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Chapitre III : Les polluants

organiques et inorganiques
Chapitre III : Les polluants organiques et inorganiques

III.1. Introduction :

L’homme a toujours eu comme souci de préserver et aussi accroitre ses ressources en eau
dont la pollution est fondamentalement causée par le développement considérable de ses
activités humaines et industrielles. Ce problème ne se traite plus à l’échelle locale ou
régionale mais il est devenu de dimension mondiale [1]. Par conséquent il est peut-être
utile de discuter des différents types de polluants et de colorants les plus rencontrés.

III.2. Différents types de polluants :

III.2.1. Polluants organiques :

Pollution causée par la décomposition de matières organiques d’origine humaine, animale


ou industrielle.

La pollution organique est un type de pollution chimique provoquée par les polluants
carbonés, comme la matière organique (lisier, boues d'épuration, etc.), les organochlorés
ou encore les polychlorobiphényles et les colorants.

Les polluants organiques sont les plus nombreux et les plus dangereux. Certaines de ces
substances sont même cancérigènes ou mutagènes, d’où l’importance de les éliminer. Ils
peuvent être classés en phénols, hydrocarbures, colorants, détergents et pesticides,
formant de loin, la première cause de pollution des ressources en eaux. Ces matières
organiques sont notamment issues des effluents domestiques (déjections animales et
humaines, graisses, etc.) mais également des rejets industriels.

Elles provoquent l’appauvrissement en oxygène des milieux aquatiques, avec des effets
bien évidents sur la survie de la faune. Ce sont aussi tous les déchets carbonés tels que la
cellulose produite par les papeteries, le sucre ou le lactosérum des industries agro-
alimentaires. À l’inverse des matières en suspension (MES), elles constituent une
nourriture de choix pour les microorganismes de l’eau et provoquent leur prolifération.
Les matières organiques se mettent alors à vider le milieu de son oxygène, ce qui s’avère
fatal pour la vie aquatique et les micro-organismes vont le chercher dans les sulfates
dissous (SO4-2), qu’elles réduisent en sulfure, qui se dégage sous forme de sulfure
d’hydrogène, engendrant une odeur d’œufs pourris [2].

Le seuil de toxicité de polluants organiques est présenté sur le tableau (III.1) suivant :
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Polluants (Valeur limite en mg/l)

Hydrocarbures 50

Phénol 50

Dinitrophénol 5

Pentachlorophénol 5

Chloroforme 20

Chlorure de methylene 50

Chlorure 1500

Nitrites 40

Sulfites 20

Ammoniac 1600

Tableau III.1 : Seuil de toxicité de polluants organiques [2]

III.2.2. Polluants inorganiques :

C’est la matière qui n’est pas organique c’est à dire qu’elle ne contient généralement pas
de carbone. Cette matière minérale est les sels, toutes les matières structurées autour du
silicium, ou on y retrouve les métaux lourds, l’ammoniac, les nitrates, les phosphates, et
le gaz carbonique.

Les éléments sous forme de traces, présents à l'état solide dans les sols, sont mis en
circulation par l'érosion qui les met en solution ou suspension. Le ruissellement sur les
surfaces imperméables (sols, chaussée) ainsi que les sources anthropiques s'ajoutent à
ces sources naturelles liées à l'érosion. Les métaux lourds sont présents le plus souvent
dans l’environnement sous forme de traces : mercure, plomb, cuivre, arsenic, nickel, zinc,
cobalt, manganèse. Les plus toxiques d’entre eux sont le plomb, le cadmium et le mercure.
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Les éléments traces métalliques sont caractérisés par une grande masse volumique
(supérieure à 5 g/cm³), de bons conducteurs de chaleur et d’électricité, ayant des
caractéristiques de dureté et de malléabilité, se combinant facilement avec d’autres
éléments pour former des alliages.

De nombreuses activités industrielles telles l’électronique, les traitements de surface,


l’industrie chimique, utilisent des métaux d’où la possibilité de rejets dans
l’environnement [3].

Généralement, l’implantation d’unités industrielles privilégie les sites à proximité des


fleuves pour le transport de matières premières, pour l'alimentation en eau de
refroidissement des installations et aussi pour les possibilités de rejets des effluents
industriels. En effet l'eau a longtemps été l'exutoire qui permettait d'évacuer ces déchets,
sans respect des normes. A titre indicatif le tableau (III.2) suivant présente la
concentration maximale en métaux lourds selon la norme EN 13432.

