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Dr Youcef CHENNAOUI

« Patrimoine culturel et naturel : Histoire et théories ».

Cours de Base :
«Patrimoine culturel et naturel  : Histoire et théories  ».

Chargé de Programme :
Dr Youcef CHENNAOUI
Maître de conférences classe A
Chercheur à l’ENSA d’Alger.

• Séance N° 7

La crise actuelle de la ville et la notion de récupération des centres


historiques.
 Contenu du Cours  : (Texte dans sa version provisoire).
- Chronologie historique.
- Les fondements théoriques et les outils normatifs de la notion de « Secteurs
Sauvegardés », réticulés dans les outils de règlementation urbaine.
- Le Façadisme et l’Identité : deux concepts d’intervention en évolution, au sein des
centres historiques.

- 1. Chronologie historique.
- Apparition et développement de la notion de Patrimoine Urbain Historique.

La notion de patrimoine urbain est apparue après l'ère industrielle qui nécessita la destruction
des quartiers anciens pour des raisons fonctionnelles. Durant cette période, quelques théoriciens et «
décideurs » prônaient cette destruction pour des raisons d'esthétique et d'hygiène. Cette attitude était
déplorée par des penseurs romantiques parce qu'elle entraînait pour eux, la disparition de tout le
charme présent dans ces quartiers anciens dont la destruction effacerait à jamais une partie de la
mémoire de la ville. Mais là il ne s'agissait pas d'une prise en compte de patrimoine urbain ou même
d'une émergence de cette notion, car les quartiers anciens n'étaient pas considérés par ses penseurs
comme des monuments historiques mais seulement comme des endroits « romantiques » ayant une
valeur affective et suscitant des émotions.

Quant à la notion de patrimoine urbain historique, Françoise Choay la fait remonter à l'époque
d'Haussmann. Elle lie à plusieurs facteurs la raison d'existence de quatre cents ans d'écarts entre
l'apparition des deux notions, celle du monument historique et celle du patrimoine urbain fortement
liée à la première.
D'abord, l'échelle de la ville, sa complexité et la mentalité qui assimilait la ville à un nom ou une
généalogie et non à des espaces. D'autre part, l'inexistence de documents fiables ou de cadastres rendait
l'espace absent dans les études faites avant le XIXeme siècle. Tout ceci a conduit à ce que l'espace urbain
de l'ère préindustrielle ne soit pris en considération que par un effet de « contraste » ; suite à la
transformation des villes occidentales en villes industrielles. Ce phénomène a d'abord été étudié
par les fondateurs de l'urbanisme. Ces premiers urbanistes, qu'ils soient «progressistes » ou
« culturalistes », considéraient les ensembles anciens comme un obstacle à l'aménagement de
l'espace et c'est pour cette raison qu'ils ont été les premiers intéressés par le problème du
patrimoine urbain : « L'histoire des doctrines de l'urbanisme et de leurs applications concrètes
ne se confond nullement avec l'invention du patrimoine urbain historique et de sa protection.
Cependant, les deux aventures sont solidaires. » CHOAY, (F), / 'urbanisme, utopies et réalités ; CHOAY, (F),
l'allégorie du patrimoine
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« Patrimoine culturel et naturel : Histoire et théories ».

En effet, beaucoup de villes étudiées par ces urbanistes avaient pris naissance dans une cité qui, à
travers son histoire, a perdu son sens originel et ne répond plus aux exigences d'une ville
contemporaine avec ses réalités sociales et économiques.

- 2. Les fondements théoriques et les outils normatifs de la notion de


« Secteurs Sauvegardés », réticulés dans les outils de règlementation
urbaine.
- Comment la loi Malraux contribua au développement de la conception
de la conservation des ensembles patrimoniaux urbains.

Le contexte historique de cette loi se résume par le délabrement des quartiers anciens à la fin
des années 50 et par la croissance de la population et son afflux vers les villes modifiant ainsi les
habitudes urbaines et créant un besoin de logements. Les politiques de l'époque proposaient de raser
les quartiers anciens considérés comme obscurs et insalubres et de transformer les espaces résultant
en secteurs d'activités tertiaires et de logements ouverts à la circulation automobile.

