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le tri

Trois points,
e
l'g.ventwre ??lQ.thé??lQ.tiqwe

Tangente Hors-série n° 24

le triangle
Trois points, c'est tout!
Sous la direction de Gilles Cohen

POLE

© Éditions POLE - Paris 2005


Toute représentation , traduction , adaptation ou reproduction , même partielle , par tous procédés , en
tous pays, faite sans autorisation préalable est illicite, et exposerai t le contrevenant à des poursuites
judiciaires. Réf.: Loi du 11 mars 1957 .
I.S.B.N. 2-84884-046-3 I.S.S.N. 0987-0806 Commission paritaire 1006 K 80883
Le triangle
Sommaire
l•X•t}1i4,I Passeport pour le triangle
C'est le plus simple des polygones. A toutes époques, on
l'a observé, découvrant à chaque fois de nouvelles pro-
priétés. Depuis quelques années, cependant, le triangle
semble passé de mode. Et si nous le faisions revivre ?

Pourquoi trois points ?


La somme des angles d'un triangle
Le théorème de Pythagore
Mesurer dans un triangle
La leçon de Mémé Laïus
Le triangle « à l'ancienne »
Géométrie de l'équerre
Alignement et concourt
Une vision géométrique des triplets de Pythagore

•• X,t}11a;I Points, droites et cercles remarquables


Le triangle, plus que toute autre figure géométrique, a
hanté l'imaginaire de tous les mathématiciens. Pas en
vain. Ils y ont trouvé des points si remarquables, des
droites si singulières, des cercles si extraordinaires
qu'ils leur ont laissé leur nom.

Une mine de points remarquables


Le fameux cercle des neuf points
Pas anonymes, les points
La droite de Simson
Le théorème de Napoléon
Le « théorème japonais » de Lazare Carnot
Ellipses inscrites dans un triangle
Inscrire un carré
La merveille de Frank Morley

Hors série n° 24. L


DOSSIER la plastique du triangle
Malgré sa simplicité, la forme triangulaire recèle une
multitude d 'avantages pratiques : disposition des
nombres entiers, calcul de distances, représentation
des surfaces en 30...

L'art du triangle
Mesurer du linéaire par de l'angulaire
Arithmétique en triangles
Des triangles qui tournent rond
Les triangles cachés de la 3D

i •X•t-}1 ia,1 Jeux et problèmes autour du triangle


Le triangle est une des pierres fondatrices des
mathématiques classiques, mais, comme tout objet
sérieux, il peut être détourné au nom du plaisir du jeu.
Ces quelques problèmes, énigmes et autres puzzles
convaincront les plus incrédules.

Des triangles pour aller plus vite


Diagrammes triangulaires
Le rubis du mécène
La ronde des triangles
Un problème qui revient de loin
Du côté du triangle équilatéral
Triangles à foison : les puzzles polymorphes
Le trioker
En direct du Japon
Jouons avec les allumettes !
Un problème sur l'oreiller de Lewis Carroll

En bref

Problèmes
Solutions
SAVOIRS par Hervé Lehning

Pourquoi

rois oins?
Pourquoi s'intéresser aussi particulièrement aux triangles ?
Tout simplement à cause de leurs trois sommets ! Trois points
suffisent en effet à bien des choses utiles comme se répérer,
calculer des distances ou traire les vaches.

epuis l'antiquité, les mathéma- Quand trois pied ont po és au sol,

D ticiens s' intéressent au triangle.


Pourquoi ? Pas à cause des
trois angles dont ils sont constitué ,
l' autre est en l' air ce qui le déséquilibre .
Sauf coup de chance , votre tabouret est
bancal. Pourquo i ? La réponse est
contrairement à ce que leur nom peut mathématique : les trois premiers pieds
faire penser. Pas non plus à cause de se posent urt le sol. La position du qua-
leurs trois côtés qui leur ont donné leur trième est alors complètement définie.
nom grec de trigones. Ni pour la collec- Si le sol ne e trouve pas justement en
tion d'éléments remarquable que l'on ce point, le tabouret est bancal. Si vous
Dans les peut y trouver. Non , tout d 'abord et montez dessu , attention aux accidents !
essentiellement, nous nous intéressons C'e t encore pire avec une échelle (voir
champs, aux triangles car ils sont constitués de l'encadré L'échelle recommandée par
mieux vaut trois points, non alignés bien sûr. Tangente).
avoir Pour év iter ces dangers, la solution est
un tabouret les triangles et la traite des normandes simple : le tabouret à troi pieds sur
lequel on s'assoit pour traire les vaches
à trois pieds. Prenez un tabouret des villes, un de ces en Normandie comme ailleurs. Cette
objets à quatre pieds qui traînent dans même solution e t utili ée par le
nos cuisines, et partez dans les champ artistes ou les photographes travaillant
tra ire une vache. Dans un premier en extérieur, d 'où les chevallets à trois
temps, vou pouvez vous exercer san pieds ou le trépieds (voir l'encadré Le
vache. Po ez votre tabouret sur le sol chevallet au triangle) .
accidenté qui se trouve à vos pieds. Quelque soit le ol sur lequel vous le
Que constatez-vous? po ez, il e t toujour stable.

Ta:ngen'te Hors-série n°24. Le triangle


Repérage d'un point par des angles de vi ée qui vous permet de calculer
les angles . Si , de votre position M ,
Pour cette seule raison, le triangle vous pouvez viser deux points connus
mérite l'étude priviliégiée auquelle il a A et B, calculez l'angle AMB. Par
eu droit au cours des mrnénaires qui exemple, imaginons que vous trouviez
nous ont précédés. Une raison plus 30°. Savez-vous où vous êtes ? La
essentielle encore est le repérage des réponse est non . Vous pouvez seule-
point . Imaginez que vous soyez perdu ment dire que vous êtes sur un arc de
dans une zone dé ertique . Vous ne di s- cercle passant par A et B :
posez pas d ' un GPS mais d ' un appareil

M
B

La visée de l'angle
entre deux points ne suffit pas
pour vous situer.
Si vous di posez d ' un point supplé-
mentaire, vous pouvez parfaitement
vous situer de cette manière.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


Pourquoi trois points ?

La visée de trois points suffit


pour se situer.

Repérage d'un point par des distances

Vou pouvez fa ire de même en calcu-


lant les di ta nces à plusieurs points .
Deux point lai ent une indétermina-
tion : vous pouvez être de part et
d 'autre de la droite les re li ant.
L' uti lisation de troi points ne lai se
aucune ambi guïté.
A

c
Connaître la distance d 'un point
M à trois points ABC permet de
le repérer parfaitement

Vous pouvez cependant vous passer de


connaître ces trois distances. En dévelop-
pant la question, on aboutit à la notion de
coordonnées barycentriques d ' un point.

H. L

8 Ta.ngent:e Hors-série n°24. Le triangle


par H. Lehning et A. Zalmanski EN BREF

Triangles historiques et culturels


Le commerce triangulaire le triangle d'or
À partir de la fin du xvne siècle jusqu 'au début du X LXe siècle, Le triangle d 'or est fom1é de troi
un sini tre commerce triangulaire sévi ssa it entre quatre ports pays comme son nom permet
français (La Rochelle, Bordeaux, Le Havre et surtout Nantes), de le deviner : Birmanie,
l'Afrique et les Amériques . Les bateaux partaient des ports 111a'11ande. Laos. Ce sont effecti ve-
fra nça is char- ment les principaux producteurs
gés de paco- d 'opium d ' Asie du Sud-Est.
tilles que 1 on Autrefois. l'opium était payé en or, d'ou
échangeait en le nom de cet endroit montagneux.
Afrique contre Il va sans dire que malgré les efforts du gou-
de per onne vernement thaïlanda is, cette cultu re existe
humaine . Le --,,.----., toujours aujourd'hui. Pour être plus
bateaux e ren- juste , il fa udrait parler d ' hexagone
daient en uite d 'or car la Malaisie , Singapour et les
aux Antille Philippines jouent également un rôle
pour le y échanger en tant qu'e claves contre des important dans ce trafic .
produits tropicaux (café, coton ucre de canne). li s En mathématiques, un tri angle d'or
retournaient alors au port pour y vendre ces denrées. ~ ~ ~ . 1.1.'!!lflot est un tri angle isocèle dont le lon-
Ce trafic était très fructueux, le rendement pouvait gueurs des côtés sont dan le rap-
atteindre 800 %. Sur leurs regi tre , le marchands, port du no mbre d'or (l'opium n' a
qui n'aimaient pas la qualification de négriers, rien à vo ir là-dedan s). Le. deux tri -
notaient noirs d 'ébene pour dé igner le hommes qu ' ils trans- angles d'or poss ibles ont respecti ve ment
portaient d ' Afrique en Amérique. des angles à la base de 36° et 72° .

le triangle divin
Dans la foi chrétienne, tout en étant unique, Dieu se subdivise en trois. C'est le dogme de la
Trinité, c'est aussi une propriété du triangle : un objet, trois côtés. C'est pourquoi Dieu est
souvent représenté par un triangle , parfois muni d'un œil en son centre. Ce symbole a été
repris par les francs maçons auquel il est aujourd'hui associé. Au x1x0 siècle , les esprits forts
l'ont réutilisé pour en orner le fond de leurs pots de chambre . Suivant les convictions de cha-
cun , leur utilisation constipe ou , au contraire, favorise le transit intestinal. Il s'agit alors d'un
laxatif homéopathique et bon mar-
ché . Dans d'autres milieux, on
retrouve le triangle divin comme
porte-bonheur.
Ces deux triangles ont été pho-
togaphiés à Eger, en Hongrie,
dans une église du XVIIIe siècle.
Le triangle muni d'un œil sym-
bolise Dieu. Que signifie celui
muni d'une oreille ?

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Hervé Lehning

La somme des
angles d'un triangle
Comme chacun le sait, la somme des angles d 'un triangle est
égale à 180°. En réalité, cette assertion repose sur le postulat
d 'Euclide. On peut donc imaginer des géométries dans les-
quelles cette affirmation serait fausse.

ur un plan , pour fabriquer une

S droite , il uffit de di poser d' une


corde et de deux piquets. Plantez
les deux piquets et tendez la corde.
Vous réali ez ainsi le plu court chemin
entre eux.

En tendant une corde entre trois


piquets, on obtient un triangle.
Mesurez les angles et faites-en la
somme. Le résultat est connu depui s
Euclide (me siècle avant Jé us-Christ).
En tendant une corde
entre deux piquets, Il est égal à 180°.
on obtient une ligne droite.
l'éuidence d'Euclide
Avec la même méthode et trois piquets ,
vous fabriquez un triangle : Une petite figure suffit pour démontrer
ce résultat. Pour la tracer, en plu de
Sur une sphère, deux droites ne sont notre corde et de nos piquets , nous
jamais parallèles et le postulat devons nous munir d' un rapporteur de
façon à pouvoir reporter un angle
d'Euclide est faux ! donné le long d' une droite, en un point.

TC:Lngente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

Un rapporteur permet de repor-


ter un angle le long d'une droite,
en un point.

Considérez un triangle ABC , prolon-


gez le côté AB en BE et du point B, en
utilisant le rapporteur, portez la droite
BD de sorte que l'angle CBD soit égal
à l'angle ACB (en rouge tous les deux) .
De même, portez la droite BD ' de
faço n que l'angle EBD' soit éga l à
l'angle BAC (en jaune):

A B E

En B, on reporte les angles en


rouge et en jaune, on obtient Nous avons ainsi démontré que la
deux droites BD et BD'. D'après somme des angles d ' un triangle est
le postulat d'Euclide, ces droites égale à 180°. Oui , mais cette démons-
sont confondues. Les angles du tration a une faille : elle repose sur le
triangle ABC se retrouvent donc
postulat d 'Euclide qui , lui , n'est pas
en B et forment un angle plat
c'est-à-dire 180°. démontré ! Comme souvent en mathé-
matiques, on baptise euclidien, tout
Euclide a démontré que les deux plan où il est vrai . Le nôtre l'étant , la
droites BD et BD' étaient toutes les somme des angles d ' un triangle y est
deux parallèles à la droite AC . Pour bien égale à 180°. Si nous restons sur
fai re savant , on dit que les angle Terre ou, de façon plus idéale , nous
rouges et jaunes sont alternes internes. plaçons sur une sphère, ce résultat évi-
D'autre part , il a po tulé (c'est-à-dire dent est faux car le postulat aussi.
admi s sans démon tration) que, d' un
point , on pouvait tracer une et une Triangle sur la Terre
seule parallèle à une même droite .
Dans notre cas de figure, cela implique Reprenons nos piquets, notre corde,
que les droites BD et BD' sont confon- notre rapporteur et nos définitions en
dues. Les troi angles du triangle ABC les plaçant sur la sphère. Le plus court
se reportent donc en B pour former un chemin entre deux points est obtenu en
angle plat, c'est-à-dire 180°. sui vant l'arc de grand cercle entre eux .

Hors-série n° 24. Le triangle Tcin9ente


SAVOIRS La somme des angles ...

Dans l'article sur la tri gonométri e


sphérique, nous calculons effective-
ment la somme des angles d ' un tri-
angle et montrons qu 'elle est bien
supérieure à 180° . Pour en construire
un , prenez un globe terrestre miniature,
deux points sur ! 'équateur et dess inez
le triangle fo rmé avec l' un des pôles.
La somme de se angles est égale à
180° plus )'angle au pôle, elle est donc
strictement supérieure à 180°.

Triangle au Lautaret

La Terre est loin d 'être plate ou sphé-


rique. Si nous nou plaçons sur une
surface di ffé rente comme un col de
montagne ou une selle de cheval, la
somme des angles d ' un triangle
dev ient infé rieure à 180°. Sur la fi gure
de notre démonstration, les droites BD
et BD' se couvrent.

Ligne droite sur une sphère


Sur une sphère, deux grands cercles se
coupent toujours. Autrement dit , deux
droite ne ont jamai parallèles ! Le
po tulat d ' Euclide y est fa ux et notre
démon tration lumineuse aussi. Dans
ce cas, les deux droites BD et BD' ne
se recoupe nt pas, l' angle DBD ' n'est
pas nul. La somme des angles du tri- Un triangle sur une selle
angle est donc upérieure à 180°. Nous de cheval
allons le préc iser en traçant un triangle Le urfaces comme les plan , les
à l'aide de nos trois piquets : cy lindres ou les cônes où la somme de
angle d ' un triangle est égale à 180°
ont dite de courbure nulle, celles
comme la sphère ou les ellip oïdes où
la omme des angles est supérieure à
180°, de courbure pos itive et celles
comme la selle de cheval où la omme
des angles est inférieure à 180°, de
courbure négative. Ces surface ne
Triangle sur une sphère.
En mesurant ses angles, sont pas de plan euclidiens.
on montre que leur somme est
supérieure à 180°. H.L.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


par Alain Zalmanski EN BREF

Des mots pour un triangle


Vocabulalra élémantalra Triangles à qualifier
Triangle : On appelle triangle un polygones à 3 côtés. • Un triangle est dit :
En géométrie élémentaire, il est nécessairement plan • acutangle si ses trois angles sont aigus.
et convexe. Il admet un cercle inscrit et est inscriptible - rectangle s'il possède un angle droit.
dans un cercle (dit circonscrit). - obtusangle s'il possède un angle obtus.
Médiatrices d'un triangle : Ce sont les 3 média- - scalène si tous ses côtés sont inégaux.
trices des côtés du triangle. Elles sont concourrantes - isocèle s'il possède deux côtés égaux.
au centre du cercle circonscrit. - équilatéral si ses trois côtés sont égaux.
Cévienne : droite qui passe par le sommet d'un triangle.
Les céviennes les plus connues d'un triangle sont : • Deux triangles sont appelés :
• ses bissectrices, qui sont les bissectrices respec- - isométriques lorsque l'un est l'image
tives des 3 angles du triangle. Elles sont concour- de l'autre par une isométrie (transla-
rantes au centre du cercle inscrit. tion , rotation , symétrie ou plusieurs de
• ses hauteurs, qui sont les 3 droites passant res- ces transformations) .
pectivement par chaque sommet du triangle et per- - semblables ou de même forme
pendiculaire au côté opposé. Elles sont concour- lorsque leurs 3 angles sont respecti-
rantes en un point nommé orthocentre. vement égaux deux à deux.
• ses médianes : les 3 droites joignant chaque som-
met du triangle au milieu du côté opposé. Elles sont
concourrantes au centre de gravité. Triangles à construire
Triangle pédal : c'est celui qui joint les
Pseudo-triangles pieds des céviennes concourantes d'un
biangle (les bissectrices, les médianes ... ).
Triangle de Pascal ( ou triangle de Stifel ou Triangle orthique : triangle joignant
triangle arithmêtique) : disposition de nombres les pieds des hauteurs d'un triangle.
entiers en triangle permettant de calculer de proche C'est donc un triangle pédal particu-
en proche les coefficients du binôme de Newton. lier. On démontre d'ailleurs que c'est
Bien que portant le nom de Pascal ou de Stifel, ce celui de périmètre minimum .
triangle était connu des mathématiciens arabes et Triangle podaire : Soit P un point de
chinois, au xm siècle. l'intérieur d'un triangle. On appelle tri-
Triangle curviligne : figure formée par les géo- angle podaire relativement à P, le tri-
désiques joignant trois points d'une surface courbe. angle A'B'C' où les points A' , B' et C'
Triangle sphêrique : triangle joignant les arcs sont les projections orthogonales de
mineurs des grands cercles. M sur les côtés du triangle.
Triangle pythagorique ou pythagoricien : on Triangle médian ou complémentaire :
appelle ainsi 3 nombres a, b, c vérifiant l'équation triangle joignant les milieux des côtés
de Pythagore, par équivalence à la relation qui lie d'un triangle. Un triangle et son com-
les trois côtés a, b, c d'un triangle rectangle. plémentaire sont semblables.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Daniel Barthe

le théorème de

Que reste-t-il en mathématiques quand on a tout oublié? Le


théorème de Pythagore, bien sûr. Pont-aux-ânes de la géométrie,
chaise de la mariée, figure de l'épousée, quel que soit le nom dont
on l'a affublé, le « carré de l'hypoténuse » a traversé 2500 ans
d'histoire sans perdre de son importance, ni de son atb"ait.

ans sa Vze, doctrine et sen-

D tences des philosophes


illustres, Diogène Laërce écrit :
Pythagore était, dit-on, d 'une extrême
beauté, et ses disciples le faisaient pas-
ser pour Apollon descendu des régions
hyperboréennes. La légende dit aussi
qu 'on lui a vu un jour une cuisse décou-
verte, et qu 'elle était en or. [... ] C'est
encore lui qui acheva la géométrie,
Mœris ayant trouvé d 'abord les prin-
cipes . Il s'intéressa fort aussi à l' arith-
métique et trouva le principe du mono-
corde. Il ne négligea pas non plus la
2
médecine. Apollodore le logisticien dit 3 +42 5 2 , Grèce, 1955
=
qu 'il sacrifia une hécatombe parce qu 'il Pythagore de Samos ne découvrit pa le
avait trouvé que dans un triangle rec- théorème qui porte son nom (une tablet-
tangle le carré de l'hypoténuse est égal te baby loniène, bien antérieure à
à la somme des carrés des autres côtés . l'époque du philosophe, évoque le tri-
plet pythagoricien (3, 4 , 5)). n est vrai-
Pythagore vint à bout de la tâche illustre; semblable qu ' il en prit connaissance
lors des voyages de sa jeunesse. (//
il trouva le dessin, pour lequel il fit un
gagna donc l'Égypte, quand Polycrate
glorieux sacrifice de bœufs. l'eut recommandé par lettre à Amasis,

Tcin9ente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

et il apprit la langue du pays. IL alla Chef de sa secte, la confrérie pythagori- Portrait de


aussi chez Les Caldéens et Les mages, cienne, Pythagore imposait le secret à Pythagore,
nous dit Diogène Laërce. ses disciples . Si l'incommensurabilité de John B.
On lui doit, peut-être, la démonstration de la racine carrée de 2 finit par transpi- Pendleton (1798-
du théorème ou du moins de sa "mise en rer, il n'en fut rien de l'hypothétique 1866), inspiré de
image", la célèbre configuration aux démonstration du théorème de
L'école d'Athènes
trois carré (Pythagore vint à bout de la Pythagore. La première trace écrite
de Raphaël.
tâche illustre ; il trouva le dessin, d' une preuve se trouve dans le Livre I
Pour lequel il fit un glorieux sacrifice des Éléments d'Euclide (300 av. J.-C.)
de bœufs.) Avec les notations de la figure ci-contre,
Euclide remarque que les triangles ABF
la première démonstration écrite et AEC sont "égaux" (isométriques).
~ffet, ~=AB, AF = AC et
Pythagore (580-480 av. J .-C.), philo- BAF = CAE.
sophe, mathématicien, musicien, fut Pour calculer l'aire du triangle ABF,
avant tout un mystique, sinon un mystifi- Euclide fait intervenir la base AF et la
cateur. À son ujet, Xénophane raconte : hauteur menée de B, hauteur qui est
Passant un jour près d 'un qui battait égale à CA. L'aire vaut donc la moitié
son chien, de celle du carré de côté CA.
IL fut pris de pitié et dit cette parole : L'aire du triangle AEC est bien entendu
Arrête, ne tue pas ce malheureux, car il égale à celle de ABF, mais Euclide la
a l'âme détermine d'une autre façon. Il retient la
D'un de mes amis : je le reconnais à sa base AE et la hauteur menée de C qui est
voix! égale à MA (M est le pied de la hauteur

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Le théorème de Pythagore

G La réunion de deux rectangle évo-


qué précéde mment donne le carré
ABDE , d 'aire BA 2 .
Nou avon bien :
F CA 2 + CB 2 = AB 2 .

ftutres démonstrations
K
Le livre de Eli sha Scott Loomi s The
Pythagorean Proposition ( 1940)
recense 367 démonstrations di ffé rentes
du théorème de Pythagore. Les grands
noms, Euclide, Bhaskara, Thâbit ibn
Qurra , Fibonacc i, Léonard de Vinci,
Huygen , Wallis, Leibniz, De Morgan,
Dudeney, y côtoie nt de maîtres
d 'école, de étudiants, des amateurs
anonyme et un président de États-
D L E Unis.

du triangle ABC , menée de C). L'aire de Le site Internet Cut-the-knot propose


AEC est donc la moitié de ceLJe du rec- de son côté 54 démonstrations dont
tangle AELM . Autrement dit, J'aire AC 2
Puzzle du carré ACGF coïncide avec celle du
beaucoup sont récentes. Le lecteur
trou vera e n encadrés cinq de ces
Cette preuve du
rectangle AELM . preuves, astucieu es et concises (La
théorème de
Pythagore sous la
La même procédure montre que l'aire démonstration d 'un président, Une
forme d'un puzzle BC 2 du carré CBKH est égale à J' aire perle du Chou Pei Suan Ching,
est l'œuvre d'un du rectangle MBDL. Bhaskara, Si simple, Puzzle).
boursier londonien
Henry Perigal
(1873).

Ta.ngent:e Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

ftfflnités pythagoriciennes
B
Un généralisation naturelle du théorè-
me de Pythagore e t donnée par le
théorème d' aJ-Kas hi (loi du cosinus
dans les pays anglo- axons) :
pour tout triangle AB C , on a
BC 2 = D d c b A
AB 2
+ BC 2
- 2 AB X BC cos MC.
Ce résultat découle aisément du théorè-
Si l' angle BAC est droit , on retrouve
me d' al-Kashi ou , en abaissant la hau-
l' énoncé de Pythagore .
te ur de B, de la propos ition de
Ce théorème permet de montrer très Pythagore.
simplement la réciproque du théorème
de Pythagore :
Si pour un triangle ABC , on a
BC 2 = AB 2 + CA 2 ,
alors le triangle ABC est rectangle en A.
Une autre général i ation , méconnue, de
la propo ition de Pythagore a été récem-
ment remise au goGt du jour par Larry
Hoehn (A Neglected Pytha-gorean-Like
Formula , Math. Gazette, 2000).
Pour un triangle isocèle , on a, avec les
notations de la fig ure ci-de sous,
c 2 = a 2 + bd.
Si la cévienne (BC) e t une hauteur, on
retrouve le théorème de Pythagore.

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingenf:e


SAVOIRS Le théorème de Pythagore

En effet, nous avons -;


X
= -b
thauore b a
en vertu de la similitude des triangles en
Gérard de Nerval évoque dans un
jeu, soit ax = bb'.
poème la doctrine pyth agoric ienne de
l'âme (L'air est tollf entier rempli d'âmes De même, -1;- = ~ donne ay = cc'.
que l'on appelle démons et hé,vs). c a
On peut aussi penser. à l' instar de Finalement, aa' = a(x + y ) = bb' + cc'.
Timon le Sillographe qu e :
Pythagore, i11cli11a111 ,·ers les
songes des charlatans, Si le deux triangle de départ coïnci-
Pipe les hommes sous /' apparence dent , nou obtenons , à nouveau , le théo-
d'u ne gravité excellem e. rème de Pythagore.
Eh quoi ! Tout est sensible ! Pythagore
Homme ! libre penseur te crois-tu seul pensant
Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.


Respecte dans la bête un esprit agissant... b
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
Un mystère d'amour dans le métal repose :
"Tout est sensible !" - Et tout sur ton être est puissant !

Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie :


À la matière même un verbe est attaché ...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché :


Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !

Une autre variation d' affinité pythagori-


cienne, met en scène deux triangles rec-
tangles semblables (A Pythagorean
Theorem, Enzo Gentile, College Math.
Journal 1989).
Avec la configuration ci-de sus, nous
avons
aa' = bb' + cc' .

a
a

Ta.ngente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

Une remarquable et surprenante géné-


ralisation du théorème de Pythagore a
été découverte par le mathématicien
Si simple
Voici une démonstration simple et expéditive du théorème
néerlandai Edsger W. Dijkstra (On the de Pythagore due à Michael Hardy (College Mathematics
theorem of Pythagoras, 1986).
Journal, 1986).
Si , dans un triangle, les angles a, {3, y Avec les notations de la figure, les triangles ACD et ACE
sont opposés aux côtés de longueurs res- sont semblables (DAE est rectangle en A). Nous avons
pectives a, b, c, on a: donc
c+a b
ign(a + {3 - y)= sign(a 2 + b 2 - c 2), soit a 2 + b 2 = c 2 •
b c- a
où t .- sign(t) désigne la fonction
signe qui vaut - 1 pour t < 0 , 0 pour
t = 0 et I pour t > O.
Le théorème de Pythagore est obtenu
en prenant y= :rJ2 ; on a alor
sign( a + f3 - y) = 0 et a 2 + b 2 = c 2 .
Bien plus tôt , en 1748 , le grand
Leonhart Euler, dan e Varia e
demonstrationes geometricae s'était
intéres é à ce que l'on pouvait dire de
la somme des carrés des côtés d' un D c B c c-a E
quadrilatère. Voila ce qu ' il découvrit :

à (HA) menées respectivement de B et


c C coupent (DE) et (FG) en L et N. Le
quadrilatère BCNL est alors un parallé-
Pour tout quadrilatère convexe ABCD , logramme et
si Pet Q désignent les milieux respectifs aire(ABDE) + aire(ACFG)
des diagonales [AC] et [BD], on a : = aire(BNCL) .
AB 2 + BC 2 + AB 2 + BC 2 =
H
AC 2 + BD 2 + 4 PQ 2 .
Si ABCD est un rectangle, PQ =0 et on
retrouve le théorème de Pythagore.
Pour conclure, arrêtons-nous à la pre-
mière généralisation de la proposition
pythagoricienne, formulée par Pappus, il
y a plus de dix-huit siècles.
On trace, sur les côtés d ' un triangle
ABC , deux parallélogrammes ABDE B c
et ACFG . On note H le point d'inter-
section de (DE) et (FG). Les parallèle D.B.

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingent:e


SAVOIRS par Giiies Cohen

esurer
dans un triangle
La géométrie est une science qui peut se passer de métrique.
Chacun s 'accorde aujourd'hui à penser que proportions ou
parallélisme sont des propriétés intrinsèques, indépendantes
des questions de distance. Pourtant, c'est par le biais de la
distance qu'Euclide a introduit la notion de droite.

<< L
a ligne droite est le plus <liens», on retombe ur les conclusions
court chemin d ' un point auxquelles était parvenu le géni al
à un autre ». Euclide mathématicien grec.
avait, sans vraiment définir ni la droite
ni le plan, déjà admis implicitement l'inégalité triangulaire
qu ' une droite était une géodésique,
c'est-à-dire la ligne de plus courte dis- Que l'on s'appuie sur la théorie
tance , dans le plan. Cette notion , com- d 'Euclide ou que l' on adopte l' ax ioma-
plétée ... par se célèbres « po tulats » tique plus moderne des espaces eucli-
(dont le fameux « par deux points dis- dien , l' inégalité triangulaire est incon-
La longueur tincts , il passe une droite et une seule ») tournable.
a longtemps été à la base de la géomé- Elle 'énonce , à partir de trois points
d' iui côté du
trie « intuitive » qui est la nôtre depuis quelconques A , B et C :
triangle est les Grecs anciens. ABsAC+CB
plus petite On sait aujourd'hui la notion de droite
que la indépendante de celle de distance. Elle A
se construit naturellement dans le
somme des cadre de la géométrie affi ne , une théo-
deux autres rie qui associe les points de l'espace
côtés et plus aux vecteurs d'un espace vectoriel.
grande que Mais si on complète la géométrie affi-
ne par de nouveaux ax iomes, ceux qui
leur introduisent le « produit scalaire » et c
différence. définissent ainsi les espaces « euc li-

Tcingen'te Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

On voit bien que la définition teur V (notation : Il V Il) possède alors


d'Euclide conduit immédiatement à les propriétés d'une norme, parmi les-
cette inégalité, puisque le segment AB quelle l~arn~se iné~alité tri_!llgulaire :
est le chemin qui fait passer « en ligne Il V + W Il s Il V Il + IIWIJ.
droite » de A à B tandis que AC + CB On l'appelle norme euclidienne.
est la longueur du chemin qui fait pa -
ser de A à B en faisant un « détour » La di tance de A à B sera par définition
par C.
la norme du vecteur AB . On la note
Au sen de la théorie des espaces désormai AB.
euclidien , l'inégalité triangulaire est
également facile à prouver. En remplaçant V par AC et W par CB
on retrouve , après usage de la relation
Le produit calaire V.W de deux vec-
de Chasles (AC + CB =AB) , l'inéga-
teurs V et W est un nombre réel atta-
lité triangulaire classique :
ché à ce deux vecteurs qui vérifie un
AB sAC +CB.
certain nombre de propriétés détaillées
en encadré. Parmi elles , l'inégalité de
Autrement dit, la longueur d'un côté
Cauchy Schwartz :
->->2 2->2
d' un triangle e t plus petite que la
(V.W) s V W somme des deux autre côtés.

La racine carrée du carré scalaire (pro- Cette inégalité s'écrit de trois façons :
duit calaire par lui même) d'un vec- AB sAC + CB ,

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingente


SAVOIRS Mesurer dans un triangle

mais aussi, en permutant le rôle des


LN lrllrl6til du pradun ICIIIINI ommets du triangle,
On a coutume de dire que le produit scalai- AC s AB + BC et BC s BA + AB.
re est une forme bilinéaire symétrique défi-
nie positive. En faisant passer l'un des termes d' un
Cela signifie : membre à l'autre après avoir changé
Symétrique: U.V = V.U son signe , on obtient , par exemple, à
partir de deux premières , deux nou-
ve lle inégalité :
Bilinéaire: U.(aV+bW)=
AB - AC s BC et AC - AB s BC.
aU.V+bU.W Ce qui peut s' écrire :
I AB - AC I s BC ,
Positive: U.Uao nouvel avatar équi valent à l' inégalité
triangulaire. La longueur d' un côté
d' un triangle est plus grande que la di f-
Définie: U.U=o•U = o férence des deux autres côtés.
L'inégalité de Cauchy Schwartz s'en déduit
Tout puissant produit scalaire
de la manière suivante :
(%V + W).(%V + W) est un nombre positif Par définition , deux vecteurs seront
pour tout réel%. orthogonaux (et les droites qui le por-
Or, en développant selon la symétrie et la tent perpendiculaires) si leur produit
bilinéarité, il vient : sca laire est nul.
rV.V + uV.W + W.W ~ opourtout%.

Or, un trinôme du second degré ne reste


positif que si son discriminant est négatif.
2
C'est-à-dire (V.W) - v2 W s o.
soit v.w s 11v1 I IIWII CQFD.

L'inégalité~ en découle. En effet:


IIV + W I i2
= (V + W). (V + W) !!. étant la perpendiculaire à (AB)
passant par A, soient H et K
=V.V+ 2V.W + W.W les projetés orthogonaux de C
.... a a respectivement sur (AB) et sur O .
= 11v11 v.w + 11w11
+2 OnaHC=HK
2
s; 11v11· + 2 11v11 11w11 + IIW 11 ,
Ainsi, dan le triangle ABC , en décom-
d'après Cauchy Schwartz posant le vecteur AC ur la direction
2 2
IIV + W 11 S: (I IVII + IIWll) de (AB) et la direction perpendiculaire ,
=
AC AH + AK , la bilinéarité du pro-
et en prenant la racine carrée : duit scalaire permet d 'établir que
11v + w11 s: 11v11 + 11w11 AB . AC =AB.(AH +AK )
= AB .AH + AB .AK

Tcin9ente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

Tr111nométr11 dans la tr1an111 rectan111


La trigonométrie est un ensemble de relations métriques
dans un triangle rectangle qui reposent sur une conséquen-
ce du théorème de Thalès :
deux triangles ayant les mêmes angles ont leurs côtés pro-
portionnels.
Ainsi, deux triangles ABC et A'B'C' rectangles en A et A' et
tels que les angles B et B' soient égaux (à P) auront leurs
côtés proportionnels. En particulier, les rapports entre leurs
côtés prendront les mêmes valeurs, ne dépendant que de
l'angle commun p.
Ce sont les valeurs de ces rapports qui donnent lieu aux
fonctions trigonométriques.
Les plus connues de ces fonctions sont le sinus et le cosinus,
dont les valeurs sont définies par les rapports suivants :
sin p = !~ (c6té opposé sur hypoténuse)

cos P= : (côté atijacent sur hypoténuse).

Avant l'avènement des calculatrices électroniques, on trou-


vait les valeurs que prenaient ces fonctions selon l'angle p
dans de sévères tableaux de nombres (appelés tables trigo-
nométriques) qui ne quittaient pas les mathématiciens en
herbe ou confirmés.
On étend les valeurs trigonométriques aux angles obtus :
si p> 90°, cos p=- cos C18o0 - P> et sin p= sin (18o - P>·
Ceci explique pourquoi un produit scalaire peut être négatif.

A'

~ ~ c ·
B ~ C

Or, AB .AK =0 puisque les deux direc- Or, la mesure algébrique de AH s'ex-
tions sont orthogonales . prime sill).plement à l' aide du cosinus
de l'angle A (voir encadré Trigonométrie):
- ""
Il re te : AB .AC =AB .AH =AB AH AH= AC.cos A.
(produit de mesures algébriques).
Le produit scalaire de deux vecteurs
On ne change pa un produit cataire colinéaires est le produit de leurs
en rempl açant l'un de ses vecteurs par me ures algébriques (c'est encore une
son projeté orthogonal sur l' autre. conséquence de la bilinéarité).

