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Module Restauration et Réhabilitation

1ère Année Master Durabilité Architecturale - 2014/2015


Chargée du module : BOUKADOUM Amina

Cours 3:
Législation algérienne pour la protection du patrimoine architecturale
Pour une meilleure appréciation de la situation du contexte juridique national concernant
l’environnement historique bâti, nous analyserons trois principaux repères :
 L’ordonnance N° 67/281.
 Le décret législatif N° 94/07.
 La loi N° 98/04.

I- L’ORDONNANCE 67/281 du 20 décembre 1967 :


Relative aux Fouilles et à la Protection des Sites et Monuments Historiques et
Naturels
L’ordonnance définie la politique nationale en matière de protection du patrimoine monumental
historique et nature. Largement inspirée de la législation française, on y retrouve les mêmes définitions
et dispositifs de protection (classement, inventaire supplémentaire, périmètre...).

Elle se divise en six titres et contient 138 articles :


1. principes généraux.
2. des fouilles.
3. des monuments et sites historiques, se subdivisant en 03 sous-titres.
a- des monuments historiques immobiliers.
b- principes et classement des monuments historiques.
c- garde et conservation des monuments et sites historiques.
4. des monuments et sites naturels.
5. sanctions.
6. organisation de classement des commissions nationales et commissions départementales.

L’essentiel des dispositions concernant le patrimoine dit architectural se trouve dans les premiers,
troisième et dernier titres dont voici un bref exposé:

1. Principes généraux :

Les principes généraux définissent la politique de protection des monuments et sites historiques, qui se
développe autour de trois principes et qui sont: la propriété publique des biens concernés, la protection
de ceux-ci contre toute dégradation et l’institution de mesures de protections.

Propriété :
* L’état propriétaire de tous les biens constituant le patrimoine quel que soit leur propriétaire (public ou
privé).
* Maintient de la jouissance de ces biens à leurs propriétaires initiaux.

Protection :

* L’accord préalable de l’état pour toute action visant le bien classé (destruction, aliénation,
expropriation ou exportation).
* L’imprescriptibilité et l’inaliénabilité.
* Le droit de préemption de l’état.

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Mesures de préservation:
L’état peut exercer, pour garantir leur préservation, les procédures suivantes :
L’établissement de servitudes.
Classement.
Acquisition à l’amiable ou expropriation pour cause d’utilité publique.
Revendication ou placement par l’état dans les collections nationales.
Il est à remarquer que la déclaration de propriété de l’état n’est en fait que partielle, l’état prenant le
droit de disposer, afin de pouvoir exercer toutes mesures à même de garanti la protection, alors que le
propriétaire ne conserve que l’usufruit. Cette atteinte au droit de propriété reste conforme au principe de
la constitution (patrimoine bien du peuple) et de l’idéologie socialiste mais devrait être revue par rapport
à l’idéologie démocratique (la propriété étant un principe fondamental garant par la constitution). Nous
verrons cependant, plus loin que ces atteintes à la propriété ne sont pas accompagnées de compensations

2. Des monuments et sites historiques

L’article 19 défini les monuments et sites historiques:


"les monuments historiques font partie intégrante du patrimoine national et sont placés sous la
sauvegarde de l’état".
Ils comprennent tous les sites, monuments ou objets mobiliers appartenants à une période quelconque de
l’histoire du pays (de l’époque préhistorique à nos jours) et présentant un intérêt du point de vue de
l’histoire de l’art ou de l’archéologie,

a - Monuments et sites historiques immobiliers


Ce sous-titre constitue l’essentiel du dispositif de protection du patrimoine architectural.
Définition des sites et monuments historiques, et les mesures de protection

Pour ce qui est des définitions de l’article 20 aux termes de cet article :
Le site historique est “… Un ensemble d’immeubles urbains ou ruraux … Il comprend tout ou partie
des villes, villages, d’espaces bâtis ou non bâtis, y compris le sous-sol afférent à ces catégories…”
Le monument historique est “ … Un immeuble isolé, bâti ou non bâti, considéré en tout ou partie, ainsi
que le sous-sol y afférent ou un immeuble par destination… ”.

b - Principe de classement des monuments historiques

Le classement, tel que défini par l’article 22, est une mesure de protection qui une fois appliquée à un
immeuble (site ou monument) entraîne un nombre de prescriptions et de servitudes dans la finalité est la
protection du monument contre toute dégradation volontaire ou involontaire.

Sont soumis au classement :


Les monuments ou sites répondants aux critères d’intérêt (article 19).
Les immeubles situés dans le champ de visibilité du monument ou site classé.
Les immeubles visibles du premier (monument ou site classé) ou en même temps que lui et compris
dans un rayon de 500 mètres. Ainsi que tout immeuble destiné à isoler, dégager, assainir ou à mettre en
valeur, le site ou monument classé.
Dans le cas de sites classés la distance de visibilité est laissée à l’appréciation de l’état.

