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Université de Khartoum

Faculté des Lettres


Département de Français

Les femmes dans les sociétés africaines, à travers :


( une si longue lettre ) de Mariama Bâ et
( Le printemps désespéré) de Fettouma Touati

Mémoire présenté en vue de l'obtention de maîtrise en


langue Française

Dirigé par : Dr. Vivienne- Amina Yaji


Préparé par : Inass Ahmed Alteib

2005
Dédicace

Je dédie mon travail

á mon cher mari

et á ma petite fille

2
Remerciements

Mes remerciements les plus chaleureux , les plus vifs


vont á Mme Yaji qui m'a tellement aidée et supportée , elle m'a
donné de son temps et de son effort , elle n'a rien epargné pour
rendre notre apprentissage de littérature utile et intéressant á
la fois . J'aime et je respecte cette Dame de tout mon cœur.
Mes remerciements vont également á M . Younis El-Amin le
Chef du Département de Français dont les conseils m'étaient
toujours utiles.
Je remercie encore tous les professeurs du département
qui nous ont donné de leur connaissances .

3
‫ﺨﻼﺼﺔ‬

‫ﻴﺘﻨﺎﻭل ﺍﻟﺒﺤﺙ ﻤﻭﻀﻭﻉ )ﺍﻟﻤﺭﺃﺓ ﻓﻲ ﺍﻟﻤﺠﺘﻤﻌﺎﺕ ﺍﻷﻓﺭﻴﻘﻴﺔ( ﻤﻥ ﺨﻼل‬


‫ﺭﻭﺍﻴﺘﻴﻥ‪ ،‬ﺍﻷﻭﻟﻰ ﻫﻲ‪) :‬ﺭﺴﺎﻟﺔ ﻁﻭﻴﻠﺔ ﺠﺩﹰﺍ( ﻟﻠﻜﺎﺘﺒﺔ ﺍﻟﺴﻨﻐﺎﻟﻴﺔ ﻤﺭﻴﺎﻤﺎ ﺒﺎ ﻭﺍﻟﺜﺎﻨﻴﺔ ﻫﻲ‪:‬‬
‫)ﺍﻟﺭﺒﻴﻊ ﺍﻟﻴﺎﺌﺱ( ﻟﻠﻜﺎﺘﺒﺔ ﺍﻟﺠﺯﺍﺌﺭﻴﺔ ﻓﻁﻭﻤﺔ ﺘﻭﺍﺘﻲ‪.‬‬
‫ﻴﺘﻨﺎﻭل ﺍﻟﺒﺤﺙ ﺒﺎﻟﺸﺭﺡ ﻭﺍﻟﺘﺤﻠﻴل ﺍﻟﻤﺸﺎﻜل ﻭﺍﻟﻤﻌﺎﻨﺎﺓ ﺍﻟﺘﻲ ﺘﺠﺩﻫﺎ ﺍﻟﻤﺭﺃﺓ ﻓﻲ ﺘﻠﻙ‬
‫ﺍﻟﻤﺠﺘﻤﻌﺎﺕ‪.‬‬
‫ﻴﻨﻘﺴﻡ ﺍﻟﺒﺤﺙ ﺇﻟﻰ ﺃﺭﺒﻌﺔ ﻓﺼﻭل‪ :‬ﺍﻟﻔﺼل ﺍﻷﻭل ﻋﺒﺎﺭﺓ ﻋﻥ ﺘﻌﺭﻴﻑ ﺒﺎﻷﺩﺏ‬
‫ﺍﻷﻓﺭﻴﻘﻲ ﺒﺼﻭﺭﺓ ﻋﺎﻤﺔ ﻭﺍﻷﺩﺏ ﻓﻲ ﺍﻟﺴﻨﻐﺎل ﻭﺍﻟﺠﺯﺍﺌﺭ ﺒﺼﻔﺔ ﺨﺎﺼﺔ‪.‬‬
‫ﻼ ﻋﻥ‬
‫ﺍﻟﻔﺼل ﺍﻟﺜﺎﻨﻲ ﻋﺒﺎﺭﺓ ﻋﻥ ﺘﺤﻠﻴل ﻟﺭﻭﺍﻴﺔ )ﺭﺴﺎﻟﺔ ﻁﻭﻴﻠﺔ ﺠﺩﹰﺍ( ﻓﻀ ﹰ‬
‫ﻤﻠﺨﺹ ﺍﻟﺭﻭﺍﻴﺔ ﻭﺍﻟﺴﻴﺭﺓ ﺍﻟﺫﺍﺘﻴﺔ ﻟﻠﻜﺎﺘﺒﺔ‪.‬‬
‫ﻼ ﻋﻥ ﻤﻠﺨﺼﻬﺎ‬
‫ﺍﻟﻔﺼل ﺍﻟﺜﺎﻟﺙ ﻴﺘﻨﺎﻭل ﺒﺎﻟﺘﺤﻠﻴل ﺭﻭﺍﻴﺔ )ﺍﻟﺭﺒﻴﻊ ﺍﻟﻴﺎﺌﺱ( ﻓﻀ ﹰ‬
‫ﻭﺍﻟﺴﻴﺭﺓ ﺍﻟﺫﺍﺘﻴﺔ ﻟﻠﻜﺎﺘﺒﺔ‪.‬‬
‫ﺃﻤﺎ ﺍﻟﻔﺼل ﺍﻟﺭﺍﺒﻊ ﻭﺍﻷﺨﻴﺭ ﻓﻬﻭ ﻤﻘﺎﺭﻨﺔ ﺒﻴﻥ ﺍﻟﺭﻭﺍﻴﺘﻴﻥ ﻭﺒﺎﻟﺘﺎﻟﻲ ﻤﻘﺎﺭﻨﺔ‬
‫ل ﻤﻥ ﺍﻟﻤﺠﺘﻤﻊ ﺍﻟﺴﻨﻐﺎﻟﻲ ﻭﺍﻟﺠﺯﺍﺌﺭﻱ‪ .‬ﺒﺎﻹﻀﺎﻓﺔ ﺇﻟﻰ ﺍﻟﻤﻘﺩﻤﺔ‬
‫ﻷﻭﻀﺎﻉ ﺍﻟﻤﺭﺃﺓ ﻓﻲ ﻜ ٍ‬
‫ﺍﻟﺘﻲ ﺘﻌﺭﻑ ﺒﺎﻟﺒﺤﺙ ﻭﺍﻟﺨﺎﺘﻤﺔ ﺍﻟﺘﻲ ﺘﻭﻀﺢ ﺍﻟﺭﺃﻱ ﺍﻟﺸﺨﺼﻲ ﻟﻠﺒﺎﺤﺙ‪.‬‬

‫‪4‬‬
Introduction générale

Personne ne peut nier le rôle très important que joue la femme


dans chaque société comme mère, femme, sœur; amie etc. Depuis sa
création elle ne s'est pas ennuyée de donner son amour à tout son
entourage sans cesse et sans attendre même le mot merci parce que c'est
Dieu qui l’a crée ainsi, elle est l'exemple du sacrifice. Elle sacrifie sa
jeunesse, sa santé et même sa vie pour sa famille. L'homme lui aussi a un
rôle équivalent à celui de la femme, chacun d’eux ne peut à lui seul faire
une famille, ils doivent s'aimer, s'entreaider pour donner à leur société
des éléments qui participent à son développement.
Malheureusement dans beaucoup de sociétés la femme souffre tant des
traditions et coutumes qui diminuent son rôle car aux yeux des hommes
dans ces sociétés- là, la femme n'est faite que pour les déstraire, les
servir, et leur donner des enfants.
Dans ce mémoire je vais présenter la position de la femme dans les
sociétés africaines à travers deux romans: Une si longue lettre de la
sénégalaise Mariama Bâ. Ce roman peut servir d’exemple des problèmes
et déceptions de la femme dans les sociétés d’ Afrique de l’ouest.
L'autre roman c’est Le printemps désespéré de l'algérienne Fettouma
Touati. Elle raconte des histoires sur la souffrance de la femme algérienne
qui dégoutte l'amertume chaque jour sous les mains de son père, son
frère, et son mari.
Nous ne pouvons pas assurer que les problème et les souffrances
abordés dans ce mémoire sont les seuls à faire souffrir les femmes
africaines mais ces deux exemples peuvent au moins nous donner des
images de la vie désespérée qui est celle des millions de malheureuses. La
raison majeure qui m'a poussée à faire le choix de ce sujet c'est parce que

5
je suis une femme qui doit toute la compassion possible (avec tout ce qui
touche de bien ou de mal à son sexe.
Ce mémoire comprend quatre chapitres. Le premier est un chapitre
introductif où je parle de la littérature africaine en général et puis je
donne une image de la littérature au Sénégal et en Algérie.
Le deuxieme chapitre comprend tout le travail qui concerne le roman
(une si longue lettre). Une biographie de l'auteur, un résumé du roman et
une analyse complète du roman. Le troisième comprend une biographie,
un résumé et une analyse complète du deuxieme roman (le printemps
désespéré).
Le quatriem chapitre est une comparaison entre la position et les
problèmes des femmes dans les deux romans.
Finalement j’ai fait une conclusion dans la quelle je parle de mes
impressions sur les deux romans ainsi que mon avis personnel.

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Premier Chapitre
Introduction générale sur la littérature africaine1

L'Afrique a connu en quelques décennies une mutation culturelle


considérable: elle est passée d’une situation de domination quasi
exclusive de l'oralité au règne généralisé de l'écrit. Même si tous les
africains ne maîtrisent pas encore l'écriture celle-ci jouit désormais d'un
prestige considérable alors que l'Afrique s’en était méfiée pendant des
siècles, la réservant à des usages limités religieux ou magiques.
Cette transformation en profondeur n'a pas été sans susciter des
inquiétudes diverses. On a pu craindre, par exemple que l'Afrique perde
quelque chose de son âme si la tradition orale devait brutalement
s'interrompre. La phrase, devenue proverbiale du Malien Amadou
Hampâté Bâ – « En Afrique chaque vieillard qui meurt est une
bibliothèque qui brûle » – a encouragé d'innombrables entreprises de
sauvetage du patrimoine oral, qui a été collecté, transcrit, traduit,
interprété glosé … l'écrit a donc permis de constituer les archives
littéraires de l'Afrique orale. Il reste cependant beaucoup à faire et on est
loin d'avoir fait le tour de l'immense domaine de l'oralité africaine.
Cette oralité est en effet toujours vivante : elle s'est adaptée aux
transformations de la modernité et si certaines formes anciennes ont plus
ou moins disparu des formes nouvelles bénéficiant des moyens
audiovisuels modernes, sont apparues.
On peut donc remarquer que les littératures écrites tendent souvent
à souligner leur riche enracinement dans l'oralité.

Les littératures de l'Afrique de l'Ouest

1 . JUBERT Jean - louis, littérature francophone(Anthologie) Nathan, Paris 1992.

7
Le vivace sentiment de l'unité africaine coexiste avec la conscience
d’une grande diversité linguistique. L'Afrique se sait multiple. La
littérature prend acte de cette pluralité en présentant des visage très
contrastés.
Il existe potentiellement autant de littératures africaines que de
langues pratiquées. Dans les faits la méfiance de la colonisation française
envers les langues vernaculaires, la volonté d'imposer le français comme
langue de promotion et d'unification ont freiné le développement des
littératures écrites dans les langues nationales de l'Afrique de l'ouest.
Celles – ci existent cependant, en ewé, en haoussa, en ouolof, en peul,
comme dans beaucoup d'autres langues. Le théâtre et le cinéma font
nécessairement une place de choix aux langues nationales.

Les pionniers de la littérature africaine:


Quelques institutions ont marqué l'évolution de la première moitié du
xxe siècle. L'école normale William-Ponty de Gorée, recrutent les
meilleurs élèves de toutes la fédération de l'A-O.F, a été une pépinière de
talents:de nombreux écrivains et hommes politiques s'y sont formés: les
premières représentations d'un théâtre africain moderne y ont été
données. Quelques œuvres importantes sont publiées: les ouvrages
ethnologiques de Dim Delobson (Haute – Volta) le roman de Bakary
Diallo (Force Bonté) (1926) le roman historique de Paul Hazoumé
(Doguicinie) sans oublier le premier roman de Félix Couchoro (l'Esclave)
(1930).

La génération de la négritude:
La publication en 1948 de l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et
malgache de langue française rassemblée par Léopold Sédar Senghor
marque une date capitale. L'ouvrage constitue l'acte de naissance de la
littérature de la négritude: (Orphée noir) la préface donnée par Jean-Paul

8
Sartre, fait la théorie de la notion lancée à la fin des années 30 par
l'Antillais Aimé Césaire, le sénégalais Léopold Sédar Senghor et leurs
amis. La littérature de la négritude se caractérise par la volonté de
restaurer l’image de l'homme noir, de célébrer les valeurs ancestrales de
l’africanité et de refuser la domination coloniale. Le roman connaît à son
tour un bel épanouissement. Paraissent dans les années 50 les œuvres de
(Camara laye: (l'Enfant noir 1953) Abdou laye Sadji (Nini 1953) David
Ananou (le fils du fétiche 1955) Sembene Ousmane ( le Docker noir
1956) Bernard Dadié ( un nègre à Paris 1958) Cheikh Hamidou Kane
(l'aventure ambigue 1961) etc. Cette floraison romanesque qui
accompagne le retour à l'indépendance des anciennes colonies françaises
témoigne de l'émergence d'une nouvelle Afrique.

L'africanisation de la littérature:
Les premières générations d'écrivains africains de langue française
édités le plus souvent en France s'adressaient autant – sinon plus – aux
lecteurs européens qu’à leurs compatriotes. Il s'agissait pour eux de
présenter une Afrique moins frélatée que celle souvent caricaturée par la
littérature coloniale. Leurs textes après les indépendances ont été
popularisés par les collections de poche inscrits aux programmes
scolaires ils sont devenus les classiques de la nouvelle culture africaine.
Des maisons d'édition africaines se sont créées. Il est arrivé que les
livres réalisés et diffusés en Afrique deviennent de grand succès: cela fut
le cas par exemple d'une si longue lettre (1979) de Mariama Bâ (que nous
allons étudier) ce livre a sans doute répondu à l'attente d'un large public
d'Africaines. L'africanisation de ces littératures se manifeste par de
nombreux traits: la naissance d'un roman critique, s'interrogeant sur des
formes du despotisme africain plaçant des héros désaccordés dans un
cadre romanesque flottant, c'est aussi le développement d'une littérature

9
de prise de conscience sociale, invitant les lecteurs à réfléchir aux
conditions de la vie de tous les jours. Parallèlement l'audience rencontrée
féminine (Mariama Bâ, Aminata sow Fall, Ken Bugul etc) montre
l'évolution des mentalités.

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la littérature sénégalaise1

Léopold Sédar Senghor qui a été le premier président de la République


du Sénégal se plaisait à souligner cette caractéristique de son pays: (le
Sénégal est un paradoxe: par sa géographie, par son histoire, par sa
littérature de langue française sinon par ses arts plastiques).

les précurseurs et les pionniers:


la pratique d'une littérature française remonte en fait au XIXe siècle
avec la publication de textes documentaires dus à la plume de deux
métis, Léopold Panet et l'abbé David Boilat. Mais il faut attendre la fin de
la première Guerre mondiale pour voir paraitre les premières oeuvres
romanesques: les Trois Volontés de malic ( 1920) d'Amadou Mapaté
Diagne, Puis Force Bonté (1926) de Bakary Diallo.
L'école Normale William – Ponty installée à Gorée, permet le
développement de prmières tentatives de théâtre africain moderne.

La génération de la négritude2:
Dans les années 30 les étudiants africains envoyés pour poursuivre
leurs études en France y rencontrent leurs collègues venus des autres
colonies françaises et particulièrement les Antillais (dont Aimé Césaire).
Ils élaborent avec eux la notion de la négritude dont léopold Sédar
Senghor et Alioune Diop sont parmi les principaux propagateurs. Senghor
rassemble ses premiers recueils (Chants d'ombre (1945); Hosties noires
(1948) et publie sa magistrale Anthologie de la nouvelle poésie nègre et
malgache de langue française (1948). David Diop donne en 1956 les
poèmes très militants de Coups de pilon.
En même temps de nombreux écrivains entendent s'inspirer des récits
traditionnels par exemple, Ousmane Socé (les contes et légendes

. JOUBERT, Jean-Louis, littératures francophones d'Afrique de l’ouest (Anthologie) Nathan Paris 1994.
2

11
d'Afrique : 1942) Birague Diop (les contes d'Amadou Koumba (1947)
etc.
Mais la préoccupation majeure des écrivains d'avant l'indépendance
est d'affirmer dans leur production littéraire comme dans leur prises de
position idéologiques, l'originalité et la dignité des peuples noirs.

le tournant de l'indépendance:
le théâtre connaît un développement important: C'est un genre qui
permet de faire revivre l'Histoire et de mettre sur la scène l'expression de
sentiments nationalistes. Il en est ainsi dans (la mort du Damel: 1947) ou
(les Derniers jours de lat Dior : 1966) d'Amadou Cessé Dia) etc. Toutes
ces piéces ont été servies par le grand talent de la troupe nationale du
théâtre Daniel Sorano de Dakar.
Le roman prend volontiers comme sujet l'aventure européenne de
héros transplantés en France comme le Samba Diallo de Cheikh Hamidou
Kane cette aventure aboutit a l'échec dans la folie le désespoir ou le
suicide du héros. D'autre romans dénoncent la situation coloniale. Ceux
de Cheikh Hamidou Kane ( l'Aventure ambiguë 1961) Sembene Ousmane
( les Bouts de bois de Dieu 1960) sont devenus des œuvres ''classiques''.
La poésie est sans doute dominée par la figure universellement connue
de Léopold Séder Senghor dont les fonctions de chef de l'Etal n'ont pas
tari l'inspiration.

L'émergence d'une écriture féminine :


Un trait remarquable de la littérature sénégalaise est la place de plus
en plus grande qui y ont prise les femmes à partir des années 70 et
l'immense succès du roman de Mariama Bâ (une si longue lettre : 1979)
qui a été traduit en une douzaine de langue. Aminata Sow Fall a publié
notamment (le Revenant (1976), la Grève des battus (1979) etc.
Nafissatou Diallo raconte son enfance dakaroise (De Tilène au plateau:

12
1975) Ken Bugul revient sur sa trajectoire difficile (le baobab fou 1982).
D’autre encore ont été éditées, comme Amina Maigaka ( la voie du salut
1985) .Mama Seck Mbaké ( le Froid et le piment 1983) etc.
Les écrivains féminins portent sur la condition de la femme et les
problèmes de la société dans son ensemble un regard sans complaisance.
Elles sont soucieuses d'analyser les faits de l'intérieur en recourant à
l'introspection et à l'autobiographie.

13
Introduction sur les littératures du Maghreb
Plusieurs ensembles littéraires coexistent et interfèrent au
Maghreb. Ils se définissent par la langue d'écriture (arabe, littéraire ou
national, berbère, français…) et par leur statut, leur fonctionnement, leur
public (tradition orale et littérature moderne écrite; littérature algérienne
ou marocaine ou tunisienne; littérature judéo- maghrébine; littérature
française du Maghreb…).
La littérature maghrébine d' expression française:
La littérature maghrébine d'expression française se spécifie dans la
mesure ou elle garde au Maghreb son centre de gravité. Elle est produite
par des écrivains qui revendiquent une identité maghrébine. Née au
moment des combats de libération nationale, elle visait alors un public
international qu' il fallait gagner a la cause de l'independance. Elle est
devenue (classique) au Maghreb même par son inscription aux
programmes scolaires. Elle a survécu et s'est même développée, touchant
aujourd'hui un public maghrébin autant que français et instaurant un
dialogue des cultures entre les deux rives de la Méditérranée.
Cette littérature est fortement marquée par le statut problématique
du français, langue de l'aliénation dans laquelle on proclame l'indéfectible
amour de la langue maternelle, mais aussi langue du combat identitaire ou
langue du recul critique proposé par le détour de la langue étrangere ou
de l'exil.(*)

(*)
JOUBERT, J. et al, Littérature francophone du Monde arabe (Anthologie), Nathan, Paris. 1994.

14
La littératue algérienne d'expression française:(*)

La littérature algérienne d'expression française a commencé dans


les années 30 avec la naissance du mouvement nationaliste. Ce n'était pas
par hasard si la naissance de cette littérature berbère a coincide avec la
revendication nationaliste. Donc c'était d'abord une littérature de lutte et
de témoignage. La francisation de l'enseignement dans l'Algérie coloniale
conduisait comme naturellement au choix du français comme langue
d'écriture. Jean Amrouche et sa soeur Marguerite TaosAmrouche
recuillent les traditions berbères. Mouloud Feraoun témoigne de la vie
dans les montagnes kabyles. L'anneé 1952 voit la publication de plusieurs
romans comme prémonitoires de la gurre qui va éclater (Mohammed Dib,
Mouloud Mammerie).
Une poésie de combat se développe alors (Noureddine Aba, Malek
Haddad, Jean Sénac). Kateb yacine publie une oeuvre proteiforme et
exaltante, glissant du roman au théatre, pour saisir et dire l'ame déchirée
de l'Algérie. Aprés l'indépendance (1962), à côté d'une littérature de
célébration nationale magnifiant l'héroisme des combattants se développe
une littérature plus audacieuse, qui appelle une mutation plus complete de
la vie algérienne et qui parait parfois, scandaleuse (Rachid Boudjedra,
Mourad Bourboune) . Mohammed Dib évolue vers une écriture plus
poétique, presque ascétique. Nabil Fares, Habib Tengour Sur l'identité
individuelle ou collective dans des textes volontairement opaques,
bourrés d'allusions et d'emprunts. Assia Djebar veut capter une parole
féminine algérienne.
Dans les anneés 1980, un renouvellement se cherche dans la
lucidité, voire le désenchantment du constat posé sur la société algérienne
(Tahar Djaout, Rachid Mimouni) Rabah Belamri impose la publique

(*)
Ibidem

15
acuité de son (regard blessé) (il est aveugle) et la sérénité poétique de son
écriture. La présence en France d'immigration nombreuse d'origine
algérienne donne naissance a la (Littérature beur) (Mahdi Charef, Leila
Sebbar).
Les écrivains algériens et leurs oeuvres ont contributé a renforcer
une idée déja répandue depuis le début des annés 60, sur l'existence d'un
champ littéraire, d'un lieu de parole solidaire construit par l'histoire mais
aussi par un désir infini de création.

16
Deuxiem Chapitre
Mariama Bâ
Elle est née en 1929 et morte à Dakar en 1981. Elle a longtemps été
institutrice et s'est occupée d'associations féminines. Elle est venue à
l'écriture en 1979 avec Une si longue lettre; son roman traite avec
beaucoup de sensibilité, de la polygamie et des drames moraux qu’
elle entraine. Son second roman: Un chant écarlate (1981) publié après
sa mort aborde les problèmes des couples mixtes. Elle pose dans ses
romans d'une écriture simple et directe les problèmes de la femme
sénégalaise parce que c'est seulement une femme qui peut sentir les
douleurs d'une autre femme. Elle écrit sur des problèmes dont
souffrent – non seulement les femmes sénégalaise – mais presque
toutes les femmes dans les sociétés africaines.
La sénégalaise Mariama Bâ est la première romancière africaine à
décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans leurs
sociétés.

