Vous êtes sur la page 1sur 40

aviation civile

L e m a g a z i n e d e l a D i r e c t i o n g é n é r a l e d e l ’ a v i a t i o n civ i le

Av r i l 2 0 1 9 @dgac
#386

Le transport aérien
international
se met au vert
L’aviation civile internationale s’engage dans
une démarche de grande envergure visant à
limiter les émissions de CO2 générées par l’aviation.


•Av r i l 2 0 1 9
#386
survol
02
Av r i l 2 0 1 9

© Riki Blanco

#386

Une vigie réinventée


Rénovée en 2018 par le Service national d’ingénierie aéroportuaire (SNIA) et


la Direction des services de la navigation aérienne (DSNA), l’emblématique tour
d’Orly a été entièrement repensée. Objectif : être en mesure d’accueillir, à partir
de 2019, les technologies aériennes du futur, et notamment le nouveau système
de gestion du trafic aérien issu du programme Système approches et tours (Sysat).
sommaire

12

© Gettyimages John Seaton Callahan


16
05 ---> L'essentiel 1 6 ---> T
 emps fort 30 ---> Trajectoires
Terminal 4 à CDG : Le transport aérien international Deux plateformes pour
le débat est ouvert ! au seuil d’une nouvelle ère les adeptes des drones

10 ---> Dialogue 26 ---> À l'air libre 33 ---> Déjà demain

03
Le CNFAS se mobilise La langue française fonde notre Vers une meilleure
pour la sécurité communauté aéroportuaire prédictibilité
et le sport aérien du trafic aérien
27 ---> Stratégie
12 ---> L’événement Horizon 2023 : le nouveau 38 ---> Découverte
La Stratégie nationale plan de vol pour la sécurité De meilleures règles
du transport aérien 2025 aérienne pour l’aviation générale

Av r i l 2 0 1 9

06 27

© iStock
© DSNA

#386

Aviation civile, publication de la Direction générale de l’Aviation civile, ministère de la Transition écologique et solidaire, 50, rue Henry-Farman, 75720 Paris Cedex 15. Tél. : standard
01 58 09 43 21 – rédaction 01 58 09 44 27 – fax : 01 58 09 38 64 - www.ecologique-solidaire.gouv.fr Directeur de la publication : Patrick Gandil. Rédacteur en chef : Daniel Bascou.
Conception et réalisation : Citizen Press. Responsable d’édition : Camille Aulas. Secrétaire de rédaction : Alexandra Roy. Directeur artistique : David Corvaisier. Maquette : Citizen Press.
Chef de fabrication : Sylvie Esquer. Crédit photo couverture : iStock. Crédit quatrième de couverture : iStock. Impression : DILA. Dépôt légal : avril 2019. Reproduction autorisée sous
réserve de la rédaction.
l’essentiel l’image
L'ESSENTIEL
04Av r i l 2 0 1 9

© DSNA/Daniel Hubert

• #386

Inauguration
La nouvelle tour de contrôle de l’aéroport Pau-Pyrénées a été inaugurée le 13 février 2019.
Plus haute et plus spacieuse que l’ancienne tour qui datait de 1957, elle offre désormais
à la quarantaine de contrôleurs aériens un environnement de travail performant au service
de tous les usagers civils et militaires de la plateforme.
l’essentiel en bref
formation

LES ENTRETIENS
DE TOULOUSE

L'ESSENTIEL
La 12e édition des Entretiens de
Toulouse, organisée par l’Académie
de l’air et de l’espace en collaboration
avec l’École polytechnique Executive-
Education, a eu lieu les 10 et 11 avril
dans les locaux de l’ISAE Supaéro,
à Toulouse. L’événement, qui fait
la part belle à la formation scientifique
et technique des acteurs de
l’aéronautique et l’aérospatial « par
le débat », capitalise son format
original en offrant un choix à la carte
de 56 ateliers articulés autour de
14 domaines d’avenir.

sécurité

DSNA : une culture juste manifestation

au profit de la sécurité Cent ans


d’aviation civile

05
Promouvoir la culture juste, c’est préférer l’amélio- Les 4 et 5 octobre
ration continue du niveau de sécurité à la recherche 2019, la DGAC orga-
de responsabilités individuelles. Pour garantir un nisera des journées
climat de confiance propice au report d’événements d’études sur le thème
de sécurité ainsi qu’à leur analyse constructive « 1919-2019 : cent
ultérieure, chacun a un rôle essentiel à jouer. En ans d’aviation civile et
pointe sur ces enjeux, la DSNA lancera au prin- commerciale en France ». Objec-
temps une campagne de communication et de tif : favoriser l’essor d’une re-
sensibilisation par e-learning aux grands principes cherche institutionnelle et univer-
de la « culture juste » auprès de l’ensemble de sitaire dans un domaine aux
ses personnels. champs d’études très riches, ma-
joritairement investi par les pas-
sionnés. Les inscriptions seront
prochainement ouvertes. Pour en
concertation publique savoir plus : www.ecologique-so-
Av r i l 2 0 1 9

lidaire.gouv.fr/archives-lavia-
Terminal 4 à CDG : tion-civile

le débat est ouvert !


•#386

L
e 12 février, le groupe ADP a lancé une concertation auprès de trafic aérien

2,4 millions
480 communes autour du projet de terminal 4 de l’aéroport

Paris-Charles-de-Gaulle (CDG). Objectif : recueillir l’avis du


public en amont de toute prise de décision. Le projet, dont les
travaux devraient débuter en 2021, prévoit la création d’un ensemble de de passagers ont été accueillis à
bâtiments sur une superficie de 167 hectares. Jusqu’au 12 mai, réunions l’aéroport de Pointe-à-Pitre-
publiques, ateliers, cafés participatifs et visites du site permettront Guadeloupe Pôle Caraïbes en 2018,
donc aux participants d’exprimer leurs préoccupations. Suite à cette ce qui représente une hausse de
concertation, ADP motivera sa décision de poursuivre ou non son projet. trafic de 3,43 % par rapport à 2017.
l’essentiel panorama

La DSNA
à l’honneur
© DSNA

au WAC 2019 Fiche d’identité

Le WAC de

A
u World ATM Congress (WAC), le salon
annuel international des professionnels de la
Madrid 2019
06

navigation aérienne, organisé à Madrid du 12


au 14 mars dernier, la Direction des services
Cette année, le World ATM
de la navigation aérienne (DSNA) a reçu une distinction
Congress a accueilli près de
dans la catégorie Innovation pour son engagement dans
10 000 visiteurs et 135 pays
la transformation numérique que promeut le Ciel unique
présents sur 250 stands.
européen. Sur un stand partagé avec l’École nationale La Commission européenne,
de l’aviation civile (Enac) et DSNA Services, elle a la Sesar JU, le Sesar
présenté sous l’égide des Sesar Walking Tours neuf Deployment Manager, l’Agence
projets Sesar cofinancés en matière de R&D, de recherche européenne de défense et
appliquée ou de déploiement. Parmi eux, les projets Eurocontrol ont fait stand
Paris-CDG 2020 et ses trois initiatives pionnières en commun autour du village
Europe en faveur d’une sécurité renforcée et d’une plus « Europe for Aviation ». Six
grande capacité (RWSL, Recat-EU, procédures d’approche espaces de conférence étaient
PBN triples indépendantes), Safe (évaluation de différents à la disposition des visiteurs,
filets de sauvegarde sol et bord pour la sécurité au sol) avec un focus sur les
Av r i l 2 0 1 9

ou encore U-Space (intégration des drones dans le trafic technologies émergentes telles
aérien civil). En matière d’amélioration de la gestion des que l’intelligence artificielle ou
flux et de la capacité de l’espace aérien, elle a valorisé la cybersécurité dans l’aviation.
ses projets Extended CAP (mesures collaboratives pour
optimiser les routes) et Sinaps (outil d’aide à la décision

#386

pour une configuration dynamique des secteurs de


contrôle en-route). « Les équipes de la DSNA qui se sont
investies dans cet événement majeur ont su promouvoir,

En un clin d’œil
par leur engagement et leur professionnalisme, une image
dynamique et enthousiaste du service public français
de la navigation aérienne. Je tiens à les féliciter 80 projets
vivement », a déclaré Maurice Georges, directeur ont été présentés
des services de la navigation aérienne. aux Sesar Walking Tours
Innovation

La DSNA récompensée
La DSNA a reçu de la Commission européenne un « SES1 Innova-
tion Award » 2019 pour son engagement dans la transformation
numérique de la gestion du trafic aérien en connectant les outils du
CDM (Collaborative Decision Making) aux données du gestionnaire

L'ESSENTIEL
du réseau européen, le Network Manager d’Eurocontrol. Un SES
« Special mention » 2019 lui a été décerné pour son partenariat avec
ses homologues espagnol, portugais, marocain, algérien et tunisien.
Cette coopération favorise la promotion du Ciel unique européen en
harmonisant les procédures et les standards techniques des espaces
aériens adjacents. « Ces reconnaissances sont un encouragement à
poursuivre nos efforts pour offrir des services de navigation aérienne
de qualité, toujours plus performants, au bénéfice de nos clients et
Paris-CDG et Le Bourget, des initiatives pionnières
en Europe en termes de sécurité, de capacité et usagers », a déclaré Maurice Georges.
d’environnement. 1. Single European Sky (Ciel unique européen)

LE WAC 2019 EN CHIFFRES Collaboration

Partenariat confirmé
10 000
pour les procédures
VISITEURS
PBN
135 PAYS
La DSNA est leader européen dans le déploiement de procédures satel-
litaires PBN. Un nouveau règlement européen sur le PBN acte un large

07
déploiement des procédures d’approche en Europe d’ici à 2024. Au
cours du WAC 2019, la DSNA et ses homologues actionnaires du four-
nisseur des services de navigation aérienne basés sur EGNOS1, la société
250 STANDS ESSP, ont souligné leur engagement à poursuivre leur collaboration. Ils
ont également rappelé qu’EGNOS sera un contributeur clé pour mettre
en œuvre les dispositions de ce règlement. En matière de liaisons de
données numériques (Data Link), la DSNA a confirmé sa participation au
100 personnels programme IRIS piloté par l’opérateur de communication Inmarsat en
coopération avec l’ESSP. Ce programme vise à démontrer la capacité
de la DSNA d’un système satellitaire à fournir les services de communication air-sol
en complément de l’infrastructure au sol d’antennes VHF dont le débit
Y ONT PARTICIPÉ.
sera insuffisant pour répondre aux besoins du trafic aérien de demain.
1. Service européen de navigation par recouvrement géostationnaire


•Av r i l 2 0 1 9
#386

L’outil d’aide à la
décision Sinaps
permet d’optimiser la
configuration des
secteurs de contrôle
en-route et, de fait, la
capacité et les
ressources.
trafic

Le trafic aérien
en février 2019
L'ESSENTIEL

Londres-Heathrow
35 349
0,19 %
Volume (en mouvements d’avions) Londres-Gatwick
Volume du trafic aérien sur 19 918
l’aéroport 4,01 % Bruxelles
(source : CFMU)
15 107
-5,59 %
Variation (en mouvements d’avions)

Trafic aéroport en hausse


par rapport au mois Amsterdam
de l’année précédente 36 051
0,46 % Francfort
Trafic aéroport en baisse
par rapport au mois
36 842
4,69 %
de l’année précédente
(source : CFMU)
Bâle-Mulhouse
5 417
Paris-CDG 2,61 %
35 159
4,42 % Munich
29 876
2,22 %

Paris-Orly
08

Zurich
15 535 19 117
-0,22 %
3,18 %

Bordeaux Genève
4 503 14 327
3,76 % -1,10 %

Milan
Madrid 13 667
8,95 %
30 142
3,68 %
Rome
21 485
8,42 %
Barcelone
22 672 Toulouse-Blagnac Nice-Côte d’Azur
Av r i l 2 0 1 9

6,23 % 7 159 7 826


0,89 % 0,09 %

Marseille Lyon Saint-Exupéry


6 950 8 678
2,89 % 5,51 %
• #386

La répartition du trafic en France

209 841

CRNA
CRNA Nord CRNA Sud-Est CRNA Ouest CRNA Est Sud-Ouest
Trafic global
(CRNA* + aéroports) 85 273 71 024 68 830 67 073 58 985
2,03 % 6,95 % 4,11 % 0,02 % 1,77 %
3,50 %
*Centre en route de navigation aérienne
Évolution du trafic passagers
entre février 2018 et février 2019

L'ESSENTIEL
+ 5,9 % + 6,2 % + 6,1 %
Trafic passagers intérieur Trafic passagers international Total trafic passagers France

Évolution des prix du billet

09
Entre février 2018 et février 2019

- 1,8 % + 3,9 % - 1,5 %


au départ de la métropole au départ de l’outre-mer au départ de France

105,1 90,5 94,1 113,6 99,2 97,1 105,5 90,9 94,2

100 Indice
100
120 = 2017
Av r i l 2 0 1 9

80

40
60 60
•#386

0

20 20

Déc. 2018 Janv. 2019 Fév. 2019 Déc. 2018 Janv. 2019 Fév. 2019 Déc. 2018 Janv. 2019 Fév. 2019

(source : DTA)
dialogue

Jean-Luc Charron, délégué général


du Conseil national des fédérations
aéronautiques et sportives (CNFAS),
DIALOGUE

répond aux questions de


Pierre-Yves Huerre, chef de la
Mission de l’aviation légère, générale
et des hélicoptères à la DGAC.

