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FRANCK LOZAC'H

L'HUILE FRAÎCHE

Version complète

1
Rien ne détruira

Rien ne détruira les frayeurs promises à son front si


clair. Ni souffle ni violence n'épancheront de fièvres froides
les douleurs de ses plaintes.

Il vit solitaire et immortel, caché dans sa retraite au


fond des bois. Il dort d'un sommeil paisible ou contemple la
nuit les grands champs alentour.

Encensez la sagesse de son cœur ! Embrassez son


calme mortuaire ! Ce sont ces bouches qui vous parlent,
écoutez-le !

On se joue de lui pour un écrin de perles ?


Qu'importe ! Personne n'admirera le diadème qui l'habite. Son
secret divinement gardé sera seulement dévoilé au maître des
lieux.

2
Il faut savoir

Il faut savoir que les perceptions n'étaient que des


chuchotements indistincts, - efforts, appels, supplications -
Rien ! De vagues lueurs s'évadaient parfois sur les tempes
comme de lentes lumières attirées par un miroir éclairaient
une face promise au réel.

Des mois d'attente, des incendies soufflés par une


brise légère, et des orchestres mal dirigés comme dans les
squares d'un Thabor ancien. Ô feux sauvages, ô complaintes
de toujours, je me souviendrai...

3
Que le délassement assombrisse

Que le délassement assombrisse les pensées élevées !


Que l'or battu parmi les treilles inonde les pages de
transparence ! Que l'orgueil envoûté par un maléfice
inhumain use de troublantes paroles en ces décennies de
perdition ! Oh ! Qu'une transfusion de sang neuf comme une
gerbe d'allégresse emplisse mes veines !

Le passage étroit pour deux âmes accède aux caves


de la déportation. Il nous faut être bien nés dans la solitude, -
là est la dernière image de l'amour ! Vies de l'âme,
ingratitudes des râles, la volupté est bénie encore. La volupté
contemple le monde. Elle va, elle vient et s'étonne dans les
profondeurs du moi.

Stupide à noircir la feuille, dit l'ancien. Heureux


présage de l'enfant, dit l'adulte. Déferlement animal, dit le
sage.

4
Tu exposes le diagramme

Tu exposes le diagramme à la génération décriée. Tu


prolonges, expédiant les lettres des novices, un caveau promu
au délaissement des sens. Et dans les vignes florissantes, tu
tires le vin à la bouteille d'argent. Déplorables tromperies
recouvertes d'amertume ! Agissements prompts pour la
mansuétude du peuple !

Mais voilà le sanctuaire des hémistiches, voilà le


sacrement autrement déplacé !

L'exercice est insipide, insignifiant aux yeux des


contemporains. Qu'il évolue ou dorme, quelle importance !
Oeil fixé sur les écrits, tendance aux souillures internes,
dépistage d'une carence idiomatique, - là est le surfin de
l'observateur. L'ignorance vécue, le délabrement d'un site, -
qu'est-ce à dire ? Un point insignifiant pour les nuées
alentour, un rejeton de défauts semblables aux découvertes
antérieures !

5
Un midi étrangement profond

Un midi étrangement profond où se consume l'air pur


de nos actes. D'anciennes survivances d'un passé
moyenâgeux, des allégories puis des spectacles, enfin des
particules infimes déployées contre les murs de la cité.

Marcher, marcher encore et soumettre ses idées dans


un hall visqueux, - car tout mélange est de règle, et obtenir
une place à l'ombre des infortunés. Voilà la contribution
latente pour nos incertitudes. Trébucher et parvenir ! Oui,
parvenir ! Le vain mot. Ultime valeur, tu changeras les
visions ! Oublie les règles, et convoite un autre lieu !

Fuir, fuir ! Mais où ? Quelle destination sublime ?


Quel mal nous dépècera encore ? Je suis parti ! Une mélodie
d'évasion. Un instant de solitude espéré depuis tant de mois.
Et puis... Et puis la chute ! Tu te romps, et les coups portés ne
sont que leurres ! Tu projettes une image, tu obtiens le
maléfice ! ...

6
Que reste-t-il à inventer ? Une morale pesante,
prescrite il y a deux mille ans. En trois mots, un monde
transformé suivant les transcendances d'un peuple. J'ordonne
le supplice, c'était le supplice. J'ordonne la paix, éclate la
guerre !

7
Les rayons suprêmes

Les rayons suprêmes se détachaient sur des trames


de couleurs. La raison tremblait dans l'âme du pauvre. Bientôt
les valeurs délicates furent trempées dans de la cire avec un
sceau royal pour effigie.

Point de mesure. Le décor condamnait l'hôte à toute


délectation. Une montagne à venir ? Non, le contour ! Non,
l'attente ! Non, le repos ! Il fallait marcher plus vaillant que la
mort, plus fort que la paix.

Mais pourquoi transformer l'acte fécond en images


saillantes ? Pourquoi, grandir dans les louanges, sombrer dans
le théâtre de l'imagination ?

8
C'étaient des lèvres creuses

C'étaient des lèvres creuses sur des diamants


renversés. La nature, qui par sa forme, accomplit tout un rêve
voyait s'abattre leurs mains lourdes et pesantes : infortune de
deux êtres, et merveille du monde en détresse !

Telles des voix éclatantes, un rire perça le pur silence


: saveur de l'accouplement et lugubres tentations !

Que l'on ne berce pas de lueurs divines des mots


tendres et choisis ! Que l'on ne dicte pas des lois sublimes !
Car le feu envahit de ses flammes agressives les éclairs
éparpillés qui se lamentent.

9
Opaque cité

Opaque cité, cité pour l'élévation ! Que le temps


pardonne l'existence de tes sens ! Va, toi impassible et fière
mourir dans les débris de l'âme inculte. Va à l'extermination
assurée ! Ton devoir te l'impose, oui, va !

On détruisit l'idée de l'holocauste par ce pays


superbe. D'un saint, les paroles s'évadaient tristement parmi
les comparses délaissés. L'onction, la croyance, le mythe,
qu'en firent-ils donc ?

Ô fruit qu'un spasme émancipe, que la gratitude


jaillisse sur tes chevaux sauvages ! Car tu ignores la mélodie
sans fin dans le mélange de nos plaintes merveilleuses !

10
Ils entament calmement

Ils entament calmement le déferlement de nos actes.


Ils sécrètent d'une sève douteuse toutes les substances
promises et humaines. Ils se jouent de l'arbitraire et inventent
l'acte sublime.

Quelle est leur destinée ? Oh ! Une toile insipide


coloriée de fades couleurs. C'est l'espérance pesante et vieille
sur les bras courts de l'artiste. Je parle d'infectes bavures qui
polluent les mains. Un rachitique pinceau trempé dans les
frayeurs d'une huile blanchâtre, et des traits obscurcis par les
déceptions du temps. Vérité légitime, bouffonneries hideuses
et Temple bienveillant ! Quel mélange crasseux ! Et ils
crachotent des bouffées d'alcool et des vibrations et des
noirceurs sur des papiers roses !

Quoi ? Vivre de la scène lugubre quand l'homme


exploite les rondeurs profilées, quand l'espoir recouvre un
incestueux rectangle de marbre ? Non, car la pureté s'étire et
ramifie les mondes. L'élévation est mère de nos travaux.

11
Il est temps de vendre le supplice. L'accoutumance
au malheur est scène de pauvre, point de l'homme. Pour des
catafalques de gloire, l'enjeu - l'immense enjeu couvre nos
destinées.

12
Qui eut dit

Qui eut dit qu'un transfuge pastoral eût pu dans sa


verve élastique usurper la nonchalance de son amour-propre ?
Personne. La rareté de son bien dansait sur les ondes légères,
et l'espérance rêvée sertie de musique céleste - harpes, pianos
à cordes, ballerines etc, s'élançait dans des accords nouveaux.

La conquête des humeurs facilitée par la commodité


des stances jonglait sur la bouche des esclaves. L'ange se dut
d'intervenir : la fête était sujette à la délivrance, au jeu
enfantin, mais on interdisait la débauche culturelle.

Les éléments fâcheux se firent reconduire aux portes


du palais sous forte escorte. Des spectres à la faux aiguisée
montraient le chemin à suivre.

Quand sonnèrent les douze coups, les esprits


échauffés par l'air malsain refusèrent de penser. On dut les
tirer de leur torpeur. Quelques-uns trop lourds pour se
déplacer restèrent cloués sur place.

13
Des oriflammes, des marbres

Des oriflammes, des marbres surplombés de tréteaux


nouveaux. Un vin rougi par le sang des victimes coule à
profusion dans les panses des vainqueurs. Des esclaves
vierges portent les cruches à leurs bouches. Ils rient, rotent et
se congratulent pour la victoire. On berce les sourires, on
écume les flots de sueurs, on range les épées et les sabres.
Minuit, minuit de gémissements plaintifs voile la lune de
halos. Le lendemain, repus d'hymens et d'ivresse divine, ils se
réveillent prêts pour un autre combat. La ville de Douches
sera visée.

On égorge les derniers mourants. On récupère


l'équipement.

Des oriflammes, des marbres surplombés de tréteaux


nouveaux. Un vin rougi par le sang des victimes coule à
profusion dans les panses des vainqueurs. Des esclaves
vierges portent les cruches à leurs bouches. Ils rient, rotent et
se congratulent pour la victoire. On berce les sourires, on
écume les flots de sueurs, on range les épées et les sabres.
Minuit, minuit de gémissements plaintifs voile la lune de

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halos. Le lendemain, repus d'hymens et d'ivresse divine, ils se
réveillent prêts pour un autre combat. La ville de Cycomore
sera visée.

15
Je revois un sanctuaire

Je revois un sanctuaire de déserteurs où toute malice


se déploie en corolle jusqu'aux solstices des Rois. Le monde à
part, c'est la vieillerie soudaine, les tentacules confondus et
l'œuvre des notables ! Des cascades enchantées se meurent
d'accoutumance. Le grignou s'étonne à la rencontre d'un
monde nouveau et descend un fleuve impérieux.

Ils se sont décapités ! Oh ! Les pertes, les sphères et


les autres Prométhées ! Ils ont usurpé le goût des baies
fulgurantes, ils ont traversé les bois d'osier, et rieurs de la loi,
ont dansé sur des chevaux de cristal ! Le bénéfice fut vain car
jamais l'accord ne s'éloigna des disciples.

16
Spectacle

Spectacle. De chaque côté, les rives soumises à


l'infatigable mouvement du courant pliaient leurs tendres
roseaux avec grâce et soumission. Le bouillonnement, les
écumes, le bruit incessant semblant venir du lit même
transformaient ce paysage en théâtre tragique.

L'acteur, la nature, les lumières, le soleil pâle. Les


rayons réchauffaient la terre. Le sujet était l'éternel
recommencement de la vie, la fonte des neiges. Et le
dénouement était de se jeter dans le delta de la mer, et d'y
mourir ! L'homme ne peut rêver plus belle représentation. La
tragédie divine ! Ce que le Grec crut inventer, n'était que
piteuse copie. Dieu le précédait de cinq milliards d'années.

17
C'est elle la petite morte

C'est elle la petite morte cachée derrière les vallons,


elle, couchée sous les feuilles jaunissantes de l'automne, avec
une chaîne en or autour du bras. On se souviendra de son
visage longtemps !

Mais pourquoi est-elle morte ? Étrange créature qui à


cinq ans n'avait pas supporté cette impossibilité de vivre. Que
d'inquiétudes, de peines et de maux dans cette adorable tête
chagrinée !

Les anges recouvriront tes cheveux de lauriers


fraîchement cueillis, un tapis de pétales roses t'indiquera le
chemin à suivre, des images sur un mur blanchi te divertiront.

Ô pâle enfant que la lumière jamais n'éblouira ! Belle


enfant, dors d'un sommeil de rêves !

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L'impossibilité

L'impossibilité de régir tout acte contrôlé,


l'insouciance d'une exploitation misérable, l'acharnement
parfois stupide dans la continuation de la tâche, - une
faiblesse reconnue en quelque sorte, voilà en trois points
l'existence bénigne d'Hortense. Pourtant point dépourvue de
savoir ou de bon sens, elle divaguait dans un engrenage
visqueux, comme si une force dirigeante agissait en son nom,
je devrais dire en son âme. Quoique d'une nature exemplaire,
j'entends guère trompeuse, elle dérivait comme un voilier sans
voiles offert aux vents et aux courants.

Être à bord, savoir que l'on dérive, et être


impuissante à contrôler le bateau, - vie d'Hortense !

19
Honfleur !

Honfleur ! Dernier souvenir bruni par des tapis de


feuilles mortes. La vision suspecte d'un paysage transporté dans
une autre époque. À présent, transformation féconde d'une
culture archaïque. Honfleur de jadis, Honfleur de jamais !
L'inquiétude frappant ma personne a déclenché le mécanisme
divin.

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Toi, raconte-nous l'histoire
et fais trembler la scène sous
le déchaînement de la parfaite
comédie !
Paul Claudel.

On a ri dans la lucarne des hiéroglyphes. Les pistils


endimanchés acquiescèrent la parole sainte et humaine. Des
fleurs de sang gravissaient les montagnes, là-bas où le soleil
s'éclipsait davantage. Un ange nu passa serti de pierres et de
calèches majestueuses. La vengeance sonnait son plein. Les
voix se confondirent dans un dédale royal. Le tonnerre gronda
de plus belle, et l'âme entière disparut libérée de farandoles
inertes. Peines cadencées, obstacles, rires enfantins : personne
n'arrêtera le convoi mystérieux où les voilures se perdent
chancelantes.

Quand l'ombre grandit en ces jours monstrueux, une


fée vêtue de pourpre et de rarissimes ressemblances usa de sa
baguette favorite pour orienter les ballades contemporaines :
"Qu'un monde nouveau naisse de ces lieux ! Je veux

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par la grâce et la force universelles, la substance humaine."

Dans ses mains lustrées, se distingue la haine voulue


des énormités antiques. Les ondulations respirent encore à la
fenêtre des Ménales. L’Être Chantant propose des cithares
bariolées. On s'interroge. Que faire quand les cris, les cabales,
les rustres procèdent au branle-bas dans la grotte infectée de
marcs rebutants ?

L'instance populaire est enfin proclamée. De toutes


parts, les pays projettent d'accomplir des reconstructions. Ce
n'est point sans difficulté que le sbire parvient à un arrêté
accordant à chaque contrée, la parcelle réglementaire.

De l'automne stupide à la fleur purifiée, du glacial


déferlement aux côtes de la fraternité, l'empire sous le joug de
la découverte s'étend sombre de grandeur.
Des pastels, des grâces empourprées dans un ciel
clair
Des chants élégants et des futaies, des ronces
Des brebis de satin jouant dans les prés multicolores :
C'est l'hiver.

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Une onde transparente, des rayons nacreux ;
Dans les cheveux et les grands airs d'Hélène,
Le bois doré s'éloignait derrière les vignes et les
copeaux.
La tempête battait aux cloches de l'église,
Et ses feux montaient dans mon œil.

La rose en sang pleura sur les sentences de braises


Oh ! Les marches infinies quand le temps disparaît !
Or les mains s'endormirent,
L'automne resplendissait.

L'attache était suspendue à la treille de son ombre.


Des durcissements émanait une fourbe complainte. Oui, je vis
une malice offerte aux cuirasses des Sixtine, un palais d'or et
d'argent constellé de pierres roses.

Plaqués contre les colonnades, des grabats


centenaires fuyaient les lumières vives de l'été, et se
combinaient avec des taches et des miroirs. Un sacrilège dans
le lieu des rois ! Ils attaquèrent le prince. Que de vexations, de
vieilleries et de tristes paysages !

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La raison éminente fut donnée dans les couloirs
débarrassés des poussières mauves, des boiseries rougies et
des cloîtres malingres. Ils décidèrent d'apporter un grand
plateau où convergeraient les existences passées. L'ombre vit
la tempête de haine, mais ne dit rien. Les modulations de son,
les spectateurs et les hymnes : tout fut prêt. On demanda la
musique. Elle vint.

Après maintes déclarations sur la vie de l'homme,


l'incompétence et l'absurdité de la naissance, elle apparut
noyée sous les velours et les améthystes. Les notes
s'amplifiaient. Brusquement, elle ôta ses habits. Nue,
magnifique, elle symbolisait la pureté et la douceur des
amants.

Le palace silencieux achève enfin son dîner.


Diverses critiques déclinent dans le ciel. L'attente est pauvre à
ses yeux. À l’entresol, des murmures commentent les derniers
sacrifices, et des vamps se prostituent sur le carreau du
temple.

On délibère pour une place unique où le sang sera


jeté. Un oint déformé regarde la scène pitoyable. L'artifice des

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craintes et des stigmates anciens procurent des jouissances
infinies.

Un homme s'avance et offre la coupe de sang aux


convives. Ils happent le nectar de la survie.

Les lumières brillent et frappent les murs de la cité.


Des chiens hurlent à la mort. La pluie résonne sur les vitraux
de l'église.

L'ère ultime est proclamée.

Les arceaux s'entrechoquent dans des frissons


d'horreur. Des mesquins essaient d'épancher des doutes
virulents qui circulent dans l'espace. Les diaphragmes
salubres sont trop forts pour qu'une action imposante les
dérange. Un mot, un seul mot passe dans la tête des
contemporains : l'amour.

Les tutelles domestiques elles, engendrent un


maléfice horrible dans son apothéose qui nage entouré de
braises et de soufre brûlant. L'oraison de ce lieu psalmodie
des calomnies étranges pour guérir en leurs ventres les

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suffrages honteux.

Le message circule de bouche-à-oreille, retenant la


putréfaction de leurs corps. Le peuple expulse un ingrédient
en dehors de la controverse humaine. La lutte est engagée.

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Des granites bleus

Des granites bleus où l'exil couche ses floraisons


chantées. Une ombre matinale revêtant ses rosées les plus
pures, l'écarlate divin exalté de vapeurs louant au ciel une
étoile argentée. Et des ordres stricts, ivres de feux
bouleversants, en extase devant les lueurs et l'éveil, - luxes
appauvris !

Dans les chantiers, des portes furieuses se fracassent.


Les ouvriers tels que des funambules de cirque réclament
encore quelques pièces.

L'erreur est folle. L'idiome de couleurs refuse le


contraste. Le monde délassé par les chanteurs harmonieux, le
monde s'endort paisiblement. Les astres bleutés resplendissent
dans leurs nullités à travers les outrages et les sabbats.

Mes mains lèchent une rose noire, les tâches


humiliantes combleraient mon front immaculé de rouge.

Mes os se rejoignent. Le cadavre s'étire aussitôt.

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Ha ! Charniers ! Atroces pécules, quand oserai-je
vous dominer ?

28
C'est une nuit, c'est un nombre

C'est une nuit, c'est un nombre offerts aux yeux des


morbides. C'est un vieillard, c'est un frère au ventre faisandé
de villes et de métropoles. Rien au sérieux ! Tout à la gloire.
Un meurtre. Sont-ce des cygnes pour un souffle nouveau ?
Une échappée de lignes, des controverses douteuses, un état
sporadique entre ces noirceurs ?

Il y avait des fossés, des troubles interdits, des


syntaxes, et de langoureuses extases.

Il y avait le condamné criant son innocence, criant


encore.

Il y avait des protocoles, des soirées dansantes, des


réceptions mondaines.
Il y avait un pasteur, des louanges, une chapelle, des
iconoclastes.

Que de délices, j'ai bu !


Que d'oublis, j'ai rêvé !

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Que de voyants, j'ai tué !

Une grille, des barreaux, - curieux mélange pour une


cuvée féconde ! Mais on ne parla pas. L’Étrange se suffisait.

Ô soir qu'un mélange accompagne ! Ô légèreté tant


promulguée, je te sied !

Pour cette correction, ils promettent des calèches et


des candélabres subtils. Je les vois passer pleutres, honteux,
les poches avides. Je sais les cris que l'on entend circuler sur
les quais encombrés. Je sais la voix se passer de leur regard.
Mais que faire ? Ha ! Mourir peut-être ! Mourir lentement
contre un sein vorace, comme une échappée de faveurs !
Mourir !

Ils ne furent jamais associés pourtant je les


respectais. Pour leur démarche lascive, j'inventais un miracle.
On tua le miracle. La jambe fut déplacée comme des gorges.
Elle fut soumise à un feu.

Mes feuilles séchées, mes encres desséchées, oui,


mes tâches prospèrent !

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Pourvoir cette ruche ? C'est qu'un rêveur exploite nos
ténèbres. Ainsi son nom se propage dans nos simples
maisons, et des guirlandes horrifient la clémence d'un Dieu.

Il nous faut par nos transfusions renversées oublier


les candeurs, les monstres, les digitales. Il nous faut sous le
couvercle de dorures se défendre des attaques de l'ignoble
tarentule. C'est un ordre. Qu'ils obéissent ! Que tous, par la
voix du peuple, mystifiant le spectacle commun du labeur et
des troubles profonds, aillent dans les contrées occire
l'ogresse et la nuisance divine. Qu'ils aillent comme le vent
les appelle !

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Des couronnes d'aubépine

Des couronnes d'aubépine sur ses deux pieds blessés.


Les tambourins crispés, et la musique acide.
Les ours si gris si noirs, les chiens tenus en laisse.
La quête, cette espérance d'écus et de pièces d'or.
Des applaudissements dans le clair de la nuit.
La bohémienne aux formes belles, aux cheveux sales.
Le tambourin chante dans sa main, sourires forcés.
L'ongle crasseux, la dent jaunie par le tabac.
Le frère à droite, un couteau entre les mâchoires,
Et des mâchoires de haine, des regards malfaisants !
Oh ! Les stigmates profonds du voyageur perdu !

Là une pluie d'étoiles par le ciel obscurci.


Les nébuleuses gelées dans le voile des tempêtes.
Un croissant de soleil jouant avec l'éclair.
La terre pleine de vapeurs, sa pesanteur épaisse.
Le spectateur hagard, les cinq doigts sur la bourse.
L'enfant béat devant l'énormité des deux ours,
L'enfant riant encore des singeries du singe.

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Et la fête est chantée, et la fête est dansée,
Les acclamations contre la voûte céleste.
Les filles chahutées dans les cours, les recoins,
Les sourires des bouches, les paroles des yeux.
Des bras ont encerclé des hanches généreuses.

Un dernier tour encore et l'argent attendu.


Les passants dispersés et la fête oubliée.
Et la fête oubliée...

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Le Dépravé

Carence infinie, acariâtre beuverie,


L'extase sévit dans d'étranges fantasmes
Et soudoie à la nuit cafardeuse
Les derniers rutilements du jour !

Pour défendre le roi perdu aux râles de l'espérance


S'éprend l'aigle de ma tour
Qui, gavant la féconde destinée,
Anime l'espèce suprême de mes dires !

Comme embusqué, le rocher s'étire et s'étoffe


Et d'un fort soubresaut,
Déclame la froidure à tout ce Léviathan.

Des chances ont percé ce lugubre cataclysme


Accrochant à des neurones épars,
La futile faveur
Et la fortuite candeur d'un peuple arriéré.

Endormie puis rassasiée, l'âme meurtrie


Grandit sous son souffle étonnant,

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Et l'haleine écœurée acclame son ventre,
Forte d'un spectacle rebutant.

Océan, comme je ris de toute sa faiblesse,


De son gouffre psalmodié de sexes et de mains !
Comme je discorde la voilure de son sang,
Le massacre dépeint de sa voix céleste !

Mais bientôt des ondes traversées, portées


À la poupe écorchant un ciel taciturne,
C'est un luxe embaumé !

Ses pointes d'existence, ô coeur tendu,


Resplendissent dans le sort de la déchéance,
Ô la fiente désinvolte et la tempête bénie !
Puis des échouages et des voyages hideux
Où la folle détresse cerne la porte démesurée,
Où la charge absolue noircit l'étroitesse de mon amour.

La fête, la haine sonnent dans l'extase de ton corps,


Et ton oeil acéré de pensées obscurcies
S'enivre d'expressions innées,
De grandioses cavalcades.

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Les bouches offertes au calice de mon acte
Goûtent déjà d'un air nonchalant
Le déploiement de la vie ténébreuse,
Des couleurs bleutées déforment la semence soumise,
Et favorisent la délivrance de nos bruissements ailés.

Le pourtour quoique frêle


Éternise nos regards perçants,
Proclame la chair impure
Et l'horreur de nos baisers.

Qu'est-ce que la vue pernicieuse


Dans ce jardin immonde
Quand l'automne amoureux s'émancipe lentement ?
- Un gâchis de leurres, des cataclysmes sans foi ?
- Rien, passable amour, rien.

L'évidence décrit l’écartèlement : ce sont nos vies !


Et pas à pas, elle cerne les pleurs de l'été.
Un gouffre conspire aux crépuscules des disparus,
Et des jets d'étoiles confondent le fruit épidermique,
Ils prônaient des saveurs exquises ! ...

36
Des races perdues, grandies dans des fumées,
De languissantes étreintes
Mues par les flammes étincelantes !
Horrible distraction suprême !
Et le soir, offert aux roses et aux folies,
Participe bêtement aux râles des mots !
L'ombre douloureuse s'est assagie
Dans d'incroyables inconstances.
Être sans bavures, oh ! L'insipide furie !

Le tintamarre grée au lointain de la proue


Niait son retard et sa survivance fructueuse.
Des tueries découlèrent de la vasque de plaisir,
Et comme par enchantement distinct
Elles tombèrent dans les mornes découvertes
D'un sourire démis.

Déboires, licences extrêmes, quelles somnolences !


Défaites, défaites encore d'une vie endurcie !
Telle une bête dans un volcan de laves,
J'ai hurlé tout mon délire, mornes pensées !
Qu'importe, chère Mélancolie, qu'importe !

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Soutenant la paresse des féeries,
Mon fluide murmure, compagnon de silence !
Mais l'indolent voyageur épris
Exploite une sombre terreur baignée d'ignorance...

C'est vrai, l'habitant de la démence chavire parfois.


Il glace, il combat le devin
Pour l'injuste retour.
C'est vrai, le sourire de mes lèvres s'évade...

Quand l'ombre séduit et féconde


La houle et les récifs,
Quand les durées et les langueurs
S'évaporent dans l'aube transparente,
Le berceau chargé de futures palmes
Se baigne de délivrances et de songes actifs !

Les traits sont mon autorité,


Les poèmes mes lendemains,
Et l'immortel trésor qu'on appelle espace
M'apprivoise par son sourire divin.
Sous les torches, pour mes glas prochains,
J'extirpe de la mollesse, de l'écorce

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Et les germes d'un bonheur.
Pour de lumineuses erreurs,
Je sanglote un or rougi.

Des étincelles de clémence, des fronts miraculés,


Ma folie est sereine, mon bras est immense !
Et la modulation et la crainte du péché
Sont des merveilles aux cristaux de l'éternel ! ...

Les couleurs forment le nectar des lumières,


Et irradient l'oracle de mon idéal !

Alors mon tendre amour, tendre amour oublié,


Pardonne le délice de la sublime hauteur !
C'est un supplice où frémissent des mystères,
Où les délires tourbillonnent dans les splendeurs,
Où l'océan constellé de rêves infinis
Assure à l'espérance les places premières !

39
Chanson

Ô futile douceur
Qui a tout amoindri,
Souviens-toi des langueurs,
Des langueurs qui ont fui.

Oui, les vœux de patience


Nous auront prévenus
De l'âcre impertinence
Et des chansons perdues...

Alors lui, fou de rage,


Agressif dans les rues,
Lui, cet odieux carnage
Demain se serait tu.
Mais pour ta délivrance,
Que les fureurs s'éprennent !
Acclames-tu ma danse
Autant qu'il m'en revienne ?

Mais passé ou présent,


Envole-toi bien loin,

40
Bien avant que ton sang
Ne blêmisse le mien.

Ô futile douceur
Qui a tout amoindri,
Souviens-toi des langueurs
Des langueurs qui ont fui.

41
Éternité

Le disciple exalté
En ces rêves anciens
Se foudroie éveillé
Sur un vieux parchemin.

Tremblant d'une main moite


Par l'ivresse embaumée
L'affreux aux tempes froides
S'incline désabusé.

La saveur est perdue !


Au loin dépalissée
Vers l'espoir inconnu
Qui n'a jamais percé !

Mais cloué à sa tâche,


Comme l'insecte fourmi
Jamais ne se relâche
De minuit à midi.

42
Le disciple exalté
En ces rêves anciens
Se foudroie éveillé
Sur un vieux parchemin.

43
Partir vers l'infini

Partir vers l'infini pour des étés abrupts ?


Hélas ! L'entendement qui encense mes nuits,
Comme un rayon oblique sur des feuilles caduques,
N'est que soupir, ô songe, éteint et agonies !
Pourtant steamer grée, vois à la poupe, j'obtiens
Tel un vieux rêve difforme, l'image délicieuse...
Que dire ? L'aventure est vaste ! Des vagues de rien !
Mais ces charmes à éclore sous la lumière affreuse,
Sont substances créées que trempent mes sueurs
D'amertume, mon âme toi qui chantes et qui pleures !

44
Le rêveur

L'œil voilé par l'azur qu'une lente descente


Éblouirait encore d'une clarté funèbre,
Prolonge une lugubre vision diurne entre
Les larges ifs plantés dans le lieu des ténèbres
Et succombe lentement, ô parabole magique,
À ce fade désespoir du paysage blêmi.
Comme buvant, perdu cette froideur de site
Que le maître du temps éloigne et abolit,
Il luit, rêveur ailé ! D'une pupille morne
Voit les tristes lueurs qui au lointain s'endorment.
La paupière que le ciel imperceptible bat
Couvre la pâle image, et le rêveur s'en va.

45
Des saveurs, des rubis

Des saveurs, des rubis ? Lui, jamais ne découche !


Puisqu'en ses vains péchés s'extirpent des douleurs,
Le poltron est crétin, mais il donne à sa bouche
Quantités de délices ou d'odorantes fleurs.

Pourvu d'une fougue réelle, sans répugnance,


Le sot essuie ses larmes sur de sales mouchoirs.
La Muse vicieuse se donne en sa scabreuse danse,
Étalant ses chimères pour l'entendre déchoir.

Des rictus, des sursauts ? L'amertume s'en joue,


Malheureux et damné dans ses transes de fraîcheur,
Console l'être affligé qui pleure et fait la moue.

C'est que Dame Malice sonne au cœur mal aisé,


Et se rit et se tord pour des fleurs de douceur,
Car le poète idiot a voulu l'épouser.

46
Au tout premier réveil

Au tout premier réveil


Hors des sables mouvants
Sans lumière sans soleil
L'exil s'effile tremblant.

Amoureux des douceurs,


L'esprit rassemble encore
Les dernières saveurs
Soufflées quand il s'endort.

Dans un vol embaumé


Son corps déjà s'avance
Vers l'espace condamné
En sublimes espérances.

Des sanglots tout à coup


Dans ce calme limpide !
Elle, nue à pas de loup,
Pleure dans son œil humide !

47
Pour mon indifférence,
Ô fille délaissée !
Bercée de nonchalance,
Elle se voulait aimée !

Senteurs de l'altitude,
Loin des lâches misères,
Comme à son habitude,
Fuyant l'horrible terre !

48
Rien

Rien du terme pur de sa course


Régnant défunt et infini
N'exaltera l'ancienne source.
Vois le temps qui s'enfuit.

D'horribles survivances
Fécondées d'irréels cris,
C'étaient vœux de patience,
Et bonheurs accomplis.

De la suite chaque nuit


Tel un suicide de rage,
Il ne reste que l'agonie
De l'inhumain carnage.

Ô douloureux enfantements
Putrides et malingres fœtus
Asphyxiés lentement
Dans le sein qui les a conçus !

49
Rien du terme pur de sa course
Régnant défunt et infini
N'exaltera l'ancienne source.
Vois le temps qui s'enfuit.

50
Je t'écris

Je t'écris sur un lit tumultueux


Où ta hanche féconde la mienne.
Au firmament jusques aux cieux
Que ta taille m'entraîne ! ...

