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Cinquième séance

Le bordereau de cession de créances professionnelles

Éléments de correction

La cession par bordereau Dailly est une cession simplifiée de créance instituée par la loi n° 81-1
du 2 janvier 1981 dite « loi Dailly ». Sa réglementation est aujourd’hui portée par les articles
L. 313-23 et suivants du Code monétaire et financier.
Pour information, ces dispositions figurent en annexe du Code de commerce.

Sommaire

1. Exercices pratiques.........................................................................................................................2
a) La remise de dette.............................................................................................................................2
b) La compensation..............................................................................................................................4
1° Le recours contre le débiteur cédé...................................................................................................4
2° Le recours contre le cédant..............................................................................................................7
2. Documents reproduits....................................................................................................................8
2.1. Le formalisme................................................................................................................................8
Exercice d’entraînement sur le formalisme........................................................................................10
2.2. L’opposabilité des exceptions......................................................................................................11
2.3. Les effets......................................................................................................................................12
Exercice d’entraînement sur les effets de la cession..........................................................................13
3. Questions subsidiaires (à titre d’entraînement).........................................................................14

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1. Exercices pratiques.

Cédant Cessionnaire
Cession Dailly
Néva Crédit atlantique

Créance Créance
Débiteur cédé
Élorn

Le 1er janvier 2019, la société Neva a cédé, par bordereau de cession de créances
professionnelles, trois créances à sa banque qu’elle détient sur la société Élorn. Ces trois créances
d’un montant de 50.000 euros chacune ont respectivement pour date d’exigibilité le 1 er mars, le 1er
juin et le 1er septembre. La première créance a été payée à son terme le 1 er mars entre les mains du
cédant.
Le 1er mai, la seconde créance a fait l’objet d’une remise de dette de 10.000 euros, accordée par
le cédant.
La cession a été notifiée le 15 mai.

a) La remise de dette

La remise de dette consentie par le cédant après la cession par bordereau est-elle opposable au
cessionnaire ?

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En vertu de l’article L. 313-24, alinéa 1er, du Code monétaire et financier, la cession de
créances professionnelles par bordereau transfère toujours la propriété de la créance au
cessionnaire. L’article L. 313-27, al. 1er, du même code, prévoit que ce transfert a lieu à la date
indiquée sur le bordereau, tant entre les parties qu’à l’égard des tiers. Enfin, l’article L. 313-27,
al. 2, dispose qu’à compter de cette date, le cédant ne peut plus modifier l’étendue des droits
attachés au bordereau.
La jurisprudence a ainsi admis, en application de cette règle, que « l’avoir établi au débiteur cédé
pour annuler la facture cédée […] est inopposable à la banque cessionnaire » (Cass. com., 8
novembre 1994, n° 92-17.265). Le cessionnaire est désormais le seul créancier du débiteur, quand
bien même le débiteur cédé est encore en droit de se libérer valablement auprès du cédant tant que
la cession ne lui a pas été notifiée. En ce cas, le cédant reçoit paiement du débiteur cédé en qualité
de mandataire du cessionnaire, en vertu d’un mandat de recouvrement, et non en qualité de
créancier. En revanche, la transmission de la propriété de la créance au cessionnaire justifie qu’à
compter de la date portée sur le bordereau, le cédant ne peut, sans l’accord du cessionnaire,
modifier l’étendue des droits attachés aux créances cédées. Une telle modification serait
inopposable au cessionnaire.

En l’espèce, la société Neva, le cédant, a consenti le 1er mai 2019 à la société Élorn, le cédé, une
remise de dette. Or, la cession par bordereau est intervenue le 1 er janvier 2019, soit antérieurement à
la remise de dette. À compter de la cession, le cédant n’était plus en mesure de renoncer au
paiement d’une partie de la créance ; une telle modification est inopposable au Crédit atlantique, le
cessionnaire. En revanche, il ne peut être reproché au débiteur cédé d’avoir payé la créance
correspondant à la première tranche de travaux entre les mains du cédant et non du cessionnaire ; la
cession ayant été notifiée le 15 mai, après l’exigibilité de la première créance, le débiteur pouvait
valablement se libérer en payant le cédant, en vertu du mandat de recouvrement dont ce dernier est
investi.

