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État des lieux du marché des

kits solaires en Afrique :


Acteurs, Marchés, Investissements, Produits et
Tendances
1 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique

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et délivre des analyses sur-mesure aux entreprises,

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2 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


TABLE DES MATIÈRES
I. État des lieux de la production d'énergie en Afrique 4

II. Potentiel énergétique de l'Afrique 8

II.1 Énergie hydroélectrique 8

II.2 Énergie géothermique 8

II.3 Énergie éolienne 8

II.4 Énergie solaire 9

III. Production d'énergie décentralisées 11

III.1 Mini-grids 11

III.2 Systèmes autonomes ou Solar Home Systems 11

III.3 Coût de production et de transport 12

IV. Kits solaires en Pay-As-You-Go 13

IV.1 Financement des équipements 14

IV.2 Les acteurs du Pay-As-You-Go en Afrique 16

IV.2.1 M-Kopa, leader incontesté 16

IV.2.2 Off-Grid Electric 18

IV.2.3 Fenix International 19

IV.2.4 Azuri Technologies 21

IV.2.5 Mobisol 21

IV.2.6 ARESS 23

IV.2.7 PEG Africa 23

IV.2.8 BBOXX 24

IV.2.9 Nova Lumos 24

IV.2.10 D.light 24

IV.3 Le marché des kits solaire en Afrique : Chiffre d’affaire et volume des ventes 25

IV.4 Types de produits commercialisés 27

IV.5 Financement des startups 28

IV.6 Distribution et service après-vente comme moyen de différenciation 29

V. Conclusion 30

Sources 32

INNOGENCE CONSULTING 33

Contact : 33

3 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


I. État des lieux de la production
d'énergie en Afrique
Avec 1,2 milliard d’habitants, l’Afrique est aujourd’hui le deuxième continent le plus peuplé au
monde derrière l’Asie qui abrite 4,4 milliards d’habitants. Paradoxalement, c’est également la
région du monde où l’on consomme le moins d’énergie. En effet, malgré la demande locale
croissante, la consommation annuelle moyenne par personne s’élève à 496 kWh en Afrique
Subsaharienne, contre 6944 kWh en France et 12972 kWh aux Etats-Unis.

Le niveau de consommation est étroitement lié à la quantité d’énergie produite sur ce continent
dont la puissance installée est de 160.000 MW, soit un niveau inférieur à celui de l’Allemagne. Une
capacité de production majoritairement portée par les pays d’Afrique du Nord et par l’Afrique du
Sud, tandis que la puissance installée de l’Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) s’élève à
environ 53.000 MW. Or, un approvisionnement fiable, suffisant et stable en énergie constitue un
pré-requis important dans la lutte contre la pauvreté, la malnutrition, les changements
climatiques, les difficultés d’accès à la santé et à l’éducation, et plusieurs autres maux auxquels
sont confrontés (dans une certaine mesure et à des degrés variables) des populations africaines
pour lesquelles l’accès à l’énergie est loin d’être un acquis.

Répartition de l’énergie produite

Energie Taux Charbon


Gaz Pétrole
Énergie Energie Nucléaire

produite
d’accès
naturel Hydraulique
renouvelables

(109 kWh) (%) (% total) (% total) (% total) (% total) (% total) (% total)

Monde 23863,9 85,5 40,7 21,6 4,1 16,2 6,0 10,6

Asie de
l’Est & 8735,9 96,5 60,6 13,5 2,2 15,0 4,2 3,8
Pacifique

Europe &
Asie 5254,8 100,0 24,1 24,3 1,3 16,6 10,5 22,4
centrale

Amérique
latine et 1588,2 97,0 6,5 26,0 10,6 46,5 6,4 1,9
Caraïbes

Afrique du
Nord & 1379,6 97,0 3,4 64,1 28,8 2,6 0,4 0,3
M.O

Amérique
4977,4 100,0 35,7 24,6 1,0 12,9 6,6 18,9
du Nord

Asie du
1478,4 80,0 65,7 9,1 5,2 11,6 4,6 2,8
Sud

Afrique
467,4 38,3 51,4 8,6 4,3 21,2 1,7 3,0
Sub.
Source des données : Banque Mondiale

4 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Aujourd’hui, seulement 44% des populations africaines ont accès à l’électricité. Pris comme tel,
ce taux peut se révéler trompeur car en réalité, certaines régions comme l’Afrique du Nord
enregistrent un taux d’électrification quasiment égal à 100%, tandis que seulement 38,3% des
populations subsaharienne ont accès à l’électricité, dont 85% de taux d’électrification pour
l’Afrique du Sud. Cette répartition inégale de l’accès à l’énergie laisse ainsi plus de 600 millions
d’Africains dans le noir, dont la grande majorité fait partie des 63% de la population continentale
vivant en zones rurales, dont à peine 10% sont couvertes par les réseaux nationaux de
distribution d’électricité. Pourtant, même pour les personnes habitant les zones desservies par ce
réseau, les prix prohibitifs et le manque de fiabilité de ce dernier entravent considérablement la
fourniture d’électricité. L’on comprend dès lors pourquoi cette problématique de l’accès à
l’énergie, de part sa criticité pour le développement économique et le nombre de personnes
concernées, a été incluse dans le périmètre de l’Objectif 7 de Développement Durable des
Nations Unis, ayant notamment pour but de garantir l’accès de tous à des services énergétiques
fiables, durables et modernes, le tout à un coût abordable.

Taux d’électrification en zones urbaines et rurales dans les pays d’Afrique


subsaharienne en 2014 (Unité : %)

100
94
96
91

97

84 85
78
87 76
92
83
83
71 68 72
77 79
71 58 61 69
65 57 62
58 63 51 54 53 51
51 52
42 42 31 41
37 29 39
33 32 32
26
22 17
3 16 3 2 3 10 10 12 13 4 13 2 12 11 2 6 5 9 1 11 8
4 4 16 10 4 10
Afrique du Sud
Angola
Bénin
Burkina Faso
Burundi
Cameroun
Rep. Centrafricaine
Congo, Rep
Comores
Côte d'Ivoire
RDC
Djibouti
Ethiopie
Gambie
Gabon
Ghana
Guinée
Kenya
Libéria
Mali
Madagascar
Mauritanie
Maurice
Mozambique
Niger
Nigeria
Rwanda
Sénégal
Sierra Leone
Somalie
Soudan
Soudan du Sud
Tanzanie
Togo
Ouganda
Zambie
Zimbabwe

Zones rurales Zones urbaines

Source de données : Banque Mondiale


Au vu du fort taux de croissance d’une population qui devrait atteindre près d’1,5 milliard d’âmes
à l’horizon 2030, l’Agence Internationale de l’Énergie Renouvelable (IRENA) estime que la
demande nette en électricité de l’Afrique devrait passer de 1800 à 2200 TWh, soit une hausse de

5 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


22%. En outre, ce manque croissant nécessiterait une augmentation proportionnelle de la
puissance installée de 160 GW à 250, voire 480. À en croire les prédictions estimant à 4,2
milliards la population africaine en 2100, la pénurie d’énergie sur le continent devrait continuer
d’évoluer à la hausse dans les années à venir.

Si l’accès à l’électricité conditionne fortement la disponibilité de services essentiels tels que les
soins de santé, l’approvisionnement en eau potable, ou encore la sécurité des populations, il est
également indispensable pour le développement de plusieurs secteurs d’activités. En effet,
bénéficier d’une source d’énergie stable et suffisante permet entre autres d’améliorer
significativement la productivité du secteur agricole (faisant fonctionner des systèmes de
pompage d’eau pour l’irrigation), ou encore augmente les performances commerciales des États
(grâce à l’installation d’usines de transformations de matières premières). Cette dépendance des
économies vis-à-vis de l’accès à l’électricité est clairement illustrée par le manque à gagner
occasionné par le déficit en énergie du continent africain, qui selon la Banque Africaine de
Développement équivaudrait à 2% de son PIB.

Aujourd’hui encore, les populations africaines lésées par le réseau électrique ont très souvent
recours aux sources d’énergie fossiles (charbons, pétrole, etc.), ou aux batteries jetables comme
source d’éclairage. Ces alternatives, très polluantes pour la plupart, sont non seulement à
l’origine de problèmes de santé relativement graves (ex : troubles respiratoires), mais s’avèrent
également préjudiciables pour la sécurité des utilisateurs, notamment à cause du risque
d’incendie encouru lors de leur utilisation. D’après la Banque mondiale, près de 600.000
personnes seraient ainsi décédées à cause de la pollution de l’air intérieur en Afrique durant
l’année 2012, un nombre de victimes supérieur à celui enregistré pour la tuberculose, le VIH et le
paludisme chaque année. Bien que néfastes, ces sources d’énergie occupent, du fait de leur
nécessité, une part non négligeable dans le budget des ménages africains. En effet, outre les 17
milliards de dollars environ alloués chaque année par ces derniers à l’achat de kérosène, presque
15 milliards de dollars sont également dépensés annuellement pour l’achat de batteries destinées
à recharger les téléphones mobiles. Au total, ce sont plus de 32 milliards qui sont ainsi consacrés
à l’approvisionnement en kérosène, bougies ou autres batteries, soit environ 30% des revenus net
de ces foyers.

