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HISTOIRE DES IDEES POLITIQUES

De l’Antiquité au XVIIIe siècle

COURS DE LICENCE I DROIT ET SCIENCE POLITRIQUE

Par Pr. Mathurin NNA, DOCTEUR D’Etat en Science Politique, Maître de conférences

nna.mathurin@yahoo.fr

(Année académique 2019/2020)

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PLAN DU COURS :

Chapitre I : La cité grecque ou l’invention du politique

Section I : Le cadre de la pensée grecque

Section II : Les penseurs de polis

Chapitre II : L’universalisme Chrétien

Section I : L’augustinisme politique

Section II : Les grands débats intellectuels

Chapitre III : L’absolutisme au XVIIIe siècle

Section I : Hobbes

Section II : Le déclin de l’absolutisme

Chapitre IV : Le gouvernement du peuple du XVIIe et XVIIIe siècle

Section I : Rousseau, théoricien de la souveraineté populaire

Section II : Condorcet et les droits de l’Homme

Section III : SIEYES et la souveraineté nationale

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INTRODUCTION GENERALE

L’histoire des idées politiques est un enseignement de culture qui prépare à la


compréhension de la politique contemporaine, la notion d’idée politique est ambiguë. Elle est
souvent confondue avec celle de doctrine ou théories politiques. Il est possible de les distinguer
en tant que concept mais elles sont toutes les trois au centre de cet enseignement.

- Ainsi, l’idée politique considère les conceptions selon lesquelles s’établit, s’organise
et se transmet l’autorité politique. Certaines idées sont le reflet de la société dans
laquelle elles sont apparues. D’autres au contraire, original, innove totalement et
peuvent avoir une influence sur l’évolution ultérieure de la société (Exemple le
Marxisme) l’idée politique renvoie à des institutions qui ont fait fonctionnées une
société. Elle peut être synonyme de « pensée politique ».
- La doctrine politique est quant à elle une opposition ou une vision politique dominante
à un moment donné nécessairement partisane, elle est une vérité que l’on peut
enseigner (doctrine vient du latin docerer qui signifie enseigner ou encore distribuer
le savoir). L’affrontement de deux doctrines peut engendrer des conflits politiques
(exemple : le capitalisme et le socialisme) plus proche de la doctrine, l’idéologie
également partisane se caractérise par son côté efficace c’est-à-dire une idéologie
réussit. C’est en fin de compte une doctrine qui sous-tend une action.
- La théorie est l’explication impartiale de l’observation des faits par une démarche
logique et rigoureuse. La théorie a une méthode et prétentions scientifiques. Elle
comporte un aspect de démonstration et de vérités scientifiques.

L’histoire des idées politiques est indispensable pour comprendre les institutions et les
évolutions politiques. Elle suppose un déroulement historique les idées liées par leur analogie
ou par leur proposition s’enchainent les unes aux autres dans le temps. Sans tenir compte parfois
de l’époque et du milieu (de la société) ce qui explique certain retour en arrière ou au contraire
des brusques bonds en avant.

Ainsi par exemple les idées de l’antiquité ont une grande influence sur la pensée
révolutionnaire française. Les idées politiques sont très souvent exprimées dans les œuvres
écrites qui reflètent les préoccupations des auteurs. Leur étude est difficile pour plusieurs
raisons :

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- Les auteurs n’ont pas toujours écrit avec l’idée qu’ils seront édités par conséquent les
réponses dégagées des œuvres ne sont pas toujours claires.
- Les auteurs n’ont pas les mêmes préoccupations.
- La multiplication des auteurs et le foisonnement des idées compliquent l’approche du
sujet
- En fin il faut faire attention au vocabulaire, le sens des mots peut évoluer dans l’espace
et dans le temps.

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CHAPITRE I : LA CITE GRECQUE OU L’INVENTION DU POLITIQUE

C’est en Grèce que se situe la genèse de la pensée politique dans un cadre spécifique, la
Cité ou Polis. L’expérience de la démocratie à Athènes au 5e siècle avant Jésus-Christ et plus
encore les déviations du régime vont susciter un vaste mouvement de réflexion sur
l’organisation politique (SECTION I)

SECTION I : LE CADRE DE LA PENSEE GRECQUE : LA POLIS.

Les grecs n’ont jamais dépassé le cadre étroit de la cité où tous peuvent participer à la vie
politique à condition d’être citoyen. Les cités sont des micros-Etats qui apparaissent en Grèce
et surtout le pourtour de la mer Egée leur nombre est d’environ 300. Elles ont en commun un
principe : « les citoyens n’obéissent pas à un Homme mais à la loi » à la différence des premiers
empires. Si l’organisation en cité est commune à tous les grecs, chaque cité développe
néanmoins un sentiment de patriotisme exacerbé pouvant susciter des guerres et des rivalités
entre les cités. Elles pratiquent toutes le principe d’autarcie, chacune a sa capacité de se
défendre, a les moyens de vivre sur elle-même, a ses propres institutions, ses propres lois et ses
propres dieux.
Il existe une grande diversité des cités :

- Diversité de taille, exemple Sparte avec 8400 km2 ; Athènes 2650 km2 ; Corinthe
850 km2.
- Diversité de mode de fonctionnement et d’organisation sociale : certaine cité était
oligarchique comme Sparte, d’autres étaient démocratiques comme Athènes
cependant démocratie ne signifie pas liberté individuelle la combinaison entre les
deux n’apparait qu’au 19e siècle. Dans l’antiquité de manière générale, la liberté
individuelle est inconnue, seule compte l’ensemble des citoyens, la notion d’individu
est inconnue.

PARAGRAPHE I : SPARTE, CITE ARISTOCRATIQUE AU SERVICE D’UNE


MINORITE

Sparte est devenu au 6e siècle avant Jésus-Christ une cité gouvernée par les meilleurs.
C’est ce que l’on appelle aristocratie qui vient de Cratos : gouvernement, et aristoï : meilleur.

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Seul les citoyens ont les droits politiques les autres habitants pourtant majoritaires sont réduit à
une situation inférieure et travaillent pour permettre à une minorité de se consacrer aux armes.
Les citoyens étaient donc des soldats, les étrangers dépourvus de droit politique s’abandonnent
aux petits métiers proscrits à la minorité des guerriers. Le gouvernement était exercé par le
conseil des anciens appelés Gérousea composé de 28 membres âgé de plus de 60 ans élu à vie
par l’assemblée des citoyens désigné « Apella ».