En conclusion, la remise de dette ne produit aucun effet. Le débiteur cédé doit payer au
cessionnaire 50.000 euros au titre de la deuxième tranche de travaux.

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b) La compensation

Le débiteur cédé est devenu créancier du cédant à hauteur de 30.000 euros en raison de
malfaçons sur la troisième tranche de travaux. Le débiteur, se prévalant donc d’une compensation,
n’a accepté de payer le cessionnaire qu’à hauteur de 20.000 euros pour la créance cédée
correspondant à la dernière tranche de travaux.

1° Le recours contre le débiteur cédé

Le débiteur cédé peut-il opposer au cessionnaire l’exception de compensation née dans ses
rapports avec le cédant ?

Pour répondre à cette question, il convient de distinguer la compensation légale, susceptible


d’être opposée si les conditions en sont réunies avant la notification, de la compensation pour
créances connexes, susceptible d’être opposée par le débiteur cédé quand bien même ses conditions
seraient remplies après la notification.

a) La compensation légale

À défaut d’acceptation, la cession Dailly n’opère pas purge des exceptions (C. mon. et fin.,
art. L. 323-29). La jurisprudence retient ainsi que le débiteur cédé peut invoquer l’inexécution du
contrat par son créancier d’origine : « le débiteur cédé qui n’a pas accepté la cession de créance
peut opposer à l’établissement de crédit cessionnaire les exceptions fondées sur ses rapports
personnels avec le cédant » (Com., 30 juin 1992).
L’exception de compensation pose cependant difficulté. La compensation est définie à l’article
1347 du Code civil comme « l'extinction simultanée d'obligations réciproques entre deux
personnes. Elle s'opère, sous réserve d'être invoquée, à due concurrence, à la date où ses conditions
se trouvent réunies ». L’article 1347-1 précise que « la compensation n'a lieu qu'entre deux
obligations fongibles, certaines, liquides et exigibles ».

Pour l’application de l’exception de compensation légale à la cession Dailly, deux conceptions


s’opposent :

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1° - la première conception postule que la condition de réciprocité ne peut jamais être
remplie après la date de la cession puisque la cession transfère la titularité de la créance du
cédant au cessionnaire. Dès lors, les conditions de la compensation légale (réciprocité,
fongibilité, certitude, liquidité et exigibilité) ne peuvent être réunies qu’avant la date de
cession apposée sur le bordereau ;
2° - la seconde conception défend que le cédant peut recevoir paiement de la créance en
vertu du mandat de recouvrement dont il est investi et que, par conséquent, la condition de
réciprocité sera remplie tant que le mandat de recouvrement dure, dans la mesure où la
compensation joue comme un paiement. Les conditions de la compensation légales peuvent,
par conséquent, être réunies avant la notification.

La jurisprudence a retenu la seconde approche : la compensation légale peut opérer dans les
rapports du cédant et du débiteur cédé dès lors que les conditions de cette compensation ont été
réunies avant la notification (Cass., com., 14 décembre 1993). Le débiteur cédé peut dès lors
opposer cette exception au cessionnaire à l’échéance.

En l’espèce, la créance sur le cédé en cause est exigible le 1 er septembre. Quant à la créance du
cédé sur le cédant, née de la mauvaise exécution du contrat, il est précisé que les créances sont
payées « au fur et à mesure de l’avancée des travaux ». Il apparaît que, pour la troisième tranche de
travaux, la créance du cédé sur le cédant est donc née entre le 1 er juin et le 1er septembre. Or la
cession a été notifiée le 15 mai.