Le CNFAS
se mobilise
pour la sécurité
et le sport aérien
-
Par Olivier Constant
© Jean Chiscano
10

PIERRE-YVES HUERRE, CHEF


DE LA MISSION DE L’AVIATION
LÉGÈRE, GÉNÉRALE ET DES
HÉLICOPTÈRES À LA DGAC.

Pourriez-vous nous rappeler les missions Quel est le bilan de l’aviation légère en
du CNFAS et le rôle de son délégué général ? matière de sécurité en 2018 ? Quelles
Jean-Luc Charron : Le Conseil national des actions envisagez-vous de lancer cette
fédérations aéronautiques et sportives regroupe année dans ce domaine ?
les fédérations délégataires suivantes : Fédération J.-L.C. : À l’instar d’autres pays européens,
française aéronautique (FFA), Fédération française l’accidentologie n’a pas été très bonne en France en
d’aéromodélisme (FFAM), Fédération française 2018. D’après le Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA)
d’aérostation (FFAé), Fédération française pour la sécurité de l’aviation civile, les prises de risque
d’hélicoptère (FFH), Fédération française de représentent 14 % des morts. Nous avons donc tous
parachutisme (FFP), Fédération française de conscience qu’il nous faut développer une culture de la
planeur ultra-léger motorisé (FFPLUM), sécurité. Et c’est sur ce développement de la culture de
Av r i l 2 0 1 9

Fédération française de vol libre (FFVL), la sécurité que nous avons une approche commune.
Fédération française de vol planeur (FFVP), Le CNFAS est, sur ce point, en étroite collaboration
Fédération des constructeurs et collectionneurs avec l’Instance de sécurité de l’aviation légère (ISAL),
d’aéronefs (RSA). Sa mission principale : contribuer laquelle se matérialisera par le lancement du Portail
au développement de l’activité aéronautique et Sécurité CNFAS dans le courant du premier semestre

sportive sous toutes ses formes en assurant la 2019. Car les progrès de la sécurité de l’aviation légère
#386

représentation des intérêts communs de ses ne peuvent passer que par l’amélioration sur le terrain
fédérations et en étant l’interlocuteur officiel d’une culture de la sécurité.
et principal de l’ensemble de l’aviation légère,

sportive et de loisir. Le délégué général, pour sa Quelles sont, selon vous, les raisons d’être
part, coordonne les actions communes et la optimiste concernant le développement de
communication, dans le respect de l’identité propre l’aviation légère et, à l’inverse, d’être
à chaque fédération, et représente leurs intérêts inquiet ?
dans les différentes réunions avec les autorités. J.-L.C. : Les raisons d’être optimiste sont multiples.
Les progrès de la sécurité de l’aviation
légère ne peuvent passer que par
l’amélioration sur le terrain d’une culture

DIALOGUE
de la sécurité. »
JEAN-LUC CHARRON, délégué général du Conseil national des fédérations
aéronautiques et sportives.

de sa contribution à la sécurité du système aérien


européen, l’AESA1, en partenariat avec la
Commission européenne et d’autres parties
prenantes dont le CNFAS, a créé une feuille de route
pour la réglementation de l’aviation générale :
la General Aviation Roadmap. Cela donne une
impulsion très nette à l’aviation légère d’autant
qu’elle s’appuie sur le dynamisme des 28 pays
membres de l’Union européenne.
Mais l’Europe peut également représenter un certain
frein pour le développement de l’aviation légère en
France, qui croît plus rapidement que dans les autres
États tout en restant soumise aux mêmes règles.
Des décisions sont également prises au niveau

11
européen qui ne reflètent pas la réalité sur le terrain.
La radio 8,33 kHz (lire p. 32) ne nous apporte rien
sur ce plan, pour ne citer que ce seul exemple.

Pensez-vous que le sport aérien soit


Le ciel fait toujours rêver et nous en voulons pour apprécié à sa juste valeur en France ?
preuve le succès du Brevet d’initiation aéronautique J.-L.C. : On a vu qu’un événement majeur comme
(BIA) dans plusieurs fédérations (+ 40 % d’inscrits l’a été le championnat du monde de voltige (WAC),
sur cinq ans !). Le développement de la motorisation organisé à Châteauroux à l’été 2015, peut drainer des
électrique tant pour les avions légers que pour les foules considérables, de l’ordre de 120 000 personnes
ULM et les planeurs donne, par ailleurs, de nouvelles sur les dix jours de la manifestation. Le WAC
perspectives à l’aviation légère. Enfin, et plus reviendra, d’ailleurs, au même endroit en août 2019.
largement, les évolutions technologiques permettent Mais en dépit du fait que le sport aérien français
d’avoir un matériel fiable, sûr et accessible. truste les podiums internationaux dans de
A contrario, nos inquiétudes portent sur la nombreuses disciplines, il souffre toujours
complexification des règlements aéronautiques d’une médiatisation insuffisante.
Av r i l 2 0 1 9

et la pression des riverains. La Loi Pacte qui vient La problématique que nous rencontrons, c’est
d’être débattue à l’Assemblée nationale et qui prévoit de dépasser le cercle, certes important, des
la privatisation de certains aéroports, ne manque pas « aficionados » pour atteindre une audience plus
de nous inquiéter également. Enfin, nous constatons, large : le « grand public ». Attirer des spectateurs
à nos dépens, que l’espace aérien se complexifie avec grand public à ces événements permettrait à la fois

des zones interdites d’accès et que se développe, d’accroître l’impact du sport aérien sur un public plus
#386

dans le même temps, une forte concentration des large, mais également, de manière plus indirecte,
espaces restreints, ce qui devient compliqué pour de promouvoir les sports et loisirs aériens, dans le but
nos différentes activités. de développer l’activité de toutes les fédérations

membres du CNFAS. Voilà pourquoi nous


L’Europe est-elle une chance ou une organiserons au printemps 2019 la seconde édition
contrainte pour l’aviation légère ?
J.-L.C. : La réponse est, là encore, contrastée.
de la Fête nationale des sports aériens.  •
Consciente de l’importance de l’aviation générale et 1. Agence européenne de sécurité aérienne.
l’événement
L’ÉVÉNEMENT

© Arnaud Bouissou - TERRA


Une stratégie Le mot de la ministre chargée des Transports

nationale Lancées en mars 2018, les Assises nationales du


12

transport aérien ont constitué une démarche inédite


pour construire sur les enjeux et l’avenir du secteur. Je souhaite
remercier l’ensemble des acteurs de l’aviation civile

le transport pour le travail accompli au cours de ces Assises


et saluer la mobilisation de tous pour conduire
cette réflexion stratégique et globale.

aérien Le fruit de cette concertation se trouve décliné


par le Gouvernement dans cette première Stratégie
nationale du transport aérien qui fixe un cap pour

de demain l’État à moyen terme, en 2025. Parallèlement, la


stratégie pose les bases d’une réflexion prospective de
plus long terme à laquelle il convient d’accorder toute
« Assurer un développement l’importance nécessaire pour anticiper pleinement
les défis du transport aérien de demain.
durable d’un transport aérien
Cette stratégie a vocation à s’articuler avec l’ensemble
français performant au niveau des autres politiques publiques de l’État qui impactent
mondial et outil de connectivité
Av r i l 2 0 1 9

l’aviation française, qu’il s’agisse par exemple


pour chacun de nos territoires ». du développement touristique ou du contrôle
des frontières. Elle s’inscrit dans le cap fixé par
Telle est la vision de la Stratégie le Gouvernement d’une profonde transformation
nationale du transport aérien de notre pays, en particulier sur les plans

présentée par Élisabeth Borne, environnemental, économique et social. Elle engage


#386

ministre chargée des Transports, à ce titre l’État, qui en fait sa feuille de route dans
son domaine d’action, notamment dans son rôle
lors de la clôture des Assises de régulateur qu’il entend assumer pleinement.

du transport aérien le 8 mars Mais, au-delà, elle doit également mobiliser et


dernier. entraîner l’ensemble des acteurs du secteur car il ne
peut y avoir de résultats sans l’engagement de tous.•
Élisabeth BORNE
Ministre chargée des Transports
Une stratégie
ambitieuse

L’ÉVÉNEMENT
Le transport aérien français a les autres objectifs environnementaux identifiés par
désormais un cap jusqu’à l’horizon la Stratégie concernent la maîtrise des impacts sonores
et gazeux de l’activité aéroportuaire sur les riverains,
2025. Il résulte des travaux menés la préservation de la biodiversité sur les aéroports et
par l’État en lien avec l’ensemble l’élaboration d’une feuille de route sur la biodiversité
du secteur lors des Assises nationales aéroportuaire. Enfin, alors que l’État sanctuarise son
du transport aérien lancées il y a soutien à l’innovation (135 millions d’euros par an sur
cinq ans) pour concevoir les avions de demain, le Corac
moins d’un an et clôturées par s’est doté d’une nouvelle feuille de route technologique
Élisabeth Borne, ministre chargée à forte priorité environnementale sur laquelle la
des Transports, le 8 mars dernier. Stratégie entend également s’appuyer.
À cette occasion, la ministre a
Assurer les conditions favorisant la performance du
présenté, devant les représentants transport aérien français constitue le deuxième axe
du secteur, la Stratégie nationale de la stratégie. Les Assises ont confirmé le diagnostic
du transport aérien 2025. contrasté du transport aérien national : malgré un
trafic dynamique, le pavillon français n’a que peu
profité de la croissance du trafic des dernières années.
Cette situation n’est pas sans conséquences, en termes

13
oint d’org ue des

P travaux des Assises,


la Stratégie natio-
nale du transport
aérien ambitionne
d’« assurer un développement durable
d’un transport aérien français per-
formant au niveau mondial et outil
de connectivité pour chacun de nos
territoires », a déclaré Élisabeth
Borne. Cette stratégie sera déployée

© Arnaud Bouissou - TERRA


sur quatre axes, chacun décliné en
plusieurs objectifs assor tis de
mesures applicables immédiatement
ou d’ici à 2025. Av r i l 2 0 1 9

Le premier axe stratégique vise à


accélérer la transition écologique et
à assurer un développement durable du transport de création potentielle d’emplois notamment. Sur cet
aérien français. Cette participation du secteur aérien axe, la Stratégie vise donc à favoriser la performance
à la lutte contre le changement climatique est déjà économique et sociale du secteur, à développer l’effi-

engagée depuis plusieurs années, aussi bien au niveau cacité et l’équité dans la régulation sectorielle et à
#386

international que national. Au niveau mondial, le alléger la charge administrative sur les opérateurs.
secteur est notamment entré depuis le 1er janvier 2019 En 2019, les premières mesures porteront notamment
dans un mécanisme de compensation de ses émissions sur la création d’un observatoire des coûts de touchée

de CO2 conçu par l’Organisation de l’aviation civile pour mesurer la compétitivité des aéroports, l’amé-
internationale (OACI) pour assurer une croissance nagement de la taxe d’aéroport permettant une baisse
neutre en carbone du transport aérien à partir de 2020 de charge de 118 millions d’euros au profit des com-
(Corsia). Au niveau national, une feuille de route sur pagnies et une réforme de l’Autorité de supervision
les biocarburants aéronautiques est en cours de fina- indépendante (ASI), régulateur économique indépen-
lisation. Outre l’appui à la décarbonation du secteur, dant du secteur du transport aérien en France.
l’événement
CHIFFRES CLÉS
DU TRANSPORT AÉRIEN
FRANÇAIS
L’ÉVÉNEMENT