Par les couleurs vives de l'automne,


Que le givre recouvre les toits !
Je voudrais tant que tu chantonnes,
L'espérance folle d'autrefois !

Mon vieil amour défunt encore


Comme respirant une ombrelle
Sur les chemins déflore
La bouche frêle que j'aime ! ...

Délicate quand comblée de soupirs,


Ton corps enfin se déchaîne.
C'est l'éternité ou le plaisir,
Oh ! Qu'il s'en souvienne ! ... Etc.

51
Langueur a dû

Langueur a dû
Par temps de pénitence
Aux offres défendues
Trembler de jouissances,

Car résident en ce lieu


Sous quelques alcools divers
Une terre feue
Brille par mon hiver.

En cela malheureux
D'allégresses perdues,
Quitte vite, grand pieux
Les sombres détresses,

Et bois aux coupes d'or


Le breuvage divin
Pour endiabler ce corps
De plaisirs malsains, etc.

52
Comme un bruissement d'aile

Comme un bruissement d'aile posé sur l'endormie


Qui joue dans la pénombre à miroiter son vol,
Espiègle et bombinant, virevoltant ici
Embrasse la charmante, la caresse et la frôle ;

Comme des satins clairs qui jailliraient d'aimer


Sur le sein délicat ou la gorge sensible ;
Des rires confus offrant à des bouches rosées
L'apparat éclatant des demoiselles dignes ;

Comme une attente encore que celui-ci refuse


Car des calices d'or donnés au coeur d'argent
Échappent toutefois aux sanguinaires muses
Pour les blondes moissons de son stérile enfant.

53
Au soleil, je m'avance

Au soleil, je m'avance par ce brûlant servage,


Et l'ombre accoutumée à ma face soumise
M'emporte là, tout près de toi, jusqu'au rivage.
Mais ta substance aimée est déjà compromise ! ...

Que n'entends-je se plaindre ton rayon si brutal ?


Est-ce masse étonnante de son puissant métal ?
À mes yeux tant cernés, l'étonnement est doux...

Prolonge en ma fraîcheur de longues accalmies !


De l'embellie si vive, le regard flambant neuf
Consume les pensées obscures de ma nuit ! ...

J'accours sur ta mémoire rappeler en ton heure


Ces somnolences rêvées et ces voix enivrantes,
L'heureuse cérémonie sertie de ses candeurs
Qui forte en ce miroir, fait ma lèvre tremblante ! ...

54
Obsession

Même, délicate Cybèle, même le sourire aux dents,


Au grand vent de l'absence, dans les souffrances mêmes,
Quand ton épaule nue à mon côté, chantant
Des airs anciens, des sérénades et des rengaines ;

Même alanguis, nous anges, baignés de broderies,


Des souffles inondant par des flots bienheureux
Un carême, même offerts aux charmes des grands ifs
Que j'admire le soir convulsé ou fiévreux ;

Même nous ivres et légers, bercés de compassions,


Respirant un air clair, vol des aigles royaux,
Et même bordés de grâce, de rires, de libations,

Je n'oublierai jamais ces lutteuses infinies


Échappées ou béantes aux portes de mes maux
Qui conspirent, ensanglantent mon sort dans leurs tueries !

55
Pastiche

Sur les ondes immortelles, va la blanche Ophélie.


La douceur de ses seins ferait frémir mes ailes.
Voici bientôt mille ans que glissent dans la nuit
Deux bruissements lointains qui murmurent vers elle.

Baignée de lys et d'eaux plates, paisible elle dort


Au milieu des joncs et des hallalis étranges.
On entendrait chanter vers les roseaux dès lors
Des muses éternelles embaumées de grands langes...

Dans sa romance, le vent caresse le nénuphar.


Belle Ophélie, pâle Ophélie, ton cavalier
A-t-il perdu son cœur de pierre dans ton regard ?

Hélas ! Emportée comme un souffle par la nature,


Belle Ophélie se fond en la neige de fées !
Oh ! La belle Ophélie étire sa chevelure !

56
Ophélie

Merveilleuse accouplée descendant sur les rives,


Toi dont les nuits d'extase semblent oublier les jours,
Connais-tu les rousseurs, les déboires de l'amour
Toi qui sembles insensée, désabusée ou ivre ?

Car l'herbe folle où poussent les haillons s'étale,


Vaste écrin de beauté, sur tes cheveux dansant.
Tu resplendis dans l'onde tourmentée de penchant
Jusques aux cieux rêvant de douceurs, en aval.

La pâle beauté, libre de doutes anciens


S'éloigne lentement dans ses frissons, sans bruit,
Regagnant les surfaces de l'horizon lointain.

Elle confond ses lumières dans un ciel obscurci,


Et part abandonnée sous la frayeur qui luit.
Ô douloureuse et nue qu'aucun mal ne murmure !

57
À Sandrine

Repose sur ce sein que la paresse offense,


Et brûle en ma raison tes prochaines fumées.
De mon ravissement, embrasse les carences
Qui s'imposent sur ma joue frappée et profanée.

Alors pour ta liqueur, bois le fruit des délices


Et organise un songe où tu reposeras.
Qu'importe, vraie beauté, les mouvements factices,
Car l'appel de ta chair me redemandera.

Ah ! Courir sur les flots antiques de lumière !


Qu'une étincelle éclaire et chante tes fureurs !
À l'ombre du platane, je te vois, tu es fière ! ...

Parée de tes bijoux, de parfums délicats,


Tu lances des étoiles pour orner mes lueurs,
Adorable beauté que j'aime, et qu'il brusqua !

58
Jouissance en ce monde

Jouissance en ce monde satiné de grandeurs, foi !


Que douceries et actes s'évadent dans l'air limpide !
L'éloge rassemble son chaste mot commun et roi
Avant que s'entame faible, l'acte monstrueux des rides.

Sur la mer agencée d'astres purs et de voiles,


Refusant la lutte des cris et des râles honteux,
Par le souffle perçant à l'ombre des étoiles,
Je bats la plate vague ou l'océan furieux.

Maudis les siècles d'abordage et des tempêtes


Quand du chant décrivant l'horrible destinée
Le flot majestueux va sur l'humble défaite.

Car sanguines, foudroyantes dans l'abîme où tu plonges


Sous des fientes bestiales pareilles au rouge aimé
Seront les malodorantes paix qui se prolongent...

59
Elles s'enfuient écumant

Elles s'enfuient écumant d'une salive injuste


Les substances divines de l'Impur ; elles acclament
D'un geste pensé sans doute, la saveur, l'auguste
Vérité parfois insipide dont elles se pâment...

Des voiles virevoltent sur des lèvres glacées, qu'il batte !


Leur cœur est dépourvu de grâce et de puissance.
Et que leurs bouches perfides qui chantent et se rétractent
Au combat royal n'ignorent plus la croix de la décence !

Car la peine accablée de râles en vains espoirs


Succombe limpidement dans les stances des mémoires.
Les carences hurlent leur foi aux creux du fini.

Alors que remplies de haine, les voix chères et glacées


Décrivent la force exacte des malheurs endurcis,
Et que du joug funèbre, le diseur soit compris !

60
Qui donc du cerveau

Qui donc du cerveau infécond que l'esprit aime


Fait jaillir des monstruosités et des charmes ?
Quel humain, quelle bête à l'étincelle suprême
Proposerait le diamant comme la flamme ?

Ce rarissime exploit en qui vit la nature


Et croît à chaque instant, diadème nouveau,
Rassemble les méfaits en sublime mixture,
Et grave son empreinte sur le cœur de mon sceau.

Qu'un Dieu, un jour superbe, couronne ma faible tête


De cascades de lauriers pour ces œuvres stériles !
Pour descendre mon âme au niveau de vos bêtes
Aurait-il vu en moi un serviteur débile ?

La nuit, la nuit obscure foudroie contre mes tempes


Des feux bouleversants détruisant mon salut.
Ces douleurs incisives, ces souffrances latentes
Me condamnent à la mort, moi qui ne parle plus.

61
Offert aux rêveries

Offert aux rêveries d'un suicide, regardant


L'astre décliner lentement dans les cieux,
Ton ombre veut maudire ce paysage odieux.

L'éveil d'un chant difforme, excessif pour ton corps


Qu'on oublie TOUJOURS, solitaire des nuits, des jours
N'est qu'un refrain perdu quand ton crachat s'endort...

Et lourde d'amertume, l'âme chancelle au vent,


Suit indolente et faible les noirs frissons d'hiver,
Suit la flamme douceâtre qui brille dans les temps !

Ô l'œil fécond tourné vers les vives ténèbres,


L'amour endeuillé, ivre sur tes lèvres détruites
Pousse un convoi royal, majestueux, funèbre !

62
Salue la saison souveraine

Salue la saison souveraine de nos rustiques


Frayeurs qui échappent aux puissants Dieux, misérable
Plaideur ! Vois jaillir par cette source magique
Les méandres sublimes et les vœux regrettables !

Tremper dans les lacunes des gloires et des esprits


Quand l'automne a brûlé l'exil et les grandeurs ?
Ce jeu s'avère vaincu par son ombre anoblie,
Il s'étend faiblement sacré de sa candeur.

De l'attente maudite couchée sur ses lueurs


Et qu'un vent indécis transforme en ses alois,
Où seraient-ils, pauvre âme, les bruissements du cœur
S'il vomissait, s'il recrachait l'ignoble loi ?

63
Impression

Des rutilements d'orgasmes pour un siècle banni


S'échappent lentement sous un flot de lumières,
Des floraisons infinies
Dansent sur les échappées de la mer,
Et l'on vient brusquer un silence de désirs.

Un mot insensé où le Moi se reposait :


Délices de diphtongues,
Et sens tachetés de perles roses.

Comme des dorures empourprées d'or et de satin,


Bercé de langueurs,
Vêtu de broderies à peine écloses,
Il s'éloigne, grand lys de rêve.

Ô cascades en furie !
Un long baiser posé sur l'encolure des lèvres
Embrasse confusément les chaleurs de la nuit,
Frisson de bonheur.

64
L'heure hume des sourires étranges
Avec ta taille lourde
D'odeurs et de fruits savoureux.

Les mondes se répondent, perpétuelle harmonie,


Et les fraîches amours
Descendent dans le parterre de fleurs.

65
Chute

L'or exalté tombe mat sur sa peau.


Il bourdonne, il se plisse
Dans l'accoutumée du jour,
Pâle transfert de haine et de sanglots.

Puis son espoir décline sur la fontaine des eaux.


On laboure les dernières fureurs. C'est le lointain.
La boue est agile. La mort condamne.

Des orchestres à cordes


Font valser la puissance décriée.
Que faire du chemin cahoteux, noble et poussif ?

Et le martèlement s'endort !

66
Que sa puanteur, que son ombre

Que sa puanteur, que son ombre


Abondant en flots clairs, dégagent une
Torpeur poreuse...

Oh ! Que princières en la dégradante cité


Et libres en leur devoir, elles découvrent
Un mince pistil de gloire ! ...

Que pour les joutes subies en la raison nouvelle,


Un parlement capture ses fruits mûrs et vermeils !

Car j'obtins sur la lie par-delà le drame furtif,


Les rutilements d'une horreur et des souffrances
Pour les râles.

Oh ! Combien monstrueuse dans sa vétusté


Cette orgie maléfique offrit de danses sublimes !
Belles femmes, qu'un seul sourire ranime
Aurons-nous de frêles et verdoyantes pensées ?

67
Neige d'écume

Les ondes avancées recouvrent


Le mouvement des vagues
Comme un lacet éternel à la poupe des vaisseaux.
Le bruit lointain promu
Contemple deux êtres
Qu'un naufrage ancien semblait enjamber.

L'instant chimérique sur l'aquarelle des mers


Peint l'immortel aveu
Puis l'écume pacifique
Resplendit dans les rais, les éclairs.

Vent, houle tapageuse, flot grinçant


L'ancre mouille le sable, les airs.
Sur les rochers miroitent les algues mortes,
Gémit la douleur exquise.

La grâce recommencée, les hurlements successifs,


S'éteignent dans la grandeur de la marée.

68
Ballades et orgues

Ballades et orgues débitent leurs visions solennelles,


jetant et rejetant l'astre pauvre et démis,
Et des préciosités virevoltent, ombrages de miel.
C'est un Centaure, - un idiome ! Vaste sphère de
débris !

Des vengeances accablent un homme éteint qui


diffuse la mort par ses entrailles possédées,
Grandie par un feu puissant et immortel dont le
rayon brûle de haine l'insouciance humaine, la voix décrit un
cercle unique sous l'horizon.

L'œil s'imprègne de l'odieux maléfice des spectres


rares, la main tremblante est constellée de morsures
endiablées.
Le cœur venge les saccades et les cris horribles.
Le corps se meurt, et la déchéance s'amplifie.

69
Profusions

Des jours étrangement promis à des causes suprêmes


Scintillent dans les oracles du Temple.

Est-ce un songe, sont-ce des désirs inachevés ?

Des morsures de gloire, des jets de laves,


Puis un calme où reposeraient des bains de saveurs...
Oh ! La sombre expérience de l'âme
Qui par le bien engendre le mal !

Étonnamment Toi, insouciance du Moi...

Que faire ?

Attendre les fins d'amour-propre


Attendre, attendre encore ?

70
Vocables

L'ombre aux yeux de l'être impur,


Et maintes gloires renouvelées,
Quand déjà sifflent les fuyantes
Dans le lieu nuptial de l'ennui.

Vices sur les transparences drapées


Quand le Démon vomit l'éveil,
Taches d'or et horreur dans sa nuit !

Refuge où le délice succombe !


Ô les frayeurs, l'apitoyée !
Ô les longs cris des parchemins !

71
Froissements

Sous ton silence implacable où mon âme se repaît,


Écoute le bruissement des destinées qui muent,
Et dans la froide contemplation de deux êtres,
Ivres d'amertume, de jouissances infinies,
La fureur du délice et l'estime du dédain.

Tu joues avec un feu incandescent et immortel.


Tes voix ne sont qu'espoirs et doutes.

Le soir perçant, chaleureux et intime


Quand on vomit sous les draps
Les délectations vaines, ô rare ennemie,
C'est une nuit noire chargée
D'esprits qui se consument...

Des sangs en ta bouche ruissellent sur nos corps


Et l'hideuse cérémonie
Grandit en son piteux méandre ! ...
Tu cours par la force innée

72
Et plonges à l'ennui !

Mais cruelle qui restitues


L'odeur âcre des vices,
Les mots répondent par des luxures ! ...

Va, folle et longe les nuisances internes,


Puisqu'un besoin d'amour
Exalte tes frayeurs !

73
Pour l'accord des idylles

Pour l'accord des idylles, ton chant est bien à plaindre.


De visu, l'organe clair obtient la destinée.
Il ressuscite encore la folie de ce Temple.
Mais l'échappée des astres, ces satins en été,
Ne sont que des louanges qui émancipent l'amour :
Des phrases, des lacets d'encre qui sont entremêlés,
Dans les noirceurs du jour, des jeux rudimentaires !
Hélas comme autrefois, l'insouciance est incomprise !

Des mémoires s'encombrent de résidus de haine.


Les forces sont épuisées ; la vague à marée basse
Si lasse, exténuée, vient s'échouer, noyée.

Senteurs, éloges et dénouements, je me souviens.


Si des terreurs m'ont bercé en des instants,
L'infini supplice se meurt de vivre ou d'exister.

Et ce sont des spectacles ? Contemplations hâtives !


Oh ! Les cascades dorées ! C'est le drame et l'instinct
Qui s'épuisent en mon être. L'éloquence ne sert à rien !

74
Certains sont pénitence où le soleil s'enfonce,
Et des lieux de plaisirs sur le siècle maudit.
Alors d'autres langueurs ont brusqué mes souffrances.
L'angoisse bat son plein et elle condamne atroce
Etc.

75
Confession

Une nuit que je cherchais miséricordieux


À captiver mon songe en mille tourments heureux,
Si pure et nue au bord de ce rivage
La divine beauté remarqua mon hommage ;
Alors que j'entonnais aux puissantes infinies
De suspendre leur vol et de poser ici
La douceur éclatante d'une âme tumultueuse,
L'accalmie s'inclina, et pour les lèvres pieuses
Qui suppliaient encore la grâce et le pardon,
La grâce fut accordée pour sauver ma raison.

76
Lentement

Comme lentement
Il redescend
Souffrant,

Aux nuits futures


Que rien ne dure
Sanglant.

L'avidité veule
Pour qu'il pleure
Tremblant,

Use des blessures


Et des morsures
De son chant...

77
Il retiendra son souffle

Il retiendra son souffle, car lui ailé même dans les


retombées de ses pluies, s'élève inlassablement. Il sonde les
déluges, les tempêtes et les vents, et sous les vertes mers
s'étalent les bruissements de ses eaux nouvelles.

Il confondra les cieux d'ocre, les horizons de l'amour,


les vagues et les cataclysmes. Même dans la topaze de ses
yeux, renaîtra l'éveil de l'enfance heureuse.

Au chant du golfe blanc, le visage de la vierge


embrassera l'énergique appel du carillon des matins. Pour
l'assaut de la nuit, circuleront les nuptiales rumeurs des astres
étoilés. Et dans les miroitements des nébuleuses dorées,
l'automne resplendira pour sa fatigue et sa langueur promises.

L'évasive multitude parmi les vapeurs brumes,


bouche ouverte, lèche déjà les montagnes du printemps qui
peintes aux couleurs de la lave mauve, trempent leur duvet de
soie dans les lacs glacés.

78
L'empreinte diluée de son pas neigeux, et sa robe
incrustée de minuscules diamants enveloppent le rivage de
bronze et les couches de l'aurore.

Il détiendra la clé et du rêve et de l'instant de


l'homme car lui seul est ange et poète ressuscités.

79
Il brillait dans les yeux

Il brillait dans les yeux de ce rêveur ailé de lentes


courses comme les fraîches vapeurs matinales se levaient
dans les rayons à la teinture pastel.

Dans les sous-bois où la fleur suave abandonne un


parfum printanier, ses souliers faisaient craquer les petites
branches mortes. Et quand il eut franchi le vallon - le vallon
de mousse - ses pas accompagnèrent l'écho lointain.
L'exil s'essayait à de folles transhumances, les
fureurs s'enivraient de futiles préciosités et le jour descendait
plus calme encore sur l'horizon limpide.

Il baignait et entourait son coeur de mélancolies. Son


joug condamna d'admirables complaintes. Ses regards
enflammés par un esprit malin changèrent en haine toute
chose vécue.

Il but de ces liqueurs aigres et frelatées, et transperça


avec des aiguilles remplies de venin la face humainement
désespérante.

80
Il aurait voulu

Il aurait voulu des courses folles - démesurément


folles - à travers la campagne, jouir des dernières chaleurs
d'un automne avancé, et marcher à la recherche d'espoirs
perdus.

Il prévoyait dans toute sa candeur de fulgurantes et


intensives excitations de l'âme, des sortes d'images
transformées pourtant réelles suivant les lois internes de son
esprit, suivant des pensées brutes tirées de son imaginaire.

Etaient-ce des rêves éveillés où le réel côtoie


l'indécis, où l'excès est maître de ses interdits ? Une liberté
d'action parfaite dans le miroir de sa jeunesse !

Une pierre jetée ricoche dans l'eau morne d'un bras


de rivière, et la lumière questionne le présent et son temporel.

Ce sont des vols d'étourneaux battant de l'aile,


craintifs de la froidure. Ce sont des montagnes lointaines qui
dansent là-bas. Puis la femme, belle et sensuelle qu'un espoir
de conquête embrasse.

81
La magie est à répéter.

82
Il est un minuit

Il est un minuit qui se perd et que tu enjambes


malgré toi. Certaines concordances dissidentes naissent du
coffre des ombres. Des feuillées d'abeilles tourbillonnent par-
delà les minuits dans les grands regrets du mécanisme. Les
tapis d'or placés sur les dômes d'azur ne sont que des
succursales initiatrices de notre inconnu.

Léger comme l'envol, virevoltant sur des incendies


fraîchis, l'ange plonge dans les gaz et les étoffes et les
mousselines argentées.

L'horloge tinte les douze doigts de la présente année,


et semblable aux modulations des cloches à venir, s'évadent
des sonorités telles l'Angélus ou la Métaphore du Soir.

83
À la cloche d'ivoire

À la cloche d'ivoire, comme drapé de mélancolies


diverses, il hume les survivances alentour éteintes. Par le jeu
des syllabes, le grand précipice offre des chaleurs à ses
dépravations intimes. Son masque d'argent se désagrège petit
à petit.

De l'éternelle et souffreteuse anecdote, on assure


l'infini des jouissances. On promet un réel sublime que le
sauvage doit faire naître en sa demeure. On détruit la rareté
d'une force distincte...

Immuable soir qui s'égare sous des nuées honteuses.


Un cœur voué à la solitude sensuelle use des tentations et fait
de l'être impur un mémorable délice en ce jardin de terre.

84
Un froissement d'étoffes

Un froissement d'étoffes court dans les environs


putrides. Une décharge superbe, et le printemps resplendit aux
fenêtres insoucieuses ; une démarcation légère, un regard pour
ses yeux, et de luxuriantes larmes coulent sur son jeune front.

Malgré l'intolérable monotonie des silencieuses


commodités, le vent froid et sec parmi les gloires anciennes,
malgré la fraîcheur exquise d'une rêverie embaumée, entends.

Derrière l'amas des déchirures, plus loin que le


contour qui se dresse, des pas approchent irrésistibles dans
leur avancée. Lourds, encombrés d'alcool sain, je les sais qui
s'en viennent TOUJOURS. Je les sais arriver. Il est temps de
nous cacher, de revêtir ces voiles, ces châles qui traînent là
dans la pièce. Viens, il est temps de mourir.

Des répliques, des sinistres cachots, - quel amalgame !


Des diversités de saisons pluvieuses naissent et se reproduisent
avec une rapidité affolante. Les forçats s'acclimatent à cette
végétation, d'autres crachent les renvois de la déchéance,

85
d'autres encore suintent, et se languissent de désespoir. Des
masques pour les condamnées, des cordes pour les ignorants,
des infusions pour les délaissés.

Souviens-toi des rouges, des cambrures à l'extrême,


de l'insipide râle, des fourberies nuisibles et des pitiés
promulguées. Souviens-toi du cheval, des veules inquiétudes,
des murs tombés en décrépitude.

Vois comme j'avais raison ! Il est trop tard à présent


pour se consoler.

Sur des rêves où la tentation était déjà vouée à


l'échec, je crachais comme d'autres expulsent l'air de leurs
poumons. Je sombrais. J'ai bu de vos poisons, ô l'écrin, ô la
monstrueuse déchirure !

86
Minuits - points

Minuits - points. Affirmations, épaves vaines


inclinées sous des soleils souterrains ; et l'odieuse symphonie
accorde un chant multiple, et les mots vibrent et se prolongent
dans des espaces silencieux.

Rêves : - froissements de jupes vertes, honorables


fantasmes teints en des secondes inertes, protocoles
inconscients pour des eaux à venir. Antique romaine ou
hellénique sœur. Du sadisme douteux sous des cordes glacées.

Pour quelle naissance, pour quelles vies nobles et


justes ?

87
Un tambour en rut

Un tambour en rut comme des palpitations répétées,


immuables saccades jouisseuses de mon sommeil et des
sonorités sourdes dispensées dans une chambre capitonnée.

Mouvement éternel qu'aucune brise n'effleure,


mouvement de terreur et de folie tortionnaires.

Un troupeau de ronflements monocordes simulant


une envolée de galops profonds et venant d'un lointain
inconnu, de l'infinité de mon être stérile qui gonfle mes
tempes et boursoufle mes veines.

Des gouttes de sang noircies par la haine jaillissent


de tous les pores. Des masses visqueuses vivent, se
reproduisent à une vitesse inexprimable.

Soudain des cris. La tempête éclate et déchire et


détruit toute sueur interne. Des ravages terribles, - d'anciennes
garnisons englouties en un souffle, - un souffle mortel, œuvre
satanique.

88
Sont-ce des lueurs illuminant la face terne du
moribond, un vulgaire traité de paix jamais respecté, un
stratagème démoniaque ? Un compromis ? On avance un
sourire aux lèvres. On avance toujours. Tous les membres
sont crispés. Que fait-il ? Pourquoi ?

89
C'était d'une humeur claire

C'était d'une humeur claire, presque prompte à


démêler les pensées nouées de l'âme que je me réveillai, ce
matin-là. J'aurais pu selon la bonne remarque populaire, battre
flots et tempête.

Il est de rares saveurs que l'on ne goûte à l'extrême.


Le temps, notre ennemi redoutable nous appelle à d'autres
tâches. Mais ces instants de réflexions avaient une telle
intensité qu'ils eussent pu être confondus avec des instants de
bonheur...

J'avançais comme un miraculé qui retrouverait le


fonctionnement de ses jambes, émerveillé par la légèreté de
son corps.

Mais un bruit ultime, l'imperceptible bruissement de


deux ailes, et le charme disparaît. Dès lors, l'engourdissement
de mes jambes m'interdit de peiner davantage, dès lors
l'intervention stérile du refus m'interdit quelconque action.

90
Pourtant je te savais, et tu n'es déjà plus ! Tu disparais
quand tu supplies. Tu fonds mes pensées quand l'œuvre
m'attend. Insaisissable amie, comme je te demande ! ...

Auras-tu l'audace d'éterniser mes lueurs ? Voleras-tu


aigle royal dans les ténèbres de mes nuits ? Tu m'atteins aux
premières requêtes. Tu t'éloignes lasse de rêve aux moindres
tourments.

Tu es ma maîtresse, et tu te joues de moi ! Essayer de


parer ta puissance, c'est me compromettre et te voir
disparaître à tout jamais.

Délicate langueur, viens bercer encore mes rêves !


Sur cette bouche, invente l'acte suprême de nos mélancolies !
Tu es en moi et pourtant impalpable. Tu vis dans mon cœur,
et tu te nourris de mon sang comme d'un sublime poison !
J'ordonne ta faiblesse, mais tu es mon amante et j'attends.

Vivre en toi, par toi et pour toi. Oublier


l'ignominieuse carence de ces faiblesses. Crier à tous la
subtile saveur de la solitude ! Hélas, j'ai beau hurler, qui
entendrait l'essence pure de la vérité ? Quel être acclamerait

91
l'ignorance de ses actes ?

92
Ô solitude morne et plate

Ô solitude morne et plate qui envahis l'être


d'admirables torpeurs ! Jadis tu m'étais inconnue... Pas un
souffle de faiblesse pour respirer le calme mortuaire, la
langueur et le déroulement infini du temps.

Comme je soupèse le bonheur de l'homme seul, sa


survivance profonde dans l'âme insondable ! ... J'interviens
posément et goûte le luxe de la répartie. Je laisse confusément
comme un monotone fleuve dans le cours de ses eaux, la folie
sereine s'emporter vers des paysages perdus.

En amont, une source pure et claire que des


montagnes chérissent avec tendresse. En aval, la beauté
majestueuse, l'épanouissement de la pensée.

Eaux calmes, quand le silence règne en moi, comme


je voudrais pour toujours m'endormir...

93
Un éternel recommencement

Un éternel recommencement comme puisé aux


sources mêmes de la vie, des chutes étonnantes semblant
mourir dans l'abîme infini de l'âme, des vibrations soumises à
une excitation durable :

Les méandres de la pensée conservent presque


religieusement toute la saveur extrême de leurs nombreux
secrets.

Parfois tumultes incontrôlés, souvent miroir


irréfléchi de ce moi étrange, je ne me déplais pas de posséder
les admirables accidents qui contiennent ma personne et se
jouent de moi, pauvre conscience.

94
Miroirs de l'âme

Miroirs de l'âme, encriers de nos cœurs, quand


pouvons-nous respirer calmes et paisibles les odorantes fleurs ?

Le rêve se pâme d'atrocités et pousse nos désirs


jusqu'à des désespoirs toujours plus humiliants.

La traîtrise activée par un feu intérieur, resplendit


davantage, et le soir est mourant.

Esclaves d'hier, comme je condamne vos paroles !


Esclaves de demain, entendez ma miséricorde !

Martyrs défigurés par les liqueurs fourbes, aigles


royaux ou loups des cavernes, pourquoi accepter cette torture ?
Pourquoi la haine de tout un peuple ? Pourquoi les floraisons de
toute une forêt et pourquoi la barbarie gravée sur le sceau de
l'homme ?

95
Les ondes turbulentes

Les ondes turbulentes, les nacres bouillonnantes, les


incendies, les glaives, les suprêmes disques de l'azur, les
chocs sinistres et deux contradictions dans l'ouragan
frénétique !

Blessés, hommes terrassés, femmes défigurées,


vieillards impotents et cheval fougueux jetant sa crinière
blanche dans les cavalcades du temps.

Carnassiers de l'amour, spectre figuratif : qu'on


restitue l'image sacrée, qu'on étouffe les sanglots de nos
chœurs, qu'on brave la nécessité révoltante ! Quelle heure,
quel instant pour approfondir les causes de la cité ?

96
Dans ce souterrain visqueux

Dans ce souterrain visqueux, j'observe la foule


macabre qui avance insouciante dans les dédales de la mort.
Sans crainte, d'un pas égal, la longue file composée de
vieillards, d'enfants et de femmes enceintes s'étire et
déambule.

On dirait le pèlerinage des temps sacrés quand de


lentes cohortes de croyants traversaient les déserts arides.

Ils continuent et s'engouffrent dans les graves


ténèbres. Les plus vieux se refusent à mourir en bordure de la
voie. Ils trébuchent éreintés par l'épuisante marche, mais ils
avancent encore.

Aucun signe de révolte ne se lit dans leurs yeux. Des


visages livides, des masques peints, des regards attirés par
une force invisible.

J'ai voulu m'approcher pour les interroger, mais


quelles réponses attendre de spectres ? Au matin, las

97
d'observer leur atroce procession, je cherchai à me reposer
quelques instants dans ce souterrain. Mais dans mon rêve, ils
avançaient encore et défonçaient mon crâne de leurs horribles
pas.

98
Ces pas tourbillonnent

Ces pas tourbillonnent comme des multitudes veules


de fantasmes égarés. Ils voltigent, se rassemblent aux cimes
des arbres centenaires. Ils s'éloignent et revêtissent l'habit
pourpre et usé des nombreuses métropoles.

Ô le chant de la flamboyante citadelle, ô prison


cristalline ! Femme grave de martèlements odieux !

D'une dominante claire, un espoir puis un cyclone


sanglant. L'être de verdure ne put festoyer gaillardement dans
des caveaux en fumés, à l'enseigne éternelle des strophes et
des vins !

Ville folle qui vide les panses des hommes savants,


qui broie leurs souffrances, et qui se joue de leur faiblesse. Ô
spectre ! Ô sueur !

Et de lentes marches comme des agonies à venir, des


pieds salis par la crasse, une âme délaissée à l'entrée du
Temple. Le monde sacré, inépuisable, s'étend ivre de

99
grandeurs sous les apitoiements des infortunés !

100
Sur les scènes des partages

Sur les scènes des partages, les médisances sublimes


et les cascades et les sanglots : - l'or pur est convoité et
arraché à la manne céleste.

Les masques plombés tombent enfin, loin du réel


malfaisant. Le plancher est tremblant sous le bruit terrible des
carcasses.

Une sorte de foudre voudrait que ce fût lui, vendu au


sacrement de l'église, rejeté pour d'odieuses complaintes.

Le temps pour sa maigre peau a ceint l'étoffe


noirâtre. Son testament est éblouissant.

Entends les sarcasmes et les rires et les joies. Nous


bénirons la Sainte Éphémère, et donnerons l'eau neuve pour
cette effigie consumée. Par-delà les éthers glacés,
frissonneront les insondables cérémonies, les prières et les
gloires.

101
Sublimes mascarades des esprits. Nécessités des
familles. Ô découvertes des âmes !

102
Des chênes prostrés

Des chênes prostrés les uns contre les autres. Des


bouquets de rosiers émanant de purs parfums de rêve.
Derrière un chemin de ronces et d'herbes mauvaises,
l'automne dévoile une à une ses pensées.