PARAGRAPHE II : ATHENES, CITE DEMOCRATIQUE AU SERVICE DE


TOUS LES CITOYENS

C’est ici qu’est née la notion de « L’Etat de droit ». Athènes connait au 5e siècle une
période de prospérité (glorieuse, fastueuse) : Essor de la pensée politique, croissance
économique, maîtrise d’une grande maritime appelé Thalassocratie. Ici rien ne distingue un
citoyen habitant la ville, d’un citoyen habitant la campagne cependant tous les habitants n’ont
pas les mêmes droits on distingue :

- Les esclaves, 200 milles environs qui sont les simples objets de la vie politique
- Les métèques c’est-à-dire les étrangers vivant à Athènes exclu d’un bénéficie de la
citoyenneté (400 milles)
- Les citoyens ou Hommes libres (40 milles) c’est eux seuls qui concourent au
gouvernement de la cité et à la confection des lois.

Les différents organes qui assurent la vie de la cité sont les suivantes :

- L’Assemblée du peuple ou Ecclésia qui comprend tous les citoyens et votent les lois
(le peuple est législateur), élit certains magistrats et prononce les ostracismes
(sanction qui permet de vous exclure du groupe).
- Les magistrats font exécutés les décisions de l’Assemblée. Parmi eux il y’a les dit
stratège qui sont les chefs de l’armée.
- Le tribunal le plus important est appelé Héliée. Les citoyens qui y siègent s’appellent
les Héliastes et sont tirés au sort. Les athéniens appellent ce système le gouvernement
de la démocratie dont l’âge d’or correspond à l’époque de Périclès. L’expérience de
la démocratie à Athènes est très brève mais son importance vient de l’effort rationnel

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qui l’a fait naitre. C’est une construction qui n’est pas due au hasard. La démocratie
se caractérise par les principes suivants :
- L’ISONOMIE : c’est-à-dire égalité devant la loi qui est le même pour tous et faite
par le peuple dans le cadre de l’Ecclésia.
- L’ISOCRATIE c’est-à-dire égale à la participation des citoyens au pouvoir qui est un
trait de l’égalité politique.
- L’ISEGORIE c’est-à-dire la liberté d’opinion.
- LA PHILANTHROPIE c’est-à-dire fraternité entre les citoyens qui créée l’unité
sociale.
- LE GOUVERNEMENT PAR LE PEUPLE c’est-à-dire la souveraineté qui ne se
délègue est exercée par chaque citoyen.
Etre citoyen c’est un honneur, le citoyen grec est un Homme politique à plein temps
pendant une période de sa vie selon des règles qui veulent hériter le pouvoir personnel. En effet,
tout est agencé pour éviter le pouvoir d’un seul :
- Les charges sont annuelles et collégiales
- La pratique de l’ostracisme qui est équivalent d’une interdiction de séjour provisoire et
non un exil qui est perpétuel. Il permet d’éloigner une personne dangereuse et sert à protéger
l’équilibre démocratique contre les ambitions des démagogues. L’ostracisé voit ses droits
civiques suspendus pour un temps.
- Le vote individuel s’effectue soit à main levée pour les affaires courantes soit par
bulletin secret pour décider de l’ostracisme soit alors par tirage ou soit lorsqu’il s’agit de la
session aux magistratures.
- L’indemnité des fonctions créée par Périclès est versée aux citoyens quand ils
participent aux réunions de l’Ecclésia ou de l’Héliée.
- L’action publique créée par Périclès dans le but d’assurer le maintien d’un régime de
droit est ouverte à tout citoyen et dirigée contre tout projet de loi qui mettrait en péril la cité.

Aux yeux des Hommes du XVIe siècle, la démocratie athénienne apparait bien étriquée,
manque d’ampleur. Elle sombre dans les excès de la démagogie qui vont alimenter de
nombreuses critiques à l’encontre de ce système de gouvernement.

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SECTION II : LES PENSEURS DE POLIS

Ces penseurs font le procès de la démocratie jugée versatile et égoïste on peut les repartir
en deux groupes : les premiers dénoncent les côtés négatifs de la démocratie (Paragraphe I) les
second dépassant le cadre de la cité développent une pensée qui va inspirer la politique
occidentale (Paragraphe II).

Paragraphe I : La critique de la démocratie

L’auteur le plus connu ici est Socrate (470-399 avant J-C) n’ayant laissé aucune œuvre
écrite c’est par Xénophon et surtout Platon qui furent ses disciples, que l’on peut reconstituer
son message.
Socrate participe activement à la vie politique de son pays et bon citoyen respectant la loi
de la cité même quand elle est injuste à son égard. Il fut condamné à boire la cigüe pour crime
d’impiété qu’il n’a pas commis. En réalité, on lui reproche d’être critique à l’égard du
fonctionnement de la démocratie à Athènes.
En effet, il dénonce le tirage au sort les compétences des assemblées populaires par
manque de connaissance, la flatterie et la démagogie. Tous ces défauts que Socrate fustige
seront également punis par les sophistes (A) les historiens (B) et les auteurs d’œuvres théâtrales
(C).
A- Les sophistes

Aujourd’hui, le sens du mot sophiste est péjoratif (le sophiste est un beau parleur il tient
des raisonnements mais faux dont il faut se méfier)
Au Ve siècle avant J-C, le sophiste peut aussi bien désigner un poète, un maître de la
rhétorique. Le plus anciens et le plus célèbre des sophistes auquel Platon qui ne les aimait pas
pour autant consacre un dialogue est Protagoras dont les idées ont des implications politiques.
Ainsi, Protagoras pense que ce qui est considéré comme v rai par le plus grand nombre des
.Hommes doit être admis comme tel.

A- Les Historiens YDYDIDE: HERODOTE ET THUCYDIDE

- HERODOTE (484-420 avant J-C) est le premier à distinguer et à comparer les


différentes espèces de gouvernement. Il critique la démocratie et l’oligarchie en démontrant que

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les deux formes de gouvernement sont vouées à la corruption. Il préfère la monarchie parce
que cette forme de gouvernement est durable donc supérieure à la démocratie.

De son côté Thucydide (460-395 avant J-C) est historien de la guerre du Péloponnèse
opposant Athènes et Sparte entre 431-404. Il relate les faits avec leur impartialité et concision
et il cherche à expliquer les causes de l’événement dont l’objectif est de comprendre les raisons
du déclin de la civilisation Athénienne.
La démocratie pratiquée dans sa ville natale (Athènes) a dégénéré. L’impérialisme dont a
fait preuve Athènes est insupportable pour les autres cités grecques.

B- Le théâtre grec

Bien que n’ayant pas pour objet premier la réflexion politique, certaines œuvres en sont
imprégnées en raison du caractère populaire du théâtre. Parmi les plus tragiques, on peut citer :
Antigone de Sophocle (497-416 avant J-C) qui est une tragédie riche d’enseignement politique.
Au-delà des faits, c’est le problème éternel entre la loi non écrite d’un ordre supérieur (la
conscience humaine) et les lois positives de la cité (la raison de l’Etat). C’est la tyrannie de la
loi écrite qui condamne Socrate.