17
Une si longue lettre
Résumé

Ayant le besoin de se confier, la narratrice entreprend d'écrire à


Aissatou son amie d'enfance pour lui raconter que Modou – son mari–
vient de mourir.
On apprend qu’au moment de sa mort "Modou" croulait sous les
dettes, il a mal remboursé ses emprunts alors la narratrice était
découragée face à ce mari qui a non seulement brulé son passé
moralement en épousant l'amie de sa fille mains aussi matériellement en
faisant perdre leurs biens communs. La narratrice évoque des souvenirs
désordonnés à travers lesquels on apprend que « Aissatou » son amie,
elle aussi a subi la polygamie et que son mari lui a imposé une très jeune
fille qui est la nièce de sa mére qui juge Aissatou par l'infériorité de caste.
Cette dernière n'a pas hésité à rompre, elle a quitté la maison avec ses
quatre fils en commençant une nouvelle vie pleine d'espoir. Le choix de
Ramatoulaye (la narratrice) était différent de celui de son amie elle a
décidé de continuer le reste de sa vie avec cet homme dont elle n'a pas pu
oublier l'amour. Alors elle a refusé les offres de mariage faites par le frère
de son mari Tamsir et par Daouda Deing son premier prétendant. Elle a
envisagé sa responsabilité malgré les problèmes et les soucis que lui
donnent ses douze enfants. Son récit se termine sur un point d'espoir ; en
dépit des difficultés et des épreuves elle espère un avenir plein de
bonheur.

18
Une analyse du roman
( Une si longue lettre )

Le roman – comme la signification du titre – est une si longue


lettre écrite par la narratrice , destinée à son amie d'enfance Aissatou .
Cette si longue lettre est commencée en réponse à un mot de l’amie le
jour de la mort de Modou – le mari de la narratrice – ( Aujourd hui je suis
veuve )3 . Elle s’achève avec la sortie de deuil (demain c’est la fin de ma
réclusion)2 . A travers cette si longue lettre nous apprenons non seulement
l’histoire de la narratrice, mais aussi l’histoire de son amie, ce récit
réveille donc des souvenirs que la destinataire savait déjà ou qu’elle
préfère oublier, il provoque aussi des souvenirs chers au cœur de la
narratrice.
Donc, on peut dire que la raison qui a poussé la narratrice à écrire
cette lettre c’est son besoin de se confier car,dans les moments les plus
difficiles on éprouve le besoin de trouver quelqu’un pour lui raconter ce
que nous avons dans le cœur. Pour la narratrice personne n’est capable de
comprendre ses sentiments comme Aïssatou son amie d’enfance, car leur
relation n’est pas simplement une amitié, elle est plus forte (Ton
existence dans ma vie n’est point hasard. Nos grands-mères dont les
concessions étaient séparées par une tapade échangeaient journellement
des messages. Nos mères se disputaient la garde de nos oncles et tantes.
Nous nous avons usé pagnes et sandales sur le même chemin caillouteux
de l’école coranique. Nous avons enfoui dans les mêmes trous, nos dents
de lait ).3
Donc Aïssatou est une confidente, on peut lui raconter tout, même
ce que lui rappelle ses propres malheurs.

3
Une si longue lettre . op. cit. p. 12 .
2
. Ibidem . p. 104 .
3
. Ibid . p. 11 .

19
Ramatoulaye – la narratrice – est originaire d’une grande famille,
elle s’est mariée avec Modou il y a trente ans et en a eu douze enfants, ils
ont vécu ainsi pendant vingt – cinq ans.
Pour mieux comprendre le récit , il vaut mieux le diviser en parties,
nous avons la vie de la narratrice et son amie avant la mort de Modou
(L’enfance et l’adolescence ) et leur vie comme jeunes couples et puis le
divorce d’Aïssatou et la trahison de Modou et en fin le mort de Modou .
Chacune de ces époques a son effet sur l’autre ; par exemple:
l’enfance et l’adolescence de Ramatoulaye et Aïssatou a tellement
renforcé leur relation, les souvenirs qu’elles ont eu pendant cette époque
sont devenus leur trésor très cher, malgré que ces périodes sont évoquées
brièvement en une page, mais cette page est importante: elle fonde le
solide amitié d’Aïssatou et Ramatoulaye: (si les rêves meurent en
traversant les ans et les réalités , je garde intacts mes souvenirs , sel de ma
mémoire )4 . Nous avons ensuite la vie des jeunes couples , c’est le début
de l’évocation de l’amour entre Ramatoulaye et Modou et de leur vie
conjugale : évocation du charme de Modou, de sa demande en mariage ,
de son retour en France, diplômé, des hésitations de la mère de
Ramatoulaye face à un mari (trop poli ).
Evocation, ensuite, des deux mariages; celui de la narratrice et
celui de son amie.
Ramatoulaye a épousé Modou malgré sa famille parce qu’elle
l’aimait. Elle a réussi à convaincre sa mère de son choix,cette dernière qui
avait le bon sens des vieilles femmes africaines a jugé le prétendant de sa
fille hypocrite: (trop beau,trop poli, trop parfait pour un homme ) Mais sa
fille qui a le caractère très fort a défendu son amour.

4
Ibid. p 11.

20
Aïssatou, d’ailleur a épousé Mawdo malgré sa mère qui jugait sa
belle fille d’après l’infériorité de caste. Elle était obligée d’accepter le
choix de son fils mais elle avait des plans de vengeance dans la tête .
Nous avons ensuite l’époque la plus heureuse dans la vie des
jeunes couples; c’est le bonheur goutté par les deux jeunes couples
chacun auprès de l’autre, ils étaient complétement convaincus du choix
qu’ils ont fait .Ils faisaient tout ensemble; travailler dans la maison,
travailler dehors, s’occuper des enfants ils s’entreaident et s’aiment, en
bref, ils avaient une vie de rêve.
Puis, vient la trahison de Mawdo Bâ qui a épousé sa cousine sans
rien dire à sa femme qui n’a pas hésité à rompre. Aïssatou a décidé de
quitter le pays avec ses enfants pour travailler ailleurs. Ensuite vient la
mort de Modou.
La narratrice décrit les traditions sénégalaises en ce qui concerne la
mort ; les coutumes, les pratiques, et là-dessus, des pratiques animistes et
musulmanes sont mêlées, par exemple : on décoiffe les femmes du mort
(nos belles sœurs nous décoiffent)5 et encore (les femmes présentes,
prévenues de l’opération, se lèvent et jettent sur la toiture mouvante des
piécettes pour conjurer le mauvais sort) .2 On distribue à l’assistance
biscuits , bonbon , colas en croyant que cela aidera au repos de l’âme du
mort ( premières offrandes vers les cieux pour le repos de l’âme du
disparu ).3
Mais cette description n’est pas simplement pour raconter à son
amie ces moments difficiles, la narratrice voulait également critiquer
certaines pratiques qui dévoilent la cupidité des gens qui ne respectent ni

5
Ibid. p 17.
2
Ibid. p 17.
3
Ibid. p 17.

21
la mort ni les sentiments de la famille du mort (chez les femmes que de
bruit; rires sonores, paroles hautes, tapes des mains etc … )1.
Elle critique encore l’hypocrisie sociale pour elle c’est plus claire
dans les louanges de Modou (bon mari, bon père) car pour elle il n’était
ni bon mari, ni bon père. Elle critique encore la société qui ne fait pas de
distinction entre les femmes du mort même si il y en a (nos belles sœurs
traitent avec la même égalité trente et cinq ans de vie conjugale).2 Alors
la narratrice qui regarde ce qui se passe autour d’elle ne peut rien dire,
rien faire, elle est mal à l’aise mais il faut attendre le quarantieme jour
pour que les visites de condoléance s’arrêtent.
Comme croyante, Ramatoulaye espère bien remplir ses charges ,
son cœur s’accorde aux exigences religieuses . La durée de réclusion ne
la gêne pas, mais ce qui la gêne , ce sont les souvenirs qu’elle ne peut pas
empêcher (J’ai en moi assez de souvenir à rsuminer . Et ce sont eux que
je crains, car ils ont le goût de l’amertume).3
La narratrice commence à parler de sa co-épouse à travers le récit
on apprend que même la présence de celle-ci la gêne (ce soir Binetou,
ma co-épouse, rejoindra sa villa SICAP. En fin ! Ouf ! ).4
A travers ses souvenirs, la narratrice nous raconte l’histoire de son
mariage; Elle aimait tant son mari que sa mère jugeait ( trop beau , trop
poli, trop parfait pour un homme ).5 elle préférait Daoud Deing à lui mais
sous l’insistance de sa fille, on la marie à Modou sans dot, sans faste
(sous les regards désapprobateurs de mon père ,devant l’indignation
douloureuse de ma mère frustrée ,dans notre ville muette d’étonnement).6
Donc nous découvrons un autre aspect du caractère de Ramatoulaye; elle

1
Ibid. p 20.
2
Ibid. p 18.
3
Ibid. p 25 .
4
Ibid . p 26
5
Ibid . p 26
6
Ibid . p 27.

22
est volontaire car elle a choisi d’épouser Modou en réfusant Daouda que
préférait sa famille, elle a un caractère très fort car elle a fait face non
seulement à sa famille mais aussi à la société de sa ville qui était étonnée
par ce mariage inégal. Nous pouvons dire que Ramatoulaye a sacrifié la
richesse et la stabilité que lui fournit le mariage avec Daouda pour son
amour. Modou était très doué dans son travail, il a fait un grand succès
.Sa famille était très fière de ce succès, sa mère et ses sœurs s’imposent
dans la maison de Ramatoulaye mais, poussée par l’amour de son mari,
elle a supporté tout cela. Puis, son amie Aïssatou a épousé Mawdo l’ami
de Modou Fall, un mariage controversé (Quoi,un Toucouleur qui convole
avec une bijoutière? Jamais il n’amassrea argent)1, (les écoles
transforment nos filles en diablesses qui détournent les hommes du bon
chemin).2 Ce sont les murmures coléreux de la ville.
Sa mère était indignée de ce mariage mais Mawdo fut ferme (le
mariage est une chose personnelle).3 Donc, le problème ici c’est la caste
de bijoutiers dont Aïssatou fait partie, aux yeux de la mère de Mawdo et
de ceux de la société cette bijoutière n’est pas capable d’épouser le
descendant des princes (Mawdo) mais enfin le mariage a eu lieu. Alors
les deux couples vivaient le bonheur ensemble ils passent des bons
moments et c’est la seconde étape de leurs vies car après, vient le
malheur, Ramatoulaye rappelle à Aïssatou son propre échec. Tante
Nabou la belle mère d’ Aïssatou qui n’a jamais été contente de ce
mariage préparait des plans (depuis longue date) pour se débarrasser de
cette bijoutière, elle a adopté une des filles de son frère (Nabou) son
homonyme qui est devenue une adulte charmante et en plus-grâce à
l’éducation que lui a donné sa tante-elle est devenue une sage-femme. Un
beau jour Tante Nabou vient dire à son fils ( mon frère Fabra t’a donné la
1
Ibid. p 60.
2
Ibid . p 61.
3
Ibid . p 62.

23
petite Nabou comme femme pour me remercier de la façon digne dont je
l’ai élevée si tu ne la garde pas comme épouse,je ne m’en releverai
jamais.la honte tue plus vite que la maladie ).6
Alors Mawdo a accepté ce mariage (pour ne pas voir sa mère
mourir de honte et de chagrin ).2 Donc Mawdo est apparemment la
victime de la vengeance de sa mère sur sa femme mais je pense que c’est
la faiblesse naturelle de l’homme devant la femme qui a poussé Mawdo à
accepter le mariage, il n’a pas pu résister aux charmes de Nabou, il a fait
des calculs rapides: je l’imagine se dire (pourquoi ne pas épouser la petite
et charmante Nabou en prétendant que c’est ma mère qui m’a imposé
cette épouse et qu’elle va mourir de honte si j’ai réfusé d’épouser sa
nièce, en même temps je garde ma vieille femme et je deviens ainsi le
maître de deux cœurs et de deux corps au lieu d’un seul cœur et un seul
corps). Alors Mawdo aurait pu refuser cette offre mais il me semble
séduit par l’idée de la polygamie. Aïssatou a compri cela et refuse cette
trahison, car elle croit bien qu’un homme ne peut épouser une femme
sans l’avoir bien souhaité et ce qui prouve son point de vue c’est ce qui
lui raconte son amie: (sa tristesse est bien évidente – mais les allures de
désabusé, les critiques acerbes de son foyer n’empêchaient point le
gonflement périodique du ventre de la petite Nabou. Deux garçons étaient
déjà nés).3
Alors c’est un fait visible de ses communions intimes avec Nabou.
Mawdo qui vient critiquer sa nouvelle femme auprès de l’amie de sa
vieille femme justifie sa situation en disant: comment veux -tu qu’un
homme reste de pierre au contact permanent de la femme qui évolue dans
sa maison ).4

6
Ibid . p 62 .
2
Ibid . p 68
3
Ibid . p 65 .
4
Ibid . p 69.

24
Même les justifications de Mawdo ne reflètent que sa faiblesse et
son égoïsme. Aïssatou a bien décrit le comportement de son mari et de
tout homme à sa place; Elle lui écrit (Mawdo, l’homme est un: grandeur
et animalité confondues. Aucun geste de sa part n’est de pur idéal –
Aucun geste de sa part n’est de pure bestialité). 3
Aïssatou a donc décidé de rompre, de quitter sa maison en laissant
un mot à son mari. elle est courageuse ,elle choisit la solution qui épargne
sa dignité , pour elle, il vaut mieux quitter la richesse tout en commençant
une nouvelle vie avec ses quatre fils que de rester avec une belle mère qui
se voit supérieur et qui croit que même les enfants de bijoutière ne
méritent pas l’honneur d’ appartenir à leur famille .
Donc, ou peut dire que Aïssatou est le type de la femme
révolutionnaire qui se croit capable de tout ce que peut faire l’homme.
A travers ce récit raconté selon le point de vue de la narratrice on
peut savoir son opinion sur la question de la polygamie; Elle est contre la
polygamie de Mawdo, elle le juge traitre, son comportement n’est pas
justifiable. (Il me demandait compréhension. Mais comprendre quoi? la
suprématie de l’instinct ? Le droit à la trahison ? la justification du désir
de changement ?).4
Voyons maintenant le propre drame de la narratrice qui est la
trahison de son mari qui est survenu trois ans après celui de son amie.
Ramatoulaye est issue d’une grande famille, alors il n’ya pas de problème
de caste .Son mari – après avoir fait une fortune grâce à son intélligence
mais aussi au travail de sa femme – a épousé Binetou, une jeune fille
jolie, un peu timide, elle est l’amie de classe de Daba – sa fille – elle vient
avec elle souvent à la maison. Modou faisait des prétextes pour la
ramener à sa maison . IL lui propose le mariage. Binetou, qui est
innocente, vient raconter à son amie Daba qu’il y a un (vieux) qui lui
propose le mariage tout en réalisant ses rêves et les rêves de richesse de

25
sa famille, Daba lui a conseillé de refuser mais sous la pression de sa
mère-très égoïste-elle accepte le marige (Elle a supplié sa fille de lui
donner une fin heureuse, dans une vraie maison). 7 Donc elle est vendue à
Modou par sa propre mère.
Le mariage de Modou avec Binetou lui est annonce par l’Imam,le
frère de Modou (Tamsir)et Mawdo Bâ,ce qui signifie le statut très
important réservé à l’Imam dans la société sénégalaise,il est au courart de
toutes les nouvelles ,et parfois c’est lui qui les annoncé; il a froidement
dit (il n’a fait qu’épouser une deuxième femme). 2 Son frère osa ( Modou
te remecie,il dit que la fatalité décide des être ets des choses ).3 Tandis
que Mawdo Bâ était épanoui dans ses propres souvenirs. Donc, pour
justifier son acte, Modou choisit la fatalité il n’a pas pu dire franchement
qu’il est égoïste et qu’il ne pense qu’ à ses instincts.
Ramatoulaye ne blâme pas Binetou car elle est d’après elle (un
agneau immolé comme beaucoup d’autres sur l’autel du matériel).4 Elle
blâme plutôt celui avec qui elle a passé un quart de siècle de mariage.
Après avoir bien réfléchi elle a réalisé qu’elle ne peut pas faire comme
son amie –rompre- non parce qu’elle est moins courageuse qu’elle, mais
parce que sa situation diffère de celle de son amie. Elle se dit:( partir?
Recommencer à zéro, après avoir vécu vingt –cinq ans avec un homme,
après avoir mis au monde douze enfants ? Avez-je assez de force pour
supporter seule le poids de cette responsabilité à la fois morale et
matérielle?).5 Nous ne pouvons qu’admirer cette femme si sensible ,si
sage. Son amour pour son mari est payé par la trahison ,son sacrifice est
payé par l’ingratitude ,son mari n’a pas seulement oublié sa conjointe qui
a brulé ses années en lui donnant amour et enfants il a aussi oublié sa

7
Ibid . p 71 .
2
Ibid . p 73.
3
Ibid . p 77.
4
Ibid . p 77.
5
Ibid . p 78.

26
famille de douze enfants .Il a tout donné à la petite Binetou ( argent,
sentiments, occupation). Il faisait tout pour plaire à la petite, tout en
oubliant celle qui a sacrifié tout pour son amour, qui a lutté avec lui pour
établir une vie stable pleine d’amour, de joie et d’enfants. Ce mari n’a pas
seulement abandonné sa femme et ses enfants sur le plan sentimental il
les abandonne aussi sur le plan matériel car les exigeances de la petite
deviennent de plus en plus insupportables - sur le plan matérièl-alors il
dépense presque tout son argent pour satisfaire les besoins de la petite et
de sa famille .Il orientait son avenir sans tenir compte de l’existence de sa
première famille, il est mort sans un sou d’économie .Son nouveau
logement très chic et son contenu ont été acquis grâce à un prêt bancaire
consenti sur une hypothèque de la villa où la narratrice et ses enfants
habitaient. Elle se trouve découragée face à ce mari qui a perdu leurs
biens communs (et l’adjonction d’une rivale à ma vie ne lui a pas suffi
.En aimant une autre, il a brûlé son passé moralement et matériellement,
il a osé pareil reniement et pourtant que n’a-t-il fait pour que je devienne
sa femme).8 Ramatoulaye ne peut pas comprendre le bouleversement de
son mari mais en fin elle a réalisé qu’elle est devenue trop vieille pour
répondre aux exigeances de son mari qui se voit encore jeune ( Alors que
la femme puise ,dans le cours des ans ,la force de s’attacher ,malgré le
vieillissement de son compagnon, l’homme,lui, rétrécit de plus en plus
son champ de tendresse.Son œil égoïste regarde par-dessus l’épaule de sa
conjointe il compare ce qu’il eut à ce qu’il n’a plus, ce qu’il a à ce qu’il
pourrait avoir ).2 Une femme capable de dire ces mots c’est une femme
très sage qui sait bien se juger et juger les autres par la suite . Pour que la
vie n’aille pas s’arrêter, elle a continué sa vie avec ses enfants qui
souffrent de la nouvelle situation mais ils le supportent bien pour leur

8
Ibid . p 32 .
2 Ibid . p 80 .

27
chère mère; ils ont des difficultés dans les transports en commun, la
narratrice le raconte à son amie qui n’a pas hésité à lui donner une
voiture, ce qui montre la qualité rare de l’amitié qui lie les deux femmes
ce qui a poussé Ramatoulaye à dire :( l’amitié a une grandeur inconnue de
l’amour. Elle se fortifie dans les difficultés, alors que les contraintes
massacrent l’amour).9 Cette amitié a évoqué la jalousie de Modou qui ne
comprend pas comment cette bijoutière fait cet acte de générosité dont il
n’est pas capable!
Malgré tout, Ramatoulaye reste fidèle à son amour de jeunesse (je
n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple, tout en respectant le choix
des femmes libres ).2 Elle pleure Modou et n’y peut rien mais en même
temps elle supporte mal les louanges funèbres de Modou bon père et bon
mari .L’autre chose à laquelle la narratrice trouvait des difficultés à
supporter c’est la distribution des biens acquis par Modou et par elle .la
blessure provoquée par la trahison persistera,mais les routes des deux
épouses ne se croisent plus .
Au quarantième jour, Tamsir, l’aîné de Modou vient invoquant les
années de mariage de Ramatoulaye et se fondant sur la coutume pour lui
déclarer: je t’épouse, mais elle l’a violement repoussé. Quant à Daouda
Deing il est son ancien prétendant, il l’aime vraiment mais Ramatoulaye
ne voulait pas faire revivre l’expérience très épuisante de la polygamie à
une autre femme. Il y a des problèmes qui se posent depuis l’abandon de
Modou et parfois même pendant le temps de la réclusion imposée par le
deuil. Nombreux, ils rendent le veuvage plus dur encore, la narratrice
avoue que ses enfants lui causent des soucis, elle les détaille dans la
dernière partie du roman; la mode atteint ses filles, elles fument et portent
des pantalons, c’est un choc moral pour la mère. Nous voyons clairement

9
Ibid . p 103 .
2
Ibid . p 92 .

28
dans son indignation une image de la femme africaine traditionnelle,
malgré l’éducation, elle déteste ces choses très à la mode, son fils Mawdo
a des difficultés avec l’un de ses professeurs. Alioune et Malick sont
renversés par un cyclomoteur: un bras cassé, ici, on peut sentir l’absence
du rôle paternel dans la vie des enfants. Aïssatou, sa fille, l’homonyme de
son amie est enceinte; faut-il prendre au sérieux son prétendant Ibrahima
Sall?
Ramatoulaye puise son courage dans l’exemple de son amie
Aïssatou. Elle apprécie également d’être épaulée par sa fille ainée
Daba.On peut dire que l’évocation des problèmes soulevés par les plus
grands des enfants suggère que les petits à leur tour, donneront des soucis
à leur mère, on peut le deviner mais la mère est très sage et très capable
de résoudre n’importe quel problème concernant ses enfants, donc,
épaulée par son amie, elle peut franchir tous les caps difficiles.
On peut donc dire que l’histoire racontée est ouverte: elle ne se
termine pas à la dernière page du livre. Elle suggère de nouvelles
situations liées à la croissance des enfants et une nouvelle forme
d’épanouissement pour la narratrice.10
En fin, on peut conclure que la narratrice a pu remplir la place du
père, seule sans soutien, sauf celui de son amie, cette amitié très rare était
capable de faire écrire une telle si longue lettre.