Avec de larges envols, dans les gracieuses


complaisances que l'enfance invente, là où le désir lentement
prend naissance, le printemps boit les tendres années.

Sous l'amas de terre fraîche, parmi les frêles


inquiétudes, entre deux monticules de faiblesse, l'hiver s'est
retiré.
Un feu de pierreries s'élançait dans les couleurs
multiples des étoiles quand l'amertume frôlait mon désespoir.
Ma chute était promise à la sueur de mon temple, l'été
explosait.

103
Par la femme mystique

Par la femme mystique, l'œuvre nous rassemble. Les


gerbes de fleurs montent, se propagent sous les toits des
antiques demeures.

Les cieux vulgaires constituent le morbide


recrutement des catacombes.

C'est le délice dans les champs de neige ; aussitôt


que l'éloquence gronde parmi les hêtres et les violettes, le
Fils, ornement qu'elles méprisent ou non, devient symbole et
mythe admirés.

Bouffies, impies et jonglant entre deux lignes


équivoques, elles encensent leur passivité et leurs douces
attitudes.

Peuvent-elles comprendre le sens de la pâmoison et


se reconsidérer dans la tournure de l'acte ?

104
Par la grâce et la discorde

Par la grâce et la discorde, contre le fatalisme


stupide, contre l'investiture d'une nonchalance, c'est toujours
la logique immuable qui règne sur les appâts.

Aux chaleurs extrêmes, l'évidence quoique


pernicieuse restitue la morale jusqu'à l'extravagance de son
soupir. Tu condamnes les blessures, tu hurles à la liberté.

Je parle de simagrées et d'intolérances, mais pourras-


tu comprendre ?

105
Un simple cri sur ta bouche

Un simple cri sur ta bouche et le délire naît de ma


domination. De l'esthétique inouïe aux contemplations vaines,
le goût âcre de l'amertume s'éloigne dans le bruit sinistre de la
nuit claire.

Pour ton harmonie, mille couleurs ternissent d'une


encre pâle un manuscrit maintes fois oublié. Les tiroirs du
secrétaire condamné pour toujours garderont dans leur ventre
de bois des substances peut-être exquises. Renfermeraient-ils
une gerbe de délices ?

Du théâtre à l'actrice première, des chants d'espoir


aux catacombes pourries, oh ! Un monde fourmille, une
saveur parfume la chambre promise à des sourires amers ! ...

106
Un ivoire brillant

Un ivoire brillant où resplendit une rangée de dents


équilibrées, une bouche fine et menue, hymne au baiser et à la
tentation du cœur, une peau brunie par des rayons vermeils, je
la vois qui s'étire, désinvolte, insouciante de sa nudité. Elle
me regarde avec ce sourire enfantin qui dit : as-tu bien dormi
? Je lui souris et vais délicatement me plonger contre ce corps
chaud encore d'une nuit passée à s'aimer et brûlant des plaisirs
à venir.

De languissantes étreintes aux rythmes accélérés elle


se tord, enroule, souple serpent, ses longues jambes sous les
draps soyeux, etc.

107
Je croyais voir

Je croyais voir en l'or de tes cheveux un nuage


tendrement endormi sur des aquarelles mortuaires. J'y
discernais un convoi de broderies éparses, et j'embrassais
dans cet amas confusément respiré la rêverie lointaine. Je
m'égarais dans les parfums, dans les sueurs de nos amours
anciennes.

Mais toi d'un geste dédaigneux, presque machinal tu


passas ta main blanche et bien faite dans ce désordre de
mèches blondes, et la noble rêverie s'est plu à se défaire, n'est-
ce pas, Isabelle ?

108
C'est un spleen

C'est un spleen qui renferme toute la nostalgie d'une


lueur sublime, une douloureuse faiblesse de cœur recueillie
dans la solitude, morne solitude près du feu pétillant de la
cheminée, où le seul ami est peut-être encore cette bouteille
de vin rare et ce verre de cristal.

Glacial amour, amour tendrement chéri, amour rêvé,


amour volatilisé que la fantaisie de la femme reproduit
inlassablement comme pour retenir son idéal, comme pour
retenir le temps !

Et la dernière lueur du brasier s'est plu à mourir. Ce


n'est plus qu'une lumière douceâtre qui baigne la chambre
décorée de bibelots rares et de meubles fort anciens.

Ce n'est plus qu'un désir impossible qui resplendit


encore dans l'âme d'Agathe. Ce n'est plus qu'une douleur
inconsolable qui vit dans le cœur d'Agathe.

Enivrée par le nectar, elle s'endort entourée de


somptueuses étoffes posées nonchalamment sur le divan

109
superbe.

Parée de somptueux bijoux, l'œil hagard et livide,


soulevant d'une main nonchalante quantité de soierie déposée
sur le divan, elle rêve des délicieuses soirées passées chez les
De Busy.

Et des images tenaces, toujours martelant son âme


voyageuse s'amoncellent les unes contre les autres comme
une pellicule de film inlassablement répétée.

Et dans ses souvenirs voués déjà à l'ennui, elle


multiplie les scènes, grossit les visages, et espère embrasser
dans cet amoncellement de détails, l'instant unique et sublime
que son esprit s'était juré de ne jamais oublier : le regard
saisissant du jeune homme aux yeux foncés, tirant vers un
marron extrême, - ce regard de feu exprimant toute la force et
l'intrépidité de la jeunesse conquérante. Oui, malheureuse,
presque envoûtée par ce sourire d'ange, par cette bouche
suave, elle éternise son évasive rêverie sur le caporal blond.

110
Un idéal songeur

Un idéal songeur où la seule fortune de l'esprit


consisterait à grandir des images pieuses comme issues d'un
Livre d’Écritures, où la seule tentation de l'âme serait
d'usurper et de drainer dans sa propre logique les pensées
éparses qui s'incrustaient dans les parois de son esprit. Une
expérience en soi unique, vécue en autarcie suivant des lois
internes et presque rationnelles, tel était le souhait, ô combien
désiré depuis sa tendre enfance par Magisture.

Élevé dans une famille peu soucieuse d'instruire et


d'imposer une éducation stricte et conventionnelle, il
grandissait dans une liberté complète, pouvant à chaque
moment décider de ses agissements. Jeunesse heureuse et sans
contrainte, Magisture chérissait ses parents avec tout l'amour
qu'il était permis de posséder à cet âge-là.

Mais son rare ennemi, si ennemi était, inquiet de la


faible rigueur parentale était un oncle qui visitait deux ou trois
fois dans l'année, pendant les fêtes importantes, la maison des
Ursus.

111
De quelques années l'aîné de Madame Ursus, il ne
pouvait s'empêcher de déplorer l'éducation trop peu
conformiste dont un enfant en bas âge jouissait.

Des remarques subtiles et des cris d'alarmes


moralisateurs, telles étaient les seules conversations qui
jonchaient les interminables repas. Ces derniers se
poursuivaient fort tard dans la nuit jusqu'à des heures
avancées qui faisaient bailler de rage la pauvre Madame
Ursus.

112
C'était un vieux boudoir

C'était un vieux boudoir où tremblaient des spectres


d'ombres, où un mal invisible rôdait lugubre parmi les
meubles de la pièce. Point de mots, points de regards - une
attente éternelle épiait le moindre bruit, l'infime craquement
des planchers. Les boiseries comme travaillées nuitamment
gémissaient de douleurs et de plaintes répétées.

À travers les carreaux de la fenêtre obscure, une lune


pâle, ronde comme une hostie propageait ses rayons
blanchâtres - un instant sublime que la peur éternisait, un
instant d'inquiétude et de bonheur en soi.

Il y avait les masses inertes de nos chairs blotties


dans de profonds fauteuils. Les yeux du chat luisants étaient
prêts à s'enfuir. Et nos mains transpiraient de faiblesse et
d'effroi.

Un coup de tonnerre puissant et le silence disparaît.


Un cri perçant de sa gorge étroite, s'expulse et se propage en
dissonance dans la pièce. Un cri inhumain et la femme
indécente se transforme en vampire !

113
Que reste-t-il des vils tourments

Que reste-t-il des vils tourments, des promenades


sous les orages soufreux ? Et toi, pauvre esprit disparu au
fond de l'enfer, quand reviendras-tu ? Mais pour ces
désespoirs, emblème facile de la dernière intonation écrite,
qu'adviendra-t-il ?

Idolâtre monstre d'une rosée tournée sur des feuilles


tombantes, semblable amertume de mes yeux embués d'une
marque dantesque, ô maussade gestation dégénérée sur un
corps inconnu, que pour cette réponse resplendisse le tombeau
de nos anciennes demeures ! Oui, que du maître légitime, une
place minuscule me soit déjà promise, car j'ignore la
décrépitude de la tache, mais je transpire le prix de
l'insupportable souffrance.

Un quatrain, deux quatrains, cent mille quatrains


disposés sur des tranches de bois, un sonnet centenaire donné
à des générations insouciantes, des déchirements noircis et
copiés à la hâte pour oublier le désœuvrement. Ô l'espérance
d'une reconstitution d'un univers douteux, comment saisir le
nectar d'un éloge ? Sous quel roi ? De quel droit ?

114
Épargneras-tu les martèlements incessants d'une
jeunesse laborieuse ? Attends-tu déplorable créature
l'impossibilité de ma croyance ?

Mais de son silence naît un profond silence, plus


terrible encore car plus noir dans toute sa solitude !

115
J'ai volé

J'ai volé à l'arbre frêle une mince couche de


miséricorde, j'ai enflammé un cœur déjà perdu à la cause
première, j'ai délaissé des promesses impossibles, des vœux
d'amour, j'ai joué avec la connaissance usurpant çà et là des
fruits de stupides saveurs.

Sur une couche, j'ai réinventé l'acte suprême fort


d'une imagination débordante. J'ai transformé des images
pieuses en symboles multicolores me réservant le droit divin
de retoucher comme un peintre l'empreinte de son tableau, les
vicissitudes de mes rêves transparents.

Plus loin encore, alchimiste de génie, prêt à


découvrir le secret ancestral, j'ai brûlé dans des flammes vives
la page blanche d'un poème jamais ébauché.

Vaste mutation proche de la réalisation, hésitantes


exactitudes vouées à un échec constant, quelles merveilleuses
farandoles qu'une rêverie obscure dispensait dans les ténèbres
de mes nuits !

116
Magicien doué d'une sagesse constante, séraphin
démoniaque ou démon divin ? Qu'importe ! Tous ces noms
gravés comme des dalles de marbres dans mon crâne fatigué,
qu'importe !

Dans des cavernes fantastiques, je me suis promis les


couleurs du printemps, - des pastels, des mauves, et des
argents rouges comme le vin et blancs comme l'écume. Ô
l'arc-en-ciel transporté dans les bas-fonds de la terre !

Moi, homme de nuit respirant les fleurs disposées en


corolles, humant les senteurs de mon propre univers, Moi
enfant qui trébuche et succombe dans les dédales, Moi et la
pluie, et le soleil et les étoiles, et Moi encore !

Quel vain et âcre mélange dont les fruits


bouleversent les sueurs extrêmes des envolées ! Quels affreux
cauchemars qui conspirent complaisamment pour jouir de
mes souffrances sanglantes ! Oh ! Le jeu de la mort ! Aucun
vivant ne peut se défendre ! La mort tentaculaire qui possède
corps et âme, se vautre dans des rires immondes retentissant
encore dans les globes de mes oreilles ! Oh ! La faux brillante
persécute l'œil torve imbibé d'alcool ! Oh ! Les scènes de

117
pillage ! Oh ! ...

118
Mourir dans les bras

Mourir dans les bras de cette gueuse et rêver de


soupirs merveilleux, d'extases inassouvies dans un lit de satin
blanc.

Ainsi toujours vers cette demeure prénuptiale, mon


cœur, entends l'aventure grandie, écoute les complaintes
perceptibles dans l'air safrané.

Miséricorde, valeurs fictives, décadence de ses yeux,


Seigneur, souffrez que j'aperçoive une autre vision
enrichissante, car douloureuse cette horrible passion me mine
tristement.

J'entrevois les portes fatidiques d'une mort certaine


etc.

119
J'abolis le simulacre

J'abolis le simulacre de ta danse maudite. Je restitue


la fourbe sérénade à l'être digne de porter son nom. Malgré
des défaillances et des agonies stériles, je proclame l'avancée
de mon entendement.

Non, plus de pâles sourires, très chère, comme la nuit


ne soudoie plus nos forces accumulées.

- Armes de la tentation, mugissements louables et


cadavres dans la fosse encombrée - C'est encore le etc. pour le
cataclysme, la loi et la traîtresse.

120
Une enfance dévergondée

Une enfance dévergondée quoique repliée sur soi-


même. Un passage terrible à l'imbécillité du monde vacant.
De continuelles crises de rire derrière le dos de stupides
enseignants. Des devoirs bâclés, écrits à un rythme infernal
pour cracher une vérité douteuse. Un sermon de mémorables
cours !

Des frères piteux, satisfaits dans une classe


grouillante de méchancetés. Des cancres vêtus à la mode
dernière, et des sourires narquois et des moqueries stériles.
Derrière le bureau, un professeur jouissant de sa petite
réussite, fier de son cours magistral, heureux de la faiblesse
de ses analyses et tremblant comme une feuille morte devant
un censeur agressif.

Récréations cafardeuses où l'on tire sur une cigarette


trop vite chauffée, - des remarques, des mots, des idioties
proposées à chaque segment.
Transfert de souvenir scolaire.

121
Un cloître très ancien

Un cloître très ancien soutenu par quatre piliers en


briques roses, une fontaine au centre où une eau stagnante
semble mourir de solitude. Un dallage épais comme délimité
par des touffes d'herbe éparse, un toit d'ardoises grises que les
derniers rayons d'un soleil automnal caressent presque
complaisamment.

De ce morne bâtiment resplendit toute la prospérité


moyenâgeuse d'une capitale catalane.

122
En tête

En tête pour le sacrifice qu'une chute abolit dans ses


gouttelettes grossissantes, et pour ce vain partage de l'exploit
ranimé sous nos yeux. Je détruirai l'immortalité hors de sa
pénitence, je frapperai le fruit sacré que l'homme malveillant
exploite. J'inonderai de purs services la connaissance du
prodigieux dessein.

123
Pour l'archaïsme en fuite

Pour l'archaïsme en fuite, des larmes, des torrents,


des cascades en plein Sinaï.

Pour l'élection douteuse, le vol des aigles royaux sur


des duvets flamboyants.

Pour la malédiction de l'enfance, un cri de détresse


au centre des tourments.

Quant à l'outrance répétée, insultée par des huées


sérieuses, tout finira par se comprendre.

124
Des tourments promis

Des tourments promis aux faces convoitées que


l'oracle semblait avoir oubliés.

Le vieillard en paix vibre continuellement.

Les mourants secondés dans la pénombre blanchie.

Le feu dont les braises rougeâtres jonchent le


parterre tiède.

Reine, foule, testament et autres consentements : tout


pourrira ! Et la chair de ta chair ne sera qu'un vomissement
hideux.

125
La chute, espérance de nos cris

La chute, espérance de nos cris, de nos cœurs.

Le fouet aux lanières superbes pour des corps


affaiblis.

Le hurlement de la foule au premier de ses pas.

La jouissance terrestre du repos partagé.

Des montagnes de regards braqués sur l'inconnu.

Le cerveau grandi à la finesse séculaire.

La folle logique engouffrée dans les ténèbres.

Et la raison encensée à nouveau.

Des musiques, l'air de l'orchestre putréfié, des


clairons au fauve couleur.

126
Le chant de guerre entendu sous les tentes dans les
bois.

Les glaces fondues qui vomissent les cadavres de


l'ennemi.

Et des armes peintes au sang de la victoire.

Contre des poteaux de bois, les fusillés de l'ultime


déchéance. Et des hommes perdus, et des femmes pleurant.

Le soleil fatigué par la guerre éternelle, le soleil se


couchant sous les boues du caporal.

La garde se gorge de vins aigrelets, la garde acclame


la souffrance de ses torts.

Un monde disparaît.
Qui le remplacera ?

127
Le songe proscrit

Le songe proscrit sous les rumeurs du siècle


La vérité soumise aux pulsations de la foule
Le mélange crasseux de nos solitudes désespérées
La transparence des pôles, des mers salées
La barrière sous les troupeaux de bêtes aimées.

Et le vent sous sa danse


Exploite l'amertume de nos peuples !

Éclatés, vomis, stériles puis féconds, que restera-t-il


Des astres fluorescents et des envolées divines ?
- Un gouffre de laves et de meurtres :
Le réalisme vaincu par les forces sommaires.

128
Ils corrompent nos chaînes

Ils corrompent nos chaînes, ils abattent les blessés et


veillent d'injustices en injustices le mets gracieux des raisons ?

Elles se crispent aux torches saphiques et ondulent


sur des contrées oisives ?

Nous inclinerons des têtes charnues contre des


compliments aériens.

129
L'orgasme dans les nébuleuses

L'orgasme dans les nébuleuses pleure son automne,


Le fruit se décompose sur les filantes orgues.

Le délabrement de l'Antique Cité,


Jadis l'acteur jouait sur la place publique.

Le conseil déplorable et avide de luxes proscrits.

L'enfance transposée sur d’irradiantes pénombres.

Échappé des miroirs rutilants, - l'amour.

La folle servitude pour les malheureuses chaleurs,


Et la science périclite dans l'orage des ténèbres.

Exposée aux sulfures des milices,


Recherchant la faille du labyrinthe inconnu,
Quelle voix pour échapper au monde inhumain ?

130
Les déserts de ses nuits

Les déserts de ses nuits, les sermons bafoués,


La violence du regard, les ténèbres des yeux.

Les souvenirs haineux, les trouvailles impossibles


Et le prolongement d'une ouverture bénigne.

Les mensonges encombrant une litière défaite,


Des soumissions, des rires - les gestes en ce temps-là !

Des rires improvisés, des changements de ton,


Des actes se succédant pour des grâces enfantines.

Et des heures contenues


Sur des plaisirs rêvés.

131
L'incompatibilité I

Dédaignant une forme première,


Le doute lentement s'endort.
Qu'il vole l'écrin dans ce désert
Semé de pierreries et d'or !

L'amas de ces faiblesses ultimes


Respirées sur des velours
Est parfois légitime
Et parfois maître de ma tour.

Que je ne sache de l'inconnu offert


La tentation maintes fois retrouvée.
Ce feu cuisant qui me dévore
Sait trop bien me torturer...

Vois, honte suprême de mes délices,


L'éternelle folie pareille aux aimés,
Remplir et faiblir par des supplices
Le cœur âcre et disgracié.

132
Au tombeau, rempart extrême du bonheur
Une lente agonie prépare en ton honneur
La noirceur vile des Bacchantes
Et promet, lugubre survivante,

Des fiels suaves et de superbes jougs.


Mais à l'extrême langueur de mon être,
Je ne puis accepter du tout
L'odieuse cérémonie de disparaître...

133
L'incompatibilité II

Dédaignant une forme première


Où un doute lentement s'endort,
Je vole au stérile hiver
L'écrin parsemé de pierreries et d'ors.
L'amas de faiblesses intimes
Respiré sur ce coussin de velours
Me semble parfois légitime
Et parfois maître de ma tour.

Que je ne sache de l'inconnu effort


La tentation maintes fois retrouvée !
Ce feu cuisant et fourbe qui me dévore
Aura tout fait de me torturer ! ...
Vois, honte suprême de mes délices,
L'éternelle folie pareille aux aimés
Remplir de lugubres supplices
Le coeur âcre et disgracié.

134
Au tombeau, rempart extrême du bonheur,
Une lente agonie prépare en ton honneur
La mort livide et luxuriante
Et promet - maudite survivante -
Fiels suaves et superbes jougs !

135
Si de l'instant sublime

Si de l'instant sublime
Rien ne s'échappe des lueurs
Si du doute accumulé
S'entaille un réel obscurci
Si, inquiet à l'automne des questions
L'horrible monstre sévit encore,
Qu'attendons-nous ?

D'une misérable frayeur


Par trois syllabes dilapidées
Je ne perds que des pleurs
Dans cette guerre éternelle
Où germe la maturité.
Délivrons-nous de l'insouciance
Qui, par nos sourires saignés
N'apporte que fruits de nuisance.

136
Regards de malheur
Qu'exploite un désespoir,
Éloignez-toi une heure
Une heure ou deux ce soir.
Car saignant dans nos labeurs
À la sève sempiternelle
Nous n'aurons plus d'ardeurs
Pauvres de nous, mortels !

137
Lie qui incube

Lie qui incube, ô satané,


Le réveil des nymphes posant
Dans cette orgie ailée,
Ébène, ivoire luxuriants.

Mordre haine sanguine


Et possession de la mort
Pour une vile libertine,
Terrible, sublime sort.

Enroulées du ptyx macabre


Chantant des Te Deum à pleine voix
Entre poignards et sabres,

Presque dévêtues du linge blanc,


Qu'il retire violent dans sa foi
Le Démon rit de son rire sanglant !

138
Sache...

Sache...

Les chairs des lignes promenées


En cercles vibrants, et l'oracle
Caressant le sol nu de ton espace.

Tu modules la granitique fonction


De l'Ange ou du Météore.

Cristaux de gaze enveloppés d'atomes,


O substances épurées et soleils de neige !

Mais ta bouche trousse l'innocence


Comme tu contribues au sens crayeux !

Impossible chimère inviolée en ce terme,


Scabreuse fioriture et pensées interdites,
C'est de ton nom que naîtra l'évidence.

139
Les sévices saccadés

Les sévices saccadés humilient


L'Empire désabusé des premières conquêtes
Et fleurit sur les dédales anciens
Des mondes persécutés.

L'indolence montre dans sa discorde


Que son joug perpétuel envenime les pensées !

Les humbles transparences sacrifient


Les lugubres monotonies de tout un peuple.

J'ai vu combattre l'éternelle promptitude


De ses aveux. J'ai vu gloire et cuirasse
Haineuses transformer l'incertitude
En Temple belliqueux.
C'étaient baves, incendies et hurlements
De femmes, pillages dans les rues
Étroites des cités, lourdes épaves
Et ruines renversées en une nuit !

140
Le luxe se mouvait dans les plaines
Comme des coulées de braises
Aux étés chauds d'alors.

Le vent soufflait comme un brave


Et se savait mourir.
Les sortilèges dépecés,
Jetés sur les martyrs
Tremblaient.

Quelle effervescence ! Quels dieux sublimés !

Je suis l'ignoble tentation


De l'être indigne.
Je suis l'hymne solennel à inventer
Pour sauver les âmes soumises.

Oui, je suis !

141
Dominateur

Dominateur de l'épée disparue,


Et sexe tenancier dans ces beautés sublimes :

Florence, possédée sous l'antre bestial,


Braillant son torse poussif et distendu.

Nanou, dispendieuse de l'âcre besogne


Volant au fil de l'âge sa jupe écorchée.

Et Lore criant aux champs tapissés.

Détroussées dans l'habit vert


Des pâles naïades
Et crachotant une foi débraillée,
C'est l'extrême frayeur de l'incertitude :
La rose puante est déflorée.

142
Oraison du maudit

Le trouble percé de flèches molles


Qu'un dire transpose en souffles Dantesques ;
Le mouvoir jusques aux coteaux aériens
Plombé dans les corolles des floraisons suppliantes :
Il pleut de splendides carcans guerriers
Corrompus aux malices des demeures internes.

143
Mémoire du soir

Mémoire du soir entre tendresse et duvet


Que l’à propos déploie irrésistiblement ;
Infortune du meurtre et du rythme forcés.

Les branches sous les grands saules


Par la tête vacillante ressemble
À l'épaule nue posée dans mon âme.

Étés et langueurs du nonchalant artifice,


Exploit des molles natures pareilles et recommencées :
Vaste oriflamme dans le ciel terne de ses yeux.

144
La danse de l'idiot

Les poings liés sous les convulsions d'une danse


Macabre, agité de soubresauts, grimaçant,
Le visage boursouflé par l'alcool, et immense,
Un homme aux mains osseuses dans un rêve, chantant ;

Ses pas répétés excitant la furieuse salle


Qui applaudit encore envoûtée d'une fièvre,
Qui vocifère et rit quand le manchot s'étale,
Une foule balbutiant des paroles sur des lèvres ;

Et la bouche ouverte à une dentition putride


Où le venin coule à profusion, et l'écume
Blanchâtre qui mousse toute semblable aux liquides.

Des biles à expulser ; pour unique fortune,


Quatre pièces jetées dans une casquette sale.
L'idiot danse, danse encore ! Ô destinée fatale !

145
Silence

Par cette heure solennelle, en cet endroit superbe,


Je ranime l'espoir, cause de mon remords,
Je te salue, Seigneur. Agenouillé sur l'herbe,
Je prie confusément pour le repos des morts.

Là, nu devant mon Dieu dans l'ultime détresse,


Pour l'œuvre de souffrances de son fils détrôné,
Je supplie mains offertes le germe des faiblesses
Qui grandit quelquefois dans les cœurs fortunés.

Mais dans ta bouche, aucun murmure qui ne s'exhale !


Aux puissances extrêmes invoquant le pardon,
Qui donc parmi les ombres, au plus pur de son âme
Entendrait une plainte pour implorer ton nom ?

146
Enchaîné

Enchaîné sous des monstres d'or et d'écume


Quand des trompettes argentées sonnent le tocsin
Et fuyant l'infortune chère, reflétée
Par des prismes, aquarelles, et devins ;

Langueur de son être proposée en ce siècle


Où se fondent les mornes reflets bleus de l'été,
Qu'il compte les sentiments de ses frayeurs
D'horizons lugubres jamais dépeints !

Qu'il vante le prompt éloge des ressemblances


Accrochées tristement à de vaines survivances,
Le poète, que la brise jamais ne retient
Sur le cœur horrifié qui fut toujours sien !

147
Nul n'arrêtera

Nul n'arrêtera les frayeurs promises à son front si


clair ! Pas la moindre tempête, par le plus sordide cataclysme
n'épancheront de fièvres froides la douceur de ses plaintes.

Il vit profond et immortel dans sa retraite, caché au


plus loin dans les bois. Il dort d'un sommeil paisible et
contemple la nuit les grands champs alentour.

Encensez la sagesse de son cœur, embrassez son


calme mortuaire. Ce sont ses bouches qui vous parlent !
Écoutez-le !

On se joue de lui pour un écrin de perles ? - Bath !


Personne ne verra le diadème de feu qui l'habite.

Son secret divinement gardé sera donné au maître


des lieux. Mais quel secret ?

148
Fuir, fuir !

Fuir, fuir ! Mais où ? Quelle destination sublime ou


quel mal nous dépècera encore ?

Je suis parti ! Une mélodie étrange d'évasion, un


instant de solitude espéré depuis tant de mois... Et puis... et
puis la chute !

Oh ! L'incertitude, sœur de mon enchaînement,


quand me délivreras-tu ?

Pourtant dans l'Azur, le matin je vois parfois les


premières pierres d'un Temple, et je souris quand les rayons
frappent d'un éclat vermeil les plus hautes fenêtres de ma
demeure.

149
Ainsi toujours

Ainsi toujours de sombres tyrannies en moi ! Que je


dévoile une à une les pensées équivoques, les trombes
redoutables, les souffrances subies ! Que j'aille durcissant mes
forces dans le combat immoral, le combat sans défaite et sans
vainqueur !

Tu te romps silencieux, et les coups portés ne sont


que des leurres ! Tu projettes ton image, tu obtiens le
maléfice.

Que reste-t-il à inventer ? Une morale prescrite


depuis deux mille ans. En un mot, un monde transformé
suivant les transcendances de notre peuple.

150
Tandis que l'ancienne famille

Tandis que l'ancienne famille pullule dans des


portées grandissantes, le roulis sur nos dos nacrés résonne
véritable tambour.

C'est la fête dans les tapisseries et sur les chandails


violets. Le rythme aigu du clairon va à la charge.

L'effondrement des sens et le mouvement perdu dans


les ondes fortuites, les verras-tu ?

L'orgasme vendu, exploité, toléré prolonge l'intimité.


C'est le repos banal ! La suite s'invente sur des rêves d'or.

Le millénaire réunit une dernière fois nos âmes


ténébreuses. Il les jettera dans la fosse des douleurs.

151
Par sa magique essence

Par sa magique essence, un Saint corrompt les


destinées et puise aux fruits de l'insolence le vêtement dont il
doit te couvrir.

Il est profondément éprouvé. Des moribonds et des


cadavres s'entassent sur les restes de son royaume.

Aux pieds de la dalle marbrée, d'imposants


candélabres croulent sous les venins des honorables
dépositaires.

Cependant que l'heure disparaît en un temps


indéterminé, que la lumière rapide comme la ligne bleue
circule parmi les nuages, la grande fable émerveille encore les
multitudes composées de savants.

Que diras-tu, à la bouche ensevelie dans le Temple


de rubis ? Que composeras-tu pour l'exploit du piteux
contemporain ? Dans ta danse superbe, je te sais prêt à jaillir

152
et à persécuter l'honneur de la raison.

Féerique étoile au goût âcre de la vie, il entendra par-


delà le miroir épais, le songe fabuleux de la vison primaire.

153
L'architecture de la femme

L'architecture de la femme ouvre ses yeux et dépose


ses rayons rougis par le soleil. Pieds nus, tête penchée contre
le regard pensif de l'éclusier, l'eau monte le long de la façade
de bois - la cour est haletante. Elle vocifère l'inexpérience et
sa paresseuse blancheur.

Quant aux tapisseries, elles noircissent lentement


sous les fouets du saule pleureur.

154
Tout s'éloigne

Tout s'éloigne dans le tombeau des phrases : - un


hôtel ancien supporté par quatre murs grinceux, une bouche
d'incendie dont la peinture rouge s'écaille faute d'utilisation,
une rue passante illuminée par des lampadaires
phosphorescents, et un froid incandescent prêt à bondir au
premier de mes pas.

155
Le ruissellement grimpe

Le ruissellement grimpe et circule autour de la


renommée des cascades. Il prolonge son effort dans les bruits
modulés des sources primaires.

C'est le nouvel exploit détruisant toute logique


démoniaque, l'affranchissement de l'impossible, la
transformation désirée depuis tant de siècles !

L'objection ? ... Quelle objection ? Le


mécontentement risque... Il n'y aura plus de mécontents !

Que des pluies de diamants baignent leurs chants de


lumières interdites ! Que le soleil bleu au couchant brille,
divin, sur les coteaux, les plaines et les contrées !

Que le vide cautionne la matière ! Que du néant


naisse l'invisible, du doute la vérité ! Que etc.

156
Elles tournoient

Elles tournoient et se jettent dans l'obscurité ou


l'insipidité de l'espoir. Un orgasme s'en souvient. Lui les
invente et se meurt.

Des pâmoisons, des meurtres indécis, des coups de


feu. Du théâtre imaginaire où l'action métamorphose la
vaillance du cœur, quel ténor put mieux chanter ?

157
Des tourments épineux

Des tourments épineux, des faces convoitées que


l'oracle rêveur semblait devoir oublier.

Des mourants secondés dans la pénombre blanchie,


et le feu dont les braises rougeâtres jonchent le parterre...

Reines, foule, testament, et autres consentements -


tout pourrira ! Et la chair de ta chair ne sera qu'un
vomissement hideux...

158
Les heures s'égrènent

Les heures s'égrènent dans la vitesse de la sagesse.


La fatalité explose, et se fait concept latent sur la page
blanche. Toute démarche hors de soi impose l'abnégation.
C'est une sorte de sortilège déboussolé ne sachant comment
corrompre ses lueurs.

Les horreurs exploitées, renversées dans des déluges


de larmes se morfondent. Elles prônent l'indélicatesse de ses
aveux. C'est que l'ancienne complaisance ressent le mal dans
les catacombes et dans le grand deuil. Pis ! Elle dévoile
l'intolérance, prouve la fatalité et l'inexpérience de l'esprit.

Dire la faculté des ressources humaines, le


surpassement négligeable de son corps est encore la preuve
stupide d'une transcendance convoitée mais jamais réalisée.