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingente


SAVOIRS Mesurer dans un triangle

Ainsi , AB.AC ==Il AB II IIACII cos A. BC2 =(BA+ AC).(BA + AC )


--+ -
= BA 2 + AC 2 + 2BA.AC
Ces quelques préliminaires nous per-
mettent désormais de disposer d ' un BC2 = BA2 + AC2- 211AB II IIACllco A.
outil puissant qui viendra facilement à
bout de la plupart des résultats la loi des sinus
métriques dans le triangle. À commen-
cer par le premier, le théorème de Mais la relation métrique la plus
Pythagore! simple dans un triangle quelconque fait
intervenir non pas le cosinus des
angles de ce triangle, mais le sinus.
Intéresso ns- nous dans un premier
temps à l'aire s du triangle ABC.

Triangle ABC rectangle en A

Dans le triangle ABC, rectangle en A,


on a la relati~(de Chasles) :
H a
BC =BA+ AC
Triangle ABC et sa hauteur AH
On prend le carré scalaire de BC (qui Oes lettres a, b , c désignent
est aussi le carré de la longueur BC) : respectivement les longueurs
- --+ - des côtés BC, CA, AB)
BC2 =(BA+ AC).(BA + AC)
--+ -
= BA 2 + 2BA.AC + AC 2 s est égale au demi-produit de la base
BC par la hauteur AH, qui , elle-même
(voir toujours l'encadré Trigonométrie)
Or, BA et AC étant orthogonaux, leur
est égal à AB sin B .
produit scalaire est nul. D'où le résul -
tat : On a donc 2s = AB.BC .s in B
BC 2 = BA 2 + AC 2 En permutant les rôles des trois côtés,
Et si le triangle n'est pas rectangle ? il vient:
2s = AB.BC.sin B
A
= BC.CA . sin C
= CA.AB . sin A
Cette relation, connue sous le nom de
loi des sinus, s'exprime plus commo-
c dément sous la forme facile à retenir
(en utili sant le notations classiques
Triangle ABC quelconque a = BC ; b = CA ; c = AB) :
où l'angleÎ\'est marqué
. A . B . C
sm -= sm - = sm -.
a b c
Le même calcul permet de parvenir à la
formule d ' Al Kashi. G.C.

Tcingente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

Triangle sphérique :pour ne pas l'oublier


Habituellement, les triangles sont plans et Il existe une autre différence importante
les formules connues. Mais les marins et entre triangle sphérique et triangle plan :
les astronomes savent que leurs triangles à c'est la somme des angles !
eux sont tracés sur des sphères. Si la géo- Un triangle sphérique, qui occupe entière-
métrie des tracés sur la sphère, où les ment un quart de sphère, peut par exemple
droites sont des grands cercles, donne un avoir trois angles droits, ce qui monte déjà
bon modèle de la géométrie non euclidien- la somme de ses angles à 270 °, beaucoup
ne de Riemann, elle ne nous est pas très plus que 180°. Il y a bien pire: le théorème
familière puisque par un point on ne peut de Girard nous apprend que la somme des
mener aucune parallèle à une droite. La tri- angles d'un triangle sphérique n'est pas
gonométrie du triangle sphérique peut elle fixe : elle dépend de la taille du triangle.
aussi nous réserver quelques surprises. Pour un triangle d'aire S, sur une sphère de
rayon R, Girard,,....nous
,,.... dit
,,.... en effet que :
Beaucoup plus que 180° S =(A +B + C- n) x R2
,,.... ,,.... ,,....
Un triangle sphérique a pour sommets On donne parfois à la différence (A +B + C - n)
trois points A, B, C d'une sphère de centre le nom d'excès sphérique.
0, dont nous prendrons le rayon pour unité Ainsi, la somme des angles d'un triangle
de longueur. Les côtés de ce triangle sont, sphérique est-elle comprise entre 180° (tri-
eux, des arcs des trois grands cercles de la angle d'aire nulle) et 540° (triangle occu-
sphère contenant A, B et C. Rappelons qu'il pant toute une demi-sphère)
n'existe qu'un cercle tracé sur la sphère
passant par un point donné: c'est le cercle Des formules Insolites
de centre O et de rayon OA. Les longueurs

-
de ces côtés sont les mesures en radians
des angles: c pour AOB, b pour AOC, a
En imposant aux longueurs des côtés et aux
angles de rester inférieures à n on obtient
----
pour COB . Les angles sont ceux que font
des formules qui n'existent pas en trigono-
métrie du triangle, comme la formule des
deux à deux les plans des grands cercles qui cosinus: ,..
forment le triangle, c'est-à-dire ceux de
cos a = cosb cosc + sinb sine cos A
leurs tangentes dans les plans de ces
et celles qui s'en déduisent par permuta-
cercles, aux sommets considérés. Ainsi,
l'angle en A est celui des plans (AOB) et tions circulaires.
(AOC). Sur une sphère donnée, un triangle Il existe aussi dans le triangle sphérique
sphérique est déterminé par ses trois angles, une formule des sinus :
à la différence du triangle
..s.i.n..a._= b = sin ,,...c
,,... sin ,,...
--- du plan euclidien, sin A sin B sin C
défini par ses Dans le cas particulier de triangles rec-
angles à une simi- tangles sphériques (en A par exemple), ces
litude près. formules prennent un tour particulier :
cosa = cosb cosc ; ,,... ,,...
sinb =sina sin B ; sine =sina sin C .
Un triangle

Élisabeth Busser

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingent:e


SAVOIRS par Jacques Lubczanski

la leçon
de mémé la·ius
Le carré de l'hypoténuse est égal, sije ne m'abuse ... Tout
ça est bien connu, mais, sur la sphère, les choses ne
tournent parfois pas aussi rond que les apparences
le laisseraient supposer !

M
ÉMÉ LAîus . - La que tion PHILIBERT. - Je dirais même plu : le
du jour est simple , elle se lit triangle sur la sphère est bombé, ce qui
sur le dessin : Qui peut me fai t que BC est sûrement plus grand
proposer une réponse ? que 5 .

M ATMAX. - Faut voir ... On peut


aussi penser que, comme les arcs AB et
AC sont incurvés, B est plus près de C
que lorsque le triang le est à plat .. . et
que BC est sûrement plus petit que 5 !
c
MÉMÉ LAîUS. - Très bien ! Vous avez
tous des idées et des argument intéres-
ants, mais pas encore de preuves .. .

BAR ABÉ. - C'est fac ile, j 'imagine le BARNABÉ . - Je n'ai pas besoin de
triangle ABC à plat ; alors, d'après le preuve particulière : j 'applique le théo-
théorème de Pythagore , BC vaut 5. Et rème de Pythagore au triangle ABC ,
si j'applique le triangle sur la sphère, il qui est rectang le en A .
se courbe ma is les longueurs des côtés
ne changent pas ARISTIDE. - Pa d'accord ! Le tri -
angle sphérique ABC dont les côtés
ARISTIDE. - Pas d'accord ! Si les lon- sont les arcs AB , AC , et BC est rec-
gueurs AB et AC restent égales à 3 et à tangle, mais pas le triangle pl an, dont
4, alors la longueur BC change, car le les côtés sont les segments [AB],
triangle se déforme . [AC] et [BC] .

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

PHILIBERT. - Je dirais même plus : le MATMAX. - Faut voir ... Il suffit de


triangle curviligne ABC est rectangle, trouver un triangle qui soit à la fois rec-
mais pas le triangle rectiligne ABC. Et tiligne et rectangle. Par exemple, si je
le théorème de Pythagore ne s'applique trace le plan tangent à la sphère en A,
qu'aux triangles rectilignes. ce plan est traversé par (08) en un
point B', et par OC en un point C' .
Alors le triangle AB 'C' est rectangle en
B
---
A, car, cette fois , l'angle rectiligne
8 ' AC' est droit.
0
B'

A
0
MATMAX. - Faut voir ... L'angle A du
triangle rectiligne ABC est strictement
plus petit qu'un angle droit car si ses
côtés [AB] et [AC] ont bien dans le
A
deux plans perpendiculaires (OAB) et
(OAC) , il s ne sont pas perpendiculaires à
leur intersection (OA).
BAR ABÉ. - Donc on va pouvoir
BAR ABÉ. - Alors, le théorème de appliquer le théorème de Pythagore.
Pythagore ne sert plus à rien ? Tout va bien !

Hors-série n° 24. Le triangle TC1.ngent:e


SAVOIRS La leçon de Mémé Laïus

on a tout de suite f3 = !, et y= : . Ce
qui nous fa it ...

MÉMÉ LAl'us . - On se calme, on se


calme. Pense à tes petits camarades qui
n'ont pa encore l'habitude des radians !

Il fa ut se rappeler que la longueur


d' un arc de cercle comme AB est pro-
portionnelle à la valeur f3 de l'angle au
centre et au rayon R du cercle.
ARISTIDE. - Pas d'accord ! Pour appli- Si f3 était en degrés, on aura it
quer le théorème, il faut d'abord connaître AB - R
3
~o'3,
mais avec f3 en radians, on
les longueurs des côtés de l'angle droit.
a simplement AB = R 2 {3.

Des arcs aux côtés D'où, si AB = 3, f3 = !, et, de même,

AC = 4 d'où y=.!.
PHILI BERT. - Je di.rais même plus : il R
fa ut connaître AB ' et AC' pour trouver
B'C' . Or, on connaît eulement les lon- Il y a cercle et cercle ...
gueurs des arcs AB et AC.
ARISTIDE. - Pa d'accord ! Pourquoi
MATMAX. - Faut voir ... Il suffi t de le rayon de l'arc de cercle erait- il égal
connaître le valeur f3 et y des angles au rayon R de la sphère ?
AOB et AOC pour trouver les
valeurs de AB ' et AC ', car dans le tri- PHILIBERT. - Je dirais même plus : sur
~!e rectangle AOB ', on a : la sphère, on peut tracer des cercles de
OA = tan {3, d'où AB' = OA 2 tan {3, et, rayon aussi grand qu'on veut.
de même, AC' = OA 2 tan y.
MATMAX . - Faut voir. .. En tout cas ,
OA , c'est le rayon de la phère : appe-
le rayon ne peut pas être plus grand que
lons le R. Quant à f3 et y, il s se calcu-
lent fac ilement à partir des données et celui de la sphère, sinon l'arc ne sera it
de R : les radians, c'est fai t pour ça ! Et pas assez incurvé pour coller à la sur-
face de la sphère ...

Tc:ingente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

MÉMÉ LAïus . - Attention ! Si on parle ARISTIDE. - Pas d'accord ! Le seg-


de triangle phérique, les côtés ne sont ment [B 'C'] n'a rien à avoir avec l'arc
pas n'importe quels arcs de cercle : ce BC.
sont des arcs de « grand » cercles, dont
le rayon est égal à celui de la sphère. PHILIBERT. - Je dirai s même plus :
En effet ces « grands » cercle sont les [B 'C'] n'est pas tangent à l'arc BC , ni
« droites » de la géométrie de la sphè- d'ailleurs parallèle au segment [BC] .
re , car ce ont eux qui donnent les plus
court chemin d'un point à un autre. BARNABÉ. - Alors, qu'est-ce que je
peux faire avec le théorème de
BAR ABÉ. - li fa ll ait le dire tout de Pythagore?
suite, car pour appliquer le théorème
de Pythagore ... MÉMÉ LAYus. - li ne s'ag it pas d'ap-
pliquer à toute force un théorème
MATMAX. - Tout va bien, Barnabé: on connu , mais de proposer une réponse à
a un tri angle rectili gne rec tangle la question posée. Il fa ut trouver son
AB'C' , avec AB ' = - R -tan-
R-
3 chemin ver cette réponse, choi sir une
piste et la uivre. Il se peut que ce soit
et AC' = -
R-tan
R- 4 , tu peux continuer
.
... une fausse piste, il faut alors en cher-
cher une autre : c'est ce qui vient d'ar-
BARNABÉ. - Je fonce ! river à Matma x. Mais, même les
B'C'2 = AB'2 + AC'2 ; je remplace : fa usses pistes sont intéressantes . Par
2 2 2 2
B'C' 2 = R tan 3 + R tan 4 exemple , dans notre cas :
R R • nous avons obtenu les valeurs des
Euh ! Attends : je fa is quoi, avec tous
angles f3 et y qui nous seront peut être
ces R ?
utiles;
MATMAX . - Eh bien, tu continues : • nous avons compris que le rayon R de la
2 2 sphère jouait un rôle dans ce problème ;
B'C' 2 = R2 [tan 3 + tan 4 ]
R R • et j'espère que tu as compris que le
B'C' =V.. théorème de Pythagore ne s'applique
pa aux tri angles sphériques !
Des "R" en trop ?
Huec trois perpendiculaires
MÉMÉ LAÏUS. - On se calme, on se
calme ! Et on prend le temps de répondre MATMAX. - Je sui s un peu déçu : mon
aux questions de ses petits camarades ! calcul avait l'air bien parti ...
S'il reste des R, comme dit Barnabé,
c'est que le résultat du calcul dépend de MÉMÉ LAïus. - Réfléchissez à ceci : si
R ; la longueur B'C' n'est pas toujours on suppose R connu , pour connaître la
la même : elle dépend du rayon de la longueur d'un arc de « grand » cercle
sphère. À mon tour de te poser une sur la sphère, il suffit de connaître la
question, Matmax : pourquoi veux tu valeur de son angle au centre .. .
absolument calculer la longueur B'C' ?
MATMAX. - Donc, chercher la lon-
MATMAX . - Pour trou ver ensuite la gueur de l'arc BC re ~t à chercher la
longueur de l'arc BC : c'est bien ce valeur a de l'angle BOC , car on aura
qu'on cherche, non ? BC =Ra.

Hors-série n° 24. Le triangle Tc;ingente


SAVOIRS La leçon de Mémé Laïus

• pui s, dans le triangle OHK ,


OK = OH CO y= OB cos f3 cos y,
• enfi n, dans le triang le OBK ,
OK = OB co a.

A
0

ARISTIDE. - Pas d'accord ! Comment


trouver un lien entre ce a et les données ?

A
PHILIB ERT. - Je dirais même plus :
comment pourrait-on trou ver a à partir
des valeurs f3 et y?
So it , en rapprochant les deux valeurs
MÉMÉ LAÏUS. - L'un d'entre vous a-t- de OK :
il déj à entendu parler du théorème des cos a =cos fJ cos y.
trois perpendicula ires ? C'es t ça, Py th ago re s ur la sph è re !

BARNABÉ. - En géométrie, il y a deux ARISTIDE. - Pas d'accord ! Il fa ut l'ex-


théorèmes : celui de Thalès et celui de primer avec les longueurs des cotés du
Pyth ... triang le sphérique :

ARISTIDE. - Pas d'accord ! Le théorè- cos ( B~) =cos (~)cos (A~)·


me des trois perpendiculaires est un
vieux « standard » de la géométr ie PHILIBERT. - Je di rais même plus,
dans l'espace, qui dit que dan une cer- pui squ'on cherche BC :
taine configuration , quand il y a deux
BRC = coç' [cos (~) cos ( ~ C )l
angles droits, il y en a un tro isième .
soit , dans notre exemple :
PHILIBERT. - Je dirai s même plus : par
exemple, pour projeter B sur la droite BC = R co - ' [cos (!) cos (:)]
(OC) , on peut d'abord le projeter sur la BARNABÉ . - Mais alors, comment
droite (OA), ce qui donne un point H ; avoir si c'est plus petit ou plus grand
pui s on projette H sur la droite (OC), que 5?
ce qui donne un point K. Alors, K est la
projection de B sur (OC) ; autre ment MATMAX. - Faut voir . .. Je vais faire
dit , (BK) est perpendiculaire à (OC) tracer la courbe représentant la fonction :

MATMAX. - Génial ! Ça marche exac- R ~ R cos-1[cos (!) cos {:)]


tement co mm e Philibe rt v ie nt d e le sur ma calcul atrice graphique ...
dire:
• d'une part , dan le triangle OBH , ARISTIDE. - Pas d'accord ! Ce n'e t
OH = OB cosb, pa assez précis.

Tcin9ent:e Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT
3 4
PHILIBERT. - Je dirais même plus : je d'où : CO - cos -
vais établir un tableau de valeur de
R R
cette fo nction sur mon ordinateur ... ==(~
2R
)(~2R )
2 2

BARNABÉ. - Je préfèrerais utiliser des 1 - 25 36


: : : : ~ +R4
théorèmes . ..
5
::::cos -
R '
MÉMÉ LAÏUS. - L'important est d'uti -
liser une méthode à votre portée . car le terme !~ est négligeable devant
Montre-nou ta courbe , Matmax ... 25
R . Donc, lor que R est « voisin de
2 2
l'infini »,
MATMAX. - La voici : pour les petites
valeurs de R, c'est un peu chaotique, 1
BC ::::: R cos- [ cos (!) cos(:)] ::::: 5
mais aprè , c'est très net :

BAR AB É. - Ça y est ! J'ai retrouvé


arc BC mon bon vieux Pythagore. Merci !
5

LES AUTRES. - (tous en chœur) : Merci


qui ?

BARNAB É. - Merci, Mémé Laïus !

J. L.
rayon R

BC est plus petit que 5 et se rapproche


de 5 à mesure que R augmente : autre-
ment dit , pour un rayon infini , on
retrouve le triangle dans le pl an.

PHILIBERT. - Je dirais même plus :


c'est tout à fa it ce que confirme mon
tableau de valeurs !

MÉMÉ LAÏUS. - C'est exact, et on peut


le prou ver si on sait que
2
l - x
cos x ::::: - - lorsque x est voisin de
2
zéro ; car quand R est grand (« voisin de
1,.mfim1. ») -3 et -4 ont vo1.sms
. de zero.
,
R R

3) 1- 9
alors cos (R ::: 2R2 ,

et cos
4)==2R2
(R 1 - 16

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente 1


SAVOIRS par Élisabeth Busser

le triangle
<< à l'ancienne>>
Exercice autrefois à l'honneur au lycé e , la ré solution d'un
triangle, qui consiste à calculer s es différents éléments à
partir de quelques autres, est encore l'occasion de problèmes
amusants.
Résoudre un triangle

« Résoudre » un triangle c'étai t calcu-


ler e différents éléments (longueur
des côtés, mesure des angles , aire) à
partir de quelques autres , donnés par-
fois de faço n très sibylline.
Si les calcul s se font aujourd ' hui de
manière automatique, les programmes
informatiques qui les régissent utilisent
la résolution de triangles et leurs ré ul-
tats intéres ent toujours Je géomètre
pour déterminer des di stances inacces-
sibles ou le marin pour fa ire le point.
riangles et équations consti-

T tuaient autrefois l'es entiel de


l'activité mathématique des
lycéens . On étudiait le triangle à lon-
Pour les calculs d 'angles et de distances
on utilisait la plupart du temps soit le
gueur d 'année et la ré olution des tri- théorème d'al-Kashi soit la loi des
angles, la construction de triangle , le sinus.
cas d 'égalité des triangle faisaient le Pour les calculs d'aires on savait que :
mie l des professeurs d ' antan. Bien
1 ""' 1 ""'
d 'autres sujet ont pri aujourd'hui Je S = be sin A = ac sin B
devant de la scène mathématique, mais
2 2
Je triangle a encore ses « amoureux fer- 1 .,.._
vents et ses savants austères ». Ces = ab sin C
quelques paragraphe sont pour eux.
2

Tcingente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

les tameux cas d'égalité des triangles


Ils ont comme un parfum d'autrefois et on les a tellement ressassés qu'on a fini par les abandonner
au fil des changements des programmes scolaires, les fameux « cas d'égalité » des triangles, au pro-
fit d'une approche « transformiste » de l'étude des figures géométriques. On parlait autrefois de tri-
angles égaux, on parle aujourd'hui de triangles isométriques, mais la réalité mathématique est la
même. Il s'agit de savoir quels éléments de deux triangles comparer pour reconnaître s'il existe une
isométrie qui transforme l'un en l'autre, en un mot s'ils sont superposables. C'est exactement
rechercher combien d'informations sont absolument nécessaires pour construire un triangle.
Qu'ils se nomment cas d'égalité comme autrefois ou cas d'isométrie aujourd'hui - puisque c'est
sous cette forme qu'on les retrouve dans le programme de seconde de 2001 - ils décrivent les trois
façons traditionnelles de caractériser deux triangles isométriques :
• soient trois côtés de longueurs identiques (premier cas),
• soit un angle égal compris entre deux cotés chacun de même longueur (deuxième cas),
• soit un côté de même longueur compris entre deux angles de même mesure (troisième cas).
Dans le troisième cas, il existe une isométrie/ qui transforme A en A', Ben B' et C en C'.
Fabriquons cette isométrie pas à pas.

Appelons s la symétrie d'axe la médiatrice de [AA']. s t ransforme A en A', 8 en 81' C en C1•


• Sile triangle A'8 'C' est confondu avec le triangle A'8 1CI' tant mieux, nous somme dans le cas où
f = S.
• Sinon, considérons la symétrie t d'axe
la médiatrice de [8 18 '). t transforme 8 1 c2
en 8 ', C1 en C2 et laisse A' invariant
car A'8 1 = A'8 ' et ainsi A' appar-
tient à l'axe de t. Si les triangles
A'8 'C' et A'8 'C2 sont confondus
et il suffit de prendre comme
isométrie/la composées sui-
vie de t.
• Sinon, on a recours à une B
troisième symétrie u, d'axe
(A'8') qui, elle, transforme le tri-
! (s)
angle A'B'C2 en A'B'C3 tel que A'C3
A'C2 = A'C' et B'C3 = B'C2 = B'C'. C'est donc
que C3 = C' et qu'à ce moment-là/ est la composée de
s suivie de t suivie de u. C'O
On peut également, dans les deux autres cas, créer à chaque fois
une isométrie qui transforme le triangle ABC en A'B'C'.
L'analogie est donc complète entre les cas d'isométrie des triangles et leur interprétation en termes
de transformations.

ou on employait la fo rmule de Héron , avec les notations classiques : a, b, c,


moins coura nte : pour les côtés et p pour le demi-péri -
mètre. Les cas de résolution étaient
S= Vp(p - a)(p - b)(p - c) bien répertoriés : on donnait so it les
trois côtés , soit un angle et les deux

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Le triangle « à l'ancienne »

La duplication du cube, Ja tri8ectioD cle.l'angle ou Ja quadrature du cercle sont des problèmes géo-
métriques qui ont fait couler d' et suaeité chacun une foule de démonstrations, par-
fois douteuses. D'autres problèmes. if aaodine, ont eux aussi défrayé longtemps la chro-
nique matMmatique.
Voici par exemple un énoncé tout simple : trilmale d'6gale lon-
llloclèle. Dit comme cela, il paraît évident qu'un tel triangle ne puisse pas être autre
choee qu'isoœle. Cet énone6, envoyé au pomètre suisae J. Steiner par C.-L. Lehmus en 1840, donna
lieu à pluaiears teutatives de par annêe 1842 1864 et est connu depuis sous
le nom de tMorème-de ~ de durèrent ensuite près d'un
siècle. Steiner d'aillems donna ape mais au fil des années,
les mMhodes se sont • Greber une fort simple dans leur livre
Redkouvrons la géornbrie Nêdi1' Mtions Gabay.
Elle repose uniquement sar _ . lemmes :
• Lemme n° 1 : Si. dans un cerale, detclnlCIWfeuous-œncilnt des aras correspondant à des angles
inscrits aigus intfgaur, au,ZU. petit ang"1 CUI J l&plOAti la plu, grande corde.
En effet, la corde la plua COll11e 6Jolgn'e du centre du œrde elle correspond donc à un
angle au centre plus petit et clone à un angle • t ~ petit.
• Lemme n• 2 : Si deux angles d'tm triangle,ontWgaux, c est le plus petit angle qui a la bissectri-
ce ûatirieure la plus~· .,..,
Supposons, par exemple, B < C.
Si [BM) et [CN] sont les bisaeetricee

- -
-
....,. en B et en C, 'le pojnt de [BM] tel que

·2·
......

comme MCN = M'BN, les quatre B,


N, C, M' sont coeydiquea.
Par ailleun, ""'
B<C ""'
,.,..,..,. .,....,...A.
ctonc i < ~ < ---....-............
2

ouencon, "'
B <
En vertu du lemme D
2
8
<~
2'
œ

I,.--:--,·,..,.-,- ~ .- ·JIIM
-
~ petitangleeorn~~~~IIJM~,, ..._~
xes fflllables
B < C,
implique le fait que

côtés adjacents, soit un angle, le côté angle dy_ triangle AJ!C dont on connaît
opposé et un côté adjacent soit, plus clif- a = 6, A = 60° et B =45°, vous com-
ficile, deux angles et le côté commun ou mencer~ évidemment par déterminer
deux angles et le côté non commun . l'angle C = 180 - (60 + 45) = 75°.
Si vous voulez par exemple connaître Pour les côtés manquants , la formu le
les deux autres côtés et le troisième des sinus fera l'affaire:

Ta.ngente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

6 b c triangles, des problèmes qui ont encore


si n 60° sin 45° sin 75° cour aujourd ' hui . Il s'agit cette fois de
reconstituer, à la règle et au compas, un
et nous donnera, pui sque triang le dont certains é léments (ang les ,
longueurs) sont donnés.
sin 60° = V3 On peut faire simple , en demandant par
2
exemple de construire un triangle dont
. 75° =
et sm V2 + V6 , on connaît les côtés a et b et la longueur
4 hc de la hauteur issue de C. On procède
après simplifications et calculs, comme dans tout problème où la solu-
tion n' est pas suggérée dans la question,
b= 2 V6 et c = V6 + 3 V2. par analyse et synthèse. Dans l'analyse,
on suppose le problème résolu et on
Pour l' a ire , no us utili serons: arrive à des conditions nécessaires .

S = ± ab sin ê pour obtenir finalement


Dan la synthèse, on réalise effective-
ment la con truction en vérifiant si elle
est valable dans tous les cas . On en
une aire de 9 + 3V3. donne au besoin le limites.
On peut aussi pousser plus loin les • Analyse : Dans notre problème, le pied
investigations et résoudre un triangle à H de la hauteur issue de C est nécessai-
l'aide d'autres paramètres comme la rement sur le cercle de diamètre [BC] , à
longueur des hauteurs ou des la distance hc du point C. Le point A est ,
médianes. lui , déterminé par la distance AC = b.
La hauteur par exemple joue un grand
A
rôle dans le triangle rectangle, qui pos-
sède es propres techniques de résolu-
tion. Si on vous donne dans l' un de ces
triangles une hauteur AH = 3 et un des
côtés de l'angle droit b = 5, comment
ferez-vous ?
Vous commencerez par calculer CH à c
l' aide du théorème de Pythagore dans
B a

le triangle AHC : AH = 4 .
Vous calculerez ensuite la longueur
BH . Étantdonné queAH 2 = HB X HC ,
HB = 9/ 4 et donc BC = 25/ 4 .
Cela vous permet de terminer en calcu- • Synthèse : On commence par placer
lant AB toujours à l' aide du théorème le segment [BC] de longueur a, puis on
de Pythagore : trace le cercle de diamètre BC. On peut
AB 2 = 225/ 16 , donc AB = 15/ 4 . se limiter au de mi-cercle supérieur, et
il ex istera une autre olution donnée
Construire un triangle par symétrie d 'axe (BC). Le pied H de
la hauteur issue de C est l'intersection
Si résoudre un triangle faisait es en- de ce demi-cercle et du cercle de centre
tiellement appel au calcul algébrique , Œ et de rayon hc. La position de H
l'aspect plus géométrique des choses détermine celle de la demi-droite [BA).
apparai sait dan les constructions de Le point A est alors à l' intersection de

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingente


SAVOIRS Le triangle « à l'ancienne »

cette demi-droite et du cercle Πde nons-en un point B quelconque et


centre C et de rayon b . Pour le points construisons l' image C de B par si'
que nous venon de définir, la eule puis A , celle de B par s2 . 11 reste à pro u-
condition d 'exi tence e t que hc soit la ver que A est l'image de B par s 3 .
plus petite des troi s longueurs a, b et hc. Cec i vient de la propriété de la
• Conclusion : Si hc < a et hc < b , le symétrie : si P donne R dans ymétrie, R
problème a au plus deux solutions, cor- donne P dans la même symétrie. Ainsi,
respondant aux deux points d' intersec- pour un point M quelconque comme
tion de la demi -droite [BA) et du cercle celui de tout à l'heure, M donne P par s I'
Œainsi que leurs sy métriques par rap- P donne Q par s2 mais M donne R par s
port à la droite (BC) . et R donne Q par s3 • Donc, faire s 1 sui-
Plu compliqué cette foi s : comment vie de s2 , c'est aussi fa ire s sui vie de s3 .
con truire un tri angle connaissant ses
troi s médiatrices ?
On donne donc d 1, médi atrice de [BC] ,
d2 , médiatrice de [AC] et d 3 médiatrice
de [AB] , toutes troi s év ide mme nt
concourantes en 0 , centre du cercle
c ircon scrit au tri angle ABC qu ' on
cherche à construire.
• Analyse : Imaginons un triangle-solu-
tion ABC . Aucun de ces troi s points ne
peut être en O . Si on appelles; la symé- M
p d]
trie d 'axe d;, cherchons à connaître
l' image par la succession des trois
symétries concernées du point B. Cec i appliqué au point B donne : si
B donne C par si' qui donne A par s2 , l'image de B par s 1 est C et que l' ima-
qui redonne B par s 3 . Le point 0 , lui , ge de C par s2 est A alors l' image de B
reste invari ant par les troi s sy métries. par s sui vi de s 3 est A. L' image de B
Les deux points B et O sont donc lais- pars étant B lui-même, et il a bien pour
sés fi xes par la success ion s des troi s image A par s 3 .
symétries, qui n 'est pas réduite à
l' identité. C' est donc que cette succes-
sion est la symétrie d'axe (OB), ce qui
va nous permettre de pl acer le point B.
• Synthèse : La clef de la construction
est celle de l'axe d de la compo ée des
troi s symétries s;. On sait déjà qu ' il
contient O . Pour en con truire un autre
point on peut implement construire
l' image Pd ' un point M quelconque par c
s 1, puis celle de P par s2 , Q, et enfin
celle de Q par s 3 , R . L' axe cherché d
est la médi atrice de [MR] . Voilà donc un triangle ABC reconstitué
La réali sation de la con truction du tri - à partir de ses trois médiatrices.
angle passe donc par les étapes sui -
vantes: une foi l'axe d construit , pre- É.B.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


par Gaël Octavia EN BREF

la recette du triangle quelconque


À chaque fois qu'un énoncé commence par « Soit ABC un
triangle quelconque ... », alors le professeur de mathématiques
doit se livrer à l'un des exercices les plus périlleux du tableau
noir : dessiner un triangle qui ne soit ni isocèle, encore moins
équilatéral, ni rectangle, ni obtusangle ...
'est bie n connu , pour con truire un triangle • Ici :

C isocèle sur une feuille de papier, o n a tou


besoin d ' un compas ... mais quand il s'agit
de construire un triangle que lconque au tableau , on
-
-
-
6. est la médiatrice de [BC] ,
0 1 est la droite perpendiculaire à [BC] passant B,
0 2 e t la droite perpendiculaire à [BC] passant C,
dessine inévitablement un triangle isocèle ! - Œ1 est le demi cercle de diamètre [BCJ,
Ayant tracé hori zonta le ment le côté BC , o ù fa ut-il - Œ2 est l'arc de cercle de centre C passantpar B,
mettre le po int A pour que le triang le ABC o it - Œ3 est l'arc de cercle de centre B passantpar C.
parfaite me nt que lconque ? • Premier constat : A ne pe ut se re trou ver sur
En supposant que l'on veuille situer A dans le demi- auc un de ces é lé me nts. En effet :
plan au dessus-de (BC) (tout ce que l'on dira sera - i A e t sur /1 , Œ2 ou G: 3 , a lors ABC est isocèle.
valable par symétrie si on veut le mettre en-dessous), - si A est sur D 1, D 2 ou Œ1, alo rs ABC est rectangle.
un certai n nombre de droites et arcs de cercles remar-
quables vont nous pennettre de partager le plan en A ne pe ut no n plus e trouver sous l' arc de cercle
zones « interdites » ou « autorisées » . Œ1, sino n ABC sera obtusang le e n A . De mê me, il
ne e ra ni à gauc he de D 1 (ABC o btusang le en 8 ),
ni à droite de D 2 (ABC obtusang le en C). Les
zo nes e n rouge sont donc interdites.
Si de plus o n dé ire, par habitude et parce que
c'est agréable à l'œi l, que le côté ho ri zonta l BC
so it le plus grand des tro is, a lo rs c'est dans la zone
e n vert c la ir qu ' il fa udra placer le po int A !

Blbliographle
Pour aller plus loin , on con ultera l'ouvrage
de Jacques Lubczanski , Chroniques mathé-
matiques, comment réussir le triangle quel-
conque ... et douze autres friandises , édité
chez Cédic/Nathan.
On y trouvera des méthodes permettant de
dessiner des triangles quelconques absolu-
ment parfaits , et même un triangle quel-
conque plus quelconque que tous les autres.

B c
Hors-série n ° 24. Le triangle Tangente
SAVOIRS par Michel Criton

Géométrie
de l'équerre
En géométrie, l'équerre est généralement associée à son com-
père le compas. Il s'agit alors d'un instrument de traçage
essentiellement utilisé pour les angles droits. Dans cet article,
nous utiliserons des équerres non pas pour tracer, mais
comme des éléments d'une figure à étudier.

I exi ste deux types d'équerres : les

I .·..
B
équerres à 60° (ou à 30°), qui sont
de demi-tri angles équilatéraux, et
les équerres à 45°, qui sont des tri-
·.
an gles rectang les isocèles ou encore ·······... c
des demi-carrés . C'e t exclusivement à
ce second type d'équerres que nous
......
nous intére serons ic i. Nous suppose-
........
rons que nous dispo ons d'un tock illi-
mité d'équerres de cette sorte, et de ......
toutes tailles.
D
Figure 1
ftuec deux équerres
Vou ne voyez pa comment ? Il uffi t
Commençons par prendre de ux pour cela de considérer l'image d'un
équerres de tailles que lconques, et par certai n triangle par une rotation conve-
les placer comme sur la fi gure c i-des- nablement choisie.
sous, angle droit contre an gle droit ,
l'orientation des de ux équerres étant Ce fut un jeu d'enfant ! Alors considé-
absolument quelconque . rez le points I, J , K et L , milieux res-
Essayez ma inte nant de démontrer que pecti f des egment [AB], [BC] , [CD]
les de ux segment IAC] et IBDJ sont et [DA] . Que pensez-vous du quadri la-
pe rpe ndi c ul a ires e t de mê me lon- tère IJKL ? Tl a bien l'air d'un carré ,
gue ur. non ?

