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FRANCK LOZAC'H

LE GERME ET LA SEMENCE

Version complète

1
Infinies mes ardeurs

Infinies mes ardeurs transpirent dans vos tempes,


On dirait chanceler de noires loupes à vos yeux !
De sombres amertumes et d'exaltants parfums,
Vous riez et pleurez, vaste peuple de rêves !

Des mots difformes s'évadent. De nébuleuses complaintes


Participent passives à la jouissance de l'homme.
C'est la nuit bleue plongeant aux raretés extrêmes,
L'écrin des maléfices, le plus pur de vos lèvres !

Dans l'ivresse, l'insouciance de mon âme est docile,


Le jeu terni s'éclaire nonchalant de lueurs.
Le superbe diadème, le satin des pensées ?
Parfois regard stérile sur la feuille de papier ! ...

Avide ou curieuse, lassée des vieilleries,


Quand avec la puissance s'éveillent les hurlements,
C'est un feu de révolte qui encombre mes bras !

2
Consume le chant aimé par les frissons du doute.
Avec cette chaleur où la tendresse dort,
Des murmures et des cris hurleront tout à coup !

Mais respire ou décline par cette floraison,


Qu'importe ! Tes ennemies toujours spirituelles
S'éloigneront bien vite du cadavre du sort !

Alors lis pour l'orgueil, ou la force de l'âme


Le dernier des vivants que tu encenseras !

3
De royales prophéties

De royales prophéties que l'on distingue à peine,


Qui s'entassent lugubres dans de noires floraisons,
Des serpentins d'extase sur des lits étouffés,
Quand le doute remplit les profondeurs de l'âme.

C'est un nuage superbe décrivant un combat


Qui regagne les airs avec son Moi auguste,
Trop d'étonnantes syllabes mâchées et décriées
Que l'oracle ne peut contenir en un souffle !

Gracieux ou démis, vibrant de souvenirs


Taché de fourberies, envieux des grandeurs,
Tout ce joug est puissant avec ces maléfices !

Sont-ce des guerres ? Jamais. Des traces où l'orphelin


Fait des jeux incompris, des soleils de la terre,
D'immenses farandoles, des hymnes de jouissances !

Ah ! Vaincu, amoindri par des forces pesantes,


Ivre de lassitudes, et respirant ses nuits,

4
Jonglant sur les sentences de ce Dieu malveillant,
C'est l'espoir qui décline sur des villes connues,
Sur des cités sans vie, pourtant monumentales !

Subirai-je des frissons, de blanches apothéoses,


Une espérance vaine pour ce feu déloyal ?

L'adulte se détourne en pleurant sur son rêve,


Et le voilà soumis à son cristal de gloire,
L'adulte se détourne pleurant sa survivance.

De royales prophéties que l'on distingue à peine,


Qui s'entassent lugubres dans de noires floraisons,
Des serpentins d'extase sur des lits étouffés,
Quand le doute rempli les profondeurs de l'âme.

5
Cet espace disgracieux

Cet espace disgracieux voltigeant dans les airs,


Amas de cendres et d'ombres, ce pleutre mercenaire
Qui corrompt les méandres des hommes, et détruit
La foi dans l'infini, c'est pourtant toi qui fuis
D'une lueur torve dès que naissent les ténèbres,
Impitoyables jougs des études funèbres.

Voudras-tu dévoiler cette raison suprême


Qui impose sa loi, et brille, vrai diadème ?
Parleras-tu enfin de ce roi dans les cieux
Que tu as recouvert de ton drap merveilleux ?

Semblable et différent, à moi-même, être pur


Possédé et pourtant le frère de ma torture,
Nous choyons l'inconnu, ou le désir stérile,
Naviguant solitaires soucieux de nos périls !

Ô vous monstres sacrés dans les bras l'un de l'autre !


Ô puissants mouvements qui toujours vous déchirent !
Une amitié vaincue par des guerres éternelles
Fera frémir la mort et les furies du ciel !

6
Vos lugubres combats toujours redéployés
Jetteront leurs horreurs aux humains éclairés !

7
Venise

Et dans ce lieu fétide où dorment des gondoles,


L'eau morne et transparente fut raison de soupirs,
Ô sanglots répétés et si mouvantes violes,
Contre un ciel de grisailles qui voulait s'obscurcir.

Des barques s'étiraient sur l'étendue. Nos rêves


Profonds comme l'amour s'inclinaient lentement,
Et penchaient plus encore par le vent qui soulève,
Tremblaient, espoirs perdus, bercés au gré du temps.
Et toi ma calme sœur, tu chantais ma faiblesse
Lorsqu'un vol de corbeaux foudroya le vrai ciel.
Pour noircir les souffrances d'une odieuse paresse,
Je vis dans tes yeux clairs les rayons d'un soleil,

D'un soleil pâlissant, or, rouge et fatigué


Qui semblait se mourir à l'orée de tes yeux.
J'y trouvais un déluge de larmes délaissées
Croyant à l'avenir de nos étés heureux.

8
Encensée dans l'alcool

Encensée dans l'alcool qu'accusent nos chimères


Et vomissant son feu aux blafardes lueurs,
Son âme possédée supplie qu'une prière,
Éclaire la mortelle et tremblante demeure.

Si veule et infectée de macabres lumières


Quand elle est appauvrie de pertes répétées,
Ne supplierait-elle pas la funèbre misère,
Repos lugubre et sceau de l'immortalité !

Un démon se souvient et exhausse ses vœux,


Vomit cyniquement la tentation divine,
Et arrache despote son cauchemar heureux.

Dans les blêmes ténèbres, au plus noir désespoir


Dans la prison humide, crispée de transes sanguines
L'âme violée se meurt un peu plus chaque soir !

9
De vaines méditations

De vaines méditations vouées à la parure,


Pour ce nuisible ouvrage, de virulentes paroles,
Disposées entre deux pages grises presque impures,
Et des semblants d'images lues comme des paraboles ;

Ô piteux de moi-même, tentatives perdues !


Que je hais les espoirs luxuriants de tes nuits !
À peines terminées et déjà délaissées,
Ces horribles fadeurs que ma chair a vomies !

Peut-être que demain, jour de lumière vécu,


Par ce fouillis de lettres, moi l'esclave enchaîné,
J'écrirai cette page maintes fois aperçue ?

Ignoble sur qui l'esprit vain se consume,


Qui fait de l'être indigne l'homme désespéré,
Feras-tu se mouvoir ardemment cette plume ?

10
Énorme sacrifice

Énorme sacrifice voué aux maléfices,


Aux regards flamboyants des Dieux ! Et mémorable
Faiblesse qui suait l'alcool quand les prémices
Et les regards livides scrutaient le misérable !

Ô rappel éternel d'une souffrance vaine


Qui, métamorphosée par le jeu des amours,
Crachait et vomissait ses labeurs et ses peines,
Qui était désespoir et désespoir toujours !

Candeur dans l'étroite et affreuse liaison


Quand serpents et venins se pâmaient dans son âme,
Quand meurtres et fureurs, lugubres tentations
Se mêlaient dignement au parfum de la femme !

Et le cœur qui s'engouffre dans les chaudes ténèbres,


Et les lèvres tétant le sang des assassins,
Bouillons d'écumes et soufre en ces veillées funèbres,
Ô la chair déchirée dans ses noirs intestins !

11
Prolongement

Avec ce pâle essai, le sourire enfantin


Propose d'une plume un clair regard éteint,
Mais son âme obscurcie par de sombres ténèbres
Achève noires ses stances dans sa chambre funèbre.

Ce jeu tel un sépulcre baigné par ses lumières,


Amas de morts qui tremble d'une main cavalière,
Prolonge dans mes veines le pur sang des apôtres...
Sont-ce pensées déçues où le génie se vautre ?

Mais j'entends supplier maint rêve bestial


Déployé sous un joug ombrageux !
Qu'il dérive
Ignoble frère, au jet d'écume et d'ombre
Que d'un regard malsain lèche la croix des autres !

12
Ta main alanguie

Ta main alanguie, profusion de saveurs,


Qui contemple la nuit, désinvolte froidure,
Ta main a délaissé sur le drap amoureux
Les sinistres stigmates de ses sombres morsures !

Et cette nonchalance abattue, aigre ou vile,


Décline lentement dans ses douleurs dorées.
Ses souffrances sont grâces et ses pensées occultes !

La survivance s'éteint, antique et froissée


Pareille au vieil orage sur nos murs tapissés.

Je te goûte, fruit mûr, palme je te caresse.


J'ondule, ô mon silence, parmi tant de furies,
Luxure de mes nuits qui te désintéressent !

13
La vieille maîtresse

Quand respirant encore sa poitrine, soumise !


De tes yeux couleront les tristesses du soir ;
Quand de vives querelles, des sanglots et des crises
Viendront s'imprégner sur ton fétide mouchoir ;

Quand vieillie et défaite sous son joug inhumain,


Tu trembleras de honte par ses peines, obscurcie ;
Suppliante, à genoux et joignant les deux mains,
Tu diras des mots tendres pour consoler tes nuits ;

Alors femme fatidique, ô cœur égaré !


Sur mon sein balbutiant de confuses paroles,
Baisant et implorant d'autres chaleurs rêvées
Alors tu tomberas dans mes extases molles !

Et ta bouche et ta lèvre pour des plaisirs encore


Viendront sucer mon sang, délice de mon cœur !
Et impure et esclave, oubliant le remords,
Tu dormiras repue, voluptueuse sœur !

14
Plaidoyer pour deux crânes

Par des liens soudés, par la honte prescrite,


C'est le deuil contracté sur les terres nuptiales,
La haine apparente vit dans les doigts crispés.

Avec ces faces macabres, de progressives vengeances,


L'indescriptible fièvre, puis des moments hagards.
C'est la mort qui sommeille déjà dans chaque esprit.

Le frottement constant de deux pieds qui se touchent


Glacés sous les draps noirs d'interminables nuits ;
Le geste cadencé, immuable des bouches,
C'est la perle suprême de l'entente infinie !

Oh ! Les démons intimes, les déplorables bêtes,


Qui sont assermentés par l'alliance jaunie,
Et ces cœurs enchaînés à ces atroces têtes !
Oh ! Les années terribles dans les bas-fonds d'un lit !

15
Si, flamboyant dans un tombeau

Si, flamboyant dans un tombeau, il survivra !


Car sa chair proclamée en l'or de ses cheveux
Telle la boueuse cascade qui jamais ne coula
Fit naître des soupirs que vénèrent les Dieux !

Dans l'immortelle flamme où nul sang n'eût brûlé,


Lui serpent replié au sein des braises chaudes,
C'est son démon qui ivre de désirs exaltés
Entame l'immonde peine quand lentement il rôde.

Point de plaisirs ! Espoirs honteux et transformés


En des principes frêles pour l'incroyable vie !
C'est le repos latent transparent ou changé !

Que tant d'autres s'indignent de la puissance du mal !


Mais cerclées d'apparat, elles superbes ou jaunies,
Elles conspirent vainement, ces tentations banales !

16
Soupir ancien

D'un soupir ancien naît l'indifférente gloire


Qui éclaire de l'ennui le plus pur diadème
D'hier. (On prétendrait mourir en ma mémoire
Un or épais et ocre dispendieux à l'extrême...)

Fustigé à l'écart, éloigné des disciples,


Je l'entends battre inexorablement en moi ! ...
Vaste écrin d'amertume aux facettes multiples,
Il fuit, meurt avorté sans l'ombre d'un émoi ! ...

Mais que demain traînant son horrible fardeau,


Pour l'éveil purifié resplendisse son nom !
Peut-être testament au bas autel des maux...

Ô le soleil de chair contemplant un vain drame,


Idole de toi-même marqué à l'unisson,
Seras-tu des substances faire couler une larme ?

17
Cérémonial

Grâce ! Voici venus les ans


Où teignant ta chevelure,
Je fis tomber suivant
L'éclat doré de ta parure,

Le cor fin, l'onde d'argent.


Et vaincu des découvertes
Alignées contre l'effort vacant
Fussent gloires très offertes ?

Nenni ! Par le plomb infusé,


Couleurs royales de l'ennui,
Pour le coeur, aux pieds jeté,

Rempart dans cette froidure,


C'était ! Été engourdi
Casque sacré et impur !

18
Miroir

Accroché à des vasques d'or


Un divin dont j'ignore le prix,
S'émoustille dans de jeunes flores
À l'ombre d'un mets obscurci.

Et il obtient la floraison
Des pousses claires bercées au vent !
Rutile, ô belle pâmoison,
Car ton disciple déjà t'attend !

En l'heure aimée pourtant tu dors


Là dans mes bras, à l'infini ! ...
Et la subtile pensée d'éclore

Va, se dissipe sans bruissement ! ...


Élève donc son pur ami,
Au jeune jour encore tremblant !

19
Du démoniaque héros

Du démoniaque héros
Naquit qu'enfin je pleure
Dégustant l'outrance d'un tombeau
En signe d'éternelle demeure,

Que je sais séraphin parfois résigné


Est ombre de pâles roses et ombre encore.
Au minuit du pétale déployé
Tel aspergeant le langoureux soupir,

Viole d'une flore ou violon ahuri ! ,


Dégage le parfum désirable et détruit :
Au vase résigné tombent fleurs et jasmins
Que son sanglot transportait un matin !

20
Dédiant à la plus haute voix

Dédiant à la plus haute voix


Rêve béni du cristal fort ancien,
Je promis quand du macabre émoi,
S'estompa l'or saigné qui fut tien.

Quiconque s'il doit briller d'une faux


Où le givre blanchit comme l'espoir
Vrai taira le fustigeant tombeau
Plutôt que de bercer l'affreux nonchaloir.

J'obscurcis. Pourtant l'âme transformée


Pleure nuitamment l'âcre souvenir !
Si ce n'est le satin pour son plaisir,

Corrompu au vieux grimoire posé,


De cela vivifiant de soupirs,
Ce vent excédé se sent souffrir.

21
Hanté et songeur

Hanté et songeur d'une tenture nue


Dont l'orgueil s'extasie encore
Se vit crouler ou qu'il s'exténue
Par maints rêves, un légitime remord :

Apparue et défaite telle en chevelure


Qui en ses âges parfois m'envahit
Acclamée de soi-même en voilures,
Ô miroir jadis dans son minuit,

Vagabonde à la mémoire de l'œil


Comme de mousseline sertie au passage
Pareil du drame parfumé de deuil
S'éloigna à jamais du mince paysage.

22
Volée aux traces de l'espérance

Volée aux traces de l'espérance,


Par le suicide à effleurer,
S'en vient la décisive complainte,
Reflet de pourpre et incendiée.

Pour son final qu'il tue le jour !


L'esprit est vain de conviction,
Un chant d'amour ensanglanté,
Le luxe pur de sa raison !

Sur la source tarie, c'est l'heure


De vaincre l'histoire, nul ne sait,
Du dénouement furieux, demeure

L'emblème visqueux pendu du mort.


Cette croulante fin dont dépend
La destinée est celle du corps.

23
Les contorsions du mal

Gravement la voix s'est éteinte


Comme après la tourmente,
Le souffle court, ravageur.
On eût dit quelquefois l'amour vil, honteux
Quand la femme lubrique de ses doigts argentés
Ausculte les profondeurs intimes de l'homme !

On eût dit les torpeurs sanglantes, assoiffées de râles,


Des incendies terribles détruisant toute vie humaine ;
Pareil à des sanglots buvant la cupidité bestiale
Un rouge ténébreux enorgueillit mes lèvres.
Et juxtaposant la démarche au soleil inondé
La bête sauvage, forte comme Satan
Brûlant les univers,
Gaspilla l'existence brumeuse de mes dires
En carcans étriqués : - une profonde mort - !

Grasses cascades d'exploits lugubres,


La divinité s'éprend de vases pierreux,
Et au calme de la soirée saccadée,
Elle sonde le ventre, la chevelure,

24
Et crache de putrides excréments
Au cœur recouvert de glaives nouveaux.

Battant mon âme impure, mon cœur bouillonne


Et se fortifie d'esprits fourbes,
Et soudoie toute tristesse
Comme au temps où l'amertume sommeillait
En déboires gesticulant la carence de la vie !

Débarrassé de lacunes fortuites, l'esprit se meurt


Dans les plissements de l'ingénue placide
Et vampe les puissantes pensées
De l'exposé sadique aux vertus en détresse.

Croître dans la nuit sous un putride soleil ?


Les candeurs ou l'agilité s'unissent enfin au désir
Pour acclamer l'artifice de son sapement !
Scander l'allégresse, caresse si facile,
Dans l'engrenage de ses pauvres yeux ?
Je ne sais plus, cadavres intermittents,
Qui gesticulez dans la foi primaire de mes apôtres !

25
Pouvoir, inquiétante Cybèle, forcer d'un sein déplacé
La tournure exacte de nos songes angéliques ?
Pourvoir la quintessence d'un savoir clément ?
Qu'importe, race tonitruante, je ne sais plus !

Fiels dispensés dans l'exactitude du labeur,


Je m'accorde la filiation suprême du saint,
Et j'exauce par ce sacrement divin,
La peur dévoilée par ses génies anciens !