Afin d’apporter une réponse pertinente à ce problème d’envergure, plusieurs projets


d’électrification ont vu le jour en Afrique. Parmi ces derniers, Power Africa, une initiative
américaine lancée en juillet 2013 par le Président de l’époque, Barack Obama, avec pour ambition
de stimuler la croissance et le développement économique de l’Afrique, en favorisant un meilleur
accès à l’énergie. Déployé sur une période de cinq ans, le programme réunit outre le
Gouvernement américain, plusieurs pays africains, ainsi que des institutions de premier rang, à
l’instar de la Banque Africaine de Développement. D’après l’agence de développement
américaine, l’initiative aurait déjà permis d’augmenter de 27 GW la puissance installée sur le
continent, et devrait à terme permettre de fournir 30 GW à quelques 60 millions d’Africains.

Également déployé en vue de promouvoir l’électrification de ces populations, Lighting Africa est
un projet mené par la Banque mondiale en partenariat avec quelques pays de l’OCDE, avec pour
ambition de mettre l’électricité à la portée de 250 millions de personnes d’ici 2030, en leur
fournissant des kits solaires. Depuis le lancement du projet pilote en 2009 au Ghana jusqu’à ce
jour, Lighting Africa a déjà permis à 15,8 millions de personnes de sortir de l’obscurité au travers
de la vente de près de 12 millions d’appareils solaires.

6 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Enfin, avec sa fondation Energies pour l’Afrique, l’ancien ministre français de l’écologie, Jean-
Louis Borloo, entendait amorcer une dynamique pour la création d’un fonds de soutien à
l’électrification de l’Afrique, et ainsi créer un véhicule unique pour toutes les initiatives en faveur
de l’électrification sur le continent. Ayant pour objectif d’électrifier toute l’Afrique en une décennie
via un plan de financement de 4 à 5 milliards de dollars par an, la fondation a reçu le soutien de
41 chefs d’Etats africains. Après deux années passées à parcourir le continent, et malgré
l’annonce du soutien du prince saoudien Al-Walid Ben Talal à son fonds, Monsieur Borloo
annonçait le 15 février 2017 qu’il souhaitait désormais se mettre “au service d’une nouvelle cause
collective”, mettant ainsi fin à son aventure africaine.

7 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


II. Potentiel énergétique de
l'Afrique
En matière d’énergie, le continent africain illustre assez bien l’adage selon lequel les cordonniers
sont souvent les plus mal chaussés. En effet, contrairement aux apparences, les lacunes
d’approvisionnement en énergie des populations africaines ne sont pas dues à un manque de
ressources, loin de là. À ce jour, l’Afrique dispose de 8% des réserves mondiales de gaz et pétrole
(principalement localisées en Afrique du Nord et dans les pays du Golf de Guinée), de 18% des
réserves d’uranium (que l’on retrouve notamment en Namibie, en Afrique du Sud et au Niger), et
de 4% du charbon (principalement localisé en Afrique Australe). Outre ces nombreux trésors dont
regorgent son sol et son sous-sol, le continent africain est doté d’un potentiel énergétique
considérable, notamment en ce qui concerne les énergies renouvelables, qui ne représentent
pourtant que 1% de son mix énergétique actuel.

II.1 Énergie hydroélectrique


Avec des ressources de l’ordre de 350 GW, l’Afrique détient 10% du potentiel hydroélectrique
mondial grâce notamment au Nil, au Zambèze, au Volta ou encore au fleuve Congo. Parmi les
principales places fortes, on compte la République Démocratique du Congo (RDC) avec un
potentiel de 100 GW (répartis sur 200 sites dont Inga qui possède à lui tout seul un potentiel de
43,2 GW), l’Ethiopie et le Cameroun. Seulement aujourd’hui, ces ressources ne sont exploitées
qu’à hauteur de 8%, principalement en raison des investissements financiers importants que
requiert la construction de centrales hydrauliques, dont le coût est environ 50% plus élevé que
celui d’une centrale thermique, à charbon ou à gaz, pour une installation de 100 MW. Cette
utilisation partielle des ressources disponibles est également une réalité à l’échelle régionale,
notamment en Afrique de l’Ouest où seulement 16% des 25 GW de potentiel estimé sont
aujourd’hui exploités.

II.2 Énergie géothermique


De même, l’Est de l’Afrique qui regorge d’un important potentiel géothermique n’utilise à ce jour
que 217 MW, alors que les dernières études estiment à 10.000 MW le potentiel du Kenya seul, et
à plus de 15 GW celui de la vallée du Rift (traversant Djibouti, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda et la
Tanzanie). Dans cette région tout particulièrement, de grands projets sont en cours de réalisation,
comme celui de Menengai au Kenya, censé générer à terme, quelques 400 MW.

II.3 Énergie éolienne


Aux réserves potentielles d’énergies renouvelables présentes en Afrique de l’Ouest et de l’Est,
viennent s’ajouter celles des façades côtières du continent. Exposées à des vents de 6m/s
minimum, celles-ci sont éligibles pour l’exploitation de l’énergie éolienne, principalement en
Afrique du Sud, en Egypte, au Maroc, en Ethiopie et au Kenya, les cinq principaux fournisseurs
d’énergie éolienne en Afrique. Seulement, la production installée actuelle est de 3,1 GW, avec des
projets en cours qui permettront de produire 1,2 GW supplémentaires. Pour autant, tout cela ne

8 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


représente que moins de 5% du potentiel du continent en matière de production d’énergie
éolienne (estimée à 110 GW).

II.4 Énergie solaire


D’après l’agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), les pays africains bénéficient
d’une irradiation solaire moyenne comprise entre 1750 kWh/m²/an et 2500 kWh/m²/an. De fait,
cette irradiation est bien supérieure à celle de l’Allemagne (1150 kWh/m²/an) qui pourtant dispose
d’un parc solaire d’une puissance installée de 40 GW, contre seulement 2,1 GW en Afrique. Dans
ses zones tropicales comme désertiques, le continent africain est baigné par les rayons d’un soleil
qui y brille toute l’année pendant environ 3000 heures. Depuis 2012, une baisse du coût de
production du mégawatt (1,3 million de dollars en moyenne contre 1,8 million de dollars au niveau
mondial) a été observée dans cette région. Cette chute des coûts s’est révélée bénéfique pour le
développement de nombreux projets de centrales photovoltaïques (ex: NOOR au Maroc, Senergy
au Sénégal), ou encore du projet de construction de cinq centrales solaires de 100 mégawatts,
chacune mise en place par le gouvernement nigérian, en partenariat avec General Electric. En
dépit de ce foisonnement d’initiatives visant à booster ses performances énergétiques, l’Afrique
n’exploite qu’une infime partie des 10 TW qui pourraient potentiellement être produits en tirant
profit de son ensoleillement particulièrement favorable.

Pourtant, la production d’énergie solaire constitue indéniablement une solution des plus
pertinentes aux problèmes de fourniture d’énergie, notamment dans les zones rurales à très faible
densité de population, dont les habitants pauvres pour la plupart, ne sont bien souvent pas
connectés aux réseaux nationaux. Plusieurs raisons expliquent la marginalisation de ces
populations, résultant de leur faible pouvoir d’achat et du coût de raccordement particulièrement
9 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique
élevé en raison de leur éloignement par rapport aux lieux de productions (le kilomètre d’extension
de réseau coûtant entre 7000 et 15.000 euros, et pouvant aller jusqu’à 40.000 euros). Ces coûts
prohibitifs ont été à l’origine d’une réflexion portant sur un mode de production alternatif, plus
adapté au contexte socio économique des populations africaines.


10 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


III. Production d'énergie
décentralisées
Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, il est fréquent de voir la production d’énergie
assurée par de grands ouvrages tels que les centrales hydrauliques, thermiques et même
nucléaires. De fait, les États africains se retrouvent continuellement confrontés au défi de
l’investissement dans les ressources nécessaires à la construction ainsi qu’à l’entretien de ces
infrastructures, afin de stimuler et soutenir leur croissance économique par un approvisionnement
continu en énergie. Cependant, force est de constater que produire une électricité qui sera
acheminée à plusieurs centaines de kilomètres du lieu de production pour fournir des villes ou
villages de quelques centaines, voire quelques dizaines d’habitants est une démarche peu
efficiente et loin d’être rentable. Au-delà du coût de raccordement, les pertes liées au transport
sur les réseaux électriques peuvent atteindre jusqu’à 20%, ce qui rend nécessaire le
développement d’une production de proximité et décentralisée, notamment sous forme de mini-
réseaux (mini-grid) ou sous forme de systèmes autonomes (off-grid).