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Le classement est une mesure qui ne se limite pas uniquement au monument ou au site, mais s’étend
aussi à son environnement. Cette disposition est d’une importance capitale.

• Procédure
La loi dispose de deux procédures (article 25) :
1. Le classement sur demande (à l’initiative du propriétaire, article 26 et 27).
2. Le classement d’office qui est à l’initiative de l’état ou des personnes publique habilitées à le faire
(article 28 et 29).
Le schéma général est le suivant :
La demande formulée par le propriétaire, et accompagnée de pièces descriptives (dossier
photographique …), au ministre qui suite à la demande ouvre une instance de classement. Le ministre
saisi la commission des monuments et sites historiques, qui doit donner sont avis dans un délai maximal
de six mois. Le ministre prononcera alors le classement par arrêté.

• Effets du classement :
Le classement d’un monument ou site entraîne les effets suivants :
Le classement total ou partiel d’un site implique le classement de tous les immeubles qui s’y trouvent
englobés.
Le classement n’ouvre droit à aucune indemnité au bénéfice du propriétaire. (l’article 35),
Sont soumis à autorisation préalable :
- Tous travaux ou modifications,
- L’établissement de servitudes,
- L’affectation nouvelle,
- Toute forme de publicité ou spectacle.
Obligation est faite aux propriétaires des monuments classés de les entretenir et d’effectuer tous les
travaux nécessaires (réparation ou restauration). L’état n’est pas tenu de participer aux frais, sauf à titre
exceptionnel. Cette obligation engage la responsabilité du propriétaire (civile et pénale). L’Etat peut
engager les travaux nécessaires aux frais du propriétaire.
L’opposabilité au tiers.

c - Les commissions

L’ordonnance institue deux commissions, la première ministérielle (article 128) et la seconde


départementale (article 134). Ces deux commissions ont des compétences et des attributions différentes
mais complémentaires. Elles sont par ailleurs tombées en désuétude totale avec les changements
politiques et institutionnels intervenus depuis 1989.

• La commission nationale des monuments et sites :


Instituée au sein du ministère chargé des arts (ministère de la culture ou chargé de la culture). Elle est
composée de représentants des différents ministères, des services du ministère chargé des arts et
d’organismes liés au patrimoine et aux monuments (directeurs de musées, de l’école des beaux arts,
d’architecture …).
Cette commission devrait, en théorie, être compétente pour se prononcer sur les propositions de
classement, déclassement, inscription et radiation de la liste de l’inventaire supplémentaire. Ainsi que
sur tous les travaux importants projetés sur les monuments et sites historiques classés (article 132).

• La commission départementale des monuments et sites.


La commission départementale est présidée par le Wali et composé par les représentants de
l’administration mais pas de représentants locaux (A.P.W. ou A.P.C.). Elle sert de relais entre les
administrés et la commission nationale. Dans ce sens, elle transmet à la commission les demandes de

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classement et fourni toutes les informations nécessaires à l’instruction des dossiers. Elle est saisie, de
plein droit, de tous les projets situés dans les sites classés.

• L’Agence Nationale d’Archéologie et de Protection des Monuments et Sites.


Instituée par le décret 87/10, elle a surtout une vocation archéologique. Elle n’est pas habilitée à la
proposition de classement. De ce fait, elle n’intervient que dans un cadre accessoire quant à la prise en
charge du patrimoine architecturale et urbanistique.

II- LE DECRET LEGISLATIF N° 94/O7 du 18 mai 1994 :


Relatif aux Conditions de la Production Architecturale et à l’Exercice de la
Profession d’Architecte

La loi sur la production architecturale est venue combler un vide important et actualiser le cadre institué
par l’ordonnance 66/22 relative à la profession d’architecte. Elle introduit des modifications importantes
dont notamment la protection du patrimoine architectural et l’institution de l’ordre des architectes.

Le décret se divise en six titres et contient 60 articles:


L’essentiel des dispositions qui concernent le patrimoine architectural est contenu dans les titres I et III
du décret législatif, dont voici un bref exposé:

Principes généraux

Donnent une définition de l’architecture et les orientations de la production architecturale et le rôle des
collectivités locales dans la promotion des particularités architecturales locales.
L’article premier exprime parfaitement la politique en matière d’architecture, à savoir “ ... La promotion
architecturale ainsi que la protection et la préservation du patrimoine urbain et de l’environnement bâti.”

- “ L’architecture est l’expression d’un ensemble de connaissances et un savoir faire réunis dans l’art
de bâtir. Elle est l’émanation et la traduction d’une culture.
La qualité des constructions et leur insertion dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels
et urbains, la préservation du patrimoine et de l’environnement sont d’intérêt public ” (article 2).
Cette définition est plus idéologique que scientifique et n’est pas du tout juridique. Ce qui implique
nécessairement sa reformulation dans un sens plus juridique au moins.

