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GESTION DES RESSOURCES


RENOUVELABLES EN TUNISIE
SEMI-ARIDE: L'EAU DES
LACS COLLINAIRES
SALAH SELM/ - JEAN-CLAUDE TAL/NEAU (*)
/SSAM ANATAR (**)

n Tunisie, l'eau comme la te rre agri-

E cole est une ressource rare. En effe t,


avec l'irrégularité, la mauvaise répar-
tition et la faiblesse re lative d es précipita-
1Abstract

ln Tunisia, water and growing land are scarce resources. Efficient management of soil and optimal
mobilisation of water are crucial problems about which successive human societies have been very
concerned for a long time. Since independence time a large attention has been attached to conserva-
tions, caracté ristiques fo ndame ntales du
tion policy for renewable resources and several strategies has been devised.
climat du sud de la Médite rranée, la Tuni- Hill reservoirs project is a main part of decennial strategy 1990-2000 about soil and water conserva-
sie souffre d 'un déficit hydrique quasi-pe r- tion in Tunisia.
mane nt; 90% du te rrito ire tunisie n reçoit This paper talks about mode of management and appropriation of created resources. A distinction is
made between physical hill reservoirs and the catchment water for different utilisation.
moins de 600 mm/a n et 50% mo ins de 200 First results achieved from 48 sample-Iakes lead to a typology, justified by uses of water resources
mm. Ce déficit e n eau s'apprécie de ma - not yet very frequent.
nière plus cruciale e ncore qua nd on esti- Discussion is suggested about the important part of these catchments to become aware of environ-
me à 500 m 3/ an l'e au stockée e t disponi- mental protection and in the beginning of sustainable agriculture and farmer participation. Sorne ide-
as are discussed about the role of each partner: government officiers and farmers.
ble par habitant alo rs que la moyenne
mondiale serait de l'o rdre de 8500 m.l (de
Graf, 1993). 1 Résumé
L'é rosio n , phé no mène complexe très ré - EIl Tut.isie, l'eau comme la terre agricole est Ulle ressource rare. Aillsi le problème de la gestioll effi-
pandu en zone médite rra néenne, menace cace du patrimoille sol et la mobilisatioll optimale de l'eau a Ï1.téressé, depuis fort 107.gtemps, les so-
graveme nt les po te ntialités e n ea u et e n ciétés humailles qui 01lt vécu sur le territoire tUllisiell. Depuis l'Ï1.dépelldat.ce ulle importallce parti-
sol. En Tunisie, les terres érodées couvre nt culière a été accordée à la cOllservatioll des eaux et des sols; elle se mallifeste dalls la mise et/ oeu-
vre de plusieurs stratégies.
une supe rficie de 3 millio ns d 'ha , soit 60% L'opération lac collinaire est "'.e des composalltes les plus importallles de la stratégie ,zati07zale et dé-
de la surface agricole utile, do nt la moitié cellnale 1990-2000 e1l matière de c07,servatio1l d es eaux et des sols en Tzmisie.
est grave me nt affectée par ce processus Ce texte propose ut/e at.alyse des modes de gesti01l et d 'appropriatio1l des ressources créées. U1Ie dis -
(Ala ya 1989). tit/ction est fa ite entre le lac en tallt qu'amé1lagemelll physique et l'eau r etellue pour différe1lts usa-
ges.
Outre ces contraintes propres à l'e nviron- Les premiers résultats des observati01ls d 'ull échantillon d 'une ci1lqua1ltai1le d 'ouvrages c01lduiselll à
nement physique, plusie urs autres facte urs la présentatioll d 'u1le typologie f07.dée sur l'utilisatioll de la ressource hydrique qui demeure e1lcore
d 'ordre socio-écono miq ue te ls que la crois- peu développée.
Dans la discussioll l'acce1lt est mis sur le rôle majeur que peuvelll jouer ces améllagements da1ls la
sance dé mogra phique to ujo urs soute nue prise de cOllsciellce d'ulle protecti01l de l'e,wir01l1Ieme1lt et da1ls l'amorce d'ull développeme1lt local
autour de 2% (Ministè re de l'Environne - beaucoup plus autOllome et durable. Pour atteù,dre, ces objectifs, il COIlViellt de s'ù.terroger sur les
me nt, 1992) , un courant d 'exode rural en - rôles de c hac"" des protagollistes: l'Etat et les paysalls, malgré les précisiolls qu ' 011 doit lui appor-
core no n fre iné, des besoins alimenta ires ter.
insatisfaits, des utilisatio ns croissantes e t
diversifiées de la ressource e n ea u dans les
secteurs agricole, industriel e t to uristique ,
aggravent la situatio n e t placent le pays
devant la nécessité d 'é labo re r diverses stra -
tégies visant la mo bilisation (Stratégie des
Ressources e n Ea u , 1990) et surto ut la ges-
tion o ptimale des ressources en e au , la sau-
vegarde et la mise en vale ur du patrimo i-
ne terre .
Les socié tés qui se sont succédées sur le
te rrito ire tun isie n o nt très tô t é té capables
de s'adapter à ces contraintes physiques
d 'explo itatio n agricole d u milie u, en me t-
tant en oeuvre des amé nageme nts spécifi-
ques, que ce soit dès le 13 ème siè cle avec
l'arrivée e t l'installatio n au no rd du pays
des andalo us musulmans chassés d 'Espa-
gne et promo te urs des cultures en terras -
se ou e ncore avec les paste urs du sud , ap-
tes à dévelo pper de pe tites productio ns
agricoles grâce aux ingénieux systèmes de
meskats et jessours, mo bilisate urs des eaux
de surface (El Amami , 1984; Lama ry, 1991).

(.) M issio n O r.stom ù Tu nis.


