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international ce étaient à peine visibles ! L’année de La France en Chine uillaumot connaît depuis
ce étaient à peine visibles ! L’année de La France en Chine uillaumot connaît depuis
ce étaient à peine visibles ! L’année de La France en Chine
uillaumot connaît depuis longtemps la Chine de l’Intelligence

Le ciel de ce 20 octobre au-dessus de Hong Kong était si pollué que les spectaculaires acrobaties

des alphajets de la Patrouille de Fran

rentre ainsi de plein fouet dans les paradoxes de ce " nouveau monde ", étrange, énigmatique et

désormais incontournable. Robert G économique. Julie Debord l’a rencontré.

La Chine entre repli sur soi et ouverture sur le monde

Robert Guillaumot - Président d'honneur de l'EISA, Administrateur honoraire de Syntec-Informatique. Président Directeur Général d'ALOGIC.Président de l'association IDEE, animateur des centres d'intelligence économique du MEDEF (Paris et Régions)

Pour vous l'Intelligence Economique

est-elle une réalité en Chine ?

RG : Il y a quand même une association d'Intelligence Economique, de grands ouvrages qui ont été publiés sur le sujet et il y a aussi de grands spécialistes. Là encore, le mot est un "catch-word" qui ramasse tout un tas de choses.

Depuis 1984, j'ai connu des responsables chinois qui étaient autorisés à aller aux

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congrès de la SCIP (Society of Competitive Intelligence Professionals) aux Etats-Unis. Leur mission était d'ap- prendre et développer en Chine un corps de doctrine et des pratiques d'Intelligence Economique au profit du développement chinois, c'est-à-dire tourné vers la connaissance de l'environnement éco- nomique, social, politique auquel les Chinois allaient être confrontés chez leurs concurrents. Le domaine de l'Intelligence

Economique est vivant en Chine. Il y a, à Shanghai, tous les ans au mois d'oc- tobre, un congrès chinois avec des invi- tés du monde entier qui viennent parler d'Intelligence Economique au sens étude de la concurrence et des marchés. Des centaines de Chinois viennent écouter et exposer ce qu'ils font dans ce domaine. Il y a un vrai courant structuré d'enseignement et de diffusion des théo- ries et de la pratique d'IE, essentielle-

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ment tourné vers l'offensive, vers la connaissance des amis ou adversaires avec qui ils seront amenés à coopérer ou à s'affronter. Il y a un travail appro- fondi sur les pratiques étrangères qu'ils se font exposer, qu'ils intègrent et qu'ils mettent à disposition dans leurs cours et dans leurs associations. Il existe même un SCIP chinois. Dans le cadre chinois, la dualité telle qu'on la connaît, entre les orientations et le contrôle que le gou- vernement chinois central peut avoir sur l'ensemble de la société chinoise et les pratiques d'Intelligence Economique qui sont à la disposition des grandes entre- prises chinoises. Dans les entreprises qui travaillent pour le gouvernement, je ne sais pas trop quelle est l'interférence entre la demande du pouvoir central et les besoins des entreprises en Intelligence Economique. Que fait-on faire en Chine aux spécialistes de l'IE? Ils sont certainement instrumentalisés par le pouvoir pour des missions que l'on ignore…

Comment peut-on parler de culture

de l'information en Chine alors que

les autorités chinoises exercent la

censure même sur Internet par un

contrôle des écrits ou en limitant

l'accès au réseau ? (il est désormais

obligatoire de s'enregistrer auprès

de la police).

RG : Dans le Chinois, il y a deux hommes. La dualité de la situation politique chi- noise par rapport à l'économie de marché en est une illustration. L'importance que les chinois accordent à l'exploitation de l'information et à sa diffusion est extrê- mement forte à partir du moment où il s'agit de réussir et de s'enrichir. Je n'ai jamais vu dans le monde entier, une unité comme le MIRU (Marketing Intelligence Research Unit) à Shanghai où 400 per- sonnes, il y a 15 ans, travaillaient à des

études sur différentes sociétés occi- dentales pour en connaître le fonction- nement. Les Chinois savent très bien utiliser l'information et ils savent en com- prendre l'importance et l'exploiter à condition qu'ils aient un objectif. Le côté universitaire, perfectionnement person- nel, le côté "j'ai du temps et je me cul- tive pour avoir une opinion, contester et me perfectionner ou politiquement m'ex- primer", aux yeux de l'élite chinoise qui gouverne, cela n'a strictement aucun intérêt. Au contraire, plus une personne aura du temps pour pouvoir utiliser de l'information, plus il sera dangereux.