4,3 % DU PIB

90 MILLIARDS
D’EUROS DE CHIFFRE D’AFFAIRES

© iStock
49 MILLIARDS
D’EUROS DE CHIFFRES D’AFFAIRES
Le troisième axe déploie les moyens de connecter pour la construction aéronautique,
efficacement nos territoires aux flux du trafic aérien. 1er secteur contributeur au solde positif
Le transport aérien est en effet un outil de mobilité du commerce extérieur
pour les populations et de développement pour les
territoires. S’il doit s’inscrire de plus en plus dans une
démarche intermodale, en lien avec le ferroviaire
notamment, il conserve sa pertinence pour les liaisons
internationales desservant Paris et les grandes métro- 172 MILLIONS
poles régionales, ou les lignes transversales. Levier du DE PASSAGERS EN 2018
développement touristique, il permet aussi de désencla-
14

ver certains territoires et d’assurer la continuité ter-


ritoriale des régions ultra-marines. Outre un partena- PLUS DE
riat renforcé avec les régions à l’appui de leur
connectivité aérienne, par la négociation de nouveaux 3 MILLIONS
droits de trafic notamment, et de leurs stratégies DE VOLS CONTRÔLÉS
aéroportuaires, la Stratégie ambitionne de proposer (dont 60 % de survol de notre territoire)
aux passagers un parcours fluide et sécuritaire dans
un contexte de croissance du trafic et d’évolution de la
menace terroriste. Parmi les premières mesures qui
seront mises en œuvre figure le financement complé- évolutions du transport aérien à l’horizon 2050. La
mentaire de 15 millions d’euros pour de nouvelles lignes deuxième phase du programme, Vision sûreté, dont
d’aménagement du territoire. Dans le cadre du Livre l’objectif est d’améliorer le niveau de sûreté et la qualité
bleu outre-mer de juin 2018, l’État veillera par ailleurs de service, répond tout particulièrement aux objectifs
à la mise en place de mécanismes de coopération et de de ce quatrième axe : elle permettra en effet d’expéri-
renforcement des liaisons aériennes depuis les terri- menter des solutions innovantes dans le domaine du
toires ultramarins, plus particulièrement avec les pays contrôle des bagages de soute, du fret et du courrier
Av r i l 2 0 1 9

du bassin régional de chacun d’entre eux. ainsi que des personnels. De même, l’installation d’un
Conseil pour la cybersécurité du transport aérien
Plus de 4 milliards de passagers par an au niveau constituera désormais le mécanisme de coordination
mondial depuis 2017 – avec un doublement attendu en de la réponse française au risque cyber pesant sur le
2034 –, des progrès technologiques, la révolution transport aérien.

numérique, la digitalisation de l’économie… Ces évo- Le cap pour le transport aérien français étant fixé, il
#386

lutions placent le secteur aérien à l’aube d’une nouvelle importe que les acteurs du secteur s’approprient cette
révolution industrielle porteuse de ruptures profondes nouvelle Stratégie et qu’elle soit mise en oeuvre. Le suivi
qu’il faut identifier et accompagner sur le temps long. a été confié à cette fin au Conseil supérieur de l’aviation

Le quatrième axe vise en conséquence à préparer le


transport aérien de demain. Pour y parvenir, la Stra-
civile (CSAC). •
tégie propose de rechercher des solutions pour éviter Retrouvez en ligne la Stratégie nationale
la saturation du transport aérien, d’encourager une du transport aérien :
politique d’innovation, de gérer les cyber-menaces ou https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/politiques/
encore de lancer une réflexion prospective sur les strategie-nationale-du-transport-aerien
Des Assises CHIFFRES CLÉS
DES ASSISES NATIONALES
DU TRANSPORT AÉRIEN
à la Stratégie

L’ÉVÉNEMENT
nationale du 2 800
transport aérien
PARTICIPANTS

Démarche innovante sans précédent, 14


COLLOQUES
les Assises nationales du transport
aérien ont permis de donner un cap
au secteur aérien jusqu’à l’horizon
2025. Grâce à un travail collaboratif 13
intense des acteurs professionnels GROUPES DE TRAVAIL
et des administrations, avec une très (37 RÉUNIONS)
large contribution des personnels
de la DGAC.
200
onfronté à de nombreux défis liés à la

C
HEURES DE DÉBAT
mondialisation, à la libéralisation et
au développement du trafic ainsi

15
qu’aux enjeux environnementaux, le
secteur du transport aérien devait se
donner un cap. C’est le résultat auquel ont abouti les
Assises nationales du transport aérien, lancées le
20 mars 2018 et clôturées le 8 mars dernier, avec la
stratégie nationale du transport aérien 2025. Ces
travaux ont associé l’ensemble des acteurs du secteur :
compagnies aériennes, aéroports, constructeurs,
fédération, associations, organisations profession-
nelles, élus et administrations. Sur la base d’un état
des lieux le plus large possible de la situation du trans-
port aérien, ces Assises ont permis d’examiner la
problématique de la compétitivité du transport aérien
sous un angle nouveau : celui de la performance
© iStock

­collective. Av r i l 2 0 1 9

Cinq thèmes ont structuré les réflexions menées au


cours des Assises : la performance économique, la interministériel, d’octobre 2018 à février 2019, qui ont
performance environnementale, la performance conduit à l’élaboration de la Stratégie nationale du
sociale, la performance au service des territoires et la transport aérien.
performance et l’innovation au service des passagers.

Les travaux sur chacun de ces thèmes ont été coor- Tout au long de ce processus collaboratif, de nombreux
#386

donnés par des présidents indépendants. La première personnels des directions et services de la DGAC ont
phase des Assises a duré six mois, à Paris et en région, apporté une importante contribution. Élisabeth Borne
du 20 mars au 4 octobre 2018. Outre les colloques et n’a d’ailleurs pas manqué de les remercier en déclarant :

groupes de travail, une plateforme participative en « Je sais le travail considérable que cela vous a demandé
ligne a aussi permis aux acteurs du secteur d’apporter pendant plus d’une année d’Assises. Maintenant s’ouvre
librement leur contribution d’idées via des cahiers la période de mise en œuvre de cette stratégie. Vous avez
d’acteur, et au grand public de s’exprimer sur les thèmes déjà commencé à y travailler. Je tiens à vous remercier
proposés. Cette phase initiale a été ensuite approfon- pour votre professionnalisme et vos efforts acharnés,
die par un travail d’analyse et de réflexion et un travail •
sans relâche. Ils ont porté leurs fruits. »
temps fort
TEMPS FORT

LE TRANSPORT
16

AÉRIEN INTERNATIONAL
AU SEUIL D’UNE
NOUVELLE ÈRE
Depuis plusieurs années, l’aviation civile internationale
Av r i l 2 0 1 9

se mobilise en faveur de la lutte contre le changement


climatique. Les 192 États membres de l’Organisation
de l’aviation civile internationale ont adopté une stratégie
•#386

visant à limiter, puis à réduire, les émissions de CO2


générées par l’aviation.

-
Par François Blanc
L’
Organisation de l’aviation civile inter­
nationale (OACI), institution spécialisée
de l’Organisation des Nations unies (ONU),
s’engage résolument dans la lutte contre
le changement climatique. Elle met en place, à l’échelle
planétaire, des normes et des recommandations de pratiques
à travers un panier de mesures conçues pour réduire les

TEMPS FORT
émissions de gaz à effet de serre imputables au transport
aérien.
Elle fixe un objectif commun à l’ensemble des acteurs
concernés : limiter les émissions de CO2 à leur niveau de
2020, en dépit de l’augmentation prévue du trafic aérien
mondial. Pour y parvenir, elle propose d’agir sur quatre
leviers : la conception et la construction d’avions moins
consommateurs d’hydrocarbures liquides d’origine fossile,
le recours futur à des biocarburants, la mise en œuvre de
nouvelles procédures de navigation aérienne plus vertueuses
pour l’environnement, et enfin un mécanisme de compen-
sation des émissions de CO2 . Ce dispositif est fondé sur
l’achat, par les compagnies aériennes, d’unités de carbone
acquises auprès d’industriels engagés eux aussi dans une
démarche de réduction avérée de leurs émissions carbonées.
Bien que l’aviation internationale ne contribue qu’à hauteur
d’environ 2 % aux émissions de CO2 d’origine industrielle,
elle est le premier secteur à se doter d’un tel dispositif de
compensation à l’échelle mondiale. Dénommé Corsia, il est
entré dans sa phase préliminaire en janvier 2019.

17
2020
C’EST L’ANNÉE
DE STABILISATION
DES ÉMISSIONS
DE CO2 DE L’AVIATION
CIVILE INTERNATIONALE.

Av r i l 2 0 1 9

La France fait partie


de ce noyau d’États

qui s’activent pour


#386

que l’Organisation
© Gettyimages John Seaton Callahan

de l’aviation civile

internationale s’engage
résolument sur les sujets
environnementaux."

PHILIPPE BERTOUX, AMBASSADEUR ET REPRÉSENTANT


PERMANENT DE LA FRANCE AU CONSEIL DE L’OACI
décryptage

Un un « panier de mesures » qui doivent être appliquées


simultanément. En effet, l’OACI considère que chaque

changement
mesure prise séparément ne peut à elle seule suffire
TEMPS FORT

à stabiliser les émissions. Ce panier regroupe quatre


mesures. La première concerne les progrès techno-
logiques appliqués à l’aviation. Qu’il s’agisse de

de cap moteurs garants d’une moindre consommation de


carburant, de l’optimisation du poids à vide des avions
(via l’emploi de matériaux composites pour leur

historique fuselage et leur voilure et le recours accru à l’énergie


électrique), ou encore de l’amélioration de leurs
performances aérodynamiques, ces avancées per-
L’OACI développe et adopte un mettent de tabler sur une diminution significative
ensemble de solutions techniques, de leurs émissions. « Tout au long de ces cinquante
dernières années, la consommation des avions par
opérationnelles et économiques passager-kilomètre transporté a été réduite de plus
de nature à stabiliser l’empreinte de 70 % », rappelle l’expert de la DTA. En février 2016,
carbone de l’aviation internationale, le comité pour la protection de l’environnement en
et ce malgré la croissance continue aviation (CAEP) de l’OACI a adopté la première norme
mondiale de certification des avions pour leurs
du trafic aérien. émissions de CO2. Au niveau français, le Conseil pour
la recherche aéronautique civile (Corac), une instance
regroupant l’industrie et l’administration, pilote les
n 2018, le trafic aérien mondial a travaux de recherche de l’industrie aéronautique.

E poursuivi sa croissance, avec 4,3 mil-


liards de passagers transportés, soit Le second levier porte sur les mesures opérationnelles
18

une progression de 6,1 % selon les applicables à la navigation aérienne. En d’autres


chiffres préliminaires de l’Organisa- termes, « des procédures mieux adaptées, susceptibles,
tion de l’aviation civile internationale (OACI). Même par exemple, de réduire les temps de parcours et/ou le
si ses émissions de gaz à effet de serre ne représentent niveau d’émission gazeuse des vols » participent elles
que 2 % des émissions mondiales, le transport aérien aussi aux gains attendus. Ce volet renvoie, entre
se mobilise pour en limiter les conséquences sur autres, au programme européen de recherche et
l’environnement sous la houlette de l’OACI. En matière développement Sesar1, porteur de solutions inno-
de lutte contre le changement climatique à l’échelle vantes et garantes d’une diminution significative de
mondiale, c’est l’Organisation des Nations unies qui la consommation de carburant des avions.
est compétente, en vertu de la convention cadre sur le
changement climatique du 9 mai 1992, complétée le 2020, ANNÉE DE RÉFÉRENCE
11 décembre 1997 par le protocole de Kyoto. Dans son
article 2, ce protocole assigne à l’OACI, l’institution La troisième mesure vise à proposer des carburants
spécialisée de l’ONU, la responsabilité de « limiter ou alternatifs aux acteurs du transport aérien. « L’enjeu
réduire les émissions de gaz à effet de serre […] provenant est essentiel pour cette industrie car des biocarburants
des combustibles de soute utilisés dans les transports durables pourraient permettre de réduire le niveau
Av r i l 2 0 1 9

aériens […] ». Pour le secteur de l’aviation, « cette d’émissions carbonées de près de 50 % à l’horizon 2050,
compétence est donc directement assumée par l’OACI. souligne Robert Mauri. Il s’agit là d’un dossier com-
Celle-ci met en œuvre un certain nombre de mesures plexe sur lequel notre ministère est très fortement
pour apporter des réponses aux questions liées au mobilisé dans le cadre d’une réflexion largement
changement climatique », confirme Robert Mauri, portée, aussi, au niveau communautaire. Objectif :

adjoint à la sous-directrice du Développement durable déterminer quels biocarburants et quelles technologies


#386

à la Direction du transport aérien (DTA) de la DGAC. peuvent être admis. En effet, en promouvant telle ou
telle filière, il s’agit également de s’assurer que l’on ne
crée pas de problèmes connexes comme, par exemple,

OBJECTIF « CROISSANCE NEUTRE EN


une concurrence avec des productions agricoles
CARBONE 2020 »
vivrières locales. Voire, en prenant en compte l’en-
semble du cycle de production, que le bilan CO2 ne se
Pour y parvenir, l’OACI a conçu une stratégie qui vise révèle pas finalement négatif. »
à stabiliser les émissions de CO2 au niveau qu’elles Enfin, la quatrième mesure s’attache à compenser
atteindront en 2020. Celle-ci est basée sur un concept, les augmentations d’émissions de gaz carbonés
3 questions à…

La France a joué
un rôle moteur dans
la mise en place
du Corsia »

TEMPS FORT
PHILIPPE BERTOUX,
AMBASSADEUR
ET REPRÉSENTANT
PERMANENT
DE LA FRANCE
AU CONSEIL DE L’OACI

Quelle a été la contribution


de la France dans l’élaboration
de la stratégie de l’OACI ?
Sur l’élan de la COP 21 de 2015, la
France a joué un rôle moteur dans la
mise en place par l’OACI, à l’automne
2016, de ce que l’on nomme désormais
le Corsia. Elle fait partie de ce noyau
d’États qui s’activent pour que
l’Organisation s’engage résolument
sur les sujets environnementaux.

