

§ 2. La pratique el la oie.

Le déroulement des séances. Première séance : les Vespéries.


Elle se déroule dans l'après-midi, autour des deux premières questions
proposées. Elle comporte deux actes: l'«exspectativamagistrorum»etles
vespéries proprement dites et une conclusion : l'éloge du vesperiandus.
1. — Autour de la première question. — L'« exspectativa magistro-
rum ». — Simple lever de rideau et exercice de dispute où s'essaient les
bacheliers. Le responsalis est un bachelier sententiaire.
2. Autour de la 2e question. — Les vespéries. C'est le futur maître qui
est en cause et supporte tout le poids de la discussion ; sous la présidence
du magister aulator, le maître de thèse.
La discussion se déroule entre lui et deux des maîtres les plus anciens.
L'aîné de ceux-ci pose le problème soulevé par la question. Le vesperiandus
l'enseignement au MOYEN AGE 145

fait alors son exposé, prend position sur les divers points que la question
peut comporter, et apporte ses arguments, raison et autorité. Suit alors
l'argumentation proprement dite. Le premier maître conteste les raisons
apportées, et produit contre elles trois ou quatre arguments. Le vespe-
riandus répond à ces critiques et réfute au moins deux d'entre elles.
Le même processus est repris une deuxième et une troisième fois.
C'est ensuite au tour du second maître, de formuler deux ou trois
objections contre les positions prises par le « vesperiandus ». Celui-ci
réplique. Son nouvel adversaire insistera encore une fois. Et la séance se
terminera sur la réponse du nouveau maître.
En guise d'épilogue, se place alors un discours du président de séance :
éloge de l'Écriture d'abord, éloge aussi du récipiendaire. Divers genres
s'offrent à l'orateur ; mais on n'y doit jamais manquer à la charité.

Deuxième séance : l'aulique.


Elle se tient, en règle générale, au lendemain des vespéries et, à Paris,
dans la grande salle de l'évêché ; d'où son nom.
Elle comprend également deux actes : l'aulique, et la quaestio magis-
trorum. Le nouveau maître y a un rôle plus spectaculaire qu'actif. Il est
assis au centre, ayant à sa droite le chancelier et les maîtres plus anciens,
dans leur ordre de préséance ; à sa gauche, le « magister aulator », et les
autres maîtres.
En début de séance, les actes protocolaires. Le chancelier reçoit le
serment du « magister aulandus ». Son parrain, le « magister aulator, »
lui remet la barette. Le nouveau maître prononce alors un discours, fort
étudié souvent, à l'éloge de la Sainte-Écriture : « Recommendatio Scrip-
turae Sacrae ».
1. Autour de la troisième question. — L'aulique, la disputatio in aula.
Elle met en vedette surtout un bachelier formé, qui fait office de « respon
sable ». Il a sans doute été agréé, sinon désigné, par le « magister aulandus »,
car il doit répondre de façon positive à cette troisième question choisie par
lui : « responsionem positivam, scientificam atque penitus theologicam »,
disent les Statuts de Bologne. Il le fait en présentant trois conclusions
dûment établies et suivies de trois corollaires.
Ses arguments et ses conclusions se voient alors attaqués : d'abord
par le magister novus qui lui oppose trois objections, le bachelier répli
quant par deux séries de distinctions. — C'est ensuite le tour du « magister
aulator » ; trois arguments aussi, auxquels le bachelier répond par deux
fois. Enfin le chancelier, ou son remplaçant, qui propose deux objections,
auxquelles le bachelier fournit une réponse unique.
2. Autour de la quatrième question : la « quaestio magistrorum ». —
Quatre maîtres argumentent par paire : un des plus vieux contre un des
plus jeunes d'abord ; un moins vieux contre un moins jeune ensuite.
146 P. GLORIEUX

C'est le maître aîné qui pose le problème, à savoir la quatrième question,


avec arguments pour et contre. Son adversaire répond en exposant la
thèse magistralement, c'est-à-dire prend position en énonçant brièvement
ses raisons. Le premier maître conteste celles-ci par deux ou trois argu
ments, auxquels réplique le plus jeune. Même processus une seconde et
une troisième fois.
C'est alors le tour des deux autres maîtres, qui procèdent de même
façon ; il n'y a cependant que deux passes d'objections au lieu de trois.
La prise de position sur le fond du problème et les raisons alléguées, se
doivent aussi d'être présentées de façon et en termes différents des précé
dents.
Cette discussion des quatre maîtres se termine de la sorte, sans qu'aucune
conclusion précise y soit apportée.
Par contre, le nouveau maître conclut toute cette séance en « détermi
nant » la troisième des questions, débattue sous lui dans l'aulique par le
bachelier « responsalis », c'est-à-dire en indiquant brièvement, sans en
fournir d'autres preuves pour l'instant, sa position personnelle, en une ou
deux conclusions précises.
On peut alors passer aux réjouissances.
Même si le nouveau maître ne paie pas de sa personne et n'intervient
pas en chacun de ces quatre actes, il n'en demeure pas moins concerné
par leur déroulement. Les quatre questions, en effet, qu'il a proposées
comme thèmes de discussion, sont en général liées entre elles, tantôt deux
par deux, tantôt toutes quatre. Une solution proposée pour l'une d'entre
elles, engage les autres ; de même les arguments allégués, mais aussi les
objections présentées peuvent être reprises et avoir des répercussions.
Il faut donc en tenir un compte très exact et ne pas sous-estimer les diffi
cultés. Par ailleurs, la qualité et l'autorité des maîtres qui interviennent,
confèrent plus de poids à leur approbation comme aussi aux réserves
qu'ils énoncent, ou aux objections qu'ils font. La position du nouveau
maître peut être jusqu'au bout assez inconfortable.

La résompte. — Pour ce qui est de la doctrine et des thèses proposées,


les actes de maîtrise ne sont pas pleinement satisfaisants. Le nouveau
maître ne s'est expliqué un peu longuement que sur la deuxième question,
celle des vespéries. Il a en fin de séance, déterminé rapidement, en une ou
deux conslusions brèves, sa position sur la troisième. Par contre, il n'est
aucunement intervenu, ni pour la première, ni pour la quatrième, même
si celles-ci avaient des incidences sur les autres ou réciproquement.
La séance de résompte a précisément pour objet de combler ces lacunes
et de permettre au nouveau maître d'apporter tous compléments et pré
cisions désirables. Au premier jour lisible qui suit sa promotion, il consacre
sa leçon à reprendre — d'où le nom de résompte —, tout ce qui est demeuré
incertain ou incomplet. Il complète d'abord son éloge de l'Écriture, donné
en séance, de façon abrégée. Il reprend sa question des vespéries pour
l'enseignement au MOYEN AGE 147

répondre à telle ou telle des objections qu'il avait dû laisser de côté.


Il reprend surtout sa troisième question, celle de l'aulique qu'il a présidée
mais non déterminée lui-même ; il peut en effet n'être pas de tout point
d'accord avec le bachelier responsalis. Il expose donc ici magistralement
sa position, qu'il avait simplement esquissée en fin de séance.
Cette résompte, qui commence de bonne heure, occupe toute la matinée
et il n'y a alors ni leçon ni dispute dans les autres écoles. Sans doute est-ce
ce qui est signalé par les Statuts sous le terme de « determinat.io (valde
prolixa) ».
IV. — Le Sermon

« Praedicare ». La troisième, et non la moindre, des fonctions du maître.


La parole de Dieu, cette « sacra pagina » qu'il étudie et qu'il enseigne, doit
être annoncée à tous, et devenir pour tous source de vie et de progrès.
Elle suppose, et réclame, un mode de présentation distinct de l'exposé
purement spéculatif ou didactique, qui doit se faire convaincant, pratique,
pour aboutir à la conversion du cœur et de la vie.
C'est le sermon, la prédication, qui est le couronnement de tout ensei
gnement théologique. « Lectio autem est quasi fundamentum... Disputa-
tio quasi paries est in hoc exercitio et aedificio... praedicatio vero, cui
subserviunt priora, quasi tectum est tegens fidèles ab aestu et a turbine
vitiorum » (Pierre Cantor, Verbum abbreviatum, с I, P. L. 205, 25).
Cela explique l'importance qu'on lui attache et la place qu'elle prend
dans la vie universitaire.

La Réglementation.
Statuts A. n. 4. — Item nota quod quando theologi habent aliquod
festum quo ipsi non legunt, licet in illo festo legatur in aliis facultatibus,
nihilominus in illa die fit sermo de mane et collatio in vesperis in Cordigeris
vel in Jacobitis (Chart. II. 692).
A. 3. — Item nota quod quando est aliquod festum quo aliquae facul-
tates non legunt, si eodem festo legatur in theologia, tune non fit sermo illa
die Universitati.
A. 17. — Item nota quod quando unus prelatus vel unus magister in
theologia facit sermonem de mane in Universitate, in aliquo festo, in aliquo
domo Mendicantium vel alibi, tune ille qui facit collationem post prandium,
debet accipere illud thema in collatione quod assumptum fuit per prelatum
vel per magistrum qui fecit sermonem eadem die.
A. 13. — Item nota quod bachalarii qui legerunt sententias, debent
postea prosequi facta facultatis per quatuor annos antequam licentientur,
scilicet praedicando, argumentando, respondendo.
A. 14. — Item nota quod quando unus magister in theologia qui est
de ordine Mendicantium, facit sermonem de mane in Universitate, in domo
ordinis sui, ipse tenetur eadem die faceré collationem. Sed si faciat in domo
alterius reiigionis sermonem de mane, tunc non tenetur faceré collationem.
B. 46. — Item quod bacalarii formati Parisius existentes, lectura
Sententiarum completa, intersint sermonibus magistralibus, processionibus
l'enseignement au moyen ace 149
Universitatis, et missis tarn Universitatis quam facultatis, saeculares in
cappis et religiosi in habitibus decentibus suae religionis, sub poena 2 sol.
paris. (Chart. II, p. 701).
В. 48. — Item quod quilibet bacalarius formatus omni anno faciat
unum sermonem, cum collatione per se vel per alium bacalarium formatum,
de licentia tarnen facultatis, si fuerit super hoc per ilium ad quern pertinet
requisitus, et cum hoc unam collationem post sermonem magistralem, si
per duos menses ante fuerit sibi significatum. Quae si faceré reeusaverit,
per unum jubilaeum a licentia retardetur. Districte prohibemus ne quis
pro alio faciat plus quam semel in anno sermonem aut collationem.
B. 66. — Item quod quatuor magistri regentes deputabuntur per facul-
tatem qui assignabunt sermones magistrales, et nullos alios, magistris
regentibus et non regentibus ; quos tenebuntur faceré magistri ad illos assi
gnats per se vel per alium magistrum.
B. 71. — Item expediré videtur quod in ilia congregatione facultatis in qua
erunt praesentes omnes bacalarii, publicentur sermones assignati et quibus
assignabuntur.
Stat. B. juramenta. 10. — Item quod omni anno semel facietis unam
collationem in Universitate si vobis fuerit debite assignata, scilicet per duos
menses ante, per regentem et magistrum studentium Praedicatorum vel
Minorum.
Oxford. Statuta antique. 12.3.1253. — ...nulliis in eadem Universitate
incipiat in theologia nisi prius rexerit in artibus in aliqua Universitate, et
nisi legerit aliquem librum de canone Biblie vel librum Sententiarum, vel
historiarum, et praedicaverit publice coram Universitate (Statuta antiqua...
Oxford, 1931, p. 49).
v. 1303. — Quamquam statute caveatur expresse sacre théologie bachila-
rium antequam cathedram in eadem ascenderé valeat magistralem, deberé
sermonem faceré generalem, de loco tarnen nequáquam exstitit ordinatum...
ipsam [ecclesiam Virginis gloriose] suae predicatione previa honorare
teneatur (ibidem, p. 50).
v. 1350. — Statutum est ut qui incipere in theologia proponit, antequam
incipiat, omnia premissa laudabiliter complesse, Bibliam biblice per
triennium audisse, publice predicasse, ac aliquem librum de canone Biblie
legisse teneatur, p. 50.
1314. — ... singulis diebus dominicis, exceptis dumtaxat diebus dominicis
magne vacacionis, flat sermo publicus in ecclesia Beate Virginis, vel alibi
ubi Universitas duxerit ordinandum, a doctore sacre théologie vel a bachi-
lario ejusdem facultatis qui prius perlegerat Sententias, ita quod per Uni
versitäten! deputentur duo bachilarii predicte facultatis seculares... qui,
una cum Cancellario flddeliter disponent que persone, quibus diebus predi
care debeant, et eos premuniant per quadraginta dies ad minus, ante diem
in quo predicare debent... p. 52.

Les étudiants dans les quatre facultés, étant tous clercs, il est normal
qu'ils soient astreints à prendre part aux offices religieux organisés par
l'Université : processions, messes, sermons.
L'assistance aux sermons universitaires est donc obligatoire pour tous.
Ceux-ci ont lieu tous les dimanches, mais aussi aux jours de fêtes qui
tombaient en semaine et étaient célébrées par toutes les facultés ; à celles
150 H. GLORIEUX

en outre, qui étaient fêtes chômées pour la faculté de théologie, même si on


« lisait » dans les autres facultés (mais non pas vice-versa). De même pour
nombre de vigiles qui se trouvaient être jours de jeûne.
Voir à ce propos le calendrier de l'Université, ou celui de la Sorbonne.
Mais la prédication, elle aussi, est obligatoire, tant pour les maîtres
que pour les bacheliers. Elle ne peut ni ne doit être l'apanage des seuls
Ordres Mendiants, encore que les sermons du dimanche soient donnés
chez les Frères Prêcheurs, ceux de semaine chez les Frères Mineurs. Une
entente, un modus vivendi, est établi, tant à Paris qu'à Oxford, qui réserve
leur place aux maîtres en théologie, régents ou non. La distribution des
sermons est faite par le soin de quatre maîtres désignés dans ce but
(St. B. 66) ou de bacheliers formés, en liaison avec le Chancelier et les
Ordres Mendiants (Oxford 1314). Il importe que les prédicateurs soient
prévenus bien à l'avance (quarante jours, ou même deux mois). Maîtres,
régents ou non, sont ainsi invités à prendre la parole. Ils peuvent à la
rigueur se trouver un remplaçant. Plus tard cependant, sanctions et
amendes seront envisagées s'ils ne s'exécutent pas, car les maîtres forment
leurs étudiants autant par leur exemple que par leurs conseils.
Pour les étudiants, les bacheliers du moins, l'obligation est explicite.
Les Statuts imposent aux bacheliers formés, pendant les trois ou quatre
années qui suivent la lecture des Sentences, un sermon par an ou un ser
mon et une collation. Ils doivent prêter serment à ce propos. Celui qui se
dérobe, après avoir été dûment pressenti, verra sa licence retardée de
deux ans.
Quand le bachelier donne la collation, ou sermon du soir, il doit repren
dre le thème développé le matin par le maître ou le religieux auquel il
succède. Il peut également prendre la place d'un autre bachelier formé,
mais pas plus d'une fois par an. Quand enfin il accède à la licence, il doit
s'engager à donner un sermon magistral au cours de l'année.

