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SOMMAIRE AOÛT-SEPTEMBRE 2014

IN MEMORIAM
l Renée Versais-Anthon (1916-2014),
directrice d’ECRITS DE PARIS de 1989 à 2007 . . . . . . . . . 3

Jim REEVES
l Belkacem, Lamy, la politique de la Ville :
déconstruire la France . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

François-Xavier ROCHETTE
l Les sources intellectuelles
des sectateurs de la théorie du genre . . . . . . . . . . . . . . . 17

Michel FROMENTOUX
l De la prise d’Alger aux Trois tristement “glorieuses”….23

STEPINAC
l La dérive doctrinale de Vincent Reynouard,
ou de l’art de gâcher une vocation. . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

Nicolas BERTRAND
l La Bataille de Normandie de 1944,
et ses célébrations 70 ans plus tard . . . . . . . . . . . . . . . . 42

Patrick LAURENT
l Un été en pente douce ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

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Une combattante
nommée Renée Versais
(1916-2014)

N OS PLUS anciens lecteurs partageront notre peine : pendant


près d’un demi-siècle pilier de Rivarol et d’ECRITS DE PARIS,
Renée Versais s’est éteinte le 18 juillet, dans sa 98e année, à Tho-
non-les-Bains où elle a été inhumée quatre jours plus tard.
Née le 23 novembre 1916 d’un père alsacien et ingénieur des Arts
et Métiers dans une famille d’Action Française, Renée avait deux pas-
sions : la politique et la musique, en particulier l’opéra. Ce qui l’ame-
na à devenir pendant l’Occupation la secrétaire de Jean Weiland,
vice-président avec René Pichard du Page du Groupe Collaboration
créé à l’automne 1940 par l’écrivain Alphonse de Châteaubriant et
dont faisaient partie des personnalités aussi illustres que le cardinal
Baudrillard, les écrivains Abel Bonnard et Pierre Benoît, le sculpteur
Paul Belmondo, le savant George Claude, fondateur de L’Air Liquide
ou encore la grande cantatrice Claire Croiza, qui traitèrent avec sym-
pathie la toute jeune secrétaire. En correspondance avec Lucien Re-
batet, dont elle montrait avec fierté une lettre de huit pages (disparue
dans les années 2000 lors d’un cambriolage de son appartement),
Renée assurait avoir aussi, en dépit des dénégations de Céline, avoir
croisé celui-ci à l’Institut Allemand du Dr Karl Epting, qui vint la vi-
siter passage des Marais peu avant sa mort, en 1979.
Ayant épousé à la fin des années 1940 un vétéran de la LVF,
blessé en Russie puis versé dans la Charlemagne, Renée s’éloigna
ensuite de la vie active pour s’occuper de ses trois filles et ce n’est
qu’en 1962 qu’elle fut recrutée par René Malliavin pour répondre
au courrier rédactionnel, poste stratégique entre tous, avant de de-
venir au fil du temps l’une des signatures les plus appréciées de
Rivarol et d’ECRITS DE PARIS.

-3-
UNE COMBATTANTE NOMMÉE RENÉE VERSAIS (1916-2014)

Dans les années 1970, après la mort de notre correspondant Paul


C. Berger, sa connaissance de la langue de Goethe l’amena tout natu-
rellement à traiter les deux Allemagnes et à militer dans l’association
Liberté pour Rudolf Hess dont le fils, Wolf Rudiger, vint la voir à plu-
sieurs reprises dans notre gutenbergeoise imprimerie des Marais. Sa
longue interview d’Arno Breker fit aussi quelque bruit.
Mais ce serait méjuger Renée Versais que de la cantonner à la seule
Allemagne : toute la politique étrangère l’intéressait ainsi que l’at-
testent de très nombreux articles, sur la Chine ou l’Amérique centrale.
De plus, sous l’impulsion de Camille Galic qui en fit son rédacteur
en chef adjoint après être elle-même devenue directeur de Rivarol en
novembre 1983 après la mort de leur mentor commun Maurice Gaït,
et avec laquelle elle formait un indissociable tandem, Renée Versais
diversifia encore le champ de ses activités. Sous le pseudo de Rosine
Serrier, elle tint longtemps la chronique musicale (un entretien avec le
grand ténor Georges Thill fit date) et, plus imprévu, le Robert Deragny
qui régnait sur la rubrique économique de notre hebdomadaire, c’était
elle !
Et, parallèlement, après la disparition de Robert Poulet (1989) et du
Dr Madeleine Malliavin (1989), elle assuma, sous son nom de jeune
fille, Anthon, pendant près de vingt ans la direction de notre revue
ECRITS DE PARIS (jusqu’en 2007).
Vive, parfois volcanique, entière, assumant sa partialité, souvent
gaie et souriante, toujours pimpante et élégante, cette miniature d’as-
pect si fragile était une boule d’énergie, un bourreau de travail qui
avait, comme Camille Galic, su s’imposer auprès des ouvriers de l’ate-
lier, pas toujours commodes. Et, même si, alors octogénaire, elle s’était
faite plus rare dans nos colonnes après le passage à l’informatique qui
l’avait désarçonnée, elle n’en vint pas moins dans notre nouveau siège
de la rue d’Hauteville pendant de longues années (y compris après son
agression par un voyou dans l’ascenseur de l’immeuble) pour corriger
les épreuves de chaque numéro de Rivarol et d’ECRITS DE PARIS,
suggérant des modifications souvent judicieuses.
Nous avions un(e) camarade. De meilleurs, il n’y en a pas et nous
ne l’oublierons pas.
Toute l’équipe d’ECRITS DE PARIS présente à sa famille, et parti-
culièrement à ses trois filles, à ses gendres et à ses petits-enfants, ses
condoléances attristées.

L’EQUIPE D’ECRITS DE PARIS.

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Belkacem, Lamy, la politique de
la Ville : déconstruire la France
par Jim REEVES

D ANS ECRITS DE PARIS du mois de juin nous avions entre-


pris de recenser, depuis ses débuts, ce que, au fil des 40 der-
nières années, on a appelé « la politique de la Ville ». Laquelle n’est
en somme que le terrible prix payé par ce pays à l’immigration de
masse. « Une recension tragique, écrivions-nous, et qui donne plus
que la nausée ».
L’actualité d’ailleurs devient cinglante et cet article n’est même
pas achevé que Nadjat Belkacem, affublée de son sous-ministre
Lamy, publie le nouveau Plan pour la Ville, bien entendu fonc-
tionnant sur les mêmes ressorts, selon les mêmes convictions ab-
surdes et les mêmes parti pris favorables à l’immigration. On y
ajoute quelques brassées de bobards et de mystifications et surtout
plusieurs dizaines de milliards d’Euros afin d’arroser une nouvelle
strate de néo-Français.
Quarante années d’atermoiements, de tragédies, d’erreurs
constamment renouvelées, de politiques imbéciles niant la réalité
et refusant d’appeler par son nom le mal qui mine cette société
du mélange et de la Diversité. S’enferrant dans des thérapeutiques
vaines réduites à des cataplasmes inutiles posés sur des jambes
de bois idéologiques. Peu de gens se souviendront qu’en effet ces
programmes qui ont coûté des fortunes pour des résultats insigni-
fiants ont commencé à être développés au milieu des années 70 du
siècle dernier. « Le 24 août 1976, dans l’indifférence générale, préci-
sions-nous, était décidée la création par le troisième gouvernement
Barre d’un Fonds d’Aménagement Urbain (FAU). Modeste démarche
ayant pour objectif affiché de restaurer les centres des quartiers ur-
bains résistant encore à la désagrégation ».

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LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

Et s’enchaîne, depuis, la litanie stupide bégayée par les délires


de l’Egalité, du Vivre Ensemble, du Métissage, du village mondial,
de la babélisation de l’humanité qui au cours de cette génération
et demi, a conduit à de gigantesques transferts de populations des
tropiques vers le septentrion, avec comme unique objet la dispari-
tion accélérée des peuples qui étaient enracinés dans cette Europe
depuis des dizaines de milliers d’années. Ce que l’écrivain proscrit
Renaud Camus relate avec une brutalité baroque dans un ouvrage,
« Le Grand Remplacement », qui prend aux tripes. « Vous avez, ré-
sume-t-il, un peuple et presque d’un seul coup, en une génération,
vous avez à sa place un ou plusieurs autres peuples. C’est la mise en
application dans la réalité de ce qui chez Brecht paraissait une bou-
tade, changer de peuple. Le Grand Remplacement, le changement
de peuple, que rend seul possible la Grande Déculturation, est le
phénomène le plus considérable de l’histoire de France depuis des
siècles, et probablement depuis toujours ». Or ce phénomène aber-
rant a été entièrement imaginé, conçu, préparé, planifié, financé
depuis presqu’un demi siècle par tous les gouvernements élus par
des analphabètes. Accompagnés évidemment par les élites déli-
quescentes qui dominent le système politico-intello-médiatique,
n’ayant d’autre motivation que la concupiscence et ce qu’on appelle
désormais l’oïko-phobie, ou la haine de sa propre identité, une dis-
torsion de l’âme et de l’intelligence qui prend le masochisme pour
moteur de toute évolution.

L’IRRÉSISTIBLE ASCENSION DE NADJAT B.

On ne peut mieux définir ce gigantesque travail de sape, qu’on


dirait de trahison, qu’en énumérant l’inventaire interminable des
assistanats, privilèges, avantages, prérogatives, passe-droits, fa-
veurs, protections, aides dont ont bénéficié depuis 40 ans les popu-
lations prétendument défavorisées des quartiers difficiles mais qui
ne l’étaient pas avant ce Grand Changement. Prestations dont le
nombre est tel qu’on n’arrivera jamais à les comptabiliser toutes. Et
pour mettre un comble à cette farce sinistre, sans que nul ne pro-
teste, quelque soit la couleur du gouvernement, la gestion de cette
colonisation parfaitement programmée semble devoir désormais
revenir de droit à des ministres maghrébines fraîchement natura-
lisées. La dernière, Mme Belkacem étant, il n’y a pas très longtemps
encore, directement mandatée par le roi du Maroc afin d’agir en

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LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

quelque lieu et quelque fonction qu’elle occupe, à l’avantage de son


pays d’origine. Certes, après avoir siégé pendant 4 ans au Conseil
de la Communauté Marocaine à l’étranger, elle en démissionnera
en décembre 2011, ayant occupé cette fonction alors qu’elle était
Conseillère générale du Rhône, adjointe au Maire de la troisième
ville de France, Lyon, chargée de la jeunesse et de la vie associative,
membre de la Communauté urbaine de Lyon et vice-présidente de
la région Rhône-Alpes.
A ceux qui s’étonneront, que la seconde des sept enfants d’un
misérable paysan du Rif marocain, devenu manœuvre dans le bâ-
timent dans le Nord, puisse arriver si vite, si haut, on rappellera
qu’elle avait obtenu son diplôme de Sciences Pô-Paris en 2000, à
23  ans, bien avant que M.  Descoings n’exige des filières particu-
lières pour l’inscription de candidats de banlieue victimes, protes-
tait-il, de discriminations. La preuve. Et pourtant, ayant échoué
deux fois au concours de l’ENA Melle Belkacem n’était nullement
un Phœnix. Après ce fut pour elle, jusqu’à sa fonction actuelle, en-
fantin d’escalader l’ascenseur social, disposant avec son patronyme
d’un sésame de choix dans cette république, dont les héros affichés
s’appellent Kader Merad, Djamel Debbouzze ou Karim Benzema.
Mariée avec le socialiste Vallaud on comprend qu’elle ait tenu à
garder le nom de son père. C’est celui-là qui ouvre les portes !
Le 2 avril 2014 elle était renouvelée par Manuel Valls dans
sa fonction de Ministre des Droits de la Femme. Fonction qui lui
permet de contrôler l’évolution de la démographie grâce à l’avor-
tement et la contraception, et de définir les grandes orientations
de la société en pesant sur ce qu’ils appellent « la lutte contre le
sexisme » — Elle pourrait peut-être conseiller le roi du Maroc sur
la question —, et sur la réduction des « inégalités entre hommes et
femmes » — comme par exemple la profession d’orthophoniste, par-
mi les disciplines para-médicales les mieux payées, dont 95 % sont
des femmes —. Profitant des pouvoirs illimités qui lui sont accordés
elle promeut une véritable guérilla en faveur des LGTB et contre
l’homophobie ou décrétée comme telle. La voilà de surcroît nommée
Ministre des Sports, un mandat idéologiquement et politiquement
essentiel parce que lui permettant d’orienter et de contrôler la jeu-
nesse. Mme Buffet l’avait compris depuis longtemps.
Et comme si cela ne suffisait pas, elle se voit également dotée du
portefeuille de la Ville, c’est-à-dire de l’Immigration avec tout ce qui
l’accompagne : notamment cet oxymore imbécile hérité de Sarkozy,

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LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

l’Egalité des Chances. Qui a autant de sens que la « Discrimination


Positive » ou « la Diversité dans l’Egalité » dont elle a fait son slogan.
S’agissant, affirme-t-elle, de mettre en pleine lumière « la pluralité
visible », comme si elle n’en n’était pas précisément une provocante
illustration.
Au demeurant ce nouveau plan est largement financé pour un
montant de 20 milliards d’Euros sur 5 ans. « Indissociable, est-il
précisé, du volet social de la Politique de la Ville, le volet urbain…
visera les quartiers présentant les dysfonctionnements urbains les
plus importants, en favorisant la mixité de l’habitat, la qualité de la
gestion urbaine de proximité et le désenclavement des quartiers ».
On le voit bien cette stratégie est mot pour mot celle qui aura été
suivie dans la politique de la Ville depuis plus de quarante ans.
Au cas où on n’aurait pas bien compris de quoi il retourne,
M. François Lamy, enfonce néanmoins le clou. « Nous devons re-
donner espoir, clame-t-il, à ces millions de Français qui désespèrent
d’être enfin considérés comme des citoyens à part entière de notre
République ». Beau comme l’antique, ce qui n’étonnera pas de la
part d’un personnage aussi creux et bombastique.
Sous-Ministre à la ville en fonction depuis deux ans, ce Lamy
est un artisan acharné de la défrancisation de la France. Ce poli-
chinelle de la politique, ancien instituteur, apparatchik socialiste
inconnu, député sans éclat, ex-conseiller d’une Aubry, il n’avait
d’autre fait d’armes à ce jour que d’avoir été le rapporteur d’une
mission parlementaire sur Srebrenica qui évidemment accabla les
Serbes. Dans deux énormes volumes qui se gardent de donner la
parole à ceux que l’on accuse. Ni au général Radko Mladic empri-
sonné depuis mai 2011 et accusé de génocide, de complicité de gé-
nocide, de crime contre l’humanité notamment pour le « massacre
de Srebrenica » qui n’a probablement jamais eu lieu. Ni Radovan
Karadzic, l’ancien président des Serbes de Bosnie, lui aussi inter-
né par le Tribunal Pénal International pour crimes de guerre et
génocide, également pour celui de Srebrenica. Nulle part ne sont
évoqués les témoignages qui, de l’écrivain et scénariste autrichien
renommé Peter Handke à Vladimir Volkoff en passant par l’écrivain
franco-croate Patrick Besson, n’ont jamais cessé de dénoncer la
campagne de haine qui imputa aux Serbes ce soit disant “génocide”.
Pas plus enfin que ne sont cités les travaux de l’historien serbe Mi-
livoj Ivanisevic qui douze ans plus tard fit la preuve que des milliers
de supposées victimes du génocide étaient soit mortes longtemps

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LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

avant celui-ci soit participèrent aux élections qui eurent lieu plus
d’un après. Et pourtant Lamy aura été le rapporteur, contesté par
personne, d’une mission de plusieurs dizaines de parlementaires
qui ont instruit un rapport de plusieurs milliers de pages sur un
génocide dont on n’a aucune preuve et aucune trace. C’est dire quel
crédit on peut accorder à celui auquel a été confiée la responsabilité
d’une politique qui est en train de déstructurer 2 000 ans d’Histoire
de France. Mais sans doute était-ce à ce genre d’individu qu’il fallait
faire appel !

RETIRER TOUT POUVOIR


À LA POPULATION FRANÇAISE QUI VOTE MAL

Cette loi votée en février par les deux assemblées tirerait sa lé-
gitimité, nous explique-t-on, du fait qu’elle « répond(rait) à l’enga-
gement pris par le Président de la République […] de (renforcer) des
moyens en direction des quartiers prioritaires ». Il ne s’agit donc pas
de la ville à proprement parler : la ville française n’intéresse ni ce
président ni ses larbins. Il s’agit « des quartiers prioritaires ». Il est
expressément indiqué que cette « première réforme d’ampleur de la
Politique de la Ville depuis plus de dix ans » entend déléguer aux ha-
bitants de ces quartiers un rôle de décision majeur. Les ayant fait
venir, non seulement on ne cesse pas de les privilégier, mais on veil-
lera à ce qu’ils décident eux-mêmes de la politique qui leur convien-
drait le mieux. Dans cet esprit on redéfinira «  les quartiers priori-
taires à partir d’un critère unique ». Lequel sera le revenu moyen
des habitants, fixé à 900 e par mois, c’est-à-dire très au-dessus de
la rémunération à laquelle ont droit la quasi-totalité des retraités
agricoles de ce pays. Lesquels évidemment sont exclus d’un projet
concernant des zones urbaines dans lesquelles ils n’habitent pas.
Ce qui n’empêche nullement les falsificateurs de répéter à n’en plus
finir que ce nouveau plan va également assister les populations
rurales et péri-urbaines dans la pauvreté.
Cette participation « des habitants des quartiers prioritaires » a
d’ailleurs des relents de démocratie bolchevique qui méritent d’être
soulignés : « Des conseils citoyens seront instaurés dans tous les
quartiers prioritaires pour participer à l’élaboration des contrats de
ville. Des maisons du projet seront créées pour toutes les opérations
de rénovation urbaine. Le Comité National des Villes (CNV) qui sera
renouvelé d’ici à la fin de l’année, intégrera un collège de représen-

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LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

tants des habitants et des associations de proximité des quartiers ».


