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CAPES NOTIONS 1

1e SÉANCE
• DATES / ECHEANCES
▪ 28 septembre : « le manque est-il constitutif du désir ? »
▪ 05 octobre : « peut-on désobéir aux lois de l’état ? »
▪ 12 octobre : « l'usage de la force peut-il être juste ? »
▪ 19 octobre : « les hommes font-ils l'histoire ? »
▪ 26 octobre : « qu'est-ce qu'un maître ? »
▪ Dissertation à rendre par écrit : voir 7 décembre
• EAD : nous pouvons remettre le travail, mais la note ne comptera pas
▪ 09 novembre : « le progrès moral »
▪ 16 novembre : (sujet agrégation) « l’idéologie » (la manière dont les idées font
agir les hommes ; travaillent les affects)
▪ 23 novembre : Devoir sur table (épreuve de 4 heures, les étudiant en présentiel)
▪ 30 novembre : « l'inhumain nous est-il étranger ? »
▪ 07 décembre : « sommes-nous maîtres de nos désirs ? » [Corrigé du DM]
▪ 14 décembre : « la politique est-elle une technique ? »

• CONSEILS POUR LA PRÉPARATION DES LEÇONS


◦ Concours CAPES exige plus au niveau Terminale
◦ Le CAPES est tout aussi difficile que l’agrégation, mais l'esprit n'est pas tout à fait
le même
◦ Joindre plusieurs auteurs dans un thème
◦ Travailler avec un manuel, avoir des anthologies : Platon, Deleuze, etc.
◦ Couples conceptuels, couples de notions que des élèves de Terminale sont
sensés maîtriser (Que j'ai complété avec la liste trouvée sur
https://fr.wikibooks.org/wiki/Philosophie/Manuel_de_terminale. Surlignés en vert, les 5
exemples mentionnés par Mme COHEN. Surlignés en bleu, les autres exemples
mentionnés par Mme COHEN au fil des séances, en orange des exemples
rencontrés dans d'autres cours):

Absolu / relatif Abstrait / concret Acte / Puissance Analyse / synthèse Cause / fin

Contingent / Essentiel / Expliquer /


Croire / savoir En fait / en droit
nécessaire / possible accidentel comprendre
Genre / espèce / Identité / égalité /
Formel / matériel Idéal / réel Intuitif / discursif
individu différence
Obligation /
Légal / légitime Médiat / immédiat Objectif / subjectif Origine / fondement
contrainte
Persuader / Ressemblance / Principe / En théorie / en Transcendant /
convaincre analogie conséquence pratique immanent
Universel / général /
Erreur / Illusion
particulier / singulier

▪ ⇒ S'interroger sur sa propre maîtrise des couples de notions


◦ Dire des choses pertinentes, rigoureuses, se référer à des textes classiques, en
construisant une réflexion, avec des objections, contre-objections, une progression
dans l'analyse, et enfin une thèse possible, modeste. Mettre en lumière une
difficulté et ouvrir une voie modestement vers une interprétation possible.
◦ Construire une réflexion argumentée, nourrie de références, et cohérente +
travailler les textes que l'on a choisi
◦ On peut mobiliser des textes non-philosophiques, mais on ne peut pas se limiter à
ça.
◦ Des références littéraires ne peuvent que faire du bien, mais c'est périphérique
◦ La leçon : question + notion → Problème
▪ « Faut-il se libérer du passé ? », dégager le problème inhérent à cette question.
Problématique : « Est-ce une servitude et une charge? ».
▪ Leçon = Version orale d'une dissertation au sens où la cohérence de votre
propos est liée à la construction de votre argumentation
◦ Une bonne introduction annonce en général une leçon réussie
◦ MISES EN GARDE :
▪ /!\ Les classiques doivent être au programme, i.e. dans les leçons que l'on
présente
• /!\ Il faut absolument connaître ses classiques
▪ /!\ Attention à la fausse facilité d'un sujet
• /!\ Les sujets de philosophie politique ou morale ne sont PAS faciles
▪ /!\ Ne pas « bavarder » quand on donne une leçon (au concours), ne pas «
remplir le temps »
• /!\ Le temps (d'une leçon) dit qqchose du ratage.
▪ /!\ Vous êtes devant des élèves, vous n’êtes pas la pour faire du catéchisme ni
pour imposer une interprétation
▪ /!\ Les mauvaises leçons : celles qui commencent par les définitions.
• /!\ Kant : « en philosophie on fini avec les définitions ». Choisir à bon escient
les définitions. (Parler d'ordre ne revient pas à parler d'Ikea!)
• /!\ Les mots ne veulent pas tout dire. Attention aux explications / leçons de
type « Larousse ». En ce sens, l'exercice de la dissertation peut rendre très
bête.
• /!\ Pas toujours une bonne chose de faire appel à l’étymologie
▪ /!\ L'examinateur ne doit pas se demander « mais au final il dit quoi ? »
• /!\ Ne pas faire référence à des films ou à des textes non-philosophiques que
des membres du jury n'ont probablement pas vu / lu

• AUTRES CONSEILS / BIBLIOGRAPHIE


◦ Travailler en groupe
◦ Bibliographie :
▪ Manuel recommandé : Nathan, 1974, Les philosophes par les textes, Platon à
Merleau-Ponty, collection minerve
▪ Collection GF corpus, ils publient des « notions », avec un traitement + une
anthologie.
▪ Elle va donner une bibliographie indicative, que l'on doit compléter nous-mêmes

• EXPLORATION D'UN COUPLE DE NOTIONS: ORIGINE / FONDEMENT


◦ Terminale : matière et esprit vont ensemble
◦ Arkhè chez Aristote sert à traduire fondement et origine
◦ Arkhè: origine, fondement et commencement (les trois à la fois)
◦ Origine en français : Du latin ŏrigō, oriri (Mme COHEN a mentionné « oriore », mais
je n'ai pas trouvé cette racine) avoir sa source, se lever, écart, distance de la chose
désignée avec elle-même.
◦ Fondement : dénomination d'une chose (en français), et pas une opération.
Allemand : Grundlegung = aspect opératif, opération de fonder (mais sans résultat).
◦ /!\ Kant : « Fondements de la métaphysique des mœurs » n'est pas la bonne
traduction. Et pas au pluriel. Alain Renaut, bonne traduction : « Fondation de la
métaphysique des mœurs »
◦ Descartes et exemple architectural, pour refuser les « vieux fondements »
théoriques
◦ Chez Descartes les principes sont toujours des fondements. Un principe est
qqchose sur quoi on s'appuie.
◦ Fondement = ce par quoi il faut temporellement commencer
◦ Métaphysique chez Descartes : n'est telle que parce qu'elle permet de fonder la
physique, doit être accomplie une fois pour toutes. Une fois achevée, cette
opération de fondement n'a de sens que par ce qui va s’édifier par elle et sur elle.
◦ Donc, fondement = commencement chronologique (dans l’exécution d'abord et
aussi commencement de droit : les principes sont en premiers dans l'ordre de la
connaissance qui est guidée chez Descartes par l’idéal de déduction) + garantie de
solidité de la connaissance
◦ « Commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de
ferme, et de constant dans les sciences » Descartes, Méditations Métaphysiques,
Première méditation, début (→ le genre de phrases qu'on peut apprendre par
cœur )
◦ Rapport entre la fermeté et la constance
◦ Démarche cartésienne : s'attaquer aux principes sur lesquels notre connaissance
s'appuie, saper les fondements, refonder depuis le début
◦ L’idée de fondement qui soulève donc un problème de méthodologie du savoir,
renverrait donc à l’idée de crise
◦ On passe donc à Kant, et on pourrait continuer jusqu’à Husserl
◦ → Mise en crise dont doit procéder un savoir nouveau
◦ On peut ouvrir le champ, autre que la métaphysique
◦ Lettre à Mersenne 18 décembre 1629: Descartes applique cette idée de fondement
à la musique. Il parle du son grave, qui est le (plus) ample. Support sur lequel on
peut bâtir tous les autres sons. Même concept.
◦ La question du fondement est méthodologiquement requise.
◦ → Relire la première préface de la Critique de la Raison Pure
▪ Dogmatisme qui devient scepticisme et scepticisme dogmatisme, va imposer
une crise fondamentale, dont procède le moment critique, qui se nourrit aux
sources : et dogmatique, et sceptique.
• Dogmatisme : autoritarisme politique
• Scepticisme : nomadisme politique
• Moment critique : la monarchie éclairée, pari selon lequel les lumières vont
réussir à imposer un nouvel ordre politique
▪ ⇒ Engage une nouvelle crise des fondements + nouvelle perspective sur l'avenir
de la métaphysique
◦ Question: n'y a-t-il pas des auteurs chez qui origine et fondement coïncident ?
◦ Descartes : libre choix par Dieu de la création de ses créatures, y compris des
vérités qu'on appelle éternelles. Décision divine = fondation
◦ BIBLIO : Leibniz, origine radicale des choses (opuscule à lire). Chez Leibniz il y a
qqchose qui fonde la décision divine. Décision divine = elle-même motivée. Il y a
chez Leibniz une logique incréé, qui impose à Dieu-même ses conditions de «
mécanisme métaphysique ». Donc Dieu n'est pas créateur de son propre
entendement.
◦ Aristote > Descartes > Leibniz = une leçon excellente à l'agreg ou au CAPES
◦ → Deux régimes métaphysiques qu'on peut comparer de manière passionnante +
ce que ça donne politiquement.
▪ /!\ « Fondement » tend plus vers la métaphysique que la politique. On peut se
lancer sur la politique, mais la métaphysique est bien plus pertinente.

2e SÉANCE
• Sujet « La matière »
◦ Sujet redoutable
◦ BIBLIO :
▪ Aristote : Métaphysique Alpha et Zêta (hylémorphisme, génération, etc.)
▪ Descartes : Principes 2, 3, 4, Lettre au Marquis de Newcastle (23 Nov 1646),
▪ Correspondance entre Leibniz et Samuel Clarke (polémique anti-newtonienne)
▪ Kant, Critique de la Raison Pure, première analogie, deux premières antinomies
dites « mathématiques », Amphibologie des concepts de la réflexion pour le
couple matière-forme (Amphibologie = du grec amphibolia, action de « lancer de
tous côtés », en logique, une construction grammaticale qui permet à une
phrase d'avoir deux sens différents – indécidabilité – et qui peut conduire à un
raisonnement fallacieux).
▪ Vuillemin, physique et métaphysique chez Kant, chapitre 10
▪ Auguste Comte, cours de philosophie positive, 35e leçon.
▪ Meyerson « identité et réalité », chap 4 et 7, à propos du principe de
conservation de la matière.
▪ Russell, « l'analyse de la matière » (attention, très technique)
▪ Gaston Bachelard, « le matérialisme rationnel », « les intuitions atomistiques »,
« la philosophie du nom » (chap 3)
▪ Einstein et [inaudible], « l’évolution des idées en physique »
▪ /!\ Ça ne veut pas dire tout lire, à nous de sélectionner ce qui nous paraît
pertinent.