Parmi les œuvres comiques, le nom d’Aristophane (445-386 avant J-C) qui est un poète
amoureux de sa cité athénienne mérite d’être relevé. Ses comédies critiquent la démocratie par
le rire, le sarcasme et exprime sa nostalgie de la cité oligarchique. Il réalise la justice athénienne
qu’il trouve pléthorique.

Enfin Xénophon est un nom de guerre, historien et écrivain politique et économiste, il


passe une grande partie de sa ville en exil. Il fait l’apologie des institutions de Sparte et critique
violemment la démocratie athénienne synonyme d’incompétence, d’indiscipline et de
démagogie. Il est thuriféraire de la monarchie.

PARAGRAPHE II : LA RECHERCHE DE LA CITE MODERNE

Elle a été menée par deux auteurs majeurs Platon (A) et Aristote (B).

A- Platon le premier des utopistes

Platon (428-437 avant J-C) est issu d’une grande famille athénienne celle de Solon (un des
plus grands dirigeants d’Athènes en 574). C’est dire que l’origine sociale de Platon a une
influence directe sur sa destinée. Il se consacre à la vie politique. Il a été disciple de Socrate et

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admire Sparte. Il connait de nombreux déboires en politique et par conséquent il va se consacrer
à la réflexion politique et à la philosophie qu’il considère d’ailleurs comme le refuge des âmes
pures. Refusant l’activité politique quotidienne, il crée une école l’académie où Aristote est
élève.

Son œuvre abouti à exposer des défauts de toutes les formes de gouvernement existante et
dans la présentation de la cité idéale.

Dans son ouvrage fondamental La République, Platon étudie les pathologies de l’Etat et
fait une critique virulente de la démocratie qu’il condamne sans réserve. Il critique ensuite
toutes les formes de gouvernement. La timocratie accorde plus de place à la richesse et aux
ambitions. L’oligarchie donne le pouvoir aux riches, la tyrannie transforme le pouvoir en
pouvoir absolu dans les mains du sot et du méchant agissant selon son caprice.

Cependant, la tyrannie est bonne si le tyran est un philosophe ou conseillé par un


philosophe. Dans ce sens Platon a été conseillé du tyran de Syracuse en 390. Platon préconise
comme forme parfaite de gouvernement l’aristocratie. Dans cette forme de gouvernement, le
savoir conditionne l’action, le vrai commande en politique et en moral le bien. La cité doit être
dirigée par des Hommes qui étudient objectivement les problèmes. Ceux qui cherchent à faire
prévaloir l’intérêt général et non à satisfaire les désirs des groupes de pression.

Platon nous fait découvrir ainsi une correspondance entre les structures politiques et la
psychologie des Hommes citoyens. Il invente ainsi une cité qui n’existe nulle part et utilise la
méthode utopique qui créée la distance entre le réel et l’idéal.

La cité idéale est une cité sophocratique c’est-à-dire qu’elle doit être gouvernée par des
sages et non par la multitude. L’idée essentielle dans la pensée platonicienne est la sélection. Il
classe par conséquent les Hommes en trois grandes catégories relevant ainsi trois grandes sortes
d’âmes :

- Ceux qui sont dominés par la « raison » et qui délibèrent, gouvernent sont les âmes
d’ordre. Ils sont dits gardiens parfaits ou magistrats.

- Ceux qui sont dominés par la force physique, ils sont les âmes d’argent, ils sont dits
guerriers ou gardiens simples

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- Ceux qui sont dominés par les « appétits sensibles » tels que le goût du travail manuel,
le profit, l’instinct, ce sont les âmes de fer ou d’airain. Ils travaillent pour les autres et ne
participent ni au gouvernement ni à la cité.

Cette société idéale aboutit à une division fonctionnelle, tripartite administrant la société
du moyen-âge. L’éducation intellectuelle et physique doit former le citoyen vertueux. Pour que
ce système fonctionne bien, Platon fait intervenir l’Etat dans la vie privée des individus. La cité
idéale repose sur la communauté des femmes et des enfants et sur celles des biens.
Bien d’autres conditions sont indispensables au bon fonctionnement de la cité idéale qui
doit être rurale, de petite taille et enfin fermer sur elle-même. Avec Platon, c’est l’effort de créer
une cité idéale où les passions humaines ne sont pas flattées et où l’on refuse de se bercer
d’illusions.

B- Aristote (385-323 avant J-C)

Aristote, disciple de Platon est l’un des plus illustres continuateurs de la pensée de son
maître. Même s’il est le disciple de son maître cependant, il prendra des distances vis-à-vis de
ce dernier. Ce qui se justifie par son origine qui lui fera adopter une méthode différente de celle
de son maître (1) et aboutir à des conclusions différentes (2).

1- L’origine familiale d’Aristote

Aristote est né à Stagire en bordure de la Macédoine en 384-383 avant J-C. fils du


médecin du roi de Macédoine et né hors d’Athènes, il n’est pas citoyen de cette cité. Et ne peut
donc pas par conséquent participer à la vie politique d’Athènes. Là se trouve le premier élément
de distance d’avec son maître alors que Platon de par sa naissance est membre de l’aristocratie
athénienne et participe de plein droit à la vie politique. Aristote lui est étranger et en tant que
non citoyen exclu de la vie politique. Cette divergence de naissance et de statut conduit à la
divergence des méthodes.

Afin de proposer un modèle de cité juste, Platon en tant que citoyen athénien est influencé
par ses préjugés, ses préférences. Ce qui le conduit à fonder ses propositions sur la spéculation
c’est-à-dire son imagination. Il y’a donc un décalage entre ses propositions et la réalité. Cette
intimité entre Platon et la cité athénienne fait défaut à Aristote qui est un étranger et pourtant la

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distance entre Aristote et Athènes permettra au disciple de Platon d’être plus réaliste et efficace
de son maître.

En fait étant étranger à Athènes, Aristote n’est pas influencé par ses sentiments lorsqu’il
se prononce sur la manière dont la cité est ou doit être gouverné. Au lieu de prendre en compte
ses sentiments et ses préférences, Aristote s’appuie sur une observation rigoureuse des faits. Il
s’en suit que ses propositions sont fondées sur la réalité et non l’imagination. Aristote est alors
l’inventeur du relativisme empirique c’est-à-dire la stricte observation des faits dans l’étude des
phénomènes sociaux et politique. Cette méthode étant alors décrite dans son ouvrage intitulé
L’Etique à Nichomaque

2- La contribution d’Aristote

Dans sa recherche de la cité idéale, Aristote propose et classe les différents systèmes
politiques en deux séries d’après le critère de finalité : Il propose dans cette forme d’idée, les
formes pures et les dégénérées.