III.1 Mini-grids
Mis en place pour répondre aux besoins énergétiques d’une communauté, les “mini-grid” sont
généralement constitués de mini-réseaux électriques basse tension, alimentés par des
générateurs Diesel, de petites centrales électriques, l’énergie éolienne, photovoltaïque ou encore
par celle issue de la biomasse. Propice à l’hybridation (couplage diesel et solaire par exemple),
ces systèmes qui requièrent une certaine capacité de stockage (généralement assurée par des
batteries), sont utilisés autant pour l’alimentation individuelle que collective (éclairage public). En
Afrique, plusieurs projets s’inscrivent dans une démarche similaire à celle de PowerCorner, initiée
début 2015 par Engie, en vue d’approvisionner en électricité des populations rurales du village de
Ketumbeine (en Tanzanie) où vivent 800 habitants, via des mini-réseaux à énergie solaire au coût
compris entre 100.000 et 200.000 euros. De son côté, le Mali a lui aussi investi dans la mise en
place de plus de 200 mini-réseaux fonctionnant au diesel.

III.2 Systèmes autonomes ou Solar Home Systems


Les systèmes autonomes sont quant à eux des systèmes de production décentralisés individuels,
conçus pour répondre aux besoins de foyers non reliés au réseau électrique. Les dispositifs de ce
type les plus utilisés sont les générateurs Diesel, les gazéificateurs de biomasse ou encore les
panneaux photovoltaïques. Ces derniers sont souvent associés à un système de stockage,
notamment des batteries électriques, afin de pallier au décalage entre la demande et les pics de
radiation solaire, et d’assurer ainsi un approvisionnement continu en électricité. Des systèmes de
kits solaires à usage individuel produisant jusqu’à plusieurs dizaines de watts en fonction des
équipements annexes ont déjà été distribués par millions, principalement en Afrique de l’est où de
nombreuses startups se partagent le marché local, au rang desquelles de M-Kopa, Off-grid
Electric, Mobisol, etc.

11 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


III.3 Coût de production et de transport
Malgré ses innombrables ressources énergétiques, l’Afrique produit pourtant encore une énergie
trop chère pour le consommateur local. En effet, le tarif moyen s’y situe autour des 13 centimes
d’euros par kWh (kilowattheure), un coût proche de ceux pratiqués dans les pays européens pour
un pouvoir d’achat bien moindre. En zones rurales, la situation est encore plus alarmante car ce
prix peut atteindre les 40 centimes par kWh pour un groupe électrogène, ou même 70 centimes
par kWh pour des panneaux photovoltaïques. Ces coûts particulièrement élevés par rapport aux
revenus des populations sont la raison pour laquelle bon nombre de paysans africains (environ
63% de la population d’Afrique subsaharienne) sont aujourd’hui encore, privés d’électricité. Bien
que subventionné par la plupart des Etats, l’approvisionnement en électricité hors de prix
représente un véritable frein pour le développement. Les fournisseurs locaux, déjà confrontés aux
énormes dépenses inhérentes à l’exploitation, doivent également composer avec les difficultés
relatives au recouvrement, puisque 40% des clients ne règlent pas leur facture, probablement
faute de moyens. Dès lors, afin d’élaborer une solution pérenne et pertinente pour ce contexte
particulier, il devient primordial, voire indispensable de concevoir une stratégie de production
décentralisée au “business model” cohérent avec les réalités de ces populations. La réflexion sur
l’électrification des populations africaines est donc multidimensionnelle et doit prendre en compte
aussi bien les aspects financiers que les questions relatives aux canaux de distribution et
technologies adaptées (solaire, diesel, mini-hydraulique, éolien, etc).


12 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


IV. Kits solaires en Pay-As-You-
Go
D’après l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), les systèmes d’éclairage
au kérosène coûtent entre 4 et 15 dollars par mois aux ménages, contre 2 dollars par mois pour
les systèmes utilisant l’énergie solaire. Ces chiffres sont corroborés par des données de
Bloomberg New Energy Finance, qui présente le solaire comme étant la source d’énergie la moins
chère dans une soixantaine de pays en développement. Les pays africains bénéficiant d’une
exposition exceptionnelle à l’irradiation solaire possèdent de fait un énorme potentiel de
production d’énergie décentralisée par panneaux photovoltaïques.

Surfant sur ce créneau très porteur, plusieurs jeunes pousses en ont profité pour se frayer un
chemin dans la commercialisation de kits destinés aux habitations ou aux boutiques de quartiers
sous différents formats. Le premier d’entre eux est le modèle fermé, pour lequel les entreprises
fournissent un ou plusieurs panneaux de puissance variable, accompagné(s) d’une batterie et
d’annexe choisie en fonction des besoins du client (ampoules LED, TV, Radio, prises pour charger
un téléphone, etc.). En outre, ce modèle permet au fournisseur de définir au préalable le type de
matériel à utiliser, celui-ci étant directement livré avec le kit solaire. L’entreprise kényane M-Kopa,
qui revendique 500 nouveaux foyers connectés quotidiennement, est l’un des précurseurs sur ce
secteur et a aujourd’hui distribué plusieurs centaines de milliers de kits au Kenya, en Ouganda et
en Tanzanie depuis son lancement en 2012.

Les clients de M-Kopa ont la possibilité de disposer d’un téléviseur compris dans leur kit solaire. Après un dépôt initial,
des paiements quotidiens sont effectués par mobile money pendant un an, après quoi, les clients deviennent
possesseurs du matériel.

13 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Par ailleurs, certaines entreprises ont fait le choix de fournir uniquement des panneaux solaires
accompagnés d’un module de stockage. Ces systèmes donnent la liberté à leurs usagers
d’utiliser autant d’appareils qu’ils le souhaitent, dans la limite de la capacité de stockage et du
voltage défini pour la batterie. À titre d’exemple, Lumos Global, une entreprise néerlandaise,
commercialise des panneaux de 80W avec une batterie permettant d’utiliser ordinateurs
portables, ventilateurs, radios, ou encore télévisions, dans la limite de 12V, excluant de fait les
gros appareils de type réfrigérateur. À l’instar de Lumos Global, d’autres acteurs tels que Solar
Box Gabon ou encore BBOXX, se sont également positionnés sur ce créneau.

IV.1 Financement des équipements


Une fois le dispositif choisi, il reste encore à définir le moyen de financement de l’installation et le
mode de recouvrement le plus pertinent : comptant, échelonné, prépayé, post-payé, etc. Pour
autant, le faible pouvoir d’achat des populations rurales (dont une grande majorité vit avec moins
de 2$/jour), rend inadaptée la commercialisation de systèmes solaires avec un paiement
comptant. Ainsi, l’adoption d’un paiement échelonné par jour, par semaine ou par mois, s’avère
souvent être la solution la plus judicieuse.

Avec des populations vivant dans des endroits très peu peuplés, l’activité de recouvrement ainsi
que toutes ses problématiques associées (vol, fausse monnaie, distance à parcourir, etc) peuvent
également représenter un vrai challenge au quotidien. Afin d’y pallier au mieux, les jeunes
pousses implantées en Afrique ont eu l’ingénieuse idée de baser leur stratégie de recouvrement
sur l’explosion du téléphone portable et la rapide adoption du mobile money (argent mobile)
désormais connu de tous à l’échelle du continent. En effet, l’Afrique compte aujourd’hui moins
d’une personne sur trois ayant accès à un système d’assainissement convenable, la moitié de la
population habitant des zones sans routes bitumées, et seulement 63% ayant accès à de l’eau
courante. Pourtant, le paradoxe de ce continent repose dans le nombre de téléphones portables
en circulation auprès des populations locales, dont plus de 93% des individus en possèdent un.