• Références pour le sujet « Peut-on désobéir aux lois ? »


◦ H.D. Thoreau « résistance au gouvernement civil » (dans le volume « Désobéir »)
◦ Hobbes, le Léviathan (distinction droit de révolte / droit de résistance)
▪ → /!\ Distinction cardinale, un grand classique, qu'il faut avoir travaillé
conceptuellement
◦ John Rawls, Théorie de la justice (question de l'objection de conscience)
◦ Hannah Arendt, « la désobéissance civil »
◦ Habermas, écrits politiques, « la désobéissance civil, test crucial d'un état
démocratique ». « Le droit et la force, un traumatisme allemand »
◦ Étienne Balibar, « droit de cité », texte sur la désobéissance civile

• Sujet « Le manque est-il constitutif du désir ? »


◦ Exposé de la leçon par l’étudiant :
▪ Citation Leibniz (« L’inquiétude qu'un homme ressent en lui-même par l'absence
d'une chose lui donnerait du plaisir si elle était présente. C'est ce qu'on nomme
désir », Nouveaux Essais sur l'entendement humain)
▪ On fait tous l’expérience du désir dans nos vies
▪ Annonce le sujet
▪ Étymologie : le regret d'un acte perdu → ambiguïté, le manque et le moyen de
compléter le manque → Tension en nous, le manque, et être poussés à agir
▪ Comment le désir peut être à la fois manque et moteur ?
▪ Annonce la problématique : le manque peut-il se combler en tant que
manque ?
▪ Annonce le plan :
• 1. Tout désir est un manque
• 2. Le désir est une conjonction de l'opposé (???) (→ avec Platon,
approfondir sa pensée, sans vouloir le critiquer)
• 3. Le désir est ce qui peut traverser et nourrir cette conjonction [inaudible]
▪ Selon Platon, tout désir est manque. « on ne désire jamais ce qui nous manque
pas »
▪ Contrepoint avec le banquet, avec le concept d'amour
▪ Éros → Aspect créatif.
▪ Éros = excès et manque à la fois
▪ Transition, citation Hegel de l’encyclopédie, « le désir est tjs en quête de lui-
même »
▪ George Bataille « Histoire érotique »
▪ Conclusion
▪ Temps ≈ 30 mins
◦ Questions et remarques de Mme COHEN
▪ Est-ce que vous faites une distinction (si oui, laquelle, si non, pourquoi) entre
manque et privation ?
▪ Est-ce que vous faites une distinction (si oui, laquelle, si non, pourquoi) entre
désir et besoin ?
▪ [Questions et réponses difficilement audibles]
▪ Comment vous le reformuleriez pour y garder une pertinence ou le
dénonceriez ?
▪ Définition excellente comme point de départ
▪ « Manque » demandait une intervention / exploration conceptuelle, qui n'a pas
été produite. Vous avez considéré que « manque » était un terme bcp trop
courant, bcp trop trivial. Manque appelle une distinction importante : tout va se
jouer entre privation (contraire de la possession) et manque.
• /!\ Si on s'en tient au manque comme privation, on est sur la pente de la
réduction du désir au besoin.
• → Le désir excède le besoin
• Il y a une réalité de l'imaginaire, qui excède toute privation.
▪ /!\ il ne faut pas manquer le point de pivotement du sujet (exemple type : on ne
peut pas se retrouver à dire « on ne désire pas ce qu'on possède, on désire ce
que l'on ne possède pas »)
▪ D’où la réduction à « deux logiques » dans la leçon de l’étudiant (et il s'est perdu
dans sa propre appréciation de la contradiction entre les deux)
▪ Manque → vide conceptuel qui doit être dépassé
▪ /!\ Par rapport au temps imparti : « on peut dessiner la carte de France sur un
mur de 2 mètres de haut tout comme sur un timbre poste ». C'est donc une
question d’échelle. La limite de temps (30 mins) n'est pas un obstacle.
▪ Stigmatisation de la part de Platon dans le Gorgias : le désir comme un tonneau
que l'on remplit. On imagine que le tonneau est percé pour expliquer pourquoi «
il y a toujours un manque ». Mais ça c'est comment Socrate entend Gorgias, ce
qui est pathétique en un sens : c'est le dialogue de Platon le plus extraordinaire,
parce qu'on se rend compte à la fin que Socrate n'a rien compris. Pour le coup,
le plus idiot des deux c'est Socrate. Pourquoi Socrate ne veut pas comprendre ?
Parce qu'il veut définir une vie éthique par la tempérance. Il ne fait pas le poids
face à la force de Gorgias.
▪ /!\ si vous mentionnez la République, il faut préciser quel livre
▪ Tripartition de l’âme : pour Gorgias, il n'y a pas à maîtriser les désirs. Il propose
une autodiscipline des désirs. On a pas besoin d'un élément hétérogène pour
venir dominer, pour venir écraser par une logique intellectuelle, le sens, la faim,
l'urgence, la nécessité des désirs : les désirs sont capables de se discipliner
eux-mêmes. Et là, il y a tout Nietzsche qui arrive : pourquoi faudrait-il toujours
penser la tempérance, la discipline, l’équilibre dans les termes de la domination,
d'un élément hétérogène, l'intellect, sur un autre ? Il y a une logique des désirs,
il y a une discipline pulsionnelle chez Nietzsche, il y a des pulsions qui dominent
d'autres pulsions, et ça crée un équilibre, ça ne crée pas le chaos, ça ne crée
pas le tonneau percé.
▪ Spinoza : grand penseur de la réalité de l'imaginaire.
▪ /!\ L’honnêteté intellectuelle est très importante. Ne pas s'enfermer dans une
erreur. Profitez de l'occasion pour (ré)établir la distinction conceptuelle.
▪ /!\ Ne pas faire du décorticage du sujet
▪ /!\ Attention aux métaphores. Il faut qu'il y ait une récupération conceptuelle de
la métaphore.
▪ /!\ Être précis dans les références.
▪ /!\ Il faut connaître par cœur la typologie des désirs de Platon, République VIII
(une demi-page)
▪ /!\ Attention à ne pas grandir un auteur inutilement
▪ BIBLIO : Nouvelle traduction (excellente) de Platon (GF). Notes + index de
thèmes.
◦ Révision des points importants de la leçon par Mme COHEN
▪ ⇒ Articulation manque – désir
▪ Prévenir la réduction du désir au besoin
▪ Privation vs. manque
• BIBLIO : Aristote Métaphysique Epsilon 2 catégorie 10, 12, 26
• Si on réduit la privation au manque, ça signifie qu'on désire ce qu'on a pas,
ce qu'on est pas
• Dépasser (l'aporie de) Platon (dans le) Gorgias : vide – plein
▪ Hypothèse : Est-ce qu'on ne peut pas imaginer que le manque est
constitué par le désir ?
• BIBLIO : Platon République VIII 571b – 572b : désirs nécessaires vs. désirs
superflus ou désir de dépense . Désirs superflus = désirs superflus légitimes
+ désirs superflus illégitimes (déréglés).
• Cette typologie est liée chez Platon à la médecine. Seule celle-ci est capable
de déterminer (les désirs légitimes)
• BIBLIO : Platon République IV : Tripartition : Logistikon, Thumos, Epithumia
• La connaissance du désir, c'est la connaissance du corps, la connaissance
de ce qui est utile au corps (Banquet, 186c – 187e).
• Eryximaque (un des intervenants du dialogue dans le Banquet, un médecin)
définit la Médecine : science des désirs (nécessaires) du corps en ce qui
concerne la réplétion (Larousse : réplétion = état d'une cavité ou d'un organe
creux que remplit un fluide ou un solide) et la vacuité, la technique qui
consiste à bien user des appétits.
• → Un désir nécessaire = un besoin
• Un besoin appel une technique de maîtrise, qui impose de faire le partage
entre ce qui relève de la privation et ce qui échappe à la nécessité et
qu'aucun comblement ne pourra satisfaire.
▪ Est-ce qu'on ne pourrait pas tenir une définition du manque comme
imaginaire ?
• BIBLIO : Lucrèce, De natura, livre 4, vers 1153-1156
◦ Le désir amoureux constitue imaginairement son objet, au sens où l'objet
du désir amoureux n'est rien d'autre que cet objet imaginairement
constitué par le désir lui-même.
◦ Le désir constitue son manque afin de ne pas cesser d’être le désir qu'il
est
◦ Lucrèce : défaut de tous les hommes aveuglés par la passion, qui
attribuent à celles qu'ils aiment, des qualités qu'elles n'ont pas.
◦ → Les amoureux ne voient pas les objets de leurs amours tels qu'ils sont,
mais tels qu'ils les désirent.
◦ → Plus nous possédons, plus le cœur s'embrase de désir imaginaire
• ⇒ Rien à avoir avec la faim, la soif, la privation, la réplétion: l'amour est un
désir infini qui ne cesse d’être constitué par lui-même.
• ⇒ Accorder de la positivité à ce que Platon considérait comme négatif (désirs
superflus)
▪ Comment le désir peut-il constituer un manque ?
• A la différence du besoin, le désir n'aspire pas à la fin de son insatisfaction, il
est donc constitutivement « inquiet »
• BIBLIO : Hegel , Encyclopédie des sciences philosophiques, paragraphe
428 : le désir s'engendre lui-même à nouveau dans sa propre satisfaction
• BIBLIO : Hobbes, Léviathan, Livre 1 : « la continuelle marche en avant du
désir »
• → Le désir se désire lui-même. Il se constitue lui-même, n’étant jamais
constitué (objection portée par la voix de Gorgias contre Socrate)
◦ Socrate refuse de comprendre l'absence de distinction des plaisirs. Il
refuse de comprendre que sa typologie est gouvernée par un modèle
éthique qui est celui de la tempérance. Pour Gorgias et Calliclès, le
modèle socratique de la tempérance est le symptôme d'une incapacité à
désirer autant qu'on veut, être à la hauteur de son désir.
◦ Pour Calliclès : le manque n'est jamais considéré relativement à un objet
(un tonneau, un vide à remplir), mais au sujet désirant. Déplacement de
la polarité. C'est le sujet qui manque au désir et qui alors justifie la
nécessité d’être tempérant. La vraie opposition n'est pas entre l’être qui
manque et celui qui ne manque de rien, mais entre le manque et l’excès.
◦ Platon n'est pas pris en défaut : Éros (le désir qui ne manque de rien, qui
engendre ses objets, processus toujours en mouvement, et ne s'oppose
pas au repos) vs. Epithumia [dans le Banquet? Cf. plus bas]
◦ On retrouve cette idée du désir comme Éros chez Deleuze et Guattari
(idée de production continue)
▪ BIBLIO : livre de Monique Dixsaut sur la question du désir, « le naturel
philosophe », sur l’Éros, la domination, etc. (chapitre sur l’Éros et la tyrannie du
désir).
▪ On peut aussi donner la version / les enjeux politiques : ce sujet est gouverné
par le modèle socratique de la tempérance, qui est une définition de la justice,
l'ordre politique etc. Gorgias le met en question et Platon lui-même le met en
question aussi, dans le Banquet.
▪ /!\ Platon se conteste lui-même dans le Gorgias, et puis ensuite il rouvre la
question avec le Banquet. On ne peut pas dire que la vérité du désir chez Platon
est dans cette typologie (i.e. la division tripartite telle qu'on la trouve dans la
République) : c'est bcp plus compliqué, il faut faire jouer tous les textes,
Platon est complexe. Nietzsche fustigeait un certain Platon et avait comme livre
de chevet un autre Platon. Il y a bcp de « Platons ».