159
La providence exerce

La providence exerce un magnétique attrait sur le


cerveau embué de tournures exactes. Il se chevauche
médisance, calomnie, despotisme qui font frémir de crainte la
sagesse mystérieuse.

Jamais éphémère tentation n'a rendu l'homme si


stupide ! Parfois un philtre virginal, candide, confondu avec
de grotesques nudités se décharge sur la prospère marée des
blasphèmes.

Le jugement sauvé par certains, s'échoue sur ces


récifs aigus !

Mères, femmes, jeunesse féconde, je crie une rare


vérité, j'appelle le mot heureux qui fera de demain la justesse
de ma voix, j'invoque...

160
Des délégations fourvoyeuses

Des délégations fourvoyeuses de lyres et de cloches


teintées au carême de la paix. Je dirais frémir des pétales
mauves et or sous les couleurs tamisées de la grande place.

Ce sont des chants patriciens gardés à l'étoile qui se


meurt doucement dans le soleil âcre.

Toute tentative fléchit naissante. Qu'on vieillisse le


sacrement, qu'on interdise la tromperie, et plus jamais
mélodieuse bouffée ne s'envolera derrière la masse écarlate et
grelottante.

Contre des sépias, un dressage. De troublantes


farandoles tapissent de haine les moindres lumières voilées.
Le faisceau veut briller.

Le retard espéré transformera en désert stérile la


bouffonnerie de leur musique odieuse.

161
Lieu saint de l'exil

Lieu saint de l'exil, c'est le Combat des Trente.


Souvenir d'une jeunesse passée dans la bêtise et dans
l'ignorance.

Qu'on tolère la force unie à l'abandon de l'acte, qu'ils


vénèrent et supplient la miséricorde pour leurs actions
crapuleuses, le regret toujours écrase son sceau sur le cadavre
puant.

La négligence essuie le pourtour des races guerrières.


Que du champ de bataille, on expérimente un coucher de
soleil, qu'il vole ou s'éclipse par-delà les masses de
brouillards, s'entend battre l'horrible essai céleste !

Quoi ! Délaissés ? Vaincus ? Mortelle mitraille ? Si


tout cela n'était qu'un songe, l'âme s'élèverait ! Impossible, le
bruit court que le devoir justifie le carnage.

Nous combattrons encore !

162
J'expérimente le salut

J'expérimente le salut. L'incandescence - abstraction


faite de miroitements - conspire et soulève mon âme comme
un péché obscur dont on se joue cyniquement.

Et partant de l'idée que l'incrédule est maître du


royaume, je me plais à découcher l'insanité profonde qui
resurgit du fond de mon esprit.

Hélas cette projection spécifique n'est que le gouffre


inné, toujours vierge de mon inconnu.

Du néant se métamorphose le Néant. Je confesse


l'impuissance dérivée de sa charge primaire. Mais est-il
nécessaire qu'il puisse surpasser le doute et vaincre la
supercherie ainsi déclamée ?

Ignorance, - tel est le mot, ignorance !

163
Sur les collines en pente douce

Sur les collines en pente douce, l'eau neuve de nos


cités, et tu criais pour boire goulûment à la source claire qui
murmure.

L'effet ponctuel constituant l'effort à l'état pur te


ressemble quelque peu. Pourtant tout n'est que passion,
drames, incertitudes.

Sous la terre inculte, le songe dressé et disparate


fertilise quelque fois. Tu travaillerais ce sol et sèmerais les
graines de ton labeur, pourtant aucun feu, aucune loi, aucun
soleil.

Entre le ciel et l'eau, la danse sacrée et le son


impuissant des tambourins. Tu aurais aimé vivre et voltiger
parmi les feuilles et les arbres et les vignes, pourtant point
d'opéra ni d'orchestre ni de musiciens.

164
La dague et l'épée

La dague et l'épée croisées pour les discernements


d'une époque qui se plaît à ravir les forces et les tumultes. Des
raisons séquestrées sous des formes d'accointances diverses
que des êtres stupides se refusent à subir.

Les paroles montent. Elles détruisent les beuveries


licencieuses, les festins des mortels disciples. L'échange
accompli transforme l'évidence pure en croyance plus ou
moins désuète.

Ils échappent au malheur mais répondent de leur


souffle pour de vulgaires malentendus !

De la décharge supposée féconde pour la


condescendance, largesse et autre facilité, deux mondes se
répondent, sont sollicités.

L'orgueil est nécessaire du moins pour soustraire les


insanités, les bêtises et les débâcles. Le jeu avachissant

165
désespérément inutile donné à des morales futures,
n'entraînera pas la peine démantelée.

166
Le châtiment déjoué

Le châtiment déjoué selon la méthode classique des


humanités, et le départ cherché dans les épîtres et les
présages. Le réveil en quelque sorte qui fuit et se consume au-
delà de toute espérance. C'était la réelle foi de leurs pauvres
esprits.

Les destructions rassemblent et encouragent les


peuples à de nécessaires combats, - l'orgueil de quelques-uns
devient force et se multiplie comme pour engendrer de
prochains éclats.

Points de leurres ni de faussetés, encore moins de


négligence, - les délivrances retournent au spectacle, -
spectacle ridicule.

Pour d'infimes survivances, que de combats déchus !


Un engagement forcené, des mutilations terribles, des
combats épiques enflammant corps et âmes !

167
Des quarantaines de drapeaux vaincus ? Non. Rien.
Rien qu'une déchirure interne que l'espoir renouvelle chaque
jour !

168
Des pétales mauves

Des pétales mauves et roses accrochés aux arbres des


pelouses, d'énormes camélias posés çà et là sur des terres
labourées. Le jeudi, après le délassement matinal, nous
gambadions déchiquetant de nos pieds menus la première
herbe verte d'un printemps.

169
Le froid crépusculaire

Le froid crépusculaire chasse les dernières rougeurs


d'un soleil. La plaine luxuriante s'abandonne aux glaciales
tempêtes. Novembre terrible à l'est d'une saison surchargée
d'humidité, de feuilles mourantes, Novembre quand se tord la
rivière pâlissante, Novembre plus rien ne resplendit.

À la rivière morne s'enfonce mélancoliquement,


ultime fois ! - l'astre pur, las d'un terrible automne, qui d'un
rayon oblique lèche une surface plane sans ronds propagés
hier par la chute de minuscules cailloux.

Éloignée, ô rite éternel, vacille nature cependant que


l'espoir frappe contre les bordures de la vieille fenêtre.
Endors-toi à l'aube de la complainte et de l'inconnu. Dors.

Ce sont des grêles vêtues de robe cristalline reflétant


çà et là les infinités d'un ciel éclairé de lourdes faiblesses,
gonflant les bras de ces eaux, - ce sont des nuages bleutés
transportant l'aquarelle du printemps.

170
La femme renaissait sous les pétales de la rose et
brunissait les chaleurs de l'automne. Une baignée dans les
verdoyantes pâtures, et un signe de ta bouche, pâle déesse des
râles, l'alliance s'éternisait.

171
Là-bas tu vois les feux

Là-bas tu vois les feux, les torches et les mourants


Et le champ de bataille - c'est la bataille des Dieux.

Fantassins écrasés : - secousse et agonie.

Un convoi mortuaire poussé par un grand vent,


Des habits délaissés dans le duvet des plaines,
Et des râles continus jusqu'à l'heure du matin !

Si un monde s'efface,
Un autre disparaît.

Les troupes de la gloire, l'ordre crié aux places.


De superbes chevaux à la robe vibrante.
La promptitude, la stratégie avec l'échec.

De la grandeur de l'homme ! Petite insouciance !

Pour le monde, pour la race,


Si un autre naissait ?

172
La chute et l'espérance de nos cris, de nos cœurs
Le fouet aux lanières superbes dans nos corps.

La folie de la foule aux premiers de nos pas,


La jouissance terrestre du repos partagé.

Des montagnes des regards braqués sur l'inconnu.

Le cerveau encombré du savoir séculaire


Cette logique absurde plongeant dans les ténèbres
À nouveau la raison encensée en ce lieu.

Des musiques, l'air de l'orchestre, des clairons au


fauve couleur,
Le chant de guerre entendu sous les tentes, dans les
bois.
Les glaces fondues qui vomissent les cadavres de
l'ennemi, et les drapeaux trempés dans le sang de la victoire.

Contre des poteaux, les fusillés de l'ultime


déchéance. Des hommes perdus, des femmes pleurant.
Le soleil fatigué par la guerre éternelle, le soleil se

173
jetant sous les boues des généraux.

Un monde disparaît,
Un autre le remplace.

174
L'orgasme dans les nébuleuses

L'orgasme dans les nébuleuses qui pleurent leur


automne, et le fruit sermonné à l'encontre des filantes orgues.

Le délabrement de l'Antique Cité où jadis le


mendiant jouait sur la place publique.

Le conseil déplorable, avide des proscrits.

L'enfance posée sur d'irradiantes pénombres.


Échappé des miroirs scintillants, l'amour !

Cette folle servitude, cette science interdite !

Exposée aux soufres des milices, cherchant l'allée du


labyrinthe inconnu, quelle voix pour échapper au monde
inhumain ?

175
Les déserts de ses nuits

Les déserts de ses nuits, les pensées à trahir


Les violences du regard, les ombres de ses yeux
Les souvenirs haineux, les découvertes géniales
Et le prolongement d'une ouverture infime.

Les puissants mensonges sur une couche défaite


Des soumissions, des rires, - les gestes de ce temps !

Des rires improvisés, des changements de ton


Des actes qui se suivent aux grâces enfantines
Et des heures contenues
Ho ! Plaisirs de nos rêves.

La sublime douceur transformée en ce siècle ?

176
Le songe est interdit

Le songe est interdit sous la rumeur du siècle,


Le réel est soumis aux folies de la foule,
Et ce mélange crasseux de nos solitudes nées !
La mélancolie hait le supplice chimérique.
La transparence des pôles, des fiords, des mers salées.

Mille folies bouillonnaient


Et expliquaient nos peuples.

Éclatés, vomis, stériles puis féconds, que restera-t-il


des astres fluorescents et des envolées divines ? Un gouffre de
laves et de meurtres.

Le réalisme est vaincu par les forces sommaires.

177
De l'heure toujours mortelle

De l'heure toujours mortelle où en ces lieux superbes,


Je ranime l'espoir, cause extrême du remords,
Temple, je te salue et m'agenouille sur l'herbe
Qui confusément pousse sous le regard des morts.

178
Un démon se souvient

Un démon se souvient, et exauce ses vœux,


Vomit cyniquement la tentation divine,
Et arrache despote son cauchemar heureux !

Dans les sombres ténèbres, luxes de désespoir,


Elle, lubrique et lugubre sous les transes sanguines,
L'âme horrifiée se meurt un peu plus chaque soir !

179
Pour l'ombre de toi-même

Pour l'ombre de toi-même, tu voltiges et tu plonges


Dans le pur infini de ton morne délice.
Et battrais-tu de l'aile ? Toi tourmentée tu sondes
Les aurores oubliées par ton Génie propice ! ...

Lourd amas de vertus tournoyant dans l'orage,


Ton esprit s'égarait dans son Azur épais !
Sous le déchirement de l'éternel carnage
Un mage déployé venait et fécondait !

Que tu soulèves les roches, exilée dans ton âme,


Un Océan s'agite jusques à l'embouchure.
Et dans les sombres traits de l'odieuse voilure,

Tel l'étrange vaisseau qui longe ses parures,


Du pur consentement toi tu vas et regagnes,
Les mâtures inventées, les vagues et les drames !

180
Que tu proposes nue

Que tu proposes nue


À ma souffrance ancienne
Fruits, délices conçus
Avec liqueurs suprêmes,

Lentement de l'éclat
Reposé sur un cœur
Un souffle poussera
Cris sublimes et candeurs...

Perdue une seconde,


Dans ce combat royal,
Ma faiblesse profonde,
Ô destinée fatale !

S'émancipe quelque peu...


Semble vivre et se meurt
Dans la lueur du soir,
Et chasse mon désespoir !

181
O candides insouciances

O candides insouciances
De l'automne perdu
Aux nombreuses naissances
Les bels espoirs déçus !

Mais qu'invoquer l'oubli


À jamais impossible,
Pour d'inhumaines pluies
Dans un cœur si sensible ? ...

Alors le moribond
Sur des larmes versées
Pour un feu infécond
Pleure de lâcheté.
Ô candides insouciances
Des automnes perdus
Serez-vous espérances
De ce monde entrevu ?

182
Car c'est la destinée
Pour mes erreurs promises
Qui enchante l'année,
Cette année indécise !

183
À ma dormeuse

Je ne veux pas ce soir, licencieuse ennemie,


Respirer en ton corps le doux parfum des songes,
Ni déplacer mon cœur sur tes seins endurcis,
Ni la jouissance facile où parfois tu me plonges.

J'espère sur cette bouche inventer un amour


Puissant et immortel que tu composeras,
Redorer cette nuit jusqu'aux lueurs du jour
Dans la chambre lugubre offerte à nos ébats !

Qu'importe les espoirs de nos mains en détresse,


Le souffle accéléré que réchauffaient nos yeux !
Je demande plus fort que houle et que tendresse,

Un bonheur sans silence pour l'esprit ingénieux.


Car de son pur cristal où le génie descend
Rêvent de vains soupirs qu'avait soufflés l'enfant.

184
Il y avait dans cette ancienne contrée

Il y avait dans cette ancienne contrée, une ville


étrange et surprenante où de temps en temps j'allais rafraîchir
mes pas, jadis possession des spéculateurs et marchands en
transit. Hermann ne vivait que par le négoce. On échangeait.
Marchandise et monnaie circulaient pour le plus grand bien-
être des habitants. Les opérations enrichissaient la cité.
Quoique à régime antarctique - les membres influents
refusaient quelconque commerce avec les villes avoisinantes ;
(Je dirai pourquoi dans la suite), Hermann prospérait.

185
Que le délassement assombrisse

Que le délassement assombrisse les pensées élevées !


Que l'or battu parmi les treilles inonde les pages de
transparence ! Que l'orgueil envoûté par un maléfice
inhumain use de troublantes paroles en ces décennies de
perdition ! Oui, qu'une transfusion de sang neuf comme une
gerbe d'allégresse emplisse mes veines !

Le passage étroit pour deux âmes accède aux caves


de la déportation. Il nous faut être bien nés dans la solitude, -
là est la dernière image de l'amour ! Vies de l'âme, ingratitude
des râles, la volupté est bénie encore. La volupté contemple le
monde. Elle va, elle vient et s'étonne dans les profondeurs du
moi.

Stupide à noircir la feuille, dit l'ancien. Heureux


présage de l'enfant, dit l'adulte. Déferlement animal, dit le
sage.

L'importance de l'enjeu n'est qu'une égratignure - une


morale deux fois millénaire. Le tout s'étale dans la stérilité.

186
Voilà où vous en êtes, - à détrousser, sauvages ! Quel mépris
bestial ! Je parle de catastrophes, mais personne n'entend.

Ho ! Non ! Point de chorale céleste ni


d'entendements rugueux ! L'observation se soucie de l'amitié
de l'homme. C'est reconnaître la légitimité déplorable de vos
actes que de pleurer. Et je pleure, je pleurerai encore !

187
Quand l'ombre grandit

Quand l'ombre grandit en ces jours monstrueux, une


fée vêtue de pourpre et de rarissimes habits usa de sa baguette
favorite pour orienter les ballades contemporaines : "Qu'un
monde nouveau naisse en ces lieux ! Je veux par la grâce et la
force universelles, la substance humaine."

Dans ses mains lustrées, se distingue la haine voulue


des énormités antiques. Les ondulations respirent encore à la
fenêtre des Ménales. L’Étude Chantant propose des cithares
bariolées. On s'interroge. Que faire quand les cris, les cabales,
les rustres procèdent au branle-bas dans la grotte infectée de
marcs rebutants ?

L'instance populaire est enfin proclamée. De toutes


parts, le pays projette d'accomplir des reconstructions. Ce
n'est point sans difficulté que le sbire parvient à un arrêté
accordant à chaque contrée la parcelle réglementaire.

188
De l'automne stupide

De l'automne stupide à la fleur purifiée, du glacial


déferlement aux côtes de la fraternité, l'empire sous le joug de
la découverte s'étend sombre de grandeur.

Des pastels, des grâces empourprées dans un ciel clair


Des chants élégants et des futaies, des ronces
Des brebis de satin jouant dans les prés multicolores.

C'est l'hiver.

... Le soumettait à des tâches inhumaines, lui


infligeait les cris pesants des actes de ses victimes ! Un
concert raisonne sous ma clarté des soleils. Il énumère les
Anges, les blancheurs de son siècle. Il se joue des soupirs, et
appelle les Trophées, les ors pesant de sa foi !

Personne, non ! Ha ! Espoirs effrayants ! Qu'il pense


autrement ! Ou qu'un autre accentue ses dires !

189
Tu exposes le diagramme

Tu exposes le diagramme à la génération déguisée.


Tu prolonges, tu expédies les lettres des novices, dans un
caveau promu au délassement des sens. Et dans les vignes
florissantes, tu tires le vin à la bouteille d'argent. Déplorables
tromperies recouvertes d'amertume. Agissements prompts
pour la mansuétude du peuple !

Mais voilà le sanctuaire des hémistiches, voilà le


sacrement autrement déplacé !

Pauvre cœur rempli de doutes ! Remarquables


stupidités à suivre ! Ceci est mon corps, ceci est mon sang etc.
La soif est érotique, la faim est matérielle. Nul ne peut
engendrer de si puériles constatations !

Des noirceurs dans un regard tumultueux. Ho !


L'ingénue gaspille le bras droit du peuple ! ...

L'exercice est insipide, insignifiant aux yeux des


contemporains. Qu'il évolue ou dorme, quelle importance !

190
Oeil fixé sur les écrits, tendance aux souillures internes,
dépistage d'une carence idiomatique, - là est le surfin de
l'observateur. L'ignorance vécue, le délabrement d'un...
Qu'est-ce à dire ? Un point insignifiant pour les musées
alentour, un rejeton de défauts semblables aux découvertes
antérieures !

Un trait ? De rien, de tout, de demain et d'hier. Un


funambule sur une place publique ! Va-t'y tomber ? Va-t'y pas ?
Que sais-je ? Il conserve les secrets qu'il ne veut dévoiler, et là
est son génie !

191
Ce n'est qu'un point

Ce n'est qu'un point dans l'âme impure où l'être se


tord de douleurs. De l'incendie à l'inhumaine souffrance, d'un
cataclysme aux feux injectant leur incarnat de rêves, j'expulse
les secousses rythmiques, et par ce vent de glaives, j'invoque
la destruction des Dieux. Quoi ? Les fluctuations, les
tempêtes, les raisons amputées ne sauraient révéler un travail
de haine ?

Des cantiques éclairaient les ondes purificatrices


dans cette harmonie de douleurs, les amitiés malfaisantes
rôdaient. L'orgasme était persécuté, la malice débutait en ses
heures sous le regard des treilles, avec l'espoir des marches à
venir.

Opaque cité, pour l'élévation ! Que le temps


pardonne l'existence de tes sens ! Va, toi impassible et fière
mourir dans les débris de l'âme inculte. Va à l'extermination
assurée ! Ton devoir te l'impose oui, va !

192
On détruisit l'idée

On détruisit l'idée de l'holocauste par ce pays


superbe. D'un saint, les paroles s'évadaient tristement parmi
les comparses délaissés. L'onction, la croyance, le mythe,
qu'en firent-ils donc ?

Folie sommaire ! Acte de bravoure ! Qu'en ce jardin


tumultueux, le convive ne vole les parfums funestes, ne viole
la Muse du veule arbuste.

Ô fruit qu'un spasme émancipe, que la gratitude


jaillisse sur tes chevaux sauvages ! Car tu ignores la mélodie
sans fin et le mélange de nos plaintes merveilleuses !

Regarde ! Qu'est-ce que la mort quand le Vésuve


souffle à grands feux dans ta nymphe égarée ?

193
Malgré cette commotion

Malgré cette commotion, regorgeant de satin et de


luxes avares, on prône des calèches ou des candélabres
subtils, je les vois passer pleutres, honteux, les poches vides.
Je sais les grimoires tumultueux. Je sais la voie se passer de
leur regard. Mais que faire ? Ha ! Mourir, peut-être, mourir
lentement contre un sein vorace, contre une échappée de
faveurs ! Mourir !

194
Un cordon de fil d'argent

Un cordon de fil d'argent accroché à des breloques de


cuivre comme une laine s'échappait, que dire ? Les fumées
s'épanouirent dans la crasse de leurs haillons, et le
mercantilisme usa de son don suprême. Personne ne s'en
plaignit.

La nuit serpentine délassa l'impuissance enchevêtrée.


Des cohortes de trépassés gesticulaient sur des roulis et se
brisaient le cœur de bon sens. Quelle ronde de malheurs !

195
Il condamne

Il condamne les chasseresses de Pan, il pontifie ! Ses


couleurs, ses vêtements, des fleurs ! Lui clément mais indigne
va aux ténèbres quémander à l'âme créatrice un espoir.

Son nom plane sur les esprits fiévreux. C'est vrai,


son heure résonne encore dans les Temples de la justice. C'est
lui. Il s'en vient !

196
Il nous faut au-delà de ces transfusions

Il nous faut au-delà de ces transfusions renversées


oublier les candeurs, les monstres et les digitales. Il nous faut
sous le couvercle des dorures, des acides et des nacres se
défendre des attaques, se défendre de l'ignoble tarentule
respirant tout son mal dans la pénombre.

C'est un ordre. Qu'ils obéissent ! Sénateurs,


architectes, magistrats et contremaîtres ! Que tous, par la voix
du peuple, mystifient le spectacle connu du labeur et des
troubles profonds ! Qu'ils aillent brûler les contrées, occire
l'Ogresse et la nuisance divine ! Qu'ils aillent puisque la haine
les appelle !

197
Jadis dans les décors

Jadis dans les décors mats des cités, c'était floraison


de sortilèges. On plaisantait sur les pentes, on teignait
d'anciennes farandoles. Aujourd'hui tout a disparu : passage à
quais des lourdes péniches, ronflement des usines à détritus.
J'observais des heures durant ces tas de ruines plongé dans
quelque rêverie douteuse...

Ils ont cassé ma nature, ma jeunesse et mes jeux


enfantins. L'atroce exactitude d'un plan, des foyers à
construire, des maisons bolcheviques.

Les coquelicots poussant sur des monticules de terre


s'appellent roses savamment alignées, séparant deux lieux de
stationnement.

Horreur bouleversante ! L'ignoble retour vers mes


dix ans !

198
Une attache suspendue

L'attache suspendue à la treille de son ombre ; des


durcissements émanait une fourbe complainte. Je vis tel un
maléfice offert aux cuirasses des Sixtine, un palais d'or et
d'argent constellé de briques roses. Plaqués contre les
colonnades, des grabats centenaires fuyaient les lumières
vives de l'été, se cachaient dans les taches et les horreurs - un
sacrilège dans l'église des rois !

L'aubois, - instrument stupide, s'entend dans les


cirques bariolés de fresques bizarres, revêtant les habits les plus
insolites. Au sortir de cette composition, monstruosités et effets,
style Barnum. On attaque le prince ! Que de vexations ! Que de
vieilles traversées et de tristes paysages !

Ils ne furent qu'associés pourtant je les respectais. De


leur démarche lascive, j'inventais un miracle. On tua le
miracle. La gerbe fut déplacée au plus profond des gorges
comme des antilopes étaient soumises à un feu oriental, des
feuilles froissées, des encres desséchées, les taches
prospérèrent ! On rit chez les pauvres, et même dans les
maisons.

199
Les rayons suprêmes.

Les rayons suprêmes se détachaient sur des trames


de couleurs. Des axiomes vifs surchargés dans des veillées
obscures. Et des moules de foires tirées par quatre ancêtres
chevaux. Un mal pour cette charrette ! Fouettons le cocher
avec bonne mesure ! L'équipage se frayait un chemin parmi
les haies et les ronces. Un sentiment de haine, tout à coup ?
Quoi ? À trois cents lieues est la ville ? Ho ! Peine, je les
tuerai !

Affreuse hirondelle qui battait de l'aile, confiante et


sereine ! On égorge des oripeaux, au passage. Nos tabliers
étaient tachés de leur sang.

200
Un désert de couleurs

Un désert de couleurs sur des bouches nacrées. Des


démarches cavalières qui accordent un pied joliment fait. Du
moins, on le suppose ! L'expérience d'un ange céleste qu'on
bercera du fond du cœur ! Ho ! Vilaineries de vos âmes,
pécheresses nouvelles ! Pourquoi tant d'espoirs gravés sur des
braises nouvelles ?

Il fallait bien du courage pour ne point crier sa haine,


son mépris de l'infecte plaie. Monstruosités, haleines putrides
et regards noirs dressés vers la séduction du Mal ! J'ordonne
le supplice, - c'était le supplice ! J'ordonne la paix, - éclate la
guerre ! Un drame passionnel à chaque encolure. Le sourire
jauni des jeunesses pubères, des suffocations, des cris, des
hymnes à la gloire. À la gloire de qui, je ne sais !

Un patrimoine bienveillant, heureux dans sa course


tendancielle ; des bêtes transformées en chevaux de bataille,
et des balles qui fusaient aux sentences du Moi !
Jalonnements, morts, croix. Qui défendrait encore une terre
infertile ?

201
Et le suaire de la face dépeinte, le lourd fardeau des
prochaines générations ? Disposés, insoucieux, leurs rires
éclatent bêtement dans des couloirs. Des rires idiots
semblables aux crises sataniques de mes anciens morts.

202
Jadis je resplendissais

Jadis je resplendissais lumière sublime dans des


cavernes ténébreuses. La mémoire, la pensée, les actes par
lesquels, je vis et me consume, célébraient chaque jour les
insondables paroles venues de l'imaginaire.

D'une plume vacillante, une écriture serrée semblait


la conséquence d'un état fiévreux, noircissait de signes
étranges une page encore vierge. J'écris car la main se
mouvait avec zèle sur le rectangle inculte ! Oh ! Point de
prétention ! Non ! Mais cette magique aptitude était preuve de
force et de puissance en moi.

Un dédoublement de l'esprit inexplicable et effrayant !


Un effort considérable, puis une chute terrible, - une agonie !
Vidée de sa substance vivante, morte, épuisée dans un combat où
le seul vainqueur était l'incertitude, l'âme s'engourdissait
vieillard impotent, s'éteignait dans un sommeil de mort.

Parfois, aux premières heures du levé, surgissant de


ses cendres, c'était une nouvelle bataille, un dernier souffle
avant la fin suprême. Et des cadavres s'amassaient horribles et

203
déjà putréfiés, exprimant toute la douleur et toute la sauvagerie
de la Compagne. Des corps déchiquetés, des enfants massacrés,
d'autres enfants naissant dans un ventre ravagé, et d'autres petits
fœtus avortés, et soigneusement conservés dans des bocaux
d'alcool ! Ho ! Somptueuse image !

204
À l'auberge du Monstre

À l'auberge, du Monstre vit l'Assagi. Contre les


piliers grotesques, cachés derrière la porte des ondes réelles, il
transpose, contemple et mue encore.

C'étaient l'orage dans des déserts de boue et des


furoncles dilapidés sous des fresques de haine. C'étaient des
grottes suspendues à des combats nuptiaux. C'était l'histoire.

205
Journal de bord

Premier jour. Des cosaques, les bourses pleines de


roubles. Une magistrale diction enrubannée d'étoffes noires et
grises. Charmant spectacle. Sur les bancs serrés, les ennemis
inquiétants. Point de douceur, ni de beaux visages. La beauté
est rare. Non. Elle est inexistante. Des blancheurs où dorment
des plumes ahuries. D'épaisses fumées rejetées par des gorges
suffocantes. Un calvaire de décrépitudes.

Puis l'homme se présente avec une assurance presque


gênante, fier d'une misérable réussite. À droite, on applaudit.
À gauche, le silence. Des syllabes déposées comme des dièses
sur des feuillets à musique. La lèvre inférieure bave un peu.
On s'essuie, on recommence.

Midi, membrane de culte ! Midi, longues files


d'attente. Un cloître qu'on traverse, usé par les années.
Arcades pompeuses d'une autre époque. Hier, le bonheur
régnait. Aujourd'hui, un tas misérable de pierres mourantes.
Puis la marche rapide vers les bouches commodes.

206
Opération de l'esprit. Pourquoi ces misérables
humains ? Pourquoi avoir accepté un tel compromis ? Aspect
dévoilé au Moi : faiblesse refoulée depuis l'enfance. Prise de
conscience très désagréable. La répartie verbale est la
vengeance de l'esprit. Du dégoût des chairs hideuses. Supplice
et mauvais engagement. Faut-il renoncer ?

207
Rayons de pourpre

Rayons de pourpre ; des corps d'ébène sur des ivresses !


Des terrasses de marbre ; des ombres licencieuses ;
Plus lourde que la houle, l'onde écarlate tremble ;
Dressées les cathédrales, un mur de pierres poreuses ;

Le murmure et l'azur de Novembre, dessous ;


C'est la femme de grâce aux alizés si clairs ;
La résonance des ventres, si sublime ; deux êtres ;
Je lave ces douceurs qui coulent sur ma bouche !

Le ravin déchiré s'accuse de violence.


En effet, l'eau limpide, capiteuse pour nos corps.
Furie de l'âme impure - déroulement. Exact !

Transfuge d'un suicide où je rêvais, moi, terne ?


Qu'importe ! Le plus haï disperse mon âme.
Onde vaporeuse ou insouciance bénigne, que faire ?

208
Baiser d'orgueil

Cependant que le joug infernal et divin


Acclame dans ses nuits des relents mortuaires,
Que tes ailes immortelles vont frissonner au loin,
Que l'aride destin succombe à son désert,

Parfois frémissent les subtiles sueurs d'infinis


Commérages ! ... Un baiser chaste aux syllabes du Moi,
Encense de longs désirs, et croît, puissant, et luit...
Je le sais impalpable, il provoque ma Loi.

Du noble Empire soumis aux battements des cieux,


Qu'il se redresse ou plonge dans le cœur des ténèbres
Son bruit est sec et mat, et s'enfuit mélodieux...

Emporter les tourments qui rattachent son deuil,


Jouir au fond du lit de ses odeurs funèbres ?
Qu'importe, sa voix grave ! - L'espoir est son orgueil !

209
Des candeurs endiablées

Des candeurs endiablées sur des sourires immondes


Qu'on respire presque nu, boursouflé de chaleurs,
Quand un Dieu inhumain par sa verve féconde
Supplie jusqu'à la mort dans l'effroi des douleurs.

Et des pistils de haine, des sermons crucifiés


Que je bafoue la nuit dans le sel de mes pleurs !
Et d'infectes bavures, des taches répétées
Putréfient tout travail et toute odeur meilleure !

Ce sont des voix affreuses qui conspirent en ma tête,


Une saison chargée de splendides oraisons.
Elles arrachent et dégorgent la misérable bête,
Et avancent terribles aux creux de ma raison !

210
Oui, tu voles et descends

Oui, tu voles et descends sous l'œil méditatif


Vers le feu incessant offert à ses lueurs !
Mais le doute où la nuit achève son humeur
Rit, tonne ses foudres, charitable plaintif !

Au sommeil des dormeuses disposées en cascades,


L'éloignement distinct a prolongé ses cris...
Au plus loin, l'être frêle se pâme et a souri.
Il trébuche au silence doux. Quelle mascarade !

Le fruit délicieux soupirant de désirs,


A quitté ébahi ses somnolences sourdes.
Sur cette lèvre offerte, est une haleine molle...

L'heure pénible, ennemie, appellera dès lors


Le triomphe vacant des chevelures lourdes.
L'esprit subtil et fort s'incline bas et dort !

211
O si pure et si loin

O si pure et si loin qu'une lueur m'émeut !


Hélas ! Belle sous le doux bercement de la fleur,
Je vis la merveilleuse dans les antiques feux,
Une pâle beauté saignante de douleurs.

