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De MALG au DRS................................

La DRS...................................................
Corruption et ONRB............................
GIA – GSPC – AQMI...........................
Algerie et les Palestiniens.....................
La chute du Clan...................................
La complicité de la France...................
Abdelmadjid Tebboune........................
Mossad en Algerie.................................
De MALG au DRS
Les services de renseignement algériens ont été créés pendant la guerre d'indépendance sous l'impulsion du militant nationaliste Abdelhafid
Boussouf. Successivement dénommés MALG (ministère de l’Armement et des Liaisons générales), puis Sécurité militaire (SM), ils ont pu opérer
dans la discrétion jusqu’à la fin des années 1970.

Au cours des quatre dernières décennies, les services de renseignement et de police algériens chargés de lutter contre le terrorisme ou de
combattre la corruption ont systématiquement vu, en dépit de leurs succès et de leur efficacité, leurs actions et leur existence remises en cause par
le pouvoir, soit qu’il ait décidé de négocier avec les terroristes islamistes, soit que ses représentants aient eu peur d’être mis en cause dans le cadre
d’enquêtes pour corruption dans lesquelles ils étaient impliqués.

En 1979, les services de renseignement algériens ont changé d'appellation


pour devenir Délégation générale de la prévention et de la sécurité (DGPS). Ce nouveau service ne vécut que quelques mois, bientôt remplacé par
la Délégation générale à la documentation et à la sécurité (DGDS). En 1990, en pleine crise politique, est créé le Département du Renseignement et
de la Sécurité (DRS).

Abdelhafid Boussouf

Né en 1926 dans le Constantinois, Boussouf a rejoint très jeune le Parti du peuple (PPA), puis l'organisation secrète (OS), dont il devint l'un des
membres éminents. En 1956, il est nommé au Conseil national de la Révolution algérienne avec le grade de colonel. En septembre 1957, il devient
membre du Comité de coordination et d'exécution de l'Armée de libération nationale (ANL), devenue Armée nationale populaire (ANP) après
l’indépendance.

En septembre 1958, Abdelhafid Boussouf est nommé ministre des Liaisons générales et des Communications dans le gouvernement provisoire de
la République algérienne (GPRA). Il joue un rôle important dans la création de l'appareil de renseignement et de communication national, ainsi que
dans la formation de cadres dans ces domaines et créé la première école d’officiers de renseignement.

Les services algériens sont alors connus sous l'appellation de MALG (ministère de l’Armement et des Liaisons générales). Lors de l'indépendance,
en 1962, le MALG devient la Sécurité militaire (SM), laquelle est dirigée par Abdallah Khalaf, connu sous le nom de guerre Kasd Merbah, un
ancien chef du MALG formé par le KGB.

Il y eut d'abord, en 1980, la nomination de Kasdi Merbah au poste de ministre de l’Agriculture, puis la dissolution de la Sécurité militaire et la
création de la Délégation générale de la prévention et de la sécurité (DGPS) confiée à Yazid Zerhouni. Ce nouveau service ne vécut que quelques
mois, bientôt remplacé par la Délégation générale à la documentation et à la sécurité (DGDS), dirigée par Lakehal Ayat.

Mais les événements du 5 octobre 1988 fragilisèrent le pouvoir du président Chadli Bendjedid. En novembre 1988, il dut faire appel à l’ancien
patron de la SM pour occuper le poste du chef du gouvernement. Kasdi Merbah n'occupa toutefois pas longtemps ce poste puisqu’il fut limogé en
1989.

Merbah quitta ensuite le Front de libération national (FLN) en 1990 et créa son propre parti politique, le Mouvement pour la justice et la
démocratie en Algérie (MAJD), en novembre de la même année. Il devint alors un critique du pouvoir et du président Chadli. Selon les médias et
certains politiciens de l'époque, Kasdi Merbah aurait été en contact avec des dirigeants du Front islamique du Salut (FIS) dans le but de négocier
la réconciliation et mettre fin à la guerre lancée par les terroristes contre l'Algérie.

Mais les terroristes du Groupe islamique armé (GIA), pour la plupart des vétérans de la guerre d'Afghanistan, étaient hostiles à toute perspective
de paix. Kasdi Merbah se vit alors menacé par les terroristes, ainsi que par certains responsables politiques de l'époque qui refusaient la
compromission avec les islamistes.

La dissolution de la SM eut de graves répercussions sur la lutte contre le terrorisme car ce service avait tissé sur le pays une véritable toile
d’araignée d’informateurs. Ainsi, ni la police, ni l’armée ne purent empêcher que 27 000 personnes rejoignent alors les maquis du GIA, ni procéder
à leur identification. Alors que la guerre civile commençait, la riposte contre les terroristes n'était pas préparée, faute de renseignements.

La DRS
Après une première réorganisation en novembre 1987, la SM a été restructurée une nouvelle fois le 4 septembre 1990 (prenant le nom de DGPS
puis DGDS), à l’initiative des généraux Larbi Belkheir (alors chef de cabinet du président Chadli Bendjedid) et Khaled Nezzar (alors ministre de la
Défense).

En 1990, les services de renseignement algériens n’existaient pratiquement plus. Suite à la dissolution de la SM, les organismes lui ayant succédé,
DGPS et DGDS, avaient vu leurs prérogatives considérablement réduites, alors même que le terrorisme menaçait le pays.

C’est alors que le général de corps d’armée Mohamed Mediène - dit Toufik - et d‘autres officiers supérieurs de l’Armée nationale populaire
(ANP), créèrent le Département du renseignement et de la sécurité (DRS).

L’ensemble des branches du DRS a été placé sous la responsabilité du ministre de la Défense — le général-major Khaled Nezzar a occupé cette
fonction du 25 juillet 1990 au 11 juillet 1993 ; lui succédera le général Liamine Zéroual, futur président de la République et ministre de la Défense
jusqu’au 15 avril 1999.

Depuis septembre 1990 le DRS — dont le siège est situé à Delly-Brahim, dans la banlieue ouest d’Alger — est dirigé par le général-major
Mohamed Médiène, dit « Toufik ». Il est constitué de trois directions principales, dont deux disposent de centres de torture sinistrement renommés:

la Direction du contre-espionnage (DCE), dirigée depuis septembre 1990 par le colonel (puis général) Smaïl Lamari, dit «Smaïn»;

Le siège de la DCE se trouve au «Centre Ghermoul». C’est la DCE qui contrôle le Centre principal des opérations (CPO), localisé à Ben-Aknoun
dans une caserne appelée «Centre Antar» et chargé des actions illégales du DRS (y compris, là aussi, la manipulation des groupes armés
islamistes).

Et, à partir de juin 1991, la DCE est également responsable, dans les faits, du Poste de commandement opérationnel (PCO, initialement appelé
COB, Commandement des opérations de base), situé d’abord à Aïn-Naâdja (siège du Commandement des forces terrestres), puis, à partir d’avril
1992, à la caserne de Châteauneuf:

le PCO est chargé de coordonner l’action du DRS, de la police et de la gendarmerie, de collecter des renseignements et de mener des actions de
contre-insurrection pour le commandement.

Par ailleurs, la DCE dispose de relais situés dans chacune des six régions militaires, les CRI (centres de recherche et d’investigation), qui
fusionneront en mars 1993 avec les CMI de la DCSA pour devenir les CTRI (centres territoriaux de recherche et d’investigation).

Les CTRI joueront un rôle majeur, surtout à partir de 1994, dans la manipulation des groupes armés islamistes contrôlés par le DRS et dans les
arrestations, tortures et liquidations de dizaines de milliers de civils (dans des assassinats le plus souvent attribués aux islamistes, mais dont
beaucoup figurent aujourd’hui sur les listes de «disparus»). Les plus sinistrement célèbres sont ceux de Blida, de Constantine et d’Oran.

- la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), dirigée depuis septembre 1990 à fin 1999 par le colonel (puis général) Kamel
Abderrahmane

De la DCSA dépendent le Centre principal militaire d’investigation (CPMI) de Ben-Aknoun, dans la banlieue d’Alger, ainsi que ses antennes dans
les six régions militaires, les centres militaires d’investigation (CMI). Le CPMI, de 1990 au coup d’État de janvier 1992, a joué un rôle essentiel
dans la manipulation du FIS.

A partir de janvier 1992, il sera un des principaux centres de torture et de liquidation d’opposants. Certains de ses éléments formeront aussi un
escadron de la mort (connu selon certains comme «unité 192»), chargé initialement de l’élimination d’officiers « récalcitrants » et qui étendra plus
tard, à partir du printemps 1993, son action à l’élimination de civils « démocrates», dont la mort sera attribuée aux GIA (groupes islamiques
armés).

La troisième branche principale du DRS est la DDSE, dont la direction a été confiée le 4 septembre 1990 au général Saïdi Fodhil dit « Abdelhamid
». En désaccord avec la sauvagerie de la répression, il sera démis de ses fonctions en juillet 1994 (à l’instigation de Smaïl Lamari) pour être nommé
commandant de la 4e région militaire ; il sera assassiné (dans un « accident de la route ») le 4 juin 1996.

En 1994, il a été remplacé à la tête de la DDSE par le général Hassan Bendjelti, dit « Abderrazak » ou « Hassan Tetouan » ; ce dernier sera à son
tour remplacé par le général Rachid Laalali, dit « Attafi ». La DDSE, en principe, n’a pas été engagée dans la répression extrajudiciaire en Algérie
même. Mais, à partir de l’été 1994, sous le contrôle de fait du général Smaïl Lamari (chef de la DCE), ses agents à l’étranger ont été impliqués
dans la surveillance et l’intimidation des opposants exilés.

Outre la lutte contre toute forme d'espionnage, la préservation de la sécurité intérieure du pays et la défense des intérêts vitaux de l'Algérie à
l'étranger, le DRS se consacra à la lutte contre le terrorisme, domaine dans lequel il joua un rôle décisif, apportant son soutien à l’Armée nationale
populaire et aux Groupes de Légitime Défense (GLD), qu’il arma contre les terroristes.