La pratique.
Les Statuts de Paris, Oxford ou ailleurs, n'ont fait qu'entériner une
tradition ancienne et bien établie. Les documents nombreux, et détaillés,
qu'on possède sur les sermons universitaires, la prédication dans les
grands centres universitaires, permettent de suivre, tout au long des
xiii6 et xive siècles, et de contrôler en quelque sorte sur pièces, la façon
dont maîtres et étudiants s'acquittèrent de leur tâche à ce propos.
Quelques recueils particulièrement importants et suggestifs s'imposent
d'emblée à l'attention.
[70] 1230-31. — Recueil du ms. Paris Nat. lat. nouv. acq. 338. — 84 ser
mons, en majorité attribués.
Cf. M. M. Davy, Les sermons universitaires parisiens de 1230-31 (Paris,
1931) ; A. Callebaut, Le calendrier parisien des prédicateurs universitaires
de l'année scolaire 1230-31, dans A.F.H. 26 (1933) 541-548.
l'enseignement au MOYEN AGE 151

[71] 1244-47. — Divers groupes de sermons s'articulant plus ou moins


entre eux et s'échelonnant de 1244 à 1247. — On en relève 243. — Parmi les
noms cités, on a six séculiers, 10 Prêcheurs, 3 Mineurs et un autre religieux.
On note aussi 15 collations.
Ms. : Arras 759.
[72] 1255-56. — Collection authentique des sermons prononcés cette
année-là par Saint Bonaventure, à Paris. 53 sermones de tempore recueillis
et publiés par ses soins.
Cf. Opera Omn. IX (prol. p. xi-xiii) ; P. Glorieux, La collection aulhenlique
des sermons de Saint Bonavenlure, dans RTAM. 22 (1955) 119-125.
[73] 1257-1274. — Fr. Marc de Montefeltro, O.M. — Recueil des sermons
de saint Bonaventure, notés au cours de ses multiples voyages. — 259 ser
mons, ainsi reportés, et classés ensuite selon le calendrier liturgique. —
Ms. : Milan, Ambros. A. II. — Tous, sauf 25, sont de lui. — Précisions sur le
lieu et les conditions de leur prédication.
Cf. Ratio novae collectionis... Turin 1874 ; P. Glorieux, Essai sur la chrono
logie de S. Bonavenlure, A.F.H. 19 (1926) 145-168.
[74] 1260-61 (25 janvier 1260-11 septembre 1261). — Recueil de sermons
universitaires parisiens, rassemblés par Pierre de Limoges et revus par lui. —
255 sermons, en grande (majeure) partie de Robert de Sorbon. Auprès de
lui 3 Frères Prêcheurs, 2 Frères Mineurs, 5 autres religieux, et 2 séculiers. —
Une vingtaine, surtout de Robert, sont des collations.
[75] 1261-64. — Quatre groupes de sermons, dont le 3e est de 1261, le 4e
de juillet 63 à février 64. — On y relève les noms de deux séculiers et de 7 régu
liers, dont 3 Frères Prêcheurs.
Ms. : Paris Nat. lat. 16482 (légué par Pierre de Limoges).
[76] 1267-68. — D'après sept manuscrits convergents :
Paris, Nat. lat. 10698. — 44 sermons dont 7 avec nom d'auteur.
Turin, Univ. D. VI. 1. — 71 sermons dont les 13 premiers offrent le nom
d'auteur.
Bruxelles, Bibl. royale, 21861. — 34 sermons en trois groupes. 6 avec nom
d'auteur.
Oxford, Merton Coll. 237. — 98 sermons en deux groupes : 46 de Sanctis,
52 de tempore ; la plupart avec noms d'auteurs.
Troyes 1788 : dix sermons.
Oxford, Bodl. Ashmole 757. — 92 sermons (dont 23 avec collation).
Worcester Cathedr. F. 5.
Cela donne un ensemble de 256 sermons, dont 50 avec noms d'auteurs :
13 Prêcheurs, 10 Mineurs, 14 autres réguliers, 16 séculiers.
Cf. P. Glorieux, Sermons universitaires parisiens de 1267-68, dans RTAM
16 (1949) 40-71.
[77] 1268-1272 (peut-être 1269). — Recueil de proihemala. — Deux
recueils presque identiques ; Angers 250, et Vatic. Ottob. lat. 505 un peu
plus complet. — 46 proihemala avec noms d'auteurs, sauf 3.
Cf. Th. Kaeppeli, Eine Proihemala- Sammlung aus Pariser predigten des
13 Jahrhunderts in Cod. Ollob. lat. 505, dans M iscellanea Giovanni Mercati
(Rome 1946) II, 414-430.
[78] 1270, de mars à novembre. — Surtout sermons de festis plus que du
dimanche. — 63 sermons relevés, dont 14 collations. — 14 prédicateurs
nommés, dont 4 séculiers, 4 Mineurs et 3 autres réguliers. — Ms. : Paris
Nat. lat. 15956, f. 211-319.
152 P. GLORIEUX

[79] Nov. 1271-72. — Collection de 79 sermons, dont 5 collations, trans


crits un peu plus tardivement après 1274, sur notes du temps. Tous, sauf 15,
portent le nom de l'auteur et ses titres. On a ainsi 5 séculiers, 8 Prêcheurs,
4 Mineurs et 3 autres réguliers. — Ms. : Paris Nat. lat. 14952.
[80] 1272-73. — Recueil du Paris Nat. lat. 16481. — 218 sermons. — On a
souvent les noms, et les églises y sont généralement indiquées. — 29 Frères
Prêcheurs, 14 Frères Mineurs, 4 réguliers, 14 séculiers (légué par Pierre de
Limoges).
[81] 1281-83. — Recueil des Paris Nat. lat. 15005 et 14947, complémen
taires. — Souvent noms et remarques. — 166 sermons, dont 16 de Fr. Prê
cheurs, 7 Fr. Mineurs, 5 autres réguliers, 13 séculiers.
[82] 1290-93. — Recueils complémentaires de Oxford New Coll. 92,
Worcester Cathedral Q.46.
Cf. Little-Pelster, Oxford theol. (Oxford 1934) II, 149-215.
[83] 1293-94. — Recueil transcrit avant 1298 par fr. Günther, diacre, des
sermons donnés à Paris du 25 avril 1293 au 29 mai 1295, surtout par Jean
Quidort (Praedicator Monoculus). — On y compte 227 sermons. Parmi les
noms relevés on trouve un séculier, un Mineur, un moine de Cluny et 10
Frères Prêcheurs. — La grosse majorité des anonymes est sans doute de
Jean de Paris. — Ms. : Kremsmunster 83.
Cf. Th. Käppeli, Praedicator Monoculus. Sermons parisiens de la fin du
XIIIe siècle, dans Archiv. Fr. Praed. 27 (1957) 120-167.
[84] 1301-1302. — Recueil anonyme. — 99 sermons, dont 14 collations. —
Un certain nombre de noms et de remarques. — On y relève 3 séculiers,
19 religieux, dont 9 Prêcheurs et 5 Mineurs, plus 42 anonymes. — Ms.
Paris Nat. lat. 3557.
Cf. P. Glorieux, Pour jalonner l'hisloire littéraire du XIIIe siècle dans
Aus der Geisleswell des Mittelalters, I, 496-501.
Dès les débuts, les maîtres de l'Université entrent sans peine dans la
tradition des grands prédicateurs du siècle précédent : Pierre Lombard,
Maurice de Sully, Prévostin, Langton, le chancelier Philippe, Alain de Lille,
Jean de Salisbury.

Le premier des recueils ici indiqués montre que, malgré la grande grève
scolaire qui sévit alors, les maîtres présents à Paris s'acquittent largement
de leur devoir. Il comporte 84 sermons, soit, outre les dimanches, 32 ser
mons pour des fêtes ou des vigiles. Leurs auteurs appartiennent en majo
rité au clergé séculier (46 sermons), dont des dignitaires de l'Église de
Paris : l'évêque, le chancelier, le prévôt du Chapitre de Notre-Dame,
l'archidiacre Etienne et cinq maîtres en théologie : Eudes de Châteauroux
avec 26 sermons, Guiard de Laon, 7, Pierre de Bar, 5, Eudes de Chàlons et
Etienne Bérout. Les Mendiants ont fourni 37 sermons, dont 21 appar
tiennent aux Prêcheurs et 16 aux Mineurs. Les sermons des Prêcheurs
sont toujours prononcés le dimanche, ceux des Mineurs par contre, aux
fêtes tombant en semaine. En dehors de leurs couvents, les églises qui ont
reçu les auditoires universitaires sont celles de Saint-Antoine, Sainte-
Geneviève, Saint- Victor, Saint-Germain l'Auxerrois et le Temple. Il se
peut que parmi les auteurs anonymes se trouvent quelques bacheliers,
mais le manuscrit ne fournit point de précisions là-dessus.
l'enseignement au moyen ace 153
Témoignage de même sens rendu par presque tous les autres recueils :
abondance des sermons ; place respectable prise par les séculiers ; sermons
du matin et collations du soir; variété croissante des églises. — On constate
par exemple dans les sermons parisiens de 1267-68, que sur les 256 numé
ros que présentent les manuscrits, 44 sont accompagnés de la collation, qui
toujours reprend le thème du matin ; presque à chaque fois ce sermon du
matin émanait d'un religieux, Prêcheur ou Mineur. Les maîtres séculiers
y constituent un tiers des auteurs dont les noms sont relevés, 16 sur 48. —
La proportion est beaucoup moindre, par contre, dans le recueil d'Oxford
de 1290-93 : quatre séculiers contre quinze Prêcheurs et douze Mineurs.
Dans le recueil qui, pour les deux années 1281-83 groupe 166 sermons,
on trouve 13 séculiers en face de 16 Prêcheurs, 7 Mineurs et 5 autres
religieux. — Par contre, pour tel recueil, également abondant, de 1272-73,
puisqu'il comporte 218 sermons, on peut se demander s'il ne déborde pas
les simples sermons universitaires, en raison des églises ou chapelles très
nombreuses où ces sermons furent donnés.
On ne perçoit nulle part, ni dans les textes ou recueils, ni dans les
chroniques, de résistances ou refus opposés à cette obligation. Les bache
liers se sentent tenus par le serment qu'il doivent prêter avant leur
licence. Les menaces de sanctions n'apparaissent que tardivement dans
les Statuts. D'autre part, le rachat possible de certaines interventions
scolaires par un sermon, laisse entendre que ce dernier était plus facilement
obtenu du bachelier.

La technique.

Encore qu'il relève du genre oratoire, étudié déjà à la faculté des arts,
le sermon a ses lois propres, qui s'imposent, qu'on doit connaître et mettre
en pratique. Il n'est pas cependant absolument uniforme. Il y a lieu de
distinguer d'abord entre sermons universitaires et extra-universitaires.
Parmi les premiers, les sermons ordinaires et les sermons ou discours
extraordinaires, tenus en des circonstances exceptionnelles. Dans l'un et
l'autre cas enfin, ce qui relève du maître ou du bachelier.

1. — Sermons universitaires

En raison de leur but, qui est de former tout autant que d'enseigner ou
exhorter, ils présentent certaines caractéristiques : emploi du latin,
langue des clercs, et surtout langue commune de cet auditoire cosmopolite ;
niveau relativement savant des exposés, avec l'appel fréquent aux
Écritures ; technicité assez poussée, puisqu'on s'y entraîne à la pratique
d'un genre bien déterminé.
154 P. GLORIEUX

Des traités spéciaux, les « Artes sermocinandi », exposent en détail la


structure que doit normalement revêtir le sermon.
Celui-ci comporte trois parties : introduction, développement, péro
raison.
L'introduction implique et le thème et le prothème.
Le thème est obligatoirement emprunté à l'Écriture. C'est le texte
fondamental qu'exploiteront, ou autour duquel seront organisés, les
développements ultérieurs.
Le prothème, tiré lui aussi de la Bible, doit concorder avec le thème.
Il invoque le secours divin, dans le sens suggéré déjà par l'ensemble ou
tel mot du thème. Il peut concerner soit l'auditoire, soit le prédicateur
soit tous les deux. Il permet de rattacher au thème une prière qui ne s'y
trouve pas nécessairement incluse.
Il se termine, en règle générale, par l'invocation à la Vierge : Ave Maria.
Les divisions — qui doivent être claires, soigneusement annoncées de
même que les subdivisions, et reprises en ordre — suivent le plan adopté
pour le développement du thème. Or celui-ci peut être simplement l'expli
cation, la dilatation du texte choisi, dont on fera valoir chacun des mots,
en recourant s'il le faut à leur étymologie, chacune des affirmations,
chacun des enseignements enfin. Ou bien le texte se verra interprété : par
delà les mots, on fera valoir leurs divers sens : historique, allégorique,
tropologique, anagogique. Ou bien, par-delà la concordance vocale, on
poursuivra la concordance réelle, l'exposé d'une thèse plus théologique
que scripturaire ; ou bien, s'il s'agit de fêter un saint, le sermon suivra
l'ordre de sa vie ou de ses vertus. Le prédicateur demeure libre de son
choix entre ces divers plans, et y ajuste les divisions de son discours.
En tout état de cause, un certain nombre de traits communs s'imposent :
le recours fréquent, presque continuel, aux « auctoritates », scripturaires ou
patristiques ; l'usage, également fréquent, du symbolisme ou de l'allégo
rie ; la présence enfin d'exempla ou d'anecdotes qui illustrent et éclairent
l'enseignement tout en détendant l'auditoire.
L'appel à l'autorité qui marque tout l'enseignement, à cette époque,
affecte également la prédication. L'auteur du sermon ne se livre pas.
L'inspiration individuelle s'efface devant les « auctoritates », celle des
Écritures en premier lieu, celle des maîtres aussi. L'Écriture est largement
invoquée ; les textes scripturaires se succèdent en grand nombre, même si
le lien entre eux n'est pas toujours très étroit. Les Pères de l'Église
apportent aussi leur témoignage, S. Augustin, S. Grégoire et S. Bernard
tout particulièrement. Auprès d'eux la Glose, ordinaria ou interlinearis,
fait également autorité. Le sermon demeure davantage un enseignement
qu'une exhortation.
Dans cette ligne de l'enseignement, on s'efforce de dégager le sens du
texte allégué, de le faire valoir. Parfois c'est l'étymologie qui entend y
contribuer, surtout lorsqu'on rencontre des termes d'origine hébraïque
l'enseignement au MOYEN AGE 155