10
Marie Grésillon, Une si longu lettre de Mariama Bâ , Editions Saint-Paul , 1986 .

29
Conclusion

Le roman – comme nous avons vu – traite le sujet de la polygamie


à travers deux exemples; celui de la narratrice et celui de son amie
Aïssatou, les raisons qui ont poussé les maris des deux amies de prendre
une deuxième épouse semblent différentes; l’un est obligé d’épouser sa
cousine pour ne pas apporter la honte à sa mère, l’autre a épousé l’amie
de classe de sa fille à cause de “la fatalité”, mais en effet tous les deux ont
été très faibles devant leurs insticts et leur égoïsme. Donc, on peut dire
que la polygamie est un des problèmes dont souffre la femme non
seulement dans la société sénégalaise mais aussi dans beaucoup de
sociétés africaines. Mais pour être honnête, il faut dire qu’il ya des
sociétés où la polygamie ne pose pas de problème, au contraire, elle est –
parfois – demandée par la première épouse même, c’est le cas dans les
pays pauvres comme Tchad et Nigeria, la femme demande à son mari
d’épouser une deuxième qui peut l’aider au travail domestique et qui
apportera de l’argent à la famille. Je peux, donc, dire que plus la société
était simple, plus la question de la polygamie était acceptable.
Dans ce roman l’auteur nous présente des figures féminines à
travers lesquelles nous pouvons connaître la place réservée à la femme
dans la société et le rôle qu’elle y joue.
D’abord nous avons la figure de la femme africaine traditionnelle,
représentée par Tante Nabou la mère de Mawdo et Dame belle mère, la
mère de Binetou .On peut les juger cupides parce qu’elles ont contribué à
l’échec des autres femmes (Ramatoulaye et Aïssatou), elles ont
froidement poussé; -l’une son fils, l’autre sa fille vers la polygamie et par
conséquance la destruction des foyers.
La mère de Mawdo était persuadée par sa supériorité de caste, alors
elle ne supporte pas que le sang des princes se mélange avec celui des

30
bijoutières, donc elle a froidement préparé son plan de vengeance en
faisant épouser à son fils sa nièce la descendante des princes –seule digne
de cet honneur-Cette femme qui a subi, elle même, la polygamie n’hésite
pas à faire subir à une autre femme cette expérience, au contraire de la
narratrice qui a refusé d’épouser son prétendant parce qu’elle trouvait
cela impossible d’établir son propre bonheur sur le malheur des autres .
De l’autre côté, la mère de Binetou était très fière parcequ’elle est
entrée-par le mariage de sa fille-dans une famille aisée, c’est l’exemple de
la femme égoïste qui ne pense pas au bonheur des autres même pas à
celui de sa fille. Donc, on peut –à travers ces vieilles figures féminines du
roman perçevoir l’opinion de l’auteur: la mère traditionnelle est le plus
souvent destructrice de bonheur et d’harmonie, mais en même temps elles
ne sont pas privées de sagesse et de bon sens comme la mère de la
narratrice qui a bien jugé le prétendant de sa fille (trop beau, trop poli,
trop parfait )
L’autre exemple c’est la femme disons moderne, comme exemp le
prenons celui de la narratrice; elle est une femme éduquée qui a une
mission à accomplir, elle joue son rôle comme institutrice au
développement de son pays et de sa société, elle a un rôle très important
dans son foyer, elle est responsable de l’enseignement de ses enfants, elle
soutient –moralement et matériellement-son mari. Elle s’est vue comme
l’une des pionnières de la promotion de la femme africaine sur le plan
politique et idéologique. Mais tout cela n’a pas empêché son échec, car
elle n’a pas pu échapper à la “fatalité” dont parle son mari.
Nous avons aussi l’exemple d’Aïssatou; elle est le type de la
femme révolutionnaire qui ne supporte pas d’être blessée dans son
orgueil, elle est courageuse et digne dans sa solitude.
Nous avons aussi deux jeunes figures qui sont Nabou et Binetou
qui sont représentées comme des victimes des hommes et des habitudes

31
sociales. Il ya également l’exemple de Daba, qui serait peut être le
modèle ideal de la femme moderne.
Il s’agit donc de servir la cause des femmes: promouvoir la femme
africaine en l’aidant à refuser l’autorité masculine et celle de la mère
autant que le silence de la soumission. Pour cela doit se créer une
solidarité féminine du type de celle d’Aïssatou et Ramatoulaye.

32
Troisiem Chapitre
Fettouma Touati
Elle est née en kabylie en Algérie. Elle travaille à Alger, puis
quelque temps à l'université de Tizi-Ouzou.
Confrontée aux problèmes de la femme qui travaille, elle décide d'en faire
un livre car elle pense que l'Algérien doit comprendre que la femme est
l'avenir de l'homme.
Dans son roman, l'auteur retrace la vie des femmes algériennes à
travers la grande famille de Sekoura et Abdelkader.
Compte tenu de la situation socio- culturelle de la femme algérienne
après l'indépendance ce roman montre des personnages féminins qui
reflètent la réaction féminine face aux nouvelles données.
Le Printemps désespéré
Résumé

Le printemps désespéré est un grand roman qui raconte la vie


d’Algériennes.
A travers la famille d’Abdelkader et Sekoura, l’auteur décrit les
souffrances, les déceptions et les espoirs de la femme.
D’abord, nous faisons la connaissance de Sekoura et Abdelkader
avec leur fils Mohand qui partit au maquis, ils le marient à une jeune fille
(Faroudja) qui est morte par les propres mains de son mari Mohand. Ce
dernier est devenu à demi-fou de la guerre. Faroudja – après une vie
pleine de souffrances et de larmes a laissé après sa mort deux filles
(Fatiha et Nadia) et un fils ; Fatiha représente le personnage tragique du
roman ; enfant, elle était présente au meurtre de sa mère, ce qui a effectué
le reste de sa vie, enfin, elle s’est suicidée, lasse de ne pas trouver
quelqu’un qui puisse la comprendre. Il y a la fille de Sekoura, Djohara

33
qui était veuve depuis l’âge de vingt-cinq ans, elle a deux filles (Yasmina
et Fatma) et un garçon, Salah.
Salah était un bon à rien, après une action déshonorante, personne
ne voulait de lui comme mari de sa fille. Enfin on lui a trouvé une
orpheline (Louisa), elle a goutté l’amertume auprès de ce mari. Yasmina
a tant souffert pour réaliser son rêve d’être médecin, elle a réussi à le
faire. Fatma, après son échec à l’école s’est mariée avec Boualem, après
quelques problèmes leur vie s’est rétablie.
Leila, la sœur de Boualem représente le personnage révolutionnaire
du roman car elle a affronté son frère qui voulait la marier à son ami
contre son gré.
De l’autre côté, il y a la famille de Saïd, fils de Sekoura qui vivait
en France avec sa femme sans cœur Aïcha qui a poussé sa fille Malika à
la perdition. Elle a également deux autres filles et un fils. Malika reçut
une enfance pleine de souffrance, elle a fuit la maison de ses parents,
mais elle n’a pas connu le bonheur ailleurs, même la paix, donc elle est
retournée en France tout en raspirant à une nouvelle vie pleine d’espoir et
de bonheur et surtout de paix.

34
Analyse du Printemps désespéré
Le Printemps désespéré est un grand roman retraçant un univers
féminin qui subit une lente mutation à travers les générations.
Dans ce roman l’auteur (Fettouma Touati) nous dévoile la réalité
de la situation de la femme algérienne dans sa propre société. Cette
société qui nie son droit à la vie heureuse. Nous allons découvrir à travers
des personnages féminins les souffrances et les chagrins des femmes
torturées par des hommes privés de tout sentiment.
Donc, on peut facilement remarquer que chacun des personnages
féminins représente un exemple de la souffrance féminine ou bien des
problèmes dont souffre la femme algérienne.
Ce roman raconte l’histoire d’une grande famille algérienne,
comme dans toutes les familles algériennes la femme joue un rôle très
important dans son foyer, elle travaille pour gagner la vie de ses enfants,
elle sacrifie son bonheur pour celui de son mari et de ses enfants, mais –
hélas – elle ne trouve que le mépris.
Nous allons, donc, faire la connaissance d’une famille où les
femmes souffrent tant parce qu’elles ne sont pas des hommes. L’auteur
consacre un chapitre entier pour chacun des personnages féminins de la
famille. Donc, l’auteur lutte contre les coutumes pratiquées contre la
femme dans son pays.
Chaque personnage dans cette œuvre représente une catégorie
entière des femmes algériennes. Touati part de son expérience
personnelle et expose de tout près les soucis, les difficultés et la situation
d’oppression vécue par des femmes qui ont des tas de choses en
commun ; la souffrance, le malheur et surtout le désespoir, et nous
commençons par (Faroudja).

35
Faroudja

Faroudja est la femme de Mohand, fils de Abdelkader et de


Sekoura – Mohand est le benjamin, il est allé au maquis d’où il est revenu
à demi fou. Avant son départ sa mère insiste pour marier son fils « Tu vas
te marier, ainsi si je te perds, il y aura tes enfants pour prolonger la
vie. ».1 Mohand était beau, très grand, mince, presque maigre et il a des
cheveux très noirs et une peau blanche. Sa femme Faroudja – l’héroïne de
ce chapitre – était brune, de taille moyenne, avec d’immenses yeux dorés,
très doux ; d’ailleurs, elle était très douce, n’élevait jamais la voix. Bien
qu’elle ne voie son mari que le jour de la noce, elle tomba amoureuse de
lui tout de suite. Ici nous pouvons remarquer que la tradition kabyle
interdit à la femme non seulement de choisir son mari, mais même de voir
ce mari avant le jour de noce. Alors la société joue un rôle très important
dans la déchéance des familles parce que la façon de préparer le mariage
ne permet pas la compréhension entre l’homme et la femme.
Après son mariage Mohand est parti au maquis, il revenait souvent
voir sa jeune femme, ils ont eu une fille qu’ils ont appelée (Fatiha), de
nouveau une fille (Nadia) et enfin – à la grande joie de tous – nait un
garçon. Suivant la coutume kabyle on l’a appelé comme le grand-père :
Abdelkader.
Mohand, fut torturé, emprisonné. Il fut libre à l’indépendance « La
guerre, le sang, la torture, la faim, rendirent à Faroudja, un mari
presque fou. ».2 Nous remarquons ici l’effet de la guerre sur la vie des
Algériens, presque aucune famille n’a pas pu échapper à la fatalité de
cette guerre qui enlève à la femme son mari, à la mère son fils, aux
enfants leur père.

1
Le printempts désepéré. Op. cit. P. 8
2
Ibidem. P. 8

36
Revenons à Mohand qui restait silencieux des heures entières, les
yeux grands ouverts. Parfois, il hurlait comme une bête que l’on égorge.
Cette maladie avait son effet sur les enfants qui, au début,
trouvaient sympathique qu’un adulte hurle de la sorte, mais après des
crises violentes ils ont commencé d’avoir peur de ce père qui est si
différent des autres.
Faroudja qui adore son mari souffre tant en le voyant dans cet état
de crise, elle essayait de le calmer pour ne pas effrayer les enfants mais
aussi parce qu’il l’aime bien « Allons ! Mohand. Tu effraies les enfants…
les voisins vont t’entendre… Tu veux qu’ils t’appellent le fou. »1, Elle ne
voulait pas que les voisins se moquent de son mari. Faroudja se trouve
obligée de travailler très dur pour gagner sa vie et la vie de ses enfants,
car le père est trop malade pour travailler. Le grand-père ne pouvait pas
travailler mais de temps en temps il ramenait quelques pièces à la maison.
L’oncle Saïd, travaille en France, mais avec ses neuf enfants et sa
monstrueuse femme, aucun espoir de soutien de sa part. c’était Sekoura et
Faroudja qui faisaient bouiller la marmite. Le travail de Sekoura était de
laver les morts et elle aide aussi à la naissance des enfants, elle recevait
en remerciement des vêtements ou quelques pièces, des œufs ou bien de
la semoule qu’elle ramène à la maison. Mais c’était Faroudja qui devait
travailler le plus dur car elle est la plus jeune.
De l’aube au crépuscule, elle bêchait, ratissait, plantait, arrosait.
L’hiver, elle ramassait l’olive des riches. L’automne, elle ramassait des
couffins de glands qu’elle vendait pour quelques pièces aux plus fortunés.
Elle travaillait jour et nuit « Triste Faroudja, de son mariage elle n’aura
connu qu’un mois de vrai bonheur. »2. Après la crise de son mari,
Faroudja devait s’habituer à cette vie pleine d’angoisse : son mari, va-t-il

1
Ibid. P. 8
2
Ibid P. 9

37
avoir une crise ? Attention qu’il n’y ait pas de couteau près de lui.
Attention il n’y aura rien à manger demain, elle n’avait quand même qu’à
supporter et s’habituer. Fatiha son aînée avait maintenant huit ans, elle
devait garder son frère et sa sœur en plus c’est elle qui devait faire le
ménage car sa mère travaillait aux champs. Sa grand-mère lavait les
morts, il n’y a que cette petite pour garder les enfants et s’occuper de la
maison. L’état de Mohand empirait, sa mère ramenait des marabouts, ce
qui reflète la mentalité traditionnelle des femmes kabyles qui croyaient
aux pouvoirs surnaturels. Son père l’emmena d’hôpital en hôpital mais
les psychiatres refusaient de le garder car les hôpitaux psychiatriques
étaient surpeuplés, ce qui reflète l’état des gens après la guerre.
Abdelkader disait souvent à sa femme «Quand je ne serais plus là, qui
s’en occupera? Vous n’irez tout de même pas ennuyer les voisins à
chaque cris ».1 Mohand n’était pas méchant, il n/avait encore blessé
personne gravement mais on ne pouvait prévoir ses crises. Les jours
passaient mais la souffrance de la famille continuait. Un jour, lors d’une
crise, le père essayait de maîtriser son fils qui était très violent. Il a refusé
l’aide de sa femme et Faroudja par orgueil, mais à peine la porte fermée,
on a entendu Mohand crier « Je vais te tuer. ».2 Sekoura hurlait de son
côté « Ma maison est maudit. ».3 Elle croyait qu’il y avait une
malédiction qui lui prenait ses enfants un par un. Donc, depuis la soirée
où Mohand avait failli étrangler son père il restait moins attaché.
C’était Fatiha qui vivait beaucoup avec lui, il parlait rarement, mais
parfois, il demandait à sa fille « Dis-moi, ma fille, tu travailles bien à
l’école ? C’est l’essentiel, tu sais. Ce n’est pas le ménage que tu dois
savoir faire ou la cuisine, il faut que tu étudies… Si un jour tu te maries
avec un homme aussi minable que moi, tes diplômes le remplaceront
1
Ibid. P. 10
2
Ibid. P. 10
3
Ibid. P. 10

38
largement... Fatiha jure moi que tu t’en sortiras. Au moins pour venger ta
mère. ».1 Nous remarquons que la mentalité de Mohand diffère de celle
des autres hommes qui pensaient que la femme n’est capable que de
s’occuper de la maison et des enfants. Il aimait bien sa femme Faroudja,
il pensait toujours à elle et à la douleur qu’il lui causait. Faroudja, elle,
quand elle revenait des champs, la première question qu’elle posait c’est
« A-t-il eu une crise ? ».2
Un jour, après avoir détaché son mari pour manger, Faroudja
serrait contre elle le nouveau né, s’endormit, épuisée. Personne ne sut ce
qui se passa, seule Fatiha était présente ; Faroudja massacrée, son père
étalé de tout son sang. Fatiha ne peut pas détacher son regard de cet amas
de chair et de sang. Cette scène va accompagner Fatiha tout le long de sa
vie. Désormais, Fatiha ne serait pas comme les autres enfants, elle
ressembler plutôt aux adultes.
Nous pouvons, donc, classifier Faroudja dans la catégorie des
femmes malheureuses car elle n’a pas connu le bonheur auprès de son
mari. Sa vie conjugale était une série de souffrance, de lutte, de chagrin et
de travail trop dur pour une jeune femme. Elle s’est trouvée obligée de
consacrer tous ses efforts en prenant soin de son mari si malade, de ses
beaux parents si faibles pour travailler et de ses enfants si jeunes pour
pouvoir l’aider.
Elle a sacrifié sa jeunesse et son bonheur et elle en était contente
car selon elle, la femme qui aime son mari et son foyer doit tout faire
pour la stabilité de sa maison. Donc, Faroudja c’est un exemple des
femmes qui envisagent toutes seules les difficultés de la vie.

1
Ibid. P. 12
2
Ibid. P. 13

39
Fatiha

Plusieurs chapitres sont consacrés au drame de Fatiha qui


représente le personnage tragique du roman ; enfant, jeune fille, et même
femme mûre, Fatiha n'a jamais goutte au bonheur. Sa vie était une série
de malheurs, de chagrin, de torture et de désespoir. La scène tragique de
sa mère massacrée par les mains de son père a accompagné Fatiha tout du
long de sa vie, elle a affecté son comportement vis-à-vis des autres. Pour
justifier cela nous allons suivre l'histoire de cette malheureuse femme.
Fatiha regardait sa mère, mais elle était trop jeune pour comprendre
que la vie venait de la quitter, elle continuait à hurler, à ce moment, une
des voisines ordonna à l'autre d'emmener la petite parce qu'il ne faut pas
qu'elle regarde ce (carnage). Sa sœur et son petit frère étaient chez leur
tante Djohara.
La voisine venait souvent chercher Fatiha, un plat plein de
couscous à la main. Un jour elle lui a dit "Tiens ma fille, mange, puis
portes-en à ta grand-mère. Je sais qu'elle n'a pas le cœur de faire la
cuisine… Tu es l'aînée, il faut que tu prennes des forces, tes frères et
sœurs n'ont plus de mère, c'est à toi de veiller sur eux. Ta grand-mère a
eu biens des malheurs et prend de l'âge."1
Ces mots ont bouleversé Fatiha, elle était trop jeune pour
comprendre le sens de la responsabilité, elle était, elle-même, une enfant
qui a besoin du soin des adultes mais elle se trouvait – malgré elle – vis-
à-vis d'une responsabilité lourde pour une enfant comme elle.
Son père fut malade presque un mois. Sekoura le veillait jour et
nuit, un après-midi, il parla "C'est bien calme, où sont les enfants et leur
mère ?".2 La mère ne savait pas quoi dire, elle était contente parce que

1
Ibid. P. 16
2
Ibid. P. 17

40
son fils est – enfin – guéri mais son cœur était plein de rancœur car son
fils ne tarde pas de savoir la vérité, mais elle essaye de la cacher. Quand il
demandait où est Faroudja il recevait la même réponse (aux champs).
Alors, après trois semaines il a demandé sa fille Fatiha, mais cette
dernière a dit la même chose "Ma mère est aux champs."1 Mais sous la
pression du père, elle se trouvait obligée de lui dire la vérité, elle avait
peur et elle ne savait plus de quoi au juste. De lui, ou de raconter
l'effroyable scène. Elle hurla "Lâche-moi. Lâche-moi ! Tu vas me faire
comme à elle."2 Puis, elle a prononcé des mots qui étaient trop durs pour
elle qui n'avait que dix ans : "Tu l'as… Tu l'as… Tu..ée"3 Le père s’en
doutait mais il lui manquait la certitude. Maintenant il a compris "C'est
pour cela que mes enfants ne m'approchaient plus."4
Fatiha sentait qu'elle ne pouvait plus supporter ces scènes, ces
drames, qui n'étaient pas de son âge. Les filles de son âge jouent en ce
moment. Mais elle a la charge de son père, sa sœur, son frère. Elle sut à
cet instant ce qu'est la haine. La haine de la vie, de l'injustice, du
désespoir.
Un jour, le père a dit à sa petite fille Nadia d'aller jouer avec ses
amies. Cette dernière, heureuse d'échapper à cette atmosphère d'angoisse
a quitté la maison en poussant des cris de joie. La grand-mère, en
revenant à la maison, se trouvait vis-à-vis d'une autre tragédie ; à la vue
de son fils, elle a poussé un hurlement de bête. Mohand pendait au bout
d'une corde. Fatiha et ses frères, se serraient dans un coin. Les cris les
larmes, tout cela devenait une habitude. Les mois passaient, le petit
dernier est confié à sa tante, les trois autres ont repris leur chemin de
l'école. La grand-mère continuait son travail tout en s'occupant de la

1
Ibid. P. 18
2
Ibid. P. 18
3
Ibid. P. 21
4
Ibid. P. 21

41
maison. Le grand-père continuait à ramener quelques pièces à la maison
mais le chagrin le consumait. Un matin Sekoura ne trouva plus qu'un
cadavre froid. Les enfants ont assisté pour la troisième fois à une scène de
cris et de mort. Les enfants se sont habitués à cette atmosphère, aux
sanglots de leur grand-mère, de leur tante à tel point qu'ils ne pleuraient
pas. Fatiha, elle, éprouvait un sentiment qui était très proche de la colère,
de la révolte "Pourquoi nous, toujours nous."1 Sa grand-mère pleurait en
serrant son frère "Il me reste toi et ton petit frère."2 Elle ne jetait pas un
regard à Fatiha et à Nadia, parce qu'elles étaient des filles et selon la
coutume kabyle, des filles en se mariant, elles vont porter d'autres noms
qui ne sont pas ceux de leurs familles.
Comme toujours, le temps efface bien des chagrins, un rythme
s'installa. Sekoura faisait bouillir la marmite, Fatiha faisait des travaux
ménagers soit avant, soit après l'école, elle n'était pas comme les autres
enfants, elle ne jouait pas, ne riait pas, elle faisait ses devoirs comme une
machine. C'était une enfant au comportement d’adulte.
Un an après, Fatiha entrait au lycée, et comme celui-ci était loin,
l'internat s'imposait. Selon la coutume, les filles doivent rester à la maison
à la puberté. Fatiha en avait peur mais sa grand-mère la rassura "Tu iras à
la grande école même si elle est loin. J'ai donné ma parole à ton père.".3
Le père voulait pour sa fille un destin différent de celui de sa mère qui
ramassait les glands pour nourrir ses enfants. Fatiha fut interne mais elle
vivait dans une grande inquiétude : comment sa grand-mère allait-elle
débrouiller sans elle ? Nous remarquons ici le sens de la responsabilité
chez cet enfant, elle ne pense qu'aux autres. Elle fut soulagée de savoir
que son absence ne causait de problèmes à personne.