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

Eh bien. démontrez que c'en est un ' ftuec trois équerres


B
Prenez maintenant trois équerres quel-
conques et formez la fig ure 4 .
A

Figure 2
D
Préc isons que la propriété démontrée
Figure 4
précédemment peut être utile ici.
Cette propriété est un cas particulier du Il suffi t en fa it de fo rmer un triangle
rhéorème de Va rignon (mathématicien avec les trois hypoténu es , les équerres
fra nçai , 1654- 1722) : le quadrilatère tournées vers l'extérieur de ce tri angle
obtenu en joignant les milieux des (elles ne sont pas tout-à-fait que l-
côtés successifs d'un quadrilatère que l- conques , car il fa ut que les trois hypo-
conque est toujours un parallé logram- ténuses puissent fo rmer un triangle).
me. li s'agit ici d'un cas particul ier, Saurez-vous démontrer les propriétés
parce que l'on part d'un quadril atère sui vantes :
qui n'est pas tout-à-fait que lconque , * les segments IOA] et [OBJ sont per-
pui sque ses diagonales sont perpendi - pendi cul aires et de même longueur :
cul aires et de même longueur. * il en est de mê me de !TA] et [TOI, et
de [SBJ et [SDJ :
Que se pas e-t-il i vous placez main- * les segments [AD I et I BC I sont per-
tenant vos deux équerres dans le cas pendi cul aires et de même longueur :
particulier où elles ont dos à dos, * il en est de même de [AB] et [OF] . et
comme sur la fig ure 3 ? de [BD] et [AE].
B
Comme nt démontrer tout cela ?
Commençon par [OA] et [OB] . Nous
all ons utili ser trois rotations : la rota-
tion R 1 de centre B et d'angle 90° (on
rappelle que le sens pos iti f pour les
rotations est le sens opposé à celui des
aiguilles d'une montre) , la rotation R2
A L O D de centre A et d'angle 90° , et la rotation
R3 de centre O et d'angle 180°. La
Figure 3 compo ition de ces troi s rotations est
Les deux propriétés sont év idemment une translation, car la somme des trois
vraies dans ce cas particulier. angles de ces rotatio ns vaut 360° . Si

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingent:e


SAVOIRS Géométrie de l'équerre

C' Nou s ommes revenus à la figure de


départ, c'est-à-dire à la posi tion initiale
de troi s équerres . Nous pouvons donc
affi rmer que le triangle BAB" est, par
construction, un triangle rectangle iso-

:,.
1 •
cèle . On en déduit que [OA] et [OB]
sont perpendiculaires et de même lon-
•• gueur. On montrerait de façon imilai-
•• D' re la même propriété pour les segment s
••
•• [TA] et [TD], ainsi que pour [SB] et
1
.... •
[SD] .
Pour s'attaquer à la seconde partie de
A notre programme (celle concernant les
segments [AD] et [BC] , [AB] et [OF],
et [BD] et [AE]), nous allons ajouter
une quatrième équerre à notre fi gure, et
démontrer une propriété analogue qui
nous permettra ensuite de revenir au
cas de trois équerres.
c
fluec quatre équerres

' Disposons maintenant quatre équerres


' quelconques comme sur la figure 6.
B" A
'
'._ ---
A"
D
Figure 5
B
nous appliquons ces troi rotations suc- D
cessivement en partant du point E,
nous obtenon F, pui s C , puis E; nous
sommes revenus à la case départ , ou
plutôt au point de départ.
De quelle translation s'agit-il alors ? La
seule translation pour laquelle un point
soit sa propre image est la translation de c
vecteur nul , appelée aussi identité ou Figure 6
application identique du plan sur lui-
même . Appliquons maintenant nos troi Nous allons démontrer, vou l'avez
rotations à l'ensemble de la figure , c'est- dev iné , que le egments [AC] et [BD]
à-dire à l'ensemble des trois équerres. sont , cette foi encore, perpendicu-
Nous obtenons successivement à partir laires et de même longueur. Cette jolie
de EBF-FAC-CDE (figure 5) : propriété porte le nom de théorème
BFP-PA'C'-C'D'F, d'Aube/ ( 1878).
puis CB"P '-F"A"E-ED"C , Ce théorème se dé montre faci lement
et enfin EBF-FAC-CDE. en utili sant la propriété que nous avons

T4n9ente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

établie pour trois équerres. En effet, A


traçon l'une des deux diagonales du
quadril atère EFGH délimité par les
quatre équerres, [EG] par exemple, et
désignons par M son milieu voir la
fig ure 7 ci-dessou ).

c
Figure 8
A

Î,

Figure 7 ..··
D pff~itt
Nous pourrion rempl acer les deux ·..
équerres ECF et FDG par une seule
équerre EIG de taille convenable. En
reprenant la propriété démontrée pour
trois équerres, nous pouvons alors affir-
mer que [AM] et [BM] sont perpendi-
culaires et de même longueur. On mon- Figure 9
trerait de même, en rempl açant les deux
équerres EBH et HAG par une eule dent dans ce genre de raisonnement ,
équerre EJG de dimension convenable, car un te l pa sage à la limite peut di ss i-
que les egment [MC] et [MD] sont muler des surprises. Ce n'est pas le cas
perpendiculaires et de même longueur. ici. On arri ve à une fig ure constituée de
L'image du tri angle AMC dans la rota- trois équerre où le segment joignant
tion de centre M et d'angle 90° est donc les sommets des angle droits de deux
le triangle BMD . On en déduit que les équerres est perpendicul aire et de
egment [AC] et [BD] sont perpendi- même longueur que le segment joi-
cul aires et de même longueur. gnant le ommet de l'angle droit de la
Imaginons maintenant que nous fa - troisième équerre au sommet oppo é
sio ns décroître prog re siveme nt la du triangle central .
taille de l'une des quatre équerres, DFG Revenons à la figure formée de trois
par exemple, j usqu 'à ce que cette équerres. C'est exactement la question
équerre dev ienne ass imil able à un que nous avions lai sée en suspens. Le
point (figures 8 et 9 ci-des ou ) . Que même raisonnement peut évidemment se
se passera it-il ? faire en permutant le rôle des équerres.
li fa ut bien sûr toujour être très pru- Nous avo ns donc montré que les seg-

Hors-série n° 24. Le triangle Tc:ingent:e


SAVOIRS Géométrie de l'équerre

ments [AD] et [BC] sont perpendicu- Le quadrilatère central a ses côté oppo-
laires et de mê me longueur, de même sés de même longueur ; c'est donc un
que [AB] et[DF], et que [BD] et [AE] . parallélogramme.
On peut en déduire (figure 10) que les Joignons, dans l'ordre, les quatre om-
droites (AE), (BC) et (DF) sont mets des angles droits des quatre
concourantes. En effet, celles-ci équerres. Nous obtenons un quadrilatère
constituent les hauteurs du triangle ABCD .
ABD .
A Démontrez que le quadrilatère ABC D est
un carré.

Cette belle propriété est connue sous le


nom de théorème de Thébault, du nom
du mathématicien originaire du Mans
Victor Thébault (1882-1960), qui l'énon-
ça en 1937 (sous la forme suivante : les
centres des carré construits extérieure-
ment sur les côtés d'un parallélogramme
forment un carré).

D Remarquons tout d'abord que la


Figure 10
construction formée des quatre équerres
et du parallélogramme central possède
un centre de symétrie, qui est également
Huec deux fois deux équerres le centre du parallélogramme. Par
ailleurs, nous savons, d'après la démons-
Au lieu de prendre quatre équerres tout à tration de la page précédente, que les
fait quelconques, prenon maintenant segments [AC] et [BD], diagonales du
deux fois deux équerres identiques , et quadrilatère ABCD , sont perpendicu-
réalison à nouveau notre figure à quatre laires et de même longueur.
équerres (figure 11). ABCD est un quadrilatère admettant un
centre de symétrie, c'est donc un parallé-
A logramme. De plus, ses diagonales sont
perpendiculaires et de même longueur ;
nous pouvons donc en déduire que c'est
un carré.

Huec quatre équerres alternées

D Revenon maintenant à quatre équerres


quelconques, mais tournons-les alternati-
................... vement vers l'intérieur et vers l'extérieur
du quadrilatère central (figure 12).
Joignons les sommets ABCD des angles
c droits des quatre équerres. Que dire du
Figure 11 quadrilatère ABCD ? C'est un parallélo-
gramme!

Tcingente Hors-série n°24. Le triangle


A
et d'angle 45°, une homothétie de centre
F et de rapport V2, une homothétie de
l
centre E et de rapport V2, et une rota-
tion de centre E et d'angle - 45°. On
montre que l'image du point C par cette
composée, qui est une translation , est le
F point D , et que l'image du point B est le
point A .

Bien d'autres propriétés fai ant intervenir


ce équerres sont sans doute à découvrir.
c D'autre part , le domaine des équerres à
Figure 12
60° est, quant à lui , à explorer. Faites-
La démonstration n'est pas très facile. nous part de vos découvertes !
Il faut considérer la composée de quatre M.C .
transformations : une rotation de centre F

Hors-série n° 24. le triangle Tc:ingente


SAVOIRS par Daniel Barthe

Hlignement
et concours
Deux théorèmes jumeaux régissent les problèmes d 'aligne-
ment et de concours dans un triangle. Ils n e diffèrent, dans
leur formulation, que d 'un signe "moins" . Et pourtant, plus d e
quinze siècles séparent leurs auteurs: Ménélaüs et Céva.
le théorème de Ceua

L
l'F.DF. R[ C I orsqu ' il publie en 1678 son
C O MMANDINI De lineis rectis, Giovanni
V R. B INA T I Appelons cévienne toute droite passant
MATHEMATIC ! ELEBERR!M l
Céva vient d 'avoir 3 1 ans.
k.IACTISSIMA,
mmrnwii
Dan s cet ouvrage, il énonce et par un sommet d' un triangle et coupant
IS LI UOS ocro MATIIUIATICAl\' .\I
I u l L l ç T 101' v M
démontre un théorème sur le "concours le côté opposé (ou son prolongement).
PAPl'I ALI-.XANDR J , 1 de cévienne " qui sera on viatique Voici une première mouture du théorè-
1
....
• l4J eu 1, L4llNY M A SI
..--. pour la po térité . Il redécouvre aussi le me de Céva.
Ad Sc,cnlslimum Fr.mcilèum M .ubm 11.
Vrbuu Duccm.
théorème de Ménélaüs ur l'aligne- Si les céviennes (AA'), (BB'), (CC')
ment de points situés sur les côté d ' un du triangle ABC sont concourantes,
triangle. L'ignorance de Céva n'a rien on a alors :
de scandaleux.
BA' CB' AC '
De Ménélaüs d 'A lexandrie (70- 130 ap. -- X -- X --= l
A'C B'A C'B .
J .-C .) , ne nous est parvenu que son
li vre Sphœrica. Ses dates de nai sance A
et mort sont hypothétiques. L'essentiel
de sa vaste production , dont un Livre
du triangle, s'est perdu . Dans
Sphœrica, il énonce "son" théorème
pour les triangles sphériques ; il est
probable que la proposition similaire
pour les triangles du plan appartenait,
depui s fort longtemps, au corpus géo-
métrique connu de ses prédécesseurs.
B A' c
La démonstration qui suit e t très élé-
Les théorèmes de Ménélaüs et de Céva sont mentaire, mai néces ite normalement
les expressions duales l'examen de différents cas de figure.
d'une même réalité géométrique. Nou nou contenterons de ne prendre

Ta.ngent:e Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT
en considération que le cas où le point de A
concour P des trois céviennes appar-
tient à l' intérieur du triangle.
Si b est la longueur de la base associée
à une hauteur de longueur h dans un tri-
angle T, d'aire S(T), on a:

b = 2S(T) . (*)
h
Revenons à notre triangle ABC (et
auss i au triangle PBC). Il vient , en pre-
nant en compte (*) :
BA' S(ABA ')
--
A'C S(AA'C)
et
Sans surpri se, le résultat reste vrai,
BA' S(PBA ')
- - comme le lecteur le vérifiera aisément
A'C S(PA 'C).
à l'aide du théorème de Thalès.
Une règle de calcul , utili sant ! "'addi- Si nous cherchons, maintenant , un cri-
tion des cancres" , affirme : tère de concours des céviennes, il nous
faut examiner le bien -fondé d ' une réci-
si E... = !:.__ alors proque . Et pour cela, une reformula-
b d
tion du théorème de Céva est indi spen-
sable ; les mesures algébriques rempl a-
a c a+b a- c
çant les longueurs.
b d c+ d b- d Soient ABC un triangle, A', B' et C'
Nous sommes donc en droit d 'écrire : des points situé respectivement sur
les droites (BC), (CA) et (AB), dis-
BA' S(ABA ') - S(PBA ')
tincts de A, B, C. Les droites (AA'),
A'C S(AA'C) - S(PA 'C)
(BB') et (CC') sont concourantes ou
parallèles si et seulement si
S(ABP)
S(CAP) C'A A'B B'C
C'B X A'C X B' A =- 1.
D' une façon analogue, nous obtenons
Supposons la relation ci-des us véri-
CB ' = S(BCP) et AC' = S(CAP) . fi ée et les deux céviennes (AA') et
8 'A S(ABP) C'B S(BCP)
(BB ') concourantes en un point P. La
Il ne nous reste plus qu 'à multiplier cévienne (CP) coupe (AB) en C" .
membre à membre les trois expres- Il s'ag it de montrer que C' = C".
sion trouvées, pour conclure : D'après la partie directe de l'énoncé de
Céva:
BA' CB' AC'
- - X - - X - - = 1.
A'C B'A C'B C" A A'B B'C
- - x - x - - = - 1.
C"B A'C B'A
Que devient le théorème de Céva si le
trois céviennes sont concourante à l' in- Nous en dédui sons que
fini ? Autrement dit , que se pa se-t-il i C'A C" A
(AA '), (88 ') et (CC') sont parallèles ? cs = M.
Hors-série n° 24. Le triangle Tangente
SAVOIRS Alignement et concours

C" coïncide donc avec C' (on remar- Il ne reste plus qu 'à multiplier membre
quera que cette affi rmation n'est plus à membre les trois égalités précédentes
vraie si les mesures algébriques sont pour conclure. (L'autre cas de figure où
remplacées par de simples longueurs). les points A' , B', C' sont extérieurs au
tri angle se traite à l' identique.)
le théorème de mènèlaUs À l' instar du théorème de Céva, la
preuve de la réciproque utilise l'énon-
Si trois points alignés appartiennent aux cé direct et s'établit sans peine.
côtés d' un triangle, l' un d 'entre eux ou
les trois sont "hors les murs" (sur les le problème des quatre marcheurs
prolongements des côtés vu comme
segments). Il s'ensuit que dans la "for- Quatre marcheurs empruntent quatre
mule" de Ménélaüs ci-après le nombre chemins rectilignes du plan en position
de quotients négatifs est nul ou égal à générale (aucun couple de chemins
deux. n'est constitué de chemins parallèles et
Soient ABC un triangle, A', B' et C' aucun triplet de chemins n'est constitué
des points situés respectivement sur de chemins concourants). La vitesse de
les droites (BC), (CA) et (AB), dis- chaque marcheur est constante sans
tincts de A, B, C. Les points A', B' et pourtant être nécessairement la même
C' sont alignés si et seulement si pour deux quelconques d'entre eux.
A Le premier marcheur rencontre le
C'A A'B B'C
CR X A'C X FA = 1. deuxième, le troisième et le quatrième,
le deuxième marcheur rencontre le troi-
sième et le quatrième.
Pouvons-nous montrer que le troisième
marcheur rencontre le quatrième ?

B c A'

Dans le cas de la figure ci-dessous ,


supposons les points A', B', C' alignés
et notons A", B", C" les pieds des per-
pendiculaires menées respectivement
sur la droite (A'B').
C'A AA " Chaque marcheur possède un mouve-
A Thalès dixit : - - =- - - ment unifonne : lorsque un mobile se
C'B BB "
déplace à vitesse constante son graphe
A'B CC" B'C CC" est une droite.
-- = -- et - - = - --. Traçons une perpendiculaire 6 au plan P
A'C BB" B'A AA"
des marcheurs et interprétons-la comme
l'axe du temps.
Pour i = 1, ... , 4, la trajectoire rectiligne
m ; du marcheur M; est incluse dans le
plan défini par L; et 6 (et la projection
B c A' orthogonale de m; sur P coïncide avec L;.)

Tc:a.ngente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT
Puisque M 1 et M2 se rencontrent , il s Puisque d et e' e rencontrent en A,
sont , à un certain instant , au même
EA AD
point de P et, par suite, les trajectoires
111 1 et m2 se coupent . Le deux droites
111 1 et m2 défi ni ssent un plan n. pui sque e et d' se rencontrent e n B ,
Puisque M 3 rencontre M 1 et M 2 , la tra-
BD BE
jectoi.re m3 coupe m 1 et m2 , autrement
m3 est incluse dans n.
L'argument précédent ' applique à la pui sque d ' et e' se rencontrent en C ,
lettre à la trajectoire m4 du marcheur M 4 .
CE DC
Les quatre droites m 1, mi, ,~, m.4 sont
ai nsi inclu e dans le même plan n.
Les trajectoires m3 et m4 ne peuvent être
parallèles car leurs projections dans le A
plan P sont concourantes. Ces deux
droites m 3 et m4 se coupent donc dans le
d
plan n ; ce concours signifie que M 3 et
M 4 passent au même instant par un
même point de P ; les marcheurs M 3 et
M 4 se rencontrent bien.
F ······················ .... ··················i ······"
ffiénélaUs et Ceua se rencontrent ,,,,•
·······················-······················~···"
··· '

B c D
Imaginons un triangle ABC, trois robots En combinant ce qui précède, nous
d, e etf qui partent à l' instant t = 0 de obtenons:
points D , E et F situés respectivement
su.r (BC), (CA) et (AB) ; d se déplace su.r CE X BD X AD = vd (*) .
(AD) à vites e constante et, de même, e EA DC BE ve
etf sur (BE) et (CF). De même, l'examen , d' une part de la
Supposons de plus que deux quel- marche de e et f , de f et d d'autre part,
conques de ses robots marcheurs se ren- fournit :
contrent.
AF CE BE ve
Focalisons-nous ur deux de nos mar- - X - X - = - (**) ;
cheurs, par exemple d et e. Faisons par- FB EA CF v1
tir, toujours à l'instant t = 0, deux autres
BD AF CF v
robots d' et e' respectivement de D et F, - X - X - = :.J_ (***).
sur les chemins (BC) et (CA). DC FB AD vd

lmprirnons-leu.r des vitesses de façon La multiplication membre à membre des


que d' rencontre e en B et que e' ren- troi relations nous gratifie d' une formu-
contre den A. le qui fusionne Ménélaüs et Céva :
Les hypothèses du problème des quatre
2
marcheurs sont vérifiées ; nous en CE X AF X BD ) = 1. (+)
( EA FB DC
déduisons que d' rencontre e' et ceci
obligatoirement au point C . Si, maintenant, nous remplaçons dans
Examinons maintenant le temps de par- cette relation les longueurs par des
cours (dans ce qui suit vx dé igne la vit- mesu.res algébrique , nous con talons
tesse du robot x) : que dans la situation de concours des

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Alignement et concours

droites (AD), (BE) et (CF) le produit des (***) permettent de trouver les vitesses
quotients est positif (condition de Céva) vd'• v,. et vf' afin que nous ayons
et que, dans le cas d 'alignement de D, E
EA AD
et F, ce même produite t négatif (cond i- -=--;
Ve ' Vd
tion de Ménélaüs).
Réciproquement, supposons (+) véri-
BD BE
fiée . Dans(*),(**),(***), nous pouvons
choisir vd arbitrairement, puis v, de v,r v,
façon à satisfaire (*). La vitesse v, étant
CE OC
connue, nous pouvons déterminer v1 afin
que (**) soit satisfaite. Le produit de (*)
et(**) montre alors , à l'aide de(+), que ainsi que les relation semblables obte-
(***) est automatiquement vérifiée. nues par permutations circulaires.
Similairement, les relations (*), (**) et La donnée de ces vitesses implique que

le lemme de Stuart Anderson


Imaginons deux voyageurs e Comme il e déplacent à des hommes ont au même point
déplaçant d' un mouvement uni- au même instant), soit, à tout
forme dans le plan ur des tra- instant, Je positions de oya-
jectoires rectilignes concou- gcurs sont ahgnees
rantes en C . Si P1, Q, et R, désignent Je posi-
Désignons par P, et Q, les po i- tion de trois voyageur à I' ins-
tions des deux voyageur à l' ins- Si nou prenon pour -rl ' instant tant t , nou savon que les
tant t. de la rencontre, nou obtenons droite joignant les voyageur
Les deu . · , o. ageur ·e ren- P.,.= C = Q.,.et re tent paral lèle deux à deux :
contr nt en si et seulement pour tout in tants t et T,
PTC QTC
. i pour tous instants t et T, le · (P,Q,) Il (PTQT), (P ,R,) Il (P~ ) ,
P,C = Q,C .
droite (P,Q,) t (P,Q 1) sont (Q,R,) Il (Q~ ).
paraflcle. . D 'après la réciproque du théo- Il est clair que i, à un instant t,
En effet, si, pour tous instants t rème de Thalè : les point P,, Q, R, sont al ignés ,
et T, on a (P1Q1) Il (PTQT), il e t (P,Q,) Il (PTQT). iJ en sera de même à tout autre
loisible d 'écrire, en vertu du in tant.
théorème de Thalè : Ajoutons, maintenant, un troi- Sinon , de (*), on déduit que le
sième voyageur. Le trajec- triangle P,Q,R, et PTQ~ ont
PTC QTC
toires ont toujour recti ligne embl able . En con équence,
P,C Q,C
(et deux d'entre elles ne sont lorsque la longueur d' un côté de
Et PTC = 0 e t équivalent à jamais parallèles) et les vite es PTQ~ tend vers O lors de la
QTC = 0 , autrement dit, les sont con tantes. rencontre de deux voyageurs, il
deux voyageurs atteignent en est de même pour le deux
imultanément le point C (et le lemme autre côté . Autrement dit, le
par suite se rencontrent). Si le. troi voyag or se ren troi voyageurs se rencontrent au
Réciproquement , supposons contrent dcu · à deu . , alors, même moment, et obligatoire-
que les deux voyageur se ren- oit I urs trajectoires sont ment au même endroit. Leurs tra-
contrent en C . concourantes (et les trois jectoire sont donc concourantes .

Tc:in9ente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER: PASSEPORT

Dan la configuration de Pappus, nou ne prendrons en compte


que le cas de figure où le droites (C'A"), (A'B") et (B'C") ont
le côtés d ' un triangle XYZ, afin d 'éviter l'éventualité de paral-
C'
lèle et l' intervention de point à l'infini .
Appliquon cinq foi le théorème de Ménélaü aux triplets de
point aligné : (A', B , C "), (B', C , A"), (C', A , B"), (A ' B', C')
et (A", B", C").

A'X BY
-x-x-= J· -x-x-= 1·
C"Z B'Z ex A" Y
A'Y BZ C" X ' B'X CY A"Z '

C'Y AZ B" X A 'Y B 'X C'Z


-X-X-= l · -X-X-= l ·
C'Z AX B" Y ' AX B 'Z C 'Y '

A"Z B" Y C" X A" B" C"


- - X - - X - = l.
A"Y B"X C"Z
Le produit membre à membre de cinq relations donnent, après simplification :

~ X ~ X ~ = l.
BZ CY AX
D 'après le théorème de Ménélaüs, le points A, B et C sont alignés.

chaque robot rencontre chacun des Le géomètre Pappus d 'A lexandrie, au


autres robots, et ces conditions de ren- quatrième siècle de notre ère , énonça
contres mutuelles est équivalente à la dans sa Synagoge (La collection mathé-
relation mixte Ménélaü /Céva(+) . matique), la Proposition 139 du Livre
D'après le lemme de Stuart Anderson Yil : si les points A', B', C' sont ali-
(voir encadré), soit les chemins par- gnés, d e m êm e que les points A", B",
courus par les robots d, e et f sont C", a lors il en est de mêm e des points
concourants, soit cl, e etfsont alignés. A, B, C où
A = (B"C') n (B'C"),
le théorème de Pappus =
B (C" A') n (C' A"),
C =(A"B') n (A'B") . C'
Le théorème de Pappus est un théorème
rare , car fo ndateur. fi est de nature "pro-
jective" ; foin de distances ou d'angles,
seulement des alignements en per pecti-
ve. Le mathématicien italien Federigo
Enriques ( 1871 - 1946), écriv it dans son
magnum opus Lezioni di geometria
proiettiva ( 1898), qu ' « en se servant du
théorème des triangles homologiques
[et par suite du théorème de Pappus] on
pourrait déduire tous Les théorèmes de
géomètrie projective plane ». C"

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Alignement et concours

En se servant du théorème
des triangles homologiques,
on pourrait déduire
tous les théorèmes
de géométrie projective
plane.
F. Enriques
le théorème de Desargues
Deux triangles ABC et A'B'C' seront
dits homologiques, s' ils admettent un
centre d'homologie 0 , autrement dit si
les droites (AA'), (BB') et (CC') sont
concourantes en O.
Deux triangle admettent un axe d'ho-
mologie 6. si les points de concours de
droites (AB) et (A'B'), (BC) et (B'C'),
(CA) et (C' A') sont alignés sur 6..
Le théorème de Desargues (ou des tri-
angles homologiques) , théorème-clé de
la géométrie projective, affirme que si
Frontispice du (Une démonstration "affine" de ce théo- deux tria ngles ont un centre d ' homo-
livre Manière rème est proposée en encadré.) logie, alors ils ont aussi un axe d ' ho-
universelle de II est amusant de noter que le théorème mologie.
Mr Desargues,
de Pappus permet d 'associer à deux tri- La réciproque de ce théorème est vraie:
pour praticquer
plets de points alignés t' = (A', B' , C') si deux triangle ont un axe d ' homo-
la Perspective
par petit-pied, et t" = (A", B", C"), un troisième tri- logie, alors ils ont aussi un centre
comme le géo- plet de points alignés t = Pappus(t' , t") d ' homologie.
métral, par = (A, B, C) , ce qui nous invite à réité- On peut démontrer le théorème de
Abraham Bosse. rer le procédé : Desargues à l'aide du théorème de
Pappus(t', t) et Pappu (t, t"), Pappus (l'inver e, comme l'a établi
et ainsi de suite. Il n'est pas étonnant, David Hilbert, n'est pas vrai) ou, pour
que poussé à l'infini, le processus l'habillage "affine" du problème, à l'ai-
engendre une figure fractale. de du théorème de Ménélaüs. Mais il est

... ::::~::::(\~:-~~~~~

C' C"
construction de la "fractale" de Pappus.

Tangente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT
La configuration de Desargues

0
o,,;;;;;::::::::·

c'·<.:::.·.:::.:::"·· ......... ..
·············· ....

} :.:·:..
préférable, pour se convaincre de son
exactitude, d'introduire une dimension
supplémentaire.
Imaginon donc un 0
tétraèdre de sommet O ,
coupé par deux plans
sécants suivants une
droite t,. ; la trace du
premier plan étant le
triangle ABC et celle
du second plan le tri-
angle A'B'C'. Le côté
correspondants de ABC
et de A'B'C' concourent
en trois points P, Q R
évidemment situés sur la
droite t.. La configuration de .... ····
....···
..··
De argues s'interprête comme ..,····
la projection plane de la figure
spatiale.
D.B.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Hervé Lehning

Une uision géométrique


des triplets de Pythagore
Pour résoudre son problème numéro 8 (partager un carré
donné en deux carrés) , Diophante utilisait une méthode pure-
ment algébrique. On peut pourtant en avoir également une
vision géométrique.

Triangles rationnels

L' unité de longueur n'étant pas don-


née, il s'agit donc en fa it de trouver les
triangle rectangles dont les rapports
des côtés sont des nombres rationnels.
Nou dirons ces triangles rationnels.
Diophante ne pose pas le problème en ces
termes et il le résoud d' une manière pure-
e problè me numéro huit du ment algébrique (voir l'article d'André

L Livre II des Arithmétiques de


Diophante s'énonce de façon
géométrique. Il s'agit de « partager un
Deledicq dans le HS 6 de Tangente,
Secrets de Nombres, pages 80-83).

carré donné en deux carrés». En tenant Caractérisation géométrique


compte du théorème de Pythagore, il
s'agit donc de trouver un triangle rec- Dans cet article, nous proposons une
tangle dont les côtés aient des lon- caractérisation géométrique de ces tri-
gueurs entières a, b et c. angles rectangles rationnels. En utili sant

Ta.n9ente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : PASSEPORT

le cercle inscrit , on montre que si t est la les triplets de Pythagore


tangente du demi-angle au sommet B
. b+ c-a Quand o n s' intéresse au x triplets
on a la relation t = . Donc, si
a-b + c (a, b, c) te ls que a 2 = b2 + c2 , on peut se
le tri angle ABC est rati o nnel , le
limiter d'abord à ceux qui sont pre-
nombre t l' est égale ment (voir l 'enca-
dré). La réci proque est également vraie miers e ntre eux. En effet, on obtient les
car si t est rationne l alor le sinus et autre en multipliant ceux-là par une
cosinus de l'angle au sommet B le sont constante. Dan ce cas, il ex i te un
également d'aprè le fo rmules de tri- nombre ratio nnel t < l tel que l'on ait :
gno métri e. Plu préc i é me nt , on a
2at 1 - t2
b = a sin B et c= a cos B donc, b=--et c=a--
l +t2 t+ t2
2at 1 - t2 Donc il ex iste deux nombres entiers p
b = ~ et c = a + t2 et q premiers e ntre e ux te ls que
1
Ainsi, un tri angle rectangle e t ration- 0 < p < q et t = p_ donc :
nel si et seulement si la tangente de q
l' un de se demi -angles au o mmet b-
_ 2apq
p 2 +q2
et c =a ~
p 2 +q2
hors de l'angle droit est rationne lle .

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingente


SAVOIRS les triplets de Pythagore

Soit d un facteur premier commun à Ainsi, on peut paramétrer l'ensemble


p 2 + q 2 et pq. Comme il divi e pq , des triplets de Pythagore de la faço n
d 'aprè le théorème de G auss, il di vise suivante:
p ou q. Supposons que cela soit p. a= (p2 + q2)r, b =2pqr et c= (q 2 - p2)r.
Comme il divise p2 + q2, il divi e donc où p et q ont deux nombres entiers
q2 et , comme d est premier, il divi se premiers entre e ux tel que O < p < q et
également q ce qui est contradictoire. que l' un soit pair et r est un nombre
Ainsi, les nombres p 2 + q2 et pq sont entier strictement positif.
premiers entre eux .
Par conséquent, si ! ' un des deu x Une liste de triplets de Pythagore
nombres pet q est pair alor l'autre est
impair et p2 + q2 e t premier avec 2pq Pour p = 1, q = 2 et r = 1, nou obte-
donc il divise a. Il ex iste un nombre non le triangle bien connu (5, 4, 3).
entier m tel que a= m(p2 + q2) d 'où De faço n plus générale, nou pouvons
b = 2mpq etc= m(q2- p 2). Comme, a, remplir un tableau des triplet carre -
b et c sont premiers entre eux , m = 1 et pondant aux triangles de périmétres
a = p2 + q 2 , b = 2pq et c = q 2 - p 2 . inférie urs à LOO c'est-à-d ire tels que
Si les de ux nombres p et q sont qr (p + q) s 50. Par ordre croissant des
impairs, on pose q' = !,p_~ e t périmétres, on obtient le tableau :
2
p ' -- J,g_-_p)_
2 . On a p = q' - p ' et
(/ ,. I>
/> (1 {'

q = p ' + q' donc p' et q' ne sont pas 2 5 4 3


tous les deux impairs et on a les formules
précédentes en transformant p , q en p ', q'
2 2 10 8 6
et en échangeant b etc. On en déduit que 2 :J •:J 12 5
2 2 2 2
a= p' +q' , c=2p'q' et b=q' -p' . 2 :i 15 12 9
Donc , si (a, b, c) est un triplet de 4 17 8 15
nombres premiers entre eux tels que
2 4 20 16 12
a2 =b2 + c2 alors il exi te deux nombre
entiers premiers entre eux pet q dont 1' un :i 4 ...,,,,"'
-.) 24 7
est pair tels que a = p 2 + q2 et les deux 2 5 -.> 20 15
autres (b, c) soient 2pq et q2 -p 2
. 2 :J 2 26 24 10

2 5 29 20 21
Réc iproquement , soit p et q deu x
1 2 6 :io 24 18
nombres entiers premiers entre e ux tels
que O<p<q et que l' un soit pair et 4 2 :J4 16 :io
a = p 2 + q2, b = 2pq et c = q2 - p 2 . 2 ..., 28 21
I :J5
La relation a 2 = b 2 + c 2 est immédiate. 6 :J7 12 :J5
Soit d un facteur premier commun à 2 ;J6
:i :i :J9 15
ces trois nombres. Comme p 2 + q2 est
4 5 41 40 9
impair, d n 'est pas égal à 2 donc d divi-
se pq donc l' un des deux , par exemple
p. On en déduit que d divise p 2 + q2 et H . L.
p donc q ce qui est contradictoire .
Ainsi , le triplet (a, b, c) vérifie
a 2 = b 2 + c 2 et les trois nombres a, b , c
sont premiers entre eux .

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


SAVOIRS par Élisabeth Busser

Une mine de points


remarquables
Le triangle compte de nombreux points remarquables. Certains,
comme le centre de gravité, l'orthocentre, le centre du cercle cir-
conscrit, sont très connus. D'autres mériteraient de l'être !

our un segment, le milieu est un d'être l'ensemble des points équidistants

P point remarquable, de même


que le centre pour un cercle. Le
triangle, lui , compte plus d' un point
des deux extrémités de ce segment . Les
points A, B , C n'étant généralement pas
al ignés, nos deux médiatrices se coupent
remarquable, qui lui confèrent une gran- donc en un point O tel que d' une part
de variété de propriétés. OA = OB , d'autre part OA = OC. C'est
À propos de milieu, le premières donc que OB = OC. 0 appartient ainsi à
droite remarquables que l' on sait tracer la troisième médiatrice du triangle, celle
dans le triangle sont les médianes, celles de [BC] , et de plus il est centre du cercle
qui joignent précisément le milieu de contenant A, B et C , le cercle circonscrit
chaque côté au sommet opposé. On sait au triangle ABC.
déjà (voir l'encadré Isobarycentre ou
centre de gravité ?) qu 'elles sont Projetons maintenant chaque ommet
concourante au point orthogonalement sur le côté oppo é, tra-
appelé centre de gra- çant ainsi le trois hauteurs du triangle .
vité du triangle , 1' iso- Le médianes sont concourantes , le
barycentre des troi médiatrices aussi ; pourquoi les hau-
sommets . teurs ne le eraient-elles pa ?
Toujours en partant Rien de plus impie à démontrer
des milieux, traçons menon par chaque sommet du triangle
cette fois les média- les parallèle au côté oppo é. Elles for-
trice de deux des ment elles au si un triangle A'B'C' dont
( Côtés, [AB] et [AC] les milieux des côtés sont A, pour
du triangle ABC. La [B 'C'], B pour [C'A'], C pour [A'B'] et,
médiatrice du seg- fai t remarquable , les hauteurs du tri -
ment [AB], a, on le angle ABC sont les médiatrices du tri-
sait , la particul arité angle A'B'C' . Ces dernières étant

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

concourante , comme nous venons de le C'O A B'[


voir, nous avons bien démontré que les
hauteurs aussi ont concourantes en un
point, appelé orthocentre du triangle [AB],
ABC. [AC] ,
[BC] ou leurs
les plus discrets prolon gements.
Ce point appar-
Médi anes concourante au centre de tient aussi d'ailleurs à
grav ité, médi atrice au centre du la bissectrice intérieure
cercle circonscrit , hauteurs à l' ortho- de l'angle en C et il est le
centre, ... ces droites et ce points sont centre d' un cercle tangent aux trois
A'O
de vraies célébrités, mais il ex iste côté du triangle, extérieurement à
dans le tri angle d'autres points et celui-ci, mai à l' intérieur de l'angle en
droites intéressants, quoique plus dis- C. On vient de définir les points QA'
crets. Q 8 , Qc centres des cercles dits exins-
Au lieu de définir de droite en lien crits dan les angles de ommet A, B
avec les côtés, construi sons des et C.
droites liées aux angles du tri angle : Encore troi s nouveaux points remar-
les bissectrices. Il ex iste pour un tri- quables du triangle !
angle plusieurs sortes de bissectrices :
celles qui ont à l' intérieur du tri -
angle, appelée év idemment bissec-
trices intérieures et celles qui sont à
l'extérieur, perpendicul aires aux pré-
cédentes, bissectrices des angles dits
ex térieur du tri angle, suppl émen-
taires de angles intérieurs.
Les deux bis ectrices intérieures des
angles en A et B, par exemple, se cou-
pent en un point Q qui se projette ortho-
gonalement en l sur [BC] , J sur [AC] et
K sur [AB] de manière que QJ = QK et
QK =QI.Ainsi, Q est-il équidi stant des ··········...
côtés [BC] et [AC] et (C Q) e t-eUe la
bissectrice intérieure de l'angle en C. Les
trois bissectrice intérieures sont donc
d'autres droites remarquables concou-
rantes du triangle. Leur point de
concours Q est centre du cercle passant
par 1, J et K et tangent en ces points aux
côtés du triangle : c'e t le cercle inscrit
dans le triangle ABC.
Les deux bissectrices extérieures issue Tout point du plan peut être considéré
de A et de B par exemple se coupent ,
elles, en un point Q c extérieur au tri- comme barycentre des sommets d'un
angle équidistant lui au si des côté triangle.
Hors-série n° 24. Le triangle Tangente
SAVOIRS Une mine de points ...