World Trade Center


En septembre 2001, Mohamed Mediène le chef du DRS se rend en mission confidentielle aux États-Unis. Au cours d’une rencontre avec des
responsables de la CIA, il écoute un exposé sur la lutte contre le terrorisme islamiste.

Un officier de l‘agence lui explique alors que les Américains excluent l’éventualité d’une attaque terroriste sur leur sol. Dubitatif, le chef des services
de renseignement algériens répond au conférencier: «Vous les connaissez mal. Ils sont capables de tout». Au cours de ses nombreux entretiens
avec ses interlocuteurs américains, le chef des services algériens, sur la foi d’un mémo secret envoyé le 6 septembre 2001 par Smaïn Lamari,
numéro 2 du DRS, évoque une attaque imminente de grande ampleur contre les États-Unis.

Mohamed Mediène rencontre George Tenet, le directeur de la CIA pour l’alerter d’une menace imminente. Après la fermeture de l’espace aérien
américain sur ordre de Washington quelques heures après les attaques kamikazes, seuls deux avions civils seront autorisés à décoller : celui qui
transportait des membres de la famille royale saoudienne et des proches de Ben Laden et celui qui ramenait le chef des services de renseignement
algériens Mohamed Mediène à Alger.

Corruption et ONRB
En 1992, un décret signé par le président Mohamed Boudiaf créé l'Office national de répression du
banditisme (ONRB). Il est formé à partir d'éléments issus de la Direction générale de la Sûreté nationale
(DGSN), de la Police, de la Gendarmerie nationale et du DRS.

Cette nouvelle unité d'intervention spéciale a pour vocation la lutte antiterroriste - en particulier les
actions de contreguérilla ainsi que dans la chasse aux terroristes dans les zones hostiles et complexes -, la
libération d'otages, la protection rapprochée et tout autre type de missions à caractère spécial.

Possédant son propre budget et bénéficiant de formations à l'étranger, l’ONRB dispose d’un personnel
entraîné et hautement qualifié et emploie des tactiques et des moyens d’action particuliers. Unité
caractérisée par sa grande discrétion, elle constitue la force de frappe des services de renseignement
algériens. Ses hommes, encagoulés en raison de la présence de nombreux informateurs du GIA dans le
pays, sont appelés les "ninjas" par les Algériens. L’ONRB est alors considéré comme l'élite des forces
spéciales algériennes et l'une des meilleures unités d'Afrique et du bassin méditerranéen.

En 1997, avec l'amélioration de la situation sécuritaire en Algérie, la Gendarmerie nationale et le DRS


quittent l’ONRB qui change alors d’appellation pour devenir le Service central de répression du
banditisme (SCRB). Une nouvelle mission lui est confiée: la lutte contre la corruption. C’est alors que
commencent les ennuis pour les enquêteurs des légendaires "ninjas".

Les investigations sur les affaires de corruption ne sont pas appréciées par tout le monde, notamment à
l’occasion de l’élection en 1999, du président Bouteflika. En effet, certains responsables politiques
avaient bénéficié illégalement de prêts bancaires importants sans présenter aucune garantie de
remboursement.

Le SCRB a enquêté sur de nombreuses affaires de corruption dont les affaires Khalifa, celle de la Banque nationale
d’Algérie (BNA) - concernant le détournement de 3 200 milliards de centimes, équivalant environ 170 millions d’euros -, celle de la Banque
Commerciale et industrielle d'Algérie (BCIA), de Sonatrach et du Crédit populaire d'Algérie (CPA).

L’efficacité du SCRB a été reconnue par le RAID français, le FBI américain et les services de police de plusieurs autres pays, dont l’Espagne et
l’Allemagne et tous ont développé des coopérations avec lui. Des responsables du FBI ont, plusieurs fois, rendu visite à la direction de la police
judiciaire (DPJ) et au SCRB, reconnaissant son savoir-faire en matière de lutte anti-terroriste.L’unité d’intervention du SCRB continue toutefois à
traquer les terroristes toujours en activité et les enquêteurs poursuivent leurs investigations contre la corruption.

Puis, en 2006, la dissolution du SCRB est décrétée, surprenant beaucoup d'experts de la lutte contre le terrorisme. Certains dirent que la
dissolution de ce service était un "geste de bonne foi" en direction des terroristes qui ne pourraient qu'être enchantés de la disparition de cette unité
d'élite les ayant combattus avec efficacité. D'autres eurent la conviction que la dissolution du SCRB avait été décidée pour mettre un terme aux
investigations contre la corruption conduite pas ses enquêteurs et mettant en cause d'importants responsables politiques.

Ce qui est sûr est que la dissolution du SCRB n’a pas respecté la législation. L’ONRB, dont la SCRB était le successeur, avait été créé en 1992
par décret présidentiel, validé par un vote du Parlement. L‘unité ne pouvait donc être dissoute que via une procédure similaire. Or, il n’en fut rien et
le SCRB est dissout en "catimini" par le patron de la DGSN, Ali Tounsi.

Avec la disparition du SCRB, c’était 15 années d’efforts dans la lutte contre le terrorisme qui étaient remises en cause alors même que l’Algérie
avait besoin de cette expérience pour maintenir la sécurité et que 72 membres du SCRB y ont laissé la vie, tués par les terroristes.

Le SCRB disposait d’un fichier national du terrorisme identifiant les terroristes fichés dans les 48 wilayas du pays. Avec la disparition du SCRB, les
terroristes ont gagné 50% de la guerre psychologique.

De même, en matière de lutte contre la corruption, la dissolution du SCRB a entraîné l’arrêt de plusieurs investigations qui n'étaient pas encore
finalisées et qui ont été mises au placard. Les principaux accusés dans ces affaires ont été, d’après les policiers, mis à l'abri par certains importants
responsables politiques.

À partir de 2012, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) se lance à son tour dans des enquêtes contre la corruption après avoir
participé à la défaite du terrorisme. Jusqu’à la dissolution du DRS, la nomination de cadres supérieurs de l'Etat, parmi lesquels les ministres, était
précédée d’une enquête d'habilitation de ce service. Les résultats de cette enquête étaient pris en considération par le président de la République
jusqu'à ce que le clan présidentiel décide de réduire leur rôle à un simple avis non contraignant.

Le DRS avait notamment émis un avis défavorable à la nomination de Chekib Khelil au poste de ministre de l'Energie, mais le président de la
République n'en tint pas compte. Ce service jugeait Chekib Khelil trop proche de Washington. Pour de nombreux observateurs, le non-respect des
avis du DRS à l’issue des enquêtes d’habilitation contribua à favoriser la corruption à grande échelle en Algérie.

Chekib Khelil, ministre de l'Energie considéré proche du président Bouteflika, fut alors accusé dans l'affaire Sonatrach et dut démissionner de son
poste. Il quitta aussitôt l'Algérie pour se réfugier aux États-Unis.

Le 12 août 2013, le procureur général près la cour d'Alger, Belkacem Zeghmati, lança un mandat d'arrêt contre lui. Mais Chekib Khelil dira n'avoir
jamais reçu de convocation. Pourtant, il confirmera avoir répondu à la convocation du 20 mai 2012 par le biais d'une lettre manuscrite adressée au
juge d'instruction chargé de l'affaire Sonatrach II et parvenue au parquet le 13 mai 2013, disant ne pas pouvoir répondre à ladite convocation. En
dépit de sa mainmise sur toutes les opérations financières de Sonatrach, Chekib Khelil ne sera jamais cité comme témoin dans ces procès.

Le cercle présidentiel fut très en colère contre l'incrimination de Chekib Khelil dans l'enquête lancée par le département d’enquête judiciaire du
DRS. C'est à partir de ce moment que la présidence se lança dans une guerre contre le service de renseignement, rappelant étrangement celle
lancée en 1979 par le président Chadli Bendjedid contre la Sécurité militaire (SM).

En janvier 2014, Amar Saidani portait publiquement de graves accusations contre le général Mohamed Mediène. Il accusait le patron du DRS
d’avoir échoué dans la mission de garantir la sécurité intérieure du pays, allant jusqu’à affirmer que le DRS s’immiscait dans le fonctionnement de la
justice et des partis politiques.

En février 2014, le général Hassan, chargé de la lutte antiterroriste au sein du DRS et proche collaborateur de Toufik, est arrêté, accusé de «
constitution de groupe armé » et de «détention illégale d’armes de guerre ». De graves accusations qui auraient pu lui valoir la peine de mort. Il fut
aussitôt jugé à huis clos par le tribunal militaire et incarcéré.

Tous les détails de l'affaire ne sont pas connus du grand public et les informations de ce dossier sont contradictoires. Si la détention d’armes et de
munitions semble avérée, certains disent que le général les avait acquises dans le cadre d’une mission décidée par le DRS, afin d’acheter ces armes
en Libye avant qu’elles ne soient vendues aux terroristes. Le général Hassan fut arrêté à son retour en Algérie en leur possession.

En 2015, le cercle présidentiel entama la dissolution du DRS. C'est au très contesté secrétaire général du FLN, Amar Saidani – accusé du
détournement de trois milliards de centimes du Plan national de développement agricole (PNDA) – que le clan présidentiel confia la mission de
diaboliser et d’écarter le patron du DRS, le général Mohamed Mediène, et de préparer la dissolution des services de renseignement, via une guerre
médiatique comparable à celle que fit le journal étatique Algérie Actualité en 1979.

Le patron du DRS fut alors abruptement mis à la retraite. Abdelaziz Bouteflika, président de la République, ministre de la Défense nationale,
a mis fin ce jour aux fonctions de chef du Département du Renseignement et de la Sécurité, exercées par le général de corps d’armée, Mohamed
Mediène, admis à la retraite.

Mais en décembre 2015, Mohamed Mediène, sortit de son silence et réagit via une lettre adressée à la presse contre l'arrestation et l’incarcération
du général Hassan. C'est une première dans l'histoire de l'Algérie contemporaine.