3e SÉANCE

• Sujet « Peut-on désobéir aux lois de l’État ? »


◦ Remarques préliminaires de Mme COHEN
▪ /!\ Philosophie politique et morale : faire une démonstration de connaissance
rigoureuse (+ remarque en fin de cours : besoin d'un maniement extrêmement
rigoureux des concepts qu'on utilise), connaissance de première main de
certains textes, faute de quoi (on se limite à du) bavardage
▪ Désobéissance / Droit de résistance : sujet très important
◦ Exposé de la leçon par l’étudiant :
▪ [inaudible]
▪ La désobéissance suppose un cadre [inaudible]
▪ État et lois : l'un ne va pas sans l'autre
▪ [inaudible]
▪ [Parle de rébellion]
▪ Désobéir aux lois = refuser de se soumettre aux lois en raison de convictions et
de principes
▪ [Pas clair]
▪ Distinction bon citoyen / mauvais citoyen a occupé la pensée philosophique
▪ [Parle de Hobbes – Pas clair]
▪ [inaudible]
▪ John Rawls : désobéissance = test de démocratie
▪ Annonce le plan : 1/ le traitement de Hobbes 2/ aspect critique, questions
majeures – 3/ rapport entre démocratie et désobéissance civile
▪ [Pas clair, difficile de suivre le raisonnement, je passe directement aux
remarques de Mme COHEN à 1h37'25" ]
◦ Questions et remarques de Mme COHEN
▪ Est-ce que « peut-on » dans le libellé n'a pas un double sens? (/!\ Même s'il ne
faut pas commencer une introduction de cette façon)
▪ Quelle différence faites vous entre une infraction et [pas clair] ?
▪ Tension oxymorique : le droit de désobéir au droit ; droit de déroger (au droit)
• Notion contradictoire (contre la logique)
• Auto-négation destructrice
▪ L’étudiant a fait porter l'inflexion vers la morale. Il n'a accordé comme
perspective qu'une perspective morale.
▪ Question : est-ce que chez Hobbes il n'y a pas un droit à désobéir au droit ?
• Oui, droit de résistance, i.e. le droit de nature, (source d') égalité
• Mais ce n'est pas un droit : c'est un attachement à la conservation de soi qui
est inaliénable.
• Distinction entre Hobbes et [inaudible : Rousseau ?]
▪ Question : Est-ce que la théorie contractuelle de Hobbes [inaudible] sur une
théorie de l’aliénation ?
• Rousseau = aliénation
◦ Vous êtes entièrement citoyen, vous êtes homme par la citoyenneté, (si)
vous désobéissez aux lois de l’état – qui sont vos lois – vous devenez un
ennemi de l’État → il n'y a (donc) pas d'alternative.
◦ Contrat social = Théorie complète de l’aliénation (l’Émile est différent : /!\
ne pas introduire l’Émile dans le Contrat social).
◦ La souveraineté chez Rousseau ne permet pas à un citoyen en même
temps qu'il édicte les lois de garantir des réserves.
• Hobbes = autorisation du souverain (par les gouvernés)
◦ Sous condition de préserver la vie : si ma vie et la vie de mes proches est
menacée, alors je peux désobéir en résistant, c'est inaliénable.
◦ Ce n'est pas une théorie contractualiste comme chez Rousseau.
◦ ⇒ /!\ Chez Hobbes il ne s'agit pas d’aliénation. Donc « pas toutes les lois
sont justes »
• L'erreur ici c'est d'avoir fait de Hobbes un penseur de l’aliénation. Il est un
penseur de l'autorisation.
▪ Il faut « amener » la réflexion de Hobbes
▪ La question est plutôt la possibilité en droit de désobéir au droit. Qui théorise
ça ? Hobbes en premier lieu, puisqu'il ouvre une brèche.
▪ Article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : résistance à
l'oppression
▪ Tension entre le peuple et l'individu
▪ « Peut-on » : distinguer (entre) la légalité et la légitimité d'une loi. Il fallait
faire reposer cette distinction sur autre chose que la conscience morale (Hobbes
nous permet d'envisager autre chose).
▪ Le sujet n'a pas été suffisamment travaillé.
▪ Remarques méthodologiques :
• Il n'y avait pas lieu d'introduire les enfants et la pédagogie (/!\ Ne pas faire «
bécassine » → Le levier du sujet est très scolaire)
• /!\ Il est problématique de convoquer Platon et la Cité grecque quand l’intitulé
du sujet est l’État : si vous le faites, il faut justifier l'homologation de Cité
◦ Il n'y a pas d'individus dans la Cité Grecque, le citoyen se perçoit comme
membre d'une totalité (→ chose qui a fait rêvé Hegel, qui va essayer de
[reformuler ?] ça)
◦ → Il fallait prendre des précautions conceptuelles (De quoi parlons-
nous ?)
• Socrate, Rousseau, Marc-Aurèle, Hobbes → /!\ Trop de changements de
registre, ne pas faire de « catalogue »
▪ Dernière remarque : est-ce que vous pourriez très brièvement m'expliquer la
construction logique de votre plan ?
• [Pas clair]
• /!\ Pas de « plateau TV », i.e. oui contre non, débat idiot → ce qu'il faut c'est
élaborer le problème. Ici, « est-ce qu'on peut inscrire dans la constitution un
droit de résister à l'oppression ? »
▪ /!\ A la gestion du temps dans l'autre sens : ne pas se trouver dans la situation
où le président / la présidente vous dit « il vous reste deux minutes »
◦ Révision des points importants de la leçon par Mme COHEN
▪ On peut reformuler la question : « y a t-il un droit de désobéir au droit ? »
• → Caractère d'exception, caractère dérogatoire faisant face au droit positif
◦ Contradiction patente dans la formulation, puisque désobéir à la loi, c'est
se mettre hors-la-loi
◦ Le viol du droit ne peut être en droit sans contradictions
▪ Kant / Doctrine du droit (remarque finale A) : réfute cette possibilité au
titre d'une contradiction logique <Citation>
◦ Dans un état de droit, le droit n'a t-il sa source que dans les lois
positives ?
◦ Les droits sont-ils garantis par la loi ou bien définis par la loi ?
◦ La question peut être entendue comme la question relative au principe
même du droit et au fondement légitime de l’obéissance à la loi : obéit-
on à la loi parce qu'elle est la loi ou bien parce qu'on l'estime juste ?
◦ D’où : le droit peut avoir sa source ailleurs que dans la loi elle-même.
Idée (qui marque toute une période : jus naturale, de Hobbes à
Rousseau) se trouve historiquement dans l'importance du concept
politique de droit naturel, qui s'est prolongé dans la représentation plus
contemporaine de droit subjectif irréductible à la positivité des lois
• → Le droit dérogatoire peut-il être exercé individuellement ou ne peut-il être
exerce que collectivement ?
◦ BIBLIO : Il faut lire la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
◦ <Citation : Article 35 de la constitution de 1793>
◦ Est-ce que le droit touche l'individu ou bien est-ce qu'il concerne le
peuple ou bien une portion du peuple ?
▪ Ceci nous amène à Hobbes
• Le droit de nature chez lui désigne le droit subjectif, primordial et inaliénable
de se conserver (BIBLIO : Léviathan chapitre 14) : < Citation : « Il existe
certains droits (…) enlever sa vie » >
• Ce droit subsiste face au châtiment. C'est un droit à l’autodéfense même
contre l’État quand celui-ci menace la vie d'un individu.
• Ce droit est étendu aux proches. Extension de l'amour de soi à un collectif.
• Citation de John Bramhall sur le Léviathan : « Le Léviathan c'est un
catéchisme de rebelles (…) » + Hobbes limite les pouvoirs du souverain
• Léviathan Chapitre 21 : « l'obligation qu'ont les sujets envers le souverain est
réputée durer aussi longtemps mais pas plus que le pouvoir qui rend ce
souverain capable de les protéger ». Si le souverain cesse de les protéger,
les hommes retrouvent leur droit de nature de se protéger. → Le souverain
n'est plus tout puissant
• Hobbes : Le droit de résistance n'autorise pas un droit de rébellion. Le
souverain va exercer sa censure sur la diffusion des idées. Censure et
surveillance. Les livres les plus dangereux sont ceux des anciens romains et
grecs portant sur les tyrans. Mot (« tyran ») qu'il faut bannir. Source de «
tyranophobie ». Hobbes cherche à interdire l'identification du souverain à un
tyran (car totalement illégitime selon lui, dans le cadre du contrat)
• Compréhension de Hobbes de l'importance du langage pour la
transformation de la résistance en rébellion
• ⇒ Hobbes reconnaît un droit de résistance mais pas un droit de révolte.
• La rébellion peut reconduire à l’état de guerre
◦ Léviathan chapitre 28 : la rébellion ferait des sujet des ennemis. « ceux
qui commettent un tel délit (…) la rébellion n'est que la reprise de l’état de
guerre ».
◦ Léviathan chapitre 18 : « En outre, si celui qui tente de déposer le
souverain (…) il est injuste à ce titre également »
• Puisque les individus autorisent toutes les actions du souverain, ils
deviennent les auteurs de toutes les actions accomplies par l'acteur
souverain. Celui qui se rebelle contre le souverain (l'injustice par excellence)
est lui-même l'auteur du châtiment qui lui est imposé.
• Hobbes est le grand penseur des droits subjectifs et inaliénables.
• Les prétentions normatives du droit ne peuvent obliger les sujets de droit que
si elles sont fondées en justice.
• La désobéissance implique un retournement des normes juridiques sur leur
source constituante. → Réactivation de la légitimité dans la légalité.
• La désobéissance produit :
◦ Une réactivation du constituant (la légitimité) dans le constitué (la légalité)
◦ Une épreuve de validation de la justice des lois
• Deux manières de penser la désobéissance :
◦ 1/ Infraction (mais pas notre sujet)
◦ 2/ Opérateur du ressourcement du constitué sur le constituant, d'une
refondation (fondation réactivée) du rapport d'obligation qui lie le citoyen
aux lois. Et en ce sens là la désobéissance civile ce n'est pas l'anarchie,
ce n'est pas l’état de guerre : c'est un refus motivé d’obéissance à une
loi, à telle loi. Son motif c'est la justice.
• [Dernier quart d'heure : échange entre un étudiant et Mme COHEN portant
sur la relativité de la légitimité et le concept de souveraineté, à partir de la
question : comment distingue t-on la légitimité de la légalité ?]
◦ Nous nous sommes implicitement situés dans la modernité hobbesienne
et rousseauiste avec des théories du contrat (social) qui sont distinctes,
mais qui dans le fond donnent pour source à la loi la souveraineté.
◦ En régime rousseauiste, dès lors qu'une loi n'est pas l'expression d'une
volonté générale et ne sert pas l’intérêt commun, elle n'est pas une loi
▪ Attention aux tensions dans lesquelles on perd de vue l’intérêt
commun : source de la mort du corps politique
▪ Rousseau : lorsque le corps politique meurt, parfois les ressorts sont
cassés (sans possibilité de réparation)
◦ Écart entre légitimité et légalité
▪ chez Hobbes : droit de résistance (tout est légitime sous condition de
la préservation de la vie de chacun). /!\ Le Léviathan n'est pas une
incarnation, c'est un acteur. Le souverain est à la fois l'auteur et
acteur des lois. Ça se pose en termes d'autorisation : j'autorise le
souverain à être l'acteur des lois dont je suis l'auteur, sous condition
que ma vie et celle de mes proches soient préservées.
▪ chez Rousseau : avec lui on a les moyens, sans convoquer la
question morale de faire le partage entre une loi légitime (expression
de la volonté générale) et un simulacre de loi (légale mais pas
légitime)
◦ Une pensée de l’État commence par Hobbes et Rousseau pour un tel
sujet
◦ Avec Thoreau, on est presque dans le prolongement de Hobbes, mais
argument moral (ça peut être la conscience morale qui m'interdit d’obéir à
telle ou telle loi)
• Elle a mentionné qu'elle enverrait la bibliographie pour le prochain sujet