Telle défaite de l'éternel complice encore !


Lourde de somnolence, ô baisers de saveurs,
Maint drame répété en mon cœur à éclore !
Et l'œil pour les substances divines et les douceurs.

Se pose sur l'inconnue, le blond désir rêvé !


C'est le terrible aveu, terme clair de l'espoir.
Enivré de nature, je croyais voir couler
Sur votre bouche rouge la blancheur d'un cristal.

212
Ô paix ! Quand ton silence

Ô paix ! Quand ton silence a resplendi en Moi,


On dirait se mourir sous des feux l'astre pur
De sagesse douloureuse ! ... J'entends battre l'effroi.
Si tu te dodelines, l'œil vif va au futur.

C'est la grâce de mensonge que tu veux revêtir...


Dans les lourdes ténèbres où coule l'accalmie,
Il discerne les plaintes proches dans l'avenir.
Par sa bouche déserte, s'évadent les furies !

De blondes somnolences contemplent les rivages.


L'être infime pourchasse la croyance des Dieux.
Et les voix accouplées dans le silence chantent

Les souffles inconnus que l'on sonde fiévreux ! ...


Regarde sur les ondes les libertés, ô belle !
Vers la basse jetée, s'éloigne la misère.

213
Ô délices bercées par la blancheur des eaux ! ...
Le bruit soyeux et libre respire l'amas d'ombre
Où je me reposais. Et de puissants sanglots
S'élèvent sur les cris de l'existence ! ...

Oui, sombre,
Et piteuse et démise, la laine autour des hanches,
Ma désinvolte, insouciante pensée !

Franche,
Car de son corps il ne tire que des sueurs froides...

214
Baiser d'orgueil

Parfois frémissent les subtiles sueurs d'infinis


Commérages ! ... Un baiser chaste aux syllabes du Moi,
Encense de longs soupirs, et croît, puissant, et luit...
Je le sais impalpable, il provoque ma Loi.

215
L'HUILE FRAÎCHE

Rien ne détruira
Il faut savoir
Que le délassement assombrisse
Tu exposes le diagramme
Un midi étrangement profond
Les rayons suprêmes
C'étaient des lèvres creuses
Opaque cité
Ils entament calmement
Qui eut dit
Des oriflammes, des marbres
Je revois un sanctuaire
Spectacle
C'est elle la petite morte
L'impossibilité
Honfleur !
Toi, raconte-nous l'histoire
Des granites bleus
C'est une nuit, c'est un nombre
Des couronnes d'aubépine
216
Le dépravé
Chanson
Éternité
Partir vers l'infini
Le rêveur
Des saveurs, des rubis
Au tout premier réveil
Rien
Je t'écris
Langueur a dû
Comme un bruissement d'aile
Au soleil, je m'avance
Obsession
Pastiche
Ophélie
À Sandrine
Jouissance en ce monde
Elles s'enfuient écumant
Qui donc du cerveau
Offert aux rêveries
Salue la saison souveraine
Impression
Chute

217
Que sa puanteur, que son ombre
Neige d'écume
Ballades et orgues
Profusions
Vocables
Froissements
Pour l'accord des idylles
Confession
Lentement
Il retiendra son souffle
Il brillait dans ses yeux
Il aura voulu
Il est un minuit
À la cloche d'ivoire
Un froissement d'étoffes
Minuits - points
Un tambour en rut
C'était d'une humeur claire
Ô solitude morne et plate
Un éternel recommencement
Miroirs de l'âme
Les ondes turbulentes
Dans ce souterrain visqueux

218
Ces pas tourbillonnent
Sur les scènes de partages
Des chênes prostrés
Par la femme mystique
Par la grâce et la discorde
Un simple cri sur ta bouche
Un ivoire brillant
Je croyais voir
C'est un spleen
Un idéal songeur
C'était un vieux boudoir
Que reste-t-il des vils tourments
J'ai volé
Mourir dans les bras
J'abolis le simulacre
Une enfance dévergondée
Un cloître très ancien
En tête
Pour l'archaïsme en fuite
Des tourments promis
La chute, espérance de nos cris
Le songe proscrit
Ils corrompent nos chaînes

219
L'orgasme dans les nébuleuses
Les déserts de ses nuits
L'incompatibilité I
L'incompatibilité II
Si de l'instant sublime
Lie qui incube
Sache...
Les sévices saccadés
Dominateur
Oraison du maudit
Mémoire du soir
La danse de l'idiot
Silence
Enchaîné
Nul n'arrêtera
Fuir, fuir !
Ainsi toujours
Tandis que l'ancienne famille
Par sa magique essence
L'architecture de la femme
Tout s'éloigne
Le ruissellement grimpe
Elles tournoient

220
Des tourments épineux
Les heures s'égrènent
La providence exerce
Des délégations fourvoyeuses
Lieu saint de l'exil
J'expérimente le salut
Sur les collines en pente douce
La dague et l'épée
Le châtiment déjoué
Des pétales mauves
Le froid crépusculaire
Là-bas tu vois les feux
L'orgasme dans les nébuleuses
Les déserts de ses nuits
Le songe est interdit
De l'heure toujours mortelle
Un démon se souvient
Pour l'ombre de toi-même
Que tu proposes nue
Ô candides insouciances
À ma dormeuse
Il y avait dans cette ancienne contrée
Que le délassement assombrisse

221
Quand l'ombre grandit
De l'automne stupide
Tu exposes le diagramme
Ce n'est qu'un point
On détruisit l'idée
Malgré cette commotion
Un cordon de fil d'argent
Il condamne
Il nous faut au-delà de ces transfusions
Jadis dans les décors
Une attache suspendue
Les rayons suprêmes
Un désert de couleurs
Jadis je resplendissais
À l'auberge du Monstre
Journal de bord
Rayons de pourpre
Baiser d'orgueil
Des candeurs endiablées
Oui, tu voles et descends
O si pure et si loin
Ô paix ! Quand ton silence
Baiser d'orgueil

222
FRANCK LOZAC'H

L’huile fraîche

Première version

223
L'HUILE FRAÎCHE

78-2

Primitif du 78-2-7

Il faut savoir que les perceptions n'étaient que des chuchotements indistincts, - efforts,
appels, supplications - Rien ! De vagues lueurs s'évadaient parfois sur les tempes
comme de lentes lumières attirées par un miroir éclairaient une face promise au
réel.

Des mois d'attente, des incendies soufflés par une brise légère, et des orchestres si mal
dirigés comme dans les squares d'un Tabor ancien. Ô feux sauvages, ô complainte
de toujours, je me souviendrai...

Tout un passage a été refusé et raturé : "Mais gloire à l'homme qui a vu Dieu ! Être frêle,
être voulu qui hante les bergeries et réclame le son de leur pipeau, l'odeur des
boiseries et de la fraîche paille ; gloire aux senteurs de la nature, et pour le reste
espérons les dernières fleurs d'un jardin fané."

16 octobre 1978

224
Primitif du 78-2-10

Que le délassement assombrisse les pensées élevées ! Que l'or battu parmi les treilles
inonde les pages de transparence ! Que l'orgueil envoûté par un maléfice inhumain
use de troublantes paroles en ces décennies de perdition ! Ô qu'une transfusion de
sang neuf comme une gerbe d'allégresse emplisse mes veines !

Le passage étroit pour deux âmes accède aux caves de la déportation. Il nous faut être bien
né dans la solitude, - là est la dernière image de l'amour ! Vies de l'âme,
ingratitude des râles, la volupté est bénie encore. La volupté contemple le monde.
Elle va, elle vient et s'étonne dans les profondeurs du moi.

Stupide à noircir la feuille, dit l'ancien. Heureux présage de l'enfant, dit l'adulte.
Déferlement animal, dit le sage.

Tout un endroit ici a été raturé. Je le propose tel que : "L'importance de l'enjeu n'est qu'une
égratignure - une morale deux fois millénaire - le plaisir s'exploite dans la stérilité,
voilà où vous en êtes - un détroussement sauvage, un mépris bestial. Je parle de
catastrophes, mais personne n'entend.

Ho ! Non, point de chorale céleste ni d'entendements rugueux. L'observation [se soucie ?]


de l'amitié de l'homme. Mais c'est reconnaître la déplorable légitimité de vos actes
que de pleurer. Et je pleure. Et je pleurerai encore."

18 octobre 1978
- Le passage étroit
- Vies de l'âme, ingratitude des râles.

225
Primitif du 78-2-9

Tu exposes le diagramme à la génération dégrisée. Tu prolonges, expédiant les lettres des


novices, un caveau promu au délassement des sens. Et dans les vignes florissantes,
tu tires le vin à la bouteille d'argent. Déplorables tromperies recouvertes
d'amertume. Agissements prompts pour la mansuétude du peuple !

Mais voilà le sanctuaire des hémistiches, voilà le sacrement autrement déplacé ! (1)

L'exercice est insipide, insignifiant aux yeux des contemporains. Qu'il évolue ou dorme,
quelle importance ! Œil fixé sur les écrits, tendance aux souillures internes,
dépistage d'une carence idiomatique, - là est le surfin de l'observateur. L'ignorance
vécue, le délabrement d'un site, - qu'est-ce à dire ? Un point insignifiant pour les
musées alentour, un rejeton de défauts semblable aux découvertes antérieures !

(1) Ici suit tout un paragraphe raturé et refusé : "Pauvre cœur du doute, remarquable ligne à
suivre. Ceci est mon corps, ceci est mon sang etc. La soif est érotique, la faim
matérielle. Nul ne peut engendrer de si puériles constatations !
Des noirceurs dans un regard ténébreux, des laxatifs criblés de balles [noires ?] et l'ingénue
gaspille le bras droit du peuple ! ... De la boue, cher frère, de la boue !

(2) Un second fragment a été rejeté : [- un trait ? De rien, de tout, de demain ou d'hier. Un
funambule sur une place publique ! Va-t'y tomber ? Va-t'y pas ? Que sais-je ? Elle
conserve les secrets qu'elle ne veut pas dévoiler et là est son drame].

17 octobre 1978

226
- un trait ? un trait de rien
[?]
L'ignorance vécue, le délabrement du site.

227
Primitif du 78-2-15

Un midi étrangement profond où se consume l'air pur de nos actes. D'anciennes survivances
d'un passé moyenâgeux, des allégories puis des spectacles, enfin des particules
infimes déployées contre les murs de la cité.

(1)

Marcher, marcher encore et soumettre ses idées dans un hall visqueux, car tout mélange est
de règle, et obtenir une place à l'ombre des infortunés. Voilà la contribution latente
pour nos incertitudes. Trébucher et parvenir ! Oui, parvenir ! Le vain mot. (2)

L'ultime valeur, tu changeras les visions ! Oublie les règles, et convoite un autre lieu !

(3)

Fuir, fuir ! Mais où ? Quelle destination sublime ? Quel mal nous dépècera encore ?

Je suis parti ! Une mélodie d'évasion. Un instant de solitude espéré depuis tant de mois. Et
puis... Et puis la chute !

(4)

(5)

(1) Il manque ici tout un passage : "Les mercantiles usent des bras et des signes, et sur leur
ventre bedonnant protestent et proclament la vérité. Vraiment tout ceci est affreux.
C'est du luxe grandi, [non point de la pureté]. Des syllabes entre mâchées pour des
contestations obscènes. On se doit de haïr de telles ignorances".

228
(2) Un endroit a été refusé : "Je dirai les souffrances accumulées : ordres de l'architecture,
déplacements erronés, et fils d'espoirs et files d'attente ! Non, ils subliment le rêve
barbare - leur réussite future ! Ils côtoient une image reçue et doutent encore de
leur magnificence. Pourtant la force parle, émet de puissants discours, mais à qui
se soumettre ? Une jungle de mots distribue la rançon comme un souffle arriéré".

(3) Un troisième endroit termine le texte : "Leurs détestables rigueurs, encore dans le jeu
infernal, prolongent un émoi, [une peine déchirante]. Fuir pour l'inexorable feu !
Fuir ! O l'éloignement assuré, la promesse du Temple ! Le présage de l'infortune
peut-être, mais l'amour de la grandeur certainement".

(4) Encore ces deux phrases :" Ainsi toujours de nombreuses tyrannies en moi ! Ho ! Que je
dévoile les troubles redoutables, les souffrances subies ! Que j'aille durcissant mes
forces dans le combat inégal, le combat sans vainqueur ni défaite".

(5) Les trois dernières lignes :"Pourtant dans l'azur le matin, je vois parfois les premières
pierres d'un temple et je souris quand les rayons frappent d'un éclat éternel les plus
hautes fenêtres de ma demeure".

25 octobre 1978

229
Primitif du 78-2-15

Tu te romps

Tu te romps, et les coups portés ne sont que des leurres ! Tu projettes une image, tu obtiens
le maléfice ! ...

Que reste-t-il à inventer ? Une morale pesante, prescrite il y a deux mille ans. En trois mots,
un monde transformé suivant les transcendances d'un peuple.

J'ordonne le supplice. C'était le supplice. J'ordonne la paix, éclate la guerre ! (1)

Il fallait bien du courage pour ne point crier sa haine, son mépris de l'infructueuse plaie.

230
Primitif du 78-2-8

Les rayons suprêmes

Les rayons suprêmes sur des trames de couleurs. Des axiomes vifs surchargés dans des
veillées obscures [et des meules de foin tirées par quatre ancêtres chevaux du mal
pour cette charrette ! [grave, fouettent le cocher, - toujours avec bonne mesure -
[l'équipage se frayant un chemin par les haies et les ronces - un sentiment de
crainte tout à coup. Quoi ! À trois cents lieues de la ville ? Ô crime, je les tuerai !

[Affreuse hirondelle qui battait de l'aile, confiante et sereine ! On égorgea des oripeaux au
passage. Nos tabliers étaient tachés de leur sang.

La raison, sur qui le doute était assis, tremblait dans l'âme du pauvre. [Le compte,
l'étonnement remplirent l'excusable. Mais bientôt [les pâleurs ?] délicates furent
trempées dans la cire avec sceau royal pour effigie.

Point de mesure : le décor crispait l'hôte de toute délectation - une montagne à venir ? Non,
le contour ! Non, l'attente ! Non, le repos ! Il fallait marcher plus vaillants que la
mort, plus forts que la paix [On traîna de lourdes [mot illisible] pour se protéger de
l'hiver. On garnit les placards de nombreuses [toutes] victuailles. On attendait la
neige, on eût la glace].

Mais pourquoi transformer l'acte fécond en images saillantes ? Pourquoi grandir les
louanges, sombrer dans le théâtre de l'imagination ? Seul, l'avenir

17 octobre 1978

231
Primitif du 78-2-11

C'étaient des lèvres creuses

C'étaient des lèvres creuses sur des diadèmes renversés. La nature qui de par sa forme,
accomplit tout un rêve, voyait s'abattre leurs lourdes mains pesantes. [Un regard,
un chant] infortune de deux êtres et merveilles du monde en détresse ! Mais
comme d'éclatantes voix - l'écho répond aux gorges profondes, un rire perçu le
silence pur : Détenu... de l'offense paresseuse, masque grave de condisciple : [...]
et [...] ténébreux ! saveur de l'accouplement et râles obscurs dans une forêt de
songes ! Le jeu moisira bien avant la tombée du soleil ! ...

Qu'on ne berce pas les lueurs divines des mots tendres ou sordides, qu'on me dicte les lois
sublimes ! car le feu envahit d'une flambée pétillante les chairs éparpillées - car ce
feu s'éteint dans la chambre [froide] vide...

(J'aurais aimé [...] par des langueurs, ce spectacle longtemps).

15 octobre 1978

Car ce feu s'éteint


Que l'écho résonne aux gorges profondes et la chambre refroidit
Leurs mains grasses et pesantes.
- car ce feu s'éteint et la chambre
est [froide] et refroidie.

Mais comme source d'éclatantes voix, un rire perçu le silence pur : saveurs de
l'accouplement et râles obscurs...

232
Qu'on ne puisse etc.
Qu'on ne berce pas les lueurs divines des mots tendres
ou choisis !

233
Primitif du 78-2-5

Opaque cité

Opaque cité, pour l'élévation !


Que le temps pardonne l'existence de tes sens !
Va, toi impassible et fière mourir dans les débris de l'âme inculte. Va à l'extermination
assurée ! Ton devoir te l'impose, ô va !

On détruisit l'idée de l'holocauste par ce pays superbe. D'un saint, les paroles s'évadaient
tristement parmi les comparses délaissés. L'onction, la croyance, le mythe, qu'en
firent-ils donc ?

Ô fruit qu'un spasme émancipe, que la gratitude jaillisse sur tes chevaux sauvages ! Car tu
ignores la mélodie sans fin dans le mélange de nos plaintes merveilleuses !

Ce n'est qu'un point dans l'âme impure où l'être se tord de douleurs. De l'incendie à
l'inhumaine souffrance, d'un cataclysme aux feux injectant leur incarnat de rêve,
j'expulse les secousses rythmiques, et par le vent des glaives, j'invoque la
destruction des dieux. Quoi ! Les fluctuations, les tempêtes et les châles empestés
ne sauraient révéler le travail de haine ? Des cantiques éclairant les ondes
purificatrices dans cette harmonie de douleurs, rôdent malfaisantes amitiés ?
L'orgasme persécuté, la malice débutante en ses heures, sous le regard des treilles
concrétisent les mèches à venir ?

Ha ! Opaque cité, que ta congratulation soit faite ! Que l'instant, frère d'Énée pardonne
l'inexistence de tes sens ! Va, toi impassible et fier, nourrie dans les déboires de
l'âme inculte va à l'extermination assurée, va !

19 septembre 1978

234
On détruisit l'holocauste par ce pays superbe. D'un saint, les paroles s'évadaient lentement
comme des comparses délaissés. L'onction, la croyance d'un mythe, qu'en feraient-
ils donc ? Folie, cire-cire ! (? ?) acte de bravoure ! Qu'en ce jardin tumultueux une
convive use de parfums funestes et viole la Muse dilettante de l'arbuste ovale.
Fruits qu'un spasme émancipe dans les contrées de la noirceur ! Qu'une gratitude jaillisse
enfin de leurs chevaux sauvages, car tu ignores la mélodie exacte de mes fins et
tout suave geste de mélange s'évade dans vos complaintes malveillantes.

Regarde [Endécanus] ? ? Qu'est-ce la mort quand le Vésuve souffle à grands gestes dans ta
nymphe égarée ?

20 septembre 1978

Observations : L'on voit clairement qu'un passage important de texte a été rejeté lors du
rewriting de 89. Il m'aurait été impossible dans les années suivant ce brouillon de
proposer une version satisfaisante pour la lecture de l'amateur. Mon manque de
visibilité m'interdisait d'exister poétiquement à travers ce type de brouillon, que je
considérais à l'époque insignifiant. Et je puis comprendre, aujourd'hui encore, cette
appréciation. La superposition des lignes, leur écriture douteuse rendaient
impossible quelconque pénétration visuelle.

27 octobre 1995

235
Primitif du 78-2-6

Ils entament calmement

Ils entament calmement le déferlement de nos actes. Ils sécrètent d'une sève douteuse toutes
les substances promises et humaines. Ils se jouent de l'arbitraire et inventent l'acte
sublime.

Qu'elle est leur destinée ? Oh ! Une toile insipide coloriée de fades couleurs. C'est
l'espérance pesante et vieille sur les bras courts de l'artiste. Je parle d'infectes
bavures qui polluent les mains. Un rachitique (1) pinceau trempé dans les frayeurs
d'une huile blanchâtre, et des traits (2) obscurcis par les déceptions (3) du temps.
Vérité légitime, bouffonneries hideuses et Temple bienveillant. Quel mélange
crasseux ! Et ils crachotent des bouffées d'alcool et des vibrations et des noirceurs
sur des papiers roses !

Quoi ? Vivre de la scène lugubre quand l'homme exploite les rondeurs profilées, quand
l'espoir recouvre un incestueux rectangle de marbre ? Non ! Car la pureté s'étire et
ramifie les mondes. L'élévation est mère de nos travaux.

Il est temps de vendre le supplice. L'accoutumance au malheur est scène de pauvre, point de
l'homme. Pour des catafalques de gloire, l'enjeu - l'immense enjeu couvre nos
destinées.

(1) maigre
(2) signes
(3) nuisances

236
Primitif du 78-2-16

Je revois un sanctuaire

Je revois un sanctuaire de déserteurs où toute malice se déploie en corolle jusqu'aux


solstices des Rois. Le monde à part, la vieillerie soudaine, les tentacules
confondus, - l'œuvre des notables ! Des cascades enchantées se meurent
d'accoutumance. Le grignou s'éprend à la rencontre d'un monde et descend un
fleuve impétueux (1)

Ils se sont décapités ! O les pertes, les sphères (2), les autres Prométhées, ! Ils ont usurpé le
goût des baies fulgurantes, ils ont traversé les bois d'osier, et rieurs de la loi, ils
dansèrent sur les cheveux de cristal.

Le bénéfice fut vain car jamais l'accord ne s'éloigna des disciples.

(1) torrentiel

(2) Ils se sont décapités, amoindris de sphères, et d'autres Prométhées.

237
Primitif du 78-2-4

Spectacle

Spectacle. De chaque côté, les rives soumises à l'infatigable mouvement du courant pliaient
leurs tendres roseaux avec grâce et soumission. Le bouillonnement, les écumes, le
bruit incessant semblant venir du lit même transformaient ce paysage en théâtre
tragique. L'acteur, la nature, les lumières, le soleil pâle encore dont les rayons
réchauffaient la terre. Le sujet, l'éternel recommencement de la vie, la fonte des
neiges. Le dénouement enfin : se jeter dans le delta de la mer, et mourir ! L'homme
ne peut rêver plus belle représentation. La tragédie divine ! Ce que le Grec crut
inventer n'était que piteuse copie. Dieu le précédait de cinq milliards d'années.

Le texte commence par une structure dont le début est inconnu : "[...] printemps, le fleuve
dégorgeant ses eaux boueuses comme le volcan crache puis bave ses braises
incandescentes."

238
Primitif du 78-2-12

Hortense

L'impossibilité de régir tout acte contrôlé, l'insouciance d'une exploitation misérable,


l'acharnement parfois stupide dans la continuation de la tâche une faiblesse
reconnue en quelque sorte, voilà en trois points l'existence bénigne d'Hortense.
Pourtant point dépourvu de savoir ou de bon sens, elle divaguait dans un
engrenage visqueux comme si une force dirigeante mais invisible agissait en son
nom. Je devrais dire en son âme. Quoique d'une nature exemplaire - j'entends
guère trompeuse - elle dérivait comme un voilier sans voiles offert à vents et
courants. Être à bord, savoir que l'on dérive et impuissant à contrôle le bateau -
vie d'Hortense.

Elle s'offrait parfois le luxe de raisonner. On m'emporte. On me porte ! Je jouis de cette


passivité - bonheur ! Mais une autre idée frappait les parois de son intelligence. Où
vais-je ? Et pourquoi ? À la première tempête, je meurs. Il me faut apprendre à
nager. Comment apprendre seule sur ce rafiot ? Tiens, j'ai dit rafiot ? Je déteste
donc l'embarcation ? Non, j'ai peur. J'exprime une vengeance indirecte. Transfert.

24 octobre 1978

239
Primitif du 78-2-14

Honfleur

Honfleur ! Dernier souvenir bruni par des tapis de feuilles mortes. La vision (1) suspecte
d'un paysage transporté dans une autre époque. (2) À présent, transformation
féconde d'une culture archaïque. Honfleur de jadis, Honfleur de jamais !
L'inquiétude (3) frappant ma personne a déclenché le mécanisme (4) divin. (5)

(1) lugubre

(2) Il manque ici une phrase : "Un moyen-âge vieillissant quand les lueurs d'une aube
matinale annoncent un changement terrible. L'ultime décennie d'un siècle de râles
- transformations terribles par-dessus la tête d'un peuple".

(3) Car le doute

(4) du secret divin

(5) Une autre phrase est manquante : "L'être spirituel retourne et se catapulte aux temps
voulus ! Qui que tu sois, [illisible] ... [...]

24 octobre 1978

240
Moyen âge --) page suivante moyenâgeux + secret

La transformation féconde d'une culture archaïque


La vision lugubre et
Honfleur de jadis, Honfleur de jamais !
A ----) Morts - La v :........époque - L'ultime d'un siècle vieillissant. A présent,
transformation ..... archaïque. Honfleur de..... jamais.... l'inquiétude..... divin

241
Primitif du 78-2-33

Toi, raconte-nous l'histoire, etc.

Quand l'ombre grandit en ce jour monstrueux, une fée vêtue de pourpre et de rarissimes
ressemblances usa de sa baguette favorite pour orienter les ballades
contemporaines :
"Qu'un monde nouveau naisse de ces lieux ! Je veux par la grâce et la force universelles, la
substance humaine".

(1)

Dans les mains lustrées, se distingue la haine voulue des énormités antiques. Les
ondulations respirent encore à la fenêtre des Ménales. L'Être chantant propose des
cithares bariolées. On s'interroge. Que faire quand les cris, les cabales, les rustres
procèdent au branle-bas dans la grotte infectée de marcs rebutants ?

(1)

(1) Il manque ici tout un paragraphe : "

Tous furent étonnés par la virulence de la fée, mais pas un n'osa la questionner [sur son
attitude].

Ils attendirent, béats pendant plusieurs heures les premiers symptômes de l'ordre. Quand
enfin exaspérés par la trop longue attente, ils se décidèrent à regagner le terrier ou
leur lieu de repos. Ils entendirent un bruit, un coup de tonnerre si fort qu'il fut

242
perçu à cent lieues à la ronde.

Les engagements de la fée furent tenus. Jamais cataclysme, déluge, marasme n'ébranla si
puissamment la terre de toute sa quiétude.

15 septembre 1978

243
Primitif du 78-2-34

L'instance populaire

L'instance populaire est enfin proclamée. De toutes parts, les pays projettent d'accomplir
des reconstructions. Ce n'est point sans difficulté que le sbire parvient à un arrêté
accordant à chaque contrée, la parcelle réglementaire.

De l'automne stupide à la fleur purifiée, du glacial déferlement aux côtes de la fraternité,


l'empire sous le joug de la découverte s'étend sombre de grandeur. (1)

De pastels, de grâce empourprés dans un ciel clair


Des chants élégants et des futaies, des ronces
Des brebis de satin jouant dans les prés multicolores :
C'est l'hiver.

(1) Tout un passage a été ici raturé. Il semble parfois incohérent. Je le reproduis tel que : "Le
corsaire à ses tâches inhumaines s'émoustille de cris pensant les actes des victimes - un
concert à tue-tête raisonne par la clarté des Soleils et il emmène les Anges, les clartés de
son siècle - par les mâts de son navire, corsaire bravant les mers de copeaux spongieux,
longeant où les vases meurent l'Ancre de sa foi, il se joue [....] sa marine et appelle les
Trophées et l'or pesant. Personne en son nom ! Ha ! Espoirs des machines, engrenages des
cavaleries, qu'il pense autrement ! Qu'ils sombrent, Mars en quarantaine puisqu'un
découragement accentue ses dires !

18 octobre 1978

244
Primitif II

Des pastels de grâces empourprés dans un ciel ferreux


Des chants élégants comme des futaies aux ronces
Et des brebis de satin jouant dans des prés multicolores :
C'est L'hiver

L'onde transparente de rayons nacrés


Dans les cheveux et les seins d'Hélène
Le bois doré s'éloignait derrière les vignes et les copeaux d'encens
La tempête battait aux cloches de l'église
Et ses feux gravitaient au milieu de mon œil.

La rose en sang pleura ses sentences de braises


Comme de longues marches où le temps disparaît
Les mains s'endormirent
L'automne resplendissait.

245
Primitif I

Des pastels de grâces empourprés dans un ciel ferreux


Des chants élégants comme des futaies aux ronces
Et des brebis de satin jouant dans des prés multicolores :
C'est L'hiver. L'onde transparente de rayons nacrés
Dans les cheveux et les seins d'Hélène. Le bois doré
S'éloignait derrière les vignes et les copeaux d'encens.

Les tempêtes battaient aux cloches de l'église et les feux


Gravitaient au milieu de mon œil.

La rose en sang pleura ses sentences de braises comme de


Longues marches où le temps disparaît.
Les mains s'endormirent s'endormirent enfin.
L'automne resplendissait.

15 septembre 1978

246
Primitif du 78-23-5
(1)

L'onde transparente, des rayons nacrés


Dans les cheveux et les grands airs d'Hélène
Le bois doré s'éloignait derrière les vignes et les copeaux
La tempête battait aux cloches de l'église
Et ses feux montaient dans mon œil.

La rose en sang pleura sur les sentences de braises


O les marches infinies quand le temps disparaît
Or les mains s'endormirent
L'automne resplendissait.

L'attache suspendue à la treille de son ombre comme des durcissements émanaient une
fourbe complainte. Oui, je vis un maléfice offert aux cuirasses des Sixtine, un
palais d'or et d'argent constellé de pierres roses.

Plaqués contre les colonnades, des grabats centenaires fuyaient les lumières vives de l'été,
et se combinaient avec des taches et des miroirs. Un sacrilège dans un lieu (1) des
rois ! (2) Ils attaquèrent le prince (3). Que de vexations, de vieilleries et de tristes
paysages !

(1) dans l'église

(2) l'aubois respirait par les cirques déformés

(3) On attaque le prince

247
Primitif du 78-2-35
(2)

La raison éminente fut dans les couloirs débarrassés des poussières mauves, des boiseries
rougies et des cloîtres malingres. Ils décidèrent d'apporter un grand plateau où
convergeraient les existences passées. L'ombre vit la tempête de haine, mais ne dit
rien. Les modulations de son, les spectateurs et les hymnes : tout fut prêt. On
demanda la musique. Elle vint. (1)

Après maintes déclarations sur la vie de l'homme, l'incompétence et l'absurdité de la


naissance, elle apparut (2) noyée sous les velours et les améthystes. Les notes
s'amplifiaient. Brusquement, elle ôta ses habits. Nue, magnifique, elle symbolisait
la pureté et la douceur des amants.

(1) Elle fut mise

(2) sertie de velours et d'améthyste.

248
Primitif du 78-2-36

Un palace silencieux

Le palace silencieux achève enfin son dîner. De diverses critiques toutes plus ou moins
ombreuses déclinent délibérément dans le ciel - l'attente malveillante pour ses
pauvres yeux. Enfin l'ombre s'avance ; à l'entre sol, des murmures commentent les
derniers sacrifices et les Vampes se prosternent sur le carreau du Temple.

On délibère une place unique où le sang sera jeté.

Le Christ difforme regarde la scène pitoyable.

L'artifice des craintes et des stigmates anciens procurent des jouissances infinies.

Un homme couvert d'un châle épais s'avance et offre la coupe de sang aux convives. Ils
happent le nectar de haine.

Les lumières brillent et frappent d'une lueur mauve les murs de la cité.

Des chiens hurlent à la mort. La pluie résonne sur les vitraux de l'église.

Le silence règne. L'ère ultime est proclamée.

15 septembre 1978

249
Primitif du 78-2-36

Les arceaux s'entrechoquaient dans les frissons d'horreurs. Les mesquines essayaient
d'épancher les doutes virulents qui circulaient dans l'espace - mais c'était sans
espoir. Les diaphragmes salubres étaient trop forts pour qu'une action, si
imposante fut-elle, les dérangeât. Un mot, un seul mot résonnait dans la tête des
contemporains - l'amour.

Mais les tutelles domestiques engendrèrent un maléfice. Horrible dans toute son apothéose,
qui nageait entouré de chrysocolle et de soufre bitumeux. L'oraison de ce Dieu
psalmodiait des calomnies diverses pour guérir en leur ventre les suffrages
virulents. Le message circulait de lèvres à lèvres, retenait la putréfaction de leurs
corps - le peuple exhorta de ses confuses paroles, un ingrédient hors de la
controverse humaine.

La lutte était engagée.

