Vous êtes sur la page 1sur 207

Commission d’Expertise Comptable

MÉMOIRE EN VUE DE L’OBTENTION DU


DIPLÔME NATIONAL D’EXPERT-COMPTABLE

Thème :

ASSURANCE TAKAFUL
Sujet :

ASSURANCE TAKAFUL EN TUNISIE :


LA NECESSITE D’UNE REFORME REGLEMENTAIRE

Elaboré par : Encadré par :

M. Maher RADHOUANI M. Chiheb GHANMI

Janvier 2018
Avertissement des lecteurs

Cette publication est rédigée sous la seule responsabilité de l’auteur et n’exprime


nullement une position du Conseil de l’ordre des experts-comptables. En conséquence,
ce dernier ne peut être tenu responsable des propos tenus dans cette publication et
des conséquences liées à l’adoption de certaines dispositions de cet ouvrage.
« La difficulté n'est pas de comprendre les idées
nouvelles, mais d'échapper aux idées anciennes »
John Maynard Keynes

For You…

Your Maher.
Remerciements

J’exprime ma gratitude à Monsieur Chiheb GHANMI pour son encadrement et sa


contribution à l’enrichissement de ce travail.
Je remercie également, les membres du Jury qui ont bien voulu accepter d’évaluer mon
travail.
Enfin, mes remerciements s’adressent à tous ceux qui de près ou de loin, ont participé
à l’élaboration de ce travail.
Résumé
Ce modeste travail constitue le fruit d’une immersion profonde dans les dessous de la
gestion d’une compagnie Takaful du marché Tunisien.
En effet, le management de ces compagnies souffre considérablement d’un défaut de
réglementation, apte à supporter le développement de cette activité. Il est ainsi amené
souvent à composer avec d’une part les exigences légales (nombreuses, vu le caractère
financier de ces institutions) et d’autre part les impératifs sharaïques s inhérents au modèle
Takaful.
C’est dans ce cadre, et fort de notre expérience du terrain, que nous avons essayé de
contribuer autant que possible à l’identification et le cadrage des problématiques liées
à l’absence de réglementation dans ce secteur en proposant des pistes pouvant
constituer une base de recherche pour proposer des solutions à ces problématiques.
Pour ce faire, nous avons délimité le champ de notre étude aux difficultés d’ordre
comptable, fiscal et prudentiel. Notre approche nous a conduit à adopter un exposé
cohérent qui s’articule autour de deux parties constituées de trois chapitres chacune.
La première partie a été réservée à la présentation du modèle Takaful à travers l’exposé
de sa genèse, ses spécificités et son développement aussi bien à l’échelle internationale
que nationale.
La seconde partie quant à elle, a été réservée à l’étude approfondie des difficultés
rencontrées dans la pratique quotidienne et liées aux aspects comptable, fiscal et
prudentiel avec une proposition pour chaque difficulté d’une solution que nous avons
estimé optimale et qui, nous espérons, recueillera vos critiques les plus constructives.
______________________________
Mots clés :
Finance islamique, Assurance Takaful, Comptabilité, Fiscalité, Prudentiel, Wakala,
Mudaraba, Surplus, Quardh Hassan.
SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE .................................................................................... 9


PREMIERE PARTIE. TAKAFUL EN TUNISIE - ETAT DES LIEUX ............................ 14
CHAPITRE 1. GENESE, PRINCIPES ET SPECIFICITES DE L’ACTIVITE TAKAFUL .. 14
SECTION 1. GENESE DU TAKAFUL ET SON DEVELOPPEMENT ...................................................... 14
SECTION 2. PRINCIPES ET SPECIFICITES DU TAKAFUL ................................................................ 23
CHAPITRE 2. CADRE GENERAL DE L’ACTIVITE TAKAFUL A L’ECHELLE
INTERNATIONALE ................................................................................................. 39
SECTION 1. NORMALISATION COMPTABLE DES COMPAGNIES TAKAFUL ...................................40
SECTION 2. REGLEMENTATION PRUDENTIELLE DES COMPAGNIES TAKAFUL...........................48
CHAPITRE 3. LE TAKAFUL A L’ECHELLE NATIONALE ..........................................55
SECTION 1. CADRE DES ACTIVITES ASSURANTIELLES EN TUNISIE ............................................. 55
SECTION 2. PLACE DU TAKAFUL EN TUNISIE ............................................................................... 65
DEUXIEME PARTIE. NECESSITE D’UNE REFORME DE LA ....................................72
REGLEMENTATION TAKAFUL EN TUNISIE ...........................................................72
CHAPITRE 1. ADEQUATION DE LA NORMALISATION COMPTABLE AUX
SPECIFICITES DE L’ACTIVITE TAKAFUL................................................................73
SECTION 1. RATTACHEMENT DES CHARGES AUX PRODUITS PAR FONDS ................................... 74
SECTION 2. REPARTITION DES REVENUS DES PLACEMENTS ....................................................... 78
SECTION 3. LE SURPLUS : PRISE EN COMPTE ET REGLES DE DISTRIBUTION............................. 79
SECTION 4. LE « QUARDH HASSAN » : DETERMINATION ET COMPTABILISATION ...................83
SECTION 5. LA PRESENTATION DES ETATS FINANCIERS ..............................................................86
CHAPITRE 2. ADEQUATION DE LA LEGISLATION FISCALE AUX SPECIFICITES DE
L’ACTIVITE TAKAFUL .............................................................................................97
SECTION 1. INEXISTENCE FISCALE DU FONDS DES PARTICIPANTS .............................................98
SECTION 2. REGIME FISCAL DES COMMISSIONS WAKALA ET MUDHARABA ........................... 100
SECTION 3. REGIME FISCAL DU QUARDH HASSAN.................................................................... 105
SECTION 4. IMPOSITION ET LIQUIDATION DU SURPLUS (R/S ET I/S) ..................................... 108
SECTION 5. TRAITEMENT DES TAXES PARAFISCALES (CAS DE LA TCL) ................................... 111
SECTION 6. DEDUCTION DES PROVISIONS SPECIFIQUES ............................................................113
CHAPITRE 3. ADEQUATION DU CADRE PRUDENTIEL AUX SPECIFICITES DE
L’ACTIVITE TAKAFUL ........................................................................................... 116
SECTION 1. SOLVABILITE DES COMPAGNIES TAKAFUL/RE-TAKAFUL ...................................... 117
SECTION 2. PARTICULARITES DU MCR ET SCR DANS LE MODEL TAKAFUL........................... 126
SECTION 3. GESTION ACTIFS/PASSIFS ....................................................................................... 132
SECTION 4. GOUVERNANCE DES COMPAGNIES TAKAFUL/RE-TAKAFUL................................. 137
SECTION 5. RISQUE MANAGEMENT DANS LE MODEL TAKAFUL ................................................ 146
SECTION 6. TRANSPARENCE FINANCIERE PILIER DU CADRE PRUDENTIEL ............................. 154
CONCLUSION GENERALE ..................................................................................... 165
LISTE DES ABREVIATIONS
AG Assemblée Générale
AGE Assemblée Générale Extraordinaire
BCT Banque Centrale de Tunisie
BUAT Bureau Unifié Automobile Tunisien
CEIOPS Committee of European Insurance and Occupational Pensions Supervisors
CGA Comité Générale des Assurances
CMF Conseil du Marché Financier
CNA Conseil National de l’Assurance
FTUSA Fédération Tunisienne des Sociétés d’Assurance
F.A Fonds des Actionnaires
F.P Fonds des Participants
IFRS International Financial Reporting Standards
MCR Minimum Capital Requirement
NCT Norme Comptable Tunisienne
Q.H Quardh Hassan
RS Retenue à la Source
SCR Solvency Capital Requirement
S/P Sinistres/Primes
UE Union Européenne
Wakala Commission Wakala
SP Surplus
IRPP Impôts sur le Revenu des Personnes Physiques
IS Impôts sur les Sociétés
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

INTRODUCTION GENERALE

Nombreux sont les scandales financiers qui ont ébranlé l’actualité économique de ces
dernières années. Et plus nombreux encore sont les travaux de recherche qui essaient
de délimiter les causes de ces échecs et leurs conséquences. Cependant, la véritable
préoccupation est de savoir comment éviter ces déboires à l’avenir.
Il faut à notre avis chercher la réponse du côté de l’éthique. En effet, la dernière crise
spéculative des sub-primes, qui a été qualifié par certains, de crise morale avant tout,
a mis l’accent sur la nécessité d’accompagner toute croissance économique par une part
d’éthique et de moralité, pour assurer une pérennité du développement et une stabilité
financière dans un contexte de globalisation.
Le retour aux valeurs morales est devenu une nécessité. Une morale qui a du mal à
prendre sa place dans le monde des affaires. Malgré cela, la prise de conscience est bien
ancrée dans les esprits.
C’est cette prise de conscience qui a amené tous les regards à s’orienter vers une
nouvelle approche financière qui a été longtemps négligée et/ou méconnue. C’est alors
qu’on a « découvert » la finance islamique ; Une finance socialement responsable basée
sur le respect des « percepts de l’islam », axée sur l’éthique et la morale.
Ainsi, la finance islamique ancestrale dans ses principes a connu un renouveau au XXe
siècle du fait qu’elle a mieux résisté aux turbulences ayant secoué le secteur financier
conventionnel en 2007-2008 et a continué à afficher un taux de croissance à deux
chiffres après la crise des sub-primes.
Le renouveau de la finance islamique a été soutenu par un certain nombre
d’innovations, surtout sur le plan de la conformité Sharaïque de produits financiers
jusque-là prohibés.
C’est ainsi que l’activité assurantielle, un des piliers du système financier, a vu son
modèle de gestion fondamentalement revu pour s’adapter aux exigences du
développement imposé par l’intérêt croissant au système financier islamique. Un
intérêt de plus en plus soutenu notamment par les grandes places financières
occidentales qui ont vite flairé la manne financière liée aux capitaux des pays du
pétrodollars.
On est ainsi passé d’un modèle d’assurance dit conventionnel basé sur une relation
contractuelle entre un assureur et des assurés (relation dont l’issue est aléatoire et incertaine)
vers une relation mutualiste fondée sur l’entraide entre des « assurés », dits
participants qui s’auto-assurent les uns les autres permettant ainsi d’éviter toute
incompatibilité Sharaïque. Ce fut alors la naissance du modèle Takaful.
Ce modèle bien que relativement récent (a vu le jour dans les années 80) en comparaison
avec les modèles préconisés par les grandes théories financières, il a su gagner une
place de choix dans le paysage économique moderne.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 9 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

En effet, avec un chiffre d’affaires de 19 milliards de dollars en 2016 (contre 16 milliards


de dollars en 2015), le marché Takaful, qui pèse près de 2% du marché mondial de
l'assurance (contre 1% en 2011)avec 20% de la population mondiale comme client
potentiel (1,5 milliard de musulmans), connaît une croissance annuelle de plus de 22% par
an entre 2007 et 2012 et près de 18,64% par an entre 2013 et 2016 contre une évolution
annuelle moyenne de 10,2% pour l’assurance conventionnelle (E&Y 2014 et Deloitte 2015).
Cette évolution soutenue n’est qu’à ses débuts eu égard au développement que connaît
l’industrie des banques islamiques (Levier de croissance du Takaful), durant ces dernières
années, et dont le succès est de bon augure pour l’avenir du Takaful.
Dans le cadre de cette mutation mondiale de la finance islamique, la Tunisie n’est pas
en reste, avec la création de 3 nouvelles compagnies Takaful et une fenêtre de Ré-
Takaful, en marge de la création de 3 banques islamiques.
Ces nouveaux acteurs du paysage financier national commencent à s’imposer comme
une alternative aux assurances classiques dites conventionnelles. C’est ainsi qu’en 2014
le chiffre d’affaires de la filière Takaful a atteint 1,87% du total des primes émises sur
le marché contre 0,64% en 2013.
En outre, la synergie entre banques et assurances islamiques ne fait que commencer.
Pour preuve la croissance significative du chiffre d’affaires de la Zitouna Takaful en
grande partie provenant de conventions conclues avec la Banque Zitouna(le chiffre
d’affaires de la Zitouna Takaful est ainsi passé de 1,6 M. TND en 2012 à 8,9 M. TND en 2013 et 19,3 M.
TND en 2014 pour atteindre les 24 M. TND en 2015).

L’importance relative de l’industrie Takaful en Tunisie nécessite que l’on se penche sur
les questions multiples qui traduisent les opportunités et les obstacles érigés face à son
développement. Il en est ainsi de la problématique de :
▪ La qualification du personnel appelé à soutenir la croissance de cette filière ;
▪ Les obstacles idéologiques qui ramènent inévitablement le Takaful à ses origines
islamiques sans considération de son modèle financier innovant avant tout ;
▪ Une déficience réglementaire paralysante, qui freine littéralement l’essor du
Takaful en Tunisie.
Si les obstacles culturels ou techniques sont aisément surmontables, ce n’est pas le cas
pour les lacunes réglementaires qui nécessitent une volonté et un effort législatif
totalement indépendants de la volonté des compagnies intervenantes sur ce marché.
Un vrai cadre réglementaire doit accompagner ces entités agréent à la création d’un
avantage compétitif.
En effet, une compagnie Takaful est une structure, hybride, à cheval entre une société
mutualiste et une assurance commerciale.
Pour accentuer sa singularité, une compagnie Takaful opère dans le cadre de deux
fonds distincts que seule une commission Wakala/Mudharaba et un éventuel Quardh
Hassan réunit. En outre, les compagnies Takaful doivent impérativement se conformer
à la loi islamique (Sharïa).

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 10 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ce mode de fonctionnement particulier n’est pas sans conséquence sur le traitement


comptable, sur le régime fiscal et sur la divulgation des informations financières et la
détermination des ratios prudentiels conformément au dispositif conventionnel. Il
engendre en outre de nouveaux risques spécifiques que le cadre conventionnel ignore.
À l'échelle internationale, et depuis des années, les efforts ne cessent de s’intensifier
pour la standardisation, la réglementation et le contrôle de ces institutions financières
islamiques (AAOIFI, IFSB, etc.). Malgré les efforts consentis, l’adoption et l’application de
ces standards n’est pas généralisée et plusieurs pays tels que la Tunisie ont maintenu
leur cadre conventionnel.
À l'échelle nationale, l’absence de référentiel réglementaire propre au secteur des
assurances islamiques, constitue un handicap au Takaful qui évolue aujourd’hui dans
le même cadre réglementaire que celui des compagnies conventionnelles, sans
considération des spécificités inhérentes à l’industrie. Un tel environnement menace
la crédibilité de l’opérateur vis-à-vis de ses clients. D’autant plus que l’inadéquation
entre la réglementation de l’assurance conventionnelle en Tunisie et les spécificités du
Takaful engendre des conflits dont les acteurs de ce secteur (actionnaires et participants)
paient le prix.
Les efforts réglementaires au profit de la filière Takaful en Tunisie se résument à ce
jour à deux textes de loi parus en 2014 et en 2016 traitant respectivement de
l’amendement du code des assurances (règles de gestion et généralités de l’assurance
Takaful)et de l’adaptation du catalogue des placements admis en représentation des
provisions techniques (les textes d’application tardent encore à être promulgués).
Face à ce constat et en se basant sur une expérience acquise au sein même de l’une des
compagnies Takaful de la place, j’ai été amené à conjuguer, dès le lancement de son
activité, avec des incohérences parfois, des difficultés juridiques, fiscales, comptables
et même prudentielles, qui m’ont amené à travers ce travail à contribuer, un tant soit
peu, à l’effort nécessaire pour la mise à niveau du cadre réglementaire du secteur.
Faisant partie du management (Chargé des affaires comptables et financières) de l’une des
compagnies Takaful que je représente en tant que membre dans plusieurs comités
chargés de l’élaboration des normes comptables Takaful (Conseil National de la
Comptabilité), de la réforme fiscale régissant le Takaful (D.G.E.L.F)et enfin l’adaptation du
cadre prudentiel propres au Takaful (C.G.A); Mes travaux m’ont conduit à consacrer le
présent travail à créer de la vraie valeur ajoutée en mettant l’accent sur les profondes
problématiques liées à la gestion pratique des compagnies Takaful en Tunisie.
Ainsi, le présent travail n’a nullement une vocation descriptive simple mais plutôt
analytique, critique et suggestive.
L’accent sera porté sur les questions d’ordre technique qui traitent de problèmes issus
de la gestion quotidienne des compagnies Takaful en Tunisie en relation avec leurs
différents interlocuteurs (actionnaires, participants, C.M.F, C.G.A, administration fiscale,
banques, comité Sharaïque, commissaires aux comptes, etc…).

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 11 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

C’est ainsi que, dans ce contexte et à la lumière de ce qui précède, le présent travail
s’attachera à répondre à la problématique suivante :
Sur le plan national, quelles seraient les solutions à proposer face aux
difficultés techniques liées aux questions complexes d’ordre comptable,
fiscal et prudentiel que rencontrent les praticiens dans la gestion courante
des compagnies Takaful, et pour lesquelles le législateur devrait apporter
les réponses réglementaires adaptées.
Dans le même ordre d’idée nous essayerons de répondre aux principales interrogations
suivantes :
▪ Quels sont les principes sous-jacents de l’assurance Takaful, les spécificités de son
mode de fonctionnement et dans quel cadre réglementaire évolue-t-elle aussi bien
à l’échelle nationale qu’internationale ?
▪ Quelles sont les implications de l’adoption des principes de l’assurance Takaful sur
les volets comptables, fiscaux et prudentiels ?
▪ Quelles sont les points spécifiques à développer pour l’adéquation de la
réglementation aux compagnies Takaful ?
▪ Et quelles solutions envisageables pourraient adopter le législateur en réponse à
ces difficultés que rencontrent les praticiens en Tunisie face aux spécificités de
l’activité Takaful ?
En vue de répondre aux questions posées dans la problématique et atteindre les
objectifs qui lui sont fixés, nous nous proposons de traiter le présent travail en deux
parties.
Nous allons dans un premier temps, présenter les principes fondamentaux régissant
l’activité Takaful et définir le cadre réglementaire dans lequel elle évolue (national et
international).

Dans un second temps, nous mettrons en exergue les principales difficultés


rencontrées dans la gestion courante des compagnies Takaful (comptables, fiscales et
prudentielles) et nous essayerons d’apporter des éléments de réponses et des solutions
envisageables face à cette inadéquation du système en vigueur.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 12 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

PREMIERE PARTIE

Takaful en Tunisie - Etat des lieux

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 13 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

PREMIERE PARTIE. Takaful en Tunisie - Etat des lieux

Chapitre 1. Genèse, principes et spécificités de l’activité


Takaful

Section1. Genèse du Takaful et son développement

L'assurance, dans sa forme la plus primitive, a vu le jour dans les 2000 ans avant
J.C, en effet les habitants de Babylone utilisaient l'ancêtre de la méthode de
transfert de risques, méthode qui fut plus tard reprise dans le Code d’Hammourabi.
Le principe de cette méthode se résumait au fait que si une personne devait
emprunter pour faire transporter ces marchandises et bien il devait payer un
surplus à la personne qui lui avait prêté l'argent, par contre si les biens transportés
étaient subtilisés ou perdus et bien la personne n'avait rien à rembourser.

Ce n'est qu'au premier millénaire av. J-C, que l'on a vu apparaître les prémices de
l'assurance moderne. En effet, les habitants de la ville de Rhodes mirent au pont
un système appelé "mutualisation". Le principe est simple, les personnes dont la
marchandise est arrivée à bon port doivent donner de l'argent aux personnes dont
la marchandise a été détruite. Par la suite en l'an 400 av. J.-C., le prêt à la grosse
aventure est introduit par les marchands venant de Grèce, le principe est simple,
un bateau est affrété aux frais d'un tiers, si ce navire arrive à bon port avec
l'intégralité de la marchandise, alors le tiers se voit rembourser son prêt avec un
taux d'intérêt bien supérieur au taux d'usure, par contre si le bateau n'arrive pas
dans ce cas le tiers perd l'intégralité de son prêt.
Plus tard, l'assurance-vie et l'assurance-santé firent leur apparition sous
l'impulsion des Romains et des Grecs. Les guildes du Moyen Âge remplissent un
rôle similaire, en participant aux frais d'obsèques de leurs membres décédés.
Bien sûr tout ceci n'était que les prémices de l'assurance, mais c'est en Europe au
17e siècle que l'on vit apparaître les bases d'une assurance moderne. En effet à fin
17e, Londres prend une ampleur de plus en plus considérable et rassemble de plus
en plus de marchands, de ce fait la demande en assurance maritime augmente elle
aussi. C'est ainsi qu'Edward Lloyd ouvrit une taverne qui devient un repaire pour
les négociants et les affréteurs et l'un des hauts lieux de l'assurance maritime, cet
endroit permettait aux marins et aux personnes qui assuraient les bateaux de se
rencontrer. De nos jours, cet endroit existe encore et il reste encore l'un des plus
glorieux endroits de l'assurance maritime. Londres est l'un des berceaux de
l'assurance moderne, en effet c'est après le terrible incendie de Londres en 1666
(plus de 13000 bâtiments furent dévastés par les flammes) que Nicholas Barbon ouvrit une
agence destinée à assurer les bâtiments.
Aux États-Unis aussi, on a vu apparaitre quelques innovations grâce à Benjamin
Franklin qui créât la première compagnie en 1752 au travers de la « Philadelphia
Contributionship for the Insurance of Houses from Loss by Fire » qui fut la
Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 14 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

première à inventer la sélection du portefeuille, en refusant d'assurer les maisons


pour lesquelles le risque d'incendie est trop fort.
Le besoin de sécurité est ancré dans tout un chacun. Assurer un niveau de vie
décent pour sa famille après sa mort ou s’assurer de la pérennité de sa richesse et
de son patrimoine est primordial.
Ce besoin séculaire n’a point d’identité, et bien que le monde occidental ait
franchie, il y a des siècles, le pas par le développement de mécanismes capables de
satisfaire les variantes les plus complexes de ce besoin, ce n’est que récemment que
le monde oriental et particulièrement musulman à apporter un début de réponse
qui ne cesse de se développer pour essayer de satisfaire à la fois aux besoins
humains primitifs et aux impératifs Sharaïques complexes.
Sous-Section1. Définition et historique du Takaful
En se référant au dictionnaire, la traduction du terme arabe « Takaful/‫ » تكافل‬est «
Solidarité », et fait référence aux origines coopératives d’entraide et de partage des
risques et des responsabilités.
Ainsi l’assurance Takaful puise ses fondements de l’esprit de solidarité et
d’entraide propre à cette terminologie. Plusieurs définitions de cette nouvelle
forme d’assurance ont été avancées par les spécialistes :
Selon l’AAOIFI (Norme 26) : « L’assurance islamique est un accord entre un groupe
de personnes contre des risques spécifiques imprévisibles qu’ils peuvent confronter.
Cet accord, ainsi introduit, porte sur le versement des contributions à titre de
donations, et conduit à la création d’un fonds d’assurance qui jouit du statut d’une
entité juridique et a la responsabilité financière indépendante. Les ressources de ce
fonds sont utilisées pour indemniser tout souscripteur contre un risque prescrit dans
le contrat, conformément aux règles et procédures de la police d’assurance »
Selon l’IFSB : « Le Takaful est l’alternative islamique à l’assurance conventionnelle
et existe dans ses formes vie (couverture des personnes) et générale (couvertures des
biens). Il est basé sur les concepts de solidarité mutuelle... »

Selon le législateur Tunisie (article 201 du code des assurances) : « L'assurance


Takaful est un régime contractuel par lequel un groupe de personnes appelées «
adhérents »s'engage à s'entraider en cas de réalisation du risque ou au terme fixé au
contrat d'assurance Takaful et ce à travers le paiement d'une somme en guise de
donation appelée « cotisation ».La somme des cotisations constitue « le fonds des
adhérents » qui sera dédié au paiement des indemnisations tout en étant totalement
séparé des comptes de l'entreprise d'assurance Takaful»
Le contrat d’assurance Takaful est donc un contrat de donation ( ‫ )هب بببب‬par lequel
l’assuré fait don à la compagnie d’assurances, de tous, ou partie de la prime versée
en couverture de sinistres. Il partagera ainsi les risques et la prise en charge
commune de la responsabilité en cas de sinistre. Les primes versées restent la
propriété de l’assuré en fonction des besoins de la compagnie. Ainsi, le système des
assurances en Islam doit être libéré de toute forme d’usure qu’il s’agisse du régime
selon lequel sont servies les prestations (capitalisation) ou qu’il s’agisse du
placement des fonds d’assurances.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 15 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

En remontant aux origines, plusieurs manifestations de solidarité et de l’esprit


d’entraide ont contribué au développement du concept de l’assurance Takaful tel
que pratiqué de nos jours, c’est ainsi que sur les conseils du Prophète Yusuf (AS),
les Egyptiens ont stocké les grains de blé lorsque la récolte été abondante en
prévision de la famine.
Il en est de même pour l’institution de la Diyah (prix du sang) considérée comme le
précurseur des relations d’assurance dans le monde musulman. La Diyah étant
l’obligation (passif) qui repose sur la famille, dite de l’assassin, de payer le prix du
sang aux héritiers du membre assassiné de l’autre tribu. En cas de non-paiement
de la Diyah, les proches de la victime auront droit à la vengeance. C’est la raison
pour laquelle le paiement était assuré par la tribu entière à partir d’un fond spécial.
De cette façon, le meurtrier était exempté de poursuites, même si sa famille était
dans l’incapacité de fournir la compensation nécessaire et ce grâce à l’esprit
coopératif de la tribu.
Les musulmans ne connaîtront l'assurance sous sa forme moderne qu’au début du
dix-neuvième siècle. L’institution était indissociable du nom du grand savant
d’obédience hanafite « IbnʿAbidin »1 auteur du livre « La réponse aux égarés »
dans lequel il a décrit le cas d’un commerçant qui a loué un navire auprès d’un
armateur. En plus du fret, le marchand a payé une somme d’argent dite « Sukra»
(prime) et ce pour être indemnisé par l’armateur en cas de survenance d’un accident
durant le voyage.
Cependant la première formulation doctrinale de l’assurance islamique,
communément appelée Takaful (assistance mutuelle) remonte à 1961 2 . Depuis, le
système n’a cessé de susciter l’intérêt des économistes et autres juristes, comme le
montre le nombre de colloques et autres publications qu’ils lui sont dédiés 3.
En 1970, la création de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), regroupant
un grand nombre de pays musulmans, remet les préceptes économiques de l’Islam
à l’ordre du jour. En 1976, le premier congrès international en finance islamique a
été tenu à la Mecque ou étaient présents plus de 200 juristes islamiques et
économistes.
Ils se sont entendus sur cette décision : « La conférence estime que le contrat
d’assurance commerciale tel que pratiqué par les compagnies d’assurances
commerciales n’est pas conforme aux principes de mutualité et de solidarité de la Sharia
ce qui le rend invalide et inacceptable ».
Durant les années qui suivent, il y a eu un raz-de-marée d’activités ayant pour
objectif de mettre en place un système d’assurance en respect des principes et
concepts généralement admis de la Sharia.

1Mohammad Amine ben ‘Abd al-Aziz ‘Abidin al-Dîmashki (1784-1836), poète, faqih, mufti et imam de la communauté hanafite de Syrie
2A l’occasion d’une conférence organisée à Damas du 10 au 16 avril 1961 sur « Ibn Tayymiyya ». Deux des quatre communications ont admis l’assurance
commerciale (Sheikh Mustapha Zerqa et Sheikh ‘Abdar-Rahman ‘Isa), les deux autres s’y sont opposé (Scheikh ‘Abd-AllahKlili et ScheikhSadiq Ad-Darir)
3Plus tard, en 1976 une conférence internationale sur "l'économie islamique" s'est tenue à La Mecque en 1976. Le séminaire tenu au Maroc le 6 mai 1972, qui a

confirmé la validité de l'entreprise d'assurance à l'exception des activités d'assurance vie ; La deuxième Conférence des uléma musulmans, Le Caire en 1965 ; Le
Symposium sur la jurisprudence islamique qui s'est tenue en Libye du 6 au 11 mai 1972 ; La première Conférence internationale sur l'économie islamique, La
Mecque du 21 - 26 Février 1976 ; Le premier Sommet international sur l'assurance islamique tenue à Dubaï le 11 novembre 1996. Le Sommet international sur
le Takaful tenue à Labuan, Malaisie, le 19-20 Juin 1997

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 16 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

En 1979, apparaît ainsi la première compagnie d’assurances islamique au Soudan,


«Islamic Insurance Company of Soudan », mais ce n’est qu'en 1984 que les
Malaisiens vont prendre le relais et lancer le Takaful qui va connaître un certain
essor.

Figure 1 : Aperçu schématique de l’histoire du Takaful

Sous-Section2. Développement du Takaful dans le monde


Paragraphe1. Retour aux valeurs éthiques
Le développement de l’industrie Takaful n’est qu’une résultante de l’engouement
récent et généralisé à une finance dite alternative qui soit socialement responsable
et surtout plus éthique.
Les différentes crises financières et les scandales qui ont ébranlé la scène financière
internationale (Enron, Worldcom, Parmalat, Ahold, etc…), n’ont fait qu’accentuer la
perception des dérives d’un capitalisme manquant de valeurs morales.
En effet tous les acteurs de l’économie moderne (chercheurs et praticiens) s’accordent
à dire que la crise, avant d’être financière, est d’abord une crise des valeurs
morales. En effet, la finance contemporaine souffre de crise de valeurs qui conduit
à l’adoption et la conception de mécanismes financiers axés de plus en plus sur la
rentabilité économique, souvent, au détriment des valeurs morales, en parle alors
de « déficit moral ».
C’est dans ce même ordre d’idée que des chercheurs tels que Stiglitz avancent que
« la crise n’est en effet pas exclusivement financière, et ses répercussions économiques ne
peuvent dissimuler qu’il s’agisse en vérité de la faillite d’un système conjuguée à une crise
morale : comportement cupide, aléa de moralité ». Luhmann, quant à lui précise que

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 17 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

« les activités du système financier ne relèvent pas de critères moraux, en ce sens qu’elles
ne sont pas orientées vers le bien d’autrui ou vers le bien commun. L’objectif de la finance
est alors clairement de réaliser des opérations rentables. »
Dans la réalité, les normes qui régissent la finance sont forgées par les acteurs sous
forme de convention. Elles résultent pour ainsi dire d’une délibération entre ces
acteurs et ont une portée non pas absolue mais relative. Pour cette raison, il est
plus approprié de parler de déficit éthique et d’éthique au lieu de déficit moral et
de morale pour analyser la finance contemporaine.
Partant de cette analyse une recherche active a été lancée afin d’identifier une
alternative et/ou de développer une enveloppe pouvant contenir davantage les
dérives du système financier actuel. On a vu ainsi l’émergence de nouvelles
variantes de la finance : on parle désormais de « finance responsable », de
« finance solidaire » ou de « finance participative ».
Ces nouvelles formes de finances recouvrent différentes pratiques, qui toutes
visent une rentabilité financière ainsi qu’un impact environnemental, social ou
sociétal. Elles puisent toutes leur légitimité d’un cadre normatif qui vise à répondre
aux préoccupations liées aux effets des taux d'intérêt excessifs, des pratiques de
prêt abusives, du surendettement parmi les emprunteurs pauvres et de l’intérêt
croissant pour le développement durable et la protection des consommateurs.
En marge de cette nouvelle forme de finance (la finance responsable) surtout
développée en occident (USA et Europe), les pays orientaux ont particulièrement vu
le développement d’une finance éthique dite « finance islamique », qui sans
déroger au respect des normes développées par les partisans de la finance
responsable, a instituée un nouveau palier de conformité éthique qui est la
conformité Sharaïque. On ne parle plus désormais de finance basée sur des
conventions à portée relative (finance responsable) mais plutôt de préceptes céleste
à portée absolue.
C’est dans ce cadre que depuis les années 70, les banques et les assurances dites
islamiques ont vu le jour surtout dans les pays du Moyen-Orient et plus récemment
dans des pays occidentaux, en réponse à la recherche de ces derniers à se prémunir
des dérives capitalistiques développées précédemment, et pour attirer les capitaux
financiers des pays du pétrodollars.
Paragraphe 2. Intérêt du Takaful
Afin de cerner l’intérêt que peut présenter l’assurance Takaful il faut dévoiler les
aspects qui constituent sa spécificité par rapport à l’assurance classique.
Dans ce sens, l’intérêt ne réside surement pas dans le volet de la gestion purement
technique assurantielle, où on notera une pratique identique entre le Takaful et
l’assurance classique4. C’est plutôt du côté de l’originalité du business model qu’il
faut s’orienter.

4Sauf pour le filtrage lié à la conformité Sharïque de l’activité à assurer

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 18 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

En effet, l’activité d’assurance (classique) a longtemps été perçue comme interdite


en Islam, du fait de sa non-conformité aux préceptes Sharaïques5. Cette situation
a eu un double impact combiné :
▪ Freiner le développement d’un système financier Sharaïquement conforme
basé jusqu’à lors sur des banques islamiques dont les produits ne pouvaient
se prévaloir d’une conformité totale aux préceptes Sharaïques, du fait du
manque de complémentarité de leur offre avec des garanties assurantielles
islamiques ;
▪ Ce frein au développement d’une complémentarité banques/assurances
dans un système financier islamique, a profité aux banques et aux
assurances occidentales. En effet, pour une population Musulmane
soucieuse du respect de ses convictions, il n’y avait pas vraiment le choix
dans un système financier qui n’offre aucune autre alternative que celle des
banques et assurances classiques.
C’est par l’effort d’interprétation des « Fuquaha » que la non-conformité
Sharaïque de l’activité assurantielle a été levée, par le développement d’un business
model original basé sur une séparation entre assureurs et assurés permettant
l’évitement des interdictions Sharaïques.
Ainsi, l’impact de l’activité Takaful se ressent aujourd’hui sur deux niveaux :
▪ Sur le plan technique : bien qu’aucune différence ne soit à noter par rapport
à l’assurance classique, l’existence d’une alternative à cette dernière a
permis de concilier la communauté Musulmane avec ses convictions
religieuses et ainsi consolider la pénétration des produits d’assurance au
sein de ces communautés avec tout ce que ça génère termes de relance
économique (voir figure ci-dessous) ;
▪ Sur le plan des investissements : Il s’agit d’une conséquence directe de
premier niveau, en ce sens que l’activité assurantielle en général est
génératrice de capitaux (cycle inversé d’activité), et pour le cas de l’industrie
Takaful ces capitaux devront impérativement être placé dans des activités
Sharaïquement conformes, c’est-à-dire indexé sur une économie réelle ce
qui évite toute dérive liée à la spéculation.
L’intérêt lié au développement du Takaful a été perçu par les pays occidentaux
(essentiellement européen) qui ont saisies l’opportunité d’attirer une manne financière
à la recherche de tels produits par le lancement de compagnie Takaful notamment
en Grande Bretagne.

5Voir section 2 / Paragraphe : Les prohibitions de la Shariaa

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 19 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Figure 2 : Contribution par habitant en 2006

Paragraphe3. Croissance des marchés Takaful


Entraîné dans le sillage de la finance islamique, le Takaful a connu une croissance
de plus de 300% en à peine dix ans. Ce secteur représente donc une belle
opportunité de croissance d’autant plus que les prévisions démographiques
prévoient qu’en 2050 les Musulmans représenteront 2,6 milliards de personnes,
soit près de 30% de la population mondiale. Ce constat a conduit d’ores et déjà
Hanover-Ré et Swiss-Ré à intégrer l'industrie de la réassurance Takaful en 2006 et
Munich Ré en 2007.
Il existe actuellement plus de 250 sociétés d’assurance proposant des produits
conformes aux exigences de la Sharia dans le monde. Elles pourront réaliser en
2017, un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards de dollars. Ce marché, qui pèse
seulement 1% du marché mondial avec plus de 20% de la population comme client
potentiel, connaît une croissance annuelle très importante.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 20 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Figure 3 : Croissance mondiale du chiffre d’affaires de l’industrie Takaful 2010-


2016f

Afin de cerner l’engouement général vers cette industrie il suffit d’analyser les
chiffres de croissance des contributions (primes) Takaful qui ont atteint 14 milliards
de dollars en 2014, contre 7 milliards de dollars en 2009 soit le double en à peine
5ans. Les pays asiatiques (Malaisie, Indonésie, Bruneï, Singapore, et Thaïlande), menées
par de fortes économies dynamiques et jeunes démographies, enregistrent une
croissance moyenne annuelle de 22%. Les pays de Golf (sauf l’Arabie Saoudite)
enregistrent quant à eux une croissance d’environ 12%.
Avec presque la moitié (48%) des parts de croissance des contributions ( primes)
Takaful, l’Arabie Saoudite est considérée comme le moteur de cette croissance. Les
pays asiatiques, spécialement la Malaisie et l’Indonésie, comptent presque un tiers
des parts (30%) de croissance des contribution Takaful, suivies par les autres pays
de Golf (15%). L’Afrique, le sud asiatique et Levant6 comptent seulement 7% des
parts de croissance des Contribution Takaful.

Figure 4 : Parts de croissance des contributions (primes) Takaful

6LeLevant désigne traditionnellement en français les pays bordant la côte orientale de la mer Méditerranée : en premier lieu le Liban et la Syrie (les États du
Levant au sens français) ; mais la région du Levant inclut également Israël, la Palestine, la Jordanie, l'Anatolie, la Mésopotamie et l'Égypte

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 21 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

SOUTH ASIA; 2%
LEVANT; 2%
AFRICA; 3%

ASEAN; 30%
GCC; 15%

SAUDI ARABIA; 48%

Les taux de croissance exposés ci-dessus dépassent largement les moyennes de


croissance affichées par les assurances classiques, comme le démontre l’analyse
faite par swiss Ré, au titre de la période entre 2004 et 2006, des deux vriantes de
l’assurance :

Figure 5 : Comparaison du taux de croissance des contributions (primes)assurances


Takaful Vs assurances Conventionnelles

Plusieurs pays ont bien saisi l’opportunité qu’offrait le développement de


l’industrie Takaful, ce qui a engendré une large expansion de cette dernière comme
le démontre la figure ci-après :

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 22 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Figure 6 : Expansion de l’industrie Takaful de par le monde

Section 2. Principes et spécificités du Takaful


L’Islam n’est pas opposé au concept d’assurance en soi, mais à certains moyens et
méthodes utilisées aujourd’hui dans l’assurance classique.
En effet, le concept de réduction des risques par appel à la loi des grands nombres
était largement utilisé par l’Islam, particulièrement par les tribus comme cité
avant. Cependant, pour être admise en Islam, toute forme d’assurance doit éviter
les éléments de riba (intérêt), maysir (spéculation) et gharar (incertitude), même si
une part de gharar est admise dans certaines circonstances.
À cet égard, nous allons, dans un premier temps, exposer les principes de
l’assurance Takaful pour montrer à quel point ces éléments sont réduits
constituant ainsi une alternative à l’assurance classique, et dans un second temps,
nous exposerons les spécificités usuelles du modèle d’affaire adopté par les
assurances Takaful.
Sous-Section 1. Principes du Takaful
Dans sa conception économique, le modèle Takaful se distingue largement du
modèle conventionnel et s’apparente plutôt à la forme mutualiste, avec quelques
particularités que nous pouvons résumer ainsi :

Tableau 1 : Comparaison entre assurance Takaful, assurance conventionnelle et la


Mutuelle

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 23 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Points Conventionnelle Mutuelle Takaful

Séparation totale entre actionnaires et


Principe Bénéfices pour les
participants qui partagent le
d’organisation actionnaires/transfert de risque
risque entre eux

Proposition de
Bénéfices pour les actionnaires. Et satisfaction spirituelle.
valeur

Lois Séculaires/Règlements Séculaires Shari’a

L’opérateur fournit le capital de départ.


Capital Actionnaires Primes initiales Pas de capital versé pour le fonds des
participants

Propriété Actionnaires Séparation des fonds

Gestion Gestion par la société Opérateur du fond

Avec des aspects de Coopératif - Contrat islamique de


Echange commercial/contrat de
Type de contrat principes de contrat Wakala ou Mudharaba avec des
compensation- Adhésion
commercial donations (tabar ’ru)

Paiement sur les fonds collectés ; en cas


Paiement des Paiement sur les
Directement par la compagnie d’insuffisance peut emprunter sans
sinistres fonds collectés
intérêt (Qardh Hassan)

Fonds
Fonds propres/emprunt pas de Fonds propres conformes à la
Investissements propres/emprunt pas
restrictions Shari’a / pas d’intérêts.
de restriction

Excédent Compte des actionnaires Frais d’exécution pour l’opérateur

Il paraît ainsi évident que le concept Takaful se distingue essentiellement par :


1. La conformité à la Sharia (aspects techniques et d’investissements) ;
2. Le partage/mutualisation du risque (entre les participants) ;
3. La contribution au fonds des participants sous forme de donation.

Paragraphe 1. Les prohibitions de la Sharia


L’objectif de l’islam, en voulant encadrer les transactions commerciales, est
d’assurer en permanence leur conformité aux règles de la Sharia 7 , ainsi sont
interdits : riba, gharar, maysir, thésaurisation et les placements jugés « Haram ».
Ainsi, un système financier islamique, tout en intégrant les objectifs de rentabilité
et d’efficacité, se doit de respecter l’ensemble des principes éthiques de la Sharia.
L'Islam n'est donc pas contre le concept de l'assurance lui-même, mais contre
certains moyens et méthodes actuellement utilisés dans l'assurance classique :

▪ L’interdiction de l’intérêt (riba) :


L’interdiction du riba est une règle fondamentale de l’Islam. La Sharïa considère
l’argent comme un simple moyen d’échange. L’argent ne peut par conséquent, à lui

7Elles sont tirées de cinq sources à savoir : Le Coran, La Sunna, Les Quyas, L’Ijtihad et L’Ijma

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 24 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

seul, faire l’objet d’un contrat ou être utilisé comme un moyen de réaliser un profit.
Cette prescription interdit de percevoir tout intérêt en contrepartie de la mise à
disposition d’une somme d’argent. En vertu de la Sharïa, la perception et la
réception d’intérêts (fixes ou variables) sont ainsi strictement prohibées. Le Coran
interdit explicitement la pratique du riba :
« … O les croyants ! Craignez Allah ; renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire,
si vous êtes croyants ». Coran, Sourate 2, verset 278.
Sur un autre plan, le débat sur la liciter de la pratique de l’intérêt n’est pas aussi
étranger à l’économie occidentale où la perception d’une rémunération fixe,
fonction uniquement de l’écoulement du temps et complètement déconnectée de
la rentabilité réelle du projet d’investissement sous-jacent, est contraire à l’éthique
musulmane et judéo-chrétienne 8.
A signaler que le Concept d’intérêt existe dans les produits de l’assurance-vie
traditionnelle ou à la mort de l’assuré, ses bénéficiaires obtiennent plus que ce qu’il
a payé. Les fonds de l’assurance investis dans les moyens de financement, (telles que
les obligations et les actions) contiennent un élément du « Riba », à ce titre il y a lieu
d’assurer un rendement des fonds investis dans le respect des préceptes Sharaïques
(comme mentionné dans ce qui suit).

▪ L’interdiction de la spéculation (maysir) :


Les opérations qui reposent sur de la pure spéculation en vue de réaliser un profit
sont illicites (haram) et donc nulles en droit musulman. Ce principe limite,
notamment aux investisseurs islamiques, l’accès au marché des produits dérivés
en tant que source de profit, à titre principal, et fait obstacle à ce que ces derniers
participent à la négociation spéculative de titres des sociétés.
Il existe cependant une nette distinction entre les opérations relevant de la pure
spéculation et une activité certes spéculative dans le sens où elle est incertaine mais
accomplie de façon "entrepreneuriale", qui est, elle, parfaitement licite dans la
mesure où elle est au service de la création ou de l’investissement dans une
entreprise.
Par ailleurs, les contrats aux termes desquels l’une des parties exploite de façon
déloyale son cocontractant ou perçoit injustement un gain au détriment de ce
dernier sont également réputés nuls. En effet, suivant les principes dictés par la
Sharïa, un musulman ne doit générer de profit qu’à partir de transactions ou
d’activités dans lesquelles il investit et à la condition qu’il en partage les risques9.
Le partage n’est pas nécessairement égalitaire mais doit être déterminé selon une
clé de répartition convenue à l’avance.

▪ L’interdiction de l’incertitude (gharar) :

8La tradition judéo-chrétienne a fait une distinction claire entre usure et intérêt, et, si, aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, la première est condamnée,
le second est accepté
9Cette règle fait référence au "principe des trois p" : partage des pertes et des profits

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 25 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

En droit musulman, les contrats contenant des éléments d’incertitudes sont


réputés nuls. Un contrat non affecté par le gharar est un contrat dont tous les
termes fondamentaux (tels que le prix, l’objet, l’identité des parties et les délais d’exécution)
sont clairement définis le jour de sa conclusion.
Cette règle est rigoureusement appliquée par les Fuqaha (‫)الفقهاء‬. Il est ainsi rare de
prévoir des conditions suspensives portant sur les éléments caractéristiques du
contrat dans les documents de financement islamique. Les Fuqaha (‫)الببببفببببقببببهبببباء‬
encouragent par ailleurs fortement la satisfaction de toutes les conditions
préalables avant la signature du contrat, il en est ainsi de la définition des taux des
commissions « Wakala » et « Mudharaba » au début de chaque année calendaire
(le 1er de chaque année ces taux doivent être communiqués au grand publique par affichage au
niveau des agences).

▪ L’interdiction de la thésaurisation :
La thésaurisation est proscrite par la loi musulmane car elle consiste en
l’accumulation d’argent d’une manière stérile. Celui qui thésaurise considère que
l’argent est une richesse en soi, alors qu’il n’est en fait qu’un don de Dieu et non
une finalité en elle-même.
▪ Les placements et activités illicites :
Un investissement islamique, est un investissement qui respecte les règles de la
Sharïa. Ainsi, aucun investissement ne peut être réalisé par les sociétés opérant
dans le domaine de la finance islamique dès lors qu’il porte sur des produits ou des
activités illicites telles que :
✓ L’industrie du tabac ;
✓ L’industrie de l’alcool et du vin ;
✓ Le secteur des jeux de hasard ;
✓ L’industrie porcine et l’alimentaire non licite ;
✓ L’industrie des armes ;
✓ Les services financiers et bancaires non islamiques ;
✓ Le tabac (pas automatiquement, mais la tendance est de l’écarter) ;
✓ Les loisirs (jeux du hasard, érotisme, pornographie...)
✓ Le secteur du divertissement (Excepté celle qui respecte les bonnes mœurs).
Il est intéressant de voir qu’un concept similaire existe déjà en Europe et aux Etats
Unis connu plutôt sous le nom d’Investissement socialement responsable. Dès
1760, John Wesley, fondateur du méthodisme, a insisté sur le lien entre éthique et
utilisation d’argent.
Aux Etats-Unis, le « Pioneer Fund », lancé en 1928 par le conseil fédéral des églises
américaines a exclu de ses investissements les sociétés dont les activités étaient en
relation avec l’alcool, le tabac et la pornographie.
En Europe, le premier produit d’investissement éthique a été lancé par une
association Suédoise de lutte contre l’alcoolisme.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 26 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Paragraphe 2. Le partage du risque


Une analyse du contrat d’assurance classique révèle la coexistence de deux types
de risques à savoir le risque spéculatif et le risque pur :
▪ On parle de risque spéculatif lorsqu’il y a possibilité de gain ou de perte en cas
de survenue d’un événement. Le jeu de hasard est un exemple de risque
spéculatif où, au jet d’un dé par exemple, le joueur peut gagner ou perdre de
l’argent.
▪ Le risque pur, quant à lui, c’est la survenue d’un événement anticipé qui ne peut
générer que des pertes. C’est exactement le cas du vol d’un véhicule, car il ne
peut être que synonyme de perte pour le propriétaire.

Figure 7 : Typologie de risques dans un contrat d’assurance classique

L’assurance est donc du point de vue de l’assuré, un contrat d’indemnité qui vise à
couvrir un risque pur. L’assureur s’engage à indemniser l’assuré en cas de survenue
d’une perte en lui payant l’équivalent monétaire de la perte subie. L’assuré ne tire
aucun gain de la perte survenue dans la mesure où la somme assurée ne fait que le
ramener à la situation financière dans laquelle il se trouvait avant la perte.
Il s’ensuit que dans la perspective de l’assuré, l’assurance n’est pas un jeu de
hasard. Ainsi, pour les musulmans, la couverture du risque pur n’est pas la raison
de non-conformité de l’assurance classique au Fiqh (la jurisprudence musulmane).
L’assureur, quant à lui, constitue son capital et détermine le niveau de la prime.
Ainsi, s’il souscrit des risques, c’est pour faire des bénéfices. En conséquence, du
point de vue de l’assureur, il ne s’agit pas d’un risque pur, mais d’un risque
spéculatif. Ce risque est ramené à la taille du capital disponible grâce à la
réassurance. La société d’assurance met ainsi en péril son capital en cas
d’inadéquation de la prime. Il s’ensuit que l’assureur peut gagner tout comme
perdre.
Un des principaux points de discorde du Fiqh par rapport au contrat d’assurance
classique est que ce dernier comporte ce risque spéculatif.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 27 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Figure 8 : Le contrat d’assurance classique du point de vue de l’assuré et de


l’assureur

Ce qui n'est pas autorisé n’est pas le risque, mais plutôt la vente ou l'échange du
risque ou le transfert du risque à une tierce partie dans le cadre d’un contrat de
vente alors que l’entraide entre les personnes dans n'importe quelle situation, y
compris le cas de malheur ou de péril, est fortement encouragée dans
l'enseignement islamique.
Ainsi, dans le modèle classique, l'assurance est un mécanisme de transfert du
risque par lequel une organisation ou des personnes peuvent échanger leurs
incertitudes contre de la certitude. L'assurance classique offre donc la possibilité
d'échanger l’incertitude contre la prime d'assurance.
Dans leur conception du modèle Takaful, les Fuqaha (‫ )الفقهاء‬préconisent le non-
transfert des risques des participants à l'opérateur du fond, les risques sont
partagés entre les participants avec un principe de garantie mutuelle.
Le concept de partage du risque dans l’assurance Takaful se rapproche dans une
certaine mesure du partage du risque dans une mutuelle d’assurances. Il s’agit d’un
partage mutuel du risque fondé sur le concept de Taawun.
Les deux figures suivantes présentent les différences conceptuelles qui existent
entre l'assurance conventionnelle (transfert de risque) et l’assurance Takaful (partage
des risques) quant à la gestion des risques dans la relation assureurs/assurés.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 28 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Figure 9 : Différences conceptuelles entre l'assurance conventionnelle et


l’assurance Takaful10

Paragraphe 3. Principe du Tabar ’ru


L’article 201 de la loi Tunisienne du Takaful11prévoit que « L'assurance Takaful est
un régime contractuel par lequel un groupe de personnes appelées « adhérents »
s'engage à s'entraider en cas de réalisation du risque ou au terme fixé au contrat
d'assurance Takaful et ce à travers le paiement d'une somme en guise de donation
appelée « cotisation ». La somme des cotisations constitue « le fonds des adhérents » qui
sera dédié au paiement des indemnisations tout en étant totalement séparé des comptes
de l'entreprise d'assurance Takaful ».

10Page 35 du Mémoires de Ahmed Ayadi intitulé « Assurance islamique takaful non-vie en Tunisie : spécificités et tendances de la présentation des états financiers
» soutenue en 2013 à l’IHEC
11Loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 29 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Les Fuqahas s’accordent à dire que le Takaful est basé sur le principe de donation
(principe du Tabar ‘ru) entre les participants pour être « Sharia compatible » et ainsi
respecter le principe d’entraide. Ainsi, le participant/assuré verse une contribution
dans le fonds des participants, gérée par l’opérateur du fonds. Le calcul de cette
contribution en assurance Takaful s’effectue de la même manière qu’en assurance
classique, c’est à dire en appréciant le risque couvert et en respectant les principes
actuariels.
L’article 7/2 de la norme 26 AAOIFI : « le montant de participation peut être fixé selon
les principes actuariels basés sur les fondements techniques de la statistique, en tenant
compte du risque qui peut être fixe ou variable, et du principe de la proportionnalité entre
la participation et le risque lui-même, son genre, sa durée, et le montant de la prestation
».
Ainsi, le concept de « Tabar ‘ru » qui est une forme de don, permet d’éliminer une
partie de l’aléa (gharar) selon l’école du malikisme12 (en arabe : ‫)المذهب المالكي‬. Il convient
toutefois de préciser la notion de « Tabar ‘ru » car en droit musulman comme en
droit Tunisien, le donateur n’acquiert aucun droit au titre de la chose qu’il donne.
Le Tabar ‘ru étant une libéralité, l’acte est fait à titre purement gratuit et se
caractérise en principe par l’absence de contrepartie ce qui peut poser certaines
interrogations d’une telle intention.
Pour tenter d’atténuer les effets, certains proposent de conclure une donation sous
réserve d’une condition à laquelle le donataire s’engage, c’est l’«Iltizambil-
Tabar‘ru» ou « Tabar ‘ru -bi-awad ». Par exemple une personne fait une donation
à une autre à condition que cette dernière paye ses dettes conclues avant la
donation.
L’AAOIFI a suggéré le principe de « l’engagement de faire un don », qui
soulignerait plus la relation entre le participant et le fonds Takaful. Selon ce
concept, un contributeur peut faire don d'une somme d'argent pour l'aide mutuelle
et la coopération, à condition que le solde, le cas échéant, lui soit retourné.
Les écoles du fiqh soutiennent majoritairement que la participation en Takaful est
finalement plus un « Iltizambil-Tabar‘ru » ainsi non pas un don mais une
contribution. Ainsi on retrouve les principes de base de l’assurance
conventionnelle qui veut que l’assuré verse une prime en échange d’une couverture
par l’assureur.
On retrouve le concept de Tabar‘ru dans diverses sources du droit musulman. Tout
d’abord dans les prescriptions du Coran : "La piété ne consiste point en ce que vous
tourniez vos visages vers le Levant ou le Couchant. Vertueux sont ceux qui croient en Dieu
et au jour dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, qui donnent pour l'amour de
Dieu des secours à leurs proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents
et à ceux qui demandent l'aide, et pour délier les jougs, qui observent la prière, qui font
l'aumône. Et ceux qui remplissent les engagements qu'ils contractent, se montrent
patients dans l'adversité, dans les temps durs et dans les temps de violences. Ceux-là sont
justes et craignent le Seigneur." (Sourate 2, Verset 177).

12L’une des quatre Madhaheb ou écoles classiques du droit musulman sunnite

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 30 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ensuite dans certains Hadiths « Donnez (en charité) et ne donnez pas à contrecœur de
peur qu’Allah devrait vous donner en une quantité limitée ; et ne retenez pas votre argent
à moins qu'Allah le retienne de toi. » (Sahih Bukhari).
Il découle de ce qui précède deux conséquences majeures :
▪ En cas de surplus de prime, ce surplus est placé dans un fonds de réserve, ou
servira à rembourser un éventuel prêt fait par le fonds des actionnaires ou le cas
échéant distribué entre les participants conformément au contrat de donation
(Tabar ‘ru) initialement conclu ;
▪ En cas de non-paiement de la contribution, l’opérateur du fond est en droit de
suspendre/résilier la couverture accordée au participant. Selon la norme 26
AAOIF (paragraphe 8/2) «au cas où le participant s’abstiendrait ou s’attarderait à
payer ses participations à leurs termes prévus au contrat, il est du droit de la
compagnie de résilier la police ou bien de le contraindre à payer par voie judiciaire ».
Le paiement d’une prime par le souscripteur correspond à une obligation. Ceci se
retrouve plus généralement dans les principes coraniques qui énoncent le
principe de l’obligation de l’exécution des contrats par le croyant « Ô vous qui
croyez, remplissez les obligations » (Sourate Al-Maida).
Sous-Section 2. Spécificités du Takaful
Le Takaful est avant tout un business modèle qui repose sur quatre
particularités/spécificités de bases :
1. La séparation du fonds des participants du fonds des actionnaires ;
2. L’engagement à distribuer les bénéfices techniques (surplus) aux
participants ;
3. L’évitement des placements non conformes à la Sharia ;
4. La création d’un conseil de surveillance de la Sharia, qui supervise les
opérations d’assurance et contrôle leur conformité à la Sharia.
Paragraphe 1. La séparation des fonds des participants et des actionnaires
Une telle séparation est reprise dans la Norme 5/2 de la norme 26 de l’AAOIFI : «
La société organisatrice de l’assurance établie deux comptes distincts l’un propre à la
société elle-même : ses droits et engagements, et l’autre propre à la caisse des assurés :
leurs droits et leurs engagements ».
De même, l’article 201 de la loi Tunisienne du Takaful13 prévoit que « …La somme
des cotisations constitue « le fonds des adhérents » qui sera dédié au paiement des
indemnisations tout en étant totalement séparé des comptes de l'entreprise
d'assurance Takaful ».
Ainsi, Il est impératif d’assurer la séparation totale des fonds des actionnaires et
des sociétaires. En effet, les actionnaires ne doivent ni profiter, ni réaliser une perte
sur les opérations techniques d’assurances.

13Loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 31 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Afin de contourner l’interdiction liée à la prise excessive de risque (algharar) et au


paiement et réception d’intérêt (alriba), la prime prend la forme d’une donation à
la communauté des assurés pour leur intérêt mutuel.
Ces donations doivent couvrir l’ensemble des charges techniques et les frais de
gestion. L’opérateur n’est qu’un manager des contributions de la communauté des
sociétaires et doit calculer toutes les charges d’exploitation et les faire supporter
par le fonds par le biais du mécanisme de la « Wakala ».
Le fonds des participants peut s’avérer déficitaire en fin d’exercice, le gestionnaire
du fonds devra alors, fournir un emprunt sans intérêts (Qardh Hasan) car sinon il y
aurait une forme d’enrichissement injuste. Un prélèvement des surplus du fonds
des participants sera prélevé afin de payer ce prêt sans intérêts.
Paragraphe 2. L'engagement de distribution du surplus aux participants
La compagnie Takaful s’engage à redistribuer les bénéfices à ses sociétaires. Il y a
deux options acceptables : distribuer à tous sans exception ou distribuer à ceux qui
n’ont pas eu de sinistres (similaire à une participation bénéficiaire).
Il semble que le principe de partage des profits et des pertes entre participants et
assureurs n'est pas fondamentalement incompatible avec le droit Tunisien, qui
connaît la possibilité de répartition des excédents de recettes entre ses adhérents
pour une compagnie d’assurances sous forme de mutuelle.
Ainsi, l’article 55 du code des assurances Tunisie 14 stipule que « les sociétés
d'assurances à forme mutuelle sont des sociétés civiles à condition qu'elles garantissent
à leurs adhérents, moyennant cotisation, le règlement intégral de leurs engagements en
cas de réalisation des risques dont elles ont pris la charge et qu'elles répartissent leurs
excédents de recettes entre leurs adhérents dans les conditions fixées par les statuts. »
Toutefois, le code des assurances Tunisien n’a pas traité clairement le sujet du
partage des pertes entre les adhérents dans une compagnie d’assurances à forme
mutuelle.
Paragraphe 3. Le comité de supervision Sharaïque
L’opérateur Takaful est tenu d’assurer la conformité Sharaïque de tous les aspects
des opérations liées à son propre fonds (fonds des actionnaires) que celui des
participants par la mise en place d’un comité de supervision Sharaïque
indépendant composé de plusieurs membres ayant une expertise dans les
domaines de la Fatwas et de la finance. Ceci ressort de l’article206 de la loi n° 2014-
47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances « L'entreprise
d'assurance Takaful doit constituer un comité de supervision Sharaïque habilité à
contrôler, à suivre toutes les transactions de l'entreprise et à émettre son avis concernant
l’étendue de leur conformité aux normes Sharaïques. Le comité de supervision Sharaïque
est constitué de trois membres désignés par l'assemblée générale de l'entreprise pour un
mandat de trois ans renouvelable deux fois. »
Ainsi le comité de supervision Sharaïque est composé de trois membres au
minimum ayant la qualité d’uléma (théologiens). Il convient de rappeler qu’il existe

14Promulgué par la loi n° 92-24 du 9 mars 1992 modifié par l'article 1 de la loi n°2002-37 du 1 Avril 2002

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 32 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

différents modèles de comité de supervision Sharaïque. Il y a tout d’abord le


modèle malais, où la Malaisie, a créé puis rattachée un « comité de supervision
Sharaïque central » à sa Banque Centrale. Chaque comité de supervision doit se
conformer aux « Fatwas » édictées par le comité de supervision central tout en
gardant leur autonomie.
Il y a ensuite le modèle du Golfe Persique où chaque établissement possède son
propre comité de supervision Sharaïque, et où il y a une certaine homogénéité car
la plupart des d’ulémas siègent dans divers comités de supervision de différentes
compagnies.
Le comité de supervision Sharaïque a pour principales missions :
▪ Examiner les opérations Takaful et de veiller au développement des produits
d’assurance islamique et d’en déterminer leur conformité à la Sharïa. En effet,
le comité de supervision Sharaïque intervient sur la conception des produits et
certifie la conformité Sharaïque de toutes les opérations liées à l’activité Takaful
;
▪ Fixer le montant des commissions « Wakala » et « Mudharaba » ;
▪ Purifier les retours d’investissements en y retranchant la part éventuelle de
revenus résultant d’opérations illicites réalisées de façon secondaire pour l’offrir
à une cause charitable ;
▪ Procéder à l’audit de manière régulière des produits afin de s’assurer que ces
derniers restent « conformes sharaïquement » car, il suffit parfois d’une
modification mineure dans le déroulement des différentes phases composant
une transaction pour rendre celle-ci illicite.
Le management de la compagnie d’assurances Takaful doit rendre compte
périodiquement au comité de supervision Sharaïque qui aura à donner une
certification sur la conformité des investissements entrepris et des activités par
rapport aux exigences de la Sharïa. À ce titre, le comité de supervision Sharaïque
doit être indépendant de toute influence du management pour veiller à
l’établissement de son rôle dans les meilleures conditions, étant donné la grande
responsabilité qu’il a.
Le principe de la prise de décision collective est très important du fait de la
complexité de la finance moderne et des répercussions des décisions prises par le
conseil de la Sharia sur les activités de la compagnie d’assurances Takaful.
Toutefois, un conseil national Sharaïque offre l’avantage de publier et d’unifier les
« Fatwas » permettant aux différents comités de supervision Sharaïque de prendre
leurs propres décisions et de les défendre le cas échéant, tout en gardant
l’autonomie de chaque comité.
Paragraphe 4. L'évitement des actifs non conformes à la Sharia
Les seuls placements admis par les préceptes islamiques sont ceux dont la
rémunération résulte d’un partage du risque (gain et perte) entre l’investisseur et le
bénéficiaire de l’investissement et dont l’activité n’est pas incompatible avec la
Sharia.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 33 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Sur un autre plan et quand bien même il y’a partage des risques entre l’investisseur
et le bénéficiaire de l’investissement, il faut que l’activité objet de l’investissement
soit licite et conforme à la Sharïa comme indiqué précédemment.

Sous-Section 3. Les différents modèles de gestion


Il n'existe pas de modèle d'exploitation unique pour la gestion des compagnies
Takaful, ainsi chaque pays dispose de son modèle propre. Toutefois, les modèles
les plus couramment utilisés sont Al Mudharaba, Al Wakala et le modèle hybride.
On retrouve aussi le modèle Al Waqf développé surtout au Pakistan et en Afrique
du Sud.
Paragraphe 1. Le modèle Takaful avec agent (Mudharaba)
Le modèle de Mudharaba est essentiellement un modèle de partage des profits
entre l’opérateur Takaful et les participants. L’opérateur Takaful gère le fond en
échange d’une part de l’excédent en matière de souscription et une part des
bénéfices de l’investissement ce qui l’incite à se montrer efficace en termes de
souscription et de placements.
L’opération Takaful peut donc être envisagée comme une joint-venture entre
l’opérateur et les membres individuels d’un groupe de participants qui désirent se
garantir réciproquement contre les pertes ou les dommages qui pourraient leurs
être infligés.
Par ce principe, l’entrepreneur ou Al Moudhareb (l’opérateur Takaful) accepte le
paiement des versements ou des contributions Takaful des fournisseurs de
capitaux (les participants Takaful) agissant comme « Ashab Al Maal » ou « Rab Al
Maal ». Il s’engage aussi à octroyer un prêt sans intérêts dit (Qardh Hasan) au fond
des participants si un déficit est constaté.
En vertu des principes de la Mudharaba, l’opérateur en tant que Moudhareb ne
peut pas facturer des frais de gestion au fond Takaful.
Figure 10 : Schéma de fonctionnement du modèle « Mudharaba »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 34 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Paragraphe 2. Le modèle Takaful avec gestionnaire (Wakala)


Le modèle d’Al Wakala est un contrat d’agence qui remplace le partage de
l’excèdent disponible par la commission de performance.
L’opérateur Takaful agit dans ce modèle comme agent (Wakil) pour les participants
et gère le fond en échange d’une redevance définie.
Ce modèle est semblable à celui d’un fond commun de placement dans la mesure
où l’opérateur reçoit une commission fixe convenue à l’avance et soumise à
l’approbation du conseil de la Sharia, proportionnelle aux contributions versées
par les participants.
En vertu du principe Al Wakala, l’opérateur étant agent des participants ne peut
recevoir ni les bénéfices techniques, ni ceux des placements et ne peut encourir
aucune perte technique ni des placements.
Néanmoins, l’engagement d’octroyer un prêt sans intérêt dit (Qardh Al Hassan) au
fond des preneurs d’assurance si un déficit est constaté demeure valable dans le
modèle d’Al Wakala.
Figure 11 : Schéma de fonctionnement du modèle « Wakala »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 35 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Paragraphe 3. Le modèle combiné ou hybride


La majorité des récentes compagnies d’assurances Takaful départ le monde (y
compris la Tunisie), ont adopté un modèle dit hybride. Ce modèle est une
combinaison des modèles Al Mudharaba et Al Wakala.
Selon ce modèle, l’opérateur reçoit une part fixée à l’avance des contributions
versées par les participants, et une part des plus-values générées par les activités
de placements.
La raison du choix de ce modèle par plusieurs compagnies d’assurances Takaful
s’explique par le fait que pour des raisons de liquidités, le gestionnaire du fond
préfère accélérer la reconnaissance des revenus, et ce, par le moyen d’un
pourcentage dans les contributions payées généralement au début de l’année
plutôt que d’attendre la fin de l’année date de la déclaration des résultats. Il ne
participera donc pas au bénéfice dégagé.
En même temps, l’opérateur garde son droit pour sa part dans les bénéfices des
investissements (placements).
Certaines autorités de réglementation financière et des organisations
internationales telles que l’Accounting and Auditing Organisation for Islamic
Financial Institutions (AAOIFI) recommandent le modèle hybride qui permet de
tirer parti des points forts des deux modèles : Wakala pour la gestion technique et
Mudharaba pour l’investissement.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 36 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Figure 12 : Schéma de fonctionnement du modèle « Hybride »

Paragraphe 4. Le modèle Al Wakf


Ce modèle principalement adopté au Pakistan, est basé sur une donation initiale
accordée par les actionnaires, sous la forme d’une cession définitive d’une partie
du capital, pour la création d’une entité juridique (Wakf). L’entité juridique
distincte créée fonctionne comme une fondation publique où les fonds
n’appartiennent pas aux particuliers mais à une entité juridique. Dans cette
logique, l’objet de cette entité est :
- apporter une aide financière à ses participants en cas de sinistres ;
- intervenir pour distribuer l’excédent du fonds selon les règles convenues ;
- octroyer des dons aux organismes de bienfaisance approuvés par le conseil de la
Sharia (versement de la zakat).
Le modèle « Waqf » présente certaines similitudes avec le modèle « Mixte »
puisque l’opérateur à travers une autre entité juridique, gère le fonds « Wakf » en
utilisant les contrats de « Wakala » et de « Mudharaba ». Bien évidemment, le
fonds « Wakf » est constitué à partir de cotisations versées par les adhérents,
toutefois, ces contributions ne sont plus versées directement à la société Takaful
gérée par l’opérateur, mais à une entité juridique distincte. Il est clair alors que la
contribution dans le fonds « Wakf » est destinée aux biens communs.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 37 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Figure 13 : Schéma de fonctionnement du modèle « Al Waqf »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 38 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Chapitre 2. Cadre général de l’activité Takaful à l’échelle


internationale

À l’échelle internationale l’arsenal normatif relatif l’industrie Takaful se résume en


une norme Sharaïque, quatre normes comptables et deux normes prudentielles.
La norme Sharaïque numéro vingt-six relative au Takaful, a été élaborée par
l’AAOIFI, représente le cadre légal qui adapte l’opération d’assurance aux
principes de l’éthique musulmane, tout en précisant les aspects suivants :
▪ Définition du Takaful, ses principes et ses principales différences par
rapport à l’assurance classique ;
▪ Définition des conditions régissant les relations contractuelles ;
▪ Les risques assurables, les indemnisations et la résiliation du contrat ;
▪ Les obligations des participants et de l’opérateur, ainsi que leurs
prérogatives ;
▪ La répartition de l’excédent du fonds des participants.
Il est à préciser que la norme Sharaïque constitue la pierre angulaire de la
normalisation Takaful, puisqu’elle définit les bases sur lesquelles s’articulent
toutes les spécificités comptables, prudentielles et fiscales.
Les normes comptables, élaborées par le même organisme (AAOIFI), traitent quant
à elle des aspects suivants :
▪ La norme comptable numéro quatorze traite des règles de présentation des
états financiers ;
▪ La norme comptable numéro quinze relative à la divulgation des éléments
déterminant l’excédent du fonds des participants ;
▪ La norme comptable numéro dix-sept relative aux réserves et provisions
techniques ;
▪ La norme comptable numéro vingt-et-une traite des contributions.
Les normes prudentielles sont émises par l’Islamic Financial Service Board
(I.F.S.B) sous forme de recommandations pour les opérations Takaful et traitent des
aspects suivants :
▪ Les principes directeurs de la gouvernance dans les compagnies
d’assurances Takaful ;
▪ Les exigences de solvabilité requises pour un opérateur Takaful.
Cet ensemble de normes offre un référentiel normatif intéressant pour la gestion
des différents aspects de l’activité Takaful, néanmoins l’adoption de ce dernier
reste limitée de par le monde. En effet, sur les 170 membres de l’A.A.I.O.F.I
(appartenant à 35 pays), seules neuf juridictions (et une entité supranationale) ont adopté

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 39 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

aujourd’hui les normes émises par cet organisme 15 , il s’agit du Bahreïn, Centre
financier international de Dubai (DIFC), Jordanie, Qatar, Centre Financier du
Qatar (QFC), Soudan, l’Afrique du Sud, Syrie, Liban et de la Banque Islamique de
Développement (BID).

Section 1. Normalisation comptable des compagnies Takaful

Sous-Section 1. Divergences par rapport au référentiel conventionnel

Paragraphe 1. Spécificités de la comptabilité Takaful


La comptabilité se définit comme « un instrument fondamental de la connaissance des
phénomènes économiques par l'établissement et la tenue des comptes, l'enregistrement
et le classement des mouvements de valeurs impliqués par une activité économique ».16
Les professionnels la définissent comme « un art de l’enregistrement, classification
présentation et interprétations des événements ayant un impact financier ».17
Qu’elle soit générale, analytique, publique ou sectorielle, la comptabilité vise un
seul objectif commun qui est de fournir une information financière pertinente qui
reflète la réalité économique des transactions et permet aux utilisateurs
d’apprécier, à tout moment, leurs situations financières d’une manière fiable et
précise.
La comptabilité des institutions islamiques, et plus particulièrement la
comptabilité Takaful, n’échappe pas à cette règle, mais bien plus encore, elle est
censée satisfaire un nombre plus important d’utilisateurs de l’information
financière et obéir davantage aux règles et principes qui font sa spécificité. En effet,
outre l’objectif cité précédemment, la comptabilité Takaful doit permettre de
s’assurer de la conformité des transactions avec la Sharïa et avec les objectifs socio-
économiques que doit remplir la compagnie Takaful.
Sous-Paragraphe 1. Séparation des deux fonds
La séparation des fonds des actionnaires (opérateur) de celui des participants
constitue le principe de base sur lequel s’est fondé le business modèle de l’activité
Takaful.18
Cette particularité n’est pas sans implications comptables, non seulement au
niveau de la tenue comptable mais aussi au niveau de l’organisation comptable de
la compagnie.
En effet, l’implémentation du modèle d’exploitation Takaful requière une nette
séparation des comptes des actionnaires de ceux des participants aussi bien sur le
plan de la tenue bancaire (flux de trésorerie) que sur le plan de la nomenclature et de
la tenue comptable des transactions afférentes à chacun des deux fonds.

15Les Normes de l’AAOIFI sont également adoptées comme guides ou bases pour d’autres juridictions tels que : Brunei, Indonésie, Koweït, Liban, Malaisie,
Pakistan, Arabie Saoudite et EAU
16 Définition terminologique telle qu’énoncée dans « Larousse »
17 Définition énoncée par l’American Institute of Certified Public Accountants (AICPA)
18 Voir section 2 du premier chapitre

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 40 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Cette séparation est primordiale, notamment, pour :


o Déterminer le surplus à distribuer aux participants ou le déficit à combler
par les actionnaires à travers le mécanisme du « Quardh Hassan » ;
o Déterminer le résultat dégagé par le fonds des actionnaires, notamment
pour une éventuelle distribution de dividendes ;
o Déterminer les exigences de solvabilité du fonds des participants et le besoin
potentiel de couverture des engagements par un « Quardh » ;
o Le respect de la réglementation fiscale en matière de décompte et de
liquidation d’impôt.
Il est à noter que plusieurs fonds peuvent être créés selon la volonté de l’opérateur
à homogénéiser les risques et les résultats (excédent/déficit) qui vont avec. À titre
d’exemple l’opérateur peut créer des fonds par branche au lieu d’un seul fond pour
l’assurance non-vie (General Takaful).
Pour garantir cette séparation, il est idéal de mettre en place deux bases
comptables (deux balances) par fonds et de les consolider fréquemment.
Sous-Paragraphe 2. Présentation des états financiers
La norme Sharaïque relative à l’activité Takaful définit pour les compagnies
Takaful un objet social différent de celui des compagnies classiques. En effet un
opérateur Takaful joue le rôle d’un gestionnaire pour compte dans le sens où il
n’assume pas les risques techniques liés à l’activité d’assurance ou de placements19.
Ce principe a des effets importants sur les règles de présentation des états
financiers des compagnies Takaful. Ces dernières sont tenues de présenter
séparément les comptes de résultats (par fonds), fournir un état de ressources et
emplois de la Zakat et établir des annexes adaptées aux attentes des utilisateurs de
l’information financière20.
Sous-Paragraphe 3. Les provisions techniques et les réserves
La comptabilité des assurances en général se caractérise par un volet distinctif
important relatif au traitement des provisions techniques. La comptabilité du
Takaful en particulier, définit quant à elle une nette distinction entre les notions
de réserves et de provisions techniques 21:
o Les provisions techniques : il s’agit des provisions techniques admises dans
le traitement des opérations d’assurance en général, avec une particularité
relative à la définition des provisions pour cotisations non acquises qui
diffèrent de celles généralement admises dans le domaine des assurances,
puisqu’elles ne désignent pas les primes non acquises, mais plutôt les
provisions pour risques en cours 22 ;
o Les réserves : La comptabilité Takaful définit deux réserves, à constituer
impérativement, à savoir la réserve de couverture de déficit (prélevée à partir

19 Pour les investissements effectués pour le compte des participants


20 La norme comptable 14 de l’AAIOFI
21 La norme comptable 15 de l’AAIOFI
22 Les provisions pour primes non acquises communément admises sont désignées simplement par cotisations non acquises

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 41 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

du surplus des participants afin de couvrir les déficits potentiels futurs ) et la réserve
d’équilibrage des fluctuations de sinistres (prélevée à partir du surplus des
participants afin de couvrir les fluctuations des sinistres au cours des années futurs) 21.

Sous-Paragraphe 4. Détermination et distribution du surplus


La comptabilité Takaful doit permettre la détermination du surplus sur fonds des
participants en vue de sa distribution. Ainsi, le surplus peut être défini comme « la
différence entre les revenus et les dépenses du fonds des participants à la fin de l’exercice. »

Plusieurs méthodes peuvent être retenues pour répartir ce surplus, parmi


lesquelles :
o La répartition à tous les participants, sans écarter ceux qui ont bénéficié
d’indemnisation ;
o La répartition du surplus uniquement entre les participants qui n’ont pas
bénéficié d’indemnisation ;
o Distinguer entre ceux qui ont reçu des indemnisations supérieures ou égales
à leurs cotisations et ceux qui ont reçu des indemnisations inférieures à
leurs cotisations. Ces derniers bénéficient d’une part de surplus égale à celle
des participants non sinistrés déductions faite de l’indemnisation reçue ;
o Toute autre méthode approuvée par le conseil Sharaïque.
Il est à noter qu’aussi bien la méthode détermination du surplus que celle de sa
distribution doivent être divulguées dans les notes aux états financiers.

Paragraphe 2. Inadéquation des normes comptables classiques à l’activité


Takaful
Il faut tout d’abord noter que sur le plan international la normalisation comptable
est menée par l'International Accounting Standards Board (I.A.S.B), dont les
principaux objectifs résident dans la préparation, la production, l'examen et à
l’exposition des normes IAS et IFRS. Son rôle étant attaché à l'idée de la
mondialisation et l'espoir d’une harmonisation globale des pratiques comptables
afin de promouvoir l’adoption d’un seul et unique référentiel comptable de par le
monde.
Le secteur des assurances ne déroge pas à ce principe, puisqu’il a bénéficié depuis
2004 de l’émission d’une norme comptable spécifique (I.F.R.S 4). Ainsi l’IFRS 4
phase 1 a été le premier guide de l'IASB sur la comptabilisation des contrats
d'assurance, sachant qu’une deuxième phase du projet d'assurance de l'IASB est en
cours de préparation, ce qui aboutira à l’émission prochaine d’une nouvelle norme
comptable internationale dédiée au secteur des assurances. Il s’agit de l’I.F.R.S 17.
Ceci nous amène à espérer de voir un jour une norme IFRS relative à l’assurance
qui prend en compte les spécificités de l’assurance Takaful.
En attendant, les points de vue divergent sur l’opportunité d’application du
référentiel IFRS aux spécificités des compagnies Takaful.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 42 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

En effet, certains auteurs pensent qu’étant donné les similitudes avec l'assurance
conventionnelle à l'égard de la majorité des transactions économiques (notamment
les aspects techniques), les méthodes comptables de ces opérations devraient être
similaires. Il n'est donc pas nécessaire de définir un ensemble de normes
comptables spécifiques pour les opérateurs Takaful alors qu’il serait plus judicieux
de traiter directement les questions où la nature de Takaful est différente de
l'assurance conventionnelle ; ce qui permettrait d’épargner les efforts et de les
concentrer pour être plus ciblés et aiderait le secteur du Takaful à bénéficier des
innovations en matière de comptabilité de l'assurance conventionnelle.
D’autres auteurs supportent l’idée que l’activité Takaful a besoin d'un autre
référentiel comptable qui peut, au mieux, être harmonisé, et non standardisé en
raison de la différente nature de l’activité des institutions financières islamiques.
L’AAOIFI, organisme à but non lucratif basé à Bahreïn, a suivi cette logique en
mettant en place un ensemble de normes comptables spécifiques aux institutions
financières islamiques.
À notre sens, et afin de trancher sur ces différents points de vue, il y a lieu
d’analyser le champ d’application de la norme IFRS 4 (et la nouvelle norme IFRS 17) et
d’apprécier s’il est compatible avec les impératifs imposés par le business modèle
Takaful. Pour répondre à ces interrogations, il faut avant tout, se demander si le
contrat Takaful est bien un contrat d’assurance et y a-t-il un transfert du risque ?
La norme IFRS 4 définit le contrat d’assurance comme étant :
« Un contrat selon lequel une partie (l’assureur) accepte un risque d’assurance
significatif d’une autre partie (le titulaire de la police) en convenant d’indemniser le
titulaire de la police si un événement futur incertain spécifié (l’événement assuré) affecte
de façon défavorable le titulaire de la police ».
Le contrat d’assurance Takaful quant à lui, a déjà été défini (voir chapitre 1) comme
suit :
« L’assurance islamique est un processus d’accord entre un groupe de personnes pour
gérer les préjudices résultant de risques spécifiques auxquels tous sont vulnérables.
Un processus implique le paiement des contributions sous forme de dons, et… la mise
en place d’un fond d’assurance qui jouit d’une entité juridique… les ressources de ce
fond sont utilisés pour indemniser tout participant qui subit un préjudice ».23
« Dans le Takaful… un groupe de participants se mettent d’accord entre eux pour se
soutenir les uns les autres conjointement pour faire face aux pertes découlant de
risques spécifiés… Les participants contribuent selon le principe du Tabar’ru par le
moyen d’une somme d’argent dans un fond commun, lequel sera utilisé pour
l’assistance mutuelle des membres contre les pertes ou dommages spécifiés ».24
De ce qui précède, il paraît clair que l’IFRS 4 se caractérise par deux éléments-clés,
à savoir :
o L’acceptation de l’assureur d’un risque significatif d’assurance ; et

23La norme comptable 26 de l’AAIOFI


24 Norme prudentiel 8 de IFSB

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 43 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

o L’engagement d’indemnisation de l’assuré en cas de survenance d’un


événement futur incertain spécifié.
Ainsi, dans l’assurance conventionnelle, l’assureur est la partie qui accepte les
risques sur les assurés, transférés par le moyen d’un contrat d’assurance.
Dans le Takaful, le participant paye une contribution à un fonds commun de
participation qui va être utilisée pour se couvrir mutuellement. Ce sont les
participants en tant que collectifs et non l’opérateur Takaful qui acceptent le risque
d’assurance des participants pris individuellement. Ainsi, on peut dire que
l’assurance islamique Takaful est caractérisée par le partage du risque et non par
son transfert.
Le transfert du risque est complètement différent de son partage et donc un contrat
d’assurance Takaful ne pourrait pas entrer dans le champ d’application de la norme
IFRS 4, d’autant plus que l’opérateur du fonds agit uniquement en tant que
gestionnaire du fonds des participants. Tout paiement effectué par l’opérateur
Takaful est fait au nom du fonds Takaful (fonds des participants) et est recouvré auprès
de ce fonds.
Sur un autre plan, l’Appendix B de l’IFRS 4 dans son paragraphe B19(b), donne des
exemples de contrats qui ne sont pas considérés comme étant des contrats
d’assurances. Il en est ainsi des « Contrats qui ont la forme juridique de l’assurance,
mais qui rétrocèdent tout le risque d’assurance significatif au titulaire de la police par le
biais de mécanismes exécutoires non résiliables et qui ajustent les paiements futurs à
effectuer par le titulaire de la police directement en fonction des pertes assurées ».
L’examen de l’énoncé du paragraphe B19(b), nous amène à la deuxième différence
entre le contrat Takaful et le contrat décrit par l’IFRS 4. Ainsi, et bien que
l’opérateur ne dispose pas de mécanismes exécutoires afin de lui permettre
d’obtenir des paiements supplémentaires des participants, le contrat Takaful est
généralement un contrat résiliable puisque le participant se réserve le droit de
mettre fin à son contrat (tout en respectant les clauses de résiliation prévues par ledit
contrat).

Un autre point d’inadéquation des normes comptables internationales aux


spécificités du Takaful réside dans les règles de présentation des états financiers.
Conformément aux normes internationales d’information financière (IFRS), les
entreprises d’assurance Takaful doivent publier leurs comptes d’une manière
combinée, c’est à dire, en combinant le Fonds des Participants et le Fonds des
Actionnaires, ce qui génère des difficultés pour l’analyse et la comparabilité de
l’information financière.
Il est à signaler que récemment, le Financial Services Authority (FSA) au
Royaume-Uni a annoncé que les compagnies d’assurance Takaful seront
réglementées comme les compagnies d’assurances mutuelles, c’est à dire à un
niveau combiné du Fonds des Participants et du Fonds des Actionnaires, et
n’envisage pas de modifier les règles comptables pour les opérations relatives au
Takaful dans un avenir proche.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 44 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Sous-Section 2. Sources de normalisation comptable pour l’activité


Takaful
Paragraphe 1. Accounting & Auditing Organization for Islamic Financial
Institutions (A.A.O.I.F.I)
Le principal normalisateur de la finance islamique à l’échelle internationale est
l’Accounting and Auditing Organisation for Islamic Financial Institutions
(AAOIFI) anciennement appelée Financial Accounting Organisation for Islamic
Banks and Financial Institutions (AOIBFI), basé au Bahreïn, est un organisme à
but non lucratif, qui fixe les règles de la finance islamique applicables à la
comptabilité, l’audit, la gouvernance ainsi que les règles de la Sharia applicables
aux institutions financières islamiques.
L’AAOIFI a pour principaux objectifs de :
▪ Développer les pratiques comptables et d’audit relatives aux activités des
institutions financières islamiques ;
▪ Diffuser les principes comptables et d'audit relatifs aux activités des institutions
financières islamiques et leurs applications à travers les formations, les
séminaires, les publications de bulletins périodiques, les recherches et d'autres
moyens ;
▪ Préparer, promulguer et interpréter les normes comptables et d’audit pour les
institutions financières islamiques afin d’harmoniser les pratiques comptables
adoptées par ces institutions dans la préparation de leurs états financiers, ainsi
que d'harmoniser les procédures d'audit adoptées dans le contrôle des états
financiers établis par les institutions financières islamiques ;
▪ Réviser et amender les normes comptables et d'audit pour les institutions
financières islamiques pour faire face à l'évolution de la pensée comptabilité et
d'audit et les pratiques ;
▪ Préparer, émettre, revoir et ajuster les états financiers ainsi que les guides
d’applications relatifs aux banques, aux investissements et aux pratiques
d'assurance dans les institutions financières islamiques ;
▪ Se rapprocher des organismes de réglementation, des institutions financières
islamiques, des cabinets comptables et d’audit et des autres institutions
financières qui offrent des services financiers afin de mettre en place des normes
comptables et d'audit, ainsi que des états et des guides d’application pour le
secteur bancaire, les investissements et pratiques d’assurance des institutions
financières islamiques publiées par AAOIFI.
Initialement, l’AAOIFI n'avait pas pour but de mettre en place un référentiel à part
des normes comptables islamiques. Son objectif était plutôt de tirer avantage des
normes qui existent déjà. En effet, dans la préface de l'AAOIFI (Volume 1994), il a
été énoncé que l'approche à adopter par le conseil d'administration serait
d'examiner les normes déjà mises en place et développées par d’autres
normalisateurs, principalement ceux de l’International Accounting Standards

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 45 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Board (IASB), les tester face aux exigences et spécificités de la Sharia et adopter
celles qui seront considérées comme conformes.
Le conseil a reconnu que cette approche pourrait lui permettre de bénéficier des
travaux déjà développés par les autres normalisateurs comptables relatifs aux
objectifs, aux concepts et aux normes. Depuis, l’AAOIFI a recueilli un large soutien
en faveur de la mise en application de ses normes qui se trouvent déjà adoptées par
le royaume du Bahreïn, par le centre financier international de Dubaï, au Liban, en
Jordanie, au Qatar, au Soudan et en Syrie. Les autorités compétentes d’Australie,
d’Indonésie, de Malaisie, du Pakistan, du Royaume d’Arabie Saoudite et d’Afrique
du Sud ont publié des recommandations basées sur les normes et prises de
positions de l’AAOIFI.
Toutefois, l’AAOIFI n’a pas réussi à avoir l’unanimité autour de son projet. Certains
auteurs pensent que la solution se trouve dans la convergence des référentiels et
qu’il est inutile que l’AAOIFI continue de publier des normes comptables en
concurrence avec l'IASB, car cela représente un gaspillage de ressources limitées,
et réduit également la comparabilité des comptes des institutions financières
islamiques.
L’AAOIFI a développé à ce jour un cadre conceptuel, cinquante-quatre normes
Sharaïque, vingt-neuf normes comptables, cinq normes d’audit, sept normes de
gouvernance et deux normes d’éthique. Les normes relatives à l’assurance Takaful
sont notamment :
Normes Sharaïques :
▪ SAS 26 : Assurance Islamique ;
▪ SAS 41 : Réassurance Islamique.
Normes Comptables :
▪ FAS 11 : Provisions et réserves ;
▪ FAS 12 : Présentation générale et notes aux états financiers pour les
compagnies d’assurances islamiques ;
▪ FAS 13 : Notes relatives aux bases de détermination et d’affectation du
surplus ou déficit dans une compagnie d’assurance islamique ;
▪ FAS 15 : Provisions et réserves dans une compagnie d’assurance islamique ;
▪ FAS 19 : Contributions dans les compagnies d’assurances islamiques.
Paragraphe 2. Autres organismes de normalisation comptable
Outre l’AAIOFI qui a pour vocation d’unifier les pratiques nationales en matière de
normalisation comptable islamique, il y a lieu de citer plusieurs autres référentiels
à l’échelle internationale, qui bien que limités quant à leur diffusion, restent pas
moins indicatifs quant à l’orientation adoptée par certaines instances de
normalisation nationale :
1- Malaysian Accounting Standard Board (MASB)
Bien que précurseur sur le plan réglementaire (Takaful Act promulgué depuis 1984), la
Malaisie n’a créé le Malaysian Accounting Standards Board (MASB) qu’en vertu

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 46 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

de la Loi de 1997 sur l'information financière. La MASB est identifié comme une
autorité indépendante chargée de développer et publier des normes comptables et
de reporting financier en Malaisie.
Le projet initial du MASB sur la finance islamique était orienté vers la formulation
de normes comptables similaires à celles formulée par l’AAOIFI. Cependant, après
beaucoup de recherches et d'études, le MASB s’est écarté de cet objectif, et a conclu
que les principes de l'information financière dans les IFRS ne sont pas en conflit
avec la Sharia.
Le MASB a également conclu que la principale différence entre le reporting
financier dans les institutions financières à caractère islamique et les institutions
conventionnelles n'était pas celle de la reconnaissance et de la mesure, mais plutôt
de la nature et surtout de l'ampleur de l'information qui devrait être fournie aux
utilisateurs.
En septembre 2009, le MASB a émis un document (Statement of Principles) sur le
reporting financier dans le cadre de la finance islamique incitant les différents
intervenants malaysiens à appliquer les normes IFRS en l'absence de toute
interdiction Sharia à le faire.
Pour faciliter l'application des normes IFRS sur les transactions financières
islamiques, le MASB a publié une série de publications techniques ("Technical
Reporting") qui complètent, et doivent être lues en conjonction avec les normes
IFRS.
À ce jour, le MASB a publié quatre publications techniques à savoir :
▪ TR i-1 pour la comptabilisation de la Zakat ;
▪ TR i-2, Ijara (équivalent au leasing conventionnel) ;
▪ TR i-3 Présentation des états financiers des institutions financières
islamiques ;
▪ TR i-4 Contrats de vente conformes à la Sharia.

2- Indonesian Accounting Institute (IAI)


L’Institut Indonésien de la Comptabilité (IAI) dispose dans sa structure
organisationnelle d'un conseil de normalisation comptable selon la Sharia, qui a
pour rôle la formulation de normes comptables conformes aux prescriptions de la
Sharia.
À ce jour, l’IAI a publié une norme pour la préparation et la présentation des états
financiers conformément à la Sharia ainsi que huit autres normes comptables dites
Pernyataan Standar Akuntansi Keuangan (PSAK) :
▪ PSAK 101 Présentation des états financiers islamiques ;
▪ PSAK 102 Comptabilisation de la Mourabaha ;
▪ PSAK103 comptabilisation du Salam ;
▪ PSAK 104 Comptabilisation des Istishna ;
▪ PSAK 105 Comptabilisation des Mudharaba ;

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 47 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ PSAK 106 Comptabilisation des Mousharakah ;


▪ PSAK 107 Comptabilisation des Ijara ;
▪ PSAK 108 Comptabilisation des opérations d'assurance.

3- Institute of Chartered Accountants of Pakistan


L’assurance Takaful au Pakistan est régie par les règlements émis par le Ministère
du commerce en 2005 ainsi que par la commission SECP en 2012 (Takaful Rules
2012). Ces règlements définissent le cadre juridique d’exercice de l’activité de
Takaful et les différents intervenants (fonds Takaful, opérateur Takaful,). Sur le
plan comptable, c’est l’institut des comptables agréés « ICAP » qui est le
normalisateur comptable au Pakistan.
L'ICAP, conscient de son rôle proactif dans la poursuite de la profession comptable,
a formé un sous-comité avec l'objectif suivant "Examiner le cadre juridique, fiscal
et économique, identifier les questions et les problèmes qui empêchent l'adoption
de modes de financement islamiques et envisager les voies et moyens d'accélérer
leur mise en œuvre." Ce sous-comité a ensuite été transformé en Comité sur les
normes de comptabilité et de vérification. Le Comité a élaboré les normes
comptables financières islamiques suivantes :
▪ IFAS 1 Murabaha
▪ IFAS 2 Ijara
▪ IFAS 3 partage des profits et des pertes sur les dépôts

Section 2. Réglementation prudentielle des compagnies Takaful

Sous-Section 1. Intérêt d’un cadre prudentiel propre à l’activité Takaful

Le secteur de l’assurance présente beaucoup de spécificité dont la plus importante


est l’inversion du cycle d’exploitation (perception des primes avant l’indemnisation des
sinistres éventuels). Cette particularité dégage pour les compagnies d’assurances un
excédent de trésorerie qui devra être placé ; ce qui expose les compagnies à des
risques de placements tels que le risque de dépréciation, le risque de liquidité, le
risque de taux d’intérêt, le risque de duration (inadéquation de la duration de l’actif et du
passif), le risque de crédit, etc…À ces risques communs à toutes les institutions
financières, s’ajoutent des risques spécifiques à l’assurance tels que le risque de
sous-tarification, risque d’évaluation des provisions techniques, risque de sinistre
catastrophique, risque de fluctuation des sinistres, risque de réassurance, etc…
Enfin une compagnie d’assurance est confrontée, comme toute entreprise, à des
risques plus généraux comme le risque de mauvaise gestion ou risque de fraude,
risque de croissance mal maîtrisée.
La vocation principale de l’assureur est de gérer l’ensemble de ces risques afin
d’être à chaque instant capable de faire face à ses engagements envers les assurés
et les bénéficiaires d’assurances. C’est cette capacité de l’assureur à tenir ses
engagements que l’on nomme Solvabilité.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 48 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Toutefois, la structure, la taille et la complexité de l’industrie de l’assurance sont


telles qu’il est impossible aux assurés de contrôler eux-mêmes la solvabilité de
l’assureur auquel ils s’adressent. C’est dans ce cadre que les autorités de tutelle
(pays, gouvernements, ministères, organismes de régulations) ont instaurées des systèmes
de contrôle de la solvabilité des compagnies d’assurances. Ce contrôle permet de
garantir la solidité financière de l’industrie d’assurance et ainsi d’améliorer la
confiance du public, élément essentiel pour son développement.
Paragraphe 1. Cadre prudentiel des assurances classiques
La solvabilité présentée, précédemment et d’une manière générique, comme étant
la capacité de l’assureur à tenir ses engagements, est une notion universelle qui
trouve ses fondements dans les pays du monde entier avec des divergences plus ou
moins importantes quant à la façon d’appréhender et d’encadrer cette notion.
En effet, chaque pays (à l’exception d’une minorité, dont notamment la Nouvelle-Zélande)
s’est doté d’un cadre prudentiel plus ou moins élaboré, afin de contrôler la
solvabilité de ses compagnies d’assurances à travers des organismes de régulation
et de contrôle. À ce titre on pourra citer :
▪ La National Association of Insurance Commissioners (N.A.I.C) aux Etats Unis
ou chaque Etat est responsable de la réglementation et du contrôle des
assurances placés sous la responsabilité d’un commissaire. Ces commissaires
se réunissent au sein de la N.A.I.C pour coordonner la surveillance des sociétés
opérant sur plusieurs états. La N.A.I.C coordonne les efforts des états dans le
domaine de la solvabilité de différentes façons notamment en entretenant des
bases de données sur la situation financière des assureurs, sur les placements
financiers qu’ils détiennent ou sur les mesures réglementaires prises à leur
encontre, en établissant des modèles de loi et en coordonnant la politique de
réglementation sur des questions importantes. La N.A.I.C a ainsi adopté des
normes de réglementation financière (Financial Régulation Standards) en 1989 (au
titre desquelles 47 états sont accrédités) et des normes en matière de dotation
minimale en capital en fonction des risques (Risk-Based Capital) applicable
depuis 1992 pour l’assurance vie et depuis 1993 pour l’assurance non-vie.
▪ Au Canada c’est le Bureau du Surintendant des Institutions Financières
(B.S.I.F) qui surveille et réglemente l’activité des sociétés d’assurances, en
revanche les pratiques commerciales (la délivrance de permis aux agents et
l’agrément des produits) sont contrôlées par les provinces. Le B.S.I.F assure ses
fonctions de contrôle de la solvabilité des compagnies d’assurances sur la base
d’un référentiel datant de 2007 et mis à jour en 2013 appelé D.C.A.T (Dynamic
Capital Adequacy Testing).

▪ Il existe de nombreux autres organismes de régulation et autant de cadre


prudentiel de contrôle des compagnies d’assurances conventionnelles, dont le
point commun est qu’ils convergent inéluctablement vers une approche basée
sur les risques.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 49 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Figure 14 : Cadre prudentiel de contrôle des compagnies d’assurance de par le


monde

À ce jour, tout le monde s’accorde à dire qu’en matière de régulation et de contrôle


des compagnies d’assurance conventionnelle, l’Union Européenne a réalisé des
avancées considérables dans le perfectionnement de son cadre prudentiel à savoir
le référentiel Solvabilité/Solvency qui est dans sa deuxième version.
Solvabilité/Solvency est pour les assurances ce que Bale est pour les banques. Il
présente une structure en trois piliers :

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 50 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

- Pilier I : exigences quantitatives (+ exigences qualitatives pour Bâle II)


- Pilier II : surveillance prudentielle (+ exigences qualitatives pour Solvency II)
- Pilier III : discipline de marché (information financière, transparence)
Les trois piliers de Solvency peuvent être présentés comme suit :

Figure 15 : Schéma présentatif du référentiel Solvabilité II

Le référentiel Solvency a pour principaux objectifs :


- Une gestion plus fine des risques et une solvabilité renforcée ;
- Lier les besoins de fonds propres aux risques globaux et spécifiques ;
- Un rôle accru des superviseurs ;
- Une communication financière renforcée.
Ces objectifs sont communs à toutes les compagnies d’assurances, qu’elles soient
conventionnelles ou Takaful, néanmoins certaines spécificités de ces dernières font
que l’application « stricte » de ce référentiel est confrontée à certaines contraintes
que nous détailleront dans le paragraphe qui suit.
Paragraphe 2. Inadéquation du cadre prudentiel classique à l’activité Takaful
L’activité Takaful est une activité relativement récente de par le monde, ce qui fait
que le traitement de certaines problématiques techniques tel que la solvabilité des

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 51 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

compagnies Takaful accuse un retard par rapport à leurs homologues


conventionnelles.
À ce titre, on serait amené à dire que le secteur des assurances Takaful gagnerait à
profiter des acquis réalisés par le secteur conventionnel dans ce domaine (référentiel
prudentiel), en appliquant tout simplement le référentiel déjà établi (le modèle
Européen par exemple « Solvency ») ou à la limite l’adapter si besoin est. Mais cette
approche ne prend pas en considération certaines réalités.
En effet, au moment où les paramètres de Solvabilité 2 ont été discutés,
pratiquement aucune assurance Takaful n’était basée en Europe. Ce type
d’assurance n’a pas été pris en compte que ce soit dans le texte cadre (directive de
niveau 1) ou dans les mesures de mise en œuvre en cours de finalisation (texte de
niveau 2).

La conséquence en est une contradiction entre l’approche de Solvabilité 2 et celle


de l’assurance Takaful au risque de créer un champ de contraintes insoluble. À titre
d’exemple :
▪ Pour les risques de marché courus par un assureur, les paramètres de
Solvabilité 2 incitent fortement à la détention d’obligations et plus
particulièrement d’obligations d’état (sans risques). Or, les sociétés Takaful
ne devraient pas, eu égard au respect de l’interdiction des intérêts, détenir
des titres de créances dans leur portefeuille d’actifs ;
▪ Le deuxième pilier traitant de la gouvernance n’encadre pas le rôle et les
responsabilités des comités sharaïque ;
▪ La définition de la marge de solvabilité ne prend pas en compte la spécificité
des compagnies Takaful relative à la séparation des fonds des actionnaires
et des participants. En effet, ces derniers disposent d’un fonds sans capital
social malgré qu’il supporte l’essentiel des risques liés à l’activité
assurantielle.
Compte tenu de ces disparités, la volonté de développer l’industrie Takaful a incité
certains organismes à se pencher sur l’idée d’instituer un référentiel propre à cette
industrie.
Sous-Section 2. Sources de la réglementation prudentielle pour
l’activité Takaful
Paragraphe 1. Islamic Financial Service Board (I.F.S.B)
L’Islamic Financial Services Board (IFSB) est un organisme de normalisation
international destiné à promouvoir et à renforcer la solidité et la stabilité du
secteur des services liés à la finance islamique en publiant des normes
prudentielles internationales ainsi que des guides d’applications (principes
directeurs) pour tous les secteurs : banques, marchés financiers et assurances.
L’IFSB effectue également des recherches, coordonne les initiatives et organise les
tables rondes, séminaires et conférences à l’attention des régulateurs et des parties
prenantes du secteur de la finance islamique.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 52 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Basé à Kuala Lumpur, il a été officiellement inauguré le 3 Novembre 2002 et a


commencé ses opérations le 10 Mars 2003. Les principaux objectifs de l’IFSB sont
les suivants :
▪ Promouvoir le développement d'une industrie des services financiers
islamiques prudente et transparente à travers l'introduction de nouvelles, ou
l'adaptation des normes internationales existantes pour être en conformité
avec les principes de la Sharïa ;
▪ Mettre en place les lignes directrices efficaces sur la supervision et la
réglementation des institutions offrant des produits financiers islamiques et le
développement pour l’industrie des services financiers islamiques les critères
pour identifier, mesurer, gérer et communiquer les risques, tout en
considérant les normes internationales en matière d'évaluation, de revenus et
le calcul des frais, et des notes aux états financiers ;
▪ Renforcer et coordonner les initiatives visant à développer des instruments et
des procédures pour des opérations efficaces et une gestion des risques
efficiente ;
▪ Entreprendre des recherches et publier des études et des enquêtes sur
l'industrie des services financiers islamiques ;
▪ Établir une base de données des banques islamiques, des institutions
financières et des experts de la finance islamique.
À ce jour25, l’IFSB a publié 19 normes dont 4 traitants de l’industrie Takaful et/ou
Ré-Takaful à savoir :
▪ IFSB-8 : Principes directeurs sur la gouvernance pour les compagnies
Takaful (décembre 2009) ;
▪ IFSB-11 : Norme sur les exigences de solvabilité pour les compagnies
Takaful (décembre 2010) ;
▪ IFSB-14 : Norme sur la gestion des risques pour les compagnies
Takaful (décembre 2013) ;
▪ IFSB-18 : Principes directeurs pour le Ré-Takaful (Avril 2016).
Ainsi, quatre ans après le lancement du projet « Solvabilité 2 » en Europe, l’IFSB
lance en décembre 2010 la norme 11 traitant des exigences de solvabilité des
compagnies Takaful. A ce jour le référentiel conventionnel « Solvabilité 2 » est
entré en application (en janvier 2016), néanmoins l’application de la norme IFSB 11
reste limitée à quelques pays du golfe et sa mise en place souffre d’un manque accru
de textes d’applications.
Paragraphe 2. Autres sources de réglementation prudentielle
Comme en matière conventionnelle, la réglementation prudentielle des
compagnies Takaful est une affaire d’autorité de tutelle (pays, gouvernements,

25 Septembre 2017

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 53 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

ministères, organismes de régulations) propre à chaque Etat. En effet, on pourra citer à


titre d’exemple :
▪ En Malaisie le « Takaful Act » est paru en 1984, il est considéré comme le tout
premier cadre prudentiel des compagnies Takaful dans le monde, il s’articule
autour de 4 sections est comporte 69 articles. Dans le cadre du développement
de leur réglementation prudentielle, le Pakistan et Brunei se sont largement
inspiré du « Takaful Act » Malaisien. Il est l’équivalent du code des assurances
en Tunisie ;
▪ Au Nigeria le « Operational Guidelines for Takaful-Insurance operations »
est paru en 2013, composé de 8 sections dont la septième traite des mesures
de solvabilité notamment l’aspect quantitatif lié aux exigences de capitaux
propres. Il constitue un cadre prudentiel de référence pour les activités Takaful
au Nigeria ;
▪ Aux Emirats Arabes Unies le « Financial Regulations for Takaful Insurance
Companies » a été publié et mis en vigueur à partir du 28 décembre 2014, il
comporte 7 sections dont la deuxième traite des mesures de solvabilité
notamment l’aspect quantitatif lié aux exigences de capitaux propres.
Il existe de nombreux autres organismes de régulation et autant de cadre
prudentiel de contrôle des compagnies Takaful ; cette situation a fait que
l’adoption d’un référentiel prudentiel unique, comme c’est le cas pour les pays
Européens, n’est pas prête de voir le jour d’aussi tôt, et ce malgré les efforts de
l’organisme de normalisation international IFSB qui ambitionne de rassembler
toutes les autorités de tutelle (pays, gouvernements, ministères, organismes de régulation)
autour d’un seul référentiel unique. Cet objectif se trouve malheureusement
confronté à de multiples contraintes liées essentiellement aux spécificités
réglementaires qui régissent les activités Takaful de par le monde.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 54 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Chapitre 3. Le Takaful à l’échelle nationale

Section 1. Cadre des activités assurantielles en Tunisie


En Tunisie, l’activité assurantielle est régie par un texte de référence qui fêtera cette
année sa 24ème bougie. Il s’agit du code des assurances né le 17 mars 1992, avec une
date d’entrée en vigueur le premier janvier de l’année suivante.
Tout de suite, après sa publication, le code a été complété par 9 textes d’application
et n’a cessé de subir des amendements dont le dernier en date, intervenu le 24
juillet 2014, concerne l’ajout d’un septième titre relatif à l’assurance Takaful (article
201 à 217).

Actuellement, les principaux textes qui constituent le cadre règlementaire en


Tunisie sont les suivants :
▪ La Loi n° 92-24 du 9 mars 1992, portant promulgation du code des assurances
;
▪ La Loi n° 2002-37 du 01 Avril 2002, modifiant et complétant le code des
assurances ;
▪ La loi n° 2008-8 du 13 Février 2008 modifiant et complétant le code des
assurances ;
▪ Le Décret n° 92-2257 du 31 décembre 1992, fixant les dispositions-type des
statuts des sociétés d’assurances à forme mutuelle ;
▪ Le Décret n° 92-2258 du 31 décembre 1992, fixant la composition et les règles
de fonctionnement du Conseil National des Assurances et de la Commission
Consultative des Assurances ;
▪ Le Décret n° 92-2259 du 31 décembre 1992, fixant la composition et les règles
de fonctionnement de la commission prévue à l'article 71 du code des
assurances ;
▪ L’Arrêté du ministre des finances du 22 novembre 2001, fixant le modèle type
des conditions générales des contrats d’assurances ;
▪ L’Arrêté du ministre des finances du 27 février 2001, fixant la liste, le mode de
calcul des provisions techniques et les conditions de leur représentation26.
Autour de ce cadre légal, la législation Tunisienne s’est renforcée par la mise en
place d’une réglementation comptable, fiscale et prudentielle cohérente propre à
l’industrie assurantielle.
Sous-Section 1. Normalisation comptable
La Tunisie s’est dotée d’un cadre comptable spécifique aux sociétés d’assurance et
ce depuis la promulgation des nouvelles normes comptables des entreprises
d’assurance et de réassurance par l’arrêté du ministre des finances du 26 Juin 2000

26 Tel qu’il a été modifié par l’arrêté du ministre des finances du 28 mars 2005 et par l’arrêté du ministre des finances du 5 janvier 2009

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 55 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

qui s’est inscrit dans le cadre de la poursuite de la réforme globale du système


comptable Tunisien. La date d’entrée en application de ces normes comptables
spécifiques au secteur d’assurance a été le 01 Janvier 2001.
L’objectif principal de la mise en place de ces normes était d’harmoniser les
pratiques comptables pour favoriser la comparabilité entre les sociétés
d’assurances locales et étrangères.
Paragraphe 1. Le système comptable des entreprises (NCT 26 à 31)
Les normes comptables Tunisiennes spécifiques aux compagnies d’assurances sont
au nombre de six. Il s’agit de :
▪ La Norme comptable N° 26 traite de la préparation des états financiers des
entreprises d’assurance et/ou de réassurance. Cette norme a pour objectif la
définition des règles particulières de présentation des états financiers
spécifiques aux entreprises d’assurance et/ou de réassurance ;
▪ La norme comptable N° 27 traite du contrôle interne et l’organisation
comptable dans les entreprises d’assurance et/ou de réassurance. Cette
norme a pour objectif de prescrire les règles spécifiques relatives au contrôle
interne et à l'organisation comptable des entreprises d'assurance et/ou de
réassurance étant donné que la norme comptable générale N° 01 a définit les
règles générales qui s'appliquent à l'ensemble des entreprises compte non
tenu de la nature particulière de leurs activités ;
▪ La norme comptable N° 28 traite des revenus dans les sociétés d’assurance
et/ou de réassurance. L’objectif de cette norme est de définir la façon selon
laquelle ces revenus sont mesurés, le moment de leur constatation dans les
états financiers de la société et de déterminer la nature des informations à
fournir à leur sujet. Il est à noter que cette norme couvre les opérations
relatives aux primes d'assurance et de réassurance ;
▪ La norme comptable N° 29 traite des provisions techniques dans les
entreprises d’assurances et/ou de réassurance. L’objectif de cette norme est
de prescrire les règles de prise en compte, d'évaluation et de présentation
applicables aux provisions techniques des entreprises d'assurance et/ou de
réassurance. Cette norme couvre les méthodes d'évaluation ainsi que la
comptabilisation à l’inventaire ;
▪ La norme comptable N°30 traite des charges techniques dans les entreprises
d’assurance et / ou de réassurance. L’objectif de cette norme est de prescrire
les règles de prise en compte, d'évaluation et de présentation ainsi que le
traitement comptable applicable aux opérations relatives aux charges
techniques des entreprises d'assurance et/ou de réassurance ;
▪ La norme comptable N°31 traite des placements dans les entreprises
d’assurance et / ou de réassurance. L’objectif de cette norme est de prescrire
les règles de prise en compte, d'évaluation et de présentation applicables aux
opérations de placements dans les entreprises d'assurance et/ou de

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 56 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

réassurance. Cette norme couvre les méthodes de prise en compte ainsi que
la comptabilisation à l'inventaire.
Ces normes relatives à l’assurance et à la réassurance peuvent être regroupées en
trois groupes : Normes relatives à la présentation des états financiers (N°26),
normes relatives au contrôle interne (N°27) et normes techniques (N°28, 29, 30 et 31).
Paragraphe 2. Vers une normalisation comptable spécifique
La lecture des six normes comptables Tunisiennes numéros 26 à 31 nous permet
de noter qu’aucun traitement spécifique à l’assurance Takaful n’a été prévu. En
effet, rien n’incite ou n’interdit l’application des dispositions qui y sont prévues aux
contrats d’assurance Takaful.
A l’heure actuelle en Tunisie, aucune règlementation comptable spécifique à
l’assurance islamique Takaful n’existe pour traiter des aspects comptables qui lui
sont propres ce qui amène les compagnies déjà en place à faire des choix difficiles
notamment quant à la :
▪ Présentation des états financiers, notamment la présentation combinée qui
pose des questions de transparence et de comparabilité. Comment les
actionnaires potentiels seront en mesure d'évaluer les résultats de la
compagnie si les comptes combinent les résultats du fonds des participants
et du fonds des actionnaires ?
▪ Reconnaissance et mesure du revenu, ainsi les primes dans l’assurance
conventionnelle sont reconnues en tant que revenus dans l’état de résultat.
Cependant, dans l’assurance islamique Takaful là où les risques sont
couverts par le fonds des participants, il n’est pas approprié que l’opérateur
Takaful revendique la totalité des contributions comme revenues, il ne
devra présenter dans ses états financiers que les revenus qui lui sont
spécifiques (commissions Wakala et/ou Mudharaba) ;
▪ Le Quardh Hassan, dont le traitement comptable n’a été abordé dans
aucune norme comptable Tunisienne. Il en est de même aux particularités
liées aux modalités de calculs et de constatation du surplus.
Les vides en matière de traitement comptables des opérations liées à l’activité
Takaful portent sur plusieurs autres rubriques que nous traiterons dans le cadre
de la deuxième partie de ce mémoire, néanmoins il y’a lieu de mentionner, à ce
niveau, qu’en avril 2016, la Fédération Tunisienne des Sociétés d’Assurances en
collaboration avec le Conseil National de Comptabilité, ont lancé un projet
d’élaboration de normes comptables spécifiques aux compagnies Takaful en
Tunisie. Ce projet a abouti en Août 2017 à l’élaboration de deux normes comptables
qui seront prochainement soumises aux autorités compétentes pour approbation
et légiférassions.
Il s’agit de la :
▪ NCT traitant de la présentation des états financiers des entreprises
d’assurances Takaful et/ou Ré-Takaful ;

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 57 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ NCT traitant du contrôle interne et l’organisation comptable dans les


entreprises d’assurances Takaful et/ou Ré-Takaful.
Sous-Section 2. Législation fiscale
La législation fiscale Tunisienne en matière d’assurance (vie et non vie) peut être
scindée en deux volets à savoir la fiscalité de la prime et la fiscalité des prestations.
Il est important de noter que l’assurance sur la vie bénéficie d’un régime fiscal
incitatif particulier, étant donné son importance en tant qu’instrument de
mobilisation de l’épargne longue.