4e SÉANCE

• Bibliographie et références pour le sujet (de la séance suivante) «les


hommes font-ils l'histoire ? »
◦ Est-ce que c'est réductible à « Les hommes sont-ils les acteurs de l'histoire ? » →
Levier de la dissertation.
◦ Faire l'histoire = Écrire l'histoire
◦ Hegel / Marx / Arendt : peut être. Mais lien indéniable entre le fait de faire l'histoire
et le fait de l’écrire.
◦ « Faire l'histoire » au double sens Grec : Praxis / Poïèsis
◦ BIBLIO :
▪ Ricœur, « Vérité et histoire »
▪ Kant, « L’idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique »
▪ Hegel « La raison dans l'histoire »
▪ Textes de Marx (Révolution de 1848, guerre civile en France / La Commune)
▪ Arendt
◦ Question épistémologique : quel est le statut de ce « faire l'histoire » ?
▪ Épistémologie de l'Histoire
▪ Histoire = Narration
◦ /!\ Donner une bibliographie, c'est en partie traiter le sujet, donc Mme COHEN ne le
fera plus dorénavant
◦ /!\ Ne pas considérer qu'un sujet est bateau. Risque de nous faire passer à côté de
développement conceptuels cruciaux et potentiellement très intéressants.
◦ /!\ Ne pas s'enfermer dans un traitement de sujet (réagir à un sujet en ayant
automatiquement une certain bibliographie en tête. e.g. Histoire = Kant / Hegel /
Marx)
◦ /!\ Deux travers : 1/ travers « bécassine » , i.e. définir chaque mot isolément,
comme s'il n'y avait pas un énoncé, et dans cet énoncé ne pas repérer le mot le
plus important sur lequel il faut travailler pour constituer un problème. 2/
Immédiatement associer le sujet à une bibliographie, i.e. « réciter ce qu'ils
attendent ». C'est du dédain pour l’épreuve. Les sujets ont un côté scolaire, ils sont
souvent bateaux (i.e. mais ça ne veut pas dire ne pas les prendre au sérieux).

• Sujet « L'usage de la force peut-il être juste? »


◦ Remarques préliminaires de Mme COHEN
▪ BIBLIO :
• Auerbach, « Le culte des passions », commentaire sur la théorie politique de
Pascal (article de 30 pages). /!\ Pensée de Pascal qu'il faut connaître
quasiment par cœur.
• Le reste de la bibliographie a été envoyé à l’étudiante par mail
▪ → Occasion de revenir sur la désobéissance civile
◦ Exposé de la leçon par l’étudiante :
▪ Citation Jean Racine / Britannicus
▪ [Difficilement audible]
▪ Usage de la force et abus de pouvoir
▪ Usage de la force → Tyran
▪ Force de l'ordre = garantie de l’efficacité de l'ordre établit / mettre en œuvre les
lois écrites
▪ Annonce la problématique [Inaudible, beaucoup de va-et-vient dans la salle]
▪ Annonce le plan
• 1/ Force et justice semblent s'exclure mutuellement
• 2/ Point de vue pragmatique [inaudible]
• 3/ Contrainte forte = Issue au problème qui nous permet de faire société
▪ Force et justice
• Nécessité (ou pas) de justifier ses actes → Légitimité des actes
• Rousseau, « Contrat social, chapitre 3, partie 1» versus « droit du plus fort »
◦ Droit du plus fort = contradiction dans les termes
◦ Lorsqu'on obéit à la force c'est par nécessité ou par prudence mais pas
par volonté. On ne peut pas parler de devoir.
◦ La notion de droit n'a rien à avoir avec l’obéissance à la force
• → Situations absurdes
• Force versus autorité
◦ Autorité : qualité relative face à ceux sur lesquels elle est exercée
◦ Force : transformer le pouvoir en absolu, en fait indiscutable (idée de
créance)
▪ → Position précaire
• La justice peut-elle faiblir si on ne lui prête pas main forte ?
• La force est-elle l'auxiliaire de la justice ?
▪ Pascal, « Pensées » section 5 [inaudible] La justice ne saurait être appliquée
sans la force. Caractère pragmatique. Faute de mieux.
• Le citoyen obéit-il par devoir ou bien par crainte / contrainte?
• Antigone et l’exécution de la loi par devoir, pas par nécessité, parce qu'elle
considère son acte juste dans l'absolu
• Problème de confusion entre les deux types d’obéissance
• Marx dans « La question juive » : droit de propriété → droit de l’égoïsme
(renversement qui conduit à l'injustice: la justice au service de la force)
• Kant « Doctrine du droit » : le droit consiste en la simultanéité de la loi et de
la contrainte d'y obéir (qui est à différencier de l’idée de force, qui n'est
jamais apte à faire société)
• Contrainte collective et réciproque versus la force de l'ordre
• « Empowerement » : terme anglo-saxon utilisé depuis les années 1970, qui
signifie la prise de possession de nos pouvoirs (mouvements féministes, «
black power », etc.)
▪ Conclusion
◦ Questions et remarques de Mme COHEN
▪ Parfait pour le temps
▪ Question de distinction conceptuelle : vous avez distingué contrainte et
obligation (et au final, contrainte compatible avec la liberté de chacun). Question
: est-ce que vous avez remanié cette distinction conceptuelle ou est-ce qu'il faut
comprendre autre chose ?
• [Réponse pas claire]
• Force et carence en légitimité chez Rousseau: pas assez approfondi.
◦ Distinction force / autorité : puissance rhétorique de transformation de la
force en légalité, en droit. Ceci pose un vrai problème. On revient sur le
point de comment distinguer la légitimité et la légalité.
• ⇒ La force se passe de justice : mais est-ce que ça veut dire qu'elle se
passe de loi ?
▪ Quel rapport établissez-vous entre vérité et justice ?
• [Réponse pas claire]
• Pas nécessairement évident
▪ Affirmer une certaine puissance, ceci nous conduit à quoi en ce qui concerne la
légalité ou la légitimité ?
• [Réponse pas claire]
▪ Autres remarques :
• Bien construit
• /!\ Attention au couple conceptuel « contrainte / obligation » : la frontière s'est
évanouie. Il faut bien resémantiser les termes.
• Il aurait fallu approfondir le concept de « loi non-écrite » (lois du cœur,
irréductibles au droit positif) dans l'Antigone de Sophocle.
• /!\ Si vous voulez mobilisez un texte littéraire, il faut bien le maîtriser et savoir
quels philosophes en ont parlé (dans ce cas, Hegel)
• /!\ Références historiques : très bien, mais éviter la Seconde guerre
mondiale [car devenu très cliché] et ne surtout pas mentionner les films de
fiction sur cette période
• Les Khmers rouges, oui (bonne référence historique), mais il faut encore une
fois approfondir.
◦ Révision des points importants de la leçon par Mme COHEN
▪ Retour sur la désobéissance civile qu'on va remobiliser dans le traitement
de ce sujet
• Forme de concept contradictoire → Droit de déni du droit
• Mais enveloppe une thèse importante : le droit n'est pas réductible à sa
dimension positive et légale. Rien n'est plus contraire à l’état de droit que
l’énoncé qui dit « la loi c'est la loi ». Le droit a sa source ailleurs que dans la
loi (/!\ ici il faut mobiliser tout l’héritage philosophique et juridique du droit
naturel, qui nous impose presque la primauté du droit subjectif, i.e. que les
sujets ont des droits, et ce sont ces droits que la loi doit garantir)
• Article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : les droits
subjectifs sont naturels et imprescriptibles, ils forment la fondation (plus
rigoureux que la métaphore du « socle ») du droit positif. C'est le présupposé
irrésistible de la désobéissance civile; la désobéissance civile procède de ce
présupposé. L'extension de la désobéissance civile va de la possibilité de
s'opposer à telle ou telle loi, jusqu’à la possibilité de la rejeter si ou quand
cette loi trahit les droits fondamentaux.
• → C'est là où les deux sujets se croisent : Désobéir à la loi (droit positif) peut
être juste. i.e. le critère de justice n'est pas entièrement absorbé par le
droit positif.
• Question : Qu'est ce qui meut celui qui désobéit ? Non pas une autre loi
(Antigone / Loi non-écrite) mais une obligation en conscience.
◦ Thoreau : il refuse de payer des impôts à un état esclavagiste, qui de
plus s'est engagé dans une guerre complètement injuste contre le
Mexique.
• La désobéissance civique se prolonge par un appel, il y a mobilisation
collective → Décision qui doit sortir de son isolement
◦ Rechercher à rendre la désobéissance civile impérative.
◦ Exemple historique : manifeste des 121 « déclaration sur le droit à
l'insoumission dans la guerre d’Algérie »
◦ /!\ Quand vous avez un fait historique, vous donnez une date, c'est
précis, c'est informé, ça peut prendre deux minutes et c'est bcp plus
efficace que de raconter [pas clair]
◦ Loi Debré 1997
• Ce qui est contesté c'est telle ou telle loi, et pas le système juridique en
entier
• La désobéissance civile c'est un moment de ressourcement dans le droit,
face à une loi qu'on juge hors du droit.
◦ Citoyenneté = au-dessus du droit positif
◦ L'infraction à une loi = l’épreuve de la citoyenneté
◦ ⇒ Ressourcement de l’expérience démocratique au nom d'un droit
supérieur à celui qui est déposé dans la loi
• Balibar : état d'urgence démocratique. L’état d'urgence n'est pas le monopole
de l’État. Moment de rupture face à l’obéissance ordinaire (attentisme,
passivité)
• Arendt : elle voit dans la désobéissance civile qqchose de caractéristique de
la vie politique américaine. Deux façons pour la désobéissance civile :
◦ Mouvement des droits civiques / droit des états versus droit fédéral
◦ S'appuyer sur l'esprit de la constitution américaine (laquelle repose
sur le consentement)
• BIBLIO :
◦ Dworkin « prendre les droits au sérieux » Droit civique → Droit contre le
gouvernement. Droit moral et fondamental des citoyens, transformé en
droit juridique par la constitution américaine.
◦ Rawls « Théorie de la justice » : conception de la désobéissance civile
qui distingue entre la désobéissance civile, l'objection de conscience et le
droit de résistance. « Le problème de la la désobéissance civile ne se
pose selon moi que dans le cadre d'un état démocratique plus ou moins
juste pour des citoyens qui reconnaissent et admettent la légitimité de la
constitution ». La désobéissance civile est un test crucial pour la
démocratie. Moyen de stabiliser un système constitutionnel.
◦ Habermas (écrits politiques): questions sur le « légicentrisme », comment
penser un équivalent de la désobéissance civile dans nos états
[européens] (en Europe il y a une tradition étatiste). Pour lui, le droit de
résistance est beaucoup trop périlleux (raison pour laquelle il a été
considéré comme un légaliste). Trois critères pour la désobéissance civile
selon Habermas:
▪ 1/ La publicité : la désobéissance civile est un acte publique qui doit
faire appel à des principes publiques et qui doit se manifester
publiquement (pas de réseaux clandestins)
▪ 2/ La non-violence
▪ 3/ L'acceptation des conditions pénales des infractions
▪ Sujet d'aujourd'hui (« L'usage de la force peut-il être juste »)
• 1/ L'usage de la force seule n'est pas juste en lui-même
◦ Pascal : La force sans la justice est tyrannique
◦ Le sujet n'est pas la force peut être juste, mais bien « à quelle condition
l'usage de ce qui n'est intrinsèquement jamais juste peut être juste ? » →
« l'usage » est le point-levier
▪ /!\ Toujours trouver le point-levier [ du sujet, de la dissertation, de la
leçon ]
• 2/ Rappeler que la force est toujours relative par définition.
◦ Le plus fort n'est jamais assez fort. Il n'y a pas de superlatif de la force.
La force se manifeste toujours dans un rapport de force. Le plus fort du
moment n'est pas le plus fort de toute éternité
◦ Les moins forts ne sont pas obligé d’obéir, ils y sont contraints.
L’obéissance ne peut être qu'un acte de prudence.
• Comment l'usage de la force peut être juste si la force elle-même n'est
jamais juste ?
• → Les termes ne sont pas seulement hétérogènes mais aussi
incommensurables.
• La justice s'oppose à l'injustice. La force à la faiblesse.
• → L'usage de la force ne pourrait être juste que contre l'injustice. C'est donc
au regard de l'injustice que l'usage de la force peut être juste.
• Critère du juste ? Fondement du droit ? (Raison pour laquelle les deux sujets
se recoupent)
• ⇒ L'usage de la force ne peut être juste qu'à la condition que puisse être
déterminée une idée de la justice, et se fonder le droit. Faute de quoi la
justice ne serait l'expression d'un rapport de force sanctionné par le droit.
• BIBLIO : Pascal « Pensées » Lafuma 103 :
http://www.penseesdepascal.fr/Raisons/Raisons20-moderne.php
• Pourquoi la force a t-elle besoin du droit ?
◦ Quand elle veut se faire obéir durablement. La contrainte seule n'est pas
assurée de durée. Se faire passer pour légitime pour être obéie.
◦ Mystification qui consiste à faire passer pour juste ce qui n'est que
domination
◦ BIBLIO : Rousseau, texte du « Pacte du riche » → Changer l'usurpation
en véritable droit
◦ Institution du droit de propriété : « je vous ai persuadé que ceci est à moi
» → Danger de l'art de la persuasion
• Pascal : Faiblesse de la force par manque de justice (parce que pas durable)
• On peut, après avoir envisagé la faiblesse de la force et voir comment elle
trouve des ressources pour pallier sa faiblesse, analyser comment les lois ne
sont pas justes en elles-mêmes
• → La justice ne suffit pas à fonder l'obligation (Cf. texte de Pascal). « La
justice sans la force est contredite parce qu'il y a toujours des méchants »
• La contradiction ne peut porter que sur le terrain propre de la justice : on
peut la contredire, sur son terrain, discursif. La justice devient elle-même
relative aux méchants (pas les forts, attention). (Lire Auerbach).