(") Direction d e la C.E.S. , - Mi nistère de I·Agricultu re.
Tunisie

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L'Etat, agissant par l'intermédiaire du Mi- Des objectifs propres aux lacs colli- technique face à une multitude de réac-
nistère de l'Agriculture , a toujours eu quel- naires tions des collectivités rurales locales
ques difficultés à concevoir une politique (concurrence, passivité, désintéressement,
de défense de l'espace agricole s'inscri- Au moment de la définition du projet de etc.) , en majorité pauvres et analphabètes
vant dans la durée. Il a le plus souvent, réalisation des retenues et lacs collinaires et qui perçoivent des désagréments immé-
au moins au niveau du patrimoine sol , pri- deux grands groupes d 'objectifs étaient as- diats et se projettent mal dans un moyen
vilégié le concept de conservation aux dé- signés à ces ouvrages . terme où des conséquences bénéfiques
pens de celui d'une gestion efficace des - Les uns de nature très conservatoire vi- sont en principe attendues au plan du dé-
terres. Longtemps inféodée aux Directions saient à restaurer un potentiel de ressour- veloppement économique et social.
de l'Hydraulique puis des Forêts, la ces naturelles renouvelables puis à dimi- Au niveau des objectifs de conservation,
conservation des eaux et des sols s'est nuer les risques consécutifs à l'écoulement les utilités, en apparence fort évidentes,
principalement exercée au moyen d 'une des eaux de surface excédentaires et trans- ont quant même besoin d'être relativisées
politique interventionniste de grands tra- ports solides vers l'aval voire à protéger au moyen d 'une évaluation globale, sur les
vaux d'aménagement, tenant peu compte des espaces exploités de manière intensi- espaces concernés, des volumes d 'eau et
des réalités locales de la vie agraire, en ve et des infrastructures particulièrement de sédiments qui sont en jeu . Récemment
incluant parfois des procédures d 'interdic- menacés dans leur durée de vie. rappelées (Selmi, Talineau, 1994 a), ces
tions d 'utilisation et de réservations d'es- - Les autres envisageaient, en complément, données soulignent le rôle mineur dans la
paces à protéger. de multiples usages domestiques et agri- rétention de sédiments et d'eau par ces ou-
Dans ces interventions la dimension so- coles dont l'abreuvement du cheptel, sur vrages et conduisent à se reposer des ques-
ciale n'est pas absente , les chantiers de des surfaces restreintes en rapport avec la tions d'efficacité technique et de rentabili-
travaux permettant de lutter contre le chô- ressource supplémentaire disponible et al- té économique; mais le laminage des crues
mage rural mais avec, en contrepartie, un laient même jusqu'à parler d'impact direct et l'allongement de la durée des débits
développement chez les intéressés d'une sur les revenus des exploitants ruraux et d 'étiage sont aussi autant d'effets positifs
mentalité d'assisté. d'une amélioration des niveaux de vie. bien que la validation économique en soit
Ce n'est que depuis une dizaine d'années difficile.
qu 'au sein d'une Direction autonome s'af- La réalité des lacs collinaires
firme une politique faite d 'actions diversi-
fiées d 'aménagement, soucieuse d 'intégrer L'élément essentiel d 'un lac collinaire est
une majorité des problèmes de dévelop- un petit barrage en terre compactée dont Une recherche associée au
pement rencontrés par les sociétés locales l'amont est recouvert d 'un parement de projet et les premiers
et de promouvoir un partenariat adminis- pierre et l'aval protégé par des arbustes de
fixation tels qu 'Acacia, et des plantes her-
résultats
tration-paysan (Achouri , 1993; Hizem,
1994). bacées courantes comme Hedysarum ou
Le texte qui suit se rapporte à l'un des Atriplex. La hauteur de la digue varie de 5 Approche méthodologique
aménagements du territoire, retenu au ti- à 12 mètres et sa longueur est de l'ordre
tre de la stratégie décennale 0990-2000) de 100 à 300 mètres. Les retenues contien- C'est à partir d 'une question générale po-
de la conservation des eaux et des sols: nent de quelques dizaines de milliers à sée par la Direction de la Conservation des
la réalisation des lacs collinaires qui offre 250.000 m 3 d'eau pour des bassins versants Eaux et des Sols et relative à l'impact et
la particularité de satisfaire au double sou- d'une superficie allant de quelques centai- évaluation de l'aménagement lac collinai-
ci de maîtrise des eaux de surface et de nes à un ou deux milliers d'hectares. Un re au sein de la stratégie décennale qu 'un
lutte contre l'érosion. Toutefois c'est aus- évacuateur de crues pour la sécurité est programme de recherche (Talineau,
si l'une des méthodes les plus coüteuses exécuté à la cote d 'environ -2 m par rap- Camus, 1994) a pu voir le jour et être conçu
et délicates à mettre en oeuvre en raison port à la crête de la digue avec un éven- à la mission Orstom de Tunis avec deux
de la multiplicité des objectifs visés et des tuel revêtement de pierres sèches en esca- principales composantes:
plus risquées quant aux résultats en ma- lier. Enfin, une conduite souterraine de - l'une, d 'ordre hydrologique , vise à carac-
tière de diminution de transports solides chasse et de prélèvement, branchée au tériser les régimes hydrologiques particu-
et impact en terme de développement ré- droit d 'une tour de prise , traverse la digue liers des petits bassins versants attenants
gional durable. et, munie d'une vanne, débouche dans un aux lacs puis à prévoir les écoulements sur
réservoir de petite taille ou dans un abreu- les grands types de retenue à partir des ca-
voir. ractéristiques des événements pluvieux et
Le projet "lac collinaire" concerne l'ensem- de l'occupation des terres,
La réalité de l'operation ble des gouvernorats de la zone semi-ari- - l'autre, d 'ordre agronomique au sens lar-
d'aménagement lac collinaire de, région où on rencontre de nombreu- ge, ambitionne l'analyse de la très forte di-
ses" poches de pauvreté" particulièrement versité constatée à la fois dans les carac-
enclavées. Il est susceptible de redonner tères, les rôles effectifs et le fonctionne-
Une stratégie nationale ambitieuse confiance aux populations jusque là plu- ment réel des ouvrages; c'est cette derniè-
tôt déshéritées et tentées par l'exode, sans re étude qui est à l'origine de l'essentiel
la proposition de réaliser 1000 lacs colli- pour cela pénaliser l'approvisionnement des arguments développés dans ce texte.
Gaires auxquels s'ajoutent 4000 ouvrages des grands barrages stratégiques situés Il n 'était pas possible d'envisager d'analy-
(2000 de recharge, 2000 d'épandage) de beaucoup plus en aval et dans leur majo- ser la totalité des lacs collinaires déjà cons-
contrôle des eaux de ruissellement n'est rité au nord ouest du pays. truits. Un premier choix limitatif a conduit
que l'une des quatre composantes du pro- à ne retenir que trois gouvernorats, ceux
jet décennal de la Direction CES du Minis- de Kairouan, Siliana et Kasserine, estimés
Un premier et rapide diagnostic
tère de l'Agriculture tunisien prévoyant par représentatifs de la zone semi-aride. A l'in-
ailleurs les aménagements de 600 .000 hec- Avec la construction de plus de deux cents térieur . même de chaque gouvernorat un
tares de terres en pente au moyen de di- de ces ouvrages et selon les premiers ré- second choix a porté sur un nombre ré-
verses techniques de transformation des sultats de l'étude portant sur une cinquan- duit mais significatif de retenues: on s'est
états de surface, de 400.000 hectares de taine d 'entre eux jugés représentatifs, une limité aux lacs construits depuis 5 ans et
terres céréalières par des techniques dites nouvelle problématique et dimension des d 'une capacité théorique dépassant 50000
douces matérialisant les courbes de niveau enjeux apparaissent, à la fois parce qu'il y m3.
et la stabilisation des surfaces ainsi proté- a une forte implication de l'Etat en matiè- Finalement ce sont 48 retenues qui ont été
gées. re de conception , investissement et pari choisies; elles sont situées à l'amont des