Ils appellent cela la « co-construction de la ville avec les habitants ».
Mais il faut bien comprendre qu’il est toujours question ici “quar-
tiers” urbains, “défavorisés”, c’est-à-dire en langage non codé, de
« quartiers d’immigrés ». Dans le même temps, on s’apprête à sup-
primer les communes — remplacées par un machin désincarné,
la Communauté de Communes — et les départements. Ils retirent
ainsi à la ruralité, qui est le dernier refuge de la population fran-
çaise, ses ultimes moyens d’auto-défense contre le jacobinisme
centralisateur parisien, au service de l’UE, relayé par des instances
régionales corrompues. Rien, décidemment n’est laissé au hasard.
Il suffit d’ailleurs d’un coup d’œil sur le dossier du nouveau pro-
gramme de Mme Belkacem intitulé « Réforme de la géographie priori-
taire de la politique de la ville — Territoires cibles », pour saisir la su-
percherie. Il n’est nulle part indiqué de communes, celles-ci ont déjà
disparu des nomenclatures, y compris d’ailleurs les préfectures, qui
sont définies par des initiales : CU pour Communautés urbaines,
CA pour Communautés d’Agglomération, CC pour Communautés
de Communes. Ainsi dans le chapitre « Communes-Territoires cible
de la politique de la ville », Auch n’est plus la ville d’Auch mais la
« Communauté d’Agglomération du Grand Auch Agglomération ».
Celle-ci est composée de 15 communes donc celle d’Auch. La plu-
part de ces communes, rurales, ont moins de 600 habitants. Auch,
la préfecture en possède 22 000. Il est évident que la politique de la
ville ne va pas s’appliquer à la commune de Augnax, 93 habitants,
qui n’obtiendra pas un sou de subvention en dépit du fait qu’une
bonne partie de ses habitants sont sûrement des retraités agricoles
dont les revenus oscillent entre 650 et 450 e par mois. L’attention
en revanche se portera sur le quartier “sensible” du Garros, à Auch,
où sont concentrées les populations immigrées.
Toute la journée du 17 juin les bafouilleurs de dépêches de
France-Infos rabâchèrent donc avec application que de nombreuses
« villes rurales » comme Marmande, Dax, Guéret, Auch faisaient
leur entrée dans la nomenclature des cités “défavorisées”. Le quar-
tier du Garros où se regroupe depuis des années la grande majorité
des immigrés installés dans la capitale du Gers, qu’ils soient Ma-
ghrébins, Tchétchènes, Kossovars ou autres, attirera la quasi-tota-
lité des subventions et des aides. D’ailleurs le Ministère de la Ville,
au-delà de ses exhortations solidaire, le dit très clairement : « Les
moyens seront concentrés sur les quartiers les plus en difficultés,

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LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

qui seront désormais identifiés autour d’un critère objectif et trans-


parent : celui de revenu des habitants ». Il n’est nullement ques-
tion ici de Marmande, Dax, Gueret ou Auch, mais dans chacune
de ces villes des quartiers dits en difficulté. En prétendant intro-
duire la ruralité et les zones péri-urbaines dans les programmes de
développement des quartiers, la Ministre prend les Français pour
des imbéciles. Il est évident que les catégories de Français exclues
systématiquement depuis un demi siècle de tous les programmes
d’aides — agriculteurs, artisans, petits commerçants — continue-
ront à l’être exactement comme par le passé. Les retraités agricoles
qui ont, eux, cotisé toute leur vie et œuvré à la survie biologique
de la France et de ses habitants, continueront à être traités moins
bien que les nouveaux privilégiés de la république, venus d’ailleurs.
« 1.300 quartiers, peut-on lire dans la prose officielle, ont ainsi
été retenus par les services de Mme Belkacem, sur lesquels vont être
« concentrés les moyens de la Politique de la Ville ». Un « contrat de
ville unique et global » sera mis en place à l’échelle intercommunale,
ce qui écartera donc les milliers de petites communes essentielle-
ment habitées par des Français aux revenus inférieurs au SMIC, au
profit des intercommunalités qui seront évidemment dominées par
des sous-préfectures ou des chefs de lieu de canton qui abritent
eux, des populations immigrées en pleine expansion…et « défavo-
risées » !
Ils sont d’ailleurs en train de franchir une étape supplémen-
taire : faire disparaître le terme de commune des recensions admi-
nistratives. La chose est flagrante dans le plan de développement
de la ville de Mme Belkacem. On fait croire qu’afin de rééquilibrer
le territoire français dans la nouvelle loi de développement de la
ville des « communes rurales et périurbaines » y seraient désormais
introduites. Alors que ces dernières sont simplement phagocytées
par les communautés urbaines en train de devenir la seule repré-
sentation officielle de la France. Et derrière cette supercherie rien
en fait n’a changé : il s’agit bien de continuer à financer à coup de
milliards d’Euros la politique de la ville qui est d’abord une poli-
tique d’intégration des immigrés. Afin que comme aux Etats Unis,
en Grande Bretagne, en Belgique, en Suède et ailleurs les villes
ou l’on renforce le pouvoir “durable” soient de plus en plus des
agrégats de quartiers étrangers, “hyperfavorisés” où se concentrent
la plupart des aides et des programmes de développement de la
puissance publique dont les revenus fiscaux sont pour l’essentiel

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LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

tirés des zones actives et industrieuses essentiellement composées


de Français que l’on entend dépouiller de tous leurs droits élémen-
taires.
C’est tellement vrai que dans les dossiers de presse commu-
niqués par le Ministère de la Ville lui-même, Amiens est cité en
exemple. Six graphiques sont présentés qui reprennent chacun un
« indicateur social », replacé dans son contexte topographique ur-
bain, sur lequel portera la nouvelle politique de la ville. A quelques
très petites nuances près, aucun ne se chevauche. Le premier pré-
sente en foncé les quartiers d’Amiens où se concentre la plus forte
proportion de jeunes. Le second, celle où on trouve le maximum de
familles mono-parentales. Le troisième, les zones où sont distribués
le plus d’APL. Le quatrième, où sont inscrits le plus grand nombre
de chômeurs. Le cinquième où se trouve le plus de logements so-
ciaux. Le Sixième où il y a le plus d’immigrés. Or seul ce dernier
se retrouve dans chacun des six graphiques. En sorte que là où
les immigrés sont massivement regroupés on retrouve également le
plus de jeunes, le plus de familles monoparentales, le plus d’APL,
le plus de chômeurs et le plus de logements sociaux. On peut donc
nous raconter les histoires que l’on veut c’est là également que sera
distribuée la quasi-totalité des aides et des efforts consentis dans
le cadre de la politique de la Ville.
Tout le reste est billevesées. Quel que soit le Plan-Ville élaboré
depuis un demi siècle et quelque soit la couleur du gouvernement
qui l’a concocté il ne s’est jamais agit que d’une couverture destinée
à masquer aux Français que la Ville où se concentre tout l’effort de
la puissance publique a pour fonction primordiale d’imposer une
hégémonie démographique qui n’a plus rien d’européen.

QUAND ILS RECONNAISSENT EUX-MÊMES LEUR FIASCO

Dans le précédent numéro d’ECRITS DE PARIS nous avions


montré comment tous les plans pour la ville depuis les années
1970 avaient échoué. Au point que, plus « les populations et les
quartiers défavorisés » bénéficiaient d’aides, de largesses et d’avan-
tages, plus, se considérant comme désavantagés, ils exigeaient en-
core plus de privilèges et, en multipliant incivilités, sabotages et
destructions, des régimes de faveur sans fin.
En novembre 2009, l’Observatoire National des Zones Urbaines
sensibles (ONZUS) publiait son rapport sur la ville. Le Ministre de

- 12 -
LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

tutelle était Xavier Darcos. Le fait que pendant les deux années
précédentes il ait été Ministre de l’Education Nationale illustre plus
qu’un long discours à quel point la soit disant Droite entend faire
de l’intégration culturelle des masses migratoires déferlantes le
socle de toute sa stratégie idéologique. Stratégie à laquelle d’ailleurs
obéissent tous les gouvernements français depuis un demi siècle.
Or les conclusions de ce rapport sont plus qu’édifiantes : lumi-
neuses ! En dépit du fait qu’il ait prétendu présenter une vision
“nuancée” de la loi d’orientation et de programmation pour la ville
et la rénovation urbaine du 1er août 2003. Laquelle avait l’ambition
de réduire « en 5 ans les inégalités entre les Zones urbaines sensibles
(ZUS), cibles prioritaires de la politique de la ville, et les autres quar-
tiers des mêmes agglomérations ». Qu’on le comprenne bien, durant
ces années les responsables de cette politique avaient été Borloo et
Darcos. Pas Fadela Amara et Nadjat Belkacem dont on conçoit que
l’une et l’autre, puisqu’on leur en donne la possibilité, ne vont pas
se priver d’imposer dans ce pays des législations et des privilèges
assurant dans un premier temps l’émergence de leur communauté,
de leur religion et de leur culture, devant conduire dans un second
temps à leur domination. Ce qui mérite réflexion est donc que MM
Darcos et Borloo — et les autres avant et après eux — conduisent
depuis un demi siècle la politique menant directement à la coloni-
sation et à la domination du territoire français par des hégémonies
non européennes. Au nom de la Diversité et du Métissage devenus
des impératifs de la Nouvelle Société. Cela a un nom : la trahison.
D’autant plus que les milliards déversés dans ces programmes
n’ont pratiquement abouti à aucun résultat notoire. C’est un fiasco
absolu sinon que, année après année, ces politiques ont conduit à
un renforcement, et dans de plus en plus de domaines, à l’instau-
ration de tyrannies exercée par les nouveaux impérialismes. On
l’observe dans la multiplication des lieux de culte non européens,
le prosélytisme envahissant des aumôniers au croissant dans les
prisons, les hôpitaux, l’armée, bientôt sans doute les lycées, la gé-
néralisation industrielle des viandes halal, la disparition du porc
des restaurants d’entreprises ou scolaires, la prolifération soudaine
de journalistes africains et maghrébins dans toutes les rédactions,
en particulier à Radio France, l’instauration de myriades de pro-
grammes à destination des populations non européennes, notam-
ment à France Inter, France Culture et France-Infos, ainsi quali-
fiées par anti-phrase.

- 13 -
LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

Le rapport 2009 de l’ONZUS souligne l’absence à peu près complète


de tout progrès dans les « zones sensibles ». Entre 2003 et 2008 le
taux de chômage, en dépit des sommes colossales déversées dans ces
quartiers n’a diminué que de 17,2 % à 16,9 %, alors qu’il était de 7,7 %
dans les quartiers qui n’avaient bénéficié d’aucune faveur. Le taux de
réussite au brevet des collèges est passé dans les ZUS de 67,2 % à
71,9 %, alors que l’écart de réussite entre ces élèves et les autres s’est
creusé de plus de 2 %. En 2007, 33,1 % des habitants des ZUS vivaient
en-dessous du seuil de pauvreté (908 e par mois) contre 12 % pour
le reste de la population. On soulignera ici ce que reçoivent mensuel-
lement 1,6 million de retraités agricoles (dont 57 % de femmes). Au
19 mai 2014 la retraite agricole de base, c’est-à-dire la plus courante,
des chefs d’exploitation s’élève à 681,20 epar mois et à 541,30E pour
les conjoints. Au 31 décembre 2012 les plus fortes retraites des non
salariés agricoles s’élevaient à 10 517 e annuellement. Ceci ne dérange
ni Mr Le Foll, ni le président normal, ni les députés, ni les sénateurs, ni
les journalistes, ni les intello-parasites, ni les associations caritatives,
protectrices des droits de l’homme et des immigrés.
Et comme ces gens là ont tout compris, Xavier Darcos, à la suite
de ces résultats “mitigés” annonça « le renforcement des mesures
en faveur de la formation dans le cadre de la convention «Plan de
relance» conclue entre l’Etat et l’Agence pour la Cohésion Sociale et
l’Egalité des chances (Acsé) ». Cette dernière, créée en 2006 rem-
plaçait le Fonds d’Action et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte
contre les Discriminations (FASILD) qui lui-même avait succédé au
Fonds d’action sociale pour les travailleurs immigrés et leur famille
(FASTIF), héritier du Fonds d’Action sociale pour les travailleurs
musulmans d’Algérie en métropole et pour leur famille (FAS), le-
quel, en 1958, avait pour mission d’intégrer en métropole des po-
pulations alors considérées comme françaises. C’est tout dire ! On a
perdu les colonies et on transformé les coloniaux en colonisateurs.
L’Acsé financée par l’Etat , l’UE et la Caisse des Dépôts et Consi-
gnations agit en faveur de « l‘intégration des populations immigrées
et issues de l’immigration », lutte contre les discriminations — c’est-
à-dire contre la préférence nationale —,  en faveur des habitants
des quartiers prioritaires de la politique de la ville, « promeut l’ac-
cessibilité au savoir et à la culture », participe au «  au financement
des contrats passés entre les collectivités territoriales et l’État pour
la mise en œuvre d’actions en faveur des quartiers prioritaires de la
politique de la ville ».

- 14 -
LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

L’Acsé qui fut successivement présidée par des Maghrébines


promues au sein de l’UMP accompagna l’émergence de Yazid Sabeg,
commissaire à la Diversité et à l’Egalité des Chances nommé par
Sarkozy et produit emblématique de la Discrimination Positive à la
française. Partisan du système des quotas lorsqu’il profite à l’Immi-
gré ( pas dans le sport d’équipe par exemple), il proposa un plan en
76 articles qui, si il avait eu le temps d’être réalisé, eut été une vé-
ritable machine de guerre contre l’identité française au profit d’une
sorte d’impérialisme immigré. Mais après huit années de bons et
loyaux services, la dernière directrice de l’Agence, Salima Saa, fut
contrainte à la démission par le sous Ministre Lamy et rempla-
cée provisoirement par une copine du nouveau pouvoir, Naïma
Charaï. Celle-ci est la suppléante et caution socialiste de Mamère.
Agée de 39 ans, née au Maroc, elle est une militante pro-immi-
grés, pro-avortement, conseillère régionale d’Aquitaine déléguée
aux Solidarités, à l’égalité femmes-hommes et à la lutte contre les
discriminations. Il y a quelques mois elle rameutait, au nom de la
tolérance islamique sans doute, contre une conférence que devait
donner à Bordeaux Jean Yves le Gallou. Ancienne élève d’une école
coranique, qui se proclame athée, ayant bénéficié du regroupement
familial qui, dans les années 80, a littéralement epeuplé le Lot et
Garonne, ne manifestait-elle pas l’année dernière devant l’Eglise St
Eloi de Bordeaux où des « intégristes » catholiques avaient le culot
de faire célébrer une messe à la mémoire du Maréchal Pétain ?

UNE RÉVOLUTION SILENCIEUSE PASSÉE INAPERÇUE

Certes la disparition de l’ACSé avant le 1er janvier 2015 est une


bonne nouvelle. Mais il faut bien voir par quoi elle est remplacée.
Le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires (DGET), confiée
au départ à la Ministre gauchiste de l’Egalité des Territoires et du
Logement, Cécile Duflot, ce qui était tout de même inquiétant, est
un instrument diabolique dans l’entreprise de déconstruction ra-
dicale de la société française traditionnelle. Née de la fusion de la
Datar, Délégation Interministérielle à l’Aménagement du Territoire
et à l’Attractivité Régionale, du Secrétariat général du Comité In-
terministériel des Villes et de l’ACSé elle est placée sous l’autorité
de Manuel Valls et « mise à la disposition » de Najat Belkacem,
à titre de Ministre de l’Egalité des territoires et du Logement et
de François Lamy, Ministre délégué chargé de la Ville. C’est tout

- 15 -
LA POLITIQUE DE LA VILLE : DÉCONSTRUIRE LA FRANCE

de même clair. Exit la DATAR et l’aménagement du territoire. La


nouvelle stratégie concerne exclusivement la Ville et les quartiers
de la Ville. Il ne faut donc pas prendre la chose à la légère. On ne
va pas tresser des couronnes imméritées à la DATAR qui au cours
des cinquante dernières années a connu bien des vicissitudes po-
liticiennes. Mais en tout cas son intitulé prêchait pour sa vocation
à « aménager le territoire ». Désormais, la voilà mise au service de
l’ancienne ACSé et du Comité interministériel des villes dotés d’une
mission idéologique : assurer ce qu’ils appellent « l’Egalité des ter-
ritoires ». Ou, ainsi que le clame François Lamy, « rétablir l’égalité
républicaine dans les quartiers ».
C’est une véritable révolution qui, loin des regards et de la
connaissance des Français, est en cours sous la tutelle du nouveau
premier Ministre.
Ce chambardement en accompagne un autre : l’accélération du
processus de désintégration des communes et des départements.
La disparition du dernier grand forum populaire de débat, le conseil
général, alors qu’on annonce ouvertement que la manne financière
sera réservée aux villes dont on voit bien que, comme aux Etats
Unis, elles sont submergées par des populations immigrées, déra-
cinées et sans culture, auxquelles la société de consommation tient
lieu d’unique idéologie, renforcée, il est vrai dans ce cas d’espèce,
par l’Islam et les solidarités de race ou de religion qu’il sait admira-
blement créer et entretenir. Parallèlement commence à s’observer
la montée en puissance de deux organes entièrement soumis aux
pouvoirs de décision mondialisés et sujets aux pressions et cor-
ruptions que plus personne n’ignore : les communautés de com-
munes et les conseils régionaux où sont en train de se constituer
les grandes féodalités qui reçoivent leurs ordres de Bruxelles, de
Strasbourg et de Francfort. Et imposeront demain les programmes
administratifs, économiques, fiscaux, politiques, sociaux auxquels
nos provinces n’auront pas d’autre choix que de se soumettre au
risque de mourir de faim.

Jim REEVES.

- 16 -
Les sources intellectuelles des
sectateurs de la théorie du genre
par François-Xavier ROCHETTE

Q UELLES sont turbides les eaux où baignent les tenants achar-


nés de la théorie du genre ! Franchement, ne faut-il pas avoir
suivi de longues et fastidieuses études en sciences humaines pour
appréhender la cosmologie qui gouverne le cerveau des disciples de
cette école de “pensée” et les anfractuosités de cette étrange théo-
rie ? Non précisément pour connaître les conclusions de savantes
études, les données secrètes d’obscures sociologues, les résultats
imparables d’expériences sociobiologiques coûteuses, mais pour
éprouver une certaine empathie (pour justement utiliser un terme
de sociologie) envers cette population de militants “progressistes”
qui voient le monde derrière des lunettes déformantes. L’empathie,
non la sympathie, pour tenter de comprendre la rationalité sub-
jective de cette population de professeurs et d’étudiants soumis à
de vieux postulats gauchistes et contaminés par des bribes d’idéo-
logies relativistes. Comprendre cette intuition sectaire qui conta-
mine le monde de la jeunesse universitaire au gré de son contact
prolongé avec un professorat révolutionnaire (la révolution par la
déconstruction) est en effet crucial dans le combat que se livre la
Nature à l’AntiNature. En effet le pouvoir en place s’appuie toujours
sur des groupes actifs, organisés et convaincus, dans son travail
de destruction des structures (des dernières structures) sociales de
la « vieille société ». Il amorce toujours (ou presque) selon une stra-
tégie de soft power les phénomènes de contestation en s’assurant
auparavant de l’aspect opérationnel des groupes et mouvements
qui provoqueront et dirigeront l’agitation et les “manifestations”
culturelles. Il existe donc, bien sûr, une volonté politique, une ba-
guette, un chef d’orchestre. Mais cette réalité ne signifie pas qu’il

- 17 -
LES SOURCES DES SECTATEURS DE LA THÉORIE DU GENRE

n’existe pas un public conquis aux thèses révolutionnaires, que


les agitateurs et même leurs leaders ne sont pas sincères, bien au
contraire. Les minorités actives qui se trouvent parfois du jour au
lendemain couvertes d’or par l’Etat ou par je ne sais quelle fonda-
tion ne sont d’ailleurs pas forcément surprises par cette soudaine
générosité. Puisqu’elles sont persuadées de la suprême utilité de
leurs actions et de la pureté nivéale de la cause pour laquelle elles
se battent, il leur semble tout naturel que l’Etat et la sainte démo-
cratie, finalement, les encouragent et les aident au moins maté-
riellement dans cette lutte contre le mal, les injustices, le sexisme
et toutes les formes de domination symbolique maintenant dans
l’obscurité un monde essentiellement inégalitaire. Qu’elles soient
achetées, stipendiées, peut-être utilisées au service d’une cause qui
leur échappe, sont des hypothèses qu’elles n’ont même pas l’idée
de formuler. Une fois un certain temps de latence passé, toutes les
associations (systémiques, d’obédience conformiste, celles qui ont
l’impression de tendre vers une évolution sociale et sociétale natu-
relle car dans le ton médiatique), ont le sentiment d’œuvrer, peu ou
prou, pour le bien de l’Humanité, et vivent décalées par rapport à la
réalité. Les militants et les intellectuels de la théorie du genre sont
par excellence les victimes de cette croyance, en l’occurrence de
cette idéologie qui décrit le monde comme une entièreté artificielle
qu’il faut dénoncer en démantelant ses rouages, en la décomposant
pièces par pièces, en désacralisant les symboles culturels des diffé-
rences naturelles qui traversent le genre humain.