L'isobarycentre des mathématiciens est, pour un système Le centre de gravité d'une plaque triangulaire
den points A 1, ~ .... ,A,.. I ' ~ point G tel que la homogène de llOllllllets A, 8 et C est confondu avec
sonune de tous les vecteurs ~ soit nulle. Le centre de l'isobarycentre des points A. 8, C.
gravité des physiciens est, pour un corps solide, un point D'où le nom « centre de gravité » donné au point
très particulier : si on suspend le corps en ce point, il de concoun des médianes.
devra demeurer en 6quilibre. Ces deux points, isobary-
centre et centre de gravité, ne coîncident donc que pour
des points isolés. Que se passe+il pour le triangle ? Le centre de gravité P d'un triangle en fil de fer homo-
gène ABC de côtés de longueurs a,b etc est, lui, moins
impie à trouver. Pour le déterminer, et pour implifier
L'isobarycentre de points A, 8, C est l'unique point la recherche, commençons par remplacer chaque côté
G tel ~GA..±..Ge + OC = O. Or, i I est milieu de par son propre centre de gravité, ici son milieu, en l'af-
[8C), G8 + GC = 201. fectant de sa masse, proportionnelle à sa longueur. Fest
donc le barycentre du triangle des milieu l,J, K affec-
Ainsi, -GA = - 2GI,
- ou encore -AG = 2AI.
-
3 tés chacun de la longueur du côté correspondant. Les
côtés du triangle IJK étant la moitié de ceux de ABC,
Cette égalité vectorielle nou dit d'abord que Gest sur
cela revient à cherchet le barycentre d'un triangle dont
la médiane [Al], donc de même sur les deux autres
I masses des sommets sont les longueurs des côtés
médianes. Elle nous donne par ailleurs sa position sur
opposés. On sait que c'est le centre de son cercle ins-
chaque médiane, ce qui nous pennet de conclure :
crit. En effet, comme le pied P de la bissectrice inté-
rieure de l'angle en I est tel que:
A
PJ U c/2 c
PK = IK = b/2 = b'

on peut écrire que bpj + cPK = Ô.


C'est dire que Pest barycentre de points J, de masse
b et K de masse c, donc que le barycentre du système
de points 1 (masse a), J (masse b), K (masse c) est ur
la bissectrice (Pl). D sera de même ur le deux autres
···... bissectrice , donc au centre du cercle inscrit au tri-
c angle UK.

Les trois médianes d'un triangle concourent en un


point situé aux deux tiers de chacune d'elles à par-
tir du sommet. C'est l'isobarycentre du système
des trois points A, 8, C.

Le centre de gravité d'une tige rectiligne homogène


d'extrémités 8 et C est confondu avec le milieu de
[BC). De même, le centre de gravité d'une plaque tri-
angulaire homogène de sommets A, 8, C, est itué en
particulier sur la médiane [Al), qui partage le triangle
en deux triangles AIB et AIC d'aires égales, donc de Le centre de gravité d'un triangle en ftl de fer
masses identiques. Ce centre est d'ailleurs situé égale- homogène est le centre du cercle inscrit dans le tri-
ment sur les médianes issues de 8 et de C : angle des milieux de ses côtés.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

Tous barycentres sont,.respec!i_vemew proportionnelles à


tan A , tan B , tan C . En effet, l'aire de
S' il va de soi que l'isobarycentre du tri- HBC est égale à
angle ABC est son centre de gravité, les
autres points remarquables de ce triangle 2l HB X HC sin BHC
-----
,
sont eux aussi des barycentre des om-
mets. A nou maintenant de déterminer et comme sin BHC = sin A (angles à
les coefficients adéquats. côté perpendiculaires), aire (HBC)
On peut démontrer que tout point M du 1 ~ ~
=
plan peut être considéré comme bary-
centre des sommets A, B et C affectés
2 HB X HC cos A tan A
des coeffic ient égaux re pecti vement
1 -- ., . . ._
aux aires des triangles MBC , MAC et
MAB précédés du signe adéquat (voir
=
2 1HB . HC I tan A .
encadré ci-contre) à la région où se trou-
ve M. Nous adopterons tout au long de . . aire(HBC)
Ams1, ~ = -1 1 HB . -H C I ,
tan A 2
cet exposé les notations classiques :
pour les angles en A, B et C du triangle, qui est une constante du triangle car
a, b, c pour les longueurs des côté I HB . HC 1 = 1 HB . (HA + AC) 1

opposés aux sommets de même nom. = 1 HË . iiA 1 = 2k


Le point 0 , centre du cercle circonscrit (propriétés du produit scalaire).
au tri angle, s' il est à l'intérieur de D'où fi nalement ,
celu i-ci, est donc barycentre du systè-
aire(HBC) aire(HCA)
me {(A , aire de OBC) ; (B , aire de
OAC) ; (C , aire de OAC)}. Par tan A tan B
ailleurs, l'aire de OBC par exemple, si
R est le rayon du cercle circonscrit au = aire(HAB) = k .
~

triangle ABC , est égale à tan C


Ainsi, l'orthocentre !::! est baryce..Q_tre
1 ----- l ~
R 2 sin BOC = R 2 sin 2 A du syst~e {(A, tan A ) ; (B , tan B ) ;
2 2 (C , tan C)}.
puisque BOC est l'angle au centre Pour ce qui est du centre w du cercle
associé à l'angle en A du triangle . Dan inscrit , il est évidemment à l' intérieur
ces conditions, le point 0 , centre du du triangle ABC puisque les bi ssec-
cercle circon crit à ABC est d9t1c bary- trices intérieures le sont.
centre _s!u système {(A_.,.__sin (2A)); (B , Il est donc comme les autres bary-
sin (2 B )) ; (C , sin (2 C))} . centre du système {(A, aire (wBC)) ;
Nous traiteron le cas où l' orthocentre (B, aire (wCA)) ; (C , aire(wAB))}. Sir
H du triangle e t également à l'inté- est le rayon du cercle inscrit , ces aire
rieur du triangle ABC , c'e t-à-dire si le valent respecti vement :
triangle ABC est acutangle ; les autres
cas s'en dédui sent à un changement de -ar , -
br , -
cr
2 2 2
signe près des coefficients des points,
c'est-à-dire des aires considérées. et sont donc proportionnelles aux lon-
Ai nsi, H est lui aussi barycentre de gueurs mêmes des côtés. Le centre w
{(A , aire de HBC) ; (B, aire de HAC) ; du cercle inscrit est donc barycentre du
(C, aire de HAB )}. Or ces trois aires système

Hors-série n° 24. Le triangle TC:lngente


SAVOIRS Une mine de points ...

Raconte-moi le barvcentre
Vous savez déjà ce qu 'est un isobarycentre: on emploie Le barycentre, ainsi défini , pos. ède une propriété
ce terme lorsque les points ont tou la même masse. Il remarquable : l'associativité. L'as ociativité du bary-
se peut cependant, en physique parce que la réalité l'exi- centre, cela ignifie qu 'on peut remplacer deux quel-
ge ou en mathématiques pour les besoin d une conques des points par leur barycentre à condition de
démonstration , que le points soient affectés de masses lui donner comme masse la somme des ma se de ce
(ou coefficient ) différent . On parle alors d'un ystème deux point . Cette propriété d'a sociativité du bary-
de points Ai,~, ... , An pondérés des masse a"~, ... , centre intervient dan de nombreuses autre construc-
an. tion et démonstrations. Elle permet par exemple de
Lorsqu'il s'agit de deux points, Je barycentre du y tè- ituer exactement où e trouve le fameux point G. li
*
me {(A, a), (B, b)} tel que a+ f3 0 est le point G e t, c'e t ûr, dans le plan (ABC) , mai encore? Si les
tel que troi coefficients ont tous de même igne, G e t inté-

a GA+ f3GB - = 0 .
rieur au triangle ABC . Considéron pour le prouver le
barycentre partiel J du sy tème {(B, ff) , (C, y)} . f3 et y
Il est unique puisque sa po ition e t définie par étant de même signe, J e t ur le segment [BC]. De
exemple par plus , a GA+ (/3 + y) GJ = 0, ce qui prouve que G e t
ur le egment [AJ] , donc bien à l' intérieur du triangle
AG = _/}_ AB.
a+ f3 ABC . On démontre de la même façon que si les coef-
Cela signifie qu 'il e t ur la droite (AB), entre A et B ficients a, {3, y ont le signe donné ur le des in, le
i les coefficients a et f3 sont de même signe. En plu , barycentre G leur correspondant est dan la région
i on multiplie a et f3 tou les deux par un même indiquée.
nombre, le barycentre ne change pa . Cette propriété
reste vraie même si on étend le nombre de point du
sy tème.
Pour revenir à notre propo , le triangle, nou nous Limi-
teron au ca de troi points formant le sy tème {(A, a),
(B, ff), (C, y)} de masse totale non nulle :
a+f3+r*O.
Le barycentre de ce sy tème est alors l' unique point G
vérifiant
a GA + f3GB + yGC = O.
On peut démontrer en utili ant la relation de Cha le
ur le vecteurs que pour tout point O du plan ,
_.,. 1 ----+ -
OG = f3 (aOA + {30B + yOC) .
a+ +y

{(A, a); (B , b); (C, c)}. {(A, a); (B , b); (C, - c)}.
C o mpte te nu de la règle de sig ne des
coeffic ie nts d o nnée pa r ! 'encad ré Comme no us l'av io ns annoncé, tous
Barycentre, le centre du cerc le ex ins- les po ints remarquables du triang le
crit d ans l'an g le A e t a lo r barycentre o nt bie n de barycentre des tro is
du systè me {(A,- a); (B , b); (C , c)}, sommet du triang le avec des coeffi-
celui du cerc le ex inscrit da ns l'an g le cients très spéciaux.
e n B correspondant au sy tè me É.B.
{(A, a); (B , - b ); (C, c)}
e t le dernie r, C au sy tè me

Tcingent:e Hors-série n°24. Le triangle


SAVOIRS par Élisabeth Busser

le fameux cercle
des neuf points
Parmi les éléments remarquables du triangle, la droite et le
cercle qui portent le nom du mathématicien suisse Euler,
donnent lieu à de jolies découvertes qui intéresseront les
amateurs de problèmes d'alignement, de cocyclicité et de
symétrie.
' il est dans un tri angle des

S droites et de cercles remar-


quables : médianes, médiatrices,
hauteurs et autres bissectrices, cercles
circonscrits, inscrits et exinscrits, il en
existe d 'autres, peut-être plus cachés,
mai néanmoin célèbre . Deux en par-
ticulier, une droite et un cercle, sont
une trouvaille du mathé maticien suisse
Euler ( 1707-1783).

la droite d'Euler

Nous adopterons dans tout cet article les


notations habituelles : dans le triangle
ABC , les nùlieux des côtés [BC] , [CA],
[AB] sont respectivement A' , B', C' , les
pieds des hauteurs issues de A , B , C res-
pectivement I, J, K, le centre de gravité
est G , l' orthocentre H et le centre du
cercle circonscrit O .
Tout comme nce par une propriété Il e t unique de par a définition , qui per-
re marquable de l' orthoce ntre . met d'écrire OS - OA = OB +OC ou
~erch~s en~ ffet~ point S tel que
encore AS = 20A' .
OS =OA + OB +OC .

Ta.n9ente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

thétie, les sommets A , B et C dev ien-


C'est dire que (AS) est perpendi cul aire
nent les milieux respecti fs a, ~. y des
à (BC) ; c'est donc la hauteur issue de
segments [AH], [BH] et [CH], qui sont
A. De même, (BS ) et (CS) sont les hau-
donc eux au si situés sur le cercle Œ'.
teurs issues l' une de B , l'autre de C et
le point S n'est autre que ... l'ortho- Par ailleurs, la droite (O 'a) est droite
centre H du triangle ! H est donc des milieux du triang le AOH , d ' où :
)' unique point vérifiant O'a = l OA .
OH = OA + OB + OC . 2
Comme par a ill eurs, en tant qu ' isoba- Comme de plus à cause de l'homothétie
ryce ntre des sommets, G vérifie e n h, D'A'= l OA , les po ints A' et a sont
particuli er OG = l (OA + OB +OC). 2
diamétralement opposés sur le cerc le
3
Voici ve nir l' admi rabl e propriété que Œ' . Le triang le AIA' étant rectangle en
les points 0 , G et H sont alignés, G 1, il est inscrit dans ce cerc le, qui
étant situé au tiers de [OH] à partir de contient donc également les pieds l , J
et K des hauteurs du triangle ABC.
O puisque OH = 30G . La droite qui Le cercle Œ' ayant pour centre le milieu
porte ces trois po ints est la droite O'de [OH] et pour rayon la moitié de
d'Euler du triangle ABC. celui du cercle circonscrit au triangle
le cercle d'Euler ABC contient donc neuf points spéciaux :
- les milieux des côtés du tri angle
Il ex iste non seulement une droite ABC,
d'Euler, mais au si un cercle d'Euler - les pieds de es hauteurs,
dans un triang le ABC. Le centre de
- les milieux des segments jo ig nant les
gravité d ' un triang le (voir l'article Une
sommets à l'orthocentre.
mine de points remarquables) étan t
On J' appe lle le cercle d'Euler du tri -
itué aux deux tiers de chaque médi ane
angle ABC .
à parti r du sommet, l' homothétie h de
1
centre G et de rapport - transforme
2
chaque sommet en milie u du côté
opposé, donc les hauteurs en médi a-
trices et de ce fa it )'orthocentre H en
centre du cerc le c irconscrit O . Ce
même point O est, lui , tra nsformé en
un poi nt O ' te l que : OO' = l OH
2
C'est dire que l' image de O par cette
homothétie est le milieu O ' de [OH] et
celle du cercle circonscrit CI , de rayon
R, au triangle ABC est le cercle Œ' de
centre O ' milieu de [OH] et de rayon la
moitié de R .
Il ex iste par a ille urs une autre ho mo-
thétie h', de ra pport pos iti f cette
fo is, qui tra nsfo rm e Œ e n Œ' :
comme HO'= l HO , h' est de centre H.
2 Par cette ho mo- La droite et le cercle d'Euler

Hors-série n° 24. Le triangle Tc:in9ente


SAVOIRS Le fameux cercle ...

ang le ABC et H son o rthocentre, le


centre O ' du cercle d 'Eule r Œ' est le
milie u de [OH]. Yu la di sposi tion des
points A , G et A' milie u de [BC], il
ex i te une ho mothétie h 1 de centre A' et
de rapport + qui tra n fo rme A en G et
une homothétie h 2 de centre O et de

rapport %qui tran fo rme G en O ',


centre du cercle d 'Eule r. Co mposons
ces deux ho mothéties e n une troisiè me,
1 .
Conséquences en cascade h3 . Elle era de rapport
2,
le produit
des de ux rappo rts, et de centre X ali gné
Les points l , J et K du cercle d 'Euler avec O et A' te l que h 1(X) = Y et
Œ' sont donc images par h de po ints du hi(Y ) =X . C 'est d ire q ue
cerc le Πqui ne sont rie n d 'autre,
pui sque h' di vise par de ux les lo n- xo·=lXA
g ue urs, que les symétriques de h par 2
rappo rt aux côtés du trian gle ABC . O ' est do nc milie u de [AX]. On sait de
Ains i, les symétriques de l 'orthocentre plus d 'après ce qui précède que (O 'A' )
par rapport au.x côtés sont sur le cercle e t parallè le à (OA) . La dro ite (A'O')
circonscrit . e t do nc dro ite de milie ux dans le tri-
Le cercle Œ', comme il passe e n parti- angle AOX e t X est le symétrique de O
c ulier par le milie u C ' de [A B], ceux de par ra ppo rt à A'. C 'e t un point fixe de
[BH] et [AH], est a uss i cercle d 'Eule r la fi gure et O ' va décrire le cercle-
du tria ngle ABH . Ains i, les tri ang les image de Œdan s l' ho mothétie h3 . C'e t
ABH , BCH , CAH et ABC ont mê me un cerc le de centre A',
cercle d ' Euler Œ'. image de O par h3 et de rayon ~.
De plus, le rayon du cercle d 'Euler d ' un
triangle étant la moitié de celui du cercle
circonscrit audit triangle, les trois cercles
circonscrits aux triangles ABC, ABH,
BCH et CAH ont même rayon.

Et pour terminer, un joli petit problème :


Imag ino n que les sommet B et C du
tri angle ABC reste nt fixes e t que le
po int A se déplace sur un cerc le pas-
sant par B et C. Co mme nt évolue le
centre O ' du cercle d 'Eule r re lati f au
tri ang le ABC ?
D 'après cet é no ncé, le point A décrit un
Le cercle 0" et son image, l'en -
cercle fi xe Œde centre O et de rayon R , semble des points O'
circonscrit au tr iangle ABC . D 'après
les résultats é no ncés précéde mme nt , s i
G désig ne le centre de grav ité du tri - É.B.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


par Alain Zalmanski EN BREF

Triangle musical Triangle amoureux


Le triangle est un instrument à Le thème est récurrent aus i bien dans le théâtre de boulevard ,
percussion originaire d'Asie , les comédies dramatique que dan les tragédie . La littérature
formé d'une tige cylindrique et le cinéma semblent avoir quasiment épui sé le sujet. On pour-
d'acier recourbée mais non rait croire que pos ibilités offertes avec H pour homme et F pour
fermée , de la forme d'un tri- fe mmes se limitent à 4.
angle (d'où son nom) . Il est HHH
spendu à une cordelette et HHF
é d'une baguette métal- HFF
u en bois. FFF
différentes sonorités
taille du triangle. Le
rolonge bien après
rès particulier et
t de distinguer
ment du tri-
angle, même au-dessus d'un
orchestre symphonique.
Malgré son aspect rudimentaire ,
cet instrument est très couram-
ment utilisé dans tous les types Mais on est loin du compte car les côtés des triangles peuvent être
de musique, classique , jazz ou orientés, chacun des partenaires pouvant ou non être payé de
variétés, dans le pupitre des per- retour, et parfois le triangle ne se referme pas.
cussions. Il intervient en soliste, Ainsi François Truffa ut , spécialiste du genre, immortali se
dialoguant avec le quatuor à avec Jules et Jim le trio HHF, mais décri ra dans Les 2
corde , dans le Premier anglaises et le continent le triangle FFH , et dans La.femme
concerto pour piano de d'à côté une autre situati on FHF. On
Liszt (allegretto viva- pourra tenter de trouver toutes les
ce) et dans nombre combinaisons et chercher ensuite les
de pièces sym- exemples d' utilisation allant de
phoniques Phèdre de Racine (Phèdre aime
c o m m e Hippolyte qui aime Aricie), à
l'Hymne à la Tenue de Soirée de Bertrand Blier
joie de la Neuvième sympho-
nie de Beethoven , la
Symphonie du nouveau monde
de Dvorak, le scherzo de la 4°
Symphonie de Brahms ou la
Symphonie des jouets de
Léopold Mozart. Il est présent
bien entendu dans toute la
musique contemporaine, sou-
vent dédiée aux percussions.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Élisabeth Busser

Pas anonymes,
les points
Points de Gergonne, de Lemoine, de Fermat, droites
céviennes, ellipse de Steiner ... quels sont donc ces éléments
du triangle si remarquables qu'ils ont l'honneur de porter un
nom?
n ava it déjà le centre de gravi- d ' intersection, dûment répertoriés, il

O té, l' orthocentre, le centre du


cercle inscrit , ceux des cercles
ex in crits, tout un lot de points qui ,
ex iste tro i autres po ints péc iaux défi-
ni s par des cév iennes concourantes
également.
tout en éta nt point re marquables du
tri angle, ne portent pas le nom de Vous tracez, dans un tri ang le, les
quelque mathématic ien, des anonymes droites jo ignant chaque sommet au
e n que lque sorte. D 'autre po ints, po int de contact du cercle inscrit avec
le côté opposé, P pour [BC], Q pour
même s' il s sont plus di ffic iles d 'accès,
[C A], R pour [AB]. Figurez-vous que
peuvent , eux, se vanter de porter un
ces tro is droi tes sont concoura ntes ! La
no m.
démonstration n'est pas si compl iquée
que cela. Nous utili seron quelques
Huec des céuiennes notati ons simples : RA = QA = x ;
PB = RB = y ; QC = PC = z. Comme
Ceva ... ce no m ne vo us est pas incon- les po ints P, Q , R sont sur le egments
nu : c'est celui d ' un théorème qui per-
met de dire, par un simple calcul , si [ BC] [CA] PB = - [AB] PB
' PC' ' PC'
des droites i sues des trois sommets - -
QC QC RA RA
d'un triang le so nt para llè les o u QA = - QA ' = - RB . Rl3
concourantes. En référe nce à ce théorè-
me, on nomme cévienne une droite . . PB QC RA v z x l
A ms1, - x - x- =L x - x - =- .
i sue d ' un sommet d ' un tri ang le et PC QA RB z x y
coupant le côté opposé. Les médiane , C' est précisément la condition pour
bissectrices et autres hauteurs sont des que les troi s céviennes (AP), (BQ),
céviennes particuli ères, et concou- (CR) sont concourantes ou parallèles.
rantes en plus. Mi s à part leurs points Or, si (AP) était parallèle à (BQ), on

Tc:in9ent:e Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

aurait~après le théorème de Thalès, AB =c. Alors G , isobarycentre de A , B ,


~ = !Q . Ce deux quotients étan t de
C est barycentre du système N(x + y + z)
PC AC et 1( 2(x + y + z)), ce qui
ignes contraires, ceci est exclu . donne :f.N + rn =Ô. Ainsi, le points
Nos trois céviennes sont donc écante l ,G et N ont alignés dans cet ordre et la
en un même po int J : le point de longueur NG e t le double de celle de
Gergonne du tri ang le. Il est lui aussi GI !
barycentre des points A , B et C affec- Les médianes d ' un tri angle nous don-
tés re pecti vement des masses yz, xz, ne nt l'occas ion de définir d 'autres
xy. La propriété d 'associativité du bary- céviennes : les symétriques de celles-c i
centre va nous servir à le démontrer : en par rapport aux bissectrices intérieures.
effet, de par la défmition même de x y, On les appelle les symédianes . Le no m
z, P est barycentre de B(xz) et C(xy) . De est peut-être un peu barbare, mais une
même Q est barycentre de C(xy) et symédiane, vou en connaissez une.
A(zy). Ajnsi, J , à la fo i sur (AP) et sur Elle e trouve dans un triangle rec-
(BQ), sera barycentre de A(zy), B(xz), tangle en A , où la ymédiane issue de
C(xy) . C'est l'une de se nombreu e A e t la symétrique de la médiane par
propriétés. rapport à la bissectrice de l'angle droit
A et ce n'est rien d 'autre que . .. la hauteur
du triangle ! La démonstration se fait
par de impies considérations d ' angle .
Dans un triang le quelconque, on peut
démontrer que les troi s symédianes
o nt e lles au si concourantes. Leur
intersection est le point de Lemoine du
B p c triangle, dont une jolie construction a
Le point de Gergonne été donnée par Glèbe en 1847 .

C'
Au lieu du cercle inscrit , considérons
maintenant les cercles ex inscrits : celui
de l' ang le A est tangent en P' à (BC), B'
celu i de l'angle B tangent en Q ' à (AC),
celui de l'angle C tangent en R' à (AB) .
On démontre que ces po ints sont sy mé-
triques de P, Q , R par rapport aux
milieux de côtés et que, par consé-
quent , les droites (AP '), (BQ '), (CR ')
sont elles aussi concourantes en N ,
point de Nagel du triangle. En utilisant
toujours la propriété d ' associati vité du
barycentre , il est aisé de démontrer que A'
est barycentre du y tème A(x), B(y) , Une construction
C(z) . Comme par ru lleurs on sa it que 1, du point de Lemoine
centre du cercle in crit au triangle ABC On démontre en plus , toujour en utili -
est baryce ntre de A(y + z = a) , sant l'a oc iativité du barycentre, que
B(x + z = b), C(x + y = c) en utilisant les ce point est barycentre du systè me
notations clas igue : BC = a, C A = b, A(a 2 ) , B(b 2 ), C(c2 ).

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Pas anonymes, les points

Le point de Une construction qui ressemble un peu Huec des courbes


Fermat est à celle de Glèbe va nous conduire à un
dernier point « personnalisé» du tri- D'autres points, un peu moins cé lèbres
aussi appelé angle construit à partir de céviennes : parce que plus diffici les à défi nir ou à
point de le point de Fermat, auss i appelé point construire, sont eux aussi sortis de
Torricelli de Torricelli pour un tri angle ac u- l'anonymat en portant les noms de
tangle. mathématic iens célèbre .
pour un Ceux que nous évoquerons ne s'ob-
triangle Dessinez à l'extérieur du triangle ABC tie nne nt pas par inte rsectio n de
acutangle. trois triangles équil atéraux construits cév iennes, mais de courbes, cerc les ou
sur le côtés de ABC : ABC ', BCA' et e llipses.
ACB '.
Non seulement les longueurs AA' , 88 ' Connaissez-vous par exemp le les
CC' sont égales (ce sont les rotations points de Brocard ( 1845- 1922) ?
d ' un sixième de tour autour des trois Le ur construction demande un peu
sommets qui nous le disent), mais les d 'attention . Il faut commencer par
droites (AA' ), (BB ') et (CC ') sont construire troi cerc les : celui qui passe
conco urantes en point F, point de par B et Cet tangent à (AC), celui qui
Fermat du triang le ABC (ce sont des passe par C et A et tangent à (BA),
considérations d 'angles orientés qui celui qui pa e par A et B et tange nt à
nous le di sent) . (BC). Figu rez-vous que ces trois
cercles passe nt tou s par un mê me
Ce point possède une propriété re mar- point, le premier point de Brocard .
quabl e : de tous les points M intérieurs Le second point de Brocard est, lui ,
au triang le (et le point de Fermat est l' inter ection de trois autre cercles,
intérieur au triangle à condition que le l' un passant par B et C tangent à (A B),
plus grand des angles du triangle ne l'autre passant par A et C tangent à
mesure pas plus de 120°), c'est celui (BC), le troisième passant par A et B
pour lequel la somme des di stances de tangent à (AC).
M aux sommets A , B et C est mini - Voil à ce que sont les deux points de
mum . Brocard , dont on dit qu 'en réalité ils
ont été trouvés par Grelle en 1884.

Pour le point de Steiner ( 1796- 1863), il


faut commencer par défi nir /'ellipse
circonscrite de Steiner.C'est l' e llipse
circonscrite à un triangle, mais comme
il en a beaucoup , celle de Steiner a la
particularité d 'être centrée au centre de
grav ité du tri angle. Cette ellipse ren-
contre bien sur le cercle c irconscrit au
triang le aux trois sommets A , B, C du
triangle, et en un quatrième point, S, le
fameux point de Steiner du triangle .

Le point de Fermat É.B.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


par Élisabeth Busser EN BREF

le triangle tait encore recene


On le croyait usé, on croya it qu 'on avait déjà tout dit
sur le tria ngle . mais il fai t encore recette puisqu 'aux
Olym piades Académiques 2005, il a fo urni 8 pro-
blèmes sur 35, à travers toute la France. On lui a,
dans ces sujets, fa it jouer de nombreux rôle , tous très
différents: celui d ' un tri angle d 'arbre dans le parc
d'un château (A miens), celui d ' un jardin triangul aire
à défaut d'être extraord inaire (Po itiers), ou imple-
ment celui d 'un triang le, nommé « académique »,
do nt les me ures des côtés ont en progres ion arith-
métique de raison 1 (Be ançon). li peut auss i servir
de po int de départ à la construction d ' un ennéagone
(Dijon), être le théâtre d ' une construction de cercles
in scrit trois par tro i (Nante ) ou

.. . . devenir le tri angle fo rmé par trois

:1
6 • plots d ' un « flip per » (Paris) . li
~~:

. peut au si rester cla ique et


"' (·~-- .. néanmo in donner lieu à un

~
I'

.-. joli problè me, comme dan


l'Académie de Rouen. Le

? . •• :u tri angle, vou le voyez, a


e nco re de beaux jo ur
( 0 \ devant lui .
~

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Daniel Barthe

la droite
de Simson
Robert Simson mourut l'année où naquit William Wallace.
Le premier est célèbre pour avoir donné son nom à une famil-
le de droites remarquables que l'on peut associer à un triangle.
Le second, plus modestement, se contenta de découvrir la
"droite de Simson" .

es pieds des perpendicu-

L
le théorème précité au mathématicien
laires abaissées d' un point écossais Robert Simson.
sur les côtés d' un triangle La notoriété de Poncelet fit que person-
sont alignés si, et seulement si, ce ne ne chercha à recouper l' info rmation.
point appartient au cercle circonscrit Plus tard , quelques hi storiens de
au triangle. sciences épluchèrent les
Tel est l'énoncé de ce qu' il est convenu œuvres de Simson
d 'appeler le "théorème de Simson" .
Le mathématicien Les erreurs d'attribution sont nom-
écossais William breuses en mathématiques.
Wallace (1768- Dans son Traité des proprié-
1843) fut le pre-
tés projectives des figures,
mier à introduire,
le célèbre géomètre
au Royaume-Uni ,
les notations et les Jean-Victor Poncelet
méthodes de rapporte que François
Leibniz en calcul Joseph Servois attri-
infinitésimal. bue, dans un article du
Journal de Gergonne,

Les droites de Wallace-Simson


enveloppent une deltoüle
de Steiner. Il est remarquable
que cette enveloppe soit, à une
similitude près, indépendante
de la forme du triangle initial.

Ta.ngente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

sans relever la moindre trace du dit


théorème . Force fut de reconnaître que
la première apparition imprimée de la
·'droite de Simson" se trouvait dans un
article de Will iam Wall ace, paru en
1799 . Deux siècles plus tard , l' injustice
n'est pas vraiment réparée, même si
quelques ouvrages récents parlent de
droites de " Wallace-S imson". (Il est
piquant de remarquer que le théorème
de Stewart qui permet de calculer la lon-
gueur d' une cévienne d ' un triangle, fut
découvert en 1751 par un certain Robert
Simson.)

les propriétes mirifiques des droites


de Wallace-Simson
.,1. 11·111:s,:o. • J.\" .1t·.11u:.111. 1 r:1,.1.w:t ·1-:., s ,
Remarquons que, lorsque le po int S l'llOPJ-!. Oll
( '/. 111 '/'',. /i.,,l,n,lù l 'r,,,l,,u . h,H~ .a -68
du cercle c irconscrit se confo nd avec
./1.T /Th' li / -
l' un des sommets du tri angle, la droi - ,,,,. ,,.-,.....,,;1 ,·/ d.,..r...t,.Ç,..~rl·''"f' ...

te de Wall ace-Simson coïnc ide avec la


Robert Simson (1687-1768) fut le premier à traduire en
hauteur issue de ce sommet.
anglais les Éléments d'Euclide. En 1753, il montra que le quo-
La dro ite de Wall ace-Simson assoc iée tient F11 + JF,. de deux termes consécutifs d 'une suite de
au point S du cerc le circonscrit coupe Fibonacci tendait vers le nombre d'or.

Montrons que les projetés orthogonaux d'un point S du œrc1.e circonscrit à un triangle
ABC sur les trois c6tés du triangle sont trois
points alignés.
Afin d'éviter la considération de différents
cas de figure, nous utiliserons des angles de
droites.
Le quadrilatère AS1SS3 est inscriptible dans
un cercle ; d'après le théorème de l'angle
inscrit:
(AS, AB) = (AS, AS1) = (S3S, S3S1).
De même,
le quadrilatère cs2ss1 est inscriptible :
(CS, CB) = (CS, CS2 ) = (S~S, S:,.82 ) ;
le quadrilatère ABSC est inscnpb1>1e :
(AS, AB) = (CS, CB).
Nous en déduisons que
es~~·
S3S1) = (S3S, S3SJ ;
autrement dit, les points 8 1, S2 et S3 sont ali-
gnés.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS La droite de Simson

e n son milie u le segme nt joig na nt ce Les droites de Wa llace-Simson asso-


point S à l' orthoce ntre du tria ng le . c iée à de ux po int S e t P du cercle
c irconscrit à un tri angle fo rme nt un
ang le de dro ites do nt la me ure est la
moitié de l'arc PS .

Si de ux points du cercle c ircon c rit


sont di a mé trale me nt oppo é , le ur
droites de Wa ll ace-Simson o nt pe r-
pe ndic ul a ire e t se coupe nt sur le Les droite de Wa ll ace-Sim o n de to us
cerc le des ne uf po int du tri angle. le points du cercle c ircon c rit à un tri-
a ng le e nveloppe nt une deltoide, dite
deltoide de Steiner. La de ltoïde est
l'hypocycloide à trois rebroussements
(c'e t la courbe décrite par un po int
d ' un cercle roulant san g lisser à l' inté-
rie ur d ' un cercle de rayon triple).
Il e t étonnant que cette e nveloppe oit ,
à une s imilitude près, indé pendante de
la form e du triangle initia l ABC. Cette
ymé trie d 'ordre 3 est aussi re mar-
quable que celle o bte nue avec le tri -
angle de Morle y pui sque le triangle
équilaté ra l dont les ommets sont le
point de re brousseme nt de la de ltoïde
a ses côtés para llè le au triangle de
Morley du triangle ABC.
Les côtés du triangle o nt tangents à
cette de ltoïde.
Le cercle des ne uf po int du triangle
Nous dédui o ns des de ux résultats est inscrit dan la de ltoïde. Ce deux
précéde nts que le côté du tri ang le courbes ont le mê me centre.
ABC sont de droites de Wa llace- L'aire de la de ltoïde de Ste iner est
Simson de ABC ; par exemple, (BC) égale à la moitié de 1'a ire du cercle c ir-
est la droite de Wa llace-Simson du con c rit au triangle.
point di a mé tra le me nt opposé à A . Et la li te n'est pas close ...

Te1n9ente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

La deltoïde de
Steiner, le
cercle circons-
crit, le cercle
des neuf points,
le triangle de
Morley, du tri-
angle ABC.

Une généralisation

On trouve dans la " bible géométrique"


de R. A. Johnson (A dvanced Euclidean
Geometry, Dover, 1960) cette générali-
sation du théorème de Wallace-Simson :
Soit S un point situé sur le cercle cir-
conscrit à un triangle ABC. On trace
de S trois droites faisant chacune avec
un côté du triangle (ou son prolonge-
ment) un angle de droites de mesure
fixée 8. Les points de concours des
droites issues de S avec les côtés de
ABC sont alors alignés.
Le lecteur vérifiera aisément que la
démonstration de ce résultat s'obtient en
générali sant celle du théorème de
Wal lace-Simson.
D.B.

