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​ Commentaire L’histoire de la loi des XII Tables selon Pomponius   

 
 
 
« La  loi  est  ce que le peuple ordonne et prescrit. » ​- ​Institutes ​I. Gaius, jurisconsulte romain du 
IIe siècle, nous dit ici que le peuple est le maître du droit car il dicte les lois.  
Cependant  cette  déclaration  est  largement contestable dans la République Romaine. En effet il 
est  possible  d’affirmer  que  les  citoyens  avaient  davantage  de  liberté  dans  l’adoption  des  lois  que  le 
régime monarchique d’avant la révolution romaine.  
En  effet  avant  celle-ci  le  droit  était  une  affaire  de religion par son objet (prescription rituelle), par 
ses  sanctions  et  par  ses  acteurs  qui  étaient  les  pontifes.  C’est  à  la  fin  du VIème siècle avant notre 
ère  et  au  Vème  siècle  avant  notre  ère  que  l’on  va  s’éloigner  de  l’ordre  divin, le « Fas » et passer 
progressivement  au  « Jus ».  En  effet à cette époque la royauté romaine laisse pace à la République 
suite à une révolution.  
Après  la  Révolution,  les  Romains  décident  d’instituer  un  nouveau régime qui assure la liberté 
au  sens  politique  des  citoyens : c’est la naissance de la République romaine en 509 avant notre ère 
et  elle  prendra  fin  entre  44  avant  Jésus-Christ,  avec  l’assassinat  de  Jules  César  et  27  avant 
Jésus-Christ au moment où Octave reçoit le titre d’Auguste.  
Différentes  instituions  sont  donc  mises  en  place  pour  éviter  le  retour  du  monarque  sur  les 
devants  de  la  scène.  .  Ce  régime est composé d’un Sénat et de ses magistrats qui ne sont en réalité que 
des  aristocrates,  ainsi que d’une assemblée qui représente le peuple. Donc le pouvoir demeure toujours 
entre  les  mains  de  l’aristocratie,  nommée  le  patriciat.  Les  patriciens  étant  les magistrats qui nomment 
les  sénateurs,  le  Sénat  n’est  composé  que  de  patriciens.  Une  importante  partie  du  peuple  n’était alors 
pas  représentée :  la  plèbe,  qui  comprend  toutes  les  personnes  qui  ne  sont  pas  des  patriciens.  Suite  à 
cette  oligarchie,  un  conflit  éclate  entre  patriciens  et  plébéiens,  aboutissant  à  la  victoire  de  la  plèbe  et 
donc  à  une  grande  reconnaissance  de  la  part  de  tout  le  peuple  romain.  Cette  reconnaissance  s’illustre 
surtout  dans  le  domaine  politique  et  juridique  avec  la rédaction de la loi des XII Tables, qui permettra 
au droit de s’affirmer.  
Ces  tables  sont  évoquées  dans  le  Digeste,  aussi  appelé  « Pandectes ».  C’est  un  recueil 
comportant  des  sentences  de  jurisconsultes  ainsi  destinées  aux  juristes  de  l’Empire  Romain  d’Orient. 
Ce  recueil  fait  partie  du  ​Corpus  iuris  civilus​,  livre  de  droit  romain  issu  de  l’empereur  Justinien  I​er  et 
datant  de  528.  L’extrait  étudié  a  été  rédigé  par  Pomponius,  juriste  romain  et  a  été  oublié  puis 
redécouvert  au  Xe  siècle.  Il  est  à  l’origine  de  la  renaissance  du  droit  en  Europe,  soit  en  Italie  puis en 
France.  
Le  digeste  est  de  nature  doctrinale  car  ce  sont  des  juristes  qui  énoncent  des  sentences 
juridiques,  mais  l’extrait  étudié  est  plutôt  de  nature  politique  car  il  retrace  l’histoire  de  la  loi  des  XII 
Tables.  
Ce  texte  aborde  donc  de  l’évolution  historique  du  droit  romain du début avant la fondation de 
Rome jusqu’à l’empereur Justinien. 
L’intérêt  de  la loi des XII Tables vient de sa forme, en effet Rome passe d’un droit a posteriori 
(délivré  par  les  Pontifes)  à un droit a priori où les règles sont fixées en amont. Ainsi chacun pourra s’y 
référer  et  un éloignement du droit et du divin garantie ici l’égalité de chacun devant le droit. Cette idée 
illustre  le  principe  de  sécurité  juridique  un  principe  fondamental  dans  le  droit  français  encore 
aujourd’hui. De plus il est nécessaire de rappeler que le texte a été repris par Justinien et peut donc être 
éloigné de la réalité.  
Dans  quelle  mesure  ce  récit  mettant  en  avant  l’importance  la  norme  législative  au  détriment 
des anciennes sources du droit adopte-t-il un point de vue bien précis ?  
 