ou grecque. Mais du mot et du sens littéral, le prédicateur passe couram


ment aux autres sens que peut revêtir l'Écriture, allégorique, tropologique
ou anagogique. Le symbolisme tient dans le sermon une place prépondé
rante, et tous les procédés de comparaisons, d'allégorie, sont largement
employés. Tandis que l'enseignement devient plus rigoureux, que la
« lectio » prend une allure plus scientifique, la prédication continuera
longtemps à être ainsi marquée par cet emploi du symbolisme sous ses
diverses formes.
Le sermon fait appel enfin fréquemment aux « exempla », que ceux-ci
fournissent ou non l'occasion de développements allégoriques, ou qu'ils
viennent simplement illustrer un thème donné et détendre un peu les
auditeurs. Les sujets en sont empruntés bien souvent soit aux bestiaires
ou volucraires, soit aux lapidaires, qui exposaient les propriétés ou
qualités des animaux, celles aussi des fleurs ou des pierres, surtout des
pierres précieuses, les unes et les autres d'ailleurs renfermant des mora
lités que le prédicateur fait valoir. Mais il y a également des fables, des
récits, historiettes ou anecdotes, que des recueils plus ou moins abondants
mettent à sa disposition et dont il fait usage à bon escient. Chacun y puise
comme il l'entend.
Ces mêmes « artes praedicandi » exposent enfin aux prédicateurs
comment se peuvent exploiter les richesses qu'ils ont à leur disposition,
comment étoffer et développer leurs sermons. Certains, tel celui de
Richard de Thetford, s'intituleront même « De modo dilatandi sermones ».
Ils appliquent, de fait, à la prédication, les procédés du discours employés
par ailleurs.
Ce sera d'abord, la division du thème qui, après une brève argumen
tation, en présente les diverses parties constitutives. Cette division est
généralement tripartite, qu'elle soit tirée du texte lui-même — ce sera le
genre « intra », pratiqué surtout dans les sermons universitaires — ou
qu'elle s'appuie sur des considérations prises hors du texte — genre
« extra » dans les sermons plus généraux. — Les « clefs » qui commandent
ces divisions, peuvent s'inspirer des suggestions du texte lui-même, du
rythme ou de l'assonance des divisions, ou parfois d'une variation philo
sophique. Cette division se conclut enfin en une déclaration et confirma
tion des parties.
Suit alors le développement proprement dit, pour lequel les traités
mentionnent huit ou neuf modes principaux. Pour tel dominicain ano
nyme du xve siècle, qui entend s'autoriser de Saint Thomas, le sermon
peut se développer par la concordance des autorités, par la discussion des
mots, par l'explication des propriétés des choses, par la multiplication des
sens scripturaires, par les analogies et les vérités naturelles, par les oppo
sitions, par les comparaisons, par l'interprétation d'un nom, par la
multiplication des synonymes. D'autres insisteront sur la définition tropo
logique ; ou sur des procédés dialectiques ou rhétoriques ; sur l'appel à
156 P. GLORIEUX

des principes métaphysiques ; sur le recours à l'argumentation avec la


discussion du cas contraire.
Chacun choisira pour tel thème donné ou pour tel texte allégué, le procé
dé qui lui semble convenir le mieux et développera selon les règles indi
quées.
Le genre demeure toujours cependant, on le conçoit sans peine, plus
proche de l'exposé doctrinal et intellectuel que de l'exhortation morale.
Il demeure exercice d'école, quoi qu'on veuille. C'est en vertu de leur
fonction doctorale que les maîtres s'acquittent de cette tâche plus qu'en
vertu d'une fonction pastorale.

§ 1. — Sermons et collations. Maîtres et bacheliers.

La distinction entre eux porte plutôt sur le caractère obligatoire et la


fréquence du sermon, que sur la structure de celui-ci. Bien des maîtres, et
a fortiori des bacheliers, ne sont ni prêtres ni diacres. L'obligation de la
prédication résulte donc des statuts, non du sacrement ou de la charge
pastorale. Pour le maître, le sermon est un des devoirs résultant de sa
charge ; pour le bachelier, bibliste, sententiaire ou formé, il est un exercice
préparant à cette charge. La diflérence n'est pas dans la nature de l'exer
cice ou sa présentation, mais dans la maîtrise qu'on y peut apporter. A
lire les textes mêmes, on ne saurait dire s'il s'agit de maîtres ou d'étudiants,
encore que ceux-ci cependant, se croient souvent obligés de multiplier les
protestations d'indignité, d'incapacité, etc.
La seule distinction un peu sensible tient à ce que l'on réserve en général
au bachelier le sermon du soir, la collation, encore que des maîtres, égale
ment, puissent la donner. Dans le cas du bachelier, le choix du sujet lui
échappe alors, car il doit reprendre le thème développé le matin par le
maître (ou religieux) qui a donné le sermon. Il semble que ce soit là
l'unique différence qui le marque. Le bachelier formé, lui, doit donner
chaque année un sermon au moins avec sa collation.
A noter que c'est, en général, lors de ces sermons, que se faisaient les
rétractations publiques imposées par l'Université ou les autorités reli
gieuses (Chart. Unió. Paris. 317 ; 1124 ; 1027, n. 1).
Sur les autres sens que peut revêtir le mot « collatio » voir plus haut :
la collation-répétition ; la collation-conférence.
Sur les grandes séries des collations de Saint Bonaventure : De septem
donis ; De decern praeceptis ; de Hexaemeron, cf. J. B. Bougerai, Introduc
tion à l'élude de SI Bonaventure, 178-189.
Sur celles de Scot, Collationes Parisienses, Oxonienses, cf. F. Pelster,
Franz. Stud. 1923, 21-27 ; Philos. Jahrb. (1931), 79-91 ; С. Balié, Bogos-
lovni Vestnik (1929) 186-219.
La liste complète des sermons universitaires, des maîtres et bacheliers
qui les ont donnés, n'a jamais été dressée. — Les études [70-84] citées
l'enseignement au MOYEN AGE 157

plus haut, peuvent fournir un certain nombre d'éléments déjà élaborés.


Par ailleurs des fichiers de sermons sont en cours de composition, comme
par exemple au C.N.R.S. — Mais le dépouillement est loin d'être achevé.
Bien des sermons demeurent anonymes. Il importera aussi de distinguer les
sermons strictement universitaires, de tous les autres ; les sermons effecti
vement prononcés, des recueils factices de modèles ou de types. Il faudra
enfin les classer chronologiquement.
Sur la façon d'exploiter tel recueil de sermons pour en tirer leçons et
renseignements utiles, voir dans Little-Pelster, Oxford Theology and
Theologians, la 2e partie : Sermons and Preachers at the University of
Oxford in the Years 1290-93, par F. Pelster, 147-215.
A titre d'indication pour des recherches à venir, l'œuvre oratoire de
St Bonaventure comporte 736 pièces, dont 588 sermons complets. Sur ce
chiffre, 36 sermons seulement furent prononcés devant les Universités.
Par contre, 144 devant des religieux, dont 128 devant les Mineurs. Mais
beaucoup d'auditoires demeurent imprécis. On voit l'immense travail qui
reste à faire et dans quel sens il doit être entrepris.

§ 2. — Sermons extraordinaires ; discours de circonstance.

Ce sont plutôt des discours que des sermons strictement dits. Ils
relèvent cependant de la vie universitaire, même s'ils sortent de la prédi
cation ordinaire, de l'entraînement ou de la routine hebdomadaire.
La plupart viennent s'inscrire dans ces séances inaugurales dont il a
été question plus haut (section III, p. 137).
Ainsi l'inlroilus du bibliste, avec la collation donnée en tête de chacun
de ses cours. La première année, l'éloge doit porter sur toute l'Écriture (3).
Au principium du Sententiaire, la question du bachelier (plus tard la
« quaestio collativa ») est précédée de la « collatio », comportant l'éloge de
la sacra doctrina, de l'œuvre du Lombard et la présentation du livre qui
va être exposé, (cf. p. 139).
Parfois, à la fin de cette lecture des Sentences, on rencontre une « regra-
tiatio » prononcée sans doute par l'un des étudiants : discours sans préten
tion, dont le but est clair. Tel par exemple, dans le Paris Nat. lat. 16407,
f. 193 ; ou dans le Paris N. lat. 16110, f. 123r-v.
Lors des actes de maîtrise et de promotion d'un nouveau maître,
viennent se placer, d'abord, aux vespéries, à la fin de la séance du soir,
l'éloge du récipiendaire, du magister aulandus, par le maître de thèse, le
magister aulator.
On possède ainsi celui qui fut prononcé lors de la réception de Jean Qui-
dort, en 1304 : «Commendatio fratris Johannis de Parisius quando habuit
vesperias suas ». Inc. : Johannes hic venit in testimonium. Éd. Grabmann,
Studien zu Johannes Quidorl von Paris, p. 58-60, d'après Paris Nat. lat.
14889, f. 38^.
158 P. GLORIEUX

A l'aulique, avant la disputatio in aula, le nouveau maître qui a prêté


serment, prononce un discours à l'éloge de la Saint Écriture : Recommen-
datio Sacrae Scripturae. Il l'achèvera d'ailleurs, et le complétera, en sa
résompte. — Discours distinct, par conséquent, de l'éloge ou de la pré
sentation qu'il pourra faire par la suite, de chacun des livres qui feront
l'objet de ses leçons. Celui-ci est particulièrement étudié et soigné.

§ 3. — Les harangues du chancelier.


En fonction de sa charge, celui-ci préside dans les diverses facultés, les
séances solennelles de promotion à la maîtrise. Il prononce à cette occasion
des sermons ou harangues, rappelant aux nouveaux maîtres leurs obliga
tions et la portée de leur enseignement. Il emprunte à l'Écriture le texte
qu'il commente et qu'il développe parfois abondamment, telles les vingt
considérations de la harangue de Gerson : Dominus his opus habet, pour
la promotion des licenciés en décret.
On possède ainsi de Gerson cinq harangues de ce genre, dont trois pour
les licenciés en décret. Cf. Op. Omn. V, n. 216, 218, 222, 231, 238.

2. — Les Sermons extra-universitaires

Malgré son titre, cette nouvelle catégorie est loin d'être étrangère à ce
qui précède ; elle en est au contraire le complément normal et la meilleure
illustration. Même si les sermons qu'elle groupe n'ont pas été prononcés
devant les auditoires universitaires, ils émanent de ces milieux à plus
d'un titre.
La grande majorité de leurs auteurs, en effet, est constituée par les
maîtres ou étudiants formés à l'Université, qui transposent ainsi leurs
méthodes et leurs procédés. Il suffit de relever les noms, pour s'en convain
cre ; et l'exemple allégué plus haut (p. 157) de St Bonaventure, montre
dans quelles proportions peuvent se répartir les deux catégories de sermons.
Par ailleurs, les religieux, Mendiants surtout, adonnés à la prédication,
ont été pour la plupart formés aux mêmes méthodes, dans leurs divers
« studia », dont les lecteurs étaient passés par les Universités.
Les autres clercs ou prédicateurs, qui n'auraient point suivi de cours
universitaires, ont subi néanmoins l'influence des œuvres qui émanent
de ces milieux et dont il sera question plus loin.
Toute cette production littéraire vient donc confirmer et illustrer le
travail accompli au sein des facultés, en ce domaine de la prédication.
C'est la vie et la pratique corroborant les statuts et la théorie.

Le fail.
Les auditoires, en dehors du monde universitaire, sont des plus variés.
Certains traités, tel la « Summa de arte praedicatoria » d'Alain de Lille, les
l'enseignement au MOYEN AGE 159

énumèrent avec complaisance : soldats, avocats ou orateurs, princes et


juges, religieux cloîtrés, prêtres, gens mariés, veuves, vierges ; la cour ;
le peuple ; les simples paroisses de ville ou de campagne. Cela posera
nécessairement le problème de l'adaptation.
Les sermons relevés par les manuscrits sont des plus nombreux, parfois
isolés, le plus souvent groupés, par les soins d'un auditeur assidu ; soit
sermons d'un même prédicateur ; ainsi St Bonaventure par Marc de Monte-
feltro, Robert de Sorbon par Pierre de Limoges, Jean de Paris par fr.
Günther, etc. (cf. supra, n. [83]) ; soit sermons donnés tout au long d'une
même année ou de plusieurs (supra, n. 71,76) ; ou recueils entrepris par
l'auteur lui-même pour que son travail ne se perde pas.
Mais il y a aussi des recueils-modèles, destinés à venir en aide aux
prédicateurs novices ou peu doués, et compilés dans ce but, qu'ils aient été
prononcés ou non d'ailleurs. Ils doivent servir d'aide-mémoire, fournir
des suggestions, rassurer les inquiets, tel le « Dormi secure ». Certains
fourniront des sermons pour les dimanches, d'autres pour les fêtes des
saints : de dominicis, de festis ; certains donnent des commentaires des
évangiles, d'autres des épîtres ; certains ne donnent que les thèmes et les
grandes divisions, sans fournir tous les développements.
D'autres recueils, plus restreints comme objet, n'offriront que des
exempla ; d'autres des Distinctiones, rapprochements de textes, d'idées,
de divisions.
Les stationarii de Paris, les libraires officiellement reconnus par l'Uni
versité, présentent ainsi dans leurs listes d'ouvrages, de 1286 puis de 1304
(Chart. Univ. Paris. 530 ; 642) au titre des sermons, des volumes impo
sants :

— Sermones fratris Guillermi Lugdunensis (Guillaume Pérault, O.P.) de


dominicis, super epístolas : 65 peciae (la pecia est le cahier-unité qu'on peut
acheter, louer ou copier), 2s. 6d. (le prix en sous et deniers) ;
— ejusdem, de Sanctis : 69 p. 2s — 6d.
-— Sermones fratris Thomae Britonis, de dominicis, tam de epistolis quam-
de evangeliis, scilicet « Abjiciamus », 61 p. — 2s.
■— sermones ejusdem « Praecinxisti », seil, commune sanctorum, 37 p. 20d.
— Sermones « Abjiciamus », de Mal (Guillaume de Malliaco, O.P.) de
dominicis. 49 p. — 20d.
— Sermones ejusdem, de festis, seil, a festo S. Andreae apostoli usque
ad annunciationem dominicam, 17 p. — 8d.
— fratris Petri de Sancto Benedicto, scilicet « Desideratus » de dominicis,
24 p. — 12d.
— ejusdem de festis, seil. « Suspendium », 21 p. — 8d.
— Commune sanctorum, scilicet « Nimis honorati sunt », 20 p. ■— 8d.
— sermones Alleabatensis ; de dominicis.
— sermones dicti « Legifer », tam de dominicis quam de festis (sans doute :
Dominus legifer noster) 35 p. — 18d.
— provincialis de Tuscia (sans doute Arlotto de Prato, O.M.) qui inci-
piunt « Sapientia sanctorum », 32 p. — 15d.
— Biardi (Nicolas de Biard, O.P.) de dominicis, 51 p. — 18d.
160 P. GLORIEUX

— ejusdem de festis, 18 p. — 6 d.
— Distinctiones Mauricii (O.P.), 84 p. — 3s.

Liste de 1304 :
— fratris Nicolai de Gorham in thematibus de diebus dominicis et Sanctis,
68 p. — 32d.
— it. in Distinctionibus, 68 p. — 32 d.
— in distinctionibus Byardi (Nicolas de Biard, P.O.), 60 p. — 3s.
— in sermonibus Gilberti (Guibert de Tournai) ad status, 61 p. — 3s.
— in sermonibus Compendii, 56 p. — 3 s.
— in exemplis Sanctae Scripturae (Nicolas de Hanapes, O.P.), 25 p. — 18d.
— De abstinentia (Nicolas Biard, Diclionarium pauperum), 34 p. — 2s.
— In accidia (Tabula exemplorum, d'un О. M. français), éd. Welter, 20 p.
12d.
— De habundantia exemplorum (Humbert de Romans, O.P.), 17 p. — 12d
— in sermonibus Guidonis (Gui d'Évreux, O.P.), 102 p. — 5s.

C'est par milliers, et dizaines de milliers même, si l'on tient compte de


tous ces genres de recueils divers, que se présentent encore à nous les
sermons prêches aux хше et xive siècles.

Technique.