Métal Concentration maximale (mg/l)

Zinc (Zn) < 150

Cuivre (Cu) < 50

Nickel (Ni) < 25

Cadmium (Cd) < 0,5

Sélénium (Se) < 0,75

Palladium (Pd) < 50


Chrome (Cr) < 50

Arsenic (As) <5

Tableau III.2: Concentration maximale en métaux lourds selon EN13432 [4].

Dans ce modeste travail, notre objectif est l’élimination des ions des métaux lourds tels
que : Pb2+.

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III.2.3. Le Plomb :

Du latin plumbum, le plomb est un élément métallique de symbole Pb, il appartient au


groupe (IVA) de la classification périodique des éléments. C’est un métal gris-bleuâtre qui
cristallise dans un système cubique à faces centrées. Il possède 48 isotopes parmi eux il y
a 4 qui sont stables : 204Pb (1,4%), 206Pb (24,1%), 207Pb (22,10%), 208Pb (52,4%) [28].

Le plomb est présent dans la croute terrestre et dans tous les compartiments de la
biosphère dans divers minerais tel que la galène (PbS), première source de production.

Il est principalement utilisé dans les batteries automobiles, dans les pigments, les alliages,
la protection contre les rayonnements, la soudure …. Et anciennement dans les carburants
et les peintures [29].

III.2.3.1. Propriétés physico-chimiques du plomb

Les principales caractéristiques physico-chimiques du plomb sont données dans le


tableau 03 suivant :

Numéro atomique 82

Groupe, Période, Bloc 14, 6, p

Electronégativité de Pauling 1.8

Masse volumique 11.35 g.cm-3

Volume atomique 207,2 g.mol-1

Configuration électronique [Xe] 4f145d106s26p2

Point de fusion 327 ºC

Point d’ébullition 1755 ºC

Tableau III.3 : caractéristiques physico-chimiques du plomb.

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III.2.3.2. Effet du plomb sur l’environnement

Le plomb est un produit chimique dangereux car il provoque des nuisances pour notre
environnement ; il est classé parmi les métaux les plus étudiés au monde du fait de sa
toxicité. [30]

L’excès de ce métal dans l’environnement induit à des troubles physiologiques,


biochimiques, diminuant la photosynthèse des plantes et la transpiration induisant ainsi
un retard de croissance ; comme il peut être absorbé passivement par les racines des
végétaux et peut s'introduire dans la chaîne alimentaire. [31]

Il s'accumule aussi dans le corps des organismes aquatiques et ceux du sol, ils souffrent
par conséquences d'un empoisonnement au plomb. C’est un contaminant de
l'environnement, toxique et écotoxique dès les faibles doses. [30]

Les particules de plomb provenant des effluents industriels se transportent à des


distances considérables dans l’atmosphère et sont une source majeure de contamination
environnementale. [32]

III.2.3.3. Effet du plomb sur la santé

Le plomb est fortement toxique, par ingestion et inhalation. Les infections au plomb sont
nombreuses, avec en particulier le saturnisme.

L’intoxication au plomb peut se manifester par différents effets :

➢ Effets physiologiques : visant surtout, les reins, les os, le cœur et le sang, il constitue
un grand risque pour les bébés, les jeunes enfants et les femmes enceintes peuvent
affecter le développement fœtal, retarder la croissance.
➢ Effets neurologiques : troubles neurologiques qui ont pour symptômes : perte de
mémoire et aussi des troubles du déficit de l'attention, des troubles
d'apprentissage, des problèmes de comportement et d'autres problèmes de
développement.
➢ Effets cancérigènes : le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a
classé le plomb et ses dérivés dans la catégorie 2B (potentiellement cancérigène
pour l’homme). [32]

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III.3. Généralités sur les colorants :

III.3.1. Définition :

Un colorant est une substance colorée utilisée pour changer la couleur d’un support
(textile, papier, aliment, …etc.). Il peut être une teinture s’il est soluble dans le milieu qu’il
colore ou un pigment s’il est insoluble dans ce milieu.