Amoindri dans ses mensonges, le mal s'éteint


Pour cette chaste protubérance de ma gloire.
J'accorde pourtant à l'Ancienne Cité
Le pardon aujourd'hui démodé.
Ô le crâne vétuste de mon humble devoir !

Je postule avec des mains enchanteresses


L'exercice d'un style perdu et délabré,
Et j'invente, quoi que tendre, ma tendresse,
Folle prouesse des hommes arriérés !
Je joue avec un vent grandi et radieux,
J'exprime la souffrance au drame étonné,

26
Et froid comme l'automne et ses feuilles perdues
Je jette aux yeux glacés, ma face éclairée.

Ravalée d'insectes fastidieux, mon âme éclose


Postule la valeur des autres tenanciers.
Elle crève les boutons regorgeant de puanteur,
Bêtises de rires scabreux,
Et voiles de la miséricorde et des péchés.

Anglicanes, mes églises ont joint aux durs labeurs


L'expression des sens aujourd'hui oubliés.
Connaissant la lumière de mes rêves passés,
Elles ont fourni à l'Enfer la marque d'un demi-Dieu.
Finement la main a tenu cerclé de chaînes molles
Spectacle gratuit, spectacle grinçant.
Elle possédait dans des scènes lugubres,
Elle proposait la facile crucifixion
De mes déboires offerts à la sagesse !

Anges bleus, véhicules de mon cœur ensablé,


Est-ce fin en ce monde galvanisant ?
Non. Peut-être l'âme détruite

27
Soulève-t-elle de sordides cataclysmes
Ou des vagues rarissimes ?

Peut-être des vagins défoncés, humiliés


Dans un grabat sans contenance
Arpentent-ils l'abandon de nos actes ?

Moi vrai, cher Amour des autres années,


J'entends le glas, père d'un sang nouveau
Qui raisonnant sur ses dernières prouesses
Balayera la joie alerte avec son sceau.

Vrai, j'attends des nobles contrés


L'extase d'un dire, d'un roi inhumain,
Qui, cheval fougueux traînant sa guerre,
Éloignera toutes les hontes de la terre entière !

28
Peines

Incandescence de l'astre,
Les rousseurs de la mer,
Quand la plaine dévaste
Les relents de l'éther !

Les soupirs de l'enfance


De la mémoire perdue
Offerts, puis décadences,
Ô les étés diffus !

Le moulage de la grâce,
Les amours sanglotantes,
Combien de fois vivaces,
Les peines accablantes !

L'ordre s'est rétabli


Là, sur des marches stupides
Puis vers des lieux arides.
Oh ! L'enfance s'est enfuie !

29
Ô sevrages, ô licences
Envolés dans les flots
Et les dernières outrances
Que berceront les eaux.

Non, jamais attendues


Et jamais désirées
Ô les fleurs de l'été
Qui toujours se sont tues !

30
Candides insouciances

Candides insouciances
Pour cet automne perdu,
Ô monstrueuses naissances
En ces mondes déçus !

Mais qu'invoquer l'oubli


À jamais impossible !
Oh ! Les affreuses pluies
Dans un cœur insensible !

Ainsi le moribond
Sur des larmes versées
Pour ce feu infécond
Pleure ces lâchetés.

Des peines obscurcies


Toujours redéployées
Car l'enfance a vomi
Ses pâles raretés.

31
Candides insouciances
Pour cet automne perdu,
Serez-vous espérances
Par ce monde entrevu ?

C'est bien la destinée !


Oh ! Les erreurs promises
Qui chanteront l'année,
Cette année indécise ! ...

32
Réminiscences et destinée

Ô vil et toi-même voleur,


Je saisis de ton mensonge
Les traces sublimes de tes saveurs,
Astre si pur, et combles et songes !

L'instant superbe est de quitter


L'alcôve chère de cette chambre.
C'est pour grandir ou embrasser
Des horizons encore plus tendres.

C'est pour bannir la terre inculte


Que l'on a travaillé pourtant.
Suprême envolée ? Est-ce chute ?
Veux-tu venir, car on t'attend !

J'aspirerai demain l'odeur


De cette antique et noble ville
Qui sera fruit et puis douleur
De ce prochain et mûr exil...

Mais de ta voix encore si claire

33
Ô mon amie, par toi songée
Je n'oublierai ce pur enfer
Où dans ta nuit tu m'as plongée.

Empire à ta sève sertie,


Joie de l'enfance, précieuse,
Allons avec ces pas promis
Dans l'existence délicieuse.

34
Sa grâce accoutumée

à P.V.

Sa grâce accoutumée
S'enivre de soleil.
Ô la nymphe égarée
Dans ses rayons vermeils,
D'un brin de pureté,
Sur son onde, s'éveille,
Si sensible beauté.

Et le vent dégarni
Plisse dans les roseaux
Les substances réunies
Par le calme des eaux.
Elle, baignée à demi,
Évasive sans trop
Elle dit, mélancolie.

35
Les bruissements subtils
De son regard si fin
Ont découvert fragile
L'œil clair qui est le mien.
J'emporterai l'exil
Car te sachant au bain
Je ne pourrais, sensible,
T'imposer le tien.

36
Les catacombes

à C.B.

Dans les catacombes


Froides et grinceuses
Où des femmes affreuses
Émergent de chaque tombe,

Des lueurs blanchâtres


Faiblement éclairent
Les murs d'albâtre :
Un spectre mortuaire

Déambule et vacille
En ce lugubre monde.
Alors mes pas fébriles

Devant ces torches fugaces


Voient l'empreinte profonde
De mémorables traces ! ...

37
Que tu proposes nue
à Sandrine

Que tu proposes nue


À ma souffrance ancienne
Fruits et délices conçus
Avec liqueurs suprêmes,

Lentement de l'éclat
Reposé sur un cœur
Un pur souffle unira
Cris sublimes et candeurs !

Éloignée une seconde


De ce combat royal
Ma faiblesse profonde
De sa pensée fatale

S'émancipe peu à peu...


Semble revivre et meurt
Dans les lueurs du soir,
Et chasse mon désespoir !

38
La transparence endormie

Comme d'une transparence endormie


Offerte au goût exquis des fleurs
Une mémorable accalmie
S'élève par les premières lueurs.

Après une nuit de déluges


La gerbe sacrée, multicolore
S'apaise dans l'ombre d'un refuge
Et lentement, heureuse, dort ! ...

Ô lasse et promise au repos


Des Dieux qui contemplent ton âme
Dors dans l'espoir des jours nouveaux,

Car la cruauté princière


Dont ouvertement ils se réclament
Ce soir, t'emportera encore aux enfers.

39
Éloignement

Folle aimée qui d'une jouissance


Offre des fruits langoureux,
Oserai-je te parler
Quand résonne ce cœur pluvieux ?

L'enchanteresse s'éloigne
Au plus profond du corps
Elle désire, elle décline
Dans ses cheveux soyeux
Sa délivrance la tord,
Le sommeil est cherché.

La jambe longue, la jambe fine


Posée sur le bord du lit
S'étale dans un rêve
Tout imprégné de fleurs.

La pâle, l'amoureuse encore,


Sur le drap bleu s'est endormie.

40
Air petit

Qu'est-ce donc le génie


Quand, par l'inconnu,
Je vois chaque nuit
Les mots qui se tuent ?

Pour l'absurde grandeur


De l'Etre tant aimé
Un usurpateur
Me dit de chanter !

Et à peine assouvis
Les mots s'entrelacent
Comme à l'infini ! ...

J'invoque une douceur


Légère et fugace
Pour changer ma face,

Mais ne veut répondre


En ce lieu maudit,

41
Ne veut correspondre
Pour l'admirable écrit !

Qu'est-ce donc le génie


Quand, par l'inconnu,
Je vois chaque nuit
Les mots qui se tuent ?

42
Vapeur d'une audace

Vaste enveloppement :
De là s'endort l'animosité.

Ô le golfe Léger pour une étoile diffuse !

Les flammes claires des opales de feu,


L'opulence des magnanimes exploits.

Dans la veillée, l'oracle murmuré


Telle une mort délicieuse et vague.

La volée neigeuse dans les vents d'Espagne,


Les esclaves du soleil dans les cohortes des nuits.

Sous les baies claires l'instrument insipide


Qu'une discorde entame et vole parfois.

43
C'est le seuil où l'ondée s'amuse.
Un char va éclatant sur l'orée des Santals.
L'eau neuve circule
Par les dépaysements sauvages.

Lenteur des pôles que l'attraction


Distribue à soi-même.

Pour la courbe cosmique,


Le terrain glorieux
Et des fractions d'évidence
Sous un ciel bellâtre.

Tu distribues et condamnes
L'ordre de la seconde
Comme aux temps soucieux du mirage.

Pâles brumes de l'aurore, horloges de sang,


Mais la raison est de redescendre.

44
Nord

Le suc de l'aube au talisman du soir ;


L'union des métaphores sous le péché véniel :
Le duel soumis dans les carcans résignés,
Et par l'évidence, l'insigne d'une croix.
Le déroulement des âmes que transportent
Les salives de l'homme encore révolté.

Sur les contreforts de l'espace, le mot d'ordre émis


Même contre la charpente des poussières d'orgueil :
Pillages, contractions logiques et courses équivoques
- Là, les soubassements déduisent encore.

La répulsion se réduit dans l'hélice,


Des pertes d'acier en pente douce, et l'éloignement.

45
Mû par les syllabes stériles

Mû par les syllabes stériles,


Envolé dans les tourbillons de l'incroyance,
Conquis par les fiels d'argent,
Tu es maudit :
L'écart et l'ombrelle,
- Deux respirations insipides et corrompues !

Le nivellement de l'or pli


Dans les alvéoles de ta cervelle.
Là, tes raisons conspirent vers l'intolérance,
Sources de l'inquiet,
De passables oraisons !

Tu brandis le diamant,
Ton heure disparaît encore !

Quel étonnement ? Astre perdu,


Rencontre fortuite, détestable hasard !

46
Arrache la pure particule,
Et des sens défaits
Coulera le raisin de l'enfer.
Coulera le raisin de l'enfer.

47
Trophée des ors

Trophée des ors dispersés par les vierges sensuelles,


Éclats violents de l'âme pour des corps en délire,
Des vomis écœurant dans les gorges impures !

L'étoffe d'une multitude,


Les rejets saccadés par le sang et la bave
Coagulés sur des lèvres trompeuses !

Dans lames affûtées pour les gueules du peuple


Incapable de jouissances et de meurtres subtils !
Et l'alliage sirupeux sous les veines débiles
Qui fit jaillir le pus des fontaines oubliées !

L'abrégé des douleurs à l'assaut de ses chutes,


L'orgie se débattait, s'étalait dans ses eaux,
Les marais étaient disposés en cercles étroits.

Tout disparut à l'aube béante des mortels :


Les marques enfoncées dans les plaies jaunissantes
Et l'effroyable vacarme hurlé entre deux fiels !

48
Trophée des ors dispensés par les vierges sensuelles,
Éclats violents de l'âme pour des corps en délire,
Des vomis écœurant dans des gorges impures !

49
Mélodie du deuil

Le hurlement indistinct qu'une nuisance modula


Par l'esprit fourbe, tenancier de ce monde.
L'orchestre accordé aux solstices de la prairie,
Le caveau humide des collectes bavées.

Arcades, sourcils légers,


Fresques d'étapes
Contre le rire malsain.

Les vagues divergentes en un point donné,


Les bavures extrêmes déployant un cercle neuf,
Le sondeur des graves immortalités.

Que du miel, il se meurt !

Langueurs brusquées par le joug récent,


Artisan des complaintes égarées lentement,
Ô fosse par mille colombes, mercenaires !

50
Nymphes oubliées sur le calvaire assombri,
Que l'on peigne sa face dans un mortel effort !

Que réel, il s'endort !

51
Ivresse citadine

Le songe saupoudré d'étoiles et de nacre


Se dodelinait en la triste demeure
Et des bruits cahoteux - d'anciens bruits de fiacre
Ronflait sur le pavé de la cité du cœur.

Mélange de bitume et de réverbères luxueux


Semblait confusément à la pâle lumière
Fantômes gazés et marée houleuse.

Oui, l'indécis joignait l'irréel


Et transportait dans une vision superbe
Les méandres de l'insignifiante ruelle.

Oui, le doute assemblé à l'enivrement du ciel


Transformait l'instant en sublime frayeur.

52
Brandissant de vulgaires épées
Comme de longues aiguilles aiguisées
Et roulant leurs flots de pavés
Tel le déluge d'un pénible rêve,
La route et le pylône renversés
Criaient A Mort au spectateur blasé !

53
Baveuses tuileries

Les baveuses tuileries de boulets et d'ivrognes


Et là-bas accoudés sur la cambrure des pôles
Les désinvoltes gels de nos traces passées.

Et le feu des accords prostitués


Pareils aux salubres explosions
Des suffrages anciens.

Mais non ! car rustique, vibrante c'est son écume


Jetée aux visages fatidiques de la cité.

Quoi ! L’évidence s'éternise (Je revois l'hiver)


Et meurt inlassablement sur les toits dévêtus ?

Oublions l'onde et les dieux et les vierges,


La sinistre envolée compromise par les spectres,
Et nage - être indigne,
Succombe à la nécessité !

Quatre sangsues, des mages - brisure d'un rêve


Je me souviens, mais femme, n'en parlons plus.

54
Eau boueuse

Que tu coules déchirante


Sous les rayons crayeux !
Au gré de la tourmente,
Ton penchant va douteux.

Car bercé sur les rives,


Ce doux chuchotement
Est sombre, mais dérive
Quoique d'un air chantant.

Parmi les clairs roseaux,


Pour des douleurs extrêmes,
Serais-tu fortes eaux ?

Semblant encore frémir


Dans tes souffrances blêmes
Ne veux-tu point mourir ?

55
Chanson

Ô cuirasses de porc
Dédicaces baroques
Vieilleries sommaires
Femmes tentaculaires

Engin détroussé
Et fileuse démise
Succursale crispée
Dans la nuit promise

Geste de la bouche
Canevas de vin
Troubadours qui volent
Qui plongent ! et des mouches

Brillantes dans les cieux


Des morts putréfiés
Tombés pour nos aïeux
Dans le trou plombé.

56
Je veux te dédier

Je veux te dédier, chatoyante parure, sur des coussins


bercés par le luxe et l'encens, cet hymne solennel
bordé de sa froidure, et promis aux secousses
vengeresses du Néant.

Alors je te convie entre ces quatre murs, au sublime


festin de l'inconnu malheur, et je prépare, cynique,
une noble mixture qui brûlera ta peau et percera ton
cœur.

Et quand, momie étrange et desséchée, sur un plateau


superbe, je te poserai nue, tu vibreras encore de
spasmes saccadés, admirable beauté que j'aime et
que je tue !

57
Le beau langui

Le beau langui sur des espaces de miel. Qui frappe en


cette heure lugubre ? Mais vrai, l'oraison des
beautés dans un geste d'éclore pétille d'union pure.

On cesse là l'ébat. La lutte est condamnée jusqu'au soir,


et des toux hideuses rappellent le génie.

Oh ! Race ! Que m'importe le pacifisme de l'acte ?


Oserai-je espérer des tourbillons d'esclavages ?

Accoupler c'est détruire. Les firmaments déjà. J'entends


les pas saccadés dans sa nuit. On se meurt dans les
tourments. Le défunt, l'hôte pâle ! Le défunt
s'enfuit.

58
Par des attaches, soudés

Par des attaches, soudés à la honte proscrite ; le deuil


contracté aux basses terres nuptiales et la haine
apparente sur des doigts crispés.

Des visages macabres, des vengeances progressives,


l'indescriptible fièvre des mouvements hagards, le
meurtre qui sommeille dans chaque âme.

Le mouvement perpétuel de deux pieds qui se touchent,


glacés sous le drap noirci des longues nuits. Le
geste cadencé, immuable des bouches, la perle
suprême de l'entente cordiale !

Démon de l'intimité, déplorables bêtes, assermentées par


l'alliance jaunie ! Ô chairs contemplatrices des
mornes soirées ! Années terribles dans les bas-fonds
d'un lit !

59
D'un hasard naît une chair

D'un hasard naît une chair, toute dépourvue de palme.


Un déluge de bruit s'éclaire, fureurs, délices et
calme !

Des lenteurs obscurcies s'évadent. C'est un comble par


cette nuit ! Quoi ? La plus pure des ruades s'éloigne,
un spectre s'enfuit ?

Mais l'étoile s'encense de gloire. Je l'entends se plaindre


ici, et je doute encore à te voir... C'est une plume de
haine adoucie.

Un mot, un seul d'une voix claire qui parcourt enfin


l'amas de sueurs s'oublie... Un songe se désespère,
persécutions ou semblables frayeurs ?

On transposa l'ami des maléfices. Furent-ils mortuaires


ou pourvus de langueur ? Empourprés de violence,
de maléfices ? Vrai calme, mais lentement tu
meurs...

60
À l'horizon suspendu qui s'abandonne, une course
dispense par l'ombre nue le glas primitif et vil où
résonnent les triomphes anciens qui se sont tus.

61
L'ondulation déterminée

L'ondulation déterminée dans les souffles du vieil orage ;


les miroirs brisés par l'opulence des fats ; le maigre
cynisme conduit la ville crasseuse ; les chants
nocturnes sont pailletés de grandeurs ; l'oraison flotte
et les pleureuses ennemies grattent encore les terres
déchirées.

