Vous êtes sur la page 1sur 18

ATTOUCH H. et NIA H.

(2011), « Portée socioéconomique des réformes du système des


retraites au Maroc» in Revue Marocaine d’Audit et de Développement n° 31-32 Octobre
2011, pp 125-142.

Portée socioéconomique des réformes du système de


retraite au Maroc1
Hicham Attouch Hafida Nia
Enseignant chercheur à la FSJES Meknès Enseignant chercheur à la FSJES Mohmmadia
attouch@gmail.com hafidaniah@gmail.com

Résumé
La mission socioéconomique des régimes de retraite consiste à assurer à leurs bénéficiaires des
prestations convenables et équitables en contre partie de leurs efforts contributifs durant leur vie
professionnelle. Au Maroc, depuis quelques années, cette mission se trouve menacée à cause de
la situation financière rétrograde des différents régimes composant le système de retraite
marocain. La plupart des évaluations faites à ce jour s’accordent sur le fait qu’une telle situation
est due principalement à la baisse continuelle du rapport démographique. Ce phénomène qui
résulte de plusieurs facteurs, entre autres : la hausse du niveau d’instruction impliquant le
recrutement tardif, la baisse des taux de mortalité et l’allongement de l’espérance de vie.
Afin d’éviter le pire (cessation de paiement des prestations) des réformes paramétriques ont été
mises en œuvre. Seulement, cette génération de réformes, qui ne fait que tarder l’échéancier de
la crise, n’a pas permis l’élargissement de la couverture (persistance de l’emploi privé sans
déclarations, etc.) et pose beaucoup de problèmes socioéconomiques: injustices intra-
générationnelle et intergénérationnelle, érosion du pouvoir d’achat des cotisants, faiblesse des
niveaux de prestations, etc.
Désormais, la réflexion pour la résolution de la problématique des retraites est lancée et plusieurs
scénarios sont envisageables. Toutefois, au-delà des équilibres financiers, un changement profond
du système et une correction de ses dysfonctionnements sont nécessaires pour renouer avec la
mission pour laquelle il a été créé : assurance du bien être des prestataires. Ce faisant, certaines
pistes semblent incontournables : réformes de deuxième génération (fonds de pension ou
système multi-piliers). En outre, étant donné que la question des retraites déborde le seul
périmètre du système de retraite, un accompagnement par des politiques économiques
favorables à l’emploi et l’intégration du secteur informel s’impose avec acuité.

Mots clés
Sécurité sociale – fonds de pension – répartition – réforme paramétrique – Capitalisation.

1 Cet article a fait l’objet d’une communication au colloque international « LES RETRAITES AU MAGHREB : Bilan et

Perspectives » à l’ENCG d’El Jadida, les 20 et 21 novembre 2008.


Scope of socioeconomic reforms of the pension
system in Morocco2

Hicham Attouch Hafida NIA


Teacher Researcher FSJES Souissi-Morocco Teacher Researcher FSJES Mohammedia, Morocco
attouch@gmail.com hafidaniah@gmail.com

SUMMARY

The socioeconomic mission of pension is to assure their proper recipients of benefits and
equitable cons of their efforts in contributing their professional lives. In Morocco, in recent years,
the mission is threatened because the financial position of the retrograde regimes comprising the
Moroccan pension system. Most evaluations to date agree on the fact that this situation is mainly
due to the continuous drop in the demographic report. This phenomenon is due to several factors,
among others: the higher education involving the late recruitment, lower mortality rates and
longer life expectancy.
To avoid the worst (cessation of payment of benefits) parametric reforms have been
implemented. But this generation of reforms, which only delay the timing of the crisis, did not
permit the extension of coverage (persistence of private employment without statements, etc.).
And causes many economic problems: injustices intra-generational and intergenerational erosion
of purchasing power of the contributors, low benefit levels, etc.
Now, thinking for solving the problem of pensions is launched and several scenarios are
possible. However, beyond the financial balance, a profound change in the system and correct its
shortcomings are needed to revive the mission for which it was created: insurance of welfare
recipients. In doing so, some tracks seem inescapable: second-generation reforms (pension funds
or multi-pillar). In addition, because the pension issue is beyond the scope of one retirement
system, support for economic policies conducive to employment and integration of the informal
sector becomes clear.
Keywords
Social security - pension fund - distribution - parametric reform - Capitalization.

2 This article has been a communication to the international conference "RETREATSIN NORTH AFRICA:

Assessment and Prospects"in ENCG of El Jadida, 20 and 21 November 2008.

2
1. Introduction
Le système de retraite marocain est hétéroclite. Il est composé de la Caisse Marocaine des
Retraites « CMR » dédiée aux fonctionnaires civils et militaires, du Régime Collectif d’Allocation de
Retraite « RCAR » qui assure la couverture aux employés des établissements publics3 et au
personnel non titulaire des collectivités locales et de l’Etat et de deux caisses pour les salariés du
secteur privé : La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) qui est obligatoire complétée par une
caisse dont l’adhésion est facultative (Caisse Interprofessionnelle Marocaine de Retraite - CIMR4).
A cet ensemble s’ajoute des caisses internes propres à certains établissements publics (OCP, ONE,
Bank Al Maghreb)5. A l’exception du RCAR qui est un régime mixte (1/3 répartition6 et 2/3
capitalisation7) tous les autres sont gérés par répartition avec constitution de provisions.

Loin de reprendre les différents constats tirés par les différents bilans mitigés concernant la
viabilité des différents régimes sus-indiqués (DAPS8, 2001 ; BM, 2005; différents colloques tenus à
cette fin depuis 2003), notre problématique consiste à apporter des éclaircissements quant à la
portée socioéconomique des réformes engagées ou envisagées du système de retraite au Maroc.
Dès lors, notre but sera de mener une réflexion autour de deux questionnements majeurs, à
savoir :

Quelles implications ont eu les réformes paramétriques du système de retraite au Maroc


sur sa santé financière et le bien être des bénéficiaires de ses prestations ?

Existe-t-il d’autres pistes mal ou non exploitées permettant au système de retraite au


Maroc d’atteindre efficacement les objectifs initiaux pour lesquels il a été créé ?
Ces questionnements, constituant la trame de fond de notre communication, seront traités à
partir des données rétrospectives et prospectives disponibles sur les régimes marocains de
retraite et suivant une analyse comparative par rapport aux réformes engagées par d’autres pays.