Paragraphe 1. Fiscalité des assurances


En Tunisie, les compagnies d’assurance opèrent dans un cadre fiscal qui s’articule
autour de trois axes à savoir :
1. La taxe unique sur les assurances (T.U.A)27 :
Les contrats d’assurance conclus avec des entreprises d’assurance sont soumis à la
taxe unique sur les assurances « T.U.A ». Toutefois, sont exonérés de cette taxe :
▪ Les contrats de réassurance ;
▪ Les contrats d’assurance relatifs aux risques agricole et de pêche ;
▪ Les contrats d’assurance des risques des marchandises à l’exportation et les
contrats d’assurance des crédits à l’exportation ;
▪ Les contrats d’assurance obligatoire dans le domaine de la construction à
usage d’habitation conformément à la législation en vigueur ;
▪ Les contrats d’assurance sur la vie, les contrats de capitalisation et les
contrats de rentes viagères ;
▪ Les contrats d’assurance des risques situés hors de Tunisie.
La T.U.A est assise sur la base du montant des primes émises et de tous accessoires
stipulés au profit de l'assureur, après déduction des montants annulés ou restitués,
au taux fixé à28 :
▪ 6 % pour les contrats d’assurance des risques de la navigation maritime et
aérienne ;
▪ 12% pour les contrats d’assurance des autres risques.
2. Les taxes parafiscales relatives aux fonds liés au secteur des assurances
Ils sont au nombre de quatre, il s’agit du :
▪ Fonds de Garantie des Assurés (F.G.A)29, dont l'objet est de garantir les assurés
en cas d'insolvabilité des sociétés d'assurances en réglant, sur demande du
ministre des finances, les indemnisations mises à la charge de ces entreprises.
Les sociétés d'assurances sont ainsi tenues de verser une cotisation au profit

27 Article 144 du Code des Droits d'Enregistrement et de Timbre


28 Modifié par la loi de finance 2018, précédemment fixés respectivement à 5% et 12%
29 Loi n° 2000-98 du 25 décembre 2000 et Décret n° 2002-418 du 14 février 2002

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 58 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

de ce fonds à hauteur de 1 % des primes émises du mois précédent nettes


d'annulations et d'impôts et de réassurance. Cette cotisation concerne toutes
les catégories d'assurances à l'exception de l'assurance sur la vie et la
capitalisation.
▪ Fonds de garantie au profit des victimes d’accidents d’automobiles (F.G.A.A)30 :
dont le but est de régler les indemnités allouées aux victimes d’accidents
corporels, ou à leurs ayants cause, en cas où le responsable des dommages
demeure inconnu ou se révèle insolvable ainsi qu’éventuellement son assureur.
Les sociétés d'assurances sont tenues de verser une cotisation au profit de ce
fonds à hauteur de 10 % des frais effectifs du fonds répartis au prorata de la
part de chaque entreprise des primes ou cotisations d’assurances au titre de la
branche de la responsabilité civile résultant de l’usage des véhicules terrestres
à moteur et leurs remorques au cours de l’année écoulée.
▪ Fonds de la protection civile et de la sécurité routière(F.P.S.R)31, qui a pour
mission, soit directement soit indirectement par l’intermédiaire des
organismes spécialisés, le financement de toutes les actions ayant pour but de
renforcer la prévention dans le domaine de la protection civile et de la sécurité
routière. La contribution des sociétés d'assurances est due sur la base du
montant des primes émises et de tous accessoires stipulés au profit de
l’assureur, après déduction des montants annulés ou restitués, aux taux de
0,3% pour les primes d’assurance automobile et 1 % pour les autres primes
d’assurance.
▪ Fonds de prévention des accidents de la route (F.P.A.R)32, destiné au
financement des opérations de prévention des accidents de la circulation dans
le cadre de contrats-programmes conclus avec les intervenants dans ce
domaine. La contribution des sociétés d’assurances est fixée à 0,4% des primes
ou cotisations émises au titre de l’assurance des véhicules terrestres à moteur,
nettes de taxe et d’annulations.
3. La déduction des provisions techniques par les entreprises d’assurance
Les compagnies d’assurances et de réassurances33 sont soumises à l’impôt sur les
sociétés au taux de 35%. À ce titre, sont admises en déduction pour la
détermination du bénéfice imposable des entreprises d’assurances ou de
réassurance, les provisions techniques, constituées conformément à la législation
en vigueur en matière d’assurance, selon les modalités suivantes :
▪ En totalité pour les provisions techniques suivantes :
➢ Les provisions techniques en assurance-vie à savoir
✓ Les provisions mathématiques,
✓ Les provisions pour frais de gestion,
✓ Les provisions pour participation aux bénéfices et ristournes,
✓ Les provisions pour sinistres à payer,
✓ Les provisions d’égalisation,
✓ Les provisions des contrats en unités de compte.

30 Décret-loi n° 62-23 du 30 août 1962 tel que ratifié par la loi n° 62-60 du 27 novembre 1962
31 Loi n° 2002-101 du 17 décembre 2002
32 Loi des finances n° 2005-106 du 19 décembre 2005 et Décret n° 2006-2336 du 28 août 2006
33 Sauf les mutuelles d’assurances exonérées de l’I.S par l’article 46 du code de l’IRPP et IS

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 59 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

➢ Les provisions techniques en assurance non-vie :


✓ Les provisions pour primes non acquises,
✓ Les provisions pour risques en cours,
✓ Les provisions pour sinistres à payer,
✓ Les provisions d’équilibrage,
✓ Les provisions d’égalisation,
✓ Les provisions pour participation aux bénéfices et ristournes,
✓ Les provisions mathématiques des rentes.

▪ Dans la limite de 30% du bénéfice imposable après déduction des provisions


techniques déductibles en totalité et avant déduction des bénéfices
réinvestis pour les provisions pour risque d’exigibilité des engagements
techniques.
Paragraphe 2. Régime fiscal de l’assurance sur la vie
Les souscripteurs de la branche vie bénéficient de plusieurs avantages fiscaux aussi
bien lors de la souscription que lors de la mise en œuvre de la prestation. Ces
avantages peuvent être récapitulés, brièvement, dans les points suivants :
A la souscription d’un contrat d’assurance sur la vie et capitalisation :
▪ Les primes d’assurance sur la vie et capitalisation sont exonérées de la TUA34 ;
▪ Les primes payées dans le cadre des contrats assurance-vie et des contrats de
capitalisation (individuel ou collectifs) sont exonérées de l’IRPP35 dans la limite de
10.000 dinars par an, et ce, lorsque ces contrats comportent l’une des garanties
suivantes :
✓ Garantie d'un capital ou d’une rente ou des unités de compte au profit de
l'assuré, de son conjoint, de ses ascendants ou descendants d'une durée
effective (ou durée d’affiliation effective) au moins égale à dix ans ;
✓ Garantie d'un capital ou d’une rente en cas de décès au profit du conjoint,
des ascendants ou des descendants.
✓ Pour les contrats collectifs et en sus des conditions citées ci-dessus,
l’existence de cofinancement du contrat entre adhérent et souscripteur à
hauteur d’une cotisation minimale dont le taux est fixé par un arrêté du
Ministre des Finances.
▪ Exonération des primes payées par l’employeur au titre des contrats collectifs
de l’IRPP36 dû par les employés sous réserve du respect des conditions prévues
ci-dessus.
▪ Les primes d’assurance sur la vie et capitalisation payées dans le cadre des
contrats collectifs sont déduites de l’assiette de calcul du bénéfice imposable
pour la partie revenant aux employeurs sous réserve du respect des conditions
prévues ci-dessus et sans conditions pour les contrats en exécution des
obligations du souscripteur prévues par la législation en vigueur, avec

34 Article 145 du code des droits d’enregistrement et de timbre


35 Article 39 du code de l’IRPP et l’IS
36 Article 38 du code de l’IRPP et l’IS

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 60 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

restitution de l’économie d’impôt plus des pénalités de retard en cas de rachat


du contrat.

Lors de la mise en œuvre des prestations vie et capitalisation :


▪ Les prestations payées dans le cadre de l’exécution des contrats d’assurance vie
et capitalisation (capitaux, rentes, unité de comptes) sont exonérées d’impôts37;
▪ Les prestations servies au titre des contrats d’assurances sur la vie, capital décès,
rentes et sommes revenant aux ayant-droit sont exonérées des droits
d’enregistrement sur les successions38.
Sous-Section 3. Cadre prudentiel
Depuis 2002, le secteur des assurances a connu, en Tunisie, une réforme générale
qui s’est intéressée au développement du cadre législatif et règlementaire, la mise
à niveau des compagnies d’assurances et l’amélioration de l’environnement par la
promulgation de nouvelles dispositions.
Ainsi, la Tunisie a adopté depuis 2002, et dès leur apparition, les normes
prudentielles « solvabilité I » et, a engagé une révision de la réglementation
prudentielle en s’inspirant des principes de base du projet de « solvabilité II ». La
Tunisie a poursuivi cet élan en lançant une étude stratégique du marché des
assurances Tunisien financée par l’UE, afin d’élaborer un contrat programme des
réformes et des politiques, à adopter sur la période quinquennale prochaine, qui
seront probablement inspiré en partie, par les exigences du référentiel prudentiel
« Solvency II ».
Cette mise à niveau a porté principalement sur deux volets :
Les exigences quantitatives qui visent :
▪ La consolidation en 2002, des assisses financières des entreprises d’assurances
et ce à travers le triplement du capital minimum.
▪ L’évaluation des provisions techniques : L’article 59 du Code des Assurances
oblige les entreprises d’assurances à inscrire au passif des provisions
techniques suffisantes pour le règlement intégral de leurs engagements vis-à-
vis des assurés ou bénéficiaires de contrats. Le contrôle de cet aspect requiert
une attention particulière de la part de l’Autorité de contrôle. La suffisance de
ces provisions est vérifiée par le contrôle sur pièce et sur place. C’est ainsi que
certaines sociétés d’assurances dont les provisions techniques étaient
insuffisantes ont été appelées à corriger cette insuffisance instantanément ou
dans le cadre d’un plan de redressement.
▪ L’évaluation des actifs : La liste des actifs admis en représentation des
provisions techniques a été fixée par l’Arrêté du ministre des finances du 27
février 200139, qui a fixé la liste, le mode de calcul des provisions techniques et

37 Article 38 du code de l’IRPP et l’IS


38 Article 54 nouveau du code de droit d’enregistrement et du timbre
39 Tel que modifié par les textes subséquents à savoir l’Arrêté du 28/03/2005, l’Arrêté du 05/01/2009, l’Arrêté du 06/06/2011, l’Arrêté du 03/03/2012 et l’Arrêté

du 01/03/2016

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 61 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

les conditions de leurs représentations dans des actifs. L’article premier de cet
arrêté énumère les typologies des provisions techniques qu’une société
d’assurance peut présenter dans son passif alors que l’article 31 du même
Arrêté énumère la liste des actifs dans lesquels les provisions techniques
pourront être représentées. Ces actifs doivent répondre aux critères de
sécurité, liquidité et rentabilité. La Tunisie a choisi l’évaluation prudente de
ces actifs en constituant des provisions pour dépréciation sur les moins-values
éventuelles et ne pas constater les plus-values latentes.
Les exigences qualitatives qui concernent :
▪ Le renforcement du rôle de l’autorité de contrôle : le « CGA » a été créé en vertu
de la loi 2008-8 du 13 Février 2008 qui a en outre fixé son organisation et ses
missions. Toutefois, c’est depuis 2002 que la séparation entre la fonction de
contrôle et celle de la législation a été consacrée par la création d’une
commission de contrôle, chargée du contrôle permanent des entreprises
d’assurances et des professions qui y sont rattachées ;
▪ Le renforcement des règles de gouvernance : Depuis 2008, les désignations des
membres des conseils d’administration et des principaux dirigeants des
entreprises d’assurances et de réassurance sont soumises au Ministre des
Finances et depuis 2005, une obligation de Co-commissariat et de la mise en
place d’un comité permanent d’audit a été instaurée pour les entreprises
d’assurances.
Paragraphe 1. Les instances de contrôle et de régulation
Devant le nombre important de textes régissant le secteur, une législation
organisant le contrôle des entreprises d’assurances s’imposait. Dans cet ordre
d’idée, plusieurs instances de contrôle et de régulation ont vu le jour :
▪ Le Comité Général des Assurances (C.G.A), qui a pour rôle de veiller à la
protection des droits des assurés et des bénéficiaires des contrats d’assurance
et à la solidité de l'assise financière des entreprises d’assurance et des
entreprises de réassurance et leur capacité à honorer leurs engagements. Le
comité général des assurances, est chargé de l'étude des questions d'ordre
législatif, réglementaire et organisationnel se rapportant aux opérations
d'assurance et de réassurance, que lui soumet le Ministre des Finances et
l'élaboration des projets de textes y afférents.
▪ La Fédération Tunisienne des Sociétés d’Assurances (FTUSA), est une
association professionnelle regroupant vingt-deux entreprises d'assurances et
de réassurances de droit tunisien agrées à pratiquer les opérations
d'assurances ayant pour mission de défendre les intérêts économiques et
sociaux de la profession ;
▪ Le Bureau Central de Tarification qui a pour mission de fixer la prime ou la
cotisation d’assurance moyennant à laquelle l’entreprise d’assurances est
tenue de couvrir la responsabilité civile de fait de l’usage du véhicule terrestre
à moteur ;

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 62 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Le Bureau Unifié Automobile Tunisien (BUAT), est une association


professionnelle entre les entreprises d’assurance agréées pour pratiquer
l’assurance de la responsabilité civile du fait de l’usage des véhicules terrestres
à moteur. Elle est chargée de l’application des conventions conclues avec les
pays étrangers adhérents aux régimes des cartes internationales d’assurance ;
▪ Le Conseil National des Assurances, examine et émet son avis sur les questions
dont il est saisi par le Ministre des Finances et notamment celles relatives à la
situation du secteur et à son organisation ainsi qu’aux moyens susceptibles
d’améliorer ses prestations.
▪ Les commissaires aux comptes, qui exercent leur contrôle sur les compagnies
d’assurances conformément aux normes et à la réglementation en vigueur en
Tunisie et notamment le Code des Sociétés Commerciales qui exige dans son
article 13 ter, que les compagnies d’assurances multi-branches doivent
désigner deux commissaires aux comptes. Ces C.A.C sont tenus de
communiquer, en même temps, à la BCT et au CMF une copie de chaque
rapport adressé aux AG (Art.13 quater du CSC). Ils doivent en outre adresser au
Ministère des Finances une copie du/des rapports destinés à l’Assemblé
Générale et aux organes de l’entreprise qu’ils contrôlent (le courrier est adressé au
Comité Général des Assurances).

Paragraphe 2. L’adaptation des normes prudentielles à l’activité Takaful


La séparation des fonds qui constitue une spécificité propre à l’assurance Takaful
apporte un problème de taille quant à l’évaluation de la solvabilité de la compagnie
où les spécificités et les caractéristiques de cette dernière nécessitent un
changement de l’approche adoptée à l’égard des compagnies d’assurances
conventionnelles.
Selon l’Islamic Financial Services Board, du fait que les fonds sont séparés, les
règles de solvabilité doivent être nécessairement considérées séparément pour
chaque fonds, à savoir le fonds des participants et le fonds de l’opérateur Takaful40.
Ceci présume déjà l’existence de règles prudentielles spécifiques à chacun des deux
fonds ce qui n’est pas le cas actuellement selon la réglementation Tunisienne en
matière de règles de solvabilité pour les entreprises d’assurances.
Les participants du fonds Takaful ayant chacun apporté une contribution selon le
principe du Tabar’ru peuvent bénéficier d’une quote part de l’excédent du fonds
Takaful mais, selon ce même principe, ils peuvent être redevable au fonds d’une
contribution supplémentaire dans le cas où un déficit est enregistré. Il est
important de noter que l’expérience pratique, notamment dans les pays ou
l’assurance Takaful est développée à savoir en Malaisie et aux pays du golfe, a
démontré que dans le cas où le fonds Takaful enregistre une perte, les participants
n’ont pas les moyens financiers suffisants qui permettent de couvrir le déficit
enregistré.

40La norme prudentiel 11 de l’IFSB

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 63 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

L’opérateur Takaful peut alors être appelé en cas de déficit du fonds des
participants à mettre à la disposition de ce dernier un crédit sans intérêts dit «
Qardh Hasan ». Ce crédit devra être remboursé à partir des résultats bénéficiaires
des exercices qui suivent l’année au cours de laquelle le déficit a été constaté.
A ce niveau l’intervention du législateur Tunisien reste timide et se résume dans
deux interventions en 2014 et 2016. Il s’agit de :
▪ L’article 214 du nouveau texte de loi relatif à l’assurance Takaful 41, paru en
juillet 2014, qui prévoit qu’une compagnie Takaful doit déduire au moins 30%
du surplus du fonds des participants pour alimenter une provision contre la
volatilité des sinistres et ayant pour objectif la couverture de tout déficit
probable du fonds des participants. Cette provision ne doit pas dépasser 50%
des contributions nettes des annulations encourues durant l’année comptable
en cours. Le choix du normalisateur Tunisien quant à la modalité de
constitution d’une provision pour garantir la solvabilité d’une compagnie
d’assurance Takaful plutôt que l’utilisation des mécanismes d’investissement
et de placement prévus par le code des assurances pour les compagnies
d’assurance conventionnelle, s’explique par les exigences de la Sharia très
difficiles à respecter dans le marché financier Tunisien. C’est d’ailleurs
pourquoi la révision du catalogue des placements admis en représentation des
provisions techniques n’a vu le jour qu’en 2016.
▪ L’article 2 de l’arrêté du ministère des finances du 1er mars 2016 modifiant et
complétant l'arrêté du ministre des finances du 27 février 2001, fixant la liste,
le mode de calcul des provisions techniques et les conditions de leur
représentation, qui prévoir l’ajout de l'article 31 bis, au chapitre premier du
titre II dudit arrêté et qui préconise une refonte et une adaptation de l’arrêté
paru en 2001 et destiné aux compagnies conventionnelles pour l’adapter à
l’activité du Takaful. On y trouve notamment l’abandon de tout actif basé sur
la logique d’intérêt (obligations, bons de trésor, …) et leur remplacement par les
Sukuks.
Sur le plan pratique la conformité des compagnies Takaful aux exigences de
cet arrêté du 1er mars 2016 est quasiment impossible pour la simple raison que
certains de ces actifs, notamment les Sukuks, tardent encore à paraître, quand
bien même la loi sur les Sukuk est en vigueur depuis juillet 201342. A ce jour
(septembre 2017) aucune émission de Sukuks à l’échelle de la Tunisie n’a vu le
jour. En outre, l’acquisition d’actions cotées en bourse doit respecter plusieurs
exigences Sharaïques liées au caractère licite de l’activité de la société émettrice
ainsi qu’au respect de certains ratios tel que l’endettement (< 33% des fonds
propres). Ces exigences réduisent énormément l’univers investissable des
compagnies Takaful, et rendent le suivi en continue de leur respect couteux en
termes de moyens humains et matériels.

41 Loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances


42 Loi n° 2013-30 du 30 juillet 2013, relative aux Sukuk islamiques

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 64 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Section 2. Place du Takaful en Tunisie


Sous-Section 1. Une expérience encore naissante
Paragraphe 1. Aperçu historique
Il est un peu abusé de parler « d’historique » en évoquant l’expérience de la Tunisie
en matière d’activité Takaful, en effet, la Tunisie n’a connu le modèle Takaful que
très récemment (moins de quatre ans). Ce modèle est encore au stade embryonnaire,
bien que ses acteurs enregistrent des taux de croissance à deux chiffres (réalité
inhérente au fait que l’activité est au stade de lancement et n’a pas encore atteint sa maturité).

En effet, la première compagnie Takaful à voir le jour en Tunisie est la « Zitouna


Takaful », créée au lendemain du 14 janvier 2011 elle n’a pu démarrer réellement
son activité qu’en 2013. La Zitouna Takaful, s’est lancée avec trois handicaps
majeurs : les conditions exceptionnelles postrévolutionnaires, le rôle de pionnier
pas toujours aisé et la situation économique et financière difficile du pays.
L’année 2013 fut l’année de la lancer du Takaful en Tunisie, avec outre le
démarrage effectif de « Zitouna Takaful », l’octroi de l’agrément pour l’exercice
d’activité assurantielle en Tunisie à deux autres opérateurs de la scène Takaful à
savoir « El Amana Takaful » et « At-Takafulia ».
Dans la même foulée, l’opérateur national de réassurance « Tunis-Ré », ayant
flairé le besoin naissant au Ré-Takaful, a inauguré une fenêtre Ré-Takaful dans son
catalogue de produits essentiellement destinés aux trois sociétés en place.
Après quatre années d’activité, les opérateurs (Takaful et Ré-Takaful) font toujours
face à d’immenses défis essentiellement liés à une insuffisance réglementaire, que
j’ai eu l’occasion d’appréhender de très près ayant fait partie du management de
l’une des compagnies Takaful de la place, au cours de cette période pour le moins
délicate. Ce mémoire est le fruit et la synthèse des constats réalisés et une modeste
contribution pour pallier à certaines de ces insuffisances car plusieurs nécessitent
bien plus qu’un effort de réflexion mais plutôt une volonté législative qui tarde à se
concrétiser.
Paragraphe 2. Le Takaful en chiffre
L’indicateur le plus important pour apprécier l’évolution de cette activité dans le
paysage assurantiel tunisien est la part de marché, en effet, les opérateurs Takaful,
et malgré leur « jeune âge », sont arrivés au bout de quatre années d’activité à
décrocher 3,5% de parts de marché (voir tableau ci-dessous).
Bien que ce résultat soit loin des objectifs initialement tracés, de 5% de parts de
marché au bout des trois premières années et près de 10% au bout de la cinquième
année, il reste tout de même honorable compte tenu de toutes les contraintes et les
défis auxquels ce modèle fait face.
Il y a lieu de noter l’importance de la bancassurance comme catalyseur du
développement des compagnies d’assurance. En effet la synergie que génère le
couple « Zitouna Takaful » et « Zitouna Banque » le démontre parfaitement
puisque son chiffre d’affaires atteint en 2016 le double voire même le triple de ses
consœurs.
Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 65 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Les deux autres compagnies Takaful ont bien assimilé ce constat et ont conclu
récemment des conventions de bancassurance avec les banques islamiques de la
place à savoir « Al Baraka Banque / Al Amana Takaful » et « Wifak Banque / At-
Takafulia ». Ces partenariats ne peuvent que présager de beaux jours quant au
développement de la finance islamique en général et l’activité Takaful en
particulier.

Tableau 2 : Données comparatives du marché 2013/2016 (Affaires directes hors


acceptations)

Primes Emises 2013 (*) Primes Emises 2014 (*) Primes Emises 2015 (*) Primes Emises 2016 (**)
Compagnies
Montant en Montant en Montant en Montant en
K.Tnd % K.Tnd % K.Tnd % K.Tnd %

STAR 259 187 18,64% 289 206 19,14% 303 545 18,21% 331 001 17,88%

Groupe COMAR 154 458 11,11% 145 974 9,66% 189 870 11,39% 214 446 11,58%

Groupe MAGHREBIA 147 787 10,63% 159 803 10,58% 162 396 9,74% 180 000 9,72%

AMI 118 615 8,53% 121 483 8,04% 138 161 8,29% 160 000 8,64%

Groupe GAT 138 438 9,96% 143 198 9,48% 147 500 8,85% 154 412 8,34%

ASTREE 111 776 8,04% 118 859 7,87% 123 439 7,41% 130 416 7,04%

Groupe CARTE 112 135 8,07% 109 615 7,25% 115 762 6,95% 126 700 6,84%

MAE 76 801 5,52% 84 020 5,56% 91 137 5,47% 99 280 5,36%

ASSURBIAT 65 598 4,72% 69 407 4,59% 78 120 4,69% 93 000 5,02%

Groupe CTAMA 62 419 4,49% 75 000 4,96% 74 767 4,49% 82 700 4,47%

LLOYD 64 940 4,67% 68 836 4,56% 74 650 4,48% 81 000 4,37%

SELIM 43 107 3,10% 50 125 3,32% 60 827 3,65% 72 726 3,93%

ATTIJARI ASSURANCES 16 294 1,17% 40 419 2,67% 47 591 2,86% 50 000 2,70%

ZITOUNA 8 845 0,64% 19 355 1,28% 27 256 1,64% 36 200 1,96%

AMANA 90 0,01% 5 300 0,35% 12 521 0,75% 15 920 0,86%

TAKAFULIA 0 0,00% 4 100 0,27% 9 309 0,56% 12 700 0,69%

COTUNACE 9 841 0,71% 6 387 0,42% 9 855 0,59% 11 127 0,60%

TOTAUX 1 390 331 1 511 087 1 666 706 1 851 628


Part des com pagnies
8 935 0,64% 28 755 1,90% 49 086 2,95% 64 820 3,50%
Takaful
(*) Rapport FTUSA
(**) Données provis oires du s ecteur.

Sous-Section 2. Limite du développement de l’activité Takaful en


Tunisie
Globalement, il y’a lieu de noter que le secteur des assurances en Tunisie souffre
de plusieurs insuffisances structurelles à savoir :
▪ Une faible pénétration dans l’économie nationale, avec un taux de pénétration
qui stagne depuis près de quatre ans à 1,9% (contre une moyenne mondiale de 6,2%) ;
Figure 16 : Positionnement de la Tunisie en termes de pénétration en % 43

43 Source : Swiss-Ré, sigma n°3/2016

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 66 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Une faible densité (prime/habitant) qui s’élève à 73 USD à fin 2015(contre une
moyenne mondiale de 621 USD) ;

Figure 17 : Primes par tête d’habitant en USD44

▪ Prédominance de la branche « Automobile » qui a toujours occupé la première


place dans l’activité des compagnies d’assurances avec plus de 45% du chiffre
d’affaires global. Cette situation ne fait que pénaliser le développement du
secteur surtout que cette branche a toujours été structurellement déficitaire
comme est le cas pour la branche « santé » ;
▪ L’absence d’une culture d’assurance bien ancrée chez les tunisiens et la
mauvaise notoriété des compagnies d’assurance issue principalement de la
qualité des prestations de la branche automobile ;
▪ Un faible rôle dans la mobilisation de l’épargne. En effet la part de l’assurance
vie reste limitée malgré les incitations fiscales instituées. En Tunisie la branche
vie et capitalisation ne représente que 11,5% de l’activité assurantielle contre
60% au niveau mondial, et reste dominée par le type « Temporaire Décès » lié
aux crédits d’acquisition de logements ou de biens et aux opérations de leasing.

44 Source : Swiss-Ré, sigma n°3/2016

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 67 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

C’est dans ce cadre sectoriel que l’activité Takaful a vu le jour et il y va sans dire
que les compagnies Takaful font face à toutes les insuffisances communes à toutes
les compagnies d’assurance et précédemment citées, mais en plus elles doivent
relever, au quotidien, d’autres défis liés à :
Paragraphe 1. Déficience marketing
Le Takaful ou « assurance islamique » a vu le jour en Tunisie dans une période
assez trouble sur le plan politique, économique et sociale. En effet, les trois
compagnies Takaful de la place ont démarré leur activité tout juste après la
révolution, période marquée par une montée sans précédent du caractère religieux,
ce qui de prime abord, été de nature à favoriser l’activité des compagnies Takaful,
qui ont hérité de cette étiquette.
Rétrospectivement et après sept ans de séisme, il apparaît clair que ce qui a été de
nature à favoriser le développement des compagnies Takaful est aujourd’hui un
frein à l’atteinte de cet objectif. En effet, l’étiquette héritée par ces compagnies n’a
fait que les cloisonner dans une niche commerciale (bien que le pays soit à 99%
musulmans), chose qui nécessite de doubler d’effort en termes de communication
pour élargir les horizons commerciaux et cibler davantage de souscripteurs.
L’argument ou label « Sharaïquement conforme » ne touche qu’une faible
population. Le reste est plutôt sensible aux économies à faire sur son contrat
d’assurance par rapport aux autres assureurs.
Paragraphe 2. Manque d'actifs conforme à la Sharïa
L’activité assurantielle est caractérisée par l’inversion du cycle d’exploitation ce qui
génère un important excédent de trésorerie, et par conséquent, fait que la rubrique
« placements financiers » jouit d’une importance capitale dans les comptes des
compagnies d’assurances.
Les compagnies Takaful ne dérogent pas à cette règle, à la différence qu’elles sont
tenues de respecter les préceptes sharaïques qui régissent leur activité. En effet,
elles doivent placer leur excédent dans des activités dites « licites » et les produits
financiers qu’elles dégagent ne doivent pas être issus d’intérêts (écoulement du temps).
Ces « règles de gestion » propres aux compagnies Takaful ont des conséquences
lourdes sur leur rentabilité, en ce sens qu’elles ne peuvent pas vraiment dégager
des produits financiers capables de soutenir leur résultat technique. En effet, le
marché financier Tunisien repose principalement sur des actifs qui génèrent des
produits basés sur l’intérêt (obligations, bon de trésors, etc.) en outre le marché boursier
n’est pas mieux loti dans le sens ou l’univers investissable des compagnies Takaful
se trouve extrêmement limité du fait que les titres les plus rentables reviennent à
des sociétés Sharaïquement non conformes (exerçant une activité prohibée ou endettée
auprès d’institutions financières conventionnelles).

Paragraphe 3. Effort de réglementation insuffisant


La volonté politique a été pour beaucoup dans le lancement de l’activité Takaful en
Tunisie. Cette affirmation (qui n’engage que ma personne), est facilement démontrable
rien que par le fait de l’absence de cadre règlementaire qui régit cette activité lors

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 68 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

de son lancement, et même plus de trois ans et demi après avoir accordé l’agrément
à la première compagnie Takaful de la place.
Cette carence réglementaire, bien que rattrapée en partie en juillet 2014 par la
promulgation de la loi ayant complétée le code des assurances par un septième titre
propre à l’activité Takaful et en mars 2016 par l’arrêté du ministère des finances
(fixant le nouveau catalogue des placements des compagnies Takaful) , reste bien présente et
son impact est très pesant surtout en ce qui concerne des volets aussi importants
au quotidien que la comptabilité et la fiscalité.
En effet, en matière comptable les compagnies Takaful appliquent les normes
inadaptées (au Takaful) des compagnies conventionnelles ce qui posent
énormément de difficultés pour la prise en compte de certaines opérations
spécifiques et la présentation des états financiers qui ne satisfait pas aux besoins
de comparabilité des compagnies Takaful d’abord entre elles et ensuite par rapport
à leurs pairs conventionnels.
Sur un autre plan, le cadre législatif fiscal reste encore totalement vierge en ce qui
concerne l’activité Takaful en Tunisie. En effet, et pour reprendre les termes de l’un
des premiers responsables de la D.G.E.L.F « …la fiscalité suit la comptabilité, on
attend la promulgation des normes comptables spécifiques au Takaful pour adapter les
textes fiscaux en fonctions des positions que voudra bien prendre le législateur en matière
de traitement comptable des opérations spécifiques ». Il y va sans dire que nous
sommes dans l’attente des normes comptables spécifiques pour pouvoir engager
les réformes fiscales nécessaires…
Enfin, nous estimons que le secteur Takaful doit disposer d’un organe national de
contrôle sharaïque, tel que le HSSB du Soudan ou le Conseil consultatif de la Sharïa
de la Bank Negara Malaysia, qui veille à unifier et harmoniser la vision des comités
sharaïques des différentes compagnies d'assurance Takaful tunisiennes.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 69 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 70 sur 207


DEUXIEME PARTIE

Nécessité d’une réforme de la


réglementation Takaful en Tunisie
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

DEUXIEME PARTIE. Nécessité d’une réforme de la


réglementation Takaful en Tunisie

Il ressort de la première partie, que le développement du modèle Takaful en


Tunisie est tributaire d’un effort et d’une volonté législative sur plusieurs fronts :
comptable, fiscal et prudentiel.
Pour aboutir aux résultats escomptés, ces réformes doivent s’inscrire dans une
démarche globale et intégrée, en ce sens qu’elles devront traiter en priorité des
problématiques rencontrées par les acteurs de ce modèle, tout en veillant
constamment au respect des préceptes sharaïques et à l’harmonie générale des
orientations prises compte tenu des interactions entre les trois volets
précédemment cités (comptable, fiscal et prudentiel).
Dans ce qui suit, on se propose de contribuer à cet effort par la présentation et le
traitement des problématiques majeures rencontrées par les professionnels du
domaine. Cette modeste contribution s’inscrit dans le cadre d’une démarche
globale et intégrée puisqu’elle s’intéresse, dans le respect des préceptes sharaïques,
aux volets comptable, fiscal et prudentiel et se base, pour chaque volet, sur une
méthodologie à deux niveaux :
▪ Analyse de l’existent et mise en évidence des inadéquations aux traitements
cibles ;
▪ Proposition de traitement plus approprié.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 72 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Chapitre 1. Adéquation de la normalisation comptable aux


spécificités de l’activité Takaful

Le traitement des problématiques liées au volet comptable est sans conteste la


partie la plus importante, du point de vue des professionnels exerçants dans le
domaine du Takaful du fait que ceci permettra de tracer les orientations générales
qui guideront le développement des dispositions fiscales et prudentielles par la
suite.
C’est à ce titre que les efforts de tous les acteurs se sont concentrés depuis avril
2016 sur le développement de normes comptables spécifiques à l’activité Takaful
dans le cadre d’un comité technique45 dont les membres représentent la Fédération
Tunisienne des Sociétés d’Assurance (FTUSA), le Conseil National de la
Comptabilité (CNC), le Comité Général des Assurances (CGA), des experts
comptables (cabinet G.A.C) ainsi que les sociétés d’assurances Takaful et Ré-Takaful
de la place.
On notera l’absence marquée d’un représentant du ministère des affaires
religieuses pour encadrer le respect des impératifs sharaïques des dispositions
prises. Cette lacune a été rattrapée par la validation desdites dispositions par les
représentants des sociétés d’assurances Takaful et Ré-Takaful avec leurs comités
sharaïques respectifs.
Ayant fait partie du comité technique de préparation de ces normes (en tant que
représentant de l’une des compagnies Takaful), j’ai pu suivre de près et contribuer aux
débats, prises de positions et parfois les conflits inhérents à l’harmonisation des
points de vue en ce qui concerne certains points notamment entre autorité de
tutelle et compagnies d’assurances et/ou comité de supervision sharaïque.
Ces efforts ont abouti en Août 2017 à la préparation d’une version (en langue
française) de deux normes comptables :

▪ NCT traitant de la présentation des états financiers des entreprises


d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful ;
▪ NCT traitant du contrôle interne et l’organisation comptable dans les
entreprises d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful.
Ces normes étant encore au stade de projet (en septembre 2017), elles devront être
adoptées par le ministère des finances qui se chargera de les publier dans le cadre
d’arrêté ministériel pour leur mise en vigueur (nous espérons que cet arrêté verra le jour
bientôt).

45Dans la suite du mémoire le terme « comité technique » désignera le comité de pilotage en charge de l’élaboration des normes comptables Tunisiennes
spécifiques à l’activité Takaful

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 73 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Section 1. Rattachement des charges aux produits par fonds


Sous-Section 1. Enjeux de l’affectation des charges non techniques
Afin d’appréhender les problématiques liées à cette question, il convient tout
d’abord de rappeler l’une des plus importantes spécificités du modèle Takaful à
savoir la séparation des deux fonds : fonds des actionnaires et fonds des adhérents.
Cette séparation n’est pas sans poser de véritables problèmes, surtout comptables,
en ce qui concerne le rattachement des charges relatives à chaque fonds aux
produits y afférents. Ceci revient à répondre à « une double » question :
▪ Rattachement des charges aux fonds correspondants ;
▪ Rattachement des charges aux produits y afférents.

Figure 18 : Les niveaux de rattachement des charges

En effet, et avant de statuer sur le rattachement des charges aux produits, il y a lieu
de répondre à la question : Quelle charge est imputable à quel fonds ?
À cette question la réponse est relativement aisée quand il s’agit de rattacher les
charges dites techniques telles que les règlements de sinistres, les contributions de
Ré-Takaful et le règlement des honoraires des experts métiers (comme les avocats pour
les dossiers contentieux/sinistres et les experts automobiles), qui sont directement
imputables au fonds des adhérents.
Il en est de même lors du rattachement de certaines charges non techniques telles
que le loyer, les salaires, le consommable et les frais de gestion courante
directement imputables au fonds des actionnaires.
En revanche, la réponse est beaucoup moins évidente quand il s’agit de rattacher
certaines charges dites non techniques dont à titre d’exemple les frais de publicité,
les salaires du personnel commercial et les frais de gestion des dossiers de
recouvrement des primes (précontentieux).
En effet, les bénéfices engendrés suite à l’engagement de ces charges profitent aussi
bien au fonds des actionnaires qu’au fonds des adhérents. Le premier bénéficiera
de commissions Wakala et/ou Mudharaba sur les nouvelles souscriptions

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 74 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

(éventuellement placées).
Le second renforcera son assise financière et diluera
davantage le risque entre un plus grand nombre d’adhérents, et bénéficiera aussi
de produit de placement de la trésorerie générée par cette souscription
supplémentaire.
La question est davantage plus problématique quand il s’agit de fixer le taux de la
commission Wakala revenant au fonds des actionnaires, car cette dernière est
parfaitement et négativement corrélée avec les frais de gestion imputables au fonds
des actionnaires. En ce sens qu’elle est réputée être la rémunération de ce fonds en
contre partie des frais de gestion qu’il a engagé pour assurer le bon fonctionnement
du fonds des adhérents.

Figure 19 : Corrélation de charges de gestion et du taux de commission Wakala

Ainsi, les actionnaires sont tentés de charger davantage de frais de gestion sur le
fonds des adhérents et négocier davantage de commission Wakala, ce qui est
contradictoire et inéquitable. Le fonds des adhérents, quant à lui, a plus intérêt à
faire supporter davantage de frais à la charge du fonds des actionnaires et de
négocier à la baisse le taux de commissions Wakala, ce qui est aussi contradictoire
et inéquitable.
Ces deux situations tendent à transférer un profit indu d’un fonds vers un autre.
Or, l’esprit du modèle Takaful prône une équité entre les deux fonds, chacun ne
doit supporter que la juste partie des charges lié à la nature de son fonctionnement.
À ce niveau, il y a lieu d’évoquer un point particulier au fonds des actionnaires qui
doit être en mesure de différencier les frais de gestion liés au contrat Wakala de
ceux liés au contrat Mudharaba, toujours dans le cadre du respect du rattachement
des charges aux produits, et pour ne pas bénéficier de produits indus. En ce sens
que le taux de commission Wakala n’est sensé rémunérer que les frais de gestion
ayant directement contribués à la réalisation des souscriptions de contrats
d’assurance à l’exception des frais engagés pour la réalisation des placements
financiers qui eux sont rémunérés par la commission Mudharaba.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 75 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

À l’heure actuelle, et en l’absence de normes comptables traitant de cette


problématique, les compagnies Takaful appliquent les normes comptables
« conventionnelles » inadaptées. Par conséquent, elles procèdent au rattachement
des frais entre les deux fonds, chacune selon ses propres règles, souvent dictées
par des intérêts actionnariales avides de profits rapides au détriment des adhérents
non représentés au niveau des instances de gestion ou de gouvernance.
La conséquence de ce qui précède, c’est qu’il est désormais chimérique d’aspirer à
une comparabilité de l’information financière entre les compagnies Takaful de la
place. En ce sens que le taux de commission Wakala déclaré au public au 1er janvier
de chaque année et mentionné dans les contrats d’assurances n’a aucune
signification, compte tenu du fait que l’opérateur peut afficher un taux de
commission Wakala plus compétitif (moindre) que ses concurrents, et chargé
davantage de frais de gestion sur le fonds des adhérents, information qui n’est
malheureusement pas déclarée au public.
Il apparaît clairement que la question de l’affectation des charges dites indirectes
est très épineuse, à plus d’un titre, et ses répercussions sont larges et touchent
plusieurs autres rubriques. Nous en avons cité l’impact sur la commission Wakala.
Toutefois, on ne pourra pas passer sans parler de ses répercussions sur la
détermination du Surplus du fonds des adhérents et le calcul du Quardh Hassan,
dû par le fonds des actionnaires.
En effet, les normes comptables tunisiennes actuelles (conventionnelles) préconisent
une affectation des charges administratives indirectes entre les branches vie et non
vie selon des clés de répartition prenant en compte cinq destinations. Bien que
cette disposition n’ait aucun impact sur le résultat global consolidé des deux fonds,
elle dégagera néanmoins, un écart au niveau de la répartition des charges entre les
deux fonds et par conséquence au niveau du résultat individuel de chaque fonds.
D’autant plus que dans la logique du modèle Takaful, la commission Wakala est
réputée incorporer toutes les charges indirectes ayant contribué à la réalisation des
contrats d’assurance.
Ceci aura pour effet, une minoration du Surplus (en cas d’excédent du fonds des
adhérents) et une majoration du Quardh Hassan (en cas de déficit du fonds des adhérents).

Sous-Section 2. Traitement comptable préconisé


Il faut tout d’abord rappeler qu’actuellement, c’est la norme comptable n° 30 qui
traite dans ses articles 31 et 32 des frais de gestions indirectes, et prévoit la
nécessite de répartir, suivant des clés de répartition ces frais, initialement
comptabilisés par nature de dépense, entre les cinq destinations limitativement
prévues par le législateur :
▪ Frais de gestion des sinistres ;
▪ Frais d’acquisition ;
▪ Frais d’administration ;
▪ Charges de gestion des placements ;
▪ Autres charges techniques.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 76 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ce traitement ne prend pas en considération les spécificités précédemment


énoncées. Avant de proposer un traitement comptable plus approprié, il serait
opportun de passer en revue les positions prises dans d’autres référentiels
comptables concernant cette question46. Il en est ainsi, pour :
▪ La Malaisie, où les frais d’acquisition et les charges administratives qui sont
considérés comme des coûts directement encourus pour collecter les primes
sur les contrats Takaful (net de commission dérivées de Ré-Takaful pour primes cédées)
sont totalement à la charge du fonds des actionnaires pour l'exercice dans
lequel ils sont engagés.
▪ La Jordanie, où les sociétés Takaful ont le choix d’imputer les charges
d’administrations :
✓ Exclusivement sur le fonds des adhérents ; ou
✓ Exclusivement sur le fonds des actionnaires ; ou
✓ Proportionnellement entre les deux fonds compte tenu de clé de répartition
qu’il convient de préciser (la méthode de calcul du prorata d’affectation).
▪ Le Pakistan, où les dépenses allouées à l'activité Takaful représentent
uniquement les dépenses directement attribuables. Les dépenses qui ne sont
pas directement imputables à l'activité Takaful sont à la charge du fonds des
actionnaires. Toutes les dépenses indirectes communes sont réparties entre
les frais de gestion et les frais généraux et administratifs selon un pourcentage
fixé par la société (la méthode de calcul du prorata d’affectation doit être précisée dans
les notes aux états financiers).

Dans le contexte tunisien, le comité technique chargé d’élaborer le projet de


normes sectorielles spécifiques à l’activité Takaful a rejoint la position
Malaisienne, en ce sens qu’il a prévu dans l’article 37 du projet de la norme relative
au contrôle interne et l’organisation comptable ce qui suit « Les frais de gestion du
fonds des adhérents sont exclusivement affectés aux comptes de l’entreprise d’assurance
Takaful et/ou Ré-Takaful ».
Nous sommes tout à fait d’accord avec cette position pour au moins deux raisons :
▪ Elle permettra d’harmoniser le traitement entre les différentes compagnies
Takaful ce qui sera plus bénéfique quant au respect du principe de la
comparabilité de l’information financière ; et
▪ Elle est totalement en phase avec l’esprit du modèle Takaful en ce sens
qu’elle préserve l’effet du mécanisme de la commission Wakala qui vient
rémunérer le fonds des actionnaires en contre partie des frais de gestion
engagés au profit du fonds des adhérents.
Nous espérons que le législateur (ministère des finances) approuve la position du
comité technique sur cette question.

46Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de positionnement et de définition des orientations du « comité technique »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 77 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Section 2. Répartition des revenus des placements


Sous-Section 1. Impact de l’allocation des revenus des placements
Sur le plan national, c’est la norme comptable n° 31 qui traite des placements dans
les sociétés d’assurances et/ou réassurances.
Outre les dispositions communes à toutes les compagnies d’assurances
(conventionnelles et Takaful) et relatives à la prise en compte, à l’évaluation à la date
d’inventaires, etc…, elle prévoit une particularité au niveau de son article 59. Ce
dernier stipule que « Une fraction des produits des placements nets est transférée de
l'état de résultat technique à l'état de résultat (cas de l'assurance vie) et de l’état de résultat
à l'état de résultat technique (cas de l'assurance non-vie) par le biais des postes produits de
placements transférés et produits de placement alloués (compte 79) … »
Ainsi, à travers ces dispositions le référentiel comptable tunisien prévoit le
transfert partiel pour allocation, en fin d’année, des revenus des placements nets
sur les trois composantes de résultat à savoir l’état de résultat, l’état de résultat
technique vie et l’état de résultat technique non vie.
Cette allocation permet d’imputer à l’état de résultat la fraction des produits des
placements nets qui se rapportent aux fonds propres et dans l’état de résultat
technique (vie et/ou non vie) la fraction qui se rapporte aux provisions techniques. Ce
traitement propre aux compagnies conventionnelles est inadapté au modèle
Takaful.
Bien que cette particularité n’ait pas d’impact sur le résultat global agrégé des
compagnies Takaful, elle a un impact au niveau du résultat des deux fonds pris
individuellement notamment sur le surplus ou déficit du fonds des participants et
par conséquent le Quardh Hassan.
Sous-Section 2. Proposition d’un traitement comptable plus adapté
Il est à noter qu’en matière de placements, le modèle Takaful repose sur la
constatation des revenus réels générés par les investissements effectués sur chaque
fonds avec rattachement des charges aux produits y afférents.
Ce principe est admis à l’échelle internationale notamment par les systèmes
comptables Malaisien, Jordanien, Saoudien, Soudanais et Pakistanais.
Pour le contexte national, on ne pourra certainement pas appliquer les dispositions
de la NCT 31, à notre avis, il convient d’instaurer un rattachement par fonds des
investissements (comptes de bilan) et des produits y afférents (comptes de résultat), tout
en respectant le principe de cantonnement au sein du fonds des adhérents, entre
l’activité vie et non vie.
Ce traitement n’est concevable qu’on instaurant une parfaite séparation dans la
gestion des deux fonds, ce qui nécessite la mise en place de procédures, règles et
moyens humains et matériels pour assurer la séparation financière, comptable et
administrative.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 78 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Il y va sans dire que la séparation entre les fonds et que la diversification au sein
de chaque fonds doit permettre de respecter les exigences de représentation des
provisions techniques réglementées par les organes de contrôle.
Le comité technique a adopté le même traitement préconisé précédemment
puisqu’il énonce dans son projet de norme relative au contrôle interne et
l’organisation comptable ce qui suit47 :
▪ Article 14 : « La gestion des placements conformément aux normes Sharaïques en
vigueur suppose que la stratégie du choix des placements de l’entreprise d’assurance
Takaful et/ou Ré-Takaful doit être formalisée et doit répondre aux exigences
suivantes :
✓ La séparation de l’origine et des revenus des placements du fonds des adhérents
et ceux de l’entreprise d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful ;
✓ Le respect des normes Sharaïques dans le choix des types d’actifs à y investir ;
✓ La diversification des placements pour une meilleure gestion des risques… » ;
▪ Article 15 : « …Les placements et les produits financiers rattachés à l’assurance
Takaful familial sont affectés au fonds des adhérents Takaful familial et ceux relatifs
à l’assurance Takaful général sont affectés au fonds des adhérents Takaful
général. ».

Section 3. Le Surplus : prise en compte et règles de distribution


Sous-Section 1. Définition, calcul et règles de distribution du Surplus
Le Surplus a été défini par l’article 211 de la loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014,
amendant et complétant le code des assurances, comme étant une résultante
spécifique au fonds des adhérents provenant de la différence entre :
▪ La somme des cotisations nettes des annulations, et leurs revenus de
placement et tous les autres revenus d’une part, et
▪ La somme des sinistres réglés, les provisions techniques, les réserves, la
rémunération des actionnaires en contre partie de la gestion des opérations
d'assurance Takaful et les opérations de placement et tous les autres frais
relatifs au fonds des adhérents d'autre part.
Lorsque cette différence est négative, elle est désignée par « déficit du fonds des
adhérents ». Il y va sans dire qu’on cas où il a été prévu plusieurs fonds au sein du
fonds des adhérents (par exemple un sous-fonds par branche), le Surplus peut être
déterminé par fonds.
En matière de distribution du Surplus, et en passant en revue la règlementation
étrangère, on peut relever une constante qui consiste à soumettre, pour
approbation préalable, la méthode de distribution adoptée par le comité de
supervision Sharaïque.
A part ce point commun, on relève des différences importantes dans l’affectation
du surplus, ainsi trois modes de distribution du surplus peuvent être définis :

47Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de positionnement et de définition des orientations du « comité technique »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 79 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Au prorata (en fonction de la S/P des adhérents),


▪ Sélectif (seuls les adhérents n’ayant pas fait de sinistres durant l’exercice et/ou n’ayant pas
bénéficié de participation au bénéfice contractuelle), où
▪ Par compensation des contributions de n+1.
Le mode de distribution peut varier selon qu’il s’agisse de Takaful General ou de
Takaful Family et/ou par nature de sous-fonds (par branche).
Ainsi, les sociétés Takaful en Jordanie et en Pakistan ont le choix pour la
distribution du surplus :
▪ Soit entre les adhérents seulement ;
▪ Soit entre les adhérents et les actionnaires
Pour les sociétés Soudanaises, le surplus n’est distribuable qu’aux adhérents.
Contrairement aux sociétés Takaful en Malaisie ou le surplus est distribué aux
adhérents et aux actionnaires admissibles selon un prorata prédéfini et stipulé
dans le contrat d’assurance.
Il en est de même pour les sociétés Takaful et Ré-Takaful saoudiennes, et
conformément à la circulaire de la SAMA, 10% du surplus devrait être distribué
aux adhérents directement ou sous la forme de réduction de la prime pour l'année
prochaine. Le reste (90%) est distribué aux actionnaires (il s’agit du modèle Mudharaba).
En Tunisie, la loi n° 2014-47 a précisée au niveau de l’article 211 que « l'entreprise
d'assurance Takaful ne peut distribuer aucun bénéfice aux actionnaires sur le surplus
d'assurance dégagé par les comptes du fonds des adhérents ». En effet, ces derniers
sont rémunérés par le biais de la commission Wakala pour leur gestion du fonds
des adhérents et la commission Mudharaba pour les opérations de placement de
l’excédent de ce fonds.
Ainsi, le surplus est le droit exclusif du fonds des adhérents ceci est une résultante
du choix effectué par le législateur en matière de modèle de gestion Takaful basé
en Tunisie sur la commission Wakala et Mudharaba (modèle mixte).
Sous-Section 2. Difficultés comptables liées Surplus
Une revue critique des lois et règles précédemment énoncées, révèle l’existence de
quelques points d’interrogation qui mériteraient d’être clarifié et qui ont un impact
sur le traitement comptable a adopté.
Parmi ces points, la question de savoir si le Surplus, précédemment défini, est un
bénéfice comptable ou financier ?
Pour comprendre davantage cette question, on présente le cas hypothétique
suivant :
« A la fin de l’année N, le calcul du résultat du/des fonds des adhérents a dégagé un/des
Surplus. A la fin de l’année N+1, le calcul du résultat du/des fonds des adhérents a dégagé
un/des Déficit. Sachant le Surplus de l’année N n’a pas pu être totalement distribué entre
les adhérents (manque de liquidité). Est-ce qu’il convient de compenser le Déficit réalisé en
N+1 par le Surplus dégagé en N et non encore distribué ? Ou faire appel à un Quardh
Hassan pour combler le Déficit de l’année N+1 ? »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 80 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

A notre avis et à la lecture de la définition donnée par l’article 211, le Surplus est
plutôt comptable et doit être constaté comme tel au niveau des comptes de la
société (au passif du fonds des adhérents). Sa distribution/liquidation se fera au gré de
la disponibilité de la trésorerie. Son traitement comptable devrait être le même que
pour la constatation et la liquidation des dividendes des actionnaires pour les
compagnies conventionnelles.
La position du comité technique a rejoint l’approche exposée plus haut, en ce sens
qu’il énonce dans l’article 36 du projet de norme comptable traitant du contrôle
interne et l’organisation comptable ce qui suit « La méthode de détermination du
Surplus doit obéir à la convention comptable de permanence de méthodes d’une année à
une autre. Tout changement de méthode de calcul du Surplus devrait faire l’objet
d’autorisation préalable par les organes de gouvernance et porté en modification au
règlement intérieur de fonds et son impact est décrit dans les notes aux états financiers. »
Un autre point d’interrogation qui mériterait d’être clarifié, est la méthode de
distribution du Surplus.
En effet, ni la loi n° 2014-47 ni les travaux du comité technique n’ont présenté de
modalités pratiques pour la distribution du Surplus.
Ainsi, l’article 211 de la loi n°2014-47 a simplement clarifié un point qui coule de
source à savoir l’exclusivité du droit au Surplus aux adhérents (point inhérent au
modèle mixte adopté par la Tunisie) et a laissé la définition de la méthode pratique de
distribution à l’entreprise d’assurance Takaful (le fonds des actionnaires) « L'entreprise
d'assurance Takaful doit distribuer aux adhérents le surplus d'assurance selon la
méthode qu'elle fixe après avis du comité de supervision Sharaïque… ».
La même position a été adoptée par le comité technique qui stipule dans l’article
35 du projet de normes comptables traitant du contrôle interne et l’organisation
comptable ce qui suit « L’entreprise Takaful et/ou Ré-Takaful distribue aux adhérents
le Surplus selon la méthode qu’elle fixe après avis du comité de supervision Sharaïque et
conformément à la législation en vigueur… ».
Dans ce cadre, il y a lieu de noter que la norme comptable n° 13 de l’AAIOFI énonce
dans son annexe B, les différentes méthodes de distribution du Surplus qui sont au
nombre de cinq :
a) Distribuer équitablement entre tous les adhérents sans aucune exception ;
b) Limiter la distribution uniquement aux adhérents qui n’ont pas bénéficié
d’indemnisation au cours de l’exercice comptable ;
c) Limiter la distribution aux adhérents mentionnés dans le tiré b) ET ceux qui
ont bénéficié d’indemnisations inférieures à leurs contributions dans la limite
de la différence entre leurs contributions et les indemnisations perçues ;
d) Distribution entre les adhérents et les actionnaires (modèle Mudharaba) ;
e) Toute autre méthode.
La norme poursuit en prenant position tranchée et en invitant les compagnies
Takaful à adopter la première méthode de distribution qui est la plus adéquate d’un
point de vue sharaïque.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 81 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

La liberté accordée par le législateur tunisien, aux compagnies Takaful de fixer la


méthode de distribution du Surplus soulève de notre part au moins deux
remarques :
▪ Le respect de la comparabilité des performances financières dans le temps et
dans l’espace, et on vise principalement la comparabilité entre les compagnies
Takaful, puisque la question de la permanence des méthodes comptable a été
tranché par le comité technique ;
▪ Les adhérents n’étant représentés dans aucun organe de gouvernance ils se
trouvent exclus, même pour donner leur avis, du choix de la méthode de
distribution du Surplus qui leur revient de droit. A ce titre la seule mesure pour
« garantir » leur droit, c’est l’impératif d’approbation par le comité sharaïque,
de la méthode de distribution. Toutefois, on est en droit de nous demander
quant à l’efficacité de cette mesure sachant que l’article 206 de la loi n°2014-47
prévoit que les membres du comité sharaïque sont désignés par l’assemblé
générale des actionnaires !
Il faut noter que la question de la liberté de choix de la méthode de distribution du
Surplus entre les adhérents se pose pour les compagnies d’assurances à forme
mutuelle comme le prévoit l’article 55 du code des assurances stipule que « …et
qu'elles répartissent leurs excédents de recettes entre leurs adhérents dans les conditions
fixées par les statuts. ».
Toutefois, à la différence des compagnies Takaful, les adhérents des mutuelles sont
bien représentés dans les organes de gouvernance, mieux que ça, ils sont au
sommet de la gouvernance à travers l’assemblé générale et le conseil
d’administration tout deux composés par des adhérents (des représentants élus pour ce
qui est du conseil d’administration).

Enfin, la difficulté la plus importante dans le traitement comptable du Surplus, a


notre avis, est afférente à l’organisation comptable et le contrôle interne y afférent.
En effet, quelle que soit la méthode de calcul ou de distribution du Surplus choisie,
elles seront confrontées à des difficultés d’application pratiques que le comité
technique, à appréhender dans son article 18 du projet de norme comptable
traitant du contrôle interne et l’organisation comptable qui stipule ce qui suit : « Un
système de partage équitable du Surplus des fonds des adhérents suppose :
a) Que le Surplus du fonds des adhérents soit issu d’une comptabilité, indépendante
du fonds des actionnaires, qui respecte les conditions de forme et de fonds de tenue
de la comptabilité financière ;
b) L’existence d’un règlement intérieur pour chaque fonds précisant les modalités de
détermination du Surplus et des prélèvements réglementaires sur ce Surplus
avant distribution aux adhérents. Les prélèvements réglementaires sont prévus
et prélevés conformément à la réglementation en vigueur ;
c) Ce règlement intérieur détermine également la méthode de distribution du
Surplus entre les adhérents. Le règlement intérieur du fonds ainsi que la méthode
de distribution du Surplus doivent obligatoirement être approuvés par le comité
de supervision sharaïque et les organes de gouvernance habilités de l’entreprise
d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful ;
Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 82 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

d) L’existence d’un listing des adhérents informatisé et fiable édité et collé sur un
registre coté et paraphé sans omissions ni ratures. La tenue de ce registre obéit
aux mêmes conditions de fonds et de formes que les autres registres obligatoires
tenus par l’entreprise d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful ;
e) L’existence de procédures et de destinations déterminées, formelles et approuvées
par le comité de supervision sharaïque et les organes de gouvernance de
l’entreprise d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful, pour le traitement des parts
des adhérents dans les surplus qui n’ont pas été retirés par leurs ayant droits. »

Section 4. Le « Quardh Hassan » : détermination et comptabilisation


Sous-Section 1. Difficultés liées au Quardh Hassan
Sur le plan national, il y a lieu de noter qu’aucune définition claire du Quardh
Hassan et des méthodes de son calcul n’a été avancée. D’ailleurs au niveau de la
loi n°2014-47 on ne mentionne nullement le terme de « Quardh Hassan » ; le
législateur s’est contenté de le qualifier de « prêt sans intérêt » ce qui revient au
même dans la terminologie arabe.
Pour le définir nous allons nous référer à l’article 40 du projet de normes
comptables traitant du contrôle interne et l’organisation comptable, élaborée par
le comité technique, qui stipule que : « Le Quardh Hassan est le montant prêté par
l’entreprise d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful au fonds des adhérents en cas de
déficit de ce dernier et qui sera remboursé sans versement d’aucune plus-value de
quelque nature que ce soit et conformément à la législation en vigueur ».
Pour espérer cerner le mode de calcul du Quardh Hassan dans le référentiel
réglementaire tunisien, il faut raisonner par déduction par rapport aux
dispositions propres à la méthode de calcul du Surplus (se référer à la section 3 du
présent chapitre), en ce sens que le déficit du fonds des adhérents correspond au
montant du « Quardh Hassan » exigible.
Ceci n’est qu’un effort d’interprétation simpliste de notre part, car en réalité, les
choses sont un peu plus compliquées pour plusieurs considérations.
D’abord, la loi n° 2014-47 n’a pas traité clairement du cas du déficit du fonds des
adhérents dans l’article 211 qui présente la méthode de calcul du Surplus, ensuite,
du fait que la même loi parle, dans son article 213, d’incapacité du fonds des
adhérents à honorer ses engagements.
Cette situation nous amène à nous demander quant au caractère comptable ou
financier du Quardh Hassan ?
En effet parler « d’incapacité du fonds des adhérents à honorer ses engagements »
évoque la notion de déficit purement financier (défaut de trésorerie), ce qui remet en
question l’approche comptable définie précédemment pour le Surplus (se référer à
la section 3), puisqu’on raisonnant par déduction, ce qui est admis pour le Surplus,
l’est autant pour le Déficit du/des fonds des adhérents.
Cette question a des implications très importantes, sur l’aspect comptable du
traitement du Quardh Hassan, mais aussi sur l’aspect prudentiel lié à la prise en

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 83 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

compte de la solvabilité des compagnies Takaful (se référer au chapitre 3 de la présente


partie).