LE POSTULAT RÉVOLUTIONNAIRE

Mais cette radicalité s’explique aussi dans une certaine mesure par
l’état d’esprit d’un public de gauche croyant en un sens de l’Histoire,
croyant en la gestation d’un monde nouveau qui vient mais qu’il faut
aider à naître. A l’image du petit poussin qui bataille à l’intérieur de son
œuf pour en sortir, la société nouvelle enfin libérée de ses carcans pour-
rait éclore plus rapidement si une main venait esquinter cette coquille
devenue étouffante, anachronique, rétrograde. Et parmi cette avant-
garde révolutionnaire que l’on pourrait comparer à une espèce d’équipe
d’obstétriciennes d’une parturiente fiévreuse, les avis divergent quant
aux méthodes nécessaires à la provocation de l’accouchement. Nous
trouvons les partisans de la méthode brutale qui voudraient que le for-
ceps soit utilisé avec vigueur ou que la césarienne soit effectuée dans

- 18 -
LES SOURCES DES SECTATEURS DE LA THÉORIE DU GENRE

les meilleurs délais. Et puis il existe les accoucheurs qui ont une foi iné-
branlable dans ce futur radieux qui va sortir de l’œuf et qui ne prônent
que la stérilisation du milieu où évolue la “chose” : Un fœtus en terrain
neutre. Tous ont en commun l’idée selon laquelle la bonne société sera
celle d’après, celle évoluant dans un monde où les nations auront tota-
lement disparu, où les religions auront été intégralement démythifiées,
où toute forme d’autorité aura été éliminée, où les inégalités se seront
volatilisées et où toutes les sources potentielles d’inégalités auront été
anéanties comme les genres sexués et la normalité hétérosexuelle, voire
les sexes mêmes ! “On” fait la Révolution ou on ne la fait pas, mais “on”
ne la fait pas à moitié ! La Révolution est toujours radicale quel que soit
le contenu des vitrines pour la vendre.

LA THÉORIE DU GENRE EN FAÇADE

L’année scolaire 2013-2014 fut une période charnière pour les mili-
tants révolutionnaires. Pendant ce laps de temps, deux vitrines furent
exposées à un public somme toute hétérogène quant à sa connais-
sance de l’enjeu. La première vitrine que d’aucuns pourraient qualifier
d’innocente exposait en effet d’une manière presqu’ingénue l’objet de
la théorie du genre. Une première façade que l’on pourrait illustrer par
cette photo surréaliste montrant une Najat Vallaud-Belkacem grand
sourire devant un pauvre garçonnet d’une école maternelle pilote en
train de jouer, la mine grise, à la poupée… Depuis 68 et ses prolon-
gations, les révolutionnaires ont toujours estimé que les goûts et les
intérêts des enfants découlaient du comportement des adultes qui les
entouraient. Pour preuve, disent-ils aujourd’hui, le contenu des ca-
talogues de jouets des années 1968-1969 dans lesquels l’on trouvait
beaucoup plus (qu’aujourd’hui, malgré la tentative ridicule des Maga-
sins U de faire la promotion des jouets de garçons pour les filles —et
inversement - l’automne dernier) de jouets indifférenciés, c’est-à-dire
destinés à la fois aux filles et aux garçons. Mais une preuve qui n’en est
évidemment pas une puisque les parents étaient massivement abru-
tis par l’épisode soixante-huitard et pensaient naïvement agir pour le
bien de leur progéniture en achetant les produits récréatifs révolution-
naires. Las, les gamins n’ont pas apprécié la camelote indifférenciée et
les commerçants comme les producteurs ont vite compris qu’il s’agis-
sait d’une mode artificiellement créée par nos révolutionnaires tarés et
qu’il n’y avait pas de profits à espérer faire dans cette voie-là. Voilà, en
revanche, une expérience socio-économique d’ampleur considérable

- 19 -
LES SOURCES DES SECTATEURS DE LA THÉORIE DU GENRE

qui aurait pu être prise en considération par les “chercheurs” en théo-


rie du genre qui persistent aujourd’hui à promouvoir ce qui a foiré sur
tous les plans dans un contexte pourtant favorable avec de nombreux
parents motivés et fanatiques. Cependant, quand, quelques semaines
plus tard, de nombreux parents d’élèves ont commencé à percevoir
une partie du programme ABCD de l’égalité, que des parents sensibles
au développement psychique de leurs enfants ont compris que ce pro-
gramme révolutionnaire était lié, inextricablement lié, à la promotion
de l’homosexualité et à la critique radicale de toutes les identités na-
turelles, le sourire de Najat est retombée et ses collègues et supérieurs
(Peillon en tête) se sont mis à mentir, éhontés, pour défendre cet “ensei-
gnement” obscène. On nous jurait alors que jamais, ô jamais, il n’était
question de combattre la masculinité des petits garçons et la féminité
des petites filles, que la théorie du genre n’était qu’un courant de pen-
sée, un simple paradigme universitaire respectable qui n’était pas une
référence pour les grands cadres de l’Education nationale. On nous
jurait que l’école avait simplement vocation à combattre les inégalités,
le machisme, le racisme et les stéréotypes ! Il fallait bien désamorcer la
contestation populaire qui commençait à prendre une belle ampleur.
C’est que, progressivement, en assemblant progressivement les pièces
d’un puzzle assez monumental, des centaines puis des milliers de pa-
rents mais aussi de citoyens sans enfants ont compris jusqu’à quelles
extrémités les partisans de la théorie du genre étaient capables d’al-
ler. Inexorablement, les sources intellectuelles de la théorie du genre
se dévoilaient aux yeux de ces derniers dans toutes leurs horreurs,
et avec elles l’image des conséquences assurées d’une pensée folle
(où serait notamment légitimé voire enseigné l’homosexualisme) si elle
était véritablement mise en application. Le gouvernement ne pouvant
apparaître comme le commanditaire et le complice idéologique de ce
délire, il a baissé pavillon après avoir fait mine de se désoler d’une
grande confusion sur un ton d’une condescendance fort mal jouée.
Car ces gens-là (francs-maçons zélés assoiffés d’initiations révolution-
naires) savent parfaitement à quoi s’en tenir, et connaissent les bases
profectives de cette théorie proprement démoniaque.

RELATIVISME ET UNIVERSALISATION DE PARTICULARISMES


ETHNIQUES CONTRE L’IDENTITÉ

Les théoriciens du genre ont toujours su glaner les petites fan-


taisies observables ici ou là au sein de l’humanité ou au cours de

- 20 -
LES SOURCES DES SECTATEURS DE LA THÉORIE DU GENRE

l’histoire pour en faire une généralité qu’ils veulent universelle.


Ainsi nous assènent-ils que la virilité ne serait ni l’apanage du
masculin ni d’ailleurs un composé de son essence. Selon Susan
Pinker, qui se veut très sérieuse, les aristocrates du XVIIIe qui se
poudraient et portaient bas et perruque prouveraient que cette viri-
lité (des hommes) serait une pure invention culturelle et historique.
Tout comme la simple existence de certaines vedettes du monde du
spectacle comme les Bee Gees (sic) avec leur voix très aiguë ou Da-
vid Bowie avec son maquillage… Les militants du gender sont tou-
jours, bizarrement, fascinés par l’étrangeté qu’ils trouvent toujours
conforme à la « vraie nature » (qui est en fait la non nature en cela
qu’elle est indéterminée selon eux). Non que l’étrangeté est étrange
à leurs yeux mais plutôt l’aboutissement trop rare de ce qui devrait
advenir couramment au sein des sociétés démocratiques. L’une des
grandes prêtresses avant l’heure de la théorie du genre, la psycho-
logue israélite Lawrence Kohlberg, a, selon ses disciples actuels,
mis en évidence plusieurs phases dans le développement de l’idée
sexuée et donc du genre. Pour Kohlberg et tant de spécialistes psys
idéologues d’aujourd’hui, l’enfant suit plusieurs étapes dans son
développement. Entre 2 et 3 ans, l’enfant développerait l’identité de
genre : Il saurait qu’il est une fille ou un garçon grâce à des critères
socioculturels (les filles ont les cheveux longs, les filles jouent à la
poupée etc.). Entre 3 et 5 ans, il entrerait dans le stade de la stabi-
lité de genre. Mais, dit-elle avec cette assurance qui caractérise les
vrais fous, il continuerait de penser que l’on peut changer de sexe
en fonction des situations : un garçon qui se déguise en princesse
devient une fille, puis redevient un garçon une fois son déguisement
ôté. A partir de 5 ans, poursuit-elle, l’enfant acquerrait la constance
de genre dont on comprend d’emblée le concept. Mais au même
âge, l’enfant connaîtrait une phase de rigidité (un mot très connoté
dans le lexique de la psychologie) au cours de laquelle le traves-
tisme représenterait pour lui une forme insupportable de triche-
rie. Quelques années plus tard, l’enfant équilibré accepterait sans
problème cette “tricherie”… Parce que, dit-elle, il comprendrait que
« cela n’affecte pas son identité sexuée ». Mais l’hypothèse selon la-
quelle l’enfant puis l’adulte ne supporteraient tout simplement pas
qu’un individu puisse se ridiculiser en foulant du pied sa propre
nature ne vient pas à l’esprit de notre psychologue juive ? Comme
l’idée, certainement trop terre à terre pour elle, selon laquelle un
jeune mâle en formation n’apprécie pas qu’un autre petit mâle se

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LES SOURCES DES SECTATEURS DE LA THÉORIE DU GENRE

fasse passer pour une fille, surtout lorsqu’il n’a pas encore l’expé-
rience pour démasquer le tricheur sexuel : La Nature a horreur, en
effet, de ce genre d’usurpateur. Ainsi dès 1966, les bases de la théo-
rie du genre étaient jetées dans le monde intellectuel et plus seu-
lement dans l’univers de la littérature. A partir de ce moment clef,
les dégénérés et autres pervers, les graves malades psychiatriques
et une multitude de malheureux vont profiter de ce flou artistique
émanant d’une autorité scientifiquement vernie pour glorifier lit-
téralement leurs tares et leurs vices pour les institutionnaliser et
les répandre. En 1992, dans la lignée des travaux du transsexuel
Virginia Prince (inventeur en 1978 du terme transgenre), un autre
malade psychiatrique, universitaire et accessoirement lui aussi
transsexuel, Leslie Feinberg, renouvelle les études sur le genre en
normalisant, en démédicalisant la dysphorie, le transsexualisme
mental (et donc accompli). A la même époque, l’intellectuelle Sandy
Stone publie le Manifeste posttransexuel dans lequel elle affirme de
manière violente que les médecins n’ont pas de légitimité pour tenir
un discours sur les transsexuels et s’insurge contre la psychia-
trisation (de moins en moins nette de nos jours) de ces derniers.
En France nous avons aussi notre trans universitaire, Karine (c’est
ainsi qu’il faut “la” prénommer) Espineira qui va, à la fin des années
1990, franchir un pas de plus dans la construction d’une pensée
radicalement antinaturelle. Pour cet activiste, « le concept d’identité
de genre permet de comprendre non pas tant qui est le sujet trans’,
mais tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le système de genre
binaire. » La prochaine étape sera celle de la stigmatisation, de la
diabolisation du “système” de genre binaire. Les représentations
binaires en ce qui concerne le genre, dans les fictions médiatiques,
dans les publicités, dans la rue (!), seront prochainement considé-
rées comme les expressions d’un racisme tonitruant, d’une into-
lérance formidable, d’un obscurantisme effroyable ! N’en doutons
pas.

François-Xavier ROCHETTE.

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De la prise d’Alger aux
Trois tristement “glorieuses”…
par Michel FROMENTOUX

E N CE mois de juillet, il nous vient comme une réminiscence


des trois journées des 28, 29 et 30 que l’on devait appeler, sans
doute par dérision, les “Trois Glorieuses” et qui marquèrent la fin
de notre monarchie de droit divin — ce dont il n’y a pas lieu d’être
fier ! Alors que l’été 2014 ne s’annonce guère “glorieux” ni météo-
rologiquement (juillet est plutôt imprévisible !), ni politiquement
(François Hollande est toujours là !), qu’on nous permette, bien
que ce ne soit pas un anniversaire selon le calendrier, d’évoquer
ces trois journées de malheur qui chassèrent comme un laquais le
dernier de nos rois sacrés et l’un plus dignes héritiers du trône de
saint Louis !

LE DERNIER CADEAU DES BOURBONS À LA FRANCE

N’oublions jamais que le dernier des Bourbons fut celui qui offrit
à la France l’ultime cadeau de la monarchie traditionnelle en pre-
nant Alger en la sixième année de son règne et à l’âge de soixante-
treize ans, alors qu’il subissait les assauts conjugués d’une presse
déchaînée, d’une bourgeoisie capitaliste avide de révolution et de
quelques royalistes admirables dans leur fidélité, mais d’esprit
quelque peu borné.
Il importe de préciser qu’alors, l’Algérie n’existait pas. S’il y avait
un État, c’était un État turc — on disait la Régence d’Alger — rele-
vant nominalement du sultan de Constantinople et dominant des
populations très diverses : Berbères, les vrais autochtones ; Arabes,
conquérants au VIIe siècle ; Turcs arrivés par invasion ; Juifs, qui
vivaient du négoce. La puissance turque était représentée à Alger
par un dey, alors nommé Hussein. Depuis trois siècles, cette cité

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DE LA PRISE D’ALGER AUX TROIS “GLORIEUSES”…

semait la terreur en Méditerranée par ses corsaires qui s’empa-


raient des navires et prenaient les chrétiens en otage, ce qui rappor-
tait beaucoup d’argent à ladite Régence. L’empereur Charles Quint
avait attaqué ce repaire de gangsters en 1541, puis Louis XIV, avec
ses grands capitaines Duquesne et d’Estrées, l’avaient bombardé
en 1683 et 1688. Toujours sans succès. Eh bien, Charles X, lui,
voulut tout seul la victoire, et il l’obtint !
Le prétexte pour intervenir fut fourni par le dey lui-même qui
s’était permis en 1827, disait-on, de donner un coup d’éventail au
consul de France, Pierre Deval, venu lui dire que la France n’avait
pas à reconnaître une dette contractée trente ans plus tôt par le Di-
rectoire pour un achat de blé négocié avec le dey par les deux juifs
Busnach et Jacob Bacri. L’honneur français ayant été bafoué par le
dey, un blocus d’Alger par la Marine française s’imposait.
Bravant l’hostilité et les menaces de l’Angleterre, dédaignant
les invectives de la presse libérale, le roi prépara l’expédition avec
le prince Jules de Polignac, président du conseil des ministres, et
avec la certitude de fonder en Afrique l’empire chrétien rêvé par
saint Louis au moment de sa mort à Tunis en 1270. Il confia la
flotte de 675 bateaux, dont 103 bâtiments de guerre et 83 pièces
de siège au vice-amiral Guy-Victor Duperré et l’armée de terre de
35 000 hommes au ministre de la Guerre, le Maréchal Louis Au-
guste-Victor de Ghaisne, comte de Bourmont. Alger avait la répu-
tation d’être imprenable, mais l’aventure méritait d’être tentée. Ne
pouvait-on pas utiliser les plans et les croquis qu’un agent secret
de Napoléon avait dressé en 1808 ?

METTRE FIN À LA BARBARIE EN MÉDITERRANÉE

La flotte, partie de Toulon le 25 mai 1830, arriva en vue d’Alger


le 31 mai, mais des vents contraires l’obligèrent à se replier vers
Palma aux Baléares. Elle revint le 10 juin et débarqua le 14 juin
sur la plage de Sidi Ferruch, à quelques kilomètres d’Alger. Le dey
ne disposait que d’une armée hétéroclite et mal commandée par
son gendre : elle se dispersa après un combat de plusieurs heures
à Staoueli. C’est alors que Bourmont décida de lancer son artille-
rie sur Alger : il attaqua et pilonna le 3 juillet le Fort l’Empereur
dominant la ville. Le 4 juillet, la forteresse tomba dans une terrible
explosion. Le 5, il ne restait plus au dey qu’à capituler et à propo-
ser des négociations avant de s’enfuir douillettement pour Naples,

- 24 -
DE LA PRISE D’ALGER AUX TROIS “GLORIEUSES”…

tandis que les forces françaises entraient dans la ville. On compta


du côté français 415 morts et 2 160 blessés, il y en eut beaucoup
plus du côté algérien.
En trois semaines, la France venait de mettre fin à la barbarie en
Méditerranée : elle allait pouvoir reprendre sa mission civilisatrice
héritée de la Rome impériale et de la chrétienté de saint Augustin.
Le contraste entre l’infinie grandeur du pari sur l’avenir et la peti-
tesse des débats de politique politicienne qui occupaient l’opinion
en ce mois de juillet 1830 est saisissant. Aucun personnage officiel
ne salua l’entreprise victorieuse du roi. Au contraire, on redoubla
de sarcasmes et de menaces à son égard, .
La conquête de l’Algérie — État créé de toutes pièces par la
France, il faut toujours s’en souvenir — allait être poursuivie par la
Monarchie de Juillet, le Second Empire et la Troisième République,
mais ce joyau tomba, hélas, aux mains des républicains, jacobins
incapables de comprendre la diversité humaine et laïcistes scanda-
lisant trop souvent par leur absence de foi des populations que l’on
aurait pu rechristianiser. Cela aboutit, malgré le sursaut français
de 1958, au comble du déshonneur : la forfaiture de 1962 délibéré-
ment voulue par Charles De Gaulle. Donc au recul de la civilisation
et au reniement de l’œuvre esquissée par Charles X.
L’arrière-arrière-petit-fils du roi, le prince Sixte de Bourbon
Parme, dans son livre La dernière conquête du roi : Alger 1830
paru en 1930, écrivait : « Ne fût-ce que pour cela, Charles X, très
clairvoyant et très agissant dans la poursuite de ce haut destin,
doit compter parmi nos grands rois ; en mourant, les fleurs de lys
ont jeté leur dernier éclat de fleur et d’épée. »1
Charles X, convaincu qu’il avait répondu amplement, par la
prise d’Alger, au besoin de gloire des Français secoués par le fris-
son du romantisme, pensa qu’il pouvait gouverner en se passant
de la Chambre.

AUX PRISES AVEC LA BOURGEOISIE CAPITALISTE

C’était sans compter avec la nouvelle force que représentait la


bourgeoisie capitaliste, ayant la presse à ses ordres et ne sachant

1. Prince Sixte de Bourbon Parme : La dernière conquête du roi,


Alger 1830. Ed. Calmann-Lévy, 1930.