Mais à l'inverse, si on peut susciter l'in- térêt en leur permettant de se dévelop- per ou de s'enrichir en faisant du commerce, alors, on va leur donner tous les moyens nécessaires pour tirer profit de l'information. Donc il y a cette dualité

L'information est devenue un des

principaux déterminants des

rapports de force et du

développement socio-économique.

Pour la Chine, ne compte t'elle pas

parmi les principaux facteurs qui

sont à l'origine de l'élargissement

du fossé qui sépare les nouveaux

riches et le reste de la population ?

RG : Oui, c'est incontestable. Mais on retrouve toujours la même caractéris- tique, la maîtrise des outils pour acqué- rir, exploiter, transformer et livrer des produits à base d'informations est aujour- d'hui réservée à une élite. La grande pro- blématique chinoise et la grande révolution si elle existe, c'est la rencontre choc entre le monde paysan chinois et la modernité de la société de l'informa- tion. Ce choc là, pose un problème impor- tant qui est plus ou moins traité à l'échelon des villes où par exemple des centaines de personnes apprennent tous les soirs des langues étrangères. Par exemple, la bibliothèque nationale de

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A l'heure où l'information ne connaît plus de frontières grâce aux réseaux, que reste-t-il de l'Empire du Milieu et de ses traditions ?

RG : L'Empire du Milieu est une longue tradition civilisée, d'une civilisation différente de nos civilisations occidentales bien sûr, mais qui s'est répandue à travers une population diversifiée en terme d'ethnies et de géographie. Il y a donc, malgré le problème de l'information une permanence traditionnelle et un legs de l'histoire. Voici une anecdote qui illustre bien ce phénomène. Les JO de l'an 2000 ont eu lieu à Sidney en Asie Pacifique; à l'occasion de ces Jeux, il y a eu un congrès mondial de l'informatique et des technologies de l'information qui devait se passer dans une des trois villes suivantes : Taipei, Sydney ou New Delhi. Quand on a su que Taipei était resté parmi les trois candidats possibles, ça a été la terreur chez les Américains et les Japonais. La grande surprise a été que tous les

Chinois sans exception ont voté comme un seul homme pour Taipei. Cela illustre particulièrement bien la capacité qu'a la culture chinoise de se regrouper quand il le faut pour imposer son point de vue. L'un des grands discours qu'il y a avec les occidentaux, en particulier les Américains qui sont très présents en Asie, c'est de dire : écoutez, vous, vous jouez au Base-ball, nous on joue au majong, ça vous est égal que vos enfants se droguent, nous, nous essayons de les éduquer le mieux possible, vous mangez du big-mac, nous mangeons du riz; donc si vous voulez travailler avec nous il va falloir vous adapter à notre culture. Il y a en effet, un fort noyau traditionnel qui ne sera pas érodé tout de suite. Je ne sais même pas si ça se passera…

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international réelle qui est importante et qui figure à l'échelon de la société chinoise en géné-

réelle qui est importante et qui figure à l'échelon de la société chinoise en géné- ral: comment peut on avoir en même temps une économie de marché et un système dictatorial?

Le système dictatorial a le pouvoir de canaliser ou de susciter ce qui l'intéresse et de bannir ce qui ne l'intéresse pas. Le contrôle n'est finalement pas sur les outils ou les moyens mais sur la destination finale et l'objectif.

En vue de s'adapter aux normes

internationales et de respecter les

engagements dus à l'entrée de la

Chine dans l'OMC, le gouvernement

chinois est en train de réviser et

d'améliorer les lois et règlements

dans tous les domaines concernés,

y compris les médias. Combien de

temps cela pourrait-il prendre ?

RG : Je suis extrêmement sceptique sur la volonté réelle. Les obstacles seront nombreux. Les Chinois diront s'adapter et ils vont faire ça selon leur intérêt et à leur rythme. Il n'y aura pas de contesta- tion en interne sur ces sujets. Compte tenu de leur puissance potentielle et de l'impact qu'a la Chine sur le monde et vu le côté un peu "abandon des prin- cipes", la Chine choisira ce que bon lui semblera.

Que pensez-vous de la cohabitation entre communisme et économie de marché en Chine ?