Automne des devantures martelées en ce siècle que la


soif de vaincre éparpille prestement, dispose de la
masse, imberbe et ranime le flambeau !

Cependant que des moulages ternissent le ciel, une


délivrance mugit, carapace de mille labeurs. Une
hyène féconde se multiplie. Elle procure l'assurance
au peuple, et pour ses nourrissons allaités, elle jouit
du malheur des hommes.

Ô périssable femelle, consume le désespoir de demain !


Il en sera toujours temps !

62
Un moine convoite toujours

Un moine convoite toujours l'égarement de son


tabernacle ; la parfaite crucifixion monte, couverte
de plaies sanglantes ; encore ton repos noyé ; le
limpide lac entre deux bras de mers ; les lames de
ton sabre happent le nivellement comme les
anciennes catacombes ressurgissent dans les salives
boueuses, chemins de haine, et lambeaux de peaux
mortes.

Le tragique épilogue divin, versificateur des vertus !


C'est le drame fécondé de l'esprit de conversion. Pas
de doute : l'esprit que tu habites coagule l'excrément
et l'urine bestiale. Il faut, inconnu, te forger un
organe d'acier constellé de marques violettes. Mais
les distensions suffisent à ton expérience. Tes
saillies prouvent que tu as trop espéré. Je t'appelle,
apothicaire des fois jaunies.

Le novateur voit l'inconscient disparaître. Contre tes


mèches, une propagande de faces endiablées !
Toujours la chasse crasseuse dans les panses

63
ténébreuses ! Les mots pincent les tonsurés, et les
chocs transitoires émigrent vers le joug tenace.

64
Ils justifient vos miracles

Ils justifient vos miracles. Leur hargne terrible annonce


l'indifférence pour une église arc-boutée. Comme
ils proposaient des révélations grandioses, surtout
des jardins inconnus, les mystifiés se sont levés, ont
jeté les compassions, les drames sirupeux et
constituent ainsi une grande famille. Les primitives
opinions ont été bannies de la foi indiscutable.

Tout cela prête à rire. L'envolée stérile, insoucieuse des


dernières machiavéliques femmes prolongea
l'excrément. Le Midi rassembla les horreurs de la
détestable corruption. Encore des actes souillés à la
graisse du Néant.

Pourtant ils participent et reconnaissent la bêtise de


l'acte heureux ! Plus profond que l'invisible, leurs
sens s'exaspèrent et jouissent de sons angéliques
comme si pour franchir les grillages et oublier les
fables, il fallait labourer les parties fraîches de son
plein droit.

65
Écoutez. L'ignorance méprise les investitures, condamne
les vols promis, alors pourquoi tant de défis pour
une ère de mécontents ?

Moi, j'élève les faiblesses passées dans les masses du


printemps, contre le désespéré. Je rejette le véritable
insignifiant. Inquiétez-vous du vent.

66
Tout t'est radieux

Tout t'est radieux même l'influence néfaste qui se perd


dans les bruits et les goûts douteux. On pêche ici :
un regard sur la terre équivoque. Là-bas, d'autres
mensonges ou déboires. Les singeries et les attaques
évoluent autour d'une orange pressée.

La confusion sort du chaos. Le signal des michelines, les


Guerres de Troie magnifiquement ratées, et la danse
soulèvent les rochers des dires. En fait, les rouages
et les Cerbères médiocres s'engourdissent à l'abri du
soleil et des urnes. Dégage ta voix : l'assaut et les
enfantillages engendrent la parfaite harmonie.

Quand le moulage du sein illumine les musées des


villes, ton admiration grandit. Quand nous
transformons les patries, tu notes le faux. Ton
incroyance disparaîtra sous les traits durcis de
larges envolées, l'exil t'enivrera de lourdes saveurs.

Que tu regrettes ton compte, que tu entames les veillées,


ton bonheur régnera toujours sur ton néant.

67
Le chant médusé

Le chant médusé, ivre de marques d'estime s'écoute


pareil aux insuffisances de notre vie. Chaque fleur
tombe dans les cris de gloires et de renommées.
Fébrile destin qui secoue les amours de nos chœurs
déployés !

Nos réussites, extases des souffles, applaudiront les


parcelles négligeables, et nos souffrances telles des
lions enragés grandiront dans des parchemins et des
maux de détresse.

Ô tentations de l'inconnu aux reflets marbrés ! Jets des


oriflammes offerts par les puissances divines !

J'ai gravé sur la pierre des Morts deux noms réunis pour
l'éternité. L'ordre, dans sa course immuable, bannit
déjà la vérité du long supplice. L'oracle se meurt.
Les maigres affirmations condamnent davantage
encore les prisonniers du Néant.

68
Je devrais maudire le jeu des damnés de l'ambition. Tu
aurais dû exister, non pas te perdre dans les
coulisses de l'exploit. J'évoque l'enfant, le pur
diamant, l'union de deux corps. Tes lèvres parlent
encore et ton cœur s'est tu.

69
Les cyclones se meurent

Les cyclones se meurent par-delà les collines. Les


grands ifs se tordent quand l'orage éclate en été. Les
hommes transposent l'image et oublient le présent.

Les rayons de l'automne sont faiblesse et les départs


accentuent les désertions ; en éventail, la femme se
nourrit de plaisirs, et devient indisponible à sa
tâche.

L'origine de ton Mal, c'est la bêtise qui se croit mûre ;


des rouages ou des structures hiérarchiques, chacun
se voulant maître des autres. Toi aussi, tu dois
m'apprendre le génie ! Tu jettes ta connaissance
pour annoncer le mouvement cyclique, tu craches la
page du Livre saint - la grande œuvre de l'inconnu !
Tu débites l'incohérence, machine enrayée.

Ton message est un conseil, et ta voix un ordre. Je te


maudis, piédestal, illustres cendres de mon destin !

70
Dans un calme plat

Dans un calme plat où navigue un voilier solitaire,


grand, majestueux, toutes voiles au vent, dans ce
calme plat, on entendrait mugir des centaines de
sirènes merveilleusement proportionnées, la poitrine
haute et dressée, excitée par deux mamelons
remplis de sang.

Des chants tristes comme berçant d'une vague morte le


vaisseau, des chants lugubres rappellent la tentation
d'Ulysse, et des chœurs plus profonds encore
semblent venir de l'abîme.

Au paysage impossible, je me suis noyé, vaincu par un


ennemi trop fort, maître des hommes et des mâts, au
paysage impossible, je me suis baigné dans des
palmes d'or et d'argent respirant les vents salés avec
les cauchemars hideux.

71
Je coulais ivre de découvertes. J'incendiais les coraux de
formes bizarres. J'inventais les poissons
multicolores. Je volais à la tâche suprême les
dernières pierres d'un édifice souterrain.

Ô mâts, ô sirènes, tentations à vous, à toi seule ma vie


fut confiée. Qu'en fîtes-vous ?

Oui, je me souviens. Dans un calme plat où navigue un


voilier solitaire, grand, majestueux, la pluie
d'émeraudes est tombée sur sa proue de pierres.

72
J'ai grandi dans les murmures

J'ai grandi dans les murmures tapageurs de ta voix


antique, et comme un soleil incandescent brûlant les
herbes vives d'un été, j'ai terni ma nature de
sécheresses immenses. Plus loin, j'ai bu à la source
féconde. J'ai tari son chant mélodieux qui
descendait parmi les vallons et les prés. J'ai volé le
feu suprême pour détruire toute vie, j'ai transformé
la mer et les marées, et dans ma coquille de noix j'ai
réinventé les naufrages, les échouages et les
tempêtes marines. Obéissant à de sinistres ordres, je
me suis fait magicien, puis alchimiste enfin
saltimbanque.

Études, austérité ! L'affaiblissement de ma personne !


Jouis-tu de mon supplice pour me contempler avec
ton rire satanique ? Éternel ennemi, toi qui m'as
promis la liberté ne l'ai-je pas enfin méritée ?

73
Quand exténuée, ravagée

Quand exténuée, ravagée par cette douleur latente,


quand l'ombre même transformée en supplice
déploie ses grands bras et gesticule menaçante en
tourbillons immenses, ô l'éternelle substance
succombe aux tentations du plaisir et oublie un
court instant le martyr qu'elle endure, et oublie la
tâche inhumaine qu'elle s'est vouée.

Malgré les horribles contorsions, les déchirures internes,


les feux superbes sortis de la panse de Lucifer, pas
un croyant ne viendra soulager ces mortelles
blessures.

Qui oserait se fourvoyer pour soulager un mal dont il ne


peut apprécier la monstruosité ? Toi, pauvre
créature, disposée sur le drap de satin, lourde de
fatigue amoureuse, toi que j'embrasse confusément
pour éloigner mes craintes, saurais-tu entendre les
hurlements de mes désespoirs ?

74
Tu reposes, ivre de servitude passée dans un grand lit
d'allégresse ! Tu rêves avec ta chevelure imprégnée
de parfums exaltants à une contrée lointaine ; quelle
monotonie insipide dans tes yeux évasifs ! Quelle
lente paresse par ton corps sacré !

Quelle force encore me pousse à combattre moi qui suis


englué dans une toile d'araignée ? Moi qui à l'orée
de mes vingt ans espérais une terre ferme, moi qui
marche sur des sables mouvants ?

Sont-ce les derniers soubresauts d'une mort fatidique ?


J'entrevois comme des images sacrées dans mes
rêves, une marche funèbre, des soldats bleus fusil
en main, et j'entends un caporal crier en joue.

Parfois c'est une corde qui se balance dans un


mouvement régulier, et moi je place ma gorge entre
ses nœuds serrés. Plus loin, le tombeau où mon
corps sera exhumé, les pleurs des femmes et les
fleurs artificielles.

75
Mais tout ceci n'est d'aucun intérêt pour vos pauvres
consciences que d'entendre les gémissements
malingres d'un poète inconnu.

76
Cet ogre venu des profondeurs

Cet ogre venu des profondeurs du gigantisme ou de


l'inconnu passait et repassait dans mes rêves
d'enfant comme une obsession continuelle et
incontrôlable. On eût dit un géant déchaîné en proie
aux plus horribles tentations, dévastant tout sur son
passage, massacrant hommes, femmes, vieillards
sans se soucier, - évidemment ! du mal qu'il eût pu
causer au genre humain. Je goûtais fort en ces
temps-là, période qui semble éloignée, à des
lectures épiques, grandioses dans leur déroulement
et macabres dans leur fin. J'inventais ou j'imaginais
etc.

77
Après avoir dépassé les frontières

Après avoir dépassé les frontières de la logique


élémentaire, que trop de gargarismes intellectuels
laissaient espérer comme source féconde d'une
exactitude indéniable, le héros de ce poème vint à
douter des systèmes mathématiques de la pensée
humaine.

Cette somme d'algèbre et d'arithmétique n'était peut-être


que le fruit d'une imagination aiguë ? En vérité, il
s'inquiétait de la surface du cercle. Comment se
fait-il qu'une surface déterminée ne puisse avoir une
mesure déterminée ?

Ce point sensible se transforma en conflit grandissant,


stérile et nuisible pour sa personne...

78
Nul ne perdra les paroles

Nul ne perdra les paroles écorchées. Le même schisme


sous les parois. Abdique à la faveur du roi, seule
issue faite de plaisir. Tu crois à la classe crouleuse
du pain, mais ta voix échappe encore au jeu de
l'intolérable.

J'ai constitué par l'image l'élément invincible de ta


nature. Cueillir les soifs de la rage ne répond qu'au
Néant. Jets d'enfer et primauté de la gestation. Un
point savait se paraître de sa force instinctive.
C'était l'élément machinal de l'enthousiasme. Il me
reste que la faim.

79
Fictif sans toutefois

Fictif sans toutefois indulgent ou cruel, il domine les


torches d'un soleil fatigué. Et l'azur démentiel se
contemple nu sous des voilures hâlées.

C'est que promise aux satins bleus de l'été, sa démarche


florissante engendre des maléfices. Oh ! Les
machiavéliques bêtes, les anciennes gardes l'ont vu
prospérer !

Mais métis, emporté ou se gavant de lumière, il respire


les fécondes et absurdes tentations. Il vampe,
gracieux flegme, l'horreur scabreuse de sa
méditation.

80
Un feu où se perdent les labyrinthes

Un feu où se perdent les labyrinthes, un mythe envolé


dans des complaintes ; avec une malice, la douceur
l'a frôlé ! Sentence, fureur !

Un homme plus loin dans les lueurs matinales ; un


sphinx assoupi respirant les taches molles ; des
métaux rassemblés sous le joug des stances !
Réalité, décadence !

Le front embué de crachats ; le bonheur accompli au


plus profond des races ; l'édenté nu souriant devant
sa faux ; ignoble race !

Effrayée dans un sérail où l'on joue ; des espoirs perdus


sous des soleils de cordes ; parapet de rêve, éloge
des Sixtine ; imparable décor !

Une chute superbe donnée à des sanglots, et la souillure,


miroir de la nuit : tous ces bruits résonnent en mon
coeur, mon coeur défunt !

81
Ha ! Querelles dont on dispose

Ha ! Querelles dont on dispose encore, puisse le venin


serti d'insouciances louer à l'admirable et curieux
décor les trames désespérées du songe immense !

Et calices d'ingratitudes, ondes difformes comme au jeu


où les réels sévices s'accoudent et lancent presque
énormes... Où est l'ondulation du précipice ?

Mais la sublime épousée par l'histoire vagabonde va


sous les carences d'un imposteur. Ignominieuse,
attendrie dans sa mémoire, elle juxtapose et
confond ses pleurs !

82
Les bourrasques incendiaient

Les bourrasques incendiaient la nature. Les hommes


hagards, perdus dans les minuits scrutaient encore
les soleils décapités. L'étoile tremblait autour de ses
eaux, et des vents dévastaient les vallons et les
plaines. L'aurore disparaissait déjà. Autour :
pillages, désastres et meurtres.

La vague ronflait sa carapace d'écume et frappait et tuait


les coques sinistrées. Des rafales de boue se jetaient
invincibles contre les noirs nuages. La terre
transpirait ses relents de charognes. Les bêtes
traquées hurlaient à la mort.

Les Dieux en proie aux plus affreuses catastrophes


grondaient et acclamaient les ténébreux déluges, et
déchargeaient encore leur puissance immortelle sur
la terre, sur les hommes, dans le ciel et les eaux.

83
Animaux, fleurs, astres, femmes, enfants, fleuves,
océans, plateaux et montagnes : tout périt dans le
profond chaos du Néant.

84
C'étaient des crépitements

C'étaient des crépitements sur des fleuves encombrés de


truites et de bars multicolores. Des vapeurs
s'éloignaient comme le calme des eaux ronflait ses
notes tristes.

Parée de feuilles jaunies, d'enveloppe brumeuses,


baignée par un vent léger, une nymphe au sortir
d'une cascade se peignait dans l'oeil de la source.

Mais le rêve s'élève. Une fureur grandit sous des sceaux


de lumière. Un tonnerre décharge ses lumières
étoilées. Les tourbillons ? Des catastrophes. Et
Sibylle plonge. Une épaisse fumée mugit par-delà la
montagne. Un soleil ocre consume des images
glacées. Et Sibylle disparaît dans les ténèbres de la
mort.

85
Les grossesses disloquées

Les grossesses disloquées à la haine des nuits rejettent et


supplient un univers malsain. Des vieilleries se
galvanisent de puérilités, des ondes s'entrechoquent
dans les cuirasses des ventres.

On détruit des Bastilles et des Temples occultes. Des


forbans s'activent sur les naissances avortées et las
de l'effort surhumain, jeunes mères, l'Enfant tout
sanglant se meurt à minuit !

Déjà des spasmes gravitent dans des terreurs. De


l'angoisse, des souffles haletant et des
tremblements. Las de l'effort surhumain, jeunes
mères, l'Enfant tout sanglant se meurt dans votre
sang !

86
Longtemps

Longtemps encore en ton nom, et loin des frontières du


Néant se tiendra l'effronterie des déchéances...

87
Le massif de fleurs

Le massif de fleurs respire la terre fraîche. C'est mon


nom que tu entends ! Couché, recroquevillé sur
moi-même, là est le dernier chant !

Un nom gravé sur des pétales de marbre, un coeur


immortel ivre de désirs, un tombeau grand ouvert à
l'espoir de demain.

Je suis ensanglanté de blessures immondes. L'or pesant


couvre mon visage ? Rien ? Qu'importe !
Qu'importe ! Puisque je dors !

88
Dans mon rêve épuré

Dans mon rêve épuré, je discerne ton nom


Dans les lieux à venir, j'entends battre tes yeux
Je sais ton chant, je sais ta voix et ta beauté
Et le regard d'amour qui encombre tes bras.

J'écoute frémir mon heure puissante et ténébreuse


Que l'instant et l'histoire encenseront encore
J'embrasse l'enfant violence des voluptés
Et je dors lentement à l'ombre de mon ombre.

Je me plais à vêtir le monologue qui dure


Patience, dévouement, sagesse, supplices
Tasses d'or et d'argent jetées contre nos cieux
Et délires et délices et salive et amour
Et les ans passeront comme un souffle inhumain.