Voici le texte intégral de la lettre :

« Consterné par l’annonce du verdict prononcé par le tribunal militaire d’Oran à l’encontre du général Hassan, et après avoir usé de
toutes les voies réglementaires et officielles, j’ai estimé qu’il est de mon devoir de faire connaître mes appréciations à l’intention de tous
ceux qui sont concernés par ce dossier, ainsi que tous ceux qui le suivent de près ou de loin.

Le général Hassan était le chef d’un service érigé par le décret agissant sous l’autorité de mon département. À ce titre, il était chargé
d’une mission prioritaire avec des prérogatives lui permettant de mener des opérations en relation avec les objectifs fixés. Les activités de
son service étaient suivies régulièrement dans le cadre réglementaire.

En ce qui concerne l’opération qui lui a valu l’accusation d’ «infraction aux consignes générales», j’affirme qu’il a traité ce dossier dans
le respect des normes et en rendant compte aux moments opportuns. Après les résultats probants qui ont sanctionné la première phase de
l’opération, je l’ai félicité – lui et ses collaborateurs – et l’ai encouragé à exploiter toutes les opportunités offertes par ce succès.

Il a géré ce dossier dans les règles, en respectant le code du travail et les spécificités qui exigent un enchaînement opérationnel vivement
recommandé dans le cas d’espèce. Le général Hassan s’est entièrement consacré à sa mission. Il a dirigé de nombreuses opérations qui
ont contribué à la sécurité des citoyens et des institutions de la République.
La chute du Clan
Le journaliste algerien Farid Alilat, auteur de la biographie du Bouteflika, dans son nouveau livre ecrit: "Sa ï d est le plus tranch é . Il n ’ est pas
question que la famille c è de le pouvoir et le pr é sident peut et doit se repr é senter. C ’ est d ’ autant plus vrai que ses amis oligarques
avec lesquels Sa ï d d î ne presque chaque soir lui font subir des pressions. L ’ argument est simple: si les Bouteflika c è dent le pouvoir,
c ’ est l ’ exil ou la prison pour tous ceux qui les ont soutenus, financés et ont profit é de leur proximit é» , é crit le journaliste alg é rien
Farid Alilat, auteur de la biographie du Bouteflika.

L ’ id é e est de se rabattre sur l ’ initiative lanc é e par le pr é sident du Mouvement pour la soci é t é de la paix (MSP, islamiste), Abderrezak
Makri, qui propose une transition de cinq ans pendant laquelle Abdelaziz Bouteflika serait maintenu à son poste en attendant de trouver une
solution consensuelle à la crise cr éé e par la maladie du chef de l ’É tat.
«Au bout de deux mois d’hésitations et de tergiversations, Makri donne son accord pour une entrevue avec Saïd Bouteflika. Jeudi 18
octobre 2018, les deux hommes qui se connaissent peu se retrouvent à Zéralda, la résidence médicalisée du président. Saïd explique à son
hôte que le président est très malade. Il déroule son laïus : ‘’Il ne parle plus, c’est pour cette raison qu’il ne reçoit plus les étrangers. Dans
la famille, nous pensons qu’il est temps de tendre la main à l’opposition pour nous accompagner vers une sortie honorable’’. »
« Coup de bluff ou pas, Sa ï d dit que Bouteflika n ’ est pas partisan de se succ é der à lui-m ê me : ‘‘ Le pr é sident n ’ est pas favorable
à un cinqui è me mandat. Je sais que beaucoup y sont favorables pour leurs propres int é r ê ts et non pour ceux du pr é sident. Pour le
cinqui è me mandat, nous n ’ avons pas de signaux favorables, aussi bien à l ’ int é rieur qu ’à l ’ ext é rieur ’’» , lit-on dans le livre.

Mais ces man œ uvres sont refus é es par l ’ opposition consult é e discr è tement et par l ’ arm é e qui refuse tous plans extraconstitutionnels.
C ’ est ainsi que s ’ impose au clan Bouteflika l ’ option suicidaire du cinqui è me mandat d è s d é but 2019.

L ’ annonce de la candidature d ’ un pr é sident malade, dont on ne voit que les photos, qui ne s ’ adresse plus aux Alg é riens de vive voix depuis
2012, choque profond é ment le pays.

Après des manifestations dans plusieurs villes, Alger connaît, le vendredi 22 f é vrier 2019, un véritable tsunami humain pour rejeter le cinquième
mandat.

« Lorsque le chef d ’é tat-major quitte les lieux, la famille n ’ entend pas abdiquer. Ne rien c é der, ne rien l â cher. C ’ est que, depuis des
jours, Sa ï d est en relation avec le g é n é ral Mohamed Medi è ne [ex-patron des services secrets]. Les deux hommes pr é parent un plan
alternatif qui permettrait au pr é sident et à son clan de se maintenir au pouvoir, le temps de pr é parer la succession » , r é v è le Farid
Alilat.

«Ce plan passe par l’élimination d’Ahmed Gaïd Salah, l’obstacle qui empêche désormais les Bouteflika de garder le pouvoir. Le
lendemain de cette réunion, le patron de l’armée retourne à Zéralda pour s’assurer de leurs intentions. Il ne trouve que la sœur et une
vieille amie du président. Celui-ci est allongé, groggy. Ses deux frères Saïd et Nacer sont absents. Gaïd Salah perd définitivement
confiance en son ami Bouteflika, d’autant plus que les informations en sa possession, grâce aux écoutes téléphoniques et aux filatures de
Saïd et de ses amis, indiquent clairement qu’on complote contre lui. »

L’armée, par la voix de son patron, celui qui était un fidèle du président Bouteflika, somme publiquement ce dernier de quitter le pouvoir. Le clan
présidentiel tente d’accélérer ses propres plans: maintenir Bouteflika à son poste, demander à l’ancien président Liamine Zeroual de diriger un
gouvernement de transition et évincer Ahmed Ga ï d Salah.

Le 30 mars 2019 au soir, Sa ï d Bouteflika appelle l ’ ancien ministre de la D é fense Khaled Nezzar: « Il lui annonce que le chef d ’é tat-major
est en r é union avec des commandants des forces arm é es et qu ’ il pourrait intervenir dans la r é sidence de Z é ralda. Il ajoute que le
chef de l ’É tat envisage de destituer incessamment Ga ï d Salah. »

Selon les informations de Farid Alilat, ce soir du 30 mars, «des troupes spéciales font discrètement irruption au siège de la télévision nationale alors
que les chaînes privées sont placées sous surveillance afin d’intercepter un communiqué faisant état du limogeage d’Ahmed Gaïd Salah et de son
remplacement par le général Saïd Bey, ancien commandant de la deuxième région militaire ».

Il n’y aura pas de destitution du patron de l’armée. D’ailleurs, ce dernier reprend l’initiative et, le 2 avril 2019, il tire à bout portant. «L’état-major
au complet se réunit au ministère de la Défense. Devant les généraux, le vice-ministre de la Défense [Gaïd Salah] explique que le conseil
de famille de Bouteflika a comploté contre lui pour le destituer. Il dit être en possession de preuves, de documents, de vidéos et
d’enregistrements qui le prouvent.»

La longue réunion ne se termine qu’en fin d’après-midi: «À 17 h, Ahmed Gaïd Salah appelle Mohamed Rougab, le secrétaire particulier de
Bouteflika: ‘‘Dites au président d’annoncer ce soir sa démission avant 20 heures.’’ Rougab demande du temps pour joindre la famille à
Zéralda et rédiger le communiqué. Cinglant, Gaïd Salah menace d’encercler la résidence de Bouteflika si ce dernier ne s’exécute pas.» À
20 h, le 2 avril, en robe de chambre, Bouteflika apparaît à la télévision remettant sa démission aux présidents du sénat et du Conseil constitutionnel.

« La chute de la maison Bouteflika est aussi une histoire de trahison » , conclut l ’ auteur de l ’ ouvrage. D è s lors qu ’ il s ’ est senti trahi par
Bouteflika et ses fr è res qui s ’é taient engag é s à remettre la lettre de d é mission, Ahmed Ga ï d Salah s ’ est montr é implacable, impitoyable
à leur é gard. »

Depuis le début de la « r é volution du sourire », l’armée algérienne a cherché à prendre en charge la transition politique afin de protéger ses
propres intérêts, d’élargir sa domination sur l’élite centrale algérienne et de renverser la perte d’influence politique enregistrée au cours des deux
décennies de mandat de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika.

Cette manœuvre politique reposait sur deux principes: protéger la Constitution algérienne et assurer une élection présidentielle rapide, mais aussi
instrumentaliser le pouvoir judiciaire afin de faciliter ce processus. Mais l’armée doit également tenir compte du pouvoir perturbateur des
manifestations pacifiques prolongées et de la crise économique qui se profile.

L’armée a refusé d’ouvrir le dialogue avec le mouvement populaire, supervisant à la place la nomination d’un panel indépendant composé de six
membres chargé de chapeauter un dialogue national – via Abdelkader Bensalah, qui fait lui aussi l’objet d’un rejet retentissant de la part des
manifestants.

Quelques jours après sa création, le panel a annoncé, conformément à la vision des dirigeants militaires, la nécessité d’organiser une élection
présidentielle le plus rapidement possible, sans période de transition.

Bien que de nombreux juges et avocats aient rejoint les manifestations et se soient opposés aux manœuvres de l’armée, ces derniers n’ont pas pris
le dessus. Une partie du pouvoir judiciaire est contrôlée par l’armée, comme en témoignent les arrestations sélectives d’individus de premier plan et
les arrestations arbitraires de citoyens.

Des purges ont été orchestrées pour punir les opposants au régime et maintenir les alliés dans le rang, ce qui n’aurait pas été possible sans la
connivence du pouvoir judiciaire.

Plusieurs membres du cercle restreint de Bouteflika, dont son frère Saïd et deux chefs des services secrets ont été traduits devant un tribunal
militaire, tandis que de nombreuses autres personnalités controversées restent libres.
Ces arrestations ont été rejetées par le mouvement populaire, qui pense qu’il sera le futur pouvoir élu et qu’il devrait ainsi être chargé d’enquêter
sur la période Bouteflika.