En conclusion, les conditions de la compensation légale ne sont réunies qu’après la notification.


Le débiteur cédé ne peut opposer cette exception au cessionnaire pour ne payer que 20.000 euros.

b) La compensation pour créances connexes

Selon l’article L. 313-28 du Code monétaire et financier, le cessionnaire peut à tout moment
notifier la cession au débiteur cédé, ce qui a pour effet d’interdire au cédé de se libérer entre les
mains du cédant. Les exceptions sont en revanche toujours opposables par le débiteur cédé au
cessionnaire ; la notification ne prive pas le débiteur cédé du principe de l’opposabilité des
exceptions (C. mon. et fin., art. L. 313-29, a contrario).

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La difficulté est donc certaine s’agissant de l’exception de compensation puisque la
compensation est un mode d’extinction d’une obligation, elle équivaut à un paiement, ce que
prohibe l’article L. 313-28 dès lors que la cession a été notifiée.
La jurisprudence a atténué la solution de principe qui interdit la compensation dès lors que les
conditions sont remplies après la notification (v. supra) lorsque les créances qui se compensent sont
connexes. Dans ce cas de figure, l’extinction de la créance cédée constitue une exception toujours
opposable au cessionnaire, même après la notification (Cass. com., 14 déc. 1993). Le fait que la
compensation pour créances connexes équivaut à un paiement ne fait pas obstacle à l’opposabilité
de cette exception après la notification. L’exception de compensation de créances connexes ne cesse
d’être opposable qu’au moment de l’acceptation de la cession (C. mon. et fin., art. L. 313-29,
al. 2).

La Cour de cassation a défini la connexité. Deux créances sont connexes lorsqu’elles trouvent
leur origine soit dans un seul et même acte juridique créant des obligations à la fois pour le débiteur
et pour le créancier, soit dans un accord-cadre régissant l’ensemble des rapports des parties, soit
lorsqu’elles naissent d’une opération économique globale donnant lieu à une série de contrats
dépendant d’un même cadre contractuel (Cass. com., 19 mars 1991).

En l’espèce, le débiteur cédé est créancier du cédant pour un montant de 30.000 euros. Cette
créance trouve son origine dans l’inexécution du contrat unissant le cédant au cédé et ayant donné
naissance à la créance de 50.000 euros du cédant sur le cédé. Les deux créances, réciproques, sont
ainsi nées d’un même contrat ; la condition de connexité est donc remplie. La cession a été notifiée
le 15 mai, date à laquelle le cessionnaire a révoqué le mandat de recouvrement du cédant.
Cependant, si le débiteur cédé n’était plus en mesure, à compter de cette date, de payer entre les
mains du cédant, il peut se prévaloir de l’exception de compensation pour créances connexes. La
cession ayant été seulement notifiée, et non acceptée, cette exception est toujours opposable au
cessionnaire. La compensation ne sera cependant que partielle : elle se produit toujours à
concurrence de la plus faible des deux sommes, soit en l’espèce à hauteur de 30.000 euros.

En conclusion, le débiteur cédé peut opposer au cessionnaire l’exception de compensation pour


créances connexes pour n’accepter de payer que 20.000 euros au titre de la troisième tranche de
travaux.

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2° Le recours contre le cédant

Le cessionnaire peut-il agir contre le cédant pour obtenir le paiement de la créance cédé, après
que soit intervenue une compensation de cette créance dans les rapports entre le cédant et le cédé ?