Ceci étant, la présente communication sera structurée autour des points suivants : les réformes
adoptées et l’évolution actuelle du système de retraite marocain, les limites socioéconomiques

3
Exception faite des bénéficiaires d’une couverture de la CMR avant la création du RCAR.
4
La CIMR a le statut d’association depuis sa création en 1958 bien qu’elle est soumise par la Banque Centrale aux mêmes règles
prudentielles des assurances.
5 Les caisses internes n’ont pas de personnalité juridique distincte par rapport aux établissements publics dont elles relèvent.
6
La répartition suppose une solidarité entre les générations des actifs et celles des retraités dans la mesure où les pensions de
retraite sont financées à partir des cotisations des actifs. Ce même principe sur lequel est fondé le système de retraite par
répartition constitue sa limite majeure : un rétrécissement de la population active et un accroissement de la population à la
retraite et qui vit de plus en plus longtemps grâce à l’allongement de l’espérance de vie mettront en péril ce système.
7
2/3 de la cotisation globale est affectée à un livret individuel et qui sont capitalisées à 4,75% l’an, c'est-à-dire qu’il n’y a pas de
transfert entre les générations pour cette partie de la cotisation. Dans les régimes qui fonctionnent selon la capitalisation (fonds
de pensions), les cotisations sont inscrites dans les comptes personnels des intéressés auxquelles s'ajoutent les intérêts versés
par la caisse gestionnaire. Pour faire face au financement des pensions, la caisse de retraite est appelée, de constituer des
réserves financières en achetant les titres et valeurs mobilières et en investissant dans l'immobilier notamment. Le montant de la
pension est normalement déterminé de manière actuarielle (en fonction du capital accumulé et de l'espérance de vie (Bendriss,
NS).
8
Direction des Assurances et de la Prévoyance Sociale « DAPS » relevant du Ministère des Finances et de la Privatisation chargée de
la supervision des organismes d’assurance et de sécurité sociale.

3
des réformes engagées et les pistes de réforme envisageables pour garantir une meilleure
performance socioéconomique du système.

2. Réformes du système de retraite marocain


Pendant ces deux dernières décennies, un peu par tous dans le monde (cf. annexes 1 et 2), deux
grands types de réforme des systèmes de retraite ont été mis en œuvre conjointement ou
séparément:

Réformes profondes dite systémiques ou structurelles : consistant à revoir le montage


financier du système notamment par la création de fonds de pensions ou la mise en place
d’un système de retraite obligatoire multi-piliers fondée généralement sur deux piliers un
de base en répartition et le second complémentaire en capitalisation. Le propre de ces
réformes consiste à regrouper les caractéristiques des différents régimes existants
auparavant au sein d'un système de portée générale ;

Réformes paramétriques : qui consistent à rectifier les paramètres du système sans pour
autant revoir sa structure fondamentale. Ce type de réformes passe par l’augmentation
des taux de cotisation, la réduction des taux d’annuité, la redéfinition des assiettes de
liquidation des pensions ou encore par l’augmentation de l’âge à la retraite.
Au Maroc, afin de lutter contre l’impact négatif du rapport démographique qui penche vers les
pensionnés et d’assurer le financement des prestations, les décideurs marocains se sont tournés
vers le second type de réformes. Comme nous avons précisé dans l’introduction les régimes de
retraite existants au Maroc sont stratifiés principalement par employeur (public et privé). De ce
fait, on présente ci-après les réformes menées dans les 4 principaux régimes selon ce critère.

2.1. Réformes de la CMR et du RCAR


Pour la CMR, elle a connu, depuis 1996, une réforme institutionnelle basée sur :

La consolidation de la caisse en tant qu’établissement public autonome ;

L’élargissement de l’assiette de cotisation à la totalité des allocations hiérarchiques (de


technicité pour les techniciens) ;

L’abandon de la répartition pure9 en faveur de la constitution de réserves10 ce qui a poussé


l’Etat dès lors a commencé à débloquer la part patronale en totalité11 ;

Le maintien de la pension de retraite à un niveau inférieur à la dernière rémunération


statutaire d'activité nette d'impôt12.

9
Principe selon lequel les recettes de l’année finançaient les dépenses de la même année.
10
Le législateur a accepté le principe et on a fixé le minimum de ces réserves à l'équivalent de deux années de dépenses. L’emploi
de ces réserves est prévu par la loi de même que les taux. Un arrêté du Ministère des Finances fixe l’utilisation des réserves de la
CMR comme suit : 80% pour acquérir des valeurs de l’Etat en bons de trésor notamment, 5% sont utilisés dans l’immobilier, 10%
dans les OPCVM et 5% dans les actions (Moha, 2001).
11
Avant 1996, la CMR était liée au budget de l’Etat qui ne débloquait que ce qui était nécessaire au paiement des retraites.

4
Ces premières mesures, ayant permis à la caisse de fonctionner normalement quelques années de
plus ont été incapables d’éloigner l’épouvantail du déficit. De ce fait, il y’a eu une augmentation
des taux de cotisations entre 2003 et 2006 qui sont passés de 14% à 20% pour le régime des
pensions civiles réparti à parts égales entre le fonctionnaire et l’Etat et de 14% à 30% pour le
régime des pensions militaires. Parallèlement, à la révision à la hausse des taux de cotisation, l’Etat
a réglé les arriérés dus à la caisse de 11 Milliards de DH et afin de compenser l’impact des départs
volontaires des fonctionnaires civils il a versé à la caisse de manière échelonnée 7,5 Milliards DH à
partir de 2005 (DAPS, 2007) chose que bon nombre d’établissements publics ou entreprises
privatisées (Maroc Telecom à titre d’exemple) ayant adopté des plans sociaux n’ont pas fait.

Le RCAR, qui compte seulement 10% de la population de la fonction publique, n’a pas effectué de
réformes paramétriques13. Plusieurs raisons peuvent être avancées :

Création plus au moins récente du régime par rapport aux autres régimes (1977 avec date
de démarrage effectif 1978) ;

Existence des mécanismes de transfert des retenues14 à la CMR en cas de titularisation


d’un cotisant;

Processus d’intégration des caisses internes de certains établissements publics depuis


2002. Ainsi, le RCAR a absorbé les caisses de l’Office National des Chemins de Fer, de la
Régie des tabacs et de l’Office d’Exploitation des Ports pour un montant global de plus de
11,5 milliards DH (MFP, 2006 : p 32). Il a également intégré la caisse commune de retraite
relevant de la LYDEC en octobre 2003 moyennant une redevance de 2,5 milliards DH15. Les
caisses de l’OCP et de l’ONE fermées depuis 2001 aux nouvelles recrues vont subir le même
sort que les précédentes avec un coût de 34 milliards DH pour la première et 21 milliards
DH pour la seconde (DAPS, 2007).

Par ailleurs, outre les réformes précitées, dans le cadre de la diversification de leurs produits: le
RCAR a lancé le « Recore »16 et la CMR a fait de même en lançant en janvier 2006, la retraite
complémentaire « Attakmili », régime facultatif géré entièrement par capitalisation individuelle
(CMR 2006a).