250
Primitif du 78-2-37

Des granites bleus

Des granites bleus où l'exil couche ses floraisons chantées. Un ambre (1) matinal revêtant

ses rosées (2) les plus pures, l'écarlate divin exalté de vapeurs louant au ciel une

étoile argentée. Et des ordres stricts, ivres de feux (3) bouleversants, en extase

devant (4) les lueurs et l'éveil, - luxes appauvris !

Dans les chantiers, des portes furieuses (5) se fracassent. Les ouvriers tels des funambules
de cirque réclament (6) encore quelques pièces.
L'erreur est folle. L'idiome de couleurs refuse le contraste. Le monde délassé (7) par les
chanteurs harmonieux, le monde s'endort paisiblement (8). Les astres bleutés
resplendissent (9) leurs nullités à travers les outrages et les sabbats.
(10)
Mes mains lèchent une rose noire, (11), les tâches humiliantes combleraient le front

immaculé de rouge.

Mes os se rejoignent. Le cadavre s'étire aussitôt.


Ha ! Charniers ! Atroces pécules, oserai-je quand vous dormirez ?

(1) Une aube


(2) Ses voilures
(3) de lumière
(4) devant un Mausolée
(5) s'entrelacent continuellement
(6) leur vie pour quelques sesterces ou quelques loups défendus
(7) des chanteurs harmoniques
(8) terriblement

251
(9) s'inclinent par cette aube de louanges. Mais l'incroyable est fait : on resplendit sa nullité
à travers les outrages des sabbats.
(10) Un paragraphe ici a été raturé : Comble, vieillesse, décharges, Malandrines,
Aphrodites, que fîtes-vous donc quand ce spectacle s'éteignit ? Le Musée se tait
plus faible que la mort, plus décourageant qu'un Léthé !
(11) un sang noir

252
C'est une nuit

C'est une nuit, c'est un nombre offert aux allégés, aux morbides. C'est un frère, un vieillard
au ventre faisandé de métropoles, de villes, de sanctuaires. Rien au sérieux. Tout à
la gloire. Un meurtre !

Des cygnes s'arrêtent pour un souffle nouveau. Qu'est-ce ? Un échappement de lignes, des
controverses douteuses, un spongieux entre ses noirceurs ?

Tout ce fragment a été raturé. Il suit le morceau.

Car les fructueuses renommées, les échappées mercantilesques, les soudoiements des
trombes s'éloignent peu à peu. Ha ! Noble route. Vraie route. Tout ceci ressemble
au champ d'honneur. Un geste, voilà tout ! Une perle [?] [porte ?] libère les siècles
de sa vie, les métamorphoses de son spectre - une promenade, un sérum, un lichen
de bravoure - RIEN.

Et trois fois inertes, en ce lieu de mensonges, pourquoi brusquer les [......], les
Chandernagor et les myrtes des menthes ?

18 septembre 1978

253
Primitif du 78-2-38

Une grille, des barreaux

Une grille, des barreaux, - curieux mélange pour une cuvée féconde ! Mais on ne parla pas.
L'étrange se suffisait. (1)

Ô soir qu'un mélange accompagne ! Ô légèreté tant promulguée, je te sieds !

(1) Il manque ici une phrase :


Des troubadours accompagnés de luths, de cornemuses chantonnèrent. Admirable
douceur. Le rideau s'éleva.

254
Primitif du 78-2-39

Pour cette correction

Pour cette correction, (1) ils promettent des calèches et des candélabres subtils. Je les vois
passer pleutres, honteux, les poches avides. Je sais les cris (2) que l'on entend
circuler sur les quais encombrés (3). Je sais la voix se passer de leur regard. Mais
que faire ? Ha ! Mourir peut-être ! Mourir lentement contre un sein vorace, comme
une échappée de faveurs ! Mourir !

Ils ne furent jamais associés pourtant je les respectais. Pour (4) leur démarche lascive,
j'inventais un miracle. On tua le miracle. La jambe fut déplacée (5) contre les
gorges. Elle fut soumise à un feu.

Mes feuilles séchées, mes encres (6) desséchées, ô mes tâches (7) prospérèrent !

(1) Dans cette commotion, engorgés de satin ou de lueurs avares on prouvait des calèches et
des candélabres subtils.
(2) les grimoires
(3) sur les quais de l'automne tumultueux
(4) De leur démarche
(5) au plus profond des gorges comme soumise à un feu monumental
(6) les feuilles froissées
(7) les tâches

255
Primitif du 78-2-39

De pouvoir cette ruche ? C'est qu'un rêveur exploite nos ténèbres. Ainsi son nom se
propage dans nos simples maisons, et des guirlandes horrifient la clémence d'un
Dieu (1).

Il nous faut par nos transfusions renversées oublier les candeurs, les monstres, les digitales.
Il nous faut sous le couvercle de dorures se défendre des attaques de l'ignoble
tarentule. C'est un ordre. Qu'ils obéissent ! Que tous, par la voix du peuple,
mystifiant le spectacle commun du labeur et des troubles profonds. Qu'ils aillent
dans les contrées occire l'ogresse et la nuisance divine. Qu'ils aillent comme le
vent les appelle !

(1)Pouvoir cette ruche ? C'est qu'un inconscient use de mes ténèbres. Ainsi son nom se propage-t-il
dans nos humbles demeures, ainsi des guirlandes, horrifient-elles la clémence de mon Dieu. Non !
Jamais !

256
Primitif du 78-2-17

Les couronnes d'aubépines sur ses pieds


Les tambours crispés pour une musique aigre
Les ours gris et noirs, et les chiens tenus en laisse
La quête espérance d'écus et de pièces d'or
Un déluge d'applaudissements aux crécelles de la nuit
La Bohémienne aux formes avantageuses, aux cheveux sales.
Le tambourin à la main le sourire forcé
L'ongle crasseux et les dents jaunies par le tabac
Le frère sur la droite un couteau entre les mâchoires
Des mâchoires de haine, des regards malfaisants
Les stigmates profonds de l'infortuné voyageur.

Une pluie d'étoiles à travers le ciel obscur


Des nébuleuses glacées comme des tempêtes
Un croissant de soleil jouant avec les nébuleuses
La terre chaude, l'air lourd et épais.

Le passant hagard les doigts tendus sur la bourse


L'enfant béat de l'énormité de l'ours
L'enfant riant des singeries du singe.

La fête chantée, la fête dansée


Les acclamations cognant contre la voûte céleste
Les filles embrassées dans les coins les plus obscurs
Les sourires des bouches, les paroles des yeux
Les mains dans les rondeurs féminines
Les bras autour des hanches rugueuses.

257
Le dernier tour et l'argent attendu
Les passants silencieux et la fête oubliée.

14 septembre 1978

258
Primitif du 78-2-45

Chanson

Futile douceur qui a tout amoindri


Souviens-toi des langueurs
Des langueurs qui ont fui.

Des vœux de patience


Nous auraient prévenus
De l'âcre impertinence
Et des chansons perdues...

Alors fou de rage


Évasif dans les rues !
Un odieux carnage
Peut-être se serait tu ? ...

Mais de ta délivrance
Dont les fureurs s'éprennent
Acclamerais-tu ma danse
Autant que je m'en souvienne ?

Passé ou présent
- Envole-toi bien loin
Avant que ton sang
Ne blêmisse le mien.

Futile douceur qui a tout amoindri


Souviens-toi des langueurs

259
Des langueurs qui ont fui !

260
Primitif du 78-2-50

À Mallarmé

Partir vers l'infini par des étés abrupts,


Hélas cet entendement que consomment mes nuits
Comme un long rayon oblique sur des feuilles caduques
N'est que soupir, ô songe éteint ! Lentes agonies.
Pourtant steamer grée vent à la poupe, j'obtiens
Tel un vieux rêve difforme l'image délicieuse
Qu'est-ce à dire ? L'aventure est vaste ! .. Des vagues de rien !
Mais des charmes à éclore sous la lumière affreuse,
Et la substance créée qui profuse mes sueurs ?
- Un bain d'amertume, mon âme qui chante et qui pleure.

20 octobre 1978

261
Primitif du 78-2-70

Le rêveur

L'œil voilé par l'azur qu'une lente descente


Eblouit encore d'une clarté pâle, funèbre
Prolonge une vision presque diurne entre
Les longs ifs plantés du cimetière des ténèbres.
Et succombe longtemps d'une parabole magique
À ce fade désespoir du paysage blêmi.
Comme buvant éperdu cette froideur de site
Que le maître du temps éloigne et abolit
Il luit rêveur ailé ! ou d'une pupille morne
Voir les dernières lueurs qu'au lointain s'endorment
Mais la paupière que le ciel imperceptible bat
Recouvre l'image morose et le rêveur s'en va.

2 novembre 1978

262
Primitif du 78-2-48

Saveur ou rubis que bête jamais ne découche


Puisqu'en leurs vains péchés s'acclament les douleurs
Un poltron bénin usurpe et met sur sa bouche
Quantités de délices ou d'odorantes fleurs.

Pourvu d'une fougue réelle sans répugnance


Le sot essuie des larmes comme des longs mouchoirs.
La malice se projette en une scabreuse danse
Et étale ses compassions pour l'entendre choir !

Vil de sursauts où l'ingratitude le joue


Pauvre et damné dans des relances de fraîcheur
Console l'être figé qui suffoque et fait la moue...

C'est que l'insouciance sonne au cœur des malaisés


Et se rit et se tord dans des pétales de douceur
Car l'horrible fou a des sommes à donner !

29 septembre 1978

263
Primitif du 78-2- 58

À Madame...

Dès le premier éveil,


Oublieux des sables mouvants
Ivre de lumière et de soleil,
L'exil s'enivre tremblant.

C'est qu'annonceur de douceurs,


L'esprit rassemble encore
La pureté des saveurs
Qui pleure quand il s'endort ;

C'est que libre dans un envol ordonné


La liberté de son corps s'avance
Par plus d'un chemin embaumé
De bruits légers ou d'espérance ! ...

Mais des sanglots s'approchent tout à coup


Serait-ce un meurtre dans ce calme limpide ?
C'est elle nue approchant à pas doux
Cachant de ses mains dodues ses yeux humides !

- Ballades d'inquiétudes pour mon indifférence,


Chagrins acides des veuves délaissées,
Elle pleure encore mes nonchalances
Pauvre femme, qui veut être aimée !

264
Élevé dans les senteurs de l'altitude...
Mon esprit hors des lâches misères
Entend, dérouté comme à son habitude
Les malheurs inconnus de l'horrible terre !

22 septembre 1978

265
Primitif du 78-2-55

Rien

Rien, du terme pur de la course


Règne dépourvu et fini !
N'exaltera l'ancienne source.
Vois, le temps qui s'enfuit...

D'horribles survivances
Fécondées de réels cris
C'étaient des vœux de patience !
Mais tout semble compris.

Car de la chute chaque nuit


Tel un suicide de rage
Ne reste qu'une agonie
De l'inhumain carnage :

Ô douloureux des enfantements !


Putrides fœtus
Qui sont morts vivants
Ô dans le ventre qui les tue !

Rien, du terme pur de la course


Règne dépourvu et fini !
N'exaltera l'ancienne source.
Vois, le temps qui s'enfuit...

1er novembre 1978

266
Primitif du 78-2-44

Comme le bruissement d'ailes posé sur l'endormie


Qui joue dans la pénombre à miroiter son vol,
Espiègle et bobine, virevolte là et ici
Embrasse la charmante, la caresse et la frôle ;

Comme des satins de bonheurs jaillissant d'aimer


Sur un sein délicat ou une gorge sensible,
Des rires confus offrant à des bouches rosées
L'apparat neuf qu'ont les demoiselles dignes !

Comme l'attente sans fin que celui-ci refuse


Car des calices d'or projetés au cœur d'argent
Échappent parfois aux sanguinaires Muses,
[L'extrême pâmoison de créer un enfant...]
L'extrême et noble pâmoison de son stérile enfant.

1er septembre 1978

267
Primitif du 78-2-60

Au soleil je m'avance par ce brillant servage


Et l'ombre accoutumée à ma face soumise
M'emporte tout près du Moi jusques aux rivages :
Ta substance aimée est déjà promise ! ...

Que n'entends-je ici ceindre ton rayon brutal


Comme une masse étonnante de fort métal ?
- À mes yeux tant cernés l'étonnement est doux...

Prolonge en ma fraîcheur les nombreuses accalmies !


De l'embellie si vive, le regard flambant neuf
Consume les pensées obscures de ma nuit ! ...

J'accours sur ta mémoire rappeler en ton heure


Ces somnolences rêvées, ces voix enivrantes
Et l'heureuse cérémonie sertie de candeurs
Qui font par ce miroir ma lèvre tremblante ! ...

15 août 1978

268
Primitif du 78-2-80
Sonnet irrégulier
Pièces diverses
Obsession

Même, délicate Cybèle, le sourire aux dents


Au grand vent de l'absence, dans les souffrances même
Où l'épaule nue à mon côté joue, chantant
Des airs anciens de sérénade de rengaines,

Même langui par deux anges vêtus de broderies


Quand les souffles inondaient de chocs bienheureux
Un carême, même offert aux charmes des grands ifs
Que je contemple le soir libre ou fiévreux,

Même ivre et léger à l'ombre des compassions


Respirant l'air pur et l'envol des aigles royaux,
Même bordé de grâce, de rire et de libations

Je n'oublierais les puissantes luttes qui infinies


Échappées, beautés aux fenêtres de mes maux
Conspirent, ensanglantent mon sort de leurs tueries.

11 octobre 1978

Revoir la ponctuation.
Conspirent et ensanglantent mon sort de leurs tueries !

269
Primitif du 78-2-76
Pastiche

Sur l'onde immortelle va la blanche Ophélie...


La douceur de ses seins ferait frémir ses ailes ;
Voici bientôt mil ans que descendent sur sa nuit
Deux bruissements lointains qui courent vers elle.

Baignée de lys et d'eaux plates, paisible elle dort ;


Parmi les roseaux et les hallalis étranges
On entendrait chanter vers les roseaux dès lors
Des Muses éternelles embaumées de grand lange...

Dans sa romance le vert murmure aux nénuphars,


Belle Ophélie ! Pâle Ophélie ! Ton doux cavalier
A-t-il perdu son sein de pierre sur ton regard ?

Mais emportée comme un souffle par la Nature


La belle Ophélie se fond en la neige des fées.
Ho ! La belle Ophélie ment et tord sa chevelure !

18 août 1978

270
Primitif du 78-2-27

Merveilleuse accouplée descendant sur les rives


Et que les nuits d'extases semblent oublier les jours,
Sais-tu les rousseurs et les déboires de l'amour
Toi qui trembles assujettie, délaissée et ivre ?

Car l'herbe folle où les poussifs haillons s'étalent


Vaste écrin de beauté sur tes cheveux dansant
Resplendit de l'onde tourmentée tes penchants
Jusques aux cieux perdus des douceurs, en aval.

Mais la pâle beauté, libre de doutes anciens


S'éloigne lentement dans les frissons, sans un bruit
Et regagnant leurs surfaces de l'horizon lointain...

Elle confond ses lumières dans un soleil obscurci


Et par abandonnée sous la frayeur qui luit
Ô douloureuse et nue dont nul mal ne murmure !

26 septembre 1978

Dernière ligne à revoir !

271
Primitif du 78-2-74

Sandrine

Repose sur ce sein que la paresse offense


Et brûle en ma raison de futures fumées ;
De mon ravissement, embrasse mes carences
Qui prônent sur ma joue, déjà profanée.

Pour cette liqueur, bois le fruit de mes délices


Et conspire un songe où tu te reposeras.
Qu'importe, vraie beauté les mouvements factices,
Puisque l'appel de ta chair me demandera.

Ha ! Courir sur des flots antiques de lumière


Qu'une étincelle éclaire et chante de fureurs !
Là à l'ombre du grand platane, tu es fière...

Parée de bijoux et de parfums délicats


Tu inventes des étoiles pour orner mes lueurs,
Admirable amie, que j'aime et qu'il brusqua.

6 octobre 1978

272
Primitif du 78-2-66

Jouissance en ce monde satiné de grandeur, Foi !


Que douceries et actes s'évadent dans l'air limpide !
L'éloge rassemble son chaste mot : commun et roi
Avant que s'entame, leste, l'acte monstrueux des rides.

Sur la mer agencée d'astres neufs de ses voiles


Refusant la lutte des cris et des râles honteux,
Viride et souffle perçant à l'ombre des étoiles
Je bats la plate vague ou l'océan furieux.

Ha ! Maudis les siècles, les pédoncles et les tempêtes


Quand du chant décrivant l'ombre destinée
Le flot tendre et sacré, sans gêne s'apprête...

Car intimes, malaisées dans l'abîme où tu plonges


Sous des fientes bestiales pareilles au rouge aimé
Sont les malodorantes paix qui se prolongent...

11 octobre 1978

Rimes 12 et 14
Vers 5 - Neufs de ses voiles - Terminaison lourde.
9 - les pédoncles ?

273
Primitif du 78-2-54

Voix intérieures

Elles fuient écumant d'une salive aigre et injuste


Les substances divines d'un être impur ; elles acclament
Du geste pensé sans doute ni saveur, l'Auguste
Vérité insipide parfois dont elles se pâment...

Des voiles virevoltent sur des lèvres glacées, qu'il batte !


Les tendres cœurs dépourvus de grâce, de puissance ;
Et que la bouche perfide qui chante et se rétracte
Au combat royal n'ignore la croix de décence.

Car la peine accablée de râles, d'oracles espoirs


Succombe limpidement dans les stances des mémoires ;
Et les substances hurlent leur foi au creux du fini ! ...

Alors qu'ombreuses de haine, ces voix chères et glacées


Décrivent la force exacte des malheurs endurcis
Et que du joug funèbre, le dicteur soit compris.

14 octobre 1978

274
Primitif du 78-2-67

Qui du cerveau [de l'esprit] infécond que l'esprit aime


Peut jaillir des monstruosités et des charmes ?
Quel humain, quelle bête à la cervelle suprême
Proposerait un diamant pur comme une flamme ?

Ce rarissime exploit en qui vit la nature


Et croît à chaque instant, diadème nouveau,
Rassemble tous les méfaits par une sublime nature
Et grave les marques de l'enfer sur mon humble sceau !

Qu'un Dieu, un jour divin, couronne ma forte tête


De cascades de lauriers et d'œuvres stériles !
Pour descendre mon âme au niveau de vos bêtes
Puisse-t-il voir en mes yeux un serviteur fébrile ?

Car la nuit, la nuit obscure foudroie contre mes tempes


Des feux bouleversants pour compromettre mon salut
Et les douleurs incisives, ses douleurs latentes
Me condamnent à mort, Moi qui ne parle plus !
[pour que je ne parle plus]

26 août 1978

horribles œuvres stériles


Œuvres stériles --) chercher autre rime [seulement U !]

275
Primitif du 78-2-63

Sonnet irrégulier

Offert aux rêveries d'un suicide, regardant


L'astre pur décliner lentement dans les cieux,
Ton ombre maudit ce paysage mélodieux.

L'éveil d'un chant difforme excessif à ton corps


Qu'on oublie toujours, solitaire des nuits des jours
N'est qu'un refrain modulé quand ton crachat s'endort ...

Et lourde d'amertume, l'âme chancelle par le vent,


Suit indolente et perdue les noirs froids d'hiver,
Suit la flamme douceâtre qui scintille avec le temps !

Alors oeil fécond tourné vers les vives ténèbres


L'amour craquelé, ivre sur tes lèvres détruites
Pousse un convoi royal, majestueux et funèbre !

9 octobre 1978

Qu'on oublie toujours, solitaire de nuits en jours


N'est qu'un refrain modulé quand ton crachat s'endort...

Dernière ligne - Voir Baudelaire ?

276
Primitif du 78-2-1

Salue la saison souveraine de nos rustiques


Frayeurs qu'échappent aux dieux puissants, misérable
Plaidoyer ! Vois jaillir d'une source magique
Les méandres sublimes et les vœux regrettables !

Tremper dans les lacunes des gloires et des esprits


Quand l'automne brûle les multipliés des grandeurs,
Ce jeu vaincu pour des ombres qu'il anoblit
S'entend faible et repu, sacré de sa candeur.

De l'atteinte maudite crachée par ses lueurs


Et qu'un vent indécis, transforme en ses alois
Où serait, pauvre âme ! les bruissements du sans-cœur
S'il vomissait, recrachait sa terrible loi ?

2 décembre 1978

277
Primitif du 78-2-81

Chute

L'or exalté puis retombant mat dans sa peau


Bourdonne et se plisse dans l'accoutumée du jour.
- Frêle transfert de haine, [de sanglots !]

Puis l'espoir décline lentement au gré des eaux ;


On laboure les dernières fureurs, c'est le lointain.
Agile la boue, condamne la mort.

Des orchestres à cordes sondent le puissant décrié...


Que faire d'un chemin caillouteux noble et poussif ?
Et le martèlement s'endort !

3 octobre 1978

278
Primitif du 78-2-62

Neige d'écume

Les ondes avancées bercées sur les bords du rivage


Et presque nu, le mouvement des vagues
Comme un lacet éternel à la poupe des vaisseaux
Le but lointain promu, contemplant deux êtres
Qu'un naufrage ancien semblait enjamber.

L'instant chimérique et l'aquarelle de la mer


Que l'on peint sans savoir l'immortel aveu
Puis l'écume pacifique resplendissant dans les lumières du soleil

Vent, houle tapageuse, flot grincheux


Que mouillent l'ancre et le sable de nos frères, [?]ans les airs,
D'un parterre où miroitent les algues rougeâtres
J'entends geindre leur douleur exquise ! ...

Et la grâce recommencée et les hurlements successifs


S'éteignent dans la grandeur de la marée.

18 octobre 1978

attention : contempler, resplendir.

Que mouillent l'ancre et le sable et les aires


Sur les rochers miroitent les algues mortes.

279
Primitif du 78-2-33

Vocables

Ombre aux yeux de l'être impur


Et grâce, maintes gloires renouvelées
Quand déjà sifflaient les fuyants
En la demeure nuptiale d'ennui.

Vice relaté sur les transparentes drapées,


Quand du démon d'Antan, vomit le réveil
Les taches d'or et d'horreur dans sa nuit.

Refuge que le délice succombe tristement


Par les frayeurs de l'ombre apitoyée.

Et meurtre dans les longs cris de ses parchemins.

9 décembre 1978

280
Primitif du 78-2-40

Froissements

De ton silence implacable où mon âme se repaît,


Écoute le bruissement du saule qui mue
Et dans la froide contemplation de deux êtres
Ivres d'amertume, de jouissances infinies
La fureur de l'estime au délice du dédain.

Tu joues comme du feu incandescent et immortel !


Et tes voix que les complaintes ramifient lentement
Ne sont que luxure, humbles et doutes...

Un soir perçant chaleureux et fragile


Quand vomissent sous les bois les délectations vaines,
O rare ennemi qu'une nuit noire d'esprits consume ! ...

Convoitise virile, expédiant l'incantation de l'espoir ? ...


Qu'est-ce ? - Lourdes et somnolence de nos râles !

Des sangs en ta bouche ruissellent sur les corps


Et d'hideuse cérémonie grandit en piteux méandre ! ...
Que tu connus par la force innée et plonge à l'ennui...

Mais cruelle qui restitues l'odeur âcre des vices,


Les mots répondent par des lueurs, c'est le spectre ! ...
Va folle et longe [les pôles extérieurs] les nuisances internes
Et qu'un brin d'amour exulte tes meilleurs.

281
4 octobre 1978

Puis qu'un brin d'amour exalte tes frayeurs

Note : les trois points d'interrogation signifiaient que le texte proposé tel quel
semblait des plus douteux. Il me paraissait "Perte", et j'espérais
pouvoir le récupérer quelques temps plus tard.

282
Primitif du 78-2-4

Par l'accord des idylles ton chant reste à plaindre.


De visu l'organe clair et mat obtient la destinée
Et ressuscite les dernières grandeurs d'un temple.
Mais le déroulement des astres comme satinage d'été
Sous des louanges de gloire émancipe l'amour.
Des phrases, des lacets d'ancre entremêlés, entremêlées
Dans les noirceurs du jour, des jeux rudimentaires
Et comme autrefois une insouciance incomprise !
Des mémoires peuplent un résidu de haine, des soubresauts !
Non. Les forces s'épuisent et la vague à marée basse
Exténuée, lasse vient mourir sur les grèves ailées.
Senteurs, éloges dénouement vrai je m'en souviens.
Même si des teneurs m'ont bercé par moments,
L'infini supplie à son mal de vivre, d'exister ! !
De filiales en contemplations hâtives, de regards chanceux
En cascades dorées, l'écroulement distinct s'épuise en
Mon être. Et l'éloquence ne peut rien. Certes
Des heures de pénitence où le soleil s'enfonçait, où des
Lianes de plaisirs gagnaient de toits en toi, un siècle maudit
Où des autres largeurs brusquaient mes souffrances - oui.

Alors l'inquiétude bat son plein et condamne l'atroce vie


Au morcellement d'un front trop jeune pour mourir et
Trop vieux pour aimer et top vieux pour aimer !

13 octobre 1978

283
Primitif du 78-2-59

Confession

Une nuit que je m'apprêtais miséricordieux


À captiver mon songe en mille tourments heureux
Et que presque nue au bord de ce rivage
Une divine beauté remarqua mon hommage ;
Alors que j'entonnais aux puissances infinies
De suspendre leur vol et de poser ici
La douceur éclatante d'une âme tumultueuse,
L'accalmie s'inclina ; et mes lèvres pieuses
Qui jusqu'en le jour suppliaient la grâce du pardon,
La grâce fut accordée pour sauver ma raison.

7 septembre 1978

284
Confession

Rayons de pourpre ; des corps d'ébène sur des ivrées


Et des terrasses de marbre sur des ondes licencieuses ;
Plus pesante qu'un navire l'onde écarlate tremblait ;
Comme dans des Cathédrales, un mur de pierres poreuses...

Ce murmure et le socle de Novembre, lentement,


Monticule de grâce dans un siècle caverneux
Et l'écho du ventre, magnificence de deux êtres :
Je respire ces douceries qui coulent sur nos bouches.

Un ravin déchiré réclame pour ses terreurs


L'eau, source limpide et capiteuse de son corps :
Furie de l'âme mais déroulement prompt, exact !

Transfuge d'un suicide où je rêvais calme ou terne ? ...


Qu'importe ! Le mécréant que disperse mon âme,
Onde vaporeuse ou insouciance bénigne, que faire ?

8 octobre 1978

Qu'importe ! l'odieux mécréant disperse mon âme,


Onde vaporeuse ou insouciance bénigne. Que faire ?

285
Primitif du 78-2-68

Comme lentement
Il redescend
Souffrant,

Aux nuits obscures


Que plus rien dure
Sanglant !

Ou acidité veule
Pour qu'il ne pleuve
Tremblant

Voici, curiosité !
Entre deux péchés
Le temps.

Comme lentement
Il redescend
Souffrant,

Aux nuits futures


Que plus rien ne dure
Sanglant !

Mais l'avidité veule


Pour qu'il pleure
Tremblant

286
Use des blessures
Et des morsures
De son chant.

26 septembre 1978

287
L'HUILE FRAÎCHE

78-3

Primitif du 78-3-5

Il retiendra son souffle, car lui ailé même dans les retombées de ses pluies, s'élève
inlassablement. Il sonde les déluges, les tempêtes et les vents, et sous les vertes
mers s'étalent les bruissements de ses eaux nouvelles.

Il confondra les cieux d'ocre, les horizons de l'amour, les vagues et les cataclysmes. Même
dans la topaze de ses yeux, renaîtra l'éveil de l'enfance heureuse.

Au chant du golfe blanc, le visage de la vierge embrassera l'énergique appel du carillon des
matins. Pour l'assaut de la nuit, circuleront les nuptiales rumeurs des astres étoilés.
Et dans les miroitements des nébuleuses dorées, l'automne resplendira pour sa
fatigue et sa langueur promises.

L'évasive multitude parmi les vapeurs brunes, bouche ouverte, lèche déjà les montagnes du
printemps qui peintes aux couleurs de la lave mauve, trempent leur duvet de soie
dans les lacs glacés.

L'empreinte diluée de son pas neigeux, et sa robe incrustée de minuscules diamants


enveloppent le rivage de bronze et les couches de l'aurore.

Il détiendra la clé et du rêve et de l'instant de l'homme (1) car lui seul est ange et poète
ressuscités.

(1) et des invisibles beautés

288
Primitif du 78-3-81

Il brillait dans les yeux de ce mystificateur rêve ; ses lentes courses dans les fraîches
vapeurs matinales surgissaient comme des rayons d'arc-en-ciel bleuis à la teinture
de pastel. Dans les sous-bois où la fleur suave abandonne un parfum printanier, ses
souliers faisaient craquer les dernières branches mortes d'un hiver fiévreux. Et
quand il eût franchi le vallon - le vallon de mousse - sa démarche accompagna
l'écho lointain. L'exil bramait de folles transhumances, les fureurs s'enivraient de
futiles préciosités et le jour descendait plus calme encore sur l'horizon limpide.

Il donnait dans le cœur des premières mélancolies et son joug trucida d'admirables
complaintes, et ses regards enflammés par un démon malin transformèrent en
haine toute chose vécue.

Il but de ces liqueurs aigres et frelatées et transperça avec des aiguilles remplies de ciguë
[de venin ?] la face humaine [et] existante.

16 novembre 1978

289
Primitif du 78-3-74

Il aurait voulu des courses folles - démesurément folles à travers la campagne, jouir des
dernières chaleurs d'un automne déjà avancé et marcher, droit devant lui toujours
plus loin à la recherche de quelques espoirs perdus. Il prévoyait dans toute sa
candeur, de fulgurantes et intensives excitations à l'âme qu'il aurait été cueillir
l'après-midi même à l'encontre d'un chemin, à l'orée d'un bois. Des images
transformées et pourtant scellées suivant les lois internes de son esprit, suivant des
pensées modelées laissant libre cours à son imagination. C'étaient des rêves
éveillés où le réel côtoie l'indécis, où l'exagération est maîtresse à loisir, sans
frontières, sans interdiction - une liberté d'action parfaite dans le miroir de sa
jeunesse !

Une pierre jetée ricoche dans l'eau morne d'un bras de rivière, et une lueur illumine et
questionne le temporel du présent. Un vol d'hirondelles serrées les unes contre les
autres comme par crainte du froid et des paysages lointains d'îles parfumées se
présentent sous ses yeux. Une femme belle et majestueuse et l'espoir de conquête
s'empare de sa personne. Traversant la rue. Et des fantasmes, des situations
[qu'engendre un bonheur] toujours répété !

19 novembre 1978

290
Primitif du 78-3-79

À la cloche d'ivoire comme drapé de mélancolies diverses, il hume les survivances


alentours éteintes. Par le jeu des syllabes entremâchées, le grand précipice ouvre
longuement les chaleurs de ses dépravations. Et comme deux analogues pitreries
son masque d'argent se désagrège peu à peu.

De l'éternelle et souffreteuse anecdote, on assure l'infini des jouissances, on promet un réel


sublime que le sauvage fit naître en sa demeure, on détruit la rareté d'une force
distincte !

Immuable voir qui s'égare sous des nues honteuses et parle encore en cheminant un
dramatique cœur voué à la solitude sensuelle. Use [sarcastiques] railleuses
tentations et fais de l'être repu un mémorable délice en ce jardin de terre.

Minutes - points - affirmations épaves vaines déclinées par des soleils souterrains et
l'odieuse symphonie accorde un chant multiple. Et les mots vibrent et se
prolongent dans des espaces silencieux.

Rêves : froissements de jupes vertes, louables fantasmes teints en des secondes inertes et
protocoles inconscients pour des causes à venir. Antique romaine ou hellénique
sœur ; sadisme douteux sous des cordes glacées.

Mais tout renaîtra pur une vie noble et juste. Et le prix demain nous entraînera dans un
monde meilleur. Alors soit !