- La forme pure de gouvernement s’observe quand le maître gouverne selon


l’intérêt général et agit selon les lois.
- La femme corrompue ou dégénérées de gouvernement s’observe quand le maître
gouverne pour son seul intérêt.

Il distingue par ailleurs, les gouvernements et les classes en fonction du nombre :

- Le gouvernement d’un seul au bénéfice de tous : la royauté ou la monarchie


- Le gouvernement d’un petit nombre ou l’aristocratie
- Le gouvernement du grand nombre dans l’intérêt général à savoir la démocratie
encore appelée d’une certaine manière la République.

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Chapitre II : L’UNIVERSALISME CHRETIEN Ve- XVe SIECLE

Rome devient le centre de l’Eglise. Cette institution bien que de nature spirituelle
développe une administration hiérarchisée et possède une grande puissance. Les événements la
poussent à jouer un grand rôle dans le monde. L’empire romain d’occident disparait, L’Eglise
est alors la seule institution solide de la fin du Ve siècle. La papauté reste le seul pouvoir
universel et l’Eglise supplante l’autorité politique défaillante et se fait juge du pouvoir civil.
Diverses doctrines tendent à absorber l’Etat l’Eglise. L’augustinisme politique déforme les
thèses de Saint Augustin (Section I). Les idées de la théocratie pontificale développées par les
canonistes se heurtent aux thèses opposées dès les années 1260. L’esprit laïc qui est une
revendication de l’autonomie de l’Etat surgit des grands débats intellectuels (Section II).

Section I : L’AUGUSTINISME POLITIQUE

Après le temps du royaume barbare mérovingien (dynastie de) vient celui de l’empire
carolingien. Charlemagne couronné empereur en l’an 800 par le pape Léon devient le Chef
temporel de la communauté chrétienne dont la langue est le latin. C’est grâce au latin que les
élites communiquent. L’empereur est perçu comme l’agent d’exécution d’un plan providentiel.
Dès lors il entre en compétition avec le pape pour la direction de la société Chrétienne même si
l’empire est une réalité politique, il est avant tout une réalité religieuse et culturelle. C’est
l’époque féodale où s’efface l’idée d’Etat et d’empire.

A- L’autorité religieuse se fait juge du pouvoir civil

Dans la société médiévale, rien n’est en totalité ou temporel ou spirituel. De plus aucune
action n’est étrangère à la préoccupation du salut et l’on peut porter sur tout comportement un
jugement intellectuel. Les partisans de la théocratie vont en conclure l’universelle compétence
du pouvoir spirituel. Les papes et les évêques carolingiens insistent sur la bonne conduite du
roi (1), qui par suite du sacre devient une personne hors du commun (2)

1- La réflexion des papes et des évêques

Pour le pape Gélase (492-496), il est clair que seul Dieu détient la plénitude potestatis
(puissance suprême). Il délègue à deux pouvoirs distincts le soin de faire triompher l’ordre
divin : au pontife (pape) l’auctoritas ; au roi la potestas, chacune en son domaine est souveraine.
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L’autorité du pape en matière religieuse et ecclésiale est absolue, le pouvoir du roi sur ses sujets
l’est tout autant.
Le pape Grégoire Ier a sous les yeux le spectacle de la guerre et de la ruine de Rome.il y
voit le signe de la sénilité du monde (vieillissement pathologique) et l’annonce de sa fin
prochaine. Le rôle de l’Etat, des rois et des pouvoirs perd de son intérêt profane. Seuls comptent
les services qu’ils peuvent rendre à l’Eglise et sa mission. Il écrit : « être roi, cela n’est rien en
soi de merveilleux, puisque d’autres le sont, ce qui importe, c’est d’être un roi catholique ». La
cité terrestre se trouve absorbée par l’Eglise. Le pape Grégoire transforme la pensée nuancée
de Saint Augustin en idées simples et capable d’être mise en pratique.
Le pape Grégoire VII ne cherche pas à substituer le pape aux rois, mais il croit orienter,
de juger et d’inspirer les politiques particulières. Pour illustrer les relations entre l’Eglise et le
pouvoir civil, il utilise l’allégorie des astres. Le soleil désigne la papauté, la lune astre
secondaire et inférieur au soleil désigne l’empereur qui n’est qu’un reflet.

2- Le sacre

Il est le signe le plus manifeste de la subordination du temporel au spirituel. Cette


cérémonie transcende la désignation du roi, elle est introduite en France en 715 pour légitimer
le pouvoir de Pépin le Bref. Elle confirme l’origine divine du pouvoir et place l’autorité royale
hors de toute contestation humaine.

B- La théocratie aux temps féodaux

Mêlée à une société qu’elle a contribuée à réorganiser, l’Eglise des temps féodaux est une
société complète. Elle comprend un territoire (la chrétienté) ; une population (tout le peuple
chrétien) ; des organes de gouvernement hiérarchisés depuis le sommet avec le pape jusqu’à la
base (le curé de campagne). Mais l’Eglise va subir l’influence de la féodalité sur deux
domaines :
- L’Eglise est aux mains des laïcs au XIe siècle. A tous les degrés les chefs politiques
s’emparent des fonctions et des biens ecclésiastiques
- La dégradation des mœurs du clergé : trafic des charges ecclésiastiques (la simonie :
achat et vente des cures) et mariage des prêtres (le nicolaïsme qui encourageait la
succession des enfants à leurs parents dans les charges de l’Eglise).

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L’Eglise va réagir, la réforme grégorienne (du nom de son principal artisan le pape
Grégoire VII) va permettre une purification des mœurs du clergé et partant toutes les structures
politico-sociales et notamment les rapports du pape et des princes séculiers. Cette réforme prend
la forme d’une rivalité politique entre deux hommes, le pape et l’empereur (1) et un débat
idéologique (2).

1- La rivalité politique : la lutte du sacerdoce et de l’empire

Préparée par quelques esprits, la réforme a successivement réalisé la libération de l’Eglise


romaine de la tutelle de l’empereur, la libération des Eglises de l’investissement des princes, la
suprématie politique du sacerdoce pontifical. L’épilogue conduit curieusement à une distinction
du spirituel et du temporel :
- Un décret pris par le pape Nicholas II institue la procédure encore en vigueur qui
donne le rôle essentiel dans la désignation du pape au collège des cardinaux.
- Le synode de Rome de 1059 décide : « aucun clerc, ou prêtre ne peut recevoir une
église des mains d’un laïque, ni gratuitement (investiture laïque), ni pour l’argent
(simonie). Cela provoque la querelle des investitures Grégoire VII excommunie et
dépose l’empereur, il délie ses sujets de leur sermon de fidélité. Henri IV a du faire à
Canossa devant le pape qui leva l’excommunication en 1077.
- Pour devancer la réaction hostile d’Henri IV, Grégoire VII résume sous forme d’une
suite de 27 articles brefs et clairs l’ensemble des droits et pouvoirs revendiqués par le
pontife romain. Cet acte comme sous l’appellation de Dictatus papae se résume dans
la fameuse thèse de la plénitudo potestatis qui affirme non seulement la suprématie
du pape sur l’Eglise mais sur toute l’humanité.