Plutôt que de mettre fin à l’ancien régime et d’engager un véritable processus de justice transitionnelle, l’armée contrôle la nature du changement
opéré par le pays. Dans le même temps, les arrestations visent à intimider et à diviser le mouvement populaire et à montrer l’étendue de la présence
de l’armée au sein du pouvoir judiciaire.

Tribunal Militaire de Blida


Jugés par la cour d’appel du tribunal militaire de Blida, à 50 km au sud d’Alger, « Saïd Bouteflika, le général Athmane Tartag et le général
Mohamed Lamine Mediène ont eu quinze ans de prison » pour « complot contre l’autorité de l’armée et de l’Etat ».

Le parquet avait requis vingt années d’emprisonnement à l’encontre de Saïd Bouteflika, du général Mediene, dit «Toufik», ancien patron du
tentaculaire département du renseignement et de la sécurité (DRS), et de son ex-bras droit, le général Tartag, qui lui avait succédé, absent du
procès. Ce dernier avait dirigé durant vingt-cinq ans, jusqu’à son limogeage en 2015, le DRS, structurellement rattaché à l’armée mais dans les faits
véritables Etat dans l’Etat. Au faîte de sa puissance, le général était surnommé le « Dieu de l’Algérie ».

Le g é n é ral Tartag, alias « Bachir » , ancien chef de la coordination des services de s é curit é (CSS, qui avait remplac é le DRS d é mantel é ),
a quant à lui refus é de se pr é senter devant la cour. « C’est une lourde peine. Mon client sait pertinemment que la conjoncture que
traverse le pays n’est pas propice à un verdict léger. Il est l’otage du Hirak » , le mouvement de contestation populaire qui é branle le pouvoir
depuis pr è s d ’ un an, a expliqu é son avocat, M e Khaled Bergheul.

Les condamnés étaient accusés de s’être réunis en mars 2019 pour élaborer un « plan de déstabilisation » du haut commandement de l’armée,
qui demandait alors publiquement le départ du président Bouteflika pour sortir de la crise née du Hirak.

Les jours suivant cette rencontre, le général Gaïd Salah avait publiquement dénoncé des « réunions » visant à « comploter » contre l’armée. Deux
semaines après le départ du président Bouteflika, il avait nommément accusé le général Mediène de « conspirer » contre l’armée. La défense, qui
estimait que le défunt est à l’origine des poursuites, espérait que son décès « changerait la donne » du procès.

Ahmed Ga ï d Salah, chef d ’é tat-major, homme fort du pays, avait d é nonc é un complot organis é par ceux qu ’ il appelle « la bande » , qui
est, comme il le r é p è te à travers ses discours r é guliers, le symbole des maux qui traversent le pays aujourd ’ hui. Le chef d ’é tat-major avait
promis de neutraliser ces individus.

GIA – GSPC - AQMI


Depuis 2003, le spectre du terrorisme islamiste aurait resurgi en Algérie. Au cours des années de la "sale guerre", de 1992 à 1999, il avait été
principalement incarné par les GIA (Groupes islamistes armés). Ceux-ci étaient à la fois les ennemis du pouvoir et ceux de l’Armée islamique du
salut (AIS), présenté comme le «bras armé» du Front islamique du salut (FIS), dont la victoire électorale de décembre 1991 avait provoqué le
coup d’État militaire de janvier 1992 et la longue «guerre civile» qui l’a suivi.

Mais, après l’élection à la présidence de la République en avril 1999 d’Abdelaziz Bouteflika, promoteur officiel de la «concorde civile», les GIA
ont pratiquement disparu. Certes, la violence armée conduite «au nom de l’islam » perdurait à plus bas niveau.

La rupture intervient en mars 2003 avec l’enlèvement rocambolesque de trente-deux touristes européens au Sahara, dont la séquestration durera
plusieurs mois, est attribué à un nouveau groupe, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), réputé actif depuis l’automne 1998.

Le GSPC va devenir un invité obligé des pages «Maghreb» et «Terrorisme» de la presse occidentale. Au point d’être présenté comme une menace
très sérieuse (en particulier pour la France), dans une Europe frappée par les attentats meurtriers de Madrid (le 11 mars 2004) et de Londres
(le 7 juillet 2005), revendiqués par Al-Qaida. Une menace confirmée par le GSPC lui-même, qui officialise son «internationalisation» en
septembre 2006, en annonçant son ralliement à l’organisation d’Oussama Ben Laden. Et, en janvier 2007, le groupe algérien se rebaptise
«Organisation d’Al-Qaida au Pays du Maghreb islamique».

De 2003 à 2007, ces événements vont surtout être documentés par de nombreux rapports et études, confidentiels ou publics, consacrés au GSPC
par des think tanks européens et, surtout, américains. Tous racontent à peu près, avec force détails, la même histoire...

La scission des GIA


Le GSPC est une scission des GIA survenue en 1998, ses chefs étant en désaccord avec la sauvagerie meurtrière de ces derniers; évitant de
frapper les civils, il ne s’attaquera longtemps qu’aux forces de sécurité, ses principales implantations se situant en Kabylie et au Sahara.

Lié à Al-Qaida dès 2002-2003, le groupe étendra ensuite ses opérations, décidant de cibler les intérêts étrangers en Algérie – où il multiplie les
actions meurtrières, frappant désormais à l’occasion des civils – et de perpétrer des attentats en Europe.

Et à partir de 2006, il fera donc officiellement allégeance à Al-Qaida, ayant « vocation», selon le juge antiterroriste français Jean Louis Bruguière, à
« prendre en compte l’ensemble des mouvements radicaux du Maghreb: le GICL libyen (Groupe islamiste de combat libyen), le GICM
marocain, le GICT tunisien».

En avril 2007, rendant compte d’attentats meurtriers à Alger revendiqués par le GSPC, un hebdomadaire français s’inquiétait sans se poser de
question du «professionnalisme impressionnant» de ce groupe; trois mois plus tôt, un quotidien expliquait sans plus de distance que «les services de
renseignements des pays du Maghreb redoutent un “tsunami” fondamentaliste dans un proche avenir»…

Comme les GIA avant lui, et à la différence de la plupart des organisations de guérilla du XXe siècle, le GSPC algérien ne s’est jamais donné la
peine d’établir des canaux de communication fiables, permettant d’authentifier ses revendications et ses actions. Les journalistes algériens n’ont
jamais eu la moindre possibilité de conduire une enquête indépendante sur la violence armée attribuée à l’islamisme radical, du fait du verrouillage
total de l’information «sensible» par les services secrets de l’armée, le Département de renseignement et de sécurité (DRS) – dont les chefs ont
toujours été au cœur du pouvoir en Algérie, et plus que jamais depuis le déclenchement de la «sale guerre» en 1992.

Ces articles – qui se comptent par milliers depuis une quinzaine d’années – fournissent régulièrement un incroyable luxe de précisions sur le
fonctionnement interne des groupes armés «islamistes», dont le GSPC. Un grand classique à cet égard est celui des «émirs» dotés apparemment de
plusieurs vies...

Dans les années 1990, la mort au combat des fameux «émirs» des GIA, Djamel Zitouni et Antar Zouabri, a ainsi été annoncée à de nombreuses
reprises, suivie chaque fois de leur «résurrection», jusqu’à leur effacement définitif…

À l’époque (en 1998), l'existence du GSPC est à peine évoquée par la presse algérienne: il n’est que l’un des divers groupuscules issus de la
déliquescence des GIA, après les grands massacres de civils de 1997 et du début 1998. La mort de leur dernier émir de notoriété internationale,
Antar Zouabri, n’interviendra qu’en février 2002, mais durant les trois années précédant son élimination, ces groupes, qui avaient semé la terreur
entre 1993 et 1997, n’ont plus beaucoup fait parler d’eux.

Pour les chefs du DRS, qui avaient fait infiltrer les GIA dès leur création en septembre 1992, avant d’en prendre le contrôle total à partir de la fin
1995, cette organisation protéiforme ne pouvait plus répondre à leurs objectifs.

En effet, lors des grands massacres revendiqués par les GIA en 1997 et 1998, de plus en plus de voix s’étaient élevées sur la scène internationale,
s’interrogeant sur la véritable nature de ces groupes et leurs liens avec les chefs de l’armée. À l’automne 1997, une campagne internationale pour
une commission d’enquête indépendante sur les massacres avait été lancée par les organisations de défense des droits de l’homme. Il était temps
de se débarrasser de ces GIA devenus trop encombrants.

Comme à l’habitude, les généraux Mohammed Médiène, dit «Toufik», et Smaïl Lamari, dit «Smaïn» (respectivement numéros un et deux du DRS
depuis septembre 1991), avaient une longueur d’avance. En «effaçant» les GIA, ils évitaient que devienne trop évident le rôle qu’ils leur avaient
assigné, celui d’une organisation contre-insurrectionnelle, largement inspirée dans ses principes par la doctrine dite de la «guerre moderne»
élaborée dans les années 1950 par des officiers français – dont les colonels Charles Lacheroy et Roger Trinquier – et appliquée d’abord en
Algérie, pendant la guerre d’indépendance.

Les GIA assuraient plusieurs fonctions complémentaires: terroriser par des crimes injustifiables une population largement acquise à l’opposition
islamiste ; se substituer à la véritable rébellion armée pour la discréditer et provoquer des dissensions internes; pousser à l’armement de la
population civile pour combattre le «terrorisme» ; justifier la «guerre totale» contre les civils ; faire accepter les mesures antisociales draconiennes;
bénéficier du soutien international.
FLN et les Palestiniens
Le thème de la libération de la Palestine est généralement bien accueilli dans l'opinion algérienne. Bien plus que d'autres en tout cas il contribue
occasionnellement à souder l'unité nationale.

Le parti du Front de lib é ration nationale (FLN) a d é nonc é , le « Deal du si è cle » de Trump qu'il a qualifi é de « revirement contre la
l é galit é internationale » , appelant « tous les d é fenseurs de la libert é à travers le Monde à contrer ce plan colonialiste » .

