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DIALECTIQUE

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 SENS ET DENOTATION (FREGE ET WITTGENSTEIN)

SENS ET DENOTATION (FREGE ET


WITTGENSTEIN)
SENS ET DENOTATION ( FREGE ET WITTGENSTEIN)
Une vingtaine d'années sépare la publication en langue française des Ecrits logiques et
philosophiques  (Le Seuil,1971) et des Ecrits
posthumes (Jacqueline Chambon,Nimes,1969).Cela suffit pour faire apparaître des problèmes de
traduction.Aucun différend au sujet de
'der Sinn'.Par contre, 'der Satz' et 'die Bedeutung' semblent soulever quelque difficulté ,si l'on en croit
Claudine Tiercelin (entre temps,
élue au Collège de France à la chaire précédemment occupée par Jacques Bouveresse,Gilles
-Gaston Granger et Jules Vuillemin) et
Philippe de Rouillan.
Si 'der Sinn' ne pose pas de problème particulier,la traduction de 'der Satz',et, à un moindre degré,
celle de 'die Bedeutung' met le logicien face
à de redoutables alternatives que,si j'ose dire,Quine a mises sur la place publique."Ce qui est  vrai
ou faux,on en convient largement,ce sont les
propositions.On n'en conviendrait néanmoins pas aussi largement sans l'ambiguïté de
'proposition'.Pour les uns,le mot a pour référence des
énoncés répondant à certaines spécifications.Pour les autres,il a plutôt pour référence les
significations de tels énoncés.Ce qui apparaissait
comme un large accord se résout ainsi en deux écoles de pensée:pour la première école les
véhicules du vrai et du faux sont les énoncés,pour la
seconde ce sont les significations des énoncés."( Williard Van Orman Quine, La poursuite de la
vérité,tr fr. de Maurice Clavelin,Le Seuil,1993,§
32,p.113)
Mais là où l'anglais dispose de 'sentence'( en français, 'énoncé' ou même 'phrase') et de 'proposition'
,comme en français,l'allemand 'Satz' exprime
indifféremment l'énoncé ou la proposition.En fait,ce qui joue,chez Frege le rôle de la proposition,c'est
la pensée (der Gedanke) dont der Satz est
l'expression corporelle.Comme le sens ,ou contenu de la pensée, n'est pas immédiatement
perceptible,l'énoncé et son sens sont inséparables.
Frege note même ,dans un texte polémique dirigé contre Hilbert et hostile aux géométries non-
euclidiennes:"J'appelle pensée le sens du Satz qui
a un sens.Les pensées sont vraies ou fausses.(...)Je suis déterminé,quant à moi,à désigner toujours
par le mot 'Satz' l'élément linguistique,ce dont
le sens est une pensée.Je distingue ainsi entre Satz et pensée.Le Satz est vrai lorsque le sens du
Satz est vrai." (Ecrits posthumes, 'Sur la
géométrie euclidienne', tr.fr.,p.199.)   Ce texte est doublement précieux,car non seulement il précise
la nature réelle du rapport 'énoncé/proposition
en fonction du vrai et du faux,mais il justifie par le caractère absolument bi-valent de la pensée son
rejet du pluralisme des géométries.
Qu'en est-il de la Bedeutung et de son rapport au Sinn ?Contrairement à l'option quinienne,qui est
qu'en raison du caractère fuyant des
significations d'énoncé -i.e.: des propositions-"mieux vaut traiter directement des
énoncés"(o.c.,p.114), Frege ,lui,s'intéresse d'abord aux
pensées.Mais ce que Quine entend par "significations fuyantes" serait équivoque chez Frege.En
effet,par 'Bedeutung',Frege n'entend rien de
'fuyant'.Il y a,dans la philosophie de Quine ,une tentation de psychologisme issue de son naturalisme
foncier.Son 'meaning' est à la fois -ce
qui parait incompatible,une chute possible dans le métaphysique et une dangereuse proximité de ce
que Frege entend par 'Darstellung',par
'représentation' .N'oublions pas cependant qu'une telle 'alliance' n'avait rien d'étonnant pour
Carnap,qui ne voyait dans la spéculation -hegelienne
ou heideggerienne-qu'une poésie sans art ni génie.
Que convient-il d' entendre par 'Bedeutung' et les traducteurs des Ecrits posthumes ont-ils raison de
rendre le terme par 'signification' ? A la
seconde question répondons franchement par la négative.Le français courant ne fait pas la
différence -ni logique ni psychologique entre sens et
signification.Comme chez Quine,ce sont des synonymes qui renvoient à du 'mental'.
 Ensuite,il est clair que par 'Bedeutung' Frege n'entend pas la pensée, mais le rapport à l'objet qui
peut rendre la pensée vraie ou fausse.En termes
empruntés à Funktion und Begriff , l'objet ou la Bedeutung est ce qui correspond à l'argument de la
fonction,et non à la fonction ,à
l'extension du concept,et non au concept lui-même.Si ,par exemple,la fonction (ou le concept) est
'être un nombre pair', {  2,6,8,120...} seront des
arguments qui rendent cette pensée vraies ,tandis que {6,8,120} rendent fausse la fonction (la
pensée) 'être un nombre premier'.
Mais qu'en est-il de la Bedeutung,quand on ne s'interroge plus sur la dénotation (ou la référence)
d'un nom propre ,ou d'un signe "qui joue le rôle
d 'un nom propre"( dont la dénotation est un objet déterminé) ?Qu'en est-il de la Bedeutung d'une
proposition ?La Bedeutung est alors ce qui
ancre la pensée au réel,ce qui distingue une  pensée seulement douée de sens,d'une pensée qui
prétend aussi exprimer une connaissance.  "La
partie insaturée (=la fonction privée d' argument) de l'énoncé n'est pas sa signification,mais son
sens.Lui correspond-il quelque chose qui doit être
interprété comme sa dénotation ?Question sans importance pour la pensée,mais pas pour la
science.C'est ce qui détermine si nous sommes
dans le domaine de la fiction ou dans celui de la vérité.(...)Les pensées dans les mythes et les
fictions n'ont pas besoin d'avoir de valeur de vérité
(...)Une phrase authentique est un nom propre et sa signification,si elle en a, est une valeur de
vérité,le vrai ou le faux."(Ecritsposthumes,p.231-
232)
Deux points sont à retenir.Primo,comme nous savons que la forme poétique des mythes a engendré
les formes dramatiques et lyriques
ultérieures,mais aussi nourri de ses thèmes fondamentaux les représentations religieuses
,cosmologiques et philosophiques de l'humanité,nous
sommes tout prêts à accorder à Frege qu'en dépit de la difficulté de reconnaître une valeur de
vérité ,c'est-à-dire une Bedeutung,à ces formes
de discours ,il serait tout- à- fait inacceptable non seulement de leur dénier l'expression
d'un  sens ( Sinn),mais encore de ne ne pas y voir
la source même de tout sens.Pourtant,et là git la difficulté,la pensée ne saurait être privée de tout
rapport au vrai et au faux. Même si les voyages
d'Ulysse sont aussi fictifs que ceux de Gulliver,les phrases qui en sont l'expression ne véhiculent un
sens ,c'est-à-dire échappent au non-sens,que
dans la mesure où la fonction (le concept,le prédicat,la relation...) dispose d'un "parcours de valeur"
au moins possible,c'est à dire 'vise' un objet,
même si c'est sans pouvoir l'asserter.Frege va même plus loin en soutenant la nécessité d'un
métalangage."Tout comme les fonctions sont
fondamentalement différentes des objets,les fonctions dont les arguments sont et doivent être des
fonctions sont fondamentalement différentes
des fonctions dont les arguments des objets et ne peuvent être rien d'autre."(Fonction et
concept,1891,tr.CL.Imbert,Le Seuil,p.98)
Etudions le rapport Sinn/Bedeutung en inversant sa direction.Partant de l'hypothèse d'un Sinn
dépourvu de référent (les voyages d'Ulysse ou
de Gulliver ,en raison du caractère fictif de l''objet' Gulliver ou Ulysse),nous en avons conclu sa
consistance,sous la double condition de sa
correction syntaxique et de sa cohérence sémantique.Notons toutefois que Frege ne consacre pas à
cet aspect du rapport de longs dévelop-
pements.Il s'intéresse quasi exclusivement à l'hypothèse symétrique :partons d'un référent réel et
unique,qu'en est-il de son sens ?L'exemple
de l'objet "Vénus",connu comme "l'étoile du soir" ou comme "l'étoile du matin",indique que la
description de l'objet n'est pas univoque,du
moins dans la langue  vulgaire.Mais cette polysémie n'est pas propre à l'usage ordinaire de la
langue,puisqu'en géométrie l'intersection des
médianes a,b,c, peut être notée,indifféremment,comme intersection des droites a et b,a et c,b et c.
Russell,dans l'article célèbre "On denoting",
qui corrige l'imprécision du chapitre V des "Principles" de 1903,souligne le caractère équivoque des
"expressions dénotantes" qui,soit ne dénotent
rien (" l'actuel roi de France"),soit dénotent un objet déterminé ( " l'actuelle reine d'Angleterre"
[j'actualise] ),soit encore dénotent de manière
ambiguë ("un homme ").
Sur la distinction frégéenne du Sinn et de la Bedeutung,il note :"L'un des avantages de cette
distinction est de montrer pourquoi il est souvent utile
d'affirmer l'identité.(...)Aussi suppose-t-on que "le roi de France est chauve"doit être dépourvu de
sens;mais cet énoncé n'est pas dépourvu de sens
puisqu'il est manifestement faux.(...)Si a est identique à b,tout ce qui est vrai de l'un est vrai de
l'autre,et dans n'importe quelle proposition ils
peuvent être substitués l'un à l'autre sans que la vérité ou la vérité de la proposition s'en trouve
altérée.Or Georges V souhaitait savoir si Scot;t
était l'auteur de Waverley et en fait Scott était l'auteur de  Waverley.Aussi pouvons-nous substituer 
Scott  à l'auteur de Waverley et prouver par là
que Geoges V souhaitait savoir si Scott était Scott.Il est difficile toutefois d'attribuer un quelconque
intérêt pour la loi d'identité au premier
gentilhomme d'Europe."(Bertrand Russell,in "Ecrits de logique philosophique,tr.fr.P.U.F.,1989,p.209).
La commune référence de Frege
et de Russell au principe de Leibniz :"Eadem sunt quae mutuo substitui possunt,salva veritate"ne
témoigne pas seulement d'une filiation indé-
niable.Elle atteste surtout un commun réalisme,car par a et b ils n'entendent ni des signes ni des
choses mais des désignations de choses,
car la lettre a n'est pas identique à la lettre b et un être n'est identique qu'à soi (réflexivité).Par
contre,il est courant que le même être soit
désigné en fonction de son mode de donation,c'est-à-dire,le plus souvent de son contexte.Aussi
Russell propose-t-il,pour lever les ambiguités
du Sinn ,une interprétation extensive de la formule telle que :"Une entité et une seule a écrit
Waverley,et Scott lui était identique".(o.c.,p.213)
Selon Russell,l'expression dénotante  " n'est qu'une expression, et rien qui puisse être appelé le
sens."(id.)Toutefois,le réalisme de Russell
est assez différent de celui de Frege,car Frege n'a jamais renié son anti- psychologisme ni accepté
de confondre Sinn avec Darstellung.
La pensée est impersonnelle,indépendante de tout sujet concret.Si l'existence de son objet fait
parfois problème,on se saurait pourtant la
priver de sa consistance propre.C'est pourquoi il arrive à Frege de déclarer que "la pensée n'a
besoin pour exister d'aucun complément,elle
est un tout achevé."(La négation, in Ecrits logiques et philosophiques, p.194) Cette tentation
platonicienne se retrouve-t-elle dans le Tractatus ?
 