Le concordat de Worms conclut entre 1085 et 1122 est un pas vers la distinction entre le
spirituel et le temporel. La solution du problème des investitures est suggérée par les analyses
de l’évêque Yves de Chartres (1040-1116). Il arrive à l’idée qu’une distinction doit être faite
dans les évêchés entre ce qui est spirituel et ce qui est temporel. Cette idée va inspirer le
concordat de Worms conclu en 1122 entre le pape Urbain II et l’empereur Henri V qui affirme
que : Quand un évêché est vacant, il y’a élection libre par les chanoines (religieux de certain
ordre) des églises cathédrales pour désigner un nouvel évêque.

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2- Le débat idéologique : la querelle des deux glaives

La rivalité politique entre le pape et l’empereur engendre inévitablement une controverse


idéologique connue sous le terme de la « querelle des deux glaives ». La question est de savoir
si les deux glaives sont égaux ou inégaux, indépendants ou solidaires. Elles divisent les
publicistes henriciens, partisans de la suprématie de l’empereur qui insistent sur l’origine divine
du pouvoir pour le garantir contre l’empiétement du siège apostolique. De l’autre côté il y’a les
partisans de la plénitudo potestatis du siège apostolique. Parmi eux, Jean de Salisbury affirme
que l’Eglise est détentrice des deux glaives. Elle a remis le glaive temporel au roi faisant de lui
l’agent du sacerdoce, subordonnant ainsi l’autorité temporelle à la loi divine.
Entre les deux groupes s’intercalent quelques modérés dont Bernard de Clairvaux (1090-
1153), un moine qui souhaite la concorde entre ces deux écoles rivales.

SECTION II : LES GRANDS DEBATS INTLLECTUELS (XIIIe – XVe Siècle)

Les grands événements politiques et religieuses des XIIIe et XIVe siècle mobilisent les
consciences et les aspects idéologiques des principaux problèmes sont rapidement mis en
lumière par des clercs qu’une formation intellectuelle a rendus aptes à saisir les arguments, leur
portée et leurs conséquences. Les conflits entre l’Eglise et l’empire reprennent avec l’élection
du pape Innocent III en 1198 et s’aggravent avec Grégoire IX, puis avec Innocent IV. Ils
s’achèvent par l’affaiblissement des deux protagonistes (A) au bénéfice des monarchies
nationales, en particulier celle de la France (B)

A- LES QUERELLES DES PAPES ET DES EMPEREURS

Le concordat de Worms de 1122 a apaisé un temps seulement les querelles entre les papes
et les empereurs.
Les empereurs des XI et XII siècle veulent dominer le monde et installer une
administration directe sur l’ensemble de la chrétienté. Fréderic II mène une lutte farouche contre
les papes Grégoire IX et Innocent IV qui se proclament à la fois pape et empereur de la
chrétienté. Pour magnifier avec autorité pontificale, Innocent III utilise la symbolique nouvelle
de la tiare (coiffure des anciens souverains dans l’orient ancien). De même que la lune reçoit
du soleil sa propre lumière, le pouvoir temporel tire sa source de l’autorité pontificale.

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Cependant le pape Innocent III n’a jamais affirmé en règle générale la primauté du pouvoir
spirituelle sur le pouvoir temporel.
A l’inverse le pape Innocent IV met en œuvre une application rigoureuse de la plénitudo
potestatis. La vielle querelle des deux glaives s’estompe pour laisser place à une conception
unique et spirituelle de l’origine du pouvoir. L’Eglise est la racine de toute forme d’autorité
même celle qu’elle ne s’exerce pas. Le pape se dit supérieur à l’empereur, non seulement en
raison du péché (rémission des péchés), mais aussi en raison du serment que l’empereur prête
devant lui à l’occasion de son couronnement. L’empire n’est plus que l’ombre de lui-même
depuis la mort de Fréderic II en 1250. Toutefois la défense nostalgique de l’empire donne
naissance à des œuvres importantes.

B- LES AFFRONTEMENTS DES ROIS ET DES PAPES, L’EXEMPLE


FRANÇAIS

La résistance contre Rome vient également des royaumes. La lutte contre les
empiétements du pouvoir pontifical est une affaire d’Etat. Souverain à l’intérieur comme à
l’extérieur, le roi de France n’accepte aucune dépendance, ni vis-à-vis de l’empereur, ni vis-à-
vis de l’Eglise.

1- Des escarmouches (polémique sans grande portée) au conflit

Le roi de France Philipe Auguste (1180-1223) eut un différend avec le pape Innocent III
à propos d’une affaire purement féodale. Le pape revendique le droit de s’impliquer dans les
affaires temporelles. Puisque tout prince risque de commettre un péché. Dans la mesure où elle
postule une maîtrise complète du pape sur l’ensemble de la république chrétienne, la plénitudo
potestatis ne peut que se heurter à la souveraineté des jeunes monarchies. C’est l’origine de la
fameuse crise bonifacienne où se manifeste au grand jour l’esprit laïc et qui oppose le pape
boniface VIII et le roi Philippe IV. Le pape a 80 ans et le roi âgé de 28 ans. Le pape ne voit pas
la différence qui sépare intellectuellement et pratiquement le pouvoir impérial et le pouvoir
royal. La pomme de discorde n’est plus la direction de la chrétienté dans un système politico et
religieux moniste, maintenant il est question de savoir qui va s’effacer devant qui ? Il est
d’autant plus virulent qu’il donne lieu à de nombreux écrits.

Le conflit éclate en 1296 à propos d’un évènement mineur et traditionnel fond sur une
question d’argent. Les clercs et les moines se plaignent que leurs immunités fiscales ne sont pas

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respectées par le roi. Boniface VIII exclue tous ceux qui exigent les subsides du clergé sans
l’accord du pape. Le roi réplique en interdisant l’exportation hors du royaume de l’or et de
l’argent. Le pape recule et autorise en 1298 le roi à lever, en cas d’urgence, des subsides sur le
clergé sans autorisation pontificale.

La seconde phase du conflit (1301-1303) a des causes diplomatiques, en faisant arrêter et


comparaitre devant le roi l’évêque de Pamiers. Le pape rappelle alors les grands principes qui
régissent les rapports de l’Eglise et des royaumes. Le roi riposte en défendant les libertés de
l’Eglise de France. La réplique du pape ne se fait pas attendre. C’est le paroxysme des
prétentions pontificales : une seule Eglise, une seule société, donc un seul chef. La victoire du
roi amorce l’essor des Etats nationaux et avec lui le déclin de la papauté. La royauté existe en
tant que telle, elle n’est plus un organe de l’Eglise. Elle est le noyau central d’une nouvelle
formation politique indépendante, l’Etat national.