Selon l’article L. 313-24, al. 2, du Code monétaire et financier, sauf convention contraire, le
cédant est garant solidaire du paiement des créances cédées. Cette garantie ne disparaît pas du
simple fait de l’extinction de la créance du débiteur cédé par compensation avec une créance qu’il
détenait sur le cédant (Cass., com., 26 avril 1994, n° 92-15025). Lorsque le cessionnaire a procédé
à la notification de la cession, celle-ci emporte révocation du mandat de recouvrement donné au
cédant. En conséquence, le cessionnaire est d’abord tenu de demander paiement au débiteur cédé.
Ce n’est qu’en cas de refus de ce dernier que le cessionnaire pourra exercer son recours en garantie
contre le cédant. Le cessionnaire peut se contenter d’adresser au débiteur cédé une demande
amiable en paiement à l’échéance. Il n’est pas tenu d’exercer des poursuites judiciaires pour
pouvoir agir ensuite contre le cédant (Cass. com., 18 septembre 2007).

En l’espèce, le cédant, garant solidaire, ne pourra opposer au cessionnaire l’extinction de la


créance par compensation dans ses rapports avec le débiteur cédé. Le cessionnaire peut ainsi se
retourner contre le cédant pour le montant de la créance non payée par le cédé, à condition toutefois
d’adresser une demande en paiement au débiteur cédé. Le Crédit atlantique n’a cependant pas
intérêt à réclamer ce paiement en justice ; l’assignation aurait un coût non nécessaire alors qu’il est
admis qu’une simple demande amiable ouvre au cessionnaire son recours contre le cédant en sa
qualité de garant. Il apparaît en l’espèce que le cessionnaire a d’ores et déjà adressé une demande en
paiement au débiteur cédé, celui-ci n’ayant accepté de payer qu’une portion de la créance.

En conclusion, le Crédit atlantique peut obtenir paiement des 30.000 euros manquants auprès du
cédant pour la troisième tranche de travaux.

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2. Documents reproduits.

2.1. Le formalisme.

À l’instar de la lettre de change, le bordereau de cession de créances professionnelles doit


comporter certaines mentions obligatoires, prévues à l’article L. 313-23 du Code monétaire et
financier (dénomination de l’acte, soumission de l’acte aux dispositions des art. L. 313-23 à L. 313-
34 du Code monétaire et financier, nom ou dénomination sociale du cessionnaire, indications
permettant l’individualisation des créances). À défaut, selon le même article, le titre ne vaut pas
comme acte de cession de créances professionnelles.

Deux autres mentions, non mentionnées à l’article L. 313-23, doivent figurer sur le bordereau : la
signature du cédant et la date du bordereau (C. mon. et fin., art. L. 313-25). La sanction du défaut de
ces deux mentions n’est cependant pas précisée par le texte.

Les arrêts de la fiche permettent de revenir sur certaines difficultés liées à ces exigences
formalistes.

◊ La date du bordereau.

Les effets attachés à la date portée sur le bordereau sont conséquents. En effet, la cession ne
prend effet et ne devient opposable aux tiers qu’à la date apposée sur le bordereau lors de la remise
(C. mon. et fin., art. L. 313-27). C’est au cessionnaire qu’il appartient d’apposer cette date sur le
titre (C. mon. et fin., art. L. 313-25). Le texte, comme nous venons de le voir, ne détaille pas la
sanction en cas de défaut de date.

En jurisprudence, il a été affirmé qu’à défaut de date, la cession ne prend pas effet entre les
parties (Com., 7 mars 1995, n° 93-12.257). Elle ne devient pas non plus opposable aux tiers. Un
arrêt a statué en ce sens : « à défaut de date portée sur le bordereau, la cession litigieuse n'avait pas
pris effet entre les parties et n'était pas opposable aux tiers, en application de la loi du 2 janvier
1981, ce dont il résultait que [le cessionnaire] ne pouvait se fonder sur ce document pour demander
paiement [au débiteur cédé] » (Com., 14 juin 2000, n° 96-22.634).

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L’arrêt du 8 février 2000 (document 2, n° 97-17.627) revient justement sur cette règle, ou plutôt
sur la continuité de cette règle. En l’espèce, en effet, une date figurait bien sur le bordereau, la date
du 14 mars 1991. Cependant, cette date n’y avait pas été portée initialement. La cession avait
cependant été notifiée, puis acceptée, le 26 février 1991. La date n’avait été ajoutée que
postérieurement.