À ce titre il serait opportun de passer en revue les pratiques sur le plan


international :

Pays Dispositions réglementaires 48


En cas de déficit dans le fonds Takaful, les opérateurs Takaful fourniront prêt
sans intérêts dit Quardh Hassan de la caisse des actionnaires en vue de remédier
au déficit et qui sera remboursé du futur profit. Les opérateurs Takaful peuvent
également être tenu de faire des contributions directes au fonds Takaful dans la
forme de TABARRU' des actionnaires de la caisse si le déficit continue de se
détériorer.
Malaisie Le Quardh Hassan doit être comptabilisé à son coût historique. À la fin de chaque
période de déclaration, les opérateurs Takaful doivent effectuer un test de
dépréciation du Quardh Hassan. Dans le cas où le Quardh Hassan doit être
déprécié, la perte de valeur correspond à la différence entre la valeur en cours du
Quardh Hassan et sa valeur recouvrable.
Les opérateurs Takaful doivent préciser la durée pendant laquelle le Quardh
Hassan sera remboursé.
Au cas où le Fonds des adhérents et les provisions techniques accumulées ne
suffisent pas pour rembourser les obligations en cours, la compagnie d'assurance
islamique doit être engagée à prêter au Fonds des adhérents un Quardh Hassan
pour couvrir le déficit. Le montant de Quardh Hassan sera remboursé à partir
Jordanie du Surplus futur.
L'engagement de la Compagnie d'assurance islamique en Quardh Hassan doit
être considéré comme une obligation avec une limite maximale aux capitaux
propres des actionnaires.

Arabie
Il n’a pas été prévu de traitement spécifique au Quardh Hassan.
Saoudite
Soudan Mêmes dispositions que pour la Jordanie.

À tout moment, lorsque les actifs admissibles dans un fonds de participants


Takaful ne sont pas suffisants pour couvrir les passifs, le déficit sera financé par
voie de transfert de fonds comme Quardh Hassan du Fonds de l'opérateur au
Fonds Takaful.
Le Quardh Hassan doit être remboursé avant la répartition de l'excédent futur
Pakistan aux participants.
S’il y a déficit d'un Fonds Takaful pendant trois années consécutives, l'opérateur
doit présenter un rapport signé par l'administrateur général en cas de General
Takaful et par l'actuaire désigné également dans le cas de Family Takaful, à la
Commission SECP dans 30 jours de la présentation des états financiers en
expliquant les raisons de ce déficit.

À la lecture de ce qui précède on peut être amené à conclure que sur la scène
internationale la notion de Quardh Hassan est réputée avoir un caractère
comptable plutôt que financier, bien que cette conclusion soit à peine dévoilée, car

48Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de positionnement et de définition des orientations du « comité technique »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 84 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

à part le référentiel Malaisien, aucun autre référentiel n’est allé jusqu’à présenter
le traitement comptable du Quardh Hassan, et se sont juste limités à définir les
règles de gestion du Quardh Hassan (définition, exigibilité, remboursement) tout comme
le législateur tunisien.

Sous-Section 2. Traitement comptable du Quardh Hassan


Afin de cerner le traitement comptable du Quardh Hassan, et en absence totale de
législation sur le plan national, nous allons nous référer aux pratiques à l’échelle
internationale notamment les dispositions des normes AAOIFI et le référentiel
Malaisien, avant de présenter notre proposition de traitement comptable, qui
rejoint ce qu’a prévu le comité technique dans ses projets de normes.
Ainsi, la norme n° 15 de l’AAIOFI prévoit que le Quardh Hassan est octroyé dans
deux cas :
▪ Soit pour combler le déficit du Fonds des adhérents ;
▪ Soit pour répondre aux exigences de solvabilité du fonds des adhérents
À ce titre, il doit être présenté parmi les autres actifs courants du fonds des
actionnaires et parmi les passifs du fonds des adhérents. À la date de clôture, le
Quardh Hassan doit être évalué et faire l’objet d’une provision le cas échéant.
Sur un autre plan, le référentiel malaisien prévoit le même traitement que celui de
la norme n°15 de l’AAIOFI en ce sens qu’il préconise de constater le Quardh Hassan
en tant qu’actifs et passifs respectivement dans les comptes du fonds des
actionnaires et ceux des adhérents avec la nécessité d’un test de dépréciation en fin
d’exercice.
À notre avis, le Quardh Hassan doit être appréhendé du point de vue comptable,
car se contenter de l’apprécier du point de vue financier (suffisance de la liquidité pour
faire face aux engagements du fonds des adhérents) a des répercussions fâcheuses sur le
suivi et l’appréciation de la solvabilité des compagnies Takaful.
À ce titre, nous estimons que, le traitement comptable le mieux adapté pour les
compagnies Takaful tunisiennes serait de :
▪ Comptabiliser le Quardh Hassan dans les comptes du fonds des actionnaires
comme un instrument financier (actif) subissant le test de dépréciation à chaque
date d’arrêté. La perte de valeur constatée sur ce prêt constitue une charge de
l’exercice pour le fonds des actionnaires ;
▪ Comptabiliser le Quardh Hassan dans les comptes du fonds des adhérents
comme un élément de passif financier et subit le test de dépréciation à chaque
date d’arrêté. La perte de valeur constatée sur ce prêt constitue un élément
d’actif net pour le fonds des adhérents.
Ce traitement rejoint celui préconisé par le comité technique présenté dans les
articles 41 et 42 du projet de normes comptables traitant du contrôle interne et
l’organisation comptable.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 85 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Dans ce qui précède nous avons essayé de présenter le traitement comptable le


mieux adapté aux orientations déjà définies par le législateur Tunisien, en ce qui
concerne le régime du Quardh Hassan, dans l’article 213 de la loi n° 2014-47, qui
prévoit que le déficit du fonds des adhérents ne peut être comblé que par un
Quardh Hassan prélevé du fonds des actionnaires.
À ce titre, nous pensons que le législateur Tunisien gagnerait à prévoir, comme
c’est le cas pour la norme 13 de l’AAIOFI, plusieurs options pour combler le déficit
du fonds des adhérents à savoir :
a. Puiser dans les réserves du fonds des adhérents, s’il y’en a ;
b. Recourir au Quardh Hassan prélevé directement dans le fonds des
actionnaires ;
c. Demander aux adhérents de combler le déficit, proportionnellement aux
contributions de chacun d’eux ;
d. Augmenter le montant des contributions futures, proportionnellement aux
contributions de chacun d’eux.
En effet, le législateur a prévu clairement l’option « b » dans l’article
précédemment cité, et implicitement l’option « A » dans l’article 211 de la même
loi lorsqu’il a exposé le mode de calcul du Surplus/Déficit et où il a déduit les
réserves (sous-entend les réserves déjà constituées sur les Surplus précédents), toutefois, il
n’a nullement prévu les options « c » et « d ».
Ce choix est, à notre avis, motivé par le fait que :
▪ Le législateur fait assumer pleinement la responsabilité du déficit du fonds
des adhérents aux gestionnaires du fonds à savoir les actionnaires ;
▪ Les adhérents n’étant pas représentés dans aucun organe de gouvernance il
serait possible de faire charger le déficit sur leurs contributions futures.
Bien que cette position soit raisonnable, il nous semble qu’il aurait été mieux de
prévoir la représentation des adhérents dans un organe de gouvernance qui leur
soit propres (assemblé générale des adhérents) et de leur laisser ainsi qu’aux
actionnaires la liberté de décider de la meilleure façon de combler l’éventuel déficit
et ainsi assurer la pérennité de la compagnie Takaful.

Section 5. La présentation des états financiers


Sous-Section 1. Inadéquation de la NCT 26 au modèle Takaful
Sur le pan national, la présentation des états financiers des compagnies
d’assurances est régie par la norme comptable N°26. Toutefois, la plupart des
dispositions définies par la norme comptable N°1 demeurent applicables.
Actuellement les compagnies Takaful présentent leurs états financiers
conformément aux dispositions de la NCT 26, ce qui engendre des difficultés
énormes en termes de :

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 86 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Comparabilité de l’information financières entre les compagnies d’assurances


(conventionnelles et Takaful) ;
▪ Détermination des résultats par fonds et par conséquent la distribution
éventuelle de dividendes et/ou de Surplus, ou le recours au Quardh Hassan ;
▪ Appréhender la solvabilité par fonds, en effet les dispositions de la NCT 26 ne
permet d’apprécier que la solvabilité de la compagnie globalement ;
▪ Classement et da présentation des charges internes et externes qui doivent,
selon le paragraphe 18 de la NCT 26, être classées selon leurs destinations et non
pas selon leurs natures (se référer à la section 1 du présent chapitre).
Cette situation a fait que, sur le terrain, les trois opérateurs Takaful font recours à
des retraitements extracomptables pour essayer de refléter la réalité économique
de leur activité. En ce sens qu’en plus d’émettre des états financiers conforment à
la règlementation en vigueur (NCT 1 et 26) ils définissent chacun, selon ses propres
orientations, des règles de présentation des états financiers, qui génèrent une
impossibilité de les comparer.
D’où l’impératif de légiférer cette question afin de permettre de résoudre les
problématiques citées plus haut et assurer le retraitement des exercices précédents
qui sont actuellement au nombre de six pour certaines compagnies (Exp : Zitouna
Takaful).

Sous-Section 2. Modalité préconisée de présentation des états


financiers
Avant de présenter une proposition de modèle de présentation préconisé pour les
compagnies Takaful à l’échelle nationale, il y a lieu de présenter d’abord, les trois
catégories de présentation des états financiers des compagnies Takaful qui existent
de par le monde49 :
a. La séparation des actifs, passifs, produits et charges des actionnaires et des
adhérents : La séparation dont on fait référence dans cette modalité est
financière et non pas légale puisque les deux fonds de la compagnie Takaful
à savoir ; le fond des adhérents ainsi que le fonds des actionnaires agissent
dans le cadre d’une même entité juridique ;
b. La combinaison des actifs, passifs, produits et charges des actionnaires et
des adhérents : La comparabilité avec les autres compagnies d’assurances
conventionnelles constitue le point fort de cette modalité.
Il est à noter que la méthode des états financiers combinés est différente de
la consolidation puisqu’aucune opération d’élimination ne touche les
opérations entre le fonds des adhérents et le fonds des actionnaires.
Dans le cas d’états financiers combinés, les notes aux états financiers
doivent fournir toutes les informations complémentaires nécessaires pour
ne pas induire en les utilisateurs des états financiers en erreur.

49 Page 127 du Mémoires de Ahmed Ayadi intitulé « Assurance islamique takaful non-vie en Tunisie : spécificités et tendances de la présentation des états
financiers » soutenue en 2013 à l’IHEC

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 87 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

c. La consolidation des actifs, passifs, produits et charges des actionnaires et


des adhérents : Modalité prévue par les normes comptables internationales
(IFRS 4 et IFRS 10 §5 et 7), qui assimilent le fonds des actionnaires a une société
mère qui contrôle le fonds des adhérents, assimilé à une filiale.
Cette dernière modalité est très contestée par les praticiens du fait qu’elle
ne reflète ni la nature spécifique de la relation entre les actionnaires et les
adhérents ni les règles et principes de la Sharia concernant la séparation de
leurs deux fonds. À ce titre, les actifs du fonds des adhérents ne peuvent pas
compenser les passifs du fonds des actionnaires (à titre d’exemple, les
contributions collectées des adhérents ne peuvent être utilisées pour le paiement du loyer
ou des salaires) ;

Cette dernière modalité ne peut trouver application dans le référentiel


comptable Tunisien dont la norme n°35 relative aux états financiers
consolidés, stipule que la filiale doit être une entreprise, ce qui n’est pas le
cas pour le fonds des adhérents puisque ce dernier ne constitue pas à lui seul
une entité juridique.
Dans la même lancée nous allons présenter, dans ce qui suit, les orientations
comptables des principaux modèles en vigueur à l’échelle internationale50 :
▪ Ainsi l’AAIOFI, a abordé la question de la présentation des états financier des
compagnies Takaful dans le cadre de sa norme comptable n° 12. Elle présente
dans l’annexe F de cette norme un modèle pratique de présentation des états
financiers basé sur de la deuxième modalité présentée plus haut, à savoir la
combinaison des actifs, passifs, produits et charges des actionnaires et des
adhérents.
Dans le cadre de ce référentiel, les compagnies ne peuvent pas présenter les
éléments d’actifs et passifs en compensant les soldes. En outre aucune
nomenclature spécifique n’est prévue par ce référentiel ;
▪ En Malaisie, le développement d’une présentation des états financiers des
compagnies Takaful a montré des tentatives faites pour aligner à la fois le
référentiel IFRS et les exigences de la Sharïa. Les normalisateurs locaux,
régulateurs et organismes professionnels (MASB, BNM et MIA)51 ont montré des
efforts louables pour protéger les intérêts des adhérents et des actionnaires à
se conformer aux principes de la Sharïa et d'assurer la comparabilité des états
financiers.
À ce titre, les états financiers de la société Takaful doivent être préparés sur
une base consolidée et présentés dans un format tabulaire identifiant
l'opérateur du fonds, chacun des fonds des adhérents et la compagnie
Takaful.
Par exemple, les actifs et passifs de l'opérateur et ceux des adhérents sont
présentés séparément, et à la fin, ils sont consolidés au niveau de l'entreprise

50Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de positionnement et de définition des orientations du « comité technique »
51 Malaysian Accounting Standards Board (MASB), Malaysian Institute of Accountants (MIA), Bank Negara Malaysia (BNM qui estla banque centrale malaisienne)

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 88 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

« Company » en éliminant les opérations et les soldes intergroupes, tels que


le Qardh Hassan.
Ce format est applicable pour l'état de la situation financière, l'état du résultat
global et l’état des flux de trésorerie et l'état des variations des capitaux
propres. Tout changement de méthode comptable doit être notifié à la BNM
(régulateur) au moins trois mois en avance.
Les passifs liés aux contrats de Family Takaful (branche vie) y compris les
provisions techniques, les surplus non alloués et la juste valeur sur la réserve
d'évaluation des fonds, doivent être présentés à titre de passif dans l'état de
la situation financière (bilan) de l'opérateur Takaful. L’opérateur Takaful doit
indiquer les provisions pour risques et charges comme un passif dans l’état
de la situation financière de l'opérateur.
Il est toutefois à signaler que ces normes n’ont pas prévu de nomenclature
spécifique.
▪ En Jordanie, les compagnies Takaful doivent se conformer aux normes
comptables islamiques publiées par l'Organisation de comptabilité et d'audit
des institutions financières islamiques AAOIFI.
En cas d’absence de méthodes prévues par les normes comptables publiées
par l’AAOIFI, les normes comptables internationales IFRS doivent être
appliquées dans les limites du respect des dispositions de la loi islamique.
Les compagnies ne peuvent pas présenter les éléments d’actifs et passifs en
compensant les soldes. Les cas éventuels de compensation doivent être
validés par un organe de contrôle.
Comme pour le cas Malaisien, ces normes n’ont pas prévu de nomenclature
spécifique.
▪ En Arabie Saoudite, les sociétés saoudiennes appliquent les normes
comptables internationales IFRS.
Une compagnie d’assurances saoudienne ne peut pas présenter les éléments
d’actifs et passifs en compensant les soldes. Les cas éventuels de
compensation doivent être validés par un organe de contrôle.
Comme pour le cas Malaisien et Jordanien, ces normes n’ont pas prévu de
nomenclature spécifique.
▪ Au Soudan, le cadre règlementaire, en matière de présentation des états
financiers des compagnies Takaful, est identique à celui de la Jordanie ;
▪ Au Pakistan, les Compagnies Takaful doivent se conformer aux normes
comptables islamiques publiées par l’ICAP ainsi qu’aux normes IFRS.
Les états sont présentés au coût historique. La société ne peut pas présenter
les éléments d’actifs et passifs en compensant les soldes.
Comme pour le reste des référentiels, ces normes n’ont pas prévu de
nomenclature spécifique.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 89 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

A l’échelle nationale, le législateur n’a pas abordé la question de la présentation des


états financiers dans le cadre de la loi de juillet 2014, puisqu’il s’agit de
problématique purement comptable qui n’a pas sa place dans ce cadre. Il faut se
référer aux travaux du comité technique pour pouvoir répondre à cette question.
En effet, ce comité a abordé cette problématique dans le cadre d’un projet de norme
traitant de la présentation des états financiers des entreprises d’assurance Takaful
et/ou Ré-Takaful, composée de 111 articles et 18 annexes, et dont les principales
orientations et recommandations, se présentent comme suit (voir annexes) :
▪ Il est plus adapté de conserver les qualités de présentation des compagnies
conventionnelles tunisiennes tout en respectant les spécificités sharaïques des
sociétés Takaful ; essentiellement la défalcation entre les comptes de
l’opérateur et ceux des fonds des participants. De ce fait, il est recommandé,
pour la compagnie pratiquant des opérations d’assurance Takaful et/ou Ré-
Takaful Familial et Général, de présenter ses états financiers comme suit52:
o Le bilan combiné : Le bilan doit porter l’indication qu'il s’agit du bilan
combiné, et doit faire apparaître distinctement les rubriques suivantes ainsi
que le montant total de chacune de ces rubriques : l'actif, le passif, les actifs
nets des adhérents et les capitaux propres des actionnaires. Un modèle de
bilan combiné est présenté en annexes53 ;
o L’état de surplus ou du déficit du fonds Takaful Familial : cet état fait
apparaître les opérations brutes, les cessions et rétrocessions et les
opérations nettes. Le résultat des cessions et rétrocessions apparaît donc en
lecture directe dans l'état de surplus ou déficit du fonds Takaful/Ré-Takaful
Familial.
Le contenu des postes des charges et des produits de l'état de surplus ou de
déficit du fonds Takaful/Ré-Takaful Familial est identique au contenu des
mêmes postes de l'état de résultat technique de l’assurance vie d'une
entreprise d’assurance et/ou de réassurance décrit par la norme comptable
NCT 26, relative à la présentation des états financiers des entreprises
d’assurance et/ou de réassurance à l’exception du poste « CHF511 -
Commission Mudharaba », qui intègre la commission Mudharaba payée par
le fonds des adhérents à l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful
en contrepartie de la gestion des placements du fonds. Elle est opérée
conformément au contrat Mudharaba, calculée sur la base d'un pourcentage
des revenus de placement. Un modèle de l'état de surplus ou de déficit du
fonds Takaful/Ré-Takaful Familial est présenté en annexe54
Les charges internes et externes incombant au fonds des adhérents sont
classées selon leurs destinations et non pas selon leurs natures. On distingue
à cet effet les 5 destinations principales suivantes qui figurent dans l'état de
surplus ou déficit du fonds Takaful/Ré-Takaful familial :

52 Projet de NCT 43 - La présentation des états financiers des entreprises d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful
53 Se référer à l’annexe n° 1 et 2
54 Se référer à l’annexe n° 3

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 90 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

✓ Les frais d'administration à la charge du fonds des adhérents,


✓ Les frais de gestion des sinistres,
✓ Les frais d'acquisition des contrats,
✓ Les charges de gestion des Placements,
✓ Les autres charges techniques.
Les frais d'administration à la charge du fonds des adhérents Takaful/Ré-
Takaful Familial et directement liés aux contrats d'assurance sont affectés
au fonds par application de la règle de l'affectation totale et directe.
Les frais de gestion du fonds Takaful/Ré-Takaful Familial des adhérents
sont exclusivement affectés aux comptes de l'entreprise d'assurance Takaful
et/ou Ré-Takaful.
Toute affectation analytique de charge entre le fonds des adhérents et
l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful par l'utilisation de clés de
répartition est interdite. Ainsi, en règle générale, une charge est dès l'origine
soit affectée au fonds des adhérents soit affectée à l’entreprise d’assurance
takaful et/ou Ré-Takaful.
o L’état de surplus ou déficit du fonds Takaful Général : Cet état fait
apparaître les opérations brutes, les cessions et rétrocessions et les
opérations nettes. Le résultat des cessions et rétrocessions apparaît donc en
lecture directe dans l'état de surplus ou déficit du fonds Takaful/ Ré-Takaful
Général.
Le contenu des postes des charges et des produits de l’état de surplus ou de
déficit du fonds Takaful/ Ré-Takaful Général, est identique au contenu des
mêmes postes de l’état de résultat technique de l’assurance non vie d’une
entreprise d’assurance et/ou de réassurance décrit par la norme comptable
NCT 26, relative à la présentation des états financiers des entreprises
d’assurance et/ou de réassurance à l’exception du poste « CHG611 -
Commission Mudharaba » qui intègre la commission Mudharaba payée par
le fonds des adhérents à l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful
en contrepartie de la gestion des placements du fonds. Elle est opérée
conformément au contrat Mudharaba, calculée sur la base d'un pourcentage
des revenus de placement. Un modèle de l'état de surplus ou de déficit du
fonds Takaful/Ré-Takaful Familial est présenté en annexe55.
Les charges internes et externes incombant au fonds des adhérents Takaful/
Ré-Takaful Général sont classées selon leurs destinations et non pas selon
leurs natures. On distingue à cet effet les 5 destinations principales
suivantes :
- les frais d'administration à la charge du fonds des adhérents,
- les frais de gestion des sinistres,
- les frais d'acquisition des contrats,

55 Se référer à l’annexe n° 4

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 91 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

- les charges de gestion des placements,


- les autres charges techniques.
Les frais d'administration à la charge du fonds des adhérents Takaful/ Ré-
Takaful Général et directement liés aux contrats d'assurance sont affectés
au fonds par application de la règle de l'affectation totale et directe.
Les frais de gestion du fonds général des adhérents sont exclusivement
affectés aux comptes de l'entreprise d'assurance Takaful et/ou Ré-Takaful.
Toute affectation analytique de charges entre le fonds des adhérents et
l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful par l'utilisation de clés de
répartition est interdite. Ainsi, en règle générale, une charge est dès l'origine
soit affectée au fonds des adhérents soit affectée à l’entreprise d’assurance
takaful et/ou Ré-Takaful.
o L’état de résultat de l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful : Le
contenu des postes des charges et des produits de l'état de résultat de
l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful est identique au contenu
des mêmes postes retenus dans l'état de résultat d'une entreprise décrit par
la norme comptable générale NCT 01, à l’exception des postes décrit ci-
après :
✓ Postes de produits :
PR 1- Commission Wakala : Ce poste intègre la commission Wakala reçue
par l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful en contrepartie de
la gestion des activités du fonds. Elle est opérée conformément au contrat
Wakala et/ou au règlement intérieur du fonds et calculée sur la base des
cotisations, conformément à la réglementation en vigueur.
PR 2- Commission Mudharaba: Ce poste intègre la commission
Mudharaba reçue par l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful
en contrepartie de la gestion des placements du fonds. Elle est opérée
conformément au contrat Mudharaba et/ou le règlement intérieur du
fonds et calculée sur la base des revenus de placement.
PR4- Reprise de provisions et récupération de valeur sur Qardh Hassan :
Ce poste intègre les reprises de provisions et des réductions de valeur
constatées antérieurement pour couvrir les risques de non recouvrement
éventuel et/ou définitifs sur le ou les « Qardh Hassan » attribués par
l'entreprise Takaful et/ou Ré-Takaful lors des exercices antérieurs.
✓ Postes de charges :
CH2- Dotations aux provisions et réductions de valeur sur Qardh Hassan
: Ce poste intègre les dotations aux provisions et/ou les réductions de
valeur constatées au cours de l'exercice pour couvrir les risques de non
recouvrement éventuel et/ou définitif sur le ou les « Qardh Hassan »
attribués par l'entreprise Takaful et/ou Ré-Takaful lors des exercices
antérieurs.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 92 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Un modèle de l'état de résultat de l’entreprise d’assurance takaful et/ou


Ré-Takaful est présenté en annexe56.
o Le tableau des engagements reçus et donnés combiné : Les engagements
sont des droits et obligations dont les effets sur le montant ou la composition
du patrimoine sont subordonnés à la réalisation de conditions ou
d'opérations ultérieures.
Le tableau des engagements reçus et donnés combiné, doit être conforme au
modèle présenté en annexe à la norme comptable NC 14 relative aux
éventualités et événements postérieurs à la clôture de l'exercice. Cependant,
la spécificité des opérations d'assurance takaful et /ou de Ré-Takaful doit
conduire les entreprises d'assurance takaful et /ou de Ré-Takaful à
présenter le tableau des engagements reçus et donnés conformément à celui
en annexe57.
Les entreprises doivent indiquer séparément pour les engagements donnés
qui figurent dans le tableau des engagements, le montant des engagements
à l'égard des dirigeants, le montant des engagements envers les entreprises
liées et les entreprises avec un lien de participation.
o L’état des flux de trésorerie combiné : L'état des flux de trésorerie combiné
renseigne sur la manière avec laquelle l'entreprise a obtenu et dépensé des
liquidités à travers ses activités d'exploitation, de financement et
d'investissement et à travers d'autres facteurs affectant sa liquidité et sa
solvabilité. Il combine les flux de trésorerie du fonds des adhérents et celui
de l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful.
L'état des flux de trésorerie combiné, lorsqu'il est utilisé de concert avec le
reste des états financiers, fournit des informations qui permettent aux
utilisateurs d'évaluer la capacité de l'entreprise à générer des flux de
trésorerie positifs, d'évaluer sa capacité à honorer ses engagements, sa
capacité à distribuer des dividendes, à distribuer le surplus d’assurance aux
adhérents et à couvrir ses besoins de financement interne. Il lui permet aussi
d'évaluer les origines des écarts entre le résultat net ou le surplus ou déficit
du fonds et les flux de trésorerie s'y rapportant ainsi que les effets des
transactions d'investissement et de financement de la période sur la position
financière de l'entreprise d'assurance Takaful et/ou Ré-Takaful et du fonds
des adhérents.
Ces informations sont nécessaires pour estimer la probabilité de réalisation
de flux de trésorerie ainsi que l'importance de ces flux et les moments
auxquels ces derniers peuvent avoir lieu.
Il est recommandé de présenter le tableau des flux de trésorerie selon la
méthode directe telle qu'exposée en annexe58, qui permet une meilleure

56 Se référer à l’annexe n° 5-1 et 5-2


57 Se référer à l’annexe n° 6
58 Se référer à l’annexe n° 7

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 93 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

visualisation des différents flux de trésorerie d'exploitation (primes, sinistres,


placements...).

o Tableau de variation des actifs nets du fonds des adhérents : Le tableau de


variation des actifs nets du fonds des adhérents doit être fourni dans les
notes aux états financiers de l’entreprise d’assurance takaful et/ ou Ré-
Takaful. Il renseigne sur les composantes des actifs nets des adhérents, leur
variation dans le temps et les affectations et les distributions effectués sur le
surplus ou déficit de l’exercice59.
Les entreprises doivent fournir les informations suivantes au niveau du
tableau de variation des actifs nets du fonds des adhérents et/ou au niveau
des notes aux états financiers :
✓ Le surplus ou déficit du fonds des adhérents au début de la période
concernée par l’état financier ;
✓ Le surplus ou déficit du fonds des adhérents de la période concernée par
l’état financier ;
✓ Les distributions et affectations effectuées sur le surplus ou déficit de la
période concernée par l’état financier ;
✓ Le montant du « Qardh Hassan » remboursé ;
✓ Le total du surplus ou déficit du fonds des adhérents à la fin de la période
concernée par l’état financier ;
✓ L’affectation du surplus ou déficit cumulé entre les branches ;
✓ Les clefs de répartition du surplus entre les adhérents ;
✓ Le détail des réserves constituées pour le fonds des adhérents notamment
la provision d'équilibrage des pourcentages d'indemnisation.
o Tableau de variation des capitaux propres de l’opérateur du fonds : Cet état
doit être fourni dans les notes aux états financiers de l’entreprise takaful et/
ou Ré-Takaful. Il renseigne sur les composantes des fonds propres
attribuables à l’opérateur, leur variation dans le temps et les affectations et
les distributions effectués sur le résultat de l’exercice60.
Les informations suivantes sont à présenter au niveau du tableau de
variation des capitaux propres ou au niveau des notes aux états financiers:
✓ Le nombre et la valeur nominale de chaque catégorie de titres composant
le capital social et l'étendue des droits que confèrent à leur détenteur les
titres de chaque catégorie avec l'indication de ceux qui ont été créés ou
remboursés pendant l'exercice ;
✓ La valeur nominale des différentes catégories de titres de l'entreprise
détenus par elle-même, ainsi que le nombre et la valeur nominale des
titres de chaque catégorie achetés ou vendus pendant l'exercice ;

59 Se référer à l’annexe n° 8
60 Se référer à l’annexe n° 9

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 94 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

✓ La ventilation des réserves en distinguant les réserves statutaires et


chacune des réserves réglementaires et des autres réserves avec leur
dénomination précise ;
✓ Le détail des mouvements ayant affecté la composition des fonds propres
au cours de l'exercice notamment les réserves incorporées au capital
social ou au fonds commun et les augmentations de capital ou de fonds
commun ;
✓ Les titres soumis à une réglementation particulière.
o Etat des mouvements sur les éléments de l’actif-Se référer à l’annexe n° 10 ;
o Etat récapitulatif des placements - Se référer à l’annexe n° 11 ;
o Etat des règlements et des provisions pour sinistres à payer - Se référer à
l’annexe n° 12 ;

o Etat de ventilation des charges et des produits des placements - Se référer à


l’annexe n° 13 ;

o Etat de ventilation du Surplus ou déficit par catégorie d’assurance


(assurance takafulet/ouRé-Takaful Familial) - Se référer à l’annexe n° 14 ;

o Etat de ventilation du Surplus ou déficit par catégorie d’assurance


(assurance takafulet/ou Ré-Takaful Général)- Se référer à l’annexe n° 15 ;

o Tableau de raccordement du surplus/déficit par catégorie d’assurance aux


états financiers (assurance Takaful et/ou de Ré-Takaful familial)- Se référer à
l’annexen°16;

o Tableau de raccordement du surplus ou déficit par catégorie d’assurance


aux états financiers (assurance takaful et/ou de Ré-Takaful Général) - Se référer à
l’annexe n°17;

o Les notes aux états financiers.


▪ Afin d’alléger la lecture à l’utilisateur, le bilan et l’état des flux de trésorerie
peuvent être présentés dans un format tabulaire identifiant le fonds des
actionnaires, chacun des fonds des adhérents et la compagnie Takaful pour le
cumul.
▪ L’état détaillé par branche est exigé au niveau des notes aux états financiers.
▪ Pour l’état de flux de trésorerie, l’état de variation des capitaux propres et l’état
des engagements hors bilan, les modèles appliqués par les sociétés d’assurance
conventionnelles peuvent être gardés et appliqués par les sociétés tout en
changeant leur intitulé pour indiquer si ça concerne le fonds des adhérents ou
bien celui des actionnaires.
▪ A la lumière des différentes pratiques observées, il apparaît qu’aucune des
réglementations comptables étudiées n’a prévu de nomenclature spécifique à
appliquer par les sociétés Takaful et Ré-Takaful. Cependant, la règle, dans tous
les cas, prévoit que les sociétés Takaful et Ré-Takaful doivent être organisées
de telle sorte qu’elles puissent produire des informations permettant de

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 95 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

répondre aux exigences de présentation des états financiers, ainsi qu’aux


exigences d’information des différents organismes de surveillance.
La nomenclature adoptée par les sociétés Takaful tunisiennes est celle prévue
par la NCT 27.Un réaménagement de cette nomenclature s’avère être
nécessaire. En fait, la personnalisation de la nomenclature comptable telle que
précisée par la règlementation comptable Tunisienne, permet à une compagnie
d’assurance islamique Takaful de personnaliser ses comptes suivant la nature
spécifique de son activité. Une spécification dans l’intitulé du compte serait
nécessaire pour différencier les comptes liés aux fonds des adhérents de ceux
des actionnaires.
L’intitulé des classes restera le même et l’aménagement se fera au niveau des
sous classes et des comptes pour distinguer les opérations faites sur chaque
fonds.
▪ Pour les placements, il y’a lieu de présenter seulement les placements de la
société (propres aux actionnaires) en détail, pour les placements du fonds des
adhérents il y’a lieu de présenter seulement une sous rubrique « placements
du fonds des adhérents » qui sera détaillé en fonction du catalogue des
placements propres aux sociétés d’assurance TAKAFUL prévu par la loi de
mars 2016.
▪ Pour ce qui est de la définition des méthodes comptables utilisées, la spécificité
de l’activité Takaful rend nécessaire la définition de certaines méthodes
notamment la plus importante à notre avis, est celle afférente à la définition du
rattachement des charges aux produits, précédemment traitée (se référer à la
section 1 de ce chapitre).

En marge de ce qui précède, et toujours dans le cadre de la présentation des états


financiers, il y’a lieu de faire un petit détour du côté de la présentation de la charges
Zakat qui n’est pas prévues spécifiquement par les normes comptables Tunisiennes
ni dans ses modalités de calcul ni dans ses règles de présentation.
A ce titre, on notera que le traitement préconisé par la norme n°9 de l’AAIOFI peut
être adopté pour le traitement de ce volet dans notre référentiel national du fait
que la Zakat répond à la définition d’une charge.
Au niveau des normes AAOIFI, la charge de la Zakat devrait être présentée
séparément au niveau des états financiers et faire l’objet d’une note séparée qui fait
partie intégrante des états financiers à divulguer.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 96 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Chapitre 2. Adéquation de la législation fiscale aux


spécificités de l’activité Takaful

La législation fiscale Tunisienne, en matière de finance islamique, a connu des


avancées, plutôt timides, dans le cadre des lois de finances 2014 et 2016
principalement.
Toutefois, ces dispositions n’ont concerné que le régime fiscal de l’émission des
Sukuks souverains et le traitement fiscal de quelques produits fournis par les
banques islamiques, aucune disposition traitant des opérations liées au modèle
Takaful n’a vu le jour jusqu’à aujourd’hui (septembre 2017).
Ce vide est dû au fait que le traitement comptable des problématiques liées au
modèle Takaful n’a pas encore été tranché par des normes spécifiques permettant
à la D.G.E.L.F (législateur fiscal Tunisien) de prendre position et d’émettre les textes
législatifs nécessaires au bon développement de ce modèle en Tunisie (se référer au
chapitre 3 de la première partie).

A ce titre, on se propose dans ce qui suit de présenter, d’un point de vue purement
pratique, les problématiques liées au volet fiscal que rencontrent à ce jour les
compagnies Takaful en Tunisie, et qui nécessitent une définition claire du régime
fiscal adéquat.
Pour chaque problématique nous avons adopté une démarche basée sur trois axes :
▪ L’exposé de la problématique ;
▪ Revue des pratiques sur la scène internationale ;
▪ Proposition d’un traitement adéquat propre à la législation nationale.
Il est aisément remarquable de constater que nous avons fait le choix de classer la
revue des pratiques fiscales à l’échelle internationale au niveau de ce chapitre au
lieu du chapitre 2 de la première partie traitant du cadre général de l’activité
Takaful à l’échelle internationale et ce pour les raisons suivantes :
▪ Il n’existe pas de référentiel fiscal pour l’activité Takaful à l’échelle
internationale, comme en matière comptable et prudentielle. Ceci s’explique
par le fait que la politique fiscale est avant tout une « politique » qui est propre
à chaque pays et il est difficile voire même impossible d’unifier le traitement
fiscal entre deux pays. Pour reprendre les termes de M. Raouf Yaïch dans son
livre intitulé « le résultat imposable » ou il a énoncé que « Le système fiscal d’un
pays ne peut être que le produit de la culture de l’administration qui le conçoit et qui
l’applique » ;
▪ Au lieu d’exposer d’une manière sommaire et globale le régime fiscal du
Takaful dans quelques pays, nous avons opté pour la revue de ces pratiques
d’une manière plus profonde à chaque fois que nous exposerons une
problématique fiscale bien précise.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 97 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Toutefois, nous avons eu quelques limitations dans notre démarche dues au fait
que :
▪ Certaines problématiques fiscales nationales ne posent pas de difficultés sous
d’autres cieux à cause des divergences de politiques fiscales ou de l’inexistence
même de l’impôt et/ou taxe objet de la problématique ;
▪ L’accès à l’information est souvent limité surtout dans l’analyse de certains
volets très pointus et pour des environnements caractérisés par un manque de
transparence.
Ainsi, dans notre exposé des pratiques fiscales à l’échelle internationale nous avons
essayé de présenter, pour chaque problématique et à chaque fois que c’été possible,
les traitements fiscaux adoptés compte tenu de la disponibilité de l’information et
de l’existence même de la problématique par ailleurs.

Section 1. Inexistence fiscale du fonds des participants

Sous-Section 1. L’exposé de la problématique


Le modèle Takaful tel que développé par les « Fuqaha61 » lors de la conférence
internationale de la finance islamique tenue à la Mecque en 1976, présente la
particularité de la séparation du fonds des actionnaires de celui des adhérents, afin
d’assurer la mutualisation des risques au lieu de leur transfert.
Dans les faits, force est de constater que cette séparation s’est limitée au volet
financier (création de compte bancaires distincts) voir comptable dans certains cas, mais
n’est jamais aller au-delà de ces aspects pour se concrétiser sur les terrains
juridique et fiscal, sauf pour le cas du Soudan, pays précurseur dans cette industrie,
ou la séparation est allée jusqu’à l’instauration d’assemblée générale propre à
chaque fonds.
Sur le plan national, le législateur tunisien s’est aligné sur la position de la majorité
sur ce point, et n’a prévu que l’existence de la personnalité juridique et fiscale pour
l’opérateur du fonds (fonds des actionnaires) qu’il considère comme étant la
compagnie d’assurance Takaful.
L’inexistence de la personnalité juridique et fiscale du fonds des adhérents
engendre quelques difficultés dans la pratique. En effet, comme il le sera exposé
dans les prochaines sous-sections avec plus de détails, des problématiques telles
que :
▪ La TCL due, assise sur le chiffre d’affaires (contributions pour le fonds des adhérents
et commissions Wakala et Mudharaba pour celui des actionnaires) ;

▪ L’impôt sur les sociétés (résultat du fonds des actionnaires Vs Surplus) ;


▪ La T.U.A ainsi que les différentes taxes parafiscales (F.G.A, F.P.A.C, F.P.S.R, etc…).

61Un Faqīh (au pluriel, Fuqahā') (‫فقيه‬, ‫ )فقهاء‬est un juriste musulman, spécialiste de l'interprétation temporelle des règles de la Sharia. Il est quelquefois traduit par
jurisprudence islamique

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 98 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Qui génèrent des incohérences quant aux modalités de leur liquidation, qui se fait
actuellement sur la patente de l’opérateur du fonds, alors qu’il n’est pas sensé
réaliser, en son nom propre, d’opérations d’assurance.
En effet, l’objet de son activité se limite à la gestion administrative et technique du
fonds des adhérents. Il perçoit en contre partie des commissions Wakala et
Mudharaba qui constituent l’essentiel de son chiffre d’affaires.
En terme plus simple, le modèle Takaful se base sur la mutualisation des risques
entre les adhérents qui s’auto-assurent eux-mêmes, l’opérateur du fonds ne fait
que gérer, moyennant une rémunération, les aspects administratifs et techniques
liés au fonds des adhérents et ne s’engage nullement dans le domaine assurantiel,
exclusivement du ressort des adhérents.
Partant de là, il est totalement inapproprié de constater sur les déclarations fiscales
de l’opérateur du fonds, et sur son propre matricule fiscal, des taxes comme la taxe
unique sur les assurances qui est normalement du ressort du fonds des adhérents.
Les répercussions de cette confusion de personnalité morale sur le plan fiscale sont
perceptibles aussi au niveau du traitement d’un éventuel redressement fiscale dont
la liquidation du résultat ne devrait pas se faire exclusivement sur le matricule
fiscal de l’opérateur de fonds (du moins pour les chefs de redressement liés à l’activité
assurantielle).

Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale


À l’échelle internationale, la position est tranchée à l’unanimité en faveur de
l’existence d’une seule personnalité morale (abritant les deux fonds), et ce, aussi bien
sûr le plan juridique que fiscal.
En effet, seul le Soudan s’est emparé d’une exclusivité juridique qui consiste en la
création d’une assemblée générale, propre aux adhérents, au sein de laquelle ils
passent en revue les questions qui les concernes de près, notamment la distribution
du Surplus, la constitution de réserves, les éventuelles difficultés du fonds et les
problèmes de gestion y afférents, etc…Leurs résolutions sont transmises à
l’opérateur du fonds pour prise en compte.
Néanmoins, cette orientation du législateur soudanais pour l’indépendance du
fonds des adhérents ne s’est pas concrétisée par la création d’une entité juridique
propre ni par l’existence fiscale indépendante du fonds.
À notre sens, cette unanimité des voix, pour la confusion des deux fonds dans une
seule entité juridique et fiscale, trouve sa motivation dans les difficultés que
pourrait générer l’existence de deux entités juridiques (fiscalement indépendante) sur
le plan :
▪ Comptable : notamment l’organisation comptable et le contrôle interne,
l’existence de commissaires aux comptes pour chaque entité,
l’interdépendance de certaines opérations et les problèmes de
comptabilisation qui en découlent, … ;

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 99 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Juridique : notamment le choix de la forme des deux sociétés, l’apport en


capital pour la société propre au fonds des adhérents, les problèmes de gestion
inhérents à la dualité de gouvernance, … ;
▪ Prudentiel : notamment la question du capital minimum à prévoir pour
chaque société, les problèmes de gouvernance que génère la dualité de
direction, de conseil d’administration et d’assemblée, la dilution de la
responsabilité en cas de déficit du fonds, entre la gouvernance des deux
sociétés, … ;
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat
Sur le plan juridique, la question de l’existence d’une personnalité morale pour le
fonds des adhérents a été tranchée par les dispositions de la loi de juillet 2014.
Ainsi, il nous faudra s’aligner, sur le plan fiscal, aux orientations déjà tracées du
législateur et essayer de proposer une solution en adéquation avec la
règlementation en vigueur.
À ce titre, il est plus adéquat, à notre sens, que l’opérateur du fonds soit le seul vis-
à-vis de l’administration fiscale en termes de prise en charge de ses obligations
fiscales mais aussi celles du fonds des adhérents en ayant recours au mécanisme
de la retenue à la source.
L’opérateur du fonds jouera alors le rôle de collecteur d’impôts et/ou taxes au
profit de l’état, un peu comme le ferait un contribuable tunisien lors du règlement
d’une facture pour un non résident (non établi) avec la retenue à la source au titre
des impôts directs et indirects.
Il faudra, néanmoins, aménager les formalités de liquidation de cette retenue
d’impôts et/ou taxes en permettant à l’opérateur du fonds de créer sous son
matricule fiscal une subdivision, comme pour le cas d’existence d’établissement
secondaire pour une même société, et éventuellement prévoir ces particularités au
niveau des imprimés déclaratifs appropriés (déclaration mensuelle, annuelle, acompte
prévisionnel, etc…).

Section 2. Régime fiscal des commissions Wakala et Mudharaba


Sous-Section 1. L’exposé de la problématique
Notre système fiscal en vigueur n’a pas défini d’une manière claire le régime fiscal
des compagnies Takaful et notamment celui propre aux revenus/bénéfices du
fonds des actionnaires et celui propre au fonds des adhérents.
Nous traiterons au niveau de la section 4, du régime fiscal propre au fonds des
adhérents, dans cette section nous essaierons d’exposer celui du fonds des
actionnaires qui présente quelques spécificités notamment en matière
d’imposition aux taxes indirectes (dont la TVA).

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 100 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale


À l’échelle internationale les pratiques varient en fonction des politiques fiscales
propres à chaque pays, ainsi :
▪ En matière d’impôts directs :
o Au Emirats Arabe Unies, le fonds des actionnaires n’est pas redevable
d’impôts au titre des bénéfices qu’il dégage. Cela dit, il ne s’agit pas de
spécificité des compagnies Takaful dans ce pays, mais plutôt d’une politique
fiscale de ce dernier. En effet, il n’existe pas d’impôts sur les sociétés sauf pour
les banques étrangères et aux compagnies pétrolières ;
o En Arabie Saudite62, au Soudan63, en Malaisie64, au Pakistan65 et en
Jordanie66, le résultat dégagé par le fonds des actionnaires est soumis à
l’impôt sur les sociétés. Ceci revient à dire qu’aussi bien les commissions
Wakala que Mudharaba sont imposables après déduction des charges
déductibles (frais de gestion), qui incluent le montant du Quardh Hassan.
▪ En matière d’impôts indirects (principalement la TVA) :
o Au Emirats Arabe Unies, il n’existe pas de TVA et les commissions Wakala et
Mudharaba échappent à tout impôts et taxes ;
o En Malaisie, il n’existe pas de notion de taxe sur la valeur ajoutée en revanche
il est instauré une taxe sur les biens et service (G.S.T => Goods and Services Tax)
au taux de 6%. Dans ses articles 12 et 13, le « Guide on Insurance and Takaful »,
publié en août 2017 par le ministère des finances Malaisien, a expressément
exonéré de la G.S.T les commissions Wakalaet Mudharaba ;
o Au Pakistan67, comme en Malaisie, il n’existe pas de taxe sur la valeur ajoutée
en revanche, il est instauré une taxe sur les biens et service (G.S.T => Goods and
Services Tax). Toutefois, et contrairement à la Malaisie cette taxe n’est assise
que sur la vente de bien et ne touche pas les services fournis. Ainsi, les
commissions Wakala et Mudharaba se trouvent hors champ de cette taxe ;
o En Jordanie, il est instauré la « General Sales Tax (GST) »68, assise sur les
biens et services au taux standards de 16% (certains biens sont soumis au taux de
4% d’autres en sont exonérés). En vertu de la législation en vigueur en Jordanie,
les commissions Wakala et Mudharaba sont considérés comme des
rémunérations en contrepartie de prestations de services et se trouvent par
conséquence taxer au taux de 16% ;
o Au Soudan69, il existe la notion de taxe sur la valeur ajoutée, toutefois elle, est
principalement instituée sur la production de biens et la fourniture de
quelques services relatifs à la restauration et l’hôtellerie. Ainsi, les
commissions Wakala et Mudharaba se trouvent hors champ de cette taxe ;
62Au taux de 20% conformément au « income tax regulations (mars 2004) »
63 Le taux varie selon la taille de la société entre 10% et 20% conformément au « Taxation Amendement Act of 2012 »
64 Au taux de 24% conformément au « income tax act 1967 »
65Régie par le « Income Tax Ordinance 2001 » - 4ème Section intitulée « Rules for the computation of the profits and gains of insurance business »
66 Au taux de 24%
67 Régie par « Baluchistan sales tax on services act, 2015 »
68Régie par le « Law No. 6 of 1994 General Sales Tax Law »
69 Régie par le « investissement and promotion act 2009 »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 101 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

o En Arabie Saudi, la notion de taxe sur la valeur ajoutée n’existe pas encore et
elle n’a point d’équivalent, toutefois le gouvernement a officiellement
annoncé l’instauration de cette taxe (TVA) à partir du 1er janvier 2018 au taux
de 5%. D’après, ce qui est annoncé cette taxe aura un large scope et couvrira
toutes les transactions sur le territoire du royaume, les exceptions seront très
limitées et on peut prévoir d'ores et déjà qu’elles n’engloberont pas les
commissions Wakala et Mudharaba qui seront soumis à la TVA.
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat
Définir le régime fiscal des commissions Wakala et Mudharaba perçus par
l’opérateur du fonds (fonds des actionnaires), revient à exposer le régime fiscal de ce
dernier en matière d’impôts directs (IS et R/S) et indirects (cas de la TVA).
Nous rappellerons, dans un premier temps, le régime fiscal applicable
actuellement aux compagnies Takaful avant d’exposer notre vision du régime fiscal
de l’opérateur du fonds (fonds des actionnaires), compte tenu de la réglementation en
vigueur et du respect des spécificités du modèle Takaful.
▪ Régime fiscal actuel des compagnies Takaful :
L’exposé du régime fiscal actuel des compagnies Takaful en Tunisie est assez
aisé puisqu’il ne présente aucune particularité par rapport à celui en vigueur
pour les compagnies d’assurances conventionnelles, déjà exposé dans la
section 1, chapitre 3 de la première partie.
▪ Régime fiscal du fonds des actionnaires :
✓ En matière d’impôts directs (IS et R/S) :
Avant de se lancer dans l’analyse de la qualification des commissions
Wakala et Mudharaba et leur assujetissement à la retenue à la source, au
sens du paragraphe I-a de l’article 52 du code de l’IRPP et de l’IS,
rappelons d’abord que la retenue à la source n’est qu’une « avance » sur
l’impôt dû. Ainsi, il est plus judicieux d’analyse le régime fiscal du
« principal » (qui est l’I.S), car « l’accessoire » (qui est la R/S) suivra.
A ce titre, il y’ a lieu de noter que les compagnies d’assurances
conventionnelles sont soumises à l’impôt sur les sociétés au taux de 35%,
sauf les mutuelles d’assurances, qui se trouvent, à ce jour (septembre 2017),
expressément exonérées de l’I.S de par les dispositions de l’article 46 du
code de l’IRPP et de l’IS.
Ainsi nous sommes tentés de plaider pour l’exonération de l’I.S des
compagnies Takaful au même titre que les mutuelles d’assurances
partant du fait de la similitude quant à la mutualisation des risques
néanmoins il nous faut garder à l’esprit une différence de taille entre les
mutuelles et les compagnies Takaful à savoir la séparation des fonds des
actionnaires et des adhérents.
Ainsi, le fonds des actionnaires, objet de cette section, ne peut en aucun
cas être assimilé à une mutuelle puisqu’il a le caractère commercial par
excellence du fait de son objet (prestation de service), d’une part, et du fait
Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 102 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

de la qualité de ses membres (les actionnaires) qui ont la qualité de


commerçant exerçant dans le cadre d’une société anonyme.
Ainsi, il nous paraît plus opportun de soumettre le fonds des actionnaires
à l’impôt sur les sociétés au taux du droit commun prévu par le
paragraphe 1 de l’article 49 du code de l’IRPP et de l’IS (fixé à 35%).
A ce titre il est intéressant de passer en revue le résultat imposable de
l’opérateur du fonds. D’une manière simplifiée, ce dernier se compose
de :
a. Revenus = Commission Wakala + Commission Mudharaba ;
b. Charges = Dépenses engagées pour le bon fonctionnement du fonds
des adhérents (y compris amortissement et provisions diverses)
La seconde rubrique(charges) a été traitée au niveau de la section 1 du
chapitre 1 de la présente partie, et ne présente pas de grande difficulté sur
le plan fiscale puisqu’elle obéit aux conditions de déductibilité de la
charge définies par le cadre commun à savoir :
a) Les conditions de fond
1. Se rattacher à la gestion ou être exposées dans l’intérêt de l’entreprise, ce
qui exclut les dépenses à caractère privée et celles pouvant être qualifiées
d’acte anormal de gestion.
2. Se traduire par une diminution de l’actif net, ce qui exclut les dépenses
ayant une contrepartie à l’actif.
3. Ne pas être exclues du droit à déduction par une disposition expresse de la
loi.
b) Les conditions de forme
4. Être comptabilisées et déduites de l’exercice auquel elles se rattachent.
5. Être appuyées de justifications suffisantes et probantes.
6. Être portées sur certaines déclarations lorsqu’une telle condition est
exigée par la loi.
La première rubrique (revenus), quant à elle, gagne à être clarifiée
davantage puisqu’elle porte sur deux types de « commissions » de
gestion :
o La commission Wakala perçue en contre partie de la gestion liée à
l’exploitation du fonds des adhérents (volet techniques assurantielles) ; et
o La commission Mudharaba perçue en contre partie de la gestion liée
aux placements des fonds des adhérents (volet placements financiers).
Ces deux types de « commissions » répondent parfaitement à la
définition donnée par l’article 601 du code de commerce qui précise que
le contrat de commission est le mandat par lequel un commerçant reçoit
pouvoir d’agir en son propre nom pour le compte de son mandant, dit
commettant.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 103 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

À ce stade, une précision doit être fournie pour le cas de la commission


Mudharaba, que certains considère comme un partage de profit financier
provenant d’activités de placement et l’assimile à des revenus de capitaux
mobilier ou de valeurs mobilières (en fonction du type de placement sous-jacent)
soumis à une retenue à la source de 20%.
À notre sens, la qualification de la commission Mudharaba émane de sa
définition qui stipule que le contrat Mudharaba est un contrat de fiducie
par lequel une partie (l’investisseur) fournit le capital pour un projet, et
l'autre (Manager), le travail. A l’issue de ce contrat :
✓ Le profit est distribué suivant le ratio prédéfini dans le contrat
Mudharaba ;
✓ Les pertes sont par contre entièrement supporter par l’investisseur ;
✓ Le manager reçoit en contrepartie de sa gestion une rémunération
(frais de gestion).

Ainsi, en se référant à la doctrine administrative70, le champ d’application


des commissions passibles de la retenue à la source au taux de 15%,
institué par le paragraphe I-a de l’article 52 du code de l’IRPP et de l’IS,
et limité à celles régies par l’article 601 du code de commerce, couvre
parfaitement les commissions Wakala et Mudharaba.
On peut donc conclure que ces revenus doivent faire l’objet d’une retenue
à la source aux taux de 15%, imputable sur le montant de l’I.S a liquidé
.
Enfin, pour ce qui est des dividendes versés par le fonds des actionnaires
à ces derniers sur les bénéfices dégagés, ils restent soumis au régime de
droit commun et ne présentent pas de spécificité particulière.
✓ En matière d’impôts indirectes (TVA) :
En ce qui concerne la TVA assise sur le chiffre d’affaires : Aux termes de
l’article 1er du code de la TVA, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée
les affaires faites en Tunisie qui, quels qu’en soient les buts ou les
résultats, revêtent le caractère industriel, artisanal, libéral ainsi que les
opérations commerciales autres que les ventes.
L’imposition à la taxe sur la valeur ajoutée s’applique, abstraction faite
du statut juridique de l’opérateur ou de sa situation vis-à-vis des autres
impôts ainsi que de la forme ou de la nature de leur intervention et le
caractère habituel ou occasionnel de celle-ci.
Les commissions Wakala et Mudharaba sont réputées être perçues par
l’opérateur du fonds en contrepartie de prestation de services (gestion
techniques et gestion financière) à caractère commercial, à ce titre elles sont
soumises à la TVA.

70 BODI – Texte DGI n°90/28, note commune n°23 (page 125 à 129)

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 104 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Conformément à l’article 6 du code de la TVA, l’assiette de la taxe est


composée par le montant de la commission (Wakala et/ou Mudharaba).
L’article 5, quant à lui, défini le fait générateur de cette taxe, constitué par
la réalisation du service ou par l'encaissement des acomptes lorsqu’ils
interviennent antérieurement à la réalisation du service.
Le taux de la taxe est fixé à 18% au terme de l’article 7 du code de la TVA.
Pour ce qui est de la TVA assise sur les dépenses (achats & immobilisations)
: L’opérateur du fonds (fonds des actionnaires) est redevable de la TVA sur
ses achats conformément au droit commun. Il pourra procéder à la
déductibilité de la TVA de la TVA collectée sur les commissions Wakala
et Mudharaba, et devra procéder à la liquidation de la TVA à payer
mensuellement dans le cadre de sa déclaration mensuelle.
Il est à rappeler que le régime fiscal exposé précédemment (pour le fonds des
actionnaires) suppose la mise en place du traitement fiscal exposé dans la première
section pour palier à l’inexistence fiscale du fonds des adhérents.
En effet, les retenues à la source effectuées sur les commissions Wakala et
Mudharaba par le fonds des adhérents (partie qui décaisse) doivent être versées à
l’état dans le cadre d’une déclaration mensuelle selon la réglementation en vigueur.
Ceci suppose que ledit fonds dispose de la personnalité morale et d’une existence
fiscale d’où la nécessité d’aménager les procédures déclaratives (imprimés, création
de subdivision sous le matricule de l’opérateur du fonds, etc…).

Enfin, il va sans dire que l’opérateur du fonds (fonds des actionnaires) devra tenir
compte de ces charges fiscales (I.S et T.V.A) pour la fixation annuelle du taux de
commission Wakala et Mudharaba à soumettre pour approbation du comité de
supervision sharaïque au risque de les supporter sur sa propre marge.