2- Une floraison d’écrits : les supports théoriques des conflits

Après le conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel, se développe en France une théorie
des rapports entre de l’Etat et de l’Eglise appelée le gallicanisme. Le gallicanisme prend deux
formes :

- Le gallicanisme politique d’après lequel le roi de France est soumis au pape au


spirituel et indépendant au temporel ; le clergé de France est soumis au pape au
spirituel et pour le temporel au roi qui est protecteur des libertés de l’Eglise de France.

- Le gallicanisme religieux concerne l’organisation interne de l’Eglise et affirme la


supériorité du concile sur le pape. Le gallicanisme politique devenu sujet d’actualité
au XIVe siècle s’exprime en France dans une littérature spécifique.

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CHAPITRE III

L’ABSOLUTISME DU XVIIe AU XVIIIe SIECLE

Le XVIIe siècle est marqué par le triomphe de l’absolutisme dont les bases avaient été
posées au cours du siècle précédent, lorsque le pouvoir et la morale ont été dissociés et que les
nouvelles théories de la souveraineté ont été élaborées. A côté de cette tendance dominante, on
constate l’apparition d’une théorie qui concilie le pouvoir absolu et le progrès social. La
réflexion politique ainsi engagée se poursuit au XVIIIe siècle en insistant surtout sur le
gouvernement du peuple. Une étude certaine de certains penseurs permet de résumer les grandes
idées.

SECTION 1 : HOBBES

Thomas HOBBES (1588-1679) est né en Angleterre dans une famille de clercs. Ce fils
de pasteur a connu la peur tout au long de sa vie. Craintif, il voulut donner la paix aux hommes.
Dans le Léviathan, il se pose la question suivante : comment sortir de la peur ? Il considère le
monde comme une immense machine dont les individus sont les rouages et cherchent le moyen
pour trouver le meilleur aménagement possible. Sa pensée politique se résume autour de trois
grandes idées.

PARAGRAPHE 1 : L’INDIVIDU COMME FONDEMENT DE LA SOCIETE

L’individu constitue la réalité fondamentale. HOBBES ne pense pas comme


ARISTOTE que l’homme se réalise dans la société et qu’il soit un animal politique. Pour lui
l’Homme raisonne dans son cadre individuel, il cherche sa fin en lui-même et s’oriente par sa
propre volonté. La société n’est pas une donnée de la nature. L’homme vit en société, non pas
pour trouver son épanouissement personnel, mais pour avoir la satisfaction de ses intérêts. Il
n’est donc pas altruiste, mais foncièrement égoïste. Il défend un individualisme pessimiste et
fermé. La société nait de la cruauté de chaque homme envers les autres. Dans l’état de nature,
les hommes sont en guerre permanente les uns contre les autres (« homo homine lupus »).
HOBBES ne croit pas à l’existence d’un droit naturel. Il ne donne aucune garantie réelle aux
hommes parce que personne n’est sûr que l’autre respecterait ses prescriptions.

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PARAGRAPHE 2 : LA FORMATION DE L’ETAT

Dans l’état de nature, l’Homme a un droit absolu sur lui-même comme sur les choses.
Comme chacun est égal aux autres, des contestations et des guerres résultent de cette situation.

D’après HOBBES, l’Etat est créé pour obtenir la paix et mettre fin à la guerre de tous
contre tous. Ainsi l’homme devient social par égoïsme. Il fait une proposition de paix aux autres
hommes qui consiste dans les termes suivants : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne
voudriez pas que l’on vous fit ». La loi naturelle découverte par les hommes est « un précepte
ou une règle générale découverte par la raison qui défend d’une part, de faire ce qui peut détruire
la vie ou entraver les moyens de sa préservation ; d’autre part, de négliger de faire ce par quoi
l’on pense que sa vie peut être préservée ». Hobbes donne le nom de Léviathan, qui est tiré de
l’ancien testament au nouvel être né du contrat passé entre les Hommes. Il incarne les autorités
spirituelle et temporelle.

PARAGRAPHE 3 : LA NATURE DE L’ETAT

L’Etat possède la souveraineté absolue. Elle est indispensable pour que les hommes
soient capables de maintenir la paix entre les hommes « imperium absolutum ». Le droit n’est
pas destiné à limiter les pouvoirs de l’Etat. HOBBES écarte toute référence à la morale ou au
droit naturel, la chose qui compte c’est la volonté du souverain (le droit est créé par l’Etat). La
propriété n’est pas non plus antérieure à l’Etat et elle ne lui est donc pas opposable. C’est le
souverain qui confère la propriété. Le souverain est une autorité à la fois civile et religieuse. Il
lui appartient de dire quelle est la religion qui est convenable pour les hommes. Tout appartient
au souverain et aucune limite n’affecte son pouvoir. Sa seule obligation est d’assurer la paix
sociale et sa domination est juste, puisqu’elle a été acceptée par les hommes lors qu’ils ont
renoncé à leurs droits.

SECTION 2 : LE DECLIN DE L’ABSOLUTISME

Entre 1680 et 1750 se situe ce que PAUL HAZARD a appelé la crise de la conscience
européenne. Elle est caractérisée sur le plan politique par la mise en cause de l’absolutisme et
de la forme de société sur laquelle il reposait. Les sources de cette contestation sont nombreuses,
mais on peut citer :

- Le jansénisme qui est principalement un mouvement de nature religieuse s’élevant


contre l’absolutisme.
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- Les aristocrates critiquent l’absolutisme royal en considérant (en relevant) que le
monarque absolu a transformé les grands Seigneurs en courtisans et estiment que l’aristocratie
doit reprendre sa place dans l’Etat.

- L’esprit rationaliste qui condamne la monarchie absolue.

- Des auteurs comme SPINOZA vantent les mérites de la démocratie en le considérant


comme le régime le plus naturel. C’est également la période où certains auteurs politique
comme BAYLE et LEIBNIZ exercent une influence sur les penseurs politiques et les
gouvernements.

PARAGRAPHE 1 : JOHN LOCKE (1632-1704)

John LOCKE est un inconditionnel de la liberté qui ouvre la voie au libéralisme. Il


inspirera la constitution américaine. Il réfute le contrat de soumission qui aboutit dans la
conception hobbesienne au Léviathan. Marqué par la philosophie rationaliste et le pragmatisme,
il reconnait que l’individu et la société sont indissociablement liés. La société est faite
d’individus et elle a pour fin d’assurer le bonheur et la paix des hommes. LOCKE propose une
théorie du gouvernement qui est marquée par l’esprit rationaliste et libéral. Il analyse l’état de
nature, le pacte social, la liberté comme règle de la société civile.