 OBJET  ET SENS DANS LE TRACTATUS  DE WITTGENSTEIN
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

HISTORICITE

EPISTEMOLOGIE

 NEGATION
 VERITE
 causalité
 Réalisme
 DOXA
 HISTORICITE
 Rationalité
 métaphysique
 HERMENEUTIQUE
 DESCRIPTION
 GRAMMAIRE
 Analyse
 SYMBOLISME
 GRAMMAIRE
 SYNOPSIS
 Nécessité
 CLASSE
 IDEALITES
 PRINCIPES
 ARGUMENTER
 ARGUMENTER
 DEFINITION
 HERMENEUTIQUE
 PHYSIS
 MESURE
 JUSTICE
 CONSTITUTION
 VOLONTE
 Ontologie
 TEMPS ET ETERNITE
 HISTORICITE et HISTORICISME
 DOXA ET PHAINOMENON
 LA PHENOMENOLOGIE COMME SCIENC
 PHENOMENOLOGIE 2
 PHENOMENOLOGIE 3
 EIDETIQUE ET PERCEPTION
 EIDETIQUE ET IMAGINATION
 FORMES DE PENSEE ET FORMES DE
 DECRIRE (1 )
 DECRIRE ( 2 )
 SEMANTIQUE OU SYNTAXE ?
 WITTGENSTEIN DIALECTICIEN
 FREGE :NEGATION ET JUGEMENT
 SENS ET DENOTATION
 OBJET ET SENS DANS LE "TRACTA
 SYMBOLISME ET PHILOSOPHIE
 LOGIQUE,LIMITE ET PERCEPTION
 JEUX,REGLES,REGLE DU JEU,JEUX
 OBSESSION ET PHILOSOPHIE
 LE LANGAGE COMME FORME DE VIE
 EN FAMILLE
 PARENTE
 DENK NICHT,SONDERN SCHAU !
 ARRIERE- PLAN
 La PHILOSOPHIE A - T -ELLE UN
 LA PHILOSOPHIE,MODE DE VIE
 METHODES
 METHODES II
 Y A -T- IL UN "MONDE DES VALEU
 Y A-T-IL UN MONDE DES VALEURS
 TOUTES LES PROPOSITIONS SONT D
 CONFERENCE SUR L'ETHIQUE
 LANGAGE PRIMAIRE ET FORME PRIM
 LANGAGE PRIMAIRE ET FORME PRIM
 L'ANALYSE FONCTIONNELLE DU LAN
 ANALYSE FONCTIONNELLE ET FORME
 ANALYSE OU DIALECTIQUE ?
 FREGE ET BOOLE SUR LA FORME LO
 BOOLE OU FREGE:UN DIALOGUE IMP
 PENSEE ET REPRESENTATION
 FREGE ET POPPER,LE TROISIEME M
 EPISTEMOLOGIE OU LOGIQUE ?
 LOGIQUE ET MATHEMATIQUE
 LE FORMEL COMME TRANSCENDANTAL
 LOGIQUE ET ONTOLOGIE
 PHILOSOPHER SANS PRINCIPE ? (1
 SCIENCE,OPINION,PHILOSOPHIE
 PROBLEMES ET METHODES II
 PROBLEMES ET METHODES II (suit
 INTERPRETATION ET VERITE
 TARSKI ET QUINE (1)
 TARSKI ET QUINE (2)
 HERMENEUTIQUE ET DIALECTIQUE
 DIALECTIQUE ET RHETORIQUE
 DIALECTIQUE ET PHILOSOPHIE
 MATHEMATIQUES ET PHILOSOPHIE
 ETHIQUE ET POLITIQUE
 EUDEMONISME
 PAIDEIA
 EDUCATION ET POLITIQUE

Interactif

 Liens

NEGATION

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VERITE

 PHILOSOPHIE ET VERITE

causalité

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Réalisme

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Partenaires

 Faire un site

CONSTITUTION

 ETHIQUE ET POLITIQUE

PHYSIS

 MATHEMATIQUES ET PHILOSOPHIE

VOLONTE

 EDUCATION ET POLITIQUE

PRINCIPES

 LES PRINCIPES DES PHILOSOPHES

IDEALITES

 HUSSERL SUR KANT ET LA LOGIQUE

ARGUMENTER

 PHILOSOPHER SANS PRINCIPE ? (2


métaphysique

 DOXA ET PHAINOMENON

JUSTICE

 STUCTURE ET VERTU : LA JUSTICE

TEMPS ET ETERNITE

 LA METAPHYSIQUE COMME THEOLOGI

DEFINITION

 PROBLEMES ET METHODES I

ARGUMENTER

 UNE "LOGIQUE DE L'APPARENCE"?

Ontologie

 ARISTOTE : ONTOLOGIE ET THEOLO


 DE LA PHYSIQUE A LA THEOLOGIE

HERMENEUTIQUE

 INTERPRETATION ET VERITE

Mouvement

Rationalité

 LA RATIONALITE EN POLITIQUE: RHETORIQUE OU DIALECTIQUE ?

HERMENEUTIQUE

MESURE

 LA JUSTE MESURE : DE PLATON A

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Signification (philosophie)
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En philosophie la signification désigne un contenu de connaissance, non seulement le fond


communicatif d'une expression de la langue (ce qui relève de la philosophie du langage), mais
aussi le sens, la valeur, l'intention d'un geste, d'une pensée, d'un événement, d'une chose (ce qui
relève de la métaphysique spéciale).