2.2. Réformes de la CNSS et de la CIMR


Sur le registre des réformes des caisses de retraite dédiées au secteur privé, les mêmes tendances
sont constatées. Ainsi, à partir de 2004, certains paramètres de la CNSS ont connu des

12
La loi 011-71 du 30 décembre 1971 amendée par les lois n°06-89 BO 4027 et 19-97 BO 4518 stipule (Art. 12- 3° alinéa): « Le
montant de la pension de retraite... ne doit en aucun cas dépasser le montant de la dernière rémunération statutaire d'activité
nette d'impôt. »
13
Excepter l’instauration de la retraite anticipée à 21 ans.
14
Uniquement la part salariale et la moitié de la part patronale l’autre moitié n’est pas transférable étant donnée qu’elle affectée à
la répartition : Fonds d’invalidité-décès, Fonds allocations familiales et Fonds péréquation.
15
Les affiliés de la caisse commune de retraite sont les régies de production, de transport et de distribution de l’électricité au
Maroc (Finances News Hebdo, 2007b : p 90).
16
Le « Recore » compte, en 2006, 28 000 affiliés pour 150 MDH de cotisations et des provisions de l’ordre de 600 MDH.

5
changements (trois au titre du renforcement des sources de financement de la caisse et quatre liés
aux prestations) :

Calcul de la pension sur la base des salaires moyens des 8 dernières années (96 mois) au
lieu de 3 à 5 années ;

Extension du régime de sécurité sociale aux travailleurs non salariés, aux personnes
employés par les organismes internationales et les missions diplomatiques et consulaires
et aux membres de la famille de l’employeur ;

Gestion de l’assurance maladie obligatoire (AMO) des salariés du privé ce qui constitue
une source supplémentaire de fonds ;

Instauration de la retraite anticipée à partir de 55 ans moyennant un cumul d’au moins


3240 jours de travail et le paiement par l’employeur d’une prime à la CNSS comme
compensation du manque à gagner qu’elle subirait ;

Institution de la retraite proportionnelle qui peut être accordée entre 1080 et 3280
journées de travail ;

Suppression de la durée de mariage pour l’obtention de la pension de réversion ;

Relèvement de l’âge nécessaire à l’obtention de la pension d’orphelin de 12 à 16 ans.

Concernant la CIMR trois principales mesures de réforme ont été prises : la récupération et
gestion par répartition sous forme de comptes individuels virtuels, à partir 2003, des cotisations
salariales gérées auparavant en capitalisation par les compagnies d’assurances ; la suppression de
la majoration de la pension pour enfants à charge et l’augmentation de 20% de la cotisation
patronale sur une période de 5 ans.

3. Limites financières et socioéconomiques des réformes engagées


En dépit des réformes précitées, Selon la Banque Mondiale (2005 : p1), le système de retraite au
Maroc à l’instar de ses homologues dans d’autres pays de la région Moyen-Orient et en Afrique du
Nord souffre des problèmes suivants : faible taux de couverture, problèmes de gouvernance
favorisant des politiques d’investissement risquées, qui ne profitent pas nécessairement aux
contribuables, manière dont ces systèmes sont conçus (financés par répartition), et aux
prestations trop généreuses (pension équivalant à 80 % du revenu avant le départ à la retraite).

3.1. Maturité financière du système


Le tableau 1 ci-après récapitule les caractéristiques démographiques et financières de chacun des
régimes de retraite en 200517.

17 Notons que les données de la caisse interne de Bank Al Maghreb ne figurent pas sur le tableau.

6
Tableau 1 : Indicateurs du secteur de la retraite au Maroc -Exercice 2005-
(montants en millions DH)
18 19
CMR CNSS RCAR CIMR OCP ONE TOTAL
20
Actifs Cotisants 853 817 1 524 393 200 304 231 644 15 596 16 910 2 844 664
Bénéficiaires 440 566 300 501 54 984 100 251 29 178 6 978 932 458
Cotisations 12 350,68 8 421,98 1 155,87 2 707,00 320,37 370,02 25 326
Prestations 9 435,10 6 663,67 1 249,62 2 212,00 928,07 369,87 20 858
21
Réserves 33 765,17 18 688,80 43 295,34 9 238,00 18 948,25 1 346,30 125 282
Produits financiers 1 400,00 683,67 2 318,52 857,00 1 373,69 54,63 6 688
Taux de 20% (50-50) 11,89% 18% 6 à 12% 27,22% 27%
22 ----
cotisation global 30% (1/3-2/3) (1/3-2/3) (1/3-2/3) (50-50) (1/3-2/3) (1/3-2/3)
Rapport
23 1,9 5,1 3,6 2,3 0,5 2,4 3,1
démographique
Taux de
---- ---- ----
rendement 7,5% 4,79% 5,52% 10,4%
24
financier
25
Source : (DAPS, 2006) avec quelques adaptations personnelles

Il ressort des données du tableau 1 que la CMR et le RCAR compte tenu du rythme actuel de
création des emplois publics (ne dépassant guère dans les meilleurs des cas les 13000 emplois ces
dernières années), qui permettaient d’élargir la population des actifs, la chute du rapport
démographique semble inévitable. Au moment où les départs à la retraite pour limite d’âge et les
opérations « départ volontaire »26 augmentent de plus en plus. Quant à la CNSS et dans son sillage
la CIMR, elles présentent un meilleur potentiel démographique puisqu’elles sont connectées au
marché du travail, mais elles ne sont pas à l’abri du renversement de la situation en cas de
récession économique. Bref, la solidarité27 qui constitue le socle du système marocain de retraite
subit le poids démographique (baisse continuelle du ratio démographique).