En réponse aux problèmes de protection et de rénovation qui résultaient des mauvaises


conséquences sociales des politiques employées, la loi Malraux est venue s'attaquer aux idées
urbanistiques de l'époque. Cette loi montre que les quartiers anciens forment un ensemble cohérent
et que tous les immeubles constituent une partie intégrante de l'ambiance urbaine et renforcent les
monuments remarquables. La loi propose donc des moyens pour rénover et réhabiliter ces quartiers
considérés comme l'image de la ville. Elle prévoit l'élaboration d'un plan de sauvegarde et de mise
en valeur, les orientations à prendre et la prise en charge des études par l'Etat.

Le résultat de cette loi se résume par l'arrêt de la démolition des centres anciens et le début de
la prise en compte de l'identité culturelle locale. En outre, Durant une première période de
l'application de cette loi, la restauration stricte qui permit de sauver plusieurs quartiers, causa le
transfert des habitants vers des logements neufs créant une fois de plus, des problèmes sociaux.

- La création des secteurs sauvegardés :

La création du secteur sauvegardé précède celle du plan de sauvegarde et de mise en valeur


(PSMV). Elle prend en compte tout le patrimoine du secteur, durant l'élaboration du PSMV. L'Etat
joue un rôle important dans la procédure : il appelle le conseil municipal à prendre une délibération
préalable au projet de création d'un secteur sauvegardé.

Pour les projets dans le secteur sauvegardé il est obligatoire de demander une autorisation
spéciale délivrée par l'architecte des Bâtiments de France. Ce dernier a le choix entre donner un avis
conforme, ou un sursis à statuer dans l'attente de la publication du PSMV. L'objectif de cette
obligation est d'assurer la protection des immeubles durant la période d'élaboration du PSMV.

- Le plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) :


Son élaboration et ses effets.

Le PSMV gère le patrimoine par des analyses et des études pointues. Il se substitue au POS
et à tous les autres documents d'urbanisme et conduit les actions de protection et de revitalisation. Il
est alors réglementaire et prévisionnel. Le projet du PSMV est élaboré par un architecte compétent
choisi par le maire avec l'accord du ministre. Le préfet du département créé la commission locale du
secteur sauvegardé à laquelle il soumet le plan de l'architecte. La commission émet toutes ses
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observations et ses propositions.

Le projet final est soumis au conseil municipal pour qu'il donne son accord. Le PSMV est
rendu public par un arrêté du préfet. Les observations du public sont communiquées à la
commission qui propose ses modifications. Le conseil municipal est consulté sur l'ensemble de
l'affaire. Le dossier est alors transmis devant la commission nationale des secteurs sauvegardés.
L'Etat approuve par décret en conseil d'Etat. Enfin, le décret est publié dans le journal officiel et
dans deux journaux locaux.

Le PSMV détermine les principes d'organisation urbaine et les règles qui assurent la protection du
patrimoine. Il comporte des dispositions spécifiques pour imposer des règles aux immeubles et aux
espaces. Il contient aussi des documents graphiques indiquant les immeubles à conserver, les
immeubles pouvant être démolis ou modifiés pour des raisons urbanistiques, les espaces soumis à
une protection particulière et les sous-secteurs dans lesquels ne sont admises que des opérations
globales.
Le rapport de présentation expose aussi bien les caractéristiques architecturales,
urbanistiques, économiques et démographiques du secteur, que les objectifs qui ont conduit à la
protection.

Après la loi Malraux, l'intérêt pour le patrimoine s'est élargit. L'espace patrimonial s'organise
comme un lieu pédagogique et la conservation des quartiers historiques relève aussi de la qualité de
vie. Comme le monument, la ville ancienne devient une référence, sa présence nous situe mieux
dans l'espace contemporain.
Mais au delà du témoignage historique perpétré par le patrimoine bâti s'ajoutent les effets de
l'environnement. On prendra désormais plus en compte les abords des monuments tant en restaurant
les édifices qui entourent ce monument qu'en préservant les espaces naturels voisins. Cette unité
entre les espaces naturels et bâtis accentue la valeur pittoresque du lieu et marque les nouvelles
politiques patrimoniales qui tendent à unifier dans les textes des directives et des lois, les notions de
patrimoines architectural, urbain et paysager.
«Créées par la loi du 7 janvier 1983, les ZPPAUP ont vu leur intitulé complété par «paysager» par
la loi du 8 janvier 1993. Cette adjonction confirme et renforce la vocation de cette procédure à
prendre en compte l'ensemble des éléments patrimoniaux dans leur diversité et leur pluralité,
pratique qui prévalait dans le traitement des abords de monuments historiques qu'elle devait
améliorer. Elle conforte également la capacité de cet instrument à intervenir sur des espaces à
protéger et à mettre en valeur indépendamment de l'existence d'un monument historique. »

