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Université d’Alger 2

Faculté des langues étrangères

Département de français

Module :
Culture et civilisation de la langue 2
Niveau : 2ème année / semestre 2

Responsable du module :

Mme. Fatmi Imène

Maitre de conférences B

Année universitaire 2019/2020


Descriptif du module :

En ccl1, les étudiants ont travaillé les contextes historiques et mouvements dominants du
XVIIème et du XVIIIème siècle. Cette année, ils se focalisent grâce au module de CCL2 sur
le XIXème siècle.

L’objectif du module est l’étude des mouvements littéraires et culturels dominants au


XIXème siècle afin que l’étudiant puisse être capable de repérer les caractéristiques de ces
mouvements dans une œuvre donnée.

Le premier semestre a été consacré au mouvement du Romantisme. Le second sera centré sur
les deux autres mouvements dominants du siècle à savoir : Le Réalisme et le Naturalisme.

Pour ce faire, nous avons sélectionné une liste, non exhaustive, de textes tirés des plus
grandes œuvres de ce siècle, à savoir : un extrait de la préface de la comédie humaine
d’honoré de Balzac, Madame Bovary de Gustave Flaubert (lecture obligatoire), La préface de
Pierre et Jean de Maupassant, Le Rouge et le noir de Stendhal, la Bête humaine (ou Nana) de
Zola et la nouvelle de Maupassant Boule de suif.

- Connaissances préalables recommandées : l’histoire de France (19ème siècle)


- Périodisation des mouvements littéraires et leur inscription dans l’Histoire.
- Objectif de l’enseignement :
Réfléchir sur les mécanismes de la production littéraire en fonction d’un contexte
historique en rapport avec le mouvement littéraire dominant de l’époque.
Semestre 4 : Réalisme et Naturalisme

Séance Intitulé de la Contenu de la Document(s)


séance séance/objectifs support(s)
spécifiques
1 Le Réalisme - Qu’est-ce que le LAGARDE &
Réalisme? MICHARD, XIXe
2 Objectif : siècle: les grands
- Asseoir le contexte auteurs français :
historique anthologie et histoire
- Progrès littéraire
scientifiques et
technologiques

3 Le roman réaliste - Qu’est-ce que le - Extrait de


roman réaliste ? l’avant-propos à la
4 Comédie Humaine.
- Extrait de la
5 préface de Pierre et
Jean, Maupassant

6 Madame Bovary, - Présentation de


Flaubert. l’œuvre.
7
- Etude de l’œuvre

8 Le Rouge et le - Présentation de
Noir de Stendhal l’œuvre
- Etude de l’œuvre

09 Le Naturalisme - Qu’est-ce que le


naturalisme ?

10 Zola et le Roman - Etude d’un extrait


Expérimental
11 Etude d’un roman - Présentation de La Bête Humaine /
l’œuvre ou Nana de Zola
- Etude de l’œuvre
12 Etude d’une - Présentation de Boule de suif,
nouvelle l’œuvre et du genre de la Maupassant
nouvelle.
- Etude de l’œuvre

Lecture obligatoire pour le deuxième semestre : Madame Bovary de Gustave Flaubert.


Références bibliographiques et sitographiques :

L’intégralité du roman Madame Bovary de Gustave Flaubert en pdf :


https://beq.ebooksgratuits.com/vents/Flaubert-Bovary.pdf.

L’intégralité de la nouvelle Boule de suif de Guy de Maupassant en pdf :


https://www.pitbook.com/textes/pdf/boule_de_suif.pdf.

- LAGARDE & MICHARD, XIXe siècle: les grands auteurs français : anthologie et
histoire littéraire.
- LEFLAHEC Nicolas, Les Grands mouvements littéraires, du XVIème au XXème siècle,
Paris : éditions ellipses, 2017.
- DE LIGNY Cécile, ROUSSELOT Manuela, La littérature française, Paris : Nathan,
2012.
- FRAGONARD Marie-Madeleine, Précis d’histoire de la littérature française, Paris :
Didier, 2004.
Extrait de la Préface de Pierre et Jean – Maupassant
« Le réaliste, s'il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie
banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus
probante que la réalité même.
Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée,
pour énumérer les multitudes d'incidents insignifiants qui emplissent notre existence.
Un choix s'impose donc, ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité.
La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les
plus contraires, les plus disparates ; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de
catastrophes inexplicables, illogiques et contradictoires qui doivent être classées au
chapitre faits divers.
Voilà pourquoi l'artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée
de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera
tout le reste, tout l'à-côté.
Un exemple entre mille :
Le nombre des gens qui meurent chaque jour par accident est considérable sur la terre.
Mais pouvons nous faire tomber une tuile sur la tête d'un personnage principal, ou le
jeter sous les roues d'une voiture, au milieu d'un récit, sous prétexte qu'il faut faire la
part de l'accident ?
La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment.
L'art, au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des
transitions savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de
la composition, les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief
qui leur convient, suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la
vérité spéciale qu'on veut montrer.
Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique
ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur
succession. ».
Extrait de - Madame Bovary - Flaubert - 1856
Commentaire de l’extrait de Mme Bovary tiré du livre :