Hors-série n° 24. le triangle Tc:ingente 73


SAVOIRS par Daniel Barthe

le théorème
de napoléon
Le théorème de Pythagore était connu bien avant la naissance
du philosophe grec. Le triangle de Pascal est le fruit du travail
des mathématiciens chinois du premier millénaire. La droite
de Simson a été découverte par William Wallace en 1797, bien
après la mort de Simson. Et le théorème de Napoléon n'est
probablement pas de Napoléon.

i, sur les côtés d ' un triangle

S quelconque, on construit , exté-


rieurement à ce dernier, trois tri-
angles équilatéraux , le centres de gra-
vité de ces triangles équilatéraux sont
les sommets d' un triangle équilatéral.
La première trace écrite de ce théorè-
me semble être la question 1439 du
numéro 122 du Ladies ' Diary de l'an-
née 1825 , question posée par un certain
Dr. W. Rutherford .
Bien que publié peu après la mort de
l' empereur, il n' y a aucune raison
objective de faire endosser la paternité
de ce théorème à Napoléon . Peut-être
qu ' un esprit facétieux, connaissant l' in-
térêt de Napoléon pour la géométrie, a-
t-il voulu , à travers le profil de ces trois
pyramides, rendre hommage au vain-
queur de la campagne d 'Égypte .
Nous nous proposons, dans cet article,
de donner une démonstration du théo-
rème de Napoléon , son lien avec le

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

problème de Fermat, ainsi que plu- On a, le plan étant orienté dans le sens
sieurs généralisations, dont certaines, trigonométrique, l'éga lité d'angles de
récentes, sont dues à John Conway. droites (théorème de l'angle inscrit
appliqué au cercle (ABC') :
; = (C'B , C'A) = (QB , QA) (7r).
De même, dans le cercle (ACB ') :
; = (B'A, B'C) = (QA , QC) ( 7r).

A'

Une première démonstration

La première étape de la démonstration


consiste à montrer que les cercles cir-
A'
conscrits aux trois triangles équil até-
raux sont concourants. En additionnant , membre à membre,
Avec les notations de la fi gure ci-des- ces deux éga lités, on obtient :
sus, noton Q le econd point d ' inter-
327T = - 31t (n) = (QB , QC) ( 7r).
section, autre que A, des cercles cir-
1t
conscrits aux tri angles équil atéraux Comme (A'B, A'C) = - ( 7r), on
ABC' et ACB ' (les points A et Q sont 3
trouve:
confo ndus si et seulement si l'angle en
(QB , QC) = (A'B , A'C) ( 7r).
A est pl at ; ce cas « dégénéré» est
La réciproque du théorème de l' angle
représenté par la figure sui vante).
inscrit permet d 'affirmer que Q appar-
tient au cercle circonscrit au triangle
équilatéral BCA'.
Proposons-nous, dans une deuxième
étape, de montrer que (KJ) est la
médiatrice de [AQ] (et de manière ana-
B c logue que (KI) et (IJ) sont les média-
trices de [QB] et [QC]) .
On a KA = KQ (rayons du cercle
(ABC')).
De même, JA = JQ (rayons du cercle
CAB ') .
(KJ) est donc bien la médiatrice de
[AQ] .

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingente 75


SAVOIRS Le théorème de Napoléon
La dernière étape utilise le théorème Le centres de grav ité des triangles
qui affirme que des ang les de droites extérie ur et intérie ur de Napo léon
ayant des côtés deux à deux perpendi - coïnc ident .
culaires sont égaux. Les droites (A'I), (8 'J) et (C' K) sont
(KJ) est perpendiculaire à (QA), (KI ) concourantes en le centre du cercle cir-
est perpendicula ire à (QB). On a donc : conscrit au triangle ABC.
(KJ , KI) = (QA , Q8 ) =
lt
(1r). Les droites (AL), (BM) et (CN) sont
3 concourantes .
De même,
Les segments [AA'] , [88 '] et [CC'] ont
lt lt
(JK , JI) = (1r) et (IJ , IK) =
3 3 (1r). la même longueur.
Le triang le lJK est équilatéral.
B'
La configuration de napoléon
Le théorème de Napoléon reste vrai si
les troi s tri ang les équilatéraux sont
construits intérieurement au triang le
ABC.

P,
'' '''
A '' ' ''
'' ''
''
\
'
''
''
'\
\
\ A'
''
B
I
I
I
I
_............... --- c La démonstration de cette dernière pro-
I
1 - priété est très simple . Le plan étant
6----
orienté dans le sen trigonométrique.
considérons la rotation r8 de centre 8 et
Convenon d 'appeler tri angle extérieur
3.On a r 8 (A') = C et rs(A) = C'.
lt
de Napoléon le triang le IJK et triang le d 'angle
intérie ur de Napoléon , le tri ang le
LMN. L' image d ' un segment par une rotation
On a alors le résultat sui vant : étant un segment de même longueur que
Pour tout triang le ABC , la différence le segment initi al, on en déduit que
des aires des triang le extérieur et inté- AA' = CC' .
On montre de même, en considérant la
rieur de Napoléon est égale à l'aire de
ABC. rotation rc de centre C et d' angle ; , que
La configuration de Napoléon réserve
88 ' = CC' .
encore bien des surpri es .
Ainsi les segment [KN] , [JL] et [IM] On en déduit , de plus, que les angles de
ont même longueur et font entre eux droites, formés deux à deux par les
des angles de 120°. dro ites (AA'), (88 ') et (CC') sont égaux
Les droites (Al), (BJ) et (CK) sont
concourantes. à; (7T).

Tangente Hors-série n° 24. le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES
On peut se demander ce que devient la Les triangles BPP' et BAC' sont équi-
configuration de Napoléon, si on rempla- latéraux et
ce le triangle porteur de triangles équilaté- AP + BP + CP = C 'P' + P'P + PC.
raux par un quadrilatère. La ligne brisée CPP'C' est plus longue
Parmi de nombreux résultats, retenons le que le segment [CC'].
très joli énoncé suivant : Si l'on construit
A
des triangles équilatéraux sur le côtés
d'un quadrilatère convexe en alternant la
position des triangles à l'intérieur et à
l'extérieur du quadril.atère, leurs centres
de gravité sont les sommets d 'un parallé-
logramme. B c
On a donc, pour tout point P intérieur à
ABC , AP + BP +CP ;;,: CC'.
S' il ex iste une configuration pour
laquelle l' égalité e t obtenue, le point P
correspondant réalisera le minimum
cherché.

--- = --- ---- =


Pour qu ' il en oit ainsi , on doit avoir
BPC C'PC - C'PB 180° - P'PB ----
= 180° - 60° = 120°.
On a, bien sGr, de même,

CPA = APB = 120°.


Ce point P, on l' a déjà vu, ex iste bien .
C 'e t le point P, issu directement de la
configuration de Napoléon , intersec-
tion des troi s droites concourantes
(AA '), (BB') et (CC').

B'

Le problème de f ermat

Pierre de Fermat ( 1601 - 1665) posa le


problème suivant au physicie n toscan
Torricelli ( 1608- 1647), célèbre é lève
de Galilée:
Un triangle ABC étant donné,
déterminer le point P intérieur à
ABC qui minimise la somme des
distances PA + PB + PC .
Considérons, pour cela, un point P que l-
conque appartenant à l' intérieur de ABC A'
et la rotation r8 de centre B et d' angle Ce point est appelé point de Fermat (ou
1T
3. Poson P' = r 8 (P) et r 8 (A) = C'.
parfois point de Torricelli) .

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Le théorème de Napoléon
La démonstration précédente est légère- T. Plaçons une première copie du triangle
ment fautive. Elle montre que le point P STU à l'extérieur de ABC de façon que
intérieur à ABC doit appartenir au seg- [ST] repose ur [AB] et agrandissons-le
ment [CC']. ju qu 'à parfaite coïncidence des deux
côtés ; fai ons de même avec la deuxième
C' et la troisième copie de STU en faisant
intervenir respectivement les côtés [TU]
et [BC] et les côtés [US] et [CA].
Alors le centres de gravité de troi tri-
angles semblables forment un triangle
~
B
'c semblable aux trois premiers.
Dans la configuration de Napoléon ou
Or, il n'en est pas ainsi si l' un des angles
dans celle du résultat précédent , les
de ABC est supérieur à 120°.
centres de grav ité des triangles sem-
Il est assez facile de voir que, dans ce
bl able paraissent jouer un rôle privi ligié
cas, le point de Fermat coïncide avec Je
pour retrouver la figure initiale . n n'y a
sommet où l'angle dépasse 120°.
rien d 'obligatoire à cela .
Le problème de Fermat est curieuse-
Convenons d 'appeler coordonnée tri-
ment plu s simple pour un quadrilatère
linéaires d ' un point P intérieur à un tri-
convexe. Une simple application de
angle ABC le triplet de réel positifs don-
l'inégalité triangulaire montre que Je
nant les distances respective de P aux
point cherché est Je point d ' intersec-
côté (AB), (BC) et (CA). (Multipliez les
tion des diagonales.
coordonnée tri-linéaires respectivement
par sin A, sin B et sin Cet vous retrouvez
Généralisations
les coordonnées barycentriques de P.)

Une première généralisation poss ible


consiste à remplacer, dans la configu-
ration de Napoléon, les trois triangles
équilatéraux par troi s triangles ayant la
même forme. Pour cela, considérons
un triang le quelconque STU dont trois
ré pliques plus ou moins agrandies vont
reposer sur les côtés du triangle ABC
(Pour simplifier la lecture de la figure
ci-dessous, nous avon uppo-
ser STU rec-
tangle en

Limitons-nous à la configuration de
Napoléon et considérons trois points
appartenant chacun à un des triangles
équilatérau x et ayant Je urs coordon-
nées tri -linéaires proportionnelles. Ces
T u trois points sont les sommets d ' un tri-
angle équilatéral.

TC1.n9ente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES
Voici, pour finir, une dernière générali - Les droites (AA'), (BB') et (CC ') sont
sation proposée par John Conway. concourantes en un point P(a, (3 , y)
Considérons trois angles, a, {3, y(dont la dont le coordonnées barycentriques
somme n'est pas nécessairement égal à sont
1r), et traçons la fi gure sui vante :

C ot A~ cota '
1
cot B + cotf3'

cot C ~ coty)
Une question en conclusion

Construi sons, sur les côtés d ' un tri-


angle, extérieurement à celui -ci, troi s
tri angles T 1' T 2 , T 3 dont les centres de
gravité forment un triangle équi latéral.
Les trois triangles T i, T 2 , T 3 sont-ils
néce airement équilatéraux ?

B' D. B.

La configuration de Napoléon permet de paver le plan.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Daniel Barthe

Le "théorème japonais" de
Lazare arnot
En 1800, un samouraï anonyme accrochait au mur d'un
temple une tablette de bois sur laquelle était gravé un sanga-
ku, problème de géométrie dédié à une divinité ( un kami) et
proposé à la sagacité des fidèles.
En 1803, Lazare Carnot publiait sa Géométrie de position.
Hasard de l'Histoire, un théorème de cet ouvrage permet de
résoudre élégamment le sangaku précité.

L
azare Carnot rêva un jour
d' une géométrie « plu subtile
encore » que celle d' Euclide :
« La géométrie naturelle est le génie lui-
même appliqué à la mesure des gran-
deurs. ( ...) Sans cette géométrie, l'autre
est un instrument inutile ; elle crée,
l'autre polit. ( ...) c'est par elle que les
mathématiciens entrevoient les résultats
d 'une hypothèse, avant même que de
l 'avoir analysée par un calcul exact. »
li n'empêche que dans sa Géométrie de
position , il énonça, entre autres, le
théorème sui vant , petit bijou de géo-
métrie élémentaire :
Soient un triangle A 1A 2A 3 et son
cercle circonscrit de centre O et de
rayon R. La somme des distances
"signées" du centre O aux côtés du Lazare Carnot (1753-1823) ,
triangle est donnée par : !'Organisateur de la victoire fut
00 1 + 00 2 + 003 = R + r, un militaire, un philosophe, un
où r est le rayon du cercle inscrit poète, un physicien, un mathéma-
dans A 1A 2Ay ticien et... le père de Sadi Carnot.

T4ngente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES
La di stance .. signée .. OO; est négati ve
si et seul e me nt si le segme nt l 00,J
est e ntière ment inclu s (à une ex tré mi -
té près) dans l' ex té ri eur du tri angle.

Nou fe rons tout d 'abord la démonstra-


tion dans le ea où A 1A 2A3 est acu-
tangle (tous les angle du triangle sont
aigus) ; 0 e t alors à l' intérieur du tri-
angle et toute le distances ignées
OO; (i = 1, 2, 3) sont positives.
Posons
a = A2A3 , b = A3A 1, c = A 1A2 ,
X= OO l'y = 002,Z = 003.

(Nous avon évidemment :


0 10 2 = c/2, üp3 = a/2,
Û 3Û1 = b/2.)
Les points 0 , 0 1' A3 , 0 2 sont cocy-
cliques; nous pouvou donc appliquer le En additionnant membre à membre les
théorème de Ptolémée : égalités (1 ), (2), (3) et (4), nous trouvons :
ay + bx + bz + cy + ex + az + cz
0 1A3 X 00 2 + 00 1 X 0 2A 3 + ax + by
= 0 10 2 X 0A 3 , =(a+ b + c)R + (a+ b + c)r ,
a b c soit
soit
2 y + x 2 = 2 R, ou encore (a + b + c)(x + y + z)
= (a + b + c)(R + r) ,
ay + hx = cR ( 1) . d, où : X + y + :: = R + ,. ,
De même, nou obtenons avec les c'est-à-dire :
point cocycliques 0, 0 2 , A 1, 0 3 (resp. 00 1 + 00 2 + 00 3 = R + r.
0 , 0 3 , A 2 , 0 1) :
Ir:. + cy = a R (2)
(resp. ex + a :: = hR (3)).
Nous savons, d 'autre part , que l' aire du
triangle A 1A2 A 3 est égale au produit du
demi-périmètre par le rayon du cercle
inscrit :
1
aire(A 1A2A_i) =
2 (a + b + c)r.
Cette même aire est égale auss i à la
somme des aires des triangles A 10A 2 ,
A20A 3 et A30A 1 :
1
airc(A 1A2A 1 ) =
2 (c:: + ax + by) .
Nous en dédui sons que ;
(c:: + a.r + hy) = (a + h + c)r (4).

Hors-série n° 24. Le triangle TC1.n9ente


SAVOIRS Lazare Carnot

Si le triangle A 1A2A3 est obtusangle pas ur le très riche site japonais


(par exemple en A3), appliquons le Japanese Temple Geometry Prob/ems) .
théorème de Ptolémée aux quadril a- Ce angaku est-il une in vention de
tère inscriptibles 00 30 2A 1, 00 1AP 2 Johnson ou le temple qui l' abritait a-t-il
et 0Ap 10 3 • été détruit lor de l' industrialisation for-
Nous obtenons : cenée du Japon ?
zb + aR = yc; ya + xb = cR ; Quelle que soit la réponse, ce sangaku
Rb + za = xc. est un pur joyau.
Nous avon d 'autre part : Soit un polygone convexe à n côtés
aire(A 1A2A3) = aire(OA3A 1) inscrit dans un cercle (C). On choisit
+ aire(OA2A3) - aire(0 AiA 1). une triangulation du polygone et on
D ' où (a + b + c)r = yb + xa - zc. trace les cercles inscrits dans les tri-
Additionnons membre à membre les angles. La somme des rayons des
quatre égalité obtenues : cercles inscrits est alors indépendan-
(a + b + c)(x +y - z) te de la triangulation choisie.
= (a + b + c)(R + r), Soit O le centre du cercle (C) et R on
so it x + y - ;: = R + r , rayon.
autrement dit , Pour chacun des n - 2 tri angles (T k)
00 1 + 00 2 - 00 3 = R + r . de la triangulation , (C) est son cercle
circonscrit.
Un sangaku magnifique Noton , ok. i ' ok, 2, ok. 3 les projetés
orthogonaux du point O sur les côtés
La seule référence au sangaku connu du triangle (Tk).
ous le nom de "vieux théorème japo- Rappelons que la distance signée OOk.;
nais" e trouve dans le li vre de Roger est négative si et seulement si le seg-
Johnson Advanced Euclidean Geometry ment [OOu J est contenue dans l' exté-
(Dover Edition 1960, première publica- rieur du triangle (T k).
tion 1929) . Toute autre recherche s'est D'après le théorème de Carnot , pour
avérée vaine (en particulier, il ne fi gure chaque triangle (T k) ( 1 :,;;;; k :,;;;; n - 2) ,

Tangente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES
Le ··,ieux théorème japonais"' met en jeu un polygone convexe inscriptible dans un
cercle, polygone que l'on triangule en traçant un certain nombre de ses diagonales.
Pour toute triangulation, on calcule la somme <les rayons <les cercles inscrits dans
les triangles de la triangulation du polygone. Et merveille des merveilles, cette
somme est toujour la même !

nous avons appartient à un côté du polygone ;


Ok. 1 + Ok. 2 + Ok. 3 = R + rk, notons-la alors dk ; elle intervient deux
fois, une fois de manière positive, une
où rk est le rayon du cercle inscrit dans fois de manière négative lorsque Ok.;
(T k) . appartient à une des diagonales du
La somme des rayon des cercles ins- polygone ; la contribution finale de ces
crits dans les triangles de la triangula- di tances est donc nulle .
tion peut donc s'écrire : Finalement,
L krk = L krk =

L k(Ok. l + o k.2 + o k.3) - (n - 2)R . (d 1 + d 2 + ... + d,, _ 2) - (11 - 2)R.


Dans la somme précédente , la distance La somme L k rk est donc bien indé-
"signée" ook. i intervient une seule pendante de la triangulation choisie.
fois et de manière positive si Ok. ; D.B.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Jacques Lubczanski

Ellipses inscrites
dans un triangle
Nous connaissons tous au moins une ellipse ins crite dans le
triangle : son cercle inscrit. En réalité, il en existe une infinité
d'autres. Voyons comment les construire.
/
tant donné un triangle ABC , il Il y a une infinité d'ellipses inscrites

E est facil e d ' inscrire un cercle


dan ce triangle, c'est-à-dire de
construire un cercle intérieur au tri-
dans un tri angle donné : imposons
nous une condition upplémentaire en
nous donnant la pos iti on d ' un des
angle, et tangent à ses troi s côtés: c'est foye rs F de l' ellipse.
le cercle « inscrit », dont le centre est Rappelons les propriétés de ba e :
le point de concours des bi ssectrices - un po int M de l'e llipse vérifie
intérieures . MF+ MF' = EE' ;
À présent , si on di po e d' un logiciel de - le cercle de centre F' de rayon EE' est
géométrie qui sait tracer de coniques à un cercle « directeur » ;
partir de cinq points, comme Cabri- - la tangente en M est médi atrice de
Géomètre, comment construire une [FQ] .
ellipse inscrite dans le triangle ? Les sy métriques P, Q et R du foye r F

--. . . ..... ...... . ...... ·O........ . .... .


F O

84 Tcingent:e Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

par rapport aux côtés (BC), (CA) et contre neuf ellipses, dont le cercle cir-
(AB), qui sont des tangente à l'ellipse, conscrit , qui ont toutes le même point
sont sur un cercle directeur de celle-ci, de contact W avec (AB ).
qui a pour centre l' autre foye r F' . En On pe ut auss i, e n effectuant des
pratique , on construit P, Q et R, pui s le constructions supplémentaire , obser-
point F', centre du cercle circonscrit au ver de belles propriétés géométriques :
tri angle PQR . - les droites (AU), (BV) et (CW) sont
Les rayons (F' P), (F' Q) et (F' R) cou- concourantes ;
pent les tangentes (BC) , (CA) et (AB) - le cercle de di amètre [EE ' ], cercle
en trois points U, V et W de l'ellipse « principal » de l'ellipse, coupe les
cherchée. côtés du triangle aux pieds des projec-
La droite (FF' ) est un des axes de l 'el- tions orthogonales de F et F' sur ces
lipse : on construit les symétriques de côtés ;
deux des points déjà obtenus U, V et W - les foye rs F et F' s'échangent par
pour avoir en tout les cinq points néce - in version isogonale: (AF) et (AF'),
sai res au logiciel pour tracer l'ellipse de (BF) et (BF'), (CF) et (CF') sont res-
foyer F inscrite dans le triangle. pecti vement symétriques ~ !app;:,rt
En déplaçant le point F avec la souris, aux bi ssectrices des angles A , 8 et C .
on peut voir l ' ellip e se déformer en
restant inscrite dans le triangle . J, L.
A
À titre d'exemple , on a construit ci-

Hors-série n° 24. Le triangle Tc:ingent:e


SAVOIRS par Daniel Barthe

Inscrire I

un carre
Inscrire un carré dans un triangle, c'est construire un carré
dont les sommets appartiennent aux côtés du triangle ( ou à
leurs prolongements).
Le plus grand carré pouvant être placé dans un triangle est-il
nécessairement un carré inscrit ? Cette question et quelques
autres ne manquent pas de révéler quelques jolies surprises.

'après le principe des tiroirs , • soit ils ont opposés :


deux sommets d'un carré ins- A
crit dans un triangle ABC
doivent appartenir à un même côté de
ABC :
• soit les deux sommets du carré ont
adjacents :
A

Nous nous intéresseron uniquement au


premier cas qui a l'avantage, lorsque le
B c triangle est acutangle, de fournir un
carré vraiment inscrit dans le triangle.
Il existe, en général, trois carrés inscrits dans un triangle.
Si les trois angles du triangle sont aigus, le plus grand carré contenu dans le tri-
angle est l'un des trois carrés inscrits. Si l'un des angles est obtus,
le résultat précédent tombe en défaut.

Tangente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

fi vecten
Dans un article publié en 18 16 dans le
Annales de Gergonne, Vecten, profes-
seur de mat hé matiques spécia les à
Nîmes, étudiait le propriétés de la figu-
re ci-contre, visibl ement in pirée de la
pythagoricienne "chaise de l'épou ée".
Les troi s carrés sont construits sur les
côtés d ' un triangle ABC , à l'extérieur de
ce triang le. Les droites menées d ' un som-
met du triangle au centre du carré opposé sont
concourantes en un point T appe lé premier point
de Vecten du triangle (si vous construisiez les carrés
à l'intérieur du triangle, vo us obtiendriez de même le
second point de Vecten).
Une des façons les plus simples de démontrer ce
résultat est d 'établir que les droites en jeu sont les
hauteurs du triangle équilatéral VAV8 Yc-
Un autre résultat intéressant lié à la fi gure de Vecten
e t la jolie relation :
AV/ + BVB2 + cv/ 2 2
= 3(AB + BC + CA ).
2

A
procedé simple de construction

Pour inscrire un carré dans un tri angle


ABC , le carré étant posé sur la base
[BC] , une méthode simple et astucieu-
se consi te à construire un carré de côté
[BC] à l' extérieur du triangle .
Avec le notations de la fi gure c i- 8 c
contre , la droite (AE) coupe la base Q-----oE
- ,- - - --,<>-------Q
0
[BC] en E'. De même, (AD) coupe
[BC] en D'. Il ne reste plu s qu 'à consi-
dérer le carré de côté [E'D') à l' inté-
rieur du triangle pour obtenir le carré
in scrit.
Le lecteur s'assurera de la pertinence
de cette construction en examinant
l'action de l'homothétie de centre A
qui tran forme E en E'. (Les homothé-
ties con ervent l' orthogonalité et le
paralléli sme.)

Hors-série n° 24. Le triangle Tc,ingente


SAVOIRS Inscrire un carré

En général, un triangle admet tro is Si on désigne re pecti vement par a, b,


carrés inscrits. c les longueurs des côtés [BC]. [CA],
A
[AB] de ABC , on obtient fac ilement la
longueur x" le côté du carré inscrit posé
sur [BC] en fo nction de a, b, c grâce à
la relation :
1 1 a
-=-+-
X(/ a 2s
où s est l'aire de ABC donnée par la
formule de;....::cH=-=é..:. .ro::.n:. :. . .:. .:_ _ _ __
s = Yp(p - a)(p - b)(p - c),
p dés ignant le demi-périmètre de ABC.
8 c Les côtés xa• xb et xc des trois carrés
L'exception concerne les tri angles inscrits dans ABC véri fie nt donc les
rectangles ; il n'y a alors que deux relations :
carrés inscrits, le sommet de l' un des
carrés coïncidant avec le sommet de
l'angle droit du tri angle.

A 1( -
=- 1 --1) .
C Xe C

l plu qrdnd drre ddn un tri n I

Proposon -nous de chercher, mainte-


nant , le plus gra nd carré pouvant être
8 c contenu dans un tri angle donné.
À la suite d'Eugenio Ca labi , nous
Les trois droite menées d' un sommet dirons, pour un triangle T, qu ' un carré
du triangle au centre du carré "posé" e t calé dans T s' il ne peut être agrandi
sur le côté opposé sont concourantes continûment , en tant que carré, dans T.
en un point qui n'est autre que le pre- En général, on peut caler troi s carrés
mier point de Yecten (voir l'encadré La dans un tri angle (le triangles rec-
fig ure de Vecten). tangles constituent une excepti on à
cette règle) . Pour s'en convaincre,
A considérons un carré K inclu dan un
tri angle T. À l'aide de rotations et de
translations, il est toujours loisible de
" poser" un des côtés c de K sur un
côté t de T, tout en restant dans T. Le
carré K peut alors être dil até continû-
ment via des homothéties de faço n à,
fi nalement , se caler dans T (le centre
des homothéties e t une de extrémi-
tés du côté de T incluant c, ce côté c
8 c devant se maintenir "à pl at" ur t).

Tangente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES
Troi config uratio n di stinctes sont La détermination de ce plus grand carré L.:, d.:u, partie, "/.1·
alors poss ibles : dépend de la longueur du côté du tri- />ltl\ r.:rt11ul < arr,
d<1111 u11 1ri<111g/c" l'l
i) si les deux ang le de T , de sommets angle sur lequel repose le carré calé.
t!t
"{.(' l/'/<111g!t
les ex trémi tés de t , sont aigus , alors Si les trois angles du triangle sont
( a/ahï' ,u i \ c'lll l1de·
les de ux sommets de K qui n 'appar- a igus, alors les positions des troi s car-
kment la demonstra
tiennent pas à c, se trou vent , chacun ré calés ont similaires : le carré calé
t1on ong111elle dl·
sur un des deux autres côtés du tri - e t inscrit dans le tri angle, ses sommet
Cal,1h1 (0111/111< of
ang le . (Le carré est inscrit dans T.) sont di tincts de ceux du triang le et ( alah1 \
de ux d 'entre eux a pparti enne nt au ( (}/1\//'l(<'IÙJ/l 11111/
A
mê me côté du tri angle. Et le carré calé /'roof ,ur le site' de
le plus grand est celui posé sur le plus .\fath 1<1/1).
petit côté du triangle.

B c
ii) si l' un des angles, di son celui de
sommet A , est droit , alor l' un des
sommets du carré K se trouve en A , de
sorte que les deux côté de K (dont c)
issus de A re posent sur le côtés du tri-
angle ; le dernier sommet du carré B c
appartient à l' hypoténuse . Si le tri angle est rectang le , le carré calé
sur l'angle droit est toujours plus grand
A
que celui posé sur l' hypoténuse.

~
A

B c
iii) si l'ang le e n A e t obtu , a lors un
des sommets de K se trou ve e n A et un
des côtés adjacents, di sons [AP], est
posé sur t ; le sommet o pposé à A B C
appartient au plus long côté de T et le La situation est différente si le triangle
derni er sommet de K , opposé à P, ABC possède un angle obtus, disons en C.
reste à l' intérie ur de T.
A
A Le carré K n'est pas calé dans le tri-

~
angle ABC. Il ex i te une infinité d' ho·
mothéties de centre C qui dilatent K
tout en le maintenant dan ABC. En
revanche le carré K' est calé dan ABC .
B c
li est clair que le plus grand carré conte-
nu dans un tri angle T est l' un des trois
carrés ca lés dans T. B c

Hors-série n° 24. Le triangle Ta.n9ente


Nous allons tout d 'abord comparer la Nous pouvons alor oupçonner l'ex is-
taille des carré calé qui sont posés tence de triangle intermédiaires où les
sur les côté [AC] et [BC] de l'angle deux carrés ca lés en jeu sont "égaux"
obtu s (dans ce cas, nou avons que ces (isométriques), exhibant ce que René
deux carrés ont un sommet commun Thom appelait une "cata trophe".
qui n'est autre que C). Nous allons construire ces triangles
Si AC > BC , alors le carré posé sur "catastrophiques" qui vont nous mener
[AC] est plus grand que celui posé sur à l'étonnant triangle de Calabi .
[BC] . Ainsi dans le cas d' un tri angle
scalène et obtusangle, le plus grand Le trianqle de Calab1
carré contenu dans ce triangle ne peut
jamais être le carré calé reposant sur le Partons d' un triangle APQ rectangle en
plus petit côté, contrairement à ce qui P et possédant un côté "horizontal"
se passe pour un triangle ac utangle. [AP] plus long que son côté "vertical"
B [PQ] (grosso modo, nous pouvons
prendre PQ < 0 ,82AP [voir plu loin]).
Prolongeons (AP) au-delà de P d' une
longueur au moins égale à 2AP + PQ et
prolongeons l' hypoténuse [AQ] au-delà
de Q jusqu 'au point C tel que
AC = AP + PQ.
A C Sur la demi-droite [AP), marquons le
point S vérifiant AS = AP + PQ , et sur la
Pour déterminer le plus grand carré demi-droite [AQ) marquons le point P'
contenu dans un triangle scalène et tel que AP' = AP.
obtusangle, il nou faut donc comparer Construisons les points R et R', som-
la taille des carré calé qui sont posés mets des carrés isométriques PQRS et
sur le côté " médian" et sur le "grand" P'CR'S' (symétriques l' un de l'au~ar
côté du tri angle. rapport à la bissectrice de l'angle QAP ).
Si l'angle obtus est quasi-droit , alors le Traçons la droite (CR) qui coupe la
carré po é sur le "grand" côté est plus demi-droite [AP) en B.
petit que celui posé sur le côté "médian". Le triangle ABC possède un angle obtus
B en C et contient deux carrés calé iso-
métriques et cec i de manière non symé-
trique.

A c
Si l'angle obtus est quas i-plat, alors le
carré posé sur le côté " médian" est
A p Q' s B
plu s petit que celui posé sur le "grand"
côté. B D'après les argume nts évoqués plu s
tôt, ces deux carrés peuvent briguer le
titre de plus grand carré contenu dans
A c le tri angle ABC .

T«ngente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

Le plus grand carré que puisse contenir un triangle


est en général unique. On imagine facilement que
pour un triangle équilatéral, il y ait trois carrés
"égaux" à revendiquer le titre de "plus grand".
Mais qu'un autre triangle, non équilatéral, partage
cette propriété est une véritable surprise.
C'est le triangle de Calabi, représenté ci-dessous.

A p s B
La "catastrophe" surg it quand l'angle et, résultat surpre nant , ses troi s carré
a = BAC n'est pas plus grand que calés ont "égaux" .
Ce triangle inattendu , est le " triangle
l'angle f3 = ABC . de Calabi " .
li n'est pas très di ffic il e de vo ir, e n . µ
Pour déterminer µ , posons t = tan
supposant AP = AP' = 1, que
dans (** )
2
1 + cos a - sin a 2t
tan f3 = (*) (d ' où sinµ = - - -
cos a+ sin a 1+ t2
Une étude rapide de(*) mo ntre que f3 J - t2
est une fo nction décroissante de a. et co µ = ~ ) .
La construction des triangles "catastro-
phiques" demandant à ce que f3 ~ a, (* *) se transforme en l'équation du
nous voyons que les valeurs admi s- troi iè me degré :
sibles de a s'éche lonne de valeurs 2t 3 - 3t 2 - 2t + 1 = 0 ,
positi ves arbitrairement petite à une dont le troi s solutions approchées
valeur max imale qui est la plus petite sont :
solution pos iti ve µ de l' équation obte- - 0 ,744644 ; 0 ,3555416 et 1,88923 .
nue en posant a = f3 = ! Ldans (*) :
Nous avons donc
+ cos µ - sinµ
tan µ = (** ) µ
tan 0 ,3555416 ,
cos µ + inµ
2=
li s'ensuit que pour cette vale urµ , le et µ = 0 ,682982699 l 6 l ... radian
triangle obtusang le ABC est isocè le, (ouµ = 39 ,1320261423 degrés).

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


Inscrire un carré

En résumé, il n'ex iste, à une similitu- Troi carrés dans un trldngle


de près, que deux triang les où le plus
g rand carré enc los se décline e n troi s Pour conclure, évoquons deux résultats
exe mpl a ires : le tri ang le équil até ral et récents mettant en scène trois carrés iso-
le tri angle de Ca labi . métrique emprisonnés dans un triangle

Eugenio Calabi
Le mathématicien d'origine ita-
lienne Eugenio Calabi, né en
1923, a fait toute sa carrière à
l'université de Pennsylvanie.
C'est tm spécialiste de géométrie
diffél'entielle et de la théorie des
équations aux dérivées par-
tielles.
En 1946, alors qu'il était étudiant
au M. I. T., Eugenio Calabi rem-
porta la célèbl'e "William Lowell
Putnam Competition".
Bien plus tard, devenu Putnam
Fellow, il dirigea, à plusieurs
l'eprises, la préparation d'une
équipe de jeunes gens. C'est lors
d'une de ce séances d'entrâme-
ment, qu'il découvrit ''son" tri-
angle.

Tangente Hors-série n° 24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES
(Congruent Inscribed Rectangle, J.-P. A
Ehnnann , Forum Geometricum , 2002 et
Traditional Japanese Mathematics
Problems f rom the /8th and !9th
Centuries, H. Fukagawa & J . F. Rigby,
Singapore Sc. Cult. Technology Press, 2002) .
Pour tout point P intérieur à un triangle,
traçons les segme nts [PA] , [PB] et [PC]
et considérons les carrés inscrits respec-
ti vement dans les triangles APB , BPC et
CPA et posés sur les bases [AB], [BC] et
[CA]. li existe alors un unique point P =
E, dit point de Ehrmann , te l que les
tro is carrés oie nt isomé triques .