Le FLN a exprim é son indignation et son rejet des clauses contenues dans ce qu'il a qualifi é de « Deal de la honte » et qui « n'ont d'objectifs
que l'an é antissement de toute chance d'instauration d'un Etat palestinien souverain » et le d é mant è lement des fondements m ê me de la
cause palestinienne.

Le peuple palestinien « est le seul à d é cider de son avenir à travers sa lutte nationale, son combat et sa r é sistance h é ro ï ques et les
sacrifices de ses enfants pour le recouvrement de ses droits l é gitimes » , a soutenu le FLN.

R é it é rant « sa solidarit é constante et absolue » avec le peuple palestinien, le FLN « s'est dit confiant en la capacit é des Palestiniens à
faire é chouer tout plan, proposition ou accord non bas é s sur la solution juste et permanente à m ê me d'instaurer un Etat palestinien
ind é pendant et souverain » . Soulignant « l'imp é ratif du resserrement des rangs palestiniens et de l'unification de leur voix » , le FLN a
relev é « l'importance de la coordination de l'action arabe et internationale commune pour le retrait total des territoires arabes
occup é s » , dans le cadre de la l é galit é internationale et des r é solutions du Conseil de s é curit é y aff é rentes en vue de « l' é tablissement de
l'Etat palestinien avec Al Qods pour capitale » .

Conseil National Palestinien a Alger

La colère d’octobre 1988 grondait encore dans les entrailles de la ville lorsqu’Alger abrita, mi-novembre, une nouvelle réunion du Conseil national
palestinien (CNP-Parlement de l’OLP). Alger offrait encore aux Palestiniens un lieu de réflexion et de négociations à l’abri des pressions et des
tentatives d’influence qu’ils subissaient en Orient, aussi bien de la part des pays dits « révolutionnaires » (Irak, Syrie) que de la part de ceux qui les
poussaient à faire des concessions au nom du réalisme (Arabie saoudite et pays du Golfe).

Pour les dirigeants alg é riens de l ’é poque, issus pour la plupart de la guerre de lib é ration, et qui transposaient m é caniquement la situation de
l ’ Alg é rie de 1954-1962 à celle des Palestiniens, le succ è s de ces derniers d é pendait de quelques r è gles de base : unit é nationale,
ind é pendance de la d é cision, lutte arm é e, entre autres.

Les dirigeants issus du Front de libération nationale (FLN) et de l’Armée de libération nationale (ALN) vouaient un véritable culte à ces principes,
au point où le président Houari Boumédiène n’avait pas hésité à proposer à Yasser Arafat de faire éliminer Georges Habache, le leader du Front
populaire de libération de la Palestine (FPLP). Yasser Arafat avait décliné, préférant préserver la diversité palestinienne, et Georges Habache n’en
avait pas gardé rancune aux dirigeants algériens.

Cinq ans avant ce mois de novembre 1988, les Palestiniens avaient déjà tenu, en février 1983, une session de leur Parlement à Alger, au lendemain
de leur expulsion du Liban. Yasser Arafat et ses compagnons avaient alors besoin de faire le point sur leur situation, loin des pressions syriennes et
de celles des pays du Golfe. C’est encore à Alger qu’ils reviendront pour un nouveau CNP en 1987, pour clore une guerre fratricide dévastatrice.

Fatah et Hamas en Alger

Alors qu ’ actuellement, seul le mouvement palestinien rival du Hamas, le Fatah, dispose de locaux dans la capitale alg é rienne. Mais un haut
responsable de l ’ organisation palestinienne, Moussa Abu Marzouk a indiqu é que le bureau du Hamas é tait d é j à op é rationnel et avait re ç u
l ’ approbation des autorit é s alg é riennes.

Le Mouvement de la soci é t é pour la paix (MSP ou Hamas, le plus grand parti islamique d ’ Alg é rie, a organis é des manifestations en
condamnation « des crimes du r é gime isra é lien » commis à l ’ encontre des palestiniens. Le principal mouvement islamiste algérien a
critiqué l’inaction des pays arabes face aux « crimes contre des civils sans d é fense »

De m ê me, les protestataires ont demand é aux autorit é s d ’ Alger, qui avaient interdit depuis juin 2011 la tenue de toute manifestation dans la
capitale, d ’é mettre une permission d ’ organiser la marche populaire en soutien au peuple palestinien.

La complicité de la France
Depuis le 22 f é vrier 2019, d é but de la mobilisation des Alg é riens contre le cinqui è me mandat du pr é sident Abdelaziz Bouteflika, la presse
fran ç aise et une partie de la classe politique mettent en garde contre la menace d ’ un p é ril vert, d ’«islamistes en embuscade» sinon de
jihadistes sur le point de passer à l ’ acte.

Chaque vendredi depuis deja des mois, des dizaines de milliers d ’ Alg é riens se sont pacifiquement r é appropri é l ’ espace public. Leur
mobilisation redonne enfin tout son sens à la fameuse devise du r é gime depuis l ’ ind é pendance, « min el cha ’ b, wa ila el cha ’ b » , « par le
peuple, et pour le peuple » .

Pris de court, les partis de l ’ opposition, y compris les islamistes, n ’ ont jou é aucun r ô le dans cette mobilisation historique. D è s la deuxi è me
semaine de mobilisation, les appels citoyens à la « vigilance contre la r é cup é ration » n ’ ont cess é de se multiplier.

L ’ islamiste Abdallah Djaballah, chef du Front pour la justice et le d é veloppement (FJD), a é t é expuls é aux cris de « D é gage ! » par les
manifestants. Abderrezak Makri, chef du Mouvement pour la Soci é t é et la Paix (MSP), a quant à lui march é discr è tement en queue de
cort è ge dans l ’ indiff é rence g é n é rale.

Pour se d é marquer de l ’ islam radical et de la violence jihadiste, les partis islamistes tels que le MSP et Ennahda ont adopt é d è s 1995 une
strat é gie « participationniste » , prenant part à plusieurs scrutins l é gislatifs et pr é sidentiels. Leur int é gration politique a é t é synonyme de
cooptation par le pouvoir. Le MSP en est le parfait exemple, devenu acteur incontournable de la sc è ne politique alg é rienne: certains de ses
membres sont en effet devenus ministres ou parlementaires.

Un processus de professionnalisation de ses cadres et, dans une grande mesure, d’enrichissement grâce à l’intégration dans les circuits de la
redistribution de la rente s’en est suivi. La peur de perdre ses acquis et ses privilèges a empêché le MSP d’offrir aux Algériens des solutions
concrètes aux problèmes économiques, aux inégalités sociales et à la corruption généralisée. Son électorat a fini par s’effondrer.

D é sunis et affaiblis par leurs diff é rends id é ologiques et leurs luttes intestines, d é sireux de pr é server leurs relations client é listes avec
le r é gime, les islamistes ont fini par se discr é diter aux yeux d ’ une population qui ne croyait plus en leurs promesses. Lointain est le temps
o ù les Alg é riens croyaient au fameux « l ’ islam est la solution » . Aujourd ’ hui, la capacit é de mobilisation des islamistes est faible et leur
é lectorat s ’ est é miett é .

Quant aux anciens du FIS, leurs manœuvres pour retrouver une certaine visibilité n’ont pas porté leurs fruits. Ali Belhadj, ancien numéro 2 du parti,
a tenu quelques sermons sur YouTube avant d’être arrêté par les autorités. Quant à Kamel Guemazi, ancien membre du conseil consultatif du FIS,
il a dirigé la prière du vendredi 7 mars 2019 organisée par les forces de l’opposition. La photo de cette prière a été largement diffusée notamment
par la chaîne Ennahar, proche du pouvoir.

Une fois de plus, le régime agite l’épouvantail de l’islamisme radical et des «vilains barbus» prêts à faire basculer le pays dans une nouvelle
décennie noire. Mais cette rhétorique de la peur ne fait plus recette et ne réussit plus à dissuader les Algériens de protester contre un régime
fossilisé et délégitimé.

Quant aux qui é tistes, ils se concentrent sur la daawa (pr é dication) et ont tout à gagner en restant é loign é s de la sc è ne politique et en
continuant leur approche non conflictuelle qui leur permettra de continuer d ’ exister et de poursuivre leurs activit é s religieuses.

Dans un discours d’une honnêteté rare, l’ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt, avait admis le 14 juillet 2019 "avoir sous-estimé le
peuple algérien". Il avait soutenu la révolution en cours, tout en louant la souveraineté pleine et entière du pays.

Tétanisé après avoir soutenu Abdelaziz Bouteflika, l’Elysée regarde le nouvel homme fort du pays, le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, se
démener pour maintenir les privilèges de l’armée, assurer l’impunité de ses fidèles – dont la corruption n’a rien à envier aux affairistes déjà
emprisonnés – et limiter l’ampleur du changement politique.

Le hirak ( « mouvement » ) n ’ est pas limit é à la marche du vendredi. Depuis plus de 12 mois, les é tudiants se r é unissent é galement tous
les mardis pour demander le d é part de la clique politico-militaro- é conomique qui a d é tourn é les richesses du pays depuis vingt ans.

Si le mouvement se limite dans l ’ espace public à ces deux journ é es de mobilisation, ce n ’ est pas par choix. Les tentatives d ’ organiser
d ’ autres rassemblements se sont heurt é es à un dispositif s é curitaire massif et des arrestations en s é rie des militants pacifistes.

Depuis la mi-juin 2019 le hirak a pris la forme d’une confrontation entre les partisans d’une présidentielle dans les plus brefs délais, rassemblés
derrière Ahmed Gaïd Salah et la machine bureaucratico-militaire qui tient l’Etat, et les opposants qui demandent une Constituante et le départ de
tous les anciens membres du régime. En réponse à ces demandes, Ahmed Gaïd Salah a tenté de décrédibiliser ses adversaires en les assimilant à
des « Berbéristes » et des « manipulés » menaçant l’intégrité de la nation.

Plusieurs arrestations d’opposants, dont Karim Tabbou, le leader de l’Union démocratique et sociale – libéré le 25 septembre puis de nouveau
arrêté le 26 septembre – et Samir Belarbi, une figure du mouvement Barakat, ont marqué une surenchère dans cette logique répressive.