On distingue deux familles de colorants : les colorants naturels (extraits de matières


minérales ou organiques) et les colorants issus de la synthèse chimique.

III.3.2. Les colorants naturels :

Ce sont des extraits de matières minérales ou organiques. Par exemple, les colorants
alimentaires utilisés ont été d’origine naturelle jusqu’en 1850. Les colorants organiques
proviennent :

• De végétaux comestibles [carotte (orange), betterave (rouge), peau de raisin noir


(noir)…etc.].
• D’extraits d’origine animale ou végétale non habituellement consommés (rouge
cochenille), provenant d’un insecte d’Amérique centrale (Coccus Cacti), stigmate
decrocus (safran), mollusque (pourpre), etc. [5].
• Du résultat de la transformation de substances naturelles [caramel (marron),
…etc.].
• Cependant, il faut remarquer que le nombre de colorants naturels n’a jamais
excédé quelque dizaine, alors que les colorants synthétiques comptent plus de sept
mille exemplaires [6].

III.3.3. Les colorants synthétiques :

Ce sont ces colorants qui ont supplanté les colorants naturels car ayant un prix de revient
inférieur. Les recherches menées depuis le XIXème siècle ont débouché sur la fabrication
d’un très grand nombre de familles de colorants qui sont souvent des imitations de la
structure chimique de ceux naturels. C’est l’essor de la chimie organique et la
compréhension de la nature des molécules qui ont joué un rôle important dans la synthèse
des colorants. La première découverte d’un colorant mauve par oxydation de l’aniline est
l’œuvre de William Perkin en 1856, suivie en 1868 par celle des Allemands Graebe et

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Liebermann qui ont synthétisés l’alizarine (rouge vif), puis en 1880, l’indigo est obtenu
par Adolf Von Bayer. En 1862, apparaissent les premiers colorants azoïques, de formule
générale R-N=NR’, qui constituent le groupe le plus important de colorant de synthèse.
Aujourd’hui, la quasi-totalité des colorants est d’origine synthétique [7].

III.3.4. Les azoïques :

Les colorants azoïques sont caractérisés par la présence au sein de la molécule d'un
groupement azoïque reliant deux noyaux benzéniques.

Les colorants azoïques insolubles sont utilisés en teinturerie pour la teinture des fibres
cellulosiques sous toutes ses formes.

Figure III.1. L'azobenzène est la plus petite molécule de la famille des colorants azoïques
(Wikipédia)

III.3.5. Toxicité des colorants :

La toxicité des colorants vient de l’ignorance des chercheurs ou des utilisateurs de leurs
structures chimiques qui différent d’un type à un autre. Ainsi que du mode de l’emploi
lors de l’utilisation. Beaucoup d’études [8, 9] ont montré les effets toxiques et/ou
cancérigènes des colorants azoïques, ce qui signifie que les effluents contenant ces
colorants doivent être traités avant d’être rejetés en milieu naturel. Leur toxicité est en
fait due à la teneur en groupements cancérigènes tels que les groupements aromatiques,
phtalogènes, cyanurés, sel de barium et de plomb. Ces groupements cancérigènes (sous
forme électrophile ou radicalaire) attaquent les bases pyrimidiques de l’ADN et de l’ARN
et causent par conséquent, une altération du code génétique avec mutation et risque de
cancer [10].

Parmi les colorants industriels, nous nous somme intéresser particulièrement à la toxicité
des colorants azoïques, lesquels sont caractérisés par la présence de groupe (–N=N-). La
rupture des liaisons azoïques de ces dernières entraîne la formation d’amines primaires
qui causent la méthémoglobinémie, caractérisée par un empêchement du transport
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d’oxygène dans le sang. L’allergie respiratoire aux colorants réactifs a été rapportée pour
la première fois en 1978 par Alanko [11] chez des sujets employés à la pesée et au mélange
de ces colorants en poudre depuis deux ans et présentant un asthme et / ou rhinite
d’origine professionnelle.

La toxicité des azoïques par exposition aux colorants et à leurs métabolites n’est pas un
fait nouveau. Dès 1895, l’augmentation du nombre de cancers de la vessie observés chez
des ouvriers de l’industrie textile, est reliée à leur exposition prolongée aux colorants
azoïques [12]. Depuis, les travaux effectués sur ces colorants ont démontré que ces
composés chimiques présentaient des effets cancérigènes pour l’homme et l’animal [13,
14, 15].