Les problèmes commencent très vite. D'abord, la notion de signification forme constellation avec
d'autres notions, mais lesquelles ? le choix est vaste : sens, non-sens, référence, signifiance,
expression, représentation, vérité, contexte, etc. Ensuite, les théories s'opposent. Deux grandes
tendances se dégagent : les partisans de la logique (dont Bertrand Russell, le premier
Wittgenstein, Rudolf Carnap) sont tentés par la réduction et la polarité « vrai/faux » ou « dénué
de sens/doué de sens », le modèle des mathématiques, tandis que les partisans de l'interprétation
(dont Roland Barthes) sont tentés par la liberté de juger, la polysémie, le modèle des mythes.

Sommaire
 [masquer] 

 1 Sens, signification, signifiance


 2 Théories
 3 Bibliographie
 4 Notes et références
 5 Voir aussi
o 5.1 Articles connexes
o 5.2 Liens externes

Sens, signification, signifiance[modifier | modifier le code]


La distinction entre sens et signification remonte à l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, sous
les signatures de César Du Marsais puis de Nicolas Beauzée. Pour César Du Marsais (1765), la
signification est le contenu d'un mot isolé, tandis que le sens est le contenu d'un mot dans le
contexte d'une expression ou phrase. La distinction intervient donc ici sur les niveaux de la
description (mot ou texte). "C'est une règle des plus communes du raisonnement, que, lorsqu'au
commencement du discours on a donné à un mot une certaine signification, on ne doit pas lui en
donner une autre dans la suite du même discours" (Du Marsais, Œuvres, t. IV, p. 237.) Pour
Nicolas Beauzée, la signification est le sens propre (primitif et fondamental), le sens renvoie aux
acceptions qui en dépendent.

Le Trésor de la langue française le rappelle, l'opposition sens/signification ne fait pas unanimité.

"La dissociation des concepts de sens et de signification est fréquente dans les théories
sémantiques. Cependant, il n'y a pas de consensus et les deux mots recouvrent des
définitions différentes selon les écoles linguistiques. Pour certains, qui fondent la
distinction sur l'opposition de l'intension et de l'extension, le sens d'un signe correspond à
l'aspect intensionnel du concept alors que 'la signification (...) d'un signe représente
l'aspect extensionnel d'un concept (...). Si (...) on parle des significations possibles (des
denotata) du signifiant ville ou town, on pense précisément à une certaine ville, ou à
plusieurs villes, ou à toutes les villes' (H.-E. Breckle, Sém., 1974, pp. 44-45). Pour
d'autres, plus nombreux, la distinction repose sur des oppositions telles que
langue/discours ou type/instance. Ainsi : 'La signification relève de l'énonciation et de la
pragmatique ; elle est toujours liée à la phrase' (Alain Rey, Sémiot., 1979), ou : 'L'énoncé:
Donne-le-moi a toujours la même signification, mais son sens varie pour chaque énoncé,
selon le lieu, le temps, les interlocuteurs, l'objet visé' (Georges Mounin, 1974, s.v. sens),
ou encore, en permutant les termes de l'opposition : 'La phrase 'C'est réussi' véhicule l'idée
de « résultat favorable ». Pourtant, prononcée dans certaines circonstances et avec une
intonation particulière, le sens littéral de « réussite » disparaît totalement au profit de la
« signification », exactement contraire de « revers » ou d'« échec »: c'est réussi ! (Robert
Martin, Inférence, antonymie et paraphrase, 1976, pp. 16-17)."

Pour Ferdinand de Saussure, la signification est une relation interne au signe qui réunit le
signifiant (image acoustique, suite de phonèmes, par exemple le son /soer/) au signifié (concept,
par exemple le concept de sœur). C'est une relation de présupposition réciproque et
d'interdépendance qui fait que chacune des faces du signe (signifiant, signifié) ne peut se
concevoir isolément. Pour Ferdinand de Saussure (1916), le sens d'un signe linguistique est
constitué par la représentation suggérée par ce signe lorsqu'il est énoncé. La langue est comme
une feuille de papier qui a la pensée pour recto et le son pour verso. Le sens réside dans la
concomitance entre pensée et sons. D'autre part, à côté de cette perspective interne, Saussure
distingue signifié et référent ; ses disciples distinguent la relation sémantique (interne au signe,
entre signifiant et signifié, c'est-à-dire phénomène matériel et concept) et la relation référentielle
(externe, entre signe global et objet). Enfin, la valeur d'un terme n'est qu'un élément de sa
signification. La valeur linguistique est le sens d'une unité définie par les positions relatives de
cette unité à l'intérieur du système linguistique. La valeur s'oppose à la signification définie par
référence au monde matériel. Par exemple, la signification de l'anglais sheep et du français
mouton est identique, mais leur valeur est différente, car le mot sheep suppose, à côté de lui, un
second terme, mutton (la viande de mouton), alors que le terme français est unique.
Qu'est-ce que la signifiance ? C'est le sens d'une expression dans la mesure où ce sens n'est pas
identifiable ni réductible à la référence. Par exemple, un syncatégorème ("tous", "ne pas", "et",
"si", les connectifs, les auxiliaires du verbe exprimant les modalités logiques...) est un terme qui
n'a de signification autonome, mais seulement quand il relie ou se rapporte à d'autres termes
appelés catégorèmes (noms, verbes, adjectifs), il ne désigne pas de référé, il n'a de sens que dans
le flux du discours. De même un type, selon Russell, a de la signifiance, un sens syntaxique, pas
de la signification.

E. D. Hirsch (1967) oppose signification et signifiance. La signification d'une œuvre est sa


structure intentionnelle créée par l'auteur, sa signifiance est la mise en relation de cette
signification avec les préoccupations, intérêts, manières de voir, etc. du récepteur.

Oswald Ducrot présente la signification comme le sens sémantique, et le sens comme le sens
pragmatique.

Pour François Rastier, la signification est une propriété du signe, elle concerne les relations entre
le signifiant et le signifié ou entre le concept et le référent, alors que le sens est une propriété du
texte, il concerne le parcours entre contenu et expression.

Théories[modifier | modifier le code]


Aristote est à l'origine du triangle sémiotique : parole/concept ("état d'âme")/chose. La
signification se situe au niveau des mots, et c'est une "chose humaine".

"La parole [1] est un ensemble d'éléments symbolisant les états de l'âme [2], et l'écriture
un ensemble d'éléments symbolisant la parole. Et, de même que les hommes n'ont pas
tous le même système d'écriture, ils ne parlent pas tous de la même façon. Toutefois, ce
que la parole signifie immédiatement, ce sont des états de l'âme qui, eux, sont identiques
pour tous les hommes; et ce que ces états de l'âme représentent, ce sont des choses [3],
non moins identiques pour tout le monde» (1,16 a, 3-8)." (Aristote, De l'interprétation).

Le logicien Lotze (Logique, 1874) identifié validité et signification.

Avec Frege, Peirce, le problème du langage, du sens, de la signification l'emporte sur le problème
de la connaissance. C'est le linguistic turn dont a parlé R. Rorty.

En 1892, le logicien Frege, sans distinguer sens et signification, distingue sens et référence (Sinn
und Bedeutung). Chaque nom propre, chaque expression possède une signification composée de
deux composantes, de deux valeurs sémantiques : le sens, la dénotation (référence). Deux
expressions sont synonymes si elles ont même sens et même dénotation. Deux expressions
peuvent avoir des sens différents et cependant avoir un même référé. Exemple de Frege : les deux
expressions "l'étoile du matin" et "l'étoile du soir" ont le même référent, qui est la planète Vénus,
il y a identité, mais pas tautologie, puisqu'une information est là. Le sens est la pensée exprimée,
"le mode selon lequel l’objet est donné" par le nom, ce qui permet de connaître (Frege ne pense
pas en psychologue, à quelque chose de mental, mais il pense en logicien, à un procédé, à un
système de règles ou de critères) ; le référent (appelé aussi "dénoté") est l'objet désigné, la réalité
visée, ce sur quoi porte l'expression. « L'étoile la plus éloignée de la terre » a un sens (Sinn) mais
n'a pas de référent, pas de dénotation (Bedeutung). Frege distinguait le sens d'un signe de la
représentation qu'il évoque : le sens est objectif et invariable, la représentation est subjective et
fluctuante d'un individu à l'autre. - Pour Frege, à tout concept pourvu de sens correspond un
objet, un ensemble : son extension. Mais Russell, lui, écrit en 1902 que cela conduit à une
contradiction. Si l'on suit Frege, il existe des ensembles qui appartiennent à eux-mêmes et
d'autres non ; ainsi, l'ensemble de tous les ensembles est un ensemble qui appartient à lui-même,
mais l'ensemble de tous les hommes n'est pas un homme, il n'appartient pas à lui-même. C'est le
paradoxe de Russell. - Frege distingue sens et idée. "Le sens réel d'une proposition est le même
pour tout le monde ; mais les idées qu'une personne associe avec la proposition lui appartiennent
à elle seule... Personne ne peut avoir les idées de quelqu'un d'autre" (lettre à Wittgenstein, 1919).