5e SÉANCE
• Sujet « Les hommes font-ils l'histoire? »
◦ Remarques préliminaires de Mme COHEN
▪ Aucune
◦ Exposé de la leçon par l’étudiant :
▪ Introduction
• On ne voit pas comment le déroulement des actions etc. se détacherait des
hommes
• Histoire = science humaine
• Comprendre comment les hommes se sont comportés etc.
• Interactions humaines
• Problème au sein de la question: l'histoire engage les hommes ≠ dire que ce
sont les hommes qui la font
• Faire = se plonger dans une tension véritablement politique
• Les hommes ont-ils un quelconque pouvoir sur les événements?
• Force de l'histoire qui dépasse les hommes
• [ Le plan n'est pas introduit ou pas clair ]
▪ Montesquieu
• Lien entre l'homme et la nature
• L'esprit des lois, 1er livre: Loi = rapport nécessaire qui dérive de la nature des
choses → Ordre de la nécessité
• Les hommes doivent découvrir les lois auxquelles ils sont soumis
• Ordre qui dépasse les hommes
• Moteur de l’historicité = Nature bordée de l'homme
▪ Althusser
• L'homme ne suit pas les lois naturelles ou positives
• Les lois qu'ils se donnent ne sont pas la nécessité qui les gouverne
• Avec Montesquieu s'ouvre la possibilité de penser une régularité dans
l'histoire qui est l'ordre des conduites humaines
▪ Hegel
• Idée du sens de l'histoire
• Ambition d’élaborer une philosophie d'histoire, avec sa dimension politique
• Faire une philosophie du monde = engager une méditation de l'histoire
• Chercher une raison dans l'histoire
• Interroger le monde et l'histoire en éliminant le hasard
• → Le mouvement de l'histoire est-il orienté vers une fin ou est-ce une bataille
confuse sans ordre ?
• L'histoire est celle de l'esprit, de l’humanité, du peuple qui est appelé comme
« individu spirituel » (conscience de lui-même)
• ⇒ L'homme, s'il ne fait peut être pas encore l'Histoire est en tout cas capable
de la saisir, d'en saisir le sens.
• ⇒ L’idée du faire surgit quand Hegel propose que l'esprit s'affirme et se
connaît dans l’État
• Histoire = marche de l'abstrait vers le concret
• Dans ce progrès, l’État joue un rôle essentiel
• Histoire comme mouvement d'accomplissement dans l’État dans lequel tout
individu prend sa vérité
• Moteur de l'histoire = passion des hommes (donc, les hommes feraient par là
l'Histoire)
• Qui fait l'Histoire ? Figure spécifique ? → Une méditation sur le rôle des «
grands hommes » (Solon, César, Napoléon, etc.). Ceux qui changent le
devenir du peuple. Ceux qui font advenir un principe à sa concrétisation, et
en ce sens agissent éthiquement
• Si les grands hommes font l'histoire, savent-ils pour autant ce qu'ils font ?
• Paradoxe de la philosophie de Hegel : les hommes sont acteurs de l'histoire
mais en ont pas tous nécessairement conscience. Comment penser cet
écart ?
▪ Marx
• < Citation > → Vivre (vie matérielle) pour faire l'histoire
• Force motrice de la production matérielle
• → Les hommes font les circonstances
• Oui, les hommes font l'Histoire mais l'Histoire fait les hommes également
• < Citation du Manifeste du Parti Communiste >
• L'homme fait l'Histoire par la révolution
• Renversement fort de la dialectique hégélienne
• Implications politique
▪ Pour finir : interroger pleinement cette idée du « faire » dans ce qu'elle implique
• Hegel / Marx = Sens, direction, logique historique
• Hannah Arendt :
◦ limite de la totalisation de l'Histoire
◦ Disparation indéniable de la tradition dans le monde moderne
◦ Tradition ≠ Passé
◦ La faute de Marx est qu'il confond le travail et l’œuvre, puis l’œuvre et
l'action.
◦ Fabriquer et faire l'histoire ce n'est pas pareil
◦ Signification ≠ But
◦ C'est après coup que l'on peut dire ce qu'est l'Histoire (qu'on fait sens de
l'Histoire)
▪ [ Conclusion pas claire ]
◦ Questions et remarques de Mme COHEN
▪ Votre définition de l'Histoire
• 1) « L'ensemble des actions, interactions, manifestations humaines » :
définition de l'histoire naturelle ?
◦ Besoin de préciser pour que l'on soit bien sûr que nous nous situons pas
seulement au niveau de l'histoire naturelle
• 2) « peut être racontée et de fait devenir objet de notre connaissance » :
sous quelle condition une narration constitue une science ?
◦ /!\ Passer du récit à la scientificité peut paraître un sophisme
▪ « Faire » : deux sens : acteur VS auteur (Praxis VS Poïèsis) : dans quel sens
vous avez véritablement traité la question d' « auteur » de l'Histoire et pas
d'acteur ? Dans quel sens les hommes écrivent-ils l'Histoire ? Comment est-ce
que les hommes composent l'Histoire ?
• Praxis = Fin immanente à l'acte.
• Poïèsis = Fabrication. La fin n'est pas immanente à l'acte. Fin extérieure à
l'acte, puisque je produis qqchose
• → Quand les hommes font l'Histoire, Praxis, leur fin est immanente à leur
agir même : on ne fabrique pas l'Histoire comme on fabrique une chaise
• Arendt : polémique philosophique intéressante [ à propos de Marx ] mais /!\ il
ne faut pas prendre comme argent comptant sa lecture du texte de Marx
▪ Si je suis sur le versant de l'acteur : les termes « individu », « l’espèce humaine
», « le peuple », « le grand homme », « les classes ». Ça se joue à quel
niveau ? On choisit ? Ça permet une sériation de différents plans d'analyse ?
Est-ce qu'on a des strates ou est-ce qu'il y a une option [en particulier] ?
• Le rôle / la fonction d'Arendt à la fin n'est pas clair(e)
• [ L’étudiant fini par être convaincu que son option est l'option «
anthropologique » ]
• /!\ Il faut être ferme dans ses propositions
▪ Remarques de méthode
• L'introduction ça ne va pas du tout : définition insatisfaisante.
◦ /!\ L'histoire est une science humaine, donc c'est une science →
Attention, sophisme, ça ne va pas de soi
◦ Ce qui peut être raconté n'est pas nécessairement objet de science
◦ /!\ On n'a pas intérêt à commencer par une définition. C'est risqué.
▪ /!\ Mais si vous commencez par une définition, il faut redéfinir. Et il n'y
a pas eu de redéfinition.
• Paul Veyne / Objectivité vs. subjectivité de l'historien
• Élément de complication qui a été ignoré : raconter l'histoire c'est aussi la
faire. → Narration de la narration (Sur-narration)
◦ Mme Cohen : (…) On pourrait en tirer des éléments d’élaboration de la
question du récit historique et de sa rigueur propre et même
spécifiquement de son objectivité, et c'est bien le passage à la limite du
nietzschéisme de Paul Veyne qui fait dans le fond qu'il n'y a pas
d’objectivité, il n'y a que des perspectives subjectives qui sont propres à
l'historien (…) [ Pas clair ]
• Le terme levier n’était pas l'Histoire. Le sujet c'est « faire ».
• La prétention à l’objectivité [ pouvait aussi être développé ]
• /!\ Il faut que les auteurs soient ordonnés à la réflexion, qu'ils arrivent
appelés par une question
• /!\ « On voit pas comment il en serait autrement » = une sérieuse
maladresse, car cela rend la question inutile
• Le grand thème manquant : la liberté (Kant). Cette question est
fondamentale dans la philosophie de l'histoire (au 18 e / 19e siècle )
• → Sous quelle condition l'autonomie est-elle possible ?
• Concept de monde : il fallait davantage serrer le concept
• /!\ Si vous vouliez être Arendtien à la fin, il fallait donner 10 minutes à Arendt.
Si vous avez une optique finale, il faut absolument la construire. Pas Arendt
en conclusion juste pour « tout détruire ».
• /!\ Vous avez le droit à tous les contre-pieds, mais prenez le temps d'en faire
qqchose de philosophiquement intéressant.
• /!\ Se donner 4 heures et faire 6 traitement différents du sujet [ pour
s’entraîner ]
• [ Excursus kantien (raison ; morale) suite à la question de deux étudiant.e.s
à partir de ≈ 1h15' jusqu’à ≈ 1h28' ]