Section 3. Régime fiscal du Quardh Hassan


Sous-Section 1. L’exposé de la problématique
Le législateur Tunisien a instauré la notion de Quardh Hassan dans le cadre de la
loi de juillet 2014 et l’a défini comme étant un prêt sans intérêt accordé par
l’opérateur du fonds pour combler le déficit du fonds des adhérents.
Compte tenu de la législation fiscale en vigueur, cette définition nous amène à nous
demander sur :
▪ La déductibilité fiscale du Quardh Hassan ;
▪ L’éligibilité du Quardh Hassan aux dispositions du paragraphe VII de l’article
48 du code de l’IRPP et de l’IS, qui exige la constations d’intérêts minimum
de 8% sur les prêts « inter-entreprises » et leur imposition.
Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale
Tout d’abord, il y’a lieu de noter que la seconde problématique est typiquement
Tunisienne, dans le sens où elle ne se pose nulle part ailleurs puisque les

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 105 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

dispositions auxquelles il est fait référence précédemment sont relatives à la


législation nationale.
Pour ce qui est de la première problématique, il y a lieu de noter que l’exposé des
pratiques sur la scène internationale est assez aisé puisqu’à l’unanimité le Quardh
Hassan est considéré comme une charge déductible dans les comptes de
l’opérateurs du fonds.
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat
Afin de pouvoir dégager le traitement fiscal approprié du Quardh Hassan, nous
allons dans un premier temps essayer de le qualifier fiscalement, pour ensuite
passer en revue la littérature (loi, doctrine, jurisprudence, etc…) pour appréhender la
vision du législateur en la matière et conclure par les propositions qui s’imposent.
▪ La déductibilité fiscale du Quardh Hassan :
Afin de répondre à la question de la déductibilité fiscale du Quardh Hassan, il
y’a lieu de se référer aux conditions exigées par la législation fiscale en vigueur
en matière de déductibilité des charges encourus par les entreprises en Tunisie.
En effet, les conditions de déductibilité fiscale des charges se déduisent des
règles définies par le code de l’IRPP et de l’IS.
Ainsi, pour être admises en déduction, les charges doivent remplir trois
conditions de fond et trois conditions de forme :
a) Les conditions de fond
1. Se rattacher à la gestion ou être exposées dans l’intérêt de l’entreprise, ce
qui exclut les dépenses à caractère privée et celles pouvant être qualifiées
d’acte anormal de gestion.
2. Se traduire par une diminution de l’actif net, ce qui exclut les dépenses
ayant une contrepartie à l’actif.
3. Ne pas être exclues du droit à déduction par une disposition expresse de la
loi.
b) Les conditions de forme
4. Être comptabilisées et déduites de l’exercice auquel elles se rattachent.
5. Être appuyées de justifications suffisantes et probantes.
6. Être portées sur certaines déclarations lorsqu’une telle condition est exigée
par la loi.
A la lecture de ces conditions on s’aperçoit que le Quardh Hassan les rempli
toute sauf la seconde, en effet, de par le traitement comptable déjà exposé au
niveau de la section 4 du premier chapitre, il s’avère que le Quardh Hassan se
traduit par une contrepartie à l’actif de l’opérateur du fonds (au niveau des
placements financiers).
Ainsi, à notre sens, le Quardh Hassan n’est pas déductible de l’assiette
imposable de l’opérateurs du fonds.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 106 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Toutefois, les dépréciations de valeurs, éventuellement constatées en fin


d’année, sont déductibles puisqu’elles répondent parfaitement aux conditions
exposées précédemment.
▪ L’éligibilité du Quardh Hassan aux dispositions du paragraphe VII de l’article
48 du code de l’IRPP et de l’IS :
Dans la législation fiscale Tunisienne le traitement fiscal des prêts « inter-
entreprises » est assimilé au traitement des sommes mises par les associés à la
disposition de la société. La raison est imposée par la réalité économique qui
fait qu’aucune société ne déposera un excédent de trésorerie dans les comptes
d’une autre entreprise avec laquelle elle n’a aucun lien (pas de participation). En
effet d’autres mécanismes existent pour régir ce genre de placement
notamment la souscription dans des titres participatifs ou des billets de
trésorerie qui ont leur propre traitement fiscal.
A notre sens, la qualification fiscale du Quardh Hassan, dans la législation
actuelle, est a cherché du côté des « sommes mises par les associés à la
disposition de la société », bien qu’on ne parle pas dans les faits d’associés aux
sens juridique du terme, puisqu’aucune participation du fonds des
actionnaires n’existe dans le fonds des adhérents et vice-versa.
Ainsi, les sommes mises par les associés à la disposition de la société sont
régies, sur le plan fiscal, par le paragraphe VII de l’article 48 du code de l’IRPP
et de l’IS qui stipule que : « Les intérêts servis aux associés à raison des sommes
qu’ils versent ou qu’ils laissent à la disposition de la société en sus de leur part dans
le capital social sont déductibles dans la limite du taux de 8% à condition que le
montant des sommes productives d’intérêt n’excède pas 50% du capital et que ce
dernier soit entièrement libéré.
Font partie des résultats soumis à l’impôt, au taux de 8%, les intérêts non décomptés
ou décomptés à un taux inférieur à ce taux au titre des sommes mises par la société
à la disposition des associés. »
A la lecture de ces dispositions nous sommes amenés à relever l’inadéquation
des intérêts minimum de 8% avec les préceptes sharaïques du modèle Takaful.
Ce constat se confirme à la lecture de la doctrine fiscale en la matière,
notamment la note commune 18/2004 (texte n° DGI 2004/22) qui stipule ce qui
suit « …il y a lieu de préciser que le fait que les associés ne décomptent pas d’intérêts
au titre des sommes qu’ils mettent à la disposition de la société, ne met pas obstacle
à l’imposition des intérêts non décomptés entre les mains des associés et ce, sur la
base de 8% des sommes mises à la disposition de la société. Dans ce cas, l’imposition
a lieu même dans le cas où le capital de la société n’est pas totalement libéré et dans
le cas où les sommes génératrices des intérêts dépassent 50% du capital.
Etant entendu également qu’aucune déduction n’est admise à ce titre au niveau de la
société emprunteuse pour le cas des intérêts non décomptés et ce pour défaut de
comptabilisation des intérêts. »
Il en est de même à la lecture de la prise de position de la DGELF, n° 337 du 10
janvier 2007, qui considère que les comptes courants associés créditeurs non

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 107 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

rémunérés donnent lieu au décompte d’un intérêt supplétif imposable entre les
mains des associés, ce qui va aggraver davantage le déficit du fonds des
adhérents et pénaliser les comptes du fonds des actionnaires par le décompte
d’un intérêt supplétif imposable.
Enfin, la DGELF, a récemment pris position, dans une correspondance datée
du 31 octobre 2017, destinée au ministère des finances, dans le cadre de
l’exposé sondage relatif aux normes spécifiques liées à l’activité Takaful, ou elle
a expressément énoncé l’imposition des intérêts « abandonnés » lors de
l’octroi d’un « Quardh Hassan » par le fonds des actionnaires au fonds des
adhérents en fixant comme taux d’intérêt applicable celui pratiqué sur le
marché.
De ce qui précède il paraît clair qu’il est nécessaire d’adapter la législation
fiscale en la matière, soit par l’énoncer d’une exception concernant le Quardh
Hassan au sein de l’article 48 du code de l’IRPP et de l’IS, ou encore plus
adéquat, de prévoir des dispositions spécifiques au cas du Quardh Hassan qui
ne doit pas générer d’intérêt afin de garder l’esprit du modèle Takaful, d’autant
plus que, la loi de juillet 2014, a expressément énoncée l’inexistence d’intérêt
sur ce prêt.

Section 4. Imposition et liquidation du surplus (R/S et I/S)

Sous-Section 1. L’exposé de la problématique


Dans la section 2 de ce chapitre, nous avons exposé les difficultés existantes pour
la détermination et la liquidation de l’impôt sur les compagnies de Takaful en
absence de définition claire du régime fiscal réservé à chacun des deux fonds.
Nous avons ainsi exposé notre vision quant au régime fiscal à prévoir pour le fonds
des actionnaires, pour ce qui est du fonds des adhérents, les textes en vigueur ne
mentionnent pas si le surplus du fonds serait imposable ou non ? Et dans
l’affirmative, les modalités de son imposition : imposition au niveau de la société
Takaful ou imposition entre les mains des participants sur la base des
distributions ? dans ce cas de figure, la distribution du surplus est-elle assimilée à
des dividendes ? auquel cas cette distribution doit-elle faire l’objet de retenue à la
source ?
Bien que dans les faits, cette problématique ne s’est pas encore posée à ce jour, du
fait que les compagnies Takaful de la place n’ont pas encore dégagé de bénéfices
techniques distribuables entre les mains de leurs adhérents, cette situation a créé
une polémique surtout eu égard des sociétés d’assurances conventionnelles qui
voient tous leurs bénéfices techniques imposables alors qu’en même temps les
compagnies Takaful revendiquent le même traitement fiscal réservé aux mutuelles
d’assurances (exonération de l’I.S) dont le fondement s’apparente davantage avec le
modèle Takaful.
Dans les sous-sections qui suivent nous allons exposer le traitement fiscal du
surplus à l’échelle internationale pour ensuite proposer un régime fiscal propre à
notre cadre législatif national.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 108 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale


À l’échelle internationale les pratiques varient en fonction des politiques fiscales
propres à chaque pays, ainsi :
▪ Au Emirats Arabe Unies, le fonds des adhérents n’est pas redevable d’impôts
au titre du surplus qu’il dégage. Cela dit, il ne s’agit pas de spécificité des
compagnies Takaful dans ce pays mais plutôt d’une politique fiscale de ce
dernier. En effet, il n’existe pas d’impôts sur les sociétés sauf pour les banques
étrangères et aux compagnies pétrolières ;
▪ En Arabie Saoudite71, au Soudan72, en Malaisie73, au Pakistan74 et en
Jordanie75, le résultat dégagé par le fonds des adhérents est soumis à l’impôt
sur les sociétés ;
▪ La norme 26 de l’AAIOFI traite le Surplus comme un excédent et non pas
comme profit, et écarte par conséquent son imposition.
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat
Se pencher sur la question de l’imposition du surplus revient à traiter en amont la
question de la déductibilité de la contribution versée par les adhérents dans le
fonds des participants considérée de par le modèle Takaful comme un don.
En effet, nous sommes tentés de défendre la non déductibilité de cette contribution
du fait qu’elle est réputé être un don avancé par l’adhérent et récupérable par le
biais du mécanisme de la distribution du Surplus du fonds des adhérents.
Toutefois, cette considération est purement sharaïque, la législation fiscale a un
tout autre point de vue, puisqu’elle considère le paiement de cette contribution
comme la contrepartie du bénéfice d’une assurance émanant des adhérents du
fonds et par conséquent son règlement comme une charge de l’exercice au même
titre que les primes d’assurances payées par un assuré ordinaire.
La qualification de charge étant établie il est opportun de vérifier la déductibilité
de cette charge en se référant aux conditions de déductibilité instituées par le code
de l’IRPP et de l’IS, à savoir :

Condition Conformité
Les conditions de fond
1. Se rattacher à la gestion ou être exposées dans l’intérêt de Conforme
l’entreprise, ce qui exclut les dépenses à caractère privée et
celles pouvant être qualifiées d’acte anormal de gestion
2. Se traduire par une diminution de l’actif net, ce qui exclut les Conforme
dépenses ayant une contrepartie à l’actif
3. Ne pas être exclues du droit à déduction par une disposition Conforme
expresse de la loi

71Au taux de 20% conformément au « income tax regulations (mars 2004) »


72 Le taux varie selon la taille de la société entre 10% et 20% conformément au « Taxation Amendement Act of 2012 »
73 Au taux de 24% conformément au « income tax act 1967 »
74Régie par le « Income Tax Ordinance 2001 » - 4ème Section intitulée « Rules for the computation of the profits and gains of insurance business »
75 Au taux de 24%

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 109 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Les conditions de forme

4. Être comptabilisées et déduites de l’exercice auquel elles se Conforme


rattachent
5. Être appuyées de justifications suffisantes et probantes Conforme

6. Être portées sur certaines déclarations lorsqu’une telle Conforme


condition est exigée par la loi

Ainsi, on peut affirmer que les contributions payées par les adhérents d’une
compagnie Takaful sont considérées, du point vu fiscal, comme étant des charges
déductibles au même titre que les primes d’assurances des compagnies
conventionnelles. À ce niveau nous rappelons une exception afférente aux
mutuelles, qui sont exonérées d’impôt sur les bénéfices qu’elles dégagent, une
exonération que nous jugeons infondée, du point de vue fiscal, du fait que les
cotisations payées par les mutualistes sont déductibles de leurs assiettes
imposables. Nous estimons que le législateur gagnerait à récupérer cet avantage (la
déductibilité) à travers l’imposition du bénéfice dégagé par la mutuelle.

Il découle, de ce qui précède, que le surplus dégagé par le fonds des adhérents est
imposable au sens du code de l’IRPP et de l’IS. À ce niveau se pose la question de
la modalité d’imposition de ce Surplus, dans le sens ou son imposition devra
intervenir au niveau de la compagnie Takaful ? ou entre les mains des adhérents
eux-mêmes (après distribution) ?
Quelle que soit l’option choisie, la mise en œuvre de cette imposition soulève la
problématique de l’inexistence fiscale du fonds des adhérents (évoquée au niveau de
la section 1). En effet, que l’imposition du surplus soit entre les mains des adhérents
ou au niveau de la compagnie, il faut tenir en compte du fait que c’est l’opérateur
du fonds qui aura la charge de la collecte de l’impôt au profit de l’état, à ce titre
nous rappelons que la liquidation de cet impôt devra se faire non pas par le biais
du matricule fiscal de l’opérateur du fonds, qui rappelons le, n’a aucun lien avec
l’activité assurantielle, mais plutôt par le biais d’une subdivision (du matricule racine)
propre au fonds des adhérents.
Pour reprendre et répondre à la question du choix de la modalité d’imposition du
surplus, nous sommes favorables à une imposition directe au niveau de la
compagnie Takaful pour les raisons suivantes :
▪ Cette modalité est plus simple à mettre en œuvre dans la pratique du fait qu’une
imposition entre les mains des adhérents entrainera l’instauration d’une
retenue à la source applicable sur chaque distribution (décaissements), un peu
comme pour le cas des dividendes, avec les difficultés liées au nombre important
de bénéficiaires et les particularités liées à chacun d’eux (adresse, matricule fiscal,
régime d’imposition, personne physique ou morale, résidents/non-résidents, héritiers en cas
de décès, etc…) surtout au niveau de la déclaration d’employeur ;

▪ La distribution du Surplus peut se faire par réduction sur la contribution de


l’année N+1, à ce niveau il serait difficile d’identifier l’assiette imposable entre

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 110 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

les mains des adhérents, surtout en cas de modifications des conditions de


souscription (garanties, capitaux assurés, etc…) de sorte à ne plus pouvoir faire la
part entre la réduction liée au bénéfice du surplus et les réductions liées au
changement des conditions de souscription ;
Ainsi, nous estimons que le surplus doit faire l’objet d’une imposition
conformément à la législation en vigueur à savoir au taux de 35%, assise sur le
bénéfice du fonds des adhérents compte tenu des déductions réglementaires.
À ce stade, la qualification de « bénéfice du fonds des adhérents » (ou surplus) nous
conduit à nous poser les questions suivantes :
✓ La distribution de surplus est-elle assimilée à une distribution de dividendes ?
✓ Si oui, est-elle soumise à une retenue à la source ? et qu’elle est son régime
fiscal entre les mains des bénéficiaires ?
Pour répondre à ces questions, il nous faut revenir à la définition juridique
des dividendes que l’on peut présenter comme « la part des bénéfices réalisés par une
société distribuée à la fin d'un exercice aux associés en application d'une délibération des
associés ou actionnaires votée lors de l'assemblée générale d'actionnaires ou d'associés
annuelle approuvant les comptes sociaux. Les dividendes servent à rémunérer les
apporteurs de capitaux propre (les associés ou actionnaires). Ils peuvent être distribués à
partir du bénéfice net de l'exercice clos ou prélevés sur les bénéfices mis en report à
nouveau ou en réserves »76.
A la lumière de cette définition nous pouvons avancer qu’il est inapproprié de
qualifier la distribution du surplus comme distribution de dividendes dans le sens
où :
▪ Il ne s’agit pas de rémunération d’apporteurs de capitaux propre, mais plus tôt
un remboursement de l’excédent/reliquat de la mise en commun de fonds
mutualisés pour faire face à des risques assurantiels ;
▪ La décision de distribution ne revient pas au titulaire des fonds mais plutôt à
l’opérateur du fonds, ainsi aucune délibération émanant d’une assemblée
générale des adhérents n’a été prévue par la loi, cette dernière a délégué la
décision de distribution aux actionnaires de la compagnie Takaful qui
rappelons-le n’ont rien à voir avec les résultats de l’activité assurantielle du
fonds des adhérents.
Pour conclure nous préconisons la déductibilité fiscale de la contribution versée
par les adhérents, l’imposition entre les mains de la compagnie Takaful du surplus
dégagé et l’exonération de la distribution de ce dernier de tout impôt et taxe.

Section 5. Traitement des taxes parafiscales (cas de la TCL)

Sous-Section 1. L’exposé de la problématique


Quand on parle de taxes parafiscales, on peut citer les taxes communes à toutes les
sociétés établies en Tunisie (régies par le code de la fiscalité locale), et les taxes

76Définition donnée par maître B. Bédaride -http://www.bruno-bedaride-notaire.fr/fr/d/-/dividende/lexique-juridique-et-fiscal-de-bedaride-notaire-d-


affaires.html

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 111 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

parafiscales propres aux compagnies d’assurances énoncées dans le cadre du


chapitre 3 de la première partie.
Pour ce qui est des taxes parafiscales spécifiques aux compagnies d’assurances,
elles ne posent pas de problèmes quant à leur adaptation au modèle Takaful,
puisqu’elles sont considérées comme charges propres au fonds des adhérents et
sont liquidées des ressources financières de ce dernier.
En revanche, c’est en passant en revue les taxes parafiscales communes à toutes les
sociétés Tunisienne, que nous relevons une problématique de taille au niveau du
régime fiscal de la taxe sur les établissements à caractère industriel, commercial ou
professionnel (T.C.L) assise sur le chiffre d’affaires qui diffère, dans le modèle
Takaful, selon que l’on l’appréhende du point de vue du fonds des actionnaires ou
celui des adhérents.
Pour traiter cette problématique, nous allons d’abord présenter le régime fiscal de
la T.C.L, ensuite nous allons nous attarder sur les difficultés engendrées par
l’application de cette taxe au modèle Takaful.
Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale
À l’échelle internationale nous n’avons pas relevé de traitement spécifique à cette
problématique du fait qu’elle ne se pose nulle part ailleurs, elle est typique à notre
système fiscal national.
En effet, dans certains pays il existe une similitude dans l’imposition des sociétés à
une taxe dont la contrepartie réside dans les services publics fournis par l’état
(éclairage, infrastructure, etc…) toutefois ce prélèvement est forfaitaire et n’est pas
assis sur le chiffre d’affaires comme en Tunisie, c’est le cas notamment des Emirats
Arabe Unis ou l’opérateur du fonds est redevable de s’acquitter de cette taxe.
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat
La T.C.L est due, entre autres, par les personnes morales soumises à l’impôt sur les
sociétés, sur la base de leur chiffre d’affaires brut local au taux de 0,2% 77.
L’application de cette taxe sur le modèle Takaful avec le régime fiscal actuellement
en vigueur, pose un problème au niveau de la liquidation de la taxe, puisqu’elle
assise sur le chiffre d’affaires local brut.
Si pour les compagnies d’assurances conventionnelles ceci ne pose aucun soucis (le
chiffre d’affaires correspond aux émissions de primes) , cela diffère pour les compagnies
Takaful pour qui la notion de chiffre d’affaires et complétement différente selon
que l’on se place du point de vue du fonds des actionnaires ou de celui des
adhérents.
En effet, pour le fonds des adhérents, les contributions constituent le chiffre
d’affaires, en revanche, pour le fonds des actionnaires c’est les commissions
Wakala, Mudharaba et les produits financiers de ses placements qui constituent
son chiffre d’affaires imposable à la T.C.L.

77Pour simplifier nous avons passés outre les cas particuliers d’exonération, d’inexistence de chiffre d’affaires, etc…

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 112 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Le problème à ce niveau réside dans le fait qu’eu égard de la législation fiscale, le


fonds des adhérents n’a aucune existence (fiscale), seul le fonds des actionnaires
représentant l’opérateur Takaful bénéficie de l’existence fiscale (matricule fiscal) et
donc la seule habilité à liquider la charge fiscale lui incombant mais aussi mise à la
charge du fonds des adhérents.
Cette situation est le fruit de la spécificité du modèle Takaful quant à la séparation
des deux fonds (actionnaires et adhérents), qui ne trouve pas son application légale
dans la pratique. En effet, cette séparation est actuellement purement financière
(séparation de compte bancaire) et ne se concrétise pas dans la réalité actuelle par une
séparation juridique (personnalité morale distincte), comptable (voir chapitre 1) ni fiscale
(matricule fiscal distinct).

En absence de texte spécifique régissant cette problématique, les compagnies


Takaful Tunisienne assurent le rattachement de la charge d’impôts et taxes aux
fonds correspondant par le biais de la création de comptes comptables distincts et
par la liquidation financière de ces charges à partir des comptes bancaires
appropriés.
Ainsi, bien que le rattachement comptable et financier soit assuré, le problème du
rattachement fiscal persiste, à ce titre, nous préconisons la création de subdivision
sous le matricule de l’opérateur du fonds (un peu comme pour les sociétés à plusieurs
établissements) et de liquider les taxes spécifiques au fonds des adhérents sous cette
subdivision.

Section 6. Déduction des provisions spécifiques

Sous-Section 1. L’exposé de la problématique


La loi de juillet 2014 a instauré une nouvelle provision spécifique au modèle
Takaful, il s’agit de la « provision d'équilibrage des pourcentages
d'indemnisation ».
En effet, l’article 212 de ladite loi stipule que « L'entreprise d'assurance Takaful doit
prélever au moins 30% du surplus d'assurance annuel pour constituer une provision
d'équilibrage des pourcentages d'indemnisation et qui sert à combler le déficit éventuel
du fonds des adhérents pour les années comptables à venir.
Ce prélèvement cesse d'être obligatoire quand la provision constituée atteint 50% des
cotisations nettes des annulations de l'année comptable en cours ».
Cette provision trouve son fondement dans les considérations prudentielles que
nous développerons dans le troisième chapitre de cette partie, néanmoins, elle n’a
pas été traitée par aucune disposition fiscale en vigueur notamment en termes de
déductibilité.
Après avoir passé en revue les pratiques à l’international nous allons exposer tout
d’abord le régime fiscal en vigueur en matière de déduction des provisions en
général et celui des provisions techniques en particulier pour enfin statuer sur le
régime fiscal a réservé à la « provision d'équilibrage des pourcentages
d'indemnisation ».

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 113 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle inter,,,,,,,nationale


Une revue des pratiques à l’échelle internationale, permet de relever que
l’équivalent de la « provision d'équilibrage des pourcentages d'indemnisation »,
instaurée par le législateur Tunisien, existe dans tous les systèmes comparés.
En effet l’AAIOFI préconise dans sa norme comptable n° 15 la constitution de deux
provisions similaires, il s’agit de :
▪ Provision de couverture du déficit : c’est une provision à déduire du surplus
réalisé au cours d’une année donnée pour faire face aux déficits éventuels sur
les exercices suivants ;
▪ Provision d'équilibrage des pourcentages d'indemnisation : c’est une
provision à déduire du surplus d’une année donnée pour faire face aux
fluctuations d’indemnisations sur les exercices futurs.
Il est toutefois à signaler que l’annexe D 78 de la norme précitée précise que les deux
provisions n’ont pas le caractère de charge et ne peuvent par conséquent être
déduite du résultat fiscal, du fait que ladite annexe définie une charge comme étant
une diminution d’actif ou une augmentation de passif alors que ces provisions ont
plutôt le caractère de distribution de bénéfices dans le sens où il est prélevé du
surplus une provision pour le compte des adhérents qui ont bénéficieront au cours
des exercices futurs soit par consommation de la provision pour combler un déficit
ou par répartition suite à une reprise au cas où cette provision n’a plus lieu d’être.
Cette position rejoint les orientations des normes internationales (IFRS) qui précise
qu’une charge constitue une diminution d'avantages économiques, intervenue au
cours de l'exercice, ayant pour conséquence la diminution des capitaux propres.
Selon les IFRS les distributions de dividendes ne constituent pas des charges.
L’AAIOFI considère les deux provisions précitées comme une distribution de
bénéfices entre les mains des adhérents un peu comme une distribution de
dividendes entre les mains des actionnaires.
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat
Sur le plan national, les provisions techniques ont été définies et instaurées par
l’arrêté du ministère des finance relatif à la norme comptable 29 qui stipule dans
son quatrième paragraphe ce qui suit « Pour l'application de la présente norme, les
termes ci- dessous ont la signification suivante :
a) Provisions techniques : Il s'agit de l'ensemble des provisions évaluées par les
entreprises d'assurance et/ou de réassurances suffisantes pour le règlement intégral
de leur engagement technique vis à vis des assurés ou bénéficiaires de contrats. Le
qualificatif technique, prévu par la réglementation en vigueur, permet de faire la
distinction avec les autres provisions telles que provisions pour risques et charges,
provisions pour dépréciation
b) Provision pour risque d'exigibilité des engagements techniques : La provision pour
risque d'exigibilité des engagements techniques correspond à la différence, calculée
pour les placements, entre le montant global de la valeur de marché et la valeur
comptable nette des placements concernés quand cette différence est négative. »

78 Norme 15 de l’AAIOFI (page 668) – Annexe D (page 681)

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 114 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Fiscalement, c’est le paragraphe 2 de l’article 48 du code de l’IRPP et de l’IS qui


traite de la déductibilité des provisions techniques constituées par les compagnies
d’assurances. Il stipule que « Sont admises en déduction pour la détermination du
bénéfice imposable des entreprises d’assurance ou de réassurance, les provisions
techniques, constituées conformément à la législation en vigueur en matière d’assurance
:
1) en totalité (100%) pour les provisions techniques suivantes :
a. Les provisions techniques en assurance-vie :
- les provisions mathématiques,
- les provisions pour frais de gestion,
- les provisions pour participation aux bénéfices et ristournes,
- les provisions pour sinistres à payer,
- les provisions d’égalisation,
- les provisions des contrats en unités de compte.
b. Les provisions techniques en assurance non-vie :
- les provisions pour primes non acquises,
- les provisions pour risques en cours,
- les provisions pour sinistres à payer,
- les provisions d’équilibrage,
- les provisions d’égalisation,
- les provisions pour participation aux bénéfices et ristournes,
- les provisions mathématiques des rentes.
2) dans la limite de 50% du bénéfice imposable après déduction des provisions
techniques déductibles en totalité et avant déduction des bénéfices réinvestis pour les
provisions pour risque d’exigibilité des engagements techniques. »
De ce qui précède, il paraît clair que la provision instituée par la loi de juillet 2014
« provision d'équilibrage des pourcentages d'indemnisation » n’a pas été définie
ni traitée aussi bien sur le plan comptable que fiscal. Seule la définition donnée par
l’article 212 de la loi de juillet 2014 nous permet d’apprécier sa nature afin de
pourvoir la qualifier.
En effet, il est important à notre sens de définir tout d’abord de s’attarder sur la
notion de provision technique afin d’apprécier la qualification de la provision
instaurée par la loi de juillet 2014.
Dans ce cadre, nous pouvons nous référer à l’ouvrage de de Guy Simonet relatif à
la comptabilité des entreprises d’assurances, dans lequel il présente la définition
suivante, « Ce sont des provisions destinées à permettre le règlement intégral des
engagements pris envers les assurés et les bénéficiaires des contrats. Elles sont liées à la
technique même de l’assurance et imposées par la réglementation. »
Cette définition, rejoint celle de la norme comptable 29, pose trois conditions pour
que des provisions puissent être reconnues comme étant des provisions
techniques :
▪ Elles doivent couvrir les engagements envers les assurés ;
▪ Elles doivent être liées à la technique même de l’assurance ;

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 115 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Elles doivent être imposées par la réglementation.


Ainsi, nous pouvons avancer que la « provision d'équilibrage des pourcentages
d'indemnisation » ne constitue pas une provision TECHNIQUE au sens de la
réglementation en vigueur en ce sens qu’elle ne répond qu’à une seule des trois
conditions précédemment citées. En effet, elle est imposée par la règlementation,
mais elle n’est pas liée à la technique même de l’assurance et n’a pas pour vocation
de couvrir les engagements envers les assurés dans la mesure où elle a plutôt le
caractère de distribution de bénéfices puisqu’elle est prélevée du surplus pour le
compte des adhérents qui ont bénéficieront au cours des exercices futurs soit par
consommation de la provision pour combler un déficit ou par répartition suite à
une reprise au cas où cette provision n’a plus lieu d’être.
Il en découle, que cette provision ne constitue pas de provision déductible
conformément à la législation en vigueur.

Chapitre 3. Adéquation du cadre prudentiel aux spécificités


de l’activité Takaful

Un cadre prudentiel fait référence à l’ensemble de règles et obligations mises à la


charge des compagnies d’assurances dans le but de protéger les droits des assurés.
Ces règles et obligations s'appuient sur des dispositifs légaux et des principes
éthiques et moraux pour limiter les risques de faillites et améliorer une gestion
prudente des compagnies d'assurance.
C’est l’intervention des puissances publiques (États)qui assure le respect de ces
dispositifs légaux. En effet, chaque pays (à l’exception d’une minorité dont notamment la
Nouvelle-Zélande) s’est doté d’un cadre prudentiel plus ou moins élaboré, afin de
contrôler la solvabilité de ses compagnies d’assurances à travers des organismes de
régulation et de contrôle 79.
En Tunisie, c’est le Comité Général des Assurances, créé en vertu de la loi 2008-8
du 13 Février 2008, qui a pour rôle de veiller à la protection des droits des assurés
et des bénéficiaires des contrats d’assurance et à la solidité de l'assise financière
des entreprises d’assurance et des entreprises de réassurance et leur capacité à
honorer leurs engagements.
A ce titre, l’action de cet organisme de régulation s’est concrétisée par l’adoption
depuis 2002, et dès leur apparition, des normes prudentielles européennes «
solvabilité I ». Sur un autre plan, il a été engagé une révision de la réglementation
prudentielle en s’inspirant des principes de base du projet de « solvabilité II ».
Ainsi, une étude stratégique du marché des assurances Tunisien financée par l’UE,
a été lancée, afin d’élaborer un contrat programme des réformes et des politiques
à adopter sur la période quinquennale prochaine qui seront probablement inspiré,
en partie, par les exigences du référentiel prudentiel « Solvency II »80.

79 Se référer à la section 2 du chapitre 2 de la première partie


80 Se référer à la section 1 du chapitre 3 de la première partie

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 116 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

A ce niveau, nous pouvons avancer que les efforts des institutions prudentielles
nationales se focalisent sur la mise à niveau du référentiel prudentiel existant,
plutôt adapté à l’activité assurantielle conventionnelle, eu égard aux parties ayant
financé le programme de mise à niveau (l’E.U), mais aussi du fait que l’activité
Takaful n’est qu’à ses début et ne représente pas une part de marché assez
significative pour justifier des efforts et une mobilisation de ressources pour le
développement de règles spécifiques.
C’est dans ce cadre que nous présentant ce troisième chapitre consacré aux
spécificités inhérentes au model Takaful eu égard aux règles prudentielles.
Dans ce chapitre nous avons opté pour la présentation des particularités par
référence aux trois piliers prévus par le projet de référentielle développer par
l’Union Européenne « Solvabilité 2 », tout en présentant les limites et les
recommandations pour une meilleure adéquation au model Takaful, notamment
en ce qui concerne81:

1. La solvabilité des compagnies Takaful/Ré-Takaful ;


2. Le M.C.R et S.C.R dans le model Takaful ;
3. La gestion Actifs/Passifs et règles de représentation des provisions
techniques ;
Exigences Quantitatives 1

4. La gouvernance des compagnies Takaful/Ré-Takaful ;

1
5. Le risque management dans le model Takaful ;
Exigences Qualitatives 2

6. La transparence financière pilier du cadre prudentiel.

1
Discipline de marché 3

Il y’a lieu de rappeler que l’article 4 du référentiel « Solvabilité 2 » fixe le champ

1
d’application du référentiel et exclut explicitement les compagnies (quel que soit leur
statuts juridiques) dont les émissions de primes annuelles ne dépassent pas les 50
millions d’Euro. Nous n’avons pas tenu compte de cette limitation propres au
contexte Européen et nous avons cherché à relever les meilleures pratiques prévues
par ce référentielles et susceptibles d’être adoptées/adaptées au contexte national
et model Takaful en particulier.
Section 1. Solvabilité des compagnies Takaful/Ré-Takaful
Sous-Section 1. Notion de solvabilité et particularité de l’activité
Takaful
D’une manière générique, la solvabilité d'une société d'assurance correspond à sa
capacité à honorer ses engagements envers ses assurés, ce qui suppose une
connaissance approfondit de ses engagements et des moyens appropriés pour les
évaluer. Dès lors, le contrôle de la solvabilité d'une société d'assurance s'inscrit

81
Nous n’avons pas traité toutes les composantes des piliers de solvabilité 2, mais uniquement ceux qui présentent des particularités d’application eu égard au
model Takaful

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 117 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

dans le cadre de la réglementation d'assurance, et vise à assurer la stabilité de ce


secteur.
Ainsi, la solvabilité d’une compagnie d’assurance correspond à son aptitude à
régler ses engagements. Lorsque ses actifs sont insuffisants ou ne peuvent être
réalisées en temps voulu pour régler les sinistres survenus, la compagnie devient
insolvable.
Bien que l’appréciation de la solvabilité d’une compagnie d’assurances englobe
d’autres critères qualitatifs, développer dans les trois dernières sections de ce
chapitre, tel que la gouvernance, le risque management, la transparence financière,
etc…82 elle est tributaire essentiellement de critères quantitatifs liés à la suffisance
des fonds propres et des actifs admis en représentation constitués suffisamment
pour faire face aux engagements contractés et de l’existence des fonds propres à
même de garantir les droits des assurés.
C’est dans cet ordre d’idée que des ratios prudentiels ont été développé par les
organismes de contrôles afin de maintenir un niveau de suivi adéquat du respect
des compagnies d’assurances aux exigences « quantitatifs » de solvabilité. A ce
titre on pourra citer « la marge de solvabilité » définie comme étant le montant des
fonds propres nécessaire à l'activité courante de l'entreprise, elle présente une
garantie qui s'ajoute aux actifs détenus en contre partie des provisions techniques.
Le ratio de solvabilité exprime le rapport entre fonds propres et recette de primes,
la marge de solvabilité exprime ainsi la dotation en fonds propres. Cette marge de
solvabilité, définie initialement par la commission européenne en 2002, dans le
cadre de la première version de solvabilité 1, comme un coussin de sécurité des
sociétés d'assurances pour les deux catégories vie et non vie et adopté la même
année par l’organisme national de contrôle prudentiel (la CGA).
Afin d’apprécier le degré d’adéquation de ce ratio de solvabilité au model Takaful,
nous allons présenter dans ce qui suit les modalités pratiques de calcul de la marge
de solvabilité en vigueur de par les dispositions des articles 58 et 58 bis du code
des assurances :

RUBRIQUE REF.
Capital Social libéré A
Capital Social non libéré B
Réserve légale C
Réserves statutaires D
Primes liées au capital E
Autres réserves F
Résultat reportés G
Perte de l'exercice G'
Réserves indisponibles H
Réserve spéciale de réévaluation I

82En Tunisie, les mesures prudentielles qualitatives/quantitatives instaurées par la CGA se matérialisent par la communication annuelle de données
(qualitatives/quantitatives) dans le cadre du rapport ministériel institué par l’article 60 et 61 du code des assurances. Nous verrons par la suite que certaines rubriques
de ce rapport ne sont pas adaptées à l’activité Takaful

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 118 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Actifs incorporels J
Primes non vie émises et acceptées nettes d'impôts et d'annulations (Année N) K
Primes cédées non vie (Année N) L
Sinistres non vie, nets de recours (Année N) M
Sinistres non vie, nets de recours (Année N-1) N
Sinistres non vie, nets de recours (Année N-2) O
Provision pour sinistres à payer non vie N (y compris égalisation et équilibrage) P
Provision pour sinistres à payer non vie (Année N-2) Q
Sinistres non vie à la charge des réassureurs (Année N) R
Provisions mathématiques S
Provisions mathématiques à la charge des réassureurs T
Capitaux assurés vie (Année N) U
Capitaux sous risque vie = (U-S) V
Capitaux cédés en réassurance W

Ainsi, le calcul de la Marge de Solvabilité (M.S) se présente comme suit :


MARGE DE SOLVABILITE (M.S) = A + (B x 50%) + C + D + E + F + G + G' + H + I – J

La Marge de Solvabilité Minimale en assurance Non Vie (MSMNV) se définit


comme le montant le plus élevé entre l'indice des primes et l'indice des sinistres :
Indice des primes (I.P)= 20% x K x MAX [50% ; 1 - (L / K)]
Indice des sinistres (I.S)= 25% x [(M + N + O + P - Q) / 3] x Max [50% ; 1 - (R / M)]

MARGE DE SOLVABILITE MINIMALE NON VIE (MSMNV) = Max (I.P ; I.S)

La Marge de Solvabilité Minimale en assurance Vie (MSMV) se définit comme la


somme du montant de l'indice des provisions mathématiques et l'indice des
capitaux sous risque vie :
Indice des provisions mathématiques (I.PM)= 4% x S x MAX [85% ; 1 - (T / S)]
Indice des capitaux sous risque vie (I.CSR.V)= 0,3% x V x MAX [50% ; 1 - (W / V)]

MARGE DE SOLVABILITE MINIMALE VIE (MSMV) = Somme (I.PM ; I.CSR.V)

Ainsi, la Marge de Solvabilité Minimale Globale est la somme des deux marges de
solvabilité minimale (Vie et Non Vie) :
MARGE DE SOLVABILITE MINIMALE GLOBALE (MSMG) = MSMNV + MSMV

Enfin, le taux de couverture ou Ratio de Solvabilité, définie comme le rapport de la


marge de solvabilité sur la marge de solvabilité minimale globale, permet
d’apprécier le matelas de sécurité dont dispose la compagnie d’assurance pour
faire face à ces engagements :
RATIO DE SOLVABILITE (R.S) = MS / MSMG

Il y a lieu de signaler que, que nous avons exposé dans ce qui précède, l’état actuel
des exigences prudentielles en termes quantitatifs instituées par le code des

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 119 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

assurances et contrôlées par la C.G.A. Toutefois il faut noter que ces critères sont
appelés à être révisés suite au processus de mise à niveau du secteur des assurances
engagés en Tunisie sous l’impulsion, notamment, de l’Union Européenne. A ce
titre, d’autres critères sont en cours de validation pour leur mise en vigueur, il s’agit
notamment du M.C.R (Minimum Capital Requirement) et du S.C.R (Solvency Capital
Requirement) présentés au niveau de la section qui suit.

Il ressort des calculs précédents que les éléments des capitaux propres (A, B et E)
sont indispensables pour l’obtention d’un Ratio de Solvabilité en adéquation avec
les exigences prudentielles. En effet, ces éléments ont un impact important de par
leur valeur (surtout le capital social) et interviennent pour la détermination de la
Marge de Solvabilité.
Le constat est ainsi unanime quant à l’importance du capital social (en tant qu’élément
des fonds propres) pour le respect des exigences prudentielles, et bien qu’il soit
valable pour les compagnies d’assurances conventionnelles (disposant d’un capital
social), il reste inadapté pour les compagnies Takaful composées de deux fonds dont
l’un (le fonds des participants) ne dispose pas de capital social malgré son exposition
importante aux engagements techniques.
En effet, comme exposé au niveau de la première partie, les compagnies Takaful
sont administrées par un opérateur de fonds (le fonds des actionnaires), qui a la charge
de gérer le fonds des participants (gestion techniques et financières). Seul le fonds des
actionnaires dispose de capital social, le fonds des participants ne fonctionne que
par les contributions versées par ses participants qui sont exonérés de mobiliser
des fonds initiaux lors de la constitution de la compagnie, cette obligation est mise
à la charge de l’opérateur de fonds.
Partant de ces considérations il paraît évident que le fonds des participants sera
structurellement en deçà des exigences prudentielles en termes de respect des
indicateurs de solvabilité institués pour les compagnies conventionnelles. Ceci a
des conséquences fâcheuses surtout qu’il englobe l’ensemble des engagements
techniques envers les participants.
Sous-Section 2. Solvabilité des fonds ou solvabilité de l’entreprise
La séparation des patrimoines des actionnaires et celui des participants est l’une
des principales spécificités du model Takaful, il s’en suit que les exigences
prudentielles devraient être adaptées à cette particularité.
Sur le plan international c’est l’I.F.S.B qui a traité cette problématique dans le
cadre de sa norme « IFSB.11 – Exigences de solvabilité des compagnies Takaful »émise
en décembre 2010. De par nos recherches, il en découle que cette norme a réussie
à générer un consensus et a bénéficiée d’une large adoption moyennant des
adaptations mineures, dans certains cas, inhérentes au contexte législatif propre à
chaque pays83.
Au niveau de cette section nous avons opté pour l’exposer des principales
recommandations de la norme IFSB.11, avec une analyse critique, afin de mettre

83 Se référer au paragraphe 24 de la norme IFSB.11

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 120 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

en exergue les particularités du contexte législatif Tunisien notamment les


orientations de l’organisme de tutelles.
Tout d’abord, il faut mentionner que la logique sur laquelle se base les
recommandations de la IFSB.11 (qui sont au nombre de 7 recommandations), s’articule
autour de l’appréciation de la solvabilité des compagnies Takaful d’une manière
séparée, c’est-à-dire par fonds (fonds des actionnaires et fonds des participants).
Ainsi, l’I.F.S.B estime que la notion de solvabilité ne peut être apprécié
globalement pour une compagnie Takaful et doit être analysée par fonds eu égard
aux particularités de chacun d’eux84, notamment les risques et la nature
d’engagements dont devrait faire face chacun des deux fonds85.

Figure 20 : Solvabilité/Insolvabilité des fonds Takaful

Les deux fonds sont solvables Insolvabilité du fonds des Participants

Fonds des Actionnaires Fonds des Participants Fonds des Actionnaires Fonds des Participants

Excédent
Quardh Facility
S.C.R S.C.R
Actifs
représentatifs du
M.C.R Quardh Facility Excédent M.C.R
Actifs Disponibles

Actifs Disponibles

Excédent Marge de Marge de


Les Provisions Techniques

Les Provisions Techniques


sécurité sur sécurité sur
Actifs Disponibles

engagements engagements
Actifs Disponibles

S.C.R S.C.R
techniques techniques
M.C.R M.C.R
Engagements

Engagements
Techniques

Techniques
Engagements

Engagements

A cet effet, l’I.F.S.B relève, au niveau du paragraphe 12 de l’IFSB.11, le manque de


ressources stables (fonds propres)du fonds des participants, en contrepartie, ce fonds
se caractérise par l’importance des engagements techniques auxquels il devrait
faire face. Il conclut par la nécessité de compléter le manque éventuel de solvabilité
enregistré au niveau de ce fonds par l’incorporation du montant du Quardh Hassan
octroyé par le fonds des actionnaires au fonds des participants en tant que fonds
quasi-propres pour l’appréciation de la solvabilité de ce dernier.
A ce titre, la norme IFSB.11 présente les précisions suivantes :
1. La norme s’est attardée sur la problématique de la solvabilité du fonds des
participants plutôt que celle du fonds des actionnaires du fait que ce dernier

84 Se référer au paragraphe 11 de la norme IFSB 11


85 Se référer au paragraphe 28 de la norme IFSB 11

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 121 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

dispose d’un capital social le plus souvent suffisant pour faire face au faible
niveau d’engagement mit à sa charge ;
2. Le paragraphe 16 stipule que le décompte du « Quardh Hassan » parmi les
quasi-fonds propres du fonds des participants comme l’une des alternatives
possibles (et pas l’unique) pour combler le défaut de solvabilité de ce fonds et
précise que d’autres alternatives peuvent être prévues par les organismes
prudentiels de chaque pays86 ;
3. Le paragraphe 18 stipule qu’en cas de liquidation du fonds des participants suite
à des difficultés, le remboursement du « Quardh Hassan » aux actionnaires est
relégué au second plan et intervient après le remboursement de tous les
engagements des participants ;
4. Le paragraphe 7 apporte une précision de taille, puisqu’il introduit une notion
importante qui est le « Fonds des Epargnants ». En effet, cette précision découle
de la nature d’activité de la branche Takaful Family qui comporte plusieurs sous-
branche notamment la sous-branche « Capitalisation » qui se base sur des
contrats dont la vocation première est la mobilisation de l’épargne et dans le
cadre desquels le contractant ne verse sa contribution que dans le but de
constituer un capital au bout d’une période de cotisation prédéfinie.
Ce type de contribution n’a pas d’objectif assurantiel dans le sens ou le
contractant ne cherche pas à se prémunir contre un risque quelconque. D’un
point de vue sharaïque, sa contribution n’est pas réputée être effectué sur la base
de donation (Tabar’ru). L’ensemble des contributions faites dans le cadre de la
sous-branche « Capitalisation » constituent les ressources du « Fonds des
Epargnants »87et ne doivent pas être considéré pour le décompte de la solvabilité
du fonds des participants du fait qu’il n’est pas permis de puiser dans les fonds
des épargnants (que l’opérateur est sensé fructifié) pour combler un éventuel déficit
technique du fonds des participants.
De même, tout déficit du fonds des épargnants ne pourra être comblé ni par un
excédent du fonds des participants ni par un « Quardh Hassan » du fonds des
actionnaires, en effet le fonds des épargnants et assimilé à un fonds
d’investissement qui est réputé assumer son propre déficit. L’excédent est
exclusivement la propriété des épargnants et ne peut profiter ni aux participants
ni aux actionnaires88 ;
5. Le paragraphe 34 de l’IFSB.11 apporte une précision subtile quant aux modalités
de mise en œuvre et de décompte du « Quardh Hassan » dans l’analyse de la
solvabilité du fonds des participants, en effet, lors de la nécessité de transfert
des actifs du fonds des actionnaires à travers le « Quardh Hassan » il est permis
de maintenir ces actifs dans le fonds des actionnaires, tout en les rendant
disponibles sous forme de « Quardh Facility », accordé au fonds des
participants à chaque fois que son seuil de solvabilité le justifie.

86 Se référer au paragraphe 16 de la norme IFSB 11


87 L’IFSB11 annonce la distinction suivante : « Fonds à risque des participants » pour les contributions à caractère assurantiel, et « Fonds d’investissement des
participants » pour les contrats « Capitalisation »
88 Se référer au paragraphe 70 de la norme IFSB11

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 122 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ces actifs, nonobstant qu’ils sont localisés dans le fonds des actionnaires, ils sont
admis dans le décompte des ressources nécessaires pour assurer la solvabilité
du fonds des participants. Il est à noter que le « Quardh Facility » doit être
évalué à un niveau qui couvre les réserves minimales du fonds des participants
(voir section suivante) et ne peut être remboursé avant que les réserves de ce
dernier n’atteignent le minimum exigé par la solvabilité.
Enfin, pour qu’un « Quardh Facility » soit accepté pour les besoins de la
solvabilité du fonds des participants, l’organisme de contrôle prudentiel doit
s’assurer que l’opérateur a formulé, à son égard, un engagement ferme et formel
pour le traitement de cette facilité comme étant une donation au fonds des
participants, en cas de faillite (non remboursable)89;
6. Le paragraphe 35 précise que le « Quardh Hassan » ou le « Quardh Facility » ne
doivent pas être considéré doublement pour le décompte de la solvabilité du
fonds des participants et à la fois du fonds des actionnaires. En effet, même si
les actifs correspondants restent loger dans les comptes du fonds des
actionnaires, ils ne doivent pas être pris en compte pour l’appréciation de la
solvabilité de ce dernier ;
7. Le paragraphe 38 énonce que dans le cas des compagnies multi-branches
(General et Family) il y’a lieu d’apprécier la solvabilité au sein du fonds des
participants en distinguant nettement entre les engagements de chacune des
deux branches à part. A ce niveau, ce paragraphe recommande de dissocier
complétement l’activité Family Takaful du General Takaful et encourager le
développement de compagnie monobranche ;
Les points ainsi énoncés représentent des recommandations génériques
applicables par tout organisme de régulation moyennant des adaptations
éventuelles liées aux particularités de l’environnement économique, juridique et
comptable de chaque pays. A ce titre, nous présentons dans ce qui suit quelques
remarques dans le but de mettre en exergue les particularités du contexte législatif
Tunisien tout en prenant en considération les orientations (non encore définies) 90 de
l’organisme de tutelle. Ainsi :
▪ Conformément à l’orientation de la norme IFSB.11, quant à la considération de
la solvabilité d’une manière séparée par fonds, le régulateur national rejoint la
même démarche et estime qu’une appréciation individuelle de la solvabilité de
chacun des deux fonds assure systématiquement la solvabilité globale de la
compagnie Takaful et permet de palier au souci de compensation de solvabilité
entre les deux fonds en cas d’insolvabilité de l’un deux.
A ce niveau, il est intéressant d’annoncer l’orientation de l’organisme de
régulation Marocain qui penche vers la solvabilité globale des deux fonds, ce
qui est de nature à exposé l’appréciation de la solvabilité de la compagnie au
risque de compensation d’une insolvabilité de l’un des deux fonds avec la
solvabilité de l’autre ;

89Se référer au paragraphe 51 de la norme IFSB11


90 Ces orientationsne se sont pas encore formellement concrétisées sur terrain et ne sont pas définitives, néanmoins, leurs traits se dessinent de par les positions
défendues par le régulateur lors des différents comités tenus pour l’élaboration des normes comptables spécifiques aux compagnies Takaful auxquelles nous
avons pris part

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 123 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ L’amendement du code tunisien des assurances par la loi de juillet 2014,


consacrée à l’activité Takaful, n’a pas prévu la notion de « Fonds des
Epargnants » introduite par la norme IFSB.11.
Pourtant l’importance de cette distinction entre fonds des participants et fonds
des épargnants est tel qu’il est impossible de passer outre la définition de ce ″
nouveau fonds ″ lors de l’instauration des normes prudentielles propres au
model Takaful et notamment en ce qui concerne le volet de l’appréciation de la
solvabilité du fonds des participants ;
▪ La notion de « Quardh Hassan » a été instaurée par la loi de juillet 2014, qui a
prévu le recours à cette ressource pour combler tout déficit du fonds des
participants. Néanmoins, les orientations du régulateur national se dirigent
vers le recours à d’autres sources, en sus du « Quardh Hassan », pour assurer
la solvabilité du fonds des participants, il en est ainsi de l’instauration de la
possibilité de recourir à un complément de contributions de la part des
participants.
A notre avis cette possibilité, bien que prévue par la norme 13 de l’AAOIFI et
d’application concrète sur le plan national (au niveau des mutuelles), demeure
irréaliste, car difficile d’application, puisqu’il serait ardu de convaincre des
participants de contribuer davantage dans un fonds qui connait des difficultés.
Ceci est d’autant plus vrai pour de nouveaux participants qui seront plus
retissant à intégrer un fonds qui ne génère pas de surplus.
Certains proposent le recours, pour une période donnée, à une révision
technique des termes des contrats participants, dans le sens d’une réduction
des garanties offertes (sans toucher au montant des contributions) ce qui aura pour
conséquence de réduire le niveau d’engagement et d’améliorer la situation du
fonds des participants et incitera ces derniers à être plus vigilent. Néanmoins,
cette solution suppose que les participants accepteront de payer la même
contribution pour un service moindre, ce qui rend son application difficile dans
la pratique.
L’ouverture du fonds des participants à l’épargne public pourrait être à notre
avis une piste à creuser, dans le sens ou le déficit éventuel, pourra être comblé
par un endettement par mobilisation de l’épargne public (particulier et/ou
institutionnel).

L’idée est de rémunérer l’épargne par le surplus futur sur la base d’un contrat
« Mudharba Moukayda » conforme aux préceptes sharaïques. Les bailleurs de
fonds seront alors les détenteurs de capitaux « Arbab Almal » et l’opérateur
du fonds serait le Mudharib sauf qu’il ne sera pas rémunéré en contrepartie de
sa prestation dans la mesure où le surplus dégagé reviendra de droit aux
participants qui acceptent de rémunérer les bailleurs de fonds. L’intérêt de
l’opérateur de fonds se trouve au niveau de l’atténuation du recours au
« Quardh Hassan » pour combler le déficit du fonds des participants.
Juridiquement cet appel public pourrait passer par l’émission de titres

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 124 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

participatifs, les souscripteurs auront alors leur propre assemblée annuelle et


seront traités comme faisant partie d’un fonds distinct.
Rappelons enfin, que le législateur national a prévu par la loi de juillet 2014,
une spécificité relative à la provision pour équilibrage sensé renforcer la
solvabilité des compagnies Takaful qui doivent prélever au moins 30% du
surplus d'assurance annuel dans le but de constituer une provision
d'équilibrage des pourcentages d'indemnisation et qui sert à combler le déficit
éventuel du fonds des participants pour les années comptables à venir. Ce
prélèvement cesse d'être obligatoire quand la provision constituée atteint 50%
des cotisations nettes des annulations de l'année comptable en cours ;
▪ La notion de « Quardh Facility » introduite par la norme IFSB.11, fait débat
actuellement sur le plan national, puisqu’elle soulève une interrogation quant
à la nature du « Quardh Hassan » instauré par la loi de juillet 2014 ; est-il une
simple écriture comptable (engagement) inscrite dans les comptes du fonds des
actionnaires (actif) et celui des participants (passif) ou devrait-il se matérialiser
par un décaissement financier du fonds des actionnaires au profit des
participants (Quardh Facility) ?
L’orientation du régulateur national penche vers la considération financière du
« Quardh Hassan ». En effet, il estime qu’il découle, du déficit du fonds des
participants, une carence de ce dernier à honorer ses engagements immédiats
envers les participants (règlement des sinistres).
Cette position, si elle se confirme, est à notre avis, contestable au moins pour
deux raisons :
✓ L’incapacité du fonds des participants à régler ses engagements immédiats
ne signifie pas forcément qu’il est en situation d’insolvabilité (de déficit)
mais plutôt qu’il est en insuffisance de liquidité/trésorerie. L’une des
raisons pourrait être notamment un placement financier ou le règlement
massif d’engagement qui puisent temporairement la trésorerie du fonds ;
✓ L’appréciation de la solvabilité du fonds des participants s’effectue à
l’occasion de chaque arrêté comptable (en général une à deux fois par an) sur la
base des informations financières audités, et c’est à cette occasion que le
recours à un « Quardh Hassan » est sollicité en cas d’insolvabilité du
fonds.
A cette échéance, s’il s’avère que le fonds est parfaitement solvable alors
nul besoin de solliciter un « Quardh Hassan », toutefois, en cours de
l’exercice qui suit, le fonds pourrait se trouver en situation d’insolvabilité,
qui nécessite l’activation immédiate du mécanisme du « Quardh Hassan »
sans attendre la prochaine clôture pour le faire.
Ainsi, et partant du postulat que le recours à un « Quardh Hassan » ne peut
intervenir qu’en cas d’insolvabilité avérée du fonds des participants, il est
opportun, à notre avis, de considérer le « Quardh Hassan » d’un point de vue à
la fois :

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 125 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

✓ Comptable, à l’occasion de chaque arrêté, ce qui répond aux impératifs de


solvabilité requis par l’organisme prudentiel, à condition d’exiger, en sus
de la constatation comptable, un engagement formel et irrévocable pour la
concrétisation intégrale et/ou partielle du « Quardh Hassan » à chaque
fois que la nécessité l’exige. L’organisme prudentiel aura la charge de
déclencher cette concrétisation ; et
✓ Financier, à chaque fois que la nécessité l’exige (en cours d’exercice) sous
forme d’injection de liquidité dans les comptes du fonds des participants91,
à partir du moment que l’insolvabilité de ce dernier a été établie à
l’occasion du dernier arrêt comptable. Ceci se justifie par le fait qu’il est
insensé de verser de la liquidité sous forme de « Quardh Hassan » à un
fonds solvable, mais qui passe éventuellement par une carence de liquidité
qui peut même être due à sa mobilisation dans le cadre de placement
rentable au profit des participants. Auquel cas il est plus approprié de
rendre liquide des placements du fonds des participants pour faire face à
ses engagements sans pour autant altérer la solvabilité du fonds.
▪ L’orientation du régulateur national rejoint la tendance internationale de
dissociation des activités Family et General Takaful en poussant vers la
spécialisation des compagnies d’assurance, par rehaussement du capital
minimum exigé dans un premier temps, et par fusion absorption des
compagnies entre elles dans un second temps. Cette orientation est
parfaitement légitime et ne pourra que favoriser le renforcement des acteurs
du secteur des assurances et par conséquence améliorer la solvabilité des
compagnies et leur qualité de services ;

Section 2. Particularités du MCR et SCR dans le model Takaful

Sous-Section 1. Nouvelles exigences en matière de fonds stables

Le référentiel « Solvabilité I », adopté par l’organisme prudentiel national, se


caractérise par des méthodes simples de calcule et par sa robustesse, il offre aux
sociétés d'assurance une vue d'ensemble sur le montant nécessaire des provisions
et des méthodes pour comptabiliser les primes avec les provisions, cependant ce
référentiel présente quelques limites92 d'ordre qualitatif et quantitatif :
▪ Les limites qualitatives : peuvent être résumées par l'absence de surveillance
et de contrôle internes. En effet, le premier objectif de l'assurance est de
réduire l'inconvénient informationnel. Or les informations sur la santé
financière d'une société d'assurance seraient asymétriquement distribuées.
Ces problèmes résultant d'asymétrie antérieure de l'information qui
pourraient être résolus par la transparence croissante du marché ou en
rassemblant des informations fiables sur l'assureur ;

91Ces injections sont qualifiées par la norme IFSB.11 par « Quardh Facility »
92Mémoire de Mme Rym Sammari – « Allocation du capital ajusté au risque dans le cadre du projet "solvabilité 2» : cas d'application Assurance AMI » -Faculté
de droit et des sciences économiques et politiques de Sousse - Master en finance et banque 2009

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 126 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Les limites quantitatives : les principales critiques adressées au


référentiel« Solvabilité 1 » est qu'il n'opère pas de distinction entre les risques
et l'impact de leur volatilité à l'intérieur des branches d'activités qui révèlent
en réalité des profils de risque différents. En effet, La marge de solvabilité est
déterminée selon des facteurs représentant les engagements de la société ou le
volume d'activité des sociétés sans tenir compte des risques assumés par ces
dernières.
Les assureurs se trouvent donc dans l'obligation d'immobiliser plus de capitaux
dans les provisions techniques ce qui peut freiner leurs projets d'investissement et
anéantir leur marge de bénéfice. Une autre critique qui a été adressé à ce référentiel
est que les formes de transfert de risques et les conséquences des corrélations des
actifs et des passifs n'étaient pas étudiées.
C’est dans ce cadre que l’Union Européenne a amorcée le passage de la première
version de son référentiel « Solvency/Solvabilité » à la deuxième version, plus
élaborée et structurée afin de pallier aux lacunes de la version initiale.
Schématiquement le référentiel « Solvabilité 2 » repose sur trois piliers :

Le premier pilier, relatif aux exigences quantitatives, introduit de nouvelles


notions traitantes des caractéristiques du capital social des compagnies
d’assurance à savoir :
➢ Le Capital de Solvabilité Requis (C.S.R) ou Solvency Capital Requirement
(S.C.R)
➢ Le Capital Minimum Requis (C.M.R) ou Minimum Capital Requirement
(M.C.R)

Ainsi, pour les besoins du suivi prudentiel, les organismes de régulation sont
appelés à instaurer ces deux exigences pour toutes les compagnies (Conventionnelles

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 127 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

ou Takaful). L’objectif étant de fixer deux niveaux de contrôle afin de prévenir les
difficultés à un stade précoce. Le SCR (Solvency Capital Requirement), marque le
niveau de capital souhaité pour absorber un choc provoqué par un risque majeur
(par exemple : un sinistre exceptionnel, un choc sur les actifs...) et le MCR (minimum de capital
requis) représente le niveau minimum de fonds propres en-dessous duquel
l'intervention de l'autorité de contrôle sera automatique.
Cette mesure bien que louable, gagnerait à prendre en ligne de compte les
spécificités des compagnies Takaful, notamment la séparation des deux fonds
(actionnaires et participants) et surtout l’inexistence de notion de capital social au
niveau du fonds des participants, ce qui mènera au plus à exclure les compagnies
Takaful du champ d’application de cette louable mesure ou au mieux l’application
boiteuse de dispositions sensées prévenir et améliorer la santé des acteurs du
secteur des assurances.
Sous-Section 2. Composition du MCR et SCR dans les compagnies
Takaful
L’élaboration du nouveau référentiel « Solvabilité 2 » s’est étendue sur une période
de quatre ans (de 2006 à 2010), ainsi l’Islamic Financial Service Board, et a pu
bénéficier des conclusions et recommandations instituées par le nouveau
référentiel Européen pour la préparation de la norme IFSB.11 (émise en décembre
2010). En effet, à la lecture de la norme IFSB.11, nous retrouvons plusieurs
similitudes quant à l’esprit de l’élaboration des deux référentiels.
Vu ces similitudes fondamentales, nous avons opté, dans un premier temps, pour
la présentation sommaire des dispositions du référentiel « Solvabilité 2 » traitants
des exigences prudentielles en matière de capital social, dans un second temps,
nous présenterons les particularités énoncées par la norme IFSB.11 en ce qui
concerne le modèle Takaful.
Ainsi, la philosophie adoptée par le référentiel « Solvabilité 2 », en matière
d’exigences en fonds propres, repose essentiellement sur la détermination du SCR
(Solvency Capital Requirement).