16 novembre 1978

291
Primitif du 78-3-1

Un froissement d'étoffes et d'autres bruits courent dans les environs infectés. Une décharge
superbe, et le printemps resplendit aux fenêtres insoucieuses. Une démarcation
légère, un regard pour ses yeux, et de luxuriantes larmes coulent sur son jeune
front. Malgré l'intolérable monotonie des silencieuses commodités, le vent froid et
sec parmi les gloires anciennes, malgré la fraîcheur exquise d'une rêverie
embaumée, - entends. Derrière l'amas des déchirures, plus loin que le contour qui
se dresse, des pas approchent irrésistibles dans leur avancée. Lourds, embués
d'alcool sain, je les sais qui s'en viennent TOUJOURS. Je sais qu'ils arriveront
bientôt. Il est temps de nous cacher, de revêtir ces voiles, ces châles qui traînent
dans la pièce. Viens, il est temps de mourir.

De la république aux cachots des barres d'acier, un amalgame - des diversités de saisons
pluvieuses naissent et se reproduisent avec une rapidité extraordinaire. Les forçats
s'acclimatent à cette végétation, d'autres crachent l'argent de la déchéance ; d'autres
encore suintent, et languissent de désuétude. Des masques pour les condamnés, des
cordes pour les ignorants, des infusions pour les délaissés.

Souviens-toi des rouges démunis, des cambrures à l'extrême [poussées] de l'insipide râle,
des fourberies nuisibles et des pitiés promulguées. Souviens-toi du cheval, des
veules inquiétudes, des murs tombés en décrépitude. Vois comme j'avais raison. Il
est trop tard maintenant pour se consoler.

Sur des rêves où la tentation était déjà vouée à l'échec, crachant mon sang comme d'autres
expulsent l'air de leurs poumons. Je sombrais davantage chaque jour et j'ai bu de
ton poison, ô écrin, ô monstrueuse déchirure !

292
Primitif du 78-3-76

Un tambour en rut comme des palpitations répétées, immuables saccades jouisseuses de son
sommeil et des sonorités sourdes dispensées dans une chambre capitonnée.
Mouvement éternel qu'aucune brise n'effleure, mouvement de terreur et de folie
tortionnaires. Un troupeau de ronflements monocordes simulant une envolée de
galops profonds et venant d'un lointain inconnu, de l'infinité de mon être stérile qui
gonfle mes tempes et boursoufle mes veines. Des gouttes de sang rougies par la
haine jaillissent de tous pores et des masses visqueuses vivent, se reproduisent à
une vitesse inexprimable [avec une détermination]. Soudain, des cris. La tempête
éclate, et déchire et détruit toute sueur interne, et des ravages terribles, -
d'anciennes garnisons englouties en un souffle, - un souffle mortel, œuvre
satanique [œuvre démoniaque].

Sont-ce des lueurs illuminant la face terne du moribond. Un vulgaire traité de paix jamais
respecté, un stratagème démoniaque ? Un compromis ? On avance un sourire aux
lèvres. On avance toujours. Tous mes membres sont crispés. Que fait-il ? Pourquoi ?

21 novembre 1978

Q : À relier ?

293
Primitif du 78-3-63

Ô solitude morne et plate qui envahit l'être d'admirables torpeurs ! Jadis tu m'étais
inconnue... Pas un souffle de faiblesse pour respirer le calme mortuaire, la
langueur et le déroulement infini du temps.

Comme je soupèse le bonheur de l'homme seul, sa survivance profonde dans l'âme


insondable ! ... J'interviens posément, et goûte le luxe de la répartie. Je laisse
confusément comme un monotone fleuve dans le cours de ses eaux, la folie sereine
s'emporter vers des paysages perdus (1)
.

En amont, une source pure et claire que des montagnes chérissent avec tendresse (2). En
aval, la beauté majestueuse, l'épanouissement de la pensée.

Eaux calmes, (3) quand le silence règne en moi, (4) comme je voudrais pour toujours
m'endormir... (5).

(1) Lointains

(2) avec amour

(3) Plans eaux

(4) En vous

(5) comme j'aimerais dormir en cet instant...

294
Primitif du 78-3-63
(2)

Car le moindre bruit, l'imperceptible bruissement de deux ailes, et le charme disparaît. Dès
lors, l'engourdissement de mes jambes se refuse de peiner davantage, dès lors
l'intervention stérile de l'écriture m'appelle à la tâche ! ... Ô quand je te sais, déjà tu
n'es plus ! Tu disparais quand tu supplies et tu fonds mes pensées quand l'œuvre
m'attend... insaisissable amie, comme je te demande ! ...

Auras-tu l'audace d'éterniser mes lueurs ? Voleras-tu aigle royal dans les ténèbres de mes
nuits ? Mais tu t'éteins aux premières de mes requêtes, tu t'éloignes, quand las de
rêve aux moindres tourments. Tu es mon maître, et tu te joues malignement de moi
! Essayer de parer ta puissance, c'est me compromettre et te voir disparaître à tout
jamais. Ho ! Ma merveilleuse langueur, viens bercer encore mes rêves ! Sur cette
bouche, réinvente l'acte suprême de nos mélancolies ! Tu es en moi et pourtant
impalpable. Tu vis dans mon cœur, et tu te nourris de mon sang comme d'un
sublime poison !

J'ordonne ta faiblesse, mais tu es mon maître et je t'attends !

Vivre en toi, par toi et pour toi et oublier l'ignominieuse carence de tes faiblesses, crier à
tous la subtile saveur de la solitude ! Hélas, j'ai beau hurler qui entendrait l'essence
pure de la vérité ? Quel être acclamait ce délice de compassions ? L'ignorance de
leurs actes les contraint à agir dans d'épaisses multitudes où la peur de la mort
disparaît... Pauvres hommes, vrais hommes que le mystère enlace et effraye !
Comme je pleure vos lâches tourments, cette héréditaire inconnue qui font prier
vos femmes et blêmir vos vieillards...

Jamais [le merveilleux] désordre de ma pensée est si miraculeusement oublié que lorsque je

295
t'embrasse ! Que je m'abreuve encore à tes flots écumeux de sagesse et que je
dorme d'un sommeil paisible après ces merveilleux [illisible] ô chère et nue qui
m'oublie parfois !

5 novembre 1978

296
Primitif du 78-3-61

Un éternel recommencement comme puisé aux sources mêmes de la vie, des chutes
étonnantes semblant mourir dans l'abîme infini de l'âme, des vibrations soumises à
une excitation durable :

Les méandres de la pensée conservent presque religieusement toute la saveur extrême de


leurs nombreux secrets.

Parfois tumultes incontrôlés, souvent miroir irréfléchi (1) de ce moi étrange, je ne me


déplais pas de posséder les admirables accidents qui contiennent ma personne et se
jouent de moi, pauvre conscience. (2)

(1) réfléchi

(2) et se jouent du pauvre infortuné


[et se jouent de ma personne comme le destin de l'infortuné]

297
Primitif du 78-3-78

Miroirs de l'âme, encriers (1) de nos cœurs, (2) quand pouvons-nous respirer calmes et
paisibles les odorantes fleurs ?

Le rêve se pâme d'atrocités et pousse (3) nos désirs jusqu'à des désespoirs toujours plus
humiliants.

La traîtrise activée par un feu intérieur, (4) resplendit davantage, et le soir est mourant.

Esclaves d'hier, comme je condamne vos paroles !

Esclaves de demain, entendez ma miséricorde !

Martyrs défigurés par les liqueurs fourbes, (5) aigles royaux ou loups des cavernes, (6)
pourquoi accepter cette torture ? Pourquoi la haine de tout un peuple ? Pourquoi
les floraisons de toute une forêt et pourquoi la barbarie (7) gravée sur le sceau de
l'homme ?

17 novembre 1978

(1) supplice
(2) Quand donc harassée de ce joug infernal, pourrons-nous respirer
(3) et fondre nos désirs en désespoirs toujours plus vaillants
(4) interne
(5) fourbe alcool
(6) licencieuses
(7) l'incroyance

298
Primitif du 78-3-67

Dans l'ombre de ce souterrain visqueux, où pendent de centaines toiles d'araignées,


j'observe la foule macabre qui avance insouciante vers les tombeaux de la mort.
Sans crainte, son regard ? d'un pas légal et immuable, une longue file déjà
innombrable composée d'enfants en bas âge, de vieillards séniles et de femmes
enceintes poursuit son chemin. On dirait un pèlerinage comme aux temps sacrés
où de lentes cohortes de croyants traversaient les déserts arides et les plaines
sablonneuses et les ..... Ils continuent et s'engouffrent dans les ténèbres obscurcies
de Cybèle. Même les plus vieux se refusent de mourir sur le bord des routes, ils
trébuchent éreintés par l'épuisante marche, mais avancent encore. Pas le moindre
signe de révolte ne se lit dans leurs yeux ; des visages livides, des masques teints,
des regards comme hypnotisés par une force invisible ; (DUI) Je voulus
m'approcher pour les questionner mais quelles réponses attendre de spectres ? Au
matin, las d'observer leur inquiétante cérémonie, je résolus de me reposer quelques
heures dans ce souterrain et je ne puis jamais trouver le sommeil car même dans
mon rêve ils avançaient encore et défonçaient mon crâne de leur horrible pas.

12 novembre 1978

299
Primitif du 78-3-72

Ces pas tourbillonnent comme des multitudes veules de fantasmes égarés et voltigent et se
rassemblent aux cimes des arbres centenaires. Ils s'éloignent reviennent, et
vêtissent l'habit pourpre et usé des nombreuses métamorphoses. Au chant de la
flamboyante citadelle, barrière des remparts érigés semblables aux forteresses
moyenâgeuses, prison de verre sombreuse femme des martèlements odieux ! Une
dominante verte, un espoir où tout à coup un cyclone sanglant. L'être de verdure ne
put festoyer gaillardement dans des caveaux en fumées, à l'éternelle faiblesse des
strophes et des vins ! Tentaculaire ville qui vide les panses des hommes savants,
qui broie leurs déchirures et se joue de la faiblesse de leur cœur. Ô spectre
effrayant, ô sœur infidèle.

Et les lentes marches comme des agonies à venir, et des pieds sales de crasse et gonflés, et
une âme presque délaissée à l'entrée du Temple. Un Monde sacré, s'étend ivre de
grandeurs dans les plissements des infortunes.

19 novembre 1978

300
Primitif du 78-3-4

Aux scènes des partages, les médisances sublimes et les rejets et les cascades de sanglots : -
l'or pur convoité, arraché à la manne convive. Les masques plombés tombent
enfin, loin du réel malfaisant et [le bruit] tremble le plancher sous le bruit terrible
des mortes carcasses. La foudre se souvient que c'était lui, vendu au sacrement de
l'église, rejeté pour d'odieuses complaintes. Et le temps sur sa maigre peau lisse
porte une étoffe noirâtre comme sur le présent testament, un éblouissement retenu.

Entends les sarcasmes, et les rires et les joies. Nous bénirons la sainte éphémère et
donnerons l'eau neuve de nos cellules à toute effigie consumée ! Par-delà les éthers
glacés, frissonneront les insondables cérémonies, les prières et les gloires. Sublime
mascarade des esprits. Nécessités des familles - ô découvertes des âmes !

20 décembre 1978

301
Primitif du 78-3-80

Union de centenaires chênes prostrés les uns contre les autres. Au-delà des bouquets de
rosiers émanant de purs parfums de rêve [derrière l'intime] Derrière un chemin de
ronces et d'herbes morne l'automne dévoile une à une ses pensées.

Avec de larges envols aux gloires jamais menties, dans les gracieuses complaisances que
l'enfance invente, sur des duvets où le désir lentement naquit, le printemps boit les
tendres années.

Sous l'amas de terre fraîche quand l'espoir est passé, parmi les frêles inquiétudes dont la
mort se joue inlassablement, entre deux monticules de faiblesse l'hiver s'est retiré.

Comme un feu de pierreries lancées par les couleurs multiples des étoiles, où l'amertume
frôlait mon désespoir, comme ma chute promise à la sueur de mon temple - ô
saisons j'ai perdu l'été.

16 novembre 1978

302
Primitif du 78-3-53

De la femme mystique, c'est l'œuvre qui nous rassemble. Les gerbes de fleurs montent, se
propagent sur les toits des antiques demeures. Les cieux exorbités constituent le
morbide recrutement des catacombes vacantes. C'est le délice dans les champs de
neige ; aussitôt que l'éloquence gronde parmi les hêtres et les violettes, le fils,
ornement qu'elles méprisent ou non - devient symbole et mythe admiré. Bouffies,
impies et jonglant entre deux lignes équivoques : elles encensent leur passivité et
leur douce attitude. Pouvoir d'une nature, le sens de la pâmoison ? Ou réactualiser
la tournure de l'acte ?

Par la grâce et la discorde, contre le fatalisme avachi, contre l'investiture d'une


nonchalance, c'est toujours la logique immuable qui règne sur les appâts.

Aux chaleurs extrêmes, l'évidence quoique pernicieuse, constitue la morale à l'extravagance


de son soupir. Tu incombes les blessures ]et tu cries] stériles et tu cries la liberté à
haute voix. On parle de simagrées et d'intolérances mais tu ne comprendrais pas.

15 décembre 1978

303
Primitif du 78-3-45
Éloge d'une débauche
(Chanson du débauché ?)

Langueur a dû
Par temps
De pénitence
Aux offres défendues
Trembler de jouissances.

Car résidant
En ce lieu
Sous quelques alcools
Divers, une terre feue
Brille par mon hiver

En cela malheureux
D'allégresses perdues
Quitte vite grand pieux
Les sombres détresses

Et bois aux coupes d'or


Le breuvage divin
Pour endiabler ce corps
De plaisirs malsains etc.

17 novembre 1978

Seule la présentation de certains vers a subi quelques modifications.


Primitif du 78-3-71

304
Je croyais voir en l'or de tes cheveux, un nuage tendrement endormi sur des aquarelles
mortuaires. J'y discernais un convoi de broderies éparses que le temps ne serait
corrompre. J'embrassais dans cet amas confusément respiré, une rêverie éloignée
de ma pénible demeure et je m'égarais à l'entrée d'un labyrinthe de parfums toutes
les sueurs de nos amours anciennes.

Mais d'un geste dédaigneux, presque machinal tu passas une main blanche et bien faite
[attention D.U.I.] dans ce groupe divers de mèches blondes, et la noble rêverie...
longuement éveillée en ce court instant [D.U. I?] s'est dissipée

18 novembre 1978

305
Primitif du 78-3-59

Parée de somptueux bijoux, l'œil hagard et livide, soulevant d'une main nonchalante
quantité de soierie déposée sur le divan précieux, elle rêve aux délicieuses soirées
passées chez les De Busy. Et des images tenaces, toujours tracassant son âme
voyageuse, s'amoncellent les unes sur les autres comme une pellicule de film
inlassablement répété. Et dans ses souvenirs voués déjà à l'ennui, elle multiplie les
scènes, grossit les visages et espère embrasser dans ce tombeau de détails, l'instant
unique et sublime que son esprit s'était promis de ne jamais oublier. Le regard
saisissant du jeune homme aux yeux foncés tirés vers un marron extrême, ce
regard de feu expirant toute la force et l'intrépidité de la jeunesse conquérante. Et
malheureuse et presque envoûtée par ce sourire d'ange, par cette bouche suave, elle
éternise son évasive rêverie sur le caporal blond.

Un spleen qui renferme toute la nostalgie d'une lueur divine, une douloureuse faiblesse de
cœur recueillie dans la solitude, une solitude près du feu pétillant dans la
cheminée, où le seul [ami peut être est encore] est cette bouteille de vin rare et ce
verre de cristal, glacial amour, amour tendrement chéri, amour rêvé, amour
volatilisé ! Que le fantasme de la femme seule reproduit inlassablement comme
pour son idéal, comme pour retenir le temps !

Et la dernière lueur du brasier se plaît à mourir avec lenteur. Ce n'est plus qu'une lumière
douceâtre qui baigne la chambre entourée [!!] de bibelots rares et de meubles fort
anciens. Ce n'est qu'un désir impossible qui resplendit encore dans l'âme d'Agathe.
Ce n'est plus qu'une douleur inconsolable qui encense le cœur d'Agathe.

Et promise au baume et au nectar du vin, elle s'endort entourée de pierres et de somptueuses


étoffes posées nonchalamment sur le divan précieux.
11 novembre 1978
Primitif du 78-3-86

306
C'était un vieux boudoir où tremblaient des spectres d'ombres, où un mal invisible rôdait
lugubre pourtant existant entre les meubles de la pièce. Point de mots, point de
regards, une attente éternelle épiait le moindre bruit, l'infime craquement des
planchers. Et les boiseries comme travaillées nuitamment gémissaient de douleurs
et de plaintes répétées. À travers les carreaux de la fenêtre obscure, une lueur pâle,
ronde comme une hostie propageait ses rayons blanchâtres, un instant sublime que
la peur éternise, - rares instants d'inquiétude et de bonheur en soi.

Et les masses inertes de nos chairs blotties et enfoncées dans les profonds fauteuils et des
yeux de chats luisant, prêts à s'enfuir rapidement.

Et nos cœurs battaient la chamade et nos mains transpiraient de faiblesse ou d'effroi.

Un coup de tonnerre terrible ! Le silence disparaît, un cri perçant de ta gorge étroite [serrée]
sort et se propage en dissonance dans tous les recoins de la pièce. Un cri inhumain
: la femme s'est transformée en vampire !

18 septembre 1978

307
Primitif du 78-3-64

J'ai grandi complaisamment à l'ombre d'un cygne à plusieurs têtes, j'ai même ri dans les
étables écoutant le chant d'un coq gaulois. Mais j'ai pleuré un sang barbare, des
cheveux beurrés et des châteaux perdus. (1)

Que reste-t-il des vils tourments, des promenades sous des orages soufreux. Et toi, pauvre
cantate disparue au fond de l'enfer, quand reviendras-tu ? Mais du désespoir
accoutumé, emblème facile de l’intonation écrite, qu'adviendra-t-il ?

Idolâtre monstre d'une rosée tournée sur des feuilles tombantes, semblable amertume de
mes yeux embués d'une marque dantesque, ô maussade gestation dégénérée sur un
corps passionné, que de la sourde réponse entendue posément resplendisse le
tombeau de nos anciennes demeures ! Oui, que du maître légitime, une place
minuscule soit déjà promise, car j'ignore la décrépitude de la tâche, mais je
transpire le prix de l'indésirable souffrance.

Un quatrain, deux quatrains, cent mille quatrains disposés sur des tranches de bois, un sonnet
centenaire donné à des générations insouciantes, des déchirements noircis et copiés à la
hâte pour oublier le déplaisir. Ô espérance d'une reconstitution d'un univers douteux,
comment saisir le nectar d'un éloge ? Sous quel roi ? - De quel droit ? Suivant toute
malice, rappelant l'extrême pondération de ta noblesse ô silence qui sonde ma quiétude
épargneras-tu les martèlements incessants d'une jeunesse laborieuse ? Attends-tu
déplorable créature l'impossibilité de ma croyance ?

Mais de son silence naît un profond silence, plus terrible car plus noir encore dans toute sa

308
solitude.

13 ovembre
1978
(1)Ces premières phrases n'ont pas été acceptées dans la première version.

309
Primitif du 78-3-64

J'ai volé à l'arbre frêle une mince couche de miséricorde, j'ai enflammé un cœur déjà perdu
à la cause première, des promesses impossibles, des vœux d'amour. J'ai joué à la
connaissance usurpant çà et là des fruits de stupide saveur. Sur une couche j'ai
réinventé des images pieuses en symboles multicolores me réservant le droit divin
de retoucher comme un peintre l'empreinte de son tableau, les vicissitudes de mes
rêves transparents. Et plus loin encore, alchimiste du génie sur le point de
découvrir le secret ancestral, j'ai brûlé dans des flammes vives les pages blanches
d'un poème jamais ébauché. Vaste mutation sur le point d'être réalisé, hésitantes
exactitudes vouées à un échec constant, quelle merveilleuse farandole qu'une
rêverie occulte dispensait dans les ténèbres de mes nuits !

310
Primitif du 78-3-85

J'abolis le simulacre de ta danse maudite. Je restitue la fourbe sérénade à l'être digne de


porter son nom. Malgré des défaillances comme des agonies stériles, je proclame
l'avancée de mon entendement. Et plus de sourires, très chère, comme la nuit ne
soudoiera plus mes forces accumulées.

Justice, armes tentationnelles, mugissements louables et cadavres déchiquetés dans ma


fosse déterminée. Ceci est la dernière lettre de mon cataclysme journalier. Adieu
traîtresse. Adieu.

16 novembre 1978

311
Primitif du 78-3-3

Une enfance dévergondée quoique repliée sur elle-même. Un passage terrible à l'imbécillité
du monde vacant. De continuelles crises de rire derrière le dos de stupides
enseignants. Des devoirs bâclés, écrits à un rythme infernal pour cracher une vérité
douteuse, un sermon de mémorables cours.

Des frères piteux, heureux d'une classe grouillante de méchancetés. Des cancres vêtus à la
mode dernière et des sourires narquois et des moqueries stériles pour mieux
respirer dans cette atmosphère d'esclaves. Derrière un vieux bureau un professeur
fier de sa petite réussite, fier de son cours magistral lu à bras-le-corps. Heureux de
la faiblesse de ses analyses et tremblant comme une feuille morte devant un
censeur agressif. Récréations cafardeuses où l'on tire une cigarette trop vite
chauffée, des remarques, des mots, des idioties prononcés à chaque parole.

Et un dieu vengeur qui se tenait paisible, qui attend son heure pour éclater, pour briser les
chaînes terribles qui l'empêchaient de se mouvoir. Un dieu superbe caché sous une
veste sale. Un dieu ou un démon. Qu'importe ! Un être de l'au-delà perdu dans une
multitude ignominieuse. Lui seul me parlait. Il est mort aujourd'hui. Mort de
faiblesses ou mort de peur peut être. Nous avons grandi ensemble, mais jamais
joué aux mêmes jeux. Nous nous sommes querellés, jamais pour les mêmes
histoires ! Étrange personnage qui feignait d'être un autre et qui, en vérité, était
mon propre frère.

J'ai espoir. Demain, je le retrouverai et jamais plus nous ne nous séparerons. Non ! Jamais
plus.

23 novembre 1978

312
Primitif du 78-3-20

Des tourments promis aux faces convoitées que l'oracle semblait avoir oubliés. (1)

Le vieillard en paix (2) qui vibre continuellement.

Les mourants secondés dans la pénombre blanchie.

Et le feu dont les braises rougeâtres jonchent le parterre tiède. (3)

Reine, foule, testament et autres consentements : tout pourrira ! Et la chair de ta chair ne


sera qu'un vomissement hideux.

(1) devoir oublier

(2)tranquillisé
(3)climatisé

313
Primitif du 78-3-23

Le songe présent sous les rumeurs du siècle


La vérité soumise aux pulsations de la foule
Le mélange crasseux de nos solitudes désespérées
La mélancolie, refuge et supplice chimérique
La transparence des pôles, des mers salées
La bannière sous les troupeaux d'insectes aimés

Et le vent qui dans sa danse


Exploite l'amertume de mes peuples.

Éclatés, vomis, stériles, puis féconds que restera-t-il


Des astres fluorescents et des envolées divines ?

- Un gouffre de laves et de meurtres


Le réalisme vaincu par les forces sommaires.

314
Primitif du 78-3-37

L'orgasme dans les nébuleuses qui pleurent leur automne.


Le fruit se décompose sur les filantes orgues. (1)

Le délabrement de l'Antique Cité,


Jadis l'acteur jouait sur la place publique.

Le conseil déplorable et avide de luxures proscrites.

L'enfant transporté sur d'irradiantes pénombres.

Échappé des miroirs rutilants, - l'amour.

La folle servitude pour les malheureuses chaleurs,


Et la science périclite dans l'orage des ténèbres.

Exposée aux sulfures des milices,


Recherchant la faille du labyrinthe inconnu,
Quelle voix pour échapper au monde inhumain ?

9 décembre 1978

et le fruit sermonné à l'encontre des filantes orgues

(1)

315
Primitif du 78-3-19

Les déserts de ses nuits, les sermons bafoués


La violence du regard, les ténèbres des yeux.

Les souvenirs haineux, les trouvailles impossibles (1)


Et le prolongement d'une ouverture bénigne.

Les mensonges encombrants, (2) une litière défaite


Des soumissions, des rires - les gestes en ce temps-là ! (3)

Des rires improvisés, des changements de ton


Des actes se succèdent pour des grâces enfantines. (4)
Et des heures contenues
Sur des plaisirs rêvés

(1) les découvertes capitales

(2) les lourds mensonges sur la litière défaite

(3) les gestes de ce temps-là !

(2) Des actes qui se succèdent


dans les grâces enfantines.

316
Primitif du 78-3-29

L'incompatibilité

Dédaigneux d'une forme première


Où un doute lentement s'endort
Je vole au stérile désert
L'écrin parsemé de pierreries et d'ors.
L'amas de faiblesses intimes
Respiré sur ce coussin de velours
Me semble parfois légitime
Et parfois maître de ma tour.

Que je ne sache de l'inconnu l'effort


- La [servile] tentation maintes fois retrouvée :
Ce feu cuisant et fourbe qui me dévore
Aura tout fait encore de me torturer ! ...
Vois honte suprême de mes délices
L'éternelle folie pareille aux aimées
Remplir [et faiblir] dans des supplices
Le cœur âcre et disgracié.

Au tombeau, rempart extrême du bonheur,


Une lente agonie se prépare en ton [joug] honneur
Et promet à outrance des sueurs
La noirceur vile des bacchantes
Ça promet - lugubre survivante

317
Des fiels suaves et lugubres jougs !
Mais à l'extrême langueur mon être
Je ne puis accepter du tout
L'odieuse cérémonie de disparaître...

18 novembre 1978

318
Primitif du 78-3-38

Si de l'instant sublime
Rien n'échappera des lueurs
Si du doute accumulé
S'entaille un réel obscurci
Si inquiet à l'automne des questions
L'horrible monstre sévit encore
Qu'attendons-nous ?

D'une misérable frayeur


Par trois syllabes dilapidées
Je ne perds que des pleurs.
Dans une guerre éternelle
Où germe la maturité
Délivrons l'insouciance
Qui, par nos sourires saignés
N'apporte que fruit de nuisance.

Regard du malheur
Qu'exploite un désespoir
Éloigne-toi une heure
Une heure dans ce soir !
Car baignés dans nos labeurs
À la sève sempiternelle
Nous n'aurons plus d'ardeurs
Pauvres de nous, immortels !

16 novembre 1978

319
Primitif du 78-3-54

Lie qui incube ô satanée


Le réveil des nymphes posant
Dans cette orgie ailée
Ébène, ivoire, luxuriant.

Mordre haines sanguines


Et possessions de la mort
Pour une vile libertine
Terrible, sublime sort !

Enroulées du ptyx macabre


Chantant des Te Deum à pleine voix
Entre poignards et sabres

Presque dévêtus du linge blanc


Qu'il retire violent dans sa foi
Démon arrive, arrive sanglant !

1er décembre 1978

Qu'il retire violemment dans sa foi


Son démon arrive arrive sanglant.

320
Primitif du 78-3-13
Sache...

Les chairs de la ligne, promenées


En cercles vibraux, et l'oracle
Caressent le sol nu (1) de son espace.

Tu modules la granitique fonction


De l'Ange ou du Météore.

Cristaux de gaze enveloppés d'atomes


O substances épurées et soleils de neige.

Mais ta bouche trousse l'innocence


Comme tu contribues au sens crayeux !

Impossible chimère inviolée en ce terme


Scabreuse fioriture et pensées (2) interdites,

C'est de ton nom que naîtra l'évidence.

(1) boueux
(2)Masques glorifiés

321
Primitif du 78-3-35
III

Quand du sévice saccadé tel humiliant


L'Empire désabusé des primaires conquêtes
Et fleurissant les dédales anciens des mondes persécutés.

Quand l'indolence, monstrueuse dans sa discorde,


Et de son joug perpétuel envenima mes pensées

Quand ces humbles transparences sacrèrent


Les lugubres monotonies de tout un peuple,

Je vis combattre l'éternelle promptitude de ses aveux ;


Je vis gloire et cuirasse haineuse transformer
L'incertitude en temples belliqueux.

C'étaient laves, incendies et hurlements de femmes


Pillages dans les rues étroites de la cité
Lourdes épaves et amas de ruines renversés en une nuit !

- Le luxe se mouvant dans les plaines comme


Des coulées de braises aux étés chauds d'alors ;
-Le vent soufflait - brave - et se savait mourir ;
Les sortilèges dépecés, jetés sur les martyres
Tremblait l'effervescence et les dieux détrônés.

322
Je suis l'ignoble tentation de l'être indigne
Et sa soif de mortels baisers
Et je suis l'hymne solennel inventeur
Pour sauver leurs âmes soumises ; et je suis !

5 décembre 1978

323
Primitif du 78-3-51
Sœurs

Teneur de l'épée disparue


Et vents tenanciers des belles sublimes :
Florence possédée dans l'antre bestiale
Broyant son torse poussif et distendu ;
Nanou dispendieuse de l'âcre besogne
Volant au fil de l'âge, la jupe écorchée
Et Lore criarde aux champs, tapissés ;

Détroussées dans l'habit vert


Des pâles néréides
Et crachotant une foi débraillée
C'est l'extrême frayeur de l'incertitude
La rose puante est déflorée !

24 décembre 1978

324
Primitif du 78-3-38

Fier, les poings liés sous les convulsions d'une danse


Macabre, agité de soubresauts, grimaçant
Et le visage boursouflé par l'alcool, immense
- Un homme aux mains osseuses dans un rêve chantant.

Ses pas répétés excitant la fumeuse salle


Qui applaudit comme envoûtée de la fièvre
Qui vocifère et rit quand le manchot s'étale
- Une foule balbutiant des paroles sur des lèvres ;

Des bouches ouvertes à une dentition putride


Où le venin coule à profusion, et l'écume
Blanchâtre qui mousse semblable aux liquides

Des biles expulsées ! Pour toute fortune


Trois pièces jetées dans une casquette sale
Et l'idiot danse, danse, ô destinée fatale !

19 novembre 1978
L'idiot danse, danse encore, ô destinée fatale !
L'idiot gigote encore du nez jusqu'à l'anal
L'idiot danse et danse encore : destinée fatale.

Note : destinée - fatale - même origine

325
Primitif du 78-3-6

Silence

De l'heure solennelle où en ce lieu superbe


Je ranime l'espoir, cause suprême du remords
Temple, je te salue et agenouillé sur l'herbe
Je prie confusément le repos de nos morts.

Nu devant ton Dieu immolant la traîtresse


Ouvre ténébreux de son fils détourné
Je supplie mains liées le germe des faiblesses
Qui s'unissent parfois dans les cœurs apaisés.

Mais de ta bouche nul murmure ne s'exhale ! ...


Aux puissances extrêmes invoquant le pardon
Qui, être des ombres au tombeau sépulcral
Entendrait comme une plainte évoquer ton nom ?

326
L'HUILE FRAÎCHE

78-5

Fuir, fuir ! Mais où ?

Fuir, fuir, mais où ? Quelle destination sublime ou quel mal nous déposera encore ? (1)

Je suis parti ! Une mélodie étrange d'évasion, un instant de solitude espéré depuis tant de
mois... Et puis... et puis la chute ! (2)

Ô l'incertitude, sœur de mon enchaînement, quand me délivreras-tu ?

Pourtant dans l'Azur, le matin je vois parfois les premières pierres d'un Temple, et je souris
quand les rayons frappent d'un éclat vermeil les plus hautes fenêtres de ma
demeure.

Le texte est codé 78-5-66

(1) Il manque ici tout un paragraphe : "Quel regard qui m'a vu naître me tendra les bras ?
Doute, vision du passé, d'une hésitation, je féconde mon chemin. Je suis parti.
C'était hier. - Une route jonchée d'arbres immenses, de lumières fugaces frappant
le blanc de l'œil."