Pour faciliter l’application


du Corsia, l’OACI a conçu
un programme d’assistance
de certains États. En quoi

19
consiste-t-il ?
© iStock

Il consiste à organiser des sessions


Airbus A320
de formation au profit de pays qui ont
souhaité bénéficier d’une assistance
au-delà de leur niveau de référence de l’année 2020
par le biais de la création d’un mécanisme de marché 2 % technique pour mettre en place le
Corsia. En effet, même si ce programme
mondial appelé Corsia 2 . Ce dispositif obligera les C’EST LA PART compte pour l’heure 78 États volontaires
transporteurs aériens, à partir de 2021, à compenser DES ÉMISSIONS – qui représentent près de 90 %
les émissions de CO2 excédentaires (par rapport à DE GAZ À EFFET DE de l’activité aérienne mondiale –, pour
SERRE MONDIALES
2020) générées par le secteur par l’achat d’unités de procéder aux compensations prévues
IMPUTÉE AU
compensation. Ces dernières devront être issues de TRANSPORT à partir de 2021, tous les États membres
programmes participant à la réduction des émissions AÉRIEN. de l’OACI doivent désormais surveiller,
de par le monde et avoir réussi à diminuer l’empreinte depuis le 1er janvier dernier, leur
de CO2 d’autres secteurs industriels. Entré dans sa consommation de carburant, et donc
phase préliminaire en janvier 2019, le Corsia vise à leur niveau d’émissions carbonées,
instaurer « une croissance du transport aérien inter- et en rendre compte à l’OACI.
Av r i l 2 0 1 9

national neutre en nouvelles émissions carbone


au-delà de 2020. » Comment la France participe-
t-elle à ce programme ?
Ces quatre mesures ne pèsent pas toutes le même La France a envoyé deux experts sur
poids dans la course à la limitation de la croissance le terrain. Avec un collègue canadien,

des émissions, puis à leur diminution. Mais « toutes ils ont dispensé quatre sessions
#386

ensemble, elles doivent contribuer à atteindre l’objec- de formation, à la fin de l’année


tif commun. Tous les leviers doivent être actionnés passée, auprès de dix-huit États
en même temps pour relever au mieux ce grand défi », (majoritairement francophones), soit

conclut Robert Mauri. • près d’un cinquième de tous les États


bénéficiaires de l’assistance de l’OACI.
1. Single European Sky ATM Research (recherche pour la gestion du trafic De plus, la France met un expert
aérien du ciel unique européen).
à disposition pour deux ans afin
2. Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation
(programme de compensation et de réduction des émissions carbonées de renforcer les équipes à l’œuvre sur
pour l’aviation internationale). ces sujets au siège de l’Organisation.
sur le terrain

L’aviation internationale
se met au vert
TEMPS FORT

L’OACI a élaboré un ambitieux programme de


réduction et de plafonnement des émissions
carbonées à partir de 2020, en s’appuyant sur
quatre piliers.

Promouvoir les biocarburants


Point de vue Les biocarburants pour l’aviation constituent
un axe de recherche prometteur pour le transport
aérien mondial. Il augure des réductions
significatives des émissions de CO2. Cette recherche
privilégie les biocarburants de deuxième et troisième
L’engagement fort
générations développés avec de nouveaux procédés
de l’OACI sur les sujets industriels utilisant des sources de biomasse non
environnementaux se destinées à l’alimentation humaine ou animale.
manifeste à travers plusieurs Leur mise au point et leur fabrication, complexes en
thèmes : le durcissement des soi, mobilisent plusieurs acteurs parmi lesquels des
20

normes applicables en matière industriels du secteur de l’énergie, des avionneurs et


de bruit et d’émissions, des motoristes, mais aussi des compagnies aériennes
l’encouragement à développer engagées dans ce processus novateur.
l’usage des carburants
alternatifs, l’adaptation
à l’évolution du climat, et
l’ensemble des mesures
opérationnelles d’amélioration
des procédures mises en œuvre
par la navigation aérienne
visant à diminuer l’empreinte
© iStock

carbone de l’aviation. Le Corsia


est une initiative très innovante
et de portée mondiale sur les
émissions de CO2, à propos de
Av r i l 2 0 1 9

laquelle nous avons franchi une


étape normative décisive en
juin dernier. Le Conseil de l’OACI
travaille sur plusieurs textes

dérivés qui permettront de


#386

préciser et de renforcer
le dispositif Corsia d’ici à son

démarrage, le 1er janvier 2021.”

PHILIPPE BERTOUX,
AMBASSADEUR ET
REPRÉSENTANT PERMANENT
DE LA FRANCE
AU CONSEIL DE L’OACI.
Améliorer la performance environnementale
La réduction des émissions de CO2 à la source
concerne l’amélioration de la performance
environnementale des avions : des moteurs moins
consommateurs de carburant, l’emploi de

TEMPS FORT
matériaux composites dans la construction
aéronautique, ou encore l’introduction de systèmes
électriques en remplacement de l’hydraulique à
bord, visent à alléger les aéronefs et donc, à charge
marchande égale, à baisser leur consommation.

© iStock
PROMOUVOIR
les biocarburants Optimiser la navigation aérienne
Des gains en émissions carbonées sont également
attendus des nouvelles procédures de navigation
AMÉLIORER
aérienne, depuis le temps de roulage au sol, sur les
la performance
environnementale aéroports, jusqu’à l’adoption de trajectoires économes
en carburant, en passant par des méthodes de descente
continue vers la piste et une meilleure gestion
des arrivées, garantissant des temps d’attente en vol
optimisés. Le programme Ciel unique européen
participe à la conception et au déploiement
de ces solutions vertueuses au travers de Sesar,
son volet technologique.

21
OPTIMISER
la navigation aérienne
© R.Seitre/HOP!Biodiversité

Av r i l 2 0 1 9

COMPENSER
les émissions Compenser les émissions

Le transport aérien international s’est engagé


#386

à limiter ses émissions à leur niveau de 2020, malgré


la croissance prévue du trafic mondial. Pour ce faire,
il met en place un système de compensation de

ses émissions excédentaires à travers des mesures


économiques. Le dispositif prévu impose
aux transporteurs aériens d’acheter des unités
d’émissions de CO2 générées par la réduction
d’émissions dans d’autres secteurs de l’industrie.•
défi

Stabiliser les émissions de CO2


de l’aviation mondiale
TEMPS FORT

Premier dispositif de compensation des émissions

© iStock
carbonées mis en place à l’échelle mondiale, le Corsia est
entré dans sa phase initiale de déploiement en janvier 2019. Il
vise à neutraliser l’augmentation des émissions de CO2 du trafic
aérien international à partir de 2020, mais aussi à introduire un
mécanisme vertueux au bénéfice de divers secteurs industriels.
22

Limiter les émissions de CO2 du transport aérien forte dépendance aux énergies fossiles constitue un frein
mondial malgré sa croissance continue, tel est l’ob- notable. Ces constats motivent l’activation du second volet de
jectif du Corsia. Dans son principe de fonctionnement, ce mise en œuvre du Corsia : « L’OACI a recours à un mécanisme
dispositif de compensation s’ouvre tout d’abord par une de marché, en plus des solutions techniques et opérationnelles
période de surveillance de la consommation de carburant qu’elle a définies dans son “panier de mesures”, reprend le chef
des avions, et donc de leurs émissions de CO2 . Il s’agit de la de programme de la DTA. Le principe : chaque tonne d’émis-
phase dite de MRV (Monitoring, Reporting and Verification, sion carbonée (appelée “unité”) émise au-dessus du niveau de
surveillance, déclaration et vérification), qui a démarré au référence devra être compensée par l’achat d’une unité de CO2
1er janvier 2019. « Toutes les compagnies aériennes du monde captée ou économisée par un autre acteur industriel ou agricole
ont commencé à mesurer leur consommation de carburant. parvenu, à niveau de productivité égale, à économiser cette
Elles vont désormais s’y employer chaque année. Début 2020, tonne. Le système produira donc deux effets concomitants : il
elles vont transmettre leurs données pour 2019 à leurs auto- stabilisera les émissions de l’aviation internationale et encou-
rités étatiques de tutelle. Elles feront de même en 2021 avec ragera l’agriculture et l’industrie à améliorer leur performance
les données de 2020. À partir de ces chiffres, il sera possible de environnementale plus rapidement que le transport aérien n’a
Av r i l 2 0 1 9

calculer leurs volumes moyens d’émissions carbonées sur deux la possibilité de le faire. »
ans. Le résultat sera ensuite transmis à l’OACI, qui agrégera La DGAC est l’autorité chargée d’orchestrer le fonctionne-
alors l’ensemble des mesures effectuées et vérifiées dans le ment du mécanisme pour la France. Elle sera la courroie de
monde et en déduira la quantité de C02 moyenne émise en transmission entre l’OACI et les compagnies aériennes ins-
2019-2020 par le transport aérien. La somme ainsi obtenue tallées sur le territoire national, qu’il s’agisse de la transmis-

deviendra la limite à ne plus jamais dépasser », récapitule sion des données ou de l’information délivrée aux transpor-
#386

Pierre Primard, chef de programme à la sous-direction du teurs. À partir de 2021, le Corsia entrera dans sa première
Développement durable de la Direction du transport aérien phase opérationnelle basée sur le volontariat. Les 78 États qui
(DTA) à la DGAC. se sont déclarés volontaires représentent près de 90 % de l’ac-

tivité aérienne mondiale. À partir de 2027, ce dispositif inté-


UN EFFET DOUBLEMENT VERTUEUX grera l’ensemble des États1, soit plus de 93 % de l’activité et près

Or, l’objectif de non-dépassement du niveau d’émissions de


de 80 % des émissions du secteur. •
1. À l’exception d’un certain nombre d’États exemptés en raison de leur niveau
référence se heurte à deux obstacles. D’une part, le trafic aé- de développement, de leur insularité et/ou de leur faible poids dans le trafic
rien mondial croît en moyenne de 5 % par an. D’autre part, sa mondial.
vu d’ailleurs

L’Europe, pionnière
de la réduction

TEMPS FORT
des émissions carbonées
Dès 2005, l’Europe s’est dotée d’un système de réduction des émissions
industrielles de CO2. Le transport aérien y a été intégré au début des années 2010.