- 25 -
DE LA PRISE D’ALGER AUX TROIS “GLORIEUSES”…

aucun gré au roi et à son prédécesseur Louis XVIII, d’avoir, par leur


prudence, permis à la France de retrouver son rang et sa sûreté
au sortir de l’ouragan napoléonien. Il était reproché aux ministres
successifs (Joseph, comte de Villèle, Jean-Baptiste Sylvère Gaye,
vicomte de Martignac) de n’avoir pas pris le risque de bouleverser la
carte de l’Europe, et le succès en Afrique du Nord sous l’impulsion
du prince de Polignac, connu à Paris le 9 juillet, ne compensait pas
l’annexion de la Belgique dont rêvaient alors quelques têtes brûlées,
incapables de pressentir l’avenir qui s’ouvrait à nous outremer.
Le gouvernement Polignac avait été installé durant l’été 1829
pendant les vacances de la Chambre, laquelle, dès l’ouverture
de la session, avait demandé au roi le renvoi du ministre. À quoi
Charles X avait répondu par la dissolution de la Chambre. Aux
élections de juin, était arrivée une nouvelle majorité d’opposants.
Le roi fut alors convaincu du besoin de gouverner par ordonnances,
comme la charte de 1814 lui en donnait le droit.
C’était, bien sûr, ne pas vouloir tenir compte du climat explosif
qui régnait à Paris. Le gouvernement n’était pas en mesure de ten-
ter l’épreuve de force, et l’erreur du roi fut de croire qu’étant dans
la légalité, il ne pouvait rien lui arriver de fâcheux.
Les ordonnances furent donc publiées le 25 juillet. La première
suspendait la liberté de la presse et rétablissait la censure, chose
normale au moment où les journaux étaient allés jusqu’à publier de
fausses informations pour nuire à l’expédition d’Alger. La deuxième
dissolvait la Chambre nouvellement élue. La troisième relevait le
cens électoral au profit des propriétaires fonciers et au détriment
des commerçants enrichis. La quatrième convoquait les électeurs
pour les 6 et 13 septembre.
Le lendemain 26 juillet, le jeune avocat-journaliste Adolphe
Thiers élevait dans Le National, une protestation solennelle. Déjà,
les commerçants fermaient boutique et les étudiants se rassem-
blaient en cortège. Le roi confia au maréchal Auguste de Marmont,
duc de Raguse, la répression de l’émeute et partit pour le château
de Saint-Cloud. Dès le 27, l’émeute devint insurrection. La capitale
se couvrit de barricades ; le tocsin sonna et le peuple descendit
dans les rues, arborant le drapeau tricolore, celui de la Révolu-
tion… ; la fusillade commença mais, bien vite, la troupe fraternisa
avec les insurgés.
Allait-on vers la proclamation d’une république à l’américaine
dont la présidence serait confiée à La Fayette, ce vieux cheval de re-

- 26 -
DE LA PRISE D’ALGER AUX TROIS “GLORIEUSES”…

tour que la Commune de Paris venait de nommer commandant en


chef de la garde nationale ? Ou suivrait-on l’opinion de Thiers ju-
geant plus avantageux pour la France de se donner une monarchie
libérale que l’on confierait à Louis-Philippe, duc d’Orléans, fils de
l’horrible Philippe-Égalité. Louis-Philippe fut nommé lieutenant-gé-
néral du royaume à la fois par Charles X (pour des raisons fami-
liales) et par la Commune de Paris (pour des raisons politiciennes).
Pour faire face à l’émeute, la garnison de Paris était réduite à
14 000 hommes, des troupes ayant été retirés pour Alger. Les 27,
28 29, les insurgés, que Jean Tulard décrit comme « des ouvriers
saisonniers, sans passé ni traditions révolutionnaires […] masse fa-
cilement entraînée par les étudiants et les meneurs politiques »,
s’emparèrent de la capitale, arborant les trois couleurs, dressant
des barricades dans les rues, pendant que la bourgeoisie laissait
faire, sachant bien qu’elle récupérerait le mouvement comme tou-
jours depuis 1789…
Pendant ce temps, Charles X, hanté par le souvenir de son
frère Louis XVI trop faible devant la Révolution, entendait résister
jusqu’au bout, mais déjà, Thiers avait fait placarder sur les murs
de Paris des proclamations en faveur du duc d’Orléans et lui avait
offert la couronne. Or, dès le 29 juillet, les insurgés étaient complè-
tement maîtres du terrain et Charles X, admettant l’impossibilité de
leur tenir tête, accepta la démission de Polignac et confia le soin de
former le ministère à Casimir-Louis-Victurnien de Rochechouart,
duc de Mortemart, plutôt bien vu de l’opposition. Le calcul n’était
pas mauvais : on restait dans la légalité et le roi, fidèle à la grande
tradition capétienne, ne risquerait pas de se trouver dans la situa-
tion de faire tirer sur le peuple.

VERS L’EXIL

Avec sa famille, il courut de Trianon à Rambouillet toujours


poursuivi par quelques émeutiers ; là, on lui conseilla de résister,
de se rendre dans l’Ouest où la Vendée et la Bretagne se soulève-
raient contre les usurpateurs. Après tout, Paris n’était pas toute la
France et Charles VII et Henri IV avaient connu la même infortune
et finalement reconquis leur royaume. Mais le vieux roi ne voulait
pas susciter une guerre civile. L’honneur chevaleresque parlait en
lui et il se résolut à abdiquer, après de durs débats intérieurs, tard
dans la nuit du 1er août. Comptant sur le loyalisme et sur l’esprit

- 27 -
DE LA PRISE D’ALGER AUX TROIS “GLORIEUSES”…

de famille de son cousin, duc d’Orléans, il imagina de le confirmer


dans son titre de lieutenant général du royaume, afin qu’il pût faire
reconnaître le petit-fils du roi, le jeune duc de Bordeaux, âgé de dix
ans, fils du défunt duc de Berry, sous le nom d’Henri V (On allait
plus tard le désigner comme le comte de Chambord)
Le 1er août donc, il dicta pour le duc d’Orléans une belle lettre :
« Mon cousin, je suis trop profondément peiné des maux qui affligent
et qui pourraient menacer mes peuples pour n’avoir pas cherché un
moyen de les prévenir. J’ai donc pris la résolution s’abdiquer la cou-
ronne en faveur de mon petit-fils, le duc de Bordeaux. Le dauphin
[Louis-Antoine, duc d’Angoulême, fils aîné du roi, mari de Madame
Royale (NDLR)], qui partage mes sentiments, renonce aussi à ses
droits en faveur de son neveu. Vous aurez donc, en votre qualité de
lieutenant général du royaume, à faire proclamer l’avènement de
Henri V à la couronne. Vous prendrez d’ailleurs toutes les mesures
qui vous concernent pour régler les formes du nouveau gouvernement
pendant la minorité du nouveau roi… » C’était assurément la meil-
leure solution pour prolonger la légitimité, d’autant que Louis-Phi-
lippe était l’époux de Marie-Amélie des Deux-Siciles, tante de Ma-
rie-Caroline des Deux-Siciles, duchesse de Berry — la propre mère
du petit Henri V !

LE SACRIFICE DU ROI

Charles X avait cessé de régner ; le dauphin Louis-Antoine ne


prit le nom de Louis XIX que le temps de renoncer à ses droits en
faveur de son neveu. Le maréchal de Marmont accepta alors de re-
prendre le commandement des troupes au nom du jeune Henri V,
que sa mère, la duchesse de Berry, voulait conduire à Paris. Pru-
demment, le roi le lui interdit.
Mais les conciliabules allaient bon train depuis plusieurs jours
entre les politiques. Le duc d’Orléans nomma le maréchal Maison,
le baron de Schönen, le colonel Jacqueminot et le député Odilon
Barrot, commissaires pour assurer au vieux roi quelques “sauve-
gardes” au moment de quitter la France : « Je confie à votre courage
et à votre honneur le salut de cette famille dont j’ai la douleur d’être
séparé ».
En fait Louis-Philippe était pressé de voir partir le roi, et il char-
gea La Fayette d’aller faire, avec une cohorte péniblement rassem-
blée, une démonstration de force vers Rambouillet, tandis que lui-

- 28 -
DE LA PRISE D’ALGER AUX TROIS “GLORIEUSES”…

même se rendait au Palais-Bourbon, où il annonçait devant les


députés l’abdication de Charles X et de Louis XIX, sans citer le
jeune duc de Bordeaux… À Rambouillet le vieux roi continuait de
se dire, avec sa famille, résolu à défendre les droits de son petit-fils
jusqu’à la dernière goutte de son sang. Tandis que la mince troupe
de La Fayette approchait et qu’un affrontement était prévisible avec
les gardes royaux, Odilon Barrot dit au roi2 : « Gardez-vous que le
nom de votre petit-fils soit le signal de la catastrophe qui se prépare :
quel que soit l’avenir que Dieu lui réserve, dans l’intérêt même de cet
avenir, qu’il ne soit pas souillé du sang qui va couler ». Barrot aurait
alors ajouté : « Vous avez déjà commencé le sacrifice, Sire, il faut le
consommer et le consommer tout de suite, il n’y a pas un instant à
perdre…»

LE CONVOI DE LA MONARCHIE

Dans cet esprit de sacrifice, il annonça qu’il quittait Rambouil-


let et irait dormir ce soir 6 août au château de Maintenon ; le
maître des lieux, le duc de Noailles, l’y accueillit avec le plus grand
respect, ainsi que toute la famille royale composée alors du dau-
phin Louis-Antoine, duc d’Angoulême (l’éphémère Louis XIX), de
l’épouse de celui-ci, la duchesse d’Angoulême, née Madame Royale,
fille de Louis XVI, laquelle, le visage empreint de tous les malheurs
et de toutes les grandeurs de sa famille martyre, croyait revivre les
horreurs d’octobre 1789. Il y avait aussi Marie-Caroline des Deux
Siciles, duchesse de Berry, veuve depuis 1820 du fils cadet de
Charles X, laquelle aurait aimé partir pour la Vendée faire le coup
de feu dans les chemins creux, et ses deux enfants, Henri, dix ans,
de jure Henri V, et Louise, onze ans, future duchesse de Parme.
Le roi ne semblait pas très pressé de quitter son royaume. Ne
manquant pas un seul matin la messe où il s’offrait en sacrifice, il
était, le 8, à Argentan, où il entendit des Vive le roi ! criés spontané-
ment. Le 10, à Condé-sur-Noireau, il apprit que, le 7, les Chambres
avaient offert le trône au duc d’Orléans, que celui-ci avait accepté
sans se préoccuper des droits d’Henri V… et qu’il serait intronisé
le 9. Thiers avait offert à Louis-Philippe de « ramasser la couronne
dans la boue ». Au moins évitait-on ainsi la République, laquelle eût

2. cité par Georges Bordonove : Charles X. Ed Pygmalion, 2004.

- 29 -
DE LA PRISE D’ALGER AUX TROIS “GLORIEUSES”…

effrayé le reste de l’Europe et aussi réveillé dans le pays les cica-


trices à peine guéries laissées par la première république, régime de
Terreur. Louis-Philippe d’Orléans eut, de son côté, l’élégance de se
faire appeler « Louis-Philippe 1er, roi des Français » montrant par là
que son régime laïque et bâtard ne prétendrait pas s’inscrire dans
la continuité de la monarchie traditionnelle, celle des rois de France
et de Navarre.
Le cortège du vieux roi ressembla plus à une visite royale dans
sa fidèle Normandie qu’au convoi de la monarchie. Le roi entra
dans Vire où il passa la journée du lendemain. Le 12, il fut reçu à
la préfecture de Saint-Lô. Le 14, il arriva à Valognes et s’installa à
l’hôtel du Mesnildot pour effectuer, le 15, la cérémonie déchirante
des adieux à son armée.
Le 16 août 1830, toujours fière allure malgré son âge et son cha-
grin, Charles X s’embarquait à Cherbourg sur le Great Britain, de-
vant une population émue et silencieuse. Les commissaires envoyés
par Louis-Philippe montèrent sur le pont, s’assurant que la famille
royale partait bel et bien, Charles les salua et les remercia avec sa
courtoisie habituelle. Les princesses pleuraient. Le jeune Henri V ré-
pondait avec grâce aux vivats de la foule. Le commandant du navire
n’était autre que Jules Dumont d’Urville, qui venait d’offrir ses ser-
vices à Louis-Philippe alors que Charles X l’avait tant soutenu dans
ses voyages autour du monde ! En entrant dans la rade de Spithead,
au moment de mouiller devant Portsmouth, le roi envoya le duc
de Luxembourg et le marquis de Choiseul à Londres afin d’obtenir
du roi Guillaume IV le droit de débarquer en Angleterre.

INFINIE DIGNITÉ

Balzac devait évoquer en ces termes ce pénible voyage : « Ce


vieillard aux cheveux blancs, enveloppé dans une idée, victime de
son idée, et dont ni vous ni moi ne pouvons dire s’il fut imprudent ou
sage, mais que tout le monde juge dans le feu du présent sans se
mettre à dix pas dans la froideur de l’avenir ; ce vieillard vous semble
pauvre : hélas ! il emporte avec lui la fortune de la France ; et, pour ce
pas fatal, fait du rivage au vaisseau, vous payerez plus de larmes et
d’argent, vous verrez plus de désolation qu’il n’y a eu de prospérités,
de rires et d’or, depuis le commencement de son règne. Qui a tort, la
France ou les Bourbons ? Ils versèrent si peu de sang qu’aujourd’hui
ces tyrans pacifiques s’en vont sans avoir été défendus, parce que
leurs amis ne les savaient pas attaqués. »

- 30 -
DE LA PRISE D’ALGER AUX TROIS “GLORIEUSES”…

Notre dernier roi sacré partait sans retour, ce roi qui ne fut pas
exempt d’erreurs de jugement, mais qui resta jusqu’au bout d’une
infinie dignité. Il avait préféré se sacrifier plutôt que de faire cou-
ler le sang du peuple, ce peuple qui, si le suffrage universel avait
alors existé, l’aurait aidé à sauver son trône et à sauver celui de
son petit-fils Henri V que les Provençaux attendirent longtemps au
XIXe siècle « S’Enri V venié deman, /Ah! qunto festo,/ Ah ! qunto
festo !/ S’Enri V venié deman /Ah ! qunto festo que farian ! »3 chan-
taient-ils sur un air de farandole, car les paysans, artisans et petits
boutiquiers de nos provinces eurent longtemps l’âme royaliste !
Alors on peut se demander si Charles X n’aurait pas dû s’accro-
cher plus à son pouvoir : la petite troupe de La Fayette envoyée à
Rambouillet n’était que du bluff, l’armée royale, commandée par le
maréchal de Marmont, en serait vite venue à bout4, mais la peur de
plonger le pays dans la guerre civile dissuada le vieux roi d’y avoir
recours. Charles préféra se sacrifier ; il n’avait pas l’humeur guer-
rière d’Henri IV et ce fut bien dommage, car alors la France entra
sans principe d’autorité dans le « stupide XIXe siècle »…

Michel FROMENTOUX.

3. cité par Xavier Vallat : Le grain de sable de Cromwell.


Imprimerie Lienhart, Aubenas, 1972.
4. Alain Jossinet : Henri V. Ed. Ulysse, 1983.

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- 31 -
La dérive doctrinale de Vincent
Reynouard, ou de l’art
de gâcher une vocation
par STEPINAC

V OICI les remarques brèves que peut inspirer à un catholique


la profession de foi moderniste récente et publique, développée
dans le cadre des « Editoriaux de Vincent Reynouard », sur Internet
en juillet 2014.
«L’Eglise catholique, se distinguant nettement en cela du
Protestantisme libéral, enseigne une doctrine. Pour elle, l’Ecri-
ture sainte n’est que l’un des fondements de la connaissance
religieuse. L’essentiel est la Tradition, ensemble de vérités
explicitement incluses ou non dans la Bible, mais enseignées
par l’autorité de l’Eglise. L’Ecriture sainte n’est pour ainsi dire
que le premier chaînon de la Tradition, le plus important évi-
demment. Pour le catholique, pas de ‘libre examen’ des textes
sacrés, comme pour la plupart des protestants; l’Eglise en dé-
gage une interprétation officielle, à tel point que seules les
éditions de la Bible annotées et approuvées par la hiérarchie
sont accessibles en droit aux fidèles. Pour le catholique, le livre
qui fait foi, ce n’est pas tant la Bible, texte souvent obscur et
susceptible d’être interprété de façons fort différentes, que le
catéchisme, qui est un résumé concis et didactique de la Tra-
dition» (Histoire du catholicisme, PUF Que sais-je, 1949, par J.-B.
Duroselle, page 7).
Ainsi, c’est l’Eglise qui par son autorité propre définit ce que
sont les Ecritures contenant quelque chose de révélé, et la manière
dont il faut les comprendre; et les Ecritures attestent que l’Eglise
possède bien ce pouvoir souverain. Il y a donc les Ecritures conte-
nant la Révélation d’une part, et d’autre part la clé d’interprétation
des Ecritures (laquelle clé discrimine aussi entre ce qui fait partie
des Ecritures contenant effectivement la Révélation, et ce qui n’en

- 32 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

fait pas partie). Il y aurait cercle logique, ainsi aporie, s’il n’y  avait
que le texte et sa clé, car il faudrait lire le texte pour avoir la clé et
posséder la clé pour lire le texte. Il y a un troisième terme qui ré-
sout l’aporie : la Tradition (ce qui a été effectivement transmis par
le Christ aux apôtres et par les apôtres aux fidèles, soit oralement
soit par écrit) possédée par l’Eglise qui est seule à pouvoir s’en dire
possesseur légitime et à être dépositaire de l’autorité requise pour
l’expliciter. Les modernistes ont essayé d’attaquer l’Eglise, de res-
treindre son autorité, voire de nier cette dernière complètement,
afin d’émanciper la subjectivité du magistère coercitif de l’Eglise,
pour laisser la subjectivité se faire maîtresse inconditionnée dans le
domaine des mœurs, de la morale, de la politique, et des positions
philosophiques, ce qui revenait à substituer le magistère du cœur,
de la volonté et de la simple raison, à celui du Dieu se révélant ;
c’est là du naturalisme tout simplement, et sa racine est l’orgueil.
Pour ce faire, les modernistes se sont référés aux Ecritures afin de
lire les décrets de l’Eglise à la lumière des Ecritures, et dans le but
d’ôter à l’Eglise le privilège qu’elle revendique d’avoir autorité pour
dire ce qui relève des Ecritures et ce qui n’en relève pas, et ce que
disent les Ecritures (la manière de les interpréter). Ils ont donc relu
les Ecritures en faisant de leur raison et de leurs décrets subjectifs
et passionnels inavoués la clé d’interprétation des Ecritures. C’était
là oublier que cette clé est dans les Ecritures. Ils ont donc trahi
les Ecritures en prétendant exalter leur importance au détriment
du magistère ecclésial. Trahir le magistère ecclésial au nom des
Ecritures revient toujours, tôt ou tard, à trahir les Ecritures elles-
mêmes. La vraie clé d’interprétation des Ecritures est dans les
Ecritures, en tant que les Ecritures attestent que Dieu a fondé
son Eglise en la dotant du pouvoir d’enseigner sous la motion
du Saint-Esprit. En effet :
1. “Jésus, étant venu dans la région de Césarée de Philippe, in-
terrogeait ainsi ses disciples : « Qui dit-on qu’est le Fils de l’homme? « 
Ils dirent : « Les uns Jean le Baptiste, d’autres Elie, d’autres Jérémie
ou l’un des prophètes. « Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis? « 
Simon Pierre, prenant la parole, dit : « Vous êtes le Christ, le Fils du
Dieu vivant. »
Jésus lui répondit : « Tu es heureux, Simon Bar-Jona, car ce n’est
pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans
les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai
mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle.

