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5 Phénomènes physiques et outils de dimensionnement

Tassement excessif des sols

La densification provoquée par les séismes peut être plus marquée que la densification liée au
poids propre ou aux actions hydrauliques (voir la Section 5.4.3.7), par exemple égale à 5 % de
l’épaisseur du matériau rocheux de remplissage ou de l’épaisseur d’une couche. Lors des trem-
blements de terre, il peut notamment se produire une rupture par cisaillement interne ou du
moins une déformation par cisaillement importante, du fait de la prépondérance de la compo-
sante horizontale de l’accélération. Ce type de déformation peut se traduire par un tassement
plus marqué que celui induit par une densification unidimensionnelle. Les forts impacts de la
houle ont parfois un effet comparable.

En présence de couches ou d'épaisses lentilles de matériaux non-cohérent, non saturés et lâches


situées à une faible profondeur sous l’ouvrage, il faut tenir compte de la tendance des sols de fon-
dation à la densification et aux tassements importants dus aux actions cycliques générées par les
séismes. Des tassements importants peuvent également être observés dans les sols argileux très
mous du fait de la dégradation cyclique de leur résistance au cisaillement sous l'effet de secous-
ses sismiques de longue durée.

Le potentiel de densification et de tassement de ces sols doit être évalué à l’aide des méthodes que
propose l'ingénierie géotechnique, notamment d'essais de laboratoire statiques et cycliques réali-
sés sur des échantillons représentatifs des matériaux étudiés. Si les tassements induits par la den-
sification ou la dégradation cyclique risquent d’affecter la stabilité d’un ouvrage ou de ses fonda-
tions, il faut envisager d’avoir recours aux techniques d’amélioration du sol mentionnées ci-dessus.

Rupture de talus (grand glissement) ou rupture mécanique du sol

L’EN 1998-5 stipule que « la réponse des pentes au séisme de projet doit être calculée soit au
moyen des méthodes classiques de l’analyse dynamique, telles que les méthodes de type éléments
finis ou les modèles à blocs rigides, soit à l’aide de méthodes pseudo-statiques simplifiées ». Il
existe trois approches différentes. Au besoin, chacune de ces trois approches doit être combinée
à l’analyse de liquéfaction des sols mentionnée ci-dessus et appliquée aux couches de sable et de
limon étudiées, avec pour conséquence une diminution de la résistance effective au cisaillement
et/ou de la rigidité de ces couches.

• Approche 1 : méthode pseudo-statique : force d’inertie supplémentaire

La stabilité des pentes soumises aux séismes est couramment simplifiée en introduisant une
force d’inertie supplémentaire. La valeur de cette force est déterminée comme étant égale au
produit de la masse, Ms, de la tranche de sol à analyser par l’accélération de pic, as (m/s2), au
niveau de la surface du sol, décomposée en deux éléments distincts : l’accélération horizontale,
ah (m/s2), et l’accélération verticale, av (m/s2). Pour des masses de sol d’échelle courante, on
suppose que ah (m/s2) est constante et agit simultanément dans l'intégralité de la tranche ou
de l'ouvrage à analyser. Les accélérations verticales sont proportionnelles aux accélérations
horizontales (av = ± 0.5ah ou 0.33ah selon la valeur de as).

Les forces d’inertie associées à ah et av peuvent ensuite être intégrées à une analyse de stabi-
lité de pente de type Bishop (voir la Section 5.4.3.2). Dans le cas de séismes présentant des
valeurs de ah très réduites, il s’agit là d’une approche sécuritaire, car aucun déplacement lié au
glissement n'est toléré. Par ailleurs, ce type de déplacement peut être limité en raison de la
courte durée d’accélération alors que les excitations sont très improbables. L'effet de celles-ci
est négligeable, non seulement en raison du nombre limité des accélérations les plus fortes
(l’apparition des excitations nécessite du temps), mais aussi du fait de l’amortissement consi-
dérable dû aux déformations essentiellement non-élastiques qui surviennent largement avant
que la limite de stabilité ne soit atteinte.

• Approche 2 : modèle à blocs rigides

Une description plus réaliste nécessite un modèle numérique 2D, voire 3D, plus sophistiqué,
qui tienne au moins compte des effets de l’inertie.

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5.4 Conception géotechnique

• Approche 3 : analyse par éléments finis non-linéaires 1


L'action est introduite dans ces modèles en définissant le mouvement (horizontal) de la limite
inférieure du modèle, par exemple au niveau du fond rocheux. Un enregistrement des accélé-
rations (horizontales) d'un séisme réel, représentatif des conditions géologiques, peut décrire
ce mouvement. Il faut connaître au moins les paramètres suivants de l'enregistrement (dans la
pratique, elles sont supposées ou définies comme critères de calcul) :
• l’accélération horizontale maximale au niveau de la surface du sol, ah (m/s2),
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• la durée totale des excitations, Te (s),
• le nombre d’excitations, Ne (-).

Ces paramètres doivent être associés à, ou estimés d’après :


• une magnitude sismique, M, définie à l’aide de l’échelle de Richter,
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• la distance à laquelle se trouve une faille éventuelle ou connue en profondeur,
• la déformation élastique et plastique de la roche et du sol.

En outre, en définissant un niveau de dépassement (ou de rupture) acceptable et en évaluant les


courbes de dépassement associées, il est possible de définir une/des valeur(s) de calcul. Dans la 4
pratique, on utilise la courbe de dépassement de M.

Le sol et les matériaux rocheux constituant l'ouvrage doivent être modélisés à l’aide d’un
modèle élastoplastique (non-linéaire). Comme pour le modèle à blocs rigides, cette analyse
débouche sur un déplacement permanent de certaines parties de l’ouvrage, que l’on doit com-
parer à la déformation acceptable. 5
Méthodologie de l’analyse sismique

Souvent, la réponse géotechnique aux séismes n’est pas seulement dynamique, mais peut égale-
ment consister en une perte de résistance du sol (non-drainé) due principalement à deux types de
réponses. D'une part, une surpression interstitielle peut être générée dans du sable, du gravier ou 6
de l’enrochement à faible granulométrie lâche et saturé du fait de la dilatance/contractance de
ces matériaux, et de la liquéfaction causée par le séisme. D'autre part, les argiles sensibles peu-
vent perdre une partie de leur résistance non-drainée. Ces réponses ont lieu en partie simultané-
ment. L'action maximale vis-à-vis de la réponse dynamique se produit aux environs de la moitié
du séisme, tandis que la perte maximale de résistance du sol est généralement observée à la fin
du tremblement de terre, ce qui signifie que le moment le plus critique susceptible de déclencher 7
une instabilité dans la seconde moitié du séisme.

À titre d’exemple, on décrit la stabilité d'une pente infinie (d’angle α) en fonction de la surpres-
sion interstitielle (relative), p*, définie par l’Équation 5.263. Le séisme ajoute une accélération
purement horizontale, ah. Aucune prédiction de la valeur de la surpression interstitielle n'est ici
réalisée. Les plans de glissement parallèles au talus (infini) de pente tan α peuvent être considé-
rés comme un cas particulier d’analyse des cercles de glissement appliquée à un problème réel
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avec une hauteur de talus limitée car dans la plupart des cas pratiques, les plans de rupture linéai-
res constituent une hypothèse sécuritaire. On considère à présent la stabilité d’un sol ou d’un élé-
ment de la couche en matériaux rocheux de hauteur, Δz (m) (Figure 5.130).

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Figure 5.130 Action sismique exercée sur une pente infinie

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