Vous êtes sur la page 1sur 4

À ce que / De ce que

Par Marc81 dans Barbarisme le 29 Août 2011 à 15:07

« Le tour à ce que, qui est d'une affreuse lourdeur, est à éviter chaque fois que c'est possible »
(René Georgin, Pour un meilleur français).

Voilà qui est dit... mais pas toujours entendu ! Car force est de constater que l'emploi raisonné
des tournures à ce que et de ce que requiert la maîtrise de quelques subtilités.

Verbe + (à ce) que / (de ce) que

Que, conjonction de subordination, sert à introduire une proposition subordonnée


conjonctive : Je voudrais que tu viennes.

Cependant, pour les verbes construits avec la préposition à ou de (verbes transitifs indirects),
la proposition subordonnée peut être également introduite par à ce que, de ce que.

En clair, cela signifie que l'on fait l'analogie : travailler à quelque chose → travailler à ce
que ; profiter de quelque chose → profiter de ce que ; etc.

Il tient à ce que tu t'entraînes (par analogie à Il tient à ton entraînement).

Je profite de ce que vous êtes tous présents (par analogie à Je profite de votre présence à
tous).

Mais – car il y a un mais –, « là où le simple que est possible, il est souvent considéré comme
plus élégant » (dixit Grevisse). Ainsi les verbes transitifs indirects se répartissent-ils (a priori
de façon assez arbitraire...) en deux groupes : ceux pour lesquels les locutions conjonctives à
ce que, de ce que sont recommandées et ceux pour lesquels elles sont déconseillées.

Se construisent avec à ce que les verbes : s'accoutumer, s'appliquer, condescendre,


contribuer, se décider, s'employer, s'exposer, gagner, s'habituer, s'intéresser, s'opposer, se
refuser, réfléchir, tenir, travailler, veiller, ainsi que des locutions verbales comme avoir
intérêt  (*), être attentif, trouver quelque chose d'étonnant, etc. Étrangement, profiter et
provenir sont les rares verbes à ma connaissance pour lesquels on recommande la
construction avec de ce que.

Nous veillerons à ce que vous soyez satisfaits (notez le subjonctif dans la subordonnée).

J'ai réfléchi à ce que vous m'avez dit (ici, c'est l'indicatif).

Cela provient de ce qu'il est maladroit (indicatif).

À l'inverse, l'abandon de la préposition au profit de la simple conjonction que est préconisé


(chaque fois que c'est possible) pour les verbes : s'attendre, s'étonner, s'indigner, se féliciter,
se réjouir, se plaindre, se soucier, aimer, avertir, consentir, demander, faire attention,
prendre garde... 

Dans un langage soigné, on veillera donc à dire :

Ils s'attendent que tu viennes (de préférence à Ils s'attendent à ce que tu viennes).

Je consens que tu t'en occupes (de préférence à Je consens à ce que tu t'en occupes).

Il s'étonne qu'on ne l'ait pas remercié (de préférence à Il s'étonne de ce qu'on ne l'a pas
remercié) mais Il s'étonne de ce que tu dis (impossible ici de supprimer la préposition de).

Il demande que le coût du projet soit revu à la baisse (et non Il demande à ce que le coût du
projet soit revu à la baisse).

Faites attention que personne ne vous voie (mais Faites attention à ce qu'elle dit, ce étant ici
antécédent du pronom relatif que).

Dans tous les cas, on privilégiera autant que possible tout autre tour permettant de gagner en
légèreté.

Il se refuse à son départ (plutôt que Il se refuse à ce qu'elle parte).

Elle gagne à être connue (plutôt que Elle gagne à ce qu'on la connaisse).

(*) Girodet précise toutefois : « Dans la langue très soignée, on évitera le tour avoir intérêt à
ce que et on préférera avoir intérêt que (suivi du subjonctif) : Nous avons intérêt que cet
accord soit signé rapidement. »

De façon que / De manière que

De même, on écrira de façon que, de manière que de préférence à de façon à ce que, de


manière à ce que comme on le voit parfois par analogie avec la tournure infinitive. En effet,
ces locutions conjonctives seraient des formes elliptiques de de telle façon que, de telle
manière que.

Elle place son argent de façon qu'il rapporte des revenus réguliers (et non de façon à ce
qu'il rapporte) mais Elle place son argent de façon à obtenir des revenus réguliers (tournure
infinitive).

« De façon à ce que, couramment employé et qu'on rencontre même chez de bons auteurs,
n'est pas à conseiller », précise encore l'Académie. Idem pour de manière à ce que qui « est
incorrecte ».

 
Remarque 1 : Le tour demander à ce que (par analogie avec demander à suivi d'un infinitif)
est d'autant plus critiquable que demander est un verbe transitif direct.

Remarque 2 : Les locutions de façon que, de manière que, de sorte que sont le plus souvent
suivies du subjonctif, dans le sens de « afin que, pour que » (conséquence recherchée), plus
rarement de l'indicatif, dans le sens de « si bien que » (conséquence réalisée).

Parlez plus fort, de façon que je vous entende (= afin que je vous entende → subjonctif).

Elle parlait fort, de façon que je l'entendais (= si bien que je l'entendais → indicatif).

Remarque 3 : On notera que le tour de ce que est suivi de préférence de l'indicatif alors que
la construction directe réclame de préférence le subjonctif.

Je me réjouis qu'il soit venu mais Je me rejouis de ce qu'il est venu.

Remarque 4 : On trouve aussi en ce que, sur ce que : Son erreur consiste en ce que... Il
insiste sur ce que (ou sur le fait que). En revanche, on fera le nécessaire pour éviter quand
c'est possible le désagréable que ce que.

Il est plus grand que tu ne le pensais (et non Il est plus grand que ce que tu pensais).

Que leur apportes-tu qu'ils n'ont déjà (et non Que leur apportes-tu que ce qu'ils n'ont déjà) ?

Remarque 5 : Il existe également des prépositions qui sont correctement suivies de ce que :
Jusqu'à ce que tu reviennes.

Remarque 6 : En matière d'analyse grammaticale, on se gardera de toute confusion entre que,


conjonction de subordination, et que, pronom relatif.

Je  profite de ce que vous êtes là (subordonnée conjonctive, intoduite par la locution
conjonctive de ce que) mais Je m'étonne de ce que vous me dites (subordonnée relative,
introduite par le pronom relatif que, ayant ce pour antécédent).