Peut-on construire trois carrés isomé-


B c
triques ayant un sommet e n commun , à c
l' intérieur d ' un tri angle ABC , de faç on
que chacun d 'eux ait deux sommets
opposé qui appartie nne nt à de ux côtés
d u triangle ?
La ré po nse est affi nnati ve ; le sommet
commun est le point de Kenmotu et le
côté a' des "carrés in scrits" s'ex prime
en fo nction des côtés a, b, c et de l' ai-
re 6. du triang le ABC par la fo rmule :

a' =~~~~~~~-
V2 abc
2
a + b 2 + c 2 + 46. ·
D.B.
A B

Michelangelo
Buonarroti
(1475- 1564).
Les ancêtres du
Christ, 1510.
Cappella Sistina,
Vatican.
Le groupe de per-
sonnages Oe
futur roi de
Judée, sa mère,
son père Jotham
etun de ses
frères) est inscrit
dans un carré,
lui-mê me inscrit
dans un triangle.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Daniel Barthe

la merueille de
f rank morley
Frank Morley découvrit en 1899 un théorème remarquable
révélant une symétrie inattendue du simple triangle.
Comment une telle merveille a-t-elle pu échapper aux milliers
de géomètres qui, depuis Euclide, ont exploré les arcanes de
la géométrie plane ?

il voir dans ce défaut de constructibili-


té le manque d 'appétence des géo-
mètres de l'âge d'or pour les tri sec-
trices ? Quoi qu ' il en soit , le résultat
tardif de Morley sur le trisectrices
associées à un triangle a été obtenu par
la bande. Sa formu lation initi ale , assez
rébarbative, n'est-elle pa : « Si une
cardioïde variable est tangente aux
côtés d 'un triangle, le lieu géométrique
de son centre est un ensemble de neuf
droites qui sont parallèles trois à trois,
les directions étant celles des côtés d'un
triangle équilatéral. Les points d'inter-
section de ces droites correspondent à
Frank Morley des points de contact double ; ils sont
(1860-1937) également les points d'intersection de
es deux tri ectrices d ' un angle certaines paires de trisectrices des

L divisent ce dernier en trois


angles égaux. Contrairement à
ce qu ' il en et des bi s ectrice , il n'est
angles internes et externes du premier
triangle. » ? (Confirmant ai nsi la
célèbre loi de Malek : « Toute idée
pas possible, en général, de con truire, simple era, dans un premier temps,
à l'aide du seul compas et de la seule toujour exprimée de la faço n la plus
règle, les tri sectrices d'un angle. Faut- compliquée. »)

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

Si l'on mesure la fascination


exercée par un théorème par
le nombre de démonstrations
qu'il a suscité, alors le
théorème de Morley est, en
n'en pas douter, l'un des plus
fascinants de la géométrie.

le théorème de morley
Les points d'intersection des paires
de trisectrices adjacentes des angles
d'un triangle sont les sommets d'un
triangle équilatéral.
Fran k Morley fit sa découverte en 1899
et en parla autour de lui .
Si l'on me ure la fa c ination exercée
par un théorème par le nombre de
dé monstrations qu ' il a suscité, alors le
théorème de Morley est , e n n 'en pas
douter, l' un des plus fascinants de la
géométrie.
De la première démonstration très
simple de M . T. Naraniengar en 1909 à
celle remarquable d ' Alain Connes en
1998 , en passant par les passionnantes
études de John Conway et de Henri
Lebesgue, il e t difficile de faire un
compte exact des di fférentes preuves de
la merveille de Morley. (Nou propo-
sons en encadré une démon tration au
parfum trigonométrique) .
La configuration de Morley e t riche de
résultats étonnants. Nous avon repré en-
té ci-contre une figure où interviennent
les trisectrices intérieures et extérieures
Pour en savoir plus
des angles du triangle . Cinq triangles I.e t/réorème cle ,Uorley, André Viricd. i~ditions
équilatéraux apparaissent naturelJement. ADCS.
En fai t, on a mieux : 27 des points d' in- , \ 11ew 1n·oof of Morley 's t/reorem,
Alain Conru.•s, Quadrattn·e n " 47.
tersection des tris ectrices d ' un triangle
'/'Ire clrn11gi11g s/rnpe of Geometry, Chris Pritchard ,
se réparti sent 6 par 6 sur 9 droites (3 à 3 Cambridge Unh·ersity Press.
parallèles). Ces points sont les sommet 1n1erne1
de 27 triangles équilatéraux . http: //www.l·ahri.net
D.B.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS La merveille de Frank Morley

Théorème de Morlev :La démonstration de A. Letac


A. Letac, Solution (Morley's triangle), Problem n° 490, Sphinx, n° 9 (1939).

Pour simplifier certaine formule ,

3.
'TT
nou po eron u = A

Nou noterons aussi par 3a, 3b, 3c


les me ures respective de angles en
A,B etC.
(Nous avon ain i a + b + c = u.)
R désignera le rayon du cercle cir-
con crit au triangle ABC.
D'aprè la loi des inu appliquée au
triangle ABC nou avon
BC=2Rsin3a. B c
Appliquée au triangle BPC, cette
même loi donne

-BP BC
-=--- --- BC
in c sin( 'TT - b - c) in(b + c)'

' , BP
d ou - - . sin 3a = 2R
= 2R . sin 3a . . BP
et ams1 = 2R in. 3a sin c .
sin c sm(b + c) sm(u - a) m(u - a)

Combinon ce résultat avec l'identité sin 3a = 4 ·in a sin(u + a) in(u - a) extraite du mirifique
coffret de formule trigonométrique . Nous obtenon
BP = 8R sin a sin c sin(u + a).
De même,
BR = 8R sin c sin a in(u + c).
Utili ons maintenant le théorème d'Al-Kashi dans Je triangle BPR (ou loi de cosinu pour no
amis anglo-saxon ) :
PR 2 = BP 2 + BR 2 - 2 BP X BR cos b
= 64 sin 2 a sin 2 c (sin 2 (u +a)+ sin 2 (u + c) - 2 sin(u + a) sin(u + c) co b).
Pui que (u + a) + (u + c) + b = 'TT, nou pouvon. à nouveau appliquer le théorème d'Al-Ka hi à
un triangle d'angles u + a, u + c, b et de côtés, d'aprè la loi des inu., in(u +a),. in(u + c),
in b (on peut évidemment suppo er le rayon du cercle circon crit égal à 1) :
in 2 b = sin 2 (u + a) + sin 2 (u + c) - 2 in(u + a) in (u + c) cos b.
Nou en dédui on que
PR = 8 R in a in b sin c.
Vu la symétrie de cette dernière expre sion, nous obtenon PR = RQ = QP; le triangle PQR e t
bien équilatéral.

Tan gente Hors-série n°24. Le triangle


SAVOIRS par Denis Guedj

mesurer du linéaire
par de l'angulaire
Découverte au xvue siècle, la triangulation permet de
déterminer des longueurs grâce à des mesures d'angles,
en appliquant une formule simple de trigonométrie,
libérant ainsi la mesure des contraintes liées au terrain.

a Terre est ronde, c'e tune chan- tour de la roue, qui était de 20,43 pieds

L ce ! Si elle ne l'avai pas été, on


n'aurait pas pu la mesurer.
Mesurer la Terre. Combien l' ont rêvé !
et le bai a à 20 pieds). De l' arpentage
donc ou une forme ou une autre.
Pui s v int Sne lliu s, de son nom
La première véritable mesure fut celle Willebrord Sne ll van Royen, invente ur
d ' Eratosthène en Égypte au me sièc le entre autres cho e de la lo i de réfrac-
avant notre ère . Pour mesurer l'arc de tion (avant De cartes). Surno mmé
méridie n entre Alexandrie et Assouan , L'Eratosthène hollandais, il mesura en
le long du Nil , il utili sa un bémati ste: 1615 l'arc Leyde-Soeterwoude (aux
compteur de pas profess ionnel. Il fallut Pays-Ba ) en employant une méthode
attendre di x-huit siècles pour qu'une révolutionnaire: la triangul ation . Il
nou velle mesure soit effectuée par Jean effectu a it là, se lo n les dires de
Fe rne l, médec in et astronome, qui Delambre, la première mesure vérita-
mesura un degré de méridien entre blement moderne.
Amiens et Paris en utilisant un « comp-
teur de roues » comptabili sant le Se libérer du terrain
nombre de tours de roue d ' un coche
(pour tenir compte des mou vements de Pri sonnière du re lief, la ligne matérie l-
déviation du coche, Fernel diminua le le joignant les deux extrémité de l'arc
à me urer est , d ' une part plu longue
Il ne s'agit plus d'ajouter des longueurs que l'arc recherché - de combien ? -,
en « collant » au terrain, mais, d 'autre part , souvent inapplicable, à
cause de la présence de cours d'eau, de
prenant de la hauteur, de mesurer
précipices, de montagnes, etc .
des angles dans les airs ! Il était impérieux de mettre au point

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : LA PLASTIQUE DU TRIANGLE
1

une méthode qui « libé rait » la mesure Les triangles mesurés ici sont rectilignes.
du terra in . En la « dé e mbourbant »
des aléas du re lief par des s inuos ités
Or les triangles géodésiques, sur le globe
(c'est à dire des écarts à la lig ne droite) terrestre, ont curvilignes.
et des inclinai ons (des écarts à l'hori-
zo ntale), la trigonométrie le permit. En Par conséquent, on peut mesurer la
effet, il ne 'agissait plu d 'ajouter de long ueur d'un trajet rectilig ne , en parti-
lo ng ueu rs e n « collant » au terrain , culier un arc de méridien , à l'aide d'une
mais, prenant de la haute ur, de mesurer série de mesures ang ulaires et. .. d'une
des ang les dans les airs. unique mesure linéa ire .
La méthode est la sui vante . Tout d 'abord
Des triangles on recouvre l'arc de méridien par une
chaîne de triangles . Pour cela , on choisit
Figure reine de la géométrie, le triangle de part et d'autre du méridien des points
règne éga le me nt dan la trigo nométrie. situés en hauteur et visibles de loin ,
En lui , sont lié ces deux êtres mathé- comme par exemple les sommets d'édi-
matiques si diffé rents que sont les fices é levés (tours, églises , château
lignes et les angles . En effet, s i on d'eau ...) ou e ncore des signaux disposés
connaît deux angles et un côté d'un tri- sur des hauteurs naturelles (pics, etc.).
ang le a lors on connaît tou s ses côtés. Le choix de ces points constitue la plus
Ce ré ultat bie n connu s'exprime , entre grande difficulté de la méthode .
autre, par la formule des sinus : En uite on mesure les angles des tri-
angles par des visée effectuées à l'aide
a b c
d ' un théodolite. Il s'agit jusqu ' ici de
si nA = sinB = s in C mesures géodés iques .

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Mesurer du linéaire ...

F On débute par le tri angle dont l'un de


côtés est constitué par la base.
Connaissant ses angles , on détermine
se deux autres cotés grâce à la fo rmu-
le qui précède . Or chacun de ces cotés
est, en même temps, celui de l'un de
E ceux des triangles contigus. Comme
nou connai ons les angle de ce tri-
angle, nou s en dé ui son les deux
autre côtés, et ainsi de suite ... En
re montant la chaîne e ntière , on
« résout » la totalité des triangles.
Les sommets des triangles , matériali-
sés par des ignaux, n'étant pas situés à
la même hauteur, les triangles sont
incliné . On les ramène à l'horizontale
en me urant l'angle de chacun d'eux
avec la verticale.
On remarquera néanmoins que les tri-
angle me urés ici ont rectilignes. Or les
triangles géodé ique , sur le globe ter-
re tre, ont curvilignes. Il faudra donc
convertir les premiers en les seconds à
G
l'aide de formules mathématique : c'est
le passage de la trigonométrie plane à la
trigonométrie sphérique.
Pui on « abaisse » l'ensemble du cane-
H
vas des triangles au niveau de la mer.
On veut connaître la longueur de 1· arc de On obtient ainsi la longueur de l' arc.
méridien FH. AB est la ba~e. On détermine
de proche en proche les côtfa des triangle, le mètre
ABC, BCD. CDE. DEF,ABG.AGH grâce à
la formule des sinus. On mesure également Base du système métrique , le mètre,
les angles EFE" et E'FD et on calcule suc- nou ve lle unité uni verselle de longueur,
cessivement les longeurs FE', E'C', C'B'. a été défini par les assemblées révolu-
B'A, A'G' et G'H. On obtient ainsi FH. tionnaires, Législati ve et Convention,
comme la di x- millionième partie du
Puis on mesure sur le terrain même , à quart de méridien. Pour le déterminer,
l'aide de règles, un seul côté de l'un des deux astronomes J .B . Delambre et P.
triangles, la base. C'est e lle qui donne Méchain me urèrent , entre 1792 et
l'échelle de la triangulation . Là, et là 1799 , l'arc de mé ridien entre
seulement, il s'agit d'arpentage. Dunkerque et Barcelone .
Enfin , on détermine la direction des La ba e de la triangulation se ituait à
côtés des tri angles par rapport au méri- Melun et la chaîne complète compor-
dien, c'est à dire leur inclinaison. Pour tait 94 triangles !
cela , on mesure l'angle qu'il forment
avec le méridien. D.G.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


par Hervé Lehning EN BREF

l'ombre d'un triangle


Les illusions d'optique
sont à la base de la Triangle de Kaniza
visualisation des Dans la figure verte aux
objets de l'espace. On trois cercles, voyez-vous
un triangle ?
peut aussi les créer Oui ? Je n'ai pourtant rien
pour le plaisir. dessiné de tel ! Juste
quelques cercles un peu
rognés dans les coins. Le
triangle est objectivement
absent, sa présence est
purement subjective.
Le fantôme d ' un trian~le

Question de longueur
Dans le triangle rouge ci-contre , le
point est-il plus proche du sommet du
Triangles et relief triangle que de sa base ?
De façon plus sérieuse, les Oui ? Cependant, il est à égale dis-
illusions d'optique servent à tance des deux ! Pourtant, en met-
donner l'impression de voir tant ces longueurs en relation
des objets en relief. Ainsi, avec leur environnement, notre
ces quelques triangles peu- cerveau voit une différence. Le point médian
vent être vus comme for-
mant un tétraèdre : La même illusion se produit dans le dessin suivant,
quelle est la plus longue des deux diagonales ?

3Dou2D?

Notre représentation plane Les deux diagonales


des objets de l'espace est
entièrement fondée sur ce Aucune, bien sûr! Elles sont toutes les deux de
phénomène. même longueur !

Hors-série n° 24. Le triangle Te1ngente


SAVOIRS par Élisabeth Busser

Hrithmétique
en triangles
Des « triangles nombreux», c'est-à-dire des triangles de
nombres, des « nombres triangulaires », voilà quelques façons
non géométriques d'envisager le triangle. Eh oui, le triangle
peut aussi être arithmétique ! La disposition en triangle est en
effet fort riche et permet de visualiser beaucoup de propriétés.

chances avez-vous de le retrouver ?


Fac ile ! Il vous suffi t de connaître le
no mbre de choix poss ibles de 4
chi ffres parmi 10 . On note aujourd ' hui

ce nombre de choix ( J). ce qu 'au


1

temps de Pascal o n ava it convenu


d 'écrirec1o, nombre de combinaisons
de 4 objets pri s parmi 10. Même si
c'est un grand nombre, on peut le ca l-
culer de proche en proche. Voici com-
On résout ment : ces codes, vou pouvez les écri -
bien des
problèmes re avec ou sans zéro . Il y a ( ~ ) code
par simple
lecture du contenant O et ( ~ ) codes écrit san

triangle de
Pascal zéro . Voilà donc que ( J)=( ~)+ ( ~ ).
1

L
e code de votre carte bancaire a
4 chiffres, tou s différents, à C'est cette propriété qui a suggéré à
choi sir parmi 0 , 1, 2, 3, 4, 5 , 6 , Pasca l en 1653 l' idée d'éc rire ses
7 , 8, 9. Si vous l' oubliez, combien de « combinaisons » en triangle.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : LA PLASTIQUE DU TRIANGLE

d'innombrable propriétés des nombres


de son fameux triangle. « Je laisse un
bien plus grand nombre de propriétés
que je n'en retiens ; il est extraordinai-
re de constater à quel point il est ferti -
le en propriétés. », nous dit-il.
TRIANGLE
AIIJTHMÊT112JJEl. Comment ce fameux triangle est-il
construit ? Il contient tous les nombres

( ; )de combinaisons de p objets pris


parmi n, et rangés par lignes suivant les
valeurs croi santes de n. Les nombre
aux extrémités de chaque ligne sont
Triangle de Pascal des I puisqu ' il n'y a qu ' une façon de
Ce n'est certes pas le premier à avoir prendre un objet parmi O : c'est de n'en
eu cette idée puisque, avant lui , en prendre aucun .. . et une seule façon
1303, le mathématicien chinoi s Zhu aussi de prendre n objets parmi n :
Shi Jie et, vers 1400 , le mathématicien c'est de tous les prendre ! Une fois
arabe Al Ka hi l' avaient déjà eue . Tous posées les deux première lignes, donc
ont dispo é les nombres représentant constituées d ' un « 1 » et de deux « 1 »,
le combi naison en triangle où chaque les autres 'en déduisent par la miri-
nombre se calcule en fa isant la somme fique propriété vue plus haut :
des deux nombres au-dessus de lui .
(;)=(;=:)+(n;I).
C'est elle qui donne sa forme au triangle :

Triangle de Pascal

Et voi là résolu notre problème du


Le triangle arithmétique chinois
début : vou avez seulement une chan-
Dans Le miroir précieux des quatre élé- ce sur 210 de retrouver votre code!
ments, Zhu Shi Jie pré entait une di po- Dans son traité, Pascal résout maint
sition en triangle des coefficient , mais problèmes par simple lecture du tri-
Pascal dans son Traité sur le triangle angle, et ile t vrai qu'on peut y trouver
arithmétique va plus loin en faisant état de multiples propriétés.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Arithmétique en triangles

Secrets de droites

Comme dan un tri ang le géométrique ,


le droite que l'on peut tracer dans le
triangle de Pa cal ont leur importance.
Les côtés tout d'abord : ils ne sont faits que
de « 1 », comme nous l'avons déjà dit.
Deuxiè mement , les parall è les aux
côtés obliques, que nou appellerons
le « diagonales». La deuxième nous
donne la suite des entier , quoi de plus

normal puisque ( 7) = n : il y a II

façons de choisir un objet parmi n. Sur


la troi sième on peut lire par exemple le
nombre de poignées de mains échan-
gée entre n personnes pour n supé-
rieur ou égal 3 ou alors le nombre de
droites qu 'on peut tracer entre II points
dont trois ne ont jamai aligné : avec
3 point , 3 droite , avec 4 point , 6
droites ; etc... Sur la quatrième, on
peut lire éga lement le nombre de
façons de choisir 3 personne parmi n :
I choix pour 3 per onne , 4 choix pour
4, 10 choix pour 5, 20 pour 6 etc.
Troisièmement, les parallèles au côté hori-
zontal : la somme de leurs éléments double
à chaque étape descendante: 1,2,4,8, 16,
32, ... si bien que la somme de chacune de
ces ligne est une puissance de 2.
Revenons à la signification géomé-
trique de ces nombre : le ommes par
ligne représentent le nombre total de
partie d ' un ensemble à n éléments, et
ce partie sont au nombre de 211 • En
effet, pour constituer une partie , on
choi it le éléments le un aprè les
autre : ou on prend le premier ou on le
laisse (2 choix), ou on prend le econd
ou on le laisse (2 choix), ou on prend le
troisième , ... ou on prend le nième ou
on le lais e, soient 2 x 2 x 2 x 2 .. . x 2,
n fois, ce qui donne 211 choix.
Les nombres par ligne donnent aussi
les coefficients du développement de
(a+ b)", le fameux binôme de Newton.

Tcingent:e Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

Réfléchissez : dans le développement de


Pascal et c'est normal pui sque cette
cette expression,
(a + b) x (a + b) x . .. x (a + b) le diagonale contient les ( ; ) qui sont
terme aP x b" - P s'obtient en prenant a
dans n parenthèses et b dan le n - p préc1.sé ment égaux a, (n - 1) x n , c ,est-
2
restante et il y a ( ; ) tel choix, ce à-dire T" _ 1• Les nombres de cette dia-
gonale sont donc les nombres triangu-
qui correspond exactement aux nombres laires et la boucle est bouclée : les
de la ligne n du triangle de Pascal. nombres triangulaires sont dans le tri-
Que de propriétés pour ce seul triangle angle de Pascal !
et que l génie d'avoir disposé ainsi ces
nombres! Sierpinski et Pascal

nombres triangulaires Nous voilà à nouveau aux frontières de


la géométrie et de l' arithmétique. Vous
li ne s'ag it pas ici de disposer des connaissez certainement le triangle de
nombres en triangle, mais de compter Sierpinski : on part d ' un triangle, on
des boules di posées e n tri angle, l'év ide du triangle de sommets les
comme au billard . milieux de ses côtés, pui s on recom-
Nous avons une boule au sommet, mence avec les trois autres tri angles
deux sur la deuxième rangée, trois sur restants, etc ... C'est le mathématicie n
la troisième, ... cinq sur la cinquième, polonais Sierpinski qui a laissé son
=
soient 1 + 2 + 3 + 4 + 5 15 boules. 15 nom au triangle « ajouré » ain i obte-
est le ci nqu ième no mbre triangulaire, nu . Cette fig ure géométrique actue lle,
et, vou l'aurez compri s, le niè me puisque Sierpin ki a vécu entre 1882 et
nombre triangulaire T" est la omme 1969, est, bi zarrement , cachée en ple in
des n pre miers entiers. Comme T" milieu du tri angle de Pa cal. Dans un
s'écrit aus i bien 1 + 2 + 3 + ... + n que triangle de Pascal dess iné, pour simpli-
n + ... + 3 + 2 + 1, son double e t égal fi er, sur un papier quadrillé, coloriez en
à ( 1 + n) + (2 + n - 1) + ... + (n + 1), rouge les cases contenant des nombres
c'est-à-dire n x (n + 1 ), d'où impairs : ne voyez-vous pas
Tn=n x (n + 1)/2 se recréer sous vos yeux un
Les nombre triangulaires, soit dit au triangle de Sierpinski ?
passage, sont les plus simples des
nombres dits « fi gurés», c'est-à-dire
obtenus à partir de dispositions géomé-
triques : nous aurons ainsi les nombres
carrés, en di posant les boules en carré,
le nombres pentagonaux en les dispo-
sant en pentagones emboîtés, et même
dans l'espace, les nombres tétraédriques
en les disposant comme des boulets de
canon empilés en tétraèdre.
D'après le calcul précédent, la suite de
nombres triangulaires est donc 1, 3, 6,
10, 15, 2 1, 28 ... C'est exactement celle
de la troisième diagonale du triangle de

Hors-série n° 24. Le triangle Ta.n9ent:e


SAVOIRS par Alain Zalmanski

Des triangles
qui tournent rond
Un triangle équilatéral complété par des arcs de cercles est
une figure qui présente bien des avantages en termes
mécaniques, qu'il s'agisse de pousser un coffre, de concevoir
un moteur rotatif ou d'attacher ses boutons.
and on veut déplacer quelque Les rouleaux de Reuleaux

Q chose de très lourd , sur un sol à


peu près horizontal , on facilite
les choses en plaçant des « rou-
leaux » entre le sol et l'objet à porter.
Quand l'objet, un coffre par exemple ,
C'est le mathématicien allemand Franz
Reuleaux ( 1829- 1905) qui a montré
qu'une courbe qui n'était pas un cercle
pouvait avoir un diamètre constant. Il a
avance dans la direction de la flèche suggéré la construction d'un triangle
(voir figure ci-dessous), le rouleau A équil atéral et de trois arcs de cercles
s'échappe vers l'arrière. Il faut que centrés sur les sommets du triangle de
quelqu 'un vienne le prendre, et ai lle le rayon éga l à un des côtés du triangle.
placer en avant du coffre (vers D), etc. Le rouleau à section triangulaire équilatéra-
Grâce aux rouleaux, les efforts du le ABC complétée par des arcs de cercles
tran porteur qui pousse sont limités. ayant tous le même rayon égal à AB (figu-
Ces rouleaux, qui sont e n général re ci-dessous) répond à la question.
cy lindrique , genre manches à bala i,
ont néanmoins un inconvénient : ils C Le triangle
roulent très facilement - trop fac ile- de Reuleaux,
ment si le sol est en également
pente.. . Comment nommé
pourrait-on avoir des obiforme

f:
rouleaux permettant A équilatérale.
B
de déplacer un coffre
avec un minimum On peut mesurer la tai lle de cette figure
1
--=--·"'""'---·~--'·m:;_--X-d effort , et qui ne à l'aide d'un pied à couli sse. Pour n'im-
A B c o roulera ie nt pas sur porte quelle pos ition du triangle, on
un sol en pente ? obtient toujour la même valeur, que

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : LA PLASTIQUE DU TRIANGLE

l'on peut sans cra inte appeler diamètre.


Si le coffre à déplacer repose sur la « poin-
te » C , quand on pousse le coffre vers la
droite le rouleau triangulaire pivote sans
efforts puisque sa base arrondie entre A et
8 joue Je rôle d'une véritable roue.
Encore mieux : le po int qui supporte le
coffre va se dépl acer ur le bord du tri-
angle sans changer de haute ur ! Il faut
donc un minimum d'efforts pour dépla-
cer le coffre. Enfin , un rouleau dont la
section ressemble à une te lle figure ne
risque pas de rouler tout seul !

Moteur rotatifWankel
Comme on le voit, le piston rotatif
est de forme « triangulaire ». Peu
encombrant et autorisant une
On peut imaginer des courbes de montée en régime rapide et éle-
Reuleaux basées sur des figures vée (jusqu'à 18000 tours/minu-
autres que le triangle, ici un pen- te) , ce moteur présente un avan-
tagone et un hexagone. tage en particulier pour les fabri-
quants de motos. Il a néanmoins
Des boutons au moteur Wankel l'inconvénient de consommer
beaucoup de carburant.
Pour la pe tite histoire Reuleaux avait
fai t remarquer qu ' un bon bouton devait
pouvoir être e nfilé dans sa boutonniè-
re, avec une égale facilité, quelle que
soit son o rientation et que c 'éta it une
erreur de c roire que pour re mplir cette
tâc he le boutons devaient obligatoire-
ment être des disques . Les boutonnie r
aura ient été bie n inspirés , selon lui , de Cette Mazda RX-7 est une des dernières voitures
'intéresser à un type de boutons e n équipées d 'un moteur rotatifWankel.
forme de tri ang le de Reuleaux , plus
écono miques, car de surface plus peti- - - - -- Voici la courbe décrite par les
te que celle du bouton c ircul a ire . sommets du triangle de Reuleaux
De no mbreux montages utili sent ces lorsque celui-ci tourne sur lui-
courbes de largeur constante : les appa- même. C'est pourquoi les mèches
reils de projectio n cinématographique, en forme de triangles de
les mèches à fa ire des trous « carrés » Reuleaux permettent de creuser
et surtout le moteur rotatif Wanke l dont des trous « carrés ». Les coins du
le pi sto n est triangul a ire . carré sont des portions d'ellipses.
A.Z.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente 109


SAVOIRS par Hervé Lehning

les triangles cachés


de la 30
Pour comprendre comment les logiciels de 3D visualisent les
parties cachées ou les ombres portées d 'un objet de l'espace, il
faut connaître la manière dont les volumes s ont représentés
dans la mémoire d 'un ordinateur.

ue le but soit de le représenter Dan cet article, nous négligerons le

Q sur un écran d 'ordinateur ou de


le mouvoir, un objet de l' espa-
d 'abord être représenté en
mémoire . Celle-ci ne comprend que
problème de la couleur car il ne pré-
sente guère de difficulté.

Représentation d'un objet en mémoire


deux objets de base: le O et le l . Bien
entendu , grâce à l'écriture des nombres A priori , si nous savons représenter les
en binaire, on peut tous les représenter points, nous pouvons représenter les
ainsi avec une certaine précision . On volumes de l'espace. Après tout , il
peut donc également représenter les s'agit d 'ensembles de points. Nous évi-
points et les couleurs. tons cependant de procéder ainsi pour
deux raisons. La première est qu ' il fa ut
k alors en considérer un grand nombre
z - - -... même en leur donnant une certaine
" épaisseur. Sans cela, il en fa udrait une
(- "- - - f M
"
infinité ! La seconde raison est que les
j objets que nous manipulons ont tou-
jours une enveloppe, ils sont l' intérieur
de certaines surfaces.
Reste à représenter les surfaces. Pour
cela, l' idée la plus utilisée en mathé-
Dans l'espace, trois nombres x, y et z suffisent pour matiques est de les approcher par une
repérer un 1mint M : c'est pourquoi l'on parle de 3D.
Ce.s nombres vérifient l'égalité vectorielle : collection de petit triangles ne se cou-
OM = xi+ yj + z k où les vecteurs i,j et k sont les pant que le long de leur côtés. Voici ce
vecteurs unités sur les axes de coordonnées. que cela peut donner :

TCLngente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : LA PLASTIQUE DU TRIANGLE

suffit de se donner un système d 'axes


liés au plan P comme le montre la figu-
re suivante :
-:- -- M
On considère le
repère d'origine S
dont l'axe K est
perpendiculaire au
Des triangles pour représenter plan P, l'axe I
une surface horizontal
En utili sant des triangles plus petit , on et l'axe J vertical.
peut obtenir une figure plu fine. Ainsi,
dans ce modèle , une surface est définie Si les coordonnées du point M dans le
par une li te de triangle qui sont eux- repère d 'origine S et d 'axes 1, J et K
mêmes des tableaux de neuf nombre . sont X, Y et Z (voir la figure ci-des-
sus), d 'après le théorème de Thalès ,
Représentation d'un triangle sur l'écran celle du point m vérifient :

Si vous regardez une cène, votre œil est


situé en un certain point et la vi ion se fait
sur le plan de votre rétine. Noton S et P Comme z = h où h est la di stance de S
ce point et ce plan . Les rayon lumineux
X
ayant des trajectoires linéaires, un modè- à P, on en déduit que .· x -
- h-z et
le raisonnable de la façon dont les image
sont transformées de la réalité est décrit y =h ~ . Il reste bien sûr à calculer les
sur la figure uivante :
coordonnées de M dans ce nouveau repè-
re. U s'agit d'une question de calcul vec-
T toriel. Une foi chaque point transformé,
il est facile de transformer les triangles.

les parties cachées


s Les triangles utilisés ne se coupent que
Image l d'un triangle T sur le sur les faces donc l'un est toujours der-
plan de vision P rière l'autre. Examinons les images de
Dans ce schéma , le triangle image t a deux triangles :
pour sommet les images des sommets
du triangle réel T. Pour repré enter le
triangle, il suffit donc de calculer les
coordonnées de ces points.

Transformation d'un point


L'essentiel est donc de trouver les coor- s
données dans le plan P de l'image m Deux triangles, lequel cache
d'un point M. Pour les déterminer, il l'autre?

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Les triangles cachés de la 30

Si le tria ngle le plus proc he de S e t Les po int C et M sont situés du mê me


o paque, no us avons de ux po sibili - côté de AB si la quantité
tés (cf . shé ma sui vant) . c i-des u
igne en ce deux po int .
On peut tester ai n i par
que lques calculs sur
les coordonnées de
A, B, C et M i M
est situé du même
côté que C par rap-
po rt à AB et de
même pour les autres
Si le petit triangle est derrière le côtés . On ne déduit un
grand, nous obtenons la figure moyen de tester si M est
de gauche, sinon nous obtenons à l' intérie ur du triangle
celle de droite.
ABC ou no n .
Pour effectue r le tracé complet (face Si M n'est pas à l' inté-
cachée comprise), il suffit de déte rmi- rie ur de ABC , il est
ne r les images sur le pl an P des som- visible par rappo rt à ABC.
mets des triang les. On o btie nt a ins i S ' il l'est, il reste à examiner s ' il est situé
de ux tri ang les. Pour chaque tri ang le, derrière ABC o u no n. Po ur cela, o n écrit
o n examine les sommets visibles par l' équation du plan ori ginal de ABC et
rapport à l' autre triangle et ceux qui ne o n examine son s igne au po int ori ginal
le sont pas. Pour régle r cette questio n , de M . S ' il est identique de celui en S , M
on déte rmine d 'abord si le sommet est est visible, inon il e t caché.
compris à l'inté rie ur de l' autre triang le . Une fois que l' o n connaît les sommets
li s'agit d ' une questio n de calcul de cachés, il est fac ile de réduire le dess in
coordonnées : aux parties vis ibles. On recomme nce le
proces u po ur toutes le paire de tri-
c ang le et o n obtie nt le résultat fi na l.

faire bouger un objet


La méthode peut sembler longue mais
e lle a l'avantage de permettre de chan-
ger fac ilement de point de vue comme
de faire bo uger un objet. Pour cela, il
A B
suffi t de déterminer les fo rmules de
changement de coordonnée pour un
Un point M est situé à l'intérieur point et l'appliquer à tous les ommets
du triangle ABC s'il est situé du
des triangle de la figure. Les méthode
même côté que C par rapport à AB
et de même pour les autres côtés. vues dans cet article permettent égale-
ment de visualiser les ombres portées
Si les points A , B , C et M o nt pour par un objet.
coordonnées xA, yA, x 8 , y 8 , Xe , Yc e t xw
Yw la dro ite AB a pour équatio n : H.L.
(yA-Ya)x-(xA -xa)Y + XAYa-XaYA=0.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


SAVOIRS Par Norbert Verdier

Des triangles
pour aller plus uite
Quel est le chemin le plus court obéissant à telle ou telle
contrainte ? Voici trois situations classiques faisant
intervenir des triangles et des problèmes classiques
d'optimisation fondée sur cette seule question.

omment un rayon de lumière,

C parti d'un point A , heurtant un


miroir (de urface plane) va-t-il
rejoindre un point B du même côté du
miroir ? La lumière est paresseu e ; elle
uit le plus court chemin . Le problème
optique au départ devient géométrique.
Le plu court chemin (dans le plan)
re liant A à B en passant par une droite
e t celui pour lequel le point de contact
M' e t tel que l'angle d'incidence e t
égal à l'angle de réflexion . Il ex iste une
manière é lémentaire et géométrique
pour établir ce résultat (en « symétri-
ant » la situation).

Pour tout M, AM +MB' > AM'+M'B' = AM' + M'B.


Donc M' réalise le minimum (absolu).
En outre, par complémentarité des angles,
on a: i = r. Affaire classée!
D'autres pistes existent. L'une d'elles, analytique,
et une autre, fondée sur l'emploi des nombres
complexes, sont suggérées dans l'encadré
De la géométrie via des fonctions et des complexes.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

Ce problème est au cœur des travaux


en optique. Sa so lution e t appe lée
« chez nous » la lo i de Descarte . En
fa it , cette loi affirmant qu'un rayon de
lumière incident est ré fl échi elon le
même angle par rapport à la normale
du miro ir e t plus générale. Si la lumiè-
re passe d'un milieu transparent d'indi-
ce n 1 à un milieu transparent d'indice
11 alors le pa age (en ligne droite) se
2
fa it selon la loi : n 1 sin i = 112 in r où ,
comme d'habitude, i est l'angle d'inc i-
dence et r de réfl ex ion .

On attribue, en France, cette loi à


Descartes car e lle fi gure dans son
Discours de la méthode en 1637 . Dans
les pays ang lo-saxons, on l'appe lle
« loi de Snell » car ce physic ie n aJle-
Joseph Bertrand
mand l'a énoncée dès 162 1. En fait, minimiser la somme des distances (1822 - 1900)
e lle est anté rieure. Des recherche à trois points
(assez) récentes de Roshdi Ras hed
montrent qu'un manuscrit arabe d'Ibn « Trouver un point dont la somme des
Sahl au xc siècle (dispersé entre une distances à trois autres A , B , C , soit un
bibliothèque de Téhéran et une de minimum . » Ce problème (clas ique)
Damas) contient l'énoncé de cette loi . est appelé aujourd'hui problème de
Il est désormais plus sage, pour mettre Fermat.
tout le monde d 'accord , de la nommer Le mathé matic ien Joseph Bertrand ,
« lo i de ré fracti on » o u « loi des e ncore é lè ve ingénieur des Mines,
sinus ». décri vait ainsi la solution dans un texte

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingente 11


SAVOIRS Des triangles pour aller plus vite

de 1843 paru dans le fa meux Journal Bertrand 'empresse de préciser que


de mathématiques pures et appliquées « dan le cas où ces segments ne pe u-
de Liouville (voir ci-dessous) : vent pa se couper, c'est-à-d ire , comme
« Le point cherché est donc sur un eg- il est très faci le de s'en assurer, lorsque
me nt capable de 120 degrés décrit ur le triangle ABC a un angle plu s grand
l'un que lconque des côtes du triangle que 120 degrés » alors la olution est
ABC , il est donc à l'intersection des donnée par l'un de tro i sommets. Par
troi s egments e mbl ables, décrits sur exemple, si l'angle assoc ié à A e t celui
les côtés AB , AC , BC , et jouit par qui dé pas e 120 degré , alors A est la
con équent de cette propriété, que les solution .
droites qui le jo ignent aux po ints A , B ,
C , forment tro is angles égaux entre Ce problème est as ez remarquable
e ux, et à 120 degrés. » dans la mesure où le po int cherché est
obtenu de de ux manières très diffé-
A re ntes sui vant que l'un de ang les
dépa se ou pa 120°. Il ex iste di verses
méthode pour établir ce résultat.
Essentiellement de méthodes géomé-
triques (en fa isant appel à des manipu-
lati ons trigonométriques) ou analy-
8 tiques (en cherchant à minimiser cer-
tai nes fo nction ) dans l'esprit de celle
re lati ve au problème traité initialement.