J'observe la douceur et l'orgueil de ces transes


La chaude montée au cœur qui est rose et bleue
Et j'approuve en moi-même le désir de survivre
Pour rester longtemps presque mort en nous deux.

89
Même rêverie

Dans mon rêve épuré, je discerne ton nom.


Déjà je sais ton chant, ta voix et ta beauté,
Et le regard d'amour qui enroule tes bras.

J'entends frémir mon heure si grave si ténébreuse


Que l'instant et l'histoire encenseront encore.

Et j'embrasse l'enfant, fruit de nos voluptés,


Et je dors lentement à l'ombre de mon ombre.
Je me plais à vêtir les paroles qui fuient.

Patience et sagesse, dévouement et supplice,


Et délires et délices et salive et amour !
Les années passeront comme un souffle inhumain.

90
Je contemple la vie et l'orgueil de ces transes,
La chaude montée au cœur qui est rose et bleue,
Car j'éprouve en moi-même le désir de survivre
Pour rester allongé presque mort en nous deux.

91
Offert aux rêveries

Offert aux rêveries d'un suicide ; regardant


L'astre pur décliner lentement dans les cieux ;
L'ombre maudit ce paysage mélodieux !

L'éveil d'un chant difforme, excessif à ton corps


Qu'on oublie toujours, solitaire des nuits, des jours,
Est refrain modulé quand ton crachat s'endort.

Mais lourde d'amertume, l'âme chancelle au vent,


Suit indolente et perdue les noirs froids d'hiver,
Suit la flamme douceâtre qui brille dans le temps.

Alors mon œil tourné vers les vives ténèbres


Et l'amour craquelé sur tes lèvres détruites
Poussent un convoi royal, majestueux, funèbre.

92
L'ange mort

L'ange mort en son rêve a déformé l'image.


L'insondable dort à l'intérieur du Moi.
Il mire la tremblante sans crainte, sous ce toit :

"Oui, du plus haut que resplendiront ces tourments,


La force est rythme long ! Sous ce regard obscur,
L'oraison découvre son firmament et pleure
Dictant sa loi sur le point le plus pur !"

Les ailes tout ouvertes, ô le sourire aimé


Propose en maints regards la souffrance du monde.
La beauté endormie, les nymphes amusées
Qui dansent lentement au rythme de leurs ors
Dans l'assistance s'essaient à la nouvelle ronde.

L'Ange mort en son rêve sur son étoile dort

93
Le stérile hiver

Le stérile hiver glace d'un geste royal


La source limpide et claire que ma lèvre embrasse,
Alors le fort déluge d'un roulis infernal
Sur le front enivré de songes se fracasse.

Vils de douleurs, et de violentes pensées,


Des rapaces s'en viennent s'abattre sur mon toit.
Leurs serres ensanglantées dans ma chair déchirée
Arrachent à mon esprit d'impénétrables lois.

Là-bas le Néant absolu, dévastateur


Voudrait bien m'engloutir dans sa ténèbre immonde.
À son service, tous ses démons provocateurs
Jetteraient ma raison dans des caves profondes etc.

94
Immolée sur les plaies

Immolée sur les plaies sanguinaires des suicides,


Soulevée par la pure vengeance des Dieux marins
Dans sa candeur, violée aux furies de ses eaux
Rejetée par les vents sous les courants torrides
Même dans la bravoure, la vague rejette l'épave.

Mais affreuse et tremblante presque morte déjà ivre


Dans les excès de fièvre sous l'ardeur de l'été
Transparente parfois mais libre sur les mers
Ô Beauté vénérée derrière les larges terres
Mon âme désinvolte, accablée de remords
Quand sur toi le malheur, repose, que faut-il faire ?

Alors vers quels plaisirs dans l'univers fangeux


Faiblesse de conquêtes, ô sœur de l'infini
Détourner de ce joug, l'impossible grandeur ?
Règne, siècle, frayeur ! Ame promise, que faire ?

95
Dans le golfe insipide

Dans le golfe insipide encombré de cadavres


Ho ! Le réel combat, les terribles charniers
Sous les paroles du mort, sous les cris du Saint,
Devant la citadelle, les fleuves sont en sang,
Et l'épique bataille éternelle en ma tête !

Et l'épique bataille éternelle en ma tête !

C'est l'adieu dans les larmes boueuses des regrets


Et c'est le cor sonneur, et c'est le glas fatal
Ce sont les chants rougis avec la sève humaine.

Nos tombeaux fraternels, nos cavernes glacées


Ho ! Les tendres blessures sur le poitrail imberbe
Ho ! Morts à la vingtième Ho ! Futurs capitaines
Vous veniez tous les deux d'achever vos vingt ans !
Ho ! Morts à la vingtième ! Ho ! Futurs capitaines
Vous veniez tous les deux d'achever vos vingt ans !

96
Éclats de feu brûlant dans les veines gonflées
Soleils et mâts et ocres, douces lueurs funestes
Camarades de trente que l'on a écorchés.

Camarades de trente que l'on a écorchés.

97
Les membres décharnés

Les membres décharnés, vomis sous les silences


Que la chambre lugubre a subi en dormant,
Et des voiles jaunis, perdus de transparence,
Univers trop sordide et pâmoison du temps !

Ils mêlent pourtant des corps, des âmes, des sens,


Des actions divines offertes chaque nuit !
Ils combattent des formes, jouissent de leur transe,
Et tombent agenouillés sur un cadran qui fuit !
Veules de béatitude dans leur macabre loi
Unissant des plaisirs sur des lèvres plissées,
Nous !, sans plus d'harmonie pour deux cœurs qui festoient !

Et des frayeurs étranges m'occupent tout à coup :


Ne sont-ce pas des spectres ou des esprits vidés,
Ces deux chairs qui s'écroulent dans la mansarde floue ?

98
J'ai dû aimer

J'ai dû aimer sous d'autres cieux,


Mais je ne sais plus quel matin,
Agile et noble comme le feu
La beauté au regard divin.

C'était désir stérile mêlé de grâces


Que l'ivresse emplissait sans grandeur ;
Quand l'âme libre enfin s'efface,
L'amour de Dieu devient pêcheur.

Quiconque use de ses ongles sur sa peau


Et comprime son souffle dans l'abus,
Vrai, bannira l'horrible fardeau
De l'acte facile sur le corps nu.

Mais la beauté en fruit lubrique


Métamorphose son idéal
Sous les saccades rythmiques
De son galeux caporal !

99
La protubérance excessive

La protubérance excessive
Qui me servait de sommeil
S'éclipse dans les premières senteurs
De mon vaste ciel.

Que d'inconnus rivages


Et que de sources à explorer !
L'infini commérage
À déjà bouillonné.

Chastes idées reçues,


Catacombes enfantines,
Quand l'espoir est perçu
La chaleur me fascine !

D'autres vents se sont engouffrés


Sous ma porte vagissante.
Mon tendre esprit, il est arrivé
Le seuil étroit de ma pente !

100
Clairons, sonnez l'expansive
Et heureuse cérémonie
Puisque des femmes agressives
Sur les couches se sont endormies.

Ô la câline, la débaucheuse,
Le tempérament étrange !
Elle gît Sandrine la pleureuse
Comme le sourire de mon Ange !

101
Volée aux traces de l'espérance

Volée aux traces de l'espérance


Par l'œuvre du suicide effleuré,
Ho ! L’ample et décisive complainte,
Reflet pourpre et incendié !

Du terme fatal, qu'il immole le jour !


Comme l'esprit vain de sa conviction
Semblable au chant diurne ensanglanté
Dans le luxe mat et la terne raison.

Liqueur sur la source tarie, c'est l'heure !


Car de vaincre l'histoire, nul ne s'entend.
Tel du dénouement furieux demeure

L'emblème visqueux pendu du mort.


Et cette croulante fin dont dépend
Le destin est celle hélas ! du corps.

102
Hanté et songeur

Hanté et songeur d'une tenture nue


Que l'orgueil extasie encore
Se vit crouler ou qu'il s'exténue
Par maint rêve, un légitime remords :

Apparue et défaite telle en chevelure


Qui d'ans en ans parfois l'envahit,
Acclamée soi-même de voilures
D'un miroir existant jadis en minuit.

103
Éloignée mais si proche

Éloignée mais si proche


Par le rêve qui te ressemble,
De l'âme quand tu approches
C'est tout un corps qui tremble...

Ne connaissant le triste émoi,


Tu avances insolente sœur
Et me parles maintes fois
Sans savoir ma douleur.

Pour ma faiblesse extrême,


Voici ces quelques vers.
Affreuses lignes ou diadème ?
Qu'importe ! Puisque je t'aime !

104
Ombre aux yeux

Ombre aux yeux de l'être impur


Et grâce, maintes fois renouvelée
Quand sifflent les fuyantes
En la demeure nuptiale d'ennui.

Vice relaté sur les transparences drapées


Quand le Démon d'antan vomit le réveil
Les taches d'or, les honneurs dans sa nuit.

Refuge sous le délice succombé tristement


Par les frayeurs de l'ombre apitoyée.

Et meurtre dans les longs cris de ses parchemins.

105
Vous ! Par la souvenance d'un dire

Vous ! Par la souvenance d'un dire,


L'heureuse promptitude préétablie.
Entends ! L'ignorance qui fuit,
Infidèle des maux passés.

Rien ne s'égare qui ne s'éveille


Aux années de bonté,
Si ce n'est l'absolu de l'infini
Ivre d'amertume ou d'orgueil dit.

Qui confondre à satiété ?

106
Comme des agissements indistincts

Comme des agissements indistincts


Qui bercent les nuits de profondes chamades,

Comme des tourbillons inchangés


Sur terre, dans les eaux, par l'espace,

Vole, vole toujours plus haut


Marche, marche toujours plus loin
Plonge, plonge toujours dans la mort.

107
Ton ventre implorant

Ton ventre implorant des plaintes obscures


Plane en ce décor tumultueux et délaissé !
Ta joue si fine que pleurent nos bouches
Usurpe la dérive de l'esprit tourmenté !

Bordées de frissons, les inaccessibles chairs !


Crache ta honte, monstre de jouissance
Comme un vain mensonge
Dans un désert de souffrances.
Il abdique et perd ses lumières dans le Temple...

108
Le serpent

Avec ses contorsions voulues en son lugubre


Déclin, c'est le serpent annelé jusqu'au cou
Orientant des instincts à moi-même si salubre,
Sur mon ventre pâmé, à l'instant le plus doux.

Et qui va comme une amertume sommeillait,


Transformer la nuisance prochaine de mes frayeurs,
Pareil au rarissime amant qui se penchait.

Des voiles, des langes clairs pour ces maux confus,


Et des accords parfaits entre nature, oublis,
Qui condamnent pourtant les plaisirs que l'on tue ! ...

Ho ! Le reptile immonde jouant entre ses mains


Parmi la blancheur troublante des autres pensées !
Par ton acte morose, il se perdrait des riens
Qui pleurent en leurs soupirs les saignantes aimées !

109
Ébauche d'une plainte

Enflammant les souvenirs lugubres et sanglants,


Rien en sa haute voix attachée à mon sort
Par son sublime amour, le pur commencement,
N'extirpera, ô bouche, un monstre sacré d'or !

L'insouciance sertie qui vole en ses demeures


Est pris, sœur charnelle de désirs obscurcis,
Elle usurpe et délasse aux forêts de ses nuits
De floraisons diverses et noires pour que je meure ! ...

Toi, réelle douleur de mon âme, si la seule fin


Entame comme un fruit de plaisir mes faiblesses,
Pourquoi grandir ce feu intime jusqu'à demain ?

Jamais écho interne respiré par ce cœur


Ne pourra soulager ces soupirs de détresses !
Mais il est tard, déjà ! Prends l'horrible labeur !

110
Et de sa grâce éprise

Et de sa grâce éprise, la pureté divine


A usé en silence d'ombreuses destinées ! ...
La nuisance embaumée à ses beaux yeux soumise
Proclame la saveur des astres allégés.

Son infortune jouit, contemple l'oraison


Pareil à ce palais sublime en mon ivresse
Innée ! ... Le bruit rassemblé prolonge le son.
Jamais tant de fraîcheur, je ne veux que tu cesses ! ...

Mais l'onctuosité où plongent mes délices


Exulte des senteurs étranges ...étonnantes ! ...
Qu'est-ce donc en ce lieu l'adorable caprice ?

Car hélas ! en ce corps s'étend le bel amour,


Et dans la nuit obscure mes deux lèvres tremblantes
Te demandent en ma chair le fort sommeil du sourd.

111
Oeil et regards

Des regards à l'écume grandie de transparence,


Qui refusent mornes et plats le sublime soupir !
Ils se perdent et s'enlacent dans de faibles carences,
Que d'anciens disciples usurpaient de désirs ! ...

Mais redorés par l'âcre saveur teinte des couches,


Tels de viles lueurs aux miracles d'été,
Ils se jouent de l'odieuse saveur des bouches,
Et confondent les gerbes finement exaltées !

Si proches de l'abîme qu'un seul soupir confond,


Ils pressentent la honte des râles et des sens !
Qui, sans miséricorde, veut effacer les dons ?

Pourquoi fuir au plus loin des ténèbres obscures


Les veines fécondées où coule le sang rouge ?
L'oeil amer de terreur s'éloigne sans murmure ! ...

112
Ne veux-tu pas, mon âme

Ne veux-tu pas, mon âme, sur la couche béante


Comme un désir sans fin activer mon ardeur,
Respirer contre moi la sensation latente
Dont disposent la nuit les raretés du coeur ?

Dehors, tout est sinistre. Tout arbre semble mort.


Si ce n'était la brise tourmentée par ce vide,
Tout le peuple agonise et la foule s'endort.

Je n'aime point courir sur les murs de la ville,


Aspect trop délabré des cités reconstruites.
Le ventre s'y resserre à chaque instant fébrile !

Reste là dans mes bras. Oublions les douleurs


Qui couvrant nos orgasmes maintes fois avortés
Rappellent au masque noir la marque des splendeurs.

113
Sur l'onde délicate

Sur l'onde délicate où le plaisir sommeille,


Tu te plais, ô ingrate, à promulguer les jours.
Comme un jeu insolite sur les faces vermeilles,
Tu te joues en moi-même, infidèle toujours !

Cependant qu'une grave et impossible aurore


Fait courber ses extases dans les rougeurs du ciel,
Je te sais t'essayant, cherchant le nombre d'or
Envieuse à l'extrême de ses fruits immortels ! ...

Maudire contre ton sein les sueurs éternelles,


Les velours, les plaisirs qui condamnent mes pas,
Corrompre plus encore la terrible frayeur
Pour l'essence sublime, et changer nos ébats ?

Je ne pourrais hélas ! par ces exploits funèbres


Réchauffer dans ce cœur de froidure ou de gel
Les violettes bleues de mon spirituel.

114
Je ne peux oublier l'immuable furie
Qui brillant dans ma course, ô future, ô promise,
Fit par ton âme inculte un poète maudit.

115
L'insatisfaite

Là, des larmes d'argent sur ta bouche se frôlent ! ...


Qu'est-ce pour la lueur étrange, l'amertume ?
Doucement, elle s'enfuit, lentement, elle s'envole,
Et s'en va se coucher, ô lys qui se consume !

Par ce sommeil, la chevelure se déploie,


Et s'étale pesante sur l'oreiller des songes,
Par ce mélange occulte, tu gouttes quelques fois
À la beauté exquise ou au mal qui te ronge ! ...

Alors nue de caresses dans ce lit embaumé


Une terrible loi dort paisible, la Nuit !
Ce fruit chargé de musc et de molles odeurs,
Brûle de jouissances en poses inassouvies.

116
Même impure de tes somnolences

Même impure de tes somnolences, respire toujours,


Telle possédée de joie charnelle des vaines nuits,
L'incurable mensonge qui te sied, mon amour !

De ta mollesse mêlée aux sanguines furies


Succombe la déchéance horrible de nos corps
Où le soir, empereur des chastes agonies
Et vil dans sa démence voit crouler nos efforts !

Succombe et bois ! ... Le nectar divin des délices.


Cet éphémère désir s'éloigne dans les cieux !
Il regagne les airs où les tendres supplices
Accouplent leurs paroles aux fruits délicieux ! ...

O charme de la concupiscence des jeunes râles,


Entends les battements des cœurs qui auront fui !
Crie le bien, ou supplie pour ton soupir fatal !

117
Sous l'effroi imposé

Sous l'effroi imposé en ma triste retraite,


Tu te plais à vêtir sur des ors transparents
De pures sauvageries pour t'instruire de la fête,
Des chevaliers de guerre ou de vrais combattants.

Et tandis que survole l'éclat incestueux


Par des nuées d'étoiles évasives parfois
De leurs obscurs complots, j'entends battre, ô bête,
Le tambour étriqué de ton unique foi.

Je sais sous la morsure le venin capiteux


Monter en longs sanglots aux douleurs de ma tête
Et jamais je ne puis bannir ces propres maux
Dont tu uses pour moi comme d'une tempête.

C'est de l'assassinat ! Trop soumis à ce Temple,


Le dire prononcé profane des frayeurs !
Et le crime éternel, supplice des aveux,
Résonne dans la tombe étroite de mon coeur.