Point de vue

© Richard METZGER / DGAC - STAC


L’EU-ETS doit prendre
en compte la mise
en œuvre du Corsia,
qui résulte d’un
processus à haute
teneur diplomatique.
Il est prévu de
commencer par la
Dès la fin des années 1990, l’Europe l’époque de son lancement, le système

23
phase de mesure, de
s’est interrogée sur le rôle qu’elle pour- prévoyait que les États accordent 85 % de
rait jouer dans la lutte contre le réchauf- quotas gratuits aux industriels installés sur suivi et de vérification
fement climatique. Créé en 2005, le leur sol. « Aujourd’hui, pour les compagnies des quantités
Système d’échange des quotas d’émission aériennes de l’EEE, cette proportion se situe d’émissions carbonées
de l’Union européenne (SEQE-UE), ou désormais aux environs des 50 %, soit des deux dispositifs
EU-ETS (European Union-Emission Tra- 32 millions de quotas sur les 64,2 millions et de voir précisément
ding Scheme), a été fondé sur le principe du qu’elles doivent restituer chaque année », comment ils sont
paiement par l’industrie d’un droit à polluer, précise Guillaume Van Reysel. Le prix d’un conciliables. Mais
via l’achat de quotas d’émissions carbonées. quota (une tonne de gaz à effet de serre), fixé avant d’aller plus loin,
« Si un industriel émet 10 000 tonnes de CO2 au départ dans une fourchette de 2 à 3 euros, il faudra attendre
par an, il doit restituer l’équivalent en quotas s’est longtemps établi autour de 7 euros. Il
que la Commission
sur un marché des émissions créé à cet effet avoisine aujourd’hui les 25 euros via un gel
rédige, d’ici à 2020,
– il s’agit du principe du pollueur-payeur. de 900 millions de quotas mis aux enchères
S’il veut réduire cette dépense d’une année entre 2014 et 2016. En 2017, les compagnies le rapport au sujet
sur l’autre, il doit investir, moderniser son aériennes françaises ont dû acheter 1,8 mil- de Corsia. L’intégrité
outil de production afin de faire baisser son lion de quotas de CO2 à 15 euros l’unité, ce environnementale de
Av r i l 2 0 1 9

empreinte carbone », explique Guillaume qui a représenté un coût de 27 millions ce dernier dépend
Van Reysel, adjoint au chef du bureau envi- d’euros ; et pour l’ensemble des transpor- largement de la qualité
ronnement à la sous-direction du dévelop- teurs européens, la facture devrait être de des unités de CO2
pement durable de la Direction du transport l’ordre de 480 millions d’euros (pour envi- qui y seront utilisées.”
aérien (DTA). ron 32 millions de quotas). À compter de

2019, le prix des quotas sera contrôlé grâce


#386

DIMITAR NIKOV,
APPLICATION AU TRANSPORT à une réserve de stabilité afin de « réduire ADJOINT
l’excédent de quotas sur le marché du carbone AU CHEF
AÉRIEN INTRA-EUROPÉEN DU BUREAU
et améliorer la résistance de l’ETS en cas de

DES MARCHÉS
Transposé à l’aviation sous sa forme actuelle choc économique ». En 2020, les émissions CARBONE
en 2013, l’EU-ETS ne s’y applique que pour des secteurs couverts par le système seront À LA DIRECTION
les vols au départ et à l’arrivée de l’espace inférieures de 21 % par rapport à leurs GÉNÉRALE
DE L’ÉNERGIE ET DU CLIMAT
économique européen (EEE), autrement dit niveaux de 2005. En 2030, conformément (DGEC), MINISTÈRE DE LA
des États de l’UE auxquels s’ajoutent l’Is- aux engagements de l’Union européenne, TRANSITION ÉCOLOGIQUE
lande, le Lichtenstein et la Norvège. À elles devraient avoir diminué de 43 %. • ET SOLIDAIRE.
témoignages

Mobilisation générale
autour du Corsia
TEMPS FORT

Accompagner
Une mise dans la
en conformité démarche"
facilitée" MILDRED DAUPHIN,
Cinq acteurs NATHALIE SIMMENAUER,
RESPONSABLE DÉVELOPPEMENT
DURABLE À LA FÉDÉRATION
du monde du DIRECTRICE DU DÉVELOPPEMENT
DURABLE À AIR FRANCE
NATIONALE DE L’AVIATION
MARCHANDE (FNAM)
transport aérien,
exploitants
et services de
l’État, réagissent
à la mise
en œuvre
du Corsia,
24

programme
mondial de
Crédit photos : DR ; D.Bascou/DGAC

réduction et de
compensation
des émissions
carbonées.
Trois d’entre
eux évoquent
également
l’EU-ETS, premier otre expérience es compagnies

dispositif du N de l’ETS facilite la mise


en conformité d’Air France L françaises soutiennent
le Corsia, à la fois
s’agissant de la déclaration parce que l’initiative
genre jamais de nos émissions carbone est pertinente en soi
introduit dans pour CORSIA à compter et qu’elle concerne tous
Av r i l 2 0 1 9

de janvier 2019, même si les opérateurs dans le monde.


le secteur de le périmètre des vols y est plus La Fnam accompagne
l’aviation large. La complexité vient naturellement ses adhérents
de la superposition des règles : dans la démarche. Reste
internationale. un alignement strict sur celles à savoir comment l’ETS

du CORSIA simplifierait les européen cédera le pas,


#386

obligations administratives à terme, au Corsia mondial.


des opérateurs. Au-delà des Par ailleurs, en attendant
moyens humains et techniques de disposer de la liste des
à mettre en œuvre, le plus unités de CO2 déclarées

important reste la finalité de éligibles par l’OACI, la Fnam


ce programme mondial unique, apprécie qu’il soit possible
qui démontre l’engagement de favoriser certains types
du secteur pour une juste de crédits de compensation,
contribution de l’aviation à en parfaite adéquation avec
la lutte contre le changement la politique environnementale
climatique. des compagnies.
TEMPS FORT
Un
Prendre
fonctionnement
Formation en compte tous
désormais
intensive" les aspects"
rodé"
DIMITAR NIKOV,
PAUL AVRILLIER, PIERRE PRIMARD, ADJOINT AU CHEF DU BUREAU DES
CONSEILLER TRANSPORTS, PÔLE CHEF DE PROGRAMME MARCHÉS CARBONE À LA DIRECTION
DÉVELOPPEMENT DURABLE, À LA SOUS-DIRECTION DU GÉNÉRALE DE L’ÉNERGIE
À LA REPRÉSENTATION DÉVELOPPEMENT DURABLE (SDD) ET DU CLIMAT (DGEC), MINISTÈRE
PERMANENTE DE LA FRANCE DE LA DIRECTION DU TRANSPORT DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
AUPRÈS DE L’UNION EUROPÉENNE AÉRIEN (DTA) ET SOLIDAIRE

25
is en place à partir e programme es dix-neuf critères
M de 2005, puis transposé
à l’aviation intra- L d’assistance aux États
membres L d’éligibilité des unités
d’émissions carbonées
européenne, l’EU-ETS de l’OACI les moins du Corsia, tels
a été le premier système impliqués dans qu’énoncés par l’OACI,
d’échange et de compensation l’élaboration du Corsia constituent l’ossature du
Av r i l 2 0 1 9

des émissions carbonées a conduit la DGAC, en dispositif, dans le sens où ils


au monde. Il revendique une association avec l’autorité permettent de juger si une
certaine maturité, alors que son canadienne, à organiser quatre unité se qualifie, ou pas, pour
fonctionnement est désormais déplacements d’experts être utilisée. Ils prennent
rodé. Il couvre l’ensemble au bénéfice de 18 États du notamment en compte tous
monde, sur les 94 concernés,

des activités industrielles, de les aspects liés à la production


afin de leur dispenser une
#386

la production d’énergie de type de crédits carbone, à leur


centrale électrique jusqu’au formation intensive sur tous identification, à leur suivi,
transport aérien, en passant les aspects du programme à leur vérification, à leur retrait
par les raffineries, aciéries, etc. mondial. Au-delà de ces du marché une fois qu’ils ont

Le secteur de l’aviation n’y sessions, il est convenu que été utilisés (le critère
est pas majoritaire, mais il reste le contact avec ces États d’évitement du double compte
l’un des principaux acheteurs soit maintenu afin de les est essentiel), à leur caractère
de quotas d’émissions du fait accompagner au gré de leurs additionnel (il faut que
de sa forte croissance, qui est avancées respectives. les unités soient générées
partiellement compensée en en l’absence d’une autre
matière d’émissions carbonées incitation), etc.
par la modernisation des flottes.
à l’air libre

THOMAS JUIN
Président de l’Union des aéroports français et francophones associés (UAF & FA)

La langue française fonde


notre communauté aéroportuaire
Depuis le 1er novembre 2018, l’Union des aéroports français (UAF)
et l’Association des aéroports francophones (AFACI) forment l’Union
des Aéroports français et francophones associés (UAF & FA).
La naissance de l’UAF & FA est une nouvelle illustration de la force
de la communauté aéroportuaire et des valeurs qu’elle porte haut :
le partage et le travailler ensemble.
26

L’UAF & FA reste l’organisation professionnelle Il cherchera également à présenter et à défendre


des aéroports français mais s’enrichit désormais des positions communes au nom des aéroports
d’une forte dimension métiers, avec l’intégration francophones devant les autorités et organisations
des commissions métiers de l’AFACI au sein de l’UAF, internationales liés au transport aérien, et plus
et d’un Pôle de coopération avec des aéroports particulièrement au secteur aéroportuaire, et à
francophones situés essentiellement en Afrique, collaborer efficacement avec les autres associations
en Europe et en Amérique du Nord. Ce d’aéroports dans le monde. Notre organisation pourra
rapprochement est l’aboutissement logique s’appuyer dans ses ambitions nouvelles sur le
des relations de travail de plus en plus étroites dynamisme de ses commissions métiers. Couvrant
et des liens amicaux qui se sont noués au fil du temps l’ensemble des champs d’activité des plateformes
entre les membres des deux organisations. aéroportuaires, elle rassemble les collaborateurs
Le pôle francophone de l’UAF & FA a aujourd’hui et professionnels d’un même métier ou d’une même
l’ambition de refléter la diversité de la communauté activité en vue d’un partage d’expérience et
Av r i l 2 0 1 9

aéroportuaire francophone des cinq continents. de pratique. Ces commissions sont, pour notre
Car c’est bien cette diversité de pratique, d’expérience organisation, des ressources d’expertise et des
et de situation qui fait la richesse de notre espaces de réflexion. Elles sont aussi des lieux
communauté aéroportuaire. Et c’est bien l’utilisation d’échange et de rencontre avec nos partenaires
du français comme langue de travail et de partage économiques et institutionnels.

qui fonde notre communauté. L’UAF & FA mettra ses expertises nouvelles au
#386

service de la défense et de la promotion des intérêts


DES AMBITIONS NOUVELLES de la profession, dans un dialogue constructif et sans
cesse renouvelé avec la DGAC et l’ensemble de son

Notre pôle francophone se donne pour objectif environnement.


de rassembler le plus grand nombre d’aéroports En 2019, nous vous donnons rendez-vous à
de langue française et de promouvoir la coopération la 1re édition des Rencontres des aéroports français
entre les aéroports de la francophonie en favorisant et francophones qui aura lieu à Biarritz du 15 au
notamment les échanges d’information et 17 mai, puis au prochain congrès de l’UAF & FA
de savoir-faire, de compétence et de personnels. le 7 novembre 2019, à Paris. •
stratégie

STRATÉGIE
© iStock
Dans l’un de ses trois volets, le plan Horizon 2023 traite de la question du renforcement des compétences des pilotes.

27
Horizon 2023
epuis plus d’une dizaine d’années, la

Le nouveau D démarche collaborative engageant les


services de l’État et les opérateurs
d’aviation civile a remplacé l’approche
de la sécurité aérienne fondée sur la
seule conformité réglementaire des opérateurs. Malgré

plan de vol
l’augmentation du trafic aérien, cette évolution a contri-
bué à l’amélioration de la sécurité aérienne. Horizon 2023,
le nouveau plan stratégique quinquennal d’amélioration
de la sécurité aérienne lancé cette année, s’inscrit dans

pour la sécurité cette logique collaborative et pragmatique. « Un des axes


importants de ce plan d’action stratégique consiste à
renforcer et étendre les réseaux, et réunir autour d’une
aérienne  table les acteurs évoluant au sein d’une même activité pour
leur permettre d’échanger sur leurs risques dans le respect
Av r i l 2 0 1 9

des règles de confidentialité et de déontologie », explique


Le nouveau plan stratégique Stéphane Corcos, chef de la mission Évaluation et amé-
lioration de la sécurité à la Direction de la sécurité de
d’amélioration de la sécurité
l’aviation civile (DSAC). Pour construire le plan Horizon
aérienne Horizon 2023 est lancé. 2023, les équipes de la DSAC ont fait remonter les analyses

Fruit d’une étroite collaboration avec des risques issues de plusieurs sources d’information, à
#386

les opérateurs et toutes les directions commencer par les retours des différents échelons
interrégionaux de la DSAC et par les données collectées
techniques de la DSAC, cette feuille par le Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité

de route fixe les priorités du domaine de l’aviation civile (BEA). Elles ont en outre recueilli les
pour les cinq années à venir. réponses aux questionnaires demandant aux opérateurs
français (compagnies, prestataires de services de la
- navigation aérienne, exploitants d’aérodromes, orga-
Par Henri Cormier nismes de formation, etc.) de partager leur expérience
dans ce domaine et leur avis sur les risques prioritaires.
stratégie