Dès 1897, le logicien Charles Peirce estime que le signe est une triade : representamen, objet,
interprétant. [1] Un representamen (signe matériel) dénote [2] un object, un objet (un objet de
pensée) grâce à [3] un interpretant, un interprétant (une représentation mentale de la relation
entre le representamen et l'objet, un sens). Le représentamen est premier (c'est la pure possibilité
de signifier), l'objet est deuxième (c'est ce qui existe et dont on parle), mais ce processus
s'effectue en vertu d'un interprétant (c'est ce troisième terme qui donne à la relation de
signification son caractère dynamique). Par exemple, le mot « chat » est le representamen, l'objet
est ce qui est désigné par ce mot, et le premier interprétant est la définition reçue de ce mot : le
concept de chat. (Encyclopédie de la philosophie, Le livre de poche, 2002, p. 1503).

"Un Signe, ou Representamen, est un Premier, qui entretient avec un Second, appelé son
Objet, une telle véritable relation triadique qu'il est capable de déterminer un Troisième,
appelé son 'Interprétant', pour que celui-ci assume la même relation triadique à l'égard du
dit Objet que celle entre le Signe et l'Objet."

D'autre part, le pragmatisme de Peirce définit ainsi la signification :

"Considérez comment nous concevons les effets de l'objet de nos conceptions, effets qui
ont de manière concevable une portée pratique. Alors la conception que nous avons de ces
effets constitue la totalité de notre conception de ces objets."

William James interprète ainsi la pensée de Peirce :

"Pour développer la signification d'une pensée, il nous faut seulement déterminer la


conduite qu'elle est apte à produire ; cette conduite est pour nous sa seule signification et
sa seule importance"

Bertrand Russell a développé dès 1903, dans Principles of Mathematics, une théorie du sens,
référentielle et antipsychologique. Tout mot possède une référence sous forme de terme. Les
noms propres (grammaticaux) ont une signification (meaning) en ce qu'ils se réfèrent directement
à une chose : personne ou objet : "Scott" signifie l'individu Walter Scott ; les noms généraux ont
une signification en ce qu'ils se réfèrent directement aux concepts au sens large : prédicats et
relations. "Le sens se déploie chez Russell en trois modalités".
1. le sens dans sa modalité signification (meaning). Ici le sens est une notion ontologique.
Cette modalité est référentielle : la signification est une relation référentielle directe et
immédiate. La signification des noms authentiques assure la référence immédiate à des
entités réelles, qu'elles existent comme les choses (la baleine particulière) ou subsistent
comme les concepts (la baleine générique). Russell, contre Frege, défend une conception
strictement référentielle du sens.
2. le sens dans sa modalité dénotation (denoting). Ici le sens est une notion logique. La
dénotation est aussi référentielle, mais elle inaugure un processus indirect et proprement
logique d'inférence. Les descriptions définies ("L'auteur de Waveley" pour désigner
Walter Scott) ne dénotent plus par elles-mêmes, mais seulement contribuent à la
signification, c'est-à-dire à la référence de la phrase qui les contient. En plus des noms
propres et généraux, les expressions dénotantes sont des constructions linguistiques
complexes qui mettent en jeu les mots logiques : "le", "tous les", "chaque".., elles réfèrent
indirectement à des choses 'cas particulier de "le") ou à des objets logiques..
3. le sens dans sa modalité signifiance (significance). Ici le sens est une notion
syntaxique. La signifiance est seule garante de la bonne formation des formules du
discours. On est là dans la dimension syntaxique du sens, celle de l'usage catégorématique
ouvert par le principe de la dénotation. À cette analyse des règles d'usage des signes
complexes du langage naturel, il convient d'ajouter celle des contraintes syntaxiques de
sens imposées à la construction de la langue logique elle-même.

Pour le Wittgenstein du Tractatus (1921), la pensée s'identifie au langage, le sens est calcul de
vérité (d'où des tables de valeurs de vérité) et il renvoie à la question de la référence (les
propositions doivent représenter des faits et leurs liaisons, de façon extra-linguistique). En
modifiant Frege, Wittgenstein, soutient que seule la proposition (Satz) a un sens, et seul un nom
ou un signe primitif a une dénotation (Bedeutung) et représente (vertreten) l'objet.

"4. - La pensée est la proposition ayant un sens.


4.001 - La totalité des propositions est le langage.
4.002 - L'homme possède la faculté de construire des langages, par lesquels chaque sens
se peut exprimer, sans avoir nulle notion ni de la manière dont chaque mot signifie, ni de
ce qu'il signifie... Le langage travestit la pensée...
4.003 - La plupart des propositions et des questions qui ont été écrites sur des matières
philosophiques sont, non pas fausses, mais dépourvues de sens (unsinning). (...)
4.021 - La proposition est une image de la réalité (...)
4.022 - La proposition montre son sens."

La méthode va donc consister à distinguer entre les propositions dotées de sens (elles proviennent
de la science) et les propositions qui en sont dépourvues (elles proviennent de la métaphysique).
Wittgenstein classe toute idée en l'une de ces trois catégories de propositions (Wittgenstein,
Tractatus, 4.11-4.116).

1. proposition privée de sens, c’est-à-dire absurde (unsinnig, nonsensical), logiquement


mal formée, donc sans signification ; exemples : erreur catégorielle (« La pluie est un
nombre premier »), substantivation (« La pluie est un bienfait »), mot creux (« La pluie
vivifie »), question multiple (« La pluie recommence-t-elle ? » = « La pluie est-elle déjà
tombée ? » + « Tombe-t-elle à nouveau ? »). La philosophie abuse de ces « pseudo-
propositions dépourvues de sens » (Tractatus, 4.1272, 4.003).
2. proposition privée de contenu, c’est-à-dire « vide de sens » (sinnlos, without sense),
« analytique » (au sens de Kant), dénuée d'information sur le réel, même si elle est
grammaticalement correcte ou logiquement bien formée ; c’est soit une tautologie (« Il
pleut ou il ne pleut pas »), soit une contradiction (« Il pleut et il ne pleut pas »). Les
formules logiques sont des tautologies ; les jugements moraux sont des non-sens :
invérifiables, sans propriété naturelle.
3. proposition pourvue de sens et de contenu, c’est-à-dire expressive, signifiante (sinnvoll,
meaningful), à la fois « bien formée » et connectée au réel ; exemples : une donnée
sensible éprouvée (« Dehors il y a la pluie » Carnap), une donnée physique vérifiable (« Il
pleut davantage à Paris en août qu’en janvier »). Les sciences expérimentales donnent de
telles propositions, bipolaires (vraies ou fausses).

C. K. Ogden et I. A. Richards (The Meaning of Meaning, 1923) Ogden et Richards soutiennent


que les problèmes dans la communication humaine viennent de la tendance des locuteurs à traiter
les mots comme des choses. On confond le nom d'un objet avec cet objet même. Or les mots ne
possèdent pas un sens canonique. Le sens d'un mot est déterminé par le vécu, passé et présent,
des locuteurs qui rencontrent ce mot dans des situations bien précises. Comme chaque locuteur
interprète les mots en fonction de son vécu, les mots revêtent divers sens qui dépendent des sujets
parlants. Cela explique les malentendus.

Rudolf Carnap, en 1931, dans un article dévastateur, Le dépassement de la métaphysique par


l'analyse logique du langage, accentue le premier Wittgenstein. Son empirisme logique soutient
que l'énoncé "vide de sens" (sinnlos), invérifiable, est aussi "privé de sens" (unsinnig), absurde :
ce qui n'a pas de contenu empirique, de base expérimentale (physique ou sensorielle) n'a pas de
sens, de signification. Les énoncés de la métaphysique ne sont pas plus vrais que faux, ils violent
les règles de la syntaxe, ils ne forment que des "simili-énoncés" (Scheinsätze), comme on le voit
dans cette phrase de Heidegger "Le néant néantise".

En 1947, dans Meaning and Necessity, Carnap soutient l'existence de deux composantes de la
signification : l'extension et l'intension. L'extension est la référence objectale externe ; l'extension
d'un terme individuel (comme "Carnap") est l'individu concret désigné, l'extension d'une
propriété est est la classe ou l'ensemble des objets qui ont cette propriété, l'extension d'une
proposition est sa correspondance ou non aux faits. L'intension est le concept que la construction
linguistique tente de susciter ou suscite chez l'auditeur ou le lecteur. Dans un prédicat comme
"être maréchal d'Empire", l'extension - comme la référence (Bedeutung) selon Frege - désigne
une classe d'individus ayant le même prédicat : l'ensemble de ces maréchaux. L'intension -
comme le sens (Sinn') selon Frege - désigne la propriété, "être maréchal est une dignité, et non un
grade". L'extension et l'intension - contrairement à ce qui se passe chez Frege - ne varient pas
avec le contexte, qu'il soit ordinaire ("Ney est un maréchal d'Empire") ou oblique ("Je crois que
Ney est un maréchal d'Empire").