Concernant le rendement financier des réserves le retour pour les caisses demeure faible, soit
5,3% au total. En rapportant pour l’ensemble des caisses les produits financiers aux prestations ces
dernières ne sont couvertes qu’à hauteur de 32% par ces produits, les 70% restantes proviennent
des cotisations. Compte tenue de la dégradation du rapport démographique la continuation dans
le seul sens de la répartition présente des risques énormes. Ceci étant, les différents régimes

18
Pour la CMR, 20% pour le régime des pensions civiles et 30% pour le régime des pensions militaires.
19
Selon les statistiques 2006 seulement 46% des actifs cotisants sont déclarés pour les 12 mois alors que 26% sont déclarés pour
une durée inférieure ou égale à 6 mois (Afifi, 2008 : p 6).
20
Le taux de couverture retraite reste faible et se situe à peine à 24% (MFP, 2006 : P 32).
21
Les réserves constituées par le secteur des retraites représentent 27% du PIB national en 2005 (MFP, 2006 : P 32).
22
Cette ligne a été ajoutée par nous même sur la base des données disponibles. La cotisation salariale et la contribution patronale
sont égales dans le cas de la CMR et la CIMR. Elles sont respectivement de 1/3 et 2/3 pour les autres régimes de retraite.
23 Cette ligne a été calculée par nous même = actifs cotisants/bénéficiaires.
24
Cette ligne a été ajoutée par nous même des données de Finances News Hebdo (2007a : pp 74-76).
25
DAPS (2006) citée par MFP (2006).
26 Opération Intilaka 2005 a réduit la population des actifs de l’administration publique de près de 39.000 personnes à ceci il faudra

ajouter les départs qu’ont connu certains entreprises privatisées (Maroc Telecom, notamment) et établissements publiques (À
titre d’exemple en 2007 il y a eu 3883 départs, Masmoudi, 2008a).
27
Une distinction nette devra être faite entre les prestations qui relèvent de l'assurance (capitalisation), qui sont en corrélation
avec les contributions et qui renvoient au principe de l'équité, et celles non contributives, qui sont financées par la collectivité et
qui font appel à la solidarité (répartition).

7
restent menacés dans leurs équilibres financiers en dépit des réformes qui sont sources d’autres
limites d’ordre socioéconomique.

3.2. Problème d’équité


La coexistence d’une multitude de régimes de retraite sous-entend des dispositions juridiques
différentes les unes des autres. En effet, avec des taux de cotisation quasi-similaires les
prestations, particulièrement à long terme28, des différents régimes ne sont pas identiques
puisqu’elles dépendent des modalités de calcul des pensions, du salaire déclaré, etc. A ceci
s’ajoute le traitement différencié réservé aux employés, entre public plus au moins stable et privé
volatile et peu contrôlé. En effet, plusieurs sont les salariés du privé qui découvrent une fois à la
retraite que leurs employeurs n’ont pas versé leurs cotisations en totalité ou en partie. Cette
situation empêche d’emblée, l’existence d’une véritable équité intra-générationnelle.

Le problème de fond précité, empêchant l’adoption d’un système de retraite unique en matière de
liquidation des droits constitués, a été doublé par les effets pervers des réformes paramétriques
qui ont aggravé la situation de certains affiliés et ont accentué l’iniquité intergénérationnelle. En
effet, les effets des réformes ne sont pas identiques selon les catégories des contribuables. La
signification et l’impact de la hausse des taux de cotisation sur les situations individuelles et le
niveau de vie d’un haut cadre et d’un simple salarié ne sont pas les mêmes, car pour le second
c’est son pouvoir d’achat des biens de première nécessité qui est touché. En outre, est-il équitable
que les générations actuelles et futures des salariés et fonctionnaires actifs paient plus pour ne
recevoir qu’un niveau de prestations nominalement similaires à celui des générations passées
ayant payé moins ?

Par ailleurs, il faudra également souligner le traitement inéquitable réservé à certains retraités de
la même génération. A titre d’exemple, les bénéficiaires d’une retraite anticipée de la CMR avant
2005 ont obtenu des pensions calculées sur la base d’un taux de 2% par année de services, alors
que les partants volontairement ont reçu la même chose mais avec promesse (cf. décret du départ
volontaire)29 de révision de la pension sur la base du taux de 2,5% une fois à l’âge de 60 ans (taux
réservé selon la loi 011-71 déjà citée aux bénéficiaires d’une retraite limite d’âge), ce qui constitue
une dérogation réglementaire à la loi régissant cette caisse. Un second exemple plus frappant,
sont les pensions à caractère spéciale des hauts responsables qui sont décalées de la masse des
retraités. En effet, la pension d’un ex-parlementaire30 est équivalente à 1000 DH par année de
législature complète, elle n’est pas plafonnée et elle exonéré d’impôt. Pour les membres du

28 La CNSS fait exception puisqu’elle octroi des prestations de court terme à l’instar des indemnités journalières de maladie
ou de maternité.
29
Décret n° 2.04.811 du 23 Décembre 2004.
30
La retraite des parlementaires est gérée par la Caisse Nationale des Retraites et des Allocations « CNRA ». En 2007, on compte
565 députés et 143 conseillers à la retraite ayant perçu respectivement 3,4 et 0,93 millions DH de pensions. Rappelons que la
cotisation mensuelle d’un parlementaire et de 2900 DH (Masmoudi K (2008b : p IV).

8
gouvernement, quelque soit le nombre de jours passés au gouvernement, la pension de retraite
mensuelle est de 39000 DH pour les ministres et 30000 DH pour les secrétaires d’Etat31.

3.3. Pension et pouvoir d’achat


Sur le plan des prestations offertes par les différents régimes celles-ci restent dans l’ensemble
modestes, à titre d’exemple : la retraite moyenne ne dépasse pas 1000 DH à la CNSS (El Harass,
2006). En outre, le plafonnement de l’assiette de cotisation à la CNSS (6000DH) et la fixation du
taux de remplacement à 70% au maximum, entraîne une perte de revenu importante à la retraite,
qui peut arriver jusqu’à 80% pour un salaire de 20.000 DH, soit une pension à peine de 4.200
dirhams pour 30 ans de carrière. Dans le même ordre d’idées, la situation de la veuve et orphelins
n’est pas meilleure puisque chacun d’eux ne recevra que 50% de la modeste pension et en cas de
non jouissance de l’une des parties le ménage se trouve uniquement avec la moitié de la
prestation. De plus, à l’exception de la CMR qui ouvre droit aux parents pris en charge par le
cotisant de bénéficier d’une pension en cas de décès de celui-ci à cause d’un accident de travail,
les autres régimes ignore cette situation.

En relation avec ce qui précède, le tableau 2 ci-dessous montre que la pension annuelle moyenne
à long terme pour les trois régimes de base est inférieure au SMIG (salaire minimum garanti) qui
avoisinait les 24000 DH pour la même période de calcul.