Deuxième marché mondial en terme d’abonnés mobiles, l’Afrique est passée de 330 millions à
environ 1 milliard d’abonnés en l’espace de 7 ans (entre 2010 et 2017). Cette croissance
fulgurante est le fruit de l’arrivée sur le marché de téléphones “low-cost” (smartphones à moins
de 50 euros et feature phones à partir de 10 euros), généralement importés d’Asie et à la portée
des bourses locales. Ce fort taux de pénétration du mobile a surtout permis le développement de
nombreux services, notamment financiers et bancaires, sur un continent qui dans sa partie
subsaharienne, compte en moyenne 3,2 agences bancaires pour 100.000 habitants (contre 69 en
France par exemple). Pendant longtemps, cet état de fait a porté préjudice au taux de
bancarisation resté en dessous de la barre des 15% dans la vaste majorité des Etats
subsahariens. Ce n’est qu’avec la démocratisation de la téléphonie mobile et le déploiement de
solutions de paiement et de banques sur mobiles en 2007, que la tendance s’est inversée. Ainsi,
les fournisseurs de services de mobile money, incarnés dans leur grande majorité par des
opérateurs télécoms, ont fortement disrupté la chaîne de distribution classique des produits et
services financiers, en choisissant de contourner les modèles bancaires pour se baser sur un
réseau d’agents et des technologies accessibles (de type USSD par exemple), afin notamment de
permettre aux clients de réaliser des paiements de factures, des transferts de compte à compte,
des consultations de soldes, etc. La conjugaison d’un modèle d’affaire bancaire innovant et
adapté aux réalités locales, couplé de la forte pénétration du mobile en Afrique a donc permis de
remonter le taux de bancarisation de cette zone.

14 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Aujourd’hui, bon nombre d’entreprises dans divers secteurs utilisent ces systèmes de paiement
mobile pour recouvrer leurs dus auprès de leurs clients. C’est ainsi que les startups opérant dans
la distribution de kits solaires se sont approprié le modèle du « Pay-As-You-Go », système
permettant à leurs clients de financer leurs acquisitions en payant une partie du montant total à
l’achat, et le reste en petits paiements successifs de fréquences variables (journalières,
hebdomadaires ou mensuelles). Une fois le nombre total d’échéances réglées, le client devient
alors propriétaire de l’équipement. La particularité du Pay-As-You-Go réside dans le fait que les
appareils sont équipés d’une technologie permettant au fournisseur de couper la fourniture
d’énergie à distance en cas de non paiement d’une échéance, sans besoin de parcourir les
nombreux kilomètres qui le séparent des clients.

Par ailleurs, il est désormais fréquent de voir les fournisseurs de kits développer des systèmes de
notation de crédits basés sur le mobile, en utilisant les données transactionnelles et sociales des
clients. Cette méthode permet aux clients sans historique financier formel d’obtenir des prêts,
notamment pour l’acquisition d’appareils et de systèmes solaires plus importants. D’autres
fournisseurs permettent également à leurs clients de financer leurs échéances d’énergie avec
leurs crédits de communication, à l’instar de Lumos au Nigéria.

Ce mode de financement de kits solaires requiert une importante disponibilité de cash pour les
startups, poussant ces dernières à des recherches de financements fréquentes. Une mise à
disposition de lignes de crédits spécifiques pour les entreprises du secteur pourrait donc être l’un
des facteurs de succès de ce dernier.

15 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


IV.2 Les acteurs du Pay-As-You-Go en Afrique
Aujourd’hui, on dénombre en Afrique plus d’une vingtaine de jeunes pousses opérant sur le
créneau de la mise à disposition de kits solaires pour maisons contre financement en Pay-As-
You-Go.

Malgré l’arrivée massive de plusieurs entreprises sur le segment de l’énergie solaire décentralisée,
ce marché reste dominé par cinq acteurs majeurs qui se démarquent par le nombre de dispositifs
distribués, totalisant à eux seuls plusieurs millions de kits vendus sur le continent depuis le début
de leur activité.

IV.2.1 M-Kopa, leader incontesté


Entreprise dont le nom signifie “emprunter” en swahili, M-Kopa a été créée en 2012 par Jesse
Moore et Nick Hughes, tous deux anciens cadres chez Vodafone, ainsi que par Chad Larson,
autrefois travaillant chez un gestionnaire de fonds (Mecene Investment).

L’offre de service de cette jeune pousse spécialisée dans l’éclairage solaire repose sur la mise à
disposition de kits solaires pratiques et relativement complets à sa clientèle. Ces derniers
contiennent notamment un panneau solaire de 8W, deux ampoules LED avec câbles et
interrupteurs, une lampe LED portable et rechargeable, un chargeur pour téléphone permettant
jusqu’à cinq connections standards, ainsi qu’une radio rechargeable. Non seulement cet
équipement est couvert par une garantie de 2 ans, mais les clients ont désormais la possibilité
d’opter pour un système de 20W avec un téléviseur à la clé.

16 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Pour ce qui est du règlement, M-Kopa a fait le choix d’offrir des modalités résolument souples et
adaptables aux besoins de clients au faible pouvoir d’achat et aux sources de revenus peu
régulières. Ainsi, ceux-ci ont la possibilité d’effectuer un premier dépôt d’environ 35 dollars pour
la location du kit, puis de payer des échéances d’un montant approximatif de 0,52 dollars par
jour. Au bout d’un an de paiement, les clients voient leur « credit score » s’accroître et deviennent
propriétaires de leur système solaire, ayant la possibilité de se procurer un kit plus puissant ou
s’ils le souhaitent, faire l’acquisition d’autres appareils (téléphones mobiles, cuisinières, réservoirs
d’eau, etc). Afin de pouvoir encaisser les paiements de ses clients, la startup s’est associée aux
opérateurs télécoms Safaricom et MTN dont elle utilise les services de mobile money (M-Pesa et
MTN Mobile Money respectivement), facilitant ainsi le recouvrement des créances par l’utilisation
d’un moyen de paiement bien connu et largement adopté par les populations dans les pays de
présence de M-Kopa .

Opérant actuellement au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, cette pépite kényane emploie pas
moins de 650 personnes et s’appuie sur un réseau de 2000 agents de vente directe, et plus d’une
centaine de centres de services. D’après les différents communiqués de l’entreprise, M-Kopa
aurait ainsi déjà vendu plus de 500.000 kits en Afrique de l’Est. Une performance rendue possible
en partie par les plus de 150 millions de dollars que la startup a réussi à lever depuis son
lancement, grâce aux contributions de généreux investisseurs parmi lesquels Richard Branson, la
Bill & Melinda Gates Foundation, Steve Case, Lundin Foundation, LocalGlobe, LGT Venture
Philanthropy, Jean Case, Generation Investment Management, Commercial Bank of Africa, Blue
Haven Initiative, entre autres.

L’une des particularités de M-Kopa réside dans le fait qu’elle compte dans son staff plusieurs
anciens membres de l’équipe ayant contribué au succès de M-Pesa chez Safaricom, ainsi que

17 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


des collaborateurs possédant une solide expérience de plusieurs années dans les télécoms et les
systèmes financiers africains. Cette riche palette de compétences constitue indéniablement un
atout pour M-Kopa, utile pour appréhender au mieux le marché sur lequel l’entreprise souhaite
s’installer en vue d’atteindre la barre du million de clients d’ici la fin de cette année.

IV.2.2 Off-Grid Electric


Fruit d’une rencontre à l’Université d’Oxford entre une passionnée d’Afrique (Erica Mackey) et un
entrepreneur talentueux (Xavier Helgesen), Off-Grid Electric est une startup fondée en 2012 et
opérant à Arusha (Tanzanie), avec pour objectif de permettre aux populations locales d’accéder à
l’électricité via l’utilisation de kits solaires prépayés.

Crédit photo : off-Grid electric

Grâce à une subvention de 100.000$US obtenue auprès de l’Agence des Etats-Unis pour le
développement international, Off-Grid Electric a pu démarrer la phase pilote de son projet en
Tanzanie dès 2013. Avec son laboratoire situé à San Francisco, la jeune pousse commercialise
aujourd’hui divers formats de kits, le plus élémentaire d’entre eux comprenant un panneau solaire,
trois ampoules LED, une lampe portable et une radio. Les clients peuvent ainsi choisir le format
de kit qui correspond le mieux à leurs besoins et régler leurs échéances via mobile money,
pendant une période de 1 à 2 ans, en fonction de l’offre souscrite.

En vue de diversifier son offre jusqu’ici conçue pour les ménages, Off-Grid Electric a également
lancé une offre baptisée “Business in a box”, fournissant une gamme d’appareils solaires à
destination des entrepreneurs ruraux en Afrique. Le succès commercial de la startup qui se traduit
par plus de 100.000 kits vendus n’est pas passé inaperçu pour bon nombre d’investisseurs et de
sponsors. À ce jour, l’entreprise a ainsi perçu plus de 118 millions de dollars (dont environ la
moitié en financement par la dette) de la part de plusieurs investisseurs, dont Zouk Capital, Aster
Capital, Vulcan Capital, Omidyar Network, Helios Investment Partners ou encore SolarCity.