RG : C'est une question extrêmement vaste. Personne ne croit plus au communisme en

Chine, c'est donc une fiction. Il existe un système de pouvoir avec une caste, des gens

qui s'auto-nomment et qui se donnent des promotions automatiques entre eux avec des

buts d'influence. Cette caste est divisée en plusieurs courants. Cela n'a plus rien à voir

avec le marxisme léninisme. Ce qui apparaît, c'est simplement un rideau de fumée parce

qu'il faut bien justifier la pratique par un semblant de théorie. Le semblant de théorie,

c'est bien le marxisme léninisme, le maoïsme révisé et la voie spécifique chinoise vers

le socialisme mais tout ça, c'est du "baratin". C'est de la fiction qui fait qu'il y a un

pouvoir autoritaire qui aurait pu être fondé sur n'importe quelle autre idéologie

théorisante. Ce type d'idéologie sert à masquer une réalité profonde qui est celle d'une

dictature dirigée par un certain nombre de personnes qui ont intérêt à se maintenir au

pouvoir à cause de la corruption, des privilèges, etc. Maintenant, le reste, c'est-à-dire le

communisme, vous mettez une croix dessus et vous dites un pouvoir central autoritaire

et omnipotent avec un parti unique, communiste ou autre plus l'économie de marché.

Nous nous trouvons dans un univers qui est extrêmement proche du point de vue

idéologique du national socialisme: c'est-à-dire la possibilité pour les gens de se

développer et de produire des richesses mais à tout moment de ne pas pouvoir les

utiliser selon que le pouvoir central décide de ce qui sera disponible ou pas. De manière

provocatrice, on pourrait dire que nous pouvons finalement être satisfait que la Chine

ait été gouverné par Mao Tse Tong pendant 50 ans car si il n'y avait pas eu cet homme,

nous aurions une Chine qui ne serait pas en retard mais qui serait aujourd'hui dans un

état de super puissance! Le communisme en Chine est un acte contre-nature qui n'a rien

à voir avec ce que peut être un chinois qui vend tout ce qu'il a et cherche à tout prix à

s'enrichir.

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Vis-à-vis d'elle, la volonté du reste du monde sera d'essayer de tirer profit du développement de milliards d'individus. Cela fait que du point de vue du respect des règles, on s'assiéra tous dessus et on attendra patiemment qu'ils progres- sent. Ils vont bien sur communiquer sur leur envie de respecter les règles de l'OMC et vont sûrement médiatiser un certain nombre de choses qu'ils vont faire dans ce sens; mais, quand ça ne les inté- ressera plus de le faire et bien ils arrê- teront.

La culture et l'histoire ont toujours

occupé une place importante dans

les échanges entre les peuples

chinois et français. Comment

analysez-vous ce phénomène?

RG : Il y a sans aucun doute un petit avantage, une sorte de cote d'amour des Chinois pour la France, en terme de cul- ture, matérialisée par Paris. Aller à Paris, c'est le rêve du Chinois (celui qui a déjà un certain niveau de culture bien sur!). C'est traditionnel et historique. Il y a eu très tôt des relations d'Etats à Etats. Puis, il y a eu de nombreuses manifestations qui ont eu un retentissement extraordi- naire en particulier l'expédition Citroën qui a énormément marqué les esprits chi- nois. Plus récemment, la rumeur dit que la totalité de l'élite chinoise qui a fait la révolution a été formée dans les univer- sités françaises. Il y a donc une certaine symbiose qui s'est installée à la fois entre nos deux cultures. Cette symbiose entre les dirigeants était alimentée par un cer- tain nombre de choses culturellement proches. Par exemple: la nourriture. Entre la gastronomie chinoise et la gastrono- mie française, il y a cette connivence qui fait que les Chinois comme les Français aiment manger. N'oublions pas aussi que le modèle révolutionnaire chinois est réputé proche de celui de la révolution française et de la commune.

Vous vous êtes rendu en Chine et

vous avez de nombreuses

connaissances dans l'Empire du

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PORTRAIT DE CHINE

Milieu. Quelles sont vos

impressions sur cet étrange pays ?