Tableau 2 : Prestations long terme servies par les Régimes obligatoires de retraite
Régime de retraite Montant prestations Nombre de Pension LT annuelle
de base LT* (103 dhs) pensionnés** moyenne dhs
CNSS (2006) 4.350.477 305.477 14.237
CMR (2005) 10.268.000 485.451 21.151
RCAR (2006) 1.370.000 57.128 23.981
* Prestations à long terme comprennent les pensions d’invalidité, de vieillesse et celle des ayants droit
(survivants) ;
** Ce nombre comprend aussi les orphelins.
32
Source : construction personnelle des données des rapports d’activité des 3 régimes

Par ailleurs, excepter la CNSS dont le minimum des prestations à long terme (pensions de
vieillesse, invalidité, survivants) est fixé à 500 DH/mois33, bien que cette somme est loin d’assurer
la survie dire la subsistance d’une personne encore celle d’un ménage, les autres régimes
octroient, dans la majorité des cas, des retraites en dessous du minimum précédemment évoqué
(c’est le cas par exemple des pensions liquidées sur la base de 3 ans de services effectifs à partir de
55 ans ou des pécules aux affiliés du RCAR). Ceci dit, le minimum garanti aux bénéficiaires et
encore l’absence de sa revalorisation ne permet pas de réduire la pauvreté ou d’éliminer le risque

31
Le titulaire de la pension la perçoit en totalité s’il n’a pas d’autre revenus et ne peut prétendre qu’à la différence lorsqu’il a un
revenu net d’impôt quelque soit sa nature inférieur au montant de la pension. Les pensions des ex-membres du gouvernement
sont financées par le budget de l’Etat et liquidées par la CMR (Masmoudi K (2008b : p IV).
32
CNSS (2007), CMR (2006), et RCAR (2007).
33
La CNSS a décidé de relever la pension minimale à 600 DH de même un projet de loi est en cours pour la revalorisation de la
pension minimale des fonctionnaires civils et militaires (El Arif, 2008).

9
d’une chute rapide du niveau de vie34 des populations âgées vulnérables des crises économiques
et sociales. Comme le montre le graphique ci-après sous l’effet de l’inflation les titulaires d’une
pension minimale CNSS ont perdu un quart de leur pouvoir d’achat et c’est de même pour les
autres retraités ou ayants droit touchant des pensions plus importantes.

Dégradation de la pe nsion minimale CNSS e n Dhs sous


l'e ffe t de l'inflation
500

384

250
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007

Pension Nominale min CNSS Pension Réelle min CNSS (base 1996)

La CNSS est la seule caisse qui a instauré une pension minimale de 500 DH depuis Janvier
1996. Ce qui explique notre choix de l’année de base 1996. Par ailleurs, notre déflation
s’arrête à 2007 et ne prend pas en compte l’augmentation de la pension minimum à 600 dhs
en 2008.
35
Source : construction personnelle des données du HCP et CNSS

De ce qui précède, contrairement à la générosité présumée des régimes de retraite marocains, la


pension à recevoir au 3ème âge n’est pas le meilleur moyen pour préparer sa retraite (maintien
d’un niveau de vie pareil à celui de la vie active) encore faire face aux imprévus « de santé ».
Comme solution, les concepteurs du système de retraite marocain proposent des régimes
facultatifs (épargne-retraite) qui sont l’apanage des caisses elles mêmes (CMR, RCAR) ou des
banques et autres institutions financières, compagnies d’assurances notamment36.

Globalement, on déduit que les réformes mises en œuvre génèrent des problèmes
socioéconomiques et ne font que tarder la crise cela signifie qu’il faudra chercher d’autres
solutions plus ingénieuses qui s’attaqueront au cœur du problème :

Diminution de l’effectif des actifs cotisants suite à la stagnation des recrutements publics,
l’atonie du marché de travail et la prolifération de l’économie informelle y compris la non
déclaration des salariés affiliés. Alors que la viabilité d’un système fondée principalement
sur la répartition exige que chaque génération de cotisations doit être plus nombreuse que
la précédente ;

Faiblesse des salaires déclarés, à titre d’exemple, en 2006, 41% des salariés déclarés à la
CNSS soit 662.116 recevaient une rémunération inférieure ou égale au SMIG (CNSS, 2007).
Trois ans auparavant, la rémunération moyenne réelle distribuée aux salariés déclarés à la

34
La chute du niveau de vie provient du fait que le taux de remplacement (retraite rapporté au dernier salaire statutaire) est faible
dans les meilleurs des cas il ne dépassera pas réglementairement 100%.
35
www.hcp.ma (rubrique indicateurs & agrégats consultée en avril 2008)
36 Comme nous l’avons déjà cité la CMR propose « Attakmili » ; le RCAR dispose depuis plusieurs années d’un régime
complémentaire en plus du « RECORE » alors que les banques et autres institutions financières ont institué l’épargne-
retraite en vertu de la loi n° 17-99 portant code des assurances ainsi que par ses textes d’application.

10
CNSS (tous salaires confondus) était de 26256 dhs37, soit environ 3000 dhs de plus par
rapport au SMIG de la même année ;

Prolongement de la durée de service des pensions en raison de l’augmentation de


l’espérance de vie à la naissance (74 ans) conjugué à la baisse de la durée de cotisation des
actifs suite au recrutement qui devient tardif ;

Accroissement rapide de la population des retraités. Ainsi, les départs (retraite pour limite
d’âge) massifs prévue, sur les dix prochaines années, d’une partie non négligeable des
cotisants surtout dans le secteur public38.

4. Pistes de réforme à défricher


Avant de présenter quelques pistes plausibles pour venir à bout du dilemme viabilité financière-
efficacité socioéconomique, nous présentons la tendance prospective des régimes marocains de
retraite avec ce qui est proposé comme réformes.

Certaines études actuarielles réalisées ont démontré qu'en cas de statu quo, les déficits de la
CNSS, de la CMR et du RCAR, à l'horizon 2050, seront de l'ordre de grandeur du PIB (Salhi, 2003).
D’autres estimations montrent que « la caisse marocaine des retraites, la Caisse nationale de
sécurité sociale et la caisse interprofessionnelle marocaine de retraite, malgré l’importance des
réserves dont elles disposent (environ 80 Milliards de DH à fin 2005), ne couvrent que partiellement
leurs engagements envers les affiliés actifs et retraités. Les taux de couverture de ces engagements
ne dépassent guère 35%. Par conséquent, leur dette implicite39 avoisine l’équivalent d’une année
de PIB. » (DAPS, 2007).

Toutefois, la situation n’est pas identique pour tous les régimes. Pour le RCAR, les études
actuarielles révèlent que l’équilibre du système ne sera menacé qu’à partir de 2045. L’échéancier
de la crise pour ce régime a été reporté grâce notamment à l’intégration des caisses internes, mais
au prix de la dégradation le rapport démographique du régime. Quant à la CNSS et la CMR, le
déphasage actif/retraité ne manquera pas de peser sur l’équilibre financier, les premiers déficits
sont prévus vers 2010-2011 et l’épuisement des réserves vers 2016-2018 (El Mekkaoui, 2007). La
CIMR, semble se comporter mieux, puisque sa viabilité est assurée jusqu’en 2060 au moins grâce à
sa politique d’investissement institutionnel.