La création des ZPPAUP s'inscrit dans la logique du développement de la notion du


patrimoine.

- Les ZPPAUP, une conséquence de la décentralisation.

L'un des effets les plus importants des ZPPAUP se traduit par l'implication efficace des
collectivités territoriales dans le processus de la protection et d'aménagement. La décision de mise
en œuvre d'une ZPPAUP est en effet prise par le conseil municipal d'une ou de plusieurs communes
concernées. Mais si le projet peut être intercommunal, l'application montre une grande difficulté de
mener à terme une telle ambition. Et malgré la décentralisation, l'Architecte des Bâtiments de
France assiste les maires concernés dans la phase d'étude.

Le dossier de la ZPPAUP comprend un rapport de présentation, un règlement et un document


graphique. L'importance des ZPPAUP se traduit par la possibilité d'identifier le patrimoine de la
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collectivité, qu'il s'agisse tant de monuments ou d'édifices présentant un intérêt patrimonial, que de
quartiers ou d'espaces publics et d'espaces paysagers liés à un ensemble bâti. Le périmètre de la
ZPPAUP déterminé au cours de l'étude est adapté aux caractéristiques du patrimoine et du paysage
surtout aux abords des monuments. Ce périmètre peut donc être formé de plusieurs parties distinctes
sur l'ensemble du territoire communal

La ZPPAUP suspend les effets des sites inscrits et de la servitude de protection des abords des
monuments historiques quand ces sites et ces abords sont situés dans son périmètre. A l'intérieur de
ce périmètre, aucune modification de l'aspect des immeubles n'est permise sans l'autorisation de
l'Architecte de Bâtiments de France qui vérifie la conformité du projet avec les dispositions de la
ZPPAUP.
A l'instar des effets des PSMV, ceux des ZPPAUP visent à développer l'image de marque du site et
à exprimer son identité synchronisant ainsi l'animation culturelle du lieu avec son attraction
économique. Les sites ainsi protégés du danger que présente leurs propriétaires courent un autre
risque, celui de la surexploitation touristique.
Ce risque affecte tant les zones patrimoniales qu'archéologiques qui nécessitent un entretien spécial
et permanent. Il est à noter qu'au niveau juridique, la France s’est doté de lois protégeant les sites
archéologiques et classant les sites les plus importants comme monuments historiques. D'autre part,
la loi impose des obligations légales aux aménageurs comme celles de la déclaration des
découvertes susceptibles de présenter un intérêt archéologique, le contrôle de l'Etat sur les fouilles
ou les sondages à but archéologique et la prise en compte de la protection du patrimoine
archéologique dans les procédures d'urbanisme.

- 3. Le Façadisme et l’Identité : deux concepts d’intervention


antagonistes, au sein des centres historiques.

Le façadisme s’est développé de façon inquiétante et massive dans certaines villes depuis les
années 1970. Il peut se définir ainsi : une intervention sur le bâti ancien qui ne conserve de
celui-ci que les façades au mépris de l’espace intérieur, démolir intégralement pour faire place
à une nouvelle construction neuve répondant aux impératifs du programme architectural
contemporain.
Le travail sur la façade était une opération de rajeunissement pour tenter de conformer
l’aspect extérieur d’un bâtiment à la sensibilité d’une époque. Le phénomène auquel on
assiste aujourd’hui est presque inverse : le façadisme apparaît comme une volonté de fixer le
passé au moyen du maintien de l’apparence extérieure du bâtiment tout en réalisant en ce qui
concerne les dispositions intérieures un changement complet, une adaptation au goût du jour
des usages et de leur décor.
Il y a plusieurs types de Façadisme à distinguer dans l’histoire :