Nicolas Le Flahec, Les grands mouvements littéraires du XVIème au XXème siècle, Paris :
éditions ellipses, 2017.
Stendhal - Le Rouge et le noir

Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des
hommes, Mme de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand
elle aperçut près de la porte d'entrée la figure d'un jeune paysan presque encore enfant,
extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le
bras une veste fort propre de ratine violette. Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux
si doux, que l'esprit un peu romanesque de Mme de Rênal eut d'abord l'idée que ce pouvait
être une jeune fille deguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire. Elle eut pitié
de cette pauvre créature, arrêtée à la porte d'entrée, et qui évidemment n'osait pas lever la
main jusqu'à la sonnette. Mme de Rênal s'approcha, distraite un instant de l'amer chagrin que
lui donnait l'arrivée du précepteur. Julien tourné vers la porte, ne la voyait pas s'avancer. Il
tressaillit quand une voix douce lui dit tout près de l'oreille : – Que voulez-vous ici, mon
enfant ?

Julien se tourna vivement, et frappé du regard si rempli de grâce de Mme de Rênal, il oublia
une partie de sa timidité. Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu'il venait
faire. Mme de Rénal avait répété sa question. – Je viens pour être précepteur, madame, lui dit-
il enfin, tout honteux de ses larmes qu'il essuyait de son mieux. Mme de Rênal resta interdite;
ils étaient fort près l'un de l'autre à se regarder. Julien n'avait jamais vu un être aussi bien vêtu
et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d'un air doux. Mme de Rênal
regardait les grosses larmes, qui s'étaient arrêtées sur les joues si pâles d'abord et maintenant
si roses de ce jeune paysan. Bientôt elle se mit à rire, avec toute la gaieté folle d'une jeune
fille ; elle se moquait d'elle-même et ne pouvait se figurer tout son bonheur. Quoi, c'était là ce
précepteur qu'elle s'était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et
fouetter ses enfants !
Zola, Le Roman expérimental

Eh bien ! En revenant au roman, nous voyons également que le romancier est fait d'un
observateur et d'un expérimentateur. L'observateur chez lui donne les faits tels qu’il les a
observés, pose le point de départ, établit le terrain solide sur lequel vont marcher les
personnages et se développer les phénomènes. Puis l'expérimentateur paraît et institue
l'expérience, je veux dire fait mouvoir les personnages dans une histoire particulière, pour y
montrer que la succession des faits y sera telle que l'exige le déterminisme des phénomènes
mis à l'étude.
C'est presque toujours ici une expérience « pour voir », comme l'appelle Claude Bernard. Le
romancier part à la recherche d'une vérité. Je prendrai comme exemple la figure du baron
Hulot dans La Cousine Bette, de Balzac.
Le fait général observé par Balzac est le ravage que le tempérament amoureux d'un homme
amène chez lui, dans sa famille et dans la société. Dès qu'il a eu choisi son sujet, il est parti
des faits observés, puis il a institué son expérience en soumettant Hulot à une série d'épreuves,
en le faisant passer par certains milieux, pour montrer le fonctionnement du mécanisme de sa
passion. Il est donc évident qu'il n'y a pas seulement là observation, mais qu'il y a aussi
expérimentation, puisque Balzac ne s'en tient pas strictement en photographe aux faits
recueillis par lui, puisqu'il intervient d'une façon directe pour placer son personnage dans des
conditions dont il reste le maître.
Le problème est de savoir ce que telle passion, agissant dans tel milieu et dans telles
circonstances, produira au point de vue de l'individu et de la société ; et un roman
expérimental, La Cousine Bette par exemple, est simplement le procès-verbal de l'expérience,
que le romancier répète sous les yeux du public. En somme, toute l'opération consiste à
prendre des faits dans la nature, puis à étudier le mécanisme des faits, en agissant sur eux par
les modifications des circonstances et des milieux, sans jamais s'écarter des lois de la nature.
Au bout, il y a la connaissance de l'homme, la connaissance scientifique, dans son action
individuelle et sociale.
Sans doute, nous sommes loin ici des certitudes de la chimie et même de la physiologie. Nous
ne connaissons point encore les réactifs qui décomposent les passions et qui permettent de les
analyser. Souvent, dans cette étude, je rappellerai ainsi que le roman expérimental est plus
jeune que la médecine expérimentale, laquelle pourtant est à peine née. Mais je n'entends pas
constater les résultats acquis, je désire simplement exposer clairement une méthode. Si le
romancier expérimental marche encore à tâtons dans la plus obscure et la plus complexe des
sciences, cela n'empêche pas cette science d'exister. Il est indéniable que le roman naturaliste,
tel que nous le comprenons à cette heure, est une expérience véritable que le romancier fait
sur l'homme, en s'aidant de l'observation.
Commentaire de l’extrait tiré du site : https://bacfrancais.com/bac_francais/104-zola-le-
roman-experimental.php