Malgré la diversité des auditoires qui réclamerait, semble-t-il, des


adaptations assez prononcées, le sermon extra-universitaire ne s'écarte
guère des techniques et méthodes énoncées précédemment, et pratiquées
dans les sermons universitaires.
Les nuances porteront principalement sur le caractère plus ou moins
savant et doctrinal de l'exposé, d'une part, sur le souci pastoral, le carac
tère d'exhortation spirituelle ou morale imprimé au sermon, d'autre part.
Mais les procédés techniques employés demeurent toujours sensiblement
les mêmes : le thème et le prothème ; la division tripartite ; les développe
ments et leurs clés ; l'appel aux différents sens de l'Écriture ; l'emploi
fréquent de l'allégorie ; l'usage des exemple.
Pour aider le prédicateur dans la construction de son sermon, des
traités existent enfin, qui redisent à son usage ce que l'étudiant a appris
au cours de ses années d'études, par l'assistance assidue aux sermons
universitaires et par les prédications auxquelles il fut astreint.
Ce sont les Artes praedicandi, dont l'étude se poursuit toujours. Leur
attribution exacte n'est pas toujours facile à établir, en raison des fan
taisies des manuscrits et des éditions. Th. Charland proposait de ne
retenir, pour le хше siècle, que les noms de Guillaume d'Auvergne,
Jean de la Rochelle, 0. M., Richard de Thetford, Jean de Galles, 0. M. et
peut-être Humbert de Prully ; pour le xive siècle, Robert de Basevorn,
Thomas Walleis, 0. P. et Jacques Fusignani, 0. P. Il a relevé pour son
Répertoire, 58 noms d'auteurs du хше au xve siècle, mais également
85 autres traités anonymes.
L'ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE 161

Déjà au siècle précédent, Guibert de Nogent, dans son Commentaire de


la Genèse (P. L. 156, 21-32) avait donné des conseils aux prédicateurs ;
plus encore Honorius d'Autun, dans son Speculum Ecclesiae (P.L. 172,
807-1106) qui est un guide de prédication. Dans son Ars praedicandi
(P. L. 210, 111-195), complété par son Liber sermonum, Alain de Lille
exposa la méthode à suivre, les différents sujets que l'on peut et doit
traiter, et la façon de s'adresser aux diverses catégories d'auditeurs. On
trouve là un premier essai des Sermones ad slalus, qui se répandront en
suite.
La troisième des charges assignées au maître dans l'enseignement
universitaire : praedicare, ne le cède en rien aux deux autres : legere et
disputare. Par le truchement des étudiants formés à cette école, par les
modèles que constituent les sermons universitaires, par les traités qu'ils
inspirèrent, l'influence ainsi exercée ad intra s'est prolongée largement
dans l'abondante production de sermons extra universitaires, qui lui
rendent ainsi témoignage.
Contrôles et sanctions

Les corporations de métiers veillent à la formation et à la valeur pro


fessionnelle de leurs membres, et contrôlent leur production. Droit et
devoir tout à la fois. Leurs Statuts précisent la façon dont s'exerce
efficacement un tel contrôle, et en assurent les moyens.
Quelque chose d'analogue se retrouve au plan de l'Université et de la
faculté de théologie. Gomme l'aboutissant des études est la « licentia
docendi ubique terrarum », on comprend que la formation de ses membres,
leur qualité professionnelle, comme aussi la valeur de leur enseignement
ne puissent se passer de contrôle. Les Statuts y ont effectivement pourvu
et la pratique vient en corroborer le fonctionnement.

Objet.
De même que la .formation des apprentis, des compagnons et des
maîtres, est une des préoccupations majeures, et constantes, des corpo
rations, ainsi l'Université suit-elle de très près la formation de ses futurs
maîtres. Son contrôle portera : 1) sur leur assiduité, 2) leur travail, 3) leur
orthodoxie — ce dernier point étant propre à la faculté de théologie,
comme il appert.
Des garanties préalables sont en outre exigées concernant l'âge du
candidat (24 ans avant son premier cursus), naissance légitime (faute de
quoi tout grade acquis est invalidé), intention droite (respect des personnes
et des institutions).

1. Assiduité.
Elle implique, outre le séjour continu à Paris, la présence régulière, en
chacun des quatre stades : étudiant, cursor, sententiaire, bachelier formé,
à tous les exercices de règle : leçons, disputes, réunions universitaires
(sermons, messes, processions de la faculté ou de l'Université).
Le séjour continu à Paris est obligatoire pour tous, y compris les bache
liers formés. Ces derniers ne peuvent s'absenter plus de deux mois par an
(B. 39 ; serm. 24). A chaque absence, ils doivent notifier au bedeau la
date de leur départ et celle de leur retour pour que la faculté puisse
L'ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE 163

contrôler (B. 47). Le manquement à cette règle retarde leur promotion


de deux ans.
La présence assidue à tous les exercices scolaires, tant de l'école que de
la faculté, est également requise et contrôlée : leçons (du maître, du
Sententiaire, du cursor) ; disputes (ordinaires, sorbonique, principia,
actes de maîtrise, etc.), sermons, etc. ; comme aussi aux exercices religieux
de l'Université. — Le contrôle s'opère, au jour le jour, par les soins du
maître et des divers lecteurs sous ses ordres. On ne peut en effet accéder
aux divers grades sans adhérer à un maître, régent, effectivement présent
à Paris (serm. 17). Il est responsable de l'étudiant et se portera garant de
son assiduité. Il se fonde pour cela sur son contrôle personnel ou celui du
sententiaire ou du « cursor » qui, lisant sous ses ordres, tient et rend compte
des présences ; enfin des appariteurs (bedelli) qui ont la liste des inscrits.
Pour les exercices de dispute, c'est le responsable de la séance : maître,
bachelier ou prieur de Sorbonne, pour la sorbonique, qui assure le contrôle
et fait le relevé.
Ceci s'applique même aux bacheliers formés (B. 41).
Seule la maladie peut excuser l'absence à ces différents actes, ou une
cause raisonnable. Encore faut-il en administrer la preuve, au moins par
deux témoins idoines, en présence d'un maître et d'un bedeau (B. 41), la
faculté devant apprécier en dernier ressort.
A ce contrôle déjà rigoureux, s'ajoute le serment de l'intéressé, démarche
grave en ce siècle de foi. On ne se parjure pas. Or un double serment est
requis à chacune des étapes qu'on franchit (lecture de la Bible, des Sen
tences, licence) : quand on l'aborde, on promet sous serment qu'on en
observera toutes les obligations, dont l'assiduité ; quand on l'achève, et
avant de passer à la suivante, on affirme sous la foi du serment qu'on s'en
est loyalement acquitté.
Chacun sait donc l'exacte portée et gravité des engagements auxquels
il souscrit. Pour que nul n'en ignore d'ailleurs, chaque année, à deux
reprises : quelques jours après Quasimodo, puis en septembre, après la
première messe de l'Université, dans une réunion à laquelle sont tenus
d'assister tous les bacheliers, cursores ou autres, lecture est donnée du
texte des Statuts et des formules des serments (B. 70).
Outre la présence matérielle aux leçons et aux disputes, le candidat est
astreint à certains exercices dont il doit s'acquitter dans des conditions
précises :
— pour le « cursor » : la lecture de deux livres, de l'Ancien et du Nouveau
Testament ; lecture continue, à raison de un chapitre au plus par leçon ;
à commencer dans les trois mois après l'inscription. — Il doit en outre
répondre une fois à des vespéries, une fois à une résompte, et donner
chaque année une collation ;
164 P. GLORIEUX

— pour le Sententiaire : la lecture régulière, ininterrompue et bien


répartie, des quatre livres, dans les conditions fixées, les leçons omises
pour raison grave devant être récupérées après le 29 juin (serm. 18). Il
doit donner ses quatre principia aux dates prévues, prendre part à ceux
des autres bacheliers. Il doit répondre à une dispute ordinaire (temptativa)
ou une sorbonique, et donner lui aussi un sermon-collation ;
— pour le bachelier formé : il est astreint à cinq exercices : aulique,
vespéries (celle-ci plus tard sera omise), sorbonique, quodlibet et dispute
ordinaire ; à raison de un, ou tout au plus deux actes par année (A. 15 ;
B. 40) de façon à terminer le tout avant la Sainte-Catherine de l'année
jubilaire. Il demeure tenu également à un sermon par année.

Sur l'accomplissement de toutes ces obligations, un contrôle strict est


tenu par les divers responsables qui président aux exercices (maîtres,
bacheliers, prieur de Sorbonne), par l'appariteur aussi, qui leur commu
nique la liste des bacheliers (biblistes, sententiaires et formés) qui doivent y
assister ; par les auditeurs réguliers enfin, qui suivent ces cours ou ces
disputes. Confirmation en est donnée en outre, sous serment, par l'inté
ressé.
Tout bachelier, par ailleurs, peut être appelé par la faculté, son doyen
ou un maître, à témoigner « de scientia, vita et moribus scolarium et
baccalariorum ejusdem facultatis ». Il s'est engagé par serment à être
toujours, dans ce cas, loyal et véridique (serm. 16).
Les manquements constatés à l'une ou l'autre de ces diverses obligations,
sont sanctionnés plus ou moins sévèrement (cf. infra p. 168).
Le tout dernier contrôle a lieu, l'année jubilaire, en assemblée solennelle
de la faculté, le premier jour lisible après la Toussaint, quand sont exami
nées les demandes de promotion à la licence. Le bachelier formé atteste
sous serment qu'il s'est acquitté de toutes ses obligations. — La faculté
prend connaissance de tout le dossier, des attestations des présidents des
divers exercices, des relevés des appariteurs, et des témoins ; des excuses
ou dispenses concédées, etc. S'il y a lacunes ou défauts dans l'assiduité,
la promotion est renvoyée au jubilé suivant.
La fraude comme la négligence en tout ceci sont, semble-t-il, très diffi
ciles, étant donné surtout les promesses et les attestations faites sous
la foi du serment, à tous les échelons : maîtres, bacheliers, appariteurs, etc.

2. Valeur et qualité du travail.

Un étudiant, même régulier, n'est pas nécessairement doué, ni travail


leur. Un nouveau contrôle s'impose sur la valeur intellectuelle et le travail
des futurs maîtres.
Il n'est pas question ici, comme dans les corporations, de la préparation
et présentation d'un chef d'oeuvre (encore que dans une certaine mesure
l'enseignement au MOYEN AGE 165

le Commentaire sur les Sentences puisse en tenir lieu). Non plus que de
l'élaboration d'une thèse ou travail original, comme dans les universités
modernes. C'est toute la préparation suivie et les progrès accomplis qui
fourniront la matière du jugement.
L'appréciation est portée normalement sur chaque sujet par les divers
lecteurs (maître, bacheliers) qui lui distribuent l'enseignement, ou les
responsables des exercices auxquels prennent part les candidats. — Le
maître auprès duquel s'est inscrit l'étudiant, et les autres bacheliers sont,
normalement, les premiers juges. Ils peuvent enregistrer, pour ce qui est
de la lecture de la Bible ou des Sentences, les réactions de l'auditoire, qui
tout au long de l'année a assisté à cette lecture suivie. Ils y joignent leur
avis personnel et le transmettent à la faculté qui enregistre. Ils ont d'ail
leurs promis, lors de leur serment, d'être sincères et objectifs dans le
jugement qu'ils porteront sur les divers candidats, aussi bien sur leur
régularité que sur leurs capacités : « de sufficientia vel insuffîcientia »
(B. 22) « fidèle testimonium perhibebitis de scientia, vita et moribus
scolarium et baccalariorum ejusdem facultatis » (B. 63 ; serm. 16, 39).
L'étudiant demeure relativement passif au cours de ses six années
d'audition, durant lesquelles il suit les leçons du bibliste, du sententiaire et
du maître. Pendant les quatre premières années, il est tenu d'apporter
chaque jour le texte des Sentences, pour le cours du sententiaire, et la
Bible pour le cours du bachelier bibliste et du maître (B. 14, 15), garantie
nécessaire pour qu'il puisse replacer les explications dans leur contexte et
bien connaître celui-ci.
A l'achèvement de cette période d'« audition », pour être admis à lire
la Bible à son tour, comme cursor, le candidat comparaît devant un jury
de sept maîtres régents, à qui il fournit les témoignages des divers lecteurs
dont il a suivi les cours (B. 22). En outre « dabuntur quatuor magistri a
quibus examinabitur in generalibus théologie ; et fiat per eos in facúltate
relatio ». Il s'agit là d'un véritable examen, le seul d'ailleurs. Si l'avis est
favorable, la faculté autorisera le candidat à commencer ses deux cursus
et exposer la Bible.
L'enseignement du bachelier biblique, puis du sententiaire, est du
domaine public. Il est relevé par les auditeurs et leurs réportations. Il est
surveillé par le maître sous qui on lit, ou les bacheliers (formés ou non)
qui le secondent.
Le travail doit être personnel. A plusieurs reprises les Statuts de la
faculté de théologie trahissent cette préoccupation. On y lit en effet
(B. 35) « ne quidam ignari ad lecturam Sententiarum promoveri praesu-
mant, prohibemus sub debito juramenti, ne dicti bachalarii legant in
166 P. GLORIEUX

quaternis confectis per alios attendantque ad statutum Summi Pontificia


premissum » (ceci renvoyant plus haut, à l'article 8).
On ne doit pas lire un texte complètement rédigé ; on peut avoir des
notes pour s'aider, mais on doit savoir parler. « Quod nullus legens Senten-
tias légat questionem suam aut suum principium per quaternum aut alias
in scriptis. Non tamen prohibetur vel inhibetur quin bachalarius possit
portare ad cathedram aliquid ex quo possit, si necesse fuerit, sibi reducere
ad memoriam aliquas difficultates tangentes questionem suam aut argu
menta seu auctoritates ad ipsam questionem aut aliquam expositionem
pertinentes ». Ou encore, à propos des cursores: « Ut studentes, non per
saltum sed secundum sua mérita promoveantur ad honores in facúltate
predicta, cursores théologie suos cursus legant ordinate, textum expo-
nendo... » (B. 18 ; voir encore B. 36 et surtout B. 8).
En outre le sententiaire ne peut publier son texte et le transmettre aux
libraires, sans qu'il ait été au préalable examiné par le chancelier et les
maîtres de la faculté (B. 9).
Mais à côté de sa leçon, le bachelier intervient aussi, comme « oppo-
nens » d'abord, puis comme « responsalis », dans les diverses discussions
auxquelles il est astreint. Ceci est même, pour le bachelier formé, la seule
activité obligatoire en dehors des sermons.
Pour chacun de ces actes scolaires, non seulement la présence est
contrôlée, mais une appréciation est portée par celui qui préside la séance
et en est responsable. Tous les bacheliers formés qui sont là présents,
sont appelés également à donner leur avis sur la suffisance, ou l'insuffisance
du responsalis. Le président, ou le maître, rassemble ces votes. Il transmet
le résultat : nombre de votants, nombre de voix favorables, aux maîtres
désignés par la faculté pour juger de l'admission à la lecture des Sentences
ou, plus tard, à la licence. Toutefois il ne livre pas les noms des votante
ni ne trahit les appréciations personnelles (B. 63).
C'est sur tous ces éléments que se prononcera, en dernier ressort, la
faculté pour l'admission ou le refus à la licence. — Les décisions sont
prises en séance plénière de la faculté (au début de novembre, semble-t-il,
pour les présentations à la licence) et les deux tiers des voix sont requises.
— La faculté fait alors ses propositions au chancelier qui, pratiquement,
les entérine, convoque les candidats, et leur signifie ensuite par « signe-
tum » la date de leur promotion.