1. Aux 17eme et 18eme siècles il reflétait une volonté d’embellissement des villes ; cet
effort de composition et de hiérarchie se prolongeait à l’intérieur dans le second œuvre
et le décor. L’Hausmannisation du 19eme siècle est resté fidèle à cette logique. La
façade est alors un enjeu en soi.
2. Les opérations de reconstruction après la guerre constituaient une « relecture de la
ville » afin d’en conserver les traces, les ruines à des fins démonstratives et de
construction identitaire (par exemple la conservation des vestiges des immeubles
détruits à Berlin pour montrer ce que les guerres détruisent).
3. Un Façadisme non urbain a aussi existé qui a été peu observé : celui de la résidence
secondaire dans l’habitat rural. Il s’est développé en France à partir des années 1960,
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avec une dissociation entre apparence (conserver l’apparence de la maison rurale) et


contenu (réaménager les intérieurs aux normes du confort moderne et selon l’idée
qu’on se faisait du rustique).
4. Le Façadisme actuel qui s’est développé en Europe dans les années 1970, est un
phénomène tout à fait différent et issu d’autres causes. On ne garde pas les façades
pour leur intérêt patrimonial, mais on garde uniquement celles dont la conservation
apparaît comme la moins contestée par l’opinion, lors des opérations de reconstruction
en centre urbain. Ce Façadisme ne touche pas toutes les villes de la même façon car il
est fonction de leur mode de construction. Dans certains cas, il est considéré comme
un premier pas vers une prise de conscience (Lisbonne), une première alternative à la
pratique de la destruction. Il semble qu’il soit en décroissance, depuis l’affaiblissement
de la spéculation et le changement de l’opinion publique.

Le Façadisme fut identifié dans son acception spéculative comme échec dans la manière de
gérer la ville.
Il est par ailleurs important de différencier l’intervention sur le patrimoine monument
exceptionnel, de celle qui touche le tissu urbain ordinaire car les finalités sont différentes : le
Façadisme appliqué au patrimoine monumental a une finalité avant tout symbolique, de
restitution d’une histoire.

Le Façadisme est révélateur de l’importance du statut social, de ce qu’on veut montrer à la


collectivité. Il es aussi lié au paysage urbain (towncape) : c’est privilégier l’ordonnancement
urbain, l’image de la ville, au détriment de la structure et de l’usage des bâtiments. Ces deux
attitudes liées à l’apparence, conduisent à un effet pervers si elles sont poussées à l’extrême :
faire de la ville un décor, un espace théâtralisé, qui perd son identité.

Les façades des édifices historiques expriment et dissimulent en eux même tous les
changements intervenus dans leur existence, et les événements en rapport avec eux. Elles sont
aussi complexes, elles traduisent différentes phases dans la vie du bâtiment, des changements
d’usage, des modifications dans le goût et les styles, au cours des âges. Ainsi elles nous
permettent de lire les marques de toutes les identités.

Le Façadisme est une opération qui consiste à vider les structures intérieures d’un immeuble
pour ne garder qu’une ou plusieurs façades extérieures. Ces interventions ne sont pas
conformes à la déontologie de la conservation. Il est aujourd’hui largement admis que la
valeur culturelle d’un bâtiment est tributaire du maintien de son intégrité physique et de la
relation organique entre intérieur et extérieur. Il constitue une pratique peu satisfaisante aussi
du point de vue de la création architecturale contemporaine. Il ne permet pas de conférer une
identité visuelle aux structures mises en place. Il provoque un décalage entre l’organisation
distributive et la structure constructive d’une part et l’expression en façade d’autre part. À
relever enfin le coût élevé et les difficultés de l’évidage qui impliquent des suspensions de la
façade ou de sa dépose et la reconstitution pierre par pierre.
Réduits à une simple enveloppe, les immeubles conservent toutefois un rôle évocateur. Là où
le volume d’origine est maintenu, ils préservent la morphologie et l’image urbaine, importante
pour le caractère du lieu et l’identification des habitants à leur environnement.