DES ACTIONS TRANSVERSES

La feuille de route dressée pour les cinq années à venir


STRATÉGIE

a également intégré les orientations du plan d’actions


européen pour la sécurité aérienne. « Le plan Horizon
2023, construit à partir de tous ces éléments, définit les
priorités sur lesquelles la DSAC s’engage à mener des
actions jusqu’à leur objectif, de manière concertée,
suivie et méthodique. Cela n’exclut pas la mise en place,
en dehors de cette feuille de route, d’actions selon les
besoins ou sollicitations qui pourraient survenir »,
précise Stéphane Corcos.
Les grandes priorités de ce nouveau plan stratégique
ont été classées en trois grands volets. Le premier,
intitulé « Pilotage de la sécurité », prône des mesures
plus systémiques et transverses de manière à promou-
voir un contexte opérationnel dans lequel s’implique
chacun des acteurs concernés. Douze actions priori-
taires ont ainsi été mises en avant, dont la notification
et l’analyse efficaces des événements de sécurité, le
renforcement des systèmes de gestion de la sécurité
(SGS), les partages d’informations de sécurité entre
opérateurs, l’utilisation des données de masse (via le
programme européen Data for Safety). L’accent sera
mis également sur la sensibilisation des acteurs de
28

première ligne à l’importance du respect des procé- Malgré l’augmentation du trafic aérien, la démarche collaborative
dures, le développement de la surveillance basée sur entre l’État et les opérateurs d’aviation civile avait déjà contribué à
l’amélioration de la sécurité aérienne.
les risques (RBO) et la consolidation des liens entre la
surveillance et le processus de gestion des risques du
Programme de sécurité de l’État (PSE). À noter que les plinés, transportant des articles dangereux, etc.).
drones font leur entrée pour la première fois dans le La dernière partie enfin précise les priorités pour
plan stratégique de sécurité de l’État. l’aviation légère, avec des actions phares comme la
promotion de la culture juste, le suivi de sécurité du
UNE MISE EN PLACE CADENCÉE coavionnage et des activités ayant une composante
commerciale et la mise en place d’un portail rassem-
La deuxième partie de ce plan d’actions est consacrée blant toutes les actions de promotion de la sécurité
aux axes opérationnels. Elle traite en premier lieu de menées par la DGAC et les fédérations d’usagers.
la question du renforcement des compétences des Élément clé du programme de sécurité de l’État, dont
pilotes sur des thématiques comme la réaction aux il s’inspire pour décliner les grandes actions prioritaires
effets de surprise, la récupération d’une perte de qui ont été identifiées, le plan Horizon 2023 déroulera
contrôle ou la gestion du risque fatigue. Ce volet est la mise en place des mesures de manière séquencée.
Av r i l 2 0 1 9

ensuite décliné selon les différentes phases de vol, avec « Nous sommes dans une phase de définition concrète
là encore douze actions considérées comme prioritaires, des actions et de leur cadencement dans le temps. Tout
à l’instar de la lutte contre les risques liés aux charges ne peut pas être lancé tout de suite car certaines actions
libres en soute, aux travaux sur les aérodromes ou les nécessitent la mise en place d’outils ad hoc, d’études
risques générés par les passagers (passagers indisci- préalables, etc. », note Stéphane Corcos. •

•#386

Le plan Horizon 2023 définit les priorités sur lesquelles


la DSAC s’engage à mener des actions jusqu’à leur
objectif, de manière concertée, suivie et méthodique. »
STÉPHANE CORCOS • CHEF DE LA MISSION ÉVALUATION ET AMÉLIORATION DE LA SÉCURITÉ À LA DSAC
3 questions à

Élever la culture de sécurité


des acteurs de l’aérien »

STRATÉGIE
PATRICK CIPRIANI,
DIRECTEUR DE LA SÉCURITÉ
DE L’AVIATION CIVILE

Quelle est la finalité des plans Horizon


successifs de la DSAC ?
Ces plans fixent la politique de sécurité aérienne de
l’État. C’est donc à la fois ce qui doit s’appliquer à
l’Autorité de surveillance et aux opérateurs. Il s’agit
de partir d’une analyse des risques partagée avec les
différentes parties prenantes pour identifier les
priorités d’actions d’amélioration de la sécurité et
les fixer dans ces plans. Les risques évoluant, il est
indispensable de faire également évoluer ces plans.
Il faut noter enfin que ces plans Horizon doivent se
conformer aux exigences mentionnées dans l’annexe
19 (gestion de la sécurité) de l’OACI et qui sont
renforcées depuis plusieurs années par le cadre
européen. Nous avons d’ailleurs été précurseurs en
© iStock

la matière.

29
Sur quels points spécifiques la DSAC
doit-elle faire porter ses efforts pour
améliorer encore la sécurité ?
Il y a deux types d’objectifs. Tout d’abord, les objectifs
transversaux qui s’appliquent un peu à tous les
domaines et qui ont pour caractéristique commune
d’élever la culture de sécurité des acteurs de l’aérien.
Cela se traduit concrètement par l’amélioration
du traitement des incidents, de la connaissance
des évènements précurseurs via notamment les
techniques du « big data », et par l’amélioration en
sortie de chaîne de nos indicateurs de sécurité. Il y a
ensuite toute une série d’objectifs opérationnels, avec
des axes sur les compétences des pilotes, la gestion
de l’équipage dans le cockpit ou celle du risque fatigue
qui a pris de d’ampleur dans la réglementation ces
Av r i l 2 0 1 9
© iStock

dernières années.

Les drones font leur entrée pour la première fois Qu’attendez-vous des personnels de la
dans le plan stratégique de l’État. DSAC pour la réalisation du plan Horizon
2023 ?

Les actions de ce plan sont claires, mais d’assez haut


#386

niveau et le premier travail pour les équipes de la


DSAC va consister à traduire ces objectifs en un plan
80 73 000 de mesures plus précis qui puissent déboucher

ensuite sur des actions sur le terrain vis-à-vis des


OPÉRATEURS NOTIFICATIONS compagnies, du contrôle aérien et des aéroports, ainsi
FRANÇAIS ONT RÉPONDU D’ÉVÉNEMENTS DE que de l’aviation légère. Ce plan sera suivi en interne
AU QUESTIONNAIRE DE SÉCURITÉ ONT ÉTÉ
LA DSAC POUR PARTAGER TRANSMISES PAR LES trois fois par an pour s’assurer que l’on avance
LEUR AVIS SUR LES OPÉRATEURS À LA DSAC conformément aux objectifs.
RISQUES PRIORITAIRES. EN 2017.
trajectoires projet

Benoît Pinon
CHEF DU PÔLE NAVIGABILITÉ À LA DIRECTION
TRAJECTOIRES

DE LA SÉCURITÉ DE L’AVIATION CIVILE (DSAC)

Deux
plateformes
pour les
adeptes
des drones
Pour répondre à l’obligation
d’enregistrement des
aéronefs télépilotés et Quels sont les principaux objectifs
d’AlphaTango ?
de formation des télépilotes
30

Benoît Pinon : Nous avions déjà mis en place


de loisir d’appareils de plus la plateforme « Mon espace drone », un portail
de 800 grammes prévue exclusivement réservé aux professionnels,
par la loi du 24 octobre 2016, soit environ 7 000 personnes. En intégrant
l’enregistrement des drones de loisir, l’outil devenait
deux plateformes grand beaucoup plus grand public : on compte ainsi
public ont vu le jour fin déjà près de 97 000 drones enregistrés et
octobre 2018. AlphaTango 28 000 propriétaires. Nous avons donc veillé à
proposer une interface simple, conviviale, où
(https://alphatango.aviation-
les personnes peuvent enregistrer facilement leur
civile.gouv.fr) est dédiée à identité et leurs coordonnées, le type de drone détenu,
l’enregistrement des pilotes sa plage de masse ou encore ses équipements.
et équipements, tandis que Nous avons également décidé de changer le nom
de la plateforme, car les adeptes de l’aéromodélisme
Fox AlphaTango (https://fox- ne se reconnaissent pas dans le terme « drone ».
alphatango.aviation-civile. Bien sûr, nous avons conservé l’ensemble des
Av r i l 2 0 1 9

gouv.fr) propose une démarches accessibles aux professionnels.


formation accessible
D’autres utilisations sont-elles prévues ?
et ludique aux télépilotes B. P. : La loi de 2016 prévoit le signalement
de loisir. électronique des drones pour que les sites sensibles

puissent s’assurer qu’il s’agit bien de drones


-
#386

coopératifs et mieux cibler les éventuelles menaces


Par Sylvie Mignard ou détecter les négligences. Les propriétaires devront
renseigner l’identifiant électronique de leurs drones

dans AlphaTango. Ces données et celles de leurs


propriétaires seront systématiquement
communiquées à un serveur de la gendarmerie
nationale quasiment en temps réel.
Camille Marcadé Adrien Bouvier
CHEF DE PROGRAMME DRONE À LA DIRECTION CHEF DE PROJET AU PÔLE DES APPLICATIONS

TRAJECTOIRES
DE LA SÉCURITÉ DE L’AVIATION CIVILE (DSAC) DE LA SÉCURITÉ AÉRIENNE DE LA DSI AU
SECRÉTARIAT GÉNÉRAL

Illustrations : Clara Dealberto


Quel est l’objectif de la formation proposée Quel était le principal défi de ce projet ?
sur la plateforme Fox AlphaTango ? Adrien Bouvier : C’était la première fois que

31
Camille Marcadé : La démocratisation de l’usage nous devions élaborer un système d’information
des drones de plus de 800 grammes et autres aéronefs destiné au grand public où chaque utilisateur
télépilotés fait que de nombreux usagers n’ont aucune créerait lui-même son compte. Nous avons donc
connaissance des règles régissant l’occupation de dû dimensionner l’espace informatique pour gérer
l’espace aérien. L’objectif est donc de leur permettre un nombre important de connexions et de créations
d’acquérir gratuitement les connaissances essentielles de comptes. Ainsi, des tests de performance ont
à leur sécurité et à celle des autres. Nous leur proposons été réalisés en faisant l’hypothèse de
donc une formation courte, environ 30 minutes, à l’issue 500 000 propriétaires et 600 000 drones.
de laquelle ils doivent répondre à un QCM de 20 questions. Nous devions également créer des passerelles
S’ils y parviennent sans erreur, ils se voient alors entre AlphaTango et Fox AlphaTango, notamment
délivrer une attestation de suivi de formation qu’ils au niveau de la connexion ou de la validation
peuvent télécharger sur le site AlphaTango. Début de la formation.
février dernier, 24 400 personnes avaient d’ores et
déjà obtenu cette attestation. À quelles difficultés avez-vous été
confrontés ?
Comment cette formation est-elle A. B. : Nous avons dû adopter des solutions
Av r i l 2 0 1 9

structurée ? techniques permettant de gérer des connexions


C. M.  : Le site propose des vidéos qu’il faut massives, mais aussi l’envoi de mails en nombre.
obligatoirement regarder ainsi que des exercices De fait, nous avons été dans l’obligation de nous
d’entraînement comportant des questions très simples. déclarer auprès de différents opérateurs internet
Ainsi, les rubriques « Je me forme » et « Je m’entraîne » pour que nos messages électroniques ne soient pas

comportent 5 modules distincts : « Les règles de l’air », considérés comme des spams. L’autre dimension
#386

« Les règles de survol : la protection des personnes et importante est la sécurité car, s’agissant d’un site
des sites sensibles », « Les règlements et démarches grand public, les risques sont décuplés. Nous
préalables à respecter », « Avant le vol : les règles et les conduisons donc différents audits sur ce sujet afin

bonnes pratiques », « En vol : les règles ». S’ajoute un de renforcer encore la protection des deux portails.
focus sur les sanctions encourues en cas de non-respect Enfin, nous avons dû développer des interfaces
de la réglementation. Nous avons donc choisi d’aller à avec d’autres ministères afin de pouvoir leur
l’essentiel afin que les télépilotes adoptent de bonnes communiquer certaines données.
pratiques et prennent conscience des dangers liés
à leur activité.
trajectoires en vue

Pierre-Yves
TRAJECTOIRES

Huerre
Chef de la Mission de l’aviation légère, générale
En vingt ans,
j’ai connu
de nombreux
et des hélicoptères (MALGH) domaines
de l’aviation,
de l’environnement à la
Ingénieur général ---> stratégie en passant par
des Ponts, des Eaux et la sécurité et l’opérationnel
territorial. Aujourd’hui, je
des Forêts, Pierre-Yves suis sur un secteur plus ciblé
Huerre a été nommé auprès de passionnés,
mais avec des fonctions
chef de la MALGH en transverses. Avec mon
novembre 2018. Un équipe de six personnes,
nouveau terrain d’action nous sommes au service
32

de tout ce qui touche cette


pour un homme qui a aviation : réglementation,
déjà acquis une solide nouveaux développements,
espace aérien, maintenance,
expérience au sein etc. Savoir écouter, mettre
de la DGAC. en relation, engager un
--->

- dialogue constructif et
rechercher des solutions
Par Béatrice demeurent essentiels pour
Courtois des structures souvent de
petite taille mais qui sont
le socle de la culture
aéronautique française.
Tout en découvrant la
richesse de cette aviation,
il y a devant moi des sujets
majeurs comme le progrès
de la sécurité et celui
Av r i l 2 0 1 9

de l’avion électrique qui sera


un tournant dans le monde
de l’aviation légère. »
• #386

1997 2005 2008 2011 2015


Chargé de mission Chef de la mission Chef du service Sous-directeur Directeur


puis chef de bureau environnement de la de la navigation de la planification de la sécurité
en délégation de Direction des aérienne Nord et de la stratégie de l’aviation civile
service public dans services de la de la DSNA Ouest
les aéroports et navigation aérienne
les autoroutes (DSNA)

© Jean Chiscano
déjà demain

Vers une du ciel et les retards de vols. C’est le cas notamment du


projet xStream mené dans le cadre de Sesar 2020. Testé

DÉJÀ DEMAIN
à Orly, Roissy, Londres et Zurich, xStream consiste à

meilleure expérimenter des concepts de séquencement des arri-


vées bien plus en amont que ce que l’on fait aujourd’hui.
En utilisant au mieux les données disponibles, il est ainsi

prédictibilité possible de prévoir une séquence d’arrivée à plus de 200


milles nautiques (370 km) de distance2 et d’anticiper
par exemple des mesures de réduction de vitesse qui
du trafic aérien vont permettre d’optimiser la configuration du trafic.