1
Ibid. P. 23
2
Ibid. P. 65
3
Ibid. P. 66

42
L'internat lui plaisait, pas de corvée, pas de vaisselle, pas de
responsabilité, surtout pas de responsabilité. Elle pouvait se consacrer à
ses études qu'elle aimait tant. Elle travaillait très bien, elle voulait avoir
les meilleures notes pour se venger d'un destin qui lui avait tout pris, et
elle était la première presque pour tout.
Elle était seule, si seule, elle pensait que "C'est égale" parce qu'elle
n'a rien à raconter aux autres. Qu'aurait-elle à raconter ? Les multiples
drames qui ont marqué toute sa vie ? Deux ans après, sa sœur la rejoignit.
A la différence de Fatiha, Nadia se fit tout de suite des amies, elle aimait
rire, discuter. Donc, Fatiha aurait pu être un enfant normal comme sa
sœur, mais c'est le destin qui lui voulait une vie différente des autres.
Les années sont passées, Fatiha devint une jeune fille, il y eut
quelques demandes en mariage. Elle les refuse toutes. Pour elle, les
études passaient avant le mariage, elle avait un but devant ses yeux ; il
faut se venger, du destin, si dure, de la vie si désespérée. De plus, elle
n'était pas un parti intéressant ; pauvre, et ne répondant pas aux critères
des mères pour marier leur fils. Elle était mince, menue, des yeux noirs,
des cheveux noirs, un teint clair, elle ressemblait à son père et elle était
heureuse de lui ressembler, elle l'aimait bien parce qu'il ne pensait pas
comme les autres pères, il lui a donné la chance d'être différente des
autres filles qui n'ont pas eu la chance de continuer leurs études.
Le lycée est devenu l'univers de Fatiha, elle n'avait pas de
problème au niveau de l'internat mais le problème restait l'habillement.
Quant à Fatiha, elle était indifférente à ce que les autres filles parlaient,
mais Nadia, la jeune fille de quinze ans ne pouvait pas comprendre
pourquoi elle met des vêtements d'un autre âge tandis que ses amies
portent la dernière mode, elle mourrait d'envie et de honte. Fatiha
souffrait pour sa sœur, elle essayait de soulager cet enfant "Allons, Nadia,

43
plus tard tu te paieras toutes les toilettes que tu voudras, ce n'est qu'une
question de temps."1
Fatiha était sûre que c'est seulement l'éducation qui peut l'aider à
venger sa mère, à se venger elle-même de cette vie qui l'a privée du père,
de la mère, du bonheur et de la chance. A son âge elle aurait eu une voie
différente sur la vie mais son cœur était plein de rancœur, de chagrin et
surtout de désespoir.
Un autre aspect de la personnalité de Fatiha, c'est le sacrifice, son
amie lui a donné une superbe paire de mocassins, elle en était contente,
mais quand elle a vu sa sœur qui mourrait d'envie de les garder, elle s'est
dit "Tant pis, je mettrai mes vieilles sandales jusqu'à la pension de grand-
mère.".2 Mais, hélas, Nadia était trop jeune pour comprendre un acte de
sacrifice.
A dix-huit ans, Fatiha a réussi son bac, mais elle ne savait pas ce
qu’elle fera l'année prochaine, en fait, elle ne savait même plus pour
quelle raison elle étudiait, pour l'avenir ? Pour venger le passé ? Pour
venger sa mère ? Ou tout simplement pour occuper son temps ?
Quand sa cousine Yasmina lui a demandé quelle branche elle va
choisir, elle ne savait pas quoi répondre : mais elle ne voulait pas être
médecin parce qu'elle ne supporte pas la vue du sang, ni avocate car elle
ne veut pas défendre les riches. Quand Yasmina lui a suggéré l’école
supérieure de commerce « Du moment que je n’aurais pas affaire avec
les gens, pour quoi pas. »3 Voyons comment pensait-elle, son choix pour
toute sa vie dépendait du contact avec les gens, elle aimait donc la
solitude et elle n’a jamais eu envie de se confier à quelqu’un. Elle a
même repoussé sa cousine qui voulait partir avec elle comme sa sœur

1
Ibid. P. 68
2
Ibid. P. 68
3
Ibid. P. 68

44
« Merci, j’ai déjà une sœur. ».1 Elle vivait dans un silence lourd et
oppressant, jamais on ne l’avait vu rire ou s’amuser. Elle lisait beaucoup,
mais elle parlait rarement. Elle n’avait pas de relation amicale avec ses
cousines. Mais c’était Malika, la fille de son oncle Saïd qui a réussi à
établir une relation forte avec Fatiha, elle l’a même fait rire !
A l’université, elle n’avait pas de contact avec les garçons, parce
que ceux-ci ont la même idée sur la femme. Du moment qu’elles ne sont
pas à la maison, elles sont des putains, car, l’université et le bordel, c’est
pareil dans l’esprit des Algériens, elle savait bien comment ils pensaient
mais elle en était indifférente.
Elle avait l’habitude d’aller boire un café au restaurant universitaire
toute seule, personne n’a pu réussir à entrer dans son monde, sauf
Mohamed, un étudiant de première année, il est grand et mince et surtout
il était très beau, célèbre pour ses conquêtes. Fatiha savait déjà qu’il est
un Don juan, mais son cœur ne comprenait pas cette langue. Elle se dit
« Il me mettra le cœur en marmelade, puis me laissera tomber. »2 Elle a
pris la décision de ne plus retourner au foyer des étudiants pour ne pas le
voir, mais elle a échoué. Cette fois, c’est son cœur qui a gagné sur sa
raison, elle est tombé amoureuse de Mohamed malgré l’âge « Il était plus
jeune qu’elle. »,3 les traditions (elle était presque sûre qu’ils ne vont pas
se marier à cause de famille de Mohamed), mais elle n’y peut rien. Au
bout d’un mois, ils étaient devenus inséparables, ils commencèrent à se
voir ailleurs au restaurant universitaire. Ils allaient au cinéma, à la plage,
sur le banc d’un square où ils passaient des heures à parler, à se confier
leur vie, leurs espoirs, leurs rêves.
Quand il lui avait demandé de passer la nuit avec lui, chez un de
ses amis, elle avait trouvé cela tout naturel. Nous remarquons ici que les
1
Ibid. P. 131
2
Ibid. P. 131
3
Ibid. P. 143

45
coutumes kabyles trop dures n’ont aucun effet sur le comportement de
Fatiha. Elle s’est donnée facilement à son amant tout en étant sûre qu’il
ne va pas se marier avec elle. D’après moi, je pense que ce n’est pas
l’amour qui a poussé Fatiha à se donner à Mohamed, c’est plutôt le
sentiment de la révolte contre tous les principes, les coutumes, les
traditions. Elle voulait dire non, elle voulait également vivre une vie si
différente, de jouir de sa jeunesse, de s’amuser, de rire, de se faire
bronzer, manger une pizza sur un banc, raconter des idioties.
Donc, elle voulait ainsi se venger de la vie en s’amusant et en
oubliant le malheur. Mais le désespoir ne manque pas de régner sur son
cœur. Lorsqu’elle pense que quand Mohamed aura fini ses études il fera
comme les autres, sa mère ira lui chercher une institutrice au bled, vierge
et pas trop instruite. Elle, elle n’existera plus. C’est le problème de tout
couple à l’université.
Fatiha avait terminé ses études et travaillait dans une société très
importante. Le village était loin d’Alger, elle eut un appartement
facilement. Mohamed venait la rejoindre dès qu’il en avait le temps. Pour
les voisins, il était le mari qui travaillait à la capitale, chose très courante.
Donc, les voisins jouaient le rôle de protecteurs, nous remarquons ici que
malgré toute la liberté que lui a donné sa famille, Fatiha n’a pas pu
échapper à l’autorité exercée par la société sur la femme, parce que la vue
d’une femme seule, même si elle était mariée, excite beaucoup les
phantasmes.
Elle aimait tant Mohamed, elle espérait qu’il l’épouserait. Ce
n’était pas pour se marier, c’est plutôt parce qu’il est le seul à pouvoir lui
apprendre à rire. Elle voulait sa revanche : une vie d’amour et de rires car
avant lui il n’y avait que la haine et l’angoisse dans sa vie.
Les années passaient, elle demeurait seule et Mohamed dans son
ombre. Aujourd’hui, elle avait tout pour être heureuse, mais l’argent ne

46
pouvait jamais remplir cette âme qui a si soif de la paix. Mais elle aimait
détruire autour d’elle tout ce qui avait un semblant de paix.
Quand elle voyait Mohamed content, elle devenait cruelle. Elle le
savait, mais ne pouvait s’empêcher de l’être. Elle avait vécu dans un
certain décor, dans une atmosphère de drame, parfois elle se demandait si
elle ne l’aimait pas, cette atmosphère.
Elle se contentait de détruire son propre bonheur en niant son
amour pour Mohamed, elle a même nié la nature de leur liaison d’amour,
quand il lui a demandé « Ce n’est donc pas une liaison. »1 Elle a répondu
« Oh non ! Appelle ça un moment de bien être ».2 Fatiha est donc un
personnage très difficile à comprendre, elle n’est pas arrivée à se
comprendre elle-même.
Elle ne savait plus qu’est-ce qu’elle voulait de son amant et plutôt
qu’est-ce qu’elle voulait de la vie, mais enfin, elle a réalisé qu’elle voulait
crever le plutôt possible parce que c’est seulement la mort qui pouvait
mettre fin au désarroi où elle vivait, alors cette idée ne manquait pas de
trouver une place dans son esprit, cette place va s’élargir avec les jours
qui passaient.
Elle était très exigeante en amour, mais qui acceptera d’être le père
qu’elle n’a pas eu, la mère qu’elle a perdue, l’ami qu’elle n’a pas trouvé,
le mari qu’elle attend, si compréhensif. Mohamed était las de satisfaire
cette âme si assoiffée de justice mais malgré tout, il ne pouvait pas
trouver le bonheur auprès d’une autre, parce que Fatiha était si différente
des autres, aucune ne pensait de la façon que faisait Fatiha. Il faisait
souvent des relations avec d’autres filles, mais chaque fois, il s’assurait
davantage du charme mystérieux que possédait Fatiha.

1
Ibid. P. 154
2
Ibid. P. 154

47
Fatiha avait vingt-six ans. Elle vit comme si elle devait mourir dans
l’heure qui suit. Elle brûle les heures comme pour n’avoir plus à les vivre.
Elle s’affiche partout avec Mohamed, elle ne se souciait pas du qu’en
dira-t-on car elle pensait qu’elle n’avait rien à perdre.
Un jour, lors d’une discussion avec les cousines, Fatiha déclare
« Le problème n’est résolu pour personne. ».1 Sa cousine Yasmina ne
comprenait pas pourquoi elle a dit cela, mais quand elle a vu ses mains
qui ressemblaient a celles des morts elle a commencé d’avoir des
inquiétudes « La mort sera-t-elle la façon de résoudre son problème. »2
Nous sommes vendredi. Cela faisait huit jours que Mohamed était
parti. Il lui manquait, elle avait besoin de lui, de sa chaleur et de son
sourire. Elle avait peur de ne plus le revoir. Son problème c’est qu’elle
pouvait bien raconter des méchancetés mais des gentillesses, elles sont
trop difficiles pour elle. Elle rêvait malgré son désespoir « Peut-être va-t-
il rentrer un beau soir, et dire : Demain nous commençons les formalités
et nous nous marions en été. »3
Déjà un an que Mohamed et Fatiha ne se voyaient plus, elle a cessé
de lui écrire mais cela ne l’affecta pas, il a eu déjà une amante qui ne
ressemble pas à Fatiha.
Quand il la compare à Fatiha, il s’assure des avantages qu’elle a sur
Chafia son amante, mais cette dernière était très simple, très jolie, en plus
elle aimait la vie tandis que Fatiha vivait toujours avec les morts, et il est
devenu las de vivre la tragédie, il voulait se contenter de sa jeunesse et de
sa vie.
Fatiha a découvert la différence entre les mots et les sentiments ;
c’est facile de penser à l’abandon, à la solitude, mais c’est très dur de les
vivre.
1
Ibid. P. 154
2
Ibid. P. 154
3
Ibid. P. 157

48
Les mois passaient, Mohamed ne donnait plus signe de vie, elle
pensait donc « à quoi sert ma vie ? Mourir maintenant ou dans quarante
ans, où est la différence ? »1
Elle donna sa démission et rentra à la maison. Mais la paix était un
espoir très lointain pour la malheureuse parce que les gens ont commencé
à parler d’elle. Sa grand-mère lui a transmis ce que disaient les gens « Tu
ne peux plus te marier parce que tu n’est plus vierge. » elle pense : « Le
plus beau c’est qu’ils n’ont pas tort. »2
Elle passait des journées entières allongée sur son lit. La grand-
mère s’inquiétait « Tu es malade ? ».3 En répondant non, la grand-mère
lui a rappellé qu’il y a eu trop de morts mais quand il s’agit d’une fille
mieux – vaut la mort que le déshonneur. Maintenant elle est devenue
certaine de l’inutilité de sa vie pour elle, pour sa famille et pour la société.
Elle se dit « Mieux vaut partir maintenant, avant que la vie m’apporte
d’autres désillusions. Je ne manquerais à personne, peut-être un peu à
mes sœurs et à mes frères. La grand-mère ! Elle l’a clairement énoncé :
pour une fille mieux vaux la mort que le déshonneur. »4
Elle avait peur du lendemain, peur pour sa grand-mère qui avait
enterré tant de morts. Elle s’ôta la vie, sa propre vie.
Le lendemain, ce fut comme quatorze ans auparavant. Les cris, les
lamentations, les larmes, les mauvaises langues n’attendirent pas qu’elle
fut enterrée pour dire qu’elle s’était donnée la mort parce qu’elle attendait
un enfant. Yasmina en entendant parler ainsi de sa cousine fut blessée à
titre personnel « Nous, les femmes, même mortes, nous ne connaîtrons
pas la paix ? »1

1
Ibid. P. 161
2
Ibid. P. 161
3
Ibid. P. 162
4
Ibid. P. 57
1
Ibid. P. 162

49
Ces mots reflètent bien le problème de Fatiha et celui de beaucoup
de femmes kabyles, elle cherchait la paix qu’elle n’a pas pu trouver
même dans la mort. C’est la société, les coutumes, les traditions qui
collaborent pour redoubler la souffrance de la femme.
Donc, Fatiha, c’est le type du personnage tragique, le destin l’a
privé de l’innocence, de la joie, de l’amour et de la paix. Elle n’a pas jouit
de son enfance, car à huit ans elle a dû s’occuper de ses frères et sœurs,
elle n’a pas joué ni ri comme les autres enfants, même en amour elle a été
désespérante. Son amour ne lui a apporté que le chagrin et le malheur,
parce que les malheureux comme elle n’ont pas le droit au bonheur, ils
sont destinés à la souffrance.

Djohara

Djohara c’est la fille de Sekoura et Abdelkader, elle est le type de


la femme kabyle soumise à tout ce qui est traditionnel. Elle est très faible
ou plutôt elle est affaiblie par les coutumes très dures, elle n’avait pas le
droit de prendre aucune décision même si c’était une décision concernant
ses enfants ou même sa personne.
Djohara fut veuve la première année de la guerre, donc la guerre ne
manque pas d’avoir son effet sur cette famille aussi. Lorsque son mari est
mort, elle venait d’avoir vingt-quatre ans, elle avait deux filles : Fatma et
Yasmina et un fils, Salah. Elle continua d’habiter la maison de son mari,
ses beaux parents veillaient sur elle. Il n’était pas question qu’une jeune
veuve fut seule même mère de famille. Sa chasteté était âprement

50
surveillée. Mais avec l’âge, les enfants plus grands la surveillance se
relâcha.
La société affirme la supériorité de l’homme dès son enfance,
lorsqu’une fille est née, il n’y a que les murmures mais si l’enfant était un
garçon on entend partout les (You – you). Même les parents ne traitent pas
leur fils comme les filles.
Salah était le seul fils de Djohara, elle le gâta outre mesure, il ne
mangeait pas comme ses sœurs parce que (lui, c’est un homme). Mais ce
dernier était un vrai voyou, avec l’âge il est devenu très exigeant, il
demandait des sommes très importantes – que la mère ne pouvait pas
rembourser – pour une place au cinéma ou bien pour aller boire quelque
chose.
Sa mère n’aimait pas son comportement, surtout vis-à-vis de ses
sœurs « Si au moins tu nous laissais en paix, tes sœurs et moi, tu es
toujours en train de les frapper. Je ne veux plus que tu lèves la main sur
elles puisque tu ne les nourris pas. »1 Je suis sûre que cette mère n’aura
pas empêché son fils de frapper ses sœurs s’il les avait nourri parce
qu’elle croyait comme toutes les kabyles que l’homme a le droit de faire
ce qu’il voulait puisque c’est lui qui apporte la nourriture à la maison.
La grand-mère de Salah n’accepte même pas qu’on parle ainsi avec
(Le fils de son fils). Pour une vieille femme kabyle, trois filles réunies
n’auront jamais la valeur du dernier imbécile homme « Toi, et tes filles
n’arrivent pas à la cheville de Salah ! Si jamais Yasmina se fait insulter,
c’est lui qui ira se battre à coups de poing, ce n’est pas toi ou tes
filles. ».2 Donc, pour cette vieille femme l’existence de cet homme est
très importante même si il était un (bon à rien) car c’est lui qui va
défendre ses sœurs contre la méchanceté des autres hommes. Djohara ne

1
Ibid. P. 30
2
Ibid. P. 30

51
savait plus quoi faire avec ce fils qu’elle a tellement gâté, il a échoué pour
ses études, il ne voulait pas travailler, il s’amusait au détriment de la
nourriture de ses sœurs.
Un jour, les gendarmes sont venus chercher Salah parce qu’il a
violé un enfant. Pour une famille kabyle, on peut tout supporter, mais il
faut que l’honneur reste intact, alors la mère a perdu maintenant le dernier
espoir « Que le mort t’emporte ! Toi qui nous apportes la honte dans la
maison. Je n’oserai plus me montrer dehors ! »,3 mais pour la grand-
mère, même au déshonneur les filles ne sont pas comme les garçons « Du
moment que le déshonneur ne concerne pas Fatma et Yasmina, c’est
l’essentiel. ».4 On l’a donc emprisonné, mais, même en prison, Salah fut
traité comme un pacha ; tous les jeudis sa mère allait le voir en emportant
sur la tête un énorme couffin plein de gâteaux et de beignets.
Le grand-père était contre l’attitude de Djohara mais cette dernière
ne pouvait – malgré tout – s’empêcher de gâter encore son fils. Après sa
sortie de prison, sa mère décida de le marier, mais c’était très difficile de
lui trouver une femme, seule la grand-mère était optimiste « Où va-t-on si
les filles font la fine bouche et ne veulent pas d’un garçon comme Salah !
Dans tout le village pas un seul à sa taille et sa beauté. ».1 Sa mère n’est
pas d’accord sur ce point « Il faut regarder plutôt ses agissements au lieu
de sa taille. ».2 Djohara commença par les filles à marier du village.
Optimiste, elle choisit d’abord les plus belles, mais hélas: « On ne va pas
donner notre fille à un fainéant qui a fait de la prison. »3
Des semaines entières, elle parcourut les maisons où il y avait une
fille à marier. Elle s’était résignée à demander les filles les plus laides
mais même celles-ci n’accepteront jamais Salah « J’aime mieux que ma

3
Ibid. P. 31
4
Ibid. P. 31
1
Ibid. P. 32
2
Ibid. P. 71
3
Ibid. P. 72

52
fille reste à la maison que de se marier avec un garçon comme ton
fils. ».4 Comme nous l’avons déjà dit, les familles kabyles ne badinent pas
avec la morale, donc Djohara ne savait pas quoi faire avec ce garçon qui
n’a pas – même une seule fois – réussi à apporter le bonheur dans la
maison. Ce fut Yasmina qui a réglé la question sans le vouloir, elle a
parlé d’une jeune orpheline interne avec elle, sa marâtre la frappait parce
qu’elle lui en veut d’être plus belle que sa fille, elle, était blonde avec des
yeux verts, donc, la belle mère l’a mise interne de peur que sa fille ne
trouve pas de prétendants. Elle ne cherchait qu’à en être débarrassée.
Djohara était très heureuse parce qu’enfin elle a pu montrer aux gens du
village que son fils a droit à une belle femme, Yasmina fut choquée par
l’égoïsme de sa mère car elle n’a pas pensé à celle qui vivra avec son
voyou de fils, elle ne pensait qu’à sa vengeance.
Djohara s’était endettée jusqu’au cou afin de faire un grand
mariage. Elle a invité presque tout le village pour faire crever de jalousie
ces gens. En vérité, elle a réussi. Djohara – triomphante – allait et venait
parmi ses invités « N’est-ce pas qu’elle est belle ? Et elle n’a que dix-sept
ans. ».1 Djohara aima sa belle-fille car cette dernière était si belle, si
douce, elle ne méritait que la pitié. Après le mariage, Salah n’est pas
changé. Sa jolie jeune femme ne l’incitait pas à travailler.
Donc, Djohara et Louisa ont été obligées de supporter la
méchanceté de Salah. Nous avons consacré un chapitre pour la souffrance
de Louisa avec son mari Salah. Djohara, donc, est le type de la femme
kabyle à la mentalité traditionnelle qui croyait à la supériorité de
l’homme, mais le désespoir que lui a causé son fils l’a fait changer
d’opinion, elle a donc commencé à encourager ses filles à continuer leurs
études.

4
Ibid. P. 72
1
Ibid. P. 72

53
Djohara est aussi la femme kabyle très forte, elle n’accepte pas
qu’on humilie sa fille Fatma – mariée à Boualem – mais au contraire des
belles-mères kabyle, elle était très douce avec Louisa.

54
Louisa

Cela faisait sept ans que Louisa était mariée. Dès les premiers jours
de son mariage, les difficultés de Louisa ont commencé, elle a découvert
qu’elle a épousé un (bon à rien) qui n’a aucun sens de responsabilité, il
n’épargnait sa femme d’aucune façon. Elle était pourtant très belle, mais
très triste, cette tristesse croissait avec l’agressivité de son mari, qui la
frappait pour des vétilles. Salah ne s’occupait que de lui et de ses désirs,
pourtant il a maintenant deux enfants. Salah dépassait toutes les mesures
dans son comportement agressif vis-à-vis de sa femme car il savait
qu’elle n’a personne à qui confier les vexations qu’elle subissait. En
Algérie, le respect de l’homme envers sa femme dépend du nombre de
ses frères, de ses cousins. Donc, étant orpheline, elle n’avait personne
pour la défendre. Salah ne lui épargnait aucun insulte du genre « Tu n’es
qu’une sans famille ! Tu n’es qu’une bâtarde. ».1 Ici, nous ne pouvons
pas condamner Salah, nous condamnons plutôt la société si cruelle envers
les femmes qui ne peuvent même pas se défendre. Ce sont seulement les
hommes qui ont la capacité d’affronter d’autres hommes.
Enfin, nous pouvons dire que la femme (dans cette société) n’est
qu’un jouet entre les mains de l’homme, dès son enfance ; c’est le père
qui décide de son futur, le père n’est pas là, donc c'est le frère qui prend
sa place, même si ce frère ne comprend pas le sens du mot
(responsabilité).
Après son mariage, le bonheur de cette femme dépend de la chance
ou plutôt du hasard, si le hasard lui fait épouser un bon type, elle va vivre
en paix, si non, elle va continuer sa marche vers le malheur, mais dans le
mariage c’est différent, car, mère de famille, les souffrances de la femme

1
Ibid. P. 71

55
vont redoubler, elle va souffrir à la fois pour ses enfants et pour sa
personne.
Revenons à Louisa qui savait, elle aussi, qu’elle n’a qu’à supporter
la vie très dure que lui faisait mener son mari, car elle ne pouvait pas
retourner chez sa marâtre. Djohara faisait son possible pour défendre sa
belle-fille « Chose qui n’est pas attendue d’une belle-mère kabyle. ».1
Louisa est devenue lasse de manquer de tout, son mari ne lui
fournissait que les coups de poing. Ses enfants avaient besoins de tas de
choses que leur grand-mère ne pouvait pas payer. Louisa décida de
travailler comme femme de ménage à la Mairie. Elle rentrait le soir
épuisée, et de nouveau s’attaquait au ménage, à la lessive de ses enfants,
de son mari, à la cuisine. La souffrance de cette malheureuse lui a fait
penser : « Qu’ai-je connu comme bonheur jusqu’à maintenant ? Un jour
je prendrai mes enfants et irai me jeter dans la mer. ».2 Voyons comment
le désespoir régnait sur cette âme, elle voulait prendre ses enfants avec
elle, pour ne pas leur faire subir le même destin de leur mère orpheline.
Un jour qu’elle traversait la route, imprudemment, peut-être la tête
perdue dans ses soucis, une voiture la heurta. Elle resta un mois et demi à
l’hôpital. Salah vint la voir une seule fois comme si elle ne faisait pas
partie de sa famille. Elle sortit de l’hôpital, maigre, jaune et boitant de la
jambe gauche. Elle s’est dit: « Cela ne fait rien, l’essentiel est que je vive
pour mes enfants. ».3 Elle retourna à ses seaux et serpillières, mais le
travail était beaucoup plus pénible du fait de sa jambe boiteuse. Parfois
elle pensait « Aurai-je assez de temps pour élever mes enfants ? ».4 A sa
vue, personne ne pouvait prétendre qu’elle n’a pas vingt-cinq ans.
Yasmina (sa belle-sœur) assistait à la déchéance physique et morale de

1
Ibid. P. 72
2
Ibid. P. 72
3
Ibid. P. 71
4
Ibid. P. 72

56
Louisa, impuissante, elle subissait elle aussi l’autorité de son frère, elle
faisait de son mieux pour lui épargner quelques souffrances. Elle se
jugeait résponsable du malheur de Louisa, car c’est elle qui l’a désignée
pour se marier avec son frère.
Pas une seule fois Louisa n’avait demandé à partir parce qu’elle
savait ce qui l’attendait à sa maison. Son souci demeurait les enfants. Aux
yeux de la société kabyle – très dure – elle n’aura pas la valeur d’un âne
malgré toutes ses souffrances. Elle fut enceinte de nouveau. Elle en
pleura. Salah ne travaillait pas, au contraire, l’argent de sa femme
l’incitait à la paresse, il lui prenait son argent pour aller s’amuser. Louisa
n’est pas encore morte, mais elle ne vivait qu’avec son corps. Son cœur
est mort depuis le jour de son mariage.
Louisa faisait partie des femmes kabyles malheureuses, méprisées
par leurs propres familles et par leurs propres sociétés parce qu’elles sont
des femmes. Elles travaillent très dur à la maison et dehors mais cela ne
suscite pas la pitié ou la compassion chez les hommes car ils pensent que
les femmes sont créées seulement pour leur plaisir et leur repos.
Louisa vivait avec les morts, car elle pensait toujours à s’ôter la
vie, mais quand elle pense à ses enfants et au destin qu’ils vont affronter
après sa mort, elle décide de continuer sa lutte.