- Orientation de la production architecturale


Nous pouvons retenir les éléments suivants:
- L’architecture est l’émanation et la traduction d’une culture.
- L’insertion dans l’environnement et le respect du paysage urbain.
- La préservation du patrimoine est d’intérêt public.
- Les collectivités locales doivent promouvoir les particularités architecturales locales.

Les comités d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement bâti


Le titre III, qui est composé d’une introduction et de deux sections :
- 1ere section: La protection du patrimoine architectural,
- la seconde: La protection et de la préservation de l’environnement bâti.

Les cahiers de prescriptions particulières aux communes

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Article 5 fait obligation aux communes dont le territoire renferme des particularités architecturales,
d’élaborer des cahiers de prescriptions particulières.

III- La LOI N° 98/04 du 15 juin 1998 :


Relative à la Protection du Patrimoine Culturel

Contexte :
La loi porte plusieurs aspects innovateurs tels que :
1. Une classification des biens culturels prenant en charge le patrimoine immatériel d’une manière plus
approfondie.
2. une définition du patrimoine culturel relativement plus complète.
3. une classification des biens culturels immobiliers plus adaptée au contexte national.
4. un dispositif répressif relativement plus complet avec cependant quelques faiblesses.
5. des dispositions d’aides à la conservation envers les personnes privées (aides financières directes
et/ou indirectes).

La protection du patrimoine culturel immobilier


Définition des biens culturels :
Art. 2 : “… sont considérés comme patrimoine culturel de la nation, tous les biens culturels
immobiliers, immobiliers par destination et mobiliers existant sur et dans des immeubles du domaine
national, appartenant à des personnes physiques ou morales de droit privé, ainsi que dans le sous-sol des
eaux intérieures et territoriales nationales légués par les différentes civilisations qui se sont succédées de
la préhistoire à nos jours ”.
Font également partie du patrimoine culturel de la nation, les biens culturels immatériels produits de
manifestations sociales et de créations individuelles et collectives qui s’expriment depuis des temps
immémoriaux à nos jours.

De plus, cette définition est renforcée par d’autres définitions plus précises pour chaque catégorie de
biens culturels :
- les biens culturels immobiliers.
- les biens culturels mobiliers.
- les biens culturels immatériels.

Système de protection :
La législation a défini différents systèmes de protection des biens culturels.
1. le classement : mesure de protection définitive.
2. l’inscription sur l’inventaire supplémentaire : intervenant comme mesure de classement soit
temporaire, soit préalable (et dont les effets sont identiques à ceux du classement).
3. la création de secteurs sauvegardés.

Procédures :
La qualification de “ biens culturels ”, en plus des règles de fond, doit obéir à une procédure stricte.
Cette dernière, possède un double effet :
- la qualification de bien culturel.
- l’application du système de protection (classement, qualification).

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Dispositif répressif : (dispositif pénal)


Les infractions peuvent être résumées sommairement en cinq (05) catégories :
1. défaut d’autorisation préalable : tous travaux sur le patrimoine doivent être autorisés,
le manquement à cette règle est un délit pénal, et à titre d’exemple :
- les recherches archéologiques (art.94), avec une sanction de 1 à 3 ans de prison + une amende de
10.000 à 100.000 DA.
- les travaux de restauration, réhabilitation, réparation, adjonction, mise en valeur, reconstruction ou
démolition… (art 99), avec une amende de 2.000 à 10.000 DA.
- La publicité, spectacle, photographie… (art. 99), avec une amende de 2.000 à 10.000 DA
2. détérioration volontaire de biens culturels.
3. trafic de biens culturels : la plus importante infraction comprend la vente et recèle des biens
culturels :
- provenant de fouilles.
- provenant de dépeçage de biens culturels.
Les sanctions imposées sont de 2 à 5 ans de prison et une amende de 100.000 à 200.000 DA.
- non déclaration de disparition de biens culturels dans les 24 heures…
4. Non respect des règles d’utilisation des “ cahiers de charges ”…
Ce dispositif pénal semble être renforcé, mais cependant nous pouvons relever deux carences
essentielles :
- faiblesse des sanctions réservées aux auteurs de travaux exécutés sans autorisation (amendes non
dissuasives).
- Absence de protection particulière des secteurs sauvegardés (ne sont nullement cités explicitement
dans le texte pénal).

Sources:

- Décret législatif N° 94-07 du 18 mai 1994 modifié par la loi N0 04-06 du 14 août 2004 relatif aux
conditions de la production architecturale et à l´exercice de la profession d´architecte.
Site web: http://cloaghardaia.fr.gd/D-e2-cret-94_07--k1-Loi-d-h-architecture-k2-.htm.
- Loi n°98-04 du 15 Juin 1998 relative à la protection du patrimoine culturel. Fichier PDF

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