Les propositions faites par les experts de la commission technique chargée de la réforme des
régimes de retraite, mise en place en 2003 et pilotée par la DAPS, sont les suivantes (Belouas,
2006) :

37Il s’agit du résultat du rapport entre la masse salariale réelle non plafonnée « 42.844.206.000 dhs » et le nombre de salariés
déclarés « 1.631.755 » (CNSS, 2004).
38
A titre d’exemple, au Ministère des Finances et de la Privatisation 5189 départs sont attendus, soit 31% de l’effectif des
fonctionnaires de ce ministère, soit en moyenne 518 départs annuellement (Masmoudi, 2008c : p IV).
39
Le déficit ou le besoin de financement se définit comme l’écart entre la masse des cotisations salariales et patronales et la masse
des prestations.

11
Le premier scénario, il est proposé le maintien des régimes existants, avec réforme
paramétrique (la tendance est de repousser l’âge de la retraite, le taux de cotisation et le
niveau des prestations) ;

Le deuxième scénario consiste en la création de deux régimes de retraite distincts : l’un,


regroupant la CNSS et la CIMR, destiné aux salariés du secteur privé et l’autre constitué de
la CMR et du RCAR destiné aux retraités du secteur public ;

Enfin, le troisième schéma de réforme porte sur la création d’une seule caisse qui gérerait
les retraites des secteurs privé et public.

Compte tenue des difficultés de la mise en œuvre des deux derniers scénarios, c’est le premier
scénario « solution bricolage » qui est privilégié par les pouvoirs publics : ponction sur le pouvoir
d’achat des cotisations, sachant que rien ne garantie que la masse des retraités ou des futures
bénéficiaires aient une pension minimale équivalente au SMIG. Parallèlement, à cela les
principales actions de changement concernent les aspects juridiques ou managériaux.

4.1. Capitalisation et investissement institutionnel


Tous les systèmes de retraite de pension ont des degrés variables d’efficacité. Cette dernière est
fonction de l’allocation la plus efficace des ressources disponibles pour atteindre les objectifs du
système (remplacement des revenus, redistribution de revenus ou combinaison d’objectifs) et de
la capacité du système d’atteindre les objectifs avec le minimum d’effort (coûts minimales)
(Demarco, 2008a). Dans le cas des régimes marocains, les placements des réserves sont effectués
soit : d’une libre décision du conseil d’administration (cas de la CIMR), d’une simple obligation de
dépôt auprès d’un organisme financier spécialisé (cas de la CNSS), d’une énumération d’une liste
de placements autorisés (RCAR) et d’une fixation des quotas par type de placements (cas de la
CMR). Pour les régimes internes, la couverture est assurée soit par des titres placés au nom du
régime (ONE), soit par des créances constatés sur l’établissement mère en contre partie d’un taux
de rémunération (OCP). Seulement, les produits financiers tirés des placements ne permettent
qu’une couverture minime des charges supportés (Cf. tableau 1) et la solidarité reste le principal
moyen de financement des prestations. Chose qui ne peut durer pour longtemps.

De ce qui précède, une orientation vers la capitalisation et l’encouragement de l’investissement


institutionnel au profit des contribuables (à l’instar des fonds de pensions) doivent les principaux
moyens pour aborder de nouvelles réformes. L’expérience de certains pays qui ont réformé leurs
systèmes de retraite (Cf. annexes 1 et 2) montre qu’ils ont privilégié la mixité des régimes
(capitalisation et répartition) en introduisant un pilier capitalisé obligatoire avec le système de
répartition existant auparavant après sa réforme. Un système multi-piliers permettra de modérer
les handicaps de chaque pilier : la répartition souffrant du choc démographique et la capitalisation
sensible aux risques liés aux marchés financiers. Une autre option non encore testée au Maroc
s’est l’investissement institutionnel direct dans des projets d’économie réelle sans passage par la

12
bourse. Ceci nécessite des révisions juridiques mais aussi des directions de régimes de retraite
capable de choisir des projets présentant peu de risques.

La structuration profonde du système de retraite (surtout pour les caisses assurant les
fonctionnaires qui ne peuvent continuer à fonctionner sur la répartition pour les raisons avancées
plus haut) devra être accompagnée d’une extension de la couverture, d’une politique volontariste
d’emploi et de transparence en matière de déclarations.

4.2. Dynamique investissement-emploi


En effet, l’extension de la couverture retraite passe par l’emploi et l’intégration de l’économie
informelle dans le circuit formelle. « La sécurité sociale ne couvre que 23 pour cent seulement de la
population active (travailleurs du secteur formel). Ceux qui ne sont pas couverts dépendent de la
solidarité familiale. » (BM, 2002 : p V) «Seulement 36 pour cent seulement des personnes âgées de
60 ans ou plus touchent une retraite. » (BM, 2002 : p 48). Ceci étant, de larges couches de la
population sont toujours exclues des services des régimes de retraite :

Catégories sociales défavorisées40 et travailleurs indépendants ou du secteur informel ;

Population active occupée dans les exploitations agricoles estimée à 4,2 Millions dont 6%
seulement a le statut de salarié (Rachqi, 2008). « Sur les 971.000 travailleurs déclarés à la
CNSS, seuls 17.480 sont du secteur agricole, soit moins de 4 pour cent de l’ensemble des
travailleurs agricoles salariés et moins de 0,6 pour cent de la population rurale active. »
(BM, 2002 : p 26).

Sur un autre registre, La question d’emploi est posée avec acuité depuis les années 1980 avec la
réduction importante du recrutement dans la fonction publique et l’incapacité du secteur privé à
absorber le flux annuel des demandeurs d’emploi, surtout les diplômés de niveau supérieur ou
égale à bac+3.

Plusieurs sont les années où l’amélioration du PIB s’accompagne d’une aggravation du chômage
(Cf. graphique 2). Le coefficient de détermination R2 est tellement faible qu’on ne peut prétendre
à une forte dynamisation de l’emploi par la croissance. Ceci dit, « la réduction du chômage exigera
que la croissance économique franchisse le seuil des 6 pour cent par an et ce, sur plusieurs
années » (BM, 2006 : p 9).

40
On entend par là des salariés qui exercent des activités dont le revenu ne dépasse pas en moyenne le seuil de pauvreté (10
DH/jour/personne), mais des gens qui travaillent jusqu'à leur dernier souffle (indépendants, etc.), le cas échéant, ils dépendent
de leurs familles, de leurs amis, de la charité des uns et des autres ou de la communauté.