Fatma

57
Elle est la benjamine de sa mère Djohara. Elle n’était pas douée à
l’école comme sa sœur Yasmina, donc, elle n’aimait pas l’école et elle
préférait rester à la maison en attendant un mari comme toutes les filles
kabyles de son âge.
Elle venait d’échouer à son brevet, un mois après, elle fut
demandée en mariage. Comme la famille de prétendant n’était pas
grande, il n’y aura que les vieux et une jeune sœur, Fatma accepta de
suite, car, selon les coutumes c’est elle qui doit être la bonne à tout faire
de la famille. Fatma avait peur de rester vieille fille comme son aînée
Yasmina, elle désirait se marier. La mère avait conscience qu’on ne
demanderait plus son aînée Yasmina alors, elle ne devrait pas sacrifier
Fatma qui était en âge de partir. Selon les coutumes l’aînée doit se marier
avant la benjamine, mais dans ce cas, il valait mieux ne pas les respecter.
Le jour de la demande officielle la maison brillait, le moindre grain
de poussière était poursuivi âprement. Il ne fallait pas que la future belle-
mère de Fatma puisse un jour lui reprocher d’être issue d’une famille
sale. En Kabylie on respecte trop la famille du mari, on n’épargne aucun
effort pour montrer à la famille de ce dernier que la fille est très chère
pour ses parents. La famille du mari de sa part fait l’impossible pour se
montrer. Donc, la mère et la sœur de Boulalem, le prétendant, ont mis des
vêtements sérieusement choisis. On demande à Fatma d’aller servir le
café et de sortir pour que les vieilles puissent discuter de ses mérites :
« Ah, oui ! Elle a une belle taille, et puis elle a l’air poli, elle n’a pas levé
les yeux sur moi. ». « Ma fille est très bien éduquée, de plus elle est
instruite. »1
Mais la belle mère n’avait pas besoin d’une fille instruite, elle
voulait plutôt une bru qui sache tenir sa langue, faire la cuisine et lui
donner des héritiers. On discute des qualités de Fatma comme si elle était
1
Ibid. P. 50

58
quelque chose à vendre et acheter, car le mariage pour les vieilles femmes
kabyles est une chance pour avoir une bru qui aidera la famille pour le
ménage, à la cuisine et peut-être elle apportera de l’argent à la maison.
Donc, la future bru doit être obéissante, dynamique et jolie. En Kabylie le
mariage est très bien calculé, la mère de Boulalem a dit franchement pour
justifier sa demande : « Moi, je suis vieille, Leila est un peu jeune pour
tenir la maison à elle seule. Il n’y a personne pour cuisiner, faire la
lessive. Surtout que mon fils ne porte que des jeans. ».1 Puis elle a montré
la photo de son fils à Djohara. Donc, Salah et le grand-père ont tout de
suite donné leur bénédiction car on laisse l’arrangement du mariage aux
femmes. Dans la famille de Fatma tout le monde se réjouissait de ce
mariage, ils avaient peur qu’elle ne leur reste sur les bras, chose honteuse
en Kabylie « Personne n’a voulu de toi comme femme. »2 est une insulte
cuisante et la femme mariée ne se gêne pas pour l’utiliser, son mari fut-il
le dernier des imbéciles.
Le mariage fut décidé pour le mois de septembre. Un mois avant le
mariage, toutes les pièces avaient été repeintes. Le sol lavé à grande eau.
Les voisins mirent à la disposition de la famille leurs couscoussiers, leurs
cuillères, leurs réchauds.
Il fallait nourrir pendant deux jours une centaine d’invités, le
deuxième jour, accueillir les futurs beaux-parents venus chercher la
mariée, avec les meilleurs mets.
Il ne fallait pas que ces derniers se moquassent de Fatma plus tard.
Yasmina et des amies essayaient de calmer une mariée crispée et morte
de peur car elle va quitter sa maison pour une autre qu’elle ne connaît
pas, elle va quitter sa mère pour un mari qu’elle n’a vu qu’en photo, elle
avait même peur de l’idée du mariage, peut-être elle avait peur de

1
Ibid. P. 50
2
Ibid. P. 50

59
l’homme qui va lui partager son lit parce qu’elle n’avait pas de contact
direct avec les hommes. Cependant, elle ne voulait pas rester à la maison
pour subir la cruauté de son frère.
Djohara accompagna sa fille, sa présence était nécessaire parce que
le moment le plus important dans la vie de Fatma va se dérouler : la nuit
de noce. La grande question sur laquelle dépend le sort de Fatma, vierge
ou pas vierge ? Au cas où Fatma aurait le malheur de ne pas l’être, la
mère était là pour ramener sur le champs son indigne fille.
Fatma avait dix-sept ans, son mari dix-neuf. Elle s’était mariée
davantage pour fuir une situation intolérable : un frère qui ne lui laissait
pas un moment de répit. L’échec total sur le plan des études. Mais
surtout, la peur de rester vieille fille. De toutes les situations dramatiques,
celle-ci était la pire car en Kabylie on ne se considère qu’à travers un
homme, la femme à elle seule soit quelque chose de négligé ou plutôt
méprisé. Fatma était enviée par toutes les filles du village parce qu’elle
habitait maintenant la capitale.
Deux mois après son arrivée elle parla de travailler, Moualem le
remit vertement à sa place : « Je ne veux pas qu’une femme portant mon
nom circule dans les rues matin et soir ! », même la mère refusa son
travail « Nous sommes une famille d’honneur et de dignité, sous aucun
prétexte une jeune mariée sort de la maison, sauf pour rendre visite à sa
famille ou aller au bain maure. »1
Pour l’instant, Fatma trouvait très pratique « L’honneur et la
dignité » qui lui ôtaient toute responsabilité et problèmes, à part passer la
serpillière et préparer les repas. La misère où elle avait vécu, les
privations, les coups de son frère faisaient qu’actuellement sa nouvelle
vie était un paradis.

1
Ibid. P. 59

60
Les premières semaines du mariage, Boualem avait l’habitude
d’emmener Fatma avec lui à la plage, aux salons du thé, mais comme on
a importuné sa femme, il n’était pas question qu’ils reviennent à des lieux
pleins de mâles si assoiffés de la vue des femmes. Il l’emmena plusieurs
fois au cinéma, les ouvreuses étant assez aimables pour mettre les
femmes seules ou accompagnées à part.
Trois mois après la noce, Fatma fut enceinte. Ce fut la belle mère
qui s’opposa à ce que Boualem emmène sa femme où que ce soit : « Ce
n’est plus une gamine ! Chez nous les femmes ne se promènent pas dans
les rues le ventre plein ! ».2 Nous voyons donc, comment la famille, la
société, et les coutumes peuvent affecter et changer le comportement de
l’homme envers sa femme. Boualem a cessé d’emmener sa femme avec
lui parce que selon les coutumes et la société, la place de la femme doit
être la maison. Donc, son mari repris les soirées et les sorties avec ses
amis. Une partie de sa vie commença à être obscure pour sa femme. Que
restait-il des beaux rêves de Fatma ? C’était une femme fatiguée qui se
levait le matin très tôt. Il n’était pas question que son mari fasse une tasse
de café seul. Puis, elle mettait toutes les couvertures au balcon, passait la
serpillière dans sa chambre, après, dans la salle de séjour et la cuisine.
Puis, elle faisait la cuisine, lavait les chemises de son mari. A midi et
demi, son mari arrivait du travail, lui mangeait dans la salle à manger,
tandis que les trois femmes mangeaient sur la meida, assises sur des petits
bancs.
Fatma, être humain et adulte, n’a aucune valeur en tant qu’objet
sexuel, sans enfant elle n’existerait pas. Mourir sans enfant en Algérie
c’est la pire des hontes.
Les derniers jours de grossesse avaient été merveilleux, car
Djohara veillait sur sa fille. Il est de coutume que la mère et une sœur
2
Ibid. P. 60

61
viennent surveiller une future accouchée car entre les deux familles, la
confiance ne régnait pas.
Fatma accoucha d’un garçon. C’était son beau-père qui l’emmena
en taxi à l’hôpital. Son mari, en vacances, était à la plage !
Les problèmes de Fatma ou plutôt son drame a commencé lorsque
son mari décida de faire sortir sa sœur du lycée parce qu’elle est allée à
l’école les yeux maquillés. Il a aussi découvert que Leila – sa sœur – avait
déjà un amant qui est un lycéen aussi.
Il est devenu presque fou! Comment pouvait-elle faire une chose
pareille ? Fatma est intervenue souvent entre son mari et sa sœur mais
elle ne recevait que des mots trop durs, elle est devenue lasse de cette
affaire « Je me demande bien quand cette histoire avec Leila prendra
fin ? J’en suis fatiguée ».1 Toute la rage de son mari tombe sur elle parce
que les parents de Leila étaient à la campagne. A travers le drame de
Leila, Fatma commença à comprendre la réalité de son mari, si dur, si
égoïste, et si lâche. Elle était enceinte, il l’a frappée à tel point qu’il lui a
fait perdre son enfant. Djohara vint prendre sa fille parce que selon elle :
« Quand elle le mérite, tu as parfaitement raison de la frapper. Elle te
doit le respect… Mais elle n’est pas un jouet entre tes mains. »1 Fatma
passait les jours dans la maison de sa famille comme si elle était étrangère
dans cette maison parce qu’en Kabylie la femme après son mariage n’a
pas le droit de décider que dans la maison de son mari, elle sentait que
même sa mère ne traitait pas ses enfants comme ceux de son frère Salah.
Donc, elle a découvert la réalité de sa situation ; malgré tout elle n’a
qu’un seul refuge, la maison de son mari, car une mère de trois enfants,
personne ne voudra d’elle. Son mari pouvait facilement trouver une autre,
surtout que sa mère insistait sur ce point parce qu’elle ne pouvait pas tenir

1
Ibid. P. 60
1
Ibid. P. 110

62
la maison à elle seule ! Pour elle, la femme de son mari n’est qu’une
bonne .
Boualem qui vivait la dureté de la solitude a facilement compris ce
que veut dire une famille. Enfin, Fatma regagna son foyer, et tout le
monde fut content.
Fatma représente, donc, beaucoup de femmes que le destin châtie
par des hommes qui font du foyer un enfer insupportable.

63
Leila

Ella avait seize ans quand son frère Boualem décida qu’à la fin de
l’année scolaire, elle resterait à la maison « Comme les filles de bonne
famille » parce qu’elle a mit un peu de bleu sur les paupières.
Pour savoir de quel type est Boualem, voyons comment
réfléchissait-il « Ha ! Vous les filles ! Si on vous laissait faire !
Heureusement que je suis là ! Je ne veux pas que l’on embête ma sœur
comme je le fais avec d’autres filles. En ville, il m’arrive souvent de
suivre une passante. Que ferait-elle dehors parmi tant d’hommes si elle
n’était pas perdue ? ».1 Donc, Boualem, comme la plupart des Algériens,
pensait que les filles bien élevées ne sortent pas de leur maison qu’avec
une compagnie masculine mais celles qui sont – dehors – elles sont
(perdues) même les femmes qui travaillent avec lui, il pensait qu’elles
perdent leur temps dans un bureau parmi les hommes au lieu de s’occuper
de leur maison, il pensait encore qu’une fille n’avait pas le droit de se
défendre devant la méchanceté des hommes « Les filles bien élevées
baissent la tête et accélèrent le pas pour rentrer rapidement chez elles.
Parfois, elles nous insultent. J’en ai giflé plus d’une. ».2 Leila, elle aussi,
de son côté, réfléchissait « Parce que je me suis mise un peu de bleu, il
veut m’empêcher de continuer mes études. Dans d’autres nations les
femmes vont sur la lune… Il me souhaite quoi ? Que je fasse comme sa
femme: me marier, accoucher ? Quatre pièces à nettoyer tous les jours,
la cuisine, s’occuper des vieux, de son mari, … A vingt-quatre ans sans
illusions, négligée, et recevant des coups pour un oui, pour un non. Voilà
mon destin. Seulement, moi, je ne me laisserai pas faire, je me
bagarrerai, je bataillerai, je choisirai moi-même mon avenir. ».1

1
Ibid. P. 91
2
Ibid. P. 91
1
Ibid. P. 92

64
Leila nous résume ainsi la vie de la plupart des Algériennes qui
n’ont pas le droit de décider même de leur vie, leur destin est déjà
déterminé par leur société. Mais Leila n’était pas de ces femmes
soumises, elle est le type de la femme révolutionnaire, elle est très forte
parce qu’elle savait déjà que les hommes qui frappaient les femmes ne
sont que des lâches. Elle ne voulait pas rester les mains croisées à se
lamenter sur son sort, elle décida de défendre son bonheur. Elle pensait
que l’homme et la femme son égaux au niveau de leur humanité
« Pourquoi tout est-il régi par le sexe ? Pourquoi est-ce que je n’existe
que par ma virginité, ma chasteté ? ».2 Pour elle, il est hors de question
qu’elle sacrifie Ali, celui qu’elle aime. Depuis un an, Ali et Leila
s’aimaient, c’était très difficile pour eux de cacher leurs sentiments car en
Algérie il suffit de voir un couple ensemble pendant deux minutes, et au
milieu de trois cent personnes, pour conclure que le bâtard naîtra le
lendemain.
Ali était sérieux, et aimait tant Leila et était prêt à tout faire pour ne
pas la perdre, il voulait travailler pour pouvoir se marier avec elle.
Ce bel amour pouvait simplement se transformer aux yeux de la
société en quelque chose de honteux et obscène.
Comme toutes les jeunes filles, Leila s’imaginait être la seule à se
battre pour défendre son destin, à se révolter contre des lois, des
mentalités injustes, elle ignorait que bien des filles avaient eu la même
révolte.
Alors que Leila rêvait d’amour et de liberté, son frère veillait sur
elle, elle ne devait pas connaître le pêché, ses gestes étaient sévèrement
contrôlés. Même le fait de se couper la frange était un motif à de
violentes disputes « C’est la frange, puis tous les cheveux, puis le

2
Ibid. P. 92

65
trottoir. ».1 Leila pleurait impuissante essayant de comprendre le rapport
existant entre ses cheveux et le trottoir. Cependant, elle était convaincue
qu’elle serait bientôt mariée à Ali. Comment ? Elle ne le savait pas.
Un jour, elle rentra plus tard que prévu. Elle avait peur et
s’attendait à des cris. Son frère était très en colère. A peine l’eut-il
aperçue qu’il rugit « Tu voilà ! Putain ! ».2 Il tomba sur elle, il ne
regardait ni où, ni comment il frappait : « Ce n’est pas toi qui me salira !
Je te tuerai avant. ».3
La mère de Ali est venue pour demander Leila en mariage, mais
Boualem, quand Fatma lui a parlé, il l’a frappée en lui disant qu’on le
déshonorait d’arranger ainsi des mariages dans la rue. Quand Fatma a
raconté cette histoire à une voisine, elle lui a répondu « Ton mari a mille
fois raisons ! Je te donne un bon conseil, emmène-la chez le docteur faire
un constat de virginité. Si elle ne l’est plus, et que ce garçon change
d’avis, je vous plains. ».4 Donc, c’est ainsi qu’on juge l’amour, on
n’imagine pas qu’une femme puisse aimer un homme sans perdre sa
virginité. La société juge ainsi ce sentiment humain de l’animalité parce
que seuls les animaux ne font pas la différence entre amour et relation
charnelle.
Leila regrettait la présence de sa mère si compréhensive avec elle.
Elle ne pleurait plus. La rage envahissait son esprit « Puisque il en est
ainsi, je fuira avec lui. Je ne pensais pas à mal, ce sont eux qui
m’acculent à cette extrémité. Boualem n’a pas aucun respect pour moi…
pourquoi ne voit-il en moi qu’un fardeau ? Je suis belle, intelligente, je
peux m’instruire, encore, être pour lui un soutien, l’aider à améliorer le
mobilier, acheter une voiture… Il garda sa paye pour aller se souler

1
Ibid. P. 93
2
Ibid. P. 94
3
Ibid. P. 94
4
Ibid. P. 94

66
avec les copains et payer le restaurant à sa maîtresse. ».1. Leila savait
donc la réalité de son frère. Cependant, elle voulait l’aider, le supporter,
être son amie avant d’être sa sœur, elle avait l’esprit ouvert alors que son
frère ne l’avait pas.
Sur les pensées heureuses de la fuite avec Ali, Leila s’endormit. Le
lendemain, son frère la surprit « Ah te voilà ! Inutile d’aller au Lycée ! Il
y a assez de travail à la maison. »2
Cette nouvelle lui fit l’effet d’un coup sur la tête, elle entendait son
frère qui disait à sa femme « Si elle sort, je te tues. »3
Sa femme ne répondait pas, elle le toisait d'un regard noir, plein de
haine, ce regard l'a vraiment surpris, car il pensait que sa femme (n'a pas
à se plaindre) : "Je ne la laisse manquer ni de sucre, ni de café, ni de
semoule… elle ne sort pas, donc elle ne peut savoir que j'ai une
maîtresse."4 D'après Boualem, la femme n'a que le droit de manger et de
s'habiller, mais les sentiments, le respect, elle n’y a pas droit. Il croyait
que sa femme est trop (idiote) pour découvrir qu'il a une maîtresse. Il a
refusé le travail de sa femme parce qu'il ne voulait pas laisser sa femme
huit heures par jour parmi des hommes "Elle aurait un amant comme moi
j'ai une maîtresse… Je connaît les femmes… Elles sont toutes des
salopes… Moi, je n'ai pas les moustaches d'un chat. Je porte les
moustaches d'un homme".5 Nous voyons comment pensait Boualem, lui
comme les autres Algériens n'avait pas de confiance en sa personne parce
qu'il répète toujours qu'il est un homme, un vrai homme, qu'il ne porte
pas les moustaches d'un chat tandis que le vrai homme n'a pas besoin de
le dire il justifie cela par ses actes et ses gestes: Boualem ne pouvait pas
avoir confiance, ni en sa femme, ni en sa sœur parce qu'il en manquait

1.
Ibid. P. 95
2
Ibid. P. 95
3
Ibid. P. 95
4
Ibid. P. 93
5
Ibid. P. 94

67
lui-même. Il est un lâche, peut-être voulait-il traiter autrement sa femme
et sa sœur mais il est le type d'homme qui craint le quand dira-t-on.
Leila passait des jours et des nuits à pleurer. Puis vint la révolte.
Elle ne se gênait plus pour lui dire le fond de sa pensée, les coups
pleuvaient mais qu'a-t-elle à perdre maintenant ? Avant le chantage était
de ne plus aller au Lycée, mais aujourd'hui elle a tout perdu, sauf sa peau.
En sa présence, Leila refusait de sortir de sa chambre. Lorsqu'il s'en
aperçut, il commença à hurler "Je te nourris, en plus je dois supporter tes
humeurs."1
Leila lui répondit que s'il l'a laissée travailler, elle aurait pu gagner
largement sa nourriture mais il justifiait son refus par la raison éternelle –
l'honneur doit être sain et sauf – mais Leila l’a remis vertement à sa place,
elle lui a montré sa réalité "Je vais te dire pourquoi tu refuses que je
travaille : Si je travaillais, je gagnerais plus que toi malgré mon âge.
Cela tu ne le supportes pas. Il faut que tu aies un moyen de domination.
Ce moyen est le quintal de semoule que tu ramènes… Je suis bien plus
intelligente et capable que toi, cela tu le sens. Ma paie sera le double de
la tienne alors tu as peur pour ton prestige".2 Face à ce discours qu'il
n'est pas capable de faire, il ne trouva de quoi répondre sauf sa chanson
sur les moustaches "Tu vas te taire ? Qui porte des moustaches ici ?"3, il
l'a frappée mais elle n'a pas laissé cela passer sans lui rappeler qu'il la
frappait parce qu'il sentait au fond de son âme qu'elle a raison "C'est
dehors qu'il faut montrer que tu es un homme, pas en faisant le gigolo
entre deux femmes qui ne t'arrivent pas même à l'épaule !."1
Les coups redoublèrent. Il lui asséna un coup de pied plus violent,
elle tomba et perdit connaissance. Boualem a eu honte. Voyant le corps

1
Ibid. P. 94
2
Ibid. P. 94
3
Ibid. P. 95
1
Ibid. P. 95

68
immobile, Fatma se mit à hurler : il l'a tuée. Les voisines accoururent,
Fatma tomba dans les bras de l'une perdit connaissance à son tour.
Boualem ne rentra qu'à trois heures du matin. Le lendemain, les langues
allèrent bon train "Tu comprends, il a voulu la tuer, qu'a-t-elle fait ? Je
me le demande ?", "Peut-être elle est enceinte ?", "Eh oui, cela doit être
visible, alors il a tenté de la supprimer".2 De bouche à oreille,
d'appartement en appartement, tout le quartier apprit la (bonne nouvelle) :
Leila est enceinte. Elle seule ignorait l'heureux événement. Boualem
remarqua que les voisins lui parlaient du bout des lèvres, certains
l'évitaient, il s'étonna "Mais, mes problèmes familiaux ne les concernent
pas".3 Enfin, un de ses amis lui a expliqué la question. Il arriva du bureau
blanc de colère. Il appela sa femme et commença à hurler "Leila est
enceinte et tu me l’as caché ?".4 Sa femme essaya de le convaincre de
l'innocence de sa sœur mais il ne la croyait pas, il a plus confiance en ses
amis qu'en elle parce qu'elle est enfin une femme et les femmes, d'après
lui, sont capables du pire des vices. C'était plus facile pour lui d'accuser
sa petite sœur qu'il éleva lui-même que d'imaginer que ses amis sont des
menteurs. Parce qu'il n'avait pas confiance en Fatma, il voulait la vérité
sur papier. Il voulait un constat de virginité signé par un médecin. Il disait
qu'il ne peut pas parler d'une chose pareille avec sa sœur, donc, il confia
la cette sale mission à sa femme qui refusa d'abord mais sous la pression
elle céda. Leila ne pouvait pas croire que le quand dira-t-on passe avant
sa sensibilité et même avant l'amour fraternel. D'abord, elle ne voulait pas
aller faire une chose si basse mais elle céda elle aussi pour ne pas faire
des problèmes à Fatma. Les deux sont revenues de chez le médecin avec
le papier.