3. Orthodoxie.
En veillant au sérieux et à la valeur du travail de ses membres, la
corporation assure en même temps la qualité de la marchandise livrée au
public. — On ne peut parler de marchandise lorsqu'il s'agit de la faculté
de théologie. La matière qui s'y trouve abordée, la sacra pagina, est d'un
enjeu incomparablement supérieur, puisqu'elle traite de la vérité révélée
l'enseignement au MOYEN AGE 167

à transmettre dans son intégrité, et sa pureté. Mais le souci demeure le


même.
La qualité de l'enseignement que donnera le futur maître ne porte pas
tant sur la forme (logique, subtilité, clarté, pédagogie), que sur le fond :
doctrine saine et sûre. L'orthodoxie est un souci primordial. L'Université
se doit d'y veiller et de soumettre l'enseignement de tous ses membres à
un étroit contrôle. Sa faculté de théologie est particulièrement habilitée
pour cela, et reconnue par le pape et par l'évêque.
Encore qu'elle n'ait point autorité pour condamner — c'est le rôle de
l'évêque de Paris et de l'Inquisiteur, — elle peut se prononcer sur les
doctrines dont elle est saisie ou dont elle se saisit.
— dont elle est saisie, car souvent l'autorité ecclésiastique lui soumet,
comme à la plus haute et plus sûre compétence, les doctrines étranges,
douteuses ou erronées qui lui ont été dénoncées. Ses maîtres se prononce
ront alors et donneront leur qualification ;
— dont elle se saisit, soit en son propre sein, soit au sein des facultés
voisines (comme elle fit lors de la crise averroïste), car les problèmes de
doctrine apportés dans les réunions communes de l'Université sont du
ressort propre de la faculté de théologie qui a le droit, et même le devoir,
de les examiner.

Le processus. — Une thèse suspecte peut être émise par un bachelier


(ou un maître) au cours d'une de ses leçons, ou d'un exercice scolaire :
principium, question disputée, quolibet, vespéries, etc.
La réaction peut provenir de multiples parts : de ses étudiants ou audi
teurs ; des bacheliers ses égaux ; du maître sous lequel il lit ou argumente,
ou du responsable de l'exercice où il soutint ses thèses. — On est d'ailleurs
tenu, par les Statuts, à dénoncer dans les quinze jours, toute thèse sus
pecte.
Elle remonte normalement jusqu'au doyen de la faculté qui, à son tour,
en saisit les maîtres, ses collègues. L'accusé est alors convoqué devant la
faculté réunie. Lecture lui est faite des propositions qui lui sont imputées.
C'est quand il les a reconnues, qu'une commission nommée à cet effet, ou
même chacun des maîtres, reçoit la liste des thèses incriminées, les exa
mine à loisir et se prononce à leur sujet.
S'ils jugent les propositions condamnables, le coupable en est averti et
invité à les rejeter et à se rétracter publiquement. Il devra même, dans une
prochaine intervention scolaire, prendre la position contraire.
C'est uniquement en cas de refus de sa part, que la faculté le dénonce à
l'évêque de Paris. Dès lors le procès canonique suivra son cours et les
sanctions seront appliquées.
Dénonciation et rétractation ne sont pas nécessairement infamantes.
Celui qui a satisfait aux exigences de la faculté, peut fort bien continuer
ses études et accéder aux grades.
168 P. GLORIEUX

Un exemple. — Un des plus frappants sans doute, parce que parti


culièrement riche en détails, à travers la relation de Gerson, les deux
rapports de Pierre d'Ailly et les documents de la faculté, est celui du
dominicain Jean de Montson.
L'épisode se situe en 1387, lors de ses actes magistraux, en mai-juin.
Les thèses relatives à la grâce du Christ, à l'Immaculée Conception de
Marie, etc. sont soulevées à ses vespéries, accusées encore à sa résompte.
Le doyen de la faculté est saisi le soir même de plaintes émanant d'audi
teurs. Convocation des maîtres en théologie le lendemain ; présence et
rodomontades de Jean de Montson. Le texte de sa résompte est commu
niqué par lui ; celui des vespéries par des reportateurs. Quatorze proposi
tions en sont extraites ; leur examen commis à six maîtres en théologie,
trois séculiers et trois religieux, puis à six autres ; leur jugement commu
niqué à 33 maîtres encore et des bacheliers. La liste définitive est alors
dressée et rétractation demandée dans les trois jours. L'inculpé promet,
mais n'en fait rien. Cause transmise à l'évèque de Paris qui, par quatre
fois cite Jean de Montson à comparaître, mais en vain. Il interdit alors
(6 juillet et 25 août) la soutenance de ces quatorze thèses, sous peine
d'excommunication.
Jean de Montson quitte, en fraude, Paris pour Avignon et fait citer
l'Université devant le Pape. Pierre d'Ailly s'y rend (mai-juillet 1388)
accompagné de quatre maîtres et de bacheliers, dont Gerson, et présente
l'apologie de la faculté. — Le 3 août 1388, fuite de Jean de Montson. La
sentence du 6 juillet 1387 demeure strictement appliquée à Paris.
Cf. P. Glorieux, Pierre d'Ailly el Saint Thomas, dans Littérature el
religion. Mélanges... J. Coppin (1967) 45-54.
On trouvera d'autres exemples encore, infra: Contrôles et censures en
matière doctrinale.

Les sanctions.
Les contrôles qu'on vient de dire seraient inopérants, et les Statuts
demeureraient vains et inefficaces, s'ils n'étaient appuyés de sanctions,
aussi bien positives d'ailleurs que négatives, effectivement appliquées
par les autorités compétentes. Il en est ainsi : toute une série est prévue
par les Statuts ; et la vie témoigne de leur emploi constant.
Sanctions positives. — Elles constituent d'ailleurs la normale des cas. —
Admission à la lecture de la Bible. — A la fin des six années d'audition, si
les témoignages apportés sur le candidat (assiduité, moralité, travail) ont
été concluants et l'examen passé par lui devant les quatre maîtres dési
gnés jugé satisfaisant, la faculté l'autorise à commencer ses deux cursus.
Admission à la lecture des Sentences. — Après son second cursus, et
s'il satisfait à toutes ses obligations, le bibliste peut être autorisé, par la
faculté toujours, à entreprendre sa lecture des Sentences.
l'enseignement au MOYEN AGE 169

Promotion à la licence. — Toutes les conditions requises étant présentes,


et après vote favorable de la faculté, c'est le chancelier qui confère au
bachelier au terme de ses années de probation, la « licentia docendi ubique
terrarum ». Il restera à celui-ci à tenir ses actes de maîtrise pour avoir
droit au titre de maître.

Sanctions négatives. — Elles sont de divers ordres et degrés, allant de


l'amende pécuniaire à l'exclusion définitive.
Simples avertissements ou monitions, émanant du maître ou du bache
lier ; parfois aussi de l'appariteur.
Amendes pécuniaires sanctionnant des manquements plus ou moins
graves : 2 sols au « cursor », pour manquement à l'un de ses deux exercices
(B. 25) ; un quart de franc au bachelier formé pour défaut à l'un de ses
cinq (ou quatre) exercices (B. 41) ; 2 sols pour non-présence en épitoge ou
chape aux exercices religieux (B. 46) ; aux réunions de l'Université,
12 den. par. (B. 50) ; à celles de la faculté : 2 sols (B. 50).
Befus de promotion : pour quiconque a manqué de respect à un maître,
tant qu'il n'a pas présenté excuses et réparation suffisantes (B. 68).
Exclusion des listes de la faculté : du « cursor » qui n'a pas commencé
son « cursus » en temps réglementaire (B. 21).
Betard d'un jubilé (deux ans) pour la promotion à la licence, du bache
lier formé absent plus de trois fois aux actes et exercices prescrits (B. 42)
absent de Paris plus de trois mois sans en avoir avisé le bedeau (B. 74)
ne s'étant pas acquitté de ses actes au temps ou au rythme prévus (B. 49)
ayant omis les sermons qu'il doit ou qu'on lui a demandés en temps voulu
(deux mois à l'avance) (B. 48).
Perte de tous droits ou titres acquis : pour quiconque s'avérerait être
de naissance illégitime (B. 33) ; pour quiconque également est convaincu
de mensonge, dans ses déclarations ou dépositions.
Bétractations et amendes honorables, en cas de condamnation par
l'autorité légitime ; déposition et exclusion, en cas de refus, ou d'erreur
trop grave.

En ce dernier domaine, on a cru utile, en raison de leur importance


particulière, pour la théorie comme pour la pratique, de traiter et grouper
à part les contrôles et censures en matière doctrinale.

La pratique. Documentation.

On trouvera donc ici, sommairement relevées, les principales interven


tions de la faculté en matière doctrinale : objet et circonstances ; la suite
qu'elles ont pu avoir.
[85] David de Dinant et Amaury de Bène. — Doctrines condamnées au
Concile de la province de Sens, à Paris, 1210 ; à nouveau par Robert de
170 P. GLORIEUX

Courçon en 1215. Le corps d'Amaury doit être exhumé. Les Qualernuli de


David livrés pour être brûlés.
D'Argentré, Colleclio ¡udiciorum, I, 126ss. ; Chartul. Univ. Paris, I, p. 79.
Cf. G. Théry, David de Dinant (Kain, 1925).
[86] Talmud. — 35 articles extraits du Talmud sont soumis (1238) à Gré
goire IX par Nicolas Donin, de La Rochelle. Saisie du Talmud et enquête
ouverte par les évêques. Saint Louis fait brûler à Paris, en 1242, des exem
plaires du Talmud. — Condamnation, 15 mai 1248.
D'Argentré, I, 146-156 ; Chart. I, 178.
Cf. Loeb, Revue des études juives, 1880, p. 259s.
[87] Etienne de Venizy, O.P. — Dix articles réprouvés par les maîtres de
Paris et condamnés par le chancelier Eudes, le 31 janvier 1241. A trois
reprises, les Chapitres provinciaux des Frères Prêcheurs les font rayer des
cahiers de cours.
Éd. Chart., n. 128.
[88] Pierre Lombard. — Huit de ses positions sont « communiter repro-
batae a magistris parisiensibus ».
Chartul., n. 194.
[89] Simon. — Dix erreurs relatives au Christ, soutenues lors de ses vespé-
ries, en 1252. Rétractées par lui.
D'Argentré, I, 370-371.
[90] Jean Brescain, 21 décembre 1247. — Condamnation de ses thèses.
Renouvellement des sanctions portées contre lui : interdiction de séjour et
d'enseignement.
D'Argentré, I, 158-159.
[91] Gérard de Borgo San Donnino. — Son Introductorius déféré à Rome,
vers mars 1254, par les maîtres de Paris. Ceux-ci et les représentants des
Mendiants entendus contradictoirement. Soumis, en juillet 1255, par
Alexandre IV à l'examen de trois cardinaux. — 31 erreurs condamnées par
le pape, les 23 octobre 1255 et 8 mai 1256. Le livre doit être détruit.
Chart, n. 253, 257, 258.
[92] Guillaume de Saint-Amour. — 43 articles extraits de ses sermons, à
Mâcon ou Paris, dénoncés par les Frères Prêcheurs. — Son De Periculis
déféré également à Rome par le roi Louis IX, vers juillet 1256. Examen
confié à quatre cardinaux. Condamnation par Alexandre IV (Romanus
Pontifex, 5 octobre 1256). Guillaume, à Anagni, présente son Mémoire
justificatif. Les sanctions sont maintenues : interdiction de séjour à Paris et
dans le royaume ; interdiction d'enseigner et de prêcher.
Cf. Faral, Les « responsiones » de Guillaume de Saint- Amour, dans Arch.
Hist. Litt. Docl. M. A., 1950, 337-394.
[93] Christian de Beauvais (et Eudes de Douai). — Réprobation du De
Periculis de Guillaume de Saint-Amour, les 18 et 23 octobre 1256 ; rétracta
tion publique à Paris, le 12 août 1267.
Cf. A.F.H. 1937, p. 58-63.
[94] Pierre de Tarentaise, O.P. — Une liste de 108 prétendues erreurs
extraites de son Comm. in Sent., ont été dénoncées à Jean de Verceil, le
Maître de l'Ordre. Celui-ci demande à Saint Thomas son appréciation
(1265-67). — C'est l'Opuscule IX de Saint Thomas.
Cf. R. Martin, Notes critiques au sujet de l'Opuscule IX de Saint Thomas,
dans Mélanges A. Pelzer (1947) 303-323.
[95] Cantor Peronae. — A son inceptio, à Paris, vers 1270-71, sous Gérard
d'Abbeville, en présence de Saint Thomas, Peckham, Roger Marston, de
l'enseignement au MOYEN AGE 171

24 maîtres en théologie, voit condamner sa thèse « quod Verbum in divinis


dicitur essentialiter et notionaliter ».
Cf. Roger Marston, Quaesl. Disp. VI, p. 116s.
[96] Paris, 10 décembre 1270. — Condamnation par Etienne Tempier de
13 thèses averrolstes. Une liste de 15 propositions avait auparavant circulé,
dont trois visaient saint Thomas, au sujet de laquelle Gilles de Lessines
consulta Albert le Grand.
Ed. : Chart., I, p. 486. Cf. Mandonnet, Siger de Brabant, I, 111.
[97] Paris 7 mars 1277. — Condamnation par Etienne Tempier, après
consultation des maîtres en théologie, de 219 propositions averrolstes et
aristotéliciennes.
Éd. : D'Argentré, II, 188-200 ; Chart. I, p. 543ss ; Mandonnet, Siger de
Brabant, II, 175-191.
[98] Oxford, 18 mars 1277. — Condamnation par Robert Kilwardby, du
consentement de tous les maîtres, régents ou non, de trente articles erronés :
4 in grammatical i bus, 10 in logicalibus, 16 in naturalibus.
Ed. Chart. I, 558 s.
[99] Brixianus O. P., lecteur à Venise. — Consultation adressée à Saint
Thomas sur 30 (puis 35) articles, dont 26 soutenus à Rome. — Réponse de
celui-ci, en double rédaction, en mars, puis avril 1271, après réception
d'autres questions posées par les étudiants de Venise, ainsi que d'une lettre
de Jean de Verceil avec 42 questions.
Cf. J. Destrez, La lettre de saint Thomas au lecteur de Venise... dans Mélan
ges Mandonnet, I, 103-189.
[100] Anonyme (Gilles de Rome?). — De erroribus philosophorum. —
Relevé de 15 erreurs d'Aristote, 13 d'Averroès, 19 d'Avicenne, 17 d'Aîgazel,
14 d'Alkindi, 15 de Maïmonide.
Éd. : D'Argentré, I, 238-245 ; Mandonnet, Siger de Brabant II, 3-25 ;
J. Koch-J. Riedl, Giles of Rome, Errores philosophorum (Marquette Univ.
1944).
[101] Gilles de Rome, О. S. A. — Certaines des 219 thèses condamnées en
1277 (telle l'unité de forme) l'atteignent et arrêtent sa carrière. C'est
seulement après le 1er juillet 1285 qu'il consent aux rétractations demandées
et est promu à la licence.
Cf. Mandonnet, La carrière scolaire de Gilles de Rome, dans Rev. Sc. thiol,
phil., 1910, 480-499.
[102] Richard Knapwell, O.P. — Huit de ses thèses condamnées par
Peckham, 30 avril 1286.
Cf. P. Glorieux, Comment les thèses thomistes furent proscrites à Oxford,
Rev. Thorn, 1927, 260.
[103] Jean Quidort, O.P. — Seize articles, extraits de son Comment, in
Sent, dénoncés en 1285-86 aux autorités (de l'Ordre, sans doute). Il y répond
par un Mémoire justificatif. Son avancement fut alors interrompu jusque
vers 1300.
Cf. P. Glorieux, Un mémoire justificatif de Bernard de Trilia, dans Rev.
Sc. phil. thiol., 1928, 405-426 ; 1929, 23-58 ; 1930, 464-474.
[104] Pierre Jean Olieu. — Ses écrits, confiés en 1282 à l'examen de sept
maîtres et bacheliers des Mineurs de Paris. Lettre des sept sceaux ; et
Rolulus censurant 34 thèses extraites de ses questions. Il souscrit (automne
1283) à la lettre. Répond (Nîmes 1285) au Rolulus par un Mémoire justificatif
— Nouvelle dénonciation en 1285, au chapitre de Milan. — Réhabilitation
au chapitre de Montpellier (1287). — Profession de foi, à sa mort (14 mars
172 P. GLORIEUX

1298). — Trois de ses articles retenus, et réprouvés, au Concile de Vienne.