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grands bassins versants du pays: au nord Le fait dominant est un taux global d 'ex- nibilité de facteurs de production (travail
il s'agit des oueds Mellègue, Siliana et Tes- ploitation relativement faible de l'ordre de et capital) déterminent la taille de l'exploi-
sa et au centre des oueds Merguellil , Neb- 23%. L'intensité d 'utilisation est localement tation agricole , le niveau d 'intensification
hana et Zéroud . très variable et fonction du nombre po- et la destination des produits. Sur ces pe-
Leur caractérisation repose sur des don- tentiel d 'usagers, de la nature des activi- tits périmètres irrigués, les systèmes de
nées obtenues par enquête auprès des col- tés agraires et enfin de la localisation du production , encore fondés sur la céréali-
lectivités locales, analyse de terroir par site. culture et la jachère il y a deux ou trois
photo-interprétation et contrôle de terrain. ans, sont devenus plus intensifs avec un
Le but est d 'élaborer une typologie de ré- Chacun des groupes identifiés se caracté- choix d 'assoleme nt diversifié.
férence à partir de laquelle l'évaluation et rise comme suit. Le changement est brutal; très rapidement
l'estimation d 'impact des futures réalisa- des surplus sont vendus sur le marché.
tions seraient grandement améliorées. Par Groupe A: utilisation par initiative L'avantage de la valorisation est double:
la suite et en complément de cette phase privée occupation d 'une main-d'oeuvre familiale
de diagnostic, une analyse du fonctionne- abondante et amélioration des conditions
ment agro-économiq ue global des unités Ce groupe est très hétérogène par la di- de vie par l'augmentation remarquable des
de production, plus o u moins directement versité des cas rencontrés. L'exploitation revenus.
concernées par l'aménagement et la pos- de la ressource est particulière d 'un lac à La concurrence pour l'utilisation de la res-
sibilité d 'un accès à la nouvelle ressour- l'autre. source est la caractéristique fondamentale
ce, est entreprise. du deuxième sous-groupe. Les pratiques
Le premier sous-groupe distingué est carac- régionales déjà anciennes et l'incitation à
térisé par une utilisation individuelle de imiter le voisin irrigant expliquent pour
Utilisations et usages de l'eau essai l'eau , c'est-à-dire q u 'actuellement il n'y a beaucoup cette course à l'exploitation de
de typologie qu 'un seul utilisateur de l'eau par lac la retenue. L'utilisation anarchique de
concerné. Présente dans les trois gouver- l'eau ne respectant aucun principe d 'ordre
Ce premier essai de réduction de la diver- norats étudiés, l'exploitation se fait de socio-économique ou technique de dispo-
sité des situations s'appu ie sur l'une des deux façons. nibilité , pourrait être tôt ou tard à l'origi-
grandes finalités et en même temps inter- Dans un cas elle a lieu par pompage di- ne de tensions et disputes entre les usa-
rogations induites par l'opération d 'amé- rect dans la retenue collinaire , dans les au- gers.
nagement: les eaux de surface sont - elles tres elle se pratique à partir d 'un puits aval Ainsi , bien que les lacs de ce groupe par-
mobilisées et si o ui quel e n est le degré directement alimenté en recharge à partir ticipent nettement à l'amélioration des
d'utilisation' d 'infiltration et d'un écou lement continu à conditions de vie de plusieurs familles , la
La classification proposée au tableau 1 re- la base de la digue de re te nue. recherche par l'Etat d 'une forme adéqua-
pose essentiellement sur l'existence ou Les superficies irriguées varient d 'environ te de gestion de l'eau est d 'une importan-
non d 'une exploitatio n de l'eau et de ses un hectare d 'arboriculture fruitière asso- ce cruciale et urgente car elle va condi-
modalités à des fins de p roduction agrico- ciée à quelques p lanches de légumes tionner la modalité et le partage équitable
le et d 'amélioratio n du niveau de vie des jusqu 'à un périmètre de 7 ha. La disponi- de la ressource et de la pérennisation des
population locales. bilité de la ressource en eau et la dispo- effets positifs.