118
Alors que l'heure consume

Alors que l'heure consume sa lumière dernière


Et que de tous ses feux maintes fois obscurcis,
Il naît près de son lit la rumeur incendiaire ;
Alors que l'heure est infime, vengeresse en ses nuits,

Détruit la fleur de l'âge aux croyances divines,


On entendrait hurler tel vieux rêve ennuyeux
Son exploit tortionnaire, porteur des airs sublimes ;
Le chant maudit et rance a sonné dans le creux.

L'âme meurtrie, trouée jusques en ces méandres


Abdique tel un charnier de sa sanglante mort,
Poussant encore le chant de l'agonie des cendres
Est ombre inanimée dans le lit de son sort.

119
Sublimes pâmoisons

Sublimes pâmoisons agrémentées de fiel,


L'heure les a abolies en ces vases étrusques !
J'invoquerai l'idiome au plus loin de ses mains
Qui converge superbe, tel un rayon oblique ! ...

Et caduque et troublante, astre de l'ère nouvelle


Poursuivit par des monstres et des miroirs déchus,
La sentence tuera les raisons les plus frêles,
Lapidera l'affreuse destinée reçue !

Au profond, en lui-même, de fourberies flambées,


La saveur suppliait les ombres délavées ;
Il gonflera encore à travers les solstices,
Ce fourbe et cet ingrat puisqu'il est tant aimé !

120
Soupir marin

Maudire de l'agonie sereine et encore lasse


Qui parcourt de ses yeux un lointain horizon,
Je sens l'effluve clair que la fureur encrasse
Se jeter sur les vastes blancheurs des aquilons.

Épris de ta mature érigé et divin,


Qui gonfle ta voilure aérée par ta brise,
Qui peut au jour levé embrasser le matin,
La tempête stérile ou l'or de tes banquises ?

L'ancien matelot disait que c'est bien lui


Baigné de tristes plaintes et d'échouage aimés
Quand rêvaient les sirènes qui jamais n'auront fui !

Longeant la côte sainte que plus d'un sol enlise


Avec ses sombres bois de radeau animé
Imprégné d'aventures qui le noient à sa guise !

121
Frigides déités

Frigides déités, contractions de feu !


Car c'est bien le dormir, mouvements gracieux !
La joie des créatures restituée contemple...
Encore l'épaisse couche et de l'oeil et du sein.
(Couleur âcre d'un point vermillon ou dressé)
Alors le fruit endure ce spasme incertain.

Le lancé au bas des montagnes, le rouet


Travaillé savamment, et l'espoir propulsé
Sur les anges que le libertinage a offerts.

Pénitence des rixes par l'échancrure des eaux !


Qu'Ovide se ranime au moulage de l'âme !

Des syllabes de haine aperçues dans les sens ;


Vieillerie poétique crachée sur des mansardes ;
Le doute et l'inconnu correspondent en ce monde ;
Le carnage éprouvé, ô fontaines sanglantes ;
L'hémistiche grinceux, archaïque grandeur,
Perdu au fil des temps, tenace aventurier...

122
Des mélodies splendides, efficaces courroux,
Possédées par les mannes, et l'œuvre des notables,
Sont-ce des contenances pour telle ingratitude ?
- Des tortueuses vignes faites de tentacules.

123
Dialogue nocturne

Si je change ? Qui me fuit pour un sourire divin ?


On me frappe. Le subtil se confond sur les joues...
Suprême dédicace au parfum défendu, - l'Ange !

Habits de beauté et marches vieillissantes, Lui !


Pourquoi en son nom languir sur folies ? Ne sais.
Puis il répète : je ne suis que ce que tu es !

Étrange bête et maléfice, noble ennemi,


Tes paroles étonnent les plis de mon front. Tu ris ?
Tu sondes mon esprit pour le péché véniel...

Suppose l'innocence et descends en Moi. Quoi !


Les voix sont obscurcies pour ce regard sauvage ?
Si, tu changes. Qui te fuit pour un sourire divin ?

124
Si une brise fait

Si une brise fait bercer mes soirées atomes


Au souffle long et court des spectres effrayés,
J'aimerais comme le glas intermittent qui sonne
Sortir à quatre lieues en gestes déployés.

J'aimerais, car la source se rit des fronts d'hiver,


Puiser dans ta fraîcheur les saveurs graves et lourdes,
Et consommer l'ignoble insecte de la terre.
L'oraison du matin te rend encore plus sourde.

Mais cette voix à chaque instant pourtant exaltée


Au sourire ne saurait plus calmement répondre,
Et c'est pour une nuisance que ma chair est damnée.

Ton Dieu resplendissant en couleurs enivrantes


Ne pourrait dans le coeur de l'impossible monde
Accueillir des pensées infectes et immondes.

125
Alors tu te réveilles

Alors tu te réveilles, ô beau corps de déesse !


Tu cherches mes désirs comblés par les tourments.
La pointe de ton sein sevré de sang se dresse,
Mon admirable amie et mon sublime amant !

Si mon ventre s'éteint, j'appelle tes lueurs.


Je jouis de l'incomparable volupté
De rester en moi-même et d'être un autre ailleurs,
De créer un génie aux plaisirs insensés !

Je verrouille ta chair, la place du bonheur.


Je dors paisiblement dans le cœur des Aimées.
J'invoque ta richesse, ta sublime saveur,
Ta substance promise et ton nectar sacré !

126
Comme de longs soupirs

Comme de longs soupirs teignant mes murs obscurs


Comme par la blessure de mon râle, éperdues,
Les si troublantes sœurs, - leur joug jamais ne dure,
Prient sur l'autel rougi de sang neuf, mon salut.

A genoux, et les mains liées au bas du dos,


D'une voix languissante, insipide, elles supplient.
Elles tentent d'arracher un humide sanglot
Qui s'en va ruisseler sur la bouche qui luit.

Ho ! Que j'aime à entendre les dires du Seigneur !


Par leurs lèvres, il condamne ma domination
Et propose un rachat en quête d'un bonheur.

Moi, j'accours vers ce lieu proscrit à ma morale,


Entre deux Te Deum, entre deux tentations,
Il me semble si bon de jouir de la chorale.

127
Oserais-je répondre

Oserais-je répondre au corps licencieux


Qui cent fois en ma chair pénétrée de ses songes
Succombe à son désir toujours mystérieux ?
Il n'est point de plaisir qui ne vienne et ne plonge...

Comme des sifflements aux oreilles plaintives


Aigus, gonflés de haine en ce coeur oublié,
La vile tentation vient, somnole puis dérive
Et offre un œil hagard à mes sens exaltés !

128
Sous cette mer diffuse

Sous cette mer diffuse la tristesse se plaît


Tel le corail immense léché par les grandes eaux.
La houle décisive vers de puissants falots
Dans sa course insensée se fait puis se défait.

Elle inonde des marques confondues par l'argent,


De sinistres stigmates dans le récif houleux.
Elle soude et elle déploie sous des milliers de vents
Les carences promises à des entités bleues.

129
Jetées d'alexandrins

Minuit qui se déploie en diadèmes extrêmes...


Par ce lit nuptial et amorphes dilemmes
Comme d'un vrai malheur qui un jour échappa,
Imitant dans l'ombrage l'agile et noble pas ;
Se déplacer dans la chaleur de sa pénombre ;
Cette horloge sinistre qui donne le Moi sombre,
Qui rappelle à l'instant la nudité ombreuse,
Cette folle existence où la fougue scabreuse...
Vraie femme, admirable flamme soit sur ma Loi !

Et ces langueurs émises pour un désir qui vont,


Faire onduler le corps, sein superbe et sans foi
Amour qui pour mon oeil dressait sans passion...

La lune plus pâle encore resplendit son horreur,


Des symphonies de larmes ! Amoureuse et en pleurs,
Soumise à l'incarnat léger, ton coeur est doux !
Viens le rejoindre...

130
Éloigne-toi de l'affreux coup !
Par sa gorge, l'exploit d'un Ange, des terres aimées
Qui s'échappent, oraisons superbes et dévoilées !

Entends gémir les mots qui au coeur endurci


Ont raison des mémoires ténébreuses...

S'en suit
Un baiser obscurci. Des langueurs azurées,
Oui, telles des sentences, des nymphes admirées...
Le rayon jaune et pâle par mégarde pour Dieu
Fais scintiller le pur métal, éclair des yeux.
Ses nectars faits d'extase et de perles buvant ;
De ses jets les coulées d'un breuvage pensant
Se mêlèrent d'obscurcir les ailes d'un vengeur...
Sur son front, Temple clair, si le jour enfin pleure
Un organe inconnu accomplit ses nuisances.
Le réel oublié tel le guerrier aux lances
Mugit si fortement, le condamne et le tue !

131
Transformée sur ton cœur, cette attaque déchue
Subit la violence et reçoit le malheur !
Et toi puissante fée, sous chaque mot tu meurs !
Baigne-toi sur mon sein, condamne le pécheur !

Le vent est avivé d'immobilités faites.


Ho ! Qu'en ses jours de gloire accusés de sa fête,
Il soit en avalanches ! ... Il veut et il s'amuse,
Prosternant mon esprit en folie de ses muses !

Accomplis ce mélange, âme, soeur et grandis...


Vous, derniers soubresauts de l'être qui maudit...

La substance si pure a aimé de mon mieux


Le poète trahi, cet homme haï et pieux.

132
Ébauche d'un sort

À l'extrême d'un lieu survit un paysage.


Son pas est incliné lentement dans les eaux.
Si claire et si hâlée qu'en bordure du rivage,
La lune s'y miroite en sublimes flambeaux.
Il consume ses feux. Sa langueur infinie
Perpétuelle au rire si doux si ravageur
Condamne les rapaces et les oiseaux de nuit.

"Ô lame sourcilleuse par cet instant pensée,


Je bois le marbre plat qui te sied à merveille !
Maint diamant sur l'eau de ton orteil posé
Ne saurait vivre en moi comme le jour vermeil !

O plus pur calice, ma soumission promise !


Tes gestes ! Tes durées ! L’âme ne peut suffire
Car tes mains embrassées déjà immortalisent...
Mais je sais l'insondable. Ne vois-tu point le pire ?

133
Là, au bord de nos bouches le baiser peut couler
Si proche qu'une larme espérerait son tout.
Et serait-ce en ces nymphes que le sang affligé
Proposât des morsures autrement que divines ?

Mon esprit est sauvage et passablement flou ! ...


Des braises confondues se plongent en mes ravines
Blessant d'un art subtil tout son entendement.

L'oraison se déplie, se replie douloureuse,


Épuise ses tumultes dans le pur firmament ! ...
Je sais son désespoir et je me sens honteuse ! ...

134
De l'explosion de joie

De l'explosion de joie
Descendue de ton histoire,
Ô contractions possédées !
C'est un feu qui t'amoindrit.

Les coulures, les gaz atrophiés,


Des soulèvements, des effets.

L'ouvrage répandu aspergé de particules,


D'instincts, d'animations, de primautés
Se languit, - bave inerte.

Même de ton calme, le discernement périclite


En flottaisons diverses, éparpillées.

135
La taille que pincent

La taille que pincent


Deux ourlets divins
Semble pénitence
Aux yeux sanguins.

L'œil obscur
Ivre de visions,
Échappe à mesure
Un rouge de confusion.

D'une voix turquoise


Le jeune arlequin
Roule et se pavoise
Aux sons de ses seins.

L'honneur froissé !
Oh ! L’affreuse bourgeoise
Presse et croise ses deux mains
Et au loin disparaît !

136
Sentences

Voici les monstres affligés


De nuisances obscures
Et de graves péchés.

Voici les têtes, les membres et les jambes


Qui convoitent encore les corps étirés,
Et voici le feu superbe qui flambe
Pour l'inexorable et vile destinée !

Un pardon dans les flammes purifiées ?


Jamais ! - Que dans la soumission tremblent
Leurs organes rouges débités !

137
Car nul sans vérité

Car nul sans vérité


Ne peut sans son feu
Un instant exister.

Les esprits de puissance


Qui n'ont jamais aimé
Hurlent leur décadence !

Et l'intraitable destinée

Et l'intraitable destinée
Acclame TOUJOURS
Son Maître.

138
Je revois de mornes jets d'eau

Je revois de mornes jets d'eau accroupis dans l'ombre


d'un bassin de marbre. J'entends la chute des corps
minuscules et leur bruissement s'accoutume à ma
présence. Derrière une montagne d'herbe folle, une
ancienne raconte : "Des cygnes étranges se pâment
dans les reflets de la mare, des poissons bouche bée
à la surface cherchent l'air périssable, une petite
cascade chante un refrain - rien - le calme, l'azur,
l'immortalité du temps". Il fallait bien du courage
pour s'éloigner de cette quiétude savante. J'y ai
laissé mon enfance toute grise de rêves interdits,
morose d'espoirs qui se jouent.

Deux heures de repos. De sauvages promenades à


travers des ronces qui griffent les mollets. Des
canicules où la bouche embrassait le seul robinet
d'eau potable. Des roses dispersées finement taillées
par la main experte du jardinier, etc.

139
Une morosité avare

Une morosité avare déployée sous des silences épais et


ténébreux, et qui avance possédée par des
symptômes lugubres, qui se déploie en vulgaires
tentations ou râles.

Comme de sordides secousses égrainées dans les


plissements du temps, comme des instants de
labeurs intenses, c'est une danse, qui, tout à coup,
surgit et restitue à la faiblesse profonde le cri
déchiré de nombreux fantasmes.

Mais d'une couche mouillée où se débattaient encore des


masses visqueuses de chair, dans des sueurs lourdes
d'âcreté et de vices confondus, une existence
insipide s'élèvera, édifiera leur union.

Au plaisir rassasié, après l'heureuse cérémonie, les


anciens complices s'éloigneront dans des sommeils
différents. Et la primaire satisfaction perdue ne
restituera plus la complaisance tant espérée.

140
On se souvient des messages, des rires grinceux dans
des folles et secourables agonies, de la vengeance
bestiale, de l'orgie céleste acclamant toutes les
vétustés et les incisions de la frayeur superbe.

Mais, petit à petit, étrangers à la cause suprême dans un


renfermement immuable, le mal redouble de ses
forces, vit, renaît et encense sous de noirs péchés
toutes les confusions antérieures.

C'est la loi éternelle régit par l'ennemi redoutable, - le


temps : la monotonie remplace l'ardeur. C'est la
mort déplorable de notre détresse future. C'est le
pilier d'une société aigre qui enterre les souffrances
humaines et qui constitue ses fondements douteux.

Ménage - couple - famille, vous résonnez dans mes


oreilles comme un tambour de peau tendue, comme
un lambeau de peau tendue, et vous frappez
inlassablement nos pauvres vies avec
d'insupportables coups.

141
Piège sublime qui procrée toutes les tentations du mal, ô
faiblesse de fuite dans ses vertes pupilles, comment
ignorer votre suprême machination ?

142
Brandis le glaive

Brandis le glaive étincelant pour détruire le malheur de


ton infortuné père ! Ami, bois les paroles saintes
issues de son humble bouche et comme un feu
d'amour, va et venge celui qui te donna le jour.

L'aube resplendit déjà dans les derniers miroitements de


l'hémisphère boréal, qu'on approche ton char d'or et
d'émeraudes. Prends les rênes de tes chevaux
bondissants, et d'une course folle à travers la pâle
Lactée, rends grâce au fils de Phébus, Dieu qui
demain encore t'encensera.

143
La bête invincible

La bête invincible dans les fêtes des déchirures ; sous le


feu étouffé par des bûches de pluies, le silex de ta
carrière enjambe le glaive, mais ta forme unit la joie
au labeur ; ton silence parle aux étoiles, - il ranime
les braises de l'inquiétude ; tu démasqueras le rire
des chants et des hommes.

Vendus les superbes stigmates dans l'herbe de sa faux.


L'orage perle rouge aux jambes des saveurs.

144
Les sillons transpirent

Les sillons transpirent leur effroyable domination. Des


jeux insolites parcourent les derniers quartiers de la
ville. Tu plonges dans les ténèbres licencieuses.
Entends la musique prénuptiale en continue. Sur des
figurines à tête humaine, les plumes de l'aigle royal.
Derrière des palissades, accroupis, des tapis
d'Orient ornent un monticule de cierges. C'est vrai,
l'oreille est fine. L'enfant brame, les vieillards
hurlent. Mais tous ces bruits ne sont
qu'insignifiance car aucune note n'est applicable
dans le registre.

145
Légère par ton assentiment

Légère par ton assentiment le but reste à suspendre. Des


bruits proposés. Un sortilège dépeint notre cassure.

De viles flottaisons sur les remparts de la chance, et de


magnifiques perles scandées dans les pénombres.

Oui, les nuits ! Admirable cécité contemplatrice des


drames et de longues tragédies ! Véridiques sueurs
sous les noirâtres tentures murales !

Embellie rarissime

Embellie rarissime (- son mystère dort), c'est lui


l'ancêtre horrible aux quiproquos étranges résonnant
par la fadeur de son crime.

146
L'angoisse traîne

L'angoisse traîne sa longue gerbe de malheurs,


Fleurs de deuil posées sur de maigres tombeaux.

Les larmes tombent,


Fécondent d'autres fleurs,
D'autres larmes.