En effet, ceci est évident en passant en revue la méthodologie de calcul du MCR


(Minimum capital Requirement) qui s’articule autour de trois étapes :

✓ Le « MCR linéaire » est la somme d’une partie non vie, obtenue comme une
combinaison linéaire des meilleures estimations et des primes émises par ligne
de métier, et d’une partie vie obtenue comme une combinaison linéaire des
provisions techniques par type de contrats et des capitaux sous risque ;
✓ Le « MCR combiné » applique, au résultat du calcul précédent, une contrainte
pour le ramener entre 25 % et 45 % du SCR ;
✓ Le MCR est enfin obtenu après comparaison à une valeur plancher, dite « MCR
absolu » (AMCR).
Le MCR est ainsi égal au maximum entre cet « AMCR » et le « MCR combiné » qui
est lui-même fonction du SCR (Solvency Capital Requirement).

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 128 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ainsi, le SCR devrait devenir l'outil principal des autorités de contrôle. En effet, le
SCR est le seul à être fondé sur l'exposition aux risques, en incorporant tous les
risques liés à l'activité de la compagnie, c'est-à-dire principalement : le risque de
souscription, le risque de crédit, le risque opérationnel, le risque de liquidité et le
risque de marché.
Les assureurs et réassureurs seront contraints de mesurer leurs risques et de
s'assurer qu'ils ont suffisamment de fonds propres pour les couvrir. Le niveau de
probabilité de 99,5 %93 a été celui retenu. Une compagnie qui ne serait pas en
mesure de démontrer que son niveau de fonds propres est suffisant pour couvrir
ces risques devra soumettre à son autorité de contrôle pour approbation un plan
précisant comment et quand elle pourra à nouveau respecter ces critères.
Ainsi, les assureurs et mutuelles pourront opter pour un mode de calcul du SCR
basé sur la formule standard ou le modèle interne complet (basé sur leur structure de
risque spécifique), ou bien encore pour un mode de calcul hybride le modèle interne
partiel (en panachant, suivant les branches de l'entreprise ou suivant les risques, formule
standard et modèle interne).Sachant que94 :

▪ L'approche de la formule standard est actuellement en cours de définition et


calibrage au travers de l’étude d'impact en cours. Il est probable, comme l'a
réaffirmé la Commission européenne, que ceux ayant opté pour l'approche
standard se verront imposer une exigence de capital complémentaire par
rapport à ceux ayant opté pour un modèle interne. Le but est d’encourager les
sociétés à opter pour le modèle interne (plus onéreux) ;
▪ Pour les compagnies voulant opter pour un modèle interne, une validation de
l'autorité de contrôle sera requise préalablement à la détermination effective du
SCR à partir de ce modèle interne95. L'approche par le modèle interne est plus
consommatrice de ressources mais, au-delà de son utilisation des fins
réglementaires, cette approche est aussi la seule à apporter des éléments
permettant une meilleure maîtrise de l'activité de la société et de dégager des
stratégies alternatives ;
▪ L'approche hybride autorise quant à elle des modèles simplifiés comprenant
quelques éléments de standardisation. Cette approche devrait intéresser plus
particulièrement les assureurs et réassureurs de petite et moyenne taille n'étant
pas en mesure de fournir une modélisation complète de leur activité, mais ne
permettra pas de tirer parti de l'ensemble de la puissance des modèles internes
complet. En effet, l'approche hybride (ou modèle interne partiel) devra prendre en
compte l'approche par silo pour la corrélation entre risque qui empêchera de
mettre en œuvre l'approche intégrée du modèle interne complet étant la seule
permettant d'aboutir à une distribution probabilisée complète des résultats.

93 Même disposition prévue par le paragraphe 8 de la norme IFSB11


94Solvabilité II. De Solvabilité I à Solvabilité II. Evolution de la réglementation, H. D. TRAN, Arnaud Franel éditions, 2015
95 Se référer au paragraphe 58 à 64 de la norme IFSB11

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 129 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Pour simplifier, on peut avancer que le SCR est la somme des capitaux ajusté aux
risques des différentes branches d'activités présentes dans une société
d'assurance :

SCR =
L’approche est ainsi basée sur la définition de l’ensemble des risques encourus par
une société d’assurance et/ou réassurance. Cette approche par les risques est
identique à celle préconisée par la norme IFSB.11 qui apporte néanmoins les
précisions suivantes :
1. Tout d’abord, il y a lieu de signaler que la norme IFSB.11 n’a pas pour but
d’aborder les questions tels que les règles de comptabilisation, la nature et la
qualité des actifs admis dans l’appréciation de la solvabilité ni la fixation de
marge de sécurité sur l’estimation des provisions techniques96.
Le but de la norme IFSB.11 est de présenter les principales caractéristiques des
exigences en matière de solvabilité des compagnies Takaful. Pour cela, elle
introduit un ensemble de principes que les organismes de régulations peuvent
adopter moyennant d’éventuelles adaptations au contexte propres à chaque
pays ;
2. Ensuite, en se référant aux dispositions du paragraphe 43 on remarque que la
norme IFSB.11 rejoint les recommandations du référentiel « Solvabilité 2 » en
ce sens qu’il définit la solvabilité des compagnies Takaful à travers les quatre
concepts suivants :
▪ Pour le fonds des participants : Le Minimum de Réserves (M.R) et les
Réserves Recommandées (R.R) ;
▪ Pour le fonds des actionnaires : Le Minimum de Fonds Propres (M.F.P) et
les Fonds Propres Recommandés (F.P.R).
Les réserves et les fonds propres minimums, font référence à des seuils en
dessous desquels des actions réglementaires s’imposent. Alors que les réserves
et les fonds propres recommandés, se rapportent au niveau le plus élevé de
solvabilité permettant d’absorber des pertes inattendues.
On retrouve ainsi les fondements du MCR et SCR du référentiel « solvabilité
2 » ajusté au model Takaful, en ce sens qu’en absence de notion de capital
social pour le fonds des participants la norme introduit le concept de réserves
et énonce dans son paragraphe 34 que lesdites réserves doivent incorporer le
montant du « Quardh Hassan » ainsi que les « Quardh Facility » octroyés par
le fonds des actionnaires.
3. Le paragraphe 30, présente des lignes directrices permettant d’analyser les
principaux risques par fonds que les compagnies Takaful devraient prendre en
ligne de compte pour la détermination des seuils présentés précédemment.
Ainsi :

96Se référer au paragraphe 24 de la norme IFSB11

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 130 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Le fonds des participants devrait fournir une assurance élevée quant à sa


résistance à des conditions défavorables et non attendues touchant ses
actifs et/ou passifs, tel que :
✓ Une éventuelle sous-estimation des provisions techniques ;
✓ Une insuffisance d’évaluation de la juste valeur des actifs ou leur
dépréciation potentielle ;
✓ Autres risques ayant un impact négatif sur le fonds des participants et
que le régulateur pourrait identifier (risque de crédit, risque de marché, risque
de souscription, risque de liquidités, risque de contrepartie, risque de placements,
etc…).

▪ Le fonds des actionnaires devrait disposer des ressources nécessaires


pour :
✓ Supporter une augmentation inattendue des frais de gestion ou une
diminution inattendue des revenus et qui pourraient se traduire par une
réduction significative de ses capitaux propres ;
✓ Allouer des réserves additionnelles au fonds des participants sous forme
de « Quardh Hassan », pour couvrir une insuffisance des ressources ou
des liquidités à court terme ;
Ainsi, l’évaluation des ressources requises pour les exigences de solvabilité
du fonds des actionnaires devrait se baser sur les aspects suivants :
o La volatilité de ses dépenses de gestion ;
o La volatilité de ses revenus ;
o Le niveau de « Quardh Hassan » et/ou « Quardh Facility » requis
pour répondre aux exigences de solvabilité du fonds des participants.
4. Le paragraphe 49 annonce que pour l’appréciation de la solvabilité du fonds
des actionnaires il y’a lieu de vérifier le degré de libération du capital social et
l’absence de nantissements grevant les éléments de fonds propres ;
5. Les paragraphes 44 et 45 prévoient l’énoncé des mesures à prévoir par
l’organisme prudentiel en cas de franchissement du seuil minimal de fonds
propres et/ou réserves du fonds des actionnaires et/ou celui des participants.
Ainsi :
▪ Activation du recours total et/ou partiel au « Quardh Hassan », sans
oublier de prévoir le rétablissement des seuils de solvabilité du fonds des
actionnaires dans les normes acceptables ;
▪ Recourt à la liquidation des placements pour faire face aux engagements
de très court terme vis-à-vis des participants ;
▪ Révision des stratégies de Ré-Takaful afin de réduire les engagements
supportés par le fonds des participants à des niveaux tolérables ;
▪ Lancement de mission de revue de la situation financière de la société par
des auditeurs internes au régulateur ;

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 131 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Recourt aux travaux d’auditeurs externes et experts actuaires par


l’obtention de rapport de missions spéciales ou par l’élargissement du
champ de leur intervention de façon à fournir les informations nécessaires
au régulateur pour la prise de décision ;
▪ Renforcement du management de l’entreprise par l’intégration au niveau
de l’opérateur du fonds (direction générale) de membres reconnus pour leur
qualification dans le domaine de la gestion des risques et de la bonne
gouvernance.
De ce qui précède on déduit que l’orientation générale (à l’échelle internationale), en
termes d’appréciation de la solvabilité quantitative des compagnies d’assurance,
penche vers l’approche par les risques97 et ce aussi bien pour les assurances
conventionnelles (pilier 1 de Solv.2) que Takaful (IFSB.11).
Il est certain que sur le plan national, les réformes s’orienteront inévitablement
vers cette approche. A ce titre, nous attirons l’attention au fait que pour les
assurances conventionnelles, le référentiel « Solvabilité 2 » énonce les modalités
pratiques de calculs du MCR et SCR alors que pour les compagnies Takaful
l’IFSB.11 s’est abstenu de le faire (paragraphe 24) et à laisser la liberté de fixer ces
modalités aux différents organismes de régulation nationaux.
Notre régulateur national adoptera certainement les modalités pratiques de calculs
énoncées par le référentiel « Solvabilité 2 », mais gagnerait à les adapter pour le
cas des compagnies Takaful nationales. L’une des pistes serait d’adopter l’approche
du modèle interne complet basé sur la structure de risque spécifique à chaque
compagnie(approche onéreuse pour des compagnies encore fragiles), ou alors pousser les
compagnies Takaful à investir dans l’élaboration d’une formule standard
spécifiques au model Takaful par le recours aux services d’experts et actuaires
compétents et faire valider ce modèle standard par l’autorité de régulation (un peu
comme ça été le cas pour l’élaboration des normes comptables spécifiques) .

Cette seconde piste a le mérite d’alléger les coûts de mise en place, à la charge des
compagnies Takaful, et d’assurer le suivi adéquat à l’organisme de régulation.

Section 3. Gestion Actifs/Passifs

Sous-Section 1. Apport de l’arrêté du 1er mars 2016


L’inversion du cycle d’exploitation des compagnies d’assurances est une
caractéristique qui rend le secteur des assurances un secteur à forte mobilisation
de fonds.
Cette situation contribue à plus d’un titre à satisfaire l’intérêt de plusieurs acteurs
à commencer par les sociétés d’assurances eux-mêmes, qui cherchent à fructifier
ces fonds afin de soutenir leur activité technique d’une part et à renforcer leur
assise financière et prudentielle (solvabilité) d’autre part.
Les compagnies d’assurances ne sont pas les seules à bénéficier de ces fonds, en
effet l’état aussi a fait de cette caractéristique un levier pour promouvoir l’action

97 O.R.S.A « Own Risk and Solvency Assessment» selon le référentiel « Solvabilité 2 »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 132 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

publique, en orientant les placements des sociétés d’assurances, dans le but de


renforcer ses ressources et/ou développer les secteurs clés de l’économie
(Immobilier, BVMT, SICAR, Bon de Trésor, etc…).

C’est dans ce cadre que le législateur tunisien a précisé, au niveau de l’article 59 du


code des assurances, que les entreprises d'assurances doivent inscrire au passif et
représenter à l'actif de leur bilan les provisions techniques suffisantes pour le
règlement intégral de leurs engagements vis-à-vis des assurés ou bénéficiaires de
contrats.
Les modalités pratique d’application de cet article ont été institué par l’Arrêté du
ministre des finances du 27 février 2001, qui a fixé la liste et le mode de calcul des
provisions techniques ainsi que les conditions de leurs représentations dans des
actifs.
L’article premier de cet arrêté énumère les typologies des provisions techniques
qu’une société d’assurance doit présenter dans son passif alors que l’article 31 du
même Arrêté énumère la liste des actifs dans lesquels les provisions techniques
pourront être représentées.
Ainsi, la liste, arrêtée par le législateur, dans le but d’orienter les placements des
compagnies d’assurances en Tunisie s’établit comme suit98 :
Tableau 3 : Catalogue des placements propre aux compagnies d’assurance
conventionnelle
Désignation des Actifs admis en
La Part du montant total des Provisions
représentation des Provisions
Techniques
techniques
1- Titres émis par l'Etat ou jouissant de
Ne peut pas être inférieur à 20% des P. T
sa garantie
2- Emprunts Obligataires Ne peut pas excéder 50% des P.T.
3- Placements immobiliers Valeur totale ne doit pas dépasser 20% des P.T.
=> Immeubles bâtis et terrains (hors siège Ne peut pas excéder 10% des P. T, pour chaque immeuble à
social) l'exception du siège social
=> Parts et Actions de sociétés Ne peut pas excéder 5% des P.T pour des valeurs émises par la
immobilières non cotés même société et 30% du capital de cette dernière
Ne peut excéder globalement 50% des P.T sans dépasser
4- Actions des sociétés cotées à la BVMT 10% des P.T pour des valeurs émises par la même société
et 30% du capital de la société émettrice des actions
Ne peut excéder globalement 50% des P.T sans dépasser
5- Parts dans les OPCVM (FCPVM et
10% des P.T pour des valeurs émises par la même société
SICAV)
et 30% du capital de la société émettrice des actions
Ne peut excéder globalement 10% des P.T sans dépasser
6- Parts dans les SICAF et SICAR
5% des P.T dans les parts d'une même société.
Ne peut excéder globalement 20% des P.T sans dépasser
7- Toute autre action ou valeur
5% des P.T pour des valeurs émises par la même société
mobilière
et 30% du capital de la société émettrice des actions
8- Actions des sociétés d'assurances
Ne peut pas excéder 50% des P.T.
étrangères
9- Placements sur le marché
monétaire dépôts auprès des Ne peut pas excéder 50% des P.T.
établissements financiers.

98 Arrêté du ministère des finances du 27 Février 2001

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 133 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

10- Frais d'acquisition reportés au


Limités à 22% des Primes Non Acquises.
titre des contrats non-vie
11 - Avances sur contrats vie
12- Quittances non encaissées
Ne peut pas excéder 10% des Primes émises nettes
nettes de taxes et de commissions
d'annulations et de taxes de l'exercice.
de trois mois de date au plus.
13- Créances sur le fonds de
garantie de la réassurance légale
14- Créances sur le F.G.A
15- Lettre de garantie des
réassureurs
16- Placements représentatifs des
contrats en unités de compte

L’analyse de cette liste, permet de relever que les dispositions de l’Arrêté du


ministère des finances du 27 février 2001, sont applicables aux compagnies
d’assurances conventionnelles mais non appropriées aux spécificités des
compagnies Takaful (l’existence de la notion d’intérêt Sharaïquement prohibé).
Cet état de fait est parfaitement légitime, jusqu’en 2011 date de création de la
première compagnie Takaful en Tunisie; Ainsi, il a fallu songer à ajuster le cadre
réglementaire déjà en place pour l’adapter aux particularités du nouveau model. Il
a fallu attendre le 1er mars 2016, date d’entrée en vigueur de l’Arrêté du ministère
des finances, modifiant et complétant l’arrêté du 27 février 2001.
Cet Arrêté, bien qu’il constitue une avancée dans la réforme réglementaire visant à
promouvoir l’assurance Takaful en Tunisie, reste, à notre avis, insuffisant à plus
d’un titre, notamment sur des éléments de fonds (se référer à la sous-section qui suit).
Ainsi, la liste prévue par l’Arrêté du 1er mars 2016, s’établit comme suit99 :

Tableau 4 : Catalogue des placements propre aux compagnies Takaful

Désignation des Actifs admis en


La Part du montant total des Provisions
représentation des Provisions
Techniques
techniques
1- Sukuk émis par l'Etat ou jouissant de sa
Ne peut pas être inférieur à 20% des P. T
garantie
2- Sukuk émis par les établissements et les
entreprises publics, les collectivités locales et Ne peut pas excéder 50% des P.T.
les entreprises du secteur privé
3- Placements immobiliers Valeur totale ne doit pas dépasser 20% des P.T.
=> Immeubles Bâtis et Terrains (hors siège Ne peut pas excéder 10% des P. T, pour chaque immeuble
social) à l'exception du siège social

=> Parts et Actions de sociétés immobilières Ne peut pas excéder 5% des P.T pour des valeurs émises
non cotés par la même société et 30% du capital de cette dernière
Ne peut excéder globalement 50% des P.T sans
4- Actions des Sociétés cotées à la BVMT et
dépasser 10% des P.T pour des valeurs émises par la
ayant obtenu l’approbation du Comité de
même société et 30% du capital de la société
Supervision Sharaïque
émettrice des actions

99 Arrêté du ministère des finances du 1er mars 2016, modifiant et complétant l’arrêté du 27 février 2001

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 134 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ne peut excéder globalement 50% des P.T, sans


5- Parts dans les fonds d’investissement
dépasser 10% des P.T dans les parts d'un même
islamiques crées sous forme d’organisme de
fonds et 30% du capital de la société émettrice des
placement collectif en valeur mobilières
actions
6- Parts dans les fonds d’investissements
Ne peut excéder globalement 10% des P.T sans
islamiques créés sous forme de sociétés
dépasser 5% des P.T dans les parts d'un même fonds
d’investissements (SICAF et SICAR)
7- Toutes autres actions ou valeurs Ne peut excéder globalement 20% des P.T sans
mobilières approuvées par le Comité de dépasser 5% des P.T pour des valeurs émises par la
Supervision Sharaïque même société et 30% du capital de cette dernière.
8- Actions des Sociétés d'assurance et de
Ne peut pas excéder 50% des P.T.
réassurance Takaful étrangères
9- Placements auprès des établissements
Ne peut pas excéder 50% des P.T.
financiers islamiques.
10- Frais d'acquisition reportés au titre des
Limités à 22% des Primes Non Acquises.
contrats non-vie
11 - Avances sur contrats vie
12- Quittances non encaissées nettes de taxes
Ne peut pas excéder 10% des Primes émises nettes
et de commissions de trois mois de date au
d'annulations et de taxes de l'exercice.
plus.
13- Créances sur le F.G.A
14- Lettre de garantie des réassureurs

Sous-Section 2. Limites législatives et recommandations


L’Arrêté du 1er mars 2016 a contribué à réduire les inadéquations de la
réglementation aux particularités du model Takaful, toutefois, son apport est resté,
à notre sens, limité pour les considérations suivantes :
1. L’Arrêté du 1er mars 2016 ne traite que de la
typologie des placements admis en
représentation des provisions techniques, donc pour ainsi dire, les placements
relatifs au fonds des participants, du fait que le fonds des actionnaires
n’intervient dans aucune activité technique, et n’est pas tenu de constituer des
provisions techniques.
Or, le business model Takaful fait que, les deux fonds (actionnaires et participants)
sont intimement liés par le mécanisme du « Quard Hassan », qui rappelons-le
est due par le fonds des actionnaires au profit de celui des participants en cas de
déficit de ce dernier. Il constitue ainsi un complément de ressources nécessaires
au fonds des participants pour assurer le respect des exigences prudentielles en
matière de solvabilité.
Il paraît ainsi capital de s’assurer que le fonds des actionnaires dispose d’une
typologie particulière d’actifs financiers (assez liquide) dans des proportions lui
permettant de répondre rapidement aux exigences prudentielles de mise à
dispositions des fonds nécessaires au profit du fonds des participants.
Dans les fait, il ne faut pas oublier que l’opérateur du fonds a des impératifs de
résultat, vis-à-vis de ces actionnaires, à ce titre il privilégie naturellement les
placements à fort rendement et donc à haut risque (placement boursier notamment)
au détriment des placements plus stables (à faible rendement).

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 135 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

A notre avis, l’attention devrait s’orienter davantage sur la régulation des


investissements faits par l’opérateur du fonds, car in fine, c’est le dernier recours
pour assurer la solvabilité de la compagnie d’assurance ;
2. Sur un autre plan, il est regrettable de constater l’absence de Sukuks souverains,
malgré que la loi régissant ce genre d’instrument financier soit en vigueur depuis
2013100, constitue un frein pour la conformité des compagnies Takaful aux
dispositions de l’arrêté d’autant plus que la part qui doit être souscrite de cet
instrument, est importante, elle ne doit pas être en deçà de 20% des provisions
techniques.
A ce titre, il y a lieu de signaler que l’article 3 de l’Arrêté du 1er mars 2016 prévoir
que « Les entreprises d'assurance takaful sont tenues de se conformer aux
dispositions du présent arrêté dans un délai de deux ans à partir de la date de son
entrée en vigueur. Ce délai peut être prorogé par arrêté du ministre des finances. ».
Ainsi, le ministère des finances s’accorde encore du temps pour l’émission de
Sukuks ;
3. Enfin, et comme déjà exposé, le catalogue de placements imposé par le
législateur aux compagnies conventionnelles (arrêté du 27 février 2001) ou Takaful
(Arrêté du 1er mars 2016)101 vise, entre autres, à orienter les efforts dans le but de
soutenir certains secteurs clés de l’économie. Bien que cette finalité soit tout à
fait légitime, elle n’est pas parfaitement adéquate, à notre avis, aux exigences de
solvabilité du fonds des participants.
En effet, ce dernier souffre de l’absence de capital social et en général de fonds
suffisamment stables pour assurer sa solvabilité. C’est d’ailleurs à ce titre que le
législateur a instauré la provision d'équilibrage propre aux compagnies
Takaful102.
Face à cette situation, il aurait été plus approprié d’instituer un catalogue de
placement qui prend en ligne de compte cet aspect plutôt que la politique
publique. En effet, l’analyse comparative des deux Arrêtés (du 27 février 2001 et du
1er mars 2016) ne fait ressortir aucune différence quant au fonds (les proportions de
placements exigées pour chaque catégorie), les seules différences sont plutôt dans le
lexique utilisé (Sukuks au lieu de Bon de trésor, Fonds islamique au lieu de fonds, l’accord
du comité de supervision sharaïque pour certains placements, etc…).

A notre avis, il aurait été plus opportun de réviser les proportions de placements
exigées pour chaque catégorie, dans un sens qui favorise les placements plutôt
liquides et peu risqués, notamment en 103:
▪ Réduisant la proportion des placements immobiliers ;
▪ Réduisant la proportion des parts dans les fonds d’investissements
islamiques créés sous forme de sociétés d’investissements (SICAF et SICAR) ;
▪ Réduire les placements dans des titres cotés à la BVMT ;

100Loi n° 2013-30 du 30 juillet 2013 relative aux Sukuks islamiques


101 Se référer à l’article 210 de la loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances
102 Egale à 30% du surplus d'assurance annuel. Ce prélèvement cesse d'être obligatoire quand la provision constituée atteint 50% des cotisations nettes des

annulations de l'année comptable en cours


103 Se référer au paragraphe 67 de la norme IFSB11

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 136 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Augmenter la proportion des Sukuks souverains ;


▪ Augmenter la proportion des placements auprès d’établissements financiers
islamiques.
Certains pourraient évoquer la suprématie de l’intérêt public, à cet impératif, la
réponse est toute fait et elle est à chercher du côté de notre première
recommandation relative à la régulation des placements du fonds des
actionnaires.
En effet il serait intéressant de joindre l’intérêt public à celui du fonds des
participants en récupérant le « manque à gagner » éventuellement généré par la
revue des proportions de placements dans le fonds des participants par un
complément de proportion imposé à certaines catégories de placements opérés
par le fonds des actionnaires.
Ainsi, dans l’ensemble (régulation des placements du fonds des actionnaires et ceux du
fonds des participants) le catalogue des placements des compagnies Takaful
répondra globalement aux exigences prudentielles, aux intérêts du model
Takaful (notamment les intérêts des participants) et les impératifs de l’action
publique.

Section 4. Gouvernance des compagnies Takaful/Ré-Takaful


Les bonnes pratiques de gouvernance jouent un rôle vital pour garantir que les
entreprises soient gérées d'une manière prudente et saine. Ceci a des répercussions
directes sur la qualité de l’information financière et sur la sincérité et la régularité
des éléments qui constituent les états financiers.
La gouvernance d’entreprise correspond aux procédures selon lesquelles une
organisation est dirigée et contrôlée. La structure de gouvernance d'entreprise
spécifie la répartition des droits et des responsabilités entre les différents
participants dans l'organisation, tels que le conseil d’administration, les managers,
les actionnaires et autres parties prenantes et fixe les règles et procédures pour la
prise de décision.
Elle est définie aussi comme un ensemble de relations entre la direction d'une
entreprise, son conseil d'administration, ses actionnaires et toutes les autres
parties prenantes qui fournissent la structure à travers laquelle :
▪ Les objectifs de l'entreprise sont fixés ; et
▪ Les moyens pour atteindre ces objectifs et le suivi de la performance sont
déterminés.
Dans le contexte des compagnies Takaful, la bonne gouvernance d'entreprise
devrait englober :
▪ Un ensemble de dispositions organisationnelles dans lequel les actions du
management sont alignées, autant que possible, avec les intérêts de ses
participants ;

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 137 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ La constitution d'incitations appropriées pour les organes de gouvernance tels


que le conseil d'administration ou le conseil de la Sharia pour la poursuite des
objectifs qui sont dans les intérêts des parties prenantes et pour faciliter une
surveillance effective ;
▪ Le respect des règles et des principes de la Sharia.
La plupart des organisations internationales, y compris l'OCDE, l’AAOIFI et l’IFSB,
se sont accordés qu'il n'y a pas un modèle unique de gouvernance d'entreprise
pouvant fonctionner dans tous les pays et pour tous les types d'entreprises. Chaque
pays, voire chaque organisation, devrait développer son propre modèle de
gouvernance qui pourrait répondre à ses besoins et objectifs spécifiques.
Il est à noter que l’AAOIFI ainsi que l’IFSB se sont intéressés au sujet de la
gouvernance d’entreprise et ont promulgué des normes spécifiques en la matière.
Ainsi, l’AAOIFI a publié sept normes de gouvernance des institutions financières
islamiques qui sont les suivantes :
▪ Le comité de supervision de la Sharia : Nomination, Composition et rapports;
▪ Revue de la Sharia;
▪ Revue interne de la Sharia;
▪ Le comité d’audit et de gouvernance pour les institutions financières
islamiques;
▪ Indépendance du comité de supervision de la Sharia;
▪ Les principes de gouvernance dans les institutions financières islamiques;
▪ La conduite de la responsabilité sociale et la préparation des notes
d’information pour les institutions financières islamiques.
L’IFSB a, quant à lui, publié plus de treize normes de gouvernance des institutions
financières islamiques et contrairement à l’AAOIFI il a consacré en la matière
quatre normes spécifiques aux compagnies Takaful :
▪ IFSB 8 : Principes directeurs de la gouvernance pour les compagnies Takaful;
▪ IFSB 11 : Les exigences de solvabilité pour les compagnies Takaful;
▪ IFSB 14 : Gestion des risques dans les compagnies Takaful;
▪ IFSB 18: Principes directeurs de la gouvernance pour les compagnies de Ré-
Takaful.
L’intérêt des normalisateurs (AAOIFI et IFSB) au sujet de la gouvernance des
institutions islamiques et plus particulièrement des assurances Takaful n’est pas
fortuit. Il trouve son fondement dans la nécessité d’apporter les éclaircissements à
plusieurs points dont notamment:
Sous-Section 1. La théorie de l’agence et le model Takaful
De par son model, une compagnie Takaful présente un conflit d’intérêts entre les
participants du fonds Takaful et l’opérateur de ce fonds.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 138 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ce dernier gère le fond des participants et les activités de placements, en


contrepartie d’une commission, d’un pourcentage du résultat ou d’une
combinaison entre les deux alors que l’objectif des participants est de se couvrir
mutuellement contre les risques potentiels. Ce model conféré aux participants un
droit légitime à l’égard de l’opérateur, étant propriétaires du fonds, il paraît ainsi
naturel que leur intérêt soit pris en compte par le gouvernement d’entreprise.
Cependant, ce qu’on remarque en pratique dans la gestion des compagnies Takaful
est que les participants ne disposent ni de mécanisme de contrôle, ni de pouvoir
pour atténuer le pouvoir des actionnaires; ce qui entraine souvent des conflits
d’intérêts entre ces deux groupes aux intérêts divergents.
Par ailleurs, la délimitation des droits et obligations de l’opérateur et ceux des
participants nécessite une parfaite séparation des comptes des uns et des autres.
Cette séparation entre la propriété et le contrôle, aboutit à ce qu’on désigne en
économie par le problème d’agence104 qui se matérialise par :
▪ Une asymétrie d’information, entre les propriétaires du fonds (participants)et
l’agent (l’opérateur du fonds), due au manque d’information dont dispose les
premiers pour contrôler les seconds ;
▪ Un conflit d’intérêt dû au fait que les décisions de gestion entreprises par
l’opérateur sont dictées par les actionnaires plutôt que par les participants. En
effet, les dirigeants ont des obligations envers les groupes, à savoir les
participants et les actionnaires, toutefois en cas de conflit d’intérêt ces derniers
seront favorisés.
Dans la pratique, les dirigeants ont un devoir de rentabilité à l’égard des
actionnaires qui le droit de les désigner et/ou de les révoquer. Un environnement
d’information inadapté ou un cadre de gouvernance faible, offre plusieurs
opportunités aux actionnaires pour agir contre les intérêts des participants105.
Etant donné qu’il n’est pas réaliste de réduire les prérogatives de l’opérateur dans
le but d’atténuer les conflits d’intérêts, des mesures réglementaires appropriés
devraient être mises en œuvre pour assurer un cadre de gouvernance adéquat aux
spécificités du model Takaful106.
Dans le but de définir ces « mesures réglementaires appropriés », nous allons dans
un premier temps passer en revue les recommandations des normalisateurs dans
ce domaine, puis dans un second temps, nous présenterons les principales
dispositions mises en vigueur par le législateur national (notamment à travers la loi de
juillet 2014), pour enfin exposer les meilleures pratiques à l’échelle internationale.

▪ Les recommandations des normalisateurs (IFSB):


1. Le paragraphe 22 de la norme IFSB.8 prévoit, pour le cas particulier des
compagnies Takaful sous forme juridique de mutuelle, la participation active
des adhérents aux assemblées générales notamment celles prévues pour la

104 Se référer au paragraphe 21 de la norme IFSB8


105 Se référer au paragraphe 23 de la norme IFSB8
106 Se référer au paragraphe 25 de la norme IFSB.8.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 139 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

désignation et/ou révocation des membres du conseil d’administration et/ou


des dirigeants.
Cette recommandation ne trouve pas d’application dans le cadre des
compagnies Takaful sous forme juridique de société de capitaux (notamment
société anonyme en Tunisie) du fait que les participants ne peuvent pas participer
aux délibérations des assemblées générales des actionnaires (il faut avoir le
statut d’actionnaire pour y participer) ;

2. Le paragraphe 27 de la norme IFSB.8 prévoit que, les compagnies Takaful


(implicitement l’opérateur du fonds) sont tenues de mettre en place des procédures
qui permettent :
✓ Une définition claire et une séparation des droits et responsabilités de
chaque intervenant aussi sur le plan stratégique qu’opérationnel. Ceci
englobe les modalités de fonctionnement du conseil d’administration
mais aussi tout comité émanant de lui, ainsi que les prérogatives de la
direction générale et le comité de supervision sharaïque de même que les
organes de contrôle interne et externe (commissaires aux comptes, auditeur
interne) ;

✓ D’assurer un suivi régulier quant au bon fonctionnement de ces


procédures par le recours à la remonter de rapports réguliers aux
différents intervenants (actionnaires et participants) ;
✓ D’assurer les mécanismes garantissant la conformité réglementaire et
prudentielle des activités techniques et de placements dans le respect des
exigences du model Takaful.
3. Selon les paragraphe 34 à 40 de la norme IFSB.8, la compagnie Takaful doit
adopter les politiques, les procédures conformes à la Sharia et promouvoir un
code d’éthique et un code de bonne conduite à appliquer par le conseil
d’administration, les membres du comité de supervision sharaïque , les
managers, les employés et les intermédiaires externes (sous-traitants et
prestataires de services).

La compagnie doit s’assurer de la parfaite compréhension de tous ses


intervenants des principes spécificités et objectifs de l’assurance Takaful et
de leurs engagements. A ce titre l’AAOIFI a publié deux normes relatives aux
codes d’éthique des institutions islamiques qui pourrait être adopté
moyennant les adaptations nécessaires au contexte de l’activité Takaful, il
s’agit du :
✓ Code d’éthique pour les comptables et auditeurs des institutions
financières islamiques ;
✓ Code d’éthique pour les employés des institutions financières islamiques.
4. Les paragraphes 42 à 54 de la norme IFSB.8, prévoit l’impératif de mette en
place les mécanismes nécessaires pour permettre aux participants de
s’exprimer et de participer activement dans la définition des choix
stratégiques qui les concernent (notamment pour ce qui est de l’activité de

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 140 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

placements). Ces mécanismes passent par les canaux de communication


adéquat pour une meilleure transparence financière et par la nécessité de
créer un organe de représentation des participants leur permettant de faire
valoir leur droit et faire entendre leur voix.
A ce titre la norme IFSB.8, souligne l’importance de la nomination d’un
actuaire qualifié qui reporte au conseil d’administration, aux organismes de
tutelle et aux participants. Il aura pour objectifs principalement :
✓ L’identification et la surveillance des risques Takaful qui peuvent avoir
un impact significatif sur le passif ;
✓ Estimer le passif actuel et potentiel pour le fond des participants ;
✓ Estimer les besoins en liquidités ainsi que le caractère suffisant des
participations apportées au fond Takaful.
Néanmoins, selon le paragraphe 49 de la norme IFSB 8, la nomination d’un
actuaire à elle seule, ne peut être suffisante pour éviter les conflits d’intérêts.
Il est recommandé à la compagnie Takaful de mettre en place un comité de
gouvernance qui aura pour objectif la mise en place, le développement et le
contrôle des procédures de gouvernance. Ce comité pourrait comporter :
✓ Un administrateur indépendant non exécutif (ayant les qualifications
nécessaires) ;

✓ Un membre du comité de supervision sharaïque ;


✓ L’actuaire ;
✓ Un représentant des participants ayant les qualifications requises en
matière de gestion des risques et de bonne gouvernance.
5. La compagnie d’assurance islamique Takaful doit mettre en place un
environnement où l’information pertinente est facilement accessible.
L’accessibilité de ces informations contribue à guider les participants
potentiels à évaluer l’opportunité ou non de participer au fonds Takaful.
La divulgation adéquate de l’information aide les participants existants et
potentiels à évaluer la situation financière de la compagnie et d’estimer les
risques auxquels ils sont exposés. Cette divulgation passe essentiellement par
la publication (rendre publique) des états financiers audités au moins une fois
par an.
▪ Apport de la loi de juillet 2014 :
La réglementation nationale en vigueur présente plusieurs dispositions en faveur
de l’instauration d’un environnement de bonne gouvernance. Ces dispositions se
référent aussi bien aux compagnies conventionnelles que Takaful. Nous n’allons
pas nous attarder sur ces dispositions d’ordre générale mais plutôt sur celles
spécifiques au model Takaful instituées par la loi de juillet 2014 qui a prévue, à
travers ces premiers et deuxièmes articles, ce qui suit :

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 141 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

1. L’article 206 stipule que la compagnie Takaful est tenu de constituer un


comité de supervision sharaïque habilité à contrôler, à suivre toutes les
transactions de l'entreprise et à émettre son avis concernant l’étendue de leur
conformité aux normes sharaïque s.
Cette mesure est de nature à assurer les intérêts des participants par le
contrôle du respect des exigences du model Takaful par ce comité de
supervision sharaïque .
2. L’article 208 prévoit que la compagnie Takaful est tenue, après avis de son
comité de supervision sharaïque , de désigner parmi ses employés un
auditeur sharaïque chargé du contrôle de la conformité des transactions de
l'entreprise aux avis et décisions du comité de supervision sharaïque .
L’auditeur sharaïque prépare des rapports qu’il soumet à l’examen du comité
de supervision sharaïque.
3. L’article 50 ter (premier paragraphe nouveau)a connu un amendement introduit
par la loi de juillet 2014, et bien que cet amendement concernent les
compagnies d’assurances en générales (conventionnelles et Takaful)il est
intéressant de s’y attarder car il prévoit que « Les entreprises d'assurance et les
entreprises de réassurance sont tenues d'informer le ministre des finances de toute
désignation qu'elles projettent de faire au sein de leurs conseils d'administration
ou de leurs conseils de surveillance ou de leurs directoires ou de leurs comités de
supervision sharaïque ou de leurs principaux dirigeants tout en fournissant un état
détaillé de leurs compétences et expériences ». Ces dispositions sont de nature à
favoriser un environnement de bonne gouvernance, toutefois, il serait
opportun à notre avis de prévoir l’obligation de désigner au moins un membre
indépendant et qualifié au sein du conseil d’administration à l’instar de ce qui
est prévue pour les banques.
▪ Les meilleures pratiques à l’échelle internationale :
A l’échelle internationale nous avons relevé certaines « bonnes pratiques », qu’il
serait opportun d’adopter et/ou d’adapter sur le plan national. Il en est ainsi :
1. En Malaisie, ou les actionnaires d'un opérateur Takaful doivent constituer
une forte entité corporative pour fournir le soutien global à l'opérateur
Takaful.
Les actionnaires sont tenus de mettre en place un conseil d'administration,
qui est responsable de protéger l'intégrité et la crédibilité de l'opérateur
Takaful et de veiller à ce que les opérations quotidiennes de l'opérateur
Takaful soient gérées par une équipe qualifiée et compétente.
Le Conseil est également chargé de mettre en place les différents comités pour
améliorer la gouvernance d'entreprise des opérations Takaful. Ces comités
sont des comités d'audit, de nomination, de rémunération et de gestion des
risques.
L’opérateur Takaful est également tenu de créer un comité de la Sharïa dans
le cadre de sa gouvernance interne. La nomination des membres du comité
est soumise à l'approbation de la Bank Negara Malaysia ;
Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 142 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Pour ce qui est du comité sharaïque, les lignes directrices (émises par la BNM)
de désignation de ses membres visent à établir des règles, règlements et
procédures dans la mise en place de ce comité, ainsi que ses rôles, la portée
des droits de ses membres et de leurs responsabilités. Elles ont également
spécifié la relation et les modalités de travail entre un Comité de supervision
Sharaïque et le Conseil consultatif de la Sharïa de la Bank Negara Malaysia.
La réglementation exige, par ailleurs, le recours à l'expertise technique d'un
actuaire pour assurer l'efficacité et la solidité de la gestion financière de
l'entreprise, en particulier dans les domaines de la gestion actif-passif, la
tarification des produits, la détermination des réserves et de l'évaluation des
risques globaux.
Enfin, les opérateurs Takaful sont tenus de présenter des informations
statistiques concernant leur situation financière à la Bank Negara Malaysia
via le système statistique en ligne Takaful opérateurs. Ces données
permettent à la Bank Negara Malaysia de procéder à une analyse rapide de la
situation financière des opérateurs Takaful. L’opérateur Takaful doit publier
ses états financiers annuels dans les 14 jours suivants leur approbation par
l’Assemblée générale des actionnaires dans au moins dans deux journaux
quotidiens locaux (l’un en Malaisien et l’autre en anglais).
2. En Jordanie, le conseil d'administration de la Compagnie d'assurance
islamique doit former un comité appelé « Comité de contrôle », qui a pour
but de créer un équilibre entre les intérêts des adhérents et les intérêts des
actionnaires.
Le Comité est composé de trois membres au moins, y compris un membre
indépendant du conseil d'administration de la Compagnie d'assurance
islamique et un autre membre de la Sharïa.
Le comité est tenu d’effectuer une analyse régulière et complète afin de
détecter et d'éviter les situations de conflit d'intérêts dans le cadre des
opérations courantes de gestion des fonds des adhérents, en particulier les
questions relatives aux frais et dépenses à la charge de ces adhérents, et le
niveau du surplus d'assurance résultant.
3. En Arabie Saoudite, le Conseil d’administration doit mettre en place au
minimum : un comité exécutif, un comité d'audit, un comité de nomination
et de rémunération, un comité de gestion des risques, et un comité
d'investissement.
4. Au Soudan, la gouvernance des compagnies d’assurance en Soudan se fait par
les organes suivants :
▪ L’assemblée générale des actionnaires: Selon les statuts de chaque
compagnie d'assurance, l'Assemblée générale est l'autorité suprême dans
la société qui est entièrement habilité à définir les politiques générales et
les règles de gouverner et de gérer l'entreprise en particulier l'approbation
du Conseil d'administration le rapport annuel et les états financiers de la

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 143 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

société, la nomination du Commissaire aux comptes et l'élection des


membres du conseil d'administration ;
▪ L’assemblée générale des participants : Chaque compagnie d'assurance
doit former une assemblée des adhérents. Cette assemblée est formée des
participants dont les contributions annuelles dépassent un montant
minimum décidé par le conseil d'administration.
Elle a le pouvoir de discuter avec le conseil d'administration du rapport
annuel et des états financiers ainsi que du surplus. Elle a le droit
d’examiner le rapport du Commissaire aux comptes et le rapport du
Conseil de surveillance de la Sharïa et de soumettre ses recommandations
à l'Assemblée générale. L’assemblée des participants est également
autorisée à élire au minimum deux de ses membres pour représenter les
adhérents dans le conseil d'administration.
Sous-Section 2. La gouvernance sharaïque
La compagnie d’assurance islamique Takaful doit mettre en place une structure de
contrôle pour assurer la conformité de ses activités techniques et d’investissement
avec les préceptes de la Sharïa.
En Tunisie, cette structure a été définie par la loi de juillet 2014 sous la
dénomination de de comité de surveillance sharaïque.
L’interaction entre ce comité de surveillance sharaïque avec la direction doit être
transparente afin de lui permettre de conduire ses travaux de supervision de la
compagnie Takaful dans les meilleures conditions. Ce travail devra être soldé par
l’émission par le comité de surveillance sharaïque d’un rapport sur la conformité
des activités de la compagnie Takaful aux règles édictées par la Sharïa.
En effet, le risque de non-conformité sharaïque est un risque important pour une
compagnie Takaful au moins pour les considérations suivantes :
▪ Son influence sur la réputation de la compagnie qui peut voir sa réputation
se détériorer eu égard des participants, investisseurs et autres parties
prenantes ;
▪ Son impact sur les revenus de la compagnie, du fait que cette dernière est
tenue « d’apurer/purifier » tout revenu non conforme à la Sharïa en le
constatant en tant qu’actif (au lieu de revenus)et le donner à la charité.
Ainsi, en matière de gouvernance on peut avancer que les compagnies Takaful
doivent composer avec deux niveaux de gouvernance :
▪ Une gouvernance managériale (l’opérateur de fonds) ;
▪ Une gouvernance sharaïque (le comité de surveillance sharaïque).
La cohabitation de ces deux niveaux de gouvernance doit obéir à des règles et
principes à même de garantir l’indépendance de ces deux organes et assurer un
rapport de force équitable pour le bon fonctionnement du model Takaful.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 144 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

A ce niveau rappelons que la loi de juillet 2014 a annoncée des mesures en faveur
de cette bonne cohabitation, notamment les dispositions de l’article 206 qui stipule
que la compagnie Takaful est tenu de constituer un comité de supervision
sharaïque habilité à contrôler, à suivre toutes les transactions de l'entreprise et à
émettre son avis concernant l’étendue de leur conformité aux normes sharaïque s.
Toutefois, une lacune entache cette mesure, à notre avis, puisque le même article
prévoit la composition et la désignation des membres de ce comité qui est constitué
de trois membres désignés par l'assemblée générale des actionnaires pour un
mandat de trois ans renouvelable deux fois. La désignation par l’assemblée des
actionnaires pourrait altérer l’indépendance des membres de ce comités, il aurait
été plus opportun de léguer la question de la désignation et/ou révocation des
membres de comité de supervision sharaïque à l’organisme de tutelle en
coordination avec un conseil supérieur sharaïque.
Bien qu’à ce niveau, l’article 207 prévoit que Les conditions d'exercice, les
attributions et les modalités de fonctionnement du comité de supervision
sharaïque sont fixées par un arrêté conjoint du ministre des finances et du ministre
des affaires religieuses. Ledit arrêté n’est pas encore paru à fin 2017.
Enfin, nous ne pouvons pas aborder le sujet de la gouvernance sharaïque sans
présenter une recommandation, d’une importance capitale à notre sens, à savoir la
nécessité de constituer un conseil supérieur sharaïque rattaché au ministère des
affaires religieuses et/ou le ministère des finances (notamment l’organisme de tutelle) et
qui aura pour objectifs :
▪ Validation, arbitrage et harmonisation des « Fatwas » émanant des différents
comités de supervision sharaïque des compagnies Takaful opérantes en
Tunisie ;
▪ Désignation et/ou révocation des membres des comités de supervision
sharaïque de toutes les institutions financières islamiques ;
▪ Assurer le respect de la rotation des membres des comités de supervision
sharaïque ainsi que l’étude et la répression des cas de dépassement avérés ;
▪ Centralisation et revue des rapports d’activité des différents comités de
supervision sharaïque de toutes les institutions financières islamiques ;
▪ Coordination avec les organismes de tutelle (BCT et CGA) et tous autres
organismes intervenants dans le secteur de la finance islamique (BVMT, CMF) ;
▪ Favoriser les échanges entre les différents comités de supervision sharaïque
de toutes les institutions financières islamiques ainsi que la formation
continue des membres de ces comités ;
▪ Organiser le corps de métier des « Oulamas » (les membres des comités de
supervision sharaïque) par la définition des conditions techniques et éthiques
d’admission de nouveaux membres.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 145 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Section 5. Risk management dans le modèle Takaful

La section 2 du présent chapitre traite de la nouvelle approche préconisée par le


référentiel « Solvabilité 2 » ainsi que la norme IFSB.11 en matière d’appréciation
des exigences quantitatives de solvabilité des compagnies d’assurance. Cette
approche se base sur l’appréciation des risques « approche par les risques ».

La philosophie de cette approche s’articule autour de la migration d’un modèle


standard applicable à toutes les compagnies d’assurances (sans aucune considération
des spécificités de chacune) à un modèle plus élaboré et plus personnalisé qui tient
compte des particularités de chaque compagnie notamment en ce qui concerne sa
politique de gestion des risques.
Au travers de cette approche les compagnies qui n’assure pas une définition claire
de ses risques stratégiques et opérationnelles et une analyse et une maitrise de ces
risques se trouvera pénaliser en matière de mobilisation de ressources (minimum de
fonds propres) pour les besoins des exigences prudentielles de solvabilité (le SCR et
MCR). L’inverse est d’autant plus valable.

De ce qui précède, il paraît évident que le cheval de bataille des compagnies


d’assurances pour la période prochaine, sera indéniablement le « risque
management » (gestion des risques). C’est dans ce cadre, que nous avons opté de
consacrer une section à part pour traiter de ce sujet.
Pour cela, notre démarche est assez simple, et part de l’exposé du catalogue des
risques encourus par les compagnies Takaful, pour ensuite passer à la présentation
de la méthodologie de gestion de ces risques tel que prévue par la norme
IFSB.11(largement inspirée du référentiel « Solvabilité 2 », précurseur en la matière).
Sous-Section 1. Typologie des risques dans le modèle Takaful
Il est à rappeler qu’une compagnie Takaful est avant tout une société d’assurance
qui s’expose aux mêmes risques qu’encourt ses homologues conventionnelles. A ce
titre nous allons présenter, sous forme tabulaire, les risques encourus par les
compagnies Takaful (risques généraux et spécifiques) tout en assurant le rattachement
de chaque risque au fonds concerné (fonds des actionnaires Vs fonds des participants) :

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 146 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Tableau 5 : Typologie des risques dans le model Takaful

Type de risque Fonds des participants Fonds des actionnaires


1. Risque de (N.A)
provisionnement Le General Takaful s’expose
aux risques liés aux
 Il s’agit de risque événements fortuits tels que
lié à l’inadéquation des les catastrophes naturelles,
provisions techniques les incendies, la guerre, les
constituées. Soit par une actes terroristes, etc…
sous estimations des
risques ou par la sur- Le Family Takaful s’expose
constitution de provisions. aux risques liés à
l’augmentation brutale des
engagements suite aux
variations des taux de
mortalité, aux maladies et
épidémies, aux actes
terroristes, etc…
2. Risque de Aussi bien le General Takaful (N.A)
souscription que le Family Takaful
s’exposent aux risques liés à
 Il s’agit du risque l’acceptation de nouvelles
lié à une mauvaise
affaires en appréciant
tarification des affaires
assurées. inadéquatement les risques y
afférents; ce qui conduit à une
sous et/ou sur tarification.
En outre, le risque peut
émaner, à la base, d' une
mauvaise conception des
produits d’assurance.
3. Risque de
contrepartie L’exposition aux risques de L’exposition aux risques de
non encaissement des non encaissement des
 Il s’agit du risque produits financiers liés aux produits financiers liés aux
du non-respect des placements effectués et/ou du placements effectués et/ou
engagements des principal investit. du principal investit.
intermédiaires. Le non encaissement des
Le non encaissement des
commissions Wakala et/ou
contributions des
Mudharba.
participants.
Tout autre défaut
Le défaut de l’opérateur du d’encaissement de créances
fonds à honorer son sur des débiteurs divers.
engagement de fournir un
« Quardh Hassan ».
La non récupération des
prises en charge de quote-part
de sinistres en Ré-Takaful.
4. Risque de marché
L’exposition se réfère L’exposition se réfère
 Il s’agit de risque essentiellement aux essentiellement aux
lié aux variations des variations défavorables de la variations défavorables de la
valeurs d’actifs valeur des actifs financiers valeur des actifs financiers
(placements) tels que le cours (placements)tel que le cours
boursier, une décote boursier, une décote
imprévue sur les Sukuks, etc… imprévue sur les Sukuks,
etc…

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 147 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Il en est de même pour les Il en est de même pour les


opérations effectuées en opérations effectuées en
monnaie étrangère lors d’une monnaie étrangère lors
dévaluation/appréciation de d’une
la monnaie nationale. dévaluation/appréciation de
la monnaie nationale.

5. Risque opérationnel L’exposition à de pertes


L’exposition à de pertes
financières due à des cas de
 Il s’agit des risques financières due à des cas de
fraude, de détournement, de
liés aux défaillances du fraude, de détournement, de
corruption, de malversation
système d’information y corruption, de malversation
et de dépassement des
compris les procédures de et de dépassement des
contrôle interne. systèmes de contrôles s’ils
systèmes de contrôles s’ils
existent.
existent.
La revue des procédures et
La revue des procédures et
l’analyse de faille est
l’analyse de faille est
nécessaire pour se prémunir
nécessaire pour se prémunir
contre ces risques.
contre ces risques.
Outre ces défaillances
l’opérateur s’expose aux
risques d’une mauvaise
gestion, de prise de décision
inadéquate et de non-
respect d’engagements vis-
à-vis de ses partenaires
d’affaires.
6. Risque de liquidité Le non-respect des
Le non-respect des
engagements vis-à-vis des
 Il s’agit de risque engagements vis-à-vis des
participants (défaut de Quardh
lié aux engagements participants (règlements des
Hassan ou Quardh Facility)
financiers supplémentaires sinistres), de l’opérateur du et/ou de tout autres
supportés par une fonds (règlements des partenaires d’affaires est de
entreprise en cas de non- commissions Wakala et/ou
nature généré un risque
respect de ses clauses Mudharaba) des réassureurs
contractuelles courantes. important de perte de
(cessions de contributions), etc. est
crédibilité et de
de nature généré un risque
détérioration de la notoriété
important de perte de
et même à des actions en
crédibilité et de détérioration
justice.
de la notoriété, voire le
désistement des participants
et même à des actions en
justice.
7. Risque de non-
conformité sharaïque Sur le plan technique, ce L’opérateur du fonds doit
risque se matérialise par la respecter les
 Il s’agit de risque conception et/ou recommandations du comité
lié au non-respect des commercialisation de de supervision sharaïque, en
préceptes sharaïques produits non conforme à la matière d’investissement de
Sharïa. ses fonds.
Pour les activités Les risques liés au non-
d’investissements, ces respect sharaïque s ont des
derniers doivent respecter les répercussions sur la
recommandations du comité notoriété de la compagnie.
de supervision sharaïque.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 148 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Les risques liés à ces


situations de non-respect
sharaïque s ont des
répercussions sur la notoriété
de la compagnie.
8. Risque de séparation
des fonds L’asymétrie de l’information L’asymétrie de l’information
entre les participants et entre les participants et
 Il s’agit des l’opérateur du fonds génère l’opérateur du fonds génère
conséquences de la théorie des risques d’attribution de des risques d’attribution de
d’agence (voir section 3) droits/privilèges indus à un droits/privilèges indus à un
groupe au détriment d’un groupe au détriment d’un
autre (généralement les autre (généralement les
actionnaires au détriment des actionnaires au détriment des
participants). participants).