- 33 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux : tout ce que tu lieras


sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la
terre sera délié dans les cieux.»” (Mt 16 13-19).
2.  “Si ton frère a péché contre toi, va reprends-le entre toi
et lui seul ; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute
pas, prends avec toi encore une ou deux (personnes), afin que
toute chose se décide sur la parole de deux ou trois témoins.
S’il ne les écoute pas, dis-le à l’Eglise ; et s’il n’écoute pas
même l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain.
En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié
dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans
le ciel.” (Mt 18 15-18).
3. “Et Jésus s’approchant leur parla ainsi : « Toute puissance m’a
été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes
les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi,
je suis avec vous toujours jusqu’à la fin du monde. «”. (Mt 28 18-20).
4. “Puis il leur dit : « Allez par tout le monde et prêchez
l’Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera bap-
tisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné.
Et voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon
nom ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; ils
prendront des serpents, et s’ils boivent quelque (breuvage) mortel, il
ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades et
(les malades) seront guéris. Après leur avoir (ainsi) parlé, le Seigneur
Jésus fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Et eux s’en al-
lèrent prêcher partout, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant
(leur) parole par les miracles qui l’accompagnaient.” (Mc 15-20).
Il s’agit du fameux passage mis en cause par Vincent Reynouard,
qui oublie ou feint d’oublier que la légitimité de l’Eglise et des suc-
cesseurs des apôtres est fondée non seulement sur le texte de saint
Marc, mais encore sur les miracles et les conversions qui ont ac-
compagné leur prédication.
5. “Le soir de ce même jour, le premier de la semaine, les portes
du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées, parce qu’ils crai-
gnaient les Juifs, Jésus vint, et se présentant au milieu d’eux, il leur
dit: «Paix avec vous!» Ayant ainsi parlé, il leur montra ses mains et
son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Il leur dit une seconde fois: «Paix avec vous !» Comme mon Père m’a
envoyé, moi aussi je vous envoie.» Après ces paroles, il souffla sur

- 34 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

eux et leur dit: «Recevez l’Esprit-Saint.» «Ceux à qui vous remettrez les
péchés, ils leur seront remis; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur
seront retenus.»” (Jn 20 19-23).
6. “C’était déjà la troisième fois que Jésus apparais-
sait à ses disciples, depuis qu’il avait ressuscité des morts.
Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre: «  Simon, fils de
Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci?» Il  lui répondit: «Oui, Seigneur,
vous savez que je vous aime.» Jésus lui dit: «Pais mes agneaux.» Il
lui dit une seconde fois: «Simon, fils de Jean, m’aimes-tu?» Pierre lui
répondit: « Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime.» Jésus
lui dit: «Pais mes agneaux.» Il lui dit pour la troisième fois: «M’aimes-
tu ?» et il lui répondit: «Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous
savez bien que je vous aime.» Jésus lui dit: «Pais mes brebis.»”  (Jn
21 14-17).
7. Les actes des Apôtres sont de saint Luc, ils décrivent la fon-
dation de l’Eglise. L’Evangile de saint Luc est incontesté ; donc les
Actes devraient l’être aussi. Or il est expressément développé, dans
les Actes, que les Apôtres ont accompli maints miracles pour susci-
ter les premières conversions, ainsi saint Pierre avait autorité pour
diriger l’Eglise et enseigner en matière de foi, de mœurs, d’exégèse.
Notre Seigneur voulait l’Eglise et le magistère souverain de cette
dernière, et cela est attesté dans les Ecritures et en dehors de la
finale controversée de saint Marc, de sorte que le contenu de cette
finale est en parfait accord doctrinal avec le reste des évangiles.
Pour ce qui est de l’authenticité de la finale de Marc (XVI, 9-20),
on peut remarquer ceci : Ce texte est canonique, c’est-à-dire ins-
piré et reconnu comme tel par l’Eglise : « Si quis autem libros ipsos
integros cum omnibus suis partibus, prout in Ecclesia catholica legi
consueverunt et in veteri vulgata latina editione habentur, pro sacris
et canonicis non susceperit, A. S. » (Concile de Trente, confirmé par
Vatican I) ; ce texte n’a pas besoin, pour le catholique, d’être certifié
authentique pour être canonique. De plus, maints signes plaident
an faveur de son authenticité. Il faisait en effet partie de l’ancienne
Vulgate. Avant que ne fussent formulées certaines réserves (Eu-
sèbe de Césarée, saint Jérôme, le pseudo-Victor d’Antioche), cette
finale avait été reconnue par saint Justin (I, Apol. XLV, 5), par saint
Irénée (Contra haeres. III, 10, 6), par Tatien (dans son Diatessa-
ron), Didyme l’aveugle, saint Epiphane, saint Jean Chrysostome,
saint Ambroise, saint Augustin. Les commentateurs catholiques
modernes s’accordent pour penser que ce texte fut bien écrit par

- 35 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

saint Marc, mais après le reste, à titre de supplément, assez long-


temps après pour que son style ait eu le temps de se modifier. Cette
finale était unanimement acceptée avant le IVe siècle, et fut ensuite
reçue partout en Orient comme en Occident. Marc devait beaucoup
à la catéchèse de Pierre (cette catéchèse orale constitue même la
source principale de saint Marc), et c’est à sa qualité d’écho direct
du prince des Apôtres que son récit doit d’être un récit indépen-
dant de première valeur. Cette finale est présente dans tous les ma-
nuscrits grecs sauf deux, un manuscrit syriaque, un latin (elle est
présente dans tous les autres) et quelques araméens. La simplicité
même du morceau et sa sobriété, sans aucun enjolivement apo-
cryphe, confirment son caractère primitif. Cette finale a certaine-
ment été rédigée au Ier siècle. Seuls certains critiques rationalistes
ont exacerbé une prétendue opposition entre saint Marc et saint
Pierre au prétexte que saint Pierre aurait été en rivalité avec saint
Paul à l’enseignement duquel Marc était très attaché. Sans cette
finale canonique, le texte paraît inachevé ; la conclusion du verset
8 (« ephobouto gar », soit : « timebant enim » est des plus brusques.
Saint Augustin va jusqu’à dire que saint Marc est « abréviateur » de
saint Matthieu (P. L. t. XXXIV, col. 1044). Refuser l’authenticité de
la finale de Marc et de certains passages de l’évangile de Matthieu,
cela relève de la même mauvaise foi (dans tous les sens du terme).
La divine Providence, sans jamais violer les droits de la simple
raison, laisse parfois certaines données dans l’indécision ration-
nelle, afin d’éprouver notre foi. Il y a ceux qui réagissent en catho-
liques, et les autres.
J’ai été honoré de travailler avec Vincent Reynouard pendant
plusieurs années, et de le tenir pour un de mes amis. Je l’ai dé-
fendu contre ceux qui l’accusaient d’immoralité, ou de manque de
rigueur doctrinale, ou de caprice, ou de grossièreté, ou de sans-gê-
ne, etc. Vincent est certainement un homme remarquable qui a,
comme c’est toujours le cas, les défauts de ses qualités. On ne
saurait subir les pressions et souffrances qui sont les siennes de-
puis si longtemps sans céder (par une réaction psychologiquement
compensatrice inévitable) à certaines pulsions caractérielles dérou-
tantes pour certains mais qui devraient être compréhensibles pour
tous les observateurs de bonne volonté. Et je tiens à souligner qu’il
a toujours été avec moi d’une parfaite courtoisie, agissant avec gé-
nérosité et délicatesse, et manifestant des qualités de modestie et
d’humilité ; cela en étonnera peut-être plus d’un, mais je le pense

- 36 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

sincèrement. J’ai apprécié aussi son courage et son intelligence.


Cela dit, depuis sa scandaleuse série d’interventions portant sur
Loisy et la liberté religieuse, je ne puis plus le suivre. Une collabo-
ration entre nous n’aura plus jamais lieu, et je le regrette. Il a agi
de manière téméraire, en se surestimant, en traitant des sujets sur
lesquels il manquait d’informations et de sagesse. Il a offensé la
Sainte Eglise, il a perdu la foi, il est devenu un moderniste endurci.
De plus, il déconsidère, avec ses jugements intempestifs sur la reli-
gion, les causes historique et politique dont il se veut le héraut : si
ses arguments théologiques sont aussi légers, on peut le soupçon-
ner d’être aussi léger ailleurs. Les méthodes investigatrices de l’his-
torien ne sont pas celles du spécialiste des sciences expérimentales,
non plus que celles du philosophe ou du théologien. “Royalistes” et
« Catholiques militants », déjà fort hostiles à ses thèses politiques
et historiques en général, vont s’empresser de penser que la droite
révolutionnaire et anti-surnaturaliste n’est qu’un avatar du libéra-
lisme et du subjectivisme ; quelle aubaine pour eux ! Les talents
de Vincent Reynouard et les hasards de son parcours familial et
intellectuel le destinaient à être le représentant combatif et éclairé
d’un courant de pensée qui n’a pas réussi à s’imposer et en lequel
d’aucuns, non sans de bonnes raisons, discernent une grande part
de vérité libératrice, surtout pour notre temps qui ne sait opposer,
au mondialisme babélien et satanique, qu’une série de plaidoyers
nationalistes légitimement soucieux du respect de l’identité des
peuples millénaires, mais peu opératoires en tant que volontiers
crispés sur un égoïsme national et belliqueux non exempt des re-
lents de ce subjectivisme inspirateur du mondialisme lui-même :
le courant de pensée qu’incarnait Vincent consiste dans la conju-
gaison de quatre axes de réflexion d’ordre philosophique, d’ordre
historique, d’ordre religieux, et d’ordre politique. Tout d’abord plé-
biscite du thomisme en philosophie, mais d’un thomisme ouvert au
meilleur de la philosophie moderne et contemporaine, ainsi libéré
d’un certain psittacisme néo-scolastique. Ensuite plébiscite du ca-
tholicisme intégriste en religion, ainsi du catholicisme tout court,
radicalement opposé à la révolution judéo-maçonnique de Vatican
II, mais débarrassé du surnaturalisme, ainsi de cette tendance sul-
picienne à ne concevoir les rapports entre nature et grâce que sur
le mode d’un conflit qui, évidemment, se résoudra au détriment
de l’ordre naturel, et suscitera par réaction, à droite, l’anticlérica-
lisme et l’antichristianisme. En troisième lieu, plébiscite du révi-

- 37 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

sionnisme en histoire (mais en liaison avec les enjeux politiques de


ce combat). Enfin, en politique, plébiscite du fascisme et du natio-
nal-socialisme de droite, c’est-à-dire de ces doctrines réassumées
en étant débarrassées de leurs excès circonstanciels et datés, et
en vue de la reconstitution de monarchies organiques subsumées
par un Saint-Empire romain germanique, idée monarchique et idée
impériale libérées de leurs travers historiques, ainsi repensées ra-
tionnellement, faisant en particulier sa place (sans l’absolutiser) à
la nécessaire idée nationale.
Je sais aujourd’hui que jamais Vincent Reynouard ne sera ce
représentant, et c’est bien dommage. L’originalité de la synthèse
ci-dessus exposée, dont il eût pu être le chef de file autorisé, l’ha-
bilitait à nourrir des espérances plus ambitieuses que celles aux-
quelles il sera désormais contraint de se limiter, après avoir déçu
beaucoup de monde. Quels que soient ses mérites, qui devraient
susciter la reconnaissance de maints observateurs honnêtes, son
erreur théorique est d’abord de nature philosophique (relativisme
sceptique) et religieuse : un “spiritualisme” latudinariste, dont la
conséquence politique est un éclectisme peu cohérent, un anar-
chisme socialisant tempéré par une république musclée mais or-
donnée à la société civile, ainsi non émancipée de l’individualisme
mortifère, et non du tout soustraite aux mirages du “progrès”. Et
son erreur pratique est un opportunisme fondé sur le culte de son
moi ; Vincent est au fond un subjectiviste qui entend, irrationnel-
lement, promouvoir le subjectivisme en essayant d’en conjurer les
effets destructeurs, d’où son positionnement officiel ailleurs qu’à
gauche ; mais il s’est révélé substantiellement de gauche. Quand
on est harcelé par tout le monde, tel un David sans fronde contre
des Goliath porteurs d’armes de haute précision et assurés d’une
parfaite impunité, on doit vraiment avoir une peau de crocodile et
une solide santé pour ne pas abandonner le combat. Il faut rendre
hommage aux talents de Vincent Reynouard, et à son admirable
ténacité. Les innombrables ennemis qui l’assaillent, mais aussi la
mesquinerie de trop des gens appartenant au monde des réaction-
naires, leur étroitesse d’esprit, leur impéritie, leurs fixations et ma-
rottes séniles, leur tendance à jouer les redresseurs de torts et les
censeurs, l’ont obligé à développer une réflexion personnelle très
indépendante qui fut souvent féconde, non seulement en histoire
mais encore en politique. Cela dit, je ne m’aviserais pas quant à moi,
supposé par exemple que je fusse dubitatif à propos de tel projet

- 38 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

technique délirant voté pour le pays, ou de telle rumeur scientifique


puant la manipulation ou le parti pris idéologique, de m’introniser
scientifique et ingénieur pour examiner par moi-même le bien-fondé
problématique de ces rumeurs ou de ces projets. J’essaierais de me
faire une opinion avec les moyens mathématiques et scientifiques
très limités dont je dispose, mais, pour ce faire, je commencerais
par interroger des gens plus compétents que moi, plus savants (tel
Vincent Reynouard en matière scientifique) que moi, qui sauraient,
sans travestir la scientificité de leur jugement, mettre leurs expli-
cations à ma portée. Que n’a-t-il agi en même façon avant de se
mettre à théologiser ? Vincent Reynouard est un amateur en théo-
logie, comme un certain nombre d’intellectuels autoproclamés à
prétention prophétique s’agitant sur la “Toile”, en compétition pour
recueillir la meilleure part du marché des non-conformistes, les-
quels “prophètes” sont trop souvent des amateurs en tout ce dont
ils parlent, ce qui n’empêche ni eux ni Vincent de pouvoir dire des
choses intelligentes, suggestives et éclairantes, dans des domaines
qu’ils n’ont pas toujours beaucoup étudiés. Mais Vincent en vient,
comme eux, et à partir des mêmes prémisses (« tous les spécia-
listes sont des crétins, ou des lâches, et je suis omniscient et invin-
cible en tout domaine puisque j’ai le courage de dire tout haut ce
que beaucoup pensent tout bas »), à parler de tout et de n’importe
quoi avec un aplomb tout à fait excessif, sous prétexte que la haine

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- 39 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

aveugle des méchants (ou le ressentiment envieux des ratés) diri-


gée contre eux les a comme contraints, pour ne pas sombrer dans
la dépression, d’hypertrophier cette confiance en soi qui, comme
toute chose bonne dans son principe, peut et doit être développée,
mais avec prudence. La légitime confiance en soi fondée sur la non
moins légitime estime de soi n’excluent nullement — mais bien plu-
tôt appellent — la prudence et l’humilité. Si toutes ces choses ne
vont pas ensemble, on tombe dans l’erreur et dans le ridicule. Il ne
suffit pas de savoir lire pour entrer fructueusement dans l’intelli-
gence des textes que l’on se croit capable de juger.
Ces hommes courageux, au départ habités par le noble et géné-
reux souci de dénoncer les mensonges, finissent trop souvent par
n’être plus au service de la vérité, mais de leur confort intellectuel :
ils en viennent à faire de leur équation personnelle — leurs dilec-
tions, leurs aversions, leurs intérêts immanents — la mesure du
vrai et du faux en toute chose. C’est certainement le comportement
du surhomme nietzschéen (voir « Par–delà le Bien et le Mal », partie
IX), mais ce n’est pas celui du chrétien qui ne reconnaît le vrai su-
rhomme que dans le saint. Et le surhomme nietzschéen, sous les
dehors emphatiques et ostentatoires d’une volonté de fer et de la
sombre et orgueilleuse revendication du génie, se révèle toujours
en dernier ressort être un insupportable vermisseau vaniteux et
dérisoire : le moi n’a jamais de valeur que par la grandeur des vé-
rités objectives par lesquelles il se fait habiter. Vincent Reynouard
me fit l’honneur d’accorder jadis une certaine attention à mes ré-
flexions politiques et philosophiques en général, en particulier en
dénonçant le côté unilatéral des thèses dites complotistes érigées
en Maître Jacques de toute étiologie dans le domaine historique.
Si le mystère d’iniquité est à l’œuvre depuis toujours, s’il est indu-
bitable qu’il existe des complots (la pensée officielle, réduite à une
série d’“enfumages” pédants, n’invoque au mieux que les causes
formelles et mésestime les causes efficientes, spécialement les
manœuvres occultes des suppôts conscients ou inconscients, di-
rects ou indirects, du démon), en retour le subjectivisme du peuple,
l’hédonisme de la plèbe, est le premier responsable de la décadence
des sociétés. Or Vincent Reynouard est en train d’emprunter cette
voie individualiste qui le fera de plus en plus ressembler à cette po-
pulace consentant à ses chaînes, qu’il méprise justement.
Je continuerai, quant à moi, à écouter autant que possible les
interventions de Vincent Reynouard sur la “Toile”, quand elles

- 40 -
LA DÉRIVE DOCTRINALE DE VINCENT REYNOUARD

concerneront divers points d’histoire contemporaine ; elles sont en


général excellentes, pédagogiques et bien documentées. Mais nul
catholique ne saurait demeurer muet devant des professions de foi
modernistes, lesquelles vicient tout le reste du travail de Vincent. On
peut toujours discuter sur des points d’histoire, ou de philosophie ;
mais il a touché là, avec suffisance, légèreté et même impudence, à
quelque chose de sacré, à quelque chose qui ne se discute pas. On
peut et on doit développer autant que possible une intelligence de
la foi, mais on ne peut pas faire de sa simple raison la mesure de ce
qui est à croire. Ce qu’on peut en revanche, c’est ceci : montrer que
la foi ne contredit pas la raison ; prouver qu’il est rationnel d’avoir
la foi ; prouver qu’il est contre nature — ainsi irrationnel, puisque
c’est la raison qui fait l’humanité dans l’homme — de refuser la foi,
de telle sorte que, en faisant de la raison la mesure et le critère de la
foi, on offense non seulement la foi mais encore la raison. Vincent
Reynouard était trop lucide pour ignorer que le modernisme est un
effet du subjectivisme ; et cela est bien désolant, qui prouve qu’il
a sciemment décidé de se rendre aveugle ; c’est désolant pour lui,
pour celles et ceux qui lui ont fait confiance, et pour la cause qu’il
entendait défendre.
Le seul reproche personnel que je puisse adresser à Vincent,
c’est d’avoir déçu en moi un ami.

STEPINAC.