(2) Second fragment manquant : "La mort. Dans un gémissement, je compose la nuit pour
prolonger mon enterrement. Un suicide sanglant ? Ho ! Les mains sont propres. Là
est le drame. Une cérémonie peu coûteuse sans fleurs et sans couronnes. Point de
prêtres. De vulgaires écritures.
Je crie faiblesse. Voilà tout. On reprend patience. Je titube la mémoire confuse ou troublée.

327
Ainsi toujours de sombres tyrannies

Ainsi toujours (1) de sombres tyrannies en moi (2) ! Que je dévoile une à une les pensées
équivoques, les trombes redoutables, les souffrances subies ! Que j'aille durcissant
mes forces dans le combat immoral, le combat sans défaite et sans vainqueur (3) !

(4) Tu te romps silencieux, et les coups portés ne sont que des leurres ! Tu projettes ton
image, tu obtiens le maléfice (5).

(6) Que reste-t-il à inventer ? Une morale prescrite depuis deux mille ans (7).
En un mot, un monde transformé suivant les transcendances de notre peuple.

Le texte est codé 78-5-61


(1) L'hymne magistral de sombres tyrannies

(2) Toujours une pluie de mensonges, toujours la haine entre les dents.

(3) Abjecte rancune, mais réelle survivance.

(4) Je (mot illisible) entre deux crachats.

(5) Tu goûtes à la table des Anciens mais personne ne convoite le bien suranné.

(6) Les pluies s'abattent, les hommages se rangent, les druides apparaissent dans son bois,
les saveurs difformes s'entassent lugubrement.

(7) Un long déraisonnement de syllabes.

(8) Horreur le rire - horreur la confrontation. Coups portés au plexus - Devoirs à l'activité.

328
Tandis que l'Ancienne famille

(1)

Tandis que l'Ancienne famille pullule dans des portées grandissantes, le roulis sur nos dos
nacrés résonne véritable tambour.

C'est la fête dans les tapisseries et sur les chandails violets. Le rythme aigu du clairon va à
la charge.

L'effondrement des sens et le mouvement perdu dans les ondes fortuites, les verras-tu ?

L'orgasme vendu, exploité, toléré prolonge l'intimité. C'est le repos banal ! La suite
s'invente sur des rêves d'or.

Le Millénaire réunit une dernière fois nos âmes ténébreuses. Il les jettera dans la fosse des
douleurs.

Le texte est codé 78-5-81

(1)Il manque en première partie, ces quelques lignes : "Des descendances stériles qui
frappent le seuil d'une maison tombée en décrépitude. Sur les toits, l'hérédité verte comme
des fêlures, et une cour tapissée de blasons blancs. Le lieu de nos retrouvailles !

329
L'architecture de la femme

(1)

L'architecture de la femme ouvre ses yeux et dispose ses rayons rougis par le soleil. Pieds
nus, tête penchée contre le regard pensif de l'éclusier, l'eau monte le long de la
façade de bois - la cour est haletante. Elle vocifère l'inexpérience et sa paresseuse
blancheur.

Quant aux tapisseries, elles noircissent lentement sous les fouets du saule pleureur.

Le texte est codé 78-5-80

(1)Le texte possède ces quelques lignes inédites : "Un plastron parmi des déserts de
lumière, une chevauchée entre deux courses frôleuses, un vieillard pommadé de
bouquets de roses, un fleuve qu'une écluse dilapide en menus durcissements.

Des tourments épineux

330
(1)

Des tourments épineux, des faces convoitées que l'oracle rêveur semblait devoir oublier.

(2)

Des mourants secondés dans la pénombre blanchie, et le feu dont les braises rougeâtres
jonchent le parterre...

Reines, foule, testament, et autres consentements - tout pourrira ! (3) Et la chair de ta chair
ne sera qu'un vomissement hideux.

Le texte est codé 78-5-4

(1) Un fragment a été évincé tout au début du texte : "L'augure, convoitise de l'ancêtre dans
des meurtres et des mares de sang, cette tournure d'esprit apte à défaire le
sentiment puissant, fut-il dans le cœur de l'homme ?"

(2) Le vieillard tranquillisé qui vibre continuellement

(3)O vers, ô miséricorde cent fois bénis !

331
Les heures s'égrènent

Les heures s'égrènent dans la vitesse de la sagesse. Mais la fatalité explose, et se fait
concept latent sur la page blanche (1). Toute démarche hors de soi, implose
l'abnégation. C'est une sorte de (2) sortilège déboussolé ne sachant comment (3)
corrompre ses lueurs.

Les horreurs exploitées, renversées dans des déluges de larmes se morfondent. Elles
prônent l'indélicatesse de ses aveux. C'est que l'ancienne complaisance ressent le
mal dans les catacombes et dans le grand deuil. Pis. Elle dévoile l'intolérance,
prouve la fatalité et l'inexpérience de l'esprit.

Dire la faculté des ressources humaines, le surpassement négligeable de son corps est
encore la preuve stupide d'une transcendance convoitée mais jamais réalisée. (4)

(1) sur des pages blanches

(2) un sortilège déboussolé

(3) où corrompue

(3) Il manque ici une phrase :


"Que de peuples l'ont proclamé morts, égarements, interdits, ignominies atroces."
(4)

332
Des délégations fourvoyeuses

Des délégations fourvoyeuses de lyres (1) et de cloches teintées au carême de la paix. Je


dirais frémir des pétales mauves et or sous (2) les couleurs tamisées de la grande
place.

Ce sont des chants patriciens gardés à l'étoile qui se meurt doucement (3) dans le soleil (4)
âcre.

(5) Toute tentative fléchit naissante. Qu'on vieillisse le sacrement, qu'on interdise la
tromperie, et plus jamais mélodieuses bouffées ne s'envoleront derrière la masse
écarlate et grelottante (6).

Contre des sépias, un dressage. De troublantes farandoles tapissent de haine les moindres
lumières voilées. Le faisceau (7) veut briller.

Le retard espéré transformera en désert stérile la bouffonnerie de leur musique odieuse.

Le texte est codé 78-5-78

(1) de paquets

(2) dans

(3) étroitement

(4) nuage

333
(5) il manque ici toute une phrase : "Comme l'infidélité unit les royaumes et les squares, et
les jardins médiocrement délimités, toute tentative fléchit à peine naissante."

(6) grelottée

(7) Le faisceau prêt à la brillance recule au plus bas dans le soulèvement de la crédulité.

334
J'expérimente le salut

J'expérimente le salut. L'incandescence - abstraction faite des miroitements - conspire et


soulève mon âme comme un péché obscur (1) dont on se joue cyniquement.

Et partant de l'idée que l'incrédule est maître du royaume, je me plais à découcher l'insanité
profonde qui ressurgit du fond de mon esprit.

Hélas cette projection spécifique n'est que le gouffre inné, toujours vierge de mon inconnu
(2).

Du néant se métamorphose le Néant. Je confesse l'impuissance dérivée de sa charge


primaire. Mais est-il nécessaire (3) qu'il puisse surpasser le doute et vaincre la
supercherie ainsi déclamée ?

Ignorance, - tel (4) est le mot, ignorance !

Le texte est codé 78-5-16

(1) véniel

(2) le texte ajoute : "n'est que le gouffre inné toujours indemne de mon absolutisme."

(3) N'est-il pas nécessité

(4) là est le vain mot

Le texte est daté : 8 décembre 1978

335
La dague et l'épée

La dague et l'épée croisées pour des discernements d'une époque (1) qui se plaît à ravir les
forces et les tumultes (2). Des raisons séquestrées sous des formes (3)
d'accointances diverses que des êtres stupides se refusent à subir.

Les paroles montent. (4) Elles détruisent les beuveries licencieuses, les festins des mortels
disciples (5). L'échange accompli transforme l'évidence pure en croyance plus ou
moins désuètes.

Ils échappent au malheur mais répondent de leur souffle pour de vulgaires malentendus !

De la décharge supposée féconde pour la condescendance, largesses et autres facilités, deux


mondes se répondent, sont sollicités (6).

L'orgueil est nécessaire du moins pour soustraire les insanités, les bêtises les débâcles. Le
jeu avachissant désespérément inutile donné à des morales futures, n'entraînera pas
la peine démantelée.

Le texte est coté 78-5-14

(1) tumultueuse

(2) adjacents

(3) par des accointances diverses

(4) et tuent

336
(5) condisciples

(6) à la croisée des chemins nouveaux.

Le texte est daté du 11 décembre

337
Le châtiment déjoué

Le châtiment déjoué selon la méthode classique des nouvelles humanités, et le départ


cherché dans les épîtres et les présages (1). Le réveil en quelque sorte qui fuit et se
consume au-delà de toute espérance. C'était la réelle foi de leurs pauvres esprits.

Les destructions rassemblent et encouragent les peuples à de nécessaires combats, -


l'orgueil de quelques-uns uns devient force et se multiplie comme pour engendrer
de prochains éclats.

Points de leurres ni de faussetés, encore moins de négligence - les délivrances (2)


retournent au spectacle, - spectacle ridicule.

Pour d'infimes survivances, que de combats déchus ! Un engagement forcené, des


mutilations terribles, des combats épiques enflammant corps et âmes ! (3)

Des quarantaines de drapeaux vaincus ? Non. Rien. Rien qu'une déchirure interne que
l'espoir renouvelle chaque jour !

Le texte est codé 78-5-16

(1) d'humiliantes exactitudes

(2) persécutées

(3) des retombées propices dans le calme des (illisible)

Le texte est daté du 11 décembre 1978

338
(1)

Elles tournoient et se jettent dans l'obscurité ou l'insipidité de la chance. La déesse se


souvint que c'étaient eux. L'un d'eux inventa et mourut. Même des pâmoisons et
des caresses, des meurtres indécis et des coups de feu, même du théâtre imaginaire
où l'action métamorphosait la vaillance du coeur. Jamais ténor n'eût mieux chanté.

Le texte est codé 78-5-13

Il manque ici quelques lignes refusées lors du rewriting : "Une maladie lancinante aux huit
poings dans nos poches et du réalisme tournoyant dans de baveuses beuveries, les
mains liées sous une tutelle en cuivre. Elles pontifient la mitraille des années et se
penchent comme la douleur s'accentue. Par le truchement des pôles tourmentés,
elles tournoient et se jettent etc." Le morceau poursuit le début du paragraphe.

Le texte est daté du 14 décembre 1978.

339
Des pétales mauves

Des pétales mauves et roses accrochés aux arbres des pelouses, d'énormes camélias posés
çà et là sur des terres labourées. Le jeudi, après le délassement matinal, nous
gambadions déchiquetant de nos pieds menus la première herbe verte d'un
printemps (1).

Le texte est codé 78-5-43

(1) Une phrase a été omise : "Ô souvenir, quand tu resplendis en Moi ! D'allègres gambades
aux expériences interdites...

Le texte est daté du 23 octobre 1978

Une autre phrase est raturée : "J'ai aimé, enfant bercé par des langueurs ces spectacles
longtemps : des heures d'insouciances bercées."

340
Primitif du 78-5-1

Là-bas, tu vois les feux

Là-bas tu vois les feux, les torches et les mourants


Le champ de bataille - La bataille des Dieux ;

Gémissements, fantassins écrasés : - secousse et agonie.

Derrière un convoi mortuaire poussé par un grand vent ;


Des habits éparpillés dans le duvet des plaines
Et des râles continus jusqu'aux lueurs du matin

Un monde s'efface
Un autre disparaît.

Les trompettes de la renommée, l'ordre entendu sur les places


De superbes chevaux, l'œil vif, la robe vibrante
La promptitude, la stratégie et l'échec
La grandeur de l'homme, la petitesse de l'insouciance

Un monde, une race


Un autre naissait.

341
Primitif du 78-5-97

L'orgasme dans les nébuleuses qui pleurent leur automne


Et le fruit sermonné à l'encontre des filantes orgues
Le délabrement de l'Antique Cité
Où jadis l'acteur jouait sur la place publique
Le conseil déplorable et avide de luxes proscrits.

L'enfant transposé sur d'irradiantes pénombres ;


Echappé des miroirs scintillants - l'amour.

La folle servitude pour les malheurs des chaleurs


Et la science périclite dans l'orage des ténèbres

Exposé aux sulfures des milices,


Recherchant la faille du labyrinthe inconnu
Quelle voix pour échapper au monde inhumain ?

Note : l'organisation du texte était totalement différente de la version définitive. Le poème


achevé a été proposé en prose.

Primitif du 78-5-91

342
Les déserts de ses nuits

Les déserts de ses nuits et les sermons bafoués


La violence du regard, les ténèbres de ses yeux

Les souvenirs haineux, les découvertes capitales


Et le prolongement d'une ouverture bénigne

Les lourds mensonges sur une litière défaite


Des soumissions et des rires - les gestes de ce temps-là !

Des rimes improvisées, des changements de ton


Des actes qui se succèdent aux grâces enfantines
Et des heures contenues
Sur des plaisirs rêvés.

Le désert de ses nuits et les sermons bafoués


Les violences du regard, les ténèbres dans ses yeux

Les souvenirs haineux, les découvertes capitales


Et le prolongement d'une ouverture bénigne

Les lourdes mensonges sur une litière défaite


Des soumissions et des rires - les gestes de ce temps !

Des rites improvisés, des changements de ton


Des actes qui se succèdent aux grâces enfantines
Et des heures contenues
Sur les plaisirs de nos rêves.

343
La sublime douceur transformée en ce siècle
(Une fièvre sanglante propulsée contre tous membres)

Et des mâchoires d'acier pour une fin étrange


Des artifices en mai, c'était déjà l'hiver
L'écroulement des étoffes, les vendanges terminées
Et nos âmes honteuses pour l'échec inanimé,
Pour des masses vétustes,

344
Primitif du 78-5-2

La chute espérance, de nos cris, de nos cœurs


Le fouet aux lanières superbes dans les corps affaiblis
Le hurlement de la foule aux premiers de ses pas
La jouissance terrestre du repos partagé.
Des montagnes de regards braqués sur l'inconnu
Le cerveau grandi de la finesse séculaire
La folle logique engouffrée dans les ténèbres
Puis la raison encensée à nouveau.

Des musiques, l'air de l'orchestre putréfié, des clairons à la fauve couleur ;


Le chant de guerre entendu sous les tentes, dans les bois ;
Les glaces fondues qui vomissent des cadavres de l'ennemi
Et des armes peintes au sang de la victoire.

Contre des poteaux en bois, des fusillés de l'ultime déchéance, et des hommes perdus, et
des femmes pleurant.
Le soleil fatigué par la guerre éternelle, le soleil se couchant sous les [bannières] boues du
caporal.

La garde se gorge de vins aigrelets, la garde acclame les souffrances de ses torts.

Un monde disparaît
Un autre le remplace.

345
Primitif du 78-5-5
Le songe est interdit

Le songe proscrit sous les rumeurs du siècle


La vérité soumise aux pulsations de la foule
Le mélange crasseux de nos solitudes désespérées
La mélancolie, refuge et supplice chimérique
La transparence des pôles, des fiords, des mers salées
La bannière sur des troupeaux d'insectes aimés
Et le vent, qui dans sa danse
Exploite l'amertume de mes peuples.

346
Un démon

Un démon se souvient, et exauce ses vœux,


Vomit cyniquement la tentation divine,
Et arrache despote son cauchemar heureux !

(1)

Dans les sombres ténèbres, luxes de désespoir,


Elle, lubrique et lugubre sous les transes sanguines,
L'âme horrifiée se meurt un peu plus chaque soir !

Le texte est codé 78-5-95

(1) Il manque ici trois vers :


Sous les noires ténèbres luxuriantes de désespoir
l'horrible uni au lubrique dans des transes sanguines
Horrible, lubrique (raturés).

347
Primitif du 78-5-76
Pour l'ombre de toi-même

Ombre de toi-même qui vole et plonge


Dans l'infinité de son morne délice,
Qui bat l'aile tourmentée que sondent
Les aurores voilées d'un Dieu propice - (Sinistre ?)

Amas de vertus de qui la métaphore s'éloigne,


Que de ton pas résonne le dallage (l'épais)
Comme du déchirement l'éternel carnage
Qu'un mage déployé confondait en rivages.

Que tu soulèves les roches et les cendres


La terre détrônée jusques à [l'encolure] l'embouchure
Et dans l'épaisseur de l'odieuse voilure

Tel étrange vaisseau longeant les parures (l'humble)


Au pur consentement qui va et regagne
Les mâts dressés, les vagues et les drames !

348
Que tu proposes nue

Que tu proposes nue


À ma souffrance ancienne
Fruits délices conçus
Avec (1) liqueurs suprêmes,

Lentement de l'éclat
Reposé sur un cœur
Un souffle poussera (2)
Cris sublimes et candeurs...

Perdue (3) une seconde,


Dans (4) ce combat royal,
Ma faiblesse profonde,
(Ô destinée fatale) (5)
S'émancipe quelque peu... (6)
Semble vivre (7) et se meurt
Dans la lueur du soir, (8)
Et chasse mon désespoir !

Texte dédicacé : À Sandrine

(1) ou des liqueurs suprêmes, (!)


(2) Un souffle unira
(3) Éloignée une seconde
(4) De ce combat royal,
(5) D'une destinée fatale

349
(6) S'émancipe un peu
(7) Semble revivre et se meurt
(8) Dans les lueurs du soir

Le texte est daté du 11 novembre 1978 avec la mention : (Peut-être à terminer).

350
Primitif du 78-5-01

Candide insouciance
De l'automne perdu
Aux nombreuses naissances
Des mondes déçus.
Qu'invoquer l'oubli
À jamais impossible
Pour d'affreuses pluies
Dans un cœur sensible.

Et le moribond
Sur des larmes versées
Pour un feu infécond,
Pleure de lâcheté.
Par des peines obscurcies
Toujours redéployées
L'enfance blêmit
Les vulgaires raretés !

Candides insouciances
Des automnes perdus
Serez-vous espérances
D'un monde entrevu.
- C'est la destinée
Des erreurs promises
Qui chante l'année,
L'année indécise ! ...

16 décembre 1978

351
Primitif du 78-14-116

Il y avait dans une ancienne contrée, une ville. Étrange et surprenante où de temps en temps
j'allais rafraîchir mes pas. Jadis possession des spéculateurs et marchands de tous
genres, Hermann ne vivait que par le négoce. On échangeait. Marchandise et
monnaie circulaient pour le plus grand bonheur des habitants. Les opérations
enrichissaient la cité. Quoique à régime autarcique - les membres influents
refusaient quelconque échange avec les villes avoisinantes - Je dirais pourquoi
dans la suite -. Hermann prospérait. On enviait dans les contrées alentour la
réussite d'Hermann.

352
Primitif du 78-4-50

Jadis dans les décors mats des cités, c'était floraison de sortilèges. On plaisantait dans les
soupentes, on teignait d'anciennes farandoles. Aujourd'hui tout a disparu. [Grande
peine pour nos pauvres yeux ! Exploit du progrès pour certains ! ... L'odeur
désagréable des pont-levis] Le passage à quai des lourdes péniches, le ronflement
des usines à détritus. J'observais des heures durant ces tas de ruines plongé dans
quelque rêverie douteuse...

[Ce n'est que plusieurs années passées]. Ils ont cassé ma Nature, ma jeunesse et mes jeux
enfantins. L'atroce exactitude d'un plan, des foyers à construire, des pâtés de sable
pour d'autres enfants... [et les coquelicots poussent sur les monticules de terre
s'appellent roses savamment alignées séparant des lieux de stationnement !]

Horreur bouleversante. L'Ignoble Retour de mes quinze ans !

22 octobre 1978

Et les coquelicots qui poussaient sur les monticules


[L'ignoble] Retour de mes quinze ans !

353
Primitif du 78-4-5

Jadis dans les décors mats des cités, c'était floraison de sortilèges. On plaisantait dans les
soupentes, on teignait d'anciennes farandoles. [Grande peine pour mes pauvres
yeux] [exploit du progrès chez certains ! ...] L'odeur désagréable des pont-levis, le
passage à quai des lourdes péniches, le ronflement des usines à détritus. J'observais
des heures durant ces tas de ruines plongé dans quelques rêveries douteuses.

[Ce n'est que plusieurs années passées]. Ils ont cassé ma nature, ma jeunesse et mes jeux
enfantins. L'atroce exactitude d'un plan, des foyers à construire, des pâtés de sables
pour les enfants... et les coquelicots poussant sur les monticules de terre,
s'appellent roses savamment alignées séparant des lieux de stationnement ! ...

Horreur bouleversante. L'ignoble retour de mes quinze ans !

22 octobre 1978

Primitif du 78-4-141

354
A ma dormeuse

Je ne veux pas ce soir, licencieuse [amoureuse] ennemie


Respirer en ton corps le doux parfum des songes
Ni battre mon pauvre cœur sur tes seins endurcis [dorés]
Ni la jouissance passive où parfois tu me plonges.

J'espère sur cette bouche inventer un amour


Puissant et immortel que tu composeras, [reposeras]
[Inventer] [composer cette nuit à la lumière du jour]
[Un poème insensé qui te prendra les bras]

Qu'importe les [langueurs]brimades de nos mains en détresse !


[Et le souffle accéléré qui imprégnait] nos yeux
Je demande plus fort que la houle et la tendresse
Un bonheur sans silence pour deux cœurs amoureux.

[Car sur le piédestal, où le génie descend]


[Rêvent les plaisirs innés d'un merveilleux enfant].
Parfumée cette nuit jusqu'aux lueurs du jour
La chambre lugubre que proposent nos ébats
[Un poème insensé qui unirait nos ébats.]
[Rêvent des plaisirs innés, pour un sublime enfant.]

Car du cristal où le génie parfois descend,


[Proclamer à la nuit à la lueur du jour]
Le souffle accéléré qui réchauffait nos yeux !
Rêvent des plaisirs innés que confectionne l'enfant !

355
Avec structure du sonnet
25 août 1978

Primitif du 78-4-135

356
Baiser d'orgueil

Cependant que le joug infernal et divin


Acclame par les nuits des relents mortuaires,
Et que tes longs cils immortels frissonnent au loin
Ou que l'aride destinée succombe au désert,

Parfois frémissent les subtiles sueurs d'infinis


Commérages ! ... Un baiser chaste aux syllabes du Moi,
Encense dans les rires des entrevues les nuits,
Il est impalpable mais provoque et sonde ma loi...

Du noble Empire soumis aux battements des cieux


Qu'il se redresse ou [sonde] plonge même parmi les Ténèbres
Son bruit sec et mat s'évade mélodieux...

Emporter des tourments qui se rattachent au deuil


Ou jouir au fond de son lit des odeurs funèbres
Qu'importe sa voix grave puisque l'espoir est l'orgueil !

19 octobre 1978

Qu'importe sa voix grave


Puisque l'espoir est son orgueil
Sonnet irrégulier.

Entonne dans les rires les entrevues des nuits


Il est impalpable mais provoque et sonde ma loi.

357
Primitif du 78-4-47

Des caneurs endiablées sur un rire immonde


Qu'on respire presque nu, boursouflé de chaleurs
Et qu'un Dieu inhumain par sa verve féconde
Réclame jusqu'en la mort, l'effroi et la douleur,

Des pistils de haine, des sermons crucifiés


Que je bafoue la nuit aux larmes de mes pleurs ;
Des infectes bavures, des tâches répétées
Putréfient tout travail et tout ordre meilleur.

Car des voix affreuses conspirent en ma tête


Une saison chargée de splendides oraisons :
Et crachent et dégorgent la misérable bête
Et avancent horribles, dans le creux de la raison !

7 septembre 1978

358
Primitif du 78-4-32

Voles et descends d'un regard méditatif


Le feu luisait consumé dans ses lueurs.
Mais le doute où la nuit achève son humeur
Rit, tonne ses foudres, ô charitable plaintif !

Au sommeil des dormeuses, posé en cascades,


L'éloignement distinct prolonge les cris...
Quoi ! À l’encontre l'être frêle pâme et souris
Et trébuche au doux silence ?

Quelle mascarade !
Le fruit délicieux bercé par l'humeur frôle
Et dévêt l'habit des somnolences lourdes.
Sur la lèvre offerte, une haleine molle...

L'heure pénible ennemie appelle, dès lors [honteuse]


Le triomphe vacant d'une chevelure lourde,
Le pensant, le bien pensant s'incline et dort !

5 octobre 1978

359
Primitif du 78-3-46

Ô si pure et si loin qu'une lueur m'émeut


Encore, belle sous le doux masque aspergeant une fleur,
Je vis entrer merveilleuse sous les antiques feux
Une pâle beauté si parfaite que je meurs !
Tel défait de l'éternel complice quand je dors
Lourde de somnolence comme un baiser de saveurs
Ô maint drame perpétué dans mes tempes prêtes à éclore
- L'œil émoussé par les substances divines du cœur
Se pose sur l'incarnat, brave costume rayé !
C'est l'horrible aveu terme pur de mon espoir
Car ivre de la nature j'espérais voir couler
Sur votre bouche le geste d'amour d'un regard ! ...

3 novembre 1978

360
Primitif du 78-4-88

Paix

Ô paix profonde quand ton silence resplendit en Moi


On dirait mourir sous des lumières nouvelles l'astre pur
D'une sagesse douloureuse. J'entends battre l'effroi...
Que tu te dodelines, l'œil vit mais pensant au futur,

C'est l'oriflamme de tes mensonges que tu te plais à revêtir...


Aux ténèbres lourdes où ruisselle parfois l'accalmie,
Il discerne les sombres complaintes des lieux à venir.
De ta bouche déserte comme plongent les furies,

Des somnolences de bravoures contemplent les rivages


Et l'être infime pourchasse la croyance des Dieux !
Les voix accouplées à la destinée aigre dégagent

Un rouet soumis aux causes que l'on sonde fiévreux ! ...


Regard sur les ondes déplacées et libres, ô fière
Que de la jetée, l'obstacle s'éloigne de sa misère !

12 octobre 1978

Quand la jetée, l'obstacle s'éloigne de la misère ! ...

LES PRIMITIFS

361
L’HUILE FRAÎCHE 78-2

Avertissement

Primitif du 78-2-7 Il faut savoir


Primitif du 78-2-10 Que le délassement assombrisse
Primitif du 78-2-9 Tu exposes le diagramme
Primitif du 78-2-15 Un midi étrangement profond
Primitif du 78-2-15 Tu te romps
Primitif du 78-2-8 Les rayons suprêmes
Primitif du 78-2-11 C’étaient des lèvres creuses
Primitif du 78-2-5 Opaque cité
Primitif du 78-2-6 Ils entament calmement
Primitif du 78-2-16 Je revois un sanctuaire
Primitif du 78-2-45 Spectacle
Primitif du 78-2-12 Hortense
Primitif du 78-2-14 Honfleur
Primitif du 78-2-33 Toi, raconte-nous l’histoire
Primitif du 78-2-34 L’instance populaire
Primitif II Des pastels de grâces
Primitif I Des pastels de grâces
Primitif du 78-23-5 L’onde transparente
Primitif du78-2-35 La raison éminente
Primitif du78-2-36 Un palais silencieux
Primitif du 78-2-36 Les arceaux s’entrechoquaient
Primitif du 78-2-37 Des granits bleus
C’est une nuit
Primitif du 78-2-38 Une grille, des barreaux
Primitif du78-2-39 Pour cette correction
Primitif du 78-2-39 De pouvoir cette ruche
Primitif du 78-2-17 Les couronnes d’épines

362
Primitif du 78-2-45 Chanson
Primitif du 78-2-50 Partir vers l’infini
Primitif du 78-2-70 Le rêveur
Primitif du 78-2-48 Des saveurs, des rubis
Primitif du 78-2-58 Au tout premier réveil
Primitif du 78-2-55 Rien
Primitif du 78-2-44 Comme un bruissement d’aile
Primitif du 78-2-60 Au soleil, je m’avance
Primitif du 78-2-80 Obsession
Primitif du 78-2-76 Ophélie
Primitif du 78-2-27 Pastiche
Primitif du 78-2-74 À Sandrine
Primitif du 78-2-66 Jouissance en ce monde
Primitif du 78-2-54 Elles s’enfuient écumant
Primitif du 78-2-67 Qui donc du cerveau
Primitif du 78-2-63 Offert aux rêveries
Primitif du 78-2-1 Salue la saison souveraine
Primitif du 78-2-81 Chute
Primitif du 78-2-62 Neige d’écume
Primitif du 78-23-3 Vocables
Primitif du 78-2-40 Froissements
Primitif du 78-2-4 Pour l’accord des idylles
Primitif du 78-2-59 Confession
Rayons de pourpre
Primitif du 78-2-68 Lentement

L’HUILE FRAÎCHE 78-3

Primitif du 78-3-5 Il retiendra son souffle

363
Primitif du 78-3-81 Il brillait dans les yeux
Primitif du 78-3-74 Il aurait voulu
Primitif du 78-3-79 A la cloche d’ivoire
Primitif du 78-3-1 Un froissement d’étoffes
Primitif du 78-3-76 Un tambour en rut
Primitif du 78-3-63 Ô solitude morne et plate
Primitif du 78-3-61 Un éternel recommencement
Primitif du 78-3-78 Miroirs de l’âme
Primitif du 78-3-67 Dans ce souterrain visqueux
Primitif du 78-3-72 Cas pas tourbillonnent
Primitif du 78-3-4 Sur les scènes de partages
Primitif du 78-3-80 Des chênes prostrés
Primitif du 78-3-53 Pour la femme mystique
Primitif du 78-3-45 Langueur a dû
Primitif du 78-3-71 Je croyais voir
Primitif du 78-3-59 C’est un spleen
Primitif du 78-3-86 C’était un vieux boudoir
Primitif du 78-3-64 Que reste-t-il des vils tourments
Primitif du 78-3-64 J’ai volé
Primitif du 78-3-85 J’abolis le simulacre
Primitif du 78-3-3 Une enfance dévergondée
Primitif du 78-3-20 Des tourments promis
Primitif du 78-3-23 Le songe proscrit
Primitif du 78-3-37 L’orgasme dans les nébuleuses
Primitif du 78-3-19 Les déserts de ses nuits
Primitif du 78-3-29 L’Incompatibilité I
Primitif du 78-3-38 Si de l’instant sublime
Primitif du 78-3-54 Lie qui incube
Primitif du 78-3-13 Sache...
Primitif du 78-3-35 Le sévice saccadé
Primitif du 78-3-51 Dominateur

364
Primitif du 78-3-38 La danse de l’idiot
Primitif du 78-3-6 Silence

L’HUILE FRAÎCHE 78-5

Primitif du 78-5-66 Fuir, fuir ! Mais où


Primitif du 78-5-61 Ainsi toujours
Primitif du 78-5-80 Tandis que l’ancienne famille
Primitif du 78-5-4 L’architecture de la femme
Primitif du 78-5-4 Des tourments épineux
Les heures s’égrènent
Primitif du 78-5-78 Des délégations fourvoyeuses
Primitif du 78-5-16 J’expérimente le salut
Primitif du 78-5-14 La dague et l’épée
Primitif du 78-5-16 Le châtiment déjoué
Primitif du 78-5-13 Des pétales mauves
Primitif du 78-5-1 Là-bas, tu vois les feux
Primitif du 78-5-97 L’orgasme dans les nébuleuses
Primitif du 78-5-91 Les déserts de ses nuits
Primitif du 78-5-2 Suite de là-bas, tu vois les feux
Primitif du 78-5-5 Le songe est interdit
Primitif du 78-5-95 Un démon se souvient
Primitif du 78-5-76 Pour l’ombre de toi-même
Que tu proposes nue
Primitif du 78-5-01 Ô candides insouciances
Primitif du 78-14-116 Il y avait dans cette ancienne contrée
Primitif du 78-4-50 Jadis dans les décors mats des cités
Primitif du 78-4-5 Jadis dans les décors mats des cités
Primitif du 78-4-141 A ma dormeuse

365
Primitif du 78-4-135 Baisers d’orgueil
Primitif du 78-4-47 Des candeurs endiablées
Primitif du 78-4-32 Oui, tu voles et descends
Primitif du 78-3-46 Ô si pure et si loin
Primitif du 78-4-88 Ô paix quand ton silence

366
367