La mort danse sur de maigres tombeaux


Au plus beau jour de ton printemps.

Jeune homme, pleure la mort de tes parents.

147
Que ce ventre se blesse

Que ce ventre se blesse


Gonflé de soubresauts si pâle et noble et blanc,
Comme chez les maîtresses. Des offrandes trop douces
Parmi tes cercles graves, calmes sous d'autres fureurs !

Le blé semble plus terne, impalpable, inconnu.


Le roc tumultueux renvoie la vague plate.
Offert aux ordres mortuaires, il est stressé.
Dans les lames l'appel implore de noirs péchés.

Complaintes, effacements compris entre deux sites...

148
Mage ou mesquin

Mage ou mesquin ? Qui peut le dire ? En ces temps


reculés, hors de son appareillement, il brûla les têtes
fauves, et l'on vit à la cathédrale, les langes monter
comme par enchantement divin.

Masque ou indice ? Qui était-ce ? Qu'importe ! La


frayeur... Arrêtez ! Rejouez les cauchemars car
ceux-ci résonnent en mannes étranges. Déployez
par le rire la démangeaison sans équivoque.

Ils se taisent. Heure lourde de virulence.

Foudre, alors !

149
Brouillon I

Ainsi toujours (hymne magistral) de sombreuses a


tyrannies en moi ! (Toujours une pluie de
mensonges, toujours la haine ente les dents.) Ho !
Que je dévoile une à une les pensées équivoques,
les troubles redoutables, les souffrances subies !
Que j'aille durcissant mes forces dans le (com)bat
immoral, le combat sans défaite et sans vainqueur !
(Abjecte rancune mais réelle survivance.)

(Je [mot illisible] entre deux cachots.) Tu te romps


silencieux et les coups portés ne sont que des
leurres ! Tu projettes une image, tu obtiens le
maléfice. (Tu goûtes à la table des Anciens, mais
personne ne convoite le bien suranné.)

a mot condensé pour sombres, et nombreuses. Le choix


se fait sur sombres.

150
Brouillon II

Fuir ! Fuir ! Mais où ? Quelle destination sublime ou


quel mal nous dépècera encore ? (Quel regard qui
m'a (fait) vu naître me tendra les bras ? Douteuse
vision du passé, d'une hésitation, je féconde mon
chemin. Je suis parti ! C'était hier - une route
jonchée d'arbres immenses, de lumières fugaces
frappant le blanc de l'œil.) (Et) une mélodie étrange
d'évasion - un instant de solitude espéré depuis tant
de mois... Et puis... Et puis la chute ! (La mort dans
un gémissement, - que je compose la nuit pour
prolonger mon enterrement. Un suicide sanglant ?
Ho ! Non ! Les mains sont propres. Là est le drame
; une cérémonie peu coûteuse sans fleurs ni
couronnes. Point de prêtres - de vulgaires écritures.
Voilà tout.)

(Je crie ! Faiblesse - on reprend patience. Je titube, la


mémoire confuse ou troublée) (jonchée de livres
fort anciens.) (Déjà) ô (l')incertitude soeur de mon
enchaînement ! Quand me délivreras-tu ?

151
Pourtant dans l'Azur, le matin, je vois parfois les
premières pierres d'un Temple et je souris quand les
rayons frappent d'un éclat vermeil les plus hautes
fenêtres de la demeure.

152
Brouillons III

n'arrêtera frayeurs promises à si clair (?)


Rien les
(n'éteindra) (lueurs) émises par le son front) si clair.
Pas la moindre tempête ; pas le plus sordide
cataclysme n'épancheront de fièvres froides la
douceur de ses [mot raturé illisible] plaintes.

Il vit profond et immortel dans sa retraite, caché au fond


des bois. (Bouffées d'air et odorantes éveillent sa
quiétude.) Il dort d'un sommeil paisible et
contemple la nuit les grands champs alentours.

Encensez la sagesse de son coeur, embrassez(-le) son


calme mortuaire. Ce sont ses bouches (?) qui vous
parlent. Écoutez-le.

On se joue de lui pour un écrin de perles ? - Bath !


Personne ne (reconnaîtra) verra le diadème (de feu)
qui l'habite. [Ratures trop surchargées pour être
lues.

153
Son secret divinement gardé sera donné au maître de ses
(folies) lieux. Mais quel secret ?

Voir la page précédente.

Rien n'arrêtera les frayeurs émises.


Rien n'enchantera si clair
par (le) son front.

Il vit solitaire et immortel caché au fond des bois (où nul


souffle d'air ne dérangerait sa quiétude.) Il

154
Brouillon IV

(Des pluies s'abattent, les hommages se rangent, les


druides apparaissent dans les sous-bois, les saveurs
déformées s'entassent délibérément. (Et que) reste-t-
il à inventer ? Une morale (étrange) proscrite il y a
deux mille ans. Un long déraisonnement a de
syllabes. Voilà tout.)

(Horreur ! Le rire. Horreur ! La confrontation. Coups


portés aux féroces. Devoir où l'activité.) En un mot,
un monde transformé suivant les transcendances de
notre peuple.

a Il fallait trouver un autre mot que le "dérèglement des


sens" de Rimbaud, d'où ce barbarisme.

155
Qui use de son intelligence

Qui use de son intelligence, qui déploie toute vigueur et


dispose de l'inconnu ? Qui ?

Quel monstre, fort de la loi de nature, engendre des


monstres forts de la loi ? Quel monstre ?

Quelle puissance désireuse de s'épanouir est soumise


aux ressources impures de l'homme ? Quelle
puissance ?

Mais, d'un lieu temporel, d'une destinée avancée, toutes


les recherches explosent. Il nous faut diriger la
pensée, seul espoir de survivre.

156
Au comble de sa bouche

Au comble de sa bouche, je discernai quelques fleurs


pour la très tendre, la très exquise durée de nos deux
songes. Envolés sous l'air pur, nous partîmes en
orgasmes.

157
Je ferai crever ses boutons

Je ferai crever ses boutons empestés de jeunesse et


d'abrutissements enfantins. Je hais la faiblesse, -
elle est en moi. Je détruirai dans un déluge de
perversions, toute pureté puritaine, tout acte
moralisateur. La force du langage n'est compatible
qu'avec la force du Moi ! Je me dois de déchirer les
enveloppes successives. La puissance m'attend.
L'œuvre brilla d'une grandeur infinie.

158
Décors

Une hélice ancienne, source de bruits obscurs qui


tournoie dans les airs jusqu'à la tombée de la nuit.
Un paravent cache un tiers de l'hélice. De droite à
gauche, une lumière lancinante, mais en
mouvement perpétuel. On utilisera des ampoules
rouges ou bleues. Puis costumes ou habits
hétéroclites. Maquillage surfait voire choquant. Huit
personnages dont quatre femmes.

Un long mur tapissé de figurines étranges, symboles


d'une mythologie grecque ou phénicienne. A trois
hauteurs de plinthe, une ligne couleur argent. Sur
cette ligne, un ensemble d'objets rituels utilisés pour
l'accomplissement de l'acte sexuel. Le plafond, -
minutieusement décoré. Masques d'acier, machines
de guerre du quinzième siècle (voir les plans de
Léonard de Vinci) - un lem au centre. La partie
gauche du plafond réservée à un croquis succinct
mais fondamental : la position de la terre, des
planètes, des satellites dans le système solaire.
Enfin à droite, une œuvre picturale de Picasso.

159
Je reconnais son pas

Je reconnais son pas. C'est lui l'inquiétant personnage


toujours passant à heures fixes. Il vient. Il impose sa
présence avec un rire strident qui se répercute et fait
vibrer la chambre entière par son ampleur. Il
approche, - je sais sa présence sur le seuil de ma
porte. Il ne frappe pas. Il entre, et s'installe
confortablement dans mon meilleur fauteuil.
Machinalement, avec sa main droite il ouvre la
boîte à cigares, et s'empare prestement d'un Havane.
Après quelques bouffées épaisses, il jette un œil
furtif mais dégoûté sur ma personne. - "Je vous en
prie, asseyez-vous" , dit-il cyniquement. Je deviens
son hôte, et mon appartement devient le sien !

160
Je ne pouvais plus supporter

Je ne pouvais plus supporter l'horrible bêtise qui


envahissait jour et nuit leurs cerveaux de bœuf.
C'étaient d'interminables sottises sur des paroles
prononcées. Je désirais les tuer. Ce crime que je
considérais juste voire insignifiant croissait en moi
jusqu'aux subtils et derniers détails.

Hélas, la faiblesse de mon coeur liée à quelques


chrétiennes pensées me contraignaient à ne pas agir !
Il faut s'inventer Démon ! Alors je m'infligerai tous
les maux de la terre, je me ferai bête et je deviendrai
bête. Et demain, je pourrai jouir de leurs convulsions
macabres et de leurs rejets de sang dégoulinant sur
leurs lèvres gercées !

161
Mais vaines car ces piteuses

Mais vaines car ces piteuses œuvres sont déjà promises


à des yeux avides de connaissance, à des curiosités
malsaines, désireuses d'exploiter la grotte
merveilleuse de l'âme sublime du poète !

Des notes décortiquées pour essayer d'extraire un sens


exact, et des accords de syllabes rompues ! De
superbes alchimistes en proie à une mixture
nouvelle pour des découvertes consentantes, oui !

162
Aurore

Des murailles palpitent ; des auréoles, le matin ;


Des bruits sourds s'accouplent ;
Les transports dont le profil s'éteint.

On plaide l'hydre. Le bon augure !


Arcades, châtiments.
Leurs fêlures s'évanouissent au gré des strophes.

(Balbutie tout ton limon.)

Les nymphes entourées de fleurs nouvelles,


Couronnées d'astres mourants,
Exposent leurs joyaux éternels !

La fête disparaît, et l'univers clame son jour.

163
Jeunesse

De l'impossibilité ; le monde veille sous des effets


d'accents, certains grandissent en exploits fictifs ;
constellées de chansons, entrecroisées sous les
semences du temps, dans la brume sourcilleuse, les
rudeurs de nos corps paraissent soumises à
l'étonnement de Dieu. La jouissance passive, les
excréments du bonheur, et des fleurs exposées
rendent çà et là les exaltations purifiées.

Cette complicité heureuse près des saisons humides


répand sur l'amour de piètres envolées.

164
Premières images

Des sels d'argent ; les yeux d'enfant ;


Des gouttes enfouies dans les déserts de la mort.

Des constellations de nébuleuses


Accrochées çà et là au plafond de mes songes.
Un hiver comme une tempête de déchirures
Qui berce mon sommeil d'inquiétudes terrestres.

Des montagnes de déchets, ô palmes de ce siècle !

Le soleil caverneux gravite dans son absence ; des


drames défigurés comme une tapisserie de
mensonges. Des violences dans le cœur des jeunes
filles. Des guerriers crient l'espoir.

Mais l'espoir déchoit, l'espoir se meurt.

165
Jamais plus

Des rêveries sanguinolentes


Aux chanvres des lépreux,
Partir dans la démence
Et invoquer des Dieux ?

Jamais. De froideur en froideur,


J'ai craché sur la cupidité des râles,
Et vampant le gouffre hâlé
Des monceaux de haine
Ont transpercé l'extase.

Des vieilleries innées,


La facilité des ailes tourmentées, jamais.

L'exil comme une empreinte,


Comme le délice des feuilles tendres
S'évade dans des nuances
Et les Dieux en jouiraient.
Arômes, dédicaces, furies étranges,
Le monde s'en repaît,
J'invoque l'amertume,

166
La bêtise de la chair,
La croyance cérébrale.

Je brûle un feu grandi aux étoiles des mages.


C'est l'odeur des vengeances et de la faim pressée
Offrant à la sagesse
La pure contemplation !

Le mal déclame la caresse,


La parole viole les rutilements
Et les passions anciennes !

J'ausculte des pensées fécondes,


J'estompe des chieries diverses.

Jamais, jamais plus l'atroce mensonge


Qui sape mon ignorance ! Jamais plus
Cette folle cascade d'incendies terribles
Où rougeoie la poussière !

167
Mon cœur a pleuré ces lentes morts...
Jamais de diapasons posés
Sur les échelles perdues,
La main tremble trop, jamais !

Car des dires ont couru vers les péchés inertes.


De l'escarmouche dardée de fleurs bleuies,
La satisfaction tant éprise
S'écœure dans l'inutile.

Jamais plus cette musique sans fond


Où la vérité s'étiole de purs sangs,
Où d'autres ténébreux franchissent
Les barrières défendues.

Non, jamais plus !

168
Comme au sortir du ciel

Comme au sortir du ciel, la vague éclaboussera les


stances de l'inconnu.
L'artifice surhumain, génial, tranchera les embaumés du
jour.

Des crasses, des cruautés çà et là.


Un monde de couleurs éblouissantes !

Des chairs de femmes épanouies,


Des chevaux balayant la poussière,
Un dernier château dans les Ardennes,
Un bain de roses blanches à l'orée du matin,
Des extases dans les contours de l'amour.

L'œil perçant dans le temps se souvient-il ?-

A l'approche, des pensées fulgurantes,


Des esprits fols pour la force bénie,
Le bruissement éteint des oiseaux,
Des douceurs angevines cachant
Les pétales ornés des honneurs,

169
Des reines de plaisirs accrochées
Aux espérances de la notoriété !

Rondes étonnantes, grandioses cérémonies,


Empires délaissés, lueurs regrettées !

Des semblants de plaisirs,


La nonchalance peuplée d'orges légères,
De chastes découvertes.

Ô baisers ! ... On sentira l'écorce nouvelle ! On redira


des contes et des fables perdues. On connaîtra la
décadence sur son sein de pierre. On dormira
doucement sous le souffle de la misère.

Comme au sortir du ciel, la vague éclaboussera les


stances de l'inconnu.

L'artifice surhumain, génial tranchera les embaumés du


jour !

170
La marée

Dans les noires verdures, un esprit s'accomplit.


D'une paresse extrême, le mal est de descendre.
Dans les plis languissants, les ténèbres sont douces !
J'y ai vu miroiter mille feux féconds d'accalmie.

C'était le silence.

Quand un envieux me rappelle ma régence, ô distinct !


...
Solitude douce ! Les nefs remplissent lentement les
hôtes du savoir ! ... Éclairs de ressacs, suprême
délice, ton joug s'est imposé tel un puissant aviron
sur les trompettes d'or et sur les sèves
enchanteresses.

Et tes yeux tels des fissures de jade buvaient


d'accoutumance dans mes chastes entrailles ! ...

Sur les bords du roseau, l'âme passa. Les confrères


parlèrent. Le Saint bleui d'amour but.

171
Depuis, fins des ballades où le pipeau transparent
dévoile son métier : les laines s'entrecroisent du
duvet à la poupe.

La source plus permanente disperse ses éclairs dans ses


miroirs ondulés. Une apparence troublée comme un
long frisson, c'était hier.

Je contenais ma soif, effrayé par instants de l'ombre


fugitive. De tourbillons, l'eau neuve se modula en
d'autres renommées. Des chiens galeux entreprirent
de me haïr.

Profond dédain.

Quand un chien plus sot que les autres...


Quand un chien but de cette source - la mienne.
On chanta, on rit allègrement. Les étoiles éclairaient
mes délices.

Zones déchiquetées, arrivages hideux, je me donne à


vous !

172
Ô sels, granits de l'âme impure ! Ils vont et consomment
les derniers biens d'un repas. Qu'il aille, lui,
invincible, ignorer la détresse du temps !
O les pertes proposées aux sauvages tourments. Ô la
raison importune le long fil de la raison, et la
discorde lustrant l'arc, rappelle la discorde !

Le miroitement se perd. Les coursiers atteignent mon


rivage. Je cours sur la mer aride. J'ai couru... Ô les
vaines transhumances !

Mais la ville ? Longue ville qui redit son silence. Ma


demeure est de marbre, et ma fin m'enivre de
fraîcheur. Ma fin m'enivre de fraîcheur !

Le grand vent souffle son naufrage. La voile semble


mise. Mer perdue ! Vagues d'écumes ! Dans les
tombées de la nuit, l'autre tourbillonne...

Inquiétude passagère, golfes irradiants.

173
Douce est cette brise qui fuit le soir et va à l'abandon !
Vaste est la miséricorde ! Cette foi si forte, si grave
dans l'air vif de la mer !

Fort le mensonge, pêcheurs de perles ! Brume l'embellie !


Le feu viole les larmes de la mer ! Rivages, chaloupes :
carnages ! L'impuissance à la course. Des parures
couronnées de cercles de soufre, et des voix !Et des
voix, en ce minuit !...

Le rouge se lève, la houle dérive. La lune verte expulse


ses entrailles. Les clans des complots, les racines
spirituelles et la foudre dérivent.

Puis l'étroitesse du ciel, et des maux alourdis par des


démons féconds ! Plaintes qui brûlez les solstices, ô
paix de la quintessence et de nos râles, clamez ! ...

Cet étrange fantasme, ces lustres maudissant la pensée


divine, je poursuis au son mélodieux du vin, la
vivante.

Le temps, - impartial mais fragile, le temps dans nos

174
gourdes déployées. Le temps enfin - Homme d'une
marée dont le varech l'honore, place détruite des
derniers stigmates d'un été, le temps ranime sa
fraîcheur sur mon front irrigué.