• Suite de la révision des points importants de la leçon de la 4e séance


(« L'usage de la force peut-il être juste ? ») par Mme COHEN
◦ BIBLIO (Secondaire) :Éditions Beauchesne , « Pascal. Tours, détours et
retournements » – Gérard Lebrun
◦ « Il est juste que ce qui est juste soit suivi »
◦ « Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi »
◦ → Pascal, Pensées, Lafuma 103
◦ Deux ordres hétérogènes de nécessité.
◦ Pascal établit une symétrie exacte entre eux, travaillée par une dissymétrie puisque
du côté de la force il nous faut le superlatif de la force, qui enveloppe une fragilité
(puisque une force, même superlative, ne cesse jamais d’être superlative, comme
nous l'avons vu la dernière fois).
◦ La justice (« devoir être suivi ») relève d'un quasi impératif catégorique : « il est
juste que le juste soit suivi » n'est pas une tautologie mais est la modalité circulaire
d'une prescription qui ne tire son titre d'aucun autre titre qu'elle même; autrement
dit la prescription juste est indéductible, elle est juste par elle-même (cf. Kant), le
concept ou l’idée de justice implique analytiquement et a priori d’être suivi. En
revanche, du côté de la force, le devoir être suivi ne relève pas d'un impératif, il
n'est pas en ce sens obligatoire (il est contraignant). Le superlatif « le plus fort »
élucide la différence entre obligation et contrainte. La force semble – et elle l'est –
contraignante dans sa forme superlative parce que son essence relative ne fait que
nourrir des conflits sans fin. Il faut donc se donner un absolu de la force : le plus
fort.
◦ Justice et force sont hétérogènes, incommensurables l'une à l'autre, la force
s'oppose à la faiblesse selon une opposition quantitative ; la justice s'oppose à
l'injustice selon une opposition qualitative. Mais, la force est tyrannique (phrase
suivante dans les Pensées).
▪ Tyrannie chez Pascal c'est le superlatif de la contrainte et c'est « sortir de son
ordre ». La force sort de l'ordre physique (contrainte), gagne d'autres ordres,
comment ? Par le discours. La force parle.
▪ BIBLIO : à lire, seconde partie du second discours, Discours sur l'origine et les
fondements de l’inégalité parmi les hommes (/!\ ne pas oublier « et les
fondements » à l'oral)
▪ « Le premier qui ayant … des gens assez simples pour le croire … gardez-vous
d’écouter cet imposteur … la terre n'est à personne » Rousseau, Discours sur
l'origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes
▪ « C'est ainsi que les plus puissants … les brigandages des pauvres … rendirent
les hommes avares, ambitieux, méchants »
◦ Question : à partir de quand on construit une conciliation ou une articulation entre
deux ordres de grandeur totalement incommensurable et hétérogènes ?
▪ Faiblesse propre de la force (déjà vu)
▪ Faiblesse de la justice → La justice est tjs contredite
• L'ordre propre du juste est discursif
• La justice est sujette à dispute ; elle est objet de discours polémique
• « Il y a toujours des méchants » ( où nous nous sommes arrêtés la dernière
fois)
• La juste est impérativement catégorique (au sens de Kant : inconditionnel)
mais l'ontologie de ce qui est juste reste indéterminée. « Il est juste que ce
qui est juste soit suivi » ne me dit pas ce qui est juste.
• Le « devoir être » du juste ne trouve pas son fondement dans l’être.
• Le juste de par la nature même de sa valeur est une prescription sans autre
fondement qu'elle même.
• « La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles, que nos instruments
sont trop émoussés pour y toucher exactement. S’ils y arrivent, ils en
écorchent la pointe, et appuient tout autour, plus sur le faux que sur le vrai. »
Pascal, Pensées, Brunschvicg 81 / 82
• → Pas de déduction du juste. Le juste ne s'autorise que de lui-même par le
discours, et c'est sur ce plan qu'il est objet de polémique parce qu'il y a tjs
des méchants.
• → Voilà pourquoi la justice ne peut pas échapper pour Pascal à la guerre
des discours (fragilité de la justice).
• A l'inverse, la force est très reconnaissable et sans dispute. Elle s'impose par
la nécessité même de sa manifestation. On ne « parle pas [avec] la force »,
on l’éprouve, on la subit (contrainte) et le discours qui l'accuse ne l'atteint
pas (d’où la dissymétrie). La justice n'est pas tyrannique, elle ne sort pas de
son ordre, et dans l'ordre du discours, elle n'atteint pas la force. De surcroît,
la force (Pascal) peut faire taire l'accusateur (La Fontaine : la raison du plus
fort est toujours la meilleure).
• ⇒ Conclusion : la seule conciliation possible c'est que la force devienne juste
ou qu'elle soit donnée à la justice.
• Faiblesse de la justice (discours) la rend relative, relative aux « méchants »,
qui sont les contradicteurs incessants de la définition de ce qui est juste.
• Une justice impuissante n'est pas une justice au sens du droit. Corrélat :
l'usage de la force est impliqué dans la conception juridique de la justice,
parce que n'est justice juridique qu'une justice qui peut être rendue, et une
justice ne peut être rendue qu'en surmontant son impuissance propre et en
se conciliant la force.
▪ Sur cette idée que la justice n'est pas déductible, est sans fondement, il y a
toute une tradition sceptique qui met à mal une idée de l'auto-fondation du droit,
qui remonte à Montaigne
• « Notre droit même a dit-on des fictions légitimes sur lesquels il fonde sa
vérité et sa justice (…) les lois se maintiennent en crédit non parce qu'elles
sont justes mais parce qu'elles sont lois. C'est le fondement mystique de leur
autorité, elles n'en ont point d'autre » Montaigne, Essais, Livre II, Chapitre
12, 'Apologie de Raymond Sebond'
• Walter Benjamin: « le fondement du droit c'est la violence »
• Derrida, Force de loi (commentaire de Walter Benjamin)
◦ Peut-on adopter la solution pascalienne, transformer la force en justice, faire que ce
qui est fort soit juste ? Comment l'usage de la force peut-il être juste, si la justice est
toujours sujette à dispute ?
▪ → Il faut distinguer la justice seule de la justice du droit
▪ La justice du droit n'est pas l’idée de justice. C'est celle qui se rend au nom du
droit. Or, (Rousseau), la justice qui se rend au nom du droit n'est pas tjs juste.
▪ → Ne pas confondre le droit politique et l’idée de justice.
▪ C'est parce qu'il y a tjs dispute sur ce qu'est le juste que l’idée de justice est
possible et se maintient au-delà du droit (→ Condamnation de lois « iniques »).
▪ L'usage de la force peut être juste (Pascal) selon le droit. → Distinguer la
légitimité d'un usage de la force, subordonnée à la légitimité d'une loi. Distinguer
l’idée de légitimité du droit (qui lui peut être entendu comme force autorisée. Le
droit – Rousseau – peut avoir valeur d'autorisation de la force).
▪ Kant : Le droit strict n'est strict que quand il est contraignant. La force est
analytiquement comprise dans le concept de droit strict. Ce qui fonde le droit
chez lui n'est pas juridique mais moral. Le droit se fonde sur la conscience de
l'obligation. Dans ces conditions, si je ne me reconnais pas en toute conscience
obligé par le droit, puis-je légitimement et même moralement revenir à la force
en vue de plus de justice ?
▪ → On fait basculer le sujet du côté de la conscience de l'injustice. Dans
l’expérience de l'injustice la conscience peut ne plus se sentir obligée par la loi.
La lutte contre l'injustice se déclare toujours au nom de l’idée de justice.
▪ [ Reprise de ce qui a été dit sur Hobbes la dernière fois suite à la question d'un
étudiant ]

[ La révision des points importants de la leçon « Les hommes font-ils l'Histoire » → La


prochaine fois ]

6e SÉANCE

• Sujet « Les hommes font-ils l'Histoire? »