Tableau 1 Typologie des lacs col/inaires fondée sur l'utilisation de la ressource hydrique_

Groupe Sous-groupe Nombre de lacs concernés % Nombre de familles bénéficiaries

A - Utilisation par A.1 - Un seul usager 3 6.3 5"


initiative privée A.2 - Deux ou plu sieurs usagers 2 4.2 26

Total groupe A 5 10.5 31

B - Exploitation avec aide de B. 1 - Mise en valeur depuis 2 ans 3 6.2 80


l'Etat (fourniture de groupe 8.2 - Légère exploitation 3 6.3 10
motopompe et tuyaux)

Total groupe B 6 12.5 90

C - Pas encore d'utilisation C. 1 - Eau disponible 12 25.0 o


C 2 - Pas encore d'eau disponible 25 52.0 o

Total groupe C 37 77.0 o

Total général 48 100 121

• dont 2 familles associées à l'usager principal.

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Groupe B: exploitation a vec aide de


l'Etat
Dans ce gro upe, la majorité des re te nues
collinaires o nt é té aménagées dans le ca-
dre de pro je ts de développe me nt rural in-
tégré comme par e xemple les lacs a uto ur
de la déléga tion de Makthar.
Très souve nt l'entre prise lac collina ire
semble ré uss ir e t participe fo rte me nt a u
développeme nt local p a r l'a mé lio ratio n
des conditio ns de vie en s'a ppu yant s ur
un dévelo ppe me nt d 'arbo riculture fruiti è-
re empêchant ainsi un exode rural impo r-
tant.
L'apprentissage, dans le cadre des Asso-
ciations d 'Inté rê t Collectif (AIC), de la ges-
tion co llecti ve de la nouvell e resso urce est
progressif, son succès est conditio nné pa r
l'encadreme nt des services ag ri coles
concernés, Vulgarisation no ta mme nt a insi
que Génie Rural , dans les Co mmissa riats
Régionaux au Dé ve loppement Ag rico le (-
CRDA)
Un autre sous-groupe correspo nd à des
tentati ves plus récentes e t concerne des
lacs situ és a u sud du gouverno rat de Silia -
na et certa ines re te nues du go uverno rat de
Kairouan. Le problè me de la pratique e t
de l'exte nsio n de l'irrigatio n reste tri buta i-
re de la présence e t de l'engageme nt de
l'Etat. Ces lacs sont situés dans les lie ux
les plus dé munis du pays. Une no uve lle
impulsio n du programme se mble urge nte
pour amo rcer un déve loppeme nt e ncore
actuelleme nt dé risoire . Enfin certains lacs, 52% des o uvrages obs- L'Eta t a m é nage ur: des limites d 'e nga-
e rvés ce qui est q uand mê me beau coup, gem e nt
Groupe C: absence d'exploitation ne se sont to ujo urs pas remplis de puis plus
Il regro upe de lo in le no mbre le plus é le - d 'un an. Deux explicatio ns complémentai- L'o pé ratio n lac collinaire susc ite actue lle -
vé de lacs. Trois principales raisons sont à res, dé pe ndantes du cho ix du site, peuvent me nt bea ucoup d 'e ngoue me nt e t la mo bi-
l'origine de la no n-utilisatio n: être avancées . D'une pa rt ces lacs ne se lisa tio n de moyens natio na ux conséq ue nts
- cho ix pe u judicie ux du site d 'implanta- re mplissent proba ble me nt que g râce à des accompag nés d 'une aide impo rtante de la
tion, écouleme nts impo rtants ma is re la tive me nt CEE e t d 'o rga nisatio ns inte rnatio nales. En
- non-d ispo nibilité de l'ea u , instantanés e t consécutifs à des précipita- matiè re de conception , in vestisseme nt et
- pas de mo tivation che z les inté ressés. tions à caractè re o rage ux . D'a utre part, la pari technique, o n assiste à une fo rte im-
Quand l'ea u est disponible, le no n-usage pe rméabilité du fo nd de la re te nue est te l- plicatio n cie l'Etat. Dans que lque cas , sa ns
est ainsi dO so it à un site pe u favo ra ble le que la réte ntio n d 'e au ne pe ut ê tre que qu e la logique d 'intervention n'a ppa ra isse
(pas d'agglo mé ration à proximité , te rra in de courte durée . Faut-il é vite r ce type de to ujo urs très cla irement, l'engageme nt va
très accide nté, exploitants absenté istes, s itu ation? Ce n'est pas ce rtain dans la me- mê me jusqu 'à la distributio n d 'outils pour
etc.) soit à l'inexistence d 'un pro jet de va- s ure où le piégeage des sédime nts y est le po mpage de l'eau et son transfe rt à la
lorisation. actif et où il existe une poss ibilité de re - pa rcelle .
D'une façon gé né rale seul l'Etat sembl e charge de la nappe aval qui pe ut fa ire l'o b- Ma is le plus souvent l'Etat e n reste à
être en mesure de pou voir implique r les je t d 'une utilisatio n . Néa nmo ins le souci de l'é no ncé d 'o bjectifs de po rtée glo bale, dé -
populatio ns dans une dynamique de cha n- l'évaluation de l'e ffi cacité écono mique de- jà jugés tro p gé né rau x restrictifs (Talinea u,
gement par des initiatives alla nt de la pro - me ure a u mo me nt de la justification de Selmi, 1994): protectio n de l'e nviro nne-
position à l'encadreme nt d 'opé ratio ns de l'amé nageme nt pa rce q u'il existe d 'autres me nt e t mo bilisatio n des ea ux de ruissel-
micro-dévelo ppe ment. types d 'o uvrages (pa r exempl e digues fil- le me nt. En dé pit de ce réel accroisseme nt
Dans ces zones, le plus souve nt très é lo i- trantes en gabio ns) susce ptibles de joue r cie dispo nibilité d 'une resso urce re no uve-
gnées des centres urbains , les ex pl o ita nts le mê me rô le à mo indre coOt. lable a ussi ra re e t vitale qu 'est l'ea u, a ucu-
manquent d 'habitudes d 'irrigatio n e t d 'in- ne clispositio n particu lière n 'est prise sur
tensificatio n de le urs systè mes de p rodu c- les dro its d 'accès e t les form es d 'usage de
tion. Les ni vea ux de vie très bas ne le ur Une problématique de cette ressource. De même il n'y pas d 'anti -
permettent pas, à court te rme, d 'être mo - gestion en fait très complexe cipatio n sur les conditions de durabilité e t
tivés par les e nje ux d 'une pro tectio n d u d 'explo itatio n de l'aménageme nt au no m
milieu. En effe t, l'obje ctif principal du pay- Cette première série de résultats laisse pré - pe ut être des principes d 'une po litique
san en stratégie de survie n'est pas la lut- voir un certa in no mbre de difficultés dans d 'a juste me nt structurel ado ptée de pu is
te contre l'é rosio n e t la défe nse du patri- l'acce ptation e t le pa rtage d 'o bjectifs et de 1986. En définitive, l'e ntretie n , la sa uvega r-
moine sol mais la valo risatio n de l'ea u, tout respo nsabilités , source d 'incompré hen- de e t la va lo risa tio n des re te nues co llina i-
à fait envisagea ble à partir des re te nues s io ns et d 'atte ntes déç ues. C'est po ur ne res re posent sur les seules volo nté e t ca-
collinaires mais dans des conditio ns pro- pas laisser se pe rpétuer une te lle situation pacité d 'o rga nisation paysa nne e ncore
pres à chaque situation e t e ncore pe u ex- qu 'il devient nécessa ire d 'évoque r tout cet bie n timides et désordonnées .
plicitées . e nse mble de problè mes . L'expé rie nce montre , qu 'en ra ison de l'as-