La grande maxime du néo-positivisme (Carnap), Neurath...), c'est la théorie vérificationniste de la


signification cognitive, pris vers 1930 à Wittgenstein (qui, plus tard, nia avoir jamais eu
l'intention de faire de ce principe le fondement d'une théorie de la signification). Un énoncé a une
signification cognitive, autrement dit il fait une assertion soit vraie soit fausse, si et seulement s'il
n'est pas analytique (réductible à des tautologies) ou contradictoire, ou s'il est logiquement
déductible d'une classe finie d'énoncés observationnels. Dans un article intitulé Testability and
Meaning (1936-1937), Carnap écrit ceci :

"Je m'efforcerai de formuler le principe de l'empirisme avec le plus d'exactitude, en


proposant pour critère de signification une exigence de confirmabilité ou de testabilité."

Waisman formule ainsi le principe de vérification :

"S'il n'existe aucun moyen pour dire quand un énoncé est vrai, alors l'énoncé n'a pas de
sens, car le sens d'un énoncé est la méthode de sa vérification."

Après 1932, Wittgenstein modifie sa philosophie, il insiste sur l'utilisation effective du langage.
La signification (Bedeutung) d'un mot ne réside pas dans sa référence concrète, mais dans son
emploi dans le langage. Wittgenstein, Investigations philosophiques (1936-1949, 1ère éd. 1953, §
9-11) :

"L'usage des mots... Que désignent dès lors les mots de ce langage ? Ce qu'ils désignent,
comment cela doit-il se montrer, si ce n'est dans la manière de leur usage ? (...) Songez
aux outils d'une boîte à outils : il y a là un marteau, des tenailles, une scie, un tournevis,
un mètre, un pot de colle, de la colle, des clous et des vis. Autant les fonctions de ces
objets sont différentes, autant le sont les fonctions des mots. (...) Ce qui nous égare, c'est
l'uniformité de leur aspect. Car leur utilisation n'apparaît pas si clairement."

Dans le béhaviorisme ou comportementalisme, le schéma clef est celui de stimulus/réponse. En


linguistique (Leonard Bloomfield, Le langage, 1933, trad. 1970), la signification est l'ensemble
des ripostes de comportement suscitées par une émission linguistique. Le sens d'une unité, c'est la
somme des situations où elle apparaît comme stimulus et des comportements -réponses que ce
stimulus entraîne de la part de l'interlocuteur. Étant donné l'impossibilité de faire cette somme, il
s'agit d'un refus de poser le problème du sens.

Le logicien polonais Kazimierz Ajdukiewicz (1890-1963), célèbre par l'article Sprache und Sinn
(Langue et sens) (1934) a donné la "théorie juridique de la signification", empiriste. Les énoncés
portant sur le sens sont normatifs (de jure). Signifier, ce n'est ni dénoter ni connoter. Le sens
d'une expression est déterminé dans le langage donné par les règles qui gouvernent son usage :
règles axiomatiques, règles déductives, règles empiriques.

Roland Barthes a développé une "sémiologie de la signification". Dans Mythologies (1957), il


décrit des mythes aussi divers que la Citroën DS, le catch, le vin et le visage de Greta Garbo. En
1971, dans "Une problématique du sens" (Messages, 1), distingue trois régimes anthropologiques
du sens : la monosémie (un seul sens), la polysémie (plusieurs sens), la pansémie (tous les sens
possibles). Et, poursuit Roland Barthes, en accord Michel Foucault, les institutions sociales
admettent l'interprétation ou non, elles surveillent le sens.

"L'institution sociale se donne toujours comme tâche de surveiller le sens, de surveiller la


prolifération des sens ; par exemple, le développement considérable de la formalisation
mathématique dans le langage des sciences humaines est un moyen de lutter contre les
risques de polysémie ; dans l'interprétation des textes littéraires s'exerce aussi une sorte de
surveillance de l'institution, de l'Université en l'occurrence, sur la liberté d'interprétation
des textes, c'est-à-dire sur le caractère en quelque sorte polysémique infini d'un texte
littéraire."

L'imagerie cérébrale a établi certains faits. Les images cérébrales obtenues avec une caméra à
positons montrent que lorsqu'un sujet entend un discours sans le comprendre, l'activité du cerveau
est limitée au système auditif, mais, lorsqu'il comprend, un nombre important d'aires cérébrales
dans les régions frontales et temporales de l'hémisphère gauche s'activent. Ainsi, un signifiant
peut être produit et perçu sans que lui soit automatiquement associé un signifié.

Bibliographie[modifier | modifier le code]


 Olivier Houdé (dir.), Vocabulaire de sciences cognitives, PUF, 2003.
 Cyril Michon, Nominalisme. La théorie de la signification de Guillaume d’Occam, Vrin,
528 p.
 Bertrand Russell, Signification et vérité (An Inquiry into Meaning and Truth, 1940),
Flammarion, 1969 ; The Analysis of Mind, Unwin, 1921.
 Marc Baratin et Claude Moussy, Conceptions latines du sens et de la signification, Centre
Alfred Ernout, 1999.
 Textes clés de philosophie du langage. Vol. I : Signification, vérité et réalité, par Sandra
Laugier et Bruno Ambroise, Vrin, 2009.
 C. K. Ogden et I. A. Richards, The Meaning of Meaning, Kegan Paul, 1923.

Notes et références[modifier | modifier le code]


1. ↑ Articles de Du Marsais et Beauzée réunis en volume avec ceux de Jean-François Marmontel sous le titre
de Dictionnaire de grammaire et de littérature (1789).
2. ↑ Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale (1916), Payot, 1972.
3. ↑ Gilbert Hottois, Penser la logique, De Boeck Université, Bruxelles, 1989.
4. ↑ E. D. Hirsch, Validity in Interpretation, Yale University Press, 1967.
5. ↑ Oswald Sucrot et Tzetan Todorov, Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Seuil, 1972.
6. ↑ R. Rorty, The linguistic turn, in Philosophy and the Mirror of Nature, Princeton, 1979, p. 172.
7. ↑ Gottlob Frege, Sens et dénotation (1892), in Écrits logiques et philosophiques, trad., Seuil, 1971, p. 102-
126.
8. ↑ Charles Peirce, Écrits sur le signe, trad., 1978.
9. ↑ Peirce, How to make our ideas clear, in Collected Papers, vol. V, 402.
10. ↑ William James, The pragmatic method, in Essays in Philosophy, p. 124.
11. ↑ Bertrand Russell, Principles of Mathematics (1903), trad. in Écrits de logique philosophique, PUF, 1989.
12. ↑ Denis Vernant, Bertrand Russell, Garnier-Flammarion, 2003, p. 114-115, 141-143.
13. ↑ Rudolf Carnap, "Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage" (193O), trad. par
A. Soulez, Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, PUF, 1985.
14. ↑ Ray Monk, Wittgenstein. Le devoir de génie, Flammarion, 2009, p. 285. K. T. Fann, Ludwig
Wittgenstein : The Man and His Philosophy, Harvester, 1967, p. 49-55.
15. ↑ Rudolf Carnap, Testability and Meaning, Philosophy of Science, 3, 1936-1937, p. 419-471, p. 1-40.
16. ↑ Waisman, in A. Soulez, Manifeste du cercle de Vienne et autres écrits, PUF, 1985, p. 55.
17. ↑ Jean Dubois et al., Dictionnaire de linguistique, Larousse, 1973, p. 436.
18. ↑ Dictionnaire des philosophes, Encyclopaedi Universalis/Albin Michel, 1998, p. 26-27.
19. ↑ Jean-Pierre Changeux et Paul Ricœur, Ce qui nous fait penser, Odile Jacob, 1998.

Voir aussi[modifier | modifier le code]


Articles connexes[modifier | modifier le code]

 intension et extension (Rudolf Carnap)


 philosophie du langage
 sémantique
 sens | sens (métaphysique) | sens et dénotation (Frege)
 Signe
 signifiance
 signification
 théorie vérificationniste de la signification (Cercle de Vienne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

 [1] la philosophie de l'esprit et les théories de la signification

 Portail de la philosophie

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27 juin 2016
1922 et 1953
Langage
par Ludwig Wittgenstein
Extrait de « Tractatus logico-philosophicus » et de «  Investigations
philosophiques »

1. PREMIÈRE PHILOSOPHIE [1]


Note à propos de la numérotation du Tractatus logico-philosophicus [2]
Le monde (1 et 2.0)
L'image du monde : la pensée (2.1, 3 et 4)
Logique mathématique : grammaire du langage (5 et 6)
Conclusion du Tractatus logico-philosophicus (7)
2. DEUXIÈME PHILOSOPHIE [3]
Jeux de langage

***

1. PREMIÈRE
PHILOSOPHIE

Le monde

1 - Le monde est tout ce qui a lieu.