18 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Autre marqueur de sa réussite, le contrat de partenariat entre Off-Grid Electric et l’énergéticien
français EDF, dont l’objectif est de développer une offre de distribution de kits de production
d’énergie électrique hors réseaux en Côte d’Ivoire. Baptisée ZECI, la société commune créée
suite à ce partenariat a pour ambition de fournir en électricité près de 2 millions d’individus à
l’horizon 2020. Ce projet que la startup souhaite voir prendre un essor rapide, notamment en
Afrique de l’Ouest, devrait créer un millier d’emplois rien qu’en Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, une étude menée par Off-Grid Electric démontre que ses solutions ont d’ores et déjà
permis d’accroître de 149% le temps de travail des élèves dont les familles sont équipées par l’un
de ses systèmes. Cette ambitieuse startup ne compte pas en rester là et envisage de
commercialiser un million de kits d’ici la fin 2017 avec pour effet la création de plus de 15.000
emplois directs. Des programmes de formation ont notamment été élaborés pour les nouveaux
employés et agents de la startup qui revendique à ce jour la création d’une quarantaine d’emplois
par mois.

Off-Grid Electric, qui doit faire face à la concurrence de produits bon marché et bas de gamme,
se distingue principalement par la qualité de son service, grâce à un CRM “maison” basé sur le
mobile, mais aussi à un SAV actif 24h/24 et 7j/7.

IV.2.3 Fenix International


Fondée en 2009, Fenix International se définit comme une entreprise détentrice d’une expertise
dans divers domaines, notamment l’énergie renouvelable, la finance mobile, la vente sur le dernier
kilomètre, le marketing, la distribution, ainsi que le service client. Une expertise qu’elle déploie à
partir de ses bureaux en Afrique de l’Est et dans la Silicon Valley. Parmi les accomplissements
majeurs jalonnant le parcours cette startup, figure la création d’une plateforme de financement,
19 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique
ReadyPay, destinée à permettre l’acquisition de systèmes solaires avec un paiement échelonné
dans le temps. Connectée au système de mobile money grâce à un partenariat avec les filiales
ougandaise et zambienne de MTN, ReadyPay offre aux clients la possibilité de payer leurs
échéances directement à partir de leurs téléphones, avec les avantages que cela représente en
termes de sécurité, de traçabilité ou encore de gain de temps. À la suite du paiement, les clients
reçoivent un code de sécurisé leur permettant de bénéficier d’un approvisionnement en énergie
solaire jusqu’au moment de la prochaine échéance due.

Fenix International commercialise une large gamme de kits solaires, allant du kit minimum avec
panneau de 10W, ampoules LED et chargeurs de téléphones, au kit plus complet contenant deux
panneaux de 17W avec TV, antennes, etc. Pour se procurer un kit de base, le client doit effectuer
un dépôt initial d’environ 13,7$, suivi de paiements journaliers (0,14$) ou mensuels (4,2$), pour
enfin en devenir propriétaire au bout de 36 mois.

En janvier 2017, la startup annonçait avoir distribué son 100.000ème kit solaire en Ouganda. Une
croissance prévisible à certains égards puisqu’un an auparavant, Fenix International déclarait déjà
avoir atteint la barre des 50.000 clients, soit une nette augmentation par rapport à l’année 2014
durant laquelle la startup avait enregistré seulement 10.000 clients. Dans un pays où moins de
20% de la population a accès à l’énergie, les 1,2 millions de watts installés par Fenix International
font déjà une différence significative dans la vie d’environ 600.000 Ougandais.

Ayant bénéficié de plusieurs subventions notamment de la part de GSMA ou encore du African


Entreprise Challenge Fund, Fenix International s’est surtout développée grâce aux quatre tours de
financements réalisés. Le troisième, d’une valeur supérieure à 12 millions de dollars US, a
notamment réuni divers investisseurs dont Orange, Schneider Electric ou encore GDF Suez
Rassembleurs d’Energies.

20 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


En atteignant la barre des 100.000 clients, Fenix International a pu dépasser le cap des 20
millions de dollars US de chiffre d’affaires. Des résultats qui n’auraient pas pu être obtenus sans
le concours du géant panafricain des télécoms, MTN, qui a géré depuis le lancement, plus de 2,5
millions de transactions destinées au paiement d’échéances.

IV.2.4 Azuri Technologies


À l’instar de ses concurrents, Azuri Technologies commercialise des systèmes solaires en « PAYG
» à destination de communautés rurales lésées par le réseau électrique. Celles-ci ont le choix
entre deux types de kits, à savoir un premier équipement solaire comprenant un panneau de 10W,
4 ampoules LED de 300 lumens et un chargeur pour téléphone portable. Le second kit solaire
comprend des panneaux d’une capacité supérieure, notamment dans le but de pouvoir alimenter
le téléviseur fourni avec.

La spécificité d’Azuri Technologies réside dans le fait que ses kits sont fournis avec
HomeSmart™, une intelligence artificielle auto-apprenante. Contrairement aux systèmes
traditionnels qui ne fonctionnent que dans des conditions ensoleillées et s’éteignent pendant les
journées nuageuses faute d’une source d’énergie continue et suffisante, HomeSmart™ utilise le
Machine Learning pour surveiller à la fois les conditions climatiques et l’historique d’utilisation du
consommateur afin d’assurer une fourniture d’électricité même lorsque la météo est moins
favorable. Cette technologie est donc capable de réguler (en particulier de baisser) l’intensité des
ampoules afin d’emmagasiner une énergie utilisable pendant les périodes de faible irradiation
solaire.

Les clients d’Azuri Technologies achètent du crédit “énergie” via leurs mobiles une fois par
semaine ou par mois. Ils reçoivent alors un code leur permettant de faire fonctionner leurs
systèmes. Au terme d’une période de 18 mois, le solde des échéances leur permet de devenir
propriétaires du kit, ayant alors la possibilité de choisir comme dans les modèles précédents
décrits, le déblocage définitif du système ou de passer à un système plus important.

Azuri Technologies travaille en étroite collaboration avec un écosystème local de distributeurs,


installateurs et agents de maintenance, en vue de fournir un service optimal à ses clients. Cette
implication d’acteurs locaux est non seulement créatrice d’emploi mais constitue un vrai
catalyseur pour l’activité de ces derniers. En janvier dernier, la startup annonçait notamment un
partenariat avec la Niger Delta Power Holding Company (NDPHC) au Nigeria, pour la fourniture de
20.000 kits solaires aux populations rurales. Ce projet s’inscrit pleinement dans la démarche du
gouvernement nigérian, visant à faire passer la part de l’énergie renouvelable dans la production
nationale totale de 13% en 2015 à 23% en 2025 puis à 36% en 2030.

Fondée en 2012 et basée à Cambridge en Angleterre, Azuri Technologies est déjà présente dans
pas moins de 11 pays d’Afrique subsaharienne tels que le Kenya, la Tanzanie, le Ghana,
l’Ethiopie, ou encore l’Ouganda

IV.2.5 Mobisol
Startup berlinoise fondée en 2010, Mobisol revendique la vente de plus de 70.000 kits solaires en
Tanzanie et au Rwanda. L’entreprise qui a annoncé en début d’année son extension au Kenya, a
réalisé 80% de croissance en 2016 par rapport à l’année précédente.

Spécialisée dans la vente de différents kits de puissances variables (80, 100, 120 et 200 W),
Mobisol a conçu sa plus petite unité commercialisée afin d’illuminer une maison moyenne et
21 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique
composée de sept ampoules LED, d’une radio, et de chargeurs de téléphones permet d’alimenter
un téléviseur pendant quelques heures durant la journée. Le plus important kit pour sa part est
non seulement capable d’alimenter plusieurs ampoules, ainsi que différents appareils (ex:
ordinateur, TV, réfrigérateur à courant continu), mais peut également assurer le chargement
simultané d’une dizaine de téléphones. Les clients de Mobisol disposent ainsi d’une quantité
d’énergie journalière largement suffisante pour faire tourner un petit commerce, voire même pour
vendre le surplus à leurs communautés. Une proportion significative des clients de la startup en
ont d’ailleurs fait leur activité, soit en se spécialisant dans la recharge électrique de téléphones,
soit en assurant la vente d’énergie aux petits commerces environnants (épiceries, coiffeurs, etc).

Crédit photo : Mobisol

Grâce aux nombreux partenariats conclus avec des opérateurs télécoms, notamment MTN, Airtel
et Vodacom, Mobisol permet désormais à ses clients d’utiliser leurs téléphones et leurs comptes
mobile money (MTN Money, Airtel Money et M-Pesa) pour régler leurs factures d’électricité. Ce
système fonctionnant aussi sous le modèle du “leasing”, les clients peuvent devenir propriétaires
des équipements au bout de 36 mois de paiements.