13
41
Graphique n° 2 Graphique n° 3

Variations taux chômage urbain et croissance PIB 1990-2005 Entreprises affiliées à la CNSS sans déclarations (1999-2006)

69677 71543
25
69581
20 70864
66802
63206 55894
15 48254
R = -11%
R2= 1,2%
10 29732
16249 16869
20792
5
16778
0
1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
90

91

92

93

94

95

96

97

98

99

00

01

02

03

04

05
-5
19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

20

20

20

20

20

20
Entreprises closes ou suspendues Entreprises actives sans salariés
-10
Taux Chômage Urbain Taux croissanse PIB (base 1980)

Observation : En 2006, 38% des entreprises affiliées à la CNSS n’ont aucun salarié déclaré contre 20% en
1999. 80% des entreprises qui déclarent, ont un effectif inférieur à 10 salariés.
Source : construction personnelle des données du HCP Source : Construit des données CNSS (2002, 2004
(2008) et 2007)

L’inactivité ou la fermeture des entreprises constitue un autre facteur qui pèse sur l’évolution de
ressources des caisses de retraite dédiées au privé. Pour l’inactivité, l’effectif des entreprises sans
déclaration des salaires à la Caisse Nationale de Sécurité Nationale est en augmentation moyenne
de 10000 qui s’ajoute chaque année (Cf. graphique 3). Ce qui des fermetures les seules données
disponibles sont celles de l’enquête de la Direction de l’Emploi (2008). Selon cette enquête, les
établissements en difficulté (comprenant les fermetures, les compressions d’effectifs et les
réductions de la durée du travail) étaient de 4 595 entre 1994 et 2004. Par ailleurs, pour la même
période si environ 166348 personnes ont été embauchées au titre des créations nouvelles
d’entreprises ce sont 90586 salariés qui, au même moment, ont été licenciés pour fermeture
d’établissements (Direction de l’Emploi, 2008).

L’accompagnement en politique économique est plus que capital pour la survie du système de
retraite. Nous partageons les propos de Konkolewsky (2008) quant il avance : « La compétitivité,
l’innovation et la croissance sont peu à peu, et de manière importante, Considérées comme faisant
partie du domaine et de la responsabilité de la sécurité sociale […] Concrètement, des initiatives
ont été prises pour prolonger la vie active : soit en rendant moins attrayants les plans de retraite
anticipée, soit en mettant en place des incitations à rester actif pour les travailleurs âgés. Grâce à
ce genre de mesures un certain nombre de pays ont réussi à réduire les tendances à la retraite
anticipée, voire à les inverser […] De la même manière, les orientations et les politiques tendent à
encourager plus vivement l’insertion professionnelle, autant en direction des chômeurs en général
qu’en direction des bénéficiaires de prestations de maladie ou d’invalidité.»

41
Avant 2003, date de réforme de la CNSS, cette caisse fournissait séparément les statistiques des entreprises closes ou
suspendues et celles sans déclaration ce qui donnait des chiffres effrayants ; à titre d’exemple : le total en 2003 des entreprises
closes ou inactives est de 101275. A partir de 2004 après assainissement des bases seules les entreprises inactives apparaissent
avec un effectif inférieur de moitié à celui de 2003!

14
4. Conclusion
Les réformes déjà engagées demeurent partielles et ne font que tarder l’échéancier de la crise
(absorption du déficit et l’éloignement des dates de son apparition grâce à l’accroissement des
réserves techniques constituées). Plus grave, elles sont génératrices de malaises
socioéconomiques : réduction du pouvoir d’achat aussi bien des cotisants (plus de prélèvements
pour garantir la pérennité financière) que des retraités (gel des pensions avec absence du
minimum garanti, exception de la CNSS).

Ainsi, toute réforme envisagée ne peut ignorer la dimension socioéconomique des prélèvements
et des prestations42 et se contenter de chercher la stabilisation des déficits à un seuil
« acceptable ». En d’autres termes, la réforme du système de retraite n’est pas chose aisée en
raison des incidences énormes qu’elle aurait à long terme sur l’économie et la société dans sa
globalité.

Quelques que soient les remèdes prescrits la meilleure piste de réforme à nos yeux reste
l’opérationnalisation du cercle vertueux Investissement/Croissance/Emploi et le recours à
l’investissement institutionnel sans oublier le contrôle effectif des déclarations des employeurs vis
à vis des salariés et l’amélioration de la gouvernance du système par la mise en place d’un
organisme de surveillance et d’évaluation.

42 quelques exemples : mise en place d’une retraite minimale obligatoire alignée sur le SMIG, indexation des prestations
à long terme sur l’inflation.

15
Annexes
Annexe 1 : Reformes systémiques de pensions: Le cas de l’Amérique Latine
1981 Chili Capitalisation
1991 Pérou Capitalisation
1994 Argentine Multi-pilier
1995 Uruguay Multi-pilier
1995 Mexique Capitalisation
1995 Salvador Capitalisation
1996 Costa Rica Multi-pilier
1997 Colombie Capitalisation
Source : Demarco (2008b)

Annexe 2 : Caractéristiques des réformes des retraites adoptées dans quelques pays émergents
er ème
1 groupe 2 groupe
Pays Chili Bolivie Pérou Hongrie Pologne
Entrée en vigueur 1981 1997 1993 1998 1999
Système public par Fermé Fermé Maintenu Maintenu Maintenu
répartition (réformé) (réformé) (réformé)
Système par capitalisation Oui Oui Oui Oui Oui
Affiliation des travailleurs
Nouveaux entrants
Actifs lors de a réforme Obligatoire Obligatoire Volontaire Obligatoire Obligatoire
Volontaire Obligatoire Volontaire Volontaire Obligatoire<30
Options de retour au Non Non Oui Oui Non
système public Délai 2 ans Délai 2 ans
Sociétés de gestion des AFP (1) AFP AFP Gestionnaires Gestionnaires
fonds privés privés
Taux de cotisation aux 10% 10% 8% 8% (passage 7,3%
fonds de pension (% salaire progressif de 6 à
brut) 8% entre 1998 et
2000) mais cot.
totale inchangée
Cotisations antérieures Obligation Pension Obligation Pension Obligation
compensatoire compensatoire compensatoire compensatoire compensatoire
(2) (3)
Organisme de surveillance Spécialisé Intégré Spécialisé Spécialisé Spécialisé
des fonds de pension UNFE (4) SBCMS (5)
Transfert de compte (6) 2/an 1/an 2/an 2/an
Taux de rendement Relatif (7) Non Non Non Relatif
minimum réglementé
Pension minimum Oui 121-133$ Oui Non Oui (25% de Oui 450 zlotys
après 20 ans de pension du = 100$
cotisations premier pilier avec
15 ans de
cotisations)
(1)AFP : Administrateurs de Fonds de Pension
(2) Les cotisations antérieures sont transférées dans un compte individuel géré par le fond de pension choisi par l’assuré
et transformées sus forme d’obligations à revenu fixe que e futur retraité pourra liquider au moment du départ en
retraite.
(3) Chaque assuré bénéficiera au cours de sa période de retraite des cotisations versées avant la réforme suivant es
modes de calculs appliqués dans e système par répartition.
(4) Urzad Nadzoru nad Funduszami Emerytalnymi.
(5) State banking and capita market supervision.
(6) Nombre de fois qu’un assuré a le droit de changer de gestionnaires de fonds de pension.
(7) Ce rendement est calculé à partir des performances des autres fonds de pension.
Source : Ben Braham (2003)