Les effets cancérigènes des composés azoïques s’expriment par leurs dérivés amines [13].
La toxicité des azoïques est accrue par la présence de substituant sur le noyau aromatique
notamment des groupes nitro (-NO2) et halogènes (particulièrement Cl). Selon l’EPA [12]
L’estimation des risques de cancer impose de fixer une concentration limite de 3,1μg/L
en colorant azoïque dans l’eau potable.

En raison des effets mentionnés ci-dessus, il est clair que les colorants, essentiellement
les azoïques, ne devraient pas envahir notre environnement. Par conséquent, il est
nécessaire de traiter les eaux résiduaires chargées de colorants jusqu’à leur
minéralisation totale.

III.4. Conclusion :

Les différents types des polluants et colorants sont engendrés par l'activité humaine et
ont un fort impact toxicologique sur les végétaux, les produits de consommation courante
et sur l'homme. Il a été nécessaire de réglementer les teneurs en métaux lourds des eaux
destinées à la consommation, mais aussi des rejets industriels. La problématique des
métaux lourds tel que le plomb repose sur le fait qu’ils sont très utiles, voire
indispensables à l’homme. En effet, de par leurs propriétés, ils entrent dans la composition
d’une grande variété de produits, où ils peuvent infiltrer certains systèmes d'eau potable
en raison de vieux tuyaux de plomb ou de soudure au plomb.

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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

[1]. B. Khalfaoui, A. H. Meniai, Rafael Borja « Removal the copper fromwaste water by raw charcoal
obtained from reeds », J. Chem. Tech. Biotechnol. 64, 153-156 (1995).

[2]. Thèse en vue de l'obtention du doctorat en sciences en génie des procèdes par Mme khalfaoui
Amel épouse derbal, Étude expérimentale de l’élimination de polluants organiques et
inorganiques par adsorption sur des matériaux naturels : application aux peaux d’orange et
de banane Université mentouri de Constantine ; faculté des sciences de l'ingénieur
département de chimie industrielle

[3]. Actes d’une réunion d’experts de l’OCDE, « indicateurs environnementaux pour l’agriculture »
volume 3, édition OCDE, Zurich, Suisse, Novembre (2001).

[4]. D. Wilde, Heavy metal limits according to EN 13432. (2008).

[5]. M. Capon, V. Courilleau, C. Valt, " Chimie des couleurs et des odeurs ", Edition F.O.F, Berlin
Springer, 14(1996).

[6]. K. Winnacker, L. Kucheler, " Chimie organique " 3ème partie, Ed. Eyrolles, Paris, 5 (1968).

[7]. M. Mioque, C. C. Farnoux, H. Moskowitz, " Abrégé de Chimie Organique ", tome 2, 2ème Ed.
Masson, Paris, 211-222.

[8]. K. Swaminathan, S. Sandhya, A.C. Sophia, K. Pachhade, Y.V. Subrahmanyam, " Decolorization
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Chemosphere 50 (2003) 619-625.

[9]. J. Barrio, J. Rivail, " Spectroscopie de la molécule ", Publicité Collection Supérieur, Paris,
(1970). Chapitre II Généralités sur les colorants Mise en oeuvre d’hydroxydes et d’oxydes
polymétalliques dans le traitement de l’environnement 62

[10]. A. K. Jain, V. K. Gupta, A. Bhatnagar, Suhas, «Utilization of industrial waste products as


adsorbents for the removal of dyes ", Hazard.Mater. B, 101(2003) 31-42.

[11]. H. Zollinger, « Color chemistry " 2ndEd., (Weinheim : VCH Publishers, 1991).

[12]. K.H. Saunders, R.L. M Allen, «Aromatic diazo compounds ", 3rd Ed. (London: Edward Arnold,
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[13]. H. Roques, " Fondements théoriques du traitement chimiques des eaux ", Techniques et
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[14]. G. Hallas, A. H.M. Renfrew, « Representation of tautomeric colorants in the Colour Index »,
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[15]. Z.R.Salah, Thèse de magistère, " Elimination d’un polluant organique par photo dégradation
par des photo-inducteurs en phase homogène et hétérogène ", Université de Matouri,
Constantine, (2010).

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