DES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX,


DE SÉCURITÉ ET DE CAPACITÉ

« Si on arrive à pré-séquencer ces vols plus en amont, non


seulement on améliore la sécurité et l’efficacité environ-
nementale, mais cela peut aussi être un vecteur d’aug-
mentation de la capacité à l’arrivée dans la mesure où
l’on diminue la charge du contrôleur d’approche », sou-
ligne Étienne Guérin, adjoint au chef du département
Systèmes, infrastructures et programmation technique,
© iStock

à la direction des Opérations de la DSNA. Des évaluations


ont été réalisées en 2017 et 2018 sur les flux à l’arrivée
des aéroports de Paris-Orly et de Roissy-Charles-de-

33
Face à l’augmentation du trafic Gaulle (CDG). À l’été 2017, pour lisser la pointe de trafic
aérien et aux problèmes croissants en fin de matinée pendant les travaux de la piste nord
d’Orly, la vitesse de quelque 200 vols a ainsi été adaptée
de capacité, la DSNA a développé depuis le nord de Bordeaux ou de Lyon.
plusieurs outils destinés à
améliorer la prédictibilité du trafic Dans cette même logique, une nouvelle procédure
aérien. Décryptage. opérationnelle dérivée de l’E-AMAN (Extended Arrival
Management) a fait l’objet d’expérimentations en 2018
- avec les centres de contrôle de Paris, Reims, Milan,
Par Henri Cormier Zurich et Genève pour la gestion des arrivées à CDG.
Un outil de séquencement a été développé dans le cadre

A
vec plus de 3 millions de vols contrôlés de cette nouvelle procédure. Il s’appuie sur les informa-
chaque année, l’espace aérien français tions envoyées à Eurocontrol par les différents États
est aujourd’hui le plus fréquenté d’Eu- membres pour calculer une estimation de tous les vols
rope. En 2018, le trafic aérien a aug- à l’arrivée dans un rayon de 350 milles nautiques et
menté de 2,9 % par rapport à l’année permettre d’anticiper la séquence avant l’entrée dans
Av r i l 2 0 1 9

précédente. Une hausse qui dépassait même 11 % par la zone du centre de contrôle de Paris. Une anticipation
rapport à 2015. Dans un tel contexte, les enjeux en termes dans la récolte des données qui peut atteindre 4 heures.
de prédictibilité du trafic aérien sont de plus en plus « Il y a deux enjeux en termes de prédictibilité lorsqu’on
cruciaux. « La prédictibilité et la stabilité de l’image du cherche à augmenter l’horizon de séquencement, souligne
trafic sont essentielles pour maximiser la capacité de Étienne Guérin. Il va falloir améliorer les estimations

l’espace aérien, explique Jérôme Dufossez, chargé de des décollages et prendre en compte les routes qui peuvent
#386

mission au département Espace de la direction des être raccourcies par le contrôleur. On a besoin de la même
Opérations, à la Direction des services de la navigation précision, mais c’est plus difficile à obtenir puisque les
aérienne (DSNA). Plus les systèmes reflètent au plus près estimations sont beaucoup plus variables avec une telle

la situation réelle, moins le contrôleur prendra des marges anticipation. » En 2019, le concept sera étendu aux
qui entraînent des délais en chaîne. » Plusieurs concepts centres de Maastricht et de Karlsruhe. L’efficacité de
opérationnels et outils sont aujourd’hui développés au ces nouveaux outils d’optimisation des vols passe aussi
sein du programme Sesar1 pour améliorer cette prédic- par la mise en place de processus collaboratifs entre la
tibilité du trafic aérien et limiter les « embouteillages » DSNA et les utilisateurs de l’espace aérien. En effet,
déjà demain

l’organisation des séquencements réalisée dans le cadre 3 questions à


de xStream permet par exemple la prise en compte,
lorsque cela est possible, des priorités des compagnies Mieux maîtriser la volatilité
DÉJÀ DEMAIN

aériennes. du trafic pour une meilleure


prédictibilité »
MESURES DE PLAFONNEMENT
JEAN-MICHEL EDARD,
CHEF DE PROGRAMME ANALYSE
Une approche collaborative que l’on retrouve dans le PERFORMANCE OPÉRATIONNELLE ET
CAP (Collaborative Advanced Planning), une autre ENVIRONNEMENTALE À LA DIRECTION
procédure lancée en 2015 dans l’espace aérien de Reims DES OPÉRATIONS DE LA DSNA.
avant d’être mise en œuvre l’année suivante au sein des
cinq CRNA 3 français. Pour contenir la demande de
trafic dans la capacité d’un secteur de contrôle et éviter Pourquoi les questions de prédictibilité
d’appliquer des régulations de trafic génératrices de du trafic aérien s’imposent-elles davantage
délais, le CAP consiste à distribuer le trafic autrement aujourd’hui ?
en mettant en place des mesures de plafonnement pour La différence tient à l’augmentation de l’écart entre
des vols précis. « Bien souvent, tous les vols demandent l’offre et la demande. Auparavant, lorsque la demande
le même niveau au même endroit. L’idée de CAP est donc de trafic dépassait un peu l’offre de capacité, les délais
de demander à certains vols de changer de niveau, de générés n’étaient pas énormes. Aujourd’hui, cet écart
manière à rétablir un équilibre entre les différentes s’est accru et les délais sont bien plus importants.
parties d’espace aérien, et d’avoir une demande qui Et il y a une forte différence entre les plans de vol
corresponde à ce que l’on est capable de fournir en termes initiaux déposés par les compagnies et les plans de vol
de capacité. C’est une solution collaborative et basée sur définitifs, surtout dans les périodes de pointe comme
la confiance que nous pouvons avoir avec les opérateurs », l’été, car les compagnies cherchent sans cesse une route
explique Jérôme Dufossez. Après l’extension du CAP à ou un niveau de vol qui serait moins pénalisant en
34

l’Espagne en 2017 et à l’Allemagne en 2018, la prochaine termes de délais. Il faut donc que nous puissions
étape s’annonce déjà. Baptisée « Network Cap », cette anticiper au mieux ces changements.
évolution du processus devrait permettre d’ici à la
fin de l’année de transmettre aux centres de contrôle Vous travaillez sur les questions de volatilité
concernés les propositions de changements de routes du trafic. En quoi la volatilité et la
en utilisant le système du Network manager de manière prédictibilité sont-elles liées ?
à avoir une meilleure vision de l’impact des mesures dans Essayer d’identifier à l’avance sous quelle forme va
les courbes de trafic. Une vingtaine de compagnies s’exprimer la volatilité, autrement dit les changements
participent à cette approche collaborative… Preuve que soudains qui entraînent des perturbations dans la
la collaboration indispensable à la bonne marche de ces gestion du trafic aérien, permet d’anticiper l’évolution
outils fonctionne.  • du trafic et d’adapter nos plans de capacités. Si on
parvient à mieux maîtriser le phénomène de volatilité,
1. Single European Sky ATM Research.
2. Et jusqu’à 350 NM sur certaines expérimentations, comme Heathrow ou
alors on pourra obtenir une meilleure prédictibilité.
Paris CDG. On a ainsi identifié neuf domaines dans lesquels peut
3. Centre en Route de la Navigation Aérienne.
s’exprimer cette volatilité. Par exemple, les évolutions
du taux de redevance dans un pays peuvent induire des

3,2
Av r i l 2 0 1 9

arbitrages financiers par les compagnies et générer des


reports de vols.
MILLIONS, C’EST LE NOMBRE
DE VOLS CONTRÔLÉS EN FRANCE EN Comment, améliorer encore la prédictibilité
2018. SOIT UNE HAUSSE DE 2,85 % PAR
du trafic dans les années à venir ?

RAPPORT À 2017.
Étant donné la densité de cette partie de l’espace aérien
#386

11,68 % nommée « core area »1, je pense qu’il faudra a minima


revoir sa structure, de façon à augmenter sa capacité,
C’EST LA CROISSANCE
donc à le rendre moins sensible aux phénomènes

DU TRAFIC DEPUIS 2015.


de volatilité, ce qui permettra d’en améliorer
PLUS DE la prédictibilité. En outre, il faudra améliorer la
6 600 coordination civile-militaire ainsi que les méthodes
et outils de coopération tactique avec les compagnies
PLANS DE VOL ONT ÉTÉ
CHANGÉS DE MANIÈRE COLLABORATIVE aériennes, en particulier en période de pointe.
DEPUIS LE LANCEMENT DE CAP. 1. Zone de plus forte intensité de trafic en Europe.
Passagers 1 495
C’EST LE NOMBRE

indisciplinés  :
DE NOTIFICATIONS D’INCIDENTS

DÉJÀ DEMAIN
LIÉS À DES PAXI ATTEINT EN 2017
AU NIVEAU EUROPÉEN. EN 2015, ON
EN DÉNOMBRAIT 563, ET 52 EN 2005.

des solutions 299


à renforcer LES OPÉRATEURS FRANÇAIS
ONT NOTIFIÉ 299 ÉVÉNEMENTS
EN 2017. ET 124 POUR LE SEUL
PREMIER TRIMESTRE 2018.
Les passagers indisciplinés
qui perturbent le bon déroulement
bilan de son utilisation. Par ailleurs, les directions
des vols ont fait l’objet d’un interrégionales de la DSAC auront pour rôle de sen-
colloque fin 2018. La DGAC, en lien sibiliser l’ensemble des acteurs locaux », explique ainsi
étroit avec les acteurs du transport Stéphane Corcos, car la prévention en amont du vol
constitue une piste de progrès important à explorer.
aérien, met en avant les bonnes « De plus en plus de compagnies aériennes demandent
pratiques sur le sujet. contractuellement à leurs assistants d’escales de
signaler tout passager au comportement litigieux ou
- anormal avant l’embarquement », constate Stéphane
Par Frédéric Magnan Corcos. « Côté répressif, la mise en place d’un nouveau
dispositif de sanctions administratives à l’encontre
des PAXI reste une priorité », ajoute-t-il. Deux voies

35
possibles pour mettre en place ces sanctions : la voie

N
e pas respecter les règles de sécurité, réglementaire, pour établir une liste des infractions
en refusant de boucler sa ceinture dans la limite maximale de 1 500 euros de sanctions
par exemple, fumer dans les toilettes, pécuniaires, ou la voie législative qui permettrait des
se montrer irascible voire agressif dispositions plus sévères, mais dont le calendrier est
envers d’autres passagers ou vis-à- forcément très dépendant de l’agenda parlementaire.
vis du personnel navigant… les manifestations de D’ici là, les acteurs du transport aérien s’organiseront
passagers indisciplinés, baptisés PAXI dans le pour renforcer les bonnes pratiques. Rendez-vous
transport français, ne sont pas nouvelles, mais elles début 2020 pour un nouvel échange, sous l’égide de
connaissent depuis quelques années un accroisse-
ment préoccupa nt . Le col loque orga n isé le
la DGAC toujours. •
20 décembre dernier par la Direction de la sécurité 1. www.ecologique-solidaire.gouv.fr/passagers-indisciplines
de l’aviation civile (DSAC) dresse le bilan
et propose quelques pistes à suivre pour ces
prochains mois. « Les quelque 19 réunions
de groupes de travail organisées entre avril
Av r i l 2 0 1 9

et décembre 2018, auxquelles ont participé


la plupart des compagnies aériennes et
exploitants aéroportuaires français, ont
permis de tenir la gageure et de présenter des
avancées concrètes », souligne Stéphane