16
Bibliographie
Afifi M. (2008), « 39% des déclarés perçoivent moins du SMIG et 70000 entreprises adhérentes ne déclarent aucun
salarié » in Alittihad n° 8811, 5 Mars, p 6.
Banque Mondiale (2002), Note sur la protection sociale, Rapport No 22486-MOR, 19 décembre.
Banque Mondiale (2005), Les régimes de retraite au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : l’heure est au
changement, Washington, http://www.worldbank.org/pensions (consulté en Mars 2006)
Banque Mondiale (2006), Mémorandum économique pays Promouvoir la croissance et l’emploi par la
diversification productive et la compétitivité (En deux volumes) Volume I : Synthèse, Rapport No 32948-MOR 14
mars 2006, Direction du développement des secteurs privé et financier ; Bureau régional Moyen-Orient et Afrique
du Nord.
Belouas A (2006), « Les trois scénarios pour réformer la retraite: La commission technique a rendu sa copie au
premier ministre » in La VIE éco du 07 au 13 avril 2006.
Ben Braham M. (2003), « L’avenir des retraites en Tunisie: Leçons des expériences étrangères » in séminaire
doctoral EMMA (Economie de la Méditerranée et du Monde Arabe), MARS 2003, Organisé par l’ADIS,
Faculté Jean Monet, Université Paris-Sud, www.dauphine.fr/eurisco/BenBraham_workshop.pdf (consulté
en Avril 2006).
Bendriss Benahmed M. (NS), « Des liens dynamiques et puissants au service du développement »,
http://www.cmr.gov.ma/fr/selection/Systeme_retraite.htm (consulté Mars 2006).
CMR (2006a), « Activités de la CMR au titre du mois de décembre 2005 » LETTRE CMR N° 56, Février 2006.
CMR (2006b), Rapport d’activité 2005, Rabat.
CNSS (2002), Rapport annuel 2001, Casablanca.
CNSS (2004), Rapport annuel 2003, Casablanca.
CNSS (2007), Rapport annuel 2006, Casablanca.
DAPS (2007), « Intervention de monsieur le ministre des finances et de la privatisation » Journée sous le thème La
retraite dans la fonction publique : focus sur les expériences internationales, 9 mars 2007 Skhirat.
Demarco G. (2008a), « Fondements d’un système de retraite efficace » in Journées d’Etude «Le financement des
retraites: entre solidarité collective et responsabilité individuelle », 25 et 26 Février, Skhirat, Maroc.
Demarco G. (2008b), « La Protection Sociale face a des changements dans la structure démographique » in
Conférence sur L’Avenir de la Protection Sociale au Maroc, 9-10 Juin, Casablanca.
Direction de l’Emploi (2008), Evaluation des gains et des pertes d'emploi dans l’industrie, Ministère de l’Emploi et
de la Formation Professionnelle, Rabat.
Direction des Assurances et de la Prévoyance Sociale « DAPS » (2001), scénarios de reforme pour le système de
retraite marocain, Version définitive 3 décembre 2001, Comité de suivi des études actuarielles, Ministère
de l’Economie, des Finances, de la Privatisation et du Tourisme, Département de l’Economie, des Finances
et de la Privatisation.
El Arif H. (2008), « Dialogue social : gros paquets pour la fonction publique » L’Economiste, n° 2809, 30 Juin, p 2.
El Harass M. (2006), « Les solidarités sociales au Maroc : Evolution et état des lieux » in Befaqih M. (dir), 50 ans de
développement humain au Maroc et perspectives 2025, Rapport groupe thématique 2, Rabat, p. 45-60.
El Mekkaoui De Freitas N. (2007), « Le système de retraite au Maroc : vers quelles évolutions ? », in L’Economiste,
n° 2638, 25 Octobre, p 32-33.
Finances News Hebdo (2007a), « Présentation des différents systèmes », n° 12, Janvier hors série, pp 74-76.
Finances News Hebdo (2007b), « entretien avec Jean-Pierre Ermenault : Le transfert du régime a coûté 2,5
milliards DH », n° 12, Janvier hors série, p 90.
Ghannam F. (2006), «La CMR Prépare l’avenir : entretien avec Mohamed Bendriss Benahmed, directeur général de
la CMR » in Aujourdhui. Maroc n°1121 du 27-3-2006.
HCP (2008), « indicateurs & agrégats », www.hcp.ma (consulté en juin 2008)
Konkolewsky H-H (2008), « Nouvelles tendances en matière de protection sociale: le point de vue de l’AISS» in

17
Conférence sur L’Avenir de la Protection Sociale au Maroc, 9-10 Juin, Casablanca.
Masmoudi K (2008a), « Etablissements publiques : 900 millions de dirhams pour les plans sociaux », L’Economiste,
supplément n° 2706, 4 février, p II.
Masmoudi K (2008b), « Pensions VIP pour les ministres », L’Economiste, supplément n° 2706, 4 février, p IV.
Masmoudi K. (2008c) « Bug démographique au Ministère des Finances », in L’Economiste, supplément n° 2711, 11
Février, p IV.
Ministère des Finances et de la Privatisation (2006), « Développement de l’épargne institutionnelle », in Al Maliya
n° 39 Septembre 2006, P 32.
Moha F. (2001), « Entretien avec Mohamed Bendriss Benahmed, directeur de la caisse marocaine des retraites »,
Libération n° 3269, Mercredi 5 septembre 2001.
Rachqi A. (2008), « Couverture sociale au niveau du secteur agricole » in Conférence sur L’Avenir de la Protection
Sociale au Maroc, 9-10 Juin, Casablanca.
RCAR (2007), Rapport annuel 2006, Rabat.
Salhi A (2003), « Inauguration des assises pour la réforme des caisses de retraite : déficitaires, les différents
régimes de pensions menacés de faillite », Libération, 17 Décembre 2003, Casablanca.
Salhi A (2003), « Inauguration des assises pour la réforme des caisses de retraite : déficitaires, les différents
régimes de pensions menacés de faillite », Libération, 17 Décembre 2003, Casablanca.

18