RG : Le mot "étrange" est le bon… Je dirais que c'est un pays très difficile à connaître. La population est très diverse à cause de la taille du pays. Personnellement, je ne connais que des gens de certains milieux ouverts. J'ai donc une connaissance très peu pro- fonde et superficielle de ce que peut être le milliard trois cent millions de Chinois dont la majorité vit dans les campagnes et que je ne fréquente pas. En ce qui concerne ceux que je connais, je suis partagé. Il n'y a pas meilleurs négocia- teurs, commerçants, vendeurs que les Chinois. Contrairement à ce qu'on pense, le Chinois est extrêmement indi- vidualiste. Si leur instinct grégaire et leur nombre font qu'ils vivent en commu- nauté, dès qu'ils ont le pouvoir de faire leurs affaires tous seuls, ils les font. Le nombre de boutiques et de petites échoppes dans les villes et dans les campagnes le prouve. C'est une carac- téristique extraordinaire qui leur donne fondamentalement toutes les bases d'une expansion économique. Le côté extrêmement pragmatique, matérialiste et individualiste du Chinois est certain. La principale préoccupation des chinois n'est pas intellectuelle mais plutôt de vivre correctement tous les jours et, actuellement, de s'enrichir. La deuxième caractéristique visible est qu'ils ont un grand pas à faire dans le domaine envi- ronnemental; ils ne se préoccupent pas de la propreté de leurs activités. Leur environnement risque d'en pâtir beau- coup mais un jour peut-être, s'en pré- occuperont-ils; un nouveau marché naîtra alors. La troisième remarque est que les Chinois sont fidèles en amitié en particulier dans le domaine des pro- messes faites. La préoccupation princi- pale n'est pas la signature au bas du contrat mais bien la parole donnée. Les relations personnelles (guanxi) sont extrêmement importantes et fiables en Chine.

Propos recueillis par Julie Debord

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Le sens de l’Empire

Julie Debord N°79 - N OVEMBRE 2004 Le sens de l’Empire A la fin du XVIIIe

A la fin du XVIIIe siècle, le gouvernement britannique délégua en Chine, une

ambassade dirigée par l'un des hommes les plus cultivés de son temps, Lord Macartney. Sa mission consistait à rencontrer l'Empereur de Chine pour tenter de remédier aux déséquilibres commerciaux et diplomatiques entre les deux pays. Les Chinois n'avaient aucun mal à vendre à l'Angleterre certains pro- duits, par contre, le seul produit que les Britanniques parvenaient à vendre à Canton – le seul port où ils avaient l'autorisation de commer- cer, et seulement six mois de l'an- née – était l'opium, dont l'importation était interdite. C'est pourquoi il fallait trouver les moyens et les ressources de l'introduire sur le territoire chinois.

Les autorités locales étaient de ce fait soudoyées et tout un réseau d'espions agissait pour obtenir des informations afin de débarquer en temps et en heure leur produit de contrebande. La majorité de l'opium était vendu à des marchands privés qui ensuite l'importaient en Chine avec d'énormes profits à la clé. Cependant, Macartney ne vint pas à Pékin, chargé de somptueux pré- sents, pour discuter d'opium. Il

tenta d'établir des relations diplo- matiques sur des bases classiques, via l'échange d'ambassadeurs et

s'efforça d'assouplir les restrictions commerciales. Malgré la courtoisie et la générosité avec lesquelles on

le reçut, toutes ses requêtes diplo-

matiques furent fermement reje- tées. Traité comme un roi, toutes ses demandes furent néanmoins élu- dées par les Chinois. A son retour, Macartney transportait dans sa valise officielle des lettres signées de l'Empereur Quianlong (1736- 1795) adressées au roi Georges III d'Angleterre qui montrent une facette très claire de la culture chi- noise.

"Tu vis, ô Roi, au-delà des confins de multiples océans; néanmoins, hum- blement désireux de prendre part aux bienfaits de notre civilisation, tu as délégué une mission chargée des me transmettre tes requêtes. Ton Envoyé a traversé les mers et présenté ses hommages à ma Cour. […] "Comme tu en as fait la prière dans ton message, ô Roi, savoir auto- riser l'un de tes sujets à résider dans l'Empire Céleste pour s'occu- per du commerce de ton pays, sache qu'une telle requête n'est pas conforme au protocole du Céleste Empire et que je ne puis en aucun cas

y accéder. […] L'Empire Céleste

régnant sur les quatre mers […] ne saurait faire grand cas de vos inven- tions, ni avoir un quelconque besoin des produits fabriqués par votre nation".

Nigel Cameron - Hong Kong - Janvier 1978 (Extrait de Portraits de Chine, 1860-1912, par L. Carrington Goodrich et Nigel Cameron, Aperture – New-York, 1978)

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