1rou11er un point dont la somme des distnnces à tmis autres A, B, C,


.TflÎI ..,. ntÙlintlUlt .
Quoique ce problème soit susceptible d' une solution géométrique,
nous allons d'abord le traiter par l'anal yse.
Prenons pour axe des x la droite q ui joint lt>s deux points A et B,
t!tpour axe des y, une perpendiculaire à cette droite élevée au point A.
Soit « l'abscisse d.e B, et tt , b les coordonnées de C. Si J'on désigne
par ..r. y celles du Point cherché , l'expression à rendre minimum est

./ (.r - a)• + (y - b)' + ../ x• + y• + ,/ (x ~ a)• + y• .

Sa l'on f'Ple à zéro les dérivées par rapport à y et par rapport à .r . iJ


Vlftll

z-a ~ z- «
./
y~-~ + ~-~
' + .,y~ +~. + t/ ~ - ~+ ~ = o,
r-b
Y.(6 -•'f + (r-b)•
+ ~~-+
,.
-========
t/ ~ + .r• i/ (z -
,. -
«)' + ,.. -

1

~ant a11 carré, après avoir isolé lea premiers termes de chaqut:
équation, pait ajoutant, il vient

f = 2 + s ((a - •) • + l,'1
v••+ r• v<•- •J +:,•'
J.....•l•-•>+i:
,.. Je.-!),--::.;== - *;
Tangente Hors-série n°24. Le triangle
DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

minimiser la somme
des distances au carré

« Trouver un po int dont la omme des


d istances au carré à trois autres A , B ,
C, soit un minimum .»
Ce troi s iè me problè me possède une
so lutio n géomé trique assez s imple.
No us allo ns montre r que le po int G -
le centre de gravité (cf. e ncadré Le
centre de gravité d'un triangle) - du
tri angle ABC e t le po int o lution . Il
fa ut do nc prou ver que pour to ut po int
M , o n a:
AM 2 + BM 2 + CM 2 ~AG 2 + BG 2 +CG 2

Po ur ce fa ire, il suffit d'utili ser la re la-


tio n dite de Chas le :
AM = AG + GM

BM = BG + GM AM 2 + BM 2 + CM 2

2:: AG 2 + BG 2 + CG 2.

et CM= CG + GM
Le point G est bie n le point solution . Il
Ensuite, o n utili se le pro prié tés du réalise un minimum absolu .
produit scalaire :
AM 2 = AM . AM Tout au long de cet article, nou nous
sommes placés dans un plan en conve-
= ( AG + GM ) . ( AG + GM ) na nt que la di stance la plus courte entre
2 2 de ux points est la long ueur du segment
= AG + 2 AG . GM + GM
de droite les joig nant (la dista nce e ucli-
Ain si, e n procédant de mê me avec dienne). En fa it, si on c hange d'espace
ou s i l'on pre nd une autre distance que
BM et CM , il vie nt que : la distance usuelle, c'est une autre hi s-
AM 2 +BM 2 +CM 2 toire. Beaucoup moins élé menta ire.
= AG 2 + BG 2 + CG 2
N. V.
+ 2 ( AG + BG +CG ) GM
+ 3 GM 2

Mais G est le centre de gra vité du tri- Bibliographie


angle d'où :
Un article : Brahim Guizal-,John Dudley, Ihn Sc1hl.
AG + BG + CG = 0 . inventeur de la loi de la r~fi·action, Pow· La
Ainsi: Science. n" 301. No\'embre 2002.. pp. 2.4-2.6
AM 2 + BM 2 + CM 2 Un li\'re : François Romière. Petit guide de calcul
2
=AG 2 +BG 2 +CG 2 + 3 GM d!lfërentiel à l'usage de la licence et de l'c1yrc;gatio11 ,
La de rniè re quantité est pos itive donc Ed. Cassini, 2.00:~. (2.•· édition revue et augmentée).
on a :

Hors-série n° 24. Le triangle '.I'Gngente


SAVOIRS par Élisabeth Busser

Diagrammes
triangulaires
Les diagrammes triangulaires se prê tent bien à la
représentation de situations ternaires, comme les recettes de
cuisine à trois ingrédients, et de leurs évolutions. Ils utilisent
la notion de barycentre.
o ur fa ire de la semo ule au lait , Qu'est-ce qu'un diagramme triangulaire?

P cet excelle nt dessert de bébé, il


fa ut de la semo ule, du lait et du
sucre. Si vous mettez trop de e moule,
Reprenons notre semoule au lait et ses
tro is ingrédients : de la semoule S , du
e lle co lle, si vous mettez trop de lait , lait L et du sucre G (comme gluco-
e lle est trop liquide, i vous mettez se ... ), la somme des pourcentages de
trop de suc re , e lle est écœurante. S , Let G devant év idemment être 100.
Votre préparation peut être auss i tout à Des inons un triangle équilatéral SLG .
la fo is trop sèche et trop ucrée ou C haque sommet de ce triangle corres-
trop liquide et trop fade . . . Que lles pond à un ingrédient pur : S pour
sont les bonnes proportio ns pour une 100 % de semoule, L pour 100 % de
semo ule au lait réu sie ? Faute de lait et G pour 100 % de sucre. Le long
trou ver la recette idéale, on peut au de la base [LG], on a O % de semoule ,
mo ins représenter la confec ti on de la le long de [LS], 0 % de sucre, le long
semo ule au la it de façon géométrique de [GS], 0 % de lait. On gradue les
simple . Comme il n 'y a que troi s côtés comme sur le dess in pour lire de
ingrédients, un di agramme tri angul ai- G à S les pourcentages croissants de
re s' impo e . semoule , de S à L les pourcentages
crois ants de lait et de L à G les pour-
centages cro issants de sucre. On pour-
Sur le diagramme de la semoule au lait, ra ainsi représenter les proportions de
une zone du triangle correspond aux notre recette personnelle par un point P
semoules trop liquides, une aux semoules à l'intérieur de ce triangle .
Vous avez par exemple mis dans votre
trop sucrées, une autre encore aux
casserole 30 % de semoule , l O % de
semoules trop collantes. lait et 60 % de sucre. Menez par la gra-

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

duation 30 de l' axe allant de G à Sune ment visuelle , une preuve sans mots en
parallèle à (LG), par la graduation 10 quelque sorte.
de l'axe allant de S à Lune parallèle à
(SG) et par la graduation 60 de l' axe
allant de L à G une parallèle (SL) .. .
elles se rencontrent toutes trois en P !
Vous venez de représenter votre recet-
te sur un diagramme triangulaire.
On peut y lire une fo ule de renseigne-
ments : la zone de emoules trop fades
est entre la parallèle à (SL) menée par
le milieu de [LG] et [SL], celle des
semoules trop liquides un triangle de Preuve visuelle
sommet L et de base la droite des du théorème de Viviani
milieux de [LS] et [LG]. Pour la prépa- Ainsi, la somme des distances d ' un
ration idéale, c 'est comme vous l'ai- point P intérieur au triangle aux trois
mez : à vous de définir la zone qui vous côtés est indépendante du choix de P.
convient! Ce théorè me peut pre ndre d 'autres
Mais au fa it , pourquoi peut-on si bien formes : dans le triangle SLG projetez
re présenter une situation ternai re et son P en I sur [SG] parallèlement à (LG), en
évolution dans un diagramme triangu- J sur [LS] parallèlement à (SG), en K
laire? sur [LG] parall èlement à (LS ), la
somme des longueurs GI + SJ + LK est
elle aussi con tante et égale à la lon-
gueur du côté de triangle, ici en l'oc-
currence 100 . En effet, si on désigne
par K' l' intersection de (PK) et (SG),
les triangles équil atéraux évident de la
fig ure nous di sent que
Gl + SJ + LK = GI + IK ' + K' S = SG .
1OO..______......__.......... 0 D' une autre manière, PI+ PJ +PK= 100
également , pui squ ' avec les notations
L O 50 60 100 G
précédentes,
pourcentage de G PI+ PJ + PK= IK' + K'S +Gl=SG = 100.
Voilà pourquoi les parallèles aux côtés
Pourquoi ça marche ? menée par 1, J et K se coupent effecti-
vement en un même point P, permettant
La représentation de telles situations de définir de manière unique le triplet
en diagramme triangulaire repose sur (Pl , PJ , PK) qu 'on nomme parfois coor-
un résultat de géométrie mé trique données ternaires du point P et qui repré-
simple: le théorè me de Vi viani. Il sente de façon non équivoque ce point.
s' énonce en une phrase :
La somme des distances aux côtés d ' un De toutes les couleurs ...
point intérieur à un triangle équilatéral
est égale à la longueur d ' une hauteur. « Plu mauves , non plus bleue . . . »
On peut évidemment en inventer bien di ait Colette des violettes de son
des preuves, mais en voici une , unique- enfa nce, mais comment savoir ? La

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingente


SAVOIRS Diagrammes triangulaires

compos1t1on des coule urs, beaucoup


plus poé tique que les métaphores culi -
na ires, se prête bie n à la représentation
e n diagramme triang ul a ire. En tra ite-
me nt é lectronique de l' image, pour
re produire les diffé re ntes couleurs, on
utilise ce que l'on ape lle la synthè e
additive, qui procède par ajo ut de
lumiè re. Dans ce ca les coule urs fon -
da me nta les sont le rou ge, le ve rt et le
ble u . E n fai sant la somme des troi , on
obtient de la lumiè re blanche.
Dans la vie quotidie nne, nous sommes
néanmoins plus familiers de la synthè-
se dite soustractive : a ins i le pe intre
obtie nt toutes les couleurs poss ible e n
mé langeant celle appe lée coule urs
primaires, à savoir le cyan , le magenta
et le jaune. En supposant que la somme M , du bleu turquo i eau rose arde nt , un
des proportions de cyan (C) , de magen- seul poi nt sera noir, le centre de gravité
ta (M ) et de jaune (J) fasse 100, nous du triang le, et le triang le des milieux des
pouvons re présente r la synthèse sou - côtés dé finira de zones plus bleues,
tracti ve par un diagramme triang ula ire. plus ro uges ou plus jaunes.
L' alliance du jaune et du cyan donne le De multiples s ituatio ns ternaires pe u-
vert , celle du cyan et du magenta le ble u ve nt se représente r par des d iagrammes
et celle du magenta et du jaune le rouge . tri ang ula ires : la compositio n des a li -
L' absence de couleur donne du blanc, la me nts s imples e n g luc ides, lipides ,
présence des tro is couleurs e n égale pro- protides, la composition des roches où
po rtion donne le noir. trois composants essentie ls sont ide nti-
fiés , la po pulatio n des pays selo n son
âge (moin de 18 an , de 20 à 65 ans et
Magenta de plus de 66 ans), les po urcentage
que le budget d ' une nation a llo ue par
exemple à l'éducatio n et la culture, la
sécurité et la santé, puis au dévelo ppe-
me nt économique.
Ces différe ntes représentatio ns pe rmet-
tent non seule ment de visuali ser de
Cyan Vert ne faç on s imple et parlante une situation
donnée mais aussi de rendre e n un coup
La synthèse soustractive d ' oeil on évolution , et re nde nt aisée la
des couleurs comparaison soit entre différe nts ins-
tants soit e ntre diffé rents lieux et il
La re pré e ntation e n diagramme sur le existe de nombre ux log ic ie ls fac ilitant
triangle CMJ est très haute en couleurs : la construction de ces graphiques.
les points de [CM] ne contie ndront par
exemple rie n de jaune et iront , de C vers É.B.

Tangente Hors·série n°24. Le triangle


par Nicolas Delerue NOUVELLE

Le rubis
du mécèneour célébrer l' acqui sition de on dernier « Un rubi s de cette taille là, cela ne se cache pas

P rubi s, le plus beau de sa collection, le mul-


timilliardaire Van der Stuck, am ateur d ' art
et généreux mécène, a organi é une expo ition de
aisément. Si c'était un petit rubi s, on pourrait croire
que quelqu ' un l'ait avalé (eh oui , j ' ai vu de tout
dan ma carrière), mais le rubis de Van der Stuck ne
sculptures géométriques. À l' invitatio n du 'avale pas facil ement ou alors le voleur serait déjà
magnat, de nombreux vi iteurs e ont pres és mort étouffé ! » Tout en devisant, il se promenait
pour admirer les œuvre d' art et, nature llement , parmi les sculptures des artistes quand soudain , il
l' exceptionne l rubis . demanda aux organisateurs de l'exposition :
C'est après le départ du dernier invité que l' incident - Qui est l' auteur de cet objet magnifique? Ma
e produisit : alors que les artistes préparaient le fe mme l'adorerait !
démontage de leurs œuvres, une fausse manœuvre - C' est mo i, je m'appe lle Emma Lin . Je l'ai inti-
des électriciens plongea la sal le dans le noir ! tulé « Triangles dans un triangle ». li illustre
Lorsque la lumière fut rétablie , cinq minutes plus l' harmonie que peut engendrer l' utili sation de
tard , le rubi s ava it d isparu ! fo rmes mathématiques dans ...
Il s' avéra vite qu ' il était impossible que quelqu ' un Le lieutenant de police, visiblement était peu intéres-
fû t sorti avec , les vigiles postés à ('extérieur l' au- é par l'aspect artistique de l'œuvre , l'interrompit :
raient vu. La salle n'ayant pas de fe nêtre, le voleur - C 'est votre œuvre, là, Mademo iselle Emma Lin ,
se trouvait encore dans la salle ainsi que le rubis. Le sur le catalogue de l'exposition ?
erv ice de écurité fit fouiller tous les présents et
tous les sacs, mai sans succès ...
Une inspection uperficielle des sculptures ne
révéla aucune trappe ou autre double fo nd , mais
diffic ile d'en être sûr. . . Il fut donc décidé de trans-
porter toutes les œuvres jusqu 'au détecteur à rayon
X situé à l' autre bout du musée. Chaque artiste dut
donc démonter sa sculpture pour la transporter à - Oui , lieutenant , vous ne la reconnaissez pas?
l' autre bout du mu ée puis passer chaque pièce aux - Pas tout à fa it. Chère Emma Lin , verriez-vous
rayons X. Héla , toujours pas de rubis ! Pour être un incon vénient à ce que je vous fasse fouill er de
sûr qu 'aucun morceau de culpture n'avait été nouveau ?
« oublié », chaque arti ste dut remonter sa sculpture
qui fut comparée aux photo fi gurant dan le cata- Sauriez-vous dev iner ce qui amène le lieutenant à
logue de l'exposition. Sans succès . . . une te ll e uspic io n ?
Engoncé dans on imperméable éculé, le lieutenant
de police qui venait d' arri ver prit un air perplexe ! N.D.

Hors-série n° 24. Le triangle Tcin9ente


SAVOIRS par Jacques Lubczanski

la ronde
des triangles
Tracer, photocopier, découper : la géométrie se prête
à l'expérience. Et l'expérience conduit au raisonnement ...
Comment mettre les petits triangles dans les grands ? Tel est le
problème sur lequel nous vous invitons à réfléchir aujourd'hui.

racez un triangle que lconque T

T sur une fe uille de papier ; pho-


tocopiez cette fe uill e en la
réduisant à 71 % (c'est le taux de
réduction du fo rmat A3 au format A4) :
vous obtenez un triang le t. Découpez
ce triangle t et essayez de le « coincer »
à l' intérieur de T : il y a troi s faço ns
simples d 'y arriver : lmpo on à présent une condition sup-
plémenta ire : sur chaque côté de T, il
devra y avoir un (et un seul) sommet de
t . Voici par exemple une solution :

Y-a-t-il d 'autres solutions?


Combien ?

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

Par un mouuement continu ... b2 et c2 les positions finales des som-


mets de t, on o ~ e que a décrit un
Noton A, B , Cet a, b, c les sommets arc de courbe 81, 82 dont l'origine a 1
des tri angle T et r. Parton s de la
position de r dan la figure 1, et fai-
-
et l'extrémité a, sont de part et d 'autre
- 81 , 82 coupe[AC]
ducôté[AC] : l'arc
sons gli ser les so mmets b et c sur en un point a0 , qui correspond à une
les côtés [BA] et [BC] . Si a, b et c position a0b0c0 de t répondant à la
désignent les posi tion s initiales des question posée .
so mmets de r, dans la figure 5 , b et c
décrivent les segme nts [b 1b] et [c 1c]
t~is que a décrit un arc de courbe
8,8 .

Ce raisonnement s'appuie sur un argu-


ment de « continuité » : les trajectoires
des points b et c sont « continues »
c 'est-à-dire d ' un seul tenant: il en sera
Si on arrête le mouvement du triangle r de même de la trajectoire de a, qui
lorsque c arrive en B, et si on note a 2 , devra couper la droite (AC).

Hors-série n° 24. Le triangle Tcingente


SAVOIRS La ronde des triangles

On peut utiliser le même argument en lmaginon le triangle t tracé sur une


partant de la position de la figure 2, ou feuille transparente <!!, glissant sur une
de la fi gure 3 : en faisant glisser deux feuille blanche 18 sur laquelle est tracé
des sommets du triangle t sur deux le repère (0 , Ox, Oy). En mathéma-
côtés du triangle T, la trajectoire du troi- tique, on dira qu 'on a affaire à un mouv-
sième ommete t continue: si l'origine ment « plan ur plan » de <!! ur 18, dans
et l'extrémité ont de part et d 'autre lequel tou le points de <!! décrivent une
d ' une droite, cette droite est coupée par certai ne trajectoire sur 18.
la trajectoire : d ' où é ve ntuellement
deux autres po ition de t à l' intérieur Pour déterminer la trajectoire de a, on
de T, répondant à la question. va étudie r le trajectoires d 'autres
Cependant , cet argument dépend de point « liés » au triangle abc, c'est-à-
cas de figure : il peut arriver que l 'ori- dire ur la fe uille tran parente <!! .
gine et l' extrémité d ' une trajectoire
soient du mê me côté de la droite, Considérons le cercle (~ ) passant par
auquel cas on ne peut pa conclure. O..J!. et c: dans ce cercle, l'angle inscrit
En outre, même quand il s'applique, cet bOc inte rcepte la corde [be ]. de
argument permet d'affi rmer qu ' il y a au longueur constante. Mais cet angle est
moins un point d ' inter ection ; mais il celui de axes (Ox) et (Oy) : il a une
pourrait y en avoir d 'autre , i la trajec- mesure constante. TI 'en uit que le
toire recoupe plu ieur foi la droite ... rayon du cercle e t constant, et que son
centre I e t lié au triangle abc , c'est-à-
Par un mouvement plan sur plan dire a une position fixe sur la feuille
transparente <!! . Le cercle (~ ) se déplace
Étudions de plus près la courbe décri- avec le triangle abc, et passe toujours par
te par un sommet du tri angle t , pendant O. En voici par exemple trois positions:
que les deux autres se déplacent cha-
cun sur un côté de T. Ce problème est
un cl assique de la géométrie élémen-
taire : cité par Proc lu dès le v< siècle,
il a été résolu complètement par Yon
Shoote n a u xv 11e sièc le. On pe ut
l'énoncer comme cec i :

« Quel est le lieu géométrique de a,


lorsque b et c décrivent (Ox) et (Oy) ? »

Tc:ingente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

Considéron le diamètre de (<€) qui ,


éventuellement prolongé, passe par a ;
soient d et e ses extrémités : ce sont des
points fixes ur la feuille transparente
;![ . Dans____le cerc le (<€ ), l'angle
inscrit bOc intercepte la corde fixe
[cd] : sa mesure est constante .
Autrement dit , la demi droite [Od) fait
un angle constant avec (Ox). Cette Enfin, la longueur de, égale au diamètre
demi droite a donc une position fixe de («6), e t constante .
dans le repère (0 ,0 x,Oy), c'est-à-d ire La question de la trajectoire de a se ramè-
dans le plan de la fe uille bl anche le. ne alors au problème suivant : « [de] est
Et de façon analogue, la demi droite un segment de longueur fixée : a est un
[Oe) est également fixe dan s Q3. En point de (de). Si les points d et e décrivent
outre, elle est perpendicualire à [Od], deux droites perpendiculaires (OX) et
puisque [de] est un di amètre de (<€) . (OY) , quelle est la trajectoire de a?»

a ? y
. ~

"' X
Hors-série n° 24. Le triangle Tangente
SAVOIRS La ronde des triangles
ha da 3 , 3
- = - = - d où ha= - Oe
Oe de 4 4
hv hO 1 , 1 1
.:..:2.. = - = - d où hg = - df = = - Oe
df d0 4 4 4

Soit pour finir ha= 3hg .Le point a est


trois fois plus éloigné de la droite (OX)
que le point g. La transformation géo-
métrique qui fa it passer de g à a s'ap-
pe lle une affinité qui est ici de rapport
3, d 'axe (OX) et de direction (O Y) .

La croix à ellipse y

Cette dernière que tion est un exercice


class ique du cours de géométrie de
Terminale ... d ' il y a cinquante ans !
a
En voici la solution , dans le cas où a
est à l' intérieur du segment [de] (les
autres cas sont analogues, mais la fi gu-
re est moins « lisible »).
Supposons, pour fi xer les idées, que a
soit au quart de [de], c'est-à-dire que
ae = --,
-- l ' ns 1a f.1gure
et comp l eto
de 4
comme ci-dessous.
L'application du théorème de Thalè
donne:

Lorsque g va décrire le cercle (f), a va


décrire l' image de ce cercle par l'affinité:
c'est une ellipse ~ ). Dans le repère (0,
OX, O Y), tout point 111 de l'ellipse a une
ordonnée trois fois plus grande que celle
0 ...__ .._.,__ _ _ ___,........__X du point p qui lui correspond sur le cercle
h d (et qui a même abscisse).
On a supposé a au quart de [de], mais
Qs_ = Oh = ae = _!_d 'où Og = _!_ Of le raisonnement re te valable pour
Of Od de 4 4
ae
Mais Of = de : c'est une longue ur toute valeur k du rapport - : on trou-
de
constante . Donc , lorsque le segment
' h
vera ha = k · g avec , =- k' 1 --4
[de] se déplace, le point g décrit un k .
1 Lorsque k' est plus grand que 1, on "étire"
cercle de centre 0 , et de rayon de.
4 le cercle (f) dans la direction (0 Y), comme
Toujo urs à l'a ide du théorè me de sur la figure ci-dessus ; lorsque k' est plus
Thalès, on obtient : petit que 1, on "aplatit" le cercle (f).

Ta.ngent:e Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

Planche fixe

Ce résultat est à la base d' un appareil à tra-


cer les ellipses, où deux rails perpendicu- Enfin , ion revient au problè me initial
laires guident I pivots d et e, et où le - "coincer un triang le abc dans un tri-
crayon est fixé à l'extrémité a de la tige (de). a ngle ABC' - on est ame né à tracer six
e llipses, et à ob erve r si chacune coupe
le tour ~ ouale un des côtés de ABC. Ces ellipses for-
me nt deu x g roupes de troi s, chaque
Mais si on revie nt à la question de la g roupe pouvant donne r de ux solutions
trajectoire du troi siè me sommet a du (cf. e ncadré ci-dessous), soit jusqu 'à
triangle abc, o n pe ut conclure que c'est quatre positions ré pondant à la ques-
une ellipse. On attribue à Léonard de tion , ce qu ' on pe ut vérifier expé rimen-
Vinci le dispos itif mettant en pratique ta le me nt avec des triangles de papier. . .
ce résultat po ur tracer des arcs d 'ellip-
se, sous le nom de « to ur à o vale » : J. L.

Les trois ellipses (E 1), (E 2 ) et (E 3) correspondent aux trajectoires respectives des


points a, b et c dans trois mouvements plan sur plan, à partir des positions de t des
figures 1, 2 et 3.Les points a0 , b0 , c0 et a· 0 , b ·0 , c ·0 où ces ellipses coupent les côtés
- éventuellement prolongés - du triangle ABC donnent deux solutions au problème.

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Jacques Lubczanski

Un problème
qui reuient de loin
L'infini, ce n'est pas si loin que ça! Certaines transformations
permettent d'y aller, et même d'en revenir. La notion de point
à l'infini apporte un regard nouveau sur une figure. Et permet
de résoudre des problèmes qu'on pensait insolubles ...
lassique, mais pas fac ile ! Voici Pourtant , nous allons résoudre ce pro-

C un problè me de construction
dont l'énoncé est particulière-
ment simple : étant donné un triangle
blème de con truction par analogie
avec un problème plus faci le, qui e
révélera être de la même fa mille.
ABC , et trois points alignés U, V, W, Voici un problè me presque identique
con truire un triangle XYZ dont cha- au précédent , mais au lieu de demander
cun des sommets soit sur un des côtés aux côtés de XYZ de passer par des
de ABC, et dont chacun des côté pa e po int do nnés, on va leur demander
par un des points U, V, W. d 'être paraJlèles à trois droites données
u, v et w: étant donné un triang le ABC,
A et trois droites u, v, w, construire un tri-
ang le XYZ dont chacun des sommets
so it sur un des côtés de ABC , et dont
chacun des côtés so it parallèle à une
des droites u , v, w .

Autrement dit , il s'agit d' inscrire dans


le triangle donné un triangle dont on
c B connaît les directions de chaque côté.
Préc isons encore : on cherche trois
Faites une fi gure où vous placerez le points X, Y, Z situés ur les côtés (BC),
données, et essayez déjà de placer, à (CA), (AB), tels que le droites (YZ),
l'estime , le triangle XYZ: ce n'est pas (ZX), (XY) soient parallèles à u, v, w.
i faci le ! Quant à trou ver une construc- L' homothétie permet de résoudre ce
tion, et démontrer qu 'elle répond au problè me par une méthode de « Fau se
problème, c'est une autre histoire ... position »:

Ta.ngente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

~
Dans cette homothétie, le point X0 a
pour image X 1, et les points YO et Z0
A ont pour images deux po ints Y I et Z 1
w / situés respecti vement ur (AC) et sur
(AB) : le tri ang le X 1 Y 1Z 1 est soluti on
du problème.

T'as le bonjour de l'infini


B
Pour établir la parenté entre les deux
On cho isit arbitra ire ment un côté probl è mes c i-des us, pl aço ns nou s
[Y 0Z0 ] parallèle à la droite u, avec Y 0 dans le pl an projectif : chaque droite
sur (AC) et Z0 sur (AB ). possède alors un point à l' infini .
Ensuite on construit la parallè le à v par
Y 0 et la parallèle à w par Z 0 , qui se cou- Une dro ite projecti ve d est constituée
pent en un point X0 • des po ints alignés d ' une droite ordinai-
re, et d ' un po int virtue l également ali-
Si le point X0 est sur (BC), le problè me gné avec les autres, bapti é « po int à
est résolu. l'infini» de cette droite d. En l'occuren-
Sinon, on « ramène » X0 sur(BC) par ce, les géomètres ne disent pas « droite
une homothétie h : so it X 1 le po int où ordinaire » mais « droite affi ne » :
(AX 0 ) coupe (BC) : l' homothétie h est
défi nie par son centre A et par son Une droite projective

AX
= une droite affine+ un point à l'infini.
rapport ..:....:.:..:.L.
AXO En fa it , cette hi sto ire de po int à l' infini

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Un problème ...

n 'est pas une question de di tance,


ma is une notion qui permet d ' unifie r
les propriétés des droite : dan le pl an
projectif, toutes le droites e coupent
e n un point et un e ul.
Si les droites affin es correspondantes
se coupe nt , ç a ne c hange rie n , ma is si
e lles sont parallè les, e lles se coupe nt
e n un point à l' infini commun aux
de ux droites.
Par conséque nt , un point à l' infini est Ma is on pe ut a ussi voulo ir pri vilég ier
un point où se coupe nt toutes les la structure de cette fi g ure, aux dépens
droites parallè les à une direction don- d ' un certain réalisme rassurant :
née : à c haque point à l' infini corres-
pond une direction de droite , e t réci-
proqueme nt .
d
Par de ux points passe une droite et une
seule : cette propriété continue d 'être
vraie , même si un de ces points est un
point à l' infini .
La droite qui passe par un point « ordi-
na ire » A e t par un point à l'infini I est
celle qui a la direction correspondante
a u point I. L'e sentie l est de compre ndre que les
Et par de ux points à l' infini passe aus i points à l' infini vont nous a ider à ra i-
une droite: c'est la « droite de sonner, et pas à faire de be lles fi gures .
l' infini » , sur laque lle sont a lig nés tous Par exemple, on peut interpréter l' homo-
les points à l'infini. Ce tte droite de thétie avec le points à l' infini . So it hune
l' infini coupe n ' importe que lle autre homothétie de centre S , pour laquelle on
droite e n un po int : son point à l' infini. connait un point A et son image A'.
Ça donne un pe u le ve rtige, mais c'e t L' homothétie h est parfai tement déter-
tota le me nt cohé rent ! minée par ces données . Pour construire
l'image B ' d ' un point 8 , il suffi t de
Dis, dessine-moi un point à l'infini ! construire la parallè le à (AB) par A' ,
qui va couper (SB ) au po int cherché B' .
Tout ça est bien joli , mais ça ressemble à
quoi , un point à l' infini , dans une fi gure ?
C'est un point virtuel : on sait qu ' il ex is-
te, mais on ne le verra pas . On l'indique-
d
ra pourtant par une lettre , comme les
autres points, et on dessinera la lettre à un
bout du segment qui représente la droite.
Voici par exe mple de ux droite paral-
lè les (AB) (A'B '), qui se coupe nt en I ,
point à l'infini de leur directio n com-
mune:

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

Cela signifie qu 'à partir du point à l ' in- S , d ' axe d, et telle que A' soit l' image
fi ni I de la droite (AB ), on a défini la de A en donnant la construction de
droite (A' I), qui coupe (SB ) au point l' image M' d' un point quelconque M
cherché. Pour obtenir ce point à l' infi- du plan :
ni 1, il suffi t de se rappeler que c'est le - on construit la droite (SM) pa sant
poi nt d ' intersection de (AB) avec la par S et M ,
droite de l'infini d"' . - on construit le point 1 , intersection
Autrement dit , on peut « construire »le de (AM) et d,
poi nt B' comme suit : - on con truit la droite (A'I) passant
- on « construit » la droite (SB ) pas- par les points A' et 1,
sant par S et B - on construit le point M ' , à l' intersec-
- on « construit » le point 1 , intersec- tion de (A'I) et (SM).
tion de (AB) et d oo
- on « construit » la droite (A'I) pas-
sant par les points A' et I
- on « construit » le point B' , à l' inter- d
section de (A' I) et (SB ).
lei le verbe « construire » est mi s entre
guillemets, pour souligner qu ' il ne
s' agit plus de tracer des nouveaux
points, des nouvelles droites , mais de
les défi nir à l' aide des propriétés géo-
métriques.
Nous sommes dan le monde des idées,
et plu da ns ce lui des fi gures. Cette fi gure est exactement la mê me
D' ailleurs, on peut représente r la que la précédente ! La droite d est une
con truction ci-de us par la fi gure sui- droite ordinaire qui joue le rôle que
vante , qui en donne une image mentale jouait d"' pour l'homothétie.
sati sfaisante : Cela signifie simplement que l' homo-
thétie est une homologie, dans le cas
trè particulier où l'axe est la droite de
l'infini .

d Pour étudier le propriétés géomé-


trique de l' homologie, nou allon
encore fa ire appel aux points à l'infini .

Par exemple, supposons que le point M


dont on veut construire l' image e t tel
que (AM) oit parallèle à l' axe d : dans
ce cas le point d' intersection Ide (AM)
et de d est un point à l' infini !
Une transformation simple : l'homologie
Pour construire M ', il faut tracer (A'I),
Donnons nous un point S , une droite d, c'est à dire la parallèle à (AM) passant
et deux points A et A', alignés avec S . par A', qui coupera (SM) en M' .
Alors on défi nit l' homologie de centre De la mê me faço n, on va pouvoir

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente 131


SAVOIRS Un problème ...

Et ce raisonnement est valable que I soit


s
d------ 1 un point ordinaire ou un point à l'infini :
il n'y a pas be oin de distinguer deux
ca , selon que d est para llè le à ô ou non.
Moralité: l' image d ' une droite par
homolog ie est une droite. Les lecteurs
c urie ux pourront se de mander que lle
droite est l'image de la droite de l' infi-
ni , ou encore que lle droite a pour
image la droite de l' infini .. .
construire l'image d ' un point à l'infini Mais ce n' est pas indispe nsable pour
par! ' homologie , ou bien construire des continuer.
points dont l' image est un point à l' in-
fini . Je laisse ce soin au lecteur, à titre Homologie et fausse position
d 'exercice pour se familiari ser avec
l' homologie. Revenons à notre problè me de construc-
tion initial : construire un triangle XYZ
Au final , il faut rete nir les deux pro- inscrit à un triangle donné ABC , et dont
priétés qui permettent de construire les côtés passent par troi s points donnés
l' image d ' un point : U,V,W, alignés sur une droite d.
- l'image M' est alignée avec le Lorsque U , V et W sont a lignés sur la
centre et le point M droite de l' infini , ce sont trois points à
- les droites (MP) et (M'P') se cou- l' infini , correspondant à troi direc-
pent sur l'axe de l'homologie. tions de droites, et le problème dev ient
celui que nous avons résolu plus haut
La propriété fondamentale de l'homo- par homothétie et fausse position .
log ie est qu 'elle transforme trois points Reprenons donc exactement la même
a li gnés en troi s point a li g né . méthode , e n utili sant une homologie à
Démontrons le . la place de ! ' homothétie, et les point
ordinaires U, V, W à la place des direc-
tions des droites u , v, w.
On choisit a rbitra irement un côté
d [Y 0Z 0 ] passant par le point U , avec Y O
sur (AC) et Z 0 sur (AB ). Ensuite o n
construit les droites (WY 0) et (VZ0),
qui se coupe nt e n un point X0 .

Soit ô la droite où sont a lignés trois


points A , B et C, et A' , B ' , C' leurs
images par l' homologie .
Si lest le point d ' intersection de ô et d,
par construction les point B ' et C' sont
sur la droite (A'I). Il s sont donc a lig nés
avec A' . Ce qu ' il fa ll ait dé montrer.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

Si le po int X 0 est sur (BC) , le problè me


est réso lu .
Sino n , on "ramè ne" X 0 sur (BC) par
une ho mo log ie h. Soit X 1 le point où
(A X 0 ) coupe (BC) : l' homolog ie h est
défi nie par son centre A , par son axe d
et par le po int X 0 et son image X 1•
Dans cette homologie, où le point X 0 a
pour image X 1 , les po ints Y0 et Za ont
pour images de ux po ints Y I et Z 1 situés
respecti ve me nt sur (AY 0) et (AZ0 ),
c'est à dire sur (AC) et sur (AB ).
Vérifio ns que le tri angle X 1Y 1Z 1 a ins i
obtenu est soluti on du pro blè me.)
Par construction CXoYo> coupe l'axe d en
W, donc le point Y I sera à l'intersection de
(X 1W) etde (AYo) : la droite (X 1Y 1) passe
donc par W. Et de faço n analogue, la droi-
te (X 1Z 1) passe par le point Y. Quant à la
droite (Y 1Z 1), elle do it couper la droite
(Ych) sur l' axe d de l'homologie : autre-
ment dit (Y 1Z 1) pas e par U.