1.1 - Le monde est la totalité des faits, non des


choses. [4] [voir 2.04, 2.063 et 2.1]
1.11 - Le monde est déterminé par les faits, et par ceci qu'ils sont tous les
faits.

1.12 - Car la totalité des faits détermine ce qui a lieu, et aussi tout ce qui n'a
pas lieu.

1.13 - Les faits dans l'espace logique sont le monde. [voir 2.063]

1.2 - Le monde se décompose en faits.

1.21 - Quelque chose peut isolément avoir lieu ou ne pas avoir lieu, et tout
le reste demeurer inchangé. [voir 2.061 et 2.062]

2 - Ce qui a lieu, le fait, est la subsistance d'états de chose [la mémoire].

[...]

2.012 - En logique, rien n'est accidentel : quand la chose se présente dans un


état de choses, c'est que la possibilité de l'état de choses doit déjà
être préjugée dans la chose.

2.0121 - Il apparaîtrait pour ainsi dire comme accidentel qu'à une chose qui
pourrait subsister seule en elle-même, une situation convînt par
surcroît.

Si les choses peuvent se présenter dans des états de choses, cette


possibilité doit être déjà inhérente à celles-ci.
(Quelque chose de logique ne peut être seulement possible. La
logique traite de chaque possibilité, et toutes les possibilités sont
ses faits.)

De même que nous ne pouvons absolument nous figurer des


objets spatiaux en dehors de l'espace, des objets temporels en
dehors du temps, de même ne pouvons-nous nous figurer aucun
objet en dehors de la possibilité de sa connexion avec d'autres.

Si je puis me figurer l'objet lié dans l'état de choses, je ne puis me


le figurer en dehors de la possibilité de ce lien.

[...]

2.014 - Les objets contiennent la possibilité de toutes les situations.

[...]

2.024 - La substance est ce qui subsiste indépendamment de ce qui a lieu.

2.025 - Elle est forme et contenu.

2.0251 - L'espace, le temps et la couleur (la capacité d'être coloré) sont des
formes des objets.

2.026 - Ce n'est que s'il y a des objets qu'il peut y avoir une forme fixe du
monde.

[...]

2.0272 - La configuration des objets forme l'état de choses.


2.04 - La totalité des états de choses subsistants est le monde.

[...]

2.061 - Les états de choses sont mutuellement indépendants.

2.062 - De la subsistance ou de la non-subsistance d'un état de choses, on ne


peut déduire la subsistance ou la non-subsistance d'un autre état de
choses.

2.063 - La totalité de la réalité est le monde [5].

L'image du monde : la pensée

2.1 - Nous nous faisons des images des faits.

2.11 - L'image présente la situation dans l'espace logique, la subsistance et


la non-subsistance des états de choses.

2.12 - L'image est un modèle de la réalité.

[...]

2.21 - L'image s'accorde ou non avec la réalité ; elle est correcte ou


incorrecte, vraie ou fausse.

[...]

2.225 - Il n'y a pas d'image vraie a priori.


3 - L'image logique des faits est la pensée.

3.001 - « Un état de choses est pensable » signifie : nous pouvons nous en
faire une image.

3.01 - La totalité des pensées vraies est une image du monde.

3.02 - La pensée contient la possibilité des situations qu'elle pense. Ce qui


est pensable est aussi possible.

3.03 - Nous ne pouvons rien penser d'illogique, parce que nous devrions
alors penser illogiquement.

3.031 - On a dit que Dieu pouvait tout créer, sauf seulement ce qui
contredirait aux lois de la logique. - En effet, nous ne pourrions pas
dire à quoi ressemblerait un monde « illogique ».

3.032 - Figurer dans le langage quelque chose de « contraire à la logique »,


on ne le peut pas plus que figurer en géométrie par ses
coordonnées une figure qui contredirait aux lois de l'espace ; ou
donner les coordonnées d'un point qui n'existe pas.

3.0321 - Nous pouvons bien figurer spatialement un état de choses qui


heurte les lois de la physique, mais non pas un état de choses qui
heurte celles de la géométrie.

3.04 - Une pensée correcte a priori serait telle que sa possibilité détermine sa
vérité.
3.05 - Nous ne pourrions savoir a priori qu'une pensée est vraie, que si sa
vérité pouvait être reconnue dans la pensée même (sans objet de
comparaison).

3.1 - Dans la proposition la pensée s'exprime pour la perception sensible.

3.11 - Nous usons du signe sensible (sonore ou écrit, etc.) de la proposition


comme projection de la situation possible.

La méthode de projection est la pensée du sens de la


proposition.

3.12 - Le signe par lequel nous exprimons la pensée, je le nomme signe


propositionnel. Et la proposition est le signe propositionnel dans sa
relation projective au monde.

[...]

3.144 - Les situations peuvent être décrites, non nommées. (Les noms sont
comme des points, les propositions comme des flèches, elles ont un
sens.)

[...]

3.22 - Le nom est dans la proposition le représentant de l'objet.

3.221 - Je ne puis que nommer les objets. Des signes en sont les
représentants. Je ne puis qu'en parler, non les énoncer. Une
proposition peut seulement dire comment est une chose, non ce
qu'elle est.
[...]

3.261 - Chaque signe défini dénote par-delà les signes qui servent à le
définir ; et les définitions montrent la direction.

Deux signes, l'un primitif et l'autre défini par des signes


primitifs, ne peuvent dénoter de la même manière. On ne peut
démembrer des noms au moyen de définitions. (Ni aucun signe qui
a une signification isolément et par soi-même.)

3.262 - Ce qui, dans les signes, ne parvient pas à l'expression, l'emploi de


ceux-ci le montre. Ce que les signes escamotent, leur emploi
l'énonce.

3.263 - Les significations des signes primitifs peuvent être expliquées par
des éclaircissements. Les éclaircissements sont des propositions
contenant les signes primitifs. Ils ne peuvent donc être compris que
si les significations de ces signes sont déjà connues.

3.3 - Seule la proposition a un sens ; ce n'est que lié dans une proposition
que le nom a une signification.

3.31 - Chaque partie de la proposition qui caractérise son sens, je la nomme


expression (symbole).

(La proposition elle-même est une expression.)

Est expression tout ce qui, étant essentiel au sens d'une


proposition, peut être commun à des propositions.
L'expression fait reconnaître une forme et un contenu.

3.311 - L'expression présuppose les formes de toutes les propositions dans


lesquelles elle peut apparaître. Elle est la marque caractéristique
commune d'une classe de propositions.

3.312 - Elle est donc figurée par la forme générale des propositions qu'elle
caractérise.

Et alors, dans cette forme, l'expression sera constante et tout le


reste variable.

[...]

3.32 - Le signe est ce qui est perceptible aux sens dans le symbole.

[...]

3.332 - Aucune proposition ne peut rien dire à son propre sujet, puisque le
signe propositionnel ne saurait être contenu en lui-même (c'est là
toute la « théorie des types »).

[...]

4 - La pensée est la proposition pourvue de sens.

4.001 - La totalité des propositions est la langue.

4.002 - L'homme possède la capacité de construire des langues par le moyen


desquelles tout sens peut être exprimé, sans qu'il ait une idée de ce
que chaque mot signifie, ni comment il signifie. De même aussi l'on
parle sans savoir comment sont produits les différents sons.

La langue usuelle est une partie de l'organisme humain, et n'est


pas moins compliquée que lui.

Il est humainement impossible de se saisir immédiatement, à


partir d'elle, de la logique de la langue.

La langue déguise la pensée. Et de telle manière que l'on ne


peut, d'après la forme extérieure du vêtement, découvrir la forme
de la pensée qu'il habille ; car la forme extérieure du vêtement est
modelée à de tout autres fins qu'à celle de faire connaître la forme
du corps.

Les conventions tacites nécessaires à la compréhension de la


langue usuelle sont extraordinairement compliquées.

4.003 - La plupart des propositions et des questions qui ont été écrites
touchant les matières philosophiques ne sont pas fausses, mais sont
dépourvues de sens. Nous ne pouvons donc en aucune façon
répondre à de telles questions, mais seulement établir leur non-
sens. La plupart des propositions et questions des philosophes
découlent de notre incompréhension de la logique de la langue.

(Elles sont du même type que la question : le Bien est-il plus ou


moins identique que le Beau?)
Et ce n'est pas merveille si les problèmes les plus profonds ne
sont, à proprement parler, pas des problèmes.