Bien que la vente de ses 70.000 kits solaires ait sorti plus de 350.000 personnes de l’obscurité,
Mobisol ne compte pas s’arrêter là. En effet, la startup a procédé à une levée de fonds à l’issue
de laquelle elle a obtenu environ 16 millions de dollars en décembre 2016 avec comme
investisseurs, la Société Financière Internationale (membre de la Banque mondiale) et la FMO –
Entrepreneurial Development Bank (banque hollandaise). Ce financement devrait contribuer à sa
croissance et faire d’elle, une rivale sérieuse pour des acteurs pourtant déjà bien installés sur le
marché tels que M-Kopa, Off-Grid Electric, etc.

Récemment partenaire du Business Call to Action (initiative visant à challenger les entreprises
pour l’adoption d’un modèle d’affaires inclusif dans le domaine de l’énergie), Mobisol s’est

22 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


engagée à installer 200.000 kits solaires au Kenya d’ici 2020, et à créer par la même occasion 150
emplois.

Aux côté des acteurs majeurs du pay-as-you-go solaire présentés ci-dessus, qui se distinguent
autant par leur présence dans plusieurs pays que par le nombre important de produits vendus sur
le continent, quelques challengers se sont fait une place dans le paysage de l’off-grid africain.

IV.2.6 ARESS
Cette jeune pousse qui revendique fièrement la mise en place du premier centre de R&D privé
dédié aux énergies renouvelables au Bénin conçoit, commercialise et distribue une large gamme
de produits solaires. Celle-ci comporte notamment des lampes, des kits pour maisons
individuelles, ainsi que des équipements pour l’installation de mini-réseaux. Au delà de la vente
d’appareils solaires, Aress accompagne ses clients au Bénin et dans la sous-région Afrique de
l’Ouest en leur proposant des prestations de conseil et audit en efficacité énergétique.

Grâce à un partenariat tripartite avec GSMA et MTN Bénin, la startup a notamment développé
une offre de vente de kits solaires avec paiement via MTN Mobile Money, devenant ainsi la
première entreprise privée du pays à permettre à ses clients de régler leurs factures via leurs
mobiles.

Avec environ 7000 lampes solaires écoulées, plus de 100 kW de panneaux solaires installés chez
une cinquantaine clients et un chiffre d’affaires avoisinant les 500.000 euros sur l’année 2016,
ARESS est assurément entrée dans une nouvelle ère de son développement. En effet, la startup
vient d’amorcer une nouvelle phase d'expansion en se concentrant sur l’installation de kits
solaires de grandes puissances : 150Wc, 300 Wc et 600 Wc. Ces produits sont principalement à
destination des commerces et co-propriétés dont les besoins énergétiques sont relativement
importants. Pour Aress, ce nouveau positionnement à pour principal objectif de limiter les aléas
liés au recouvrement, problématique souvent rencontrés dans l’exploitation de plus petits
systèmes, et dû pour la plupart au faible pouvoir d’achat des populations locales, souvent
incapables d’honorer les engagements financiers. Les nouveaux systèmes plus performants ainsi
proposés par ARRES représentent une véritable opportunité pour les commerces dépendants de
l’accès à l’énergie pour maintenir leurs activités et générer un chiffres d’affaires satisfaisant. Ces
derniers constituent donc de meilleurs payeurs pour la startup, car moins enclins à courir le risque
de se voir suspendre la fourniture d’énergie.

IV.2.7 PEG Africa


Autre acteur de l’écosystème Ouest-africain, PEG Africa est une startup basée à Accra, opérant
au Ghana et depuis quelques temps en Côte d’Ivoire.

Fondée par des personnes ayant vécu plusieurs années sans connexion au réseau électrique,
l’équipe de PEG Africa a conçu des produits adaptés au besoin de ses clients qu’ils ont su cerner
précisément pour en avoir eux mêmes fait l’expérience. L'entreprise a notamment conclu un
partenariat avec l’institution de microfinance BIMA (organisme utilisant le mobile pour distribuer
des assurances aux populations à faibles revenus des pays émergents). Grâce à cette
collaboration les clients de PEG Africa bénéficient d’une assurance hospitalisation, un service mis
en place en réponse au constat fait par l’entreprise, selon lequel les frais de santé constituent
l’une des premières causes de non-paiement des échéances de factures d’énergies.

En effet, pour faire face aux imprévus liés aux questions de santé, les foyers locaux dont
l’épargne est quasi inexistante et dont les revenus se situe entre 3 et 10$/jour font bien souvent
l’impasse sur leur facture d’électricité au profit des dépenses de soins de santé. Cette assurance
23 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique
sera donc octroyée pour récompenser les efforts des clients ayant respectés leurs engagements
financiers.

Outre ce système de gratification destiné à réduire le risque d’impayés et contribuant à faciliter


l’accès aux soins, la startup qui commercialise des kits solaires en PAYG propose à ses clients
des modalités de paiement permettant à ces derniers de rembourser leurs installations au bout de
12 mois.

Afin de conforter sa position et de concrétiser ses ambitions pour les années à venir, PEG Africa a
par ailleurs réussi à lever 1,5 million de dollars US, fin 2016. Cet apport en capital était destiné à
apporter de l’électricité à quelques 75.000 foyers ghanéens. En Octobre 2017, la startup
annonçait une nouvelle levée de fonds de 13,5 millions de dollars pour accélérer son
développement au Ghana et en Côte d’Ivoire, pour ainsi desservir 500.000 foyers
supplémentaires.

IV.2.8 BBOXX
Fondée en 2010 à Londres, BBOXX commercialise ses kits sur quatre continents: Afrique, Asie,
Amérique du Sud et Australie. Avec une zone géographique couverte aussi importante, BBOXX a
déjà vendu 85.000 exemplaires de ses kits. Ces derniers contiennent un panneau de 50W
connecté à une batterie sur laquelle on retrouve 6 sorties 12V 5A permettant de brancher radio,
TV, ampoule, chargeur pour portable etc., tous fournis par la startup.

Le logiciel intégré, SMART Solar, permet à BBOXX de surveiller la consommation de ses clients,
de prédire les besoins de maintenance, mais aussi d’activer ou désactiver à distance un système
en cas de non-paiement d’une échéance.

Avec 350 employés répartis dans ses 5 bureaux en Chine, Angleterre et Afrique de l’Est, BBOXX
ambitionne de fournir en électricité 20 millions de personnes d’ici 2020.

IV.2.9 Nova Lumos


Cette startup néerlandaise vend des systèmes solaires comprenant un panneau de 80W, une
batterie et deux ampoules LED. La batterie est fournie avec 8 sorties de 12V en courant continu
permettant de connecter divers appareils: TV, ventilateurs, téléphones portables, ou encore un
laptop. Les clients de Lumos financent leurs acquisitions par PAYG sur une période de 5 ans, soit
pendant la période de garantie du kit.

En décembre 2016 la startup annonçait une levée de fonds de 90 millions de dollars pour se
déployer au Nigéria où elle a un partenariat avec l’opérateur mobile MTN pour utiliser son service
de Mobile Money afin de permettre à ses clients de régler leurs factures. Dans un pays où près de
45% de la population (soit plus de 78 millions de personnes) est privée d’accès au réseau
électrique, nul doute que cet apport financier destiné à faciliter la conquête d’un marché aussi
conséquent devrait permettre à la startup de se développer assez rapidement.

IV.2.10 D.light
Créée en 2007 par Sam Goldman et Ned Tozun, deux anciens de la Stanford Graduate School of
Business, D.light est une startup dont le métier premier est la conception et la fabrication
d’appareils solaires: lampes, unités mobiles, mais aussi kits pour maisons. Son expertise est
reconnue dans le milieu car elle approvisionne plusieurs acteurs notamment Awango (du groupe
Total), Digicel, M-Kopa par le passé, et bien d’autres startups partout dans le monde. C’est

24 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


d’ailleurs grâce à ce modèle, et au partenariat entre D.light et M-Kopa, que la startup a réussi à
écouler 120.000 kits de 3e génération (ceux destinés aux maisons) en Afrique.

Ayant développé une expertise dans la distribution de systèmes solaires via le PAYG, la startup
donne la possibilité à des tiers d’utiliser sa plateforme technologique de gestion des paiements,
des crédits et de la relation client en marque blanche pour développer leurs activités. Ce service
appelé PayGo constitue l’un des leviers actionnés par l’énergéticien français Total pour atteindre
son objectif de vendre 5 millions de lampes solaires, impactant ainsi environ 25 millions de
personnes d’ici 2020.

A ce jour, les produits d.light ont transformé la vie de quelques 62 millions de personnes dans le
monde. Des résultats encourageants qui poussent la startup a mettre la barre plus haut
puisqu'elle prévoit de toucher 100 millions de personnes à l'horizon 2020.