A) L’état de nature

Pour LOCKE, l’état de nature est la situation de l’humanité, avant que toute
organisation, même rudimentaire, existât. C’est une collection d’individus qui sont dirigés par
la raison (contrairement à HOBBES), qui les conduit à connaitre la loi naturelle. L’état de nature
est pour lui « un état de paix, de bonne volonté, d’assistance mutuelle et de conservation ». Il
pense que la propriété existait déjà dans l’état de nature. Les hommes veulent une autre forme
d’organisation sociale simplement parce qu’il n’existe pas un système de sanction et que cela
vicie fondamentalement économique, on assiste à l’apparition de la monnaie qui permet
l’appropriation de davantage de biens dont on a besoin.

QUESTION : l’Etat de nature selon HOBBES et JOHN LOCKE ou ROUSSEAU

B) Le pacte social

La volonté est créatrice du nouvel ordre social. Le pacte social fonde la société civile et
il est commandé par le désir d’échapper à l’insécurité qui caractérisait l’état de nature. La

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convergence des volontés et non pas la force des armes donne naissance à la société civile.
L’individu renonce seulement à une partie de ses droits pour assurer sa sécurité et le pouvoir
politique n’est nécessaire que pour parvenir à ce but. La création de a société civile réduit mais,
ne supprime pas les libertés qui existaient à l’état de nature. L’adhésion au pacte social est le
plus souvent tacite. LOCKE fit application de sa théorie pour expliquer l’accession au trône
d’Angleterre de Guillaume Orange et de la Reine Marie. Pour que le pouvoir soit légitime, il
faut qu’il ait été accepté par les citoyens ; ce fut le cas lorsque les Anglais acceptèrent le Bill of
Right.

C) La liberté comme règle de la société civile

LOCKE fait de la liberté le fondement de la société civile. Il est donc raisonnable


d’établir des institutions qui garantissent la liberté des citoyens.

- Le principe majoritaire : le corps politique est composé d’une collection de


consentements individuels. Il n’y a donc pas d’autres solutions que de donner le pouvoir de
décision à la majorité.

- La séparation des pouvoirs :

LOCKE détermine trois fonctions dans le gouvernement de la société qui correspond à


3 domaines : le domaine de la loi, le domaine de l’application de la loi et le domaine des
relations internationales. Il faut absolument séparer l’élaboration des lois de leur exécution.

D) Le pouvoir est limité par ses fins

Le pouvoir est orienté vers la réalisation d’une fin qui le limite, il s’agit de la protection
de la liberté, de la vie et de la propriété. C’est une sorte de droit de résistance au pouvoir injuste
et une justification de ce qui a été fait en Angleterre en 1688.

PARAGRAPHE 2 : MONTESQUIEU ET LA MONARCHIE LIBERALE (1689-1755)

Charles de Secondât, baron de MONTESQUIEU avant de consacrer à l’écriture était le


président du parlement de Bordeaux (noblesse de robe), office qu’il a hérité et qu’il vendra
pour voyager et écrire. En 1748, il publie l’Esprit des lois, c'est-à-dire la raison universelle des
lois et des institutions de l’Antiquité au XVIIIe siècle. Il y réalise une tentative originale de

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combiner la succession diachronique (évolution dans le temps) avec l’invariant synchronique
qui se trouve à toutes les époques par-delà les changements.

Disciple de LOCKE et assez proche du traditionalisme aristocratique, MONTESQUIEU


assure la confluence des deux tendances. Adversaire de l’absolutisme et de l’exercice du
pouvoir solitaire, il propose de partager le pouvoir pour l’affaiblir. C’est au chapitre 6 du livre
IX de l’Esprit des lois consacré à la constitution anglaise qu’il présente sa célèbre théorie de la
distribution des pouvoirs : « il faut scinder la puissance législative, la puissance exécutrice, la
puissance de juge ». MONTESQUIEU qui n’a jamais utilisé l’expression « séparation des
pouvoirs », refuse confusionnisme. Il s’inspire de l’exemple constitutionnel anglais qui dissocie
ce que le système monarchique français concentré. En distinguant entre les 3 fonctions,
MONTESQUIEU recherche l’équilibre entre l’organe législatif, exécutif et judiciaire, « le
pouvoir arrêtera le pouvoir pour le plus grands bien de la liberté ». L’analyse de
MONTESQUIEU porte seulement sur l’exercice du pouvoir et non sur les assises du pouvoir.

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CHAPITRE IV : LE GOUVERNEMENT DU PEUPLE (AU XVIIIE SIECLE)

L’histoire de la pensée politique a été dominée jusqu’à la fin du XVIIIe siècle par la
question de la légitimité du gouvernement monarchique. La révolution de 1789 est à cet effet
l’aboutissement d’un mouvement de la pensée et d’une évolution sociale qui ont conduit à
préférer le gouvernement du peuple dans son ensemble à celui d’un monarque ou d’une
minorité. Rousseau fut l’inspirateur principal des théories révolutionnaires qui s’orientèrent
dans des sens différents.

SECTION I : ROUSSEAU, THEORICIEN DE LA SOUVERAINETE POPULAIRE

Rousseau tient une place à part dans le courant philosophique du 18e siècle, tant la
singularité de l’homme est grande :

- ROUSSEAU est un prolétaire, le fils d’un artisan de Genève (MONTESQUIEU est


aristocrate, VOLTAIRE et DIDEROT des bourgeois).

- ROUSSEAU est autodidacte

- Venu tard à l’écriture, ROUSSEAU ne croit pas au progrès, et il est pessimiste sur
l’homme

- Sur le plan politique, ROUSSEAU est plus radical que ses contemporains, il prône la
démocratie sociale.

Pour ce genevois, le postulat de base de l’égalité de tous les hommes. Dans l’état de
nature, les hommes sont bons et égaux. En revanche, l’inégalité est historique, elle date de
l’apparition de la propriété. Elle menace la survie de l’espèce humaine. ROUSSEAU veut
transposer l’égalité naturelle dans le domaine politique. Comme HOBBES et LOCKE, le moyen
de cette transposition est le contrat fondateur et organisateur de la société.

Pour que l’égalité naturelle des hommes se consolide en égalité politique, il faut que
chaque homme au moment où il devient citoyen, c'est-à-dire à l’instant de la conclusion du
pacte civique, renonce à la totalité de ses droits qu’il tenait de la nature. L’homme se dépouille
de ses droits originaires et devient le citoyen doté de droits civiques ou politiques qui sont les
mêmes pour tous. Tous ces droits sont désormais tenus de la puissance publique et d’elle seule.