2
Ibid. P. 95
3
Ibid. P. 96
4
Ibid. P.96

69
Boualem, au retour du travail, il ne prit même pas la peine d'ôter sa
veste. Il sortit de sa chambre l'air satisfait. Leila le hait davantage. Après
quelques semaines, Fatma vint annonça à Leila une nouvelle qui la
bouleversa "Ton frère atrouvé à te marier."1
Un de ses amis voulait épouser Leila. Son frère a déjà donné son
accord sans prendre la peine de la consulter. Fatma qui est devenue lasse
des disputes quotidiennes essaya de convaincre Leila "Marie-toi ! Peut-
être que tu vas tomber sur quelqu'un de bien".2 Mais Leila n'était pas des
filles qui laissent leur bonheur au hasard : "Ce n'est pas une question de
chance. C'est une question de choix".3
Leila réalisa qu'elle est la cause des disputes entre son frère et sa
femme, elle voulait mettre fin à cela, donc elle écrivit une longue lettre à
Ali, lui raconta ses ennus. Ali lui répondit "Tu aura de mes nouvelles
vendredi".4
De joie, elle se mit à sauter, à rire, à danser, à crier "Fatma, je me
marie avec celui que j'aime! Il ne m'a pas oubliée !".5 Fatma lui répondit
tristement "Ton frère n'acceptera jamais".6 La mère et la sœur de Ali
vinrent pour la deuxième fois demander Leila. Le soir Fatma aborda le
sujet avec son mari qui entra dans une violente colère "Moi, je donne ma
parole à un homme, toi, tu sers le café à des chercheuses de femmes?".1
Fatma essayait de le raisonner "Ils s'aiment d'amour, et toi, tu leur refuse
le bonheur".2 Vous n'imaginez pas sa réponse "Tu parles d'amour et de
bonheur comme si tu savais ce que c'était".3 Elle aurait préféré qu'il l'a

1
Ibid. P. 97
2
Ibid. P. 97
3
Ibid. P. 97
4
Ibid. P. 98
5
Ibid. P. 98
6
Ibid. P. 98
1
Ibid. P. 98
2
Ibid. P. 99
3
Ibid. P. 99

70
frappe que d'entendre de telles paroles. Le bonheur, c'est un mot qu'une
femme algérienne n'ose pas dire trop fort.
En prononçant cette phrase niant sa connaissance du bonheur de
l'amour, Fatma eut envie de cracher au visage de son mari . Elle a voulu
hurler de rage : je te hais. Fatma commença à se découvrir, elle voulait se
révolter elle aussi, elle enviait Leila qui défendait son bonheur et sa
dignité avec une énergie qu'elle n'a plus "Dieu que je voudrais pouvoir
revenir en arrière ! Ce n'est pas mon mari que je ne supporte pas, c'est le
monde qu'il représente",4 elle a maintenant réalisé que les hommes
refusaient l'évolution des femmes non parce qu'ils vont garder l'honneur
comme ils le prétendent-ils, ils veulent plutôt les garder en esclavage.
Leila décida de faire sortir Fatma de la question de son mariage
pour lui épargner des coups qu'elle ne méritait pas. Elle en parle
directement à son frère qui était très étonné de la hardiesse de Leila ;
comment une sœur ose parler avec son frère au sujet de son mariage ? "A
présent tu ne connais ni honte ni respect ! Oser parler de cela au visage
et à la barbe de ton frère ?".5 Leila regretta la présence de son père si
indulgent mais son frère a traduit cela en sa propre manière "Tu es
arriérée. L'honneur c'est de rendre heureux ceux qui t'entourent. Si père
était là !".1 Boualem a dit "A seul fin de me montrer compréhensif avec
toi, je dois approuver tes actes, accepter les bâtards c'est cela l'honneur
?".2 Leila est devenue lasse de ce frère si bas, si vulgaire et si mesquin, il
est normal qu'il voit le monde à son image parce qu'il est sale, avec une
mentalité très sale donc c'est normal qu'il ne voit que la saleté autour de
lui. Au dernier mot de Leila, Boualem sauta sur ses pieds et commença à
la rouer de coups. Aux cris de Leila, Fatma accourut, elle voulait

4
Ibid. P. 101
5
Ibid. P. 102
1
Ibid. P. 102
2
Ibid. P. 102

71
s'interposer. Son mari tourna sa rage sur elle. Il frappa sans regarder. Un
coup de pied l'atteignit au ventre. Elle perdit l'équilibre, se mit à hurler de
douleur. Il lui a dit ironiquement "Tu n'as trouvé que cela pour te rendre
intéressante"3 et il sortit. A trois heures de l'après-midi, Fatma accoucha
d'une fille mort-née, elle ne pleurait pas "Dieu a entendu mon souhait. Il
m'a sauvée et elle aussi".4
Djohara vint prendre sa fille Fatma avec elle. Boualem vivait très
bien l'absence de Fatma. Il ne rentrait chez lui que pour dormir, il veillait
avec ses amis et sa maîtresse. Il ramenait cette dernière à la maison pour
laver son ligne car lui est un homme, il ne doit pas laver lui-même son
propre ligne , ces travaux trop bas sont propres seulement aux femmes. Sa
maîtresse revint souvent, toujours à la faveur de la nuit car dans cette
société très compliquée, on peut être le plus honorable si on cache bien sa
saleté aux yeux des autres, les déshonorés sont ceux qui le font
franchement.
Donc, l'honneur est l'équivalent de l'hypocrisie dans cette société.
La mère de Boualem le poussait à se marier pour la deuxième fois parce
qu'elle ne peut pas s'occuper de la maison. Boualem commenca à
découvrir sa grossièreté envers sa famille lorsque sa mère qui l'a
tellement gâté commença à se plaindre de lui. Il a découvert qu'il n'est
plus le centre du monde. Il a enfin senti le vide de sa vie sans sa femme,
ses enfants et sa sœur. Fatma regagna sa maison et tout le monde fut
content.
Donc, on peut dire que Leila est sortie triomphante de sa guerre
contre son frère qui représente la mentalité très rigide. Il représente plutôt
la société masculine qui se voit supérieure aux femmes. Malgré le
chagrin, le torture physique et psychologique, Leila n'a pas cédé parce

3
Ibid. P. 103
4
Ibid. P. 103

72
qu'elle croyait que c'est elle seule qui est capable de décider de son sort et
de défendre son bonheur.
Elle est le personnage le plus fort, le plus raisonnable, le plus
révolutionnaire et le plus optimiste dans tout le roman. Ce sont seulement
les filles du genre de Leila qui ont le pouvoir d'affronter la société pour
changer le visage de la femme algérienne, méprisée, écrasée et supprimée
par la société.

73
Malika

La troisième année de son mariage, Aïcha eut une deuxième fille.


Sekoura, Aïcha et Djohara pleuraient de déception. Ainsi commencèrent
les premiers jours de Malika. Sa mère ne voulait pas d’elle. A cinq ans,
elle était maigre, chétive. Elle avait déjà à surveiller son frère et sa sœur.
A six ans, elle allait (regarder) les filles de son âge jouer à la marelle, son
jeune frère solidement attaché sur le dos, car elle n’avait pas le droit de
jouer. Si la jeune sœur faisait quelques bêtises, elle était cruellement
fouettée comme si elle n’était pas une enfant elle aussi. A la naissance
d’un autre frère, la tâche de Malika s’alourdit.
En plus de la garde des frères et sœurs, elle devait balayer, faire la
vaisselle. A dix ans, elle était la parfaite maîtresse de maison. Par sa taille
menue, Malika donnait l’impression de n’avoir que sept ans. Mais ses
yeux portaient toute la tristesse du monde. Dès que sa fille eut dix ans,
Aïcha ne bougea pas de son canapé. De ce fait le travail de Malika
redouble. En France, il n’y avait aucune excuse à la saleté ; Malika se
voyait toujours en train de repasser des chemises, des tabliers. En plus,
elle devait aller à l’école. Ce détail qui embêtait fort Aïcha. Cela
l’obligeait à quitter son canapé pour préparer le repas de son mari. Aïcha
frappait sa fille pour la moindre faute, tout était prétexte à fouetter
Malika. Pas frapper, mais fouetter jusqu’à en avoir mal au bras, qu’elle
avait pourtant fort.
Des voisines essayaient de calmer un peu la dureté de Aïcha : « Tu
es dure avec ta fille, je n’ai jamais vu une gosse aussi obéissante, aussi
travailleuse qu’elle. ».1 Aïcha est une hypocrite, elle prétendait que sa
fille ne travaillait qu’en présence des autres.

1
Ibid. P. 44

74
Aïcha avait une stratégie envers sa fille, elle croyait que c’est la
meilleure façon de traiter une fille « Moi, je l’éduque ! Un jour c’est un
mot, le lendemain elle lèvera le bâton contre moi. Elle porte le vice en
elle, si je ne la mâte pas maintenant, c’est elle qui me frappera à quinze
ans. »1
La voisine n’était pas d’accord avec Aïcha. Elle croyait plutôt
qu’elle faut prendre soins de sa fille car si elle n’est pas heureuse avec
son mari, elle aurait connu tout de même quelques années de bonheur
chez sa mère. Aïcha n’était pas d’accord elle aussi « Gâte-les ! Gâte-les !
Et un jour en remerciements elles te ramèneront un bâtard à la
maison. »2
Maintenant, l’image de Aïcha est devenue claire pour nous, c’est
une femme dure, sans cœur, sans émotions maternelles, de plus, elle est
paresseuse, elle porte la mentalité des vieilles femmes. Aïcha ne se
souciait que de son repos, ses enfants et sa maison ne représentent pas
grande chose pour elle.
Malgré son âge, Malika comprenait qu’il y avait un équilibre
inexistant. Etait-ce elle qui devait jouer le rôle de mère ? Elle ! Si jeune,
si maigre, si faible. Quand son cœur (pleurait) elle serrait très fort, la
petite dernière dont la mère ne s’inquiétait jamais. On ne savait pas
laquelle était reconnaissante à l’autre de ce moment de tendresse.
Le père, lui ne s’inquiétait de rien. Que son repas fut prêt. Il ne
demandait rien d’autre. D’après lui, les enfants ne peuvent être que
bruyants, hurlants et gênants. Son univers était l’usine, les amis. Son
foyer était davantage un gîte pour dormir qu’une maison où vivaient
femme et enfants. Donc, ce père si indifférent ne jouait pas un rôle dans
la vie de sa fille si malheureuse, qui se disait parfois « Est-ce cela la vie ?

1
Ibid. P. 44
2
Ibid. P. 44

75
Est-ce ainsi pour tous les enfants ? Que vont me faire les étrangers si mes
parents se comportent ainsi avec moi ? Que me réserve la vie d’adultes si
à dix ans je suis malheureuse ? ».1 C’est très dur pour un enfant de penser
ainsi, mais l’atmosphère où vivait Malika ne laisse pas l’espoir pénétrer
au cœur de la petite. Le traitement de sa mère lui a fait peur de la société
et même des gens. Aïcha a construit en sa fille une effroyable solitude.
Malika s’était enfermée avec ses peines, ses illusions, son désespoir et ses
rêves.
Aïcha n’insulta plus son mari. Ses enfants grands, son mépris
s’était déterminé sur eux. Le mépris, la cruauté verbale avaient fait place
aux coups. Avec le temps, ses filles adolescentes, Aïcha devint obscène et
vulgaire. Pour Malika, son âme si fragile, si sensible fut davantage
blessée par les obscénités. Depuis deux ans, sa vie lui était intolérable.
Une idée trottait dans sa tête : la fuite « Dix-huit ans de bagne pour un
innocent, c’est beaucoup. »2 se disait-elle. Donc, un jour, elle partit au
Lycée et ne revint plus. Après un long périple, d’assistantes sociales en
juge d’enfants, elle atterrit dans un foyer d’accueil où Malika raconta sa
triste histoire. La rancœur, la haine de sa mère pour les filles, les durs
travaux, les insultes grossières, blessantes, les coups. Sa peur de la vie et
du futur. Elle parla longtemps. C’était la première fois que quelqu’un
l’écoutait. Elle était étonnée de savoir que beaucoup des filles
(Maghrébines) avaient le même problème.
Le mot (Maghrébine) la heurta un peu « Ainsi, j’endurais une telle
vie parce que je suis maghrébine ? »3
Quand elle comparait les motifs de sa fuite à ceux des autres filles
elle en restait choquée, leurs motifs sont du genre : Ils ne me laissent
jamais sortir. Je veux fréquenter, fumer. Ils ne me laissent jamais aller en
1
Ibid. P. 45
2
Ibid. P. 46
3
Ibid. P. 46

76
boîte. Tous ces motifs étaient pour elle des enfantillages, elle qui désirait
seulement qu’on ne lui en veuille pas d’être vivante. Elle découvrit autre
chose que la haine, la destruction, la solitude. Elle découvrait l'amitié,
l'amour, le rire. A dix-huit ans, elle faisait ses premiers pas dans la vie.
Elle commence à découvrir un monde très différent de celui dans lequel
elle vivait auparavant.
Malika s'imaginait qu'une fois loin de sa mère, le bonheur lui
tomberait dessus. Mais six ans de vie indépendante marquèrent Malika
d'une profonde amertume. Elle vivait depuis quatre ans avec un homme
d'une beauté à couper le souffle. Il était très tendre avec elle et il la
protégeait. Malika voulait vivre l'enfance et l'adolescence qu'elle n'avait
pas eu la chance de vivre. Donc, elle sortait, riait mais dedans elle
saignait et personne ne le savait. Cette relation charnelle ne pouvait
jamais remplir le vide de l'âme de Malika car elle voulait quelqu'un qui
lui donne le sentiment de paix qu'elle n'a jamais connu pendant dix-huit
ans. Même son enfant âgé de trois ans ne donnait pas un sens à sa vie.
Lasse de cette existence de mensonge, elle partit vivre seule avec son fils.
Mais même cette nouvelle vie n'était pas meilleure. Elle travaillait tout le
jour et il ne lui restait que quelques centimes et quelques heures de
sommeil. Est-ce cela la vie ? Un an passa ainsi, sa mère l'incitait à revenir
à la maison. Pendant cinq ans son père se promenait une arme dans la
poche, espérait la rencontrer et laver dans le sang son honneur. Sa mère
qui était toujours perfide et intéressée pensait différemment, elle savait
bien que son mari est trop faible pour le faire, donc il espérait sortir la
paye de sa fille pour ne pas tout perdre. Elle n'avoua pas cette raison mais
enfin Malika l'a découvert. D'abord, on l'accueillait avec joie, mais au
bout d'un mois tout était prétexte à se disputer. Aïcha choisissait les mots
qui frappaient le plus juste "On les a élevés, on s'est privé dans l'espoir
qu'à notre vieillesse ils nous disent (tenez, pour vous récompenser de vos

77
sacrifices), mais non, nous avons élevé des ennemies."1 Cependant,
Malika lui donnait la moitié de sa paye. Elle dépensent le restant pour ses
sœurs. Au fil des mois, Malika a découvert le désir de sa mère, elle
voulait toute la paye de sa fille. Malika refusait de donner toute sa paye,
elle pensait qu'il lui restera ainsi un peu de décision. Sa mère lui détruisait
les nerfs par ses mots soigneusement choisis. En fin Malika lui proposa
de repartir pour ne pas la gêner. Aïcha était très psychologue, elle savait
que si Malika repartait, les deux autres n'hésiteraient pas à la suivre. Elle
a dit à son mari pour le convaincre de rapatrier ses deux filles en Algérie
"Avant qu'elles ouvrent les yeux et qu'elles suivent le chemin de Malika.
Quant à Malika, il faut aussi qu'elle rentre pour la sauver de ses mauvais
instincts, on arrivera bien à trouver à la marier en disant qu'elle est
divorcée."2
Si Malika avait pris la décision de rentrer en Algérie avec ses
parents, c'était uniquement parce qu'elle ne connaissait pas l'Algérie. Sa
vie était si grise, si triste ; alors, elle se raccrochait désespérément à
l'espoir qu'un univers de chaleur humaine et de beauté l'attendait là-bas.
Les premières semaines sont passées comme dans les rêves, elle ne
s'ennuyait pas, la maison était pleine de monde, chose qu'elle n'a pas
connu en France, puis elle avait le loisir d'aller courir dans les champs.
A sa joie, tout le monde n'était pas ignorant comme elle pensait,
donc elle s'amusait à discuter avec Yasmina et Fatma ses cousines. Puis,
arriva l'ennui. Elle n'avait pas un centime et elle ne pouvait rien espérer
de sa mère, donc, elle décida de travailler. Elle trouva facilement un poste
de secrétaire à la préfecture où il y avait peut-être trois cents hommes et
neuf femmes seulement, dont Fatma l'amie de Yasmina et qui devint
l'amie de Malika. A peine s'installa-t-elle dans son travail que les ennuis

1
Ibid. P. 74
2
Ibid. P. 76

78
commencèrent; des coups de téléphone très obscènes, ce qui l'étonnait le
plus, c'est que cela faisait seulement une semaine qu'elle travaillait que
les inconnus sachent son nom et l'importunent au téléphone. Les coups de
téléphone devinrent quotidiens et plus obscènes "Tu fait cela sur les
bureaux ou dans les toilettes ? Combien tu prends ?"1
Elle alla trouver le Directeur du Service, un homme très
compréhensif, une denrée rare dans cette ville, il lui expliqua qu'elle n'a
qu'à supporter.
Malika comprenait enfin pourquoi bien des filles préféraient rester
à la maison à rouler le couscous, cependant elle décida de ne pas céder
devant l'ignorance. Mais on ne la laissait pas tranquille. En Algérie, une
fille qui marche seule est immanquablement le sujet de conversation
devant et derrière. Malika s'aperçoit, à sa grande surprise, qu'elle a
couché avec la ville entière. Vieux, jeunes, laids, idiots, imbéciles
compris. Elle continuait avec un courage surhumain à faire ses courses, à
aller acheter ses journaux, aller boire un café avec deux amies, dans le
café le plus sélect de la ville. Malgré leurs costumes, les clients avaient
les mêmes réactions que ceux de la rue. Désespérée, Malika ne retourna
plus dans un café, sélect ou pas.
Elle a découvert que la mentalité d'un kabyle ne diffère pas de celle
de l'arabe. Le mythe du kabyle supérieur à tous les points de vue à l'Arabe
se fracassa en mille morceaux dans sa tête. Elle a finalement compris que
l'homme ne voudrait pas de l'évolution féminine, il ne veut que rien ne
change car il a tous les privilèges, et il tient à ce que cela continue, ainsi,
il garde la femme en esclavage pour toute sa vie. Lasse de se faire insulter
dans la rue, Malika trouva un emploi dans un Lycée à cause du logement.
Elle était contente de ne plus côtoyer la faune mâle. Malika se posait la
question: y avait-il des vraies prostituées dans la ville ? Elle s'imaginait,
1
Ibid. P. 102

79
comme à Paris, quelques rues réservées au plus vieux métiers du monde.
Mais non ! La prostitution se pratiquait sous le voile, la femme voilée sort
un peu de la ville et monte dans la première voiture qui s'arrête. Les
voisins savent qui se prostitue dans les environs. Ils font semblant de ne
pas être au courant et elle fait semblant de se cacher ; tout le monde est
content car du moment que ce n'est pas ouvertement, il n'y pas de
problème. Ce sont les mêmes qui pousseront les hautes cries s'ils voient
deux lycéens se donna la main (ouvertement).
Comment peut on appeler cela ? Une hypocrisie sociale ? Non,
c'est pire. Cette société est très sale de l'intérieur mais de l'extérieur, elle
peut représenter l'exemple de l'honneur et la dignité. Le mot clé de cette
société doit être : faites ce que bon vous semble, mais cachez-vous pour
ne pas blesser l'orgueil des chers protecteurs de l'honneur. Malika a
découvert que ses collègues de travail si aimables en face d'elle donnaient
son nom et le numéro de son poste à tous leurs copains. Il fallait entendre
les coups de téléphone qu'elle recevait, anonymes bien sûr ! Pour savoir
la qualité des hommes qui font semblant d'être honnêtes et dignes. Donc,
l'ignorant et l'intellectuel ont exactement la même attitude en ce qui
concerne la femme.
Une des amies de Malika résume le problème des hommes
Algériens qui suivaient les filles en leur murmurant (putain) dans les
oreilles "Qu'est-ce que tu veux ? La privation sexuelle, les exigences du
climat, une éducation rigide et hypocrite, l'ensemble ne peut pas donner
un résultat très sain. Se défouler verbalement, pour eux c'est déjà la
jouissance."1 Donc, quoi faire avec des hommes qui sont subjugués par le
mot (putain), qui se défoulent de toutes leurs frustrations en le prononçant
?