Commentaire :

I) Définition du romancier expérimental

A. Définition rigoureuse.

• Structure de l'essai :
• Enoncé de la thèse (lignes 1/2) ;
• Développement argumenté (lignes 2/13) ;
• Illustration par un exemple (lignes 14/33) ;
• Bilan est conclusion (ligne 33 à la fin).
• Accumulation de connecteurs logiques ;
• Absence totale de lyrisme (il veut être efficace) ;

B. On voit ainsi le souci d'une démonstration claire, précise et technique. Il veut convaincre
du bien-fondé de sa thèse.

Caractéristiques et objectifs de cette nouvelle méthode.

• Enonce sa thèse (lignes 1/2) : le romancier est un observateur et un expérimentateur.


• Il définit ensuite l'observateur, puis l'expérimentateur.
• Déterminisme : l'expérience dirige les faits.
• Ligne 6 : succession des faits qui obéissent au déterminisme des phénomènes (il n'y a
donc pas de place pour l'imagination, la création ou l'art).
• Leitmotive : l'auteur devrait avoir un esprit scientifique.
• Vocabulaire scientifique et répétition des mots clés.
• Référence à Claude Bernard (montre la démarche scientifique).
La littérature qu'il prône doit amener de nouveaux thèmes que la science validera par la
suite (il veut constituer la littérature en science).
• Une volonté de décrire la réalité : Zola insiste sur le fait que l'écrivain doit être un
photographe des évènements (allusion à la préface de Pierre et Jean). Il doit décrire la
réalité sans la déformer par ses opinions personnelles.
• Il clôture sa définition avec un objectif : la "recherche de la vérité".

C. Exemple à valeur d'illustration.

• Exemple : Le baron Hulot dans la Cousine Bette de Balzac. C'est un hommage au


réalisme ; l'exemple est non neutre et montre la reconnaissance envers Balzac.
• L'exemple illustre sa thèse :
• Fait observé : "ravage de ..." ;
• Expérience : épreuves dans certains milieux (il montre le fonctionnement des
mécanismes).
• La liberté de Balzac est de placer le personnage dans différents milieux :
• Il reste ainsi le maître (lignes 25/26) ;
• Mais le déterminisme des phénomènes reste.

II) Une nouvelle méthode expérimentale qui rencontre des limites et des difficultés

• "sans doute", "loin des certitudes" : Il envisage quelques limites de cette science
nouvelle (il n'y a pas de résultat certain, clair).
• Le ton est affirmatif et il n'y a aucun "je" dans le premier paragraphe, mais le second
paragraphe est plus personnel, le "je" est plus abondant (la prise de position est plus
grande).
• Le lexique montre les difficultés de cette nouvelle science : lignes 46/47 : "marche à
talons", "la plus obscure et la plus complexe des sciences".
• Zola prédit un long et bel avenir car la science est jeune, elle a encore un long chemin à
parcourir. Il est donc très enthousiaste, mais cet enthousiasme est un peu faux, car il n'a
pas lui-même pu faire cette démarche.

Conclusion : L'auteur des Rougon-Macquart présente dans cet essai son objectif : utiliser son
travail romanesque comme outil d'analyse des actions humaines, assemblant des données qui
permettraient ensuite de tenter une correction des hasards de l'hérédité selon une méthode
scientifique rigoureuse. Par cet essai et par son oeuvre, Zola s'inscrit comme chef de file du
courant naturaliste en littérature.

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