La fontaine accablée, la fontaine accablante dans les


profondeurs de la mer. J'appelle cette suée, et ma
main ornée de pierres féeriques semble un
démantèlement à ta face promise. Et le fléau... Non
! Passe le fléau !

L'ivoire paraît plus pur... Ô les maléfices humains


comme de silencieuses plaies... Et l'automne dans sa
renversante destinée brisa le trône. Substance
douloureuse mais fadeur désirée.

Il chante à présent la distance des aiglons passagers. Les


femmes agenouillées prient la venue de l'astre
merveilleux. Lui si grand, oublie la haine.

Sur l'océan épais, l'arche fortifie sa route. Plus suprême,


peut-être que la rose de ses dix-sept ans !

175
Un semblant de doutes vocifère pour la cascade halée. Ô
nuit si douce ! Ô monotone distinct ! Mais
l'entreprise t'appelle ! ...

Parcelle du temps, infinité du regard, va.

Les voix soufflent, les mots proposent le langage des


hommes.

C'est un autre drame où volent des colombes et des


étoiles de songe. Je ne puis... des nuées de
chrysalides éloignent les trombes et les courants de
la nuit.

Solitudes dont le passage échappe à mon entourage,


j'exploite la mer et je tire la cascade. Mille oiseaux
morts y sommeillent.

... Non, j'implore ! Non, il pleure ! ...

Gouttes aux yeux des gouttes. L'effusion de sang grandit


dans un torrent de délices, serait-ce l'ivresse de son
navire ?

176
Loin de son bruissement, ô la sagesse des flots, la
languissante ! Parmi les senteurs iodées, j'ai humé
l'enchanteresse, ô Midi, ô Sirène ! Et sous sa vague
experte, j'ai su la somnolence.
Elle, promise au conquistador, sur l'autel de l'échouage.
Elle enfin, vêtue de broderies et de lingeries
passagères, - elle hurla !

Sur l'onde qui est sienne, poussé par la clémence du ciel,


le soleil fit de la veillée un vol de moissons.

Les déferlantes rafraîchissent ton souffle. Ces carrières


de sable ne cachent plus les coquillages d'une mer
rêvée.

Je plonge sous les larmes ensanglantées, et je dors


profusément à l'aube nouvelle. Et la sueur, comme
une essence divine accouple ses paraboles ! ...

177
Les calanques promises à la saveur parviennent à s'unir.
Mais quelques folles paresses s'étonnent de
l'abandon. Les femmes hurlent ! Les enfants
supplient ! Dans le ventre des abîmes, des

mugissements rappellent l'émotion et le jugement divin.

On propose l'effigie de prince, on promet d'autres


traversées, mais le coeur est de trop fatigué.

Pour de grossiers ébats, je perdis le suffrage. Un filet de


mensonges ! C'était une âme particulière constituée
de choses sacrées, assemblées et bénies.

Que la chaleur s'étire en fatigues où le mal se reconstitue !


et qu'un Dieu entende le délire de mes maux ! Je rejette
toute parade éclatante. Son carnage dans les
bruissements éteints de l'astre boréal trame pour la fille
fécondée mille mélancolies !

Mes yeux, vous vous couvrez de sels ! Ma bonté, vous


vous dispersez loin des hommes ! Je deviens le

178
cadavre de la marée. Et mon coeur, ô pauvre ami de
l'enfer !, mon coeur implore et gémit. Mon exil
bannira les soumissions, et la bouche gonflée de
paroles confuses ne parlera plus !

179
Ô distinct et pourtant

Ô distinct et pourtant plus sombre que moi-même


Qui fait de ces lueurs étrangères et que j'aime
Un feu brûlant de laves rouges et incandescentes,
Quand, ivre de sueurs en ces tombes exaltantes,
Dormiras-tu enfin à l'aube des finis ?

Quand repu de délices que parent tes furies,


La couche lourde de rêves étonnement anciens
Bercera enivrée d'un somptueux divin
Les suavités rares de tes lugubres nuits ?

Ta faiblesse fatale..

180
De qui la noire étoile

De qui la noire étoile jaillissant comme un cri


Dans les lugubres temps immenses de ma folie,
Telle filante par les cieux taverneux, et de là,
Vue furtive aux couleurs âcres de son trépas,
- Regagnant les obscurs infinis dans le ciel,
Je suis toi-même hélas ! , je m'approche de ton aile ! ...

181
Délires de la folie quand des jets sporadiques
osent se proposer à l'esprit ambulant, sans
retenue aucune

Bourrasques d'inquiétudes, résolutions innées,


C'est un fait de miracle où l'innocent se perd.
Et sa bave et sa langue cirent : discrimination !
La vue boit les ruissellements de la souffrance,
Mais son œil est tourné vers le plafond jauni.

Regard en moi caché, ô mon soulagement !


Tu ris de ta faiblesse en ce subtil moment !
L'amertume est latente, et ta voix garde en moi
Des paroles inconnues. J'adore ce profil
En son contentement. Il vient et il sommeille,
Il perce ce fragile espoir de nos désirs.
Mais qu'un doute ranime l'inconstance détestée
Et mon mal ici-bas sera de te dépeindre.

182
Sous toutes les sueurs, qu'on brûle les images !
Cette mort invincible gaspillera ma haine.
En ta noire moisson, ta demeure entrouverte
Suffira à ta miséricorde, cher délice...

Dans mes curiosités, l'instant de mes stigmates


Allège ses subtiles défaites,... je ne sais
Les perversions et les cérémonies saignantes !
Que son pardon encore huile les pensées secrètes !

183
Je les voudrais chanter

Je les voudrais chanter en ta gorge secrète,


Et sous un saint soupir disparaître à nouveau.
Pourtant l'accoutumée en nuisances bestiales
Ne sait le triste jour des langueurs incertaines.

Je la sens contre moi posée avec douceur.


Dans sa chevelure faite de profusion,
En pure création, oui je sais ma nausée.

Es-tu provocateur ? Ô le feu, Ô l'encens !


Parcourant la grotesque machinerie stupide !
Ton monde est exalté ! Et les soupirs désirent ! ...

Je me soumets à vous compagnie d'esprits fourbes,


A toi, cher serpent, penseur à purifier,
En qui tous mes exploits saluent pourtant ta force !

Mon souffle me ranime. Ô bête incendiaire !


La venue d'un humain impose un sacrifice...
Oui, nymphe chavirée, j'en oublie ton nectar,
Voyez donc les arcades ! Humez les mascarades !

184
Par ce délire, je sonde la forme antérieure.
Ravagé puis détruit, donné à la sentence,
Déjà, on se propose... Mais qui parle en mon nom ?

185
Il faudrait engendrer

Il faudrait engendrer sur les pensées superbes...


Non ! Son vice est perdu. Il est lambeaux sauvages
Et par sa solitude ardente, oubliée.. Non !

J'explose et je plonge dans de pures variables,


Parfois je gesticule ! Ô poreuse cité !
Sinueuse et aride, perpétuelle, mêlée
De saveurs et de muscs ! Mais qui en cet instant
D'un plaisir insoumis happera tous les sceaux ?
Les noires soumissions dans les vraies dédicaces
S'éloignent lentement.

Cesse, vaine rumeur !


L'excuse que tu offres, jeune homme qui va nu
Est blonde délivrance. Ô grâce vaillante,
Je vole sur mes ombres. Sagesse m'est donnée ! ...
Ton insolence et ta dévotion t'acclament.
À qui va ressembler le témoin noble et pur ?
Ces sombres existences sont baignées d'un sang neuf
Qui glorifie ta plainte.

186
D'une extrême langueur
Par ta main déposée, dans tes yeux oubliés
Je dispose pourtant de mon cher idéal,
J'impose à l'ultime multitude de changer.

187
Mensonge de désir

Mensonge de désir, ce glaive, il est aimé


Quand dans son espérance, les duretés échappent
Au monde intemporel. Les suaves envies
Ont expulsé leur mal. Douces soumissions !
Toi, tu peux t'en aller. Tu te dis poursuivi.

Si lourde de sommeil, la sève ne saura


Se proposer aux mots. Ces pâmoisons, je veux
Moi indulgent, promettre leur débâcle, et j'assure
Par l'interrogation la conquête cherchée.

En raison de ces mères, mes louanges, je réponds


Par ma voix incertaine, précaire, mon ennemie
Dont les monceaux de sang ne sauraient me suffire.

En cette bouche ouverte est modulation


Qui dicte sa valeur. Le rivage est à suivre.
Soumission esclave, oh ! Le mal de mes yeux...
Mais laisse-moi languir.

188
La faible survivance

La faible survivance respirée en nos cœurs


Comme un mal infini a possédé nos âmes.
Ce ne sont que sévices imprégnés de saveurs,
Et des lutins stériles en usurpent et se pâment.

Interdits d'amour-propre, diffusant de leurs mains


Les stigmates enfoncés jusqu'au creux de la chair,
Ils cambrent la faiblesse de mon ministre saint
Moi génie torturé, redescendu sur terre.

189
C'est pourtant dans l'aigreur

C'est pourtant dans l'aigreur qu'un complice s'épuise..


Aux barreaux de tes cils, offre au sage penseur
Le fruit de ton calice... La race dispersée,
La brise dévêtue embrasse la distance,
L'ancienne destinée..

Tout s'imprègne de joie :


De noires éclaircies sur tant de chairs brisées !
Les charmes désirés, les chastes puanteurs
Donnent des perles pures, vacillent, et vont heurtant...
Ô l'humble rareté qui va s'évanouir !

Mais l'autre plus encore agile en sa mouvance,


Va, entraîne et soulève la tardive en minuit.
Ho ! Centre présumé qui se dit plénitude !
En proie aux certitudes la vierge ensanglantée
Se repaît de ses sucs, tortueuse et se plisse.
Par sa tiédeur scabreuse, le reptile est choyé.

190
Roi ou esclave, qu'importe ! Prier et sauver !
Car hors de sa durée, il se donne à l'effort.
Mais quel amant attendre ? Le convive se pense...
Et invente pour soi un azur effleuré ! ...

191
C'est un champ de framboises

C'est un champ de framboises à la ligne subtile ;


Presque nue la danseuse se coule dans la mousse,
Et renaît de semence. Ruines tant aimées !
Candélabres tordus ! , c'est pourtant un discours
De belle modernité ! Ce feu dans les glaïeuls
Est verbe nouveau, un langage et un sceau !

Division respectée ? Sable divinisé ?


La couture de sa faille ? Interrogé l'échange,
Les torpeurs de la mort. Mobile et moins cruelle,
Est la tresse future, la gloire avec la chute
De l'envoi suspendu, l'aspirante endormie.
L'espoir accuse les privilèges, et le bourgeois...
Il dénonce l'impossible, le frêle mugissement
Des vigiles accroupis ! Si les muettes naguère
Redoutaient et tremblaient pour les lois du Seigneur,
Les Radieuses aujourd'hui portent l'huile odorante.

192
Un animal défunt puissant à l'infini
Pénètre sous les vents. Ses sourires sont mensonges.
Il escorte la flamme de son subtil tangage
Et balbutie encore sous les chaleurs du jour.

193
Pareils à d'invisibles figements

Pareils à d'invisibles figements, la discorde,


Fiel des pensées à peine mûres sur des présents,
Se déplace sur des sexes. Intelligence secrète !

La voilure des prochains adultères a promis


Une pure embellie, et des similitudes
Au risque de l'amie...

La cavalcade en rut
Se réserve d'autres maux. Des jardins suspendus
À la plaine fumante, le dessein se veut court.
Il calque la durée.

La parabole encore
Est sortie de ses sables, achevant la dernière
Maternité féconde. Que son esprit est lourd !

L'océan constellé de pierreries sublimes,


De solitudes bleues au fond de ses mirages
A pleuré tristement la nuisance des forts.

194
La lumière dans les bruissements des vertes mousses
Entend clamer la peur d'un autre renouveau.

Compagnon du silence dans les lois oubliées,


Il gémit l'étroitesse de son pauvre salut
Et le vide inconnu du destin incertain.

195
De son génie pourvu

De son génie pourvu, il subit la nuisance,


La haine d'un Dieu, puissance qui le détruit.
Il sait le maladroit langage, et l'indistinct
Désordre avec ses flèches, l'autre peau qui l'attend.

De partout la grandeur sublime le devance.


Rayonnements divins ! Mais lui oint, et de palmes...
Il ne saurait humer la douceâtre embellie.

Car son germe volé imprégné par l'amour


A trop fait de souffrir au terrestre sommeil
Et sa bouche meurtrie a roulé trop de glaires.

L'écho recomposé n'est qu'un désert sordide


Et le vagabond épouse de beaux tourments !
Sa fougue est maîtrisée. Il est un demi-dieu,
Il jette les impurs, les éléments malsains.

Et sa joie, chère amie, n'est pas même un calice.


Le calice du sein, l'amertume des cieux...
Son nom est espérance, son nom est déjà vieux...

196
Et son cœur est pareil aux cœurs qui se sont tus
Il conserve en sa chair l'exil qui est trop loin...

197
Une fougue tranquille

Une fougue tranquille et constellée d'amour.


Elle répand la complainte des extases faciles.
Dans le plus pur hasard, elle, suprême, ailée,
Sa folie est en transe ! La justice s'évade !
Sous ses feux mille savoirs vont foudroyer dès lors
Les décrets, les sentences et l'espoir des mots fins.

Pareillé de vieillesse et de plaisirs lascifs,


Je cherche dans ton corps la faiblesse et la mort.
Je jette l'âge blanc et le marbre et la pierre,
Les serments, oliviers des années de jeunesse.
Car je sais le sang fourbe, la dynastie extrême,
Où l'âme se morfond dans les cris de l'espoir,
L'exercice assidu de nos nobles tourments,
Les fleurs immortelles et les senteurs de tes seins.

Se sertir de pâleur, de noires ignominies ?


Affreux soulagement des soleils taciturnes !
Séquestrer l'embellie et le monde éveillé,
Puis subir la souffrance de cent mille ectoplasmes
Le rejet des outrances, le défi éternel ?

198
Hideux dans l'existence, déjà les chiens accourent.
Le souffle est tortueux, il sait l'ignominie.
Ô rubis de tristesse, pourquoi autant de spectres
Acclament la puissance égarée dans leurs songes ?

Ce sont des arriérés, ces tendres Mercenaires,


Sur des ondes célestes et des temples crevés.
La science a brûlé des envieux parfois.
Ô les mornes succès sur les routes glaneuses !
Dans les feux des miroirs, des lumières tremblantes
Accrochent un diadème sur l'or de ma mémoire..

Mais tout se désespère ! Sortilège de nuire !


La substance cachée, les orgasmes faciles
C'est ainsi qu'est sorti, tiré de mille grandeurs
Le plus pur des nectars par les mœurs éprouvées !

Navire, voile gonflée bandant tout son honneur,


L'ardeur prétentieuse dans les tourments du Nord
Approche du radeau, apaise l'agonie !

199
Car l'esprit des misères, ivre de sang n'est plus !
Grave dans tes pensées, la proue de l'avant-garde !
Vois les mages d'hier ! Noircis les cieux tendus !

Tonnerres, déracinés, ombres et assassins.


Je prie, vieillesse conteuse, l'acte lent des péchés.
Au plus clair de la nuit, le complot s'extasie.
Il implore la folie horrible et ténébreuse,
Il tient d'un geste grave les sentences déchues
De ses miteux poètes, mais ce sont ses amis !
De sa fougue s'extirpe l'hommage fin, subtil,
L'extraction de la langue ! Le cœur cafardeux,
Ho ! Le cœur sait hurler pour le plaisir des mots.
Il perd dans son aurore l'oiseau de sa jeunesse.
Il propose un soupir au profond de son eau.

Toute coiffée de fleurs, la chère amie provoque


L'énigme, veut sa valeur. Serpentins de femme
Sous son rutilement avec des anges honteux !

200
C'est un Midi très grâce au rythme long et court
Encombré de victimes, acte saint du complot.
Dans le plus pur des songes, tout l'azur resplendit
Et la forme et le sens trouvent enfin le repos.

Avancez fort d'un mot, embellie de nos yeux !


Je prétends ignorer cette dorure sacrée.
Mais sais-tu, ô démon, où l'âme s'est cachée ?

C'est vrai, la platitude de mes puissants troupeaux,


Source d'esprits cyniques acclamait le méfait.
C'est vrai, cette inconstance a voulu envahir
Cette immense chorale faite de jeux d'enfants.

Sous ces râles si faibles, ô Seigneur, le doit-on,


Par un regard magique ravaler cette source,
Son écume pesante et nos humbles soupirs ?

Car le vois-tu, s'agrippent les blondes dérobades


Aux pans de la vieillesse. Des ornements d'argent,
Des orgies somptueuses et des traits d'infortune !
Ce mélange est bien doux ! L'acte noble s'enfuit !

201
Des catacombes parlent de rives insensées,
Mais ce sont des carences, des plaies à tourmenter !
Elles en sont à voler aux sombres autochtones
Un bruissement de nuit, une soierie d'amour !
Belle de combattants, captive de vieux rêves,
Elle caresse l'écrit d'un rouge tamisé.
Ô les sombres pensées qui effeuillent l'écrit.
Des projections de sang ! Seigneur, tu entends ?