1
Ibid. P. 123

80
Une autre amie suggéra "Ou tu te sacrifies pour les générations
futures ou tu joues les chrétiens jetés aux lions, ou tu fais comme toutes
les autres, tu retournes chez la mère… Avec peu de chance que tu te
maries.".2 Malika ne céda pas, elle voulait simplement vivre. Elle ne
savait pas que les Algériennes sont privées des verbes ou plutôt elles
n'ont pas droit aux verbes comme : vivre, exister, s'amuser, aimer,
choisir… Les femmes ont des devoirs sacrés auxquels aucune femme
mariée ne peut échapper : travailler (à la maison bien sûr), procréer
(beaucoup de garçons évidemment), accepter (d'être battue, répudiée,
insultée), tolérer, se sacrifier, pleurer, trimer, mais surtout se taire. Quant
aux droits, elles en sont privées.
Cela faisait trois ans que Malika vivait en Algérie. Après deux
années de solitude pour préserver sa réputation et celle de sa famille elle
en eut assez : « Même en vivant enfermée dans ma chambre, les gens
racontent que je couche avec la ville entière, au moins que je fasse le
dixième de ce que l’on m’attribue. ».3 En fait, la solitude était trop dure.
Sa joie d’avoir une grand-mère modèle, des cousines très intéressantes,
des sœurs très douces, [un fils d’une beauté et d’une intelligence
exceptionnelle, ne suffisaient pas, elle avait envie d’être aimée d’amour.
Beaucoup de garçons lui faisaient des aveux enflammés, mais elle savait
que les garçons d’ici prônaient une opinion différente selon qu’ils étaient
en face d’une fille ou non. Malika voulait de la sincérité, de la tendresse
mais vainement. Malika s’avoua vaincue devant ces imbéciles d’hommes
qui remplissaient les rues « Bon Dieu de bon Dieu de morale, on ne
demande pas qu’il cirent nos chaussures ou qu’ils nous fassent le baise
main matin et soir, mais qu’ils nous foutent la paix ! Qu’ils ne nous

2
Ibid. P. 137
3
Ibid. P.137

81
insultent pas parce que nous sommes sur le même trottoir qu’eux. ».1
Heureusement, qu’il y avait Ahmed pour lui porter secours quand rien
n’allait.
Il était marié. Cependant Malika était sûre qu’il ne voulait que
sortir avec elle et qu’il va tomber à la renverse si elle a accepté son
amour. Malika, elle aussi avait besoin de cet amour, car au milieu de
toutes ces laideurs dont elle vivait, elle avait envie de poser sa tête sur
l’épaule de quelqu’un de vrai, de bon, de sincère et de ne penser à rien,
d’oublier tout. Malika savait que son amour est désespéré, parce qu’il est
un homme marié, mais elle oubliait la dureté de la vie dans ses bras, il
comprenait sa solitude et sa fatigue et d’après elle, c’est l’essentiel, c’est
ce qu’elle cherchait. Malika ne demandait rien, cela lui suffisait de savoir
qu’elle était tout pour lui. Et en demandant rien Ahmed ne l’aima que
davantage. Mais avec le temps, Malika découvrit la réalité de leur
relation : « En fait, je suis sa putain personnelle. »2
Ahmed ne voulait rien céder, rien perdre de tout ce qu’il possédait ;
sa maîtresse mais aussi sa femme et son foyer, il l’aimait, à sa manière
d’homme si égoïste, personnel. Malika préférait le vide que de jouer ce
jeu qu’elle hait, car cet amour est très peu pour un cœur qui avait soif
d’absolu, de tendresse sans condition. Elle se détachait d’Ahmed
insensiblement, le mépris qu’elle avait pour lui « Un homme qui me
considère indigne d’être son épouse, merci ! ».1 En tant que femme
libérée, la société n’avait pas d’autre rôle à lui offrir que celui de
prostituée personnelle ou la claustration.
Beaucoup acceptaient l’un ou l’autre rôle par peur de la solitude,
donc c’est la société qui poussait les femmes de faire – parfois – des
choix qu’elles ne voulaient pas. L’Algérie devenait pour Malika
1
Ibid. P. 140
2
Ibid. P. 148
1
Ibid. P. 149

82
invivable, pour elle, c’est un pays triste au point qu’il faudrait un recueil
de cinq cents pages pour citer les injustices que vivaient les Algériens non
fortunés. Revenir à Paris n’était pas un soulagement pour Malika « Paris,
ce n’est pas chez moi, l’Algérie non plus. »2
Elle n’avait pas d’autre choix, elle est revenue à Paris après d’être
battue, pour défendre son droit de vivre dans son pays, elle a fait de son
mieux pour changer les choses autours d’elle mais elle n’a même pas
réussi à changer la mentalité de l’homme qu’elle aimait. En arrivant à
Orly, Malika eut envie de pleurer.
Cela faisait deux ans qu’elle était revenue d’Algérie. Les jours
s’écoulaient, lents, gris comme le ciel, froids comme les visages. Elle
pensait avoir vécu une enfance unique dans sa laideur. Aujourd’hui, elle
s’apercevait qu’il y avait des millions de filles bafouées en Algérie avec
plus ou moins de différence. Elle trouvait bizarre qu’à l’époque des
marcheurs sur la lune, d’autres se soucient d’exploiter, détruire, coloniser
la partie des individus que l’on appelle le sexe faible. C’était une
monstrueuse lâcheté. Quand certains se font l’honneur d’essayer de guérir
leur prochain du cancer, d’autres se font le suprême (honneur) de
surveiller la virginité de leur sœur, fille ou cousine.
Malika découvrit que la solution de tous ses problèmes était en
elle, non pas autour d’elle. Elle avait peur de choisir la mort comme
Faliha. Elle avait peur également de la demi-mort qu’avait choisi
Yasmina « Je dois faire mieux, … Moi, j’ai tous les atouts en main. ».1
Elle décida de vivre. C’était un pari entre elle et le destin. Elle voulait sa
revanche sur la vie. La revanche, c’était avoir tout. Pour l’instant, elle
n’avait rien ; mais elle avait l’espoir qu’un jour…

2
Ibid. P. 175
1
Ibid. P. 175

83
Donc, l’histoire de Malika s’est terminée sur un point d’espoir.
Chose qu’on n’attendait pas de ce personnage très compliqué. Malika qui
a tant souffert a finalement trouvé son chemin parce qu’elle voulait
sincèrement vivre et se réjouir de la vie.

84
Yasmina

Yasmina, c’est la fille aînée de sa mère, elle est complètement


différente de sa sœur Fatma car elle est forte, déterminée, sûre d’elle
tandis que cette dernière ne pouvait pas décider de son sort, elle ne savait
ce qu’elle voulait justement car après son mariage, elle a regretté ses
années perdues. En revanche, Yasmina savait bien ce qu’elle voulait, elle
désirait être médecin. Donc, elle a supporté tout pour atteindre ce but. De
plus, elle était douée pour l’étude.
Pour Yasmina, les années de lycée s’écoulaient avec divers
incidents qui lui firent aimer les études davantage. Régulièrement, à
chaque rentrée scolaire le drame éclatait : Doit-elle continuer ou non ?
Non, disait son frère et sa mère. Si ! Disait le grand-père et Yasmina.
Yasmina pleurait des jours entiers. Non à cause de ses études
perdues, mais sur tout de voir son destin dépendre d’un frère stupide, qui
se vengeait comme il pouvait de son ignorance. Il en avait assez
d’entendre les gens lui dire « Ta sœur est plus dégourdie que toi, c’est toi
qui devrait étudier, pas elle. »1
Le grand-père qui avait l’esprit ouvert soutenait Yasmina. D’après
lui « Nous n’avons pas acquis l’indépendance uniquement pour les
hommes, pourquoi empêcher une femme d’étudier ? Sommes-nous voués
à l’ignorance… en cas de malheur si l’une perd son époux, ce n’est pas
leur frère qui va les prendre en charge ! Il n’est même pas capable de
nourrir sa femme ! ».2 Yasmina adorait son grand-père à l’esprit si large,
il était le seul qui la soutenait. Il avait souffert. Sa souffrance lui avait
permis de dépasser les futilités et les bassesses.

1
Ibid. P. 32
2
Ibid. P. 33

85
Quand Yasmina fut interne elle connut la paix. Mais, avec les
week-ends arrivait l’angoisse. Sa mère essayait par tous les moyens de la
convaincre de se marier. Yasmina avait conscience que son monde et
celui de sa mère étaient très différents. Pour sa mère, illettrée, celui qui
allait à l’école depuis six mois était instruit. Salah répétait qu’il en avait
assez d’être traité de (frère d’une fille des rues). Le plus beau c’est qu’il
ne mentait pas à : partir du moment où une fille a franchi le seuil de la
porte, c’est une dévoyée.
Souvent Yasmina recevait des lettres de garçons, alors qu’elle
n’avait pas communiqué son adresse à personne. Salah se fâcha de
nouveau, soutenu cette fois-ci par sa mère. La décision fut prise. Yasmina
restera à la maison. Heureusement, Yasmina est soutenue par les vieux de
la famille car sa grand-mère Sekoura elle aussi, voulait qu’elle continue
ses études. De nouveau, Yasmina réintégra le lycée. Sa mère, en fait,
n’était pas contente « Il vaudrait mieux qu’elle épouse un garçon sérieux,
elle est en âge de créer une maison. »1
Salah a volé une paire de draps qui était très chère à sa mère.
Yasmina remercia mentalement son frère de l’avoir volé. Maintenant elle
était sûre de pouvoir étudier en toute quiétude. Quand Salah commençait
à remettre sur le tapis les études de sa sœur, sa mère le remettait
vertement à sa place « Du moment que tu ne la nourris pas, tu n’as pas à
décider de son sort. ».2 Désormais, elle n’avait pas à craindre la partie de
son frère. Mais ce n’est pas seulement la famille qui lui faisait des soucis.
La société participait également à rendre très difficile la question de
l’éducation féminine: jamais elle n’avait adressé la parole à toute
personne mâle autre que ses cousins et des inconnus la traitaient de
prostituée. Bien que ce fût depuis trois ou quatre ans le même manége,

1
Ibid. P. 34
2
Ibid. P. 35

86
elle ne s’habituait pas car on ne s’habitue pas au vice et à l’injustice.
D’impuissance elle éclata en sanglots une camarade de classe lui assura
qu’elle n’était pas la seule dans ce cas, elle l’encourageait de ne pas
abandonner ses études et s’enfermer à la maison à cause de des bêtises
comme faisaient les autres « Ils portent leur intelligence au niveau de la
braguette, tu ne vas pas te mettre à leur niveau ?».1 Cette camarade lui
expliqua pourquoi les hommes sont si agressifs avec les femmes «Nous
devons rester à la niche et attachées solidement comme des chiens de
garde… nous représentons le danger pour eux. A dieu tous les
privilèges. »2
En septembre, ce fut encore le drame, quand il fallu que Yasmina
aille à l’université. Djohara et sa belle mère, s’y opposaient. Sekoura
prétendait que la perdition, on la portait en soi. Ce que le grand-père
approuvait fortement. Il montra Salah de sa canne «Pas besoin de faire cent
kilomètres pour connaître la perdition: Voilà l’exemple à la maison. »3
Donc, le grand-père régla la question au sujet de Yasmina, il va
l’accompagner « Je l’emmènerai jusque devant la porte. Elle ne sortira que
le jour où j’irai la chercher. ».4 Le grand-père fut vivement choqué de voir
que l’on ne lui réclamait pas sa signature comme au lycée, il a compris
que Yasmina peut rentrer et sortir comme bon lui semble. Une femme qui
ravaillait là-bas l’assura « Il faut faire confiance à sa petite fille…De
toutes façons, elles sont quand même un peu surveillées. »,5 ce qui était
faux !
Avant de partir, le grand-père conseilla à Yasmina de faire
attention. Cette dernière a compris qu’il voulait dire attention aux

1
Ibid. P. 36
2
Ibid. P. 37
3
Ibid. P. 41
4
Ibid. P. 41
5
Ibid. P. 41

87
cancans, aux garçons, à tout. En fait, la garantie de pouvoir continuer ses
études était liée à sa conduite.
Un homme vêtu de pantalon et chemise, qui avait assisté de loin,
arrêta le grand-père « Mon frère ! Tu veux écouter mon conseil, reprends
vite ta fille et ramène-la à la maison maintenant qu’il est encore
temps ! ».1 Cet homme qui travaillait à l’université, devrait être différent
des hommes à la mentalité traditionnelle, mais malheureusement c’était le
cas de la plupart des hommes instruits qui participaient à l’ignorance de
leur société « C’est à cause des hommes comme toi que la France est
restée cent trente ans dans notre pays. »2
Yasmina s’installa dans une confortable routine, plus de ménage à
faire, plus de scène de Salah, elle était contente.
Avec le temps, elle s’aperçut qu’il y avait beaucoup de couples,
elle comprit le motif de la mise en garde de son grand-père. Les filles qui
avaient un ami étaient cataloguées comme (prostituées) par les étudiants
célibataires. Celles qui étaient seules soient, avaient bien assimilées
l’éducation parentale, soit elles auraient bien voulu avoir un ami, mais
elles ont peur du père, de frère.
Les garçons, eux, étaient seuls, parce qu’ils étaient trop laids,
bornés ou vulgaires. Yasmina fut choquée par l’état d’esprit qui régnait
chez les étudiants : l’étudiante qui a un ami, il lui suffisait d’être vue en
train de causer avec un garçon pour être cataloguée fille de joie.
L’étudiant ayant beaucoup d’amies, était lui admiré pour ses qualités de
Don Juan. La cité universitaire des filles est surnommée par les mâles
algérois : le bordel. Yasmina ne fréquentait pas. Elle savait que le
téléphone arabe était dix fois plus rapide chez les kabyles. Et alors adieu
l’espoir d’être médecin.

1
Ibid. P. 41
2
Ibid. P. 41

88
Pour l’instant, le métier de médecin était pour Yasmina la lampe
d’Aladin « Puisque en tant que femme, je n’ai pas droit au respect, à
l’existence d’un être humain à part entière, on me respectera en tant que
médecin. »1
Beaucoup de garçons tournaient autour de Yasmina, elle n’était pas
de celles qui voulaient se marier à tout prix avec n’importe qui. Elle était
indifférente aux histoires amoureuses qui se passaient autour d’elle. Tous
ces couples étaient malheureux. Il leur était impossible de connaître un
moment de vrai bonheur et d’intimité.
Cependant, Yasmina est tombée amoureuse de Brahim. L’auteur
nous annonça cela sans aucune explication ; comment cet amour a-t-il
commencé ? Quand ? Et quelles sont les raisons qui ont poussé Yasmina
de choisir ce Brahim parmi tous les garçons ? Et pourquoi a-t-elle changé
son opinion sur les relations amoureuses préjugées de la déception ?
Donc, Yasmina et Brahim s’aimaient. Il leur arrivait même de faire
l’amour, ce qui me parait bizarre, parce que c’était très facile pour
Yasmina et sa cousine Fatiha de sacrifier leur virginité malgré l’éducation
dure qu’elles ont reçu, malgré toutes ces histoires sur l’honneur.
D’ailleurs, peut-être c’était grâce à la façon dont on a élevé ces filles
qu’elles ont oublié facilement ce qu’elles ont appris pendant des années.
Yasmina et Brahim devinrent médecins la même année. Elle
commença à travailler à l’hôpital de la ville. Elle recevait des lettres de
Brahim tous les quinze jours, puis plus rien. La certitude de ne plus le
voir fit place à l’espoir. Enfin, elle a reçu une lettre où Brahim lui
annonça « Je suis marié, s’il y a des filles qui se marient contre leur gré,
il peut en être de même pour les garçons… cela faisait un an que ma
mère l’avait (réservait)… Mon père m’a menacé de me déshériter alors

1
Ibid. P. 56

89
j’ai cédé. ».1 Non seulement cet homme très égoïste lui a menti pendant
un an mais elle doit en plus rester en réserve au cas où…
Yasmina ne pleura pas, parce qu’au fond d’elle-même, elle
s’attendait à une fin pareil, mais l’amour est aveugle comme on disait.
Son cœur n’écoutait pas la voix de la raison. La fille (blanche – dodue –
institutrice) ramenée par maman gagnait encore la partie. On ne peut pas
blâmer la mère qui choisit une femme pour son fils, car selon la mentalité
de cette mère, c’est elle qui connaît bien les filles et leurs familles.
D’ailleurs, elle ne comprendra pas que son fils pourrait avoir un choix
différent du sien. Je blâme plutôt ce Brahim très égoïste en amour, très
faible devant la famille.
Pour oublier son amertume, Yasmina travaillait doublement.
Quand on parlait amoureux, elle ne participait jamais. Elle a perdu sa
confiance dans l’amour et dans les hommes. Il y a des années que
personne ne la demande en mariage : vieille, trop instruite, les mères qui
ont des fils à marier ne voulaient pas d’elle. Yasmina commença à
observer tous ceux qui s’intéressaient à elle depuis des années. Il y avait
son voisin, un comptable dans une société nationale. Yasmina pensait
qu’elle n’avait rien de commun avec lui, mais, se disait-elle grâce au
temps bien des gens changent. Il y a l’employé de bureau à l’hôpital, le
mécanicien… Elle est devenue lasse de penser à cette question de
mariage. Elle se sentait perdue, seule, malheureuse « Perdue au fond de
moi. »2 pensait-elle. Avec ses diplômes, elle menait une vie bâtarde,
incomprise. Parfois, elle en voulait à sa mère de l’avoir poussée à étudier
car en Kabylie la femme n’existe que par ses enfants, son mari et son
foyer. Elle a réalisé – trop tard – que les diplômes n’ont pas de valeur en
Kabylie, ce qui compte pour une femme c’est sa beauté, le nombre

1
Ibid. P. 56
2
Ibid. P. 170

90
d’enfants qu’elle a et sa capacité aux travaux domestiques. Yasmina se
posait des questions sans réponses « Suis-je née trop tôt ? Trop tard ?
Pourquoi ici et pas ailleurs ? ».1 Sa cousine Malika lui a conseillé de se
marier « Trouve-toi un homme sympa et ne te pose pas trop de
questions. ».2 Six mois après, Yasmina et Mohand Arezki se mariaient. Il
était divorcé, père d’un garçon, la seule condition exigée par Yasmina
était de continuer à travailler. Elle trouvait Mohand bien courageux de
l’épouser malgré la réputation dont l’avait affublée les mauvaises langues
masculines. Son mari répondait à cette question par un proverbe « Il n’y a
que les sales qui salissent ».3
Yasmina sut qu’elle s’entendrait avec son mari. Il était de la vieille
école kabyle. Celle de l’honneur, de la dignité, du respect d’autrui. Pas
celle qu’elle avait rencontrée si souvent, grossière, obscène, hypocrite.
Les dix années d’attente, d’espoir ne seraient pas donc vaines.
Enfin, Yasmina trouva le bonheur auprès de son mari, elle a écrit à
sa cousine Malika pour la remercier de bon conseil : « Tu ne te trompes
pas quand tu dis que mon seul désir dans la vie est d’avoir un mari et des
enfants. Vois-tu un autre but dans la vie ?... Je ne peux pas vivre ailleurs
qu’en Algérie, et tu le sais qu’ici, une femme n’existe que par son
mari. »4
Donc, on peut dire que Yasmina a tout gagné, elle n’a pas cédé
devant l’ignorance, elle a refusé de couper ses études pour s’enfermer à la
maison ou bien pour se marier comme faisaient bien des filles sous la
pression de la société, elle a réalisé son rêve d’être médecin.
C’est vrai qu’elle était désespérée en amour, mais enfin elle a
surmonté ses chagrins, et elle a pris une décision courageuse ; se marier,

1
Ibid. P. 171
2
Ibid. P. 172
3
Ibid. P. 173
4
Ibid. P. 173

91
malgré le risque de tomber sur un imbécile, mais le fait de construire une
maison méritait ce risque.
Yasmina, donc, faisait partie des femmes algériennes pionnières
dans le domaine de l’éducation, elle a payé cher pour réaliser ses rêves,
pour défendre ses droits à vivre, à exister, à aimer, à choisir son mari, à
déterminer de son sort. Elle n’était pas faible comme Fatiha qui n’a
trouvé de résolution pour ses problèmes que dans la mort. Elle est
réaliste, forte, déterminée et si optimiste.

Conclusion

A travers ce roman nous découvrons le printemps désespéré où


vivent les Algériennes. Le printemps peut représenter la jeunesse et le
mot désespéré reflète bien l’état d’âme de ces femmes ; elles sont
méprisées, supprimées, torturées, négligées et complètement écrasées par
leur propre société.
Voyons d’abord la pression des femmes sur les autres femmes ; les
vieilles femmes, poussent les jeunes en arrière car ces vieilles femmes
veulent bien que leurs filles vivent et se marient comme elles ont fait.
Elles exercent leurs pressions sur ces jeunes, faibles femmes parce
qu’elles sont les plus fortes par leur position dans la société, on respecte
la femme âgée, mère, grand-mère, etc., mais une jeune femme qui n’a pas
de mari, pas d’enfants, n’a pas de titre. Dans le roman nous avons
l’exemple de la marâtre de Louisa qui a exercé son autorité sur le père de
cette orpheline pour se débarrasser d’elle. Elle l’a donnée en mariage à ce
demi-d’homme sans aucun sentiment de pitié.

92
Nous avons également l’exemple de la pression qu’exerçaient les
mères sur leurs filles pour quitter l’école, rester à la maison en attandant
le mari comme fait Djohara avec ses filles, elle a réussi avec l’une et
échoué avec l’autre.
Nous avons également la pression que les mères exerçent sur leurs
fils pour les marier à leur choix, cela peut-être de façon indirecte une
pression sur les jeunes femmes comme le cas de Yasmina et Brahim,
Fatiha et Mohand.
Brahim a sacrifié son amante pour ne pas fâcher sa mère. Donc, ces
vieilles femmes sont la source essentielle du malheur des jeunes filles car
elles pensaient que l’homme ne doit pas se marier avec une fille « trop
instruite ». Donc, elles changent totalement le destin d’un couple et
surtout d’une femme.
On peut dire que la mentalité traditionnelle des vieilles femmes
fournit une raison majeure pour leur attitude négative vis-à-vis des
jeunes. Elles participent – inconsciemment – au malheur de leurs filles.
C’est bien entendu l’homme qui joue le rôle le plus important dans
la tragédie de la femme Algérienne en tant que père, frère, collègue de
travail, voisin, mari, cousin. Tout homme dans cette société se voit non
seulement résponsable de la femme mais plutôt possesseur d’elle.
La pression du frère est plus claire dans le cas de Salah. Cet
homme qui est – un bon à rien – ne trouvait pas de moyen pour justifier
qu’il est un homme qu’ en frappant ses sœurs, les humilier et les
déranger. Il ne voulait pas que sa sœur Yasmina continue ses études parce
que lui « l’homme » n’a pas réussi à obtenir le brevet. Il se voit plus
important que ses sœurs, car tout le monde autour de lui le gâte, le
respecte seulement parce qu’il est un homme.
La pression du frère se voit également à travers le comportement
agressif de Boualem contre Leila ; il s’oppose à son bonheur par orgueil.

93
Il a réfusé son prétendant Ali car, d’après lui, c’est un mariage préparé
dans les rues. Il l’a humiliée en exigeant un constant de virginité.
Boualem est aussi l’exemple de la pression du mari sur sa femme.
Sa grossièreté l’a conduit à frapper Fatima à tel point qu’il lui a fait
perdre son enfant.
Salah aussi n’épargnait aucun effort pour rendre la vie de Louisa
insupportable. Elle souhaitait la mort jour et nuit, seuls ses enfants
l’empêchait de se suicider.
Donc, à travers ces deux personnages masculins on peut dire que
celui qui a échoué dans son rôle en tant que frère ne peut pas être un bon
mari non plus un bon père car l’humanité est inséparable.
L’exemple de la pression des voisins (voisins comprit les hommes
et les femmes) se voit clairement dans le cas de Leila. Ses voisins ont
fabriqué une histoire disant que Leila est enceinte, parce que, d’après eux,
un frère ne frappe pas sa sœur de la sorte si elle ne le déshonnore pas.
C’est le même cas de Fatiha, ses voisins ne la laisse pas en paix même
après sa mort.
Nous avons également la pression des hommes en tant que
collègues de travail. Ceux-ci devraient être éduqués, civilisés,
compréhensifs, mais au contraire, ils font de leur mieux pour transformer
le lieu du travail en enfer. Par exemple les coups de téléphone des
inconnus que reçoit Malika. Ces inconnus sont les mêmes collègues de
travail si gentils en face, si obscènes en réalité.
N’oublions pas les hommes qui marchent dans les rues, les
passants qui ne laissent pas passer la chance pour insulter une femme, ou
bien l’humiler en lui murmurant des obscènités dans l’oreille.
Donc, on peut dire que la société entière participe à la pression sur
les femmes.