 
 
Tout d’abord l’auteur développe l’idée selon laquelle la loi codifiée éclipse les anciennes sources du 
droit (I), en abordant un pont de vue bien précis sur la loi des XII Tables 
 
 
 
 
 
 
I- Les sources du droit romain archaïque mises en cause par la nouvelle loi codifiée. 
 
La loi codifiée est dans la loi des XII Tables mise sur un piédestal (A) en rupture avec les anciennes 
sources du droit (B)  
 
A- La consécration de la Loi codifiée dans les 12 tables  
 
La loi des XII tables marque l’avènement du nouveau régime romain : La république de res 
publica signifie la chose commune. En effet «  Au commencement » (ligne 1) Rome était régi par un 
régime monarchique absolu c’est-à-dire délié de tout autre contre pouvoir. Pendant cette époque la 
société romaine « ​était gouverné​e sans loi certaines » (ligne1), le roi avait donc le pouvoir de modifier 
les règles de droit selon sa propre « volonté ». En effet les lois n’étaient pas écrites et étaient donc 
essentiellement coutumières, c’est donc le droit oral qui était majoritaire. Pomponius met donc ici 
l’histoire du droit romain en contraste avec le nouveau régime afin de valoriser le fait de codifier les 
lois. Effectivement il marque cette distance par l’utilisation de l’adverbe « Ensuite » (ligne 3). Il 
retrace d’abord ce changement en évoquant « Romulus » qui d’après la légende serait le fondateur de 
Rome. De plus cette évolution entre l’ancien régime et le nouveau s’interprète avec la création d’un 
conseil : «  gouvernait par le conseil de ces parties ». Il appuie l’idée selon laquelle le pouvoir du 
souverain est tempéré par le gouvernement d’un conseil. Ainsi la création de ces lois échappe à la 
possibilité d’être dans les mains d’un seul et d’ainsi revenir à État monarchique. En effet il met ici en 
évidence l’importance du peuple dans l’adoption des lois : «  Il portera ainsi plusieurs lois que le 
peuple assemblée en curies confirma ». Cependant le rôle du peuple romain est plutôt limité 
finalement. Certes la loi est votée par les assemblées populaires, les Comices, mais elle n’est pas 
exclusive, la procédure législative est partagée surtout avec les magistrats et le sénat, et pas beaucoup 
par le peuple. Le rôle du peuple est en réalité le moins important car ils n’ont pas l’initiative des lois 
(différence avec la Grèce, l’initiative des lois appartient aux magistrats : ils donneront leur nom à la 
loi). De plus le jour du vote la seule question qu’on pose au peuple est ​« ​citoyens acceptez-vous ou 
non cette loi », (oui ou non) pas question de discuter le texte, il n’y a pas de pouvoir d’amendement 
des lois.  
De plus l’auteur évoque le recueil de « Sextus Papirius » cependant certains historiens considèrent 
que ce n’est pas réellement une source de droit et que le fait que Pomponius l’évoque serait une façon 
de justifier la codification de Justinien. Cette fiction justifierait donc la source du droit civil, un droit 
qui contrairement au droit français balaye un plus grand nombre de domaines. Des domaines que l’on 
qualifierait en France comme étant propre au droit pénal par exemple comme les crimes.  
L’auteur met donc sur un piédestal la loi en s’opposant avec le régime antérieur romain. En effet il 
vient d’autant plus discréditer les anciennes sources du droit  
 