IV.3 Le marché des kits solaire en Afrique : Chiffre


d’affaire et volume des ventes
Selon le dernier rapport de GOGLA (Global Off-Grid Lightning Association), le marché mondial du
PayGo solaire à généré pas moins de 95,57 millions de dollars pour 3,52 millions de kits vendus
sur le premier semestre 2017. L’Afrique subsaharienne représente la moitié du volume de kits
vendus, soit 1,77 millions pour un chiffre d’affaires de 40,67 millions de dollars. Ce chiffre
s’explique en partie par le fait que l’Afrique abrite la moitié des 1,2 milliards de personnes n’ayant
pas accès à l’électricité.

A ce jour, on estime à plus de 30 millions le nombre de kits solaires vendus entre le deuxième
trimestre de 2010 (apparition des premiers kits PayGo) et le premier trimestre 2017. Le marché
mondial du PayGo solaire se situe actuellement à environ 7 à 8 millions de kits vendus par an
comme illustré ci-dessous:

Volume de produits vendus (en millions d’unités)

4,3
4,09
3,77
3,52
3,33
2,92

2,36
2,16 2,21

0,97

0,35 0,46
0,12 0,16
S2 2010

S1 2011

S2 2011

S1 2012

S2 2012

S1 2013

S2 2013

S1 2014

S2 2014

S1 2015

S2 2015

S1 2016

S2 2016

S1 2017

Source : Innogence Consulting, Données : Global Off-Grid Lighting Association

25 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Au niveau mondial, l’Inde est le principal marché des kits solaires, représentant plus de 30% des
ventes sur le premier semestre 2017. Le reste du top 10 des marchés des kits solaires est
largement dominé par les pays d’Afrique comme illustré ci-dessous :

Nom du pays Volume de produits vendus (S1/2017) Chiffre d'affaires généré (S1/2017)

Inde 1 087 282 26 660 327 $US

Kenya 413 544 6 377 033 $US

Ouganda 240 151 8 275 353 $US

Ethiopie 210 913 7 643 643 $US

Rwanda 190 781 4 053 835 $US

Burkina Faso 123 945 3 356 392 $US

Nigeria 107 999 1 702 919 $US

Tanzanie 69 143 342 369 $US

Sénégal 67 503 499 390 $US

Philippines 55 197 1 028 589 $US

On observe de ce tableau que les principaux marchés du PayGo solaire sont en Afrique de l’Est
(1,22 millions de kits pour 29,14 millions de dollars de chiffre d’affaires) et en Afrique de l’Ouest
(431.829 kits pour 9,81 millions de chiffre d’affaires). La domination des marchés d’Afrique
Orientale s’explique par le fait que les premiers acteurs du PayGo solaire sur le contient s’y sont
lancés, et souvent avec l’appui d’opérateur télécoms ultra-puissant, notamment Safaricom au
Kenya. Néanmoins, on assiste à l’émergence de l’Afrique de l’Ouest comme zone de croissance
pour les acteurs du secteur. D’ailleurs sur le premier semestre de l’année 2017, on a constaté une
baisse des volumes de ventes de kits de 18% en Afrique de l’Est, or l’Afrique de l’Ouest
enregistrait une croissance de 31%. La croissance en Afrique de l’Ouest est soutenue par des
marché comme le Burkina Faso (+257% sur le semestre précédent) et le Sénégal (+100% sur le
semestre précédent), ce qui contrebalance les mauvaises performances de pays tels que le
Ghana (-33% sur le semestre précédent) et le Nigéria (-32% sur le semestre précédent).

26 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Vente de kits solaires par régions d’Afrique (en milliers d'unités)

1 488
1 389

1 219 Afrique de l'Est


Afrique de l'Ouest
Afrique Centrale
Afrique Australe

432
386
331

73 48 80
8 4 37

S1 2016 S2 2016 S1 2017

IV.4 Types de produits commercialisés


Les kits solaires vendus en Afrique sont de capacités différentes et sont conçus ainsi afin de
répondre à des besoins précis :

Capacité, Watt-crête (Wc) Services fournis

0 - 1,4999 Point lumineux unique


Pico-PV
1,5 - 2,999 Point lumineux unique et charge de mobile
<10,999Wc
3 - 10,999 Plusieurs points lumineux et charge de mobile

11 - 20,999 3 - 4 points lumineux, charge de mobile, radio et


ventilateur

21 - 49,999 Comme plus haut avec de l'énergie additionnel


SHS
pour une TV et autres équipements
>11Wc 50 - 99,999 Comme plus haut avec une capacité supérieure.
Pour maison et petit commerce (coiffeur, supérette)

100 Wc + Comme plus haut, avec une capacité supérieure.


Idéal pour commerce

Les premiers acteurs à s'être lancé sur ce marché ont commencé par commercialiser des Pico
avant de faire évoluer leurs offres vers des Solar Home Systems. Même actuellement, la majeure
partie de ces entreprises ne mettent à la disposition de leurs nouveaux clients que des systèmes
de petites capacités, préférant offrir des kits de plus grandes capacités une fois que les clients
ont montré leurs capacités de remboursement.

Aujourd'hui, les kits les plus vendus dans le monde sont les Pico. Ils représentent environ 92%
des ventes totales de kits solaires sur le premier semestre de l'année 2017. Les kits de capacités
11-100+Wc représentent 7% des ventes, en légère hausse par rapport au second semestre de
2016 (+5%).

27 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Capacité, Watt-crête (Wc) Volume des ventes (S1/2017)

0 - 1,4999 1209586

1,5 - 2,999 1526460

3 - 10,999 469072

11 - 20,999 81918

21 - 49,999 20905

50 - 99,999 124065

100 Wc + 14538

IV.5 Financement des startups


Un des pré-requis au développement du PAYG est le financement d’une activité à très grande
intensité capitalistique. Et pour cause, les entreprises du secteur doivent financer (généralement)
sur fonds propres les acquisitions des kits installés chez leurs clients et ces derniers ne
remboursent ces installations que via des micro-paiements. Les startups du PayGo sont donc en
constante recherche de fonds pour financer leur développement.

Là où il y a quelques décennies la plupart des experts auraient prédit que l'aide publique au
développement jouerait un rôle central dans le développement de l’accès à l’énergie en Afrique
subsaharienne, on observe aujourd’hui un afflux de capitaux privés sous différentes formes :
subventions, dette, capital-risque, etc. Le PayGo est d’ailleurs le secteur d’activité des startups le
plus financé (environ 60% en 2016) sur le continent. Depuis 2008, ce sont environ 600 millions de
dollars qui y ont été investi comme illustré ci dessous :

Fonds levés par les startups du secteurs (en millions US$)

212,3

151
142,2

66,6

19
6 5,5

2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017

28 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Jusqu’à 2013, la majeure partie des financements octroyés aux entreprises dans le PayGo étaient
sous forme de subventions par des agences d’aides au développement (USAID, UKAID, SNV, etc)
ou autres fondations privés. Une fois le modèle économique prouvé, on a assisté à un gain
d’intérêt de la part fonds d’investissements mais aussi de banques.

Longtemps absent sur le secteur, les groupes français s’intéressent de plus en plus au PayGo
solaire en Afrique. Leur engagement prend néanmoins diverses orientation:

• Le géant pétrolier Total s'est associé à la startup américaine d.light (concepteur et distributeur
d'équipements solaires) pour lancer la série de produits Awango (lampes solaires) distribuée
dans son réseau de stations-service en Afrique de l'Ouest.

• L'énergéticien EDF, pour sa part, a créé une co-entreprise en Côte d'Ivoire avec la startup
américaine Off-Grid Electric en charge de l'installation et la maintenance de kits solaires à
destination de foyers ruraux et périurbains. EDF compte capitaliser sur l'expertise acquise par
Off-Grid dans le déploiement de kits solaires en Tanzanie.

• De son côté, Engie a annoncé en octobre 2017 le rachat de la startup américaine Fenix
International, jusqu'ici active en Afrique de l'Est. On peut également évoquer le partenariat avec
BBOXX pour la distribution de 1000 de ses kits au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Sénégal
via les réseaux de distribution d’Orange.

• Schneider a choisi d'investir, via son fonds Energy Access Ventures, dans la startup ghanéenne
PEG Africa pour diversifier son réseau de distribution de ses produits solaires.

• Enfin, on note aussi l'intérêt grandissant des fonds français pour le secteur, notamment : Aster
Capital, Investisseur et Partenaires, Rassembleurs d’Energie (Engie), etc.

IV.6 Distribution et service après-vente comme moyen


de différenciation
La prolifération d’appareils low cost sur le marché africain oblige les acteurs du secteur à
considérer leurs canaux de distribution comme un moyen de différentiation.