Or, l’appareil répressif qui sert à imposer l’élection a été conçu avec le soutien actif de la France. La formation des forces de police algériennes à la
«gestion démocratique des foules» est le produit d’une coopération sécuritaire de longue durée, que l’Union européenne a d’ailleurs encouragée.
Dès lors, la responsabilité européenne et française est engagée.

Ali Benflis, le chouchou des Occidentaux

En 2014, Ali Benflis annonçait aux Echos que la solution à la crise algérienne était de complètement libéraliser l’économie nationale. Face à la crise
budgétaire qui résulte de plus de deux décennies de corruption et de privatisations frauduleuses, le moment semble venu de porter le coup fatal aux
résidus de l’économie socialiste.

C’est dans ce contexte que le gouvernement Bedoui a annoncé la fin de la règle du 51/49 encadrant les investissements étrangers et un retour à
l’endettement extérieur. Quoi que l’on pense de ces mesures, le fait est qu’un gouvernement sans représentativité démantèle la souveraineté
économique du pays pour envoyer des gages de bonne conduite à ses partenaires étrangers.

Le régime a bénéficié de la complicité active de compagnies étrangères, et notamment européennes (la compagnie pétrolière italienne ENI par
exemple), de banques peu regardantes (principalement en Suisse), et bien sûr de la bienveillance des pouvoirs publics. La France, entre autres, a
été particulièrement accueillante pour les capitaux mal acquis des dignitaires algériens, notamment à travers l’achat de propriétés immobilières.

Ali Haddad et Issad Rebrab


La diplomatie française, qui redoutait par dessus tout une transition politique algérienne dominée par Gaïd Salah, ce chef d’état major fort éloigné
des intérêts français, a tout mis en oeuvre pour soutenir le président Abdelaziz Bouteflika en fin de course.

De façon plus surprenante, le président français, Emmanuel Macron, a mis les bouchées doubles pour soutenir un régime algérien à l’agonie. Les
réseaux opaques du président français avec de riches hommes d’affaires algériens offrent quelques clés d’explication de cette posture surprenant
de l’Elysée face à la transition démocratique algérienne.

On se souvient du tweet ahurissant envoy é par le pr é sident fran ç ais, le 12 mars 2019 alors qu ’ il se trouvait en voyage officiel à Djibouti. La
veille, le clan Bouteflika à l ’ agonie avait propos é une d é risoire feuille de route appelant, apr è s vingt ans de r ê gne, à des r é formes
fondamentales et à une nouvelle constitution. Depuis trois semaines, la rue alg é rienne d é non ç ait l ’ incurie du r é gime et demandait le d é part
des principaux dirigeants politiques honnis par le peuple. Et bien Emmanuel Macron ne trouva rien de mieux à faire que de soutenir, par un tweet,
le r é gime finissant.

Les liens é troits qu ’ Emmanuel Macron a tiss é s avec les hommes d ’ affaires les plus influents du r é gime alg é rien, a savoir Ali Haddad, l ’ ex
patron des patrons et Issad Rebrab, l ’ homme le plus riche d ’ Alg é rie. Le premier aura é t é la tirelire du clan Bouteflika dont il a servi les pires
turpitudes. Le second fut le principal homme d ’ affaires soutenu par l ’ ex DRS, cette police politique qui fut, pendant un quart de si è cle, la
colonne vert é brale du syst è me alg é rien.

Lorsqu ’ au coeur de sa campagne é lectorale en vue de la derni è re Pr é sidentielle, Emmanuel Macron se rendit à Alger, les 13 et 14 f é vrier
2017, le candidat d' » En Marche » se trouvait dans une situation financi è re tr è s p é rilleuse. Dans les derniers mois qui ont pr é c é d é le
scrutin de 2017, l ’ argent manquait terriblement pour poursuivre sa campagne, le budget é tait tr è s entam é .

Reçu comme un chef d’état par le pouvoir algérien qui misait beaucoup sur son élection, Emmanuel Macron se montrera très favorablement
impressionné par Ramtane Lamamra, ministre alors des Affaires Etrangères, et Abdeslam Bouchouareb, ex ministre de l’Industrie et propriétaire
d’un bel appartement à Paris, dont la réputation affairiste n’est plus à faire. Depuis, ces deux hommes sont r é guli è rement consult é s par
l ’ Elys é e sur le dossier alg é rien.

Durant le m ê me voyage, Emmanuel Macron qualifia la colonisation, dans une interview à la chaine de t é l é vision Echorouk News, de « crime
contre l ’ humanit é » . Des propos surprenants dans le cadre d ’ une campagne qui se veut consensuelle et provenant d ’ un homme qui en 2016,
expliquait au « Point » , que l ’ occupation de l ’ Alg é rie s ’é tait accompagn é e d' »é l é ments de civilisation » .

Mais durant ce m ê me voyage, plusieurs « rencontres discr è tes » furent organis é es. Plusieurs personnalit é s, dont l ’ avocat Jean Pierre
Mignard et l ’ homme d ’ affaires Fran ç ois Touazi, avaient pr é par é le voyage en amont. L ’ ancien ministre Jean Louis Borloo et Yasmina
Benguigui avaient é galement mis leurs carnets d ’ adresses au service du candidat Macron. Enfin Alexandre Benalla, le fid è le garde du corps,
participait à l ’ exp é dition.
Le 14 f é vrier, en fin de matin é e, un petit d é jeuner est organis é sur la terrasse de l ’ h ô tel El Aurassi avec les repr é sentants du FCE, le forum
des chefs d ’ entreprise, l ’é quivalent du Medef. Le patron des patrons alg é rien et intime du clan Bouteflika, Ai Haddad, é tait « tout sourire » ,
face à un Emmanuel Macron qui prend des engagements vis à vis de l ’ Alg é rie en mati è re d ’é nergies renouvelables. Quelques heures plus
t ô t dans le m ê me h ô tel, le m ê me Haddad prenait un autre petit d é jeuner, celui-ci tr è s discret, avec Emmanuel Macron. De cette rencontre,
il ne filtrera rien.

A l ’é poque, Alexandre Djouhri, dit Alex, un ‘ interm é diaire flamboyant qui est proche à la fois de Dominique de Villepin, l ’ ancien Premier
ministre de Chirac et de Maurice Gourdault-Montagne, l ’ actuel secr é taire g é n é ral du Quai d ’ Orsay, s é journait fr é quemment en Alg é rie.
Cet habitu é de l ’ h ô tel Aurassi entretenait des relations é troites avec Ali Haddad.

La veille de ces deux petits d é jeuners avec Ali Haddad, le candidat Macron dinait avec Issad Rebrab, l ’ homme le plus riche d ’ Alg é rie qui fit
fortune gr â ce à sa proximit é avec les services alg é riens dirig é s pendant un quart de si è cle par le fameux g é n é ral Mohamed Medi è ne.
L ’ homme d ’ affaires est au plus mal à l ’é poque avec le clan Bouteflika qui cherche à lui tondre la laine sur le dos et à le marginaliser.
L ’ homme d ’ affaires kabyle est parfois m ê me pr é sent é comme un opposant au pouvoir en place .

Pourtant Emmanuel Macron, au risque de m é contenter le clan Bouteflika, accepte l ’ invitation à diner de Rebrab. Premi è re raison de cette
visite peu protocolaire, le candidat connaissait bien l ’ industriel kabyle qui investissait massivement en France alors qu ’ il é tait secr é taire
g é n é ral adjoint à l ’ Elys é e puis ministre de l ’ industrie durant la presidence de Fran ç ois Hollande.

Deuxi è me raison de cette rencontre, les liens sont tr è s nombreux entre les entourages du candidat et de l ’ oligarque. Rebrab est en effet un
intime de Fran ç ois Touazi depuis fort longtemps. Le groupe Cevital que l ’ homme d ’ affaires a fond é a fait travailler Alexandre Benalla à
l ’é poque o ù ce dernier avait cr éé , depuis le Maroc, la soci é t é de s é curit é « Velours » .

Enfin Rebrab s ’ est fait aider dans ses investissements en France par un ancien trader Franco-Alg é rien du nom de Farid Belkacem qui participa
é galement à la pr é paration du voyage d ’ Emmanuel Macron. Cerise sur le g â teau, Farid Belkacem est un proche ami d ’ Alexandre Benalla
qu ’ il aida à se reconvertir lorsqu ’ il dut quitter l ’ Elys é e au mois de juillet 2019.

Depuis son é lection comme Pr é sident de la R é publique, Emmanuel Macron n ’ a cess é de t é moigner de son amiti é pour l ’ industriel kabyle
qu ’ il a re ç u à plusieurs reprises, notamment au Ch â teau de Versailles en janvier 2019 lors du sommet « Choose France » . Une amiti é est
n é e dont on ne connait pas encore tous les ressorts.

Ali Haddad et Issad Rebrab ont é t é plac é s, debut 2019 en d é tention par le pouvoir militaire alg é rien. Qu ’ ils soient l ’ un et l ’ autre des
amis de la France n ’ arrange pas leurs affaires. Le chef d ’é tat major, Ga ï d Salah, au mieux avec les Russes et appr é ci é par les Am é ricains,
entretient en effet des relations tr è s tendues avec la diplomatie fran ç aise.

R é unions avec la....DGSE!!

L ’ ancien attach é militaire à Paris en 2018 et 2019, Tarek Amirat, a é t é plac é en d é tention par la justice militaire, accus é d ’ avoir cach é
à sa hi é rarchie, sous la pr é sidence de Bouteflika, des r é unions secr è tes avec la DGSE.

La nomination d ’ un simple officier, à la fin 2017, comme attach é militaire à Paris en avait surpris plus d ’ un. Tarek Amirat é tait en effet un
simple commandant venu de l ’ ambassade d ’ Alg é rie en Italie et cens é , dans ses nouvelles fonctions à Paris, diriger quelques colonels
nomm é s à Paris.