9. Risque de Ré-
Takaful Outre le risque de non- (N/A)
conformité sharaïque lié au
 Il s’agit de risque recours à des réassureurs
encourus par le recours au conventionnels et non Ré-
mécanisme de la Takaful, la compagnie
réassurance. encours le risque
d’insolvabilité de l’opérateur
Ré-Takaful.
Le choix de l’opérateur Ré-
Takaful doit être minutieux et
se baser sur des critères
objectifs.

Les risques exposés précédemment ne sont pas exhaustifs. L’activité Takaful, de


par le monde, est en plein développement ce qui engendre de nouveaux risques liés
à l’environnement dans lequel évolue les compagnies Takaful107.
Face à ces risques existants et/ou futurs, les compagnies doivent mettre en œuvre
une méthodologie permettant de les identifier, les analyser et les maitriser. C’est
l’objet de la sous-section qui suit.
Sous-Section 2. Méthodologie de gestion des risques
Les compagnies d'assurances doivent disposer d'un système efficace de gestion des
risques comprenant des stratégies, des processus et des procédures de déclaration
nécessaires pour identifier, mesurer, contrôler, gérer et déclarer, de manière
continue, les risques individuels et globaux, auxquels ils sont exposés, ou
pourraient être exposés.
Un tel système de gestion des risques doit être efficace et bien intégré dans la
structure organisationnelle et dans les processus décisionnels de la compagnie
d'assurance ou en tenant compte du profil des dirigeants et/ou toute autre
personne exerçant d'autres fonctions clés.

107 Se référer au paragraphe 40 de la norme IFSB14

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 149 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Suivant l’approche préconisée par la norme IFSB.14, la mise en place d’un tel
système passe par une méthodologie itérative qui s’articule autour des axes
suivants :
1. Définition et mise à jour de la politique/stratégie de gestion des risques 108:
Comme toutes les sociétés, une compagnie d’assurance s’expose à des risques
qui peuvent altérer sa capacité à atteindre ses objectifs.
Les compagnies Takaful n’échappent pas à cette règle, et à ce titre, il est
demandé à l’opérateur Takaful de définir et de mettre à jour d’une manière
continue, le cadre général de gestion des risques de l’entreprise ainsi que sa
politique en la matière.
Ceci passe par une documentation claire des risques et des modalités de leur
traitement en adéquation avec la taille de la compagnie et la nature de ses
activités, mais aussi par la définition des outils nécessaires pour se prémunir
contre ses risques compte tenu du niveau d’aversion de l’opérateur.
Cette documentation doit être mise à jour en continue, en fonction de
l’identification de nouveaux risques et de leur traitement.
2. Identification des risques109:
Il s’agit de procéder à l’étude et à l’analyse de tous les évènements qui
surviennent ou qui pourraient survenir et dont l’impact est préjudiciable sur
l’équilibre financier de l’entité ou sur sa continuité d’exploitation.
3. Mesure et contrôle des risques110 :
Après l’identification des risques (existants ou potentiels), l’opérateur du fonds est
appelé à mesurer, pour chacun d’eux, l’ampleur (quantitatif et qualitatif), la
probabilité de survenance ainsi que les conséquences probables.
Une fois cet exercice réalisé, il y a lieu de procéder à la définition des outils
nécessaires pour contrôler ou au moins atténuer l’impact de ces risques voire
mêmes leur transfert (notamment par le mécanisme de la réassurance).
Dans cet exercice, il est important de recourir à l’avis du comité de supervision
sharaïque du fait que les solutions préconisées pour la maitrise, le contrôle,
l’atténuation ou le transfert des risques peuvent ne pas répondre à certaines
exigences sharaïques.
Pour la mesure de l’ampleur et la fréquence de survenance des risques, il est
possible de recourir à un système de notation à point avec indication de la
signification à attribuer à chaque point compte tenu d’indicateurs objectifs et
mesurables.
4. Déclaration des risques111 :

108 Se référer aux paragraphes 41 à 50 de la norme IFSB14


109Se référer aux paragraphes 51 à 55 de la norme IFSB14
110Se référer aux paragraphes 56 à 59 de la norme IFSB14
111 Se référer au paragraphe 65 de la norme IFSB14

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 150 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Une fois identifié, maitrisé et contrôlé, un risque devra être déclaré aux
organes concernés (direction, service, comité, etc…) et au conseil
d’administration.
Enfin, le risque devra être consigné dans un registre appelé « registre des
risques » qui devra relater au moins ce qui suit :
✓ Date d’identification du risque ;
✓ Nature et descriptif du risque ;
✓ La personne responsable du suivi et de la maitrise du risque ;
✓ La probabilité de survenance du risque ;
✓ L’ampleur (quantitative et qualitative) du risque en cas de survenance ;
✓ Les outils d’allégement de l’intensité du risque ;
✓ Les risques inter-liés ou qui découlent ou pourraient découler d’un risque
principal ;
✓ Le niveau de concentration de risque dans une zone donnée (activité, branche,
direction, service, etc…).

La mise en œuvre de cette méthodologie est de la responsabilité exclusive de la


direction générale de la compagnie (l’opérateur du fonds), qui pour atteindre cet
objectif, devra adopter un cadre de contrôle interne basé sur le modèle des « trois
lignes de défense »112.
Ce modèle est fondé sur l’existence de quatre fonctions de contrôles primordiales
à savoir :
▪ Le Risk manager 113:
La fonction de « Risk Manager » est devenue clé dans toutes les entreprises.
C’est à ce professionnel, en effet, qu’est dévolue la tâche d’identifier,
d’analyser et de quantifier les dangers que peut générer l’activité de son
entreprise sur les plans stratégique, financier et opérationnel. A lui
d’informer la direction générale et le conseil d’administration (et/ou comité
des risques émanant de cette structure) des mesures à prendre pour éviter un
risque.
En termes de hiérarchie, elle doit, lorsqu'elle n'est pas confiée à un membre
de l'organe exécutif, être rattachée directement à la direction générale de
l'entreprise, ou tout au moins à un niveau d'autorité suffisant pour assurer
son indépendance vis-à-vis des autres services
De par l’étendue de son champ d’intervention, qui suppose une vision
transversale de l’entreprise, le « Risk Manager » doit avoir un esprit de
synthèse et d’analyse. Il lui faut également des compétences juridiques,
financières, techniques ainsi qu’une bonne connaissance des différents
métiers de sa société.

112 Se référer au paragraphe 69 de la norme IFSB14


113 Se référer au paragraphe 80 de la norme IFSB14

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 151 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Le « Risk Manager » doit assurer les fonctions suivantes :


✓ Garantir l’identification des risques de la compagnie Takaful avec la
distinction entre les risques liés au fonds des actionnaires et ceux des
participants ;
✓ Etablir la charte de la compagnie, définissant sa politique en matière de
gestion des risques, et la soumettre au conseil d’administration pour
approbation ;
✓ Identifier et évaluer les risques encourus par la compagnie et leur
consignation dans le registre des risques, et revoir les politiques mises en
place pour faire face à ces risques ;
✓ Promouvoir le cadre général de la gestion des risques par la
sensibilisation du personnel et la formation continue ;
✓ Etablir des rapports périodiques sur la gestion des risques au sein de la
compagnie et les soumettre au conseil d’administration (et/ou comité des
risques émanant de cette structure) en intégrant les mesures à prendre pour
éviter un risque ;
✓ Revoir en permanence le cadre de contrôle afin d’apprécier son
adéquation aux risques identifiés.
▪ L’actuaire 114:
L’actuaire est un professionnel spécialisé dans l’analyse, la modélisation et
la gestion des conséquences financières découlant d’événements incertains
(ou de risques).L’actuaire peut, ainsi, être défini comme un gestionnaire de
l’incertain, un architecte ou ingénieur des programmes de sécurité
financière, un professionnel de la modélisation des risques financiers.
Les fonctions d’actuariat peuvent être assignées à un actuaire interne et/ou
externe. Dans tous les cas, cette fonction devra couvrir, notamment, les
tâches suivantes :
✓ Participer à la définition des politiques de gestion des risques à travers la
maitrise des risques lors du développement de nouveau produits ;
✓ Déclarer à la direction et/ou le conseil d’administration les risques
relevés lors de l’analyse actuarielle des comptes de la compagnie.
▪ Le contrôleur conformité 115:
La fonction de conformité est une fonction indépendante qui identifie,
évalue, et contrôle le risque de non-conformité de l'établissement, défini
comme le risque de sanction judiciaire, administrative ou disciplinaire, de
perte financière significative, ou d'atteinte à la réputation, qui naît du non-
respect de dispositions propres au secteur des assurances, qu'elles soient de
nature législatives ou règlementaires, ou qu'il s'agisse de normes
professionnelles et déontologiques, ou d'instructions de l'organe exécutif.
Le responsable de la conformité a également un rôle d'information, de
formation et de conseil, tant vis-à-vis des collaborateurs que vis-à-vis de la

114 Se référer au paragraphe 81 de la norme IFSB14


115 Se référer au paragraphe 82 de la norme IFSB14

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 152 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

direction de l'établissement. Le champ de compétences de la conformité est


donc très large.
En termes de hiérarchie, elle doit, lorsqu'elle n'est pas confiée à un membre
de l'organe exécutif, être rattachée directement à la direction générale de
l'entreprise, ou tout au moins à un niveau d'autorité suffisant pour assurer
son indépendance vis-à-vis des autres services.
▪ L’auditeur interne 116:
L’auditeur interne a pour mission de veiller à la qualité de l’information sur
laquelle la direction générale apporte ses décisions et à l’efficacité avec
laquelle sont conduites les opérations qui doivent concourir la réalisation
des objectifs de l’entreprise. Cette fonction peut être combinée avec celle de
l’auditeur sharaïque.
Delà, l’objectif de tout auditeur interne est de :
✓ Apporter à la direction générale (et/ou comité permanent d’audit) l’assurance
nécessaire quant à la qualité des informations qu’elle peut utiliser pour la
prise de décision ;
✓ Assurer le bon fonctionnement des différents processus ainsi que
l’efficience de l’ensemble des flux informationnels développés au sein de
la compagnie ;
✓ Identifier des pistes d’amélioration et formuler les recommandations
adéquates pour conforter les bonnes pratiques observées et encourager
les équipes à les capitaliser dans l’entreprise ;
La mise en place des fonctions précitées est primordiale pour l’instauration d’un
cadre général de gestion des risques. La norme IFSB.14 a introduit, à ce titre, la
notion de modèle des « trois lignes de défense » qui repose sur ces fonctions en les
classant selon l’efficience de leur action dans le processus de gestion des risques
comme suit :
1. Première ligne de défense :
Elle représente l’ensemble des normes et procédures qui régissent les
opérations courantes de l’entité. Le respect de ces normes et l’application
stricte de ces procédures incombe au personnel exécutif chargé de la
réalisation de ces opérations courantes. Ainsi, la gestion des risques fait
partie intégrante de la culture d’entreprise, dans le sens où chacun assume
ses responsabilités lors de l’exécution des fonctions qui sont à sa charge.
2. Deuxième Ligne de défense :
Sur cette deuxième ligne, se dressent les fonctions de « Risk Manager »,
« Actuaire » et de « Compliance Controler » qui ont la responsabilité de
contrôler l’efficacité de la gestion des risques en analysant l’adéquation des
mesures mises en place avec les risques identifiés.

116 Se référer au paragraphe 83 de la norme IFSB 14

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 153 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

En outre, ces deux fonctions apportent le soutien en termes de sensibilisation


et de formation du personnel exécutif (de la première ligne de défense).
3. Troisième ligne de défense :
Cette ligne représente la garantie de la bonne marche des lignes de défense
précitées dans le sens où elle est assurée par la fonction d’audit interne, qui
est totalement indépendante des composantes des autres lignes de défense.
Enfin, il est à signaler que dans le cadre de sa gestion des risques une compagnie
d’assurance devra faire recours à un outil indispensable à savoir le « test
d’élasticité ». Ce test mesure la variation d'une grandeur provoquée par la variation
d'une autre grandeur.
Ainsi, l’opérateur Takaful est tenu de réaliser ce test, afin de mesurer la capacité de
l’entité à faire face à des menaces éventuelles, en émettant des hypothèses quant à
leur survenance et en analysant leurs conséquences possibles sur l’activité.
Section 6. Transparence financière pilier du cadre prudentiel
Il est chimérique de parler de mesure prudentielle, de gestion de risque, de
solvabilité et de gestion d’actifs/passifs sans une information financière fiable,
pertinente et accessible aux publics.
C’est dans ce cadre que le référentiel « Solvabilité 2 » a consacré son troisième
pilier pour insister sur l’exigence de communication et de transparence financière.
Il en est de même pour la norme n°12 de l’AAOIFI qui traite de la communication
financière à travers les états financiers des compagnies Takaful.
L’importance des exigences en matière de transparence financière n’est plus à
démontrer. Nous lui avons ainsi consacré cette dernière section qui s’articulera
autour de l’exposé des dispositions normatives, ainsi que les meilleures pratiques
en la matière, puis par la revue des pratiques à l’échelle nationale et la présentation
des recommandations.
Sous-Section 1. Meilleures pratiques à l’échelle internationale
Des scandales financiers qu’a connu le monde ces dernières décennies nous avons
retenues une leçon primordiale : l’importance de la transparence financière dans
le monde des affaires.
En effet, seule cette transparence est capable d’assurer la crédibilité des différents
acteurs économiques et de consolider la confiance des intervenants; sans elle on ne
peut concevoir de développement des relations économiques ni de croissance des
investissements.
A l’échelle des entreprises, le respect des impératifs de transparence financière
s’est traduit par une révision continue des exigences prescrites par le public.
En effet, les ministères des finances, les conseils des marchés financiers, les
bourses de valeurs mobilières, les banques centrales, les intermédiaires en bourses,
les bailleurs de fonds, les partenaires d’affaires et tous les autres interlocuteurs
d'entreprises s’attendent à de plus en plus de détails dans la divulgation des

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 154 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

données financières et mêmes les données non financières ayant un impact sur la
prise de décision.
Les enjeux informationnels autour des compagnies Takaful n’échappent pas à cette
règle du fait que les utilisateurs sont variés et leurs besoins de mêmes. Outre les
actionnaires qui s’attardent sur l’analyse des rubriques conduisant aux bénéfices
distribués, les participants quant à eux, souhaitent s’enquérir de la santé financière
du fonds et sa solvabilité. Sur un autre plan, le régulateur cherche à garantir les
intérêts des participants, alors que le marché financier souhaite obtenir
l’information financière la plus pertinente pour une meilleure prise de décision.
C’est dans ce cadre que, sur le plan international, les pratiques en termes de
transparence financière s’accordent sur ce qu’on appelle les « best practices » qui
s’appliquent à toutes les entreprises y compris les compagnies Takaful qui se voient
réserver tout un chapitre au niveau de la norme IFSB.08 sur ce sujet117.
Cette norme énonce un ensemble de recommandations, dans le but de présenter
les meilleures pratiques en matière de communication financière des compagnies
Takaful. Ainsi, il est recommandé aux compagnies Takaful de se conformer aux
pratiques suivantes :
▪ La fréquence des publications financières devra au minimum être annuelle.
Idéalement, une communication semestrielle et/ou trimestrielle constitue
une meilleure pratique ;
▪ Les rapports de gestions et/ou les états financiers publiés doivent être
audités, et doivent renseigner sur la solvabilité du fonds des participants et
de la nécessité ou non de recourir au Quardh Hassan ;
▪ Les renseignements fournis ne doivent pas se limiter aux aspects financiers
uniquement mais doivent couvrir d’autres volets qualitatifs notamment en ce
qui concerne le « Risk Management »118 pour accroitre la confiance des
participants dans la gestion menée par l’opérateur du fonds ;
▪ Les informations sur la politique de placement doivent être fournies avec
spécification des natures des placements, leur duration, les variations de
valeurs enregistrées et le résultat de cette activité (placement) dans le fonds des
participants et celui des actionnaires ;
▪ Les prises de position sur les sujets soumis au comité de supervision
sharaïque ainsi que le rapport annuel de ce comité doivent être publiés et
accessibles à travers le site internet de la compagnie ou tout autre support
disponible pour consultation élargie ;
▪ Chaque information financière ou non financière s’adresse à une cible bien
particulière. Ainsi, les informations sur la performance de l’activité
placements des deux fonds n’est pas vraiment pertinente pour les employés
de la compagnie. De même, les informations sur la gestion des carrières ou
sur l’amélioration du climat social au sein de la compagnie importent peu
pour les participants.

117 Se référer aux paragraphes 55 au 78 de la norme IFSB8


118 Se référer à la section précédente

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 155 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ainsi, toute communication doit avoir une finalité, un « timing » et une cible
bien définis. Cette règle doit régir toute publication de la compagnie ;
▪ Investir dans la formation du personnel de la compagnie, surtout les
employés ayant un contact direct avec les participants, les autorités de tutelle
ou le publique au sens large. La transparence passe impérativement par la
simplicité du message à transmettre qui doit être intelligible, clair et simple ;
▪ Les véhicules informationnels pour une communication approprié passent de
nos jours par le digital (le moyen le plus accessible au public). A ce titre, les
compagnies Takaful gagneraient à s’engager sur cette voie et à développer les
compétences nécessaires pour profiter de ses avantages ;
▪ En ce qui concerne les informations au niveau des états financiers des
compagnies Takaful, ces dernières pourraient se référer aux prescriptions de
la norme 12 de l’AAOIFI qui exige, au minimum, la publication des
informations suivantes :
✓ La nature des activités et des prestations que fournies la compagnie
Takaful;
✓ Les sociétés affiliées dont les comptes n’ont pas fait l’objet de
consolidation avec mention de la nature de leur activité et les raisons qui
ont conduit à leur retrait du périmètre de consolidation;
✓ Le rôle du comité de supervision sharaïque et l’étendue de ses prérogatives
conformément à la charte et au statut de la compagnie;
✓ Les organismes de tutelle qui supervise les activités de la compagnie;
✓ Le régime fiscal de la compagnie tout en spécifiant le régime de chaque
fonds;
✓ Toute interdiction, sanction, pénalité ou restriction imposées par
l’organisme de tutelle ou tout autre organisme habilité;
✓ Divulgation des produits/charges non conforme aux préceptes sharaïques;
✓ Divulgation des risques de placements encourus par la compagnie
notamment par nature de produits financiers et par intermédiaire;
✓ Divulgation des montants impayés par intermédiaire, par zones
géographiques et par produits;
✓ Divulgation des engagements hors bilan;
✓ Divulgation des évènements post-clôture ayant un impact sur les comptes
de la compagnie;
✓ Divulgation des modifications comptables ou correction d’erreurs
intervenues au cours de l’exercice;
✓ Divulgation des taux Wakala et/ou Mudharaba ;
✓ Divulgation des principes de distribution du surplus ;
✓ Divulgation des opérations réalisées avec les parties liées (membres du conseil
d’administration et leurs proches, les personnes morales ayant un membre comme
administrateur, etc…) ;

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 156 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

✓ Divulgation des rapports des commissaires aux comptes ainsi que celui du
comité de supervision sharaïque;
✓ Divulgation sur la concentration des risques assurantiels au niveau d’une
zone géographique, d’un intermédiaire ou d’un réassureur ;
Sous-Section 2. Dispositif national et recommandations
Les réformes du secteur des assurances en Tunisie sont engagées et visent à plus
de solidité financière des différents acteurs de la place.
Dans ce cadre, la question de la transparence financière des compagnies
d’assurances prend toute son importance, c’est d’ailleurs pour cette raison que les
organismes de régulation nationaux ont instaurés des normes et exigences en
matière de divulgation d’informations financières, notamment :
▪ Comité Général des Assurances : en tant qu’organisme de tutelle, le C.G.A
exerce son action de régulation du secteur des assurances par le suivi, le
contrôle et la veille proactive des principaux indicateurs qui visent à s’assurer
de la solidité financière des entreprises d’assurances.
A cet effet, la transparence des informations financières constitue le
soubassement primordial pour l’exercice de l’action de régulation. C’est dans
ce sens, que le code des assurances a prévu, dans ses articles 60 et 61, des
obligations de divulgations techniques et financières, mises à la charge des
entreprises d’assurances et de leurs commissaires aux comptes, ainsi :
✓ Les entreprises d'assurances doivent communiquer au C.G.A, une fois tous
les trois mois et au plus tard dans les deux mois qui suivent le trimestre, les
documents et les états de conjoncture qui englobent des informations
financières et techniques (émissions, annulations, sinistres, réassurances,
placements, etc…) suivantes119 :
o Le tableau n°1, relatif aux indicateurs techniques pour les branches Non-
Vie (tableau n°1-1) et Vie (tableau n° 1-2) – Se référer à l’annexe n°18 ;
o Le tableau n°2, relatif au suivi des actifs (placements) représentant les
provisions techniques des branches d’assurance– Se référer à l’annexe n°19.
✓ Les entreprises d'assurance doivent publier, au plus tard le 31 juillet de
chaque année, le compte rendu annuel de toutes leurs opérations avec les
tableaux statistiques et les états annexes suivants120 :
Tableau 6 : Contenu du rapport ministériel à la charge des compagnies
d’assurance

Etat Intitulé
I- Renseignements :
R.G-1 Renseignement généraux
R.G-2 Le capital social
R.G-3 Conseil d’administration

119 Arrêté du ministre des finances du 7 mars 2003, fixant la liste et la forme des documents et des états de conjoncture des entreprises d’assurance et de
réassurance, tel que prévus par l’article 60 nouveau du code des assurances
120Rapport ministériel destiné à la C.G.A - « DOC-IN »

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 157 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

R.G-4 Cadre de direction, effectif et organigramme


R.G-5-S Réseau commercial/Les bureaux directes et succursales
R.G-5-A Réseau commercial/Agences
R.G-5-C Réseau commerciale/Courtiers
R.G-5-PR Réseau commerciale/Les producteurs Vie
R.G-5-B Réseau commerciale/Banques
R.G-5-L Réseau commerciale/La poste
R.G-5-U Réseau commerciale/Autres
R.G-6 Listes des experts
R.G-7 Liste des commissaires d’avaries
R.G-8 Lite des catégories des opérations d’assurance exploitées
R.G-9 Lise des réassureurs
II- Tableaux-A :
A-1 L’actif du bilan
A-2 Les capitaux propres et le passif
A-3 L’état de résultat technique de l’assurance non-vie
A-4 L’état de résultat technique de l’assurance vie
A-5 L’état de résultat
A-6 Le tableau des engagements reçus et donnés
A-7 Le tableau de flux de trésorerie
III- Tableaux-B :
B-1-1 Résultats techniques Vie
B-1-2 Résultats techniques Non-Vie
B-2-1 La liste détaillée des placements Takaful
B-2-2-1 Les acquisitions de placements immobiliers Takaful
B-2-2-2 Les cessions de placements immobiliers Takaful
B-2-2-3 Les opérations d’acquisitions et de cessions des titres et actions Takaful

B-3-1
Etat des éléments d’actifs représentant les provisions techniques d’assurance vie
Takaful

B-3-2
Etat des éléments d’actifs représentant les provisions techniques d’assurance non-
vie Takaful
B-4-1 Les créances sur les assurés par catégories d’assurance et par exercice d’émission
B-4-2 Les créances sur les intermédiaires en assurance par exercice d’émission
B-4-3 Les autres créances

B-5-1
Les primes émises nettes d’annulations détaillées par catégories d’assurances et par
intermédiaire
B-5-2 Les créances de l’entreprise détaillées par intermédiaire en assurance

B-5-3
Les émissions, encaissements et annulations de primes effectués au cours de
l’exercice, détaillés par année de souscription
B-5-4 La liste des créances annulées au cours de l’exercice inventorié
B-6-1 Le nombre de contrats

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 158 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

B-6-2
Le nombre de sinistres déclarés, payés ou classés et à payer, détaillés par exercice de
survenance

B-6-3
Le nombre de sinistres déclarés entre le 31 décembre de l’exercice inventorié et la
date de clôture de l’inventaire des dossiers sinistres du même exercice

B-6-4
Sinistres, paiements et provisions : détail par exercice de survenance des opérations
effectuées au cours de l’exercice inventorié

B-6-5
Coût moyen et pourcentage des sinistres par rapport aux primes : détail par exercice
en cours de liquidation
B-6-6 Liste des dossiers des sinistres importants

B-7
Les primes et résultats des opérations d’acceptation par catégorie d’assurance,
ventilés suivant la provenance (locale et étrangère)
B-8-1 Primes et résultats des opérations de cession

B-8-2
Transfert de devises, créances, provisions et dépôts relatifs aux opérations de
cessions détaillés par réassureur
B-8-3 Créances sur les réassureurs

B-9
Tableau des mouvements des contrats d’assurances vie et de capitalisation, des
capitaux ou rentes assurés au cours de l’exercice inventorié
B-10 Tableau détaillé des provisions techniques d’assurances vie
B-11 Etat de calcul de la provision pour risque en cours
B-12 Etat de calcul de la marge de solvabilité
B-13 Etat d’affectation du bénéfice de l’exercice N
IV- Notes aux états financiers :
NF-1 Présentation de l’entreprise, de ses opérations et de ses activités
NF-2 Faits marquants de l’exercice

NF-3-A
Principes et méthodes comptables/ Modes et méthodes d’évaluation des divers
postes du bilan et des états de résultat
NF-3-B Principes et méthodes comptables/ Règles d’imputation des charges par destination
NF-3-C Principes et méthodes comptables/ Dérogations aux principes comptables généraux

NF-3-D
Principes et méthodes comptables/ Changement de méthode comptable et de
présentation des comptes annuels
NF-4-A Notes sur le bilan / Mouvements sur les éléments d’actif
NF-4-B Notes sur le bilan / Etat récapitulatif des placements
NF-4-C Notes sur le bilan / Ventilation des créances et des dettes
NF-4-D Notes sur le bilan / Participations
NF-4-E Notes sur le bilan / Capitaux propres
NF-4-F Notes sur le bilan / Titres et dettes soumis à des conditions de subrogation
NF-4-G Notes sur le bilan / Provision pour sinistres à payer
NF-4-H Notes sur le bilan / Information diverses sur le bilan
NF-5-A Notes sur le résultat / Produits et charges de placements
NF-5-B Notes sur le résultat / Résultat technique par catégorie d’assurance Vie
NF-5-C Notes sur le résultat / Résultat technique par catégorie d’assurance Non-Vie
NF-5-D Notes sur le résultat / Ventilation des charges du personnel
NF-5-E Notes sur le résultat / Charges de commissions

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 159 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

NF-5-F Notes sur le résultat / Ventilation des primes par zones géographique
NF-5-G Notes sur le résultat / Dérogations aux principes comptables
NF-5-H Notes sur le résultat / Position fiscale latente
NF-5-I Notes sur le résultat / Passage du résultat comptable au résultat fiscal
NF-5-J Notes sur le résultat / Ventilation des éléments extraordinaires et non techniques
NF-5-K Notes sur le résultat / Provisions techniques d’assurance Vie

NF-5-L
Notes sur le résultat / Tableau récapitulatif des éléments constitutifs de la
participation des assurés aux résultats techniques et financiers
NF-6 Notes sur l’état de flux de trésorerie
NF-7 Notes complémentaires

Elles doivent, en outre, publier chaque année leurs bilans, leurs comptes de
résultats techniques, leurs comptes de résultats et leurs tableaux de flux de
trésorerie ainsi que les conclusions du commissaire aux comptes au Journal
Officiel de la République Tunisienne et dans au moins deux quotidiens
paraissant à Tunis dont l'un d'entre eux en langue arabe ;
✓ Les commissaires aux comptes des entreprises d'assurances et des
entreprises de réassurances sont tenus de remettre au C.G.A, dans les six
mois qui suivent la clôture de chaque exercice, un rapport concernant le
contrôle effectué. Ce rapport doit contenir les informations suivantes121 :

Tableau 7 : Contenu du rapport ministériel à la charge des C.A.C

Etat Intitulé & objet


I- Renseignements généraux :
La raison sociale de l'entreprise, son adresse, la date de sa constitution et de son
RG-1 agrément, les modifications apportées à ses statuts en cours d'exercice et un
exemplaire à jour des statuts
Les noms, date et lieu de naissance, nationalité, domicile et profession des membres
RG-2 du conseil d'administration ou du conseil de surveillance et du directoire et la liste des
cadres de direction
La listes des catégories des opérations d'assurances exploitées et les dates de dépôt des
RG-3
contrats y afférents auprès de la direction générale des assurances
Le rapport du conseil d'administration ou du directoire et les rapports des
RG-4 commissaires aux comptes présentés à l'assemblée générale des actionnaires ou des
adhérents et les résolutions adoptées par ladite assemblée
Un tableau indiquant la structure détaillée du capital social et les modifications
apportées au cours de l'exercice :
RG-5 -au capital social (versements, appels, augmentations ou réductions),
-au fonds commun (les nouvelles adhésions et les amortissements réalisés sur l'emprunt pour fonds
commun)
La liste des intermédiaires en assurances, experts et commissaires d'avaries avec
RG-6
lesquels l'entreprise a traité au cours de l'exercice
II- Tableaux A- Les états financiers :
A-1 Le bilan
A-2 L'état de résultat technique de l'assurance vie

121 Arrêté du ministre des finances du 31 juillet 2001, fixant les documents constitutifs du rapport annuel prévu par l'article 61 du code des assurances

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 160 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

A-3 L'état de résultat technique de l'assurance non-vie


A-4 L’état de résultat
A-5 Le tableau des engagements reçus et donnés
A-6 Le tableau de flux de trésorerie
A-7 Les notes aux états financiers
III- Tableaux B- Les tableaux statistiques (documents non publiables) :
B-1-1 Résultats techniques d'assurances vie par catégories de contrats d'assurances
Résultats techniques d'assurances non-vie par catégories ou sous-catégories
B-1-2
d'assurances
B-2 La liste détaillée des placements
Etat des éléments d'actifs représentant les provisions techniques d'assurances vie et
B-3-1
montants de ces provisions
Etat des éléments d'actifs représentant les provisions techniques d'assurances non-vie
B-3-2
et montants de ces provisions
Le tableau des créances sur les assurés par catégories d'assurances et par exercice
B-4
d'émission
B-5-1 Tableau des primes émises par type d'intermédiaires en assurances
B-5-2 Tableau des créances sur les intermédiaires
Primes ou cotisations acquises à l'exercice pour chaque catégorie ou sous- catégorie
B-6-1
d'assurances
B-6-2 Nombre de contrats pour chaque catégorie ou sous- catégorie d'assurances
Nombre de sinistres déclarés, payés ou classés et à payer : détail par exercice de
B-6-3
survenance pour chaque catégorie ou sous- catégorie d'assurances
Sinistres, paiements et provisions : détail par exercice de survenance, des opérations
B-6-4 effectuées au cours de l'exercice inventorié pour chaque catégorie ou sous- catégorie
d'assurances
Coût moyen et pourcentage de sinistres par rapport aux primes : détail par exercice en
B-6-5
cours de liquidation pour chaque catégorie ou sous- catégorie d'assurances
Tableau par catégories ou sous-catégories d'assurances des primes et résultats des
B-7
acceptations en réassurance, ventilé suivant la provenance : locale et étrangère
Tableau par catégories ou sous-catégories d'assurances des primes et résultats des
B-8
cessions en réassurance, ventilé suivant la destination : locale et étrangère
Tableau des mouvements des contrats d'assurances vie et de capitalisation, des
B-9
capitaux ou rentes assurés au cours de l'exercice inventorié
B-10 Tableau détaillé des provisions techniques d'assurances vie et de capitalisation

✓ Les commissaires aux comptes des entreprises d'assurances et des


entreprises de réassurances sont tenus d’adresser au C.G.A une copie de leur
rapport destiné à l'assemblée générale et aux organes de l'entreprise qu'ils
contrôlent.
Une interdiction d'exercer ses fonctions auprès des entreprises d'assurances
et des entreprises de réassurances peut être prononcée par le ministre des
finances sur proposition du comité à titre provisoire, pour une durée
maximum de trois ans, ou à titre définitif à l'encontre de tout commissaire
aux comptes qui manque aux obligations mises à sa charge par les
paragraphes citées ci-dessus.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 161 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

▪ Conseil des Marchés Financiers et la Bourse des Valeurs Mobilières de


Tunisie : c’est à travers la loi n° 94-117 du 14 novembre 1994, portant
réorganisation du marché financier, que le C.M.F a instauré les exigences,
mises à la charge des sociétés faisant appel public à l’épargne, en matière de
publication et de divulgation d’informations financières. En effet, cette loi a
consacré tout un chapitre (chapitre 2) intitulé « de l’information au public » qui
traite des obligations de transparence financière vis-à-vis du public. Ce
chapitre composé de quatre articles, présente les principales dispositions
suivantes :
✓ Les sociétés faisant appel public à l'épargne sont tenues de déposer ou
d'adresser, sur supports papier et magnétique, au Conseil du Marché
Financier et à la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis, dans un délai de
quatre mois, au plus tard, de la clôture de l'exercice comptable et quinze
jours, au moins, avant la tenue de l'assemblée générale ordinaire :
o L’ordre du jour et le projet des résolutions proposées par le conseil
d'administration ou par le directoire,
o Les documents et les rapports prévus, selon le cas, par les articles 201 ou
235 du code des sociétés commerciales et l'article 471 dudit code. Le
rapport annuel sur la gestion de la société doit comporter les
informations arrêtées par règlement du Conseil du Marché Financier et
particulièrement, un exposé sur les résultats des activités, leur évolution
prévisible et éventuellement les changements des méthodes
d'élaboration et de présentation des états financiers, ainsi que des
éléments sur le contrôle interne,
o Les rapports du ou des commissaires aux comptes visés. Lesdits rapports
doivent contenir une évaluation générale du contrôle interne.
✓ Les sociétés faisant appel public à l'épargne doivent publier au bulletin
officiel du Conseil du Marché Financier et dans un quotidien paraissant à
Tunis, leurs états financiers annuels accompagnés du texte intégral de
l'opinion du commissaire aux comptes ;
✓ Les sociétés faisant appel public à l'épargne doivent, dans les quatre jours
ouvrables qui suivent la date de la tenue de l'assemblée générale ordinaire,
déposer ou adresser au Conseil du Marché Financier et à la Bourse des
Valeurs Mobilières de Tunis :
o Les documents et les rapports prévus, selon le cas, par les articles 201 ou
235 du code des sociétés commerciales et l'article 471 dudit code, s'ils ont
été modifiés,
o Les résolutions adoptées par l'assemblée générale ordinaire,
o L’état d'évolution des capitaux propres en tenant compte de la décision
d’affectation du résultat comptable,
o Le bilan après affectation du résultat comptable,
o La liste des actionnaires,
Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 162 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

o La liste des titulaires des certificats de droit de vote,


o La liste des titulaires d'obligations convertibles en actions
✓ Les sociétés faisant appel public à l'épargne doivent publier au bulletin
officiel du Conseil du Marché Financier et dans un quotidien paraissant à
Tunis dans un délai de trente jours après la tenue de l'assemblée générale
ordinaire au plus tard :
o Les résolutions adoptées par l'assemblée générale ordinaire,
o L’état d'évolution des capitaux propres en tenant compte de l'affectation
du résultat comptable,
o Le bilan après affectation du résultat comptable,
o Les états financiers lorsqu'ils ont subi des modifications.
✓ Nonobstant ses obligations légales, chaque commissaire aux comptes d’une
société faisant appel public à l’épargne doit :
o Signaler immédiatement au Conseil du Marché Financier tout fait de
nature à mettre en péril les intérêts de la société ou les porteurs de ses
titres,
o Remettre en même temps au Conseil du Marché Financier une copie de
chaque rapport adressé à l’assemblée générale.
✓ Toute société qui émet des valeurs mobilières ou produits financiers par
appel public à l’épargne, doit chaque fois et au préalable, publier un
prospectus destiné à l’information du public et portant notamment sur
l’organisation de la société ou de l’organisme, sa situation financière et
l’évolution de son activité ainsi que les caractéristiques et l’objet du titre ou
du produit émis. Le projet de prospectus d’émission est soumis pour visa au
Conseil du Marché Financier.
▪ Fédération Tunisienne des Assurances : Dans le cadre du suivi des
indicateurs sectoriels du marché des assurances, la FTUSA sollicite des
compagnies d’assurances les informations contenues dans les états A-1, A-
2, B-1-1 et B-1-2 du rapport ministériel exigés par le CGA (voir plus haut).
Sur la base de ses informations la FTUSA publie annuellement un rapport
sur l’état des lieux du marché des assurances en Tunisie. Ce rapport
comporte toutes les informations pertinentes du secteur détaillées par
compagnies d’assurances. Ce rapport constitue un outil important qui
consolide la culture de la transparence financière du secteur des assurances.
En outre, il est à signalé qu’à partir d’octobre 2005, la Tunisie a franchi un cap dans
l’instauration d’un bouclier législatif dont l’objet et le renforcement de la sécurité
des relations financières à travers la Loi n° 2005-96, dont la pierre angulaire
repose sur la transparence financière et l’impératif de garantir l’exactitude des
informations mises à dispositions du public. En effet, cette loi a prévu plusieurs
articles traitants de la question notamment à travers :

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 163 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

- Le premier chapitre (du premier titre) intitulé « renforcement de la transparence


de l’information financière » ;
- Le quatrième chapitre (du premier titre) intitulé « renforcement de la
transparence des sociétés » ;
- Le deuxième titre intitulé « renforcement de la politique de divulgation
financière des sociétés et de leur bonne gouvernance »
De ce qui précède, il est aisé de conclure que la divulgation financière, surtout pour
le secteur financier (banques, assurances, etc…) jouit d’une place de choix dans le
corpus législatif national, toutefois l’analyse spécifique des besoins en divulgation
financière des compagnies Takaful dégage des insuffisances dont la plus notable se
rapporte à l’inadéquation des normes comptables en vigueur, relatives à la
présentation des états financiers des compagnies d’assurances (NCT 26) aux besoins
du model Takaful, en effet cette insuffisance a été traité au niveau de la cinquième
section du premier chapitre de la deuxième partie.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 164 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

CONCLUSION GENERALE

A l’issue de nos travaux, le constat est sans appel : le développement de l’activité


Takaful en Tunisie reste essentiellement tributaire d’une réforme réglementaire
elle-même dépendante d’une volonté législative léthargique.
Nous pourrons chercher dans le cadre postrévolutionnaire les causes d’un tel
engourdissement de l’appareil législatif, encombré par des priorités socio-
économiques et des défis à la fois endogènes et exogènes à relever.
C’est ainsi que l’intérêt du législateur à l’industrie du Takaful ne s’est manifestée
qu’à deux reprises respectivement en 2014 (Loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant
et complétant le code des assurances) et 2016(Arrêté du ministère des finances du 1er mars 2016,
modifiant et complétant l’arrêté du 27 février 2001). Et bien que l’apport de ces textes ait
été primordial, il en demeure insuffisant notamment pour éclaircir les ambiguïtés
qui entourent certains traitements comptables, fiscaux et prudentiels.
Ainsi, sur le plan comptable, des difficultés persistent et concernent notamment :
▪ Le rattachement des charges aux produits par fonds ;
▪ La répartition des revenus des placements ;
▪ La prise en compte du surplus et les règles de distribution ;
▪ La détermination et la comptabilisation du Quardh Hassan ; et
▪ La présentation des état financiers.
Ces difficultés ont été traitées dans le cadre d’un projet pour l’élaboration de
normes comptables spécifiques à l’activité Takaful en Tunisie, entamé en Juin
2015, à l’initiative des compagnies Takaful opérant sur le marché, et approuvé le
27décembre 2017 par le Conseil National de Comptabilité. Actuellement nous
sommes dans l’attente de la promulgation de l’arrêté du ministère des finances
pour le mise en vigueur des normes y afférentes (NCT43 et NCT44).
Si des avancées notables ont été enregistrées sur le plan comptable, le chemin reste
encore à faire sur le plan fiscal et prudentiel, où les problématiques ne manquent
pas et concernent notamment :
▪ Le traitement de l’inexistence fiscale du fonds des participants ;
▪ La définition du régime fiscal des commissions Wakala et Mudharaba ;
▪ La définition du régime fiscal du Quardh Hassan ;
▪ Imposition et liquidation du Surplus ;
▪ La gouvernance des compagnies Takaful et l’analyse de leur solvabilité ;
▪ La gestion des risques dans les compagnies Takaful ; et
▪ L’impératif de la transparence financière.
Il ressort de ce tableau mitigé, une certitude partagée par les différents acteurs de
l’industrie Takaful en Tunisie, à savoir l’ancrage de cette dernière dans le tissus
économique Tunisien.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 165 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Indéniablement, l’existence de trois compagnies Takaful multi-branches et


plusieurs fenêtres Ré-Takaful, montre la croissance de cette industrie. Ceci laisse
présager des avancées substantielles en matière de réformes réglementaires qui
mèneront, nous l’espérons, vers une croissance et un développement de l’activité
Takaful en Tunisie en conséquence.
Apports, limites et voies futures de recherche
▪ Apports scientifiques et professionnels :
Notre recherche est élaborée dans un contexte en pleine expansion sur le plan
national et international, traitant d’une problématique innovante et axée sur un
thème peu étudié.
Notre apport consiste à présenter, d’une façon pragmatique, les problématiques
liées à la gestion quotidienne des compagnies Takaful, d’essayer d’apporter des
projets de solutions à ces problématiques et de développer une prise en conscience
quant aux difficultés qui entravent le développement de ce modèle en Tunisie.
Les conclusions dégagées pourraient éventuellement constituer un apport
professionnel pour les comptables et les experts comptables, les assureurs, les
instances de régulation, les fiscalistes, etc, et ce en :
✓ Présentant les principales difficultés comptables, fiscales et prudentielles
liées à l’activité Takaful en Tunisie ;
✓ Proposant des projets de solutions à ces problématiques ;
✓ Incitant les professionnelles et les académiciens à s’intéresser au sujet en
creusant davantage les travaux de recherches que nous avons entamés.
Ceci aura pour conséquence d’enrichir considérablement le milieu professionnel et
le développement de ce nouveau business model.
▪ Limites
A travers ce mémoire, nous ne prétendons pas traiter de toutes les problématiques
que pourraient rencontrer les compagnies Takaful en Tunisie, mais nous nous
sommes concentrés sur les plus importantes d’entre elles. Ainsi, nous avons fait le
choix de ne pas nous engager sur la voie des difficultés d’ordre juridique ou
Sharaïque.
Par ailleurs, nous ne traiterons pas des spécificités et des difficultés liées au
déroulement des missions d’audit et/ou de commissariat aux comptes des
compagnies Takaful et leur interaction avec l’audit Sharaïque.
▪ Voies futures de recherche
Les limites de ce travail peuvent éventuellement constituer des points de départ
pour d’autres travaux et ouvrir ainsi de nouvelles perspectives de recherché. Les
chercheurs pourraient élargir notre étude, par exemple, en s’orientant vers une
recherche de type quantitatif.
Aussi pourraient-ils étudier d’autres problématiques que nous n’avons pas traitées
dans le cadre de ce travail notamment l’aspect juridique et/ou Sharaïque ou
d’audit.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 166 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Ils pourraient aussi étaler leurs travaux sur les autres institutions financières telles
que les fonds d’investissement, les banques islamiques, les institutions de micro-
crédits, etc. qui connaissent des inadéquations de la réglementation en vigueur
similaires à celles rencontrées par l’activité du Takaful.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 167 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Bibliographie

Articles, études et Conférences :

AISAM & ACME, ACME's Proposal Regarding the Application Threshold of Solvency II for Very
Small Variable Premium Mutual Insurers and Equivalent, Brussels, June 2008, www.amice-eu.org

AISAM, ACME, Initial Comments on the Proposal for a Solvency II Framework Directive, Brussels,
July 2007, www.amice-eu.org

AISAM, ACME, The European Mutual Insurance Sector and Solvency II: An Overview, Brussels, July
2007, www.amice-eu.org

AM Best, Takaful (Shari'a compliant) Insurance Companies, Best's Rating Method, February 2008,
www.ambest.com/ratings/methodology.asp

Asian-Oceanian Standard-Setters Group, Financial Reporting by Islamic Financial Institutions: A


study of financial statements of Islamic financial institutions, 2015

Barket M.A., Assurance et Islam, Contribution à la conférence – table ronde Assurance et société, 2011

Bhagaloo S., UAE insurance financial regulations, Gulf actuarial society presentation, 2015

Bhatty. A, Aspects of Business Operations in Different Takaful Modalities, Presentation to the Global
Islamic Financial Forum, 26 th -29 th March 2007, Kuala Lumpur,
ww.bnm.gov.my/microsites/giff2007/pdf/frf/07_06.pdf

Billah M.M., Insurable Interest: Can the Modern Law Be Adopted in Takaful Operations? Arab Law
Quarterly, Vol. 15, No. 2, 2000, pp. 206-209.

Billah M.M., Islamic Insurance: Its Origins and Development, Arab Law Quar- terly, Vol. 13, No. 4,
1998, pp. 386-422.

Billah M.M., Life Insurance? An Islamic View, Arab Law Quarterly, Vol. 8, No. 4, 1993, pp. 315-324.

Boualem B. La Zakat et le Waqf: Aspects théoriques, juridiques, institutionnels et économiques,


Séminairetenu au Benin du 25 au 31 mai 1997

Boulif M., Normes AAOIFI / IFRS : entre divergences et convergences quelles perspectives ? Colloque
Organisé par le Conseil Régional de l’Ordre des Experts Comptables de Casablanca, 2012

Boulila G., Enjeux et opportunités pour le développement du secteur des assurances Tunisien, MAC
Info Analyse Financière, N°10 1 semestre 2017

Casey P. Establishing a Robust Legal and Regulatory Framework for Takaful", Presentation at the
Financial Regulators Forum in Islamic Finance, 29 th March2007, available on www.bnm.gov.my

Compagnie de réassurance de la ZEP(ZEP-RE), Financial annual report, 2016

Dar Al Takaful, Annual report, UAE 2014

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 168 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Deloitte, The global Takaful insurance market Charting the road to mass markets, Financial Services
report in the 87 th years in the middle east, 2015

Directive 2009/138/EC of the European Parliament and of the Council of 25 November 2009 on
the taking-up and pursuit of the business of insurance and reinsurance (Solvency II), COD (2007)
EU 2009, p 143

EY, Global Takaful Insights 2014 market updates is an update supplement to EY’s previous Global Takaful
Insights

EY, IFRS 4 Phase II and Solvency II Bridging the gap, EY’s report, 2010

EY, The World Takaful Report 2008, Presentation at the 3 rd Annual World Takaful Conference,
www.ey.com,

EY, The World Takaful Report 2012, Presentation at the 7th Annual World Takaful Conference,
www.ey.com

GHANMI C. (GAC Audit et Conseil), Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de
positionnement et de définition des orientations, Comité de pilotage pour l’élaboration des normes
comptables Takaful en Tunisie, Octobre 2015

IAIS-IFSB, Issues Paper on Issues in Regulation and Supervision of Takaful (Islamic Insurance),
August 2006, www.iaisweb.org

ICMIF, Global Mutual Market Share 2006-2007, October 2009, www.icmif.org

Ishak В., Establishing a Robust Legal and Regulatory Framework for Takaful, the Financial Regulators
Forum in Islamic Finance, 29 th March2007, available on www.bnm.gov.my

ISLAMIC FINANCIAL SERVICES BOARD, Islamic financial services industry stability report 2017

ISLAMIC FINANCIAL SERVICES BOARD, Islamic financial services industry stability report 2016

Jaffer S., Global Takaful Review: Evolving Trends, Opportunities and Challenges, Islamic Finance
News, Guide, 2006, www.islamicfinancenews.com

Kuen Y.L., Essential Elements for Effective Supervision of Takaful Operators, the Financial Regulators
Forum in Islamic Finance, 29 th March2007, available on www.bnm.gov.my

Kwon W.J., Islamic Principle and Takaful Insurance: Re-evaluation, Journal of Insurance Regulation,
Fall 2007, Vol. 26, No. 1, pp. 53-82

M’rad MA., Les risques de marché en finance islamique, Séminaire à l’initiative du cabinet Bridgers
One, Paris, Janvier 2010

Macfarlane В., Shariah Compliant Insurance Products - Takaful in the UK, July 2006,
www.islamicfinancenews.com

Mahmood N.R., Takaful: The Islamic System of Mutual Insurance: The Malaysian Experience, Arab
Law Quarterly, Vol. 6, No. 3, 1991, pp. 280-296.

Maysami R.C. and W.J. Kwon, An Analysis of Islamic Takaful Insurance - A Cooperative Insurance
Mechanism, Journal of Insurance Regulation, Fall 1999, Vol. 18, No. 1, pp. 109-132

Ministère de l’Economie et des Finances tunisien, Projet de réforme du système fiscal tunisien, Les
Assises Nationales de la Fiscalité 12 et 13 novembre 2014 – Hôtel Le Palace Gammarth

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 169 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Oliver Wyman, Takaful: A New Global Insurance Growth Opportunity, Financial Services, Islamic
Finance reports, 2006, www.oliverwyman.com

SAAB Takaful member of HSBC Group, Financial annual report 2016, 2016

Sabbagh A., Mutuality and Takaful, The Case of Jordan, Paper presented at the Mutuality, Cultural
Diversity and Sustainable Development Seminar, 21st May2004, Tunis,
www.icmif.org/services/takaful/welcome.asp

Shahul Hameed Mohamed Ibrahim, IFRS vs AAOIFI: The Clash of Standards? International Centre for
Education in Islamic Finance, Munich Personal Re PEc Archive, March 2007, N°12539

Takaful Emarat-insurance (PSC), Financial annual report 2016

Takaful Pakistan Limited, Financial annual report 2016

Thérond Pierre, Comptabilisation IFRS des engagements d’assurance, Formation ERM de l’Institut
des Actuaires, Paris, vendredi 25 septembre 2009

Tolefat A.R, Essential Elements for Effective Supervision of Takaful Operators, the Financial
Regulators Forum in Islamic Finance, 29th March 2007, www.bnm.gov.my

Zamani A., Deputy Governor's Opening Address at the 3rd International Convention on Takaful
and Retakaful, Kuala Lumpur, 29 August 2007, www.bnm.gov.my/index.php?ch=9&pg=15&ac=257.,
2007,

Zammit S, Cherif A et Jebali A, Le secteur des assurances en Tunisie : Des lacunes à combler dans un
secteur en pleine mutation, MAC SA – Intermédiaire en Bourse

Les ouvrages :

Becquet A., Dreyfuss M-L. Maîtriser le reporting sous Solvabilité 2, L'Argus, 2013, 118 p.

Chelly D. & Robert G., Gérer les risques sous Solvabilité 2, L'Argus, 2012, 127 p.

Dreyfuss M-L., Grands principes de Solvabilité 2, L'Argus, 2013, 384 p.

Fitouchi D., Solvency II. Du projet de réforme à l'approche par les modèles internes, Demos, 2005,
142 p.

Guibert Q., Julliard M., Nteukam Teuga O., Planchet F., Solvabilité prospective en assurance.
Méthodes quantitatives pour l'ORSA, Economica, 2014, 230 p.

Kentsa G. F., Audit et évaluation des entreprises d'assurance, L'Harmattan, 2014, 199 p.

Kerbel P., Management des risques, inclus secteurs banque et assurance, Eyrolles,2009, 187 p

Le Vallois F, Palsky P, Paris B., Gestion actif passif en assurance vie. Réglementation, outils,
méthodes, Economica, 2003, 330 p.

Morin P., ThourotP, Solvency 2 en 125 mots, Revue Banque éditions, 2014, 265 p.

Piermay M., Mathoulin P, Cohen A, Gestion actif passif d'une compagnie d'assurance ou d'un
investisseur institutionnel, Economica, 2002, 111 p.

Planchet F., Therond P., Julliard M., Modèles financiers en assurance, Economica, 2007, 565 p.

Planchet F., Therond P., Kamega A., Scénarios économiques en assurance, Economica, 2009, 235 p.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 170 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Planchet F., Therond P., Mesure et gestion des risques d'assurance, Economica, 2011, 204 p

Trand H. D., Solvabilité II. De Solvabilité I à Solvabilité II. Evolution de la réglementation, Arnaud
Franel éditions, 2015, 160 p.

UE. Solvabilité II. Pour une meilleure protection des assurés en Europe. Un projet de directive en
débat, Confrontations Europe, 2009, 142 p.

Willot E., Grands principes de la comptabilité d'assurance, L'Argus, 2013, 424 p.