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pect très novate ur de l'aménagement, il ap- sont très va riables. La propriété collective sent à paralyser tout esprit d 'entreprise.
paraît tout à fai t souhaitable , ne serait-ce de la ressource de meure souve nt limitée L'absence de projets pilotes suscepti bles
que par rapport à la masse d 'investisse- aux seu ls rive rains. Le lac é tant situ é sur de fournir des référe nces fiables fait ici
ments consentis , que l'Etat s'engage davan- des terres privées l'exclusion se fond e sur crue lle me nt défaut.
tage dans une politique "d'après lac colli- les dro its de propriété foncière. Dans les Cette nouvelle ressource est très souvent
naire " et ce pour assurer une réussite des faits les relations de pouvo ir e t de dé pe n- située dans les zo nes pauvres du pays, là
petits projets à l'échelle de la collectivité dance au sein de la société sont de nature où les paysans, e n condition de survie, ne
locale et une re ntabilité macro-économi- à p lus ou mo ins é largir le cercle de béné- disposent d 'a ucun moyen pour la va lori-
que à l'échelle de l'Etat (Selmi, Talineau, ficiaires dans un rayon dépassant parfois ser. Outre l'incertitude sur les quantités
1994 b). Au delà des préoccupations in- 3 kilomètres. d 'ea u disponibles, a ucune ga rantie indivi-
itiales de lutte contre l'érosion et de re- En é té , le respect de l'exploitation pasto- due lle n'est s uffisante pour avoir accès au
charge de la nappe phréatique , la défini - rale traditionnelle conduit à autoriser l'ac- crédit; d'où au moins la nécessité de cons-
tion des conditions d 'utilisation de l'eau cès à l'ea u pour tous les é leveurs de la ré- tituer des groupements professionnels du
des re te nues collinaires revê t une grande gion. Devant l'absence d 'une inte rve ntion type AIC. Les handicaps se situent aussi au
importance: alors pourra-t-on parler sans efficace des services agricoles pour dé- nivea u d 'insuffisances techniques dans les
doute d 'effet secondaire bénéfique ou en- nombre r les usagers et délimite r des su- pratiques d 'irrigation mais ils ne sont pas
core d'externalité positive. perficies à irriguer, l'admission ou l'exclu- insurmontabl es. Probable me nt plus grave
Certes l'eau est le plus souvent utilisée sion des utilisate urs se déterminent soit par est le manque de terres a ptes à l'irrigation
po ur l'abreuvement du cheptel. Mais doit- raisonnement de re ntabilité économiqu e, et situées à proximité des retenues; voilà
on la isser dépendre du hasard et de beau- soit par l'effet d 'un manque de moyens, qui repose le dé licat problème de choix
coup d 'aléas la réa lité d 'une gestion effi- soit enfin par l'é tablisseme nt de relations des s ites.
cace de cette nouvelle ressource alors de concurrence. Dans de rares cas la concurre nce pour l'uti-
qu 'e lle peut participer à cette ambition de Il est à la fois coûte ux et risqué, même lisation de l'ea u à des fin s de production
promouvoir Un développement régional pour des paysans aisés, d 'investir dans les agricole est vive . Il s'agit souvent de ré-
équilibré? installations hydrauliqu es d 'irrigation. L'in- gions où les habitudes d 'irrigation sont an-
certitude sur la réalité des droits, l'insécu- ciennes e t où de bons résultats écono mi-
rité sur la disponibilité hydrique soumise ques ont été obtenus. Il s'établit alors un
Appropriation de la ressource bien à l'aléa climatique e t au fo nctionne ment comportement spécifiqu e chez les pre-
public ou privé? hydrologique encore mal connu des bas- miers utilisateurs suffisamme nt fort e t égo-
sins versants, explique nt la ré ticence des centrique pour restreindre l'accès à la res-
Cette qualification de la proprié té des exploita nts à se lancer dans l'agriculture ir- source e t "exploiter" sa rare té.
biens en matiè re de consommation e t rigu ée. Même avec l'aide de l'Etat, fournis- Une immense majorité d 'acteurs reconnaît
d 'usage a depuis longtemps préoccupé les seur de certains équipements , le coût de que les lacs collinaires rendent le plus
responsables du pouvoir politique et des l'énergie , de la maintenance et la gestion grand service aux petits é leveurs en rédui-
auteurs de traités d 'économie publique d 'e nsemble sont jugés trop élevés e t suffi- sant considérable ment les distances à par-
(Griffon , 1992 citant notamment
Samuelson).
En Tunisie , aucun texte juridique ni loi par-
ticuliè re n'ont encore été é tablis pour pré-
ciser le cadre régle mentaire, e t notamment
le droit d 'a ppropriation et les formes d 'ex-
ploitation, dans lequel s'opèrent la mobi -
lisation et valo risation des ea ux de surfa-
ce au moyen des lacs coUinaires. Tout re-
pose sur un consensus initia l e t très im-
précis entre administration et acteurs lo-
caux d'où ne sont pas exclus beaucou p de
non-dits et d'arrière-pensées. D'où le ris-
que de mauvaises interprétations dans des
milie ux ruraux qui manquent encore de ré -
seaux de communication e t de vulgarisa-
tion bie n structurés.
Sauf à conclure un accord direct entre Etat
et personne privée, l'aménagement lac co l-
linaire ne peut ê tre considéré que comme
un bie n public à usage d 'une coll ectivité
locale . Prenant en charge toutes les opé -
rations de conception et construction, l'Etat
met l'ouvrage à la disposition d 'un grou-
pe d 'utilisateurs. L'eau demeure ainsi un
bien collectif dans l'optique de l'Etat mais
est une ressource privée, sans que les at-
tributaires soient bien identifiés, dans l'op-
tique de la collectivité locale rurale . Cette
ambiguïté, si e lle n 'est pas levée, peut fort
bien devenir source d'incompréhensions et
de futurs conflits.