◦ Exposé de la leçon par l’étudiant :
▪ Contretemps du volontaire, remplacé par Mme COHEN qui va le traiter
intégralement
◦ Remarques préliminaires de Mme COHEN
▪ Sujet bateau, qui pourrait former l’intitulé d'un grand cours sur l'histoire, sur la
praxis, sur la poïèsis
▪ BIBLIO : réponse d'Althusser à John Lewis (marxiste anglais, qui a écrit un
texte qui s'intitule en anglais « le cas Althusser » : il reproche à Althusser de ne
pas connaître grand-chose à Marx et de ne pas comprendre que les hommes
font l'Histoire)
▪ La réponse d'Althusser est un traitement du sujet.
◦ Leçon par Mme COHEN
▪ Deux grandes références à Aristote : Éthique à Nicomaque et Métaphysique
Thêta 6 (148b)
▪ La différence que produit Aristote est une différence entre deux sortes d'actions
• « Seul le mouvement dans lequel la fin est immanente est l'action » Aristote
Métaphysique Thêta 6 (148b) [ elle ne le précise pas, mais cet extrait
renvoie à la praxis ]
• « La poïèsis relève de la kinésis, du mouvement au sens strict de
mouvement imparfait ayant sa fin hors de lui-même » Aristote Métaphysique
Thêta 6 (148b-29)
• Dans la poïèsis la fin est externe, dans la praxis la fin est immanente
• → La praxis n'a donc pas d'autre fin qu'elle même. Elle ne tend pas à la
réalisation d'une œuvre en dehors de l'agent mais elle a pour fin dernière
l'exercice même, et en retour, la perfection de l'agent, la constitution de son
ethos, de son caractère.
• Notes de Tricot (traducteur d'Aristote): « l'acte de la praxis est tout entier
dans l'agent et ne se concrétise pas dans un objet, cette activité immanente
est pour Aristote le type de l’activité par excellence, energeia, l'acte au sens
propre qui est seul apte à se perpétuer, est complet et achevé à chacun de
ses moments, et ne cesse pas quand sa fin est atteinte : on peut à la fois
avoir pensé et penser encore, avoir vécu pleinement et vivre encore, avoir
été heureux et être heureux. »
• Pour la poïèsis l'action cesse quand le but est atteint. C'est moins un acte au
sens propre qu'un mouvement, et un mouvement imparfait.
• L'agent de la poïèsis est moteur, il imprime un mouvement accompagné de
[pas clair] ou plutôt, il applique un savoir fabricateur au réel, par où il
engendre des formes, des objets (e.g. pour la poïèsis : médecine,
navigation, commerce) : la visée d'une fin est tjs soumise à un savoir
technique.
• Aristote pose une différence générique entre [ inaudible ] et produire. En lieu
et place de la technè dans la praxis, on a la délibération, l'interrogation sur
l'actualisation possible de la fin visée, possible ou bonne, et quand elle est
bonne elle est utile.
▪ Deux possibilités de traitement de « faire » : traitement praxique et traitement
poïétique
• Les hommes de la praxis quels sont-ils ? L’espèce humaine ? Les grands
hommes ? Les classes sociales ?
• Les hommes qui fabriquent l'Histoire sont-ils les historiens ?
▪ Voilà la première question que nous pouvons nous poser, en acceptant dans un
premier temps, tout en l'ayant questionné dans l'introduction, la proposition de
nous confronter à un traitement idéaliste du rapport des hommes à l'Histoire
▪ La philosophie de l'histoire, qui commence au 18 e siècle, s'initie par cette
proposition idéaliste à partir du moment où il faut se dégager d'une antinomie
dominante, obstacle à la compréhension de l'Histoire : soit le fatalisme, soit la
providence ou le providentialisme
• Fatalisme : un destin aveugle gouverne l'Histoire, sur laquelle les hommes
n'ont aucune prise. Régime kantien : conflit des facultés dans lequel il parle
d'abdéritisme [ elle y reviendra tout à l'heure ]
• Abdéritisme : hypothèse selon Kant de progression et régression
permanente de l'Histoire, selon une alternance totalement folle, non réglée
◦ « marge ascendante … éternelle oscillation complètement folle » Conflit
des facultés, 7 – 81
• Providence
◦ → Soit Dieu , soit le chaos : l'homme n'a aucune prise, les hommes sont
les jouets de l'Histoire
◦ [ Sans transition : remarques sur Althusser ]
▪ L'ouverture d'un horizon de sens de l'Histoire suppose qu'on sorte de l'antinomie
et pour sortir de l'antinomie il faut une condition transcendantale, i.e. qu'il y
aurait un sens de l'Histoire sur lequel les hommes auraient prise.
▪ La question est donc comment y prennent-ils part ? Par leur praxis ? Par leur
volonté ? Par l'accomplissement de leur liberté ?
▪ L'action humaine est interrogée dans sa capacité à contribuer au sens de
l'Histoire, un sens humain gagné sur le fatum [ destin ] et le providentialisme,
mais cette part prise est tjs envisagée d'un point de vue collectif.
▪ Figure paradigmatique : Kant
• L'Histoire est le théâtre d'une tension irréductible entre des fins volitives.
Proposition 4 (/!\ à lire / connaître) de l'histoire universelle d'un point de vue
cosmopolitique : le théâtre de l'histoire est le théâtre d'une insociable
sociabilité où rentrent en contradiction, en conflit et en accord précaire des
fins volitives, des intérêts individuels [ lecture de l'extrait ]
• La grande question de Kant : si on sort de l'antinomie, on interroge dans le
fond ce qu'accomplit la liberté humaine dans l'histoire et cet
accomplissement n'est pas lisible à partir de la volonté individuelle.
• Il faut donc examiner l'Histoire comme un théâtre, où du point de vue de
l'individu on a une réelle opacité, un embrouillement terrible de conflits
d’intérêts, mais qui au regard d'un horizon bcp plus large que l'existence
individuelle, peut ouvrir la possibilité de dégager des lois de l'Histoire, qui
seraient les lois de l'accomplissement de la liberté humaine dans l'Histoire.
• La question kantienne qui nous permet de sortir de l'antinomie (et une
position véritablement idéaliste du problème) est : comment la liberté
humaine se phénoménalise [/!\ ce terme est impropre : la liberté n'est pas
phénoménale, parce qu'elle s’autodétruit comme liberté] ?
• Mais comment la liberté devient-elle lisible ? Perceptible ? Le lieu de son
inscription est l'Histoire.
• Même si sa position est idéaliste (puisque l'enjeu pour Kant c'est de dégager
une histoire universelle, non pas au point de vue de Dieu ou du hasard, mais
au point de vue cosmopolitique → accomplissement politique et moral de la
liberté humaine à l’échelle universelle d'une politique)
• Ce ne sont pas les hommes qui rentrent en conflit : c'est le conflit qui est
constitutif de la société humaine. Ce conflit est condition de l'Histoire,
condition de progrès. La position idéaliste de Kant (y compris toute l’école
des Lumières française) : la liberté se manifeste avec comme moteur
principal le conflit.
• NB : Hegel : motricité par le conflit
• Il y a une téléologie kantienne qui se démarque de la théologie, parce qu'elle
sert simplement de fil conducteur. /!\ pas de réalisme des fins naturelles chez
Kant (contresens). C'est une proposition de lecture de l'Histoire, qui nous
sort de l'antinomie
• Critique de la raison pure : pas besoin pour lui de faire une différence entre «
Dieu l'a voulu » et « la nature l'a voulu », l'important c'est le fil conducteur,
pour penser l’activité finale, mais sur le mode du « comme si ». La nature
comme Dieu perdent leur rôle de grands organisateurs, de source de
prédétermination. La nature, pas plus que Dieu, n'est créatrice d'ordre. La
nature n'est ni source de praxis ni de poïèsis.
• NB : Lebrun est le plus grand commentateur de Kant (à lire : texte sur
l'Histoire)
• Proposition 9 : « la nature conspirerait à nous rendre plus libres, plus
raisonnables, en nous arrachant à chaque fois à l’état présent » → Encore
une fois, c'est un « comme si » la nature faisait l'Histoire des hommes. Dieu
et la nature ne sont plus en position de sujets hyper-physiques.
• Proposition 9 : « perspective consolante » (p 88 édition GF)
• Rupture définitive avec la cosmo-théologie (Lebrun)
• [ ≈ 45 mins : à partir d'ici je ne suis plus capable de tout retranscrire
fidèlement : l'aspect technique l'emporte sur le plan, qu'elle ne donne qu'à la
fin et qui n'est pas clair jusqu'ici : je ne parviens simplement pas à suivre
avec tout ce flot de détails ]
▪ /!\ L'histoire ne se considère pas chez Kant en perspective d'avenir
• La lisibilité de l'Histoire ne donne aucun spectacle
• En revanche dit Kant, ce qui est intéressant c'est de regarder le passé
• Le récit ne se rapporte qu'à des événements passés
▪ A partir de là on peut se demander
• 1/ Qui fait l'Histoire ? L'insociable sociabilité ?
• 2/ Les hommes sont-ils donc modelés et emportés dans un mouvement qui
reste pour eux aveugle et invisible ? Dont ils ne perçoivent des signes qu'au
passé ?
• Ces hommes, qui sont-ils? Pour Kant → Un collectif. Toute l’espèce
humaine, qui se déclinent en peuples puis en états. Sa perspective n'est pas
un état mondial mais une fédération mondiale des états.
▪ NB : la notion de « philosophie de l'Histoire » vient de Voltaire (publié sous le
nom de l’abbé Bazin, dans lequel il présente l'Histoire comme uniquement
chaotique)
▪ Plusieurs possibilités de déploiement de l'Histoire : présupposer qu'au-delà des
événements il y a un sens (on ouvre par là la perspective hégélienne)
▪ Kant → Il y a peut être une loi de la liberté qui s'accomplit à l’échelle
cosmopolitique
▪ Pas une série d’événements dus au hasard : L'Histoire est peut être le lieu d'un
déploiement rationnel
▪ Hegel
• Hegel, ' La raison dans l'Histoire ' : en astronomie, on a dégagé les lois du
mouvement des planètes. Pourrait-on faire de même pour l'Histoire ?
• La conscience des événements n'est pas encore la conscience de leur sens
• L'Histoire qui a un sens est l'Histoire par rapport à laquelle on prend du recul
• Deux types d'Histoires :
◦ L'Histoire originale : une description d'actions, reçues par l'historien lui-
même, à la façon d’Hérodote → ne reste qu'une simple enquête
◦ L'Histoire réfléchie : transcende l’actualité dans laquelle vivent les sujets
(y compris les historiens) et traite le passé le plus reculé comme actuel
en esprit → s'abstraire du particulier
• Distinction qui embrasse la même question, mais pas de « comme si », pas
de principe régulateur : comme en astronomie, on va essayer de dégager les
lois constitutives du procès même de l'Histoire universelle.
• L'Histoire (réfléchie) réfléchit le passé dans et pour le présent. « elle est le
récit qui fait revivre le passé et qui est en même temps appel à la vie
présente ». « cette Histoire actualise les événements ».
• Actualisation qui ne peut pas avoir lieu par des « petits racontars » (termes
d'Hegel), « petits racontars » psychologiques, c’est-à-dire par l'individuel. →
l'Histoire réfléchie ne peut être actualisée qu'à l’échelle de l'universel, c’est-
à-dire par exemple de l’État moderne.