B- La coutume comme source de droit : une source remise en question 
 
Le droit était, avant l’avènement de la République Romaine, un droit d’origine orale. Cette source 
du droit est largement remise en question avec l’avènement de la loi codifiée. Cette remise en question 
s’explique avant tout par ce caractère incertain de la coutume qui st par définition un droit qui repose 
sur un usage prolongé et transmis de génération en génération. C’est un droit qui est donc incertain de 
par le fait qu’il ne soit pas écrit. L’auteur énonce cette incertitude par « la loi Tribunitia » (ligne 8) qui 
représente le caractère incertain de la loi. Cette caractéristique incertaine de la loi est présence au 
premier paragraphe avec les rois : «  sans lois certaines ». Cette idée contraste avec l’avènement de la 
loi pendant la révolution au paragraphe 2 en évoquant la présence d’un « recueil » (ligne 6).  
De plus il dénigre la coutume en l’évoquant comme « usage » c’est-à-dire comme simplement 
prémisse d’une coutume lui enlevant toute sa force obligatoire. Il valorise donc d’autant plus la norme 
législative en remettant en cause la coutume. En effet la coutume irait ici à l’encontre du principe de 
sécurité juridique dans la mesure ou l’absence d’écrit en fait une loi incertaine 
La norme législative devient donc la source du droit majoritaire qui rompt avec l’ancien régime 
romain et permet donc l’avènement de la République Romaines.  
 
 
 
 
 
I- La loi des XII tables selon Pomponius mais repris par Justinien  
 
Les décemvirs occupent désormais une place fondamentale dans la rédaction des XII Tables (A), 
celles-ci s’inspirant directement du droit grec (B)  
 
A- les décemvirs au fondement des XII tables  
  
En 450 avant notre ère, une commission de 10 membres composés de patriciens : les 
décemvirs ont été jusqu’à Athènes pour s’inspirer des lois du Dracon comme le décrit 
Pomponius : «  Il fut résolu par l’autorité publique d’envoyer deux hommes en Grèce pour y 
demander des lois ». Cependant cette version de l’histoire est largement contestée par certains 
historiens. Car en réalité les plèbes se révoltent et font pression sur les institutions ne faisant pas 
confiance à leur partialité. Mais selon la légende ces 10 se serait vu donner les pleins pouvoirs 
pour rédiger la loi des XII Tables. De plus les décemvirs avaient d’importants pouvoirs concernant 
ces lois dans la mesure où ils avaient la possibilité de les « corriger » et « interpréter » (ligne 14) 
ce qui donnera naissance aux deux autres tables qui s’ajouteront aux dix autres. À la lecture de cet 
extrait les décemvirs sont vus comme ayant une grande importance dans l’instauration du nouveau 
régime dans la mesure où ce sont eux qui ont rédigé ces nouvelles lois.  
 
 
B- Un droit romain s’inspirant du droit Grec 
 
La loi des XII Tables s’inspire fortement du droit romain dans ces principes en effet tout d’abord 
ces lois ont « ​été exposé​ dans la place publique, ​gravé​ sur des tables d’ivoire en sorte qu’on pouvait 
aisément les consulter » (ligne 13) ici Pomponius souligne l’idée selon laquelle les lois étaient 
disponibles pour tous les citoyens dans la mesure où elles sont accessibles et visibles (écrite) pour 
tous les citoyens romains. Cette idée reflète le principe de l’égalité devant la loi. Ce principe provient 
de l’héritage grec avec le concept d’Isonomie apparue lors de la marche d’Athènes vers la démocratie.  
De plus les décemvirs ont été envoyés en Grèce pour s’inspirer directement du contenu des lois de 
Dracon. Des lois qui aujourd’hui se rangeraient dans la branche pénale du droit mais qui pour l’époque 
se caractérise comme étant du droit civil  
De plus l’organisation juridique romaine ressemble à celle grecque avec la séparation des 
pouvoirs entre les différents organes pour qu’un organe ne se retrouve avec les pleins pouvoirs 
juridiques. En effet l’auteur mentionne ici la présence de « magistrat ». Effectivement ce nouveau 
régime romain est composé d’un Sénat et de ses magistrats qui ne sont en réalité que des aristocrates, 
ainsi que d’une assemblée qui représente le peuple.