Ce militaire devait en fait sa nomination à ce poste expos é à sa proximit é avec le g é n é ral Tartag, aujourd ’ hui emprisonn é mais qui à
l ’é poque dirigeait, depuis la Pr é sidence et à son service, les services secrets alg é riens.
Lorsque les mobilisations populaires se sont multipli é es en Alg é rie, des r é unions se tenaient à Paris entre les services fran ç ais de la DGSE et
l ’ attach é militaire alg é rien. « Sauver Bouteflika » é tait en substance le principal sujet de pr é occupation de ces discrets colloques. Quitte à
encourager les projets de Said Bouteflika de d é cr é ter l ’é tat d ’ urgence et de pousser vers la sortie le chef d ’é tat major, Ga ï d Salah.

Le malheureux attaché militaire, qui avait commis la faute de transmettre ses rapports au seul général Tartag, sans en informer également la DCSA
(renseignement militaire algérien) devait être rappelé au printemps 2019 en Algérie pour être finalement poursuivi par la justice militaire et
emprisonné à Blida.

Il etait en fait le coordinateur général des services secrets algériens en France. Cet officier des services algériens était le principal interlocuteur des
services secrets français pendant même pas une année et demie. Auparavant, il occupait un poste stratégique à l’ambassade d’Algérie à Rome
toujours au niveau du renseignement extérieur.
Après avoir accumulé tant de pouvoirs et de prestiges, le commandant Tarek Amirat a chuté brutalement dans le sillage de l’effondrement du clan
présidentiel des Bouteflika. Il était très apprécié par Said Bouteflika qui lui vouait beaucoup d’estime. Et lorsque le général Youcef Bouzid, l’ex-
patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE algerienne), l’une des trois principales branches des services secrets algériens, avait
voulu le sanctionner et s’en prendre à lui pour «un différend personnel», Said Bouteflika est intervenu pour jouer l’arbitre et empêcher le général
Bouzid d’abuser de son pouvoir.

Après Rome, le commandant Tarek Amirat bénéficie d’une promotion et se retrouve à la tête des services algériens à Paris en France, l’un des
poste les plus stratégiques et influents dans le monde des services algériens.

Convoqué à Antar, la fameuse base localisée à Ben Aknoun qui abrite le centre de recherche et d’investigation du DRS, le commandant Tarek
Amirat a été interrogé et soumis à un interrogatoire par le colonel Yassine, le premier responsable du centre Antar, et ses enquêteurs. L’objet de cet
interrogatoire concernait plus exactement les déplacements de deux missions de la DGSE, les services secrets français, à Alger.

La première mission a été effectuée à la fin du mois de février et la deuxième au cours de la première partie du mois de mars dernier. A chaque fois,
en tant que coordinateur général du DRS, les services algériens en France, les délégations de la DGSE étaient accompagnées par le commandant
Tarek Amirat.

Face aux enquêteurs du centre ANTAR, Tarek Amirat explique qu’il a fait uniquement son travail, à savoir mettre en relation les délégations de la
DGSE avec les hauts responsables du DRS, à l’époque le général Bachir Tartag.

Durant ces deux réunions secrètes, les représentants des services secrets français se sont entretenus avec Bachir Tartag à propos des évènements
en Algérie et des manifestations populaires qui ciblent le régime Bouteflika et réclament son départ. Les enquêteurs du centre ANTAR et de la
direction centrale de la sécurité de l’Armée (DSCA) ont soupçonné le commandant Tarek Amirat «d’avoir trahi» son institution en dissimulant au
haut commandement de l’Etat-Major de l’ANP que les responsables de la DGSE ont échangé avec Bachir Tartag au sujet de l’attitude du premier
commandant de l’ANP, Ahmed Gaid Salah, et de ses intentions à recourir à l’article 102 pour destituer Abdelaziz Bouteflika et chasser ainsi les
Bouteflika du pouvoir.

Face à ces graves accusations, Tarek Amirat a tout nié en estimant qu’il s’est contenté d’accomplir sa mission, à savoir assurer la liaison entre les
services algériens et français dans le cadre des accords de coopération conclus entre les deux services des deux pays.

Mais après une semaine d’interrogatoire, le commandant Tarek Amirat a été relâché avant d’être reconvoqué une deuxième fois trois semaines plus
tard. Et cette fois-ci, il sera placé directement en détention préventive à la prison militaire de Blida. Son dossier judiciaire reste sombre et
inaccessible.

C’est le général Bouzid qui avait dressé un rapport accablant contre le commandant Tarek Amirat. Un rapport sur lequel s’est basé le tribunal
militaire de Blida pour inculper officiellement Tarek Amirat.

Said et Toufik a Paris


L ’ ex patron du DRS, le g é n é ral Tartag rencontrait à l ’ occasion de ces r é unions dites du directoire de la s é curit é des hommes de la
DGSE sans en avertir la hi é rarchie militaire. La visite de Sa ï d Bouteflika avec le g é n é ral Toufik à Paris au mois de mars f û t le point de
rupture avec Ga ï d Salah.

Durant cette p é riode, Said Bouteflika a quitt é l ’ Alg é rie pour rejoindre Paris o ù il devait rencontrer des responsables fran ç ais proches de
l ’ Elys é e afin d ’é tudier avec eux l ’é volution de la situation politique interne en Alg é rie à la lumi è re des soubresauts troublants qui ont
é maill é la crise de succession d ’ Abdelaziz Bouteflika.

Durant son voyage, un homme particulièrement gênant pour Gaïd Salah a accompagné Said Bouteflika, le général Toufik. Ce voyage devait rester
secret et permettre aux deux puissants dirigeants algériens de conserver le soutien de Paris pour les Bouteflika.

A cette é poque, le g é n é ral Toufik esp é rait neutraliser Ahmed Gaid Salah en utilisant la candidature aux é lections pr é sidentielles du
g é n é ral Ghediri. Toufik et Said Bouteflika auraient m ê me foment é un plan pour pi é ger leur ennemi commun.

Ce plan consistait à retirer la candidature d ’ Abdelaziz Bouteflika au 5e mandat à la derni è re minute pour ouvrir un grand boulevard de la
pr é sidence au g é n é ral Ali Ghediri qui se chargera par la suite de l ’ application d ’ un agenda qui pr é serve les int é r ê ts d ’ un clan
recompos é et cr éé par Said et le g é n é ral Toufik. Paris é tait s é duite par cette id é e. Mais Ga ï d Salah coupera l ’ herbe sous les pieds des
initiateurs de ce projet en exigeant l ’ annulation du scrutin pr é sidentiel et en pr ô nant le d é part des Bouteflika.

Depuis, le g é n é ral Ahmed Ga ï d Salah, coupe tous les derniers liens, en ciblant la « bande » de Z é ralda. Le 3 avril 2019 au lendemain de la
d é mission du pr é sident Bouteflika, le chef d ’é tat-major accuse des « entit é s non constitutionnelles non habilit é es » d ’ avoir sign é , deux
jours avant, un communiqu é attribu é à Bouteflika proposant une feuille de route.

L ’ allusion cible directement Sa ï d Bouteflika, fr è re cadet et conseiller de l ’ ex-chef d ’É tat. Selon l ’ ex-g é n é ral Khaled Nezzar, ancien
ministre de la D é fense, aujourd ’ hui en fuite en Espagne, Sa ï d Bouteflika l ’ aurait contact é deux fois avant la d é mission de Abdelaziz
Bouteflika, racontant dans une d é claration publi é e sur un m é dia, que le fr è re cadet voulait instaurer « l ’é tat de si è ge ou l ’é tat
d ’ exception » pour contrecarrer les manifestations qui exigeaient le d é part de Bouteflika.

Sa ï d aurait m ê me demand é s ’ il n ’é tait pas temps de d é mettre Ga ï d Salah de ses fonctions car il avait peur, rapporte Nezzar, qu ’ il le fasse
arr ê ter. Durant cette m ê me p é riode, l ’ ancien pr é sident Liamine Zeroual a r é v é l é de son c ô t é avoir é t é approch é par Mohamed
Medi è ne pour lui proposer, au nom de Sa ï d Bouteflika, de pr é sider une instance pr é sidentielle transitoire.

Zeroual a refus é , mais la rencontre est alors é vent é e par des m é dias: le chef de l ’ arm é e d é nonce, le 30 mars 2019, une « r é union » de
personnes « malintentionn é es » pour conspirer autour des revendications du peuple et « afin d ’ entraver les solutions de l ’ ANP et les
propositions de sortie de crise » .

Il pr é cisera sa cible, le 16 avril, d é signant Medi è ne comme é tant à la t ê te d ’ une conjuration: « Je lance à cette personne [le g é n é ral
Toufik] un dernier avertissement, et dans le cas o ù il persiste dans ses agissements, des mesures l é gales fermes seront prises à son
encontre » dit-il.

Le complot de Sa ï d Bouteflika et du g é n é ral Toufik pour garder le pouvoir avec le soutien de Paris date au moins du mois de janvier 2019
quand Sa ï d Bouteflika et le g é n é ral Toufik se sont envol é s à Paris pour proposer leur plan aux dirigeants fran ç ais qui leur avaient promis
leur soutien.

Il semblerait que l ’é tat-major de l ’ ANP aurait eu vent de ce voyage qui devait rester secret et aurait d é cid é de surveiller de pr è s les
agissements de ces deux personnalit é s. Ces r é v é lations viennent confirmer l ’ existence d ’ un complot visant à se partager le pouvoir entre
Sa ï d Bouteflila et le g é n é ral Toufik apr è s la neutralisation de l ’é tat-major de l ’ ANP.

Elles confirment é galement l ’ ing é rence de la France dans les affaires int é rieures alg é riennes à travers le soutien au clan pr é sidentiel alli é
pour l ’ occasion au clan du g é n é ral Toufik contre l ’é tat-major de l ’ ANP.

Abdelmadjid Tebboune
Réputé proche du général Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et homme fort du pays depuis le départ d’Abdelaziz Bouteflika, il avait fait une
campagne discrète. Abdelmadjid Tebboune, ex-fidèle du président déchu, a remporté le 13 décembre 2019 l'élection présidentielle en Algérie,
mais opposé par le puissant mouvement de contestation qui ébranle le pays depuis près d'un an. Le septuagénaire a fait carrière au sein de
l'appareil d'État algérien.