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La Bataille de Normandie de 1944,
et ses célébrations 70 ans plus tard
par Nicolas BERTRAND

L E MONDE, que nous n’aimons guère, dans lequel nous vivons


néanmoins, est fondamentalement issu des projets des vain-
queurs de la Deuxième Guerre mondiale, ce qui se ramène de facto
à ceux des deux principaux, les Etats-Unis d’Amérique et l’Union
des Républiques Socialistes Soviétiques. Le Royaume-Uni a lutté
jusqu’à l’épuisement total, de façon suicidaire pour ses intérêts
propres, de 1939 à 1945, et s’est effondré immédiatement après sa
“victoire”, dès 1945-7, avec la stagnation continue de son écono-
mie, et la perte brusque de sa colonie principale, essentielle, l’Inde.
La France n’a compté parmi les vainqueurs que dans les discours
débordants d’optimisme, sinon franchement délirants, du général
de Gaulle, et seuls les Français y ont cru ou voulu y croire ; notre
pays a pesé après 1945 d’un poids réel dans les affaires de notre
planète très inférieur à celui de 1938, voire 1888 ; son empire colo-
nial a été fragilisé, un temps perdu en Indochine en 1945 —avant
le départ définitif en 1954-55 [lire dans ECRITS DE PARIS l’étude
de Scipion de SALM en cours de publication sur le sujet]—, et il
n’a même plus été consulté dans les grandes crises internationales
postérieures à 1945, et ne dispose plus de capacités d’intervention
massive crédible. Pour la France et le Royaume-Uni, l’entrée en
guerre contre l’Allemagne en 1939 a été indiscutablement une très
mauvaise chose. Le recul immédiat lors de l’Expédition de Suez en
1956 a illustré définitivement cet effondrement de la place dans
le monde de nos deux pays, pliant, sans aucun combat, aux exi-
gences conjointes de l’URSS et des Etats-Unis, situation absolu-
ment inenvisageable en 1936 par exemple, seulement vingt ans
plus tôt. Cette entrée en guerre de septembre 1939 n’a pas même
épargné d’atroces souffrances à la Pologne, avec une occupation

- 42 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

allemande rude pendant quelques années — de 1939 à 1945 —,


puis des décennies — 1945-1990 —, de protectorat soviétique peu
bienveillant, imposant un régime politique communiste et écono-
mique socialiste, sans aucun ménagement. La Chine a bénéficié en
1945 de la défaite du Japon sur d’autres fronts, en particulier dans
les îles du Pacifique. Puis, elle a repris immédiatement sa guerre
civile entre nationalistes et communistes. Du fait du triomphe de
ces derniers, en 1949, elle a souffert durant trois décennies de
maoïsme strict, en toutes ses variantes, également calamiteuses
et meurtrières, avant de réémerger seulement depuis une ou deux
décennies, certes avec vigueur.
Le Système commémore régulièrement ses grandes victoires,
dont celle du Débarquement du 6 juin 1944, ou au sens large de
la Bataille de Normandie de juin-août 1944, moment décisif de la
Deuxième Guerre mondiale. Sur deux grands fronts terrestres à
l’automne 1944, aux Pays-Bas et en Pologne, malgré des stabili-
sations partielles de la situation sur la Vistule ou la Meuse, l’Alle-
magne peut paraître en effet logiquement condamnée à terme re-
lativement court, ce qui n’a d’ailleurs pas manqué au printemps
suivant. A l’inverse une défaite anglo-américaine en Normandie en
1944 sauverait l’Europe, en permettant aux forces allemandes une
défense victorieuse face au Sud en Italie ou en Provence à l’été, puis
à l’Est à l’automne face aux Soviétiques, sur la Vistule et les Car-
pates. Un président plus raisonnable aux Etats-Unis d’Amérique,
chose peu difficile, serait élu en novembre 1944 à la place de l’hys-
térique Roosevelt, qui serait emporté par le choc de la défaite ma-
jeure en Normandie, ou un de ses fidèles à sa place. D’où peut-être
des conditions pour une paix raisonnable à l’horizon 1945-1946,
au lieu de l’écrasement total de notre continent, de ses valeurs au-
thentiques, que nous subissons encore.
Dans les conséquences de long terme de la victoire alliée de
1944-45, figurent, au nom des principes libéraux individualistes
poussés à leurs logiques les plus absurdes, les triomphes légis-
latifs de perversions comportementales, l’avortement de masse et
demain l’euthanasie, et, dans la lignée de l’antiracisme, au cœur
de la propagande de guerre antinazie, l’immigration-invasion, celle
de notre continent, comme celle aussi des Etats-Unis depuis les
années 1970 par effet boomerang. Le nationaliste français ne peut
décidément que rêver des mondes parallèles où une victoire euro-
péenne en Normandie aurait dessiné à terme des mondes radicale-

- 43 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

ment différents, fondés sur les bonnes mœurs et la préservation de


l’identité ethnique et culturelle de l’Europe authentique, infiniment
meilleurs que celui que nous subissons.
Après une présentation de la liturgie laïque de François Hol-
lande, tout sauf une petite parade commémorative, l’on se propose-
ra de réfléchir sur l’Histoire du Débarquement, l’opération OVER-
LORD (“suzerain”) et de sa suite directe et essentielle, la Bataille de
Normandie, de juin à août 1944.

UNE COÛTEUSE ET IMMORALE CÉLÉBRATION


 
Depuis deux ans, les gouvernements socialistes en France, de M.
Ayrault comme de M. Valls, ne cessent de parler de la nécessité de
gestion rigoureuse des deniers publics, de recherche systématique
d’économies. Ce discours est d’ailleurs repris de leurs prédéces-
seurs immédiats, libéraux de l’UMP, et de l’ancien Premier ministre
François Fillon en particulier. Il y avait donc une mesure facile à
prendre : annuler les dépenses somptuaires, et immorales dans le
fond, vu la nature véritable des évènements, de cette célébration
des 70 ans du Débarquement. Le tout est étalé sur plusieurs jours,
du 4 au 8 juin, avec certes l’essentiel pour le 6, multipliant évidem-
ment les coûts. A croire que les finances françaises seraient pros-
pères… Curieusement, les médias du Système n’évoquent jamais le
coût à l’évidence astronomique de cette célébration, probablement
situé entre 2 et 5 milliards d’Euros, ce qui n’est pas rien en soi, et
même précisément au regard par exemple des 50 milliards d’euros
d’économies explicitement ambitionnés par M. Valls.
Les célébrations des 20 ans du Débarquement en 1964 avaient
été des plus modestes. Le président-général De Gaulle avait alors
été d’ailleurs ostensiblement absent. Pourquoi cet étrange geste fort
de l’Homme de Londres, à la légitimité bâtie sur un énorme coup
de chance rétrospectif de ses vaticinations du 18 juin 1940 —et
par ailleurs au texte officialisé partiellement apocryphe — ? Il avait
tenu à afficher son refus de cautionner le protectorat américain
sur l’Europe, conséquence directe du succès du Débarquement de
1944, institutionnalisé par l’Otan quelques années plus tard — le
4 avril 1949 à Washington —, et encore d’actualité plus que ja-
mais aujourd’hui hélas. Ce personnage globalement détestable
avait parfois manifesté de rares éclairs de bon sens patriotique,
surtout après 1962, totalement absents chez ses successeurs et

- 44 -
VLADIMIR POUTINE, SAUVEUR DE L’OCCIDENT CHRÉTIEN ?

pourtant thuriféraires. Cet instinct patriotique, du reste à l’expres-


sion plutôt timide dans le fond des discours, est resté des plus
limités dans ses effet, avec au plus le départ en février-mars 1966
du seul commandement intégré de l’Otan, et non de l’alliance elle-
même. La France aurait gagné alors une autonomie dans la plani-
fication de ses opérations, indirectement le choix de ses matériels,
ce qui dans une certaine mesure n’a pas été complètement faux,
mais n’a jamais constitué qu’un tout petit pas dans le bon sens,
l’indépendance de la France, et bloqué dès l’origine à fort peu de
choses. Concrètement, des années 1960 à 1980, les armées fran-
çaises ont incarné le bras armé de l’Otan en Afrique noire, répon-
dant aux objectifs généraux de Washington, avec donc une petite
autonomie opérationnelle dans la manière de les remplir, dans les
nombreuses opérations au Tchad, en Centrafrique, au Zaïre. Ainsi,
la France gaulliste de 1966 est restée, au-delà du timide symbole,
et du départ des soldats américains stationnés en France, indis-
cutablement sous protectorat américain. Le retour dans le com-
mandement intégré a d’ailleurs depuis été effectué par étapes sous
Chirac et Sarkozy, dans les années 2002-2009, malgré à l’époque
de timides et obscures réserves du parti socialiste à l’assemblée
nationale — jusqu’au dépôt d’une motion de censure sur le sujet le
8 avril 2008 —, aujourd’hui totalement oubliées. M. Hollande n’est
pas revenu après mai 2012 le moins du monde sur ce retour en
fanfare opéré par Nicolas Sarkozy au sommet de Strasbourg-Kehl
les 3 et 4 avril 2009. Ainsi, le président socialiste se montre donc
lui aussi bien soumis à Washington, sans aucune réserve, en ra-
joute éventuellement dans la servilité pour se faire pardonner les
modestes objections formulées jadis au protectorat américain sur
l’Europe, dont la France, par pure comédie politicienne — s’opposer
pour s’opposer, formellement, comme socialiste aux libéraux alors
au gouvernement —. Il aspire même à renforcer cette dépendance
par la signature prévue par la Commission Européenne —qui a
confisqué le peu restant de souveraineté française suite au Traité
de Lisbonne de décembre 2007, voulu par M. Sarkozy, effectif en
décembre 2009 — du dangereux traité de libre-échange transatlan-
tique cette année.
Ainsi, n’a été prévu que du grandiose, rien de trop beau pour ces
70 ans du Débarquement en Normandie. Les télévisions ont été lar-
gement convoquées, consacrant des directs permanents au 6 juin
2014, en particulier les chaînes dites d’information — au cœur de

- 45 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

la propagande du Système évidemment —, comme BFM-TV ou i-TV,


ainsi que les chaînes américaines ou britanniques, bien davantage
vues dans le monde, avec l’ambition énorme revendiquée de tou-
cher plus d’un milliard de téléspectateurs. Or, entre des discours
officiels, des temps de déplacements et d’attente particulièrement
nombreux, ou les divagations chorégraphiques ridicules de danses
contemporaines qui se veulent « porteuses de sens » — et n’en ont
aucun, ou aucun d’intelligible —, il y aurait eu certainement bien
des spectacles plus captivants pour un public potentiel. Quant à
l’information, il y avait en cours en ce 6 juin 2014 bien des drames
dans le monde, à commencer par l’Ukraine de l’Est —certes évo-
quée au détour des commémorations —, les guerres civiles en Irak,
en Libye, au Sud-Soudan, en Centrafrique, la consolidation des
dictatures militaires en Egypte et en Thaïlande, etc., une infinité de
sujets occultés plus que d’habitude en ce jour au profit de festivités
intéressant certainement des anciens combattants de la Deuxième
Guerre mondiale, dans le camp allié, aux rangs hélas de plus en
plus clairsemés 70 ans plus tard fatalement, mais le monde entier,
certainement pas. Il n’a plus été question de sauts en parachutes
de vétérans, tous nonagénaires, comme des octogénaires dix ans
plus tôt, sous Jacques Chirac, évidemment alors enchanté, mais
au triomphalisme pour les 60 ans curieusement plus modeste.

UNE PARTICIPATION SÉLECTIVE


DES BÉNÉVOLES AU SPECTACLE

Les commémorations annuelles des grandes batailles de la Deu-


xième Guerre mondiale, fournissent des occasions régulières à
des reconstituteurs (mot peu élégant, mais néologisme désormais
d’emploi courant) de parader dans les costumes d’époque, et sur-
tout de présenter des véhicules anciens, restaurés avec une pa-
tiente et coûteuse passion par des mécaniciens de grand talent. Ce
loisir constitue une passion honnête, et fournit une occasion de
découvrir l’Histoire pour les enfants. Ces parades de passionnés
ont aussi offert les moments les moins ennuyeux de journées de
directs interminables, peu fertiles en actions ; elles ont été couplées
souvent avec les présentations des collections des petits musées
locaux, pas inintéressants en soi, mais souffrant d’un parti-pris
hagiographique systématique pénible en faveur des envahisseurs
anglo-américains. Toutefois, les plus beaux défilés de reconstitu-

- 46 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

teurs ont eu lieu le 4 et le 8 juin, les déplacements étant trop pé-


nibles pour tous le 6 juin, ou même la veille ou le lendemain. Pour
nos lecteurs intéressés, signalons les photos-reportages assez com-
plets dans la revue spécialisée « Tank and military vehicles » (fran-
cophone malgré le pénible titre anglophone), le N°18 de juillet-août
2014, en une optique plutôt apolitique ou seulement enthousiaste
des mécaniques historiques.
Le problème est qu’un principe élémentaire des reconstituteurs
de batailles consiste autant que possible en la présentation des
deux camps. Imaginerait-on une reconstitution de Waterloo sans
grognards ? Evidemment, non. Or, ici, tout reconstituteur en uni-
forme de la Wehrmacht — et ne parlons pas évidemment de la Waf-
fen SS, pourtant présente en juin 1944 —, ou pilotant simplement
en civil un véhicule historique allemand, eût été arrêté incontinent,
comme un dangereux terroriste. Les amateurs avaient été prévenus
explicitement des mois à l’avance dans les revues spécialisées ; les
consignes à ce sujet ont été rappelées tous les jours de démonstra-
tions dans les médias du Système. On aimerait voir les plaquettes
d’identification transmises aux gendarmes, pas forcément experts
en véhicules de la Deuxième Guerre mondiale, à l’existence pro-
bable. Aucun farceur n’a défié mordicus les interdictions, de peur
de très lourdes amendes et de confiscation du véhicule. Signalons
que depuis la législation Sarkozy de 2002-2006, dans la cadre de la
loi dite de « sécurité intérieure » de 2002, suite à l’attentat au fusil
à bouchon le 14 juillet 2012 contre Jacques Chirac, très utile aussi
au Système pour lancer des persécutions iniques contre les mili-
tants d’extrême-droite, les armes de collection souffrent d’un clas-
sement dans une optique délirante, proche de la rétention d’armes
de sport, sinon de combat moderne, imposant en particulier des
mutilations systématiques des matériels. Ainsi, le Système craint
d’improbables putschistes qui tenteraient un coup d’Etat avec des
armes de la Deuxième, voire de la Première Guerre mondiale, ou
de celle de 1870 ; chose absurde en soi, et d’autant plus que des
stocks considérables et bien plus modernes, des armes des an-
nées 1980, sont toujours en vente dans l’Europe de l’Est, et ap-
provisionnent massivement depuis vingt ans les mafias ethniques
de nos banlieues. Certains délinquants bien connus, réellement
dangereux, sont donc beaucoup moins ennuyés que d’honnêtes et
inoffensifs collectionneurs. D’où des chars et des fusils historiques
aux canons systématiquement mutilés, avec certificats à produire,

- 47 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

fantaisie pénible pour le collectionneur, ubuesque, qui fait rire le


monde entier et fait fuir les amateurs internationaux d’un marché
de niche certes, mais réel.
Cette hystérie sélective contre les équipements historiques al-
lemands s’avère d’autant plus désolante qu’il est plus difficile de
trouver des uniformes allemands — d’époque ou imités —, encore
plus des véhicules de la Wehrmacht en état de marche, que des
américains. Ces derniers bénéficient encore 70 ans plus tard des
productions de masse historiques très supérieures, tout comme la
durée d’activité des chars ou des camions — parfois jusqu’aux an-
nées 1970, en particulier en Amérique Latine —, d’où une bien plus
grande facilité d’acquérir des véhicules et surtout des pièces de
rechange, absolument vitales pour des objets aussi anciens. Ainsi,
les bourses aux collectionneurs, nombreuses, juste avant comme
après le 6 juin, bien fournies, ont été obligées de suivre la consigne
d’ostracisme de tout matériel allemand. Ceci ne concerne stricto
sensu que les passionnés, mais c’est justement une scandaleuse
première, y compris pour de petites pièces de rechange absolument
innocentes — un ressort, une vis, etc. —, ne pouvant rien évoquer
pour le non-spécialiste.
De cet ostracisme oscillant entre le scandale et ridicule, il en est
résulté l’impression curieuse pour le spectateur béotien, courant
aujourd’hui alors que la déséducation nationale sabote depuis des
décennies particulièrement l’enseignement de l’Histoire, de cette
commémoration, d’une promenade militaire anglo-américaine en
1944, faute d’adversaires, fort loin de la réalité historique. Il reste
que c’est le seul aspect positif de ces journées pour l’amateur de
véhicules militaires historiques, malgré cet absurde bannissement
sélectif d’un camp, d’avoir vu des masses, enfin des dizaines, chose
rare de nos jours, de chars Sherman ou de chasseurs de char M-10,
des camions Bedford, etc. Les plus marquantes manifestations ont
eu lieu à Carentan, avec aussi des véhicules amphibies sur l’eau
DUKW, ou Isigny.
Les défilés des passionnés ont en quelque sorte encadrés ceux
des forces armées françaises, au matériel ne remontant pas à 1944,
mais plus moderne, des années 1970 pour l’essentiel, soit des stan-
dards d’armée africaine. L’effet de masse a été recherché aussi.
Pourtant quelle contrepublicité pour notre armée et la production
française ! A Moscou comme à Washington, voire Pékin ou la Nou-
velle-Delhi lors de cérémonies semblables, même plus modestes,

- 48 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

les matériels militaires les plus modernes sont soigneusement


montrés aux caméras du monde entier, afin d’attester de la puis-
sance de l’armée nationale et de l’excellence des industriels — qui
prêtent parfois des prototypes pas encore entrés en service actif —,
dans l’espoir de contrats d’exportation. Là, rien. La faillite de l’ar-
mée française et de notre industrie a été paradoxalement mise en
valeur, témoignage de la nullité absolue, techniquement, de l’équipe
gouvernementale actuelle, en sus de son idéologie détestable.

DES MOYENS MILITAIRES IMPORTANTS EN 2014

Le Débarquement de François Hollande en 2014 a donc mobilisé


aussi des effectifs militaires et paramilitaires importants. Il a réus-
si ce petit exploit au milieu du démantèlement en cours de notre
armée, inauguré par Chirac, aggravé par Sarkozy, accéléré par lui-
même, le pire restant encore à venir, l’armée fournissant l’essentiel
des introuvables 50 milliards d’euros d’économie de M. Valls. Ainsi,
des centaines de millions de spectateurs ont pu voir un déploie-
ment militaire très significatif, et image volontairement trompeuse,
un François Hollande en apparence à l’aise au milieu des militaires,
entre hommages vibrants et petites plaisanteries amicales, qui les
uns comme les autres ne coûtent rien… Le président socialiste pa-
raîtrait presque le gardien de notre défense nationale et de notre
souveraineté, alors que sa politique constitue l’exact opposé, entre
démantèlement de l’armée et soumission diligente à Bruxelles et
au-delà à Washington.
Ainsi, a été déployé l’équivalent d’une division, à peu près
10 000 hommes, avec plus de 3 600 militaires et 5 500 gendarmes.
Il ne faut pas oublier non plus les milliers de policiers, absents des
comptages officiels. Soit beaucoup plus que les effectifs engagés
dans les guerres en cours au Mali et en Centrafrique, qui tournent
assez mal, ce dont il n’a pas été question. Toutes les armes ont
été mobilisées. L’armée de terre a été la plus nombreuse avec son
personnel au sol, pour le blocage des routes, et secondairement, la
constitution du gros des effectifs des nombreux défilés militaires
aux cérémonies, et les hélicoptères de l’ALAT — Aviation Légère de
l’Armée de l’Air —, une douzaine de Puma portant des commandos
et des Gazelle Viviane de reconnaissance tactique. Ces hélicoptères
sont complétés par ceux de l’Armée de l’Air, quatre Fennec portant
des tireurs d’élite, inaugurant le fusil HK417 — rappelons au pas-

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LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

sage le scandale du fait que la France ne produit plus d’armes lé-


gères —. Les chasseurs Rafale, invisibles en altitude — erreur pour
la promotion à l’exportation —, guidés au besoin par les avions-ra-
dars AWACS ont assuré la protection en altitude, doublés à basse
altitude par des avions légers Epsilon et des drones Harfang. A
quoi se sont ajoutées des batteries de missiles antiaériens Crotale,
créant des bulles de protection de 10 kilomètres. Bien sûr, la Ma-
rine a patrouillé au large, avec deux frégates FREMM Aquitaine et
la frégate antiaérienne Jean Bart — soit une part très significative
de ses faibles moyens de surface —. Les gendarmes ont déployé
aussi des hélicoptères, principalement des EC-135 et des EC-145,
et leurs blindés, ainsi que des unités de leur formation d’élite GIGN.
Heureusement, la menace s’est avérée totalement inexistante. Face
à une telle concentration, et la nervosité induite, il faut se féliciter
que parmi tous ces hommes déployés, certains n’aient pas tiré par
erreur sur des camarades, ou des invités ou des curieux indiscipli-
nés, incident beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit d’ordinaire.
Enfin, constatons que l’exploit de la densité atteinte de forces ar-
mées françaises n’est que relatif, au cœur du territoire français,
pas si loin de la capitale, et une marine encore capable de croiser
dans la Manche. Toute la côte du Calvados, une partie de celle
du Cotentin, ainsi qu’une vingtaine de kilomètres au moins à l’in-
térieur des terres ont subi plusieurs jours de bouclage, véritable
blocus rendant pénible la vie de la population locale et perturbant
son économie.
 