Le problè me est do nc résolu. Et o n


po urra re marque r que la constructio n
de la solutio n s'effectue avec pour seul
o util une règle no n g raduée. Cette
situation est typique du plan projecti f,
où les seules noti ons mj es en je u sont
l' appartenance d ' un po int à une droite,
à de ux droites (inte rsection), et I' ap-
partenance de troi s points à une mê me
dro ite (aligne ment).
Ce sont les notions géométrique le plu
fondamentales : la géométrie projecti ve
est la mère de toutes les géométrie

J. L.
A

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS par Michel Rousselet

Du côté du triangle
équilatéral
Le triangle équilatéral fascine depuis des siècles, pour des
raisons aussi bien mathématiques qu'esthétiques ou
ésotériques. Bien qu'un grand nombre de ses propriétés aient
déjà été trouvées, il réserve encore des découvertes aux
amateurs. À vous de jouer...

e triangle équilatéra l est, avec

L le carré, le plus si mple de


polygones régul iers. Il e t
connu depuis fo rt longtemp pui qu'on
le trouve gravé ur le paroi de cer-
taines grottes préhistorique . Il a été
employé par de nombreu es civili sa-
tions pour décorer de bijoux, de pote-
ries, des enlumjnures, etc.
On le trouve ur le mur des syna-
gogues et des mosquées. Dans la reli- Etoile juive à 6 branches composée
gion chrétienne, il symboli se la Sainte de 2 triangles équilatéraœ ·
Trinité. Il est également uti lisé comme
symbole maçonnique.

ÂÂ
Entrelacs
irlandais
AA
A.
traditionnels
construits
sur des Étoile arabo-musulmane à 9
triangles branches formée de 3 triangles
équilatéraux
équilatéraux.

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

Des peintres mode rnes, comme


Auguste Herbin (1882-1960) ou Keith
Haring ( 1958- 1990) par exemple, en
ont fait la base de certaines de leurs
compositions.

Un triangle équilatéral inscrit


dans un carré scion Abul-Wafa

Abul-Wafa a expliqué sa méthode de


con truction. Un carré ABCD étant
donné, il faut d'abord tracer son cercle
circonscrit. Il a pour centre le point de
Keith Haring, rencontre des diagonales. On trace
Une pile de couronnes pom· ensuite le cercle de centre A qui passe
Jean-Michel Basquiat, 1988. par O : il coupe en E et en F le cercle
circonscrit au carré. On trace enfin les
Hbul Wafa et le triangle équilatéral demi-droites [CE) et [CF) : [E) coupe
[AB] en G et [CF) coupe [AD] en H.
Les premières démonstrations re latives CGH est le triangle cherché.
au triangle équilatéral datent du 111°
siècle avant J. C .. On les trou ve bien
sû r dans le Éléments d'Euclide. La
proposition 1.1, par exemple, explique
comment construire, avec la règ le et le
compas , un triangle équil atéral de côté
donné .
Après Euclide, on n'ava it pas encore
tout dit sur le tri angle équilatéral.
Soucieux de développer l'art arabo-
mu sulman, le mathé maticien arabe
Abu! Wafa (940-997) a rédigé un livre
demeuré célèbre sur « les constructions
géométrique néce saire à l'arti san » . La construction d'Ahul-Wafa
On y trouve cinq
méthodes différe nte Aprè Abul-Wafa, les mathématiciens
pour inscrire un tri - ont découvert de nombreux autres
angle équilatéral dans résultats rel atifs au triangle équilatéral.
un carré. La figure ci- L'un de plus simple est celui qui lie le
dessous montre l'un de rayon R du cercle circonscrit au rayon r
ses résultats. du cercle in crit (cf. Question 3 p. 137).

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


SAVOIRS Triangle équilatéral

Découpages et pliages fabrication d'un triangle équilatéral


par pliage
Au :>axe iècle, les mathématiciens pro-
fessionnels comme Klein ou Hilbert ont Savez-vous qu'on peut obtenir un triangle
cessé de s'intéresser aux propriétés élé- équilatéral en pliant une feuille de
mentaires du triangle équilatéral pour étu- papier ? Voici la méthode :
dier de plus près les transformations qui
le laissent invariant. Cependant, les ama- A E B A
teurs ne se sont pas las és et ont continué
à découvrir de jolis résultats.
C'est ain i que Henri Dudeney (1857-
1930), un am ateur de jeux et de cas e-
tête, découvrit en 1905 Je moyen de
découper un tri angle équilatéral en 4
morceaux pour en fa ire un carré. D F C D F C

0
c
A A E B

"t ..
G : >G
''
;'
,''
'
H -- '
A J K B
D F c
Le célèbre découpage
d'Henri Dudenay e 0
Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Obtenir un triangle
équilatéral par pliage
On peut chercher à découper un tri-
ang le équilatéral en autre chose qu'un Nous vous laissons le so in de démon-
carré .... en plusieurs triangles équilaté- trer que le triangle AGH est équilatéral.
raux par exemple !
M.R.
A B

c
Découpage
en 4 triangles équilatéraux Auguste l Icrbin, Composition

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


a~ua6«1'.L a16uepJ a1 ·pz 0 u ap~s-sJOH

Question 1 : Question 3:
(AC) est un axe de symétrie de la fi gure donc Le centre de gravité du triangle est le centre des
CG = CH et le triangle CGH est isocèle en C. deux cercles. Comme il est situé au deux tiers de
Par construction , le tri angle AOE est équilatéral
--
donc AEO = 60°.
chaque mécliane, il en résulta que le rayon du cercle
circonscrit est double de celui du cercle inscrit.

Par ailleurs, l'angle AEC est droit car il est ins- Question 4:
crit dans un demi-cercle. Il suffi t de tracer les médi anes du triangle . On
Comme OEC = AEC - AEO , on obtient obtient 6 triangles identiques qu'on assemble
ensuite deux à deux.

,,..
ECA = 30°.

Mais les angle ACH et ECA sont symétriques A B


par rapport à (AC) : on a donc
-----
ECF =30 ° + 30 ° =60°.
Le triangle isocèle CGH est donc équilatéral
pui squ'il possède un angle de 60°. c
Question 2:
On trace un carré DEFG quelconque ce qui per-
met de trouver l'un des carrés cherchés . Question 5:
B La méthode Dudeney permet d'obtenir un carré.
Par un nouveau découpage, on transforme alors
ce carré en deux carrés identiques . On applique
à chacun d'eux la méthode de Dudeney en sens
inverse et on obtient ainsi deux triangles équila-
téraux identiques. C'est une question de patien-
ce ! Ceci étant dit , il y a probablement une
meilleure méthode.
A D G c

s:1w;1,e0Hd .1.:1 xn:1r = H:11ssoa


SAVOIRS par Gilbert Mozzo

Triangles à foison ••
les puzzles polymorphes
Gilbert Mozzo nous avait déjà crédité, dans Tangente 99, de
pavages apériodiques à base de deux triangles. Il décrit
maintenant quelques assemblages possibles pour un puzzle
constitué de deux types de pièces : un petit et un grand triangles.

a fi gure ci-contre qui

L
pour réali ser un pavage apériodique
montre, à titre (voir Tangente n° 99). Les deux
d 'exemple, un des démarches sont très voisines . Dans le
nombreux assembl ages cas d'un pavage, la surface à couvri r est
possibles pour un puzzle infinie , tandi s que dans le cas d'un
constitué de 68 pièces puzzle on ne cherche à paver qu'une
comprenant 26 petits tri- surface de dimension finie : ici il s'ag i-
angles et 42 triangles de ra de rectangles de fo rme particulière,
plus grande tai lle. pour lesquels le rapport entre le plus
Nous allons voir grand côté et le plus petit est égal à la
comment réali er de racine carrée du nombre d'or q>, soit en
tels puzz les, que valeur approchée 1,272.
nous qualifions de
po l ymorph es, Une racine en or...
étant donné qu'il
est poss ible de Les deux eul triangles rectangles que
les agencer de nous uti li son ont homothétiques,
multip l es dans le rapport ~ . Pour chacun de
façon . Tou s ces triangle le rapport entre le grand
n ' uti li e nt côté et le petit côté est auss i égal à ~.
que deux pièces De même, le rapport entre l'hypoténu-
diffé rentes : un triangle de se et le grand côté est encore égal à
petite taille et un triangle de grande ~ . Ces triangles peuvent , bien sûr,
taille . Les mêmes peuvent être uti li ées être retournés .

Ta.n9ente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

Orientation à droite Orientation à gauche


(Tailles t et 2) (Tailles 1 et 2)
Hssemblages éuolutifs
des deux triangles de base On peut continuer ain i indéfi ni-
me nt. Le tableau c i-dessous
En prenant deux tri ang les orientés de montre le nombre de grands tri-
la même faço n et en mettant côte à côte angles est donné par la suite
leurs angles droits , on obtient un nou- clas ique de Fibonacc i, de
veau triangle de taille supérieure , mais premiers termes O et 1,
orienté dans le ens contraire. tandi s que celui des petits
ang les correspond à une autre
suite de Fibonacci de À~-ll~tl!
premiers termes I et
0 . Le rapport entre
les deux tend vers le Tailles 4, puis 5 et 6
(inversion
nombre d'or, <j>:::: l ,6 18 .
d'orientation
Le nombre total de pièces à chaque pas)
évolue selon une suite
de Fibonacci de pre-
Tailles 1 et 2 (à gauche)
miers termes I et 1.
Taille :i (à droite)

Taille 1 2 - ,3 1-; 1~ 5 16 1 7 1s 19 10 [

Grands triangles

Petits triangles •••••••••


•••••••••
34

21

Nombre total
de pièces
111111111 55

Rapport
grands/petits
111111111 Hors-série n° 24. Le triangle Ta.ngente
SAVOIRS Triangles à foison

En pratiquant de façon toujour iden-


tique on obtient, à partir d'un triangle
de ta ille n et d'un triangle de taille n + 1
de mê me orientation, un triangle de
taille n + 2 d'orientation différente .
On obtient un puzzle rectangulaire en
joignant par leurs hypoté nuses deux
triangles de même taille e t de
même orientation.
Le puzzle con truit pas à pas
de cette façon, présente
une symétrie par rap-
port au centre du
rectangle .
Exemple d'autres agencements
internes de la taille 5.

Triangle de taille 7 Exemples d'autres


agencements
de la taille 6.
À partir de la taille 5, il
devient possible de
modifier l'agence-
ment interne des tri-
angles qui constituent le puzz- Créer des formes nouuelles
le, ce qui autorisera la créa-
tion d'autres forme à l'in- Dans la construction pas à
térieur des puzzles. pas des triangles , que
nous avons vue plus
haut , le grand côté du
triangle de tai lle n a
toujours été accolé au petit côté du tri-
angle de taille n + 1.
Il est po s ible , bien sOr, de c réer
d'autre a semblages condui a nt à
d'autre forme que de triangles. Les
papillon et la frange de la page sui-
vante en ont de exemple .
On pourra réaliser de forme sem-
blables, homothétiques de précé-
dente , en mettant en jeu de triangle
de plus grandes tailles.
Les deux quasi-carrés page uivante ,
qui sont constituées des mêmes pièce ,
Rectangle de taille 7 (construction pas à pas) ne doivent pa être confondu avec de

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : ÉLÉMENTS REMARQUABLES

Frange
spéciali tes de topologie !
Parmi les différentes poss ibilité de
création de formes nouvelles ,
l'une de celle que nou s
avons utilisée s'est révé-
lée être très productive :
il s'ag it de la technique de
fragmentation qui repose sur
la relation sui vante :
Contenu de n + 2 = conte nu de
n + 1plus contenu de n
Papillons
Les poss ibilités auxquelles on parvient
carrés, bien qu'il en soient par cette technique sont
très proches : le rapport immenses. Il reste donc
entre le grand côté et le petit à imaginer les formes
côté est voi in de 1,03. corre pondante dont
ous allons retrouver ces nous n'avons utili sé
fo rme , et d'autres encore, que les plus impies, à
dans la con truction de savoir papillons, qua i-
pu zz les que nous allon s carrés , rectang les et
examiner. bordures.
G.M.
Les puzzles de grande taille
ou avon vu précédem-
ment divers a sembl ages
pour le tailles 5 et 6, choi -
sis parmi un plus grand
nombre de possibilités
exi tantes. Quasi-carrés
Les mêmes principes d'as- ( le grand axe est
sembl age pourront être vertical)
choisis pour des puzzle
de plu grandes taille . En réalité, plus
la taille des puzzles polymorphes aug-
mente et plus se développent les potentia-
lités de diversification de forme . Serait-
il possible de les dénombrer ? C'est en
tout cas un bel exemple de devoir pour les

Hors-série n° 24. Le triangle Ta.ngente 141


JEUX par Alain Zalmanski

Le trioker est une sorte de domino dont les pièces sont des
triangles équilatéraux. La règle du jeu est simple, et pourtant,
une foule de problèmes et puzzles peuvent en découler.

ous connai sez les bon vieux Marc Odier, vers 1975, et commercia-

V dominos : chaque pièce po sè-


de une valeur, de O à 6 , à cha-
cune de se ex tré mité ; toute les
li é par Laffont sous fo rme d ' un cof-
fret. Il peut e jouer seul ou à deux.
Sa description, ses poss ibilités, ses
pièces ont di ffé rentes (du double O au développements potentiels et de très
double 6) et il s'agit de le pl acer côte nombre ux problèmes ont été publié
à côte avec la même « valeur » pour par Marc Odier et Yves Roussel dans
de ux extrémités ré unies. Surprenants triangles, Cedic ( 1976).
Le Trioker est basé sur le même princi- Toutes les pièces du Trioker sont des
pe, mais avec des pièces triangulaire triangle équil atérau x identiques en
portant une valeur de O à 3 à chaque dimensions. Chacun des 3 sommets de
sommet. On peut recouvrir toute une chaque pièce porte une valeur, qui est
surface au lieu d 'en faire seulement indiquée o it par les chiffres 0 , 1, 2 et
une ligne. Le jeu a été inventé par un 3, soit par zéro , un , deux ou trois sy m-
professe ur de médec ine à Amien , boles donné (des po ints, par
exemple). Les pièces du je u sont toutes
diffé re ntes par la combinaison de
valeur des 3 sommet . On définit ainsi
logiquement 24 pièces différentes pour
former un jeu complet, reproduit ci-
contre.

Vous pouvez découper ces 24 triangles,


comme nce r par le co ller sur une
fe uille de carton , ou fa briquer un
« Trioker » per onnel afin de jouer tout
de suite.
Notez bien : vous avez 24 pièces, cha-
cune est un triangle équilatéral et cha-
cune est différente des autres par les
vale ur de ses sommets .

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

au très difficile , peuvent être réali sées, Le trioker


avec un peu de logique et beaucoup de n'a qu'une
rigueur.
Ainsi nous vous proposons quelques seule règle
exemples, de difficulté croissante, à impérative :
réaliser : seuls des
La seule règle impérati ve dans tou le - quatre hexagones différents utilisant sommets de
jeux de Trioker est que les sommets les 24 pièces,
réunis doivent porter la même valeur - un losange avec 8 pièces, même valeur
(donc le même nombre de points). - deux roquet en 12 pièces chacun , peuvent être
- le chiffre 7 en 20 pièces, joints.
Dans les figure ci-dessus, les diffé- - un per onnage fai ant la sieste en
rente valeur de sommets sont 23 pièces,
cette fois représentées par des - une étoil e creuse e n 24
couleurs différente . On voit que pièces.
la figure de gauche est constru ite (Solutions p. 154.)
correctement , car aucun mélange de
couleur n'apparaît aux som mets A. Z.
joints. En revanche vous voyez à droite,
un ommet jaune et 2 sommets violet
qui ne devraient pas coexister !

Une mine de problèmes

Il est étonnant de constater la richesse


des probl èmes et pu zzles e n tou s
genres qui peuvent naître d ' une règle
auss i si mple .
Dans la lignée du To-Dong ou du
Tangram, le Trioker nous offre des
puzzles à réali er avec tout ou partie
des 24 pièces. Une contrainte relative
au choix des pièces peut même être
fixée pour corser l' affa ire, surtout
lorsque les pièces autorisées sont peu
nombreuses : par exemple les pièces
sans zéro , les pièce san les valeurs
triple ou les seules huit pièces dites
« simples » et contenant trois valeurs
différentes.
Figures géométriques, lettres, chiffres,
animaux, personnages, allant du facile

Bibliographie
M. OJier et Y Rous~cl. S11r1m'11lll11.1 1rilll1glc•.1. CEDIC ( 1976)
Chronique du mensuel Le l'c1i1 ,\rchù11c•de . CEDIC (11 ° 11 ü 24)

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


JEUX par Alain Zalmanski

En direct
du Japon
1- Hommage à nob Yoshigahara 2) Géométrie du triangle

1) Hrithmétique du triangle a)

1 3
2

8 3 10 9
S 7 1
2 6
4
Dans ces représentations de nombres
consécutifs disposés en triangles, la Le triangle c i-dessus est partagé en 4
différence entre deux nombres voisins parties. Trois d 'entre e lles ont, comme
fournit le nombre qui figure juste en indiqué, des surfaces de 3, 7 et 7 dm.
dessous. Pouvez vous construire un te l Quelle est la surface de la quatrième
triang le avec les nombres de I à 15 ? partie ?

b)
Nobuvuki Yoshigahara l1936-2004J
• • • • Sans doute un des créateurs de puzzles et de
récréations mathématiques les plus créatifs
et les plus originaux, Nob a marqué le
monde des jeux et des puzzles au même
titre qu'un Martin Gardner. Magicien,
concepteur, designer, pédagogue, il a excel-
8
lé dans la réhabilitation de problèmes
anciens, participé à de très nombreuses chroniques
mensuelles et créé une multitude de puzzles de noto- Les côtés égaux de ce triangle i ocèle
riété mondiale, portant sa silhouette, gage de qualité. mesurent 5 cm et la base vaut 8 cm.
Quelle est a surface ?

Tangente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

3) Triangulation du carré dé no mbrables. Les zones bo rnées sont


composées de po lygones - do nt des tri -
Essayez de re mplir un carré e n n ' utili - angles - e t une étude exhausti ve e n a
sant que des tri ang les isocèles, chacun été effectuée par Jean-Mic hel Slow ick
de taille di ffé re nte . Trouvez la o u les dans Tangente n° 4 1 Ua nvier 1995). Il
solutio n(s) qui utilise(nt) le mo ins de y mo ntre que n droites déte rmine nt
triangles poss ibles. (n 2+ n +2)
P (11) = zones du plan et que
ce no mbre se2décompose en P' (n) zones
Il - le problème de f ujimura bornées et P"~n) zones non bornées
(n - 3n+2)
avec P' (n) = et P"(n) = 2n .
Le problè me a été fo rmulé à l'origine 2
par le japo nai Ko bon Fujimura. Il En revanche J .-M . Slowic k indique le
montrait que 5 droites pouvaient déter- problè me ouvert de la détermination du
miner 5 tria ng les et que 6 droi tes no mbre de régio ns à p côté créée par n
condui saient à 7 tri angles. droites, avec bie n sûr p < n. N ous ne
savons toujo urs mê me pas trou ver un
e ncadre ment du nombre ains i c he rché.

5 droites, 5 triangles

6 droites, 7 triangles - Il
Fuj imura avai t longtemps pe nsé que 7
dro ites ne po uvaie nt tracer que 10 tri-
angles mais arriva après des années de
reche rc hes à la construction de 11 tri- "E
angles ! Saurez-vous trou ve r cette ·wo i~ (q
construction ? ·wp 8~ (8 ·z
g
Si on appelle T(n) le nombre de tri- 6 t
angles obte nus avec n droites, on pe ut l: U L
dresser le tableau c i-après : o~ u ~ a
t g~ .. ~ 9 "l -1
n 1 2 3 4 5 6 7 9
T(n) 0 0 5 7 11 2 1 28

En fa it il s'agit d ' une particulari atio n


du problè me plus général du nombre Bibliographie
de zones créée dan un plan par n Nob Yoshigahara , Puzzles 101 , Peters , Ltd
dro ites. Ces zones bo rnées ou non sont Kobon Fujimura, The Tokyo Puzzles, Muller Ltd (1978)

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


EN BREF par Alain Zalmanski

Paradoxes du triangle
les côtés
paradoxaux
d'un triangle
Quand chaque côté d'un
triangle est égal à la
somme des deux autres ...
Considérons le triangle
ABC , prenons les
milieux D, E, F des trois
côtés, joignons DF et EF.
A

B L..._....:::,J._.:::..t...........::""--~ C
F
A cause du parallélo-
gramme formé , on a évi-
demment :
BD + DF + FE + EC =
AB +AC.

En effectuant une
construction semblable
pour les triangles BDF
et FEC , puis en conti-
nuant de la sorte indéfi-
niment, on obtient une
ligne brisée dont les
côtés sont de plus en
plus petits et la somme
de ces côtés est tou-
jours égale à AB + AC.

A la limite le périmètre
de la ligne brisée se
confond avec BC et par
suite BC serait égal à
AB+ AC .

Ta.ngente Hors-série n°24. Le triangle


par Alain Zalmanski JEUX

Jouons auec
les allumettes !
Les récréations géométriques (et logiques) à base d 'objets
simples - bâtons, allumettes, cure-dents, se perdent dans la
nuit des temps et constituaient un exercice traditionnel propice
au développement intellectuel chinois. Nous vous en proposons
quelques uns ne faisant intervenir que des triangles.
1 - Triangle uide 3 - Hexagone

En déplaçant 5 allumettes, transformez le tri-


angle équilatéral en 5 triangle .

a) Déplacez 2 allumettes et tran formez le 6 tri-


ngles en 5 triangles égaux .
Déplacez encore 2 allumettes et transformez
le -5 id e en 4 triangle .
C Déplacez encore z
les 4 trian
~ - -
d ..,_.,,a,,,c;

olutlons page 154

Ho série n° 24. Le iangle Tang


SAVOIRS par Jacques Lubczanski

Un problème sur
l'oreiller de Lewis Carroll
Dans son recueil intitulé Pillow Problems (la traduction
française est parue chez POLE sous le titre Énigmes
mathématiques de Lewis Carroll), où il propose « 72 questions
mathématiques pour s'occuper la tête et ne plus penser à rien
d'autre », Lewis Carroll pose ce problème daté du 19 novembre
1887.

e problème est le suivant : « Étant Ces ang les permettent de construi re le

L donné un triangle ABC. et un


point M sur l\111 de ses côtés, ins-
crire dans ABC un triangle dont M est un
po int S , en traçant les arcs de cercle
d 'où on « voit » les segments [BC] ,
[CA] et [AB] re~cti vement s ~ les
sommet, et qui soit semblable à ABC ». angles 18 ~ ABC, 180° - BCA et
180 ° - CAB .
Autrement dit , il s'agit de construire un Pratiquement , il suffi t de construire
triang le MPQ , dont les sommets soient deux de ces arcs , car il s sont concou-
chac un sur un des coté du triangle rants en S .
ABC , et dont les angles en M , en P et Ensuite, si M est donné, par exemple sur
en Q soient respecti vement égaux aux
angles en A , en B et en C. ---- ---- -
[AC] , il suffi t de construire P et Q tels
que BSP = CSQ = a , avec a= ASM ,
et le triangle MPQ obtenu répond à la
Si MPQ est un te l tri angle, il ex iste une question.
similitude directe dans laque lle M , P et Les valeurs des angles qui permettent
Q sont les images de A , B et C. Si on de construire S ne dépendent pas de la
appelle respecti vement S et a le centre valeur de a: cela signifie que c ' est le
~ ngl>ie cet~ militude, les ang le même point S qui convient , quel que
ASM , BSPet CSQ sont égaux à a. soit a, c ' est-à-dire quelle que soit la
Pour placer le po int S , o n uti lise les pos ition de M sur [AC] .

---- ---
égalités suivantes, fac iles à obtenir :
BSC = 180° - ABC ;
Sur la figure ci-contre, on a construit MPQ
dans le cas particulier où a est un angle

---- ---- ----


CSA= 180° - BCA ; ASB = 180° - CAB
droit : dans ce cas , chaque côté de MPQ est
perpendiculaire à un des côtés de ABC.

Tc.1,n9ente Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

c
On a également con truit sept autres
triangle in crits dans ABC , et em-
blables à celui-c i, correspondant à sept
autres positions de M, et donc à sept
autres valeurs de a.

Enfi n, si on se donne, non plus le point


M, mais la valeur de a , on est ramené
à chercher un triangle MPQ dont on
connait les directions de chaque côté .

J.L.

Hors-série n° 24. Le triangle Tc:ingente


par Michel criton

Problèmes de triangles
HS2401 - Uerticales Interdites HS2403 - Pas de Jaloux .J .J
[Loglc'fllp) .J
Romain Desbois veut partager sa fo rêt
Combien resterait-il de triangles si triangul aire entre ses sept enfan ts. Non
on supprimait toutes les verticales ? se ul e me nt to utes le pa rce ll es
(tri angul aires) doivent avoir la même
aire , mais elles doi vent également être
e n bordu re de la mê me longue ur de
route (500 mètres). La route longe les
côtés AB et BC.
Où le point M doit-il être placé pour
HS2402 - Le grand triangle .J.J que le partage soit équitable ?

À l'a ide de petits tri angles ble us, on B


ve ut recou vrir un tri ang le j a une de
dime ns ion s de ux foi s plu s gra ndes.
Les tri a ng les bl e us é ta nt di s posés
c omm e s ur le d ess in , on doit les
déplacer en les fa isant gli sser sans les A L-----....::m=------...,..
to urn e r , m a is il s pe u ve nt se M 2940 m
c
chevaucher.
Combien de triangles bleus faudra-
t-il utiliser, au minimum, pour que
toute la surface du triangle jaune
soit recouverte ?

Solutions
page 155

Tc:in9ent:e Hors-série n°24. Le triangle


DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

HS2404 - la girafe J J HS2406 - Que de triangles J J J

d a ns un Une mé thod e pe rme t de trou ver le


IX pré nombre de tri a ng les dess inés sur la
1g ul a ir e , fi gure .
c l ô tur é. Sauriez-vous trouver cette
Les cô tés méthode?
du pré Au fait , combien y a-t-il de
e s ur e nt triangles?
1, 16 m et

1. Grâce à

1g cou , la
brouter la
:rbe verte
<térieur de
1u 'à un e
! S . So it S
,rte qu ' elle HS2407 - Propriété priuée J J
pourra brouter à l' extérieur du pré .
Parmi les nombres suivants, quelle Ce triang le a une particul arité : son
est la meilleure approximation de S ? périmètre et son aire sont mesurés par
A. 96 B. 99 ,14 C. 102,28 le mê me nombre . Il ex iste un autre
D. 105 ,42 E. 108,56 triangle possédant cette propriété .
Quelles sont ses dimensions ?

12

HS2405 - Hrea of a triangle J J


c
The s ides AC a nd AB of triang le
ABC are both divided in four equal
parts by the line m , n and p . The
haded part ha an area of 6 cm2 •
How many cm 2 is the area of
triangle ABC ?
A. 24 B. 28 C. 30
D. 32 E. 36.

Hors-série n° 24. Le triangle Tc:ingente


PROBLÈMES
HS2408 - le triangle J J HS2410 - la course infernale J J J

Il s' agit de recon s tituer un trian g le L es troi s c h a mpion s de co urse


équil atéral à partir de la fi gure. automobile Jean Alévazi, Mika Bekinen
Tracez une ligne brisée afin que les et Mickae l Choumake r e ont lancé un
deux morceaux ainsi découpés défi sur le pourto ur du Grand Désert
puissent former un triangle Tria ngul a ire, désert parfa ite ment plat ,
équilatéral (aucun retournement s itué e ntre les villes d'Akilféc ho , de
n'est autorisé). Brulissimo et de Cé lenferre. À 8 he ures
précises, Jean part d'Akilfécho , Mika de
Bruli ss imo e t Mic kae l de Cé le nfe rre,
c hac un d a n le e ns indiqu é pa r la
fl èche. À 8 h 7 min trè exacte me nt ,
a uc un n'a e ncore atte int la vill e ve r
la qu e ll e il se diri ge, m a i le troi s
coureurs to urne nt simultanéme nt la tête
vers le ur gauche, et tous troi s constatent
instantané ment l'alig ne ment parfa it de
l' uniqu e pa lmi e r d e ce dése rt e t du
minaret de la ville située à l'oppo é de
leur po ition. Akilfécho et Bruli ss imo
sont distantes de 37 ,5 km , Brulissimo et
HS2409 - Triangle presque équiangle Cé lenferre de 60 km , et Cé le nfe rre et
JJJ Akilfécho de 42 ,75 km . Lorsque les
troi s c oure urs ont tourné la tê te, il s
Un triangle ABC est te l que: ava ie nt parcouru exacte me nt la mê me
AB= 10 c m e t AC= 26 c m . distance depuis leur départ.
Quelle longueur faut-il donner au Quelle est cette distance ?
côté BC pour que le plus petit angle
du triangle ABC soit le plus grand
possible?
On donnera la ré ponse e n millimètres,
s i besoin est arrondie au millimètre le
plus proc he.

Source des problèmes


• 1.llgic'Flip (IIS2-l01 l
• Champillnnal dl'S .ku\ i\lath0111atiqt11:s et Logiques
(HS2-l02: HS2-l09: II S2-ll0l
• TllUl'lllli :\1ath0nwtiqul' de Saint -Michel l' n lïkrn1
(HS2-l03: HS2-l07l
• Cllncmirs Kangllurou des i\latlll' lllatiqucs (HS2-l0-l)
• Cllnl'llUrs Kangournu sans Fronti~rcs ( HS2-l05)
• Tournoi \ htthl' lllatiqul' du Li t1HJL1sin ( HS2-l06)
• (ir;111d .ku de l'Institut \lath0matiquc d ' ..\ngcrs
( IIS2-l08 )

ri 52 Tcingente Hors-série n°24. Le triangle


Triangles routiers :danger I
Les panneaux de signalisation routière
ont des formes géométriques simples.
Les panneaux signalant des obligations,
des interdictions ou des fins d'obligation
sont en général des disques. Mais pas
toujours . Le panneau STOP, par
exemple , est un octogone régulier.
Quant aux panneaux triangulaires, ils
indiquent en général un danger.
Néanmoins, il existe des exceptions.
Saurez-vous en citer deux ?

4~~4~~&~
....- -::c- -=··= -·-- -=-

&
--- &- & &
1
-- à~.41
-- -- === _..,._
-::..- "='= ~&
1

=· - - -·- - -::-
Quelques panneaux en triangles :
attention danger !

·seq e1 SJeA e1u1od


•se6nOJ SPJOQ , e16ueµt un 1se e6es
-sed e1 J9J>9:> ep uone611qo,p neeuued e1
·u1es uos ue sep.1eo ep
SOJB ue s&J1ou se~u sep oeAe •se6nOJ
spJoq , e16ueµ1 un tse eJ101e611qo
9JIOlBJl6 sues un 1uenb1pu1 neeuued e1
par Alain Zalmanski

1 - Triangle ulde 2 - Triangle plein

3 - HeKagone

TClngent:e Hors-série n°24. Le triangle


par Michel Criton DOSSIER : JEUX ET PROBLÈMES

HS2401 - Il restera 6 tri angles .


HS2402 - Con idérons les six points A, 8 , C, 0 , E, F du
des in ci-dessous (on suppose ces points à l'intérieur de tri-
angles, mais tout près des sommets de ces triangles. Les
points A, E et F devront être recouverts par trois petits tri-
angles différents, car la distance entre deux d'entre eux
excède de beaucoup la longueur d'un côté d'un petit tri-
angle. Ces trois petit triangles, i l'on veut couvrir les bords
du grand triangle, lai eront l'intérieur du triangle central
dont le centre est situé sur la médiatrice (t.) du segment
vide. Les points 8 , C, et D doivent également être recou-
[AB] (théorème de l'ang le inscrit).
verts par des petits triangles différents , sinon l'intérieur du
Plus le rayon d'un tel cercle (C 2) est grand , et plus les
triangle BCD resterait quasiment vide. Un tel recouvre-
points de l'arc de cercle verront [AB] sous un petit
ment est possible, comme le montre le dessin de droite.
angle. La valeur max imum de l'angle C sera donc obte-
~ lor ~ (C 1) et (C 2) sont tangents. On a alors
AOI = ACB , d'où l'on déduit que le triang le ABC e t
rectangle en 8. Le théorème de Pythagore nous permet
alors de calculer BC : BC 2 =AC 2 - AB 2 =26 2 - 1O2 =576
d'où BC = V576 = 24 cm.
BC doit donc mesurer 240 mm pour que le plus peti t
angle du triangle ABC soit le plus grand po sible .
HS2403 - La distance de M à (AB) doit être égale à la
L'angle C mesure alor environ 22,62° .
distance de M à (BC) , ce qui signifie que M doit apparte-
HS2410 - Le palmier Ppartage le triangle ABC en six petits
nir à la bissectrice de l'angle ABC. Les relation dans le
triangles numérotés de I à 6. On peut montrer que l'on a :
triangle indiquent que M partage [AC] dans le rapport des
aire ( 1) x aire (3) x a ire (5)
côtés AB et AC. M est donc aux l de AC à partir de C. = l
7 aire (2) x aire (4) x aire (6)
HS2404 - E. 108,56.
HS2405 - O. 32 . Si on désigne par x la di stance parcourue par chacun des
HS2406 - On démontre par récurrence que si 11 désigne trois coureurs, par a la longueur BC , par b la longueur
le nombre de droites issues de A , (AB) étant excl ue , et AC et par c la longueur AB , on montre que l'on a :
p le nombre de droites i sues de 8 , (A B) étant excl ue, le x3 = (a - x) (b - x) (c - x), c'est-à-dire :
. 11p (n + p) x3 = (60 - x) (42,75 - x) (37,5 - x) ( 1).
nombre de tnangles e t égal à .
Pour 11 = 15 et p = 13, on obtient 6Ô tri angle . Le nombre 22,5 est l'unique solution réelle de l'équation() ).
HS2407 - 6 , 8, 10. Les trois coureurs avaient donc parcouru 22,5 km à
HS2408 - l'instant précis où ils ont tourné la tête à gauche .
Note : le point P est connu sous le nom de « point
d'Yff » du triangle ABC , qui possède deux points d'Yff
(le second 'obtient en tournant dans l'autre sens, ce qui
revient à prendre les symétrique des points D , E, F par
rapport aux milieux des côtés du tri angle ABC) .

HS2409 - Remarquons tout d'abord que BC > AC - AB .


On a donc BC > 16 cm. li en résulte que le plus petit
côté du triangle ABC ne peut être que [AB], et le plus
petit angle l'angle de sommet C . Partons du segment
[AB] de longueur 10 cm. Le point C se trouve ur le
cercle (C 1) de centre A et de rayon 26 cm. Par ailleur ,
on sait que l'en emble des points du plan d'où l'on vo it
le segment [AB] sous un angle con tant e t un arc de
cercle passant par A et 8 , c'est-à-dire un arc de cercle

Hors-série n° 24. Le triangle Tangente


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Achevé d' imprimer pour le compte des Éditions POLE
sur les presses de l' imprimerie Louis Jean, 05000 Gap
Imprimé en France - Dépôt légal 723 - Décembre 2005
Trois points, trois côtés,
trois angles ... le triangle est
le plus simple des polygones.
Pourtant, êtes-vous sûr de
bien le connaître?

Partez à la redécouverte de
cette figure étudiée depuis
l'Antiquité et qui fascine encore
aujourd'hui. Thalès, Pythagore,
Carnot... revisitez ses théorèmes
célèbres! Point de Fermat,
droite de Simson, cercle d'Euler ...
voyagez parmi ses éléments
remarquables !
C'est un objet plein d'astuce
qui se dessinera sous vos yeux:
le triangle permet de se repérer,
de calculer des distances, de
visualiser la 3e dimension ou de
représenter les nombres entiers.
Le triangle est aussi la source
d'innombrables problèmes,
puzzles, amusettes et autres
énigmes.

Diffusion: s327874
Prix: 18 €
POLE