Le général Gaïd Salah, l'homme fort de l'Algérie depuis la démissionde Bouteflika en avril 2019, l'a félicité, estimant que le nouveau président était
«expérimenté» et «apte» à mener l'Algérie «vers un avenir meilleur».À l'annonce de sa victoire, une véritable marée humaine a envahi, encore
une fois, le centre d'Alger pour conspuer le nouveau président, au lendemain d'un scrutin boycotté par le mouvement de contestation inédit.

À 74 ans, ce toujours membre du Comité central du Front de libération nationale (FLN), l'ancien parti unique, est loin de représenter le renouveau
politique et générationnel attendu par la jeunesse, dans un pays dont plus de la moitié de la population a moins de 30 ans.
Cette jeunesse est incarnée par le «Hirak », le puissant mouvement de contestation populaire du régime qui, après avoir obtenu la démission de
Bouteflika en avril, exige désormais la fin d'un «système» en place depuis l'indépendance et dont Abdelmadjid Tebboune fut, au long de sa carrière,
un apparatchik et un serviteur zélé.

Ce pur produit du sérail a fait ses classes dans l'administration préfectorale avant d'enchaîner les postes de wali (préfet) dans les années 1980, sous
le règne du parti unique. Il devient en 1991, une petite année, ministre délégué aux Collectivités locales sous la présidence du colonel Chadli
Bendjedid, puis disparaît de la scène politique. Jamais candidat à une élection jusqu'à cette présidentielle, «c'est une caricature du parfait
bureaucrate», raconte un de ses anciens collaborateurs. L'homme au visage barré d'une fine moustache, qui fume «même dans les endroits non-
fumeurs», selon cet ancien collaborateur, n'est pas connu pour son charisme ou ses dons d'orateur.

Tout juste élu président en 1999, Abdelaziz Bouteflika le fait sortir de sa «retraite anticipée» et en fait son ministre de la Communication, avant de
lui confier d'autres portefeuilles jusqu'en 2002. Après dix ans de traversée du désert endurée silencieusement, il est rappelé au gouvernement en
2012 par Bouteflika puis obtient la consécration en mai 2017 en devenant premier ministre. Il sera le plus bref premier ministre de l'histoire
algérienne, limogé au bout de moins trois mois après s'être attaqué aux oligarques gravitant dans l'entourage du chef de l'État, attributaires de
gigantesques marchés publics et dont la plupart sont aujourd'hui emprisonnés dans des dossiers de corruption présumée.

Il a mis en avant ce fait d'armes pour faire oublier son passé au service de Bouteflika, mais son entourage n'est pas épargné par les affaires,
puisqu'un de ses fils est en détention préventive dans une affaire de trafic d'influence impliquant plusieurs hauts responsables, après la saisie de 700
kg de cocaïne dans un port algérien en mai 2018. Manifestants et internautes moquent d’ailleurs le «président cocaïne»

Mossad en Algerie
Dans un livre paru aux États-Unis, et intitulé Periphery: Israel’s Search for Middle East Allies (Périphérie : Israël à la recherche d’alliés au
Moyen-Orient), l’ancien officier des services secrets israéliens, Yossi Alpher, a révélé que le Mossad a bien noué des relations avec des berbéristes
d’Algérie et du Maroc, afin de maintenir ces pays sous pression.

Un travail qui entre dans le cadre de sa stratégie dite la «doctrine des périphéries», avec pour objectif à long terme le «dés-endiguement
géopolitique» de l’Etat hébreu. L’officier israélien confirme par-là les relations entre le porte-voix du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie,
Ferhat Mehenni, avec les services de renseignement israéliens.

Traînant déjà de lourds soupçons de connexion avec des officines de pays étrangers, depuis la création du MAK, puis du GPK (gouvernement
provisoire kabyle), Ferhat Mehenni enchaînait des sorties publiques à travers lesquelles il affichait clairement sa proximité avec le lobby sioniste en
France, et en prenant des positions favorables à la politique d’Israël dans la région. Sa visite à Tel-Aviv, en mai 2012, a été le couronnement
logique d’un enrôlement, plus qu’un acte de provocation.

Dans une interview accordée au quotidien israélien Jerusalem Post, il a déclaré sa totale allégeance à Israël. «Les Kabyles ont toujours eu un
peu de sympathie pour Israël», a-t-il affirmé. «Cette sympathie, argumente-t-il, s’est matérialisée par le soutien de la Kabylie à l’Etat
israélien.» L’ancien chanteur atteste que «pendant la guerre de 1967, la Kabylie a applaudi la défaite des Arabes».

Ferhat Mehenni déclare que «lui et son peuple» continueront à poursuivre une «défiance vis-à-vis de la loi algérienne qui veut qu’Israël soit
boycotté» et souligne qu’il «espère que les relations entre la Kabylie et Israël puissent être intensifiées». Dans une déclaration à la presse, le
gourou du MAK dit ne pas regretter son action et qu’il n’hésiterait pas à retourner à Tel-Aviv «s’il le faut». Il justifie cette visite par sa volonté
d’élargir son cercle de «soutiens» dans le monde.

Ferhat Mehenni, dont les tentatives de couper la Kabylie du reste de l’Algérie sont vouées à l’échec, était allé chercher en Israël un soutien que lui
avaient certainement suggéré les services secrets marocains, lesquels voient en lui le «pion» dont les idées séparatistes pourraient amener l’Algérie à
réviser sa position sur l’affaire du Sahara Occidental.

«Le point faible de l’Algérie est la Kabylie. Et c’est par la Kabylie que nous ferons exploser cet Etat !» Une citation attribuée à Yossi Cohen,
chef du Mossad. Explosion ou implosion, cette référence générique est fortement médiatisée dans les médias français dominants et reprise par les
médias occidentaux, généralement instrumentalisés au profit de la cause du grand Israël, qui ne jurent que par la déstabilisation et l’implosion de
l’Algérie.

La Kabylie est devenue le lieu de convergence de la gigantesque manipulation pour casser, d é stabiliser, imploser et d é truire l ’ Alg é rie
insoumise. Le soutien financier, diplomatique et mat é riel au MAK par le Mossad est devenu un secret de Polichinelle qui s ’ exerce au grand jour.

Sur le terrain, le Mossad est largement présent derrière les manifestations en Kabylie ou à Paris, de près ou de loin. Il faut se rappeler l’arrestation
de la cellule du Mossad lors de la crise du M’zab à Ghardaïa. Parvenus sans difficultés jusqu’au M’zab, difficile d’accès pourtant, le Mossad
devrait opérer en toute aisance à travers le MAK et ses éléments dont la caractéristique est la vulnérabilité.

L’image du drapeau conçu par le MAK flottant côte à côte avec celui d’Israël, qui inonde les réseaux sociaux, n’en est que le symptôme.
L’avalanche de haine et de racisme anti-algérien, présente également sur les réseaux sociaux, est tout à fait la stratégie employée par le Mossad
pour pousser les deux parties à la haine et à l’affrontement.

Fin 2016 au niveau des localités frontalières de Tébessa, près de la Tunisie, des drones survolant des sites sensibles algériens ont été repérés à
maintes reprises. La Tunisie voisine qui abrite une base de drones américains a été interpellée et les autorités algériennes ont manifesté leur colère.

De leur côté, les officiels de l’ambassade américaine à Alger ont juré que leurs drones surveillent uniquement le territoire libyen. D’ailleurs, un
groupe de travail réunit depuis 2015 les services algériens et américains pour étudier les données recueillies par ces drones étant donné que
l’Algérie dispose encore d’un relais discret, mais puissant en Libye.

Les dernières recherches des agents du contre-espionnage algérien ont conclu que ces vols sont l’oeuvre de services israéliens qui veulent en savoir
un peu plus sur les installations militaires algériennes. Et depuis les nouveaux organismes du DRS sont en état d’alerte. Il faut dire que l’Algérie avait
d’ores et déjà mis en garde la Tunisie dés le deuxième semestre 2016 contre l’implantation de réseaux à la solde du Mossad.

A l’époque, des renseignements précis récoltés par des agents algériens en poste en Tunisie ont fait état d’une forte activité du Mossad dans ce
pays frontalier. Désarmées et inexpérimentées face à ces réseaux sophistiquées, les autorités tunisiennes n’ont pas su réagir jusqu’à l’assassinat du
scientifique tunisien Mohamed Zouari (Alzoari) le 15 décembre 2016 dans la ville de Sfax.

Pour les services algériens, il n’y a pas le moindre doute que cet assassinat porte la signature des réseaux du Mossad dans la mesure où ce
scientifique portait une assistance précieuse au Hamas palestinien. Et des activistes palestiniens, l’Algérie en héberge beaucoup. Certains sont
mêmes entraînés et soutenus par des académies militaires.

Mais l ’ affaire prend une dimension plus alarmante lorsque les services alg é riens mettent la main sur un r é seau é trange à Gharda ï a au sud du
pays. Du mat é riel d ’ espionnage ainsi que des moyens de communication ultrasophistiqu é s ont é t é saisis chez des migrants venus du Lib é ria.
Les sources s é curitaires alg é riennes crient victoire et annoncent un d é mant è lement d ’ un r é seau qui travaille pour le compte du Mossad.

Les enqu ê tes du contre-espionnage alg é rien ne s ’ arr ê tent pas l à . Dans toutes les officines des services, on se met à la traque de celui ou
celle qui renseigne le Mossad. L ’ Alg é rie qui m è ne une modernisation massive de ses é quipements militaires avec son partenaire russe ne veut
pas que ses secrets soient connus et r é v é l é s. Mais c ’ est surtout les enjeux de la s é curit é nationale au sud du pays à la fronti è re avec le
Mali et la Libye qui la pr é occupent. Et il n ’ est pas question que le travail clandestin de ses services soient d é crypt é s par des centrales
é trang è res comme le Mossad.