Corcos, chef de la mission Évaluation et


#386

amélioration de la sécurité à la DSAC. Un


guide sur les PAXI, accessible à tous sur le
site du ministère de la Transition écologique

et solidaire1 , a ainsi été présenté lors du


colloque. Il s’accompagne de visuels libres
© iStock

de droits, élaborés en lien étroit avec les


compagnies aériennes, et destinés à être
diffusés largement. « À charge pour les compagnies Les manifestations de passagers indisciplinés connaissent
aériennes de se l’approprier, le décliner et dresser le depuis quelques années un accroissement préoccupant.
l'essentiel

Équipement radio 8,33 kHz :


quelles modalités pour
DÉJÀ DEMAIN

l’aviation légère ?
À partir de 2021,
les aéronefs qui
évoluent dans une
portion d’espace « L’espacement entre
aérien où la radio est canaux de 8,33 kHz
obligatoire devront permet d’augmenter
être équipés d’une la capacité de gestion
radio capable d’utiliser du trafic aérien. »
l’espacement entre
CHRISTOPHE MEYER,
canaux de 8,33 kHz. CHARGÉ DE LA RÉGLEMENTATION
DE LA CIRCULATION AÉRIENNE AU
- © Richard METZGER / DGAC - STAC
BUREAU DE LA RÉGLEMENTATION
Par Germain Chambost DE LA NAVIGATION AÉRIENNE ET
DE L’ESPACE AÉRIEN À LA DTA.
36

Pourquoi une Comment cette Comment l’aviation


obligation d’emport obligation s’applique- légère pourra-t-elle
d’un équipement t-elle à l’aviation bénéficier de l’aide
radio à espacement légère ? financière de l’Union
de fréquences de La plupart des fréquences européenne ?
8,33  kHz ? des organismes de contrôle Pour aider l’aviation
Le remplacement de d’approche et d’aérodrome générale à s’équiper, la France
l’espacement entre canaux de la DSNA seront converties a obtenu une subvention
de 25 kHz par celui de dans l’espacement 8,33 kHz de 7,9 millions d’euros
8,33 kHz permet de disposer avant le 1er juillet 2019 ; de l’agence européenne Inea.
de trois fois plus de celles utilisées pour rendre Un portail Internet permettra
fréquences dans la bande les services d’information de au cours du 1er semestre 2019
VHF utilisée par l’aviation et vol d’aérodrome, à partir de déposer les demandes de
d’augmenter ainsi la capacité du 1er janvier 2021. Les subvention auprès de la DGAC.
aéronefs non équipés pourront Seuls les coûts pour remplacer
Av r i l 2 0 1 9

de gestion du trafic aérien


dans l’Union européenne. continuer à voler dans les une radio 25 kHz par une
De nouvelles fréquences espaces aériens non contrôlés 8,33 kHz dont la licence de
peuvent alors être allouées jusqu’en 2021. Au-delà, station d’aéronef (LSA) aura
lors de la création d’espaces s’ils évoluent dans une portion été délivrée entre le 13 mars
aériens. L’introduction de d’espace aérien où la radio 2018 et le 31 décembre 2020

est obligatoire, ils devront seront éligibles. La subvention


#386

cet espacement nécessite


toutefois de changer les radios être équipés d’une radio pourra représenter jusqu’à
des aéronefs. L’obligation capable d’utiliser l’espacement 20 % du montant total des
entre canaux de 8,33 kHz. coûts d’achat et d’installation

d’emport des radios 8,33 kHz,


introduite progressivement de l’équipement et d’obtention
depuis 2008 dans l’espace de la LSA, dans la limite
aérien européen, s’applique d’un plafond en fonction
maintenant à l’aviation de la catégorie de l’aéronef
générale. et du type de radio.
découverte

A Tree for You :


un arbre pour la planète

DÉCOUVERTE
Planter des arbres et agir pour la planète : c’est la mission de l’association
A Tree for You dont Air France, la DGAC et Voies navigables de France
(VNF) sont membres fondateurs. Gros plan sur une association qui lutte
concrètement contre le changement climatique.
-
Par Béatrice Courtois

FLORILÈGE DE PROJETS
FINANCÉS PAR A TREE
FOR YOU

• agroforesterie chez un paysan


boulanger dans le Gers
• plantation d’aulnes glutineux
et de robiniers dans le Tarn
• agroforesterie et foresterie dans
la vallée du fleuve Zio, au Togo
• agroforesterie et foresterie près

37
du lac Itasy, à Madagascar
• plantation d’arbres de valeur pour
protéger la forêt primaire en Équateur
• plantation d’une ancienne variété
© Mada Movie

de cacao au Togo
Région du lac Itasy, à Madagascar, où il est prévu de planter 108 000 arbres.

Identifier des projets de plantation acteurs de l’aéronautique souhaitent en effet communication en septembre dernier. « Les
forestière en France et à l’étranger, les contribuer activement, par différents moyens, voyageurs d’Air France ont reçu un courriel
sélectionner méthodiquement, et à lutter contre le réchauffement de la planète les invitant à contribuer à réduire leur
proposer au grand public d’acheter un et à sensibiliser les voyageurs à cet enjeu empreinte carbone en finançant un arbre par
ou plusieurs arbres. C’est, en résumé, le majeur. « Dans le cadre de notre politique le biais de l’association A Tree for You »,
principe de fonctionnement de l’association environnementale, le sujet de la reforestation explique André-Jean Guérin. « Les donateurs
A Tree for You. « Nous choisissons les opé- nous tient vraiment à cœur, explique Natha- ont pu ainsi financer la plantation de plus de
rateurs de terrain aidés d’un conseil scien- lie Simmenauer, directrice de l’environne- 20 000 arbres, et notre panel de donateurs a
Av r i l 2 0 1 9

tifique d’experts, précise André-Jean Guérin, ment et du développement durable chez Air été multiplié par 10 ! » ajoute Joëlle Touré,
président de l’association. Chaque projet doit France. Nous sommes déjà bien impliqués déléguée générale de l’association.
répondre à plusieurs critères : générer une dans un mécénat à Madagascar et nous avons Forte de ce succès, Air France proposera à
capture carbone, contribuer à la biodiversité voulu aller plus loin avec cet engagement ses clients de faire un don pour planter des
et au cycle de l’eau, enrichir les sols, présen- auprès de l’association A Tree for You. » arbres et de rejoindre la communauté

ter un intérêt pour les populations locales et d’éco-voyageurs Trip and Tree lors de l’achat
#386

offrir une garantie de suivi. » COMMUNICATION d’un billet. Une façon très concrète de
Un fonctionnement rigoureux et une action réduire l’impact de son vol. « Ce programme,
ET PROPOSITION DE DON
efficace qui ont séduit Air France et la DGAC, qui sera déployé progressivement par mar-

soucieuses d’agir concrètement sur les émis- chés tout au long de l’année 2019, sera opé-
sions de CO2 des aéronefs, au-delà des com- Aller plus loin mais comment ? En partici- rationnel sur le marché français cet été »,
pensations réglementaires européennes ou
celles de l’accord mondial Corsia (lire
pant bientôt au programme Trip and Tree,
créé par l’association, qui permet aux voya-
précise Nathalie Simmenauer.  •
p. 12-21). Si l’aviation ne représente que 2 % geurs de faire un don à l’occasion d’un voyage. Pour en savoir plus :
des émissions de CO2 dans le monde, les Air France y a consacré une campagne de www.atreeforyou.org
découverte
DÉCOUVERTE

À la fin des années 1990, l’Europe n’est


pas directement impliquée dans l’aviation
générale. La création de l’Agence a
instauré le principe de reconnaissance
mutuelle. Mais, à l’origine, les textes de
l’aviation générale n’ont-ils pas été trop
inspirés de ceux du transport commercial ?
Dominique Roland : L’ouverture des frontières
et l’harmonisation des règlements affectant l’aviation
générale en Europe sont des facteurs positifs. Elles
devraient permettre le développement de l’activité,
sous réserve que l’initiative ne soit pas contrariée par
© DR

d’autres éléments, tels que les conjonctures écono-


mique et politique, ou bien la complexité inutile des
règlements.

De meilleures Ces textes sont effectivement inspirés de ceux qui


s’appliquent au transport commercial. Nous avons
donc décidé de nous engager, il y a plus de quatre ans,

règles dans le projet de feuille de route pour l’aviation géné-


rale (GA Roadmap), dont le thème était « des règles
plus légères, plus simples, meilleures pour l’aviation

pour l’aviation générale ».


38

Pouvez-vous expliquer l’objectif de

générale la conférence de Rome en 2014, et ses


conséquences pour l’aviation générale ?
D. R. : La conférence de Rome a été le constat officiel
qui a permis de lancer les initiatives permettant la
simplification des règlements applicables à l’aviation
Essentiellement composée de générale. L’essentiel du travail a été fait, mais reste
petites structures, fonctionnant assez peu connu des usagers, car la plupart des règle-
parfois sur la base du bénévolat, ments ne sont pas encore arrivés au stade de la mise
en œuvre. Le règlement DTO (Declared Training
l’aviation générale est soumise Organisation) est en vigueur depuis peu, mais la Part-M
à une réglementation européenne Light et la Part-CAO se font attendre. Ces deux règle-
fortement inspirée des règlements ments applicables à la maintenance des avions légers
devraient entrer en vigueur mi-2019. La liste des
applicables au transport commercial.
changements à venir est évidemment bien plus longue
Pour alléger le poids de cette
Av r i l 2 0 1 9

(opérations planeurs et ballons, licences planeurs et


réglementation sur ce secteur, ballons, IFR simplifié…), et ces changements auront
particulièrement développé en un impact positif considérable sur l’activité.
France, l’Agence européenne de Les gouvernances de l’Agence et de

sécurité aérienne (AESA) a lancé la Commission vous semblent-elles


#386

un processus de simplification. impliquées dans l’objectif que fixe le


Explications avec Dominique Roland, GA Roadmap ? N’y a-t-il pas de votre

part un sentiment que la priorité reste


chef du département Aviation le transport commercial ?
générale et des systèmes des D. R. : Si on se réfère au nombre d’opinions que nous
aéronefs non habités à l’AESA. soumettons à la Commission, et qui sont relatives à
l’aviation générale, c’est plutôt le contraire ! Nous
- recevons d’ailleurs actuellement le reproche d’accor-
Par Alain Vella, adjoint au chef de la MALGH der trop d’importance à l’aviation générale dans nos
DÉCOUVERTE
Ces changements
auront un impact
positif considérable
sur l’activité. »

DOMINIQUE ROLAND,
chef du département Aviation générale
et des systèmes des aéronefs non habités
à l’AESA.

de rentrer en communication directe avec les prati-


quants. Nous avons également essayé, avec notre bande
dessinée Sunny Swift, de nous rapprocher des pilotes
en faisant l’effort de traduire les textes dans toutes les

39
langues pratiquées dans l’Union européenne. Mais
nous comptons surtout sur le développement du relais
que peuvent nous apporter les autorités nationales et
les associations.

L’aviation générale est une activité


à risque. Comment envisagez-vous
la maîtrise de ce risque ?
D. R. : Les chiffres dont nous disposons montrent
que la plupart des accidents observés en aviation
© D. Bascou / DGAC

générale sont liés à une perte de contrôle à basse


altitude. Les conditions météorologiques sont une autre
cause importante, ainsi que les collisions en vol.
Nous travaillons actuellement à l’élaboration de notre
stratégie pour la deuxième phase de notre feuille de
route, qui a été présentée lors de la conférence que nous
Av r i l 2 0 1 9

priorités. Les retards que nous avons subis sont avons organisée à Vienne en novembre 2018.
principalement liés à la lourdeur du processus légis- Alors que la première phase s’est concentrée sur la
latif, et au nombre important de textes que nous avons simplification des règlements, nous souhaitons main-
modifiés au cours des dernières années. tenant nous concentrer sur la promotion et l’approba-
tion simplifiée des technologies qui pourront nous

Le message porté par l’Europe n’est pas permettre de réduire les risques liés aux conditions
#386

toujours bien compris par les Européens. évoquées ci-dessus : perte de contrôle, collision et
Pensez-vous qu’un effort doit être fait mauvaises conditions météorologiques. Pour cela, nous
avons créé une initiative que nous avons appelée « T4S »

pour mieux expliquer l’intérêt d’une


communauté européenne en aviation ou « Technology for Safety ». En parallèle, nous allons
générale ? développer nos activités de promotion de la sécurité,
D. R. : Très certainement. Vous soulevez un point en coopération étroite avec les autorités nationales et
important et je partage votre avis. C’est pour cela que
nous avons créé un site Internet1 d’un nouveau genre,
les associations. •
projet pilote à l’AESA, dédié à l’aviation générale afin 1. https://www.easa.europa.eu/community/ga
sur le vif Glass cockpit
Le numérique révolutionne l’agencement et l’aspect des cockpits.