4.0031 - Toute philosophie est « critique du langage ». (Mais certainement


pas au sens de Mauthner [6]) Le mérite de Russell est d'avoir montré
que la forme logique apparente de la proposition n'est pas
nécessairement sa forme logique réelle.

4.01 - La proposition est une image de la réalité.

La proposition est un modèle de la réalité, telle que nous nous la


figurons.

[...]

4.3 - Les possibilités de vérité des propositions élémentaires signifient les


possibilités de subsistance ou de non-subsistance des états de
choses.

[...]

Logique mathématique : grammaire du langage

5 - La proposition est une fonction de vérité des propositions élémentaires.

(La proposition élémentaire est une fonction de vérité d'elle-même.)

[...]
5.1 - Les fonctions de vérité peuvent être ordonnées en séries. Tel est le
fondement de la théorie des probabilités.

5.101 - Les fonctions de vérité de tout nombre donné de propositions


élémentaires peuvent être écrites selon un schéma du type suivant
[7] :

(V V V V)       (p,q) Tautologie (si p alors p ; et si q alors q.) (p  p. q


 q)
(F V V V)       (p,q) soit :      pas à la fois p et q. (~(p . q))
(V F V V)       (p,q)    "           si q alors p. (q  p)
(V V F V)       (p,q)    "           si p alors q. (p  q)
(V V V F)       (p,q)    "           p ou q. (p v q)
(F F V V)        (p,q)    "           non q. (~q)
(F V F V)        (p,q)    "           non p. (~p)
(F V V F)        (p,q)    "           p ou q, mais pas les deux. (p . ~q : v : q .
~p)

(V F F V)        (p,q)    "           si p alors q ; et si q alors p. (p ≡ q)


(V F V F)        (p,q)    "           p
(V V F F)        (p,q)    "           q
(F F F V)         (p,q)    "           ni p ni q. (~p . ~q) ou (p | q)
(F F V F)         (p,q)    "           p et non q. (p . ~q)
(F V F F)         (p,q)    "           q et non p. (q . ~p)
(V F F F)         (p,q)    "           q et p. (q . p)
(F F F F)          (p,q) Contradiction (p et non p ; et q et non q.) (p.~p.
q.~q)
À ces possibilités de vérité de ses arguments de vérité qui
vérifient une proposition, je donnerai le nom de fondements de vérité
de cette proposition.

[...]

5.133 - Toute conséquence est conséquence a priori.

[...]

5.1361 - Les événements futurs, nous ne pouvons les conclure à partir des
événements présents.

La croyance en un lien causal est un préjugé.

5.1362 - Le libre arbitre consiste en ce que nous ne pouvons connaître


maintenant les actions futures. Nous ne pourrions les connaître que
si la causalité était une nécessité interne, comme celle de la
déduction logique. – L'interdépendance du connaître et de ce qui
est connu est celle de la nécessité logique. (« A sait que p a lieu » est
vide de sens, si p est une tautologie.)

[...]

5.23 - L'opération est ce qui doit arriver à une proposition pour que l'autre
en résulte.

[...]
5.251 - Une fonction ne peut être son propre argument, tandis que le
résultat d'une opération peut fort bien devenir sa propre base.

[...]

5.43 - Qu'à partir du fait p doivent s'ensuivre une infinité d'autres faits, à
savoir ~~p, ~~~~p, etc., voilà qui est au premier abord à peine
croyable. Et il n'est pas moins remarquable que le nombre infini des
propositions de la logique (de la mathématique) suivent d'une
demi-douzaine de « lois fondamentales ».

Mais toutes les propositions de la logique disent la même chose.


À savoir : rien.

[...]

5.5423 - Percevoir un complexe signifie percevoir que ses éléments sont


dans tel ou tel rapport.

Ceci explique bien aussi que l'on puisse voir de deux manières la
figure ci-dessous comme un cube ; et de même pour tous les
phénomènes analogues. Car nous voyons alors réellement deux
faits distincts.
(Si je regarde tout d'abord les
sommets marqués a, et
seulement marginalement les
sommets marqués b, a paraît
être en avant ; et
inversement.)

[...]

5.552 - L' « expérience » dont nous avons besoin pour comprendre la


logique, ce n'est pas qu'il y ait tel ou tel état de choses, mais qu'il y
ait quelque chose : mais ce n'est pas là une expérience.

La logique est antérieure à toute expérience – que quelque chose


est ainsi. Elle est antérieure au Comment, non au Quoi.

[...]

5.6 - Les frontières de mon langage sont les frontières de mon monde.

5.61 - La logique remplit le monde ; les frontières du monde sont aussi ses
frontières.
Nous ne pouvons donc dire en logique : il y a ceci et ceci dans le
monde, mais pas cela.

Car ce serait apparemment présupposer que nous excluons


certaines possibilités, ce qui ne peut avoir lieu, car alors la logique
devrait passer au-delà des frontières du monde ; comme si elle
pouvait observer ces frontières également à partir de l'autre bord.

Ce que nous ne pouvons penser, nous ne pouvons le penser ;


nous ne pouvons donc davantage dire ce que nous ne pouvons
penser.

5.62 - Cette remarque fournit la clef pour décider de la réponse à la


question : dans quelle mesure le solipsisme est-il une vérité?

Car ce que le solipsisme veut signifier est tout à fait correct,


seulement cela ne peut se dire, mais se montre.

Que le monde soit mon monde se montre en ceci que les


frontières du langage (le seul langage que je comprenne) signifient
les frontières de mon monde.

5.621 - Le monde et la vie ne font qu'un.

5.63 - Je suis mon monde. (Le microcosme.)

[...]

5.632 - Le sujet n'appartient pas au monde, mais il est une frontière du


monde.
5.633 - Où, dans le monde, un sujet métaphysique peut-il être discerné?

Tu réponds qu'il en est ici tout à fait comme de l'œil et du champ


visuel. Mais l'œil, en réalité, tu ne le vois pas.

Et rien dans le champ visuel ne permet de conclure qu'il est vu par


un œil. [8]

[...]

5.634 - Ce qui dépend de ceci, à savoir qu'aucune partie de notre expérience


n'est en même temps a priori.

Tout ce que nous voyons pourrait aussi être autre.

Tout ce que, d'une manière générale, nous pouvons décrire,


pourrait aussi être autre.

Il n'y a aucun ordre a priori des choses.

[...]

6.121 - Les propositions de la logique démontrent les propriétés logiques


des propositions, en formant par leur connexion des propositions
qui ne disent rien.

On pourrait appeler encore cette méthode : méthode de


réduction à zéro. Dans la proposition logique, les propositions sont
mises entre elles en équilibre, et cet état d'équilibre montre alors
comment ces propositions doivent être logiquement agencées.
6.122 - Il en résulte que nous pourrions aussi bien nous passer des
propositions logiques, puisque, dans une notation convenable,
nous pouvons déjà reconnaître les propriétés formelles des
propositions à la seule inspection de celles-ci.

[...]

6.1222 - Cela éclaire la question : Pourquoi les propositions logiques ne peuvent-


elles être confirmées par l'expérience, pas plus que par l'expérience elles
ne peuvent être réfutées  ? Non seulement une proposition de la
logique ne peut être réfutée par aucune expérience possible, mais
encore elle ne peut être confirmée par aucune.

[...]

6.3 - L'exploration de la logique signifie l'exploration de toute capacité d'être


soumis à des lois. Et hors de la logique, tout est hasard.

[...]

6.36311 - Que le soleil se lèvera demain est une hypothèse, et cela veut dire
que nous ne savons pas s'il se lèvera.

6.37 - Rien ne contraint quelque chose à arriver du fait qu'autre chose soit
arrivé. Il n'est de nécessité que logique.

6.371 - Toute la vision moderne du monde repose sur l'illusion que les
prétendues lois de la nature sont des explications des phénomènes
de la nature.
6.372 - Aussi se tiennent-ils devant les lois de la nature comme devant
quelque chose d'intouchable, comme les Anciens devant Dieu et le
Destin.

Et les uns et les autres ont en effet raison et tort. Cependant les
Anciens ont assurément une idée plus claire en ce qu'ils
reconnaissent une limitation, tandis que dans le système nouveau il
doit sembler que tout est expliqué.

6.373 - Le monde est indépendant de ma volonté.

[...]

6.4 - Toutes les propositions ont même valeur.

6.41 - Le sens du monde doit être en dehors de lui. Dans le monde, tout est
comme il est, et tout arrive comme il arrive; il n'y a en lui aucune
valeur - et s'il y en avait une elle serait sans valeur.

S'il y a une valeur qui a de la valeur, elle doit être extérieure à


tout ce qui arrive, et à tout état particulier. Car tout ce qui arrive et
tout état particulier est accidentel.

Ce qui le rend non accidentel ne peut être dans le monde, car ce


serait retomber dans l'accident.

Ce doit être hors du monde.