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Alors que LOCKE déclarait les droits naturels inaliénables, chez ROUSSEAU comme chez
HOBBES, ils disparaissent. Le seul point commun entre ces côté volontariste de l’organisation
sociale ; la société résulte d’un acte de volonté collectif et la justice de l’instinct est remplacée
par la morale.

Trois grandes idées sont à retenir dans sa réflexion sur le gouvernement du peuple :

A- L’état de nature

- L’état de nature est caractérisé par la bonté de l’Homme qui tient cette qualité de sa
nature et vit en communion avec les bêtes et les plantes.

- Dans l’état de nature, l’Homme mène une vie heureuse et presque animale. Il
considère que la propriété n’existait pas.

- L’apparition de la propriété est la cause de tous les malheurs. Elle donne naissance
à la première inégalité entre les Hommes.

B- Le contrat social

Le recours à la force ne permet pas d’expliquer la naissance de la société car il ne peut


pas fonder une obligation sociale : « s’il faut obéir par la force, on n’a pas besoin d’obéir par
devoir »

Seul le consentement peut donner naissance à des obligations. Pour éviter que les
Hommes perdent leur liberté, la seule solution est que chaque Homme contracte avec tous les
autres Hommes.

Le souverain est la volonté générale qui est la volonté de la communauté et non celle des
membres qui la composent.

Le contrat social entraine une modification fondamentale. Il entraine la moralité dans les
rapports. La justice de l’instinct est remplacée par la morale.

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C- La souveraineté de la volonté générale

Le pacte social qui donne naissance à la société civile a des conséquences importantes :

- Les personnes et les biens sont désormais garantis par la protection commune.

- Chacun s’unissant à tous n’obéit qu’à lui-même et reste donc aussi libre qu’il l’était
auparavant. Quant à la loi, elle ne peut émaner que de la communauté politique, seule
souveraineté et seule capable d’exprimer la volonté générale, qui induit les caractères de la
souveraineté.

- Elle est Inaliénable donc impossible de la déléguer

- Elle est Indivisible, par conséquent ROUSSEAU est opposé à toute forme de séparation
des pouvoirs.

- Elle est Infaillible, ROUSSEAU expose la thèse de la souveraineté fractionnée,


car pour que la volonté générale se forme, il faut qu’il n’y’ait aucun corps intermédiaire, aucun
écran entre l’opinion de chacun et celle de la volonté générale.

- L’influence de ROUSSEAU fut considérable. Ces thèses ont été vivement


critiquées au moment où elles sont au centre (l’idée de souveraineté populaire par exemple) de
l’œuvre révolutionnaire et sont restées fondamentales dans la tradition républicaine.

SECTION II : CONDORCET ET LES DROITS DE L’HOMME

Marie – Jean CARITAT, marquis de CONDORCET (1743-1794) manifeste très tôt de très
grandes qualités scientifiques. Il entre à l’académie des sciences à 26 ans et en devient le
secrétaire perpétuel à 30 ans. Son œuvre est caractérisé par la volonté de faire reconnaitre les
droits de l’Homme et l’étude des principes de gouvernement.

A- L’importance des droits de l’Homme

Pour Condorcet, les droits de l’Homme semblent être la caractéristique de l’évolution que
l’humanité a atteinte. La phase actuelle de l’histoire de l’humanité est marquée par la fin de
l’inégalité entre les nations, la diminution continuelle de l’inégalité entre les fortunes, le
développement de l’instruction et de la sécurité sociale et de la disparition progressive de la
guerre.

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La révolution américaine lui semble confirmer son analyse. Dans son ouvrage De
l’influence de la révolution d’Amérique, il étudie l’expérience américaine en matière des droits
de l’Homme. Il met en évidence les quatre droits qui lui paraissent fondamentaux : la sûreté de
la personne, le droit de propriété, l’égalité dans l’accès devant les tribunaux, la participation des
citoyens à l’élaboration des lois.

B- Les principes de gouvernement

Une évolution s’est produite dans la pensée de Condorcet à propos de l’organisation


constitutionnelle souhaitée. Condorcet se prononce en faveur d’une monarchie
constitutionnelle. Il estime que la monarchie donne l’image de l’unité de la société mais qu’il
faut que les pouvoirs du monarque soient limités. La forme la plus achevée de sa pensée est
donnée par le projet de constitution girondine de 1793. Contrairement à Montesquieu, il estime
qu’il faut concentrer le pouvoir dans une direction unique. Il défend le principe de suffrage
universel direct et l’idée selon laquelle c’est la raison qui doit diriger l’action du gouvernement.

SECTION III : SIEYES ET LA SOUVERAINETE NATIONALE

SIEYES (1748-1836) a commencé sa vie comme homme d’église. Il commence une


carrière publique en 1787 lorsqu’il est élu représentant du clergé à l’assemblée provinciale de
l’Orléanais. Il prend conscience de l’injustice que représentait le système des privilèges. Il
propose comme ROUSSEAU, une mutation radicale du fondement du pouvoir : laïciser la
souveraineté la souveraineté et transférer la souveraineté du roi à un autre titulaire.

SIEYES est fortement influencé par les idées de LOCKE. L’égalité entre les hommes
est pour lui fondamentale. Il estime que les droits fondamentaux sont la liberté, la propriété et
la sûreté. Il influença la rédaction de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen.
SIEYES pense que la garantie des libertés se trouve dans la modération du pouvoir.

SIEYES prône la démocratie représentative, la souveraineté nationale. La souveraineté


terrestre et laïque, entière, inaliénable, indivisible doit être remise à une entité spécifique, la
nation. Cette dernière est un ensemble des citoyens qui ne sont rien pris isolément, mais
regroupés ils représentent. La souveraineté ne s’accommode que d’un système représentatif qui
ne peut qu’être oligarchique (pouvoir de quelques-uns). SIEYES est contre (hostile à) la
démocratie qu’il appelle « pure ou brute ». Il conçoit le pouvoir de quelques-uns à travers une
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confiscation hiérarchique et élitiste de l’autorité. Ce qu’il appelle le tiers-Etat se confond avec
la nation, parce qu’il assure toutes les fonctions de production et la réalité des tâches de gestion
publique.

SIEYES considère que la volonté nationale ne peut être exprimée que par la nation,
c'est-à-dire par les représentants qu’elle a désignée pour remplir cette mission. En ce sens, les
représentants de la nation sont indépendants des citoyens réels après qu’ils ont été désigné. Le
mandat doit être représentatif. SIEYES a été un expert constitutionnel. Il a notamment construit
le mécanisme des listes de confiance, qui permettait au pouvoir de bénéficier d’une
représentation soumise tout en paraissant donner au peuple le droit de désigner ses
représentants.

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