Pour cela, certaines entreprises développent leurs propres réseaux de magasins, quand d’autres
choisissent soit de se baser sur les réseaux de partenaires (agences des opérateurs télécoms,
stations services, petits commerces, agents à motos, entre autres) ou alors de conclure des
partenariats avec des ONGs ou gouvernements pour la distribution des produits.

Le business du PayGo étant basé sur la mise à disposition de matériel physique, l’activité requiert
une main d’oeuvre abondante dédiée à l’installation et la maintenance des kits, en plus des
commerciaux. D’où l'importance du service après vente, élément différenciant pour les
consommateurs. Ainsi, pendant toute la période de paiement, le client peut faire appel à un
dépanneur via son téléphone en cas de problème. Travaillant souvent à moto, ces dépanneurs
changent les pièces défectueuses s'ils sont en incapacité de les réparer.

En vue de s’affranchir des aléas inhérents aux plateformes technologiques de Mobile Money,
plusieurs acteurs du secteur ont développé des moyens de paiement par cartes à gratter
disponibles dans des kiosques ou auprès de revendeurs.


29 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


V. Conclusion
Pour répondre au défi énergétique d’ici 2030, l’Afrique a besoin d’augmenter d’environ 13%
annuellement sa capacité installée. D’après certains experts, il faudrait 830 milliards de dollars
pour raccorder toute la population africaine à un réseau électrique d’ici 2030. Compte tenu de
cette estimation, il est primordial de réfléchir au développement d’un réseau hybride au sein
duquel les grands consommateurs comme les usines seront alimentés par le réseau traditionnel,
et les petits consommateurs (maisons individuelles, commerces locaux, etc.) pourraient être
desservis par des kits de 10-80 watts, notamment en milieu rural.

Nous assistons depuis les années 1970 à une importante baisse des coûts de production d’un
watt par énergie solaire. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs: diminution des coûts de
fabrication des composants (panneaux solaires, onduleurs, supports, etc), avancées
technologiques, facilités fiscales dans les principaux marchés, entre autres. Ces différents
facteurs rendent la production d’énergie par le solaire très compétitive, même pour une
production à l’échelle d’un domicile. Néanmoins, cette baisse a également favorisé l’arrivée sur
les marchés africains de produits peu chers mais de très mauvaise qualité. Ces produits ont
souvent des prix plus attractifs que ceux proposés par les startups sus-cités qui se doivent donc
d’innover, notamment dans leurs relations clients et leurs offres de financements, pour réussir à
acquérir de nouveaux clients et fidéliser ceux déjà acquis.

Sur un continent où plus de 400 millions de personnes vivent avec moins de 1,25$/jour, dont la
majeure partie vit en milieu rural et dépend de la vente des récoltes pour subvenir à leurs besoins,
il était crucial de réfléchir à un moyen de fournir l’électricité à un prix compatible avec le pouvoir
d’achat des populations locales. En cela le PayGo a été révolutionnaire, car pour la plupart des
fournisseurs, le client peut régler sa facture en fonction de ses revenus et de la périodicité qui lui
convient : jour, semaine ou mois.

La majeure partie des systèmes vendus ont des modules GSM intégrés qui permettent la
remontée et la surveillance des données techniques des panneaux et de la batterie. Ces données,
sauvegardées dans le cloud permettent une maintenance à distance. Le logiciel embarqué dans
ces kits surveille les historiques de paiements et permet d’arrêter le système à distance en cas
d’impayés, réduisant ainsi les risques de défauts de paiements.

La quasi-généralisation des mobiles permet une communication continue et fluide entre les
clients et les fournisseurs malgré les dizaines, voire les centaines de kilomètres de distance. C’est
aussi via ce canal que les fournisseurs diffusent des messages explicatifs sur les gestes simples
de maintenance des installations.

L’énergie ainsi produite par les kits solaires est beaucoup moins coûteuse que les dépenses
engagées par les ménages pour s’approvisionner en kérosène, bougies ou autres batteries de
voitures. La pollution constante de l’air occasionnée par l’utilisation de lampes à pétrole et le bruit
provenant des moteurs diesels sont remplacés par une énergie propre et silencieuse, fournissant
aux familles un cadre de vie plus sain et plus agréable.

Aujourd’hui, la majeure partie des acteurs du secteur se ruent vers l’Afrique de l’Est (Ouganda,
Kenya et Ethiopie comptent environ 50% des ventes de kits solaires), probablement à cause de
cadres juridiques très business-friendly et de populations plus technophiles qu’ailleurs sur le
continent. Seuls Off-Grid Electric (en partenariat avec EDF) et des challengers comme ARESS,
Baobab+, Oolu Solar ou PEG Africa ont choisi de relever le défi de l’Afrique de l’Ouest (avec ses
30 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique
330 millions d’habitants), ou encore mettent le cap sur l’Afrique Centrale, comme upOwa et Solar
Box Gabon. Or ces marchés délaissés représentent plusieurs centaines de millions d’habitants et
un taux d’ensoleillement moyen élevé.

La vente de kits solaires devrait connaître une croissance annuelle de 34% sur les quatre
prochaines années, portée principalement par le secteur du PayGo qui attire une part non-
négligeable des investissements consacrés aux infrastructures hors-réseau, grâce notamment au
rendement élevé qu’offre ce secteur.

L’une des clés du développement du PAYG réside dans la coopération entre les opérateurs de
télécommunications et les fournisseurs de kits solaires. Les fournisseurs de kits solaires
dépendent énormément des services financiers des opérateurs téléphoniques pour le
recouvrement de leurs échéances, de leur infrastructure technique (réseau) pour la
communication avec leurs clients mais aussi avec les kits solaires, et souvent de leurs réseaux
d’agences pour la distribution de leurs kits solaires. Côté opérateurs téléphoniques, la startup
permet d'accroître leurs revenus grâce aux communications entre fournisseurs de kits et clients,
mais surtout, grâce au prélèvement de commissions sur chaque échéance payée par chaque
client.

Le PAYG se présente donc comme une solution toute trouvée pour répondre aux problèmes
d'accessibilité à l’énergie en milieu rural.

31 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


Sources
- http://www.energiespourlafrique.org/
fr_Les_enjeux_de_l__electrification_de_l__Afrique_685.html

- http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/energy/

- http://www.energiespourlafrique.org/projet2.php?type=rub8ssr1&langue=fr

- https://www.lightingafrica.org/about/our-impact/

- https://www.usaid.gov/powerafrica

- https://www.afdb.org/fr/topics-and-sectors/initiatives-partnerships/power-africa-initiative/

- http://www.azuri-technologies.com/about-us

- https://www.afdb.org/fr/news-and-events/article/afdb-poised-to-boost-geothermal-
development-in-east-africa-10265/

- http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/06/05/electrification-de-l-afrique-le-rapport-choc-
de-kofi-annan_4647771_3212.html

- https://www.afdb.org/fr/news-and-events/article/afdb-poised-to-boost-geothermal-
development-in-east-africa-10265/

- http://www.renewableenergyfocus.com/view/44926/the-five-biggest-wind-energy-markets-in-
africa/

- http://www.connaissancedesenergies.org/le-solaire-photovoltaique-en-afrique-couts-et-
marches-160927

- http://www.politiques-energetiques.com/afrique-chiffres-cles

- http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/02/24/les-solutions-hors-reseau-l-avenir-de-l-
energie-en-afrique_4870927_3212.html

- http://www.la-croix.com/Monde/Afrique/Le-deploiement-mini-reseaux-autonomes-peut-
accelerer-electrification-Afrique-2016-06-03-1200766214

- http://www.sciencealert.com/solar-power-is-now-the-cheapest-energy-in-the-world

- http://edition.cnn.com/2016/01/19/africa/africa-afrobarometer-infrastructure-report/

- http://www.jeuneafrique.com/375020/economie/telecoms-lafrique-depasse-milliard-dabonnes-
mobile/

- https://www.linkedin.com/pulse/vc-funding-raised-african-tech-startups-totals-record-cyril-
collon

- http://www.gsma.com/mobilefordevelopment/wp-content/uploads/2017/01/Lessons-from-the-
use-of-mobile-in-utility-pay-as-you-go-models.pdf

- http://www.dlight.com/files/6514/6727/1236/d.light_Pay-As-You-
Go_Expansion_Press_Release.pdf

- https://www.gogla.org/sites/default/files/resource_docs/gogla_sales-and-impact-
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- http://www.politiques-energetiques.com/afrique-chiffres-cles

- https://borgenproject.org/10-quick-facts-about-poverty-in-africa/

- http://www.seforall.org/sites/default/files/Highlights_-_Energy_case_study.pdf

- http://www.newyorker.com/magazine/2017/06/26/the-race-to-solar-power-africa

32 Etat des lieux du PayGo solaire en Afrique


INNOGENCE CONSULTING
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