UNE ACTIVITÉ DIPLOMATIQUE INTENSE
 
Parmi les vingt chefs d’Etat réunis autour de François Hollande,
ont figuré la Reine d’Angleterre — louée avec servilité par des jour-
nalistes républicains, au nom de son anti-hitlérisme historique in-
discutable, qui ont admiré ses sept ou huit tenues différentes quoti-
diennes, conformément à l’étiquette victorienne, fixée vers 1840 —,
et celle du Danemark, ou Mme Merkel — heureuse de la défaite de
son pays ! —, tout comme le président américain Obama, russe
Poutine, ukrainien Porochenko. Le locataire de la Maison-Blanche
a joué la comédie de la bouderie, exigeant vingt mètres de distance
avec celui du Kremlin, et ce sur plusieurs heures, avec au besoin de
curieuses chorégraphies circulaires d’évitement. Tardivement, M.
Obama a fini par consentir à échanger de brèves banalités avec lui

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LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

suite à une intrigue de Mme Merkel — qui dans ce type de réunion


échange volontiers avec le président russe, excellent germaniste — ;
finalement les cérémonies ont été l’occasion d’un vaudeville sans
intérêt. M. Porochenko a fait moins d’histoires pour rencontrer le
président russe. Il en est résulté un accord au moins tacite sur
l’Ukraine, Kiev et Washington renonçant de facto à la Crimée, chose
du reste indicible officiellement, mais recevant en échange de Pou-
tine l’abandon tacite des nationalistes russes insurgés d’Ukraine
de l’Est ; toutefois, ces derniers seraient amnistiés par Kiev. Quels
ont été les résultats sur le terrain de ces bonnes dispositions ré-
ciproques  affichées  ? Au mieux, ils s’avèrent peu clairs, avec un
conflit larvé se poursuivant en Ukraine de l’Est, causant régulière-
ment des morts entre loyalistes à Kiev et sécessionnistes russes. M.
Poutine possède de grandes qualités, est animé d’un nationalisme
authentique, plutôt libéral-conservateur, moins exotique pour le
nationaliste français d’extrême-droite que celui mêlé d’islamisme
de Téhéran ou de gauchisme de Buenos Aires — ce dernier étant
très proche de celui du néo-FN — ; mais il serait capable pour obte-
nir un accord jugé profitable d’abandonner des Russes de l’étranger
proche, au moins tactiquement durant un temps ; il comporte aus-
si une indiscutable part d’ombre idéologique, cultivant de bonnes
relations avec Tel-Aviv, ou la nostalgie de la grandeur soviétique,
d’où sa place, sans se violenter in petto, dans la communion anti-
fasciste de cette célébration. A Moscou, les célébrations du 9 mai
1945 — capitulation allemande à Berlin, effectivement le 9 très tôt
et non le 8 mai comme retenu pour la commémoration française —
sont aussi voulues régulièrement grandioses, avec grand déploie-
ment des étendards soviétiques, long défilé de matériel moderne et
d’époque.
François Hollande a pu jouer au coordinateur d’une internatio-
nale antifasciste, facilitateur de dialogue entre ses membres his-
toriques principaux brouillés à nouveau, américains et russes. Ce
passé instrumentalisé relève de l’actualité la plus immédiate du
Système, et ne tient nullement de l’obsession d’un Rivarolien ma-
niaque d’une certaine période. M. Valls est toujours prêt à tout
contre un fascisme largement imaginaire aujourd’hui en France,
c’est-à-dire persécuter effectivement l’extrême-droite nationaliste ;
tout est lié en leur esprit tordu, maléfique, même si ces raccour-
cis logiques semblent à juste titre quelque peu saugrenus à un
analyste lucide. Ceux qui ne sont pas des enthousiastes des vain-

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LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

queurs de 1944-45 sont donc encore rejetés sans remède dans les
ténèbres extérieures, y compris les ultimes vétérans nonagénaires
qui ont défendu leur pays ou l’Europe. Très concrètement, au nom
d’une chimérique communauté de principes entre les peuples, de
convergences optimales des économies, est menée plus que jamais
derrière cette façade symbolique, à la fois prétexte et singulière
justification, la finalisation du désastreux traité de libre-échange
transatlantique, très favorable aux Etats-Unis, à ses banques,
ses grandes entreprises, aspirant à des rachats massifs sur notre
continent et l’étouffement de la timide concurrence européenne.
L’affaire du rachat d’Alsthom par General Electrics semble sur ce
point précurseur de mouvements massifs à craindre. Remarquons
que le grand-marché européen déjà ne fonctionne pas, alors passer
à une échelle supérieure avec une asymétrie encore plus grande
entre les acteurs, voici une persévérance confondante dans l’erreur.
Jean Monnet, paneuropéen, mais dans l’optique d’une fédération
sous protectorat américain, un des hommes-clefs occultes essen-
tiels de la Deuxième Guerre mondiale, triomphe décidément plus
que jamais, pour le plus grand malheur de la France et de l’Europe.
Plus que jamais, nous subissons donc les conséquences de long
terme de la victoire américaine en Normandie de l’été 1944. Reve-
nons sur ces faits historiques, évidemment présentés par le Sys-
tème en une lourde propagande, une épopée héroïque sans tâche
ou presque. Il y a lieu de rétablir quelques vérités, sans tomber
pour autant dans la facilité, bien tentante il est vrai par réaction
instinctive, de l’hagiographie systématique du camp germanique.

LA BATAILLE DE NORMANDIE
(JUIN À AOUT 1944, UN COMBAT DÉCISIF POUR L’EUROPE)

Un débarquement d’une armée des membres occidentaux de la


coalition antiallemande britannico-soviétique est réclamé par le di-
rigeant de l’URSS Staline dès l’été 1941, en particulier à travers des
échanges avec l’ambassadeur britannique à Moscou en juillet et
août. Le dictateur soviétique espère ainsi un soulagement de la ter-
rible pression allemande sur son pays, qui manque de peu à l’au-
tomne 1941 de submerger complètement les défenses soviétiques,
par la création d’un deuxième front terrestre, à l’Ouest, à proximité
immédiate de la Grande-Bretagne. Pour les stratèges soviétiques
habitués à devoir gérer des distances énormes, des milliers de kilo-

- 52 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

mètres, traverser les quelques dizaines de kilomètres de la Manche


paraît relativement d’une grande facilité, et les Britanniques donc
forcément plus ou moins de mauvaise foi. La marine soviétique
reste une arme marginale jusqu’aux années 1960, donc peu écou-
tée, et les généraux purement terrestres, d’emploi, de formation
et de goût, tendent à minorer considérablement les difficultés des
débarquements, surtout massifs, une des opérations militaires les
plus difficiles. Participent à ce climat de méfiance les déclarations
anticommunistes des années 1920 ou 1930 de Churchill, collec-
tionnées soigneusement à Moscou, soupçonné d’intentions occultes
inavouables confinant au sabotage de l’effort de guerre commun
anglo-soviétique ; or le Premier ministre britannique, antihitlérien
hystérique, ne formule aucune réserve quant au soutien à fournir
à l’URSS, du moins tant qu’il craint sa défaite, jusqu’à l’été 1943 et
la nette victoire soviétique à Koursk.
En 1941, il existe pourtant déjà en fait un front aérien et ma-
ritime, essentiel entre Londres et Berlin, ce dont il refuse de tenir
compte. En 1941 les chasseurs allemands et britanniques s’af-
frontent au-dessus de la Manche et de la France, tandis que les
bombardiers ravagent les villes de l’adversaire, avec dès le printemps
un net avantage pour les Britanniques dans la destruction, l’effort
allemand se déplaçant dans les Balkans puis à l’Est. Les convois
britanniques, majoritairement en provenance des Etats-Unis à la
neutralité de pure façade — et absolument pas crédible —, se dé-
fendent contre les attaques régulières et massives des sous-ma-
rins allemands, qui causent des pertes considérables, sans pouvoir
l’emporter toutefois, malgré les espoirs ou inquiétudes des uns ou
des autres. Il manque à l’Allemagne pour couper la route de l’At-
lantique, le cuirassé Bismarck, coulé en mai 1941 suite à une opé-
ration mal préparée et conduite, et le porte-avions Graf-Zeppelin et
ses appareils, dont des chasseurs Me-109 navalisés, qui auraient
abattu sans difficulté les avions torpilleurs Swordfish britanniques
à l’origine de la destruction du navire-amiral allemand ; le porte-
avions germanique n’a hélas jamais été achevé au stade ultime des
travaux. Un groupe naval lourd au cœur de l’Atlantique, en liaisons
avec les sous-marins, aurait probablement permis la victoire. La
conception de flotte équilibrée de l’amiral Raeder paraît justifiée
a posteriori contre celle de la seule flotte sous-marine de l’amiral
Dönitz, contrairement à une légende courante. Le seul grand navire
de bataille qui restera en l’Allemagne en 1944 sera le Tirpitz, de la

- 53 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

classe du Bismarck, stationné en Norvège. En Libye en 1941, l’Afri-


kakorps de Rommel, en soutien aux Italiens, affronte certes au sol
des divisions britanniques, mais avec des effectifs réduits des deux
côtés, du fait de lourdes contraintes logistiques.
Après décembre 1941, et l’entrée en guerre des Etats-Unis,
voulue par Roosevelt — les provocations américaines massives
ont poussé le Japon à attaquer techniquement le premier —, il
est sérieusement question, sous pression du président américain
convaincu de la nécessité de cette action par un devoir de solidarité
avec l’URSS, de ce débarquement en France, et déjà en Normandie,
précisément dans le Cotentin, estimée tête de pont facile à défendre
à partir de l’Angleterre dans la durée, pour l’été 1942, puis l’été
1943. Ces projets ne sont pas exécutés, du fait de l’opposition de
Churchill, et de ses généraux, conscients des difficultés de l’opéra-
tion, surtout après l’échec coûteux du raid sur Dieppe le 19 août
1942, tout comme le risque de destruction de la tête de pont sym-
bolique exigée par Roosevelt durant l’hiver, saison rendant difficile
les ravitaillements par la mer, favorable à une contre-offensive ter-
restre massive allemande, et ce en un contexte de supériorité aé-
rienne anglo-américaine alors pas franchement encore évidente ou
incontestée. L’excellent chasseur lourd allemand Fw-190 inquiète
en 1941-42 particulièrement l’armée de l’air britannique, le temps
qu’entre massivement en service une nouvelle très améliorée du
Spitfire, le Mk-IX, aussi performante que l’avion germanique.
Ainsi, les généraux britanniques exigent une supériorité maté-
rielle absolument massive dans tous les domaines, obtenue enfin
au printemps 1944. Au printemps 1943, la Bataille de l’Atlantique,
lutte des escorteurs et avions anglo-américains contre les sous-ma-
rins allemands, est gagnée par les Alliés, du fait d’une nette supé-
riorité des moyens, d’innovation tactique et de réussite des services
de renseignement — lecture des communications de la Kriegsma-
rine —. Elle permet ainsi des flux logistiques massifs, obtenus en
partie grâce aux célèbres cargos standardisés et produits en masse
Liberty-ships — navires de la “Liberté” —, des Etats-Unis vers la
Grande-Bretagne, approvisionnant massivement des unités améri-
caines, et très largement, les unités britanniques. D’où la décision
définitive prise à la Conférence de Washington de mai 1943 de dé-
barquer massivement en France dès que possible. Aussi est effec-
tive à partir de l’automne 1943 une concentration impressionnante
de matériel en Grande-Bretagne, ce qui ouvre la possibilité d’un

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LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

débarquement massif au printemps 1944. Il est hors de question


de soumettre une opération délicate aux fréquentes tempêtes hi-
vernales de la Manche. La côte française de la Manche, ou belge, se
situe à proximité relative de la région allemande industrielle vitale
de la Ruhr, d’où l’espoir de finir après un débarquement réussi la
guerre en quelques mois. La Normandie se situe à équidistance des
principaux ports du Sud de l’Angleterre, dispose de longues plages
de sable, donc constitue un objectif au moins aussi logique sinon
évident que le Pas-de-Calais. En fait un débarquement massif an-
glo-américain, du fait des exigences à la fois techniques des lieux
de débarquement —comme de vraies plages, vastes, non des ro-
chers, impraticables pour des chars ou des camions, et débouchant
sur un arrière-pays ferme —, de proximité avec la Grande-Bretagne
pour garantir des approvisionnements massifs et constants, tout
comme une protection aérienne continue à partir des aérodromes
d’Angleterre, implique de choisir un lieu compris entre la Pénin-
sule du Cotentin et l’Estuaire de l’Escaut. Au-delà, la Bretagne au
Sud s’avère trop rocheuse, en particulier sa façade septentrionale,
la plus proche de l’Angleterre, et les terres néerlandaises au Nord
de l’Escaut sont constituées surtout d’îles et de polders facilement
inondables par les Allemands tenant les digues, soit une perspec-
tive d’enlisement immédiat, au sens propre.

LA PRÉPARATION TRÈS SÉRIEUSE DES ANGLO-AMÉRICAINS

Les techniques d’un débarquement sont tout sauf des évidences,


et constituent un exercice militaire difficile. Lorsque les stratèges alle-
mands ont envisagé brièvement à l’été 1940 un débarquement improvi-
sé en Grande-Bretagne, ils se sont rapidement rendus compte de l’im-
possibilité technique de la chose, avec une supériorité dans la lucidité
de la Marine sur l’Armée de Terre : il faut disposer de nombreux cargos
pour transporter la vague initiale et de péniches de débarquement ;
faute des premiers, il avait été envisagé une traversée de la Manche au
plus court entre Calais et Douvres, ne comportant pratiquement que
des péniches — quelques milliers, bricolées à partir de grosses péniches
fluviales rhénanes, pas conçues pour la mer —, en espérant un grand
beau temps de plusieurs jours et une mer d’huile —rare dans la Manche
—, ainsi qu’une supériorité aérienne totale ; cette dernière n’a jamais
été obtenue, d’où non-exécution d’un projet certainement pensé plus
comme une menace que comme une manœuvre militaire réalisable.

- 55 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

Les stratèges allemands se souviennent parfaitement de leurs études


et leurs expérimentations quatre ans plus tôt, d’où l’idée courante d’un
débarquement allié opéré nécessairement au plus court, soit dans le
Pas-de-Calais, et de préférence au cœur de l’été, pour les conditions de
navigation les plus favorables.
Or, les stratèges alliés, particulièrement les Américains favorables
dès 1942 à une attaque décisive au cœur du dispositif ennemi, espèrent
quand même réaliser un minimum d’effet de surprise, manœuvre mi-
litaire de base, ne pas attaquer précisément là où ils sont attendus par
l’ennemi. Les Britanniques, du Premier ministre Churchill, aux géné-
raux et amiraux, ont toujours privilégié une approche plus indirecte,
centrée sur la Méditerranée, d’où les combats en Afrique du Nord de
1940 à 1943, puis en Italie en 1943-45, avec l’espoir de débarquements
dans les Balkans, ou en Dalmatie au printemps 1944, afin de frapper à
la fois des dispositifs allemands plus faibles, et d’arriver sur place avant
les forces armées soviétiques, voulant éviter la mise en place très prévi-
sible —et niée par des Américains archi-naïfs jusqu’en 1945, voire 1947
— du bloc de l’Est communiste. Ces plans britanniques ne servent plus
au printemps 1944 que comme manœuvre d’intoxication, laissés volon-
tairement filtrés aux services d’espionnage allemands, absolument pas
à la hauteur du conflit. L’industrie américaine produit de telles quan-
tités de matériels en 1942-44 qu’il est parfaitement envisageable pour
1944 un assaut plus lointain que celui envisagé par les Allemands,
c’est-à-dire reposant sur un système complexe de cargos pour la haute
mer et de péniches, amenées sur place par de gros navires-porteurs, ce
qui permet en théorie de débarquer presque n’importe où sur le littoral
français. Un modèle d’assaut lointain, à partir de la Grande-Bretagne,
est celui opéré en novembre 1942 contre les forces françaises d’Afrique
du Nord, au Maroc et en Algérie ; il n’a réussi que par une loyauté par-
tielle des forces françaises aux ordres du Maréchal, et le basculement
opportuniste de l’amiral Darlan ; une défense française cohérente et
prolongée aurait placé les envahisseurs dans des difficultés lourdes,
en particulier à cause des difficultés de ravitaillement massif dans la
durée. De même les débarquements à longue distance à travers le Pa-
cifique, opérés en 1943-44 par les Américains sont effectués face à des
garnisons japonaises isolées, partiellement ou totalement, donc plus
faibles que les assaillants. Ces situations différent totalement de la
France, au cœur du dispositif européen allemand. Un débarquement
sur les plages des Landes, en soi pas impossible, et même relativement
plus facile avec une opposition immédiate potentielle allemande bien

- 56 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

plus faible, aurait posé des difficultés considérables de ravitaillement,


et de couverture aérienne, loin des aérodromes d’Angleterre.
La Normandie offre donc un compromis idéal entre manœuvre et
facilité de ravitaillement. Afin d’assurer des flux logistiques constants,
sans baser ses prévisions sur le pari trop optimiste de la capture ra-
pide d’un grand port, et surtout intact, a été développée l’idée inédite
de mettre en place des ports-artificiels. Au large des plages conquises,
ils doivent permettre d’assurer un débit maximal pour l’approvisionne-
ment des troupes combattantes de la ligne de front, avec le décharge-
ment intensif de gros navires de haute mer, et non de simples barges
de débarquement à capacités réduites. Il faut reconnaître la réussite
des ingénieurs britanniques dans la conception de ces ports-artificiels,
basés sur la technique inventée pour l’occasion des caissons-flottants
Phoenix , immenses blocs bétonnés vides qui flottent, d’un déplace-
ment de 1 200 tonnes, qui peuvent traverser la Manche tirés par des
remorqueurs par temps calme, et sont remplis d’eau de mer à l’endroit
ad hoc prévu, ce qui les coule sur place, ne maintenant hors des flots
que les quelques mètres prévus, et fournit des digues grossièrement
comparables à celles édifiées sur plusieurs années, avec toutefois une
certaine fragilité qui interdit a priori l’espoir de survivre à l’hiver. Ces di-
gues de caissons sont elles-mêmes accompagnées par des avant-digues
empiriques, composées par des dizaines de bateaux anciens de grand
gabarit, sacrifiés pour la cause, remplis de lest et à couler sur place
en amont des ports artificiels. Le lien entre les digues et la terre-ferme
est accompli à l’aide de quais flottants, qui montent et descendent au
rythme des marées. Des essais en mer en Ecosse permettent de véri-
fier le bon fonctionnement de ces innovations. La majorité des Phoenix
est construite à Leith, le port d’Edimbourg. Les centaines de caissons
sont construits néanmoins en de nombreux ports, sur toutes les côtes
britanniques. Tout ce matériel est fabriqué, aménagé, concentré dans
les ports du Sud de l’Angleterre à partir de l’été 1943. Cette organisa-
tion industrielle intensive, efficace, est à opposer à l’effort réel, mais
de moindre importance et plus décousu de la construction du Mur de
l’Atlantique, exactement contemporaine. Les rares avions allemands
qui réussissent à photographier, ou bombarder ces concentrations ne
comprennent souvent pas la nature de beaucoup d’éléments, dont les
fameux caissons Phoenix. Ces ports artificiels rendent vraiment pos-
sible la réussite de la Bataille de Normandie, qui suit le Débarquement.
Ils sont effectivement mis en place aux endroits prévus dans la suite
immédiate du 6 juin, au large de Saint-Laurent-sur Mer — Mulberry

- 57 -
LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

A (“mulberry” est un nom de code signifiant “mûrier”)  — et d’Arro-


manches — Mulberry B —, tous les deux à proximité de Bayeux.
Cette grande intelligence de préparation générale, comme
de stratégie globale, n’exclura pas des choix discutables dans la
conduite des combats en Normandie, ou même quelques franches
erreurs tactiques.