6.42 - C'est pourquoi il ne peut y avoir de propositions éthiques. Les


propositions ne peuvent rien exprimer de Supérieur.
6.421 - II est clair que l'éthique ne se laisse pas énoncer. L'éthique est
transcendantale. (Éthique et esthétique sont une seule et même
chose.)

6.422 - La première pensée qui vient en posant une loi éthique de la forme :
« Tu dois... » est la suivante : et qu'en sera-t-il donc si je ne fais pas
ainsi? Il est pourtant clair que l'éthique n'a rien à voir avec le
châtiment et la récompense au sens usuel. Cette question touchant
les conséquences d'un acte doit donc être sans importance. Du moins
faut-il que ces conséquences ne soient pas des événements. Car la
question posée doit malgré tout être par quelque côté correcte. Il
doit y avoir, en vérité, une espèce de châtiment et une espèce de
récompense éthiques, mais ils doivent se trouver dans l'acte lui-
même.

(Et il est clair aussi que la récompense doit être quelque chose
d'agréable, le châtiment quelque chose de désagréable.)

6.423 - Du vouloir comme porteur de l'éthique on ne peut rien dire.

Et le vouloir comme phénomène n'intéresse que la psychologie.

6.43 - Si le bon ou le mauvais vouloir changent le monde, ils ne peuvent


changer que les frontières du monde, non les faits ; non ce qui peut
être exprimé par le langage.
En bref, le monde doit alors devenir par là totalement autre. Il
doit pouvoir, pour ainsi dire, diminuer ou croître dans son
ensemble.

Le monde de l'homme heureux est un autre monde que celui de


l'homme malheureux.

6.431 - Ainsi dans la mort, le monde n'est pas changé, il cesse.

6.4311 - La mort n'est pas un événement de la vie. On ne vit pas la mort.

Si l'on entend par éternité non la durée infinie mais


l'intemporalité, alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le
présent.

Notre vie n'a pas de fin, comme notre champ de vision est sans
frontière.

6.4312 - L'immortalité de l'âme humaine, c'est-à-dire sa survie éternelle


après la mort, non seulement n'est en aucune manière assurée, mais
encore et surtout n'apporte nullement ce qu'on a toujours voulu
obtenir en en recevant la croyance. Car quelle énigme se trouvera
résolue du fait de mon éternelle survie? Cette vie éternelle n'est-elle
pas aussi énigmatique que la vie présente? La solution de l'énigme
de la vie dans le temps et dans l'espace se trouve en dehors de
l'espace et du temps.

(Ce n'est pas la solution des problèmes de la science de la nature


qui est ici requise.)
6.432 — Comment est le monde, ceci est pour le Supérieur parfaitement
indifférent. Dieu ne se révèle pas dans le monde.

6.4321 - Les faits appartiennent tous au problème à résoudre, non pas à sa


solution.

6.44 - Ce n'est pas comment est le monde qui est le Mystique, mais qu'il soit.

6.45 — La saisie du monde sub specie aeterni est sa saisie comme totalité
bornée.

Le sentiment du monde comme totalité bornée est le Mystique.

6.5 - D'une réponse qu'on ne peut formuler, on ne peut non plus formuler la
question.

Il n'y a pas d'énigme.

Si une question peut de quelque manière être posée, elle peut


aussi recevoir une réponse.

6.51 - Le scepticisme n'est pas irréfutable, mais évidemment dépourvu de


sens, quand il veut élever des doutes là où l'on ne peut poser de
questions.

Car le doute ne peut subsister que là où subsiste une question ;


une question seulement là où subsiste une réponse, et celle-ci
seulement là où quelque chose peut être dit.
6.52 - Nous sentons que, à supposer même que toutes les questions
scientifiques possibles soient résolues, les problèmes de notre vie
demeurent encore intacts. À vrai dire, il ne reste plus alors aucune
question ; et cela même est la réponse.

6.521 - La solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce


problème.

(N'est-ce pas la raison pour laquelle les hommes qui, après avoir
longuement douté, ont trouvé la claire vision du sens de la vie,
ceux-là n'ont pu dire alors en quoi ce sens consistait?)

6.522 - Il y a assurément de l'indicible. Il se montre, c'est le Mystique.

6.53 - La méthode correcte en philosophie consisterait proprement en ceci :


ne rien dire que ce qui se laisse dire, à savoir les propositions de la
science de la nature – quelque chose qui, par conséquent, n'a rien à
faire avec la philosophie –, puis quand quelqu'un d'autre voudrait
dire quelque chose de métaphysique, lui démontrer toujours qu'il a
omis de donner, dans ses propositions, une signification à certains
signes. Cette méthode serait insatisfaisante pour l'autre – qui
n'aurait pas le sentiment que nous lui avons enseigné de la
philosophie – mais ce serait la seule strictement correcte.

6.54 - Mes propositions sont des éclaircissements en ceci que celui qui me
comprend les reconnaît à la fin comme dépourvues de sens, lorsque
par leur moyen – en passant sur elles – il les a surmontées. (Il doit
pour ainsi dire jeter l'échelle après y être monté.)
Il lui faut dépasser ces propositions pour voir correctement le
monde.

Conclusion du Tractatus logico-philosophicus

7 - Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence.

2. DEUXIÈME PHILOSOPHIE

Jeux de langage

– Mais combien de sortes de phrases existe-t-il? L'affirmation,


l'interrogation, le commandement peut-être? – Il en est d'innombrables
sortes ; il est d'innombrables et diverses sortes d'utilisation de tout ce que
nous nommons « signes », « mots », « phrases ». Et cette diversité, cette
multiplicité n'est rien de stable, ni de donné une fois pour toutes ; mais de
nouveaux types de langage, de nouveaux jeux de langage naissent,
pourrions-nous dire, tandis que d'autres vieillissent et tombent en oubli.
(Nous trouverions une image approximative de ceci dans les changements
des mathématiques.)

Le mot « jeu de langage » doit faire ressortir ici que le parler du


langage fait partie d'une activité ou d'une forme de vie.
Représentez-vous la multiplicité des jeux de langage au moyen des
exemples suivants :

  Commander, et agir d'après des commandements.

  Décrire un objet d'après son aspect, ou d'après des mesures prises.

  Reconstituer un objet d'après une description (dessin).

  Rapporter un événement.

  Faire des conjectures au sujet d'un événement.

  Former une hypothèse et l'examiner.

  Représenter les résultats d'une expérimentation par des tables et des


diagrammes.

  Inventer une histoire ; et lire.

  Jouer du théâtre.

  Chanter des « rondes ».

  Deviner des énigmes.

  Faire un mot d'esprit ; raconter.

  Résoudre un problème d'arithmétique pratique.

  Traduire d'une langue dans une autre.


  Solliciter, remercier, maudire, saluer, prier.

Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, Routledge & Kegan Paul Ltd ©


[1]

1922. Extraits de Éditions Gallimard © 1993, traduction Gilles-Gaston Granger.


[2]
[note de Wittgenstein :] Les nombres décimaux attachés à chaque proposition
indiquent leur poids logique, leur importance dans mon exposition. Les propositions
numérotées n.l, n.2, n.3, etc. sont des remarques à la proposition n ; les propositions
numérotées n.ml, n.m2, etc. sont des remarques à la proposition n.m et ainsi de suite.
[3]
Ludwig Wittgenstein, Investigations philosophiques, § 23, Traduction P. Klossowski,
Gallimard © 1961. Extrait de, Denis Huisman et André Vergez, Histoire des Philosophes
illustrée par les textes, Nathan © 2003, pages 362-363.

[
[4]
= Fait (non pas le dessin qui en est l'image, mais la maison elle-même). Le
mot « MAISON » en est le symbole. Le fait est vu comme une vérité dans le sens de
vérifiable avec nos sens (senseurs, sondes). La chose est vue comme le symbole qui
nomme les faits.]
Il y a trois définitions du monde : les faits dans l'espace logique (1.13), la totalité des
[5]

états de choses subsistants (2.04), la totalité de la réalité (2.063), qui doivent coïncider.
[6]
Auteur de Contributions à une critique du langage (1903). Son influence sur Wittgenstein
apparaît néanmoins clairement dans cette citation : « Sitôt que nous avons vraiment
quelque chose à dire, il faut nous taire » (Contributions I, p. 111), à rapprocher de
l'aphorisme 7 du Tractatus.
[Les symboles des opérations sont ceux de l'édition citée. Nous savons, par exemple,
[7]

que le symbole actuellement en usage pour le 'si... alors' est  : implication]


[8]
[À la question Si un arbre tombe dans la forêt, fait-il du bruit s'il n'y a aucune oreille pour
l'entendre?, Wittgenstein répondrait-il? : Rien dans le champ auditif ne permet de conclure
qu'il est entendu par une oreille.]