Les tentatives de gestion collective


Indépendamment du facte ur disponibilité
de l'ea u , l'intensité et la nature d 'usage

46
1\>IED IT W 3/ 95

courir po ur ahre uve r les troupea ux. Ma is prévoit de me ttre l'accent sur la fo rmatio n même e t son bassin versant: infiltratio n ,
il existe quand mê me des cas d 'exclusio n des technicie ns, la mo bilisatio n des po pu- évapo ratio n , fréque nce de remplissage ,
pour que lques re te nues réa lisées sur des latio ns directe me nt concernées par les tra- é tat de dégradatio n du bassin versant, etc.
domaines privés d 'un seul te nant. va ux CES e t au sein duqu el l'ap p roche di- Un minimum de connaissance du fonction-
te partic ipative occupe une place prépon- neme nt des agrosystè mes dé pendant des
dé ra nte . lacs collinaires de mê me que l'évaluatio n
Pour une meilleure gestion Il est presqu e certa in que to utes ces évo- de la conscie nce du rô le q ue chacun des
lutions ne pourro nt pas se déroule r au acteurs y jo ue sont des conditio ns néces-
des ressou rces renouvelables mie ux sa ns une pa rticipatio n active de la saires à l'é laboratio n de principes de ges-
puissance publiqu e sous forme d 'investis- tio n durable des ressources (G riffo n , 1992
Il deme urera to ujo urs dé lica t de conc ilie r seme nts maté rie ls complé me ntaires, dé jà o p. cit.). Ainsi, seul l'Etat par ses moyens
des objectifs e t des po ints cie vue q ui sont e n cours da ns certa ins gou ve rno rats, mais techniques e t ses structures de reche rche
ceux, d'une part d 'un Etat très e ngagé dans surto ut sous fo rme d 'apports inte llectue ls pe ut connaître ce fo nctio nne ment e t trans-
des trava ux de conservatio n e t d 'amé nage- au ni vea u de la dé finition d 'un cad re ré - me ttre l'informatio n au x po pul atio ns
ment des pentes, ve rsants et bassins ve r- gle me nta ire , o rga nisatio nne l e t techniq ue concernées .
sants, d'autre pa rt d 'une collectivité rurale des pratiques sociales e t agra ires modifiées Le risque é levé d 'une indisponibilité chro-
qui aspire à voir son ni veau de vie pro- par la seule présence d 'un lac collinai re . nique de la ressource est particuliè re me nt
gresser dans un dé la i raisonnable. D'où la On dev ra it do nc se diriger ve rs une mo bi- insuppo rtable car il pe ut remettre en ca u-
nécessité de tenir le plu s grand compte de lisatio n des services des CRDA au bé né fi - se bie n des e ngagements fin ancie rs po ur
l'attitude e t du compo rte me nt de ceux q ui ce de la coordinatio n des dive rses actio ns soute nir des micro-proje ts de déve lo ppe -
vivent et travaille nt au quotidie n dans les e t initiatives prises a u cours de cette pha- me nt. A l'exceptio n des implantatio ns ré-
zones à la fo is frag iles e t pe u p rospè res e t se de dévelo ppe me nt post-lac collinaire. alisées da ns la régio n de Makthar (gouve r-
d'imaginer que lq ues compensa tio ns sur le O utre l'investisseme nt, qu elq ues types no rat de Siliana) e t de quelques autres si-
très court te rme afin d 'o bte nir une plus d 'inte rve ntio ns supplé me ntaires sont atte n- tes pl us rares mais faciles à ide ntifie r o ù
franche et acti ve adhésio n à la po litiqu e dus des services agricoles de l'Etat. l'existe nce d 'écoule ments diffé rés sur plu-
poursuivie. sie urs mo is pe rme t un re mplissage régu-
De son côté et cinq ans après le la nceme nt Re ndre la ressource plus fiable e t a r- lier e t l'évitement des mises à sec des re-
du programme , l'Etat, tout à fai t conscient te nues, la majo rité des lacs se remplissent
bitre r les conflits la te nts
des ava ntages des lacs collina ires (protec- à la suite d 'événe ments o rageux pratique -
tion d'un e nviro nne me nt frag ile e t espo ir La dispo nibilité de l'ea u dans les re te nues me nt imprévisibles e n fréque nce e t inte n-
de développe ment durable des zones dés- collina ires est fo nctio n non seule me nt des sité: le résultat le plus net de cette disconti-
héritées), te nte de préciser les conditio ns conditio ns climatiques alé ato ires du semi- nuité hydrique est une apparitio n de pé-
de la mise en oeuvre de te ls o bjectifs dans aride tunisien ma is e ncore de plusie urs au- riodes plus ou mo ins lo ngues e t fré quen -
le cadre du pro je t PNUD/ TUN/ 92/ 001 qui tres ca rac té ristiq ues conce rnant le lac lui tes d 'assècheme nt , re ndant illusoire la sé-