94
Il y a bien des femmes qui luttent contre les coutumes pour changer
l’attitude de la société envers elles. Il y en a également celles qui sont
complètement soumises au statut inférieur que leur donne cette société.
Mais enfin nous pouvons remarquer l’espoir et l’optimisme de
l’auteur dans une révolution féminine qui bouleversera la terre sous les
pieds des hommes.

Quatriem Chapitre
Comparaison entre les femmes dans les deux romans "Une si longue
lettre" et "Le printemps désespéré"

Pour faire une telle comparaison, il faut d'abord définir la femme


dans chaque société; sa position dans la société, la place qu'elle occupe
dans la maison, son comportement vis-à-vis de l'homme, ses rêves, ses
déceptions, les problèmes dont elle souffre.
Ces facteurs sont très importants pour mieux comprendre la
situation de la femme dans sa propre société et si elle occupe la place
qu'elle mérite ou non.
D'abord, prenons l'exemple de la femme dans la société
sénégalaise, cette société peut servir d'exemple aux sociétés de l'Ouest de
l'Afrique qui diffèrent tant des autres sociétés africaines; car chacune des
sociétés a ses propres traditions, coutumes et ses modes de vie qui sont
complètement différents de l'autre.

95
Dans le roman "Une si longue lettre" l'auteur nous donne l'image
d'une société africaine, musulmane, traditionnelle. Cette société respecte
tant la femme au contraire de la société algérienne qui la méprise.
La femme sénégalaise joue un rôle très important dans la société, et
dans la maison. Eduquée ou non, la femme sénégalaise travaille dur pour
aider l'homme matériellement. Elle s'occupe de tous les travaux
ménagers, elle s'occupe également de sa grande famille qui peut
comprendre, ses beaux parents, ses belles sœurs et ses beaux frères en
plus de ses enfants, c'est la femme qui doit être au service de tous les
membres de la famille.
L'homme sénégalais – d'après ce roman – est le meilleur exemple
de l'africain; le musulman qui traite sa femme avec tout le respect dû à un
être humain. Il a l'esprit ouvert car il ne nie pas le droit de la femme à
l'éducation et au travail. Il ne se voit pas supérieur parce qu'il est un
homme.
Donc, nous pouvons dire que la femme sénégalaise ne souffre pas
de la suppression, de mépris et pas même du divorce. Sa souffrance est
d'un autre genre. Elle souffre de la polygamie.
Le roman met en valeur une société africaine musulmane; d'après
les musulmans, la question de la polygamie doit être une chose banale qui
ne suscite aucun problème parce que c’est Dieu qui l'a autorisée. les
hommes, profiteurs de cette autorisation, défendent de toute leur force, ce
droit c'est-à-dire le droit de prendre une, deux, trois ou bien quatre
femmes, et même la société apprécie l'idée de la polygamie, parce que la
plupart des sociétés de l'Afrique de l'Ouest sont des sociétés pauvres.
L'homme ne peut pas à lui seul fournir tous les besoins de sa
famille, c'est pourquoi il prend une autre femme, plus jeune, plus forte
pour l'aider dans son travail, et pour aider la première femme dans la
maison.

96
D'après ce point de vue, la première femme apprécie un deuxième
mariage, parce que, c'est elle qui va profiter de ce mariage : moins de
travail, plus d'argent.
D'ailleurs, la polygamie est un prestige social pour l'homme
sénégalais, car la capacité matérielle et sexuelle de l'homme est mesurée
par le nombre de femmes qu'il a, donc, cela peut être une des raisons qui
incitent l'homme à la polygamie.
D'après les traditions, la deuxième femme doit traiter son aînée
comme elle traite sa propre mère, elle doit la respecter et lui obéir. En
échange, l'aînée doit considérer la jeune femme comme sa propre fille,
elle doit l'aimer et aimer ses enfants, elle doit également la conseiller et la
soutenir car c'est elle qui est plus compétente et plus sage.
Cette image me paraît d'abord trop idéale, parce que dans ma
propre société, la polygamie est considérée comme une catastrophe qui
détruit la maison, aucune femme soudanaise ne peut supporter une
deuxième femme qui lui partage son mari sous aucun prétexte, mais ce
n'est pas le cas dans toutes les sociétés.
J'ai demandé à une de mes étudiantes qui est tchadienne; est-ce vrai
que la polygamie ne pose pas de problèmes dans votre société ? Elle m'a
assuré que non .elle m'a parlé de sa propre expérience; elle est la
deuxième femme, et elle traite son aînée avec respect et vrai amour, ces
sentiments sont – bien sûr – réciproques. Elle a laissé ses trois enfants au
Tchad avec leur belle-mère – qu'ils appellent mère – pour venir faire des
études au Soudan avec son mari.
Donc, la réalité diffère tant du roman, car l'auteur nous présente la
polygamie comme un problème sérieux dont souffrent toutes les femmes
au Sénégal.
L'auteur raconte l'histoire de deux femmes éduquées, elles ont
sacrifié leur jeunesse pour réaliser la vie dont elles rêvaient, elles

97
travaillent pour garantir l'avenir de leurs familles, mais trahies par leurs
maris qu'elles jugent trop égoïstes, elles ont décidé de continuer le reste
de leur vie toute seules, toute libres et toute calmes.
On ne peut pas appliquer l'exemple de Ramatoulaye et son amie
Aïssatou a toutes les femmes sénégalaises. D'autre part on ne peut pas
dire que toutes les femmes sont heureuses d'un mari partagé, d'une
maison partagée, parce que la nature de la femme refuse ce partage de
sentiments et de corps. Chaque femme veut que son mari soit à elle seule,
elle ne supporte même pas que son mari regarde – innocemment – une
autre femme. Mais la société joue un rôle très important dans le
comportement des gens, par exemple ce qu'on considère comme une
catastrophe dans une société donnée peut-être considerée comme normal
dans une autre.
En fin, je ne peux pas dire que la polygamie est tout à fait admise
par les femmes dans les sociétés de l'Afrique de l'Ouest, mais au moins je
peux affirmer qu'aux yeux de la société, ce n'est pas quelque chose
d'anormal ou d'injuste.
En fin, et d'après l'analyse de ce roman "Une si longue lettre", nous
pouvons conclure que la femme sénégalaise joue un rôle très important
dans sa maison et sa société, elle est respectée par l'homme en tant que
femme, sœur, cousine, voisine, ou tout simplement en tant qu'être
humain. L'homme voit en elle l'autre côté dont il ne peut pas être privé.
La femme sénégalaise – d'après le roman – ne souffre que de la
polygamie qui reflète l'égoïsme des hommes qui exploitent cette
autorisation pour satisfaire leurs désirs de changement tout en oubliant
celle qui a sacrifié sa jeunesse, qui a brûlé son printemps pour sa famille
et son mari.

98
Si nous comparons les problèmes dont souffre la femme
sénégalaise avec ceux de la femme algérienne nous allons sentir de la
compassion pour cette dernière.
La femme algérienne – d'après le roman "Le printemps désespéré"
– ne joue par le rôle qu'elle doit jouer : soutenir l'homme en tout ce qui
concerne leur vie commune.
Cette femme est complètement négligée, écrasée et méprisée par
l'homme. C'est l'homme qui représente l'essentiel des problèmes de la
femme. L'homme algérien a une mentalité rigide, lorsqu'il pense aux
femmes; il ne les respecte guère. Aux yeux des hommes Algériens les
femmes n'ont aucun droit ni à l'éducation, ni au travail, ni à l'amour, ni au
choix de leur mari, ni à parler, ni à discuter, ni à sentir ni même à vivre.
Cet homme si égoïste, si dur, veut que la femme lui obéisse comme
un animal qui ne comprend rien. Il veut garder la femme comme esclave
pour toute sa vie.
Pour cet homme la femme ne peut apporter que le déshonneur. Cette
mentalité très sale vient du fait que ces hommes sont sales par nature, ils
pratiquent tous les vices qu'on peut imaginer. Donc, ils soupçonnent les
femmes d'être comme eux. L'homme n'accepte pas l'éducation de sa fille
de peur qu'elle apprenne à écrire des lettres amoureuses aux garçons, il ne
la laisse pas travailler de peur qu'elle apporte un bâtard à la maison. Il ne
prend pas son avis sur le mariage car cette question ne la concerne pas!
Donc, cette femme qui vit dans cette atmosphère laide ne peut pas
aspirer à une vie normale. Dès sa naissance, la femme sent que sa famille
ne voulait pas d'elle, simplement parce qu'elle n'est pas un homme, elle
grandit entourée par les sentiments de mépris, du peur du déshonneur,
donc elle sent qu'elle est un fardeau très lourd dont toute la famille veut
se débarrasser.

99
La femme algérienne vit comme étrangère dans sa propre société,
comme un visiteur dont toute la famille attend le départ.
Si la femme a réussi ses études et suit jusqu'à l'université, elle
devient aux yeux de la société une fille des rues, aucune mère n'accepte
que son fils prenne une des filles de rue comme épouse.
La femme commence à perdre ses chances du mariage lorsqu'elle
dépasse les dix-sept ans, elle devient une vieille fille qui risque de passer
le reste de sa vie dans la maison de son père, méprisée par sa famille
parce qu'elle va rester sur leurs bras pour toujours, méprisée par la société
parce qu'elle n'a pas trouvé de mari, et une femme dans cette société n'est
considérée que par son mari et le nombre d'enfants qu'elle a, une femme
algérienne ne peut pas vivre privée des hommes, même si elle ne veut pas
se marier, la société ne la laisse pas en paix; "peut-être elle n'est plus
vierge ?", "personne ne voulait pas prendre une fille de la rue!". La
société joue un rôle essentiel dans le malheur des femmes parce qu'elle ne
leur fournit pas une atmosphère saine où elles puissent vivre, sans peur,
sans contradiction, où elles pouvaient, étudier, travailler, aimer, se marier
tout en sentant la liberté et la dignité.
D'ailleurs même, après son mariage, la femme algérienne ne peut
sentir la sécurité car elle reste toujours menacée d'un divorce.
Pour être plus claire, je vais donner des exemples des femmes du
roman, et je vous assure que ces exemples existent dans la vie réelle parce
que l'auteur est une des femmes, qui a été confrontée elle-même aux
problèmes de la femme qui travaille. Elle n'imagine pas les histoires, elles
les racontent pour refléter au monde entier la misère où vivent les
Algériennes.
Prenons d'abord l'exemple de Louisa, la jeune orpheline, mariée à
un vrai voyou parce que sa marâtre voulait s'en débarrasser à tout prix,
elle a subit les malheurs qu'on peut imaginer. Dépassée, méprisée par son

100
mari parce qu'elle n'avait pas des frères à la défendre contre la grossièreté
de son mari.
L'autre exemple c'est Leila, une jeune fille que le destin a châtié
par un frère très dur; Boualem qui représente le meilleur exemple du frère
qui exerce son autorité sur sa sœur d'une façon inhumaine.
Leila représente le type de la femme révolutionnaire qui croit à son
droit à l'éducation, et au choix de son mari. Elle a fait face à son frère en
lui faisant découvrir sa propre réalité, si égoïste, si sale, si lâche.
Nous avons, enfin, l'exemple de Yasmina, Malika et Fatiha. Ce
sont des filles qui ont réussi à continuer leurs études, à travailler, mais sur
le plan personnel, elles ont complètement échoué.
Yasmina et Fatiha ont perdu leurs amants, parce que, selon les
traditions, les mères sont toujours là pour choisir une jeune, belle, fille
institutrice comme épouse de leurs fils.
Donc, cette femme malheureuse, même en gagnant un peu de
liberté, elle n'est pas tout à fait heureuse car; désespérée en amour elle ne
peut pas se réjouir de sa vie.
On peut facilement remarquer que la nature des problèmes dont
souffrent les femmes sénégalaises diffère de celle des femmes
algériennes.
Nous avons aussi remarqué que la femme sénégalaise ne souffre
pas de la mutation, le mépris, la suppression, de la part de la société
masculine, au contraire, elle occupe la place qu'elle mérite.
Elle jouit de ses droits à l'éducation, au travail et, le plus important,
à la vie digne, honnête et heureuse.
D’ailleurs, la question de la polygamie qui suscite des problèmes
chez la femme sénégalaise est peut-être considérée comme un
enfantillage comparée aux problèmes dont souffre la femme algérienne.
Cette femme aurait peut-être voulu que son mari prenne une deuxième

101
femme avec qui elle partage le chagrin et le malheur. Une autre pour
l’aider à supporter le fardeau très lourd qui est le mari. Une autre avec qui
elle peut échanger la compassion car c’est seulement une co-épouse qui
peut comprendre ce que c’est qu’un homme dur, sale, sans cœur, grossier
et lâche, car celui qui entend une histoire n’est pas comme celui qui la vit.
On peut conclure que la société sénégalaise diffère de la société
algérienne en ce qui concerne la femme ; son statut, son rôle, sa situation,
sa position vis-à-vis de l’homme, ses problèmes, ses éspoirs et ses
déceptions.
Cependant, les deux sociétés sont africaines, musulmanes, mais ce
que compte c’est la question des traditions, des coutumes, et des principes
de la société donnée.
Ces facteurs donnent leur coloration aux membres de la société.
Car comme nous l’avons déjà dit, l’Islam qui a rendu à la femme sa
dignité perdue n’a pas réussi à empêcher les Algériens de traiter leurs
femmes comme des animaux.
Je peux donc conclure que c’est seulement la femme qui est
capable de résoudre ses problèmes, car c’est elle, seule, qui subit le
violence, la torture, le mépris et l’injustice de l’homme. Elle ne doit pas
attendre que le sécours lui vienne d’ailleurs. Elle doit combattre pour
obtenir tous les droits dûs à un être humain. Tous ce qu’elle a besoin c’est
d’avoir confiance en elle.

102
103
Conclusion générale

D'après l'analyse des deux romans nous faisons la connaissance des


problèmes qui envisagent la femme dans les sociétés africaines. Comme
exemple, nous avons traité les problèmes dont souffre la femme
sénégalaise et ceux de la femme algérienne.
Prenond s'abord le problème de la polygamie, il y a une confusion
sur cette appellation parce que tout le monde ne considère pas la
polygamie comme un problème qui exige une solution. La polygamie est
considérée dans la plupart des sociétés des pays de l'Ouest d'Afrique
comme une chose banale, un droit que donne Dieu à l'homme, donc il
n'est pas question de discuter une affaire divine. D'ailleurs, ces sociétés
dont on parle sont des sociétés pauvres et simples, les femmes ont des
préoccupations plus importantes que la question de la polygamie. Elle se
soucient plutôt de la nourriture de leurs enfants que de penser au mariage
de leurs maris. Les femmes qui ont goutté la souffrance trouvent parfois
dans le mariage du père de la famille une solution à leurs problèmes parce
que la co-épouse va participer matériellement dans leurs vies communes.
Donc, on peut dire que la polygamie ne pose pas de problème
sérieux que chez des femmes comme les héroïnes de notre roman (Un si
longue lettre). Le cas de ces femmes peut s'appliquer sur beaucoup de
femmes dans le monde entier non seulement en Afrique, car l'égoïsme
masculin est la même par tout. Dans le roman, l'homme est représenté
selon le point de vue féminin ; égoïste, lâche, sans cœur. D'après le
déroulement des actions dans le roman, on peut dire qu'il mérite bien
cette description car le remariage d'un homme seulement pour le plaisir
de changement tout en oubliant le sacrifice de sa femme ne reflète que
l'égoïsme de cet homme.

104
Malheureusement, il n'y a pas de solution possible à ce problème
dont souffre bien des femmes, on ne peut pas dire que la polygamie est
injuste parce que c'est Dieu qui l'a autorisée. On peut dire plutôt que c'est
l'homme qui est injuste parce qu'il exploite ce droit pour satisfaire son
égoïsme. Il y a des femmes qui ne peuvent pas supporter la présence
d'une autre dans la vie de leur mari, mais elles se trouvent obligées de
continuer le reste de leur vie comme une deuxième femme négligée et
presque méprisée. Ces femmes ne peuvent pas rompre pour plusieurs
raisons ; il y a celles qui ne peuvent pas gagner la vie de leurs enfants
toutes seules, celles dont les familles considèrent le divorce comme un
crime, celles qui ont peur du statut trop inférieur que donne la société à
une femme divorcée, etc.
Donc, il n'y aura pas de moyen d'échapper à la polygamie, car elle
est comme le destin, ce sont les réactions qui diffèrent d'une femme à
l'autre selon ses circonstances, son statut et sa société.
Dans l'autre roman (Le printemps désespéré), la souffrance de la
femme est complètement différente. La femme algérienne souffre de la
sujétion qu'exerce la société, et surtout l'homme sur elle.
La femme en Algérie et dans beaucoup de sociétés Arabes et
Musulmanes souffre du mépris de l'homme car il se voit supérieur. Nous
pensons que la société participe à cette ségrégation entre l'homme et la
femme, ce n'est pas la religion, car l'Islam a rendu aux femmes tous leurs
droits perdus. Ce sont plutôt les coutumes et les traditions sociales qui
enchaînent la femme pour rester une esclave de l'homme pendant toute sa
vie. L'homme profite tant de son statut supérieur ; il est le maître par tout
: dans la maison, père, frère, mari. Dans la rue il marche la tête haute et
n'hésite pas à insulter les femmes qui marchent sur le même trottoir que
lui. Dans le travail, il se voit plus important et il fait semblant d'être
civilisé en traitant ses collègues avec toute la gentillesse due à des

105
femmes en face mais en arrière, ils ôtent le masque de civilisation et
deviennent complètement dénués de respect et d'humanité envers les
femmes. Donc, ce genre d'homme est – d'après moi – pire que les
hommes très sales, très grossières, très durs envers les femmes parce
qu'ils pratiquent leur violence morale franchement, mais ces derniers sont
trop lâches pour découvrir la réalité de leur point de vue sur leurs
collègues, dont ils pratiquent l'hypocrisie sociale pour plaire aux femmes.
Pour se débarrasser de ce statut si inférieur, si sale, si injuste
qu'offre la société aux femmes, il faut commencer par les femmes elles-
mêmes. Il faut d'abord faire comprendre aux femmes qu'elles sont égales
aux hommes. Car il y a bien des femmes qui sont complètement
convaincues de leur infériorité vis-à-vis des hommes, elles cèdent
volontairement leurs droits aux hommes.
C'est la femme, elle seule, qui est capable de parler de soi, de
discuter ses espoirs, ses déceptions, de faire des plans pour son future, de
combattre pour obtenir ses droits perdus, de défendre les faibles de son
sexe, de faire de son mieux pour changer sa situation pour le meilleur, car
si elle attend le secours d'autrui, c'est-à-dire de l'homme, elle serai perdue,
parce que celui qui souffre n'est pas comme celui qui ne souffre pas.
Celui qui jouit de toutes les qualités et les droits à un être humain n'est
pas comme celui qui en est privé. Celui qui a la main dans l'eau n'est pas
comme celui qui a la main dans le feu.
Je n'incite pas les femmes à combattre les hommes comme des
ennemies, car nous nous sommes trouvés pour s'aimer, s'entre aider, pour
établir une vie commune pleine de travail commun, d'espoir, de plaisir et
surtout de justice, car si l'être humain a senti l'amertume de l'injustice, sa
vie deviendra un enfer insupportable.
Pour que les hommes sentent la paix dans leurs vies familiales,
conjugales, ou plutôt générales, ils doivent comprendre qu'il ne sont pas

106
le centre du monde, et qu'ils doivent rendre le respect à celle qui leur a
donné la vie; la mère, à celle qui partage leur vie; la femme, à leurs
sœurs, leurs cousines, leurs voisines, leurs camarades, leurs collègues de
travail, etc.
Donc, la question n'est pas une guerre entre les femmes et les
hommes, c'est plutôt une recherche légitime des droits essentiels de la
part des femmes, ces droits sont malheureusement niés, soit par la société,
soit par l'homme comme le droit à l'éducation, au travail, au choix du
mari, etc. C'est évident que ce n'est pas les cas dans toutes les sociétés,
car la situation de la femme s'est bien améliorée dans les dernières années
grâce à la lutte des pionnières, mais il y en a qui souffrent encore.
En fin, je peux conclure que c'est Dieu qui a crée la femme et l'a
honorée, pourquoi l'homme veut-il ôter cet honneur pour faire de la
femme une esclave pour le servir et le distraire ? Si les hommes ont su
bien répondre à cette question, tous les problèmes des femmes seront
résolus.

107
Bibliographie

1. Bâ, Mariama Une si longue lettre. Le Serpent à plumes, Paris,


2002.

2 . GRESILLON, Marie, Une si longue lettre de Mariama Bâ ,


les classiques africains, Edition saint – paul , Paris , 1986 .

3. JOUBERT, Jean – Louis , Littérature francophone

( Anthologie ), Nathan , Paris , 1992 .

4. JOUBERT, Jean – Louis, Littératures francophones d'Afrique


de L'ouest (Anthologie ), Nathan, Paris , 1994 .

5. JOUBERT, J. et al , Littérature francophone du Monde arabe


( Anthologie ), Nathan , Paris , 1994 .
6. Sid-Ahmed Awad, Mayada, La femme dans le roman algérien d'expression

française ( 1965 – 1985 ), Thèse de doctorat , 2003.

7. Touati, Fettouma Le printemps désespéré. l’Harmattan, Paris,


1984.

108
Table des matières

Dédicace …………………………………………………………….. I

Remerciements II
............................................................................…….

‫………………………………………………………………… ﺧﻼﺻﺔ‬ III

Introduction générale ………………………………………………… 1

Premier Chapitre…………………………………………………….. 3

Introduction générale sur La littérature africaine…………...….…….. 3

Les littératures de l’Afrique de l’ouest ………………………………. 4

La littérature Sénégalaise……………………………………….…….. 7

Introduction sur les littérature du Maghreb…………………….…….. 10

La literature Algérienne d’expression française……………………… 11

Deuxiem Chapitre…………………………………………….………. 13

Marima Bâ……………………………………………………………. 13

Une si longue letter (Résumé)……………………………….……... 14

Une analyse complète du roman ( Une si longue lettre )……….…….. 15


Troisiem Chapitre……………………………………………………..
29

Fettouma Touati………………………………………………………. 29

Le Printemps désespéré (Résumé)…………………………………… 30

Analyse du Printemps désespéré……………………………………… 32

Quatriem Chapitre……………………………………………………. 93

Comparaison entre les femmes dans les deux romans "Une si longue
lettre" et "Le printemps désespéré"…………………………………... 93

Conclusion générale…………………………………………….…….. 101

Bibliographie…………………………………………………………. 105

Table des matières……………………………………………………. 106

109
110