Denz. 480.
[105] Arnauld de Villeneuve. — Ses thèses sur l'Antéchrist et son avène
ment, réprouvées, et lui-même arrêté à Paris (1300) et emprisonné par
1 'official. Appel au roi de France (12 octobre 1300) et au Pape.
[106] Jean Quidort, O.P. — Ses thèses eucharistiques (thèse de l'impa-
nation) soulèvent contradiction et opposition (novembre 1304). Dénoncé à
l'évêque de Paris ; comparution et défense ; consultations ; condamnation
parisienne (juin 1305). Appel au pape. Mémoire romain. Jean Quidort à la
Curie, à Bordeaux. Sa mort (22 septembre 1306).
Cf. P. Glorieux, Les thèses eucharistiques de Jean de Paris, O.P. Histoire
d'une controverse.
[107] Raymond Lulle. — Durant son séjour et son enseignement parisien
(été 1309-septembre 1311) son Ars brevis et son Ars generalis ultima sont
examinés, et approuvés, par la faculté des arts (10 février 1310) et le roi
Philippe IV (2 août 1310) ; puis par le chancelier François Caracciolo, qui
en confirme l'orthodoxie (9 septembre 1311).
Chart. II, p. 148, n. 691.
[108] Oxford, février 1315. — Condamnation par les maîtres en théologie
de huit articles relatifs à l'action extérieure du Père et du Fils.
Monumento Académica, Rolls Series, I, 100.
[109] Durand de Saint-Pourçain. — A la demande du Chapitre de Metz
(1313), une commission de dix membres relève les thèses erronées soutenues
par Durand dans son Commentaire des Sentences. Liste de 93 articles
réprouvés, dressée par Pierre de la Palud et Jean de Naples (3 juillet 1314).
Durand, alors lecteur à Avignon, écrit sa justification, ses Excusationes.
Critiqué par Hervé Nédellec : reprobationes excusationum. — Une seconde
liste, de 235 articles où il s'écarte de l'enseignement de saint Thomas, est
encore dressée par Pierre de la Palud et Jean de Naples, en 1316-17.
Cf. J. Koch, Durandus de Sancto Porciano (Beiträge, XXVI, 1927).
[110] Barthélémy, Cist. — Treize articles extraits de son Comm. in
Sent, ont été dénoncés, et réprouvés, par les maîtres de Paris. Pleine rétrac
tation, en juin 1316, à Saint Bernard.
Éd. : K. Michalski, La révocation par fr. Barthélémy en 1316 de 13 thèses
incriminées, dans Aus der Geisleswelt..., Mélanges Grabmann, 1935, 1091-98.
[Ill] Jean de Pouilly. — Treize (puis quinze) articles extraits de ses
Quodlibets et de ses sermons, sur les pouvoirs des curés et des Mendiants,
sont dénoncés à la Curie (novembre 1317) par les Frères Prêcheurs et
Mineurs de Paris. — Convocation et défense à Avignon (1318). Ramenées à
neuf, puis à trois, ces thèses sont condamnées par Jean XXII, Bulle Vas
eleclionis, du 24 juillet 1321. ■— Rétractation de Jean de Pouilly à Paris, le
27 juillet 1321.
Éd. : D'Argentré, I, 301 ; — Charlul. II, n. 799. Cf. Koch, Rev. Théol.
anc. méd. 1933, p. 390-422.
[112] Pâques 1318. — Censure par la commission pontificale de trois arti
cles des Fraticelles de Marseille.
Éd. : Charlul., II, n. 760.
[113] Fraticelles. — Cinq erreurs sur l'Église et les sacrements condamnées
le 23 janvier 1318 par Jean XXII, dans la Constitution Gloriosam Ecclesiam
(auparavant déjà par S. Romana atque, du 1er janv. 1317).
Denz. 484-490. — Cf. J. Koch, Theol. Quartals. (1932), 145 ss.
[114] Maître Eckhart, O.P. — 49 articles extraits de ses écrits et ses ser
l'enseignement au MOYEN AGE 173

mons, lui sont reprochés par le tribunal ecclésiastique de Cologne, le 26 sep


tembre 1326 ; il y répond. Seconde accusation et seconde défense, contenant
59 propositions extraites de ses sermons. Devant le peuple de Cologne, le
13 février 1327, il rétracte par avance toutes les erreurs qu'il aurait soute
nues. — Recours à Rome, rejeté le 22 février 1327. — Après sa mort (1327),
26 (ou même 28) articles sont condamnés par Jean XXII, le 27 mars 1329,
dans la Constitution In agro dominico.
Denz. 501-629. Cf. Théry, Arch. Hist. Doctr. Litter. M. A. (1926) 129-268.
[115] Guillaume Occam. — 51 articles extraits de son Comm. in Sent,
sont dénoncés par le chancelier d'Oxford, et transmis en Curie • censurés
par une commission pontificale. Ep 1324, Guillaume y est convoqué. Condam
nation à Avignon, début de 1326. Fuite d'Occam (25 mai 1328). Plus tard
(25 septembre 1339 ; 29 décembre 1340), la faculté des arts de Paris réprouve
la doctrine occamiste.
A. Pelzer, Les 51 articles de Guillaume Occam censurés en Avignon en 1326,
dans Rev. hist. eccl. (1922) 240-270.
[116] Marsile de Padoue et Jean de Jandun. — Cinq thèses sur la constitu
tion de l'Église, censurées et condamnées par Jean XXII, le 23 octobre 1327;
Constitution : Licet juxla doclrinam. Tous deux excommuniés. Marsile
meurt en 1343 non réconcilié.
Denz. 495-500.
[117] Pierre Jean Olieu. — Sa postule sur l'Apocalypse, examinée en 1319
par une commission de huit théologiens, qui en dénoncent 60 articles
comme téméraires ou hérétiques. Condamnation de cette Postille par
Jean XXII, le 8 février 1326.
Baluze-Mansi, Miscell. II, 258-270.
[118] Jean XXII. — Ses thèses sur la vision beatifique et son délai,
prêchées dans ses sermons d'Avignon, 1331-32, provoquent oppositions et
controverses. — Assemblée de Vincennes, 19 décembre 1333, convoquée
par le roi. 26 docteurs réprouvent les positions du pape, le 2 janvier 1334. —
Consistoire. Rétractation de Jean XXII, la veille de sa mort, 4 décembre
1334. — Constitution, Benedictus Deus, de Benoît XII, le 29 janvier 1336.
Denz. 530-531. Cf. Le Bachelet, art. Benoit XII, dans D.T.C. II, 657-696.
[119] Thomas Walleis, O.P. — Sermon du 3 janvier 1333 ; allusions à la
pauvreté religieuse, à la vision beatifique immédiate. — Son arrestation.
Six assertions réprouvées. La captivité dure encore en 1338.
Chart. II, n. 975.
[120] Nicolas d'Autrecourt. — Mandé à Avignon dès le 21 novembre 1340,
puis par Clément VI avant le 19 juin 1342, il a à répondre de 32 proposi
tions (dont 27 de ses lettres contre Bernard d'Arezzo), puis de 23 autres
articles. Condamnation avant 19 mai 1346 ; destitué de son grade de maître
es arts, inapte à la maîtrise en théologie. Son désaveu solennel à Paris,
le 25 novembre 1347.
Cf. Vignaux, art. Nicolas d'Autrecourt, dans D.T.C. 561-587. — Chart.
II, p. 576-587, n. 1124.
[121] Jean de Mirecourt, Cist. — 50 articles extraits de son Comment, in
Sent. (1345) dénoncés et condamnés (1347) par 53 maîtres. Mis en ordre
par Hugolin O.S. A. — Essai de justification par lui (Paris, Nat. lat. 15883,
f. 150s).
D'Argentré 1, 343 s ; Charlul, II, n. 1147.
[122] Gui, O.S. A. — Neuf propositions soutenues par lui en diverses occa
sions : leçons, dispute quodlibétique, collations, etc. et ayant trait surtout
174 P. GLORIEUX

au mérite, à la liberté, au péché, ont été condamnées par la faculté et le


Chancelier. Il se rétracte pleinement (16 mai 1354).
D'Argentré, I, 373 s.
[123J Simon Fréron. — Rectifie en 1356, quelques-unes des thèses soute
nues par lui lors de ses vespéries.
D'Argentré, I, 370.
[124] Jean Guyon, O.M. — Cinq articles (extraits sans doute de son
Comment, in Sent, ou de son Ium Principium) sont rétractés par lui, le
12 octobre 1348, à Saint Jacques, à Paris. Ils portent sur la génération en
Dieu.
Chartul. II, n. 1158, p. 622s.
[125] Maître Louis. — Professeur de théologie. — Plusieurs propositions
malsornantes sur le vouloir divin. Rétractées en 1362.
D'Argentré, I, 381-382.
[126] Der.ys Soulechat, O.M. — Erreurs sur la pauvreté évargélique,
soutenues lors de son principium in Sent, en 1363. — Première rétractation
à Paris ; puis, le 31 janvier 1366, à Avignon, où il avait interjeté appel ;
enfin le 12 août 1369 à Paris, avec quelques articles additionnels.
D'Argentré, I, 382-386.
[127] Jean de Calore. — Cinq de ses assertions au cours de ses vespéries
(1363) ont été dénoncées. Il s'explique et se rétracte.
D'Argentré, I, 387.
[128] Carme. — Dix articles soutenus dans un sermon à Arras ; révoqués
à Paris devant le chancelier, vers 1366. — Cf. Paris Nat. lat. 16408, f. 102-
110.
Cf. P. Glorieux, Jean de Falisca, p. 100.
[129] Pierre d'Ailly. — Deux propositions relatives à la Trinité, émises par
lui dans sa sorbonique (1377-1380) dénoncées comme malsonnantes. Il s'en
explique en un mémoire justificatif.
Éd. : Gerson, Op. Omn. (éd. Elues du Pin) I, 617D-620D : sorbonique ;
625C-630B : Mémoire justificatif ; 620D-625C : additif
[130] Jean de Montson, O. P. — Certaines thèses de ses vespéries (grâce
du Christ ; Immaculée Conception) en 1387 sont dénoncées ; 14 propositions
condamnées (6 juillet-13 août 1387). Appel à Rome. La faculté entendue
contradictoirement à Avignon (juillet 1388). Fuite de Jean de Montson. —
Les Dominicains exclus de l'Université jusqu'à résipiscence.
Chartul. III, p. 486-515 ; Gerson, Op. Omn, I, 697-722 ; cf. supra, p. 168.
[131] 19 septembre 1398. Condamnation par la faculté de théologie de
27 articles sur les superstitions, la magie, etc.
D'Argentré I, 370-371.
VI. — Instruments de travail

On trouvera groupés sous ce titre, des renseignements assez variés


concernant, non plus les techniques et méthodes employées dans l'ensei
gnement, mais les moyens ou procédés de travail, d'ordre plus matériel,
qu'ont alors à leur disposition maîtres et étudiants, et dont ils font usage
pour approfondir, fixer ou transmettre leur pensée.

1. Réportations.
Les textes de cette époque peuvent nous parvenir sous un double état
qui en conditionne et la valeur et le crédit à leur accorder : sous forme de
réportations, ou de rédactions.
Reporter, c'est relever, prendre au vol (non pas sous la dictée) les ensei
gnements ou déclarations faits par un maître ou un bachelier lors d'un
acte scolaire : leçon, dispute, sermon, etc.
La réportation est le texte résultant de ce travail et dans lequel se
trouve livrée et exprimée la pensée de l'auteur. Sa valeur est évidemment
fonction de celle du reportator.
Celui-ci peut être ou bénévole, ou attitré, ou reconnu. — Le reportateur
attitré sera soit le secrétaire attaché à un maître et utilisé à cette fin, soit
un spécialiste qui loue ses services. — Le reportateur bénévole, spontané,
agit de son propre chef, la plupart du temps pour lui-même, pour assem
bler textes ou documents qu'il souhaite garder afin de s'en servir le cas
échéant. — Il n'agit pas nécessairement à l'insu du maître ; son travail
peut être connu ou même reconnu par celui-ci.
La valeur de la réportation (il ne s'agit pas de calligraphie, évidemment)
dépend toute de la valeur du reportateur, qui est tout autre chose qu'un
copiste ou un scribe. Le relevé qu'elle fournit peut être plus ou moins
complet, plus ou moins exact aussi ; tout est conditionné non seulement
par la dextérité, la rapidité, le métier du reportateur, mais par son intelli
gence, sa finesse, la sûreté de son jugement.
Il s'ensuit qu'une simple réportation, surtout anonyme comme c'est
généralement le cas, est toujours plus ou moins sujette à caution ; à moins
qu'elle n'ait la garantie de l'auteur, du maître, qui l'a contrôlée et approu
vée.
176 P. GLORIEUX

Ainsi le Comm. in Mallheum de St Thomas, a été reporté par Pierre d'Andria


(c. 1-15) et par un étudiant séculier (c. 15-28) « ... quae defectiva est ». —
Le Commentaire sur Saint Jean, par Raynald de Piperno « sed correxit
eum fr. Thomas » « ... qua non invenitur melior ».
Pour le Comment, in I-IV Sent, de Jean Quidort, [103] il a pu contrôler
lui-même cinq réportations : « modum inquisitionis mee vidi in reportatione
fr. N. et aliorum fratrum quatuor » ... « patet in reportatione de Sancto
Vie. super 4 ».

Même alors, elle ne donne pas nécessairement tous les développements


fournis au cours. Et c'est pourquoi, tout en étant exacte, elle peut être
incomplète, et même fausser la pensée du maître par ce qu'elle n'a pas dit,
du moins ne pas la présenter en sa richesse.
Il s'ensuit que deux réportations d'un même exercice, peuvent différer,
parfois même assez fortement, l'une de l'autre.
On en a un cas très frappant dans les Quest. Disput, de Gonzalve de Val-
bonne, rapportées très différemment par Avignon 1071 et Troyes 661.
De même Matthieu d'Aquasparta, Quaesl. Disput. De Christo 5-7, d'après
Assise 134 et Paris Arsenal 379.