47
MEDIT 0 3/ 95

sent s'o rga niser e n associatio n o u groupe-


ment capables de dia logue r avec l'Etat, dé-
te nte ur de no mbre ux moyens de dévelop-
pe me nt.
Ce de rnie r a bie n compris cette situation
et s'est do té de l'o util juridique permettant
de constituer et de faire fo ncti o nner des
AIC aya nt capacité à gérer l'ensemble des
infrastru ctures . Toutefois l'administration
n 'est peut-être pas allée jusqu 'au bo ut de
son rô le e n ne proposa nt pas o u e n n'ai-
dant pas suffisamment les collectivités
concernées à éla bo re r puis à me ttre en
oeuvre un pro jet de dévelo ppe me nt com-
mun mê me restre int mais le plus intégré
possible , tenant compte en particulie r de
contraintes du milie u physiqu e (a ptitude
des terres, limitatio n de surfaces fo nction
de la disponibilité e t ca pacité de transfert
hydrique) e t d 'impératifs socio-économi-
ques (partage harmo nie ux de la ressource
et spéculatio ns re ntables) . Ce sont pour-
tant q ue lques-unes des clés essentielles de
la ré ussite de to ute entre prise de mise e n
vale ur du patrimo ine .
Ainsi est-il de la respo nsa bilité de la puis-
sa nce pu bliqu e qu e d 'imagine r en concer-
tatio n avec les paysa ns concernés, un pro-
je t crédible susceptible de limite r l'exode
rural et d'amé lio re r le nive au de vie des
populatio ns . Un te l proje t devrait te ndre à
concilie r la pratiqu e d 'activités écono mi-
qu es re ntables avec la pro tectio n renfo r-
cée de certaines qualités de l'e nvironne-
me nt qui est seule garante de la pé renni-
té de l'exploitatio n agricole du milie u. Un
grand principe d 'inspiration de ce projet
pourra it consister en une p riorité d 'utilisa -
tio n de l'ea u des lacs collina ires sur les ve r-
sa nts mê mes d'o ù provie nt cette e au q ui
n'a pu s 'infiltrer, a u risque à te rme de voir
la fo nction de réceptio n des ea ux excé-
denta ires devenir sa ns o bjet. Il serait a lo rs
facile de concevoir l'intégratio n totale, à
l'éche lle du bassin versant, de la consoli-
dation e t valorisa tio n des amé nageme nts
sur les te rres à l'amo nt a u moyen de di-
curité d 'utilisati o n de la re te nue . qu e o u réglementaire. Il de vra it être de la verses espèces végé tales de pro tectio n
On pe ut se de mande r si ce risqu e ne se- respo nsabilité de l'Etat de fa ire adme ttre e t/ o u de ra ppo rt, produits dans des pé pi-
rait pas atté nué e n considé ra nt que le lac son rô le d 'arbitre aux populatio ns locales niè res intensives situées à prox imité des
collina ire ne pe ut avo ir d 'a uto no mie pro- e t de pro poser les voies d 'un code de bon re te nu es . Un te l projet mé rite réflexio n et
pre e t ne pe ut jo ue r son rôle avec e ffica- usage de l'ea u à partir d 'une connaissa n- surto ut étude pré liminaire de fa isabilité
cité q ue 'il est mis e n résea u , selo n des ce app ro fo nd ie de la situ ation et d u sou- très approfo nd ie passant p ar une sensibi-
modalités à imagine r, avec d 'autres reser- ci de préserver les intérêts du plus grand lisatio n des populatio ns à l'exercice de pra-
voirs hydriqu es mo ins soumis a ux alé as de no mbre . tiques agra ires plus solidaires a u sein d 'un
re mplissage : barrage collinaire o u puits de même bassin ve rsa nt e t de nature à apla-
nappe par exemple . Ainsi se tro uve raient nir les inévitables que re lles fo nciè res.
au mo ins sauvega rdées , a u mo me nt des S'e ngager dans une politique de p ar-
pé riodes critiques, bie n des e ntre prises de te nariat pour définir des micro-pro-
dé ve loppe ment qui s'a ppuie nt sur des pro- je ts de dé veloppement agricole dura- Conclusion
du ctio ns pére nnes comme les plants frui- ble
tiers o u les arbustes fo urrage rs . L'o pé ratio n tunisie nne "lacs collinaires" est
La ré ussite dans la valo risa tio n de l'eau dé - Situ ées le plus souve nt à l'éca rt de to ute l'une des plus innovante e t transfo rmatri -
passe qu e lquefo is to utes les espé rances , à dynamique écono mique, les zo nes d 'im- ce d 'un milie u rural déshé rité, pa uvre e t
tel po int que l'o n assiste à la multiplica- plantatio n des lacs collinaires auront pro- souve nt très dégradé. Outre le ur rôle de
tio n des interventio ns privées e n matiè re ba bleme nt besoin du soutie n de l'Etat, so us protectio n de l'e nvironneme nt, notamment
d 'utilisatio n d 'ea u q ui p re nne nt soit le ca- des formes à préc iser, po ur avancer sur la des grands barrages , p ar laminage des
ractè re d'o pé ration de po mpage abusives voie d 'un dévelo ppe me nt agricole dura ble . crues et p iégeage des sédime nts, complé-
pe u en rappo rt avec les disponibilités , soit Au nivea u local l'explo itation harmo nie u- me ntaire de celui des o uvrages d 'ép anda-
la forme d'une exclu sio n po ur l'accès à se de la no uvelle ressource s'e nvisagera ge e t de recharge des nappes, ces lacs pe r-
l'ea u de certains explo ita nts du bassin ver- fréque mme nt de manière coll ective . Il me tte nt la constitution d 'une no uvelle res-
sa nt qui ne re pose sur aucune base juricli - semble indispensa ble qu e les usagers puis- source d o nt il est escompté qu 'e lle parti -