Pour la Cour de cassation, la notification et l’acceptation, à des dates antérieures à celle apposée
sur le bordereau, n’avaient pu produire effet. En effet, le cessionnaire n’avait pu agir en qualité de
nouveau titulaire de la créance dans la mesure où la cession ne pouvait être opposée aux tiers, et
particulièrement au débiteur cédé, avant la date inscrite sur le bordereau. Dès lors, les actes que peut
réaliser le cessionnaire (notification et demande d’acceptation) devaient demeurer sans effet.

Il importe d’ailleurs peu que le bordereau ait été notifié et accepté à des dates connues, la seule
absence de date interdit que la cession prenne effet entre les parties et soit opposable aux tiers. La
solution a été critiquée en ce qu’elle est particulièrement sévère pour le cessionnaire 1. Une autre
solution aurait pu être retenue : admettre que l’apposition ultérieure de la date de cession valide
rétroactivement la notification et l’acceptation. À ce titre, une comparaison avec le formalisme de la
lettre de change peut s’avérer utile. Ne serait-il pas pertinent d’admettre ici aussi la possibilité de
régulariser le titre ?

◊ La désignation du débiteur cédé.

La loi réglemente les mentions obligatoires du bordereau de cession de créances professionnelles


(C. mon. et fin., art. L. 313-23). Parmi celles-ci figure la désignation ou l’individualisation des
créances cédées, ou tout au moins les éléments susceptibles de faire office de désignation ou
d’individualisation.

Dans l’arrêt rendu le 1er février 2011 par la Chambre commerciale de la Cour de cassation
(document 3, n° 10-13.595), le nom du débiteur cédé n’avait pas été inscrit sur le bordereau.
Toutefois, figurait sur le titre la désignation du marché dont les créances cédées étaient nées. La
cour d’appel avait cependant considéré que la mention était insuffisante, dans la mesure où « la
mention obligatoire du débiteur cédé fait défaut ».
1 v. not. CHAZAL (J.-P.), « Cession de créances, transfert de propriété et loi Dailly », D. 2000, p.
567

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La Cour de cassation ne s’est pas rangé de l’avis de la cour d’appel. Au visa de l’article L. 313-
23 C. mon. et fin., elle casse et annule l’arrêt pour violation de la loi, en posant cet attendu de
principe : « la désignation du débiteur cédé n’est pas une mention obligatoire du bordereau, mais
seulement l’un des moyens alternatifs susceptibles de permettre aux parties d’effectuer
l’identification des créances cédées ».

Il est vrai que l’article L. 323-23, al. 3, 4°, évoque l’indication du débiteur. L’article précise en
effet que le bordereau doit comporter les énonciations suivantes : « [l]a désignation ou
l'individualisation des créances cédées ou données en nantissement ou des éléments susceptibles
d'effectuer cette désignation ou cette individualisation, notamment par l'indication du débiteur, du
lieu de paiement, du montant des créances ou de leur évaluation et, s'il y a lieu, de leur échéance ».

Il s’agit cependant d’éléments cités par la loi à titre d’exemple. Il ne sont pas non plus exigés
cumulativement, à condition que les éléments y figurant suffisent à identifier les créances cédées.

Il a, par exemple, été jugé que la cession par bordereau renvoyant pour l’identification et
l’individualisation des créances à des documents annexes est inopposable au débiteur cédé si ces
documents ne sont pas joints (Com., 3 octobre 2006, n° 04-30.820).

◊ L’ajout d’une mention non obligatoire.