Ces différences s'accentuent encore très sensiblement parfois, du fait


que certains exercices scolaires se déroulent en deux temps, et que la
réportation peut être le reflet de l'une ou l'autre séance. C'est le cas surtout
pour les Questions Disputées, qui ont d'abord une séance publique de
discussion, la dispulatio proprement dite, puis la reprise par le maître,
la delerminalio. Et plus particulièrement encore, pour les disputes quod-
libétiques où la reprise par le maître met un certain ordre dans le décousu
fatal de la séance de dispute : de quolibet a quolibet.
Dans l'un et l'autre cas, la réportation de la première séance reflète la
suite de la discussion, les arguments échangés, la réponse parfois immé
diate, parfois rejetée à la fin, les positions du responsalis, quelquefois les
interventions du maître. Dans la dispute du quodlibet, il y a en outre la
succession capricieuse des questions posées au gré des auditeurs. On y
trouve assez souvent les noms des divers acteurs.
La réportation de la seconde séance témoigne d'une ordonnance intro
duite par le maître, tant dans la présentation des objections que dans leur
solution, et l'exposé de sa thèse avec ses arguments. Tous les arguments
échangés dans l'autre séance ne sont pas nécessairement repris, non plus
que les prises de position du responsalis.
Quand on ne possède la réportation que d'une seule de ces séances, il
importe de l'identifier pour saisir sa véritable portée. Par contre, l'étude
comparée de deux états, quand on en possède les réportations, est des
plus instructives.
Beaucoup de recueils de questions, composés au jour le jour, sont des témoins
du premier état de la séance de dispute. Ainsi par exemple :
l'enseignement au MOYEN AGE 177

— pour les Questions Disputées : le recueil de Prosper de Reggio [19],


de Raoul de Colebruge [2], Jean de Falisca [23], Jean de Saint-Germain [16],
Arras 873 [4], Guillaume de Magno-Saltu [9], Douai 434 [1], Theobald de
Narnia [32] ;
— pour les Quodlibets : le Quodl. XI de Saint Thomas, Jean de Falisca
[23], Nicolas de Bar [15], Gervais du Mont Saint-Éloi [12] ;
— pour les Comment, in Sent, et les principia: Jean Regis [26], Raoul de
Colebruge [2], Richard de Bazoques [31], Pierre Roger [20], Pierre de
Candie [29], François Caracciolo [18].

L'existence d'une double reportation, des deux séances, est beaucoup


plus rare.
Voir le Quodl. de Pierre de Tarentaise ; quelques Questions Disputées de
Gonzalve de Valbonne : deux réportations et rédactions assez différentes,
d'après Avignon et Troyes ; les Questions Disputées De Christo, de Matthieu
d'Aquasparta ; le De gradibus formarum, de Guillaume de Falegar : repor
tation de la séance ; éd. Zavalloni, d'après Assise 158 ; rédaction de la deter
minate, éd. P. Glorieux, RTAM (1957) 296-319, d'après Arsenal 457.

2. — Rédactions.

A la différence de la reporlalio, la rédaction est l'état élaboré d'un texte,


dont l'auteur assume la responsabilité, qu'il y suive ou non l'ordre et le
détail des développements tels qu'ils furent donnés devant l'auditoire
scolaire.
Il y faut chercher la pensée définitive de l'auteur plutôt que la physio
nomie des séances où celle-ci fut exposée.
En règle générale, l'ordre adopté pour sa présentation est plus logique,
plus didactique, que celui qui fut suivi dans l'exercice scolaire. La forme
littéraire en est plus soignée. Les détails concrets, noms ou allusions, en
sont généralement bannis. L'auteur prend position sur les problèmes
soulevés, il détermine, encore que les nuances y soient toujours de mise.
Si l'écrit est moins vivant, moins spontané qu'une reportation, il est
plus authentique. Par lui, on communie avec la pensée, et la personne, de
l'auteur.
C'est l'état normal de la grande majorité des textes que nous a légués le
Moyen Age. Surtout, peut-être, pour les Commentaires sur les Sentences,
soigneusement et longuement préparés par le bachelier, et vite prêts pour
la rédaction définitive.
Mais aussi pour les Questions Disputées qui constituèrent assez vite,
pour certains maîtres, le plus net et le plus important de leur enseignement
et de leur production littéraire.
Pour les Quodlibets aussi, que certains, un Henri de Gand par exemple,
un Godefroid de Fontaines, Jean de Pouilly, etc. soignaient particulière
ment et qui réclamaient, on le comprend facilement, une rédaction per
sonnelle.
178 P. GLORIEUX

La rédaction n'atteint pas toujours du premier coup à la perfection


visée par l'auteur. On possède ainsi parfois deux, ou même trois essais,
avant le texte définitif.
Exemple dans Jean de Falisca.
D'autres fois, le fond même est remis en question, et on se trouve en
présence de rédactions successives, remaniements plus ou moins profonds
(n'impliquant pas d'ailleurs nouvelles soutenances).
C'est le cas pour Duns Scot et son Commentaire sur les Sentences, pour
Durand de Saint-Pourçain, (dont le sien a connu trois rédactions), pour
Pierre de la Palud.
Dans l'ordre, enfin, non plus de l'exécution mais de la préparation, plus
ou moins lointaine, il y a lieu de noter :
— les brouillons ou essais, tel celui de St Bonaventura [3], de Jean de
Falisca [23] ;
— les recueils-préparatoires, rassemblant documents variés recueillis
par l'étudiant, en vue de ses travaux à venir, tels ceux de Raoul de Cole-
bruge [2], Godefroid de Fontaines [7], Jean de Falisca [23], Arras 873 [4],
Paris, Nat. lat. 16407 [8], Mazar. 732 [14].

3. — Slalionarii. Peciae.

Tout un monde gravite autour de l'Université, véritable corps de métier


destiné à alimenter maîtres et étudiants en cahiers, en copistes, en textes
aussi. Ce sont les libraires, ou stationarii, dont le Statut est fixé par
l'Université et les activités soumises à son contrôle ; mais aussi parche-
miniers, copistes, papetiers, enlumineurs, etc.
On peut s'approvisionner chez eux en matériel nécessaire, à des prix
fixés par la corporation et surveillés par l'Université ; mais aussi, et
surtout, en textes indispensables ou utiles aux études. La liste de ces
ouvrages est dressée par les autorités universitaires. Un corps de copistes
agréés en multiplie les exemplaires, qui doivent être conformes aux
modèles déposés. — Le titre, l'importance, le prix de ces divers ouvrages
sont fixés par l'Université en des documents officiels.
On possède encore deux de ces listes : l'une de 1275/86 (éd. Chartul. I,
p. 644-650), l'autre du 25 février 1304 (Chart., n. 642), avec des ouvrages
de théologie, philosophie ou droit. Livres de texte et ouvrages classiques
d'abord : Bible, gloses, autorités et traités des Pères (originalia) en théo
logie ; — Décret, apparat, Digeste, etc. (soit quelque 26 ouvrages) pour le
Droit ; — Traités divers d'Aristote, et commentaires approuvés pour la
philosophie. — Mais aussi des auteurs plus récents : fr. Thomas d'Aquin
(32 numéros), Albert (21), Pierre de Tarentaise (6), Gilles de Rome (26),
Richard de Mediavilla, Godefroid de Fontaines, Henri de Gand, Pierre
l'enseignement au MOYEN AGE 179

d'Auvergne. — Sans parler enfin des collections plus ou moins importantes,


et variées, de sermons.
Les textes authentifiés par l'Université, constituent les « exemplaria »
qu'on se doit de reproduire fidèlement. Ils sont évalués, pratiquement, pour
la transcription, en « peciae » (pièces) correspondant plus ou moins à un
cahier in-f° ou un demi-cahier. A Bologne et Padoue, la pecia correspond
à 16 colonnes de 60 lignes, à 32 lettres ou signes ; à Paris, ce serait à peine
le quart : onze colonnes de 12 lignes à 40 lettres.
Le prix est fixé au prorata des pièces, soit pour l'achat soit pour la
location. On peut en effet louer un ouvrage, une pièce à la fois, pour le
transcrire ou faire transcrire ; la dernière risque parfois de ne pas revenir
chez le libraire en très bon état.
On peut également recourir aux stationarii, pour obtenir reproduction
d'un ouvrage donné, soit pour l'usage privé, soit pour l'usage public, vente,
etc. En ce dernier cas, il faut que l'ouvrage ait été soumis à la faculté et
obtenu son « nihil obstat » et celui du chancelier (B. 9).

4. — Bibliothèques.
Il n'y a nulle part, au commencement du хше siècle, l'équivalent de
ces lieux et instruments privilégiés de travail que sont pour nous salles
de lecture et bibliothèques. Sauf peut-être en certains monastères ; mais
l'accès en est alors réservé aux seuls membres de la communauté.
On peut mentionner ainsi l'abbaye de Corbie, le Bec-Hellouin, Saint-
Martial de Limoges, Saint-Victor à Paris, etc. Il y a là effectivement des
bibliothèques plus ou richement fournies : celle de Saint-Martial par exem
ple, sous Bernard Itier, offrait 151 volumes ; celle de Corbie, 309, puis
342 ; celle de Saint-Amand, 315 ; de Sainte-Geneviève, à Paris, 117 ; celle
du chapitre de Notre-Dame en 1297, en comptera 120. Mais elles ne sont
pas accessibles aux profanes.
Ces derniers doivent se contenter de collections particulières, qu'ils
auront réussi à se constituer à grands frais et à grand peine, en recourant
aux stationarii, ou en faisant transcrire des textes obtenus de diverses
sources.
On connaît, surtout p?r les legs qu'ils feront de leurs volumes, quelques-
uns de ces maîtres plus favorisés ; en tout premier lieu un Richard de Four-
nival, mort avant 1260, dont la bibliothèque comporte quelque 300 volu
mes ; un Gérard d'Abbeville, qui entra en possession de ce trésor avant de
le léguer au Collège de Sorbonne ; un Godefroid de Fontaines, etc.
Il faudra attendre toutefois la fondation des grands Collèges, tout
particulièrement de celui de Sorbonne, pour voir se constituer des biblio
thèques ouvertes sous certaines conditions aux étudiants et aux maîtres,
et fournissant ainsi de précieux instruments de travail.
Au Collège de Sorbonne, fondé en 1257, les premiers dons arrivent dès
180 P. GLORIEUX

1258, mais surtout en 1272, 1274, 1288, etc. La grande librairie, avec ses
livres attachés avec des chaînes, est ouverte en 1289. L'inventaire de 1290
enregistre 1017 volumes. Le Catalogue de 1338 en compte 1722. Le
répertoire méthodique de la grande librairie est dressé vers cette même
date.
Cf. P. Glorieux, Aux origines de la Sorbonne, I, 214, 233 ss, 239-289,
105 s.
L'exemple ainsi donné fut plus ou moins contagieux. D'autres biblio
thèques s'ouvrent ainsi, aux fonds moins riches toutefois : Navarre,
Sainte-Geneviève, Saint-Victor, Notre-Dame.
Cf. L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits.
Appendice

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

De la corporation à l'Université. — H. Denifle, Die Universitäten des


Mittelalters, I, 1885 ; Les Universités françaises au Moyen Age, 1892 ;
P. Feret, La faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres,
4 vol., Paris 1894-97 ; A. Luchaire, L'Université de Paris sous Philippe-
Auguste, Paris, 1899 ; M. Fournier, Les statuts et privilèges des Universités
françaises depuis leur fondation jusqu'en 1789, Paris, 1890, 1 ; R. Délégué,
L'Université de Paris, 1224-1244, Paris 1902; H. Rashdall, The Uni
versities of Europe in the Middle Ages, 1895 ; nouvelle éd. F. M. Powicke,
A. B. Emden, 1936 ; G. Robert, Les écoles et l'enseignement de la théologie
pendant la lre moitié du XIIe siècle ; Pare, Brunet, Tremblay, La
Renaissance du XIIe siècle. Les écoles et l'enseignement, 1933, 56-94 ;
Ueberweg-Geyer, Grundriss der Geschichte der Philosophie, 1928,
II.681ss ; Stephen d'Irsay, Histoire des universités françaises et étrangères,
des origines à nos jours, I, 1933, Moyen Age et Renaissance ; L. Halphen,
Les débuts de l'Université de Paris, dans Studi Medievali, 1929, 134-9;
Les universités au XIIIe siècle, Rev. hist., 1930, 217-238; 1931, 1-15;
G. Post, Parisian Masters as a Corporation, dans Speculum, 1934, 421-446 ;
M. de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, II, 1936, 8-18 ; M. Tou
louse, La nation anglaise-allemande de l'Université de Paris, des origines
à la fin du XVe siècle. Recueil Sirey, 1939; N. Schachner, The Mediaeval
Universities, Londres, 1938 ; L. Halphen, Les origines de l'Université de
Paris, dans Aspects de l'Université de Paris, 1949, 11-27 ; P. Glorieux,
La faculté de théologie au XIIIe siècle; ibid., 31-60 ; G. Dupont-Ferrier,
La faculté des arts dans l'Université de Paris et son influence civilisatrice,
ibid. 63-80 ; R. Valentini, Lo « Studium Urbis » durante il secólo XIV,
dans Archiv. Depulaz. romana. Sloria patria, 1946, 371-387 ; R. Meiser,
Reilräge zur Gründungsgeschichle der mittelalterlichen Universität, dans
Oesterreich. Akad. Wissens, 1957, 27-50 ; H. Grundmann, Vom Ursprung
der Universität im Mittelaller, Berlin, Akademie- Verlag, 1957 ; C. E. Smith,
The University of Toulouse in the Middle Ages, Milwaukee, 1958 ; P. Kibre
182 P. GLORIEUX

Scholarly Privileges in the Middle Ages (Bologne, Padoue, Paris, Oxford),


Cambridge, Mass., 1961 ; F. Van Steenberghen, La philosophie au
XIIIe siècle, Louvain, 1966 (Philosophes médiévaux, IX).
С. E. Bulaeus, Historia Universitatis Parisiensis, Paris, 1666 ; Cre-
vier, Histoire de l'Université de Paris, Paris, 1761 ; Jourdain, Index
chronologicus chartarum pertinentium ad hisloriam Universitatis Parisien
sis, 1862 ; Denifle-Chatelain, Charlularium Universitatis Parisiensis,
4 vol. Paris, 1889-1897 ; Auctuarium Charlularii, 2 vol., Paris 1894-97.
Le cadre universitaire. — Ch. Samaran, La vie estudiantine à Paris au
Moyen Age, dans Aspects de Г Université de Paris, 1949, 103-132; Gaines
Post, Master's Salaries and Student Fees in Mediaeval Universities, dans
Speculum, 1932, 181 ; A. L. Gabriel, Student Life in Ave Maria College.
Mediaeval Paris., Univ. of N. D., Indiana, 1955 ; Idem, Skara House at
the Alediaeval University of Paris, N. D. Indiana, 1960 ; Idem, The College
System intheXIVlh Century Universities, dans F. L. Uthey, The Forward
Movement of the Ulh Cent., Columbus, 1961, 79-124; P.A. Ford, The
College of Burgundy at the Mediaeval University of Paris, Dissert, abstracts,
1965, 665s ; M. Aron, Un animateur de la jeunesse au XIIIe siècle, 1930,
ch. I.
Les réguliers et leurs Sludia. — Chapotin, Éludes historiques sur la
province dominicaine de France, Paris, 1890 ; P. Mandonnet, De l'incorpo
ration des Dominicains dans l'ancienne Université de Paris, dans Rev.
Thomiste, 1896, 139ss ; Id., Siger de Brabant et l'averroisme latin au
XIIIe siècle, Louvain, 1911 ; Id., Thomas d'Aquin, novice prêcheur. Rev.
Thomiste, 1925 ; G. Meersseman, « In libris gentilium sludeanl ». L'étude
des classiques interdite aux clercs au Moyen Age, dans Italia medioevale et
umanislica, Padoue, 1938, 1-13 ; H. M. Feret, Vie intellectuelle et oie
scolaire dans l'Ordre des Frères Prêcheurs, dans Archiv. d'Hist. Domini
caine, 1946, 5-37 ; E. Ypma, La formation des professeurs chez les Ermites
de S. Augustin de 1256 à 1354, Paris, 1956 ; E. Nasalli-Rocca, Lo
« Studium generale » di Piacenza nel sec. XIII. Contributo alla sloria délie
Universilà, dans Bollet. stor. piacentino, 1956, 129-141 ; L. Simeone,
Aclu legentes in legislatione franciscali, dans Miscell. francesc, 1961, 15-41.