Si parsemé de roses, d'intrinsèques bêtises


Tirant des voiles neuves, le spectacle est blasé,
La fleur, ô Seigneur, a conquis les prunelles
Exploitant des succès, dissipant des serments !
Impitoyable soumission que tu veux !

Voltigeant à l'espace des substances inertes,


Des diphtongues, des jets et des propos putrides,
Elle monte sur les cimes étranges de l'espace !

Ô doux Dieu, quelle race dont le corps en délire


Exprime son extase dans le désert des chairs...

202
L'esprit se réjouit, enflamme ses ardeurs.
Les monceaux, les débris ! Les douceurs si passives,
Les tirades offertes, les espoirs si fertiles,
Les semelles argentées et l'or de mes mains !

Les vases, les amphores de ses deux seins tombant ?


Les forces et les rages ? Les femmes qui s'excitent ?
Cette cérémonie, fontaine de la mort,
Le vagin du devoir, jouissance indomptée...

Sentences en son pouvoir, et les chants des nuées ?


Insectes ! La folie s'empare de ses membres.
Une à une, elles éclatent, les constances du don !

Bercée de vêtements immondes, Serpentine


Conçoit l'acte maudit, change la noire face
De ce nœud sanguinaire. Tout éclaire le Coran.
Ce sont les dernières traces d'un saint chéri
Qui meublent la forte cavalcade du suc !
Les entrailles offertes expulsent leurs cadences !
Refaire tous ses oiseaux ? Vengeances de la terre !
Donner le mal au mal ? Pleurer lubriquement ?
Le doute veut choisir. Que puis-je lui répondre ?

203
L'étreinte épanouie ! La femme et son odeur !
Illuminée d'ivresse, effrayée sous sa peau,
Resplendit la sublime si prude dans mes bras ! ...

Qui viole l'éther et s'octroie un champ pur ?


Mon doute s'appauvrit. Race des invisibles,
Le don de ma splendeur écartèle le vol !
J'exulte l'arôme des ténèbres écarlates !

Ha ! Triste mort, où suis-je en ce désert sans fin ?


Elle mortelle et fine ! Je colore sa lèvre.
Fécondée de génie, elle est supérieure,
Et propose en ses rires la future oraison.

Cloison, rubis, âges de somnolence, j'extirpe


Les stigmates du cygne bleui. Je dévale
Aux sources du minuit les vallons trépassés !

Apaisée et lointaine, l'adorable feuillée


Se plaît avec son nombre ! Mais son lac ne saurait
Contenir sous sa vase ces mythes entrelacés.

204
Dans le blanc de son ciel, le reflet de la femme
Endormie s'évapore jusqu'à la brume claire !
Ô les souffles exilés ! Et la vulve et la chair
Encore s'épanouissent sous les marbres vieillis !

Des résonances claires s'endormaient sur leurs seins.


Toi profonde tendresse, toi soupir de l'exil,
Tu reposes sur moi, et tu sembles m'aimer !

Mais la chose terrible comme l'œil de Satan


Semblera plus encore cafardeuse et noircie.

Ce doute parsemé de soupçons inconnus


Offre au seuil gracieux les excès de son acte,
La hauteur excessive, et l'effroi du ciel blond.
Obsédée, prometteur, perdition, sagesse !
Le pourrais-tu répondre, saphir de mon orgasme
Toi qui te modulas aux grâces des faiblesses ?
Toi qui sus par ta vulve rythmer et saccader
L'haleine douce du regard ? Parleras-tu ?
La beauté est langage bercé de ses parfums
Secrets et savoureux. Les eaux naissent de toi.

205
Serait-ce l'ombre inerte ? La forêt obsédée
Eclaire de sa pierraille, son siècle d'épaisseur.
Elle crie ses soyeuses envies aux miracles
En subtils bruissements. Délice qui veillez,
Voyez cette chimère lourde de connaissances
Qui oublie ses désordres, qui d'un pied retenu
Léger et lumineux exalte l'excrément !

Que résonne en son âme cette féroce ivresse


Ô ma tour ! Car l'ennui vulgaire écumant
Ses ébats inconnus concevra mes travaux !

Farandole de noires, ô les chemins du jour !


Et l'enfant envolé sous mille étoiles claires
Sait soumettre la ville à son autorité !

Le troupeau ; la carcasse s'abandonne, le toit


Et le feu ; c'est la vierge qui appelle ses ponts
Ses intérieurs, ses changements au printemps.

Que le navire baigné des courants de la mer


Puisse embrassé, levé son ennui si fécond !
Que s'enfuit la Princesse à la hanche mouillée !

206
Que le souffle fatal expire sur ses voiles !
Les paresseux nuages alourdis d'invisibles
Sont des mères légères porteuses de blancheurs.

Les rythmes et les brises ; le rapace du Sud,


Vengeur de vieilleries, farouche dans sa nuit
A dominé la race des langueurs de poèmes.
Mais lui, singulier, triomphe de sa fange !
Par son venin stérile, exploité, il échappe
Au satyre, au captif ! L'extraction s'apaise
En son léger délice. Le murmure est humain ! ...

Le glas a résonné, mais sa charge est perplexe.


D'une attention extrême piquée d'une pointe,
Me naissent de sinueux accords immortels ! ...
Bercée par ses caresses, l'étoile semble rare.
Respire, le Dieu, orfèvre des pensées
Cet accident stupide dont je détruis le sens !

Mais l'honneur se refuse aux astres les plus beaux.


L'estime est un bandeau que trace mon orgueil.
Des lignes fugitives, de profondes paroles ?
Ô pesante attitude, mon sphinx est déformé !
Des vols ont soulevé les contours de sa masse.

207
La moindre inclinaison dans ses airs de pastels
Éloigne sa pensée, ses pures nudités
Ses tardives tristesses, ses plumes enchantées.

Un miroir presque fou proposant des Sylphides


Creuse dans l'innocence fragile des tombeaux
Et sous ces trous amorphes, une épée violente
S'engorge de nectar pour plaire à tous ses dieux !

Et plaintive la guerre renaît vers les aimées,


Ô batailles perdues dans le cœur des humains !

Voltige, tourbillonne dans les bras des aînés !


C'est la soumission pour le savant qui cherche ! ...
Est-ce en ces temps mauvais que toi mon cher Pinacle
Tu t'es galvanisé pour ton âme incomprise ?
Que de raisons honteuses ! Mais feignant un miracle
L'âme seule tel un peuple enivré d'esprits lents
Vers la symphonie hurle pour de pures frayeurs.

Au profond de son gouffre, pareillée de rubis


Elle, femme vicieuse du nombril à ses reins
Invisible et suave, blondeurs entrelacées...
On entend des louanges, de noires calomnies

208
De lubriques fantassins etc.

209
En ce comble profond

En ce comble profond, j'en appelle à des grâces.


Pour mon apaisement, ignorez mon exil !
Ma pure soumission s'est jetée à ta face...
Que tu veuilles engendrer sans ma voix, ce péril !
Infernale, j'étais ! Trop ignoble, je suis !
Proclame ce spectacle ô combien déroutant !

Mon désir n'était point de peindre ta pareille ! ...


Pourtant l'inquiétude, je la veux engendrer...
Mais blâmer cet enfant lui si beau et si frêle ?
Tout désespoir suprême suppose l'amitié ! ...
Mais comprendras-tu que la tâche est irréelle ?
Si ton sein est meurtri, qu'il sache ma sagesse !

A l'extrême d'un lieu survit un paysage.


Son pas est incliné lentement dans les eaux.
Si clair et si hâlé qu'en bordure du rivage
La lune s'y miroite en sublimes flambeaux.

210
Jadis oignant le bel

Jadis oignant le bel avec sépulcre bas


D'un songe que le vent par un goût animal
Achève en maintes nuits comme il poursuit ses pas ;

Si ce n'était le doute qu'insouciance avale,


Quoi ? Des formes pourtant, émulsions des rêves
Dont l'âme détourne les bruissements, achèvent
La vaine réalité entre ses murs noirs
Et contre ces fertiles, graves frayeurs, le feu
Que nul n'enfantera, le charme tant aimé
Déclameront le prix en sondant ses bévues.

II

L'entendement soucieux où calice fol à l'air


De qui bat l'éternelle, vaste profusion,
Sous les lueurs blafardes, c'est un masque de guerre
Par le brillant de l'astre qui crie à l'unisson.

211
Battre sous la patine et les danses du soir
Des masques qui selon font l'entente odieuse,
Qui conspirent en leurs têtes vers l'Ancien Devoir,
Rien, si dans cette soirée, tu ne deviens pleureuse...

Extrait

Quoi, de formes pourtant, émulsion des rêves


Dont l'âme détourne le bruissement, achèvent
La vaine réalité entre ses murs noirs !

III

O Beau des solennelles cérémonies d'été !


Sur cette bouche où brillent les humeurs délicates...
Est-ce contre le doute que cette voix conspire ?
Non ! Puisque l'âme toute vole toujours et meurt.

212
Bravoure d'une croyance

Bravoure d'une croyance, tu jettes tes falots !


Mais que puis-je inventer aux succès de l'histoire ?
Des ruines, précipices toujours offensés.
Entends le premier vol exploser au miroir !
Oui, soumis au reflet de son incertitude,
Il tire les holà de ses fraîcheurs antiques ! ...

Et les hordes fourbues ? Le pendant moribond ?


Des traces qui ondulent sur des transes d'hier...
Longtemps l'exil au point du jour fut résolu.

Encore de la nuance, - aigles, mages crispés,


Si le venin à la raison cherche à souffrir,
Deviendra-t-il le Saint sous le vent engouffré
Qui tordra le suaire de son trône accablé ?

213
Pour les douleurs extrêmes

Pour les douleurs extrêmes


Déployées sous ce joug
S'étale le diadème ! ...

Que de larmes, cette nuit !


Ô purs scintillements !
En surprises alanguies,
Je serai mécontent ! ...

Odorante saveur,
Je ne puis par ces vers
Jouir d'une faveur
Ou de subtils éclairs !

L'or brut de la beauté


M'éloigne tout à coup
De ma vaine pensée ! ...

214
Puisant d'une main vaine

Puisant d'une main vaine et lasse


La nonchalance temporelle, l'homme indécis
Lorsque l'automne enfin s'efface
Il croit oublier les saintes pierres de ses nuits.

Mais morose ou hagard, vrai homme


Qui d'un oeil tourmenté plane sur le néant
Avant qu'insouciance ne se forme
Il faudra entraîner la plume avec le vent.

Que l'impuissance cerne ton front


Une heureuse volupté accompagne tes pleurs
Homme égaré, sans cœur sans don
Tu dors triste et perdu dans cette noire demeure.

Ni distance ni règle absolue


Gravitant tel l'espoir sur ta face à aimer
Ne récolterait une mûre
Pauvre homme, homme solitaire, ta lutte est à changer.

215
Les cors sonnent

Les cors sonnent


Au creux des accords
Car l'été bourdonne.

Aux prés explosés


Pur l'éternité
Des luxes affamés.

Tu persifles encore ?
Écoute l'assemblée
Cinglant leurs huées ! ...

Bath ! Vraiment c'est terrible !


Le peuple est méchant, etc.
Est-ce ma faute à moi ?
Je te suis sans te voir.

216
Contorsion

Le diadème ancien, rutilement de deux ourses


Qu'ils persécutent la nuit
Sous l'or boréal.

Qu'un vent de poupe


Souffle dans l'ultime aigreur
Et le dernier horizon.

Enfin, des enfants teints à la blanche sauvagerie.


Ils voyagent des yeux, du cœur, de l'âme,
Lentement, précieusement,
Une harmonie de couleurs.

L'Ancêtre surnage aux places publiques.


Et dans le lit des rivières,
Il nage séchant ses pleurs
Aux coulisses de la marée.

217
Un tonnerre, les images

Un tonnerre, les images s'écroulent, la mémoire des


remarques.

Mâts, frissons, savants, abordages monstrueux, - c'est


l'enterrement qu'ils dominent, cotonneux à souhait !

On entend par-delà le cadavre, les pleureuses


désinvoltes, pétillantes de plaisir, à l'orgasme facile
- on entend.

Te décideras-tu à prôner la manière des saveurs ?

Le fou - le pauvre fou s'éloigne mains aux poches,


culbutant la jetée.

218
Des charpies ; des anges passés

Des charpies ; des anges passés qui vagabondent sur la


destinée suprême ;
Un sang comme fécondé par de puissants génies ;
Des circulations latentes entre nos rires.

La position sévit avec de faciles pertes :


Tu changeras d'expérience acide.
Nous boirons le breuvage sublime.
Nous écorcherons nos lèvres rougies de baisers.

Mai passé où mille puissances embrassèrent nos vingt


ans !
Mai, roses fanées, carences du passé !
Mai, fruits d'hier !

219
Je suis la mort

Je suis la mort pernicieuse des débauchés,


Des fantasmes, des rires.
J'invoque les Dieux qui promettant
La noirceur de mes dires,
Aiment ma superbe somptuosité
Se moquant de l'encens !

Douce veuve juvénile


Sache la grandeur de mon âme
Où le feu crevant la puissance sacrée
Me nomme déjà Maître auprès des cieux.

Sache l'extrême hauteur de mes chants


Qui m'appellent grand maître,
Qui m'appellent Géant !

Sache ! ...

220
LE GERME ET LA SEMENCE

Infinies mes ardeurs


De royales prophéties
Cet espace disgracieux
Venise
Encensée dans l'alcool
De vaines méditations
Énormes sacrifices
Prolongement
Ta main alanguie
La vieille maîtresse
Plaidoyer pour deux crânes
Si, flamboyant dans un tombeau
Soupir ancien
Cérémonial
Miroir
Du démoniaque héros
Dédiant à la plus haute voix
Hanté et songeur
Volée aux traces de l'espérance
Les contorsions du mal
221
Peines
Candides insouciances
Réminiscences et destinée
Sa grâce accoutumée
Les catacombes
Que tu proposes nue
La transparence endormie
Éloignement
Air petit
Vapeur d'une audace
Nord
Mû par les syllabes stériles
Trophée des ors
Mélodie du deuil
Ivresse citadine
Baveuses tuileries
Eau boueuse
Chanson
Je veux te dédier
Le beau langui
Par des attaches, soudés
D'un hasard naît une chair
L'ondulation déterminée

222
Un moine convoite toujours
Ils justifient vos miracles
Tout t'est radieux
Le chant médusé
Les cyclones se meurent
Dans un calme plat
J'ai grandi dans les murmures
Quand exténuée, ravagée
Cet ogre venu des profondeurs
Après avoir dépassé les frontières
Nul ne perdra les paroles
Fictif sans toutefois
Un feu où se perdent les labyrinthes
Ha ! Querelles dont on dispose
Les bourrasques incendiaient
C'étaient des crépitements
Les grossesses disloquées
Longtemps
Le massif de fleurs
Dans mon rêve épuré
Même rêverie
Offert aux rêveries
L'ange mort

223
Le stérile hiver
Immolée sur les plaies
Dans le golfe insipide
Les membres décharnés
J'ai dû aimer
La protubérance excessive
Volée aux traces de l'espérance
Hanté et songeur
Éloignée mais si proche
Ombre aux yeux
Vous ! Par la souvenance d'un dire
Comme des agissements indistincts
Ton ventre implorant
Le serpent
Ébauche d'une plainte
Et de sa grâce éprise
Oeil et regards
Ne veux-tu pas, mon âme
Sur l'onde délicate
L'insatisfaite
Même impure de tes somnolences
Sous l'effroi imposé
Alors que l'heure consume

224
Sublimes pâmoisons
Soupir marin
Frigides déités
Dialogue nocturne
Si une brise fait
Alors tu te réveilles
Comme de longs soupirs
Oserais-je répondre
Sous cette mer diffuse
Jetées d'alexandrins
Ébauche d'un sort
De l'explosion de joie
La taille que pincent
Sentences
Car nul sans vérité
Et l'intraitable destinée
Je revois de mornes jets d'eau
Une morosité avare
Brandis le glaive
La bête invincible
Les sillons transpirent
Légère par ton assentiment
Embellie rarissime

225
L'angoisse traîne
Que ce ventre se blesse
Mage ou mesquin
Brouillon I
Brouillon II
Brouillon III
Brouillon IV
Qui use de son intelligence
Au comble de sa bouche
Je ferai crever ses boutons
Décors
Je reconnais son pas
Je ne pouvais plus supporter
Mais vaines car ces piteuses
Aurore
Jeunesse
Premières images
Jamais plus
Comme au sortir du ciel
La marée
Ô distinct et pourtant
De qui la noire étoile
Délires

226
Je les voudrais chanter
Il faudrait engendrer
Mensonge de désir
La faible survivance
C'est pourtant dans l'aigreur
C'est un champ de framboises
Pareils à d'invisibles figements
De son génie pourvu
Une fougue tranquille
En ce comble profond
Jadis oignant le bel
Extrait
Bravoure d'une croyance
Pour les douleurs extrêmes
Puisant d'une main vaine
Les cors sonnent
Contorsion
Un tonnerre, les images
Des charpies ; des anges passés
Je suis la mort

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