L’article L. 313-23 du Code monétaire et financier prévoit que le bordereau doit comporter « [l]a
mention que l’acte est soumis aux dispositions des articles L. 313-23 à L. 313-34 ». L’ajout de
textes réglementaires, abrogés, est cependant sans incidence sur la validité de la cession. C’est
notamment la solution qu’adopte l’arrêt du 11 octobre 2017 (Cass. com., 11 oct. 2017, document 4,
n°15-18.372). La Cour de cassation adopte une solution pragmatique et non rigoriste du
formalisme. À ce titre, l’arrêt rejoint le mouvement constaté dans l’arrêt précédent (document 3)
d’assouplissement du formalisme.

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Exercice d’entraînement sur le formalisme.

La société Onega a cédé par bordereau de cession de créances professionnelles vingt créances sur
la société Petchora au Crédit aquitain. Le bordereau n’a cependant pas été daté par le cessionnaire.
Le cessionnaire vous demande s’il pourra obtenir paiement à l’échéance.

2.2. L’opposabilité des exceptions.

◊ Le moment de la réunion des conditions de la compensation.

L’arrêt rendu le 14 décembre 1993 par la Chambre commerciale (document 5) était au coeur de
de la résolution des exercices pratiques de la séance ; nous vous y renvoyons.

◊ L’exception de compensation et le défaut de déclaration de la créance dans la


procédure collective du cédant.

L’arrêt du 17 décembre 2013 (Cass. com., 17 décembre 2013, document 6, n° 12-26.706) porte
également, pour partie, sur l’exception de compensation.
Le débiteur cédé souhaitait opposer au cessionnaire l’exception de compensation avec une
créance dont il était créancier sur le cédant. Or le cédant était en liquidation judiciaire et le débiteur
cédé n’avait pas déclaré au passif de la procédure sa créance sur le cédant. La Cour de cassation
rejette la possibilité, dans ce cas de figure, d’opposer au cessionnaire l’exception de compensation.
Les créances étaient certes connexes. Cependant, le débiteur cédé ne pouvait pas opposer au
cessionnaire plus de droits qu’il n’en avait contre le cédant ; la solution aurait été différente s’il
avait déclaré sa créance à la procédure.
L’arrêt précise également, s’il était besoin, qu’à compter d’une notification régulière, le débiteur
cédé, même s’il n’accepte pas la cession, ne se libère valablement qu’entre les mains du
cessionnaire.

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2.3. Les effets.

◊ Le transfert de la créance cédée.

La cession de créance professionnelles transfère au cessionnaire la propriété de la créance cédée,


même lorsqu’elle est effectuée à titre de garantie et sans stipulation d’un prix. En application de
cette règle, l’ouverture d’une procédure collective à l’égard du cédant ne fait pas obstacle aux droits
de la banque cessionnaire sur les créances nées de la poursuite d’un contrat à exécution successive.
La Cour de cassation a repris cette solution dans un arrêt du 22 novembre 2005 (document 7),
solution qu’elle avait déjà retenu (Cass. com., 7 décembre 2004, n° 02-20.732).
En droit positif, le transfert de la créance n’est donc pas affecté par l’ouverture de la procédure
collective du cédant après la date apposée sur le bordereau. Cette solution vaut pour toutes les
créances cédées, qu’elles soient présentes ou futures.
L’arrêt développe un autre aspect : la cession de créance faite à titre de garantie n’opère qu’un
transfert provisoire de la créance. Si la créance garantie vient à être payée, la créance cédée doit être
restituée au cédant. En l’espèce, cependant, la convention prévoyait que la cession garantissait le
remboursement de toutes les sommes que l'entreprise cédante pouvait devoir à quelque titre que ce
soit. En l’occurrence, le cédant restait tenu au titre d’un encours de caution. La Cour de cassation a
donc admis que le cessionnaire était en droit de conserver les sommes reçues en vertu de la cession.

◊ La mise en œuvre de la garantie solidaire du cédant.

Sauf convention contraire, le signataire de l’acte de cession est garant solidaire du paiement des
créances cédées (C. mon. et fin., art. L. 313-24, al. 2).