Méthodes et Techniques. — La leçon

Maîtres. — H. Denifle, Quel livre servait de base à l'enseignement des


Maîtres en théologie ? dans Rev. Thorn., 1894, 149-161 ; P. Mandonnet,
L'enseignement de la Bible « selon l'usage de Paris ». Rev. Thorn., 1929,
489-519 ; M. Grabmann, Die Geschichte der Scholastischen Methode, I,
1909; II, 1911 ; P. Mandonnet, Chronologie des écrits scripturaires de
l'enseignement au moyen ace 183

S. Thomas d'Aquin, dans Rev. Thomiste, 1928-29 ; A. Kleinhans, Der


Studiegang der Professoren der hl. Schrift in 13. und 14. Jahrh. dans
Bíblica, 1933, 381-399 ; G. Lacombe-A. Landgraf dans The New Scho
lasticism, 1930, 161ss ; Little-Pelster, Oxford Theology and Theologians,
Oxford, 1934, 25ss, 229ss ; G. Paré-A. Brunet-P. Tremblay, La renais
sance du XIIa siècle. Les écoles et renseignement, 1933, 109-137 ; 213-240 ;
В. Smalley, The Study of the Bible in the Middle Ages, 1941 ; P. Man-
donnet, Dominicains (Travaux des) sur les Saintes Écritures, dans
Diclionn. Bibl., II, 2, 1463-82 ; P. Norbert, Franciscains (Travaux des)
sur les Saintes Écritures, ibid., II, 2, 2373-94 ; С. Spicq, Esquisse d'une
histoire de l'exégèse latine au Moyen Age, IIIe Partie, 141-488 ; J. de
Ghellinck, Pagina et sacra pagina, dans Mélanges Aug. Pelzer, 1947,
23-59 ; H. de Lubac, Sur un vieux distique : la doctrine du quadruple sens,
dans Mélanges Cavallera, 1948, 347-366 ; F. Stegmuller, Repertorium
Biblicum Medii aevi, I-V, Madrid, 1950 ; M.-D. Chenu, Introduction à
l'élude de SI Thomas d'Aquin, Montréal-Paris, 1950, ch. VII ; P. Glorieux,
L'enseignement universitaire de Gerson, dans R.T.A.M., 1956, 88-113.

Le bachelier. — M.-D. Chenu, Maîtres et bacheliers de l'Université de


Paris vers 1240, dans Études d'hist. litt, et doclr. du XIIIe siècle, Ottawa,
1932, 1, 28ss ; P. Glorieux, Sentences (Commentaires sur les), Diet.
Théol. Calhol., 1941, 1860-1884 ; F. Stegmuller, Repertorium Commenla-
riorum in Senlenlias Petri Lombardi, Würzburg, 1947, 1. Introd. ; Van
den Eynde, Essai Chronologique sur l'œuvre de Pierre Lombard, dans
Miscellanea Lombardiana, 1956, 55-58.

La Dispute. — A. Birkenmajer, Ueber die Reihenfolge und die Enl-


slehungszeil der Quaesliones Dispulalae des hl. Thomas, dans Philos.
Jarhb., 1921, 31-49; P. Mandonnet, S. Thomae Aquinalis Quaesliones
Dispulalae, Paris, 1925, 1, 1-12 : Introd. : De la Question à la Dispute;
Idem, Chronologie des Questions Disputées de S. Thomas d'Aquin, dans
Rev. Thomiste, 1928, 266-287 ; 341-371 ; R. Martin, Robert de Melun,
Quaesliones de Divina pagina, Spic. Sacr. Lovan., Louvain, 1932 ; Introd.,
p. xxxiv-xlvi ; J. Warichez, Les Dispuialiones de Simon de Tournai,
Louvain, 1932, p. xliii ss ; P. Glorieux, Les Questions Disputées de
S. Thomas et leur suite chronologique, dans R. T. A. M., 1932, 5-33 ; Little-
Pelster, Oxford theology..., 1934, 29ss ; 226 ss ; F. M. Henquinet, Notes
additionnelles sur les écrits de Guerric de Saint-Quentin, dans R.T.A.M
1936, 381ss ; M. D. Chenu, Introduction à l'étude de S. Thomas d'Aquin
1950, 73-77 ; 241-5 ; J. G. Bougerol, Introduction à l'élude de S. Bona-
venture, 1961, 115-7; 163-175; A. Dondaine, Secrétaires de S. Thomas,
1956, App. I : De l'étendue de la Question Disputée, 209-216.

Le Quodlibet. — P. Glorieux, La littérature quodlibétique de 1260 à


1320, Paris, 1925 ; Idem, La littérature quodlibétique, II, 1935 ; J. A. Des
184 P. GLORIEUX

TREZ, Les disputes quodlibéliques de S. Thomas d'après la tradition manus


crite, dans Mélanges Thomistes, 1923, 49-108 ; P. Mandonnet, S. Thomas
créateur de la littérature quodlibélique, dans Reo. Sc. Philos. Théol., 1926,
477-506 ; 1927, 5-38 ; E. Hocedez, Richard de Middleton, 1925, 395-419 ;
425-433 ; J. Koch, Durandus de S. Porciano 0. P. Beiträge, XXVI, 1927,
105ss, 144ss, 211ss, 338ss, 377-383; F. Pelster, Heinrich von Harclay,
Kanzler von Oxford und seine Quaestionen, dans Miscell. Ehrle, I, 307-356 ;
P. Glorieux, Aux origines du Quodlibet, dans Div. Thomas, PL 1935,
502-522 ; A. Teetaert, La littérature quodlibélique, dans Ephem. theol.
Lovan., 1937, 75-105 ; P. Glorieux, Les Quodlibets VII-XI de S. Thomas,
dans R.T.A.M., 1946, 282-303 ; Id., Le plus beau Quodlibet de S. Thomas
est-il de lui ? dans Mélanges Se. Relig., 1946, 235-268 ; F. Pelster,
Literarhistorische Probleme der Quodlibeta des hl. Thomas von Aquin, dans
Gregorianum, 1947, 78-100 ; 1948, 62-87 ; J. Isaac, Le Quodlibet IX est
bien de S. Thomas, dans A.H.L.D.M., 1947-48, 145-186.
La sorbonique. — Ch. Thurot, De l'organisation..., p. 150, n. 5 ; Feret,
La faculté de théologie de Paris..., Ill, 75, n. 4 ; P. Glorieux, Aux origines
de la Sorbonne, I. Robert de Sorbon. L'homme. Le Collège, Paris, 1966,
224-6.
Le sermon. — Lecoy de la Marche, La chaire française au moyen âge,
Paris, 1886 ; Bourgain, La chaire française au XIIe siècle, Paris, 1886;
Ch. V. Langlois, L'éloquence sacrée au Moyen Age, dans Rev. des Deux
Mondes, 1893, 170-201 ; G. R. Owst, Preaching in Mediaeval England, an
Introduction to Sermon Manuscripts of the Period 1350-1450, Cambridge,
1926 ; Poorter, Un manuel de prédication médiévale. Rev. Néoscol. Phil.,
1923, 197 ; H. Caplan, A Late Mediaeval Tractate on Preaching, dans
Studies in Rhetoric... J. A. Winans, 1925, 61-90 ; E. Gilson, Michel Menot
et la technique du sermon médiéval, dans Rev. Franciscaine, 1925, 301-360 ;
M. M. Davy, Les sermons universitaires parisiens de 1230-1231, Paris,
1931 ; H. Caplan, Classical Rhetoric and the Medieval Theory of Preaching,
dans Classical Philol., 1933 ; J. Welter, L'exemplum dans la littérature
religieuse et didactique du Moyen Age, Paris, 1927 ; G. Canti, La técnica et
lindóle del sermone médiévale ed i sermoni di S. Antonio di Padova, dans
Sludi francescani, 1934, 53 p. ; H. Caplan, Medieval artes praedicandi.
A hand-lisl, 1934 ; Idem, A supplementary hand-list, 1936 ; Th. Charland,
Arles praedicandi. Contribution à l'histoire de la Rhétorique au Moyen Age,
Paris-Ottawa, 1936 ; Little-Pelster, Oxford Theology... Part. II. Ser
mons and Preachers at the University of Oxford in the Years 1290-1293,
Oxford, 1934, 147-215 ; P. Glorieux, Pour jalonner l'histoire littéraire,
dans Aus Geisleswell des Mittelalters, Münster, 1935 ; Th. Kaeppeli, О. P.,
Eine Prothemata-Sammlung aus Pariser Predigten des 13 Jahrhunderts in
cod. Ottob. tat. 505, dans Miscell. Giovanni Mercali, 1946, 11.414-430;
J. Sweet, Some Xlllth Cent. Sermons and their Authors, dans Journal of
l'enseignement au MOYEN AGE 185

eccl. Hisl., 1953, 27-36 ; J. B. Schneyer, Beobachtungen zu lateinischen


Sermonenhandschriften des Staatsbibliothek München, 1958. Bayerisch...
Sitzsungs., H. 8 ; Idem, Eine Sermonesliste des Jacobus von Lausanne О. P.,
dans В. T. A. M., 1960, 67-132; Idem, Eine Sermonesliste des Kardinals
Stephan Langton, dans В. T. A. M., 1962, 159-205; Idem, Wegweiser zu
lateinischen Predigtreihen des Mittelalters, Munich. 1965 ; J. G. Bougerol,
Introduction à l'étude de S. Bonauenlure, 1961, 190-211.

La collatio. — F. Pelster, Handschriftliches zu Scotus dans Franzisk.


Stud., 1923, 21-27 ; С. R. S. Harris, Duns Scolus, Oxford, 1927 ; II, 361-
378 ; С. Balic, De collalionibus Joannis Duns Scoii, dans Bogoslouni
Vestnik, 1929, 186-219 ; F. Pelster, Handschriftlisches zur Ueberlieferung
der Quaestiones super libros Metaphysicorum und der Collaliones des Duns
Scotus, dans Philos. Jahrbuch, 1931, 79-91 ; Paré-Brunet-Tremblay,
La Benaissance du XIIe siècle, 1933, 123-5 ; P. Glorieux, La date des
collaliones de S. Bonaventure, dans A. F. H., 1929, 257-272 ; F. Delorme,
S. Bonavenlurae collaliones in Hexaemeron, Quaracchi, 1934 ; Little-
Pelster, Oxford Theology..., 1934, 53-56 ; P. Glorieux, Aux origines de
la Sorbonne, I, p. 217 ; J. G. Bougerol, Introduction à l'élude de S. Bona
venture, 1961, 178-189.
Séances inaugurales: Introitus, accessus, Principia. — G. Buchwald-
Th. Herrle, Bedeakte bei Erwerbung des akademischen Grade, 1921, 64-76 ;
P. Mandonnet, Chronologie des écrits scripturaires de S. Thomas d'Aquin,
dans Bev. Thomiste, 1929, 496-508 ; F. Ehrle, / piu anlichi slaluli délia
facollà teológica del l'Universilà di Bologna, 1932, 21s, 185ss; A. Klein-
hans, De studio S. Scriplurae in Ordine Fralum Minorum saeculo XIIIo,
dans Anlonianum, 1932, 417ss ; Little-Pelster, Oxford Theology..., 25-
29 ; 42-53 ; 273-5 ; J. Коси, Durandus de S. Porciano, I, 160-8 ; L. Hodl,
Die Aulien des Magisters Johannes von Polliaco und der Scholastische
Streit über die Begründung der Menschliche Willesfreiheit, dans Scholastik,
1960, 57-75 ; J. Barbet, Francois de Meyronnes, Pierre Boger, Dispulalio
(1320-21), Paris, 1961.

Le cadre. — Les instruments de travail

Le Calendrier. — Ch. Wordsworth, The Ancient Kalendar of the


University of Oxford, 1904 ; Little-Pelster, Oxford Theology and Theolo
gians, 1934, 174ss ; Strickland-Gibson, Statuta Antiqua.

Beporlations. — A. Pelzer, Le premier livre des Beportala Parisiensia


de Jean Duns Scot, dans Annales Inst, super. Louvain, 1923, 450-5 ;
F. Ehrle, Der Sentenzenkommentar Petrus von Candia, 1925, 30-56 ;
F. Pelster, Der älteste Sentenzenkommenlar aus der Oxforder Franzis
186 P. GLORIEUX

kaner Schule, dans Scholastik, 1926, 57ss ; P. Glorieux, Un mémoire


justificatif de Bernard de Trilia, dans Reo. Sc. Phil. Theol., 1928, 423-426 ;
С. MiCHALSKi, Die vielfachen Redaktionen einiger Kommentar- zu Petrus
Lombardus, dans Miscell. Fr. Ehrle, 1930, 1.219-264 ; J. Leclercq,
Élude sur S. Bernard et le texte de ses écrits, dans Anal. S. Ord. Cist., 1953,
34ss ; H. V. Shooner La lectura in Matthaeum de S. Thomas, dans Ange-
licum, 1956, 121-142 ; G. Muller, La « reporlatio », dans Salesianum, 1959,
647-659.
Libraires. — P. Delalain, Le libraire parisien du XIIIe au XV*
siècle, Paris, 1891 ; J. Destrez, La « pecia » dans les manuscrits du Moyen
Age, dans Rev. Sc. Phil. Théol., 1924, 182-197 ; Idem, La « pecia» dans
les manuscrits universitaires du XIIIe et du XIVe siècles, Paris, 1935;
Idem, L'outillage des copistes du XIIIe et du XIVe siècles, dans Aus der
Geisteswell... Beiträge... Supplem. Ill, 1935, 19-34 ; A. Pelzer, Godefroid
de Fontaines et ses manuscrits, dans Rev. Néo Scol., 1913, 503-510 ; A. Don-
daine, Secrétaires de S. Thomas, Rome, 1956.

Bibliothèques. — A. Franklin, Les anciennes bibliothèques de Paris,


1867 ; L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Nationale,
I-III ; M. R. James, The Ancient libraries of Canterbury and Dover, 1903 ;
J. Stuart-Reddies, Libraries in the Xllth cent. ; their catalogues and
contents, dans Essays C. Haskins, 1929, 1-24 ; G. Recker, Catalogi biblio-
thecarum antiqui, Ronn, 1885 ; Paré-Rrunet-Tremblay, La Renaissance
du XIIe siècle. Les écoles et renseignement, 1936, 85-88.

P. Glorieux.