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MED IT N° 3/ 9S

clpe à la sa tisfactio n de multiples besoins excelle nce o ù l'on pe ut pro mo uvoir, avec plo itants. G abès , 16 - 1H mai, 26 p .
El Amami (SI.) et coli. , 1984- Les aménagements hydrau-
comme l'app rov isio nne me nt e n ea u do- que lqu e imag inatio n, bea ucoup d e pe rsu a- liq ues traditi o nnels en Tuni sie. CRG R, Tunisie, 69 p .
mestique , l'abre uve me nt du che pte l, l'ar- sio n e t re lati ve me nt pe u d 'investisseme nts , Fauck Ot), I.am," y (M .) , BAachta (MS), et al , 199 1- Eva-
rosage de pe tits ja rdins familia ux, le d éve- d es o pé ratio ns d e micro-dévelo ppe me nt luatio n sur les techniques de con servatio n des ea u x et
loppement de plantatio ns arbu stives e t ar- d écentralisées avec l'objectif d 'en confie r, du sol en Tunisie. Pro jet l'NU DI FAO l'UN 86-020. Doc.
mult. , 90 p .
boricoles . le plus rapide me nt possible, la ges tio n aux G raaf. (J. d e) , 1993- Soil conserva ti o n ancl soutenable
Cinq ans après le d é marra ge du program- communautés loca les. Cette fin alité à e lle land use; an el'on o mie approal'h . Hoyal tro pical instiru -
me d'amé nage me nt b ie n d es incertitudes seule, d e ma niè re e ncore plus pré po ndé - te, Am sterdam, 19 1 p .
G ri ffo n (M.) , 1992- Econo mie institutio nnelle et gestio n
demeurent, e n pa rtie liées à l'imprécis io n ra nte que to us les buts initia ux anno ncés d es ressources n ature lles renou velables. Economie Ru -
des objectifs po ursuivis e t à la fa iblesse d e d e maniè re très fo rme lle, est une justifica - ral e, nO 201>-209 : 70-74.
la connaissance des situatio ns agra ires, sur tio n du bie n-fo ndé e t une gara ntie d e ré - H izem (]-I.), 1994- Evolut ion des stratégies CES en T uni-
les vé ritables rô les jo ués par ces o uvrages . uss ite d e te ls amé nage me nts . sie. !nrerventio n dan s le séminaire m aghrébin de la
con servatio n des eau x et des sols: une composante du
On en est encore a u stade de la reche rche Ma is cela ve ut dire a ussi une re mise en déve10ppem enr agricole d urable. Kairo uan. 30 mai - 1
d'une forme adé quate de gestio n d e la res- ca use partie lle d e la p rocédure du cho ix juin 1994. Il p .
source ainsi créée . Il semble b ie n qu 'il soit d es sites d 'impla ntatio n , une nécessité d e J\llinistère de l'En viro nnem ent et de l'Aménagem ent du
urgent de p réciser le partage d es res po n- réa liser d e série uses études pré liminaires territo ire en Tuni sie, 1992- Happo l1 national p o ur la
conféren ce d es natio ns unies sur l'en viro nnement et le
sabilités et un minimum d e règles d 'usage sur la réa lité ag ricole de la situatio n initia- d évelo ppem ent. 104 p . + annex.
sous des fo rm es s imples, parfa ite me nt le e t e nfin l'é labo ratio n du pro jet pré vi- Selmi (S.), Talineau (J .-c.), 1994 a- I.·opérati o n lac colli-
comprises puis respectées par les d e ux s io nne l d e d évelo ppeme nt lui mê me . naire en Tuni sie semi-aride: ~i la recherche d 'un com -
partenaires que sont les paysans e t l'admi- Tro uve ra-t-o n to utes les mo tivations suffi- pro mis entre les o bjectifs d e l' Etat investisseur et les as-
p iratio n s paysa nnes. Int . Conf. Land and wa ter resour-
nistratio n. santes pour e ngage r cette vé rita ble com- ces managem ent in th e Méditerran ean regio n ; 4-8 sept.
La typo logie des lacs, fo ndée sur la va lo - pétitio n:> • Bari , Italy . Ed. CIH EAM/ IAM- ll , vol.IlI . p p . 793-HI 4.
risation de la resso urce e n ea u , a mo ntré Se/mi (5.), T alinea u (J .-c.), 1994 !J- Des lacs collinaires
que cette e ntre prise n'est pas va ine . p o ur un d évelo ppement durable en Tunisie semi-aride.
Accé pté dans la revue Les cahiers de la Recherche Dé-
Il est du plus g ra nd inté rê t d e mie u x Bibliographie ve loppement (CIRAD - SAR).
connaître les ca rac té ristiques d e stru cture, Talinea u (J.-c.), Camus (]-I. ) , Smaoui ( A .), 1994- L'envi-
le fo nctio nne me nt e t les rés ultats d e ces Ac houri (M.), ·' 993- La conservatio n d es eau x et du sol ronnem ent lac collinaire: une p ro blématique de rech er-
premières unités d e pro du ctio n qui o nt en 'l''tmisie : bilan et r erspecti ves. Interventio n dans le c he et des enjeu x p o ur le d évelo ppem enr rural. Accep-
séminâire: agriculture, durabilité et enviro nnement . AT A té dans O ptio n s m éditerranéennes .
valeur d 'exem p le : c'est un travail e n - IAMZ, Tuni s. 2 -.) décembre. 14 p . Taline" u (J .-C.). Sel mi (S.), A laya ( K.), 1994- Lacs colli-
cours. Ala ya ( K. ). 19H9- Séminaire CES sur l'élabo ratio n des pro- n a ires en Tuni sie semi-aride. Po ur un ch o ix plus p eI1i-
Les lacs collinaires so nt le lie u mê me par jets d'exécutio n avec une meill eure pal1icipalio n d es ex- n ent des sites {I am énager. Sécheresse n 0 4 , vol. 5.

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