UNE DÉFAITE INÉVITABLE DU FAIT


DE MAUVAIS CHOIX DE HITLER ?

Beaucoup d’auteurs, une nette majorité en fait, à commencer par


les généraux allemands dans leurs mémoires des années 1950, attri-
buent la défaite allemande à des décisions erronées du Guide Hitler. Ce
dernier en effet supervise directement les opérations militaires depuis
décembre 1941 et la défaite de la Wehrmacht devant Moscou. Il est
vrai qu’une des causes de l’échec allemand vient de la décision de po-
litique intérieure voulue habile par l’homme d’Etat austro-allemand, et
en fait une erreur majeure lourde de conséquences : ne pas faire rentrer
immédiatement l’Allemagne en économie de guerre à l’automne 1939,
mesure risquant de provoquer des réactions de mauvaises humeurs
de populations nécessairement frustrées de biens de consommation,
mais attendre pour le faire la défaite de Stalingrad — novembre-février
1943 —, avec la proclamation célèbre de la « guerre totale » par le mi-
nistre Goebbels. Si l’économie de guerre allemande produit, malgré
les bombardements, à plein régime au printemps et à l’été 1944, il est
quand même bien tard. En Normandie, comme du côté soviétique sur le
Front de l’Est, les grandes masses de matériel sont du côtés des alliés,
dont les chars et les avions peuvent submerger ceux nettement moins
nombreux de la Wehrmacht, et ce avant l’infériorité numérique des ef-
fectifs proprement dits, certes réelle mais pas si essentielle en guerre
moderne.
De façon générale, en 1944, l’armée allemande souffre de la fatigue
par cinq années de lutte, ce qui est très bien perçu à l’époque, avec
une durée du conflit supérieure à celui de 1914-18, considéré com-
munément avant 1942 comme le sommet indépassable de l’horreur
possible. L’infanterie est en particulier éprouvée par trois ans de lutte
sur le Front de l’Est. Ce dernier s’effondre d’ailleurs pendant l’été 1944
en Biélorussie, puis en Roumanie, envahies par les forces soviétiques.
Elle reste nonobstant globalement performante. Elle possède souvent
les meilleurs matériels, supérieurs aux anglo-américains — ou à l’Est

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LA BATAILLE DE NORMANDIE DE 1944

aux soviétiques —, comme les chars Panther, ou les chasseurs à réac-


tion Me-262 ; mais ils ne sont disponibles qu’en quantités trop limi-
tées, quelques dizaines opérationnels à partir de juillet 1944. Le Me-
262 est surtout réservé à la défense aérienne de l’Allemagne, ravagée
par les bombardements massifs, criminels, des Alliés, dès l’été 1943
sinon 1942. Les Panther cohabitent dans les divisions blindées avec des
Panzerkampfwagen IV, nettement moins performants, équivalents aux
Sherman américains. Ce dernier produit par dizaines de milliers chaque
année, permet la submersion des forces terrestres allemandes, pour les
armées américaines, mais aussi, dans une moindre mesure évidem-
ment, britanniques et soviétiques. L’Arado 234, bombardier à réaction,
qui aurait pu frapper les concentrations navales alliées, puis les ports
artificiels, n’entre en service que quelques mois plus tard, trop tard et
en quantités trop limitées. Les forces allemandes commencent aussi à
manquer de carburant, sans atteindre le stade dramatique de l’hiver
suivant. Malgré ces matériels exceptionnels, qui entrent seulement en
service, la Luftwaffe est saignée sur tous les fronts, et ses principaux
appareils en service, chasseurs Me-109 et Fw-190, ou bombardier d’as-
saut Ju-188 et bombardier lourd He-177, de qualité, sont dominés nu-
mériquement par leurs adversaires et ne sont pas nettement supérieurs
techniquement, comme leurs successeurs. Ainsi, le chasseur américain
Mustang P-51 domine le ciel européen en 1944-45. Il protège efficace-
ment les hordes de bombardiers lourds américains B-17 ou anglais
Halifax qui ravagent notre continent. Au sol , l’excellent fusil d’assaut
Sturmgewehr 44 entre tout juste en service dans la Heer et la Waffen
SS, et n’est disponible en quantités significatives qu’à l’automne ; c’est
très dommage qu’il aurait offert à l’infanterie allemande une puissance
de feu plus considérable, soit un avantage tactique évident. A contrario,
pour les Alliés, c’est l’abondance, du moins jusqu’à l’automne 1944 et
l’allongement des lignes de ravitaillement. Enfin le Mur de l’Atlantique,
concept pas absurde en soi, à l’exclusion de secteurs limités comme le
Pas-de-Calais, reste en chantier, très inachevé, donc vulnérable, comme
en Normandie, ce dont sont conscients les stratèges alliés.
(à suivre)

Nicolas BERTRAND.

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Un été en pente douce ?
par Patrick LAURENT

L’année avait pourtant commencé sur des chapeaux de roue mais


on le sait, dans le domaine très volatile du divertissement de masse,
la roche Tarpéienne est toujours très proche du capitole. Le cinéma
français était en effet rentré par la grande porte en 2014 à en juger par
les chiffres des cinq premiers mois publiés par les économistes distin-
gués de la direction des Etudes, des Statistiques et de la Prospective du
CNC : 95,04 millions d’entrées soit 16,1 % de plus que la même période
2013 avec, cerise sur le gâteau, une part de marché des films français
devançant avec 47,7 % celle des films américains nettement en retrait
avec 42,5 %. Une fréquentation « boostée » avant tout bien sûr par le
phénoménal succès populaire de l’anodine comédie faisant l’apologie de
la France métissée, Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu (Ecrits de Paris
de juin : «Le cinéma français en voit de toutes les couleurs »). Début
juillet, elle a franchi le cap symbolique des 10 millions de spectateurs,
et ce n’est pas fini, ce qui, entre parenthèse, en fait le film le plus vu par
les cochons de payants depuis l’infâme Intouchables en 2011, le deu-
xième plus gros succès français de l’histoire du box office derrière l’in-
touchable Bienvenue chez les Ch’Tis de Danny Boon et le film français
le plus vu hors des frontières de l’hexagone (loin devant Amélie Poulain
de Jeunet) avec plus de 50 millions d’entrées à l’international. Un arbre
racialement correct qui ne cache pas (trop) la forêt d’autres comédies
franchouillardes, plus « de souche » celles-là, ayant réussi à séduire le
bon peuple (Barbecue, Babysitting, Fiston, Sous les jupes des filles) en
dépassant largement le million d’entrées. Autre motif de satisfaction
d’un strict point de vue économique, ce sera le dernier de la première
partie de cette chronique, la 30e édition de la Fête du cinéma (tous les
tickets à 3,50 euros pendant quatre jours, du dimanche 29 juin au
mercredi 2 juillet) a rassemblé environ 3 millions de spectateurs. Un

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UN ÉTÉ EN PENTE DOUCE ?

score bien en deçà de la Fête 2013 certes (près de 3,5 millions d’entrées)


mais le résultat est quand même relativement positif compte tenu du
contexte difficile de ce début de la période estivale, le beau temps, une
programmation de nouveautés peu attractives dans l’ensemble pour le
grand public, et surtout cette fichue coupe du monde de foot qui a dé-
sertifié littéralement les salles à chaque match des blacks-blancs-beurs
(dont le mélange forme une espèce de bleu outremer très appréciée par
les zélotes de la pensée unique). Ce matraquage obscène du ballon rond
en folie asséné sans discontinuer par les médias hystériques a sans au-
cun doute contribué dans une large part au résultat catastrophique de
la fréquentation cinématographique en juin qui a quelque peu douché
l’euphorie des cinq mois précédents avec une chute spectaculaire des
entrées de près de 17 % par rapport à juin 2013. Une mauvaise nou-
velle n’arrivant jamais seule, c’est bien connu, d’autres chiffres publiés
par le CNC début juillet ont fait montrer d’un cran la déprime ambiante.
Crise oblige, les investissements dans le secteur sont à leur plus bas ni-
veau depuis une dizaine d’années et cette diminution substantielle des
ressources, notamment celles en provenance des chaînes de télévision
(-18,9 %) dont les recettes publicitaires sont aussi dans une courbe
descendante, affecte gravement le volume de la production. Ainsi seu-
lement 11 films d’initiative française selon le jargon en usage dans ce
milieu, ont été tournés en janvier et février, ce qui augure d’une année
plutôt en demi-teinte sur le plan quantitatif. En sera-t-il de même sur
celui de la qualité ? Dans ce domaine, le pessimisme semble moins de
rigueur, les périodes de crise ne constituant pas un obstacle sérieux à
la créativité artistique de nos (bons) cinéastes. Le 7e art toujours recom-
mencé, quelles que soient les contingences environnantes et “intra-mu-
ros”, en particulier les polémiques sur les cachets scandaleux de cer-
taines stars trop gourmandes ayant récemment secoué le landerneau
de la grande famille du cinéma français toujours prompte à se déchirer
à belles dents pour des questions de gros sous, d’egos démesurés ou
encore de profonde antipathie. Voire de haine recuite comme c’est le
cas entre Marin Karmitz et Abdellatif Kechiche, respectivement produc-
teur et réalisateur de Vénus Noire (2009) qui relatait le tragique destin
de la fameuse Vénus hottentote aux formes callipyges exhibée comme
monstre dans les foires en France au début du XIXe siècle. L’occasion
d’une féroce guerre des deux K à en croire les vifs propos tenus en juin
dernier dans un mensuel spécialisé par le fondateur de la grande so-
ciété de production et de distribution MK2 qui a proprement exécuté
le cinéaste franco-tunisien dont il a découvert alors « son mépris des

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UN ÉTÉ EN PENTE DOUCE ?

gens », son incapacité « à travailler en équipe » ainsi que « sa complai-
sance à l’égard de son propre travail » (référence à la longueur excessive
du film, près de 3 heures). En verve vengeresse (Vénus Noire a été un
désastre financier), Karmitz enfonce le clou en déclarant que La Vie
d’Adèle, palme d’or 2013, « est bidon ». Bonjour l’ambiance !
Délaissons ces petites querelles de personnes pour faire un brin de
prospective, à notre humble niveau, en nous intéressant maintenant
aux films de l’été 2014. La raréfaction quasi-totale des films français
pendant cette période appartient certes à un passé pas si lointain mais
les quelques nouveautés du cru ne semblent de nature à concurrencer
sérieusement, à deux exceptions près, les blockbusters hollywoodiens
qui vont déferler en masse sur nos écrans, selon un plan de bataille
désormais bien établi par les stratèges des grands studios. La première
à ouvrir le bal le 9 juillet, ou les hostilités pour rester dans la méta-
phore guerrière, Les vacances du petit Nicolas de Laurent Tirard d’après
l’œuvre de Sempé et Goscinny, fera-t-elle office de “locomotive” pour
nos couleurs ? Le premier épisode avait attiré pas loin de 6 millions de
spectateurs en 2009. Ce succès sera-t-il réédité par cette suite dont
les premiers échos sur internet laissent supposer que ce n’est pas une
franche réussite? L’autre film “gaulois” susceptible de cartonner auprès
du grand public est le nouvel opus de Luc Besson, en salles le 6 août,
Lucy, une superproduction de science-fiction au budget pharamineux,
tournée en anglais avec Scarlett Johansson dans le rôle titre, celui
d’une étudiante capable d’utiliser 100 % des capacités de son cerveau,
ce qui provoque moult dégâts collatéraux. D’après la bande annonce
diffusée sur la Toile, Besson semble avoir mis le paquet en matières
d’effets spéciaux spectaculaires dignes de sa précédente incursion dans
le genre, Le cinquième élément (1997). Si son scénario qu’il a écrit tout
seul comme un grand, n’est pas trop bâclé selon sa fâcheuse habitude,
il peut renouer avec le succès populaire et redorer son blason de grand
manitou N°1 du cinéma français, jeté à bas de son piédestal par les
bides sanglants de ses deux précédents films The Lady (2011) et Mala-
vita (2013).
La liste, courte, des autres films français programmés en juillet-août
ne semble pas très engageante a priori tant pour le spectateur occasion-
nel que pour le cinéphile lambda (titres en vrac de ceux qui paraissent
le plus impropre à la consommation : A toute épreuve, Fast Life, Le Beau
monde, Irina, la mallette rouge, SMS, Des Lendemains qui chantent) mais
le cinéma d’auteur est néanmoins représenté par les dernières œuvres
de deux cinéastes d’envergure. Le vénérable vétéran André Téchiné (71

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UN ÉTÉ EN PENTE DOUCE ?

ans) tout d’abord avec L’Homme que l’on aimait trop, inspiré de l’affaire
Le Roux-Agnelet qui défraye la chronique criminelle depuis 1977,avec
Guillaume Canet dans le rôle titre et Catherine Deneuve dans celui de
la mère d’Agnès Le Roux interprétée par une jeune actrice au charme
explosif, Adèle (encore une !) Haenel, découverte dans L’Apollonide de
Bonello et César 2014 du meilleur second rôle pour Suzanne de Katel
Quillévéré. Présenté hors compétition à Cannes, le 21e long-métrage de
Téchiné a reçu un très bon accueil des festivaliers et de la critique. En-
suite Olivier Assayas avec Sils Maria (Clouds of Sils Maria), sélectionné
dans la compétition officielle. Là encore les réactions de la presse et du
public ont été très favorables dans l’ensemble. Ce thriller psychologique
situé dans les Alpes suisses sur les affres d’une célèbre comédienne de
théâtre d’âge mûr rattrapée par son passé et par son ambitieuse jeune
assistante, n’a pas eu droit de cité au palmarès mais pour beaucoup de
journalistes, il méritait largement la palme d’or aussi bien pour la vir-
tuosité de la réalisation que pour l’interprétation magistrale de Juliette
Binoche et de l’Américaine Kristen Stewart qui pour la circonstance a
définitivement jeté aux orties sa défroque de bêtasse héroïne de la saga
vampiro-mormone pour ados décérébrés Twilight.
Le même jour que Sils Maria, c’est-à-dire le 20 août, sortira un
premier film présenté lui aussi sur la Croisette en mai dernier à la
Quinzaine des réalisateurs où il a reçu un accueil enthousiaste du
public et des critiques dithyrambiques, Les Combattants de Tho-
mas Cailley, jeune diplômé de la Fémis, la prestigieuse et très éli-
tiste école de cinéma, promotion 2011, dont le scénario raconte
une turbulente romance de vacances dans un camp de préparation
militaire entre un jeune homme candide et optimiste et une « ama-
zone  » obsédée par la fin du monde et mordue de survivalisme,
interprétée par Adèle Haenel, encore elle.
Les films précités devraient faire honneur, à des titres divers,
à l’excellence et à la diversité de notre 7e art, en espérant qu’ils gé-
néreront du désir et bénéficieront d’un bon bouche à oreille chez
les spectateurs de souche sollicités par ailleurs par les hordes de
blockbusters qui vont coloniser nos écrans à un rythme effréné,
quasiment un par semaine.
A l’exception notable des Gardiens de la Galaxie de James Gunn,
première adaptation d’une BD Marvel marginale dont les 4 super-héros
de service, Groot, Rockett, Drax et Racoon (un raton laveur mutant)
sont complètement “barrés”, des Avengers au petit pied en quelque
sorte, tous sont des resucées de franchises existantes. Sont particuliè-

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UN ÉTÉ EN PENTE DOUCE ?

rement attendues des accros au cinéma popcorn, Transformers 4 : l’âge


de l’extinction, de l’insubmersible Barnum en chef de l’usine à rêves,
Michael Bay, Expendables 3 de Patrick Hughes avec Sylvester Stallone
et dans le rôle du super-méchant un Mel Gibson en voie de rédemption
(professionnelle), Sin City 2, J’ai tué pour elle, la suite du film culte de
Robert Rodriguez et Frank Miller, La Planète des Singes : l’Affrontement,
du jeune et talentueux Matt Reeves (Cloverfield), le 7e épisode de la
saga simiesque d’après le roman du Français Pierre Boulle, débutée en
1968 par Franklin J. Schaffner avec le regretté Charlton Heston. L’im-
pressionnante bande annonce vue sur la toile donne vraiment envie de
voir ce film dont les effets spéciaux confiés aux bons soins de Weta, le
studio néo-zélandais de Peter Jackson, repoussent les frontières de la
performance technologique.
Les cinéphiles endurcis qui ont de la patience et du temps à
consacrer à leurs loisirs culturels n’ont pas été oubliés par les dis-
tributeurs puisque c’est en plein cœur de l’été que va sortir Sommeil
d’Hiver (distribué sous son titre anglais Winter Sleep) du Turc Nuri
Bilge Ceylan, palme d’or à Cannes. 3h15 d’introspections psycho-
logiques sur les affres existentielles d’un tenancier d’hôtel dans un
trou perdu en Anatolie pris au piège de l’ennui, de la glaciation des
sentiments et de l’incommunicabilité entre les êtres. Dur, dur ! Ses
thuriféraires ont la manie de surnommer Ceylan le Bergman du
Bosphore mais sa propension à étirer ses films à l’excès en longs
plans-séquences contemplatifs en fait plutôt un proche cousin du
défunt maître grec Théo Angelopoulos. Il y a des années, un jour-
naliste spirituel s’était exclamé en sortant d’une projection d’un de
ses films : « Ceylan, c’est lent ! ». Un auteur difficile, élitiste, assu-
rément dont j’avais personnellement beaucoup aimé Uzak (2002)
mais dont Il était une fois en Anatolie (2011) m’avait prodigieuse-
ment barbé. Qu’en sera-t-il pour Sommeil d’hiver ? Une des grandes
inconnues de cette période estivale qui comportera comme chaque
année son lot de bonnes surprises, de découvertes et de déceptions.
De quoi en tout cas satisfaire à peu près tous les appétits !

Patrick LAURENT.

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