• Il faut distinguer la matière historique et la forme conceptuelle à travers
laquelle les événements prennent sens pour le présent
• « si l'Histoire a un sens immanent ce ne peut être que par l'acte par lequel
l'esprit vient progressivement à la connaissance de lui-même » (Hegel, la
raison dans l'Histoire)
• → le régulateur kantien n'est pas du tout satisfaisant. Il peut nous
abandonner à une pure croyance pratique sans effectivité aucune.
• « l'esprit ne plane pas au-dessus de l'Histoire comme au-dessus des eaux,
il travaille en elle, il est la seule force qui la mette en mouvement » (Hegel,
Encyclopédie des sciences philosophiques)
• C'est l'Histoire donc qui fait les hommes et l'Histoire se fait par l'effort de
l'esprit pour acquérir le savoir de ce qu'il est.
• Ce n'est pas à l’échelle de l'individu qu'on peut saisir ce mouvement mais à
partir de l'universel concret qu'est le peuple : i.e. une communauté spirituelle
dans laquelle l'homme trouve sa véritable réalité historique.
• En faisant l'Histoire [ i.e. si on s'exprime de cette façon ], l'homme se fait lui-
même, mais il se fait dans une lenteur qui excède toute existence
individuelle, donc qui ne s’appréhende qu'à l’échelle des peuples et de
diverses figures esthétiques ou politiques.
• BIBLIO : phénoménologie de l'esprit, Tome I, section « conscience,
conscience de soi, raison » , « raison ». (Traductions : Bourgeois, Pierre-
Jean La Barrière)
• « l'action est le devenir de l'esprit comme conscience. Ainsi l'individu ne peut
savoir ce qu'il est avant de s’être réalisé par l'action ». Le sujet est donc effet
de son propre agir. A l’échelle de l'Histoire, il est fait par l'Histoire, qui est
elle-même est l’auto-révélation de l'esprit → accomplissement qui excède la
conscience qu'en ont les hommes → manifestation de la liberté dans
l'Histoire
• « l'Histoire universelle n'est que la manifestation de cette raison unique, une
des formes dans lesquelles elle se révèle. Il faut regarder avec l’œil du
concept qui pénètre la superficie des choses et transforme l'apparence
bariolée des événements » (Hegel, la raison dans l'Histoire)
• L'objet de l'Histoire philosophique, c'est l'esprit du monde chez Hegel.
• « Pour la philosophie le fait premier n'est pas le destin, [ni] l’énergie des
passions des peuples et conjointement [ni] la bousculade informe des
événements. Le fait premier pour la philosophie est l'esprit même des
événements, l'esprit qui les a produit » (Hegel, la raison dans l'Histoire)
• La philosophie hégélienne qui embrasse le projet de dégager le sens, les
lois, le mouvement de l'Histoire universelle est un rationalisme ouvert qui
nous livre la manifestation de la raison et qui se faisant revient à libérer
l'Histoire de toutes les tutelles qui lui ont été imposées pendant des siècles,
libération bien plus effective que chez Kant (qui nous maintient dans la
croyance pratique, perspective uniquement consolante, alors qu'Hegel
défend l’idée que l'Histoire est l’œuvre de la liberté pour la liberté).
• « L'Histoire universelle est le progrès dans la conscience de la liberté, un
progrès que nous avons à reconnaître dans sa nécessité » (Hegel, la raison
dans l'Histoire)
• Hegel → e.g. → La Révolution française → confirmation éclatante que la
raison sous la forme de la liberté fait l'Histoire (bien qu'il ait des réserves vis-
à-vis de la Terreur → La politique sans médiation mène à un fanatisme
purificateur : la Terreur. Citation : « La liberté universelle ne peut produire ni
une œuvre positive ni un acte. Il ne lui reste que l'acte négatif, elle est alors
la furie de la destruction » )
== Question d'un étudiant sur Kant et son avis sur la Révolution française. Conclusion :
Kant reste admiratif de la Révolution malgré la Terreur ==
• /!\ Hegel n'a jamais dit tout le réel est rationnel. Hegel dit le réel est rationnel,
pas tout le réel. L’irrationalité existe, mais elle est rationnelle dans le sens où
elle est prise dans le procès [au sens de processus] de l'Histoire ; elle n'est
pas « avalée » par lui mais est éclairée par lui.
• Individus historiques → figures exceptionnelles qui sont capables d'avoir
conscience de cette imbrication, de cette spirale par où l'esprit s'auto-révèle
lui-même dans des grandes figures, et ils sont presque le lieu d’énonciation
de cet énoncé lui-même. Les « grands hommes » sont comparés par Hegel
à des personnages de tragédie, des héros : ils mettent toute leur
personnalité particulière au service de l’intérêt universel. Le grand homme
réalise le principe de l'esprit dont il est porteur. Ils peuvent donc être
considérés comme instruments de la « ruse de la raison ».
• « On peut appeler 'ruse de la raison' le fait qu'elle [i.e. la raison] laisse agir à
sa place les passions en sorte que c'est seulement le moyen par lequel elle
parvient à l'existence qui éprouve les pertes et subit les dommages » (Hegel,
la raison dans l'Histoire) → Le moyen c'est l'individu historique, le grand
homme.
• Modèle du grand homme : Œdipe, aveugle à son destin, qui de ce fait n'a
pas conscience du contenu et de la portée de ses actes, mais qui est
l'instrument de l'accomplissement du destin.
• Les passions ne sont pas incommensurables à la raison. Elles sont le moyen
par lequel la raison s'accomplit dans l'Histoire. « Rien de grand ne s'est
accomplit dans le monde sans passion » (Hegel, la raison dans l'Histoire)
• Rencontre entre Napoléon et Goethe d’après Hegel, le premier disant au
deuxième : « nous n'avons plus de destin. La politique est notre destin »
(Hegel, la raison dans l'Histoire)
• [elle se répète un peu]
▪ À partir de là, on a fait disparaître tout élément de conscience (sujet, auteur,
acteur), et avec un pas de plus (radicalisation supplémentaire) on pourrait
passer à Marx. Là la conscience [et l'Histoire ?] n'est pas produite par des
grands hommes, ni par des classes, mais par la lutte des classes (Althusser) +
cette lutte des classes est prise dans des rapports de production économique
(l'Histoire devient matérielle). L’être social détermine la conscience. Il n'y a plus
de sujet et plus d'objet.
▪ Marx : « ce n'est pas à moi que revient le mérite d'avoir découvert l'existence
des classes (…) pas plus que leur lutte ». L’originalité de Marx (Althusser) : la
lutte des classes est moteur de l'Histoire. La conscience de classe procède de
(/!\ et ne précède pas) la lutte des classes.
▪ Si les hommes agissent dans l'Histoire (/!\ important de revenir au sujet, sinon
on donne l'impression au jury qu'on est « partis en rase campagne » et qu'on fait
un cours [dans ce cas] sur Marx), ils agissent en fonction des forces
économiques et sociales qui les déterminent et non pas en fonction des idées
qu'ils ont ou des buts qu'ils se fixent.
▪ [elle se perd un peu dans ses notes]
▪ Lettre de Engels à Joseph XXX [illisible au tableau et inaudible] : « l'Histoire se
fait de telle façon que le résultat final se dégage tjs des conflits d'un grand
nombre de volontés individuelles, dont chacune à son tour est faite telle qu'elle
est par une foule de conditions particulières d'existence. Il y a donc là
d'innombrables forces qui se contrecarrent mutuellement, un groupe infini de
parallélogrammes de forces, d’où ressort une résultante, l’événement
historique, qui peut être regardée elle-même à son tour comme le produit d'une
force agissante comme un tout de façon inconscience et aveugle. Car ce que
veut chaque individu est empêché par un autre et ce qui s'en dégage est
qqchose que personne n'a voulu. C'est ainsi que l'Histoire jusqu’à nos jours se
déroule à la façon d'un processus de la nature et [est] soumise aussi en
substance aux mêmes lois de mouvement qu'elle. Mais de ce que les diverses
volontés dont chacune veut ce à quoi la pousse sa constitution physique et les
circonstances extérieures, économiques en dernière instances, ou ses propres
circonstances personnelles, ou les circonstances sociales générales, n'arrivent
pas à ce qu'elles veulent mais se fondent en une moyenne générale en une
résultante commune : on n'a pas le droit de conclure qu'elles sont égales à
zéro, au contraire, chacune contribue à la résultante, et à ce titre, est incluse en
elle » → Lire le texte d'Althusser
▪ Reprise de chacune des étapes [pas clair]
▪ Raymond Aron, dans 'Dimension au pluriel de la conscience historique' (1961):
« Tant que les hommes n'ont pas conscience de ce qu'ils sont et de ce qu'ils
furent, ils n’accèdent pas à la dimension propre de l'Histoire »
▪ Marx, dans 'Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte' , « Les hommes font l'Histoire
mais ils ne la font pas arbitrairement dans les conditions choisies par eux mais
dans des conditions données et héritées du passé (…). Si les hommes agissent
dans l'Histoire c'est en évoquant les esprits du passé auxquels ils empruntent
leurs noms, leurs mots d'ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle
scène de l'Histoire, sous ce déguisement respectable avec ce langage
emprunté »
▪ Question 1: est-ce que le travail d'historien (si on suit la proposition de Aron, i.e.
le 'faire poïétique') est véritablement indissociable d'une condition qui est
'conscience de l'Histoire', i.e. de la possibilité pour l'homme d'avoir conscience
de l'Histoire ? Est-ce qu'il y a une Histoire sans conscience ? Et sous quelle
condition il y a conscience ?
▪ Question 2 : est-ce que dans la perspective de Marx (qui est l'abandon de tout
privilège de conscience, puisque dans le fond la conscience est constituée par
l'Histoire matérielle) l'Histoire ne se réduit pas qu'à un langage ?
▪ → Deux questions qui doivent présider à notre retraversée de la question
[inaudible] à partir d'un 'faire poïétique'
== Excursus : le 18e siècle étant le moment de constitution de la philosophie de l'Histoire, il
est impossible de faire l'impasse sur un auteur de ce siècle. Mais pour ce développement
spécifique ne pas faire appel à Rousseau parce que c'est le penseur de la contingence :
les hommes sont devenus des êtres sociaux mais ils auraient pu ne pas le devenir ==
▪ Plan : [ résumé du plan et conclusion ]
• 1. Conscience raffinée (Kantienne)
• 2. Critique de cette conscience [inaudible]
• 3. Processualité (hégélienne, marxiste / marxienne)
• 4. Retraverser : quel est l'historien kantien ? Quel est l'historien hégélien ?
Quel est l'historien marxiste/marxien ?
• → Proposition qui va aller au-delà de ces trois strates : comment on produit
une connaissance objective de l'Histoire en écrivant les événements passés
et sans donner nécessairement à la conscience un privilège central
• (définition du sujet du point de vue d'un faire poïétique)
◦ Mme Cohen n'a pas fini, elle finira la prochaine fois

7e SÉANCE

XXXXXXXX

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