Le cessionnaire qui n’a pas notifié la cession n’est pas tenu de justifier d’une demande préalable
adressé au cédé avant de recourir contre le cédant (Cass. com., 22 mars 2016, n° 14-24.755).

En revanche, dès lors que la cession a été notifiée, le cessionnaire doit, dans un premier temps,
agir contre le cédé. Cela ne signifie pas que le cédant, pour échapper à sa garantie, puisse opposer
au cessionnaire l’absence de poursuite judiciaire contre le débiteur cédé. Toutefois le cessionnaire
est « tenu de justifier d’une demande amiable adressée à ce débiteur ou de la survenance d’un
événement rendant impossible le paiement » (Cass. com., 18 septembre 2007, document 8).

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La même solution est reprise dans l’arrêt de la Chambre commerciale de la Cour de cassation en
date du 18 janvier 2017 (document 10) : « si le cessionnaire d'une créance professionnelle qui a
notifié la cession en application de l'article L. 313-28 du code monétaire et financier bénéficie d'un
recours en garantie contre le cédant, garant solidaire, ou sa caution solidaire, sans avoir à justifier
d'une poursuite judiciaire contre le débiteur cédé ou même de sa mise en demeure, il est cependant
tenu de justifier d'une demande amiable adressée préalablement à ce débiteur ou de la survenance
d'un événement rendant impossible le paiement ».

Il est loisible aux parties d’assouplir cette exigence : le cédant et le cessionnaire peuvent
convenir, en application du principe de liberté contractuelle, que le cessionnaire sera exempt de
l’obligation d’adresser une telle demande amiable au débiteur cédé (Cass., com., 5 juin 2012,
document 9). Cette précision jurisprudentielle est globalement saluée par la doctrine, la garantie
intervenant nécessairement dans des relations d’affaire pour lesquelles la liberté contractuelle ne
doit pas être excessivement limitée.

Exercice d’entraînement sur les effets de la cession.

Par un bordereau en date du 15 décembre 2019, la société Blavet a cédé quatre créances qu’elle
détenait sur la société Irminio au Crédit creusois. Les créances cédées étaient échues au jour de la
cession. Elles correspondent à des factures au titre de travaux effectués dans les locaux occupés par
la société Irminio. La cession a été notifiée à la société Irminio le lendemain de la date apposée sur
le bordereau, soit le 16 décembre.
Le Crédit creusois a mis en demeure la société Irminio le 5 janvier. À la suite du silence du
débiteur cédé, la banque a de nouveau mis en demeure la société Irminio le 24 février afin d’obtenir
le paiement des quatre créances. Cette dernière vient finalement de répondre : elle refuse de payer
au prétexte qu’elle n’a jamais été débitrice de la société Blavet au titre de ces travaux. Tout laisse à
croire que le véritable débiteur est le bailleur qui loue les locaux à la société Irminio.
Le Crédit creusois vous demande conseil.

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3. Questions subsidiaires (à titre d’entraînement).

1° Le bordereau de cession de créances professionnelles est-il un effet de commerce ?

2 ° La date d’exigibilité de la créance cédée est-elle une mention obligatoire du bordereau de


cession de créances professionnelles ?

3 ° Sur qui pèse la charge de la preuve de l’exactitude de la date apposée sur le bordereau de
cession ?

4 ° Une clause d’un contrat peut-elle interdire qu’une créance soit cédée par bordereau ?

5 ° Quelles sont les effets de la cession Dailly vis-à-vis du cédant ?

6 ° Quelles comparaisons pouvez-vous faire entre la notification de la cession Dailly par le


cessionnaire et la défense de payer une lettre de change adressée au tiré par le porteur ?

7 ° Quelles comparaisons pouvez-vous faire entre l’acceptation de la cession Dailly par le


débiteur cédé et l’acceptation d’une lettre de change par le tiré ?

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