‫فاضل عباس الحسب‬


‫في الفكر االقتصادي اإلسالمي‬: ‫دراسة مقارنة مع المذاهب االقتصادية المعاصرة‬/ ‫بيروت‬
‫ ص‬152 – ‫عالم المعرفة‬1981

‫صادق مهدي السعيد‬


‫اإلسالم وتنظيم النشاط االقتصادي و ضمن العمل والعيش للناس‬

‫ص‬104 -‫مكتبة األقصى‬1983

Mémoires :

Ayadi A., Assurance islamique Takaful non-vie ne Tunisie : Spécificités et tendances de la


présentation des états financiers, ISCAE, 2013, 196 p

Bendimerad A., Tontines et Takaful : viabilité d’une alternative Takaful à l’assurance décès
conventionnelle dans le référentiel réglementaire français, Institut des acturaires- Lyon 1, 2015, 94 p

Budd E, Les particularités du Takaful, UNIVERSITÉ PANTHÉON-ASSAS – PARIS II, 2016, 67 p


CNAM/ENASS, 2011, 129 p

Dieng D., La micro-assurance en marche : enjeux, mise en œuvre, innovations et perspectives,


CNAM/ENASS, 2009, 103 p

Hamada NI., « Shari’a Compliance Auditing » : Positionnement dans le cadre de la gouvernance


et application au cas des dépôts « Wadi’a », IHEC, 2015, 176 p

Hedrich H, TAKAFUL : Spécificités et enjeux, réflexion autour d’un cadre réglementaire et


comptable, IHEC, 2012, 186 p

Kammoun MH., Solvabilité II : Etat des lieux et potentiel des compagnies d’assurances
Tunisiennes à répondre aux exigences du pilier I : Evaluation des provisions techniques non-vie,
IHEC, 2014, 197 p

Khouaja MA, Takaful, Le chemin islamique à l’assurance, Université de Cadi Ayyad (Maroc), 2015, 101
p

Leroy F, La chasse aux passifs est-elle ouverte ? Le run-off à l’aube de Solvabilité II

Meftah R., Adéquation de la normalisation comptable et prudentielle pour les banques islamiques
en Tunisie, ISCAE, 2011, 185 p

Montassir K., Les provisions techniques des compagnies d’assurances : réflexion sur une approche
d’audit sectorielle, ISCAE, Maroc Mai 2000

Musy E., Le contrôle interne dans les organismes d’assurance, rôle, enjeux et perspectives
d’évolution, CNAM/ENASS, 2008, 99 p

Ossoukine AH., Takaful, L’assurance islamique et ses difficultés d’adaptation, Faculté de


droit/Université d’Oran, 2014, 67 p

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 171 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Sache PH, L’apport du contrôle de gestion dans le pilotage de l’entreprise d’assurance : Quelle
perspective d’évolution de la fonction contrôle de gestion dans une industrie en transformation ?
CNAM/ENASS, 2010, 106 p

Lois et autres textes juridiques :

Arrêté du ministère des finances du 1er mars 2016,

Arrêté du ministère des finances du 27 février 2001,

Code des assurances,

Code de l’IRPP et de l’IS,

Code de la fiscalité locale,

Code des droits d'enregistrement et de timbre,

Code des droits et procédures fiscaux,

Code de la TVA,

Code des sociétés commerciales,

Code des obligations et des contrats,

Code de commerce,

Loi 2017-8 portant refonte du dispositif des avantages fiscaux,

Loi n° 2016-71 portant loi de l'investissement,

Loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances,

Loi n° 2013-30 du 30 juillet 2013, relative aux sukuk islamiques,

Loi n° 94-117 du 14 novembre 1994, portant réorganisation du marché Financier,

Note commune n° 18/2004- Texte n° DGI 2004/22,

Système comptable des Entreprises – Tunisie

Réglementation internationale :

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), AAOIFI
26 -Islamic Insurance (Shari’a Standars)

Ausralia Insurance Act, Prudential Standard GPS 110-Capital Adequacy, 1973

Deloitte Asia Pacific Tax Centre, Jordan Tax Profile, 2017

Deloitte Asia Pacific Tax Centre, Saudia Arabia Tax Profile, 2017

Deloitte Asia Pacific Tax Centre, South Sudan Tax Profile, 2015

EY Asia Pacific Tax Centre, Worldwide VAT, GST and Sales Tax Guide, 2015

Federal Board of Revenue, Government of Pakistan, Income Tax Ordinance, 2007

Insurance Authority United Arab Emirates, Board of Directors’ Decision Number (26) of 2014
Pertinent to Financial Regulations for Takaful Insurance Companies

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 172 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

International Financial Reporting Standards, IFRS 4: Insurance Contracts

Islamic Financial Services Board, IFSB-11: Standard on Solvency Requirements for Takaful (Islamic
Insurance) Undertakings, December 2010

Islamic Financial Services Board, IFSB-13: Guiding Principles on Stress Testing for Institutions
offering Islamic Financial Services, March 2012

Islamic Financial Services Board, IFSB-14: Standard On Risk Management for Takaful (Islamic
Insurance) Undertakings, December 2013

Islamic Financial Services Board, IFSB-18: Guiding Principles for Re takaful (Islamic Reinsurance),
April 2016
Islamic Financial Services Board, IFSB-8: Guiding Principles on Governance for Takaful (Islamic
Insurance) Undertakings, December 2009

Jordan GST Law, Law No. 6 of 1994 General Sales Tax Law

KPMG Asia Pacific Tax Centre, Pakistan Tax Profile, 2015

Laws of Malaysia (Act 312 to provide for the regulation of takaful business in Malaysia), Takaful
Act 1984

National Insurance commission, Nigeria, Operational Guidelines 2013, Takaful Insurance


Operators

Royal Malaysian Customs Department, GST Guide on Insurance an Takaful, 2017

Saudi Arabian Monetary Agency, Surplus Distribution Policy? 2015

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), AAOIFI
41 -Islamic Reinsurance (Shari’a Standars)

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), AAOIFI
43 -Insolvency (Shari’a Standars)

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), FAS 12 –
General Presentation and Disclosure in the Financial Statements of Islamic Insurance Companies

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), FAS 13 –
Disclosure of Bases for Determining and Allocating Surplus or Deficit in Islamic Insurance
Companies

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), FAS 15 –
Provisions and Reserves in Islamic Insurance Companies

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), FAS 19 –
Contributions in Islamic Insurance Companies

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI), Guidance
Note on First Time Adoption of AAOIFI Accounting Standards by an Islamic Financial Institution

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI),
Governance Standards 1- Shari’ah Supervisory Board: Appointment, Composition and Report

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI),
Governance Standards 2- Shari’ah Review

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI),
Governance Standards 3- Internal Shari’ah Review

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 173 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI),
Governance Standards 4- Audit & Governance Committee for Islamic Financial Institutions

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI),
Governance Standards 5- Independence of Shari’ah Supervisory Board

The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIFI),
Governance Standards 6- Statement on Governance Principles for Islamic Financial Institutions

Webographie :
www.ifsb.org : The Islamic Financial Services Board
www.aaoifi.com : The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial
Institutions
www.ey.com: Le Cabinet Ernest & Young
www.deloitte.com : Le Cabinet Deloitte
www.pwc.com : Le Cabinet Price Waterhouse Coopers
www.kpmg.com : Le Cabinet KPMG
www.ia.gov.ae: The Insurance Autority (UAE)
www.ifrs.org : The International Financial Reporting Standards Financial
www.cga.gov.tn : Le Comité Général des Assurances
www.ftusanet.org : La Fédération Tunisienne des Sociétés d'Assurances
www.cmf.tn : Le Conseil du Marché Financier
www.bvmt.com.tn: La Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis
www.bct.gov.tn : La Banque Centrale de Tunisie

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 174 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Table des matières

INTRODUCTION GENERALE .................................................................................... 9


PREMIERE PARTIE. TAKAFUL EN TUNISIE - ETAT DES LIEUX ............................ 14
CHAPITRE 1. GENESE, PRINCIPES ET SPECIFICITES DE L’ACTIVITE TAKAFUL .. 14
SECTION 1. GENESE DU TAKAFUL ET SON DEVELOPPEMENT ...................................................... 14
Sous-Section 1. Définition et historique du Takaful ................................................... 15
Sous-Section 2. Développement du Takaful dans le monde ......................................17
Paragraphe1. Retour aux valeurs éthiques ............................................................................................. 17
Paragraphe 2. Intérêt du Takaful ........................................................................................................... 18
Paragraphe 3. Croissance des marchés Takaful .................................................................................... 20
SECTION 2. PRINCIPES ET SPECIFICITES DU TAKAFUL ................................................................ 23
Sous-Section 1. Principes du Takaful ............................................................................... 23
Paragraphe 1. Les prohibitions de la Sharia........................................................................................... 24
Paragraphe 2. Le partage du risque ........................................................................................................ 27
Paragraphe 3. Principe du Tabar ’ru ...................................................................................................... 29
Sous-Section 2. Spécificités du Takaful ........................................................................... 31
Paragraphe 1. La séparation des fonds des participants et des actionnaires ........................................ 31
Paragraphe 2. L'engagement de distribution du surplus aux participants ........................................... 32
Paragraphe 3. Le comité de supervision Sharaïque ............................................................................... 32
Paragraphe 4. L'évitement des actifs non conformes à la Sharia .......................................................... 33
Sous-Section 3. Les différents modèles de gestion ...................................................... 34
Paragraphe 1. Le modèle Takaful avec agent (Mudharaba) .................................................................. 34
Paragraphe 2. Le modèle Takaful avec gestionnaire (Wakala) ............................................................. 35
Paragraphe 3. Le modèle combiné ou hybride ...................................................................................... 36
Paragraphe 4. Le modèle Al Waqf .......................................................................................................... 37

CHAPITRE 2. CADRE GENERAL DE L’ACTIVITE TAKAFUL A L’ECHELLE


INTERNATIONALE ................................................................................................. 39
SECTION 1. NORMALISATION COMPTABLE DES COMPAGNIES TAKAFUL ...................................40
Sous-Section 1. Divergences par rapport au référentiel conventionnel ..............40
Paragraphe 1. Spécificités de la comptabilité Takaful .......................................................................... 40
Paragraphe 2. Inadéquation des normes comptables classiques à l’activité Takaful ........................... 42
Sous-Section 2. Sources de normalisation comptable pour l’activité Takaful .. 45
Paragraphe 1. Accounting & Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (A.A.O.I.F.I). 45
Paragraphe 2. Autres organismes de normalisation comptable ...........................................................46
SECTION 2. REGLEMENTATION PRUDENTIELLE DES COMPAGNIES TAKAFUL...........................48
Sous-Section 1. Intérêt d’un cadre prudentiel propre à l’activité Takaful ..........48
Paragraphe 1. Cadre prudentiel des assurances classiques ...................................................................49
Paragraphe 2. Inadéquation du cadre prudentiel classique à l’activité Takaful ................................... 51
Sous-Section 2. Sources de la réglementation prudentielle pour l’activité
Takaful ....................................................................................................................................... 52
Paragraphe 1. Islamic Financial Service Board (I.F.S.B) ....................................................................... 52
Paragraphe 2. Autres sources de réglementation prudentielle ............................................................. 53

CHAPITRE 3. LE TAKAFUL A L’ECHELLE NATIONALE ..........................................55


SECTION 1. CADRE DES ACTIVITES ASSURANTIELLES EN TUNISIE ............................................. 55
Sous-Section 1. Normalisation comptable ..................................................................... 55
Paragraphe 1. Le système comptable des entreprises (NCT 26 à 31) .................................................... 56
Paragraphe 2. Vers une normalisation comptable spécifique ............................................................... 57
Sous-Section 2. Législation fiscale ................................................................................... 58
Paragraphe 1. Fiscalité des assurances ................................................................................................... 58
Paragraphe 2. Régime fiscal de l’assurance sur la vie .......................................................................... 60
Sous-Section 3. Cadre prudentiel ...................................................................................... 61
Paragraphe 1. Les instances de contrôle et de régulation ...................................................................... 62

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 175 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Paragraphe 2. L’adaptation des normes prudentielles à l’activité Takaful ........................................... 63


SECTION 2. PLACE DU TAKAFUL EN TUNISIE ............................................................................... 65
Sous-Section 1. Une expérience encore naissante ....................................................... 65
Paragraphe 1. Aperçu historique ............................................................................................................ 65
Paragraphe 2. Le Takaful en chiffre ....................................................................................................... 65
Sous-Section 2. Limite du développement de l’activité Takaful en Tunisie ........ 66
Paragraphe 1. Déficience marketing .......................................................................................................68
Paragraphe 2. Manque d'actifs conforme à la Sharïa ............................................................................68
Paragraphe 3. Effort de réglementation insuffisant ..............................................................................68

DEUXIEME PARTIE. NECESSITE D’UNE REFORME DE LA .................................... 72


REGLEMENTATION TAKAFUL EN TUNISIE ........................................................... 72
CHAPITRE 1. ADEQUATION DE LA NORMALISATION COMPTABLE AUX
SPECIFICITES DE L’ACTIVITE TAKAFUL................................................................ 73
SECTION 1. RATTACHEMENT DES CHARGES AUX PRODUITS PAR FONDS ................................... 74
Sous-Section 1. Enjeux de l’affectation des charges non techniques ..................... 74
Sous-Section 2. Traitement comptable préconisé ....................................................... 76
SECTION 2. REPARTITION DES REVENUS DES PLACEMENTS ....................................................... 78
Sous-Section 1. Impact de l’allocation des revenus des placements ..................... 78
Sous-Section 2. Proposition d’un traitement comptable plus adapté .................. 78
SECTION 3. LE SURPLUS : PRISE EN COMPTE ET REGLES DE DISTRIBUTION............................. 79
Sous-Section 1. Définition, calcul et règles de distribution du Surplus ............... 79
Sous-Section 2. Difficultés comptables liées Surplus ................................................ 80
SECTION 4. LE « QUARDH HASSAN » : DETERMINATION ET COMPTABILISATION ................... 83
Sous-Section 1. Difficultés liées au Quardh Hassan ................................................... 83
Sous-Section 2. Traitement comptable du Quardh Hassan ..................................... 85
SECTION 5. LA PRESENTATION DES ETATS FINANCIERS ..............................................................86
Sous-Section 1. Inadéquation de la NCT 26 au modèle Takaful ..............................86
Sous-Section 2. Modalité préconisée de présentation des états financiers ........ 87
CHAPITRE 2. ADEQUATION DE LA LEGISLATION FISCALE AUX SPECIFICITES DE
L’ACTIVITE TAKAFUL .............................................................................................97
SECTION 1. INEXISTENCE FISCALE DU FONDS DES PARTICIPANTS .............................................98
Sous-Section 1. L’exposé de la problématique ..............................................................98
Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale ............................. 99
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat ..................................... 100
SECTION 2. REGIME FISCAL DES COMMISSIONS WAKALA ET MUDHARABA ........................... 100
Sous-Section 1. L’exposé de la problématique ............................................................ 100
Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale ........................... 101
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat ..................................... 102
SECTION 3. REGIME FISCAL DU QUARDH HASSAN.................................................................... 105
Sous-Section 1. L’exposé de la problématique ............................................................ 105
Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale ........................... 105
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat ..................................... 106
SECTION 4. IMPOSITION ET LIQUIDATION DU SURPLUS (R/S ET I/S) ..................................... 108
Sous-Section 1. L’exposé de la problématique ............................................................ 108
Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale ........................... 109
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat ..................................... 109
SECTION 5. TRAITEMENT DES TAXES PARAFISCALES (CAS DE LA TCL) ................................... 111
Sous-Section 1. L’exposé de la problématique ............................................................. 111
Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale ............................ 112
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat ...................................... 112
SECTION 6. DEDUCTION DES PROVISIONS SPECIFIQUES ............................................................ 113
Sous-Section 1. L’exposé de la problématique ............................................................. 113
Sous-Section 2. Revue des pratiques à l’échelle internationale ............................114
Sous-Section 3. Proposition de traitement fiscal adéquat ......................................114
CHAPITRE 3. ADEQUATION DU CADRE PRUDENTIEL AUX SPECIFICITES DE
L’ACTIVITE TAKAFUL ........................................................................................... 116

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 176 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

SECTION 1. SOLVABILITE DES COMPAGNIES TAKAFUL/RE-TAKAFUL ...................................... 117


Sous-Section 1. Notion de solvabilité et particularité de l’activité Takaful ....... 117
Sous-Section 2. Solvabilité des fonds ou solvabilité de l’entreprise .................... 120
SECTION 2. PARTICULARITES DU MCR ET SCR DANS LE MODEL TAKAFUL........................... 126
Sous-Section 1. Nouvelles exigences en matière de fonds stables ........................ 126
Sous-Section 2. Composition du MCR et SCR dans les compagnies Takaful .... 128
SECTION 3. GESTION ACTIFS/PASSIFS ....................................................................................... 132
Sous-Section 1. Apport de l’arrêté du 1er mars 2016 ................................................ 132
Sous-Section 2. Limites législatives et recommandations ..................................... 135
SECTION 4. GOUVERNANCE DES COMPAGNIES TAKAFUL/RE-TAKAFUL................................. 137
Sous-Section 1. La théorie de l’agence et le model Takaful .................................... 138
Sous-Section 2. La gouvernance sharaïque ................................................................ 144
SECTION 5. RISQUE MANAGEMENT DANS LE MODEL TAKAFUL ................................................ 146
Sous-Section 1. Typologie des risques dans le model Takaful ............................... 146
Sous-Section 2. Méthodologie de gestion des risques .............................................. 149
SECTION 6. TRANSPARENCE FINANCIERE PILIER DU CADRE PRUDENTIEL ............................. 154
Sous-Section 1. Meilleures pratiques à l’échelle internationale ........................... 154
Sous-Section 2. Dispositif national et recommandations .......................................157
CONCLUSION GENERALE ..................................................................................... 165

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 177 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Liste des figures

Figure
Intitulé Page

1 Aperçu schématique de l’histoire du Takaful 17
2 Contribution par habitant en 2006 20
3 Croissance mondiale du chiffre d’affaires de l’industrie Takaful 2010-2016f 21
4 Parts de croissance des contributions (primes) Takaful 22
Comparaison du taux de croissance des contributions (primes)assurances Takaful
5 22
Vs assurances Conventionnelles
6 Expansion de l’industrie Takaful de par le monde 23
7 Typologie des risques dans un contrat d’assurance classique 27
8 Le contrat d’assurance classique du point de vue de l’assuré et de l’assureur 28
9 Différences conceptuelles entre l'assurance conventionnelle et l’assurance Takaful 29
10 Schéma de fonctionnement du modèle « Mudharaba » 34
11 Schéma de fonctionnement du modèle « Wakala » 35
12 Schéma de fonctionnement du modèle « Hybride » 36
13 Schéma de fonctionnement du modèle « Al Waqf » 37
14 Cadre prudentiel de contrôle des compagnies d’assurance de par le monde 49
15 Schéma présentatif du référentiel Solvabilité II 50
16 Positionnement de la Tunisie en termes de pénétration en % 65
17 Primes par tête d’habitant en USD 66
18 Les niveaux de rattachement des charges 72
19 Corrélation de charges de gestion et du taux de commission Wakala 73
20 Solvabilité/Insolvabilité des fonds Takaful 118

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 178 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Liste des tableaux

Tableau
Intitulé Page

1 Comparaison entre assurance Takaful, assurance conventionnelle et la Mutuelle 24
2 Données comparatives du marché 2013/2016 (Affaires directes hors acceptations) 65
3 Catalogue des placements propre aux compagnies d’assurance conventionnelle 129
4 Catalogue des placements propre aux compagnies Takaful 131
5 Typologie des risques dans le model Takaful 142
6 Contenu du rapport ministériel à la charge des compagnies d’assurance 153
7 Contenu du rapport ministériel à la charge des C.A.C 156

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 179 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Liste des notes de bas de page


Note
Texte Page

Mohammad Amine ben ‘Abd al-Aziz ‘Abidin al-Dîmashki (1784-1836), poète, faqih,
1 16
mufti et imam de la communauté hanafite de Syrie
A l’occasion d’une conférence organisée à Damas du 10 au 16 avril 1961 sur « Ibn
Tayymiyya ». Deux des quatre communications ont admis l’assurance commerciale
2 16
(Sheikh Mustapha Zerqa et Sheikh ‘Abdar-Rahman ‘Isa), les deux autres s’y sont opposé
(Scheikh ‘Abd-AllahKlili et ScheikhSadiq Ad-Darir)
Plus tard, en 1976 une conférence internationale sur "l'économie islamique" s'est
tenue à La Mecque en 1976. Le séminaire tenu au Maroc le 6 mai 1972, qui a confirmé
la validité de l'entreprise d'assurance à l'exception des activités d'assurance vie ; La
deuxième Conférence des uléma musulmans, Le Caire en 1965 ; Le Symposium sur
3 la jurisprudence islamique qui s'est tenue en Libye du 6 au 11 mai 1972 ; La première 16
Conférence internationale sur l'économie islamique, La Mecque du 21 - 26 Février
1976 ; Le premier Sommet international sur l'assurance islamique tenue à Dubaï le
11 novembre 1996. Le Sommet international sur le Takaful tenue à Labuan, Malaisie,
le 19-20 Juin 1997
4 Sauf pour le filtrage lié à la conformité Sharïque de l’activité à assurer 18
5 Voir section 2 / Paragraphe : Les prohibitions de la Shariaa 18
Le Levant désigne traditionnellement en français les pays bordant la côte orientale
de la mer Méditerranée : en premier lieu le Liban et la Syrie (les États du Levant au
6 21
sens français) ; mais la région du Levant inclut également Israël, la Palestine, la
Jordanie, l'Anatolie, la Mésopotamie et l'Égypte
Elles sont tirées de cinq sources à savoir : Le Coran, La Sunna, Les Quyas, L’Ijtihad
7 24
et L’Ijma
La tradition judéo-chrétienne a fait une distinction claire entre usure et intérêt, et, si,
8 aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, la première est condamnée, le second est 25
accepté
9 Cette règle fait référence au "principe des trois p" : partage des pertes et des profits 25
Page 35 du Mémoires de Ahmed Ayadi intitulé « Assurance islamique takaful non-
10 vie en Tunisie : spécificités et tendances de la présentation des états financiers » 29
soutenue en 2013 à l’IHEC
11 Loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances 29
12 L’une des quatre Madhaheb ou écoles classiques du droit musulman sunnite 30
13 Loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances 31
Promulgué par la loi n° 92-24 du 9 mars 1992 modifié par l'article 1 de la loi n°2002-
14 32
37 du 1 Avril 2002
Les Normes de l’AAOIFI sont également adoptées comme guides ou bases pour
15 d’autres juridictions tels que : Brunei, Indonésie, Koweït, Liban, Malaisie, Pakistan, 39
Arabie Saoudite et EAU
16 Définition terminologique telle qu’énoncée dans « Larousse » 39
17 Définition énoncée par l’American Institute of Certified Public Accountants (AICPA) 39
18 Voir section 2 du premier chapitre
19 Pour les investissements effectués pour le compte des participants 40
20 La norme comptable 14 de l’AAIOFI 40
21 La norme comptable 15 de l’AAIOFI 40
Les provisions pour primes non acquises communément admises sont désignées
22 40
simplement par cotisations non acquises

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 180 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

23 La norme comptable 26 de l’AAIOFI 42


24 Norme prudentiel 8 de IFSB 42
25 Septembre 2017 51
Tel qu’il a été modifié par l’arrêté du ministre des finances du 28 mars 2005 et par
26 53
l’arrêté du ministre des finances du 5 janvier 2009
27 Article 144 du Code des Droits d'Enregistrement et de Timbre 56
28 Modifié par la loi de finance 2018, précédemment fixés respectivement à 5% et 12% 56
29 Loi n° 2000-98 du 25 décembre 2000 et Décret n° 2002-418 du 14 février 2002 56
Décret-loi n° 62-23 du 30 août 1962 tel que ratifié par la loi n° 62-60 du 27 novembre
30 56
1962
31 Loi n° 2002-101 du 17 décembre 2002 57
Loi des finances n° 2005-106 du 19 décembre 2005 et Décret n° 2006-2336 du 28
32 57
août 2006
Sauf les mutuelles d’assurances exonérées de l’I.S par l’article 46 du code de l’IRPP
33 57
et IS
34 Article 145 du code des droits d’enregistrement et de timbre 58
35 Article 39 du code de l’IRPP et l’IS 58
36 Article 38 du code de l’IRPP et l’IS 58
37 Article 38 du code de l’IRPP et l’IS 58
38 Article 54 nouveau du code de droit d’enregistrement et du timbre 58
Tel que modifié par les textes subséquents à savoir l’Arrêté du 28/03/2005, l’Arrêté
39 du 05/01/2009, l’Arrêté du 06/06/2011, l’Arrêté du 03/03/2012 et l’Arrêté du 59
01/03/2016
40 La norme prudentiel 11 de l’IFSB 61
41 Loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et complétant le code des assurances 61
42 Loi n° 2013-30 du 30 juillet 2013, relative aux Sukuk islamiques 62
43 Source : Swiss-Ré, sigma n°3/2016
44 Source : Swiss-Ré, sigma n°3/2016 65
Dans la suite du mémoire le terme « comité technique » désignera le comité de
45 pilotage en charge de l’élaboration des normes comptables Tunisiennes spécifiques à 70
l’activité Takaful
Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de positionnement et de définition
46 73
des orientations du « comité technique »
Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de positionnement et de définition
47 75
des orientations du « comité technique »
Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de positionnement et de définition
48 80
des orientations du « comité technique »
Page 127 du Mémoires de Ahmed Ayadi intitulé « Assurance islamique takaful non-
49 vie en Tunisie : spécificités et tendances de la présentation des états financiers » 83
soutenue en 2013 à l’IHEC
Rapport sur l’enquête des pratiques comptables, de positionnement et de définition
50 84
des orientations du « comité technique »
MalaysianAccounting Standards Board (MASB), Malaysian Institute of Accountants
51 85
(MIA), Bank Negara Malaysia (BNM qui est la banque centrale malaisienne)
Projet de NCT 43 - La présentation des états financiers des entreprises d’assurance
52 86
Takaful et/ou Ré-Takaful
53 Se référer à l’annexe n° 1 et 2 86
54 Se référer à l’annexe n° 3 87
55 Se référer à l’annexe n° 4 88
56 Se référer à l’annexe n° 5-1 et 5-2 89
57 Se référer à l’annexe n° 6 89
58 Se référer à l’annexe n° 7 90

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 181 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

59 Se référer à l’annexe n° 8 90
60 Se référer à l’annexe n° 9 90
Un Faqīh (au pluriel, Fuqahā') (‫فقيه‬, ‫ )فقهاء‬est un juriste musulman, spécialiste de
61 l'interprétation temporelle des règles de la Sharia. Il est quelquefois traduit par 94
jurisprudence islamique
62 Au taux de 20% conformément au « incometaxregulations (mars 2004) » 96
Le taux varie selon la taille de la société entre 10% et 20% conformément au «
63 96
Taxation Amendement Act of 2012 »
64 Au taux de 24% conformément au « incometaxact 1967 » 96
Régie par le « IncomeTaxOrdinance 2001 » - 4ème Section intitulée « Rules for the
65 96
computation of the profits and gains of insurance business »
66 Au taux de 24% 96
67 Régie par « Baluchistan sales tax on services act, 2015 » 97
68 Régie par le « Law No. 6 of 1994 General Sales Tax Law » 97
69 Régie par le « investissement and promotion act 2009 » 97
70 BODI – Texte DGI n°90/28, note commune n°23 (page 125 à 129) 100
71 Au taux de 20% conformément au « incometaxregulations (mars 2004) » 104
Le taux varie selon la taille de la société entre 10% et 20% conformément au «
72 104
Taxation Amendement Act of 2012 »
73 Au taux de 24% conformément au « incometaxact 1967 » 104
Régie par le « IncomeTaxOrdinance 2001 » - 4ème Section intitulée « Rules for the
74 104
computation of the profits and gains of insurance business »
75 Au taux de 24% 104
Définition donnée par maître B. Bédaride -http://www.bruno-bedaride-
76 notaire.fr/fr/d/-/dividende/lexique-juridique-et-fiscal-de-bedaride-notaire-d- 106
affaires.html
Pour simplifier nous avons passés outre les cas particuliers d’exonération,
77 107
d’inexistence de chiffre d’affaires, etc…
78 Norme 15 de l’AAIOFI (page 668) – Annexe D (page 681) 109
79 Se référer à la section 2 du chapitre 2 de la première partie 112
80 Se référer à la section 1 du chapitre 3 de la première partie 112
Nous n’avons pas traité toutes les composantes des piliers de solvabilité 2, mais
81 uniquement ceux qui présentent des particularités d’application eu égard au model 113
Takaful
En Tunisie, les mesures prudentielles qualitatives/quantitatives instaurées par la
CGA se matérialisent par la communication annuelle de données
82 (qualitatives/quantitatives) dans le cadre du rapport ministériel institué par l’article 113
60 et 61 du code des assurances. Nous verrons par la suite que certaines rubriques de
ce rapport ne sont pas adaptées à l’activité Takaful
83 Se référer au paragraphe 24 de la norme IFSB 11 116
84 Se référer au paragraphe 11 de la norme IFSB 11 116
85 Se référer au paragraphe 28 de la norme IFSB 11 116
86 Se référer au paragraphe 16 de la norme IFSB 11 117
L’IFSB.11 annonce la distinction suivante : « Fonds à risque des participants » pour
87 les contributions à caractère assurantiel, et « Fonds d’investissement des participants 118
» pour les contrats « Capitalisation »
88 Se référer au paragraphe 70 de la norme IFSB 11 118
89 Se référer au paragraphe 51 de la norme IFSB 11 118
Ces orientations ne se sont pas encore formellement concrétisées sur terrain et ne
sont pas définitives, néanmoins, leurs traits se dessinent de par les positions
90 défendues par le régulateur lors des différents comités tenus pour l’élaboration des 119
normes comptables spécifiques aux compagnies Takaful auxquelles nous avons pris
part

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 182 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

91 Ces injections sont qualifiées par la norme IFSB.11 par « Quardh Facility » 121
Mémoire de Mme RymSammari – « Allocation du capital ajusté au risque dans le
cadre du projet "solvabilité 2 » : cas d'application Assurance AMI » -Faculté de droit
92 122
et des sciences économiques et politiques de Sousse - Master en finance et banque
2009
93 Même disposition prévue par le paragraphe 8 de la norme IFSB 11 124
Solvabilité II. De Solvabilité I à Solvabilité II. Evolution de la réglementation, H. D.
94 124
TRAN, Arnaud Franel éditions, 2015
95 Se référer au paragraphe 58 à 64 de la norme IFSB 11 125
96 Se référer au paragraphe 24 de la norme IFSB 11 125
97 O.R.S.A « Ownrisk and solvencyassessment » selon le référentiel « Solvabilité 2 ». 127
98 Arrêté du ministère des finances du 27 Février 2001 128
Arrêté du ministère des finances du 1er mars 2016, modifiant et complétant l’arrêté
99 129
du 27 février 2001
100 Loi n° 2013-30 du 30 juillet 2013 relative aux sukuks islamiques 131
Se référer à l’article 210 de la loi n° 2014-47 du 24 juillet 2014, amendant et
101 131
complétant le code des assurances
Egale à 30% du surplus d'assurance annuel. Ce prélèvement cesse d'être obligatoire
102 131
quand la provision constituée atteint 50% des cotisations nettes des annulations
103 Se référer au paragraphe 67 de la norme IFSB 11 132
104 Se référer au paragraphe 21 de la norme IFSB 8 134
105 Se référer au paragraphe 23 de la norme IFSB 8 134
106 Se référer au paragraphe 25 de la norme IFSB 8 134
107 Se référer au paragraphe 40 de la norme IFSB 14 144
108 Se référer aux paragraphes 41 à 50 de la norme IFSB 14 144
109 Se référer aux paragraphes 51 à 55 de la norme IFSB 14 145
110 Se référer aux paragraphes 56 à 59 de la norme IFSB14 145
111 Se référer au paragraphe 65 de la norme IFSB 14 145
112 Se référer au paragraphe 69 de la norme IFSB 14 146
113 Se référer au paragraphe 80 de la norme IFSB 14 146
114 Se référer au paragraphe 81 de la norme IFSB 14 147
115 Se référer au paragraphe 82 de la norme IFSB 14 147
116 Se référer au paragraphe 83 de la norme IFSB 14 147
117 Se référer aux paragraphes 55 au 78 de la norme IFSB 8 149
118 Se référer à la section précédente 150
Arrêté du ministre des finances du 7 mars 2003, fixant la liste et la forme des
119 documents et des états de conjoncture des entreprises d’assurance et de réassurance, 152
tel que prévus par l’article 60 nouveau du code des assurances
120 Rapport ministériel destiné à la C.G.A - « DOC-IN » 152
Arrêté du ministre des finances du 31 juillet 2001, fixant les documents constitutifs
121 154
du rapport annuel prévu par l'article 61 du code des assurances

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 183 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Liste des annexes

Annexe
Intitulé Page

1 Modèle du Bilan Combiné (Actifs) 180
2 Modèle du Bilan Combiné (actifs nets/Capitaux Propres et Passifs) 181
3 Modèle de l’Etat de Surplus ou Déficit du fonds Takaful Familial 182
4 Modèle de l’Etat de Surplus ou Déficit du fonds Takaful Général 183
5-1 Modèle de l’Etat de résultat de l’entreprise d’assurance Takaful et/ou Ré-Takaful 184
5-2 Modèle de l’Etat de résultat combiné de l’entreprise de réassurance 185
6 Modèle du tableau des engagements donnés et reçus combiné 186
7 Modèle de l’Etat des flux de trésorerie Combiné 187
8 Modèle du tableau de variation des actifs nets du fonds des adhérents 189
Modèle du tableau de variation des capitaux propres de l’entreprise d’assurance
9 190
takaful et/ou Ré-Takaful
10 Modèle d’état des mouvements sur les éléments de l’actif 191
11 Modèle d’état récapitulatif des placements 193
12 Modèle d’état des règlements et des provisions pour sinistres à payer 194
13 Modèle d’état de Ventilation des charges et des produits des placements 195
14 Modèle de Ventilation du Surplus ou déficit par catégorie d’assurance (assurance 196
takaful et / ou Ré-Takaful Familial)

15 Modèle de Ventilation du Surplus ou déficit par catégorie d’assurance (assurance 197


takaful et / ou Ré-Takaful Général)
Modèle de Tableau de raccordement du surplus ou déficit par catégorie
16 198
d’assurance aux états financiers (assurance Takaful et / ou de Ré-Takaful familial)
Modèle de Tableau de raccordement du surplus ou déficit par catégorie
17 199
d’assurance aux états financiers (assurance takaful et / ou de Ré-Takaful Général)
Tableau n°1, relatif aux indicateurs techniques pour les branches Non-Vie
18 200
(tableau n°1-1) et Vie (tableau n° 1-2)
Tableau n°2, relatif au suivi des actifs (placements)représentant les provisions
19 201
techniques des branches d’assurance

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 184 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 1 : Modèle du Bilan Combiné (Actifs)


Exercice N Exercice N-1

Entrepris
e Entrepris Entrepris
Not Fonds des Entrepris
e Takaful Fonds des e Takaful
e Takaful e Takaful
et/ou Ré- Adhérent et/ou Ré-
Adhérent et/ou et/ou Ré-
Takaful s Takaful
s Takaful
Ré- combiné combiné
Takaful

Actifs

AC1 Actifs incorporels

AC2 Actifs
corporels d'exploitatio
n

AC3 Placements

AC31 Terrains et
constructions

AC32 Placements dans les


entreprises liées et
participations

AC33 Autres placements


financiers

AC34 Créances pour


espèces déposées auprès
des entreprises cédantes

AC4 Placements
représentant les
provisions techniques
afférentes aux contrats
en unité de compte

AC5 Part des


réassureurs dans les
provisions techniques

AC6 Créances

AC7 Autres éléments


d'actif

Total de l’actif

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 185 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 2 Modèle du Bilan Combiné (actifs nets/Capitaux Propres et Passifs)


Note Exercice N Exercice N-1

Entreprise Entreprise
Entreprise Entreprise
Takaful Takaful
Fonds des Takaful Fonds des Takaful
et/ou Ré- et/ou Ré-
Adhérents et/ou Adhérents et/ou
Takaful Takaful
Ré-Takaful Ré-Takaful
combiné combiné
Actifs Nets des
adhérents
AN1 Déficits du
fonds des
adhérents
des exercices
antérieurs
reportés
AN2 Provisions
d'Equilibrage
du fonds des
Adhérents
AN3 Qardh
Hassan non
remboursé
AN4 Surplus ou
déficit de
l’exercice
Total des Actifs
Nets des adhérents
Capitaux propres
des actionnaires
CP1 Capital social
CP2 Réserves
CP3 Rachat
d'actions
propres
CP4 Autres
capitaux
propres
CP5 Résultat
reporté
CP6 Résultat de
l'exercice
Total des capitaux
propres
Total actifs nets et
capitaux propres
Passifs
PA1 Autres passifs
financiers
PA2 Provisions
pour autres risques
et charges
PA3 Provisions
techniques brutes
PA31 Provision pour
primes non acquises
PA32 Provision
d'assurance takaful
familial
PA33 Provision pour
sinistres (takaful familial)
PA34 Provision pour
sinistres (takaful général)
PA35 Provision pour
égalisation et équilibrage
PA36 Autres provisions
techniques (takaful
familial)

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 186 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Note Exercice N Exercice N-1

Entreprise Entreprise
Entreprise Entreprise
Takaful Takaful
Fonds des Takaful Fonds des Takaful
et/ou Ré- et/ou Ré-
Adhérents et/ou Adhérents et/ou
Takaful Takaful
Ré-Takaful Ré-Takaful
combiné combiné
PA37 Autres provisions
techniques (takaful
général)
PA4 Provisions
techniques de
contrats en unités
de compte
PA5 Dettes pour
dépôts en espèces
reçus des
cessionnaires et des
rétrocessionnaires
PA6 Autres dettes
PA7 Autres passifs
Total du passif
Total des actifs
nets, capitaux
propres et des
passif

Annexe 3 : Modèle de l’Etat de Surplus ou Déficit du fonds Takaful Familial


Cessions
Opération
Opérations et / ou Opération
Notes Nettes N-
Brutes N Rétrocessions Nettes N
1
N
PRF1 Primes +
PRF11 Primes émises et acceptées
PRF2 Produits de placements
PRF21 Revenus des placements +
PRF22 Produits des autres
+
placements
Sous total 1
PRF23 Reprise de corrections de valeur sur placements
+
PRF24 Profits provenant de la réalisation des placements et
de change +
Sous total 2
PRF3 Plus-values non réalisées sur placements +
PRF4 Autres produits techniques +
CHF1 Charge de sinistres
CHF11 Montants payés -
CHF12 Variation de la provision pour sinistres
+/-
Sous total 3
CHF2 Variation des autres provisions techniques
CHF21 Provision d'assurance takaful
+/-
familial
CHF22 Autres provisions techniques +/-
CHF23 Provision sur contrats en unité de compte
+/-
Sous total 4
CHF3 Frais d'exploitation
CHF31 Frais d'acquisition -
CHF32 Variation du montant des
+/-
frais d'acquisition reportés
CHF33 Frais d'administration à la
-
charge du fonds des adhérents

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 187 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Cessions
Opération
Opérations et / ou Opération
Notes Nettes N-
Brutes N Rétrocessions Nettes N
1
N
CHF34 commissions reçues des
+
réassureurs Ré-Takaful
Sous total 5
CHF4 Charges de gestion de
placements
CHF41 Charges de gestion des
-
placements
CHF411 Commissions Mudharaba
CHF412 Autres charges de gestion de placements
-
CHF42 Correction de valeur sur
-
placements
CHF43 Pertes provenant de la
réalisation des placements -
CHF5 Autres charges techniques
Sous total 6
CHF6 Variation de la provision pour égalisation et
équilibrage -
CHF7 Moins-values non réalisées sur placements
-
CH8 Impôt sur le résultat -
Surplus ou déficit de l'assurance Takaful et/ou Ré-
Takaful Familial
CH9/PR5 Effet des modifications comptables (nets
d’impôt) +/-
Surplus ou déficit de l'assurance Takaful et/ou Ré-
Takaful Familial après modification comptable

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 188 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 4 : Modèle de l’Etat de Surplus ou Déficit du fonds Takaful Général

Opérati Cessions Opéra Opérat


ons et / ou tion ion
Notes
Brutes Rétroces Nettes Nettes
N sions N N N-1
PRG1 Primes acquises +
PRG11 Primes émises et acceptées
PRG12 Variation de la provision pour primes non acquises
PRG2 Produits de placements
PRG21 Revenus des placements +
PRG22 Produits des autres placements +
Sous total 1
PRG23 Reprise de corrections de valeur sur placements +
PRG24 Profits provenant de la réalisation des placements et de change +
PRG3 Autres produits techniques
PRG4 Plus-values non réalisées sur placements +
CHG1 Charge de sinistres
CHG11 Montants payés -
CHG12 Variation de la provision pour sinistres +/-
CHG2 Variation des autres provisions techniques +/-
Sous total 2
CHG3 Frais d'exploitation
CHG31 Frais d'acquisition -
CHG32 Variation du montant des frais d'acquisition reportés +/-
CHG33 Frais d'administration à la charge du fonds des adhérents -
CHG34 commissions reçues des réassureurs Ré-Takaful +
CHG4 Charges de gestion de placements
CHG41 Charges de gestion des placements -
CHG411 Commissions Mudharaba -
CHG412 Autres charges de gestion de placements -
CHG42 Correction de valeur sur placements -
CHG43 Pertes provenant de la réalisation des placements -
CHG5 Autres charges techniques -
CHG6 Variation de la provision pour égalisation -
Sous total 3
CHG7 Moins-values non réalisées sur placements -
CH8 Impôt sur le résultat -
Surplus ou déficit de l'assurance Takaful et/ou Ré-Takaful Général
CH9/PR5 Effet des modifications comptables (nets d'impôt) +/-
Surplus ou déficit de l'assurance Takaful et/ou Ré-Takaful Général
après modification comptable

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 189 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 5-1 : Modèle de l’Etat de résultat de l’entreprise d’assurance Takaful


et/ou Ré-Takaful

Notes N N-1
PR1 Commission Wakala +
PR2 Commission Mudharaba +
PR3 Produits des placements
PR31 Revenus des placements +
PR32 Produits des autres placements +
Sous total 1a
PR33 Reprise de corrections de valeur sur placements +
PR34 Profits provenant de la réalisation des placements +
Sous total 1
CH1 Charges des placements
CH11 Charges de gestion des placements. -
CH12 Correction de valeur sur placements -
CH13 Pertes provenant de la réalisation des placements -
Sous total 2
CH2 Dotations aux provisions et réductions de
-
valeur sur Qardh Hassan
PR4 Reprise de provisions et récupérations de
+
valeur sur Qardh Hassan
Produit net sur activités de gestion des fonds
Takaful
PR5 Autres produits d'exploitation +
CH3 Charges de personnel -
CH4 Charges générales d'exploitation -
CH5 Dotations aux amortissements et aux
-
provisions sur immobilisations
Résultat d’exploitation avant impôt
CH7 Impôt sur le résultat -
Résultat d’exploitation après impôt
PR6 Gains extraordinaires +
CH8 Pertes extraordinaires -
Résultat extraordinaire
Résultat net de l'exercice
CH9/PR7 Effet des modifications comptables
(nets d'impôt)
Résultat net de l'exercice après modifications
comptables

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 190 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 5-2 : Modèle de l’Etat de résultat combiné de l’entreprise de


réassurance
Opérati Cessions Opérat Opérat
Not ons et / ou ion ion
RUBRIQUES
es Brutes Rétrocessio Nettes Nettes
N ns N N N-1
PRV1 PRIMES ACQUISES
PRV11 Primes
PRV111 Primes Ordinaire
PRV112 Primes Ré-Takaful
PRV12 Variation de la provision pour primes non
acquises
PRV121 Variation de la provision pour primes non acquises
Ordinaire
PRV122 Variation de la provision pour primes non acquises
Ré-Takaful
PRV2 PRODUITS DE PLACEMENTS
PRV21 Revenus des placements
PRV22 Produits des autres placements
PRV23 Reprise de correction de valeur sur placements
PRV24 Profits provenant de la réalisation des placements et
de change
CHV1 CHARGES DE SINISTRES
CHV11 Sinistres payés
CHV111 Sinistres payés Ordinaire
CHV112 Sinistres payés Ré-Takaful
CHV12 Variation de la provision pour sinistres
CHV121 Variation de la provision pour sinistres Ordinaire
CHV122 Variation de la provision pour sinistres Ré-Takaful
CHV4 FRAIS D'EXPLOITATION
CHV41 Frais d'acquisition
CHV411 Frais d'acquisition Ordinaire
CHV412 Frais d'acquisition Ré-Takaful
CHV43 Frais d'administration
CHV431 Frais d'administration Ordinaire
CHV432 Frais d'administration Ré-Takaful

CHV44 Commissions reçues des rétrocessionnaires


CHV441 Commissions reçues des rétrocessionnaires Ordinaire
CHV442 Commissions reçues des rétrocessionnaires Re Takaful
CHNT2 PRODUITS DE PLAC. ALLOUES, TRANS. DE
L'ETAT DE RESULTAT
RTV Résultat technique
RTV Résultat technique Ordinaire
RTV Résultat technique Ré-Takaful

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 191 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 6 : Modèle du tableau des engagements donnés et reçus combiné

Exercice N Exercice N-1

Takaful Takaful Takaful Takaful


Fonds des et/ou et/ou Ré- Fonds des et/ou et/ou Ré-
Note
Adhérents Ré- Takaful Adhérents Ré- Takaful
Takaful combiné Takaful combiné
HB1 Engagements reçus

HB2 Engagements
donnés
• HB21 Avals, cautions et
garanties de crédit données
• HB22 Titres et actifs acquis
avec engagement de revente
• HB23 Autres engagements
sur titres, actifs ou revenus
• HB24 Autres engagements
donnés

HB3 Valeurs reçues en


nantissement des
cessionnaires et des
rétrocessionnaires

HB4 Valeurs remises par


des organismes
réassurés avec caution
solidaire ou de
substitution

HB5 Valeurs appartenant


à des institutions de
prévoyance

HB6 Autres valeurs


détenues pour compte de
tiers

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 192 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 7 : Modèle de l’Etat des flux de trésorerie Combiné

Exercice N Exercice N-1

Entreprise Entreprise
Entreprise Entreprise
Takaful Takaful
Fonds des Takaful Fonds des Takaful
Note Adhérents et/ou
et/ou Ré-
Adhérents et/ou
et/ou Ré-
Takaful Takaful
Ré-Takaful Ré-Takaful
combiné combiné
Flux de trésorerie liés à l'exploitation
Distribution du Surplus
Encaissements des primes reçues des adhérents
Sommes versées pour paiement des sinistres
Encaissements des primes reçues (acceptations)
Sommes versées pour les sinistres (acceptations)
Commissions versées sur les acceptations
Décaissements de primes pour les cessions
Encaissements des sinistres pour les cessions
Commissions reçues sur les cessions
Commissions versées aux intermédiaires
Sommes versées aux fournisseurs et au personnel
Variation des dépôts auprès des cédantes
Variation des espèces reçues des cessionnaires
Décaissements liés à l'acquisition de placements financiers
Encaissements liés à la cession de placements financiers
Taxes sur les assurances versées au Trésor Produits financiers reçus
Impôts sur les bénéfices payés Autres mouvements

Flux de trésorerie provenant de l'exploitation

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 193 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Exercice N Exercice N-1

Entreprise Entreprise Entreprise Entreprise


Takaful Takaful Takaful Takaful
Fonds des Fonds des
Note et/ou et/ou Ré- et/ou et/ou Ré-
Adhérents Adhérents
Ré- Takaful Ré- Takaful
Takaful combiné Takaful combiné
Flux de trésorerie liés aux activités d'investissement
Décaissements provenant de l'acquisition d'immobilisations
incorporelles et corporelles
Encaissements provenant de la cession d'immobilisations
incorporelles et corporelles
Décaissements provenant de l'acquisition de terrains et
constructions destinés à l'exploitation
Encaissements provenant de la cession de terrains et
constructions destinées à l'exploitation
Décaissements provenant de l'acquisition de placements auprès
d'entreprises liées ou avec un lien de participation
Encaissements provenant de la cession de placements auprès
d'entreprises liées ou avec un lien de participation
Flux de trésorerie provenant des activités d'investissement
Flux de trésorerie liés aux activités de financement
Encaissements suite à l'émission d'actions
Dividendes et autres distributions
Encaissements provenant d'emprunts
Remboursements d'emprunts
Augmentations/ Diminutions des ressources spéciales
Flux de trésorerie provenant des activités de financement
Incidence des variations de taux de change sur les liquidités ou
équivalents de liquidités
Variation de trésorerie
Trésorerie de début d'exercice
Trésorerie de fin d'exercice

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 194 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 8 : Modèle du tableau de variation des actifs nets du fonds des adhérents

Actifs Nets N-1 Surplus Actifs Nets N


Affectations et
Avant Distributions ou déficit Avant
imputations
Affectation N Affectation

Déficits du fonds des adhérents des exercices antérieurs

Provisions d’Equilibrage pour fonds des adhérents

Qardh Hassan non remboursé

Surplus ou déficit de l'exercice N-1

Surplus ou déficit de l'exercice N

TOTAL

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 195 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 9 : Modèle du tableau de variation des capitaux propres de l’entreprise d’assurance takaful et/ou Ré-Takaful

Capitaux Capitaux
propres N-1 Résultat propres N
Affectations et imputations Dividendes
Avant N Avant
Affectation Affectation
Capital Social
Primes liées au capital
Réserves Légales
Autres réserves
Résultats reportés
Résultat de l'exercice N-1
Résultat de l'exercice N
TOTAL

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 196 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 10 : Modèle d’état des mouvements sur les éléments de l’actif


Valeur brute Amortissements et provisions
A l’ouverture Augmentation Diminution A la clôture
V.C.N
Désignation A la
Ouverture Acquisitions Cessions clôture
clôture Amt. Prov. Amt. Prov. Amt. Prov. Amt. Prov.

Actifs incorporels
Frais de recherche et
développement
Concessions, brevets, licences,
marques
Fonds de commerce
Acomptes versés
Actifs corporels
d'exploitation
Installations techniques et
machines
Autres installations, outillage et
mobilier
Acomptes versés
Placements
Terrains et construction
d'exploitation et hors
exploitation
Placements dans les entreprises
liées
Parts dans des entreprises liées
Sukus , bons et autres titres à
revenus assimilés émis par les
Eses liées et créances sur ces
Eses
Placements dans les entreprises
avec un lien de participation
Sukus , bons et autres titres à
revenus assimilés émis par des
Eses avec lesquelles
l’Esetak/Rétak a un lien de

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 197 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Valeur brute Amortissements et provisions


A l’ouverture Augmentation Diminution A la clôture
V.C.N
Désignation A la
Ouverture Acquisitions Cessions clôture
clôture Amt. Prov. Amt. Prov. Amt. Prov. Amt. Prov.

participation et créances sur ces


Eses
Autres placements financiers
Actions, autres titres à revenu
variable et part dans des FCP
isslamiques
Sukus , bons et autres titres à
revenus assimilés
Autres prêts
Dépôt auprès des établ.
bancaires et financiers
islamiques
Autres placements conformes
aux normes sharaïques
Créances pour espèces déposées
Placements des contrats en UC

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 198 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 11 : Modèle d’état récapitulatif des placements

Plus ou Origine des


Valeur Valeur Juste moins- fonds placés
(fonds des
brute nette valeur value
adhérents ou
latente actionnaires)
Placements immobiliers et placements immobiliers en cours
Actions et autres titres à revenu variable autres que les parts dans des FCP
islamiques
Parts dans des FCP islamiques détenant uniquement des titres à revenu fixe
Autres parts des FCP islamiques
Sukus, bons et autres titres à revenus assimilés
Autres prêts et effets assimilés
Autres dépôts
Actifs représentatifs de contrats en unités de comptes selon le même détail que ci-
dessus
Autres placements conformes aux normes sharaïques
Total
Dont montant de ces placements qui est admis à la représentation des provisions
techniques
Autres actifs affectables à la représentation des provisions techniques autres que les
placements ou la part des réassureurs Ré-Takaful dans les provisions techniques

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable Page 199 sur 207
Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 12 : Modèle d’état des règlements et des provisions pour sinistres à


payer

Exercice de survenance
Année d’inventaire N-4 N-3 N-2 N-1 N
Inventaire N-2
Règlements cumulés
Provisions pour sinistres
Total charges des sinistres
Primes acquises
% sinistres – primes acquises

Exercice de survenance
Année d’inventaire N-4 N-3 N-2 N-1 N
Inventaire N-1
Règlements cumulés
Provisions pour sinistres
Total charges des sinistres
Primes acquises
% sinistres – primes acquises

Exercice de survenance
Année d’inventaire N-4 N-3 N-2 N-1 N
Inventaire N
Règlements cumulés
Provisions pour sinistres
Total charges des sinistres
Primes acquises
% sinistres – primes acquises

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptablePage 200 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 13 : Modèle d’état de Ventilation des charges et des produits des


placements

Revenus et charges
Autres
rattachés à des placements
revenus Total
dans des entreprises liées et
et frais
avec lien de participations
• Revenu des placements
immobiliers
• Revenu des participations
• Revenu des autres placements
• Autres revenu financiers

Total produits des placements

• Charges de gestion des placements


• Commissions Mudharaba
Total charges des placements

Annexe 14 : Modèle de Ventilation du Surplus ou déficit par catégorie


d’assurance (assurance takaful et / ou Ré-Takaful Familial)

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptablePage 201 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Catégorie Catégorie
de de
contrat et / contrat et Total
ou /ou
d’assurance d’assurance
Primes
Charges de prestations
Charges des provisions d’assurance takaful
familial et des autres provisions techniques
Ajustement ACAV (Assurance à Capital Variable)
Solde de souscription
Frais d’acquisition
Autres charges de gestion nettes
Charges d’acquisition et de gestion nettes
Produits nets de placements

Solde financier
Primes cédées et / ou rétrocédées
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des
rétrocessionnaires dans les charges de prestations
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des
rétrocessionnaires dans les charges de provisions
Commissions reçues des réassureurs Ré-Takaful
et / ou des rétrocessionnaires
Solde de réassurance et / ou de
rétrocession
Surplus ou déficit
Informations complémentaires
Montant des rachats
Commissions techniques bruts de l’exercice
Provisions techniques brutes à la clôture
Provisions techniques brutes à l’ouverture
A déduire
Provisions devenues exigibles

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptablePage 202 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 15 : Modèle de Ventilation du Surplus ou déficit par catégorie


d’assurance (assurance takaful et / ou Ré-Takaful Général)

Catégorie Catégorie Total


d’assurance d’assurance
Primes acquises
Primes émises
Variation des primes non acquises
Charges de prestations
Prestations et frais payés
Charges des provisions pour prestations diverses
Solde de souscription
Frais d’acquisition
Autres charges de gestion nettes
Charges d’acquisition et de gestion nettes
Produits nets de placements

Solde financier
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des
rétrocessionnaires dans les primes acquises
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des
rétrocessionnaires dans les prestations payées
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des
rétrocessionnaires dans les charges de provisions
pour prestations
Commissions reçues des réassureurs Ré-Takaful
et / ou des rétrocessionnaires
Solde de réassurance et / ou de
rétrocession
Résultat technique
Informations complémentaires
Provisions pour primes non acquises clôture
Provisions pour primes non acquises ouverture
Provisions pour sinistres à payer à la clôture
Provisions pour sinistre à payer à l’ouverture
Autres provisions techniques clôture
Autres provisions techniques ouverture
A déduire :
Provisions devenues exigibles

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptablePage 203 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 16 : Modèle de Tableau de raccordement du surplus ou déficit par


catégorie d’assurance aux états financiers (assurance Takaful et / ou de Ré-
Takaful familial)

Raccordement
Primes PRF11 (1ère colonne)
Charges de prestations CHF11(1ère colonne)
Charges des provisions d’assurance takaful familial et CHF2 + CHF6 (1ère colonne)
des autres provisions techniques
Ajustement ACAV (Assurance à Capital Variable) CHF7 – PRF3 (1ère colonne)
Solde de souscription
Frais d’acquisition CHF31 + CHF32
Autres charges de gestion nettes CHF33 + CHF5 – PRF4
Charges d’acquisition et de gestion nettes
Produits nets de placements PRF2 – CHF4

Solde financier
Primes cédées et / ou rétrocédées PRF1 (2ème colonne)
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des CHF1 (2ème colonne)
rétrocessionnaires dans les charges de prestations
Part de réassureurs Ré-Takaful et / ou des CHF2 (2ème colonne)
rétrocessionnaires dans les charges de provisions
Commission reçue des réassureurs Ré-Takaful et / ou CHF 34 (2ème colonne)
des rétrocessionnaires
Solde de Ré-Takaful et / ou de rétrocession
Surplus ou déficit du fonds
Informations complémentaires
Montant des rachats
Commissions techniques bruts de l’exercice
Provisions techniques brutes à la clôture
Provisions techniques brutes à l’ouverture
A déduire :
Provisions devenues exigibles

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptablePage 204 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 17 : Modèle de Tableau de raccordement du surplus ou déficit par


catégorie d’assurance aux états financiers (assurance takaful et / ou de Ré-
Takaful Général)

Raccordement
Primes acquises
Primes émises PRG11 (1ère colonne)
Variation des primes non acquises PRG12 (1ère colonne)
Charges de prestations
Prestations et frais payés CHG11 (1ère colonne)
Charges des provisions pour prestations et diverses CHG12 + CHG6 (1° colonne)
Solde de souscription
Frais d’acquisition CHG31 + CHG 32
Autres charges de gestion nettes CHG33 + CHG5 – PRG3
Charges d’acquisition et de gestion nettes
Produits nets de placements PRG2 – CHG4

Solde financier
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des PRG1 (2ème colonne)
rétrocessionnaires dans les primes acquises
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des CHG11 (2ème colonne)
rétrocessionnaires dans les prestations payées
Part des réassureurs Ré-Takaful et / ou des CHG12 + CHG2 + CHG 6
rétrocessionnaires dans les charges de provisions pour (2ème colonne)
prestations
Commissions reçues des réassureurs Ré-Takaful et / ou des CHG34
rétrocessionnaires
Solde de réassurance et / ou de rétrocession
Surplus ou déficit du fonds
Informations complémentaires
Provisions pour primes non acquises clôture
Provisions pour primes non acquises ouverture
Provisions pour sinistres à payer à la clôture
Provisions pour sinistres à payer à l’ouverture
Autres provisions techniques clôture
Autres provisions techniques ouverture
A déduire :
Provisions devenues exigibles

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptablePage 205 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 18 : Tableau n°1, relatif aux indicateurs techniques pour les


branches Non-Vie (tableau n°1-1) et Vie (tableau n° 1-2)
Entreprise:
Tableau 1-1 - Evolution des indicateurs techniques des branches
d'assurances non-vie
Trimestre:…... de l'année …..

Catégories d'assurances Automobile Incendie et Transport Construction Crédit Risques divers Risques divers Risques divers Total
risques divers Facultés Corps d'avions Assistance Maladie Incapacité
et de navires
Indicateurs T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T
I. Assurance directe
1- Nombre de contrats souscrits
* Pour la 1ère fois
* Renouvellement
2- Primes émises nettes
d'annulations
3- Primes arriérées sur les
intermédiaires
4- Nombre de sinistres déclarés
5- Charge de gestion (*) :
* Frais généreaux
* Commissions
6- Sinistres réglés
II. Réassurance
· Primes acceptées
· Primes cédées
· Sinistres à la charge des
réassureurs

(T-4): le même trimestre de l'année dernière.


(T): trimestre concerné de l'année en cours.
(*): cet indicateur est calculé de manière globale pour toutes les branches

Entreprise:
Tableau 1-2 - Evolution des indicateurs techniques des branches d'assurance vie
Tableau A : Contrats Collectifs
Trimestre: ……. de l'année ……

Catégories d'assurances Contrats de Contrats en unité


Contrat décès Contrats mixtes Total
Capitalisation de compte
Versement Versement Versement Versement Versement Versement Versement Versement Versement Versement
unique periodique unique periodique unique periodique unique periodique unique periodique
Indicateurs T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T
I. Assurance directe
- Nombre de contrats souscrits :
-Capitaux Assurés
-Primes émises
- Charge de gestion (*)
* Frais généraux
* Commissions
- Sinistres réglés
* Sinistre et capitaux échus
* Versements periodique de
rentes
II. Réassurance
- Primes acceptées
- Primes cédées
- Part des réassureurs
dans les prestations payées
(T-4): le même trimestre de l'année dernière.
(T): trimestre concerné de l'année en cours.
(*): cet indicateur est calculé de manière globale pour toutes les branches

Entreprise:
Tableau 1-2 - Evolution des indicateurs techniques des branches d'assurances vie
Tableau B : Contrats Individuels
Trimestre: …….. l'année …….

Catégories d'assurances Contrat décès Contrats mixtes Contrats de Contrats en unité Total
Capitalisation de compte
Versement Versement Versement Versement Versement Versement Versement Versement Versement Versement
unique periodique unique periodique unique periodique unique periodique unique periodique

Indicateurs T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T T-4 T
I. Assurance directe
- Nombre de contrats souscrits :
-Capitaux Assurés
-Primes émises
- Charge de gestion
* Frais généreaux
* Commissions
- Sinistres réglés
* Sinistre et capitaux échus
* Versements periodique de
rentes
II. Réassurance
- Primes acceptées
- Primes cédées
- Part des réassureurs
dans les prestations payées
(T-4): le même trimestre de l'année dernière.
(T): trimestre concerné de l'année en cours.

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptablePage 206 sur 207


Assurance Takaful en Tunisie : la nécessité d’une réforme réglementaire

Annexe 19 : Tableau n°2, relatif au suivi des actifs (placements) représentant


les provisions techniques des branches d’assurance
Entreprise:

Tableau 2 - Etat trimestriel des éléments d'actifs représentant les provisions techniques
Trimestre: …… de l'année …….
Amortissement/ou
Nouvelles Valeurs
Valeur provision pour Valeurs cédées Plus value
Désignation des actifs acquises
dépréciation des
AV ANV AV ANV AV ANV AV ANV AV ANV
1 - Titre émis par l'Etat ou jouissant de sa garantie :
2 - Emprunts Obligataires :
3 - Placements immobiliers :
* Terrains et construction d'exploitation
* Terrains et construction hors exploitation
* Parts et actions dans les sociétés immobilières non cotées
4 - Actions de sociétés cotées en bourse
5 - Parts et actions dans les OPCVM :
* Parts et actions dans les FCP
* Parts et actions dans les SICAV
6 - Parts dans les SICAR
7 - Parts dans les SICAF
8 - Autres actions et valeurs mobilières
9 - Actions des sociétés d'assurances et de réassurances étrangères
10 - Placements sur le marché monétaire et dépôt auprès des
établissements bancires et financiers
11 - Frais d'acquisition reportés au titre des contrats non-vie
12 - Avances sur contrat vie
13 -Créances sur le fonds de garantie de la réassurance légale
14 - Créances sur le fonds de garantie des assurés
TOTAL 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
15 - Placements représentatifs des contrats en unités de compte
TOTAL 2 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
AV: Assurance vie
ANV